Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

entretiens et videos - Page 919

  • Jean-Pierre Dickès : « Nous avons perdu beaucoup de richesses en tuant les provinces »

    Jean-Pierre Dickès préside l'Association catholique des Infirmières et Médecins et dirige les cahiers Saint-Raphël.

    Monde et Vie : A votre avis, les notions de droite et de gauche ont-elles encore un sens ?

    Jean-Pierre Dickès : Non. On s'aperçoit, dans le domaine qui m'intéresse, celui de la bioéthique, la défense de la morale chrétienne, que la gauche et la droite sont aussi toxiques pour notre civilisation. Ces notions ne signifient donc rien. Même dans le programme du Front national, le côté « démocrate » et « républicain » ne me convient pas. Je me situe hors du système.

    Historiquement, n'y a-t-il pas néanmoins une différence ? Des catholiques sociaux comme La Tour du Pin ou Albert de Mun se situaient à droite, même s'il ne s'agissait pas de la même «droite».

    Historiquement, oui, mais aujourd'hui le système démocratique s'impose partout. Il peut convenir à l'Amérique, qui est un pays jeune, mais certainement pas à notre vieux pays de chrétienté, construit par une monarchie plus que millénaire.

    Nous en sommes à la Ve République, or un philosophe de gauche, Michel Onfray, déclare qu'il faut encore en changer. Va-t-on en essayer une sixième ? J'en ai connu deux, qui ont été aussi mauvaises l'une que l'autre. La Ve République a correspondu au retour de De Gaulle, à l'abandon de l'Algérie, à celui des harkis livrés à la torture et à la mort par centaines de milliers - on n'a jamais su combien exactement - et des pieds-noirs. Puis, les idées socialistes ont abouti à l'augmentation de la puissance de l'Etat, qui se développe toujours davantage et appesantit le fonctionnement du pays. La pieuvre étatique se nourrit, sa tête grossit sans cesse, et plus on s'éloigne du centre, plus la richesse diminue, à tel point que l'on en arrive à une société très inégalitaire, au nom de la République, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité ! Je partage l'analyse maurrassienne, selon laquelle la république oscille entre Démos et César - c'est-à-dire entre la démocratie et le totalitarisme - et nous sommes actuellement sur le versant totalitaire. Cela paraît indéniable quand on voit que les socialistes ont remplacé le tiers des magistrats, des préfets, des sous-préfets, ou quand on se rappelle de la répression de la Manif pour tous. Même si l'on n'arrête pas les gens dans la rue, c'est du totalitarisme ! Il faut changer de régime et en revenir à un régime monarchique, ce que l'omniprésence de l'Etat rendra très difficile.

    Etes-vous favorable, comme l'était Maurras, à la décentralisation ?

    Oui. Le pays doit être organisé à partir d'une décentralisation effective et l'Etat ne doit intervenir que dans les domaines qui lui sont propres, c'est-à-dire la sûreté extérieure, la sûreté intérieure et le respect de la justice. C'est à cela que devraient se limiter ses prérogatives, alors qu'aujourd'hui il intervient perpétuellement et partout. Maurras disait : « le roi en ses conseils, le peuple en ses Etats ». Nous avons perdu beaucoup de richesses en tuant les provinces : on a tué la joie de vivre, la joie de s'exprimer dans sa propre langue, d'avoir ses propres traditions, ses habitudes, ses proverbes... Je suis un défenseur effréné du régionalisme, j'ai écrit six livres, j'ai fait un dictionnaire du patois de ma région qui fait autorité, pendant des années j'ai rassemblé ses dictons et ses proverbes, qui sont en train de disparaître, comme les richesses culturelles, les costumes traditionnels, etc. Je suis en revanche favorable à la suppression des départements, qui sont une création artificielle. J'habite le Boulonnais, qui pendant des siècles avait dépendu de la Picardie, pour des raisons de langue, de richesse, ou même géologiques.

