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Europe et Union européenne - Page 1163

  • « Inviable, l'euro peut mortel » (arch 1998)

    Les différences durables et profondes des pays de l'Union européenne font que l'euro est un non-sens économique : mais c'est une priorité idéologique pour ceux qui veulent briser les nations. Il faut s'en dégager. Telles sont les conclusions de l'étude du professeur Milloz pour le «pré-gouvernement» du FN.
    Je passerai rapidement sur certains aspects du dossier de l'euro qui toucheront directement la vie quotidienne des Français et de leurs entreprises. Ces aspects seront, me semble-t-il, au cœur de l'effort de propagande que développera l'appareil traditionnel du Front, au titre de la guerre déclarée à la monnaie unique par notre Président. Il s'agit par exemple de la disparition des opérations de change au sein de l'Union, de la disparition du franc, des risques d'augmentation des prix, des complications pour le consommateur, du coût du changement de monnaie pour les entreprises etc. Sans évidemment que les questions sur lesquelles j'insisterai soient exclues de cet effort de propagande, je m'attacherai plutôt ici à aborder le sujet sous un angle plus général, c'est-à-dire à montrer l'irréalisme économique de la monnaie unique et, hic jacet lepus, le dessein politique que cache cet irréalisme délibéré.
    D'abord le plan économique. L'euro présente un vice essentiel : il est une monnaie unique plaquée sur une zone économique de onze Etats distincts et hétérogènes.
    Certes ces onze Etats prétendent à une certaine homogénéité en ce qu'ils disent avoir satisfait aux critères financiers de Maastricht. Mais d'abord personne ne doute que la plupart n'y sont parvenus qu'au prix de contorsions statistiques inavouables. Ensuite et surtout, on ne saurait apprécier l'homogénéité d'une zone monétaire à la seule lumière de ces critères financiers. Il y a bien d'autres paramètres à prendre en compte : le niveau des salaires, de la protection sociale, la structure de la fiscalité, la situation démographique, l'expérience historique, le degré de spécialisation des productions, le niveau d'unité culturelle et linguistique etc ...
    Diminution des salaires
    Cette énumération le montre en pratique l'hétérogénéité est la règle lorsqu'une zone économique réunit plusieurs Etats distincts. Or, si ces Etats entretiennent entre eux d'importants courants d'échanges, il est fatal que surviennent sinon des crises, du moins des difficultés durables provoquées par cette hétérogénéité. Comment se surmontent ces dernières ? Généralement par la flexibilité du change. Qu'elle soit érigée en règle ou qu'elle soit admise et pratiquée comme une exception au principe de fixité, cette flexibilité fournit un remède aux déséquilibres et permet les ajustements nécessaires. Mais si, par l'institution d'une monnaie unique, on renonce à l'ajustement par le taux de change, il faudra bien, les faits étant têtus, trouver d'autres issues. On les trouvera soit dans la diminution des salaires ou de la protection sociale (pour que soient rétablies des conditions de concurrence plus favorables) soit dans une augmentation du chômage (ce qui poursuit le même objectif, par un moyen à peine différent) soit dans des transferts de capitaux d'un Etat à l'autre (le premier aidant le second à franchir une passe difficile) soit dans la mobilité de la main-d'œuvre (cette dernière se déplaçant d'une zone déprimée vers une zone plus active), soit enfin dam une combinaison de ces solutions.
    On a de multiples exemples de ce genre de situation. Le cas des Etats-Unis est classique : une crise survient-elle en Californie qui provoque du chômage ? L'on voit la main-d'œuvre et, plus généralement, la population se déplace, vers la région de Chicago par exemple, où les offres d'emploi sont nombreuses. L'exemple de la réunification de l'Allemagne est encore plus parlant : on a vu une monnaie unique imposée à deux zones qui, sur le plan économique, étaient totalement hétérogènes. Dès lors, très logiquement, plusieurs des solutions envisagées ci-dessus sont venues essayer de concourir à rétablir la situation de l'ex-RDA : chômage, transferts de main-d'œuvre dans le sens Est-Ouest, transferts massifs de capitaux d'Ouest en Est.
    Mais nous devons relever que les exemples choisis ne mettaient pas en cause des Etats étrangers l'un à l'autre. Les ajustements en question sont intervenus au sein d'une nation, c'est-à-dire dans un cadre caractérisé par un fort sentiment de solidarité et surtout d'appartenance commune, appuyé sur l'unité linguistique.
    Tout autre est la situation chez les onze Etats de l'euro. Croit-on qu'en cas de crise de vente du vin de Porto, les Portugais iront volontiers en Finlande au motif que l'industrie du bois y offrira des emplois ? Croit-on que l'Allemagne acceptera facilement de renouveler des transferts massifs de capitaux. cette fois-ci en faveur de l'Irlande par exemple, si celle-ci vient à se trouver en difficultés ? On connaît déjà les réticences des pays qui s'estiment créanciers de l'Union : elles seront aggravées par la rigidité propre à une monnaie unique. L'Allemagne d'ailleurs a déjà refusé tout récemment par la voix de l'un de ses ministres. ce que celui-ci a appelé « l'Europe des transferts ». Il est à craindre que les solutions les plus douloureuses s'imposent : augmentation du chômage ; diminution des salaires et de la protection sociale. Et cette issue est d'autant plus probable qu'il n'est pas besoin d'être expert pour prévoir que la politique monétaire de la Banque centrale européenne sera d'inspiration restrictive.
    Il est clair, en un mot, que l'hétérogénéité de la zone est source de conflits majeurs et de dislocations potentielles. Comment les prévenir ? Pour les européistes, pour Bruxelles, la solution coule de source. L'hétérogénéité, les diversités nationales font obstacle ? Qu'à cela ne tienne, il faut supprimer cette hétérogénéité, il faut supprimer ces diversités, il faut faire de la zone monétaire une zone homogène.
    Ainsi, la monnaie unique tombe le masque : le fond de l'affaire est politique, il réside dans la volonté désormais justifiée par les nécessités de l'euro, de créer un Etat européen unifié, un Etat dominé par la technocratie de la Commission et de la Banque centrale.
    Les manœuvres ne manquent pas qui tendent dans ce sens. En voici quelques-unes.
    La gestion d'une monnaie unique ne peut se concevoir, c'est bien évident, sans une discipline budgétaire commune. A établir cette discipline se consacrera donc ce que le traité d'Amsterdam appelle « la surveillance multilatérale ». Elle permet d'imposer aux Etats membres de « respecter leurs obligations résultat du traité », c'est-à-dire d'avoir une politique budgétaire restrictive dans l'esprit de Maastricht. Dans cette perspective, le Conseil statuant à la majorité qualifiée peut infliger aux Etats récalcitrants soit l'obligation de dépôts sans intérêt, soit une amende. De son côté, la Commission peut demander à la Cour de justice d'infliger le paiement d'une somme forfaitaire ou d'une astreinte. Qui nierait qu'il s'agit là des premiers pas vers un budget unique ?
    Ces premiers pas, d'ailleurs, ne dispensent pas de gonfler le budget communautaire. D'ores et déjà les européistes se plaignent du niveau insuffisant de celui-ci qui devrait, selon eux, être quadruplé : pour Jacques Delors, il devrait passer de 1,2 % du PlB communautaire à 5 %.
    Le futur Etat européen, purement technocratique, doit échapper aux Etats nationaux : c'est pourquoi, les pouvoirs de la Banque centrale, gestionnaire de l'Euro, ne sont en pratique balancés par aucun contrepoids politique ou autre en matière de politique monétaire. Et même dans le domaine des taux de change, là où le Traité concédait au conseil des ministres le droit de formuler des orientations, un Conseil ultérieur (décembre 1997) a, en violation semble-t-il du traité, restreint ce droit à des « circonstances exceptionnelles ».
    Mais la fusion politique des Etats ne sera jamais suffisante si l'on n'obtient pas la fusion des peuples. La tâche est plus rude mais c'est une raison pour l'entreprendre le plus tôt possible. Le nœud du problème est dans la mobilité des personnes. Les européistes déplorent que 3 % seulement des Européens résident dans un Etat autre que celui où ils sont nés : il faut donc promouvoir la mobilité géographique, c'est-à-dire, primo, abolir tous les contrôles de personnes aux frontières internes y compris pour les ressortissants des pays du tiers et, secundo et surtout, préparer des mesures tendant à faire de la circulation des personnes et de l'expatriation à l'intérieur de l'Union une « réalité quotidienne ». L'exemple américain est à nouveau appelé à la rescousse.
    J'écourterai ici la liste des projets européistes tendant à saper à la base la réalité des nations pour conclure en montrant qu'ils sont l'aboutissement de l'entreprise qui fut lancée immédiatement après la guerre et qui atteint aujourd'hui sa phase finale. Elle n'a été ralentie qu'entre 1958 et 1969 et même carrément stoppée en 1966 lorsque fut imposé le compromis de Luxembourg, aujourd'hui tombé en désuétude.
    Quand on jette un regard en arrière, on est frappé par l'implacable continuité de la course : la CECA, l'EURATOM, le traité de Rome, l'Acte unique, le traité dé Maastricht, le traité d'Amsterdam. Jamais, depuis la C.E.D. un saut brutal qui susciterait le rejet. Toujours un simple petit pas de plus. Jamais l'aveu du but ultime. Toujours, le masque des commentaires minoratifs.
    Se dégager de l'euro
    Quelle politique dès lors pour notre mouvement arrivé au pouvoir ? C'est cette question qui touche surtout l'économie et les affaires étrangères qu'il conviendra de traiter par priorité. Pour le moment, il convient de se contenter d'idées générales.
    En première approximation et en me plaçant dans une situation pas trop différente de la situation présente, je dirai qu'i! y a nécessité vitale pour la France de se dégager de l'euro, ce qui signifie dénonciation du traité de Maastricht au moins en ce qui concerne la monnaie unique. Faut-il le dénoncer pour le reste ? C'est une question à étudier, la réponse affirmative étant hautement probable.
    Reste une importante question : quid du traité de Rome ? Celui-ci, je tiens à le rappeler car c'est un fait trop souvent perdu de vue, est à la source de l'évolution actuelle. C'est lui qui, grâce à la Cour de justice a donné aux européistes leur force jusqu'ici irrésistible. Faut-il dénoncer le mythe séducteur qu'il représente les avantages qu'il a procuré l'Europe plaident pour une réponse négative du principe. Probablement, il faudra pourtant le priver de ce qu'il contient de venin supranational en y incorporant, en bonne et due forme, le compromis de Luxembourg : ce serait certainement la première des modifications à réclamer.
    Dans les circonstances actuelles, où l'Euro démarre avec la bénédiction des marchés et des forces politiques dominantes ; ces propositions peuvent paraître irréalistes. Pourtant. j'ai confiance dans le triomphe assuré des faits sur l'utopie destructrice. En deux phrases et quelques mots, le général De Gaulle avait fait le tour du sujet d'une façon si définitive qu'il n'y a rien à y ajouter et je n'y ajouterai rien, Voici cette citation que vous connaissez sans doute : « Les nations européennes sont des œufs durs. On ne fait pas d'omelette avec des œufs durs. »
    Pierre MILLOZ  National Hebdo du 28 mai au 3 juin 1998

