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Europe et Union européenne - Page 1018

  • Magouilles au Parlement européen !

    Il faut lire le blog de Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles. On y apprend, par exemple, que le Parlement européen discute actuellement d’un drôle de projet : il s’agit, ni plus ni moins, que de modifier le système de répartition des sièges dans cette belle enceinte.

    Je vous explique.

    Aujourd’hui, explique notre confrère, pour élire un député maltais il faut seulement 69 352 citoyens contre… 883 756 pour son homologue français. On est loin, très loin, vous en conviendrez, du principe démocratique : un homme égale une voix !

    Eh bien, imaginez-vous que nos eurocrates veulent aller encore plus loin dans cette véritable dérive. Profitant de l’arrivée de douze députés croates, ils proposent « d’améliorer » le système. Dorénavant, pour sauvegarder les intérêts des petits et moyens États et… de l’Allemagne, ils proposent une nouvelle clé de répartition des sièges qui devrait se faire au détriment de pays comme… la France notamment. [...]

    Robert Ménard - La suite sur Boulevard Voltaire

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  • Oligarques en péril

    La défaite cuisante subie par Mario Monti lors des élections italiennes n’a pas fait dévier d’un pouce la ligne fixée par les oligarques à Berlin, à Bruxelles, à Paris. L’austérité sera maintenue, au besoin renforcée, dans le parfait mépris des peuples qui la subissent.

    Ecoutons la rumeur médiatique : les foules qui apportent leurs suffrages à Beppe Grillo ou à Silvio Berlusconi, nous dit-on, ne sont pas dignes de la moindre considération. Le premier n’est-il pas un humoriste ? Le second n’est-il pas perdu de réputation ?

    En haut lieu, on se rassure à bon compte en personnalisant à l’excès les enjeux. Quel que soit le pays, la protestation populaire se fixe sur les tribuns tels qu’ils se présentent, de droite ou de gauche, vulgaires ou distingués, intelligents ou obtus. C’est sans doute regrettable mais on n’arrêtera pas le mouvement en plaçant des millions d’électeurs dans la catégorie infamante du populisme. Pour les citoyens révoltés, ce n’est qu’une humiliation supplémentaire. Pour ceux qui, parmi eux, cherchent une issue positive à la crise générale, c’est une nouvelle source de confusions et de disputes stériles. Le populisme, aujourd’hui, englobe l’extrême droite, l’extrême gauche, les adversaires de l’euro, les ennemis de l’élite, les classiques démagogues. C’est trop. Trop de simplifications et trop d’amalgames qui ne sont d’aucune aide quand on essaie de penser, tâche difficile, la catastrophe en cours. Les mouvements populaires qui sont en train de se manifester dans les rues espagnoles et portugaises ou qui s’expriment dans les urnes grecques et italiennes sont la conséquence de trois phénomènes : [...]

    La suite sur le blogue de Bertrand Renouvin

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  • Philippe Villin : “Sortir de l’euro, non ! Le faire exploser, oui !”

    Entretien avec Philippe Villin, ancien inspecteur des finances et ex-directeur du Figaro devenu banquier d’affaires, à propos du résultat du scrutin italien qui signe l’échec de la politique de Mario Monti et un refus de l’euro.

    NB: La Rédaction de Fortune tient à préciser qu’elle ne partage pas les vues ultra-libérales du banquier d’affaires Philippe Villin, “l’éminence gay des grands patrons” selon Le Monde et par ailleurs partisan du mariage “pour tous”.

    Pour retrouver une compétitivité face à une Allemagne toute-puissante et s’engager sur la voie de la croissance, dit Philippe Villin, les pays de l’Europe du Sud, y compris la France, doivent initier de profondes réformes structurelles et surtout sortir du carcan de l’euro en le faisant exploser. Démonstration.

    Comme interprétez-vous le résultat des élections italiennes ?

    Il montre un rejet de Mario Monti et de sa politique déflationniste. Les élites européennes le considéraient pourtant comme porteur de la quintessence du bonheur en Europe et leur sauveur face à l’échec pourtant patent de l’euro… Je l’ai toujours considéré au contraire comme un technocrate, aux ordres de madame Merkel et de monsieur Trichet. Je suis donc ravi que les Italiens l’aient désavoué : sa politique et son incapacité à rendre l’Italie compétitive rapidement ne pouvaient conduire qu’à sa ruine [...] Mario Monti a plongé son pays dans la récession- déflation entraînant une explosion du chômage.