    Aujourd'hui nous dépendons de l'Artois : ce sont des régions complètement différentes, c'est complètement idiot ! Il faut revenir aux provinces naturelles, qui continuent d'ailleurs à se revendiquer comme telles, comme la Bretagne, l'Alsace, etc... Nous sommes entrés dans le mondialisme : les provinces disparaissent au profit de la France, qui se dilue elle-même dans un gigantesque magma dominé par la finance. Le premier rôle de la monarchie consistait à défendre les frontières ; maintenant qu'elles ont disparu nous sommes devenus un aspirateur de toute la misère du monde et nous en venons à favoriser ceux que nous avons invités chez nous, qui nous imposent leurs idées et leurs religions !

    La laïcité est-elle fatalement, à vos yeux, une notion antichrétienne ?

    Absolument, car cette notion a été créée par des gens qui étaient antichrétiens, les socialistes du début du XXe siècle pour démolir le christianisme, avec la loi de 1905, l'expulsion des religieux, etc. C'est eux qui ont introduit cette notion de laïcité, en substituant une entité de type administratif ou légal aune entité ontologique : la religion donne un sens à la vie et la laïcité supprime, ce sens, ce qui est gravissime parce que cela provoque chez les personnes une insatisfaction par rapport à leur propre destinée. C'est générateur d'une grande partie des maladies contemporaines : quand les gens n'ont pas d'espoir après la mort, ils sont démunis face à la souffrance, à la maladie et à la mort Priver les gens du sens de la vie revient à les amputer. Mais les questions philosophiques continueront de se poser : c'est d'ailleurs pour cela que la philosophie que l'on enseigne aujourd'hui en faculté n'est plus de la philosophie, mais de la sociologie. Autrefois on y étudiait les grands courants de la philosophie : Kant, Descartes, saint Thomas ou la phénoménologie ; maintenant on résume la philosophie à des phénomènes de sociologie ou de psychanalyse. Et il n'est bien sûr plus question de métaphysique...

     

    Propos recueillis par Eric Letty  monde&vie avril 2015

  • Entretien avec le directeur de Rivarol suite à l’affaire JMLP

    Il a beaucoup été question dans les médias de l’hebdomadaire nationaliste Rivarol, suite à l’entretien prétendument choquant qu’y a donné le président d’honneur du Front national.

    Le choix du journal ayant réalisé puis publié cet entretien a été parfois vivement critiqué dans les milieux patriotiques.
    Contre-info a voulu poser quelques questions à Jérôme Bourbon, directeur de publication, histoire de connaître l’avis de l’un des acteurs de cette « affaire » aux conséquences politiques (à l’intérieur du FN surtout) étonnantes.

    C’est le premier entretien video que nous effectuons et espérons vous en proposer désormais régulièrement.

    http://www.contre-info.com/

  • Vidéo intégrale du débat entre Vladimir Poutine et ses compatriotes russes

    Chaque année, Vladimir Poutine répond aux questions de ses compatriotes durant plus de trois heures. C’est l’occasion de l’entendre aborder l’actualité politique nationale et internationale.

    http://www.medias-presse.info/video-integrale-du-debat-entre-vladimir-poutine-et-ses-compatriotes-russes/29635

  • TVL : Charles Beigbeder. Le collectif Phénix pour que la France renaisse de ses cendres.

  • 14/03/2015 - Entretien avec Fabrice Robert à la Traboule (Lyon)

  • Entretien avec Sébastien Ausserre, responsable des jeunes de la Droite Populaire du Var

    Sébastien Ausserre est responsable départemental des jeunes de la Droite Populaire du Var, un des courants de l’UMP. Il a récemment reçu un courrier de l’UMP l’informant d’une procédure d’exclusion car il aurait enfreint la fameuse règle du “ni-ni” (ni FN, ni gauche), en appelant à voter pour les candidats du Front National face à la gauche lors des dernières élections départementales dans le canton de La Seyne 1 dans le Var.

     

    Novopress : Sébastien Ausserre, vous avez reçu il y a quelques jours une lettre de menace d’exclusion de l’UMP. Pouvez-vous nous expliquer l’objet de cette lettre et la motivation de l’UMP à vous exclure, et avant cela, pouvez-vous nous résumer votre profil et parcours politique ?

