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L’occident, principale bailleur de fond du terrorisme Islamique
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Esclavage moderne : le Qatar, “prison à ciel ouvert”
DOHA (NOVOpress) – Après les forts soupçons de corruption pour pouvoir organiser la Coupe du monde de football en 2022 sur son sol, le Qatar est de nouveau à la Une de l’actualité au sujet du Mondial 2022. Selon des documents confiés par l’ambassade du Népal à Doha au journal britannique The Guardian, l’émirat ne prendrait pas de gants avec le sort de ses immigrés, représentant plus de 90 % de sa main-d’œuvre : au moins 44 ouvriers népalais employés sur des chantiers de construction des sites de la Coupe du monde 2022 au Qatar seraient morts entre le 4 juin et le 8 août, victimes d’attaques et insuffisances cardiaques ou d’accidents du travail. L’enquête révèle des conditions de travail similaires à de l’esclavage moderne, également très en vogue en Arabie Saoudite.
Le journal évoque un travail forcé par 50 °C, un refus d’accès à l’eau potable (pourtant gratuite) pour ces travailleurs étrangers et des violations multiples des normes internationales en matière de droit du travail. Dans des conditions sanitaires alarmantes : certains de ces ouvriers dorment à douze dans une chambre d’hôtel insalubre, en proie aux maladies. Sur place, ils sont souvent payés avec des mois de retard et leurs salaires sont retenus pour les empêcher de fuir. L’ambassadeur népalais à Doha n’hésite pas à qualifier le Qatar de « prison à ciel ouvert ».
http://fr.novopress.info/141733/esclavage-moderne-le-qatar-prison-a-ciel-ouvert/#more-141733
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La France face aux défis géopolitiques mondiaux
Intervention du géopolitologue Aymeric Chauprade lors de l’Université d’été du Front National, le 14 septembre 2013
Mesdames et Messieurs,
Jamais dans notre histoire, à l’exception des périodes de défaites et d’occupation, la France n’avait autant tourné le dos à son rang, à son influence, à sa liberté.
Jamais ses dirigeants ne l’avaient autant détourné de ses constantes géopolitiques, qui lui assuraient dans le monde une place exceptionnelle, qui faisaient que où que l’on regardait, l’influence de la France se faisait sentir. Nous ne sommes pas ici cependant pour sombrer dans la nostalgie et le pessimisme. Nous sommes ici pour comprendre les défis géopolitiques qui sont lancés à la France, pour y répondre, pour apporter des solutions crédibles, efficaces, capables de rendre aux Français la foi dans leur pays, la conviction que le déclassement n’est pas inéluctable, que le redressement est possible.
D’immenses transformations sont en train de se produire dans l’ordre mondial de la puissance, des mécanismes identitaires et idéologiques inquiétants s’y développent, et face à cette réalité, le système actuel reste prisonnier de ses vieux schémas idéologiques, incapable d’affronter la réalité du monde et d’adopter en conséquence son mode de pensée, enfermé dans un mélange d’aveuglement et d’arrogance.
Oui, Mesdames et Messieurs, ces défis sont considérables et ils sont bien la réalité du monde, mais hélas le camp du déni de réalité, le camp du refus du réel, s’emploie à maintenir le voile qui obscurcit le regard des Français, qui ralentit leur prise de conscience.
Ce sont des hommes faibles, sans vision, conformistes, qui ont entraîné la France dans les guerres mondiales du XXe siècle. Et ce sont les mêmes qui aujourd’hui n’ont ni la volonté, ni le courage, d’affronter ceux qui défient l’autorité de l’État sur le territoire, mais qui, dans le même temps, sont prêts à exposer la vie de nos militaires et à bombarder des innocents pour des intérêts qui ne sont pas les nôtres.
Depuis plus de trente ans, il y a un homme qui a dit aux Français ce qui allait leur arriver, qui a mis son talent immense, sa liberté de pensée et de ton, au service de la vérité, parce qu’il fallait alerter les Français, parce qu’il fallait les réveiller. Cet homme n’a cessé d’avoir raison, face à de fausses élites responsables du déclin mais qui ont préféré lui faire payer la vérité au prix fort des attaques ignobles, et les Français sont passés à côté de lui, ils ont laissé passer cette première chance qui leur était offerte d’engager le redressement de la France. Mais les combats se mènent dans la durée. Ce qui était annoncé, les Français commencent à l’entendre, à le comprendre, parce qu’ils le voient se réaliser sous leurs yeux.
Je tiens à dire devant vous, ici, que je ne serais pas ce que je suis, c’est-à-dire un résistant, si durant tant d’années, bataillant au cœur du Système, je n’avais regardé Jean-Marie Le Pen comme l’espoir du redressement français.
Et je tiens à vous dire, que lorsqu’un préposé au déclin français m’a privé de ma Chaire, à l’École de Guerre française, en 2009, pour un livre qu’il n’avait même pas lu, parmi les nombreux messages de soutien que j’ai reçus à l’époque, il en est un qui a compté plus que tout, celui de Jean-Marie Le Pen !
Mais il ne faut pas leur en vouloir à nos compatriotes, parce que d’abord, lorsque l’on est patriote, on aime sa famille, toute sa famille, même ceux qui ne pensent pas comme nous, et il faut avoir pour eux beaucoup de compassion, parce qu’un Système tout entier, d’éducation, de médias, de réseaux économiques et syndicaux, a dressé devant leurs yeux un Mur du Mensonge.
Mais aujourd’hui le mur s’effrite, trente ans de coups assénés l’ont ébranlé, lui ont arraché des pierres, des failles se sont ouvertes, dans lesquelles des pans de vérité s’engouffrent, et ce mur, j’en suis convaincu, par le rassemblement de tous les patriotes, d’où qu’ils viennent, derrière et avec Marine, nous le ferons tomber !
Et alors, lorsque ce mur sera tombé, apparaîtra nue devant les yeux des Français la nouvelle réalité du monde, pas l’illusion d’une France solide dans laquelle nos politiques tentent, par tous les moyens, de maintenir les Français, non, la réalité du monde, d’un monde qui est en train de vivre une totale réorganisation de la puissance, où pour la première fois depuis au moins six siècles, l’Occident est en passe d’abandonner la main à l’Asie, où l’énorme masse démographique orientale, du Moyen-Orient jusqu’à l’Extrême-Orient est en train de renverser les équilibres de puissance.
Si nous nous posons la question des défis géopolitiques lancés à la France, il me semble qu’il faut commencer par se poser les questions essentielles. Et les questions essentielles, elles se résument, comme toujours, au verbe être et au verbe avoir. Il en va des nations comme des personnes : elles ont une identité, elles ont un rang, elles ont un besoin de sens, de liberté, de prospérité.
Les défis que je vais aborder partent de ces questions : qu’en sera-t-il de notre identité, de notre rang dans la société des nations, de notre liberté de choix, de notre accès aux matières stratégiques ?
Il y a d’abord ce choc terrible entre d’un côté la volonté des États-Unis d’imposer leur projet unipolaire, leur mondialisation contrôlée par une oligarchie financière et militaro-industrielle, et de l’autre côté, d’autres grands pays, et les émergents, qui veulent un monde multipolaire, fondé sur l’équilibre, le respect des souverainetés, le dialogue des civilisations, le droit propre à chaque peuple de croître et de s’affirmer à travers son propre modèle de culture.
Pour maintenir leur rang de numéro 1 mondial, face à l’émergence de la Chine, face au retour de la Russie, face au défi des émergents régionaux, les États-Unis ont lancé, après l’effondrement de l’URSS, un chantier géopolitique global, un chantier colossal servi par leur formidable outil de défense – qui pèse à lui seul la moitié de l’effort de défense mondial –, servi par un formidable outil de propagande et de fabrication de l’opinion, de fabrication des élites grâce à des centaines de clubs et réseaux transatlantiques ou transpacifiques…, un outil global d’information et d’influence qui étend son emprise au plus profond des médias et partis politiques européens, japonais, sud-coréens, latino-américains, qui s’appuie sur le plus formidable outil d’espionnage jamais développé, celui de la NSA, qui écoute ses citoyens et ses alliés, jusqu’aux chefs d’État.
C’est ce formidable outil informationnel qui maintient l’illusion d’une Communauté internationale qui n’existe pourtant pas, qui n’est rien d’autre en réalité que le club des puissances rangées derrière les États-Unis, c’est cet outil qui raconte qui est le Bon et qui est le Méchant, qui remet en scène à chaque fois la fable des armes de destruction massive en convoquant les mêmes communicants et cautions intellectuelles sur les plateaux.
Au nom des droits de l’homme et souvent sous le prétexte terrifiant des armes de destruction massive, ils ont attaqué, avec ou sans mandat onusien, l’Irak, la Yougoslavie, la Libye, l’Afghanistan, ils ont tenté de retourner l’Ukraine, de déstabiliser la Géorgie. Souvent, ils avaient les islamistes radicaux de leur côté, toujours il en a résulté un affaiblissement des États-nations, une exacerbation des rivalités ethniques et communautaires, un recul de la civilisation.
Le bilan incontestable de ces guerres depuis 1990, au-delà des véritables chiffres des tués civils et militaires, ou de ces 2 500 blessés militaires français en Afghanistan, qui ont perdu un œil, un membre, qui sont passés sous silence par les médias pour une guerre qui n’aura servi strictement à rien, le bilan c’est toujours plus de chaos, toujours moins d’État-nation, toujours plus de communautarisme, de fanatisme religieux, de violence contre les femmes, de persécutions des minorités chrétiennes comme ces décapitations de chrétiens syriens à Maaloula ces derniers jours.