  • « L’immigration, c’est le génocide des peuples » : Forza Nuova dénonce le projet fou de Cécile Kyenge en Italie

    <i>« L’immigration, c’est le génocide des peuples »</i> : Forza Nuova dénonce le projet fou de Cécile Kyenge en Italie

    ROME (NOVOpress) – Des militants du parti Forza Nuova ont déposé, mercredi, devant un bâtiment administratif de Rome, trois mannequins maculés de sang factice accompagnés du slogan suivant : « L’immigration, c’est le génocide des peuples. Kyenge, démission ! ». Un appel dirigé contre Cécile Kyenge. La ministre de l’Intégration italienne, aux racines congolaises, ne cesse de vouloir s’attaquer à l’identité du peuple italien. La veille de cette opération, elle était en campagne à Venise afin de réitérer sa volonté d’instaurer le droit du sol en Italie qui favoriserait l’immigration de masse dans ce pays.

    « Notre geste veut symboliser le danger dans lequel se trouverait l’Italie si l’on appliquait le droit du sol », a d’ailleurs expliqué Forza Nuova sur son compte Facebook. Depuis avril dernier, Cécile Kyenge mène une croisade en faveur de l’octroi de la nationalité italienne aux enfants nés dans la Péninsule de parents étrangers. Elle veut en finir avec la loi sur la citoyenneté italienne, basée sur le seul droit du sang, à la différence de la France (droit du sol). Cécile Kyenge veut remettre en cause aussi le délit d’immigration clandestine, rendre le marché du travail plus accessible aux étrangers et, dans une langue de bois très politiquement correcte, « lutter contre la violence sexiste, raciste et de toute autre nature ».

    Crédit image : DR.

    http://fr.novopress.info/141207/limmigration-cest-le-genocide-des-peuples-forza-nuova-denonce-le-projet-fou-de-cecile-kyenge-en-italie/#more-141207

  • Le Front Européen pour la Syrie et Solid en mission à Damas

    Le <em>Front Européen pour la Syrie</em> et <em>Solid</em> en mission à Damas

    DAMAS (NOVOpress) – Alors que les va-t-en guerres continuent à s’agiter en faveur d’une intervention militaire contre la Syrie, une délégation de bénévoles du Front Européen pour la Syrie et de l’ONG Solid ont tenu à exprimer la solidarité des peuples européens, majoritairement opposés à cette nouvelle aventure guerrière, envers le peuple syrien et ses autorités légitimes calomniées.

    Depuis plusieurs jours, ils multiplient les rencontres en Syrie avec la population et les représentants des institutions légales et découvrent une réalité très éloignée de celle relayée par les gros médias occidentaux qui soutiennent aveuglément et inconditionnellement la cause de la dite « rébellion », composée de fondamentalistes islamistes financés par l’étranger.

    Malgré la crainte des bombardements, la population de Damas reste calme et soudée autour de son armée et de son gouvernement.

    Niant avec la plus grande fermeté l’usage de gaz toxiques, les autorités syriennes se disent prêtes au dialogue et à la collaboration avec l’ONU mais refusent les diktats occidentaux et son prêtes à faire face à toute agression. Le ministre de l’information, Omran Al Zoubi, leur a notamment déclaré «Il y a une guerre médiatique contre la Syrie, comme en témoigne le mensonge de l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement Assad alors que ceux qui utilisent des armes chimiques sont les soi-disant rebelles, en particulier les fondamentalistes du Front Al Nusra qui ont attaqué avec du gaz toxique dans le quartier de Jobar ».

    Pour suivre la mission au quotidien : https://www.facebook.com/FronteEuropeoPerLaSiria

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    http://fr.novopress.info/141142/le-front-europeen-pour-la-syrie-et-solid-en-mission-a-damas/

  • Espagne : une société au bord de la crise de nerfs

    Après des années de croissance rapide, l’économie ibérique a brutalement chuté. Entre 2008 et 2012, son PIB a baissé de 5% et devrait encore décliner de 1,4% cette année. Les effets conjugués du krach immobilier et des plans de rigueur à répétition ont plongé le pays dans une profonde détresse sociale. 

         Tout d’abord, le secteur de la construction s’est arrêté net avec l’éclatement de la bulle immobilière. Après des années de surproduction, le pays de Cervantès est passé de 700 000 constructions par an à moins de 150 000 en 2012. Des villes fantômes inachevées attendent des acheteurs qui ne viendront plus. Près de 3,5 millions de logements seraient vacants. Malgré cela, 350 000 ménages, incapables de payer leurs traites, ont été expulsés de leur logement depuis 2008. Ces expulsés (les desahuciados) ne voient cependant pas leur dette effacée pour autant grâce à la vente du logement qu’ils occupaient, car les prix de l’immobilier ont chuté entre-temps. Beaucoup se retrouvent donc sans logement et surendettés. Face à cette hémorragie, le gouvernement a annoncé un gel pour deux ans des saisies dans les cas « d’extrême nécessité ».

    Six millions de sans-emploi 

    Le taux de chômage a quant à lui triplé depuis 2008 : 6 millions de personnes sont sans emploi. Après quatre ans de crise, de plus en plus de chômeurs arrivent en fin de droits et ne reçoivent plus que le revenu minimum de 421 euros créé en 2010. Le taux de pauvreté s’est accru et, dans un pays où l’Etat social restait encore peu développé, les plus démunis ne peuvent se tourner que vers l’assistance des réseaux de l’Eglise catholique (l’organisation Caritas aide trois fois plus de ménages qu’avant la crise), l’économie informelle et la solidarité familiale. 
    Avec un taux de chômage de 52%, les jeunes forment une génération sacrifiée. Le salut pour nombre d’entre eux passe par l’exil en Allemagne ou en Amérique latine. Pour les autres, chômage et précarité sont synonymes de maintien chez les parents. Les salaires des fonctionnaires ont baissé de près de 15%, l’âge de départ à la retraite a été repoussé de 65 à 67 ans, les pensions de retraite gelées, la TVA augmentée à 21%, les aides de l’Etat aux handicapés ont fondu de 480 millions en deux ans et les médicaments sont moins remboursés. Quatre plans de rigueur se sont succédés depuis 2009 pour un montant cumulé de plus de 100 milliards d’euros. 
    Les deux grands partis, les socialistes du PSOE et les conservateurs du Parti populaire au pouvoir, sont discrédités par leur échec face à la crise et les scandales de corruption à répétition. Mais pour l’instant, l’extrême droite ne profite pas de la crise. Ce sont plutôt des mouvements de citoyens comme les Indignés, nés le 15 mai 2011, qui organisent la résistance notamment face aux expulsions de logement. Avec la crise, les revendications indépendantistes se renforcent, notamment en Catalogne, entraînant un risque important de déstabilisation de l’Etat espagnol.