    Sébastien Ausserre : Bonjour, merci à vous de me donner la parole. J’ai 21 ans, je suis étudiant en droit, responsable départemental des Jeunes de la Droite Populaire pour le Var et adhérent UMP depuis 2010. J’ai également été Conseiller Académique et colistier de Philippe Vitel (responsable de ma suspension du parti) aux municipales de mars 2014 à La Seyne-sur-Mer.
    La fédération UMP du Var m’a suspendu du parti pour non-respect de la ligne du « ni-ni » à La Seyne 1 et m’a invité à démissionner pour éviter une procédure d’exclusion, ce que j’ai refusé. Le second tour de l’élection départementale opposait le FN à l’Union de la gauche. Devant ce choix, j’ai donc appelé à voter contre cette gauche apatride, pour la candidature patriote de Virginie Sanchez et Damien Guttierez, candidats du binôme Front National.

     

    N : Pourquoi avez-vous choisi le FN ?

    Sébastien Ausserre : Parce que je suis de droite tout simplement. Je ne pouvais pas voter pour la candidature PS/PCF/NPA/MRC qui comprenait la plus extrême des gauches. La candidature de Damien Guttierez et Virginie Sanchez était beaucoup plus proche de mes idées et de mes valeurs. Et quand j’ai vu que, entre autres, Jean-Sébastien Vialatte (Député-Maire de Six Fours), Nathalie Bicais et Joseph Mulé (Conseillers Départementaux de la Seyne 2) et Hubert Falco (Sénateur-maire de Toulon) appelaient d’une même voix à un Front Républicain qui n’a de républicain que le nom, je n’ai pas hésité une seconde à prendre mes responsabilités.

    N : Comment avez-vous choisi d’organiser votre défense ?

    Sébastien Ausserre : Je n’ai pas à me défendre. Philippe Vitel, Député du Var et Secrétaire départemental de l’UMP, me reproche de ne pas avoir respecté la ligne du « ni-ni ». C’est vrai et je peux comprendre que je sois sanctionné pour ça. Mais à la condition expresse que les élus et militants ayant appelé à voter pour la gauche écopent de la même sanction que moi. Je m’oppose au « deux poids deux mesures » de la fédération UMP du Var qui valide elle-même l’argument “UMPS”.
    C’est d’ailleurs assez cocasse de voir que subitement les dirigeants locaux souhaitent appliquer, même si ce n’est qu’à moitié, les directives du parti. Eux qui ont refusé de respecter l’article 38 des statuts pour ne pas demander l’avis des adhérents pour l’investiture UMP à La Seyne 1 afin de se coopter entre eux. C’est d’ailleurs la raison principale du rejet massif par les électeurs dès le premier tour du binôme UMP/UDI qui comprenait trois parachutés sur quatre candidats. (UMP/UDI : 26%, UG : 32%, FN 42%)

    N : Si vous êtes effectivement exclu, allez-vous rejoindre le Front National par exemple ? Avez-vous déjà eu des contacts avec ses responsables locaux ?

    Sébastien Ausserre : Je ne pense pas être exclu. Ils ne peuvent pas. Je n’ai rien fait de mal. J’ai fait un choix sincère et responsable au bénéfice de La Seyne-sur-Mer qui est une des villes les plus endettées de France avec une fiscalité confiscatoire. Soit on s’oppose à la gauche, soit on est avec elle. J’ai choisi mon camp, celui d’une opposition sans relâche. Toutefois, si je suis exclu, je ne sais pas encore ce que je ferai. Je pense que je prendrai du temps pour réfléchir à mon avenir politique. Ce que je peux vous dire c’est que je ne rejoindrai jamais l’UDI.
    Bien sûr, je suis en contact avec des militants, des responsables et des élus locaux du FN qui m’ont témoigné leur soutien dans cette affaire. Et je les en remercie.

    N : Que pensez-vous de la situation actuelle de l’UMP ?