    En Diafoirus de la médecine allemande, il avait prodigué à son pays le même traitement diabolique que celui appliqué à la Grèce, au Portugal, à l’Espagne et maintenant à la France, c’est-à-dire une augmentation massive des impôts et une tentative de baisser les salaires. Il aurait dû faire des réformes structurelles, n’augmenter les impôts qu’à la marge et surtout dévaluer.

    Mais il eût fallu bien sûr pour cela que l’euro explose. En effet, l’euro est devenu intolérable pour les Italiens comme pour les Français tandis qu’il fait “crever la gueule ouverte” la Grèce et le Portugal et mourir à petit feu l’Espagne. Car il est à la fois trop fort vis-à-vis du reste du monde et, à l’intérieur de la zone euro, le taux de change unique qu’il impose rend impossible toute dévaluation vis-à-vis de la zone rhénane, la zone la plus productive d’Europe.

    L’Italie aurait ainsi besoin d’une dévaluation externe d’au moins 30 % par rapport au dollar et encore bien supérieure par rapport à l’Allemagne.

    Comment jugez-vous la classe politique française face à l’euro ?

    Qu’elle soit de droite ou de gauche, je regrette son aveuglement : nous avons affaire à des représentants de la pensée unique, sortis pour la plupart de l’Ena et nourris à un “delorisme” médiocre. Que ce soit le gouvernement de François Fillon pendant cinq ans ou celui de Jean-Marc Ayrault depuis bientôt un an, tous deux appliquent la même politique, avec simplement un peu plus de professeurs et un peu plus de médiocrité pour le second.

    Parce qu’il n’y a pas de réformes structurelles, ni de chasse aux dépenses publiques inutiles, et que le credo européen — l’euro doit exister même s’il nous tue — est inlassablement répété. La croissance française est cassée. Car elle ne peut re poser que sur une compétitivité re trouvée par une monnaie nationale correspondant à notre niveau de productivité et une bien meilleure gestion du secteur public.

    Que préconisez-vous ?

    Il ne s’agit pas de sortir de l’euro mais de le faire exploser ! Ainsi notre capacité à exporter hors de l’Europe serait retrouvée. Car, le “nouveau nouveau franc” vaudrait probablement 105 à 115 cents le dollar. Une dévaluation externe modérée mais efficace. L’impact serait immédiat, à la différence de la dévaluation interne par la baisse des salaires qu’on tente de nous imposer.

    Mais l’effet principal incroyablement efficace serait vis-à-vis de l’Allemagne. Car le mark vaudrait probablement 160 à 170 cents le dollar. Nos produits se revendraient là-bas tout de suite et nous importerions moins d’outre-Rhin

    Imaginons que l’éclatement de l’euro se fasse plutôt par une sortie de l’Allemagne…

    Ce serait une solution bancale. On aurait un euro trop faible pour la France. Il vaudrait probablement 90 cents face au dollar, ce qui est trop bas pour nous et trop haut pour l’Europe du Sud.

    D’où viendra l’élément déclencheur de l’explosion de l’euro ?

    Faudra-t-il un jour qu’un dirigeant d’Europe du Sud soit assassiné par un chômeur ou un entrepreneur ruiné pour que les autres se rendent compte qu’ils conduisent l’Europe vers l’abîme ? Faudra-t-il que le taux de chômage des jeunes en Espagne atteigne 80 % pour que la population comprenne que monsieur Rajoy l’emmène à sa perte ?

    Je pense en fait que le craquement viendra de la France : le gouvernement Ayrault est en situation d’échec dans tous les domaines. Le président de la République perd peu à peu la confiance de la quasi-totalité de la population. D’ici quelques mois, le pouvoir ne sera soutenu que par la fonction publique, qui sait que le gouvernement sert ses intérêts, comme nous l’avons constaté avec la suppression scandaleuse du jour de carence.

    Que craignez-vous ?

    La pire des solutions serait de remplacer Ayrault par un clone français de Monti : Pascal Lamy, par exemple, dont certains susurrent au président de la République qu’il serait le seul capable de faire les réformes dont la France a besoin. Or, à l’OMC, il a d’abord servi les intérêts des concurrents de l’Europe.