    Le tour d’Europe de la crise sociale Alternatives économiques n°323

    http://www.oragesdacier.info/

  • L’œuvre de Douguine au sein de la droite radicale française

    L’œuvre de Douguine au sein de la droite radicale française
    le 22 septembre 2008
    Docteur en science politique, spécialiste des cultures de la droite radicale, est diplômé de l’Institut Politique de Lille et post-doctorant au Groupe Sociétés Religions Laïcité (CNRS/EPHE).
    Les idées géopolitiques de l’auteur russe Alexandre Douguine ont intéressé la droite radicale française dès qu’elles purent se diffuser en Europe occidentale. Cet article contribue à éclairer les liens avérés entre des composantes de l’extrême droite française et certains courants idélogiques en Russie post-communiste. Leur but commun est la mise en place d’un Etat pan-européen pour contrer « l’hégémonie américaine ».
    Docteur en histoire des sciences et en science politique, Alexandre Douguine est actuellement considéré comme le principal idéologue de la Nouvelle Droite russe (mais à prendre dans un sens très différent de la Nouvelle Droite ouest-européenne), avec Geïdar Djamal, le fondateur du Parti de la renaissance islamique. Il s’agit aussi et surtout du principal théoricien du néo-eurasisme, un concept géopolitique en vogue à Moscou. Toutefois, son eurasisme diffère « radicalement de celle des penseurs qui lui ont donné son nom ». [1] Douguine est un ancien responsable du parti national-bolchevique de 1994 à 1998. Il animera, après son départ, l’association historico-religieuse Arktogeïa. Au début des années 2000, Douguine s’est rapproché de Vladimir Poutine, avec la création du mouvement Eurasia qui deviendra un parti en avril 2001.
    Comme l’a montré Marlène Laruelle [2], Alexandre Douguine a synthétisé au sein d’une pensée complexe, parfois déroutante, des éléments hétérodoxes allant de l’ésotérisme à la philosophie politique. Des proportions diverses de principes géopolitiques, de références à la notion d’« Empire » et des éléments de métaphysique, en particulier d’ésotérisme, y sont visibles, ainsi que des références plus précises à Karl Haushofer, Ernst Niekisch, Carl Schmitt, Jean Thiriart, Julius Evola, René Guénon ou Jean Parvulesco. Cette synthèse, pour le moins originale, a intéressé dès le début des années 1990 diverses tendances de la droite radicale française. Favorables ou défavorables, ces diverses tendances n’ont jamais été indifférentes aux idées défendues par l’idéologue russe.
    Les idées politico-ésotériques d’Alexandre Douguine
    La pensée d’Alexandre Douguine est fortement influencée par les textes des ésotéristes traditionalistes antimodernes occidentaux comme René Guénon [3] et Julius Evola [4], malgré le fait qu’Evola méprisait profondément les peuples slaves. Il traduira d’ailleurs en 1982 Impérialisme païen de Julius Evola, publié initialement en 1928 [5] qui sera diffusé sous forme de samizdat et qui reste le texte le plus « antislave » de l’Italien. Dans un entretien Douguine dira qu’il a traduit le seul texte d’Evola qu’il connaissait : l’exemplaire d’Impérialisme païen de la bibliothèque Lénine.
    Ces auteurs ont théorisé durant la première moitié du XXe siècle l’idée d’une « Tradition », avec un « T » majuscule, qui renvoie à la notion ésotérique de « Tradition primordiale ». Cette expression est apparue sous la plume de René Guénon qui affirma l’existence d’une « Tradition primordiale », dont tous les courants ésotériques, franc-maçonnerie comprise, et traditions religieuses en général ne seraient que des formes dégradées plus ou moins reconnaissables. Ces deux auteurs ont en outre théorisé l’idée d’une origine hyperboréenne de la « tradition », dans un sens racialiste chez Evola. En effet, Julius Evola se passionna durant la Seconde Guerre mondiale pour les études raciales. Mais surtout, Evola serait considéré aujourd’hui, selon Philippe Baillet, l’un des meilleurs connaisseurs de la pensée évolienne, « comme un auteur sinon “négationniste”, du moins fortement “révisionniste” ». [6] Toutefois, la « Tradition », selon la pensée traditionnelle, n’est que très secondairement d’ordre politique car elle est essentiellement et fondamentalement d’ordre spirituel et métaphysique.
    Alexandre Douguine a donc mêlé ses thèses géopolitiques et son eurasisme non seulement à des références ésotériques, en particulier à des références à Hyperborée [7] et à la doctrine des races de la fondatrice de la Société théosophique, Helena Petrovna Blavatsky, mais aussi à des spéculations ésotérico-politiques, inspirées des spéculations fécondes de l’écrivain français d’origine roumaine Jean Parvulesco. [8] Mais, contrairement aux thèses « classiques » associant Hyperborée et nordicisme, Douguine affirme qu’Hyperborée se situait en fait en Russie septentrionale, adaptant au monde russe les idées des aryosophes allemands et autrichiens du début du XXe siècle. [9] Douguine reconnaît d’ailleurs sans aucune difficulté son appartenance à l’école « traditionnelle » : lors de son intervention au XXIVe colloque du GRECE, la principale structure de la Nouvelle Droite, que nous définirons ultérieurement, il précise d’entrée de jeu qu’il « fonde [son] appréhension du monde sur les travaux de René Guénon et de Julius Evola » [10]. Mais paradoxalement, il reste ouvert aux idées politiques et philosophiques occidentales, « modernes » dans la logique traditionaliste, qu’il tente d’acclimater à l’environnement politico-culturel russe. [11]
    Parmi les idées occidentales intéressant au plus au point Alexandre Douguine, nous trouvons celles de la « Révolution Conservatrice » allemande, en particulier le national-bolchevisme d’Ernst Niekisch, ainsi que les thèses développées dans les années 1960 par le théoricien radical belge Jean Thiriart. Succinctement, la « Révolution conservatrice » allemande peut être présentée de la façon suivante : c’était un courant de pensée, avant tout culturel, qui s’était développé en Allemagne entre 1918 et 1933 en opposition à la République de Weimar. Nous pouvons distinguer cinq principaux clivages en son sein : les völkisch ; les « jeunes-conservateurs » ; les « nationaux révolutionnaires » ; Bundichen (les « ligueurs ») et enfin, le « mouvement paysan ». [12]
    L’autre grand intérêt de Douguine porte sur les idées de Jean Thiriart. Celui-ci était un militant nationaliste-révolutionnaire paneuropéen. Son ambition était de créer un État européen unifié promouvant un système social appelé le « national-communautarisme », non fondé ethniquement. Il souhaitait créer une « Grande Europe » de Reykjavik à Vladivostok. Très hostile aux États-Unis et à Israël (il se disait antisioniste mais non antisémite), Jean Thiriart était favorable à une alliance entre l’Europe et le monde arabe. Ses thèses ont été développées dans son livre Un empire de quatre cents millions d’hommes : l’Europe [13], publié initialement en 1964. Selon des observateurs issus des rangs de la droite radicale occidentale, les thèses de Jean Thiriart ont manifestement influencé la géopolitique « douguinienne », de fortes analogies existant entre le néo-eurasisme de Douguine et le nationalisme paneuropéen de Thiriart. En effet, Douguine, dans un entretien datant de 1995 affirme que l’Allemagne et la Russie seront les puissances suprêmes d’une Eurasie unie qui s’étendra de « Dublin à Vladivostok », paraphrasant ainsi Thiriart.
    Alexandre Douguine a donc, au travers de son discours, fait la synthèse entre le nationalisme paneuropéen de Thiriart et la pensée impériale ésotérique et antimoderne de Julius Evola, autre grande référence de certains courants de la droite radicale occidentale. En effet, Douguine reprend à son compte l’idée évolienne d’« imperium » qu’il transforme en « imperium eurasiatique » : « Sa formule gibeline a été claire : l’Empire contre l’Église, Rome contre le Vatican, la sacralité organique et immanente contre les abstractions dévotionnelles et sentimentales de la foi implicitement dualistes et pharisiennes. […] Pour le traditionaliste orthodoxe, la séparation catholique entre le Roi et le Pape n’est pas imaginable et relève de l’hérésie, appelée précisément “hérésie latine”. On retrouve dans cette conception russo-orthodoxe l’idéal purement gibelin où l’Empire est tellement respecté théologiquement qu’on ne peut pas imaginer l’Église comme quelque chose d’étranger et isolée de lui. » [14] Selon les observateurs radicaux cette synthèse permet de donner une dimension mystique et spirituelle à un discours qui ne serait autrement qu’une forme de nationalisme. En effet, ces considérations sont absentes chez Thiriart. Ces idées pour le moins non conventionnelles soulèvent la curiosité de la droite radicale française. Indépendamment des courants analysés ci-dessous [15], il est fréquent de les voir discutées sur des sites Internet ou des blogs réfléchissant sur les questions ethniques, géopolitiques ou impériales. Ainsi, Alexandre Douguine a donné récemment un entretien au magazine de la droite nationale, Le choc du mois [16], un entretien répercuté sur le site de l’ancien communiste et nouveau frontiste Alain Soral [17]. Cependant, nous devons dire que nous n’avons trouvé qu’un nombre restreint d’articles issus de publications des diverses tendances de la droite radicale française concernant Alexandre Douguine et ses idées. Il y a certes un nombre important d’articles au début des années 1990, dû à la curiosité suscitée par les thèses « douguiniennes ». Ensuite, le nombre diminue considérablement pour augmenter de nouveau au début des années 2000. Nous avons constaté aussi que la majorité des textes publiés sur Internet ne sont en fait que des mises en lignes d’articles précédemment publiés dans d’obscures revues militantes, Internet offrant une meilleure diffusion que la presse écrite et confidentielle des groupes radicaux.
    Le traditionalisme d’extrême droite
    Le traditionalisme dont nous allons parler est un traditionalisme bien précis, car foncièrement politique. En effet, le traditionalisme possède une tendance minoritaire d’extrême droite dont le discours mélange traditionalisme et corpus doctrinaux d’autres courants de la droite radicale. Comme l’écrit Pierre-André Taguieff, « Ces courants mêlent les influences “traditionnistes” à d’autres (nationalistes, révolutionnaires-conservatrices, néofascistes, “national-bolcheviques”, voire néo-nazies). Ils ont leurs théoriciens nationaux, tels Alexandre Douguine en Russie, Derek Holland ou Michael Walker en Grande-Bretagne, Claudio Mutti en Italie. [18] » De fait, selon Bernice Glatzer Rosenthal, l’extrême droite russe contemporaine est très marquée par les références ésotériques [19], un point indéniable chez Douguine.
    Bien que Douguine soit considéré comme l’un des principaux théoriciens du traditionaliste ésotérique russe, nous n’avons trouvé que très peu de mentions lui étant consacrées dans les milieux traditionalistes d’extrême droite, à l’exception notable de l’entretien accordé au Choc du mois précédemment cité et recueilli par un traditionaliste de la Nouvelle Droite, Arnaud Guyot-Jeannin. Ces milieux partagent pourtant avec lui un certain nombre de références communes, comme l’islamophilie, en fait un intérêt très fort pour le soufisme, héritée de Guénon et que l’on retrouve par exemple chez le traditionaliste nazifiant italien Claudio Mutti, que Douguine rencontra en 1990. En effet, « En Russie, Alexandre Douguine a associé le traditionalisme guénonien à un nouveau regard “eurasiatique” sur les rapports avec les anciennes républiques soviétiques musulmanes. » [20] Effectivement, Douguine s’est très tôt intéressé aux variantes caucasiennes du soufisme, en particulier le soufisme azéri qui fait référence à une tradition hyperboréenne. De plus, Douguine ajoute, aux deux théoriciens de la « Tradition » que sont Guénon et Evola, la référence au Russe Constantin Leontiev pour qui la « Tradition » est soit orthodoxe, soit islamique. Ce dernier a inspiré manifestement l’islamophilie de Douguine. De fait, le mufti suprême de Russie, Talgat Tadzhuddin, figure parmi les cadres dirigeants d’Eurasia. Cette islamophilie doit être souvent mise en parallèle dans ces milieux avec un antisémitisme persistant. Certains traditionalistes d’extrême droite [21], comme Mutti, avaient des liens, dans les années 1980, avec la Libye, l’Irak ou l’Iran. Ce courant philo-arabe, à la suite du théoricien italien Franco Freda, incitait au Djihad au nom du combat contre le « plouto-judaïsme ». A l’instar de Freda, auquel il se réfère, Douguine plaide pour une convergence des extrêmes afin de détruire le monde moderne.