    Sébastien Ausserre : La situation de l’UMP est incompréhensible. Ses responsables sont atteints d’un véritable strabisme. Les militants et une majorité de Français nous attendent à la Droite de nos valeurs, que nous renouons avec notre identité, notre héritage gaulliste. Que nous soyons la Vraie Droite. Mais les barons de l’UMP, Nicolas Sarkozy compris font de l’UMP un parti centriste. Comme nous le prouve le nouveau nom de l’UMP, Les Républicains, qui n’est qu’une opération de communication sans fond politique ni débats d’idées. Aujourd’hui à l’UMP c’est la minorité centriste qui fait la pluie et le beau temps.

    N : L’immigration, l’insécurité et la défense de notre identité sont les principales raisons mises en avant par les électeurs qui votent Front National, qu’elle est votre position ?

    Sébastien Ausserre : Je me revendique clairement des positions du RPR de 1990. C’est à dire la fermeture des frontières en revenant sur Schengen afin d’avoir une immigration zéro, une justice qui dissuade les criminels, et protéger notre identité en refusant le communautarisme en sauvegardant notre mode de vie. Sans identité, il n’y a plus de France. Ce n’est pas tabou de parler d’identité nationale car c’est ce qui nous façonne. Je suis également favorable à la préférence nationale pour les aides sociales, le logement… Mais voilà le RPR a changé et est devenu l’UMP, s’éloignant toujours un peu plus des attentes des Français contrairement au FN.

    N : Bientôt les élections régionales? Avez-vous l’intention de vous investir en région Provence-Alpes-Côte d’Azur ? Seriez-vous prêt à rejoindre les listes conduites par le FN – RBM ?

    Sébastien Ausserre : Pour le moment ce n’est pas la première de mes préoccupations. Je veux qu’à l’UMP on reconnaisse à nouveau les valeurs de droite. C’est un peu David contre Goliath, je n’aurais peut-être pas gain de cause mais au moins je serai allé jusqu’au bout de ce combat. Apres il est vrai que je me sens relativement proche de la ligne défendue par Marion Marechal Le Pen au sein du FN.

    http://fr.novopress.info/185733/entretien-sebastien-ausserre-responsable-jeunes-droite-populaire-du-var/#more-185733

  • Il faut trouver le bon équilibre entre la dédiabolisation et la normalisation

    Déjà évoquée ici par de courts extraits, l'interview donnée par Bruno Mégret au Point de cette semaine (articleréservé aux abonnés) est très intéressante car, au-delà de commentaires sur la crise actuelle au FN, l'ancien numéro 2 du FN et président du MNR, aujourd'hui en retrait de la vie politique, développe une analyse très pertinente de la vie politique française à travers un prisme de droite clairement affiché. En voici de plus longs extraits :   

    Sommes-nous entrés dans l’ère du tripartisme ?

    Oui, mais un tripartisme où chacun des trois acteurs se trouve dans une impasse.

    Le PS est dans une impasse idéologique. Car dans le registre de gauche qui est le sien, il n’a plus rien de crédible à offrir : après la retraite à 60 ans, il ne va pas instaurer la retraite à 55 ans et après la semaine de 35 heures, il ne va pas proposer la semaine de 30 heures. Les frondeurs du PS qui voudraient continuer d’aller dans ce sens ne proposent d’ailleurs aucune mesure concrète car aujourd'hui plus rien n’est possible dans cette voie. Les socialistes ont dès lors essayé de trouver une issue idéologique par le truchement des réformes sociétales, comme le mariage homosexuel, mais cette stratégie a ses limites elle aussi, car elle se heurte aux résistances de fond de la société française. En réalité, le PS n'a plus d'identité politique claire.

    L'UMP de son côté est dans une impasse stratégique car, au moment où la société se droitise, elle cherche le salut dans l'union avec le centre. Tout en continuant à s'aligner sur le politiquement correct largement défini par une gauche pourtant défaite.

    Quant au FN, il va bientôt atteindre ses limites faute d'alliés et de crédibilité gouvernementale (...)

    Pensez-vous que la stratégie anti-UMPS du Front national est une stratégie gagnante?