    L’idée d’un Lamy, sorte de père la rigueur bien pensant, protégeant l’euro, est cauchemardesque. Monsieur Hollande, choisissez Pascal Lamy, vous mettrez la France en feu ! C’est simple, si l’on continue avec l’euro, l’économie française poursuivra son effondrement. Je prends le triste pari qu’avant la fin du quinquennat, nous aurons plus de cinq millions de demandeurs d’emploi.

    Comment rétablir la croissance ?

    L’idée largement répandue que la reprise économique est au coin de la rue n’est que pure illusion. Dans les pays où elle est appliquée, la médecine Trichet-Merkel entraîne ce que j’appelle la “merkelite”, c’est-à-dire une baisse continue du PIB, sans redressement du commerce extérieur, faute de dévaluation. Il est donc impossible de faire disparaître les déficits malgré des impôts sans cesse augmentés, puisque le PIB diminue…

    C’est pourquoi, pour faire repartir l’économie européenne, il n’y a pas d’autre solution que de faire exploser l’euro. Chaque économie européenne retrouverait une monnaie qui correspond à ses capacités productives.

    La disparition de l’euro sera-t-elle suffisante pour ramener la croissance ?

    Non. Le nouveau gouvernement devra engager des réformes structurelles importantes en réduisant fortement à terme les dépenses publiques. Il devra aussi reprendre du pouvoir d’achat à la fonction publique nationale et territoriale trop bien payée compte tenu de la sécurité de l’emploi dont elle bénéficie. Il faudra aussi réformer le marché du travail.

    Lire la suite de l’entretien sur  Valeurs Actuelles

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  • Revue de presse économique de Pierre Jovanovic (13/03/2013)

    Émission diffusée sur Radio Ici et Maintenant le 13 mars 2013

    Nouveau : écouter l’émission au format mp3


    (pour télécharger le fichier mp3, cliquer sur la flèche bas du lecteur puis cliquer sur le bouton Download now de la page qui s’ouvre)

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  • Farage: “Les économies française et allemande divergent, nous allons vers un désastre”

    Nigel Farage dénonce le déni de réalité des députés européens donne sa vision des choses à propos de l’Italie, de la France et de l’Allemagne. Il s’exprime également au sujet de l’insécurité grandissante en Grande-Bretagne en raison de la délinquance des gangs de Roms.

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  • Nous sommes tous des chrétiens hongrois !

    Dans une tribune publiée 27 janvier 2012 sur ce blog, Bruno Gollnisch avait dénoncé les attaques des bruxellois contre la Hongrie et le gouvernement du Premier ministre conservateur Viktor Orban. Un homme coupable de défendre les valeurs helléno-chrétiennes, une vraie politique familiale, nataliste, d’accueil de la vie, et désireux de ne pas se laisser imposer les oukases des cénacles européistes. Budapest est de nouveau cette semaine la cible des adversaires de la souveraineté des Etats-nations et de l’Europe des patries. Porte-parole de la doxa officielle, Le Monde s’en est ému le 12 mars. Prenez la mesure du scandale braves gens : « Insensible aux critiques des dirigeants européens comme aux réserves des Etats-Unis », la Hongrie (aurait) franchi un pas de plus dans la réduction des libertés démocratiques en faisant adopter par le Parlement, lundi 11 mars, un amendement à la Constitution qui place de fait les pouvoirs législatif et exécutif au-dessus du pouvoir judiciaire . »

    Dans les faits a relevé un communiqué du Front National, cette révision entraîne notamment et plus prosaïquement une « réaffirmation du principe de la primauté du droit national hongrois sur celui de l’Union européenne ». « Ce qui est en réalité le point précis qui horrifie les européistes et qui constitue en quelque sorte une véritable victoire souverainiste pour les Hongrois. »

    Cette volonté de s’émanciper des diktats de l’Union soviétique européiste a fait bondir les membres du Politburo de Bruxelles et Le Monde rapporte que celle-ci « a réagi avec une rapidité et une unité inédites au vote des législateurs à Budapest ». « Un communiqué commun du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et du secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorjborn Jagland, souligne que ces nouvelles modifications de la Loi fondamentale hongroise soulèvent des préoccupations en ce qui concerne le principe de la primauté du droit, le droit de l’Union européenne et les normes du Conseil de l’Europe ».