    Selon Marlène Laruelle, Alexandre Douguine est antisémite. Il rentre donc entièrement dans cette catégorie. Toutefois, selon cette dernière « Dougin développe une pensée complexe, affirmant également qu’Israël est le seul pays à avoir réussi à mettre en pratique plusieurs des principes de la révolution conservatrice dont il se réclame. » [22] De plus, il semblerait qu’un rabbin hassidique, Avrom Schmulevitch, fasse partie du comité directeur d’Eurasia. [23] Mais, contrairement à Guénon, qui affirmait le caractère occidental de la tradition juive [24], Douguine insiste sur le caractère non indo-européen, opposé à la mentalité indo-européenne et inassimilable du judaïsme. [25] Il donne ainsi à la « Tradition » un caractère antisémite inexistant chez Guénon mais très présent chez Evola : « Le monde de la judaïca est un monde qui nous est hostile. » [26]
    Les Identitaires
    L’islamophilie affichée de Douguine est à l’origine du rejet des thèses douguiniennes par le courant connu en France sous le nom d’« Identitaires », défendant un ethnocentrisme et une mixophobie radicaux. Douguine est parfois cité dans ces milieux, mais avant tout pour rejeter son islamophilie et la présence de Talgat Tadzhuddin au sein d’Eurasia. En outre, malgré une proximité sémantique l’« eurasisme » théorisé par Douguine est fondamentalement différent de l’« Eurosibérie » des Identitaires, théorie qui se structure sur l’aire d’implantation historique des Indo-Européens, c’est-à-dire de la « race blanche », comme le montre les différents articles publiés sur l’ancien site de Terre et peuple. [27] Selon le principal animateur de Terre et peuple, Pierre Vial : « Il est apparu au cours des débats que l’Eurasie prônée par Douguine et l’Eurosibérie prônée par Terre et Peuple sont deux grands desseins sensiblement différents : Douguine propose une Eurasie voisinant en bonne harmonie avec l’Europe occidentale, tandis que Terre et Peuple veut une Eurosibérie qui soit un seul bloc ETHNIQUEMENT HOMOGENE. » [28] En effet, les Identitaires défendent enfin l’idée d’une « guerre ethnique » existant entre, d’un côté, les musulmans et les jeunes des banlieues issus de l’immigration afro-maghrébine et de l’autre, les Européens assiégés et manipulés par des élites mondialistes. Les Identitaires sont en effet persuadés que l’immigration est une colonisation de l’aire « raciale blanche », une « africanisation » de l’Europe, et font preuve en conséquence d’une islamophobie radicale. Malgré ces différences, Alexandre Douguine a été publié dans le nº 67 de Renaissance européenne, la revue de Terre et peuple Wallonie dirigée par Georges Hupin, et est invité à des colloques organisés des groupes identitaires européens aux côtés des responsables français de courant de l’extrême droite.
    Enfin, le site de Douguine, Arctogaïa, était référencé dans la catégorie « notre clan » de la revue identitaire, néo-païenne et nationaliste-révolutionnaire Réfléchir & agir. La référence a disparu depuis peu. Douguine leur a donné deux entretiens en 2005 (nº 20, été 2005 et 21, automne 2005). Cependant, il faut prendre en compte que l’équipe éditoriale de cette revue a été renouvelée plusieurs fois.
    La Nouvelle Droite
    Les références à Alexandre Douguine et à ses idées sont plus nombreuses en ce qui concerne la « Nouvelle Droite », tous deux partageant une conception impériale de l’Europe. La Nouvelle Droite est l’une des écoles de pensée les plus intéressantes du paysage politique de la droite radicale française, née à l’automne 1967. Du fait de cette longévité, elle a connu plusieurs renouvellements doctrinaux. Composée de plusieurs courants parfois antagonistes, sa principale structure reste le GRECE (Groupement de Recherche et d’Études pour la Civilisation Européenne) qui refuse les valeurs occidentales. Cependant, son anticonformisme pose le problème de sa classification dans le champ de la science politique. Les Nouvelles Droites allemande, italienne et belge sont apparues dans les années 1970 dans le sillage de la Nouvelle Droite française. [29]
    Les principaux animateurs de la Nouvelle Droite, Alain de Benoist et Robert Steuckers, ont été invités par Douguine en 1992. Un voyage qui faisait suite à la participation en mars 1991 d’Alexandre Douguine, avec une intervention sur « L’empire soviétique et les nationalismes à l’époque de la perestroïka », au XXIVe colloque du GRECE dont le thème était « Nation et empire ».
    Alexandre Douguine est alors présenté dans Éléments, la revue de la Nouvelle Droite, comme le correspondant du GRECE à Moscou, mais fait significatif, il ne figure pas dans la liste des membres du réseau gréciste, publiée en 2000. [30] Il devient aussi un collaborateur régulier de Vouloir et de Nouvelles de Synergies Européennes, revues révolutionnaires-conservatrices de Steuckers [31], une collaboration qui durera jusqu’en 2005. D’ailleurs, Douguine était invité en novembre 2006 à intervenir à un colloque sur la mondialisation co-organisé par Synergie Européenne de Steuckers et par l’antenne wallonne du groupe identitaire Terre et Peuple.
    Les années 1990 voient aussi sa participation épisodique à Éléments. Il est alors proche de la Nouvelle Droite. Il lance alors la version russe d’Éléments, Elementy, qui paraîtra de 1992 jusqu’en 1998. Le choix de ce titre est contesté par Alain de Benoist : « J’ai moi-même dit à Alexandre Douguine que je regrettais qu’il ait choisi de donner au journal qu’il a créé le titre d’Elementy, car j’estimais que ce choix ne pouvait que prêter à confusion (comme cela a déjà été le cas en Allemagne). J’ai également demandé que mon nom soit supprimé du comité de rédaction de ce journal, où il avait placé sans ma permission. » [32] Malgré cela, les textes de Douguine sont épisodiquement recensés par Alain de Benoist. Ainsi dans le numéro 122 d’Éléments, Alain de Benoist écrit que Douguine « […] avance des vues pénétrantes sur la répartition des forces géopolitiques et spirituelles dans le monde d’aujourd’hui. On n’est certes pas obligé de le suivre dans ses extrapolations les plus aventureuses… » [33]
    Les nationalistes-révolutionnaires
    L’année 1992 voit aussi le séjour en Russie de nationalistes-révolutionnaires qui rencontrèrent Alexandre Douguine. Alexandre Douguine devient alors le représentant russe du Front européen de libération, un mouvement nationaliste paneuropéen fondé par différents nationalistes-révolutionnaires européens par le Belge Jean Thiriart, le Français Christian Bouchet, disciple français du précédent, et l’Italien Marco Battara.
    Ce rapprochement fait qu’Alexandre Douguine est surtout cité par les nationalistes-révolutionnaires de la mouvance de Christian Bouchet [34], proche de Douguine depuis le début des années 1990, une proximité facilitée par le fait que les deux possèdent des références communes comme Thiriart, Ernst Niekisch, le théoricien allemand du national-bolchevisme et Julius Evola. Ces nationalistes-révolutionnaires mélangent en effet diverses doctrines et idées : national-bolchevisme, nationalisme européiste, et thèses influencées du traditionalisme antimoderne de Julius Evola. Les éditions Avatar, proches de Bouchet, ont publié deux textes de/sur Douguine en 2006 : La grande guerre des continents et Le prophète de l’eurarisme. Alexandre Douguine. Ce dernier livre est une compilation de 340 pages d’articles et de textes d’Alexandre Douguine permettant au lecteur français de se familiariser au grès des parties avec les différents aspects de la pensée de cet auteur (« Textes idéologiques », « Judaïca », « Métapolitique, métahistoire, conspirologie », « Essais philosophiques », « Entretiens » et « Divers »).
    Cet éditeur publie aussi la revue Eurasia dont un des numéros a été consacré à la « Révolution conservatrice russe » (vol. I, nº 2) largement centré sur Douguine. Bouchet a édité sous forme de brochure Evola et la Russie [35]de Douguine. Enfin Douguine a été publié entre 2004 et 2006 sur le site voxnr.com, un site animé par Christian Bouchet : « Palestine et Tradition, notre solution » (un article qui soutient la politique du Hamas) ; « Le fascisme immense et rouge » (un article défendant le « fascisme de gauche ») ; « Limonov le vampire » ; « La terre verte — l’Amérique » ; « La métaphysique de l’Eurasisme » et enfin « La maison commune eurasienne ». À cela, il faut ajouter la publication sur ce site d’une petite dizaine d’articles consacrés à la pensée de Douguine.
    Récemment, cette mouvance s’est enrichie du transfuge du parti communiste, Alain Soral, qui s’intéresse lui aussi à la pensée « douguinienne » comme le montre la mise en ligne sur le site Internet de Soral de l’entretien accordé au Choc du mois précédemment cité. Cet intérêt a pu être motivé par le fait que Christian Bouchet, Alain Soral et Alexandre Douguine ont participé à un colloque de la mouvance nationaliste radicale, les « IIes journées de la dissidence », organisé à Madrid les 9, 10 et 11 novembre 2007.
    Le rôle stratégique d’Alexandre Douguine
    Après ce long inventaire, très descriptif mais nécessaire, dû à la nature même du sujet de cet article, nous devons nous poser la question de l’intérêt de la pensée « douguinienne » pour ces différents courants de la droite radicale française. Cet intérêt pour le néo-eurasisme « douguinien » s’inscrit en fait dans un cadre de réflexion des plus précis, celui du nationalisme européen. En effet, toutes les tendances radicales étudiées dans cet article ont conceptualisé, sous l’influence conjointe là encore de Thiriart et d’Evola, une forme de nationalisme paneuropéen : c’est l’ethnopolitique « eurosibérienne » des Identitaires [36], le nationalisme-révolutionnaire paneuropéen des nationalistes-révolutionnaires, l’Empire européen des traditionalistes et des néo-droitiers. Au-delà de leurs oppositions respectives, leur but commun est de permettre la mise en place d’un État paneuropéen assez fort pour contrer l’hégémonie américaine, un thème largement développé par Douguine.
    Les idées « douguiniennes » ont donc un rôle stratégique pour les différentes tendances radicales précédemment citées : issues de sphères culturelles très différentes (à la fois russes, panslavistes, orthodoxes, soviétiques et post-soviétiques), tout en gardant un certain nombre de références communes (ésotériques, nationalistes-révolutionnaires, révolutionnaires-conservatrices, antisémites) avec les courants précités, les thèses « douguiniennes » offrent de nouvelles pistes de réflexions sur l’élaboration de ce nationalisme européen anti-occidental.