Alors on se demande pourquoi ? Pourquoi font-ils cela ? Ces guerres ils les veulent et les déclenchent, non pour les droits de l’homme, Mesdames et Messieurs, car il n’aura échappé à personne que la cruauté et la barbarie humaine s’exercent en bien d’autres points de la planète, et que les médias dominants ne s’en émeuvent jamais ; non, ces guerres ils les font dans un seul but, un but qui résume tous les buts géopolitiques : empêcher l’émergence d’un monde multipolaire fondé sur l’équilibre des puissances.
Et pourquoi cette oligarchie mondialisée ne veut-elle pas d’un monde multipolaire, c’est-à-dire d’un monde où les peuples souverains établissent des équilibres de puissance seuls garants de la paix ? Tout simplement parce que la mondialisation est pour eux le moyen d’effacer la souveraineté des peuples, et l’Union européenne est le projet, si j’ose dire le plus parfait, de cet effacement de la souveraineté des peuples, donc de leur liberté, au profit de l’oligarchie mondialisée. C’est bien pour cela qu’il ne peut pas résulter d’Europe puissance de cette Union européenne, puisque l’oligarchie mondialisée ne vise pas la puissance des Européens, elle vise l’optimisation de ses intérêts particuliers à l’échelle mondiale !
Quand certains européistes se lamentent, parfois sincèrement, de l’absence d’Europe puissance, qu’ils reviennent aux fondations du projet européiste et ils comprendront qu’ils raisonnent sur un énorme malentendu. Ce projet européiste ne donnera jamais la puissance aux Européens, bien au contraire, il évacue la puissance des nations européennes, pour faciliter leur digestion dans le projet mondialiste américain ! Donc ils ne veulent pas de la démocratie authentique des peuples, ce qu’ils veulent c’est une oligarchie mondiale.
Pour comprendre tout cela, il est impératif que les Français changent leur manière de voir le monde : ils ne doivent plus résumer le monde à une opposition simpliste entre des démocraties et des dictatures, mais bien plutôt le regarder comme une guerre invisible entre oligarchie mondialisée, et de l’autre côté l’expression souveraine du peuple qui prend tantôt le chemin démocratique, tantôt le chemin autocratique.
Et empêcher le monde multipolaire, c’est par exemple freiner tout rapprochement entre les grands ensembles eurasiatiques, Union européenne, Russie, Chine. Car à leurs yeux, l’Union européenne doit rester un ventre-mou de l’OTAN, une périphérie de l’Amérique, pour eux l’OTAN doit s’étendre jusqu’aux frontières de la Russie et de la Chine, pour eux la Russie et la Chine ne doivent pas s’entendre, pour eux la Russie ne doit pas établir de partenariat énergétique avec l’Union européenne.
On ne peut pas comprendre pourquoi la presse occidentale diabolise à ce point le président Poutine, qui a pourtant redressé la Russie de manière spectaculaire depuis 1999, et qui nous apporte la preuve qu’un grand pays peut se redresser vite, économiquement, géopolitiquement, s’il est bien gouverné, donc on ne peut pas comprendre cet acharnement de nos médias contre Poutine, si l’on ne comprend pas qu’il est l’obstacle majeur à une stratégie américaine qui veut couper le gaz russe à l’Union européenne et le remplacer par le gaz du Qatar (gaz du Qatar qui doit passer alors par le territoire syrien) et le gaz libyen (lui-même en partie sous contrôle du Qatar) et demain, s’ils en prennent le contrôle, du gaz iranien.
En tentant d’installer des régimes amis au Moyen-Orient, les États-Unis cherchent à contrôler une énergie (pétrole et gaz) dont, à la fois, l’Asie et l’Europe ont besoin, et dont l’Europe aura d’ailleurs d’autant plus besoin qu’elle s’éloignera de la Russie.
Alors que voulons-nous, nous Français, un monde unipolaire dominé par les États-Unis mais qui débouchera, après la Syrie, après l’Iran, sur une guerre mondiale avec la Russie et la Chine, une de ces conflagrations que la finance mondialisée a su organiser déjà deux fois dans le cercle dernier, au prix de millions de morts, et pour son plus grand profit, ou bien voulons-nous la paix, la paix de l’équilibre multipolaire, fondée sur le respect des souverainetés, l’équilibre des puissances qui seul dissuade d’attaquer son rival économique et géopolitique ?
Nos dirigeants ne voient-ils donc pas, que lorsqu’ils alignent systématiquement la France sur les intérêts américains, qui ne sont d’ailleurs pas les intérêts du peuple américain mais ceux de l’oligarchie mondialisée, que lorsqu’ils additionnent notre puissance à leur puissance, ne voient-ils pas qu’ils contribuent à fragiliser la paix mondiale ?
Ont-ils oublié ce qui a fait la grandeur et la place de la France, dans toute son histoire ? Être une puissance d’équilibre face aux empires, résister aux impérialismes. Empereur en son royaume, tel était le Roi de France et au-delà des rois, la France républicaine a aussi suivi cette voie singulière, cette voie d’équilibre ; voilà sa constante, voilà ce qui a fait sa grandeur, à cette France éternelle qui n’est morte avec aucun régime pas plus qu’elle n’est née d’un autre !
Au lieu de nous faire l’écho de cette rhétorique fausse des droits de l’homme, masque cynique d’intérêts qui ne sont pas les nôtres, c’est la paix, c’est l’équilibre, c’est le respect du droit international et des souverainetés qu’il faudrait défendre ! Voilà ce que serait la valeur ajoutée de la France sur la scène internationale, voilà ce qui lui rendrait sa grandeur !
Mesdames et Messieurs, le deuxième grand défi géopolitique auquel est confronté la France, c’est celui du fondamentalisme islamique.
Là encore le prisme idéologique a faussé la raison de nos dirigeants. Ils n’ont pas su anticiper la fracture des pays arabes en deux projets de société radicalement distincts, aucun n’étant d’ailleurs démocratique. Soit le projet islamique, porté par les courants Frères musulmans et salafistes, en Égypte, en Libye, en Tunisie, chez les rebelles de Syrie, soit le projet arabiste et modernisateur mais autoritaire, que privilégient encore de larges franges des sociétés arabes.
C’est durant la Guerre froide à la faveur du duel américano-soviétique, que les Américains ont à la fois laissé arriver au pouvoir la Révolution islamique chiite en Iran et soutenu les islamistes sunnites en Afghanistan. Ils ont noué une alliance souterraine durable avec des djihadistes qui se sont transportés d’Afghanistan en Irak, en Bosnie, en Libye et aujourd’hui en Syrie. L’armée américaine fait peut-être le coup de feu contre l’islamiste depuis le 11 septembre 2001, mais les services de renseignement américain savent, quant à eux, jouer avec cet ennemi utile, qui justifie les guerres américaines, coalise autour de Washington les alliés, permet de tisser des coopérations anti-terroristes partout dans le monde…
Une grande partie de ce qui se passe au Moyen-Orient, aujourd’hui, tient aussi au fait que la France n’a pas tenu son rang. Elle aurait du, dès 1991, refuser de s’attaquer à l’Irak baasiste, et s’employer à nouer une alliance solide avec tous les régimes arabistes, en les convaincant aussi de se réformer peu à peu, au fil des progrès enregistrés en matière de développement. Car c’est le développement qui fonde la démocratie et non l’inverse. Laissons les pays se développer souverainement, avec leur modèle et à leur rythme et mener leurs propres réformes politiques, au lieu de vouloir décréter partout la démocratie, ce qui détruit les équilibres fragiles et fait régresser les sociétés ! Ces régimes avaient besoin de temps pour faire évoluer les sociétés musulmanes, d’autant plus de temps, que l’islam est par essence politique et que lui appliquer un schéma de laïcité revient mécaniquement à entrer en conflit avec lui. Mais ces régimes avaient déjà commencé une modernisation considérable de la société, en rapprochant les femmes arabes du statut que la civilisation chrétienne leur donne. Tout cela a été anéanti sous les bombes de l’OTAN, le même OTAN qui a affaibli le rempart chrétien serbe multiséculaire de l’Europe pour installer à nos portes un nouvel État musulman, le Kosovo, fondé pour l’essentiel sur une économie mafieuse.
La France n’a pas joué son rôle d’équilibre au Moyen-Orient face à l’alliance des États-Unis et du fondamentalisme sunnite. Elle en récolte les fruits amers aujourd’hui. Le piège islamique se referme doublement sur elle-même : à l’intérieur avec un phénomène marqué de réaffirmation identitaire islamique, et à l’extérieur avec des pays arabes qui, du Maroc jusqu’au Golfe, sont partagés entre deux projets radicalement opposés, l’occidentalisation ou, au contraire, la réislamisation radicale de la société. Aucun compromis démocratique n’est possible quand les projets de société sont à ce point opposés ! L’exportation de la démocratie à l’occidentale de l’autre côté de la Méditerranée s’avère donc être un tragique facteur de guerre civile. Les Libyens, les Tunisiens, les Égyptiens sont en train d’en payer le prix.
La perspective d’avoir un jour des régimes islamistes violemment hostiles à l’Occident, en Égypte ou en Algérie par exemple, qui disposeront d’appareils militaires conséquents, devient chaque jour plus crédible. Dans ce contexte, nos fractures identitaires intérieures, qui ne cessent de s’agrandir, ne peuvent plus être occultées. La simple application du cadre républicain laïque ne résistera pas à l’épreuve des dynamiques démographiques. Dans l’histoire du monde, aucune société multiconfessionnelle n’a résisté à l’épreuve des changements de rapport de force démographique.