    Au cas où le message ne serait pas assez clair, le quotidien du soir précise que « C’est en effet la première fois qu’un pays membre de l’Union, à laquelle la Hongrie a adhéré en 2004, s’aventure aussi loin des valeurs communautaires (sic), construites sur les ruines des dictatures fasciste et communiste qui avaient dominé le continent européen. » La bête immonde est de retour, des salauds veulent se réapproprier leur souveraineté et en user !

    Un des plus virulents contre cette décision des représentants du peuple hongrois a été le président de l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE),  le belge Guy Verhostadt, vertement « recadré » par Bruno Gollnisch hier dans l’hémicycle -voir la vidéo mise en ligne aujourd’hui sur notre blog.

    Notons au passage que les 35 députés de l’opposition nationale siégeant à l’Assemblée hongroise , nos amis du Mouvement Jobbik membre de l’Alliance Européenne des Mouvements nationaux (AEMN) présidée par Bruno Gollnisch,  se sont abstenus et que ce texte a été adopté par 265 voix. Seuls 11 députés ont voté contre.

     Sur le site Nouvelles de France, Olivier Bault constate qu’«après trois ans à la tête du pays,  un sondage réalisé du 22 au 25 janvier pour Nézőpont Intézet, indique que si des élections avaient lieu aujourd’hui, le Fidesz (parti majoritaire de M. Orban) obtiendrait 48 % des voix, devant les socialistes (18 %), Jobbik (15 %) et le mouvement gauchiste « Ensemble 2014 » (12 %).

    « L’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit doit être vert de rage, lui qui prétendait sans vergogne lors d’une audition du Premier ministre hongrois devant le Parlement européen que ses amis juifs à Budapest lui disaient avoir peur sous le gouvernement Orban. Mais cet ancien militant d’extrême-gauche connaît-il seulement des juifs qui résident à Budapest ? ».

    Une popularité indéniable« dans un contexte économique extrêmement difficile, alors que son gouvernement a fait voter pas moins de 365 lois nouvelles au cours de sa première année d’exercice du pouvoir pour réformer le pays, et que la gauche libertaire, qui domine aussi dans les médias hongrois, lui est terriblement hostile ».

    Oliver Bault cite les réformes courageuses qui ont été entreprises : « : réduction de 5 % du nombre de fonctionnaires, réduction à 8 du nombre de ministères, division par 2 du nombre de députés, interdiction faite aux ministres de verser des primes aux hauts fonctionnaires tant que le budget du pays est en déficit, rejet des conditions du FMI et, tenez-vous bien, réduction des déficits publics en dessous des fameux 3 % du PIB malgré la crise. »

    Mieux encore, « En l’absence d’aide du FMI, ce sont les grandes multinationales qui ont dû mettre la main à la poche pour contribuer à la résorption des déficits accumulés par les gouvernements socialistes qui ont précédé le Fidesz au pouvoir : banques, grande distribution, compagnies de télécommunications, compagnies énergétiques…

    Et de noter fort justement que ce déchaînement de Bruxelles, Washington et de leurs relais politico-médiatiques contre la Hongrie s’explique en effet grandement par cette « taxation », « en raison de l’influence des grandes multinationales sur les médias et les décideurs politiques. »

    Bref,  cette résistance victorieuse des Hongrois est à saluer affirme Bruno Gollnisch, et aujourd’hui, pour plagier le sinistre Cohn-Bendit, nous pouvons clamer haut et fort que Nous sommes tous des chrétiens hongrois !

    http://www.gollnisch.com

  • Gollnisch à Verhofstadt « Et vous osez parler de démocratie ! »