    Douguine lui-même est stratégique : issu de l’extrême droite contre-culturelle et nationaliste, Alexandre Douguine a fait le choix de la respectabilité publique. [37] Cependant, il continue de partager, ne l’oublions pas, un certain nombre de thèmes avec l’extrême droite ouest-européenne, qui d’ailleurs le reconnaît toujours comme un des siens. Alexandre Douguine offre donc d’une part, une respectabilité russe qui fait défaut à l’extrême droite française et de l’autre, du fait de cette respectabilité, une tribune qui là encore fait défaut à la droite radicale française. Douguine est aussi un exemple : il a réussi ou est en voie de réussir, contrairement à la Nouvelle Droite, son « gramscisme », c’est-à-dire « de réorienter une partie importante de l’élite, qu’elle soit culturelle ou politique, de la Russie post-soviétique vers une nouvelle utopie anti-occidentale ». [38]
    De plus, comme nous l’avons vu auparavant avec le courant identitaire, cette confrontation idéologique incite les différentes tendances radicales à une auto-évaluation de leurs propres concepts, forcément supérieurs à ceux des autres. Cette confrontation permet la mise en place, au-delà des différences et des oppositions, de synergies géopolitiques, au travers l’échange d’idées et le débat. En effet, même si ces différents courants s’opposent violemment entre eux, ils ne cessent pas pour autant de débattre sur la validité respective de leurs idées lors de rencontres internationales, comme celles mentionnées dans cet article. Enfin, malgré les tendances endogamiques à la division, les différents groupuscules de la droite radicale française tentent de nouer des liens avec d’autres structures afin d’affirmer leurs positions. Depuis la chute des régimes communistes, la droite radicale ouest-européenne, et donc française, essaient de se rapprocher de leurs homologues russes. Cela est particulièrement le cas chez les Identitaires et chez les nationalistes-révolutionnaires. Ces derniers sont en effet liés au Parti national-bolchevik dont Douguine était l’un des responsables. [39]
    De cet inventaire, nous pouvons constater plusieurs points. Premièrement, parmi le panorama brossé dans cet article, les plus hostiles aux thèses « douguiniennes » sont logiquement les identitaires en raison de leur islamophobie et les plus favorables sont, tout aussi logiquement, les milieux nationalistes-révolutionnaires dont les idées sont très proches de celles de Douguine. Deuxièmement, les mentions à la pensée de Douguine, sont surtout confinées dans un milieu précis malgré l’aspect d’éclatement. En effet, toutes les catégories citées sont issues de l’une des mouvances de la Nouvelle Droite, en particulier les trois premières de la critériologie établie par Pierre-André Taguieff. Celui-ci a distingué quatre grandes tendances aux rapports conflictuels ayant dominé le GRECE durant les années quatre-vingt : le traditionalisme « évolo-guénonien » ; le néo-conservatisme « moderniste » de ceux qui se réclamaient de la « Révolution Conservatrice » allemande ; le communautarisme ethniste, qui donnera naissance dans les années 1990 aux identitaires ; et enfin le positivisme, voire le scientisme, « où l’on rencontre une exaltation récurrente des “exploits” de la science et de la technique modernes, érigées en méthode de salut ». [40] La réception des idées d’Alexandre Douguine reste donc encore confidentielle en France et confinée à un milieu précis.
    L'appel de l'Eurasie 
    1] M. Gabowitsch, « Combattre, tolérer ou soutenir ? », in M. Laruelle (dir.), Le rouge et le noir. Extrême droite et nationalisme en Russie, Paris, CNRS Éditions, 2007, pp. 94-95.
    [2] Cf. M. Laruelle, « Alexandre Dugin : esquisse d’un eurasisme d’extrême droite en Russie postsoviétique », Revue d’études comparatives Est-Ouest, nº 3, 2001, pp. 59-78, Le rouge et le noir, op. cit., et La quête d’une identité impériale. Le néo-eurasisme dans la Russie contemporaine, Paris, Pétra 2007.
    [3] René Guénon (1886-1951) est une figure importante de l’ésotérisme contemporain. Enseignant, membre de diverses structures occultistes et franc-maçon, il s’en détacha au début du XXe siècle pour énoncer son propre système fondé sur le concept de « Tradition primordiale ». Contrairement à ses contemporains, il ne chercha pas à être un chef d’école. Dès ses premiers livres, il rejeta la modernité et le positivisme. Déçu par l’accueil fait à ses travaux dans les milieux catholiques, il partit en voyage en 1930. Il devait gagner l’Inde mais s’installa en Égypte où converti à l’islam, il devint Abdel Wahid Yahia et épousa la fille d’un Cheikh soufi. Il mourut en Égypte en 1951. Il eut une influence considérable à la fois sur les milieux traditionalistes et maçonniques et sur les milieux artistiques et littéraires.
    [4] Aristocrate, artiste, philosophe et historien des religions d’extrême droite italien né à Rome en 1898 et mort en 1974. Evola est un penseur complexe et inclassable. Sa pensée est construite en réaction à l’aristocratie catholique, la tradition chrétienne et le « monde moderne ». Politiquement, Evola se plaçait dans une optique fascisante et européiste. Ses modèles politiques étaient les anciens ordres de chevalerie teutoniques dont il voyait les incarnations modernes dans la légion de l’Archange Michel, du roumain Corneliu Codreanu, dans la Phalange de José Antonio Primo de Rivera ou dans les SS. Julius Evola réarma moralement, dès la fin de la guerre, l’extrême droite italienne, puis la Nouvelle Droite européenne. Il fut même arrêté en 1951 pour avoir impulsé une organisation clandestine, « les faisceaux d’action révolutionnaire ». Par la suite, il se consacrera de plus en plus à la contemplation délaissant l’action. Mais, jusqu’à sa mort, il affinera et radicalisera son discours.
    [5] J. Evola, Impérialisme païen avec un Appendice polémique sur les attaques du parti guelfe, Puiseaux, Pardès, 1993.
    [6] P. Baillet, « Julius Evola face à l’Allemagne et à l’Autriche (1928-1945) : volontarisme, esthétisme et anti-historicisme », H. T. Hansen, Julius Evola et la « révolution conservatrice » allemande, Montreuil-sous-bois, Association « Les Deux Étendards », 2002, p. 17.
    [7] Hyperborée est un continent mythique, de type Atlantide, qui aurait existé au niveau du cercle circumpolaire arctique. Dans la mythologie grecque, le terme « hyperboréen » renvoyait à un peuple, mythique, vivant aux confins septentrionaux du monde connu. Ce mythe était très présent dans la littérature antique et chez des auteurs comme Goethe, chez qui il se confond avec l’Atlantide. À l’aube du XXe siècle, certains ésotéristes racistes ont fait de ce continent mythique le lieu de naissance de la race blanche et de la « tradition primordiale », une supposée connaissance transcendantale.
    [8] Sur les idées de Jean Parvulesco, cf. J. Godwin, Arktos. Le mythe du Pôle dans les sciences, le symbolisme et l’idéologie nazie, Milan, Archè, 2000.
    [9] Cf. V. Shnirelman, « Les nouveaux Aryens et l’antisémitisme. D’un faux manuscrit au racisme aryaniste », in M. Laruelle (dir.), Le rouge et le noir, op. cit., pp. 189-224.
    [10] Actes du XXIVe colloque du GRECE, Nation et empire. Histoire et concept, Paris, GRECE, p. 27.
    [11] Cf. M. Laruelle, La quête d’une identité impériale. Le néo-eurasisme dans la Russie contemporaine, Paris, Petra, 2007.
    [12] Cf. L. Dupeux (dir.) La Révolution conservatrice dans l’Allemagne de Weimar, Paris, Kimé, 1992 et A. Mohler, La révolution conservatrice en Allemagne (1918-1932), Puiseaux, Pardès, 1993.
    [13] J. Thiriart, Un Empire de quatre cents millions d’hommes, l’Europe, Paris, Avatar, 2007.
    [14] A. Douguine, Evola et la Russie, Ars Magna, Nantes, 2006, pp. 5-6.
    [15] Il est utile de préciser que ces courants sont réels mais arbitraires : des personnes peuvent évoluer au sein de plusieurs courants sans se contredire.
    [16] Nº 19, janvier 2008.
    [17] egalité&reconciliation.fr.
    [18] P.-A. Taguieff, La Foire aux illuminés. Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme, Paris, Mille et une nuits 2005, pp. 264-265.
    [19] Cf. B. G. Rosenthal (ed.), The Occult in Russian and Soviet Culture, New York, Cornell University Press, Ithaca, 1997.
    [20] J.-P. Laurant, http://www.cesnur.org/2007/bord_lau...
    [21] Il existe un fort courant traditionaliste, « guénonien », qui refuse l’antisémitisme et le racisme et qui combat les traditionalistes d’extrême droite de plusieurs façons (analyses/déconstructions des discours, refus de publier ces personnes, etc.).
    [22] M. Laruelle « Définir l’objet “nationalisme russe” et sa place dans la Russie contemporaine », in M. Laruelle (dir.), Le rouge et le noir, op. cit., pp. 55-56.
    [23] Non signé (« le traducteur »), « Avant-propos », A. Douguine, Le prophète de l’eurasisme, Paris, Avatar Éditions, 2006, p. 17.
    [24] Pierre-André Taguieff a montré que Guénon avait théorisé un traditionalisme à orientation universaliste dépourvu d’antisémitisme mais pas d’un certain racisme vis-à-vis des cultures sans écritures, en particulier africaines.
    [25] A. Douguine, « Comprendre c’est vaincre », Le prophète de l’eurasisme, op. cit., p. 73.
    [26] Ibid., p. 77.
    [27] Sur Terre et peuple, voir notre article : « L’extrême droite ‘‘folkiste’’ et l’antisémitisme », Le Banquet, CERAP, nº 24, pp. 255-269.
    [28] http://be.altermedia.info/politique....
    [29] Sur la Nouvelle Droite, cf. P.-A. Taguieff, Sur la Nouvelle droite, Paris, Descartes et Cie, 1994, J.-Y. Camus, « La Nouvelle Droite : bilan provisoire d’une école de pensée », La Pensée, nº 345, janvier-mars 2006, pp. 23-33.
    [30] GRECE, Manifeste pour une renaissance européenne. À la découverte du GRECE. Son histoire, ses idées, son organisation, Paris, GRECE, 2000, p. 113.
    [31] Le germaniste belge Robert Steuckers, a été le théoricien de la tendance nationale-révolutionnaire de la Nouvelle Droite après le départ de Guillaume Faye. Il quitte le GRECE en 1993, suite à de violents désaccords avec Alain de Benoist, pour créer le groupuscule Nouvelles Synergies Européennes où il défend les thèses d’un nationalisme anticapitaliste paneuropéen teinté de pensée völkisch.
    [32] Cité in P.-A. Taguieff, Sur la Nouvelle droite, op. cit., pp. 311-312.
    [33] A. de Benoist, « L’Eurasie annoncée Par Douguine », Éléments, n° 122, automne 2006, p. 12.
    [34] Christian Bouchet est la figure la plus connue du courant nationaliste-révolutionnaire au sein de l’extrême droite française. Docteur en ethnologie, enseignant, spécialiste des nouveaux mouvements religieux, directeur de plusieurs journaux plus ou moins confidentiels et animateur de sites Internet, il est aussi l’éditeur sous différentes enseignes (Ars Magna, Avatar et Éditions du Chaos) de brochures et de livres consacrés aux diverses versions du nationalisme-révolutionnaire mondial, ainsi qu’au traditionalisme évolienne et à l’ésotérisme. Militant depuis le début des années 1970, il a appartenu à toutes les organisations nationalistes-révolutionnaires depuis cette époque, en devenant un dirigeant au milieu des années 1980. Il fut le secrétaire général d’Unité radicale avant d’en partir peu de temps avant la tentative d’assassinat de Maxime Brunerie sur Jacques Chirac en 2002. Adhérent du GRECE de 1982 à 1988, il en est toujours considéré comme un « compagnon de route ».
    [35] A. Douguine, Evola et la Russie, op. cit.
    [36] S. François « Géopolitique des Identitaires », à paraître.
    [37] A. Umland, « Vers une société incivile », in M. Laruelle (dir.), Le rouge et le noir, op. cit., pp. 165-169.
    [38] Ibid., p. 169.
    [39] M. Mathyl, « Nationalisme et contre-culture jeune dans la Russie de l’après-perestroïka ? », in M. Laruelle (dir.), Le rouge et le noir, op. cit., pp. 128-137.
    [40] P.-A. Taguieff, Sur la Nouvelle droite, op. cit., pp. 283-284.