Aussi je vous le dis, avec le regard de l’historien du temps long et du géopolitologue, si la France n’assimile pas rapidement à sa civilisation, à la civilisation française produit de plus de 1500 ans d’histoire, ses compatriotes musulmans, alors c’est l’islam qui digèrera la France, et qui l’assimilera à un monde musulman en pleine expansion démographique. Et cela Mesdames et Messieurs, c’est bien la mère de toutes les batailles, c’est le premier défi géopolitique de la France, le défi géopolitique intérieur, qui est un défi identitaire, parce que l’on met beaucoup plus de siècles à fabriquer une société qu’une économie, et que l’on ne répare pas l’identité comme on répare l’économie !
En Asie, en Amérique latine, en Russie, où la cohésion identitaire, qu’elle soit ethnique ou religieuse, est forte, on se pose des questions sur l’avenir de la France en tant que civilisation française. Plus le temps passe, moins l’on considère que la France sera un partenaire fiable, pas seulement à cause de son déclin industriel, pas seulement à cause de la crise de son État-providence, mais d’abord et avant tout à cause de sa crise identitaire. Il y a donc un lien intime entre le rang de la France dans le monde, et la continuation de la civilisation française. Songez à ces touristes chinois qui font des milliers de kilomètres pour admirer la civilisation française, Notre-Dame et Versailles, mais qui se font dépouiller et agresser par des Français de papier ! Pas besoin du sociologue de service pour qu’ils comprennent où est la civilisation et où est la barbarie !
Alors se contenter de la neutralité, de la laïcité républicaine, dans une société où est en train de jouer librement la concurrence identitaire et démographique, c’est proprement suicidaire, tout simplement parce qu’à un moment donné, les communautarismes seront devenus suffisamment forts, sur le plan démographique, pour se débarrasser de la laïcité républicaine, pour imposer leur loi, au mépris même de la démocratie, elle-même produit, on l’oublie trop souvent, d’un long cheminement de l’histoire grecque, romaine et chrétienne. Alors Mesdames et Messieurs, oui, je le dis haut et fort, il nous faudra bien, à un moment ou un autre, établir un lien évident entre la citoyenneté française et l’adhésion à la civilisation française ! Cela s’appelle l’assimilation et cela nécessitera des choix forts qui aboutiront d’un côté à la fabrication de vrais Français, pas des Français de papier, pas des consommateurs de l’État-providence, et de l’autre côté au départ de tous ceux qui ne veulent pas adhérer à notre civilisation produit de plus de 1500 ans d’histoire, dont nous sommes fiers et dont nous rendrons à nouveau fiers les petits Français !
Mesdames et Messieurs, je vous l’ai dit, dans les défis il y a d’abord le verbe être mais il y a aussi le verbe avoir. Et s’agissant du verbe avoir, le troisième défi géopolitique que je vois pour la France, après le mondialisme, après l’islamisation de l’Europe occidentale, c’est celui de la sécurité de nos futurs approvisionnements, notre sécurité énergétique mais aussi notre sécurité alimentaire.
Je l’ai dit, les États-Unis ont une stratégie de domination énergétique claire : ils veulent contrôler l’essentiel des zones de production du Moyen-Orient pour peser sur la dépendance énergétique européenne et asiatique. Et par ailleurs, ils augmentent leurs approvisionnements venant de l’autre façade atlantique, l’Afrique, qui empruntent des routes à l’écart des champs de bataille du Moyen-Orient. Et puis ils seront peut-être en 2020, devant l’Arabie Saoudite, le premier producteur pétrolier. Il y a aussi le gaz de schiste, car les Américains, eux, explorent et innovent sans s’embarrasser du principe de précaution, l’un des sacro-saints dogmes de l’Union européenne, et avec cette formidable foi dans la science qui leur fait penser qu’ils gèreront les problèmes après !
La France devra préparer son avenir énergétique en mer. Déjà 30 % de la production d’hydrocarbures mondiaux se fait offshore, comme on dit dans le jargon pétrolier, c’est à dire en mer. Et la tendance va s’amplifier. Le pétrole et le gaz de demain, c’est en mer que nous irons le chercher. Et nous avons un atout extraordinaire que nos politiques délaissent pourtant année après année. La France n’est pas seulement un territoire européen. Elle est un territoire mondial. Nous avons la deuxième zone économique exclusive du monde, après les États-Unis, avec 11 millions de km², dont 90 % dans les départements et collectivités d’Outre-mer, souvent des îlots du bout du monde où notre Marine nationale patrouille de moins en moins faute de crédits. En réalité, c’est grâce aux fonds des océans que nous pourrions devenir une grande puissance pétrolière et gazière, mais aussi une puissance qui saurait maîtriser les hydrates de gaz, et quantité de ressources minérales stratégiques, grâce aux sulfures hydrothermaux riches en cuivre, zinc, plomb, cobalt, argent et or, et les fameux nodules polymétalliques. Les énergies de demain, celle des courants marins, ou la troisième génération de biocarburants qui épargnera de précieuses terres agricoles, comme les nouvelles formes d’alimentation, viendront de cette magnifique qualité maritime dont jouit la France.
Quand on pense que cette année 2013 nos politiques ont failli laisser s’échapper de notre souveraineté, l’île de Tromelin, dans l’océan Indien, cet îlot qui avec son kilomètre carré de surface battue par les vents nous offre un domaine maritime de 285 000 km2, la moitié du territoire de la métropole, et bien sûr toutes les ressources halieutiques, les ressources en poisson qui vont avec ! Voilà de quelle manière nous sommes gouvernés aujourd’hui, dans l’indifférence politique devant les sujets de grande ampleur, dans l’ignorance de la longue durée, au profit de la comédie médiatique, de l’immédiateté, du court-terme, qui ronge notre classe politique et l’empêche de faire les choix décisifs. Heureusement qu’il reste un État, avec des hauts fonctionnaires qui, souvent encore, ont le sens de l’État, le goût de l’intérêt général, que j’appelle moi le Bien commun des Français. Ils regardent vers nous de plus en plus, ces vrais serviteurs de l’État, car ils ont compris qu’entre la liquidation de l’État et l’étatisme pachydermique il y a un juste chemin, il y a la restauration d’un État moderne et performant, d’un État stratège venant en appui de l’économie libre. Et s’il y a bien un domaine où justement c’est l’État qui devra donner l’impulsion, c’est celui de la mer !
Car demain, Mesdames et Messieurs, une grande partie des contentieux et conflits géopolitiques dans le monde vont porter sur la souveraineté maritime. En Asie, les tensions sont fortes entre Chine, Japon, les deux Corée, et bien d’autres pays, autour du contrôle d’îles considérées comme stratégiques. Chacun veut étendre son domaine maritime, et la Chine en particulier veut régner sur la mer de Chine pour s’offrir ensuite le grand large, le Pacifique, où elle rencontrera bientôt, comme le fit le Japon à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, la domination américaine sur le Pacifique. Allons-nous, là encore, abandonner notre Pacifique Sud au duel sino-américain ? Entendez-vous nos politiques nous parler de la mer ? Non, cela devrait pourtant être un sujet de premier plan pour nos belles provinces maritimes de l’Ouest et du Sud, et pour notre France lointaine, cette France lointaine qui, je l’espère, finira bientôt par s’affranchir des fausses idées et des préjugés, et par comprendre que nous sommes les seuls à l’aimer et tenir autant à elle.
Mesdames et Messieurs, si la souveraineté n’avait pas d’avenir comme le proclament les chantres de l’européisme depuis des décennies, alors pourquoi le monde entier investit-il autant dans la souveraineté maritime ? Pourquoi se bat-on autant pour avoir une zone économique exclusive et, au-delà même, une extension du plateau continental ? Regardez ce paradoxe extraordinaire, au moment où l’on continue à faire croire que la souveraineté est tournée vers le passé : jamais, je dis bien jamais dans l’histoire de l’humanité, les souverainetés ne s’étaient autant étendues sur les mers et les océans qu’en ce début de XXIe siècle ! Demandez aux Brésiliens de vous parler de l’Atlantique Sud ! Ils vous expliqueront qu’ils veulent dominer l’Atlantique Sud jusqu’au Golfe de Guinée et empêcher l’OTAN de s’y aventurer. Demandez aux Canadiens pourquoi ils sont en train de renforcer leur marine de guerre, dans la perspective de la grande mêlée pour le contrôle des routes de l’Arctique, où les glaces sont en train de fondre ! Regardez les Russes, jamais depuis Pierre le Grand, ils n’avaient lancé un tel effort naval ! Et je ne parle pas de la Chine qui aura ses porte-avions, de l’Inde, de la croissance formidable du nombre de navires de surface et de sous-marins dans toute l’Asie et en Amérique latine !
Mais l’accès aux ressources, ce ne sont pas seulement les réserves d’hydrocarbures offshore ou les mines d’uranium du Niger et du Mali, la sécurité alimentaire sera aussi un grand problème dans les années à venir. En 2050 ce seront entre 9 et 14 milliards de personnes qu’il faudra nourrir sur la planète, soit une augmentation au minimum de + 70 % de la demande alimentaire globale. L’évolution des régimes alimentaires dans les pays émergents qui s’approchent des régimes alimentaires des pays industrialisés, est un facteur qui va fortement augmenter la consommation de viande et de lait, donc, en amont, le besoin de céréales. Comme pour l’énergie, qui nous conduit à la souveraineté maritime, la géopolitique de l’agriculture nous ramène à la souveraineté terrestre, qui elle aussi est loin d’être dépassée, bien au contraire, à ces stratégies de nombreux pays pour acquérir des terres agricoles, pour augmenter leur souveraineté sur des terres fertiles, en Afrique, en Amérique latine ou ailleurs. Regardez le problème de la Chine qui, avec 9 % des terres agricoles, doit nourrir 20 % de la population mondiale et qui a déjà acheté 2 millions d’hectares de terres cultivables en Asie et en Afrique. Ma conviction c’est que sur ce sujet, comme sur tant d’autres, nos gouvernants se sont cruellement trompés : ils ont cru qu’une économie moderne n’était qu’une économie de services, et j’apprenais en effet à l’école que dans les pays développés les secteurs dits primaire (l’agriculture) et secondaire (l’industrie) cèderaient naturellement leur place, suivant une sorte de loi de l’histoire et de la globalisation, au secteur tertiaire, les services. Ils se sont trompés. Une large partie de la puissance des États-Unis aujourd’hui c’est bien sa puissance agricole. Et quand on dit que le protectionnisme c’est dépassé, et bien les États-Unis, entre 2008 et 2012 ont aidé leur agriculture à hauteur de 300 milliards de USD. Les États-Unis ont 17 % de leur population active dans le secteur agro-alimentaire. Avez-vous l’impression qu’ils sont en arrière de l’histoire ?