  • Le paradoxe de l'objection de conscience

    Par un étrange retournement de l'histoire, l'objection de conscience est devenue aujourd'hui la revendication des catholiques qui la réclament comme un droit civil avec la liberté religieuse. On la connaissait plutôt naguère comme le refuge des libertaires et des anarchistes anti-militaristes « crosse en l'air et rompons les rangs » : — Monsieur le Président, je vous fais une lettre..., selon la fameuse chanson de Boris Vian. Dans un essai fouillé et intéressant sur la question (1), François de Lacoste Lareymondie souligne à la fois la nouveauté, l'audace et le paradoxe de la chose :
    « Incontestablement, il faut que la société moderne ait atteint un degré de désordre moral extrême pour que l'Eglise en arrive à s'exprimer dans ces termes ! (...) Quel paradoxe que de se battre sur cette ligne de défense ! N'est-ce pas reconnaître que la première ligne, celle du bien pour lui-même et de sa promotion comme objectif naturel de l'agir humain, a déjà été enfoncée ? »
    Il y a dans ce paradoxe à la fois une force et une faiblesse, autrement dit une équivoque qu'il faut dissiper, au risque de tomber dans une dialectique idéologique et un piège qui n'ont pas échappé à Mgr Jean Laffite pertinemment cité : « L'acte de refuser en conscience d'obéir à une loi injuste se réalise aujourd'hui dans un contexte de tolérance idéologique qui, par nature, n'est pas disposé à le supporter... La société idéologiquement tolérante ne peut tolérer l'objection de conscience, car elle échappe par quelque manière à son emprise. »(2)
    Comme la tolérance, la liberté (de contrainte en matière) religieuse, la dignité de la personne, la saine laïcité de l'État (distinction du temporel et du spirituel)..., l'objection de conscience est en réalité un concept sinon « inventé », du moins théorisé et pratiqué par le christianisme. En témoigne la cohorte innombrable et glorieuse des saints martyrs depuis les premiers siècles de notre ère. Mais, selon le mot de Chesterton, ces inspirations chrétiennes sont devenues des vertus folles avec le sécularisme du monde moderne.
    En les « récupérant » ou les reprenant à son avantage, sous forme d'une argumentation ad hominem et    avec un son contemporain (comme Jean-Paul II a voulu le faire pour les droits de l'homme), l'Église peut effectivement ouvrir une brèche dans un monde (du mensonge) clos sur lui-même, restituer en quelque sorte à ces valeurs leur véritable acception par leur (re)connexion à la loi naturelle et à sa transcendance. Elle peut  ainsi  offrir une réelle « pierre d'achoppement pour les autres ». Mais elle peut aussi s'engouffrer malgré elle dans la logique folle et vicieuse que postulent aujourd'hui  ces mots minés. C'est d'ailleurs ce qu'avait suggéré Benoît XVI dans son discours à la Curie (décembre 2010) en parlant du cardinal Newman et de sa conception de la conscience à l'opposé de ce qu'imaginent nos contemporains. Lorsque le bienheureux porte son premier toast à la conscience et son second, seulement, au Pape, il n'affirme pas le caractère principal, obligatoire et ultime de l'intuition subjective mais la capacité qu'à la conscience de reconnaître la vérité : « C'est l'expression de l'accessibilité et de la force contraignante de la vérité : en cela se fonde son primat. Au Pape, peut être dédié le second toast, parce que c'est son devoir d'exiger l'obéissance à l'égard de la vérité. »
    Après la révolution copernicienne opérée par l'idéalisme kantien (subjectiviste) dans une société aveuglée par les « Lumières », le danger est alors de considérer la liberté religieuse et l'objection de conscience des catholiques (avec leur assentiment) comme une conviction assurément respectable, mais au seul titre d'une opinion parmi d'autres : « Nul ne peut être inquiète pour ses opinions, même [sic] religieuses... » Respectable dans la mesure où elle ne gêne pas la vérité des autres, la volonté générale et le dogme selon lequel toutes les opinions se valent. Loin alors d'offenser la dictature du relativisme, ladite objection de conscience, dans la mesure de sa tiédeur ou de sa subjectivité singulière, viendrait alors lui servir de caution utile, comme simple note discordante (mais tolérable) dans le concert du Panthéon laïciste. Elle viendrait ainsi garantir un humanisme (un anthropocentrisme de type maçonnique) qui tend « à s'expliquer, sinon à s'assimiler toutes les croyances, mêmes celles qui le repoussent, même celles qui le nient » (André Gide). C'est la raison pour laquelle des exemples comme ceux du roi Baudouin ou du grand-duc Henri, malgré leur intention indéniable, nous apparaissent politiquement moins probants que ceux d'une Antigone ou d'un Thomas More... (3)
    Aussi, la dernière partie de Je refuse ! sur « la dimension politique de la résistance au mal » ne nous convainc pas entièrement en ce qu'elle semble écarter précisément une dimension éventuellement collective, par extension analogique, du concept d'objection de conscience (par voie électorale par exemple). Ne risque-t-elle pas aussi - au nom d'un moindre mal (appelé - meilleur possible - mais) confondu avec le moindre pire - de permettre une légitimation subreptice de certaines dérives libérales ou relativistes ? Quoi qu'il en soit, on saisit bien que pour prendre sa va leur  prophétique, « eschatotologique » (comme dit très justement François de Lacoste Lareymondie), précisément intolérable à la tolérance idéologique, la légitime objection de conscience des catholiques doit revêtir une autre dimension que celle que nous présentent parfois  quelques députés pro-vie émargeant à l'UMP, voire des évêques au sein des cénacles du temps. Comme l'écrivait Jean Madiran dans Présent du 1er mars 2007 : « La conviction, l'objection de conscience [mais aussi la dignité de l'homme et son immunité de contrainte] ne sont pas une pleine justification. La justification c'est : Dieu le veut. Comme pour la croisade ? Parfaitement (…). Cela n'est plus de notre temps ? Certes (…). Mais dans l'actuelle relégation médiatique et sociologique, dans la pariatude et l'adversité, dans la domination du mensonge (...), c'est encore et toujours la même affirmation de la réalité naturelle et surnaturelle qui est la vraie, qui est la seule colonne vertébrale. Notre témoignage ne peut demander que subsidiairement le respect de notre conscience individuelle. Il demande essentiellement le respect de la Création et de la parole de Dieu. »
    Remi Fontaine Présent du 11 mai 2011
    (1)    Je refuse ! L'objection de conscience ultime résistance au mal, éditions de l'Emmanuel.
    (2)    Voir notre article du 8 décembre 2010 sur son livre Tolérance intolérante ? Petite histoire de l'objection de conscience, aux éditions de l'Emmanuel.
    (3)    Cf. Ni laïques ni musulmans (Renaissance catholique) p. 65 : « Baudouin et Henri : Antigone ou Créon ? »