  • Les affiches anti-immigration du FPÖ affectent les capacités intellectuelles des immigrés

    Les affiches anti-immigration du FPÖ affectent les capacités intellectuelles des immigrés

    LINZ (NOVOpress via Lionel Baland)En Autriche, une étude du Professeur associé à l’Université Johannes-Kepler à Linz, Markus Appel, conclut que lorsque des étudiants issus de l’immigration voient des affiches avec des images ou des écrits considérés comme hostiles aux étrangers, leurs capacités intellectuelles diminuent.

    Les tests pratiqués par le professeur ont consisté à faire faire des exercices mentaux difficiles à des élèves d’origine étrangère. Des affiches (photo) du FPÖ (1) contenant les slogans : « État social plutôt qu’immigration », « À la maison plutôt qu’islam » et « Allemand plutôt que “Pas comprendre” » leur ont ensuite été montrées. Des tests mentaux difficiles sont alors soumis à ces élèves qui ont beaucoup plus de difficultés à les résoudre alors que si on leur soumet les mêmes tests sans qu’ils aient vu les affiches, ils ne rencontrent pas de difficultés supplémentaires par rapport aux premiers tests.

    Des élèves d’origine autrichienne ont été placés dans des conditions semblables et n’ont pas vu leurs résultats modifiés après avoir regardé les slogans des affiches du FPÖ. Les capacités de réflexion des étrangers soumis à ces affiches du FPÖ baissent de 6 %.

    (1) Les thèmes forts du  FPÖ sont la résistance au grand remplacement de population par l’immigration extra-européenne et une politique pour promouvoir et renforcer la famille et la natalité européenne. Lors des  dernières élections présidentielles il s’est classé en deuxième position.

    http://fr.novopress.info/141137/les-affiches-anti-immigration-du-fpo-affectent-les-capacites-intellectuelles-des-immigres/#more-141137

  • Olivier Delamarche : « Les profits ne sont que des manips des marchés »

    Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion, et Pierre Sabatier du cabinet Primeview, le 02 septembre 2013 sur BFM Radio, mettent les points sur les i, dans l’émission “Intégrale Placements“, face à Guillaume Sommerer et Cédric Decoeur.

    Pour Pierre Sabatier:

    « La gouvernance américaine a été plus efficace que celle de l’Europe. La crise provenait de là-bas et ils ont réussi à la diffuser chez nous – Cela ne durera pas mais leur position est bien meilleure que celle des européens – Le marché va devenir en forme de tôle ondulée – Des professionnels de la communication vont nous accompagner, nous rassurer… »

  • Armes de destruction massive des populations d’Europe (arch 2005)

     

    « Même en incluant l’immigration, la population de l’Europe des Douze va diminuer de 7,5 millions sur les 45 prochaines années, selon les calculs de l’Onu. Depuis l’époque de l’épidémie de "mort noire" au XIVe siècle, l’Europe n’a jamais connu un déclin aussi large de sa population », écrit l’historien britannique Niall Ferguson, cité par Pavel Kohout.

    Selon les projections de l’Onu, la Lettonie va perdre 44 % de sa population en 2050. La population va se réduire de 52 % en Estonie, de 36 % en Bulgarie, de 35 % en Ukraine, de 30 % en Russie, de 22 % en Italie, où le taux de fécondité est tombé à 1,2 enfant par femme.

    Le Daily Telegraph écrit : « Il est virtuellement impossible de gagner sa vie. Prenez simplement Rome. Vivre avec un minimum de dignité humaine (un petit appartement loué, un souper à l’occasion au restaurant) exige une paie mensuelle de 13 000 euros avant impôt, ce qui revient à 1 800 euros après celui-ci. 70 % des Italiens de 25 à 29 ans vivent chez leurs parents, où ils bénéficient d’un logement subventionné et où leur pauvre revenu devient un confortable argent de poche. »

    Lorsqu’un jeune Européen doit choisir entre fonder sa propre famille et vivre confortablement sans enfant, il va très probablement choisir la deuxième option - à moins qu’il n’appartienne à une classe sociale qui considère avant tout les enfants comme une source de bénéfices sociaux. Un haut niveau de taxation, combiné à des marchés du travail et du logement déficients, forme un mélange vraiment génocidaire.

    Le modèle traditionnel, qui exista notamment en Espagne et en Italie, mais également en Europe centrale et orientale, souligne les étapes successives de la fondation d’une famille. Premièrement, un jeune homme est diplômé d’une université ou d’une école spécialisée ; il assure ensuite son niveau de vie, qui est suivi par un mariage et seulement ensuite des enfants viennent au monde. Cette succession n’est pas seulement conforme aux conventions sociales, mais elle est également basée sur une vraie logique économique : il est simplement insensé de commencer à avoir des enfants sans gagner sa vie. Le tabou du sexe dans les cultures occidentales a des raisons économiques profondes.

    Les difficultés commencent lorsque l’un des maillons de la chaîne est rompu.

    Dans l’Europe contemporaine, le problème principal réside dans le deuxième maillon : gagner sa vie. Le chômage parmi les jeunes diplômés tend à être bien plus élevé que pour la moyenne des actifs. Dans des pays tels que la France, l’Espagne, la Finlande, la Grèce ou l’Italie, 20 % à 30 % des jeunes sont sans emploi. Quel taux de fécondité peut-on attendre si un cinquième ou même un tiers des jeunes adultes sont incapables de gagner leur vie en raison d’un marché du travail déformé ?

    Mais il existe un autre problème. L’impôt sur le revenu et les contributions à la Sécurité sociale augmentent, alors que les investissements dans le patrimoine bénéficient de réductions d’impôts. Le soutien étatique aux familles existantes implique des charges plus élevées pour les jeunes gens qui n’ont pas encore fondé de famille.

    La prétendue "aide aux familles" empêche ainsi la création de nouvelles familles, et réduit efficacement le taux de fécondité. Si un jeune adulte célibataire n’a plus que de l’argent de poche après avoir payé l’impôt sur le revenu, il sera difficilement capable d’économiser suffisamment pour fonder un foyer.

    Les politiciens de la plupart des pays européens pensent qu’il n y a au fond rien de mal à avoir un faible taux de naissances sur une planète surpeuplée.

    Certes, nul ne peut établir le "bon" volume de population pour un pays ou un continent par des moyens scientifiques. Ce que l’on sait, en revanche, c’est quelle pyramide des âges est favorable, et laquelle est désastreuse. Dans quelques décennies, une grande partie de l’Europe sera dominée par une pyramide des âges très défavorable, avec une énorme augmentation du nombre de personnes âgées.

    Les systèmes de retraites actuels vont inévitablement subir une crise longue et sévère.

    Le scénario le plus probable suggère que l’âge de la retraite doit progressivement être élevé, d’abord à 65 ans, puis à 67 ans au début des années 2030, et ainsi de suite. En d’autres termes, un système de pensions peut fonctionner quelques décennies, avant d’être graduellement marginalisé par l’élévation de l’âge de la retraite jusqu’à revenir au système en vigueur en 1880, lorsque dans l’Allemagne de Bismarck l’âge de la retraite était fixé à70 ans - avec une espérance de vie moyenne inférieure à 50 ans. Si en 2050 l’âge de la retraite est par exemple fixé à 90 ans, avec une espérance de vie moyenne oscillant autour de 80 ans, alors le système de pensions peut être viable à long terme. Mais la retraite à 60 ans sera complètement exclue pour les enfants d’aujourd’hui. Pour maintenir, en effet, l’âge de la retraite à 65 ans il faudrait porter les impôts à 70 % ou 75 % des salaires bruts.

    Ce qui conduirait les plus jeunes et les mieux instruits à émigrer vers des pays aux impôts moins élevés, d’où une aggravation du déficit démographique.

    Si la fécondité chute si brutalement en Europe continentale c’est déjà en raison du système de retraite.