Il y a une grande constante de l’histoire de France, c’est que notre grandeur s’est faite avec nos paysans, nos marins, nos ouvriers, nos ingénieurs, alors si notre agriculture s’efface, que nos usines et nos chantiers navals ferment, que nos ingénieurs partent en Allemagne, aux États-Unis ou en Asie, de quoi la puissance française sera-t-elle faite demain ?
Mesdames et Messieurs, la France a su affronter depuis plus de 15 siècles des défis considérables et elle les a relevés. Rien n’est perdu. Bien au contraire, tout devient possible car le réveil est en marche, nous avons d’abord un chef, Marine, qui a démontré des qualités de caractère et de conviction, que personne ne possède dans l’offre politique concurrente, nous avons une dynamique forte qui fera sans doute du Front national bientôt le premier parti de France, nous avons des Français qui sont en train de se réveiller, agressés dans leur identité, agressés dans leurs valeurs familiales, agressés dans leur situation économique et sociale. C’est hélas bien humain, beaucoup ne prennent conscience du danger que lorsqu’ils l’expérimentent eux-mêmes. Et de ce point de vue il y a un effet statistique. Comme de plus en plus de Français expérimentent eux-mêmes l’agression de notre identité et la perte de notre rang, ils se réveillent et nous rejoignent. Ce n’est pas que nous prospérerions sur les peurs et la misère comme aiment à le dire beaucoup de médias, c’est tout simplement que la peur et la misère ne trouvent aucune réponse crédible ailleurs que chez nous ! Ce n’est pas la même chose ! Ils inversent les choses dans le seul but de protéger les positions de ceux qui gouvernent depuis des décennies et n’ont pour seul bilan, objectif, implacable, que le déclassement progressif de la France sur la scène internationale et l’expansion de la souffrance chez nous.
Nous ne pourrons relever ces défis géopolitiques mondiaux que si nous reprenons en main notre destin et donc qu’à la condition de changer d’Union européenne, de rompre avec un projet européiste qui avait promis aux Français l’Europe-puissance et qui leur a donné l’Euramérique et l’Eurabia, à la condition de retrouver notre souveraineté et de défendre la réorganisation d’une Europe-civilisation fondée sur les nations libres.
Alors nous romprons avec cela, avec l’européisme bruxellois comme avec l’atlantisme, en contribuant d’abord à forger un axe Paris-Berlin-Moscou solide sur le continent européen, nous prônerons l’équilibre entre les États-Unis et la Chine en soutenant l’équilibre multipolaire et la paix des armes, en nous posant comme une puissance de médiation sur la scène internationale, nous favoriserons notre influence culturelle et politique à travers la Francophonie, nous relancerons une politique africaine fondée sur le développement et la maîtrise des flux migratoires, en sortant du couple malsain corruption/repentance coloniale, nous travaillerons à faire barrage au fondamentalisme religieux au Moyen-Orient, nous soutiendrons une paix juste au Proche-Orient, nous renforcerons notre projection d’influence économique et politique dans le Pacifique Nord tout en maintenant et consolidons notre position précieuse dans le Pacifique Sud, nous referons de la France une grande puissance maritime et dotée d’un outil de défense terrestre, aérien et naval à la hauteur des menaces des décennies à venir, nous sécuriserons nos approvisionnements stratégiques sans dépendre des États-Unis, et grâce à l’État stratège il n’y aura pas un secteur de l’innovation qui échappera à nos ingénieurs, à nos scientifiques.
Mesdames et Messieurs, je choisis, ici à Marseille, ville tournée vers notre vocation maritime, mais aussi ville attaquée au plus profond de son identité par le crime et le mépris des Français, ville où éclate au visage des Français la terrible impuissance de notre État et de ses dirigeants, je choisis de vous dire que je soutiens désormais publiquement votre combat, que j’y adhère pleinement, et que je me range derrière Marine Le Pen, seul chef politique capable de fédérer la dynamique patriotique qui se développe dans notre pays ! À vous tous ici qui combattez avec courage, parfois depuis de longues années et au prix de vos positions sociales, je demande d’admettre en vos rangs un amoureux acharné de la France, descendant de générations de paysans et de marins qui ont versé leur sang pour notre liberté, et qui ne veut pas léguer à ses enfants, l’entrée dans une autre civilisation !
Je dis aussi à ceux qui, parce qu’ils croient en leurs qualités intrinsèques, ou bien qui restent dans l’immaturité adolescente du combat pur et sans compromis, à tous ceux là qui mènent des aventures personnelles et groupusculaires, je leur dis : « Vous n’avez aucune chance de décoller et vous ne ferez qu’ajouter à l’inertie et la désunion, qui ont tant fatigué notre pays à travers les siècles, et vous ne ferez que reculer le moment du redressement. » Faites donc taire vos logiques d’ego derrière la seule logique pragmatique et intelligente qui puisse être : faire gagner la dynamique nationale qui pèse le plus sur la scène politique française.
Je dis encore, à ceux qui voient toujours quelques barrières idéologiques à un plein ralliement à Marine Le Pen, à sa dynamique de rassemblement, je leur dis :
Oubliez ce qui différencie, regardez plutôt ce qui unit, l’amour de la France, la volonté de perpétuer notre civilisation française, et sortez des querelles gauloises, parce que les uns voudraient plus d’État, d’autres en voudraient moins, parce que les uns voudraient plus de laïcité, d’autre plus de christianisme, rassemblons-nous, gagnons et donnons enfin une chance à la France de rester la France !
Aymeric Chauprade, 14 septembre 2013 -
Russie : le salut démographique viendra-t-il de l’Est ?
MOSCOU (NOVOpress via le Bulletin de réinformation) - Le charme de l’âme slave n’étant plus suffisant à créer les conditions nécessaires d’une natalité expansionniste, le gouvernement russe à lancé, depuis 2006, un plan de redressement de la natalité (en Une, affiche de la campagne pour le redressement de la natalité du gouvernement dans le métro de Moscou).
La mesure‑phare de ce plan est le « capital maternité », soit 9.500 € versés pour chaque enfant à partir du troisième. Depuis la chute de l’URSS, la Russie à vu sa population diminuer de six millions d’habitants. Or, entre 1999 et 2010, grâce à d’énergiques mesures comme celle‑ci, le nombre d’enfants par femme est remonté de 1,1 à 1,5, soit une hausse de 40 % !
Cette politique publique audacieuse et pleine de bon sens pourrait inspirer nos gouvernants… Si ceux‑ci ne possédaient pas déjà des solutions de « remplacement »… Imagine-t-on le même type d’affiche pour une campagne du gouvernement français dans le métro de Paris, et les réactions des associations subventionnées et des grand médias ?
http://fr.novopress.info/141707/russie-le-salut-demographique-viendra-t-il-de-lest/
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Scandale du Libor : treize nouvelles banques impliquées
WASHINGTON (NOVOPress via le Bulletin de réinformation) - Treize nouvelles banques viennent d’être poursuivies par le régulateur des crédits américains pour leur implication dans le scandale du Libor. Parmi elles, de grands noms comme la Société générale ou encore la banque suisse UBS, devront répondre de leurs agissements dans cette entente illégale par les institutions bancaires sur la place de Londres.
Les manipulations du Libor revenaient pour les argentiers à s’entendre illégalement dans les prêts qu’ils s’accordaient entre eux afin d’orienter les cotations en fonction de leur stratégie. Un sommet des pratiques opaques et de la finance apatride.
http://fr.novopress.info/141684/scandale-du-libor-treize-nouvelles-banques-impliquees/
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Eurasisme, Alternative à l'hégémonie libérale
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Islamisme : nous vivons une 3ème guerre mondiale. Et si on disait les choses comme elles sont
Tribune de Jean Bonnevey.
Les islamistes ont déclenché depuis le 11 septembre et même avant, une troisième guerre mondiale pour imposer leur islam au monde entier. On refuse de le dire par peur de l’islamophobie. Et pourtant cet islam du terrorisme veut imposer sa lecture du coran aux mauvais musulmans et aux infidèles. Ils le font avec un terrorisme qui parfois répond à la définition de crimes contre l’humanité. Au Kenya, au Pakistan, en Egypte, au Nigeria et ailleurs, ils tuent en fonction de la religion. Au Kenya, les clients du super marché qui ne savaient pas réciter des sourates du coran étaient immédiatement abattus par les islamistes somaliens. Au Pakistan c’est une église qui a été visée dans le pire attentat de ce genre dans ce pays.