  • « Les mystères de la gauche : De l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu » de Jean-Claude Michéa

    L’après-capitalisme n’est pas pour demain, Jean-Claude Michéa démonte le progressisme sans illusions… ou presque (1)

    Approfondissant sa thèse d’une unicité du libéralisme (culturelle de gauche et économique de droite), Jean-Claude Michéa s’interroge, dans son dernier ouvrage, sur le « signifiant maître » susceptible de rassembler les « gens » afin d'édifier une société fondée sur ce qu'Orwell(2) appelait la « décence commune. » C.D

    Le socialisme sans la Gauche

    L’auteur conteste cette possibilité à la gauche qui « en est graduellement venue à trouver ses marqueurs symboliques privilégiés dans le mariage pour tous, la légalisation du cannabis et la construction d’une Europe essentiellement marchande ».

    « Les mystères de la gauche : De l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu » de Jean-Claude Michéa

    « Les mystères de la gauche : De l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu » de Jean-Claude Michéa

    Revenant à l’origine du clivage gauche/droite distinguant les partisans du progrès de ceux du retour à l’Ancien Régime, il rappelle à juste titre que ni Marx, ni Engels, ni les principaux penseurs socialistes ne se définissaient comme tels.

    Ce n’est qu’au moment de l’Affaire Dreyfus (qualifiée d’ailleurs au départ de « guerre civile bourgeoise ») que le mouvement ouvrier a négocié un compromis tactique avec la gauche républicaine, compromis qui portait déjà en lui « l’opérateur philosophique unique » justifiant le ralliement de la gauche des années 1970 au libéralisme : la métaphysique du progrès et du sens de l’histoire.

    Cette matrice explique la méfiance de la gauche à l’égard des classes moyennes traditionnelles « attachées à l’amour de la terre et au sens du métier » et accusées de vouloir « faire tourner à l’envers la roue de l’Histoire ».

    La gauche, stade suprême du capitalisme ?

    Sous couvert de lutte contre de fantasmagoriques forces du passé (par exemple, le retour de la famille patriarcale), la gauche actuelle célèbre désormais exclusivement le culte de la modernisation à outrance, de la mobilité obligatoire et de la transgression morale ou culturelle sous toutes ses formes, c’est-à-dire les principes mêmes du développement de la société libérale.

    Elle défend, pour reprendre la formule de Guy Debord, cette « idéologie de la pure liberté qui égalise tout et écarte toute idée de mal historique » dont le self-made man libéral, qui ne doit rien à quiconque et ne veut dépendre de personne, constitue la figure de proue.