    Il est logique de dénoncer l'UMPS dans la mesure où, depuis des décennies, les dirigeants de l'UMP et du PS mènent pratiquement la même politique. Mais on ne peut pas pour autant traiter les deux camps de la même manière car les militants, les sympathisants et les élus de base de l’UMP n’ont pas les mêmes valeurs que la gauche et s’avèrent idéologiquement beaucoup plus proches des électeurs du FNLa sagesse serait de leur tendre la main. Sinon, il se passera ce qui est arrivé au second tour des départementales : un vote de rejet de l'électorat UMP à l'égard du FN. La politique exige la désignation claire de l'adversaire principal, et pour moi, ce ne peut être que la gaucheQuant à la droite traditionnelle, elle a, au-delà de ses dirigeants, vocation à s'allier avec le FN. Aussi ce dernier, s’il veut la victoire, doit-il développer une stratégie d’alliance et d’union de la droite. Penser qu'on peut arriver seul au pouvoir est une grave erreur, personne n'y est parvenu.

    Mais la droite semble exclure toute alliance avec le FN…

    Cette attitude des dirigeants de l'UMP est absurde : ils se conforment au diktat de la gauche. C’est ce genre de comportement qui les coupe du peuple et les éloigne de leur électorat (...)

    Comment analysez-vous la progression électorale du Front national depuis que Marine Le Pen a pris les commandes ?

    Marine Le Pen a mis en œuvre une partie de la stratégie qui était la mienne. Elle a mené une action efficace de dédiabolisation comme celle que je souhaitais conduire et qui m'avait amené à entrer en conflit avec son père, conflit qui a provoqué la scission entre les partisans de Jean-Marie Le Pen et les miens en 1999. À l’époque, je voulais déjà en finir avec les dérapages et les références sulfureuses qui empêchaient le FN de progresser.

    Elle a aussi, comme je l’avais fait, engagé une stratégie d'enracinement territorial pour disposer partout en France d'élus et de structures qui puissent relayer l’action et le discours. Enfin, elle affiche l’objectif clair d’arriver au pouvoir. La politique en effet n'est pas faite pour témoigner. Elle n’a de sens que dans l’exercice du pouvoir pour servir un idéal au bénéfice de nos compatriotes et de notre nation.

    De ce point de vue, les résultats de Marine Le Pen sont au rendez-vous.

    Pourquoi Marine Le Pen a-t-elle réussi à mettre cette stratégie en place alors que vous avez échoué ?

    Elle a pu le faire parce qu’elle est la fille de son père. Le Pen a toléré de sa part ce qu'il refusait obstinément lorsque cela venait de moi.

    Lire la suite "Il faut trouver le bon équilibre entre la dédiabolisation et la normalisation"

    Philippe Carhon

  • « La postmodernité marque la fin de la République une et indivisible. »