    Par le passé les enfants étaient considérés comme des investissements qui assuraient à leurs parents les moyens de subsister à la retraite alors que le système anonyme d’aujourd’hui amène tous les actifs à payer les pensions de tous les retraités d’une manière totalement dépersonnalisée et permet à un grand nombre de parasites de recevoir plus que ce qui correspondrait à leur contribution globale dans leur vie active.

    Ceux qui ont des revenus largement au-dessus de la moyenne, au contraire, sont pénalisés, parce que le système leur donne moins d’argent que le montant de leur contribution.

    Ce "principe de solidarité" décourage les bas revenus autant que les hauts revenus. Les seconds pensent qu’ils n’auront pas besoin d’enfants dans leurs vieux jours. Les premiers savent ne pas pouvoir se permettre d’en avoir.

    Tout système étatisé de retraite réduit l’incitation économique naturelle à avoir des enfants. En même temps, l’Etat-providence, luxe ruineux, doit être financé par des impôts qui réduisent la capacité financière des gens en âge d’avoir des enfants et renforcent l’effet négatif sur le taux de fécondit ».

    La nature ayant horreur du vide, ce déficit est comblé par l’immigration.

    Dans les années 60, on comptait 350 000 musulmans nord-africains en France, pour environ 1,25 million de Français vivant en Afrique du Nord. Depuis lors, la notion de "colonialisme" a été entièrement renversée. Il n’y a presque aucun Français en Afrique du Nord, mais le nombre de musulmans originaires d’Afrique ou du Moyen-orient en France approche les 10 millions. Le nombre exact n’est pas plus précis, parce que les statisticiens français ne sont pas autorisés à collecter des informations sur les structures ethniques et religieuses de la population.

    Cependant, certaines estimations suggèrent qu’une naissance sur trois en France se produit dans une famille musulmane. Ceci expliquerait en partie pourquoi la France a un taux de fécondité - environ 1,7 enfant par femme - plus élevé que l’Espagne ou l’Italie. Sans cette influence, le taux français se situerait aux alentours de 1,2 enfant par femme, soit un chiffre similaire à ceux constatés en Europe méridionale et orientale.

    A cet égard, le journaliste israélo-russe Shlomo Groman écrit : « Dans n’importe quelle garderie (de Vienne) les clients sont avant tout des Arabes, Iraniens, Pakistanais, Turcs, Japonais, Coréens et Africains. Les femmes Viennoises n’enfantent pas - elles chérissent plutôt leur apparence et leur carrière. Le système de pensions d’Europe Occidentale a rendu l’éducation d’enfants moins avantageuse que l’ascension sociale et la maximisation des revenus. »

    La culture semble jouer un rôle encore plus crucial que les impôts ou les retraites. Les pays de l’ancienne Union Soviétique forment à ce sujet un intéressant "laboratoire démographique". Nous avons déjà mentionné l’Ukraine, les pays Baltes et la Russie. La situation dans les républiques islamiques - l’Azerbaïdjan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan - est complètement différente : toutes ou presque vivent une explosion démographique. Le niveau de vie de ces pays est proche de celui de la Géorgie et de l’Arménie, c’est-à-dire pauvre. Mais la Géorgie et l’Arménie souffrent de la même commotion démographique que, par exemple, les pays Baltes.

    La différence réside dans le caractère traditionnellement chrétien de ces nations.

    L’Arménie va perdre un quart de sa population d’ici 2050, alors que la population de l’Azerbaïdjan voisin va augmenter d’un tiers.

    En 2050, le Yémen sera davantage peuplé, par exemple, que l’Allemagne.

    La pression migratoire sur l’Europe sera immense. Compte tenu des lois sur le "regroupement familial", l’exode du Proche-Orient et d’Afrique du Nord aura d’énormes dimensions.

    Au lieu de l’intégration d’immigrés dans une société majoritairement européenne, l’inverse se produira : les immigrés vont intégrer la culture européenne existante dans leur propre civilisation. Après quelque temps, ce sera leur propre civilisation qui deviendra dominante. Nul besoin d’être un supporter de Jean-Marie Le Pen pour être inquiet à ce sujet.

  • Budget 2014 ou l’équation impossible

    Chaque année à pareille époque il est question du budget de l'année à venir. A présent c'est le budget 2014 qui se trouve sur la sellette. Pierre Moscovici un idéologue connu est aux commandes. L'objectif officiel est l'équilibre. Arrêtons-nous ici un instant.
    C'est mieux que les critères de Maastricht. Ces derniers ont été définis pour les membres de la CEE par un traité du 7 février 1992. Ils prévoyaient que, sauf sanctions, le déficit d'un État ne pouvait dépasser 3 % du Pib. Un bon analyste pouvait conclure que c'était une sorte de permis de ruiner que la CEE s’accordait à elle-même. Mes lecteurs habituels savent comment et pourquoi l'Europe est devenue une machinerie gigantesque ruinant les peuples assujettis de diverses manières.
    Une autre remarque s'impose. En bonne gestion, l'équilibre budgétaire ne suffit pas. Il faut des excédents comme cela a existé il y a longtemps et ce qui permettrait de rembourser des dettes. Ne rêvons pas cependant l'équilibre serait un petit début de sagesse.
    Les moyens annoncés
    Le pouvoir très provisoirement aux affaires a lancé deux chiffres. Il y aurait 14 milliards d’économies et 14 milliards d'impôts. Ces données sont à prendre avec des pincettes.
    Pour ces gens, raboter des niches fiscales et ou sociales c'est faire des économies ; en fait c'est pur mensonge car le rabotage est un véritable impôt. Ensuite, quand des impôts son annoncés ce sont les impôts visibles, genre IRPP ou CSG et, dans la réalité, ce n'est qu'une partie de la tornade. Personne ne fait jamais le compte du ratissage permanent de Bercy pour ramasser des sous partout.
    L’équation impossible
    Voici l'équation mensongère. Il y a des calamités diverses créées d'ailleurs par les pouvoirs successifs. Pour les corriger il faudrait agir sur tous les compteurs, ceci dans une odeur pestilentielle d'usine à gaz.
    Ils espèrent follement que la croissance revenant les maux divers de l'économie trouveraient leurs solutions.
    L'illusion est totale. Ne voulant pas faire de véritables économies et poursuivant la matraquage fiscal, le pouvoir va tuer le malade en prétendant le guérir.
    En outre ayant fait allégeance à l'Europe il a abdiqué toute liberté d'action
    Guérir la France de ses maladies
    La France est l'homme malade de l'Europe : chômage des jeunes et des seniors, panne de croissance malgré des frémissements, crise du logement, paupérisation, désindustrialisation etc.
    Mes lecteurs connaissent la réponse; c'est la liberté notamment pour les entrepreneurs seuls créateurs de richesses. Il est impératif de jouer sur le binôme impôts et économies.
    Les impôts et charges doivent être non diminués mais détruits. Un impôt diminué revient toujours. Un impôt supprimé ne revient pas. Les avantages sont incalculables : plus de bureaux, plus de fonctionnaires, plus de statistiques, plus de déclarations, plus de contentieux. Il est évident qu'avant de s’occuper des grands impôts ou charges, il faut supprimer de petits impôts dont la liste est impressionnante et la nuisance catastrophique.
    Coté économies, même raisonnement. Pour être crédible envers les marchés financiers, des conditions sont nécessaires. Elles doivent être immédiates, sures juridiquement et dépassant par prudence les impôts supprimés.
    Les suppressions de postes ne donnent pas de sous dans l'immédiat. Il faut supprimer totalement des administrations; plus de bureaux, plus de fonctionnaires ou, encore, sabrer dans les subventions.
    Les gens au pouvoir pleurnichent sur les calamités. Sont-ils capables de se hisser au-delà d'eux-mêmes pour un programme de salut public? S'ils ne l'étaient pas, le pire serait à craindre.
    C'est la question.
    Michel de Poncins http://libeco.net/Libeco_805.htm

  • Pourquoi les identités régionales ont à espérer du réveil des nations

    Face au patriotisme français, l’un des arguments les plus fréquemment rencontrés est celui du caractère mythologique de la France, qui ne serait qu’un amas de régions mises par l’histoire à la botte d’un État central tyrannique. Bainville, Michelet, Bloch et Braudel se retrouvaient au moins quand face à eux se dressait cet absurde. La France est. Ceci étant dit, la préoccupation que j’ai ici n’est pas de réécrire une histoire de France. J’en serais d’ailleurs bien incapable. Il s’agira de montrer comment la diversité de la France peut faire synergie et non conflit avec une indivisibilité nationale. Autrement dit, l’État est une chance pour les régions, et vice-versa. Cette vision entre en totale contradiction avec la supercherie de « l’Europe des régions », tartuferie à laquelle je consacrerai le premier point de mon analyse. Le second tâchera de saisir les intérêts particuliers et communs d’une combinaison entre État et régions. Le troisième précisera quelques conditions que je pense nécessaires à la bonne marche de cette régénération.

    Les faux-amis de l’identité régionale

    Par ma mère je suis breton. Voilà plus de vingt ans que j’ai le granit pour oreiller, le vent pour couverture et le bruit des vagues pour métronome. Je n’oublies pas que la langue d’ici a connu une E.M.I. (expérience de mort imminente) du fait de la République. Je sais que la duchesse Anne ne s’est pas donnée avec joie à Charles VIII. Je n’oublies pas non plus comment la péninsule s’est offerte aux Plantagenêts contre les rois de France. Mais, plus que tout, je garde en mémoire Du Guesclin, ce Breton connétable, icône homérique, exempt à jamais de tout procès en trahison. Bref, je ne suis pas de ceux qui s’arrangent avec leur mémoire et c’est par souci d’avenir que mes yeux se fatiguent sur les traces du passé.

    Quel avenir m’est donc proposé ? Le plus probable semble être un monde uniformisé dans sa pratique politique, son mode de vie, ses cultes, ses aspirations et ses stratifications sociales. Si j’en voulais, je ne serais pas ici. Que l’on se sente d’abord Breton ou Français, on entend tambouriner à la porte les mêmes V.R.P. de la globalisation hédoniste et intempestive. Ces vendeurs de cravates et de constitution disent au patriote français qu’il a rendez-vous chez le taxidermiste. Pour faciliter sa mort, ils agitent la vieille lune d’un monde refragmenté respectueux des identités réelles. Ils appellent ça l’Europe des régions. Ils oublient que les frontières sont précieuses, même inconsciemment, tant leur construction a été laborieuse. Ils oublient l’irrédentisme, les malgré-nous et mes aïeuls partis du Finistère vers le front, sachant de quel côté du Rhin venait le danger pour leur foyer. À cours d’arguments identitaires, ils prétextent l’efficience économique transfrontalière dans une perspective de compétition mondialisée. À cela, j’expose deux arguments :

    •La coopération transfrontalière était une réalité précédent de longtemps la « (dé)construction européenne ».