    Loin du socialisme originel d’un Pierre Leroux, les partis de gauche n’envisagent désormais les problèmes que peut rencontrer une société humaine que sous le seul angle du droit et ne militent que pour le droit de chacun à vivre comme il l’entend, c’est-à-dire en faveur d’un individualisme narcissique.

    Jean-Claude Michéa dresse d’ailleurs avec humour une liste de ce nouvel espace pour tous voulu par la gauche : « droit à la mobilité pour tous, droit de s’installer où bon nous semble pour tous, droit de visiter les peintures rupestres de Lascaux pour tous, droit à la procréation pour tous, droit au mariage pour tous, droit à la médaille de la résistance pour tous » (p. 110).

    Les débats sur le « mariage pour tous » sont justement une parfaite illustration de la contractualisation de toutes les relations humaines contre les dimensions symboliques que sont la famille et le mariage. Ce qui pousse Jean-Claude Michéa à écrire que « le mariage Las Vegas représente l’aboutissement logique du mariage de gauche » (p. 103).

    Populisme ou barbarie

    La défense du « roc anthropologique originaire » que constitue la logique de l’honneur et du don telle que définie par Marcel Mauss (et que l’on peut résumer par la triple obligation « donner-recevoir-rendre ») ne saurait par conséquent être le fait des militants des « nouvelles radicalités parisiennes » trop occupés, selon l’auteur, à se mobiliser « en toute circonstance – et si possible devant les caméras du Système – pour défendre le droit libéral de chaque monade isolée à un principe de vie particulier et une fin particulière » (p. 38).

    A la suite de Marcel Mauss et de George Orwell, Jean-Claude Michéa rappelle la nécessité des structures d’appartenance premières fondées sur le sens des limites et des dettes symboliques, l’attachement à la notion de morale et de mérite individuel ou encore l’importance accordée à la transmission familiale et scolaire.

    Il cite Marx fustigeant « les petites et grandes robinsonnades qui font partie des plates fictions du XVIIIe siècle » et soulignant que « l’homme est non seulement un animal politique mais un animal qui ne peut s’isoler que dans la société ».

    Il insiste enfin sur le fait que « la critique socialiste de la désagrégation de l’humanité en monades dont chacune a un principe de vie particulier […] recoupe celle de la droite traditionnelle française » (p. 42) et, partant, sur la nécessité de mobiliser l’immense majorité des classes populaires, qu’elles votent à gauche ou à droite ou qu’elles aillent à la pêche.

    Au regard de cette aspiration, on comprend mieux pourquoi J.-C. Michéa préfère se définir comme populiste. On objectera cependant qu’on ne voit pas très bien qui, « à gauche à défaut d’être de gauche » pour calquer la formule désormais célèbre qu’avait employée Alain de Benoist, pourrait tenir ce discours et s’allier aux populistes de droite, y compris au sein de la pragmatique gauche populaire de Laurent Bouvet.

    On peut aussi se demander s’il n’existe pas un attachement, au moins symbolique, des gens ordinaires au clivage droite/gauche mais, s’il faut, comme nous y exhorte l’auteur, « trouver les mots capables de leur parler plutôt qu’au monde restreint des militants professionnels » (p.58), il est peut-être malheureusement nécessaire de commencer par utiliser ceux-ci.

     C.D 11/03/2013

    Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche : De l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu, édition  Climats, mars 2013, 131 pages.

    Notes de la rédaction

    (1) « Qu’est-ce donc que la gauche française ? Une alliance entre socialistes et syndicalistes révolutionnaires d’un côté, bourgeois libéraux progressistes de l’autre, nouée à l’issue de l’affaire Dreyfus contre les nostalgiques de l’Ancien Régime, répond l’auteur. »
    (2) Jean-Claude Michéa est philosophe. Il passe l’agrégation de philosophie en 1972 à l’âge de vingt-deux ans. Engagé au Parti communiste français, il s’en écarte en 1976. Professeur de philosophie au lycée Joffre à Montpellier depuis la fin des années 1970 (il a pris sa retraite à la fin de l’année scolaire 2009-2010).
    Prônant des valeurs morales proches du socialisme de George Orwell, Jean-Claude Michéa est connu pour ses prises de positions très engagées contre les courants dominants de la gauche qui, selon lui, ont perdu tout esprit de lutte anticapitaliste pour laisser place à la « religion du progrès ». (Wikipedia)

    http://www.polemia.com