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Europe et Union européenne - Page 1022

  • Une Chape de plomb recouvre la visite officielle du Président islandais

    Morosité persistante dans la zone euro, embellie confirmée de l’Islande ont eu raison de l’arrogance de nos élites. L’Islande, premier pays européen touché par la crise en 2008, a retrouvé le chemin de la prospérité : croissance de 2,5% du PIB, un chômage de 5%, excédents du commerce extérieur et des comptes publics. Les choix de politique économique de ce petit pays se retrouvent projetés sous la lumière de l’oligarchie. Dans les hautes sphères des centres de décision, les masques tombent, les certitudes se lézardent, les dogmes s’effondrent.

    La dernière visite d’une délégation officielle de l’Islande remonte à 1983. Qui serait assez crédule pour croire que le calendrier retenu pour la fin février 2013 est une pure coïncidence ? A l’aune d’une zone euro enlisée dans une crise profonde, voyons un peu ce que peut ressentir l’ oligarchie aux affaires en France notamment, en apprenant que l’île vient de réaliser deux années consécutives de croissance positive supérieures à 2% du PIB quand ce même PIB était en recul de 6,6 % en 2009 ; que le déficit budgétaire annuel de cet Etat providence est maintenant résorbé quand il était de 13.5% en 2008 ; que le chômage approche les 5% de la population active quand il était monté à 8% en 2010 ; qu’il faut se faire à l’idée que le pays a gagné son bras de fer juridique contre la technocratie de Bruxelles et la finance internationale ; que le prêt de 2.1 milliards d’euros du FMI fut remboursé dans les meilleurs délais ; qu’en dévaluant brièvement la couronne jusqu’à 70%, le pays a pu réinvestir dans l’économie nationale et créer un cercle vertueux pour la relance des investissements. [1]

    Et puis les pouvoirs publics islandais ne se sont pas contentés de faire un pied de nez aux banques en faillite. L’Islande prend des mesures hétérodoxes efficaces pour les particuliers et les entreprises qu’il conviendrait de faire connaître au plus grand monde. N’en déplaise aux financiers, pour sauver les ménages surendettés, l’Etat incite les banques à écrêter leurs créances. Au-delà de 110% de la valeur du logement, la dette est effacée. Pour sauver les PME, entreprises créatrices d’emplois locaux, rappelons-le, l’Etat agit de même. [2] Voilà de quoi titiller les biens pensants les plus dogmatiques, n’est-ce pas ?

    Dès lors, on comprend mieux pourquoi l’Islande n’est pas pressée d’entrer dans l’Union Européenne, et encore moins d’adopter la monnaie unique. « En quarante ans, nous sommes passés d’un pays en développement à l’un des plus prospères d’Europe avec notre petite monnaie indépendante », argumente l’eurosceptique président. [3]

    En réponse la ploutocratie impose un devoir de réserve à l’oligarchie europhile et la nébuleuse des organes de presse persiste à maintenir l’expérience empirique de l’Islande à l’ombre des projecteurs de l’opinion publique européenne. Fait révélateur… quand d’une part 145 occurrences de médias audiovisuels relatent, en moyenne, une visite officielle d’un Chef d’Etat, que d’autre part Le Figaro et rue89 sont les deux seuls médias à avoir relayé la visite du cas d’espèce islandais chez son hôte de l’Elysée. Aucun compte rendu officiel n’est venu nous éclairer, si ce n’est sur la teneur des débats, tout au moins sur les grandes lignes de discussion, comme le veut l’usage, par les médias de l’establishment. Tout juste peut-on lire sur le site de l’ambassade de France en Islande que les deux Président ont évoqué la nécessité de développer les énergies renouvelables et en particulier la géothermie…. Autant dire que nous, le peuple, sommes sous informé. Président du groupe amitié France – Islande, le député Michel Tardi fait bien mention du programme du séjour du Président Islandais en France sur son blog, mais là s’arrête l’entorse de principe au silence ambiant.

    Monsieur Olafur Ragnar Grimsson s’est entretenu avec Michel Rocard, ambassadeur chargé de la négociation pour les pôles Arctique et Antartique, en marge d’une conférence sur le renouveau islandais en présence du gouverneur de la banque centrale islandaise et de Chefs d’entreprises le 26 février au matin. Thème de la conférence : quels sont les facteurs de la renaissance islandaise ? Voilà un sujet pertinent. Quelles en sont les conclusions des officiels présents et notamment de Michel Rocard ? Le peuple est en droit de savoir.

    Le 26 février dernier dans l’après midi, le Président islandais s’est également entretenu officiellement pendant 1h30 avec des représentants de l’assemblée nationale. Pourquoi n’avons-nous pas eu un aperçu des débats ? Le même jour en fin d’après midi, il s’est rendu à un entretien officiel de près de deux heures avec monsieur Bel, Président du Sénat et troisième autorité politique de notre pays. Que ressort-il de cet entretien ? Nous n’en savons rien. Le matin du 28 février 2013, le chef d’Etat islandais s’est entretenu avec le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économique dont le conseil s’est réuni dans la foulée…. Bouche cousue. Nous le voyons bien, les oligarques ne sont pas indifférents à la réussite islandaise en dépit d’apparences bien trompeuses…

    [1] Quatre ans après, l’Islande nargue l’Europe. La Tribune du 5 octobre 2012

    [2] L’Islande, modèle de sortie de crise ? Libération du 8 février 2013

    [3] L’Islande, relevée de la crise, tourne le dos à l’euro. Le Figaro Economique du 1er mars 2013

  • Lettonie : L’État veut entrer dans la Zone euro, pas le peuple

    Les Lettons pourraient avoir à commercer en euro plutôt qu’en lat dès l’an prochain. Mais seule une faible part de la population est favorable à ce changement de monnaie, projet de l’actuel gouvernement de Riga.