    •Quand on transforme un territoire et ses occupants en autant d’éléments d’optimisation de la production, comment peut-on oser se réclamer de l’humanisme ? Avec Maurras, je préfère le Sang à l’Or. Avec Barrès, « je défends mon cimetière ».

    Alors, Bruxelles à Brest et à Bayonne pour les libérer de Paris ? La ficelle est grosse et ne résiste pas à l’analyse. La dissolution de l’État-nation ne se fera que pour renforcer une gouvernance européenne d’abord, euro-atlantique ensuite – je renvois aux travaux de Pierre Hillard –, globalisée enfin si la multipolarité géopolitique finit par rendre l’âme. Il n’est cependant pas dans les projets de l’orchestre oligarchique de faire jouer la partition des épopées de jadis. La subordination à la dérégulation économique, morale et identitaire prévaudra. On pourra avoir ici des druides, là une macro-région rhénane, tantôt l’ikkuriña flottant, tantôt les panneaux d’indication écrits en langue d’oc. Les druides seront en jeans et les panneaux diront comment se remplir le ventre d’un bon burger au coulommiers made in Taiwan. On ne multipliera pas les identités. Au mieux se contentera-t-on de devenir un zoo d’indigènes qui prostituent une identité amputée et réduite au folklore. Que ne regrettera-t-on pas d’être devenus les fossoyeurs enterrés de l’Histoire, comme les Parlements furent ceux de l’Ancien Régime… Ce qui attend les régions au carrefour de l’euro-mondialisme, ce n’est pas la libération du joug national mais un alignement létal qui ne laissera de variation dans le monde que sur les détails. Alors je demande aux régionalistes et aux indépendantistes : votre rancune face à des États va-t-elle jusqu’à faire de vous des kamikazes ? Ne perdez pas de vue qu’il sera toujours plus aisé de traiter avec des acteurs touchés de politique, porteurs d’un projet lisible et surtout soucieux de la notion d’identité. Si j’étais fermement partisan d’une Bretagne indépendante, je me sentirais toujours plus proche des hommes de Valmy que de ceux de la City. Le morcellement régional a toujours été joué par l’empire comme un carte intelligente pour la domination, des Achéménides jusqu’à Hitler en passant par Édouard III. La raison invite donc à ne pas envisager de fest-noz autour du cadavre de Marianne. Plus encore, elle peut servir à envisager une synergie réelle entre la France et ses régions, aboutissant à donner à l’homme l’Être en plus de l’Avoir.

    Le marteau et l’enclume plutôt que l’étau

    Exit donc la voie vers cet étau des nationalités, enserrées entre un hyper-local divisé en préfectures qui appliquent les directives, et le global impalpable qui les dicte. En somme, un retour à la féodalité, avec le Carrefour market en guise de basilique et Georges Soros en parangon de vertu. Mieux que Saint-Benoît et Roland de Ronceveaux… J’avais expliqué précédemment pourquoi cette issue n’était ni fatale, ni logique. Voyons donc pourquoi les identités locales ont à espérer du réveil des nations. Diplomatiquement, économiquement, démographiquement et stratégiquement, les principes de la paix de Munster réadaptés aux réalités actuelles sont à même d’offrir une alternative à la « globalindividualisation ». Les régions seules et divisées ne souffriraient pas les puissances supranationales dont on sait les intentions. « Elles peuvent se réunir », me dira-t-on. Oui, on appelle cela un pays… Un État fort est seul à même de créer un corridor permettant de sortir des rails euro-mondialistes. Cet État s’enracine dans un territoire varié physiquement et culturellement. Les régions font la France. Les régions sont la France. Si la France est mise au ban de l’histoire, point de salut pour la bouillabaisse ni le bœuf bourguignon pourquoi les identités locales ont à espérer du réveil des nations pourquoi les identités locales ont à espérer du réveil des nations – à digérer avec un bon armagnac… Le principe de l’union faisant la force a autant démontré son efficience pour la France que son inconsistance pour l’Europe. En cause : l’Histoire. Le rayonnement français a une fâcheuse tendance à l’éclipse. Néanmoins, il n’est pas sot de penser qu’une fois recouvrée une marge de manœuvre importante, il soit le meilleur ambassadeur de la richesse de ses terroirs et la plus belle vitrine d’une communion nationale réussie sans déracinement des individus. On en déduira ce qu’on voudra quant à l’actualité.

    La France ne saurait cependant être l’idiote utile des fêtes villageoises. Ne tombons pas dans les images d’Épinal seulement bonnes à décorer les bouteilles de vins de table. Primo, la France ne peut décemment pas omettre son essence composite, faute de quoi elle serait auto-dissoute. La France est ses régions, plus une volonté bien cernée par Ernest Renan. Si elle néglige cette « heureuse diversité » chère à Bainville, elle se condamne à n’être qu’un amas de cabinets ministériels mal gérés, une oligarchie de vampires déracinés. Secundo, la France, pour disposer des outils nécessaires à son indépendance connus au moins depuis Richelieu et Colbert, doit pouvoir compter sur toutes les ressources naturelles et humaines disposées sur son territoire. Despote, elle passerait pour un prisme contingent entre les populations et l’idéal d’un monde régionalisé et libérateur. Arrogante, elle demanderait « qui t’a fait région ? » et se verrait répondre « qui t’a fait État ? » L’ambition patriotique ne doit jamais perdre de vue le réel qu’elle prétend légitimement défendre. Alors, l’enracinement local et le sentiment national retrouveront leur communion naturelle que l’on a trop souvent occultée sur fond de procès du jacobinisme. Alors, les identités pourront être préservées dans leur diversité, et les marteaux des provinces pourront battre tous les impérialismes déracinants sur l’enclume immuable de la nation régénérée. Alors, aussi, pourrons-nous préserver un monde hétérogène où voyager voudra dire autre chose qu’acheter ailleurs. Ce reflux de l’uniformisation, aussi utopique puisse-t-il paraître, est parfaitement envisageable sous deux conditions essentielles.

    Impérative reconnaissance

    Il faut dans un premier temps que l’État reconnaisse, comme nous l’avons dit, sa composition diverse. Après tout, ce ne serait que pour mieux exposer sa puissance intégratrice, tant malmenée aujourd’hui. Il ne s’agit de rien de moins que d’user à cet escient de la décentralisation. Laisser au local le droit et les moyens d’exister avec sa langue, l’enseignement de son histoire, l’entretien de son patrimoine, la possibilité d’habiter le territoire sans avoir à être happé tôt ou tard par les grandes métropoles. Il semble juste, dans ce contexte, de réhabiliter le critère historique et culturel pour redécouper le territoire. Ainsi, ne pas oublier que les Ducs de Bretagne logeaient à Nantes, ou que les cantons sont plus représentatifs des réalités sociales que les départements, dont la genèse était administrative et le devenir, politicien. Il ne s’agit pas de retourner aux privilèges des Marches d’Ancien Régime mais de redonner nom et repère à la réalité passée, car « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Ceux qui prétendent venir de nulle part ne vont généralement pas bien loin. Nous caressons là un problème plus vaste : celui de la ringardisation de l’histoire et du passé. On n’imposera pas aux enfants la lecture de la Condition de l’homme moderne de Hannah Arendt ou des Désillusions du progrès de Raymond Aron. Il faudra néanmoins, pour que l’on arrête de caillasser de concert et les Gaulois urbains et les ploucs ruraux, que l’ethnomasochisme hexagonal cesse.

    Le jour où j’aurais honte d’être Français et où je serais fier d’être Breton (ou le contraire), je serais un apatride réfugié dans la connerie.

    Pour éviter ce triste sort, je m’attache donc à savoir l’histoire de mes aïeux, ceux de Normandie comme ceux de Bretagne. Force est alors de constater que les pages de l’histoire ont lentement mais sûrement écrit les Nations. Si je ne la jugeais pas si néfaste et irrémédiable, je laisserais les pseudo-identitaires tenter l’aventure du l’Europe des régions, et au-delà du mondialisme régionalisé, juste pour rire… Penser global, agir local. Soit uniformiser les gestes au service d’une même fin que l’on ne choisit pas. Je m’y refuse et je crois que la France est le chemin réel indispensable à la pérennité régionale. Je ne me vends pas à la France, je lui appartiens par ma naissance. Je ne tire pas au canon sur la blanche hermine, je prends acte de l’histoire et je ne crois pas qu’il y ait plus de bonheur à remplacer la langue d’Hélias par celle de Steve Jobs que par celle de Molière.

    Je laisse à d’autres la politique du pire. Je reconnais ma terre comme française et j’y reconnais l’autorité de l’État. Je crois qu’en politique comme en langue et en droit, la souveraineté nationale doit primer. C’est dans la France que je mets mes forces et mes espoirs, non pour appeler de nouvelles colonnes infernales et de nouveaux hussards mais pour arrêter l’hémorragie culturelle, paysagère et mémorielle qui se fiche bien des limites de circonscription. Je pense, enfin, que l’histoire est encore le meilleur moyen d’une prise de conscience permettant de passer du mythe de l’étau à la réaction du marteau et de l’enclume. C’est dans l’échange et l’étude que l’on se rend compte que la ligne partagée par les Français est précisément celle du refus d’être alignés.

    Je crois donc en la  réconciliation du local et du national séparés par les Constituants parce que cette articulation est naturelle et produite par les siècles. J’embrasse la France, plus souvent sur sa main bretonne que sur son front parisien, mais elle reste la même grande et belle demoiselle. Au moins puis-je me vanter de ne pas être adultérin. Appel aux polygames et aux célibataires…

    Guillaume Enault http://www.europemaxima.com/?p=3039

     

    • D’abord mis en ligne sur Le Bréviaire des Patriotes, le 18 mars 2013.