Kenya
Les milices d’Al-Chebab n’ont pas cessé de menacer le Kenya depuis leur formation fin 2006, menaces qui se sont amplifiées dès octobre 2011, lorsque les troupes kényanes ont rejoint les forces de l’Union Africaine en grand nombre pour chasser les chebabs de la capitale, Mogadiscio et les repousser vers le sud du pays. L’armée kényane est très active aux côtés de l’Union africaine (UA), et un allié solide des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Est. Pour Murithi Mutiga, rédacteur en chef du Daily Nation, journal de Nairobi cette tragédie est l’occasion de faire réaliser au monde que « nous vivons dans un monde interconnecté et qu’avoir un pays failli comme voisin, tel que la Somalie, peut avoir des effets bien au-delà de ses frontières ».
Pakistan
Un double attentat suicide commis devant une église à la sortie d’une messe a fait au moins 78 morts , bilan sans doute comparable à celui du centre commercial de Nairobi. C’est l’attaque la plus sanglante jamais menée contre la minorité chrétienne de ce pays, selon les autorités locales. Ces deux attaques perpétrées par deux kamikazes et revendiquées par une faction du Mouvement des talibans pakistanais (TTP) ont visé l’Eglise de tous les Saints, de Peshawar, la principale ville de la province de Khyber Pakhtunkhwa, dans le nord-ouest. Le Pakistan impliqué dans cette guerre mondiale aux cotés ou contre les talibans afghans ?
Mondialisation
Depuis la guerre qui se poursuit contre les talibans, les Usa et leurs alliés sont intervenus en Irak, en Libye et envisagent de le faire en Syrie, tout en menaçant l’Iran, rien que des pays musulmans…. pas un hasard tout de même. C’est bien une guerre mondiale asymétrique. Les Usa tentent d’imposer leur vision du monde aux états par la guerre et les islamistes la leur, par le terrorisme ou la révolution.
On voit les imagistes en Tunisie en Egypte au Yémen et dans des pans aussi entiers de cités européennes. A quand une prise d’otage dans un de nos supermarchés ? Qui ne comprend que c’est une guerre mondiale que nous ne voulons pas, que nos gouvernants nient, par peur de l’amalgame avec l’islam et de favoriser une islamophobie qui favorise elle-même les droites identitaires européennes ou américaines. Pourtant c’est évident. Ce qui se passe et ce qui s’est passé au Kenya ou au Yémen en sont des illustrations. Et la guerre ne date pas d’hier.
Le 28 novembre 2002 à Mombasa (Kenya) : Un attentat-suicide à la voiture piégée était organisé contre un luxueux hôtel tenu par un propriétaire israélien. L’explosion tua trois Israéliens et dix Kényans. Quelques minutes avant cet attentat, deux missiles sol-air avaient été tirés en direction d’un Boeing 757 de la compagnie aérienne Arkia Israel Airlines qui venait de décoller de l’aéroport de Mombasa. Mais l’appareil n’a pas été touché et a finalement pu atterrir sans encombre avec ses 261 passagers à Tel-Aviv. Les attaques ont toutes deux été revendiquées par Al-Qaida.
Le 7 août 1998, au Kenya toujours et en Tanzanie : Deux attaques quasi simultanées touchaient les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et Dar-es-Salaam (Tanzanie). Des voitures piégées de plusieurs centaines de kilos d’explosifs firent 243 morts et des centaines de blessés à Nairobi, tandis qu’à Dar es-Salaam une douzaines de personnes moururent et quelques centaines furent blessées. C’était la première fois qu’un tel mode opératoire, d’une telle ampleur, était appliqué en Afrique subsaharienne. A Nairobi, le souffle de l’explosion avait détruit plusieurs immeubles du quartier d’affaires où se situait l’ambassade américaine.
Des membres présumés d’Al-Qaïda ont lancé trois attaques simultanées contre des sites de l’armée et de la police dans le sud du Yémen, tuant 56 militaires et policiers, ont indiqué ces derniers jours des sources militaires et locales.
Ces 10 dernières années, deux autres attentats ont été perpétrés contre des bâtiments de guerre dans ce secteur. Le premier a visé le destroyer américain USS Cole (DDG 67), gravement endommagé par une embarcation piégée dans le port d’Aden, en octobre 2000. La seconde attaque s’est produite en octobre 2002 contre le pétrolier français Limburg, touché par un canot bourré d’explosifs alors qu’il se trouvait au terminal d’Ash Shihr.
Les Etats-Unis redoutent que des attentats soient en préparation contre les navires empruntant le détroit de Bab-el-Mandeb, au large du Yémen. Pétroliers, porte-conteneurs, vraquiers… Il s’agit de l’un des principaux points de passage du commerce maritime mondial, emprunté notamment par les navires reliant l’Asie et la région du Golfe à l’Europe. « Des renseignements laissent penser qu’Al-Qaïda continue de préparer des attaques en mer le long des côtes du Yémen dans le détroit de Bab-el-Mandeb, en mer Rouge et dans le golfe d’Aden (…) les risques que des bateaux soient pris pour cible sont maximaux dans les zones où les manœuvres sont peu faciles »,
C’est le même islamisme que l’on combat donc au Mali ou en Somalie et bien sur au Yemen et que l’on devrait combattre en Syrie. Nos doutes débouchent sur des incohérences qui mettent nos soldats et nos populations en danger. Nous sommes en guerre, car on nous fait la guerre, mais nos gouvernements ne l’admettent pas par aveuglement idéologique. Nos faiblesses sont leurs forces. Nous nourrissons leur détermination de nos hésitations.
Et pourtant il faudra bien la mener et la gagner, cette guerre.
Source : Metamag.
Crédit image dans le texte : DR. -
Russie : Le forum Valdaï et la question de l’identité nationale
Par Alexandre Latsa
La semaine dernière j’ai eu le plaisir de participer à un débat télévisé, c’était une table ronde sur la question de l’image de la Russie à l’étranger. La question était de savoir si les russes méritaient leur mauvaise image à l’étranger ou s’ils étaient victimes d’une image négative fabriquée et véhiculée par les médias notamment.

Ruben Safronov – “Monastère dans les collines de Valdaï” (1993)
Le débat a très rapidement dévié sur le fait de savoir s’il fallait ou non se préoccuper de l’image de la Russie et des Russes à l’étranger et surtout sur ce que sont les russes et la Russie. La question de l’identité nationale reste, dans la Russie de 2013, une question essentielle et les nombreuses discussions du club Valdaï à ce sujet viennent de le prouver.
La Russie est un pays dans lequel se côtoient énormément de peuples et de religions et des cultures totalement différentes. La Russie est européenne, slave et orthodoxe mais également asiatique, touranienne et musulmane. Elle est un pays tout à la fois nordique et méridional, et de l’Ouest comme de l’Est de l’Eurasie.
A cette immense variété culturelle et géographique, il faut ajouter qu’en Russie se côtoient tant le XIXième, que le XXième ou le XXIième siècle. Il est donc bien difficile de définir ce qu’est aujourd’hui un russe moyen et le regard que l’étranger porte sur un Russe ou un Russien, ou peut être sur les Russes et les Russiens.
La Russie sort de trois épreuves historiques fort différentes n’ayant en commun que leur violence et la destruction de la morale et de l’identité qu’elles ont généré: la période monarchiste autoritaire (le tsarisme qui toléra l’esclavage jusqu’au début du siècle dernier), la période soviétique qui contribua a la création d’un homme nouveau (l’homo soviéticus) au prix de la destruction de l’identité religieuse et nationale et enfin la période post-soviétique et libérale, qui en une grosse décennie seulement, est arrivée à détruire la Russie sur le plan moral, sanitaire et démographique.Le réveil russe auquel nous assistons depuis 2000 sur le plan économique et politique pose deux questions essentielles: qu’est-ce qu’être Russe aujourd’hui, et comment fonder une identité russe saine pour le siècle. La Russie Tsariste ne différenciait les citoyens que selon leurs rangs, pendant que l’Union Soviétique jouait la carte transnationale et citoyenne.
Dans les années 90, la Russie faisait face à une situation complexe: assurer une pacifique transition du modèle politique (de l’URSS à la fédération de Russie) tout en évitant que l’éclatement territorial ne crée des conflits sur des bases territoriales, ethniques, religieuses ou simplement identitaires.
Les stratèges de l’époque ont alors conçu un terme lexical pour définir les habitants de la Russie: le terme Rossianin, que l’on pourrait traduire par Russien en français. Utilisé par Boris Eltsine lorsqu’il s’adressait au peuple, ce terme était censé regrouper et mettre sur un pied d’égalité tous sous ensembles de la fédération de Russie. Mais en réalité, il contribua à créer une différence fondamentale entre les Russes ethniques, les Russkie, et les autres.
Une décennie plus tard, le retour en force de l’identité religieuse au sein de tous les peuples de la fédération se retrouve sans doute troublé par cette distinction de fait et qui dans l’inconscient collectif est la suivante: le russe est orthodoxe pendant que le rossianin serait autre et plutôt musulman ou bouddhiste.
Cette distinction s’accentue dans un climat ou la tendance profonde en Russie est une tendance au renforcement des identités, puisque le très sérieux Kommersant constatait il y a quelques jours que “La Russie connaît une montée de sentiments nationalistes, tandis que certaines républiques du pays peuvent déjà être qualifiées d’islamiques (…) Pour certains experts la Russie se trouve au seuil d’une grave crise nationale“.
Cette crise potentielle pourrait menacer la stabilité voire l’intégrité territoriale du pays et le président russe s’est montré très offensif à ce sujet lors du discours de clôture du forum Valdaï qui s’est tenu comme chaque année. Le chef de l’État russe a en effet appelé à ouvrir un débat sur la question de l’identité nationale et à la définition d’une identité culturelle et spirituelle. Pour lui, les frontières à ne pas franchir pendant ce débat sont tout ce qui pourrait porter atteinte à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité du pays.
Le président russe a rappelé que “l’idée nationale ne pouvait apparaître par des règles mondiales et communes et qu’était révolu le temps ou l’on pouvait copier et appliquer une identité dans un pays comme on installe un logiciel dans un ordinateur“. Il a martelé que la Russie était un: “État-civilisation fondé sur la langue russe, la culture russe, l’Église orthodoxe russe et les autres religions traditionnelles de la Russie” ou encore que: “ce modèle avait toujours fait preuve d’une certaine flexibilité face aux spécificités locales, permettant l’unité dans la diversité“.
En 2007 à Munich, lors d’un discours qui a fait date (en version française ici), Vladimir Poutine avait clairement prévenu que la Russie ne tolérerait plus le modèle mondial unipolaire qui était en fin de cycle et que la Russie allait affirmer sa condition d’état souverain et de puissance avec laquelle il allait falloir compter. Les cinq années qui suivirent lui donnèrent raison. L’épisode de la guerre en Géorgie en 2008 puis celui de la situation actuelle en Syrie prouvent que la Russie est inexorablement passée du statut de puissance régionale à celui de puissance mondiale.
A la différence du discours de Munich en 2007, ou le président russe avait fait clairement apparaître la volonté russe d’activement participer à l’élaboration d’un monde multipolaire, le discours de Valdaï 2013 est apparu comme une critique beaucoup plus précise et affirmée des modèles de développements “euro-occidentaux” au sens large. Le président russe a par exemple vanté le traditionalisme comme étant le cœur de l’identité de la Russie, tout en déplorant les menaces telles que la “mondialisation, le multiculturalisme et l’érosion des valeurs chrétiennes – via notamment une focalisation exagérée sur les droits des minorités sexuelles“.
Ce faisant il a clairement opposé le modèle russe en gestation fondé sur la tradition au modèle euro-atlantique incapable d’influer sur la Russie et en perdition selon lui notamment car, par exemple, “il rejette les identités et met sur un pied d’égalité les familles traditionnelles avec beaucoup d’enfants et les familles de même sexe (homoparentales), soit la foi en dieu ou en Satan“. Vladimir Poutine a énormément insisté sur le point démographique et la disparition en cours des peuples européens du continent.
La Russie semble avoir clairement décidé de ne pas sacrifier son modèle civilisationnel pour rejoindre la communauté-atlantique, affirmant au contraire désormais que c’est “l’Europe qui n’avait pas d’avenir sans la Russie” mais rappelant qu’elle était bien évidemment prête à collaborer avec tout pays européen ne souhaitant pas imposer ses valeurs a la Russie.
Comme les lecteurs de RIA-Novosti le savent, le dialogue entre Russie et Occident bute en effet sur un malentendu profond qui est celui de la morale et des valeurs et il semble que sur ce point on s’approche d’un nouveau rideau de fer.
Le président russe a aussi réaffirmé que l’objectif prioritaire de la Russie était l’intégration avec ses voisins proches et le développement de l’Union Eurasiatique pour permettre à la Russie d’occuper une place stratégique centrale et ne pas se retrouver en périphérie de blocs européens ou asiatiques.
Cette nette réorientation stratégique et eurasiatique de la Russie ne concerne pas que la politique extérieure mais visiblement aussi et bien plus largement l’esprit des réformes en cours et du devenir de la Russie. Vladimir Poutine a dans cet esprit redéfini l’Union Eurasiatique non comme une simple coopération entre pays mais comme le seul “projet viable de préservation de l’identité et la diversité des peuples de l’espace eurasiatique dans le nouveau siècle et le nouveau monde“.
Parlant de la nature de l’État civilisation russe, Vladimir Poutine l’a qualifié de “complexité florissante” (цветущая сложность), une expression particulière créée par l’un des pères de l’Eurasisme politique et philosophique, Constantin Leontiev.
Constantin Leontiev avait en effet déjà développé ces conceptions eurasiatiques qui définissaient l’Eurasisme comme la “multiplicité florissante du monde”, et comme l’essence du monde multiple et multipolaire face à l’unilatéralisme occidental et ce… Au milieu du XIXième siècle.
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Bernard Lugan, Décolonisez l’Afrique !, Ellipses, 2011.
Bernard Lugan, spécialiste français de l’histoire, de la géographie et de la géopolitique de l’Afrique, n’est plus à présenter à nos lecteurs non-conformes. Il est en effet un de ces piliers, un de ces maîtres, que tous penseurs ou militants, curieux cela va de soi, se doit de connaître s’il veut comprendre le monde d’aujourd’hui au-delà de cette doxa conforme et confortable, et bien trop souvent démagogique, véhiculés par nos politiques et par les mass media.Sans faire un rappel exhaustif sur la vie et l’œuvre de Lugan, il convient de rappeler que cet homme est l’auteur d’une bonne vingtaine d’ouvrages sur l’Afrique, dans le temps et dans l’espace, dont les incontournables actuellement sont, sans doute, son encyclopédique Histoire de l’Afrique, Des origines à nos jours (Ellipses), L’Histoire de l’Afrique du sud des origines à nos jours (Ellipses) sortie au moment même où se tenait la coupe du monde de football en 2010 et bien évidemment son traité intitulé Décolonisez l’Afrique !
C’est sur cet ouvrage qu’il convient de s’arrêter un peu plus longtemps.
En effet, celui-ci s’avère primordial pour sa pertinence et son apport pour une meilleure compréhension du « problème » Africain actuel, tant dans les pays africains sous tensions, qu’en France, cette ancienne métropole de l’Afrique.
Le propos principal de Décolonisez l’Afrique ! tient en quelques lignes, mais quelles lignes !
L’idée est d’admettre le fait que l’Afrique d’aujourd’hui est encore colonisée, par des forces structurelles anciennes, mais aussi des forces conjoncturelles voire parfois clairement immédiates, dont les Africains ne peuvent et/ou ne veulent se défaire.
50 ans après les indépendances, dit Lugan, l’Afrique subit encore une recolonisation économique (le FMI et la Banque mondiale imposant des tutelles fermées), politique (les pays du Nord imposant la démocratie à tout va), philosophique et morale (le paradigme de la culpabilité européenne et la victimisation qui infantilise les africains, l’ingérence humanitaire) – p 3, avant-propos. Ainsi, face à cette seconde colonisation de l’Afrique, Lugan annonce clairement qu’ « une seconde et véritable libération de l’Afrique est à la fois nécessaire et urgente ».
Les fondements de son plaidoyer sont posés.
Son argumentation tient en 7 chapitres, 7 thèmes qu’il convient de retenir tant ils sont pertinents en tant que grille d’analyse du problème africain, mais aussi en tant qu’outil, voire d’armes, lors de débats avec des tenants de la doxa officielle :
1 – Le demi-siècle perdu des fausses indépendances (1960-2010).
2 – Libérer l’Afrique de l’aide pour le développement (APD) qui l’infantilise.
3 – Libérer l’Afrique du paradigme de la culpabilité européenne qui la déresponsabilise.
4 – Pour en finir avec l’« immigration choisie », forme contemporaine de la traite.
5 – En finir avec le placage des modèles occidentaux qui mutilent l’Afrique.
6 – Prendre en compte la réalité ethnique.
7 – Reconstruire par ethnies.
Mon propos reprendra dans son ensemble le fil conducteur du livre.
En outre, dans un premier temps, Lugan répertorie l’ensemble des maux de l’Afrique depuis 50 ans. Problèmes économiques, problèmes démographiques dont les croissances urbaines et les exodes ruraux colossaux en sont les exemples les plus visibles, problèmes des aides humanitaires et des aides au développement qui bloquent le développement propre de l’Afrique, problèmes politiques. Lugan estime que depuis 1960, toutes les formes d’aide et de développement qui ont été essayées ont toutes échouées avec « au bout du chemin, la faillite d’un continent » (p22). Il se pose alors la question du pourquoi de ces échecs ? :
« La réponse est simple : parce que le diagnostic des maux de l’Afrique n’a jamais été correctement posé. Des milliers d’experts et de spécialistes se sont pourtant intéressés au cas africain, des millions de pages de rapports furent rédigées et d’innombrables thèses lui furent consacrées. Leurs auteurs, dont certains étaient d’excellents connaisseurs du milieu, n’étaient pas tous aveugles ou incompétents. Tous étaient en revanche conditionnés par le « politiquement correct africain » imposé aux Etats unis par le lobby afro-américain et en Europe par l’ « école historique de la culpabilité européenne ». Voilà pourquoi ils n’ont pas vu les vraies causes des échecs de l’Afrique ou, plus grave encore, pourquoi ils se sont interdits de les désigner. » (p22).
3 raisons expliquent pour lui ce blocage : la primauté donnée à l’économie au détriment du politique, le refus de prendre en compte la notion de différence, et le postulat démocratique.
Ainsi posées les bases de son argumentation, Lugan lance les hostilités, citations, chiffres et documents à l’appui.
Le premier assaut est tourné contre l’aide pour le développement (APD) qui, selon lui, infantilise l’Afrique. Cette APD n’a cessé d’augmenter depuis 2000 : 15.6 milliards de dollars en 2000, 44 en 2008, 38 milliards doivent être versés par l’UE pour 2015. Mais, le résultat est sans appel pour notre spécialiste : l’APD a échoué dans « ces trois grands domaines qui sont ceux de la lutte contre la pauvreté, l’augmentation du PIB et celui de la résorption du chômage » (p28). Pourquoi cet échec ? « L’aide pour le développement a échoué parce que les Africains ne sont pas des Européens pauvres à la peau noire » (p 34).