    8% de la population lettone, voilà la petite part d’habitants de ce pays de l’Est de l’Europe qui se disent favorables à une adhésion rapide de leur nation à la zone euro, selon une enquête réalisée par la banque DNB rendue publique en janvier dernier.

    Visiblement, la crainte prévaut sur l’enthousiasme, alors que les dirigeants du pays viennent de procéder ce lundi à une demande officielle d’adhésion à l’euro. En cas d’accord, la Lettonie deviendrait le 18e pays à adopter la monnaie commune, abandonnant le lat.

    L’opposition dit craindre une hausse des prix

    Lors d’une cérémonie à Riga, le Premier ministre Valdis Dombrovskis, le ministre des Finances Andris Vilks et le gouverneur de la Banque centrale Ilmars Rinkevics ont signé le document qui devrait permettre à cet État balte de 2 millions d’habitants de rejoindre la zone euro au 1er janvier 2014. “Une croissance économique plus rapide est possible si la Lettonie est dans la zone euro”, a estimé Andris Vilks, qualifiant cette démarche d’”historique”. Mais l’opposition s’insurge vivement contre cette initiative.

    “Chaque médaille a son revers que les partisans de l’euro omettent de mentionner. Les prix vont augmenter. C’est ce qui est arrivé dans tous les pays de l’UE qui sont passés à l’euro. Nous ne sommes pas une exception”, affirmait Iveta Grigule, une députée du parti des Verts et Fermiers (ZZS) en janvier.

    Les altermondialistes et les groupes d’extrême-droite campent les adversaires les plus farouches du passage à euro.

    La Commission européenne va vérifier les comptes lettons

    L’examen de la candidature prendra plusieurs mois. Pour intégrer l’euro, le pays doit respecter cinq critères concernant la dette, le déficit public, l’inflation, les taux d’intérêt à long terme et une parité stable avec l’euro. Les experts de la Commission européenne sont attendus à Riga dans les semaines à venir pour vérifier les comptes de ce pays. Leur rapport sera ensuite soumis à la Commission européenne et aux ministres des Finances de l’UE pour approbation en juin, avant d’être transmis à la Banque centrale européenne qui devra se prononcer de son côté en juillet.

    L’Estonie est le dernier pays à avoir adopté l’euro, c’était en 2011. De son côté, la Lituanie a dit envisager de passer à la monnaie unique en 2015 ou 2016.

    La Tribune

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  • Lech Walesa et les homosexuels : «Qu’ils nous laissent, moi et mes petits-enfants, tranquilles»

    Déclaration choc. Lech Walesa, ancien Président de Pologne, figure de proue du syndicat anti-communiste Solidarność et prix Nobel de la paix, a déclaré que les députés homosexuels devaient siéger « à l’extérieur » du Parlement polonais.

    Dans la Pologne qui résiste encore et toujours aux pressions des lobbies LGBT, Lech Walesa, symbole de la résistance pacifique au communisme, a déclaré vendredi soir à la chaîne de télévision TVN, que les députés homosexuels devrait siéger « près du mur (du Parlement, ndlr) et même derrière le mur ». La raison ? L’ancien président polonais estime que « dans tous les domaines », il «  leur donne proportionnellement à ce qu’ils représentent » et qu’ils représentent aujourd’hui « une minorité marche sur la tête de la majorité.  » Et d’ajouter : « Je ne veux que pas cette minorité, avec laquelle je ne suis pas d’accord, mais que je tolère et que je comprends, manifeste dans la rue et fasse tourner la tête à mes enfants et mes petits-enfants. »

    Si le dirigeant historique du premier syndicat libre du monde communiste « comprend qu’il y ait des gens différents, différentes orientations et qu’ils ont droit à leur identité », il estime qu’il faut « qu’ils ne changent pas l’ordre établi depuis des siècles ». « Je ne veux même pas en entendre parler. Qu’ils le fassent entre eux, et qu’ils nous laissent, moi et mes petits-enfants, tranquilles  », a-t-il conclu.

    Cette déclaration intervient après l’échec, en janvier dernier, malgré les pressions des lobbies homosexuels, de la tentative du gouvernement du libéral Donald Tusk de créer en Pologne une union civile destinée aux homosexuels.

    Nouvelles de France

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  • Portugal : Marée humaine contre l’austérité

    Une marée humaine a déferlé samedi sur le Portugal, Lisbonne en particulier, à l’appel d’un mouvement citoyen apolitique très actif sur les réseaux communautaires, nommé “Que la Troïka aille se faire voir” qui a réalisé ainsi une mobilisation exceptionnelle contre les mesures d’austérité, exigées par les créanciers du pays, sous assistance financière.

    La troïka et le gouvernement dehors“, “le Portugal aux urnes“, “élections maintenant“, “démocratie participative“, “qui s’endort dans la démocratie, se réveille dans la dictature“, “Bandits, rendez-nous notre argent” clamait de petites affiches. “Aujourd’hui je suis dans la rue, demain ce sera toi“.pouvait-on lire sur les banderoles portées par les manifestants.

    Quelque 500.000 personnes ont défilé dans la capitale où le cortège avait démarré au son de l’hymne de la Révolution des Oeillets de 1974 qui a permis l’instauration de la démocratie. “Grândola Vila Morena” a ainsi été reprise en cœur par les manifestants, la voix tendue d’émotion.

    La manifestation de samedi a ainsi donné une nouvelle dimension au mécontentement populaire contre les mesures d’austérité mises en œuvre par le gouvernement de centre-droit, en contrepartie du plan de sauvetage international de 78 milliards d’euros accordé au Portugal en mai 2011.

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  • Percée des eurosceptiques dans une législative partielle en Angleterre

     

    Les libéraux-démocrates ont conservé leur siège de député d’Eastleigh, dans le sud de l’Angleterre, infligeant une défaite cinglante au premier ministre David Cameron, dont le Parti conservateur n’est arrivé qu’en troisième position derrière les eurosceptiques de l’UKIP.

     

    Le chef de l’UKIP, Nigel Farage, a estimé que la focalisation de Cameron sur

    "les éoliennes et le mariage gay au lieu de s’occuper de la libre entreprise et des affaires, l’avait privé d’une partie de ses soutiens dans les fiefs du parti".

    Une remarque qui s’applique tout autant à la France, à l’approche des élections de 2014.

    Le Salon Beige

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  • Relations Russie – Union Européenne

    par Arnaud Leclerc

    « La crise de l’Euro est bien plus profonde qu’une simple crise de la dette. L’Euro a été créé pour des raisons politiques et sans prendre en compte le niveau de technologie des pays, l’harmonisation du marché du travail, l’intégration politique et une langue commune. On aurait dû être davantage pragmatique. Quand la crise est survenue, les réponses ont été inadaptées. L’Union Européenne n’est pas une vraie Fédération et en a tous les inconvénients sans en avoir les avantages. »

    Cette déclaration cassante de Vladimir Poutine le 25 octobre 2012 lors du Club Valdaï résume bien le sentiment russe vis-à-vis de l’Union Européenne : vous n’êtes pas un modèle pour la Russie. En d’autres termes, la monnaie est construite sur du sable,  les disparités économiques et territoriales ont été négligées, vous ne disposez pas d’un socle identitaire solide et votre gouvernance est bancale. Qui êtes-vous pour nous donner des leçons ?

    En cherchant à mieux comprendre ce désamour, l’on retrouve malheureusement beaucoup de qualificatifs émotionnels de part et d’autre: absence de respect mutuel, ambiguïté, incompréhension, divergences, méfiance, malentendus, concurrence. Comme dans un vieux couple, les reproches fusent et se répondent sans que l’on saisisse véritablement qui a eu tort le premier.

    Ainsi, quand l’Europe parle à la Russie de liberté et de démocratie, cette dernière y voit hypocrisie et leçons de morale à géométrie variable. L’UE ne soutient-elle pas depuis longtemps des régimes notoirement corrompus et peu démocratiques comme celui de l’Algérie et la France n’a-t-elle pas reçu en grande pompe l’ubuesque Colonel Kadhafi, avec sa tente installée sur les Champs Élysées, avant de décider de le bombarder sans ménagement ?

    Une Histoire européenne commune… Oubliant un peu vite le dépeçage de la Pologne, qui a tout de même marqué les esprits libéraux européens, et ses conquêtes aussi bien impériales que staliniennes vers la Baltique, la mer Noire, l’Asie Centrale et l’Extrême Orient, la Russie se souvient surtout des agressions militaires multiples qui se sont succédé au fil des siècles en provenance des Polono-Lithuaniens, des Suédois, des Allemands, des Français et des Anglo-saxons, lesquelles ont développé un sentiment de citadelle assiégée.

    Abus de pouvoir énergétique envers l’Ukraine et l’Europe Centrale ? Un instrument d’influence qui vaut bien celui des multinationales, de la puissance de l’argent et des médias occidentaux. Une divergence sur les valeurs fondamentales ? Vu du côté russe, quelles sont les valeurs de cette Union Européenne qui ne reconnaît pas ses racines judéo-chrétiennes dans sa Constitution alors que l’orthodoxie fait partie intégrante de la nouvelle société russe ? Corruption des élites : certes, mais n’y a-t-il jamais eu de politiciens corrompus en Europe et, chose à peine croyable, l’un de ses pays membre n’est-il pas allé jusqu’à escroquer les autres en falsifiant à grande échelle sa comptabilité publique, engendrant ainsi des dizaines de milliards d’euros de pertes pour les banques, les sociétés et les citoyens européens? Et encore, le décompte de ce qui sera probablement la facture la plus salée de l’Histoire n’est pas définitif…

    La brutalité de la répression en Tchétchénie ? Sans aucun doute mais les guerres coloniales, le Vietnam ou le déclenchement d’une invasion pour des armes de destruction massive jamais découvertes répondent en échos. La position du Kremlin est qu’aucune n’est propre : « pas plus la nôtre que les vôtres ». Cette affirmation n’est pas très morale mais elle a le mérite de ne pas la mettre systématiquement du même côté, comme dans les films hollywoodiens. Enfin, si le soutien à la Syrie de Bachar El Assad apparaît à raison injustifiable à la communauté internationale, les Russes demandent néanmoins pourquoi ce dernier était l’invité d’honneur au défilé du 14 juillet 2008 et pourquoi il était encore chouchouté par les capitales européennes il y a à peine plus de deux ans. La France et l’Europe pouvaient-elles alors feindre d’ignorer que, tout comme son père avant lui, il était déjà un dictateur implacable, ou alors ont-t-elle fait preuve d’un cynisme au moins équivalent à celui de la Russie et de la Chine aujourd’hui ? Vu du Kremlin, les Européens et les Américains font semblant d’oublier que la dernière base navale russe sur la Méditerranée est précisément située à Tartous, en Syrie, à quelques encablures d’Israël.

    Ce jeu de ping-pong avec l’Europe et plus généralement entre l’Occident et la Russie pourrait être sans fin. Malgré sa culture profondément européenne (Cf ouvrages du Prof. Martin Malia, Berkeley University), notamment en tant qu’héritier de Byzance pour la chrétienté et d’une forte communauté juive l’ancrant également dans la tradition biblique occidentale, malgré une aristocratie qui fût francophone et germanophone, malgré le romantisme de l’amitié communiste entre les peuples ou bien la Maison européenne chère à Gorbatchev… la Russie n’a en fait jamais vraiment été une puissance géopolitique de nature européenne (Cf. ouvrage A. Leclercq : La Russie, puissance d’Eurasie – Histoire géopolitique des origines à nos jours, Ellipses décembre 2012) .

    Il n’empêche que les relations existantes avec l’UE et leur potentiel à tous niveaux demeurent vitales aux deux parties. A cet égard, certains se demandent si ces relations doivent désormais reposer sur une logique de valeurs ou bien sur une logique d’intérêts. Là réside sans doute un premier élément de réponse pour comprendre la stérilité des relations entre la Russie et l’UE. En effet, nous ne nous posons pas vraiment la question en ces termes et avec la même acuité avec la Chine, l’Inde ou l’Afrique, civilisations bien éloignées de nos paradigmes occidentaux. Tout ne nous y plaît pas, mais l’on accepte cependant, résignés peut-être, que ce n’est pas tout à fait la même chose là-bas. En revanche, si on la pose de cette façon avec la Russie, c’est sans doute en raison de sa proximité culturelle et historique qui voudrait qu’elle soit très proche, voire en quelque sorte assimilable.

    Or, la Russie est eurasiatique, elle n’est pas européenne. Au mieux, elle est perçue comme « entre-deux » mais n’est pas comprise par l’Occident comme une civilisation à part entière, d’où des malentendus car les Russes ne le voient pas de cette façon.

    Les États-Unis, pourtant jeune nation, sont parvenus de façon remarquable à incarner un système de valeurs, que l’on apprécie ou pas, mais que l’on comprend et en général respecte. Si l’on considère que la Russie est « Autre », que la proximité avec l’Europe n’a été que conjoncturelle et fondée sur des malentendus, si notre regard occidental s’accorde une grille de lecture au moins équivalente à celle que l’on accepte naturellement pour des pays et civilisations nous apparaissant différents de façon plus immédiatement évidente, alors l’on évitera de se poser la question de notre relation en termes de logique de valeurs versus d’intérêts car il n’y a pas de meilleure façon pour stigmatiser des différences de l’Autre et lui imposer a priori un système qui n’est pas vraiment le sien.

    A partir de là, le niveau d’attente et d’exigences de chacun envers l’Autre ne devient certes pas moindre et ne doit pas se transformer en complaisance, mais il se déplace sous un autre angle et donne davantage d’ouverture d’esprit pour accepter les différences, même choquantes au premier abord. Ainsi, les Russes pourront par exemple accepter que l’évolution des mœurs (mariage pour tous) n’est pas nécessairement synonyme de décadence, ou que la bureaucratie bruxelloise, malgré ses lourdeurs, a néanmoins contribué à construire une œuvre unique dans l’Histoire des peuples.

    Les Européens pourront de même essayer de mieux comprendre la pensée russe qu’ils connaissent si mal, ainsi que la géographie de cet espace aussi vaste qu’un continent où l’on se fait une représentation mentale bien différente du chef de l’État, de la religion, de l’armée, des fonctionnaires, de l’argent et du territoire. Une approche moins émotionnelle montrera alors qu’aucun des deux systèmes n’est transposable in extenso, même si des points communs existent.

    A l’instar de Winston Churchill, notre système de démocratie occidentale et d’Union Européenne sont peut-être les pires de tous les régimes à l’exception de tous les autres, et il est compréhensible que nous, Européens, les défendions jusqu’au messianisme. Si l’on veut sortir du « je t’aime, moi non plus » qui préside aux relations UE-Russie, il est indispensable que cette dernière mette davantage en évidence son système de valeurs et son fonctionnement qui lui sont propres.

    La Russie n’est plus « l’empire du mal » (Cf discours de Ronald Reagan, 8 mars 1983) et a perdu en 1991 les stygmates soviétiques qui la caractérisaient si particulièrement. Pour être à nouveau acceptée comme une entité, voire comme une civilisation à part entière, par l’Occident, par la Chine ou par d’autres, la Russie doit mettre en évidence les fondements de son idéologie et donner des exemples de valeurs identifiables par les autres systèmes et civilisations.

    realpolitik.tv  http://fortune.fdesouche.com

  • Vivement un Beppe Grillo français !

    Vive l’Italie ! On se régale de voir la frousse que la percée du clown Grillo est en train de mettre à (presque) tous nos dirigeants européens. C’est comme s’il avait fallu attendre le scrutin de ce week-end pour que nos élites, politiques comme médiatiques, sentent enfin le sol se dérober sous leurs pieds.

    Vous imaginez : plus de la moitié des Italiens ne veulent plus de leur austérité, de leur Europe. Et de leurs privilèges… Vous savez combien gagne un parlementaire italien ? Autour de 15 000 euros par mois ! Les mieux payés de tout le continent !

    Les bourses dévissent, les marchés s’inquiètent ; à Berlin, on fait la gueule. Et alors ? Tant mieux ! Qu’ils comprennent enfin que leur vieux monde, ils sont de plus en plus nombreux à ne plus le vouloir. Ce sera la pagaille ? Comme si ça ne l’était pas déjà ! On va vers l’inconnu ? Avec le présent qu’on connaît, beaucoup sont prêts à prendre le risque. Dites-moi ce qu’ils ont à perdre.

    Et puis, rien qu’à l’idée de se débarrasser de certains, de leur suffisance, de leur arrogance, de leur morgue, c’est comme une bouffée d’oxygène. Allez, disons-le, un peu comme une revanche. Qu’un Nicolas Demorand, patron de la rédaction de Libération, s’étrangle, je dois vous le confesser, me met en joie. Il a quand même parlé, à propos des 25 % et plus d’Italiens qui ont voté pour le Mouvement 5 étoiles, de « la prolifération des populismes bas du front ». Comme s’il s’agissait d’un cancer ! Dont seraient victimes des demeurés, des abrutis. Lui, bien sûr, normalien de son état, est au-dessus de tout ça. Quel mépris !

    Alors Beppe, surtout, ne rentre pas dans leur jeu ! Tiens-toi à distance. N’accepte pas les combinazioni. Laisse-les se démerder. Tu as raison de mettre la droite et la gauche dans le même panier. Ils ne valent pas mieux. Quant à Bruxelles, ils se jouent de nous. Tout à ta victoire, tu n’as pas dû relever la dernière perle de Laszlo Andor, le commissaire européen à l’Emploi et aux Affaires sociales. Figure-toi qu’il a expliqué que la levée de toutes les restrictions à l’entrée des Roumains et des Bulgares dans nos pays est « une grande chance pour l’Europe »… Je te propose d’en parler aux chômeurs italiens. Ici, on va s’en faire l’écho. Les presque deux millions deux cent mille « demandeurs d’emplois » vont apprécier. Allez, Ciao !

    Robert Ménard, le 2 mars 2013

    Boulevard Voltaire

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  • Jean Thiriart, théoricien de la révolution européenne

    Rares sont les Français chez qui le nom de Jean Thiriart évoque un souvenir. Pourtant de 1960 à 1969, au travers de l’organisation européenne transnationale Jeune Europe et du mensuel La Nation Européenne celui-ci anima la première tentative, restée inégalée, de création d’un parti nationaliste révolutionnaire européen, et définit clairement dans ses écrits ce qui forme maintenant le corpus doctrinale d’un partie non négligeable des mouvements nationalistes d’Europe.

    Né dans une grande famille libérale de Liège qui éprouve de fortes sympathies pour la gauche, Jean Thiriart milite d’abord dans la Jeune Garde Socialiste et à l’Union Socialiste Anti-Fasciste, puis durant la seconde guerre mondiale au Fichte Bund (une ligue issue du mouvement national-bolchevick hambourgeois des années 20), et aux Amis du Grand Reich Allemand, association qui regroupe en Belgique romane d’anciens éléments d’extrême-gauche favorables à la collaboration européenne, voire à l’annexion dans le Reich.

    Condamné à trois ans de prison à la «Libération», Thiriart ne refait politiquement surface qu’en 1960, en participant, à l’occasion de la décolonisation du Congo, à la fondation du Comité d’Action et de Défense des belges d’Afrique qui devient quelques semaines plus tard le Mouvement d’Action Civique. En peu de temps Jean Thiriart transforme ce groupuscule poujadiste en une structure révolutionnaire efficace qui - estimant que la prise du pouvoir par l’OAS en France serait de nature à être un formidable tremplin pour la révolution européenne - apporte un soutien efficace et sans faille à l’armée secrète.

    Parallèlement, une réunion est organisée à Venise le 4 mars 1962. Participent à celle-ci, outre Thiriart qui représente le MAC et la Belgique, le Mouvement Social Italien pour l’Italie, Le Parti Socialiste de l’Empire pour l’Allemagne, et le Mouvement de l’Union d’Oswald Mosley pour la Grande Bretagne. Dans une déclaration commune, ces organisations déclarent vouloir fonder « Un Parti National Européen, axé sur l’idée de l’unité européenne, qui n’accepte pas la satellisation de l’Europe occidentale par les USA et ne renonce pas à la réunification des territoires de l’Est, de la Pologne à la Bulgarie, en passant par la Hongrie ». Mais le Parti National Européen n’aura qu’une existence extrêmement brève, le nationalisme archaïque et étriqué des Italiens et des Allemands leur faisant rapidement rompre leurs engagements pro-européens.

    Cela ajouté à la fin sans gloire de l’OAS fait réfléchir Thiriart qui conclut que la seule solution est dans la création de toute pièce d’un Parti Révolutionnaire Européen, et dans un front commun avec des partis ou pays opposés à l’ordre de Yalta.

    Aboutissement d’un travail entamé dès la fin 1961 le MAC se transforme en janvier 1963 en Jeune Europe, organisation européenne qui s’implante en Autriche, Allemagne, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays Bas, Portugal et Suisse. Le nouveau mouvement tranche par son style sur les habituels mouvements nationalistes. Il est très fortement structuré, il insiste sur la formation idéologique dans de véritables écoles de cadres, il tente de mettre en place une centrale syndicale embryonnaire, le Syndicat Communautaire Européen. De surcroît, Jeune Europe souhaite fonder des Brigades Révolutionnaires Européennes pour débuter la lutte armée contre l’occupant américain, et cherche un poumon extérieur. Ainsi des contacts sont pris avec la Chine communiste, la Yougoslavie et la Roumanie, de même qu’avec l’Irak, l’Egypte et la résistance palestinienne.

    Si Jean Thiriart est reconnu comme un révolutionnaire avec lequel il faut compter - il rencontre Chou-En-Laï en 1966 et Nasser en 1968, et est interdit de séjour dans cinq pays européens ! - et si l’apport militaire de ses militants au combat antisioniste n’est pas contesté - le premier européen qui tombera les armes à la main en luttant contre le sionisme, Roger Coudroy, est membre de Jeune Europe - ses alliés potentiels restent inhibés par des réflexes idéologiques ou de bienséance diplomatique qui ne leur permettent pas d’accorder à Jeune Europe l’aide financière et matérielle souhaitée. De surcroît après les crises de la décolonisation l’Europe bénéficie d’une décennie de prospérité économique qui rend très difficile la survie d’un mouvement révolutionnaire. Cependant la presse de l’organisation, tout d’abord Jeune Europe, puis La Nation Européenne, a une audience certaine et compte des collaborateurs de haut niveau parmi lesquels on peut citer l’écrivain Pierre Gripari, le député des Alpes-Maritimes Francis Palmero, l’ambassadeur de Syrie à Bruxelles Selim El Yafi, celui d’Irak à Paris Nather El Omari, ainsi que Tran Hoai Nam, chef de la mission vietcong à Alger, de plus des personnalités telles que le leader noir américain Stockeley Carmichel, le coordinateur du secrétariat exécutif du FLN Cherif Belkacem, le commandant Si Larbi et Djambil Mendimred, tous les deux dirigeants du FLN algérien, ou le prédécesseur d’Arafat à la tête de l’OLP, Ahmed Choukeiri, acceptent sans difficultés de lui accorder des entretiens. Quant au général Peron, en exil à Madrid, il déclarera «Je lis régulièrement La Nation Européenne et je partage entièrement ses idées. Non seulement en ce qui concerne l’Europe mais le monde».

    En 1969, déçu par l’échec relatif de son mouvement et par la timidité de ses appuis extérieurs, Thiriart renonce au combat militant. Malgré les efforts de certains de ses cadres, Jeune Europe ne survivra pas au départ de son principal animateur. C’est toutefois de sa filiation que se revendiquent, au début des années 70, les militants de l’Organisation Lutte du Peuple en Allemagne, Autriche, Espagne, France, Italie et Suisse, dans les années 80 les équipes des revues belge Volonté Européenne et française Le Partisan Européen, ainsi que la tendance Les Tercéristes Radicaux au sein du mouvement NR français Troisième Voie. Jean Thiriart sortira de son exil politique, en 1991, pour soutenir la création du Front Européen de Libération dans lequel il vit le seul successeur de Jeune Europe. C’est avec une délégation du FEL qu’il se rendit à Moscou en 1992 pour y rencontrer les dirigeants de l’opposition russe à Boris Eltsine. Malheureusement Jean Thiriart fut fauché par une crise cardiaque peu de temps après son retour en Belgique. Il laissait inachevé plusieurs ouvrages théoriques dans laquelle il analysait l’évolution nécessaire du combat anti-américain du fait de la disparition de l’URSS.

    Inspiré par Machiavel et Pareto, Thiriart se dit « un doctrinaire du rationnel » et rejette les classifications habituelles de la politique, il aime à citer la phrase d’Ortega y Gasset « Etre de gauche ou de droite, c’est choisir une des innombrables manières qui s’offrent à l’homme d’être un imbécile ; toutes deux, en effet, sont des formes d’hémiplégie morale ». Le nationalisme qu’il développe est un acte de volonté, le souhait commun d’une minorité de réaliser quelque chose. Ainsi il est basé uniquement sur des considérations géopolitiques. Seules, pour lui, ont de l’avenir les nations d’ampleur continentale (USA, Chine, URSS), si donc on veut rendre sa grandeur et son importance à l’Europe, il convient d’unifier celles-ci, cela en constituant un Parti Révolutionnaire de type léniniste qui débute immédiatement la lutte de libération nationale contre l’occupant américain et ses collaborateurs, les partis du système et les troupes coloniales de l’OTAN. L’Europe de l’Ouest, libérée et unifiée pourrait alors entreprendre des négociations avec l’ex-URSS pour construire le Grand Empire Européen de Galway à Vladivostock, seul capable de résister à la nouvelle Carthage américaine, et au bloc chinois et à son milliard d’habitants.

    Opposé aux modèles confédéraux ou fédéraux, ainsi qu’à « L’Europe aux cent drapeaux », Thiriart qui se définit comme un « jacobin de la très-Grande Europe » veut construire une nation unitaire conçue sur la base d’un nationalisme d’intégration, d’un empire extensif apportant à tous ses habitants l’omnicitoyenneté et héritier juridique et spirituel de l’Empire romain.

    Sur le plan économique Thiriart rejette « l’économie de profit » (capitalisme) et « l’économie d’utopie » (communisme) pour prôner « l’économie de puissance » qui vise au développement maximum du potentiel national. Bien sûr dans son esprit la seule dimension viable pour cette économie est la dimension européenne. Disciple de Johann Gottlieb Fichte et de Friedrich List, Thiriart est partisan de « l’autarcie des grands espaces ». Ainsi l’Europe, sortie du FMI et dotée d’une monnaie unique, protégée par de solides barrières douanières, et veillant à son auto-suffisance pourrait échapper aux lois de l’économie mondiale.

    Bien que datant du milieu des années 60, les livres de Jean Thiriart restent étonnamment actuels. Dès 1964, il décrit la disparition du « parti russe » en Europe, cela plus de 10 ans avant la naissance de l’eurocommunisme et près de vingt-cinq ans avant les bouleversements des pays de l’est. De même sa description du parti américain, des milliers de « Quisling US », est toujours la réalité de l’Europe d’aujourd’hui comme l’ont illustré récemment les positions de la plupart des hommes politiques lors de la guerre du Golfe, les affrontements dans l’ex-Yougoslavie ou les derniers sursauts africains. Et son analyse de l’impérialisme américain n’a pas pris une ride, en 1966 il conseillait d’ailleurs de lire le Yankee James Burham, conseil qu’il est encore temps de suivre pour trouver dans le livre de ce dernier Pour la domination mondiale des phrases comme celles-ci : « Il faudrait renoncer à ce qui subsiste de la doctrine de l’égalité des nations. Les USA doivent ouvertement se porter candidats à la direction de la politique mondiale ».

    Contestable par certains côtés (jacobinisme outré, trop grande rationalité, etc.), nous ne l’ignorons pas, Thiriart reste un de nos grand maître à penser pour ce siècle finissant. Il nous appartient de nous nourrir de ses théories, de les évaluer et de savoir les dépasser pour aborder les lendemains de l’an 2000.

    Christian Bouchet http://www.voxnr.com

  • Le bon sens loin de chez nous par Jacques GEORGES

     

    On le sait depuis si longtemps qu’on ne le réalise même plus, mais notre époque est une mine pour les dingues. Le loufoque est partout : pour s’en tenir à l’actualité française des derniers jours, le duel Copé – Fillon, le mariage pour tous, le débat sur le genre, ou même la menace de nationalisation de Florange, sans parler des sujets plus graves, la cavalcade tri décennale des dettes, la poursuite joyeuse de l’immigration de masse et de la substitution de population, amènent à se gratter la tête et à se demander : nos dirigeants ont-ils encore un reste de bon sens ? D’ailleurs, le bon sens est-il encore une valeur lisible et reconnue aujourd’hui ?

     

    C’est pour essayer de mettre un peu de clarté sur ce sujet que, fort d’une journée de bulle en perspective, je me suis attablé ce matin face à la baie d’Alger (1) et ai commencé à tapoter mon clavier. Voici le résultat. Je précise que tout ce qui suit est rigoureusement exempt  de toute lecture préalable, réflexion intellectuelle approfondie, ou consultation d’ouvrages universitaires de haute volée, pardon pour le pléonasme. Je connais trop les intellectuels pour m’en inspirer sur tout ce qui compte. Nous allons essayer en toute simplicité et de bonne foi (deux vieux compagnons du bon sens) de définir le bon sens, d’en préciser les frontières, de tirer quelques conclusions, et peut-être de proposer quelques mesures de bon sens pour redonner un peu de tonus à icelui.

     

    Définir le bon sens est a priori fastoche : c’est tout ce qui ne heurte pas le bon sens. Excellente réponse. Faisons quand même un pas de plus : c’est une grille de lecture, un guide pour la réflexion et pour l’action. Mais encore ? C’est une grille de lecture, un guide qui permet de discriminer, de classer, de juger, de se forger une opinion sur une infinité de sujets : actions et attitudes de la sphère privée, programmes et décisions politiques, productions intellectuelles et artistiques par exemple. Le contenu de la grille, sa chimie, ses gênes ? Ça devient un peu compliqué. Osons. Serait de bon sens tout ce qui :

     

    — est perçu comme tel par une large majorité de braves gens;

     

    — déplaît à Saint-Germain-des-Prés;

     

    — séduit les ingénieurs et déplaît aux Sciences Po et autres énarques;

     

    — n’aurait que des avantages et pas d’inconvénients, ou manifestement plus d’avantages que d’inconvénients;

     

    — serait  conforme à la raison;

     

    — traduirait une bonne santé de base;

     

    — privilégierait le long terme, ou ce qui est validé par l’expérience, voire la tradition;

     

    — éviterait ou éloignerait les catastrophes;

     

    — tendrait à perpétuer tout ce qui compte vraiment, je ne sais, l’espèce, la vie, l’amour.

     

    Cette tentative laisse perplexe; tout ceci est fragile et discutable; on sent qu’on peut aller très loin comme ça, noircir des milliers de pages de précisions, de distinguos, de questions qui s’ajoutent aux questions, sans arriver au bout. On peut tourner autour du bon sens, pas le définir. D’où l’intérêt des frontières.

     

    Les frontières de l’empire du bon sens sont perpétuellement menacées et fluctuantes. Cet empire est pépère, conservateur, souvent ennuyeux. Laissé à lui-même, il lasse et donne toutes leurs chances à une nuée d’ennemis hétéroclites, certains de haut vol (religions, idéologies, passions, romantisme, rêves d’intellectuels, égos d’artistes), d’autres de petite vertu (jalousie, envie, ignorance, bovarysme et états d’âme divers, attrait de la nouveauté, légèreté, bêtise individuelle ou de masse, etc.), d’autres encore très méchants (morbidité, nihilisme, attrait du suicide et de la destruction). Son cœur qui a pour capitale « Préservation de l’espèce » a jusqu’à présent résisté à tous les assauts, mais, après consultation de quelques écolos profonds et militaires militants, je me demande pour combien de temps encore. Depuis toujours ses frontières n’ont cessé de bouger et son territoire d’évoluer comme un accordéon. Illustrons ce propos par quelques exemples malheureusement réduits, faute d’espace et de connaissances à la hauteur, à l’espace européen : massacré à la fin de l’Empire romain par une gangrène nihiliste heureusement vite reprise en mains, stabilisé par Charlemagne, prospère sous un Ancien Régime entièrement dévoué à sa cause, malmené un temps par les guerres de religion et la première mondialisation, chahuté par les Philosophes, mis sens dessus dessous par la Révolution, heureux, sûr de lui et dominateur un court instant dans l’Europe de Bismarck et de la « Belle Époque », menacé de sérieuses lézardes dès ladite « Belle Époque », suicidé en 14, ridiculisé sous le règne surréaliste, commettant depuis lors de multiples tentatives de suicide qui l’ont démoralisé et épuisé, jusqu’à aujourd’hui. Aujourd’hui, comment se porte le bon sens ? Très mal en Europe, pas fort en Amérique, assez bien ailleurs, bien en Russie et en Chine, malgré menaces et lézardes, comme en Europe du temps de Bismarck. Très bien nulle part, je dois l’avouer.

     

    Alors, que faire, hic et nunc, c’est-à-dire dans l’Europe de 2012 ? Partons de l’idée que, l’homme étant ce qu’il est, cet empire n’a d’attrait durable, et par conséquent de stabilité et d’avenir que pimenté d’un gros zeste d’irrationnel : recherche du beau, de la grandeur, d’un minimum de justice, etc. Ça, c’est pour le long terme, quand l’Europe aura accouché d’un Louis XIV continental ou d’un nouveau Bismarck. Dans l’immédiat, je ne vais pas devenir grave et tangenter le grotesque en esquissant ici un programme de réhabilitation continentale du bon sens. Regards tournés par exemple vers la Russie de Poutine, ou vers la Chine de Xi Jin- Ping, voici quand même quelques modestes pistes de réflexion :

     

    • Se mettre dans la tête quelques vérités de base oubliées. La première est que la vie est tragique. Ceci comporte de nombreuses et fondamentales conséquences. Tout se paie. Par exemple, la dette accumulée par des décennies de déficit irresponsable. Par exemple encore, l’immigration de masse. Voici un danger de très grande dimension, dont la survenance est certaine, et qui pourtant prospère presque sans réaction. Nous sommes face à un défi historique au bon sens, une pure aberration, une énigme, une maladie mentale. Celle dont on meurt.

     

    • De façon générale, les idéologies mortifères qui cautionnent les politiques suicidaires et masquent leur lâcheté doivent être combattues moins comme des ennemies politiques que comme des maladies mentales épidémiques : une certaine interprétation des « droits-de-l’homme », l’anti-racisme, la théorie du genre, l’individualisme extrême et ses épigones gays et divers, de nombreuses aberrations intellectuelles et artistiques, etc. À défaut de les éradiquer, objectif non réaliste jamais réalisé dans l’histoire, il faut sans cesse les contester, mieux, si possible, les ridiculiser, ce qui en théorie ne devrait pas être impossible en mobilisant les réserves de bon sens disponibles et brimées dont tout peuple vivant dispose.

     

    • La valeur « long terme » doit être privilégiée systématiquement, et quelques hiérarchies doivent être réhabilitées : supériorité du collectif sur l’individuel, du beau sur le moche, du grand sur le médiocre, de la vie sur la mort, du mouvement sur l’immobilisme, de la générosité sur la pingrerie, de l’action sur la branlette intellectuelle, de la famille sur l’individu, de l’effort sur la paresse, de la prise de risque sur la vie tranquille, etc.

     

    • Je verrais bien quelques chamboule-tout de défoulement, limités par prudence à quelques figures du passé : pêle-mêle, puis-je suggérer Déroulède, Clémenceau, Duchamp, Poincaré, André Breton, Blum, Sartre ? je vous mets aussi quelques étrangers ?

     

    Mais je crains que ça ne sonne un peu facho, non ?

     

    Jacques Georges http://www.europemaxima.com/

     

    Note

     

    1 : Consultant international, notre collaborateur a passé un semestre de l’année 2012 à Alger pour des motifs professionnels (N.D.L.R.).

  • U.E : Nouvel article

    Le 4 décembre dernier, j’informais les lecteurs de Boulevard Voltaire de l’existence de deux nouveaux règlements européens renforçant la discipline budgétaire européenne.

    L’un d’eux prévoit notamment l’obligation des États membres de communiquer à la Commission leur projet de loi de finances («  plan budgétaire  »). Si celle-ci estime que ce plan présente un « manquement particulièrement grave », elle pourra en demander la révision. Un droit de véto sur les budgets nationaux en quelque sorte, puisque les États seront soumis à des sanctions financières s’ils refusent de voter des budgets respectant les recommandations européennes.

    Ces deux règlements seront présentés au vote des eurodéputés lors de la prochaine séance plénière de mars. Les trois institutions européennes sont en effet parvenues à un accord mercredi 20 février.

    Depuis plusieurs mois, des négociations se tenaient régulièrement afin de trouver un compromis entre la Commission européenne, les États (Conseil européen) et les parlementaires, dont certains souhaitaient contraindre la Commission à proposer un projet de « fonds de rédemption » (prise en charge commune de la dette). Les eurodéputés de gauche et du centre ont obtenu la création d’un groupe d’experts chargé « d’approfondir l’analyse des avantages, risques, obligations et obstacles éventuels d’une substitution partielle de l’émission nationale de la dette en vue d’une émission conjointe sous forme de fonds de rédemption et d’euro-obligations. » Le groupe d’experts externes présentera ses conclusions d’ici mars 2014 et la Commission sera invitée à les évaluer et, si nécessaire, à présenter des propositions avant la fin de son mandat.

    Les parlementaires européens ont également obtenu des avancées en matière de contrôle « démocratique » des nouveaux pouvoirs confiés à la Commission :

    - les partenaires sociaux et les organisations de la société civile pourront « exprimer leurs points de vue concernant les recommandations de la Commission, et être davantage impliqués dans la formulation des politiques ».

    - les pouvoirs de la Commission découleront d’une sorte de « mandat », renouvelé tous les trois ans, que le Parlement ou le Conseil aurait la possibilité de révoquer.

    Enfin, la Commission s’est engagée à évaluer les budgets nationaux en s’assurant que « que les coupes budgétaires ne soient pas réalisées au détriment des investissements dans le potentiel de croissance ».

    Rendez-vous en mars pour connaitre la teneur exacte des deux textes et la position de chacun de eurodéputés. Les textes devront ensuite être validés par les chefs d’États européens pour pouvoir entrer en vigueur. Une entrée en vigueur qui se fera sans l’accord des Parlements nationaux puisque, s’agissant de règlements européens, ils sont uniquement approuvés par les eurodéputés et les gouvernements. Notez qu’aujourd’hui, la plupart des parlementaires français ignore l’existence de ces textes.

    Magali Pernin, le 2 mars 2013

    Boulevard Voltaire