    Michel Maffesoli est sociologue et professeur émérite à l’université Paris Descartes. En 2014, il a publié L’ordre des choses : penser la postmodernité (CNRS Éditions). Nous avons tenté de cerner avec lui les contours de cette nouvelle époque et d’appréhender sa spécificité.
    PHILITT : Certains, comme Marcel Gauchet ou Antoine Compagnon, affirment qu’on peut se passer du concept de postmodernité, qu’en pensez-vous ?
    Michel Maffesoli : Je ne sais pas ce que pense précisément chacun des intellectuels français de l’idée de postmodernité, mais j’estime qu’un grand nombre d’entre eux demeure prisonnier d’une certaine bien-pensance, d’un certain attachement affectif à un monde qui les a nourris, de leur enfance à l’Alma Mater. Ils se crispent sur l’idée que la modernité existe encore, parce qu’ils veulent se persuader qu’elle doit encore exister. C’est une attitude qui peut se comprendre : on n’abandonne pas aisément ce en quoi l’on a cru, ce qui vous a apporté certitude et sécurité tout au long de votre vie. Les grandes idéologies du siècle dernier, dont le marxisme, agissaient de la même manière. Il est extrêmement complexe d’y renoncer.
    PHILITT : Qu’appelez-vous exactement postmodernité ?
    Michel Maffesoli : Il me semble important de préciser qu’il ne s’agit pas tant d’un concept à proprement parler, que d’un terme un peu bricolé que l’on emploie pour parler d’une réalité qui, même si d’aucuns continuent encore à le nier, existe déjà. Il suffit de descendre dans la rue pour le constater. Quelle est cette réalité ? L’architecte Roberto Venturi a publié, à la fin des années 1960, un ouvrage intitulé De l’ambiguïté en architecture : il s’agit d’un manifeste du postmodernisme, un texte fondateur et fascinant. Venturi s’opposait au rationalisme exacerbé du Bauhaus, où prédominent le fonctionnel et les angles droits, ainsi qu’une esthétique minimaliste. Il rejette ces grands blocs statiques, gris et raisonnables, et conçoit, pour la communauté italo-américaine, des bâtiments postmodernes où se combinent deux aspects essentiels. La diversité des citations est la première d’entre elles. Une porte gothique par ici, une fenêtre romane par là. Il refuse l’unité architecturale, le monolithisme du style unifié… C’est à la fois novateur et profondément visionnaire, car c’est exactement le même rejet qui est à l’œuvre dans la société postmoderne. Je ne veux plus seulement m’identifier à une seule image, ni me limiter à une référence unique. J’aspire à une diversité, changeant et évolutive, autant dans mes références que dans mon identité. C’est là qu’intervient la deuxième caractéristique de ce postmodernisme architectural de Venturi : l’anamnèse. C’est à dire des éléments évoquant l’origine italienne de cette communauté, répondant à l’injonction célèbre : « Souviens-toi d’où tu viens !». On essaie de rappeler le lieu d’origine des émigrés, en reprenant des motifs de l’architecture florentine, ou sicilienne… Vous conviendrez qu’il s’agit là d’une approche radicalement nouvelle de l’architecture, mais également de la société. Pour ma part, je considère que ce sont deux facettes de la postmodernité : une mosaïque où coexistent d’innombrables tribus, loin de la République une et indivisible, et traversée par une très forte référence aux origines, qui rompt avec l’idéologie du Progrès, inlassablement tournée vers des lendemains parfaits. Il n’y a plus de référence monolithique à un idéal, que viendraient cimenter les droits de l’homme. Désormais, les individus évoluent dans un monde où foisonnent les références. Chacun est libre d’y piocher à son gré, de se constituer une nouvelle identité, voire plusieurs. J’emploie volontiers l’oxymore « enracinement dynamique » pour illustrer ces caractéristiques.
    Bien avant moi, Jean-François Lyotard, avec La Condition Postmoderne, et Jean Baudrillard, avaient ouvert ce champ de réflexion par leurs travaux. L’un et l’autre ont contribué à mettre en évidence cette réalité nouvelle, celle-là même que j’explore à travers mes recherches. En France, et c’est très regrettable, nous sommes en train d’accumuler un triste retard sur la question de la postmodernité, notamment si on prend comme point de comparaison le Japon, le Brésil ou encore la Corée du Sud, pays que je connais bien. Il y a là-bas, en gestation, un dépassement des grands prototypes de la modernité, et la question de l’identité y est abordée de manière beaucoup plus sereine, de manière plus intelligente aussi je crois. Dans ces pays, on ne se crispe pas sur la vieille identité nationale fédératrice. Même dans d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou l’Espagne, le jacobinisme, moins fort, permet une plus grande souplesse quant à l’idée de postmodernité. Le mot de postmodernité importe peu d’ailleurs. On l’emploie parce qu’il est commode, et qu’il permet de nommer ce qui est en train de se passer. Peut-être un jour trouverons-nous un autre mot ? Je ne me risquerais pas à un pronostic là-dessus, il serait bien impossible de prévoir ce qui, a posteriori, constituera la caractéristique principale de cette époque, suffisamment du moins pour que l’on juge pertinent d’en tirer un nom. Mais il convient de garder à l’esprit que la postmodernité n’est pas un concept, figé et immobile.

    Lire la suite