L’Homme africain est « autre », dit-il, par rapport à l’Homme européen, et cela sur quatre grands points (pp 43-44) :
- L’Homme africain n’est pas soumis à un « extrême individualisme » comme les Américains ou les Européens, il est lié par un réseau complexe de solidarités et de dépendances,
- L’Homme africain est tourné vers le présent et non le futur (dans sa définition occidentale),
- L’Homme africain est fortement soumis par les forces de l’au-delà, qu’il gère par des rites et des danses,
- L’Homme africain est lié intégralement au groupe, au premier desquels se trouvent ses ancêtres.
Cette différence entre l’Homme africain et l’Homme européen et américain est primordiale. Malheureusement, elle est réfutée et « par avance disqualifiée de « raciste » par la police de la pensée, ce qui a pour résultat de mettre immédiatement un terme au débat » (p45).
Dans un second temps, Lugan s’attaque à la victimisation africaine et à la culpabilisation entretenue en Europe. Ici, l’approche historique est mise en avant pour tordre le cou à certaines idées fausses très répandues : la colonisation et la Traite des esclaves ne sont pas à l’origine de la révolution industrielle européenne (les chiffres avancées montrent que la Traite représentait environ moins de 4% des échanges commerciaux anglais au XVIIIème siècle (Eltis) ; mais qu’en plus l’apport capital négrier dans le capital général de l’empire britannique ne dépassa que rarement la barre de 1% (Pétré-Grenouilleau) ; en France, les régions les plus dynamiques au XVIIIème siècle ne sont pas les régions portuaires ; en Europe, les pays continentaux s’industrialisent très biens (Allemagne par exemple) ; aux E.-U., le système esclavagiste peut-être même considéré comme un facteur déterminant dans la défaite du Sud contre le Nord (tant militairement qu’économiquement – pensons donc à la localisation de la manufacturing belt !)) (pp 53-57).
En outre, les colonies françaises sont assimilées au « tonneau des Danaïdes », notamment l’Algérie. L’auteur souligne que jamais aucun gouvernement n’a posé la question du nécessaire désengagement de l’Algérie, sa place en France étant admise par l’ensemble des Français. Son propos, sur le fait que la France n’a pas pillé son empire, se poursuit à travers des exemples précis. Au final, dit-il, la France s’est surtout ruinée avec son empire (p69).
Concernant le lien entre la colonisation et le drame africain, il existe mais pas de la façon dont le décrit le paradigme de la culpabilité européenne. (p 72)
Lugan dénombre 5 étapes, 5 grandes phases qui montrent la responsabilité européenne sur ce drame africain (pp 73-76).
D’abord au moment des « Grandes Découvertes » lorsqu’aux XV-XVIème siècles les Européens ont fait basculer le cœur économique de l’Afrique de l’intérieur (le Sahel notamment) aux littoraux : ceci marqua profondément l’évolution des sociétés. Ensuite, à la fin du XIXème siècle, la colonisation européenne « tua dans l’œuf » les tentatives de renaissance de certaines communautés du Sahel qui tentaient de s’étendre vers le Sud. La permanence sahélienne, musulmane et continentale se ressent encore aujourd’hui dans certains pays comme le Nigéria ou la Côte d’Ivoire. La troisième phase se produisit avec la décolonisation qui amplifia l’inversion des rapports de force : les anciens dominés devenus des cadres locaux du pouvoir colonial ont hérités des Etats artificiels légués par les colonisateurs (p75). La phase suivante se place dans les années 1990 lorsque les anciens pays colonisateurs européens imposèrent leur approche idéologique du politique, à savoir le régime démocratique fondée sur le « one man, one vote ». « Or cette mathématique électorale ou ethno mathématique donne le pouvoir aux plus nombreux (…). » Les conséquences sont dramatiques pour les peuples pasteurs très souvent en infériorité numérique face aux peuples d’agriculteurs démographiquement en force. Les tensions qui sont nées de ce système sont nombreuses et ont parfois débouché sur des massacres voire des génocides, surtout dans la région des Grands Lacs comme au Rwanda. Enfin, la dernière phase, qui découle directement de la précédente : les pays du Nord inventèrent « la calamiteuse notion d’ « ingérence humanitaire », cet indécent et hypocrite néo-colonialisme des « gentils » qui fut imposé aux opinions publiques par un véritable « matraquage » exercé par des batteurs d’estrade médiatiques », conscients des « drames provoqués par leur aveuglement idéologique et englués dans la repentance » (p76).
L’ensemble de ces éléments, couplés au problème démographique (explosion démographique) directement causé par les progrès de la médecine et les aides humanitaires apportés par les pays du Nord, conduisent l’Afrique dans une situation très critique.
Par la suite, Lugan cherche à démontrer que l’ « immigration choisie » est une (la ?) forme contemporaine de la Traite. Quelques citations de sa partie suffisent à exprimer la ligne défendue.
En introduction, d’abord, il illustre sa thèse avec des données très révélatrices : « En 2009, sur 155 900 brevets d’invention déposés dans le monde, 486 seulement le furent par des Africains, soit à peine 0.3 %. Sur ce total, les 4/5ème le furent par des Sud-africains dont 90% par des Sud-Africains blancs, les 10% restant par des Sud-Africains d’origine indienne. Le Maroc ayant déposés 46 brevets et l’Egypte 41, la part du reste de l’Afrique est donc inexistante. L’Afrique (…) se fait (…) voler ses cerveaux, ce qui est clairement une forme d’assassinat pour un continent qui ne compte que 83 ingénieurs par million d’habitants quand l’Europe en a 1000. » (p83)
Ainsi, « l’immigration choisie » apparaît pour Lugan comme une « hypocrisie » partagée par les autorités françaises qui ont choisi de biaiser la question générale de l’immigration en se prononçant pour cette forme d’immigration (choisie) qui s’opposerait à l’ « immigration subie » (p84). « Or, cette nouvelle traite des Noirs porte sur les plus précieux des Africains, ses diplômés, et elle se fait avec l’habituelle complicité des « gentils » de l’anti-ségrégation et des requins du capitalisme. Au nom du paradigme de la culpabilité qui les hante, les premiers s’interdisent de voir qu’en les accueillant, ils saignent l’Afrique. Les seconds les encouragent à venir au nom des lois du marché, du travail global et de la mobilité de la main-d’œuvre. » (p85). Pout l’ancien président de la Commission de l’Union africaine (jusqu’en 2008), Alpha Oumar Konaré, il s’agit ni plus ni moins de « traite des cerveaux ». Une traite des cerveaux qui est facilité par l’existence de véritables filières d’études : en France, certains programmes de coopération universitaire n’existent que pour le maintien de filières alibi destinées à obtenir des moyens ou à maintenir des postes dans des universités de second plan.
Parallèlement à cette traite des cerveaux, d’autres groupes de personnes sont concernés par une immigration qui fragilise l’Afrique. L’exemple des médecins et des infirmières est « éloquent et scandaleux à la fois », compte tenu des difficultés sanitaires que connait l’ensemble du continent (pp86-89). Le scandale de cette immigration touche également le milieu sportif, le football et l’athlétisme notamment. Dans ces sports est mis en avant, presque sans volonté de le cacher, le mercantilisme des pays du Nord vis à vis des populations jeunes africaines, victime parfois d’un véritable « drame humain », lorsque ces derniers sont escroqués par des agents véreux, comme en Ile de France (pp89-90).
« Comme à l’époque honteuse de la Traite, des acheteurs blancs vont donc sur place, en Afrique, pour y sélectionner la « marchandise » humaine que leur présentent des intermédiaires africains (…). Comme hier, des Africains sont donc vendus aux Européens par d’autres Africains. » (p90).
En outre, une solution existe à ce sujet, et elle fut même employée jusqu’à la victoire socialiste le 10 mai 1981. Le système en question permettait à ses jeunes universitaires de mener sur le terrain des recherches approfondies tout en assurant leurs activités d’enseignement, la France avait alors les meilleurs africanistes mondiaux. Mais tout fut supprimé sous la « pression du bas-clergé pédagogiste, le « 10 mai 1981 » ayant été la revanche des apparatchiks socialistes, souvent instituteurs syndicalisés et qui jalousaient les universitaires. Les têtes qui dépassaient furent alors coupées et les universités françaises en Afrique remplacées par des Instituts de formation pédagogique. La France ne forma donc plus des élites, mais des masses avec le résultat habituel d’une telle démarche qui fut la médiocratie généralisée. » (pp92-93).
Enfin, on peut citer, voire même incriminer, la « francophonie » institutionnelle qui est une véritable « pompe aspirante » pour les cerveaux africains (p95) – (à noter l’obsession linguistique du Québec allant même jusqu’à acheter les élites francophones africaines).
Dans son chapitre V, Lugan nous invite à réfléchir sur ce qu’il aimerait être la fin du placage des modèles occidentaux mutilant l’Afrique.
Ces modèles occidentaux sont principalement le « diktat démocratique avec sa version africaine, l’ethno mathématique, qui donne automatiquement la victoire aux ethnies les plus nombreuses » et « les frontières artificielles qui étouffent ou qui mutilent des peuples » (p98).
Pour la question des frontières, Lugan explique qu’en traçant ces frontières, réalité inconnue et même souvent incompréhensible en Afrique, la colonisation a effectivement perturbé les grands équilibres humains africains. Pour eux, les territoires vécus, ethniques, étaient séparés par des « zones tampons », très souvent mouvantes, n’appartenant à aucun groupe, mais aux esprits. Ces « fronts pionniers » ont ainsi été brutalement contestés, détruisant l’équilibre interne à tous ces peuples (éleveurs ou agriculteurs).
En parallèle, la question de la terre s’est posée à mesure que celle-ci devenait, après les indépendances, le principal levier des revendications nationalistes, de par sa place dans l’économie locale. Or depuis une dizaine d’années, l’ « Afrique subit une véritable recolonisation agricole et sur une échelle bien plus importante que durant l’époque coloniale » (p108), notamment par des nouveaux colons, principalement la Chine, la Corée du Sud, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Des millions d’hectares ont ainsi été vendu ou loué, surtout en Ethiopie, au Mozambique et au Soudan.
Cependant, du fait de l’ignorance des cadastres par les populations locales africaines, des incidents éclatent au sujet de ces terres et de ce qu’elles ont à offrir aux peuples, comme à Madagascar ou au Mozambique (comme les meurtrières émeutes paysannes de septembre 2010). Ces mouvements sont, d’après Lugan, « annonciateurs » d’une vague de fond qui, tôt ou tard, réclamera la récupération des terres occupées par des étrangers. » (p112).
Dans son avant dernière partie, B. Lugan insiste sur l’importance de la réalité ethnique, tout en critiquant les africanistes français niant celle-ci, parmi lesquels Jean Pierre Chrétien et Catherine Coquery-Vidrovitch.
Le premier soutient « depuis bientôt un demi-siècle que les ethnies furent créées par la colonisation ». Or, comme l’a remarqué Axel Eric Augé (p 115) : « […] l’idée de l’invention de l’ethnicité semble pour le moins simpliste en considérant que les ethnies auraient attendu le colonialisme pour se reconnaître différentes culturellement […] En somme, les Africains étaient une masse indifférenciée et attendaient les Européens pour ressentir des phénomènes identitaires ! ».
Pour la seconde, « l’ethnie fut largement fabriquée à des fins de contrôle non seulement administratif et politique, mais aussi religieux ».
Le comble, juste pour rire, revient au quotidien Le Monde qui le 19 janvier 2011 réunissait 38 « africanistes » dont 23 Français signant un manifeste dans lequel ils écrivaient : « Le soucis d’une analyse rigoureuse (nous soulignons) nous conduit à reconnaître qu’il n’y a pas en Côte d’Ivoire, de haine atavique entre prétendus groupes ethniques ennemis, ni même entre autochtones et allogènes, entre sudistes et nordistes, encore moins entre chrétiens et musulmans […] la Côte d’Ivoire est un melting-pot transethnique, cosmopolite et pluriconfessionnel ».
Au final, démêlant le vrai du faux à propos de la question ethnique, l’auteur en vient à définir l’ethnie comme un « ensemble agglomérant à caractère culturel et linguistique englobant, de nombreuses tribus [groupement de clans ou de familles sous l’autorité d’un même chef] et une multitude de clans [unité sociologique désignant un ensemble d’individus consanguins descendant d’un ancêtre commun]. Contrairement à ce qui est couramment et faussement affirmé, l’ethnisme n’est donc pas la division, mais tout au contraire le fédérateur naturel du tribalisme qui, lui, peut être émiettement. »
En cela, conclue-t-il, « la démocratie fait éclater l’ethnie, élément fédérateur et même coagulateur des identités tribales ou claniques au profit de la tribu, élément désagrégateur. » (pp125-126).
Pour l’anecdote, Lugan relate que les dirigeants tutsi du Rwanda furent des élèves de J.-P. Chrétien et affirmèrent à sa suite que les « ethnies étant une création coloniale, le génocide de 1994 est donc le produit de la colonisation ; dans ces conditions, quiconque parle d’ethnies est un complice des génocideurs. » (p 128).
En conclusion de l’ouvrage, le dense chapitre VII, qui est une analyse régionale, à travers le prisme de l’ethnie, de l’Ethiopie et du Soudan (« ou la reconnaissance radicale de la réalité ethnique), de la Côte d’Ivoire et Nigeria (« des partitions refusées ») et la Guinée, le Kenya et l’Afrique du Sud (« comment organiser la cohabitation ethnique ? »).
Cette grande partie de 50 pages ne peut être résumée dans cette chronique celui-ci éclaire considérablement l’état géopolitique et politique de ces Etats, au demeurant mal représentés et compris dans les mass media actuels.
En somme, Bernard Lugan signe ici un ouvrage profondément engagé et engageant, précis et efficace, intellectuellement honnête, objectivement sérieux et politiquement incorrect, que je vous invite à lire et à réciter aux curieux, connaisseurs honnêtes ou malhonnêtes.
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France/ Occident : les dissidents du XXIe siècle
« L’apparition de la dissidence montre qu’un système touche à sa fin. »
En France, en Occident, le temps de la transgression est venu, la dissidence explose : dissidents littéraires qui rejettent la médiocrité et le conformisme ; artistes dissidents qui refusent le non-art contemporain ; dissidents politiques qui ne croient plus aux partis institutionnels ; dissidents médiatiques qui ne supportent plus les bobards ; dissidents économiques qui préfèrent l’exil au fiscalisme ; dissidents moraux qui manifestent contre le mariage homosexuel ; dissidents scolaires qui fuient le naufrage de l’école publique ; dissidence populaire qui ne fait plus confiance à l’oligarchie ; dissidence identitaire contre le grand remplacement programmé des Européens ; dissidents contre les fauteurs de guerre occidentaux. Dissidents de toute tendance, unissez-vous ! Michel Geoffroy analyse le phénomène et le compare à ceux qui ont précédé la chute de l’Union soviétique.
Polémia
Honneur aux dissidents
Les dissidents soviétiques avaient bonne presse en Occident dans les années 1970, car ils permettaient d’attaquer l’URSS sur les droits de l’homme – dont l’idéologie commençait à prendre sa forme moderne – et en particulier sur le droit d’émigrer (déjà…). Ils révélaient aussi la réalité cachée du communisme, même si en fait on savait déjà tout depuis Victor Kravtchenko (J’ai choisi la liberté, 1946) et même bien avant.
On se souvient notamment de V. Boukovski, d’A. Zinoviev, d’A. Ginsburg, des frères Kopelev, ou Medvedev, de L. Pliouchtch et, bien sûr, d’A.Soljenitsyne.
Les dissidents ont cependant commencé à moins intéresser l’Occident quand, ayant quitté l’URSS, ils ont commencé à déclarer que le « monde libre » n’était pas non plus le paradis. Et plus encore quand ils ont préféré revenir en Russie après la chute du communisme, comme Soljenitsyne, par exemple. Mais tant qu’il s’agissait de mettre en accusation l’Union soviétique, l’Occident souhaitait la bienvenue aux dissidents. Mais aujourd’hui les rôles se sont inversés.
Le phénomène de dissidence marque l’usure d’un système
L’apparition de la dissidence montre qu’un système touche à sa fin.
Le phénomène de dissidence correspond au fait qu’un jour, et d’une façon imprévisible, des personnes du système décident de ne plus jouer le jeu en acceptant, en outre, d’en supporter personnellement les conséquences. Ce qui signifie qu’ils ne croient plus au système dans lequel ils vivent et qu’ils n’ont en outre plus peur de vouloir le changer.
Ainsi, recrutés avant tout parmi les intellectuels et les chercheurs choyés par le régime, les dissidents soviétiques montraient que le mythe communiste ne faisait même plus rêver « l’avant-garde du prolétariat ». Comme le décrit A. Soljenitsyne dans son livre Le Chêne et le Veau, l’existence de la dissidence portait des coups de boutoir répétés sur le régime soviétique d’autant plus redoutables qu’elle provenait de l’intérieur du système lui-même. Comme un jeune veau têtu peut finir par abattre à la longue un vieux chêne.
Ce phénomène s’est déjà produit dans l’histoire, notamment à la fin de l’Ancien Régime, quand une partie de la noblesse s’est ralliée aux « Lumières ».
Les dissidents du XXIe siècle
La dissidence réapparaît aujourd’hui en Occident.
Julian Assange, Bradley Manning et Edward Snowden sont en effet des dissidents du XXIe siècle. Et comme leurs homologues soviétiques, ils annoncent que le système occidental se fissure de l’intérieur.
Bien qu’anglo-saxons, donc issus de la population dominant le système occidental, ces trois dissidents ont décidé un jour, et d’une façon imprévisible, de révéler au monde la réalité cachée de la politique américaine, en faisant la lumière sur les activités secrètes d’écoute des communications mondiales par la NSA auxquelles il participait, pour Snowden, ou en organisant la divulgation de documents diplomatiques ou militaires américains classifiés, pour Assange et Manning, via Wikileaks.
Ces dissidents ne pouvaient ignorer les risques auxquels ils s’exposaient. Ils les ont pourtant assumés en démontrant par là même qu’ils plaçaient l’exigence de vérité plus haut que leur propre sécurité ou que leur loyauté vis-à-vis du système occidental.
Leur dissidence porte aussi sur les télécommunications et l’internet : donc sur le cœur du réacteur occidental contemporain et sur le levier principal de sidération des populations.
Tous les trois sont jeunes, enfin : ce qui montre que la contestation monte des profondeurs du système.
Comme en URSS
Le sort des dissidents occidentaux n’a rien à envier à celui des soviétiques. Les dissidents soviétiques ne trouvaient pas asile dans les pays du Pacte de Varsovie. Il en va de même pour les dissidents du XXIe siècle : aucun pays « libre » du bloc occidental – qui croule pourtant sous les « réfugiés » venus de toute la terre – n’a couru le risque de les accueillir et de mécontenter ainsi le « grand frère » américain. Y compris les pays espionnés par la NSA et qui se sont donc montrés pas très rancuniers ! L’oligarchie présente, bien sûr, les dissidents comme des délinquants et des hooligans, comme au temps de l’URSS.
Manning, qui a déjà passé 1200 jours sous les barreaux, a été condamné à 35 ans de prison, même s’il a évité l’incrimination de « collusion avec l’ennemi » qui lui faisait courir le risque d’emprisonnement à vie. Manifestement, pour la justice militaire américaine le reste du monde s’assimile donc à un territoire ennemi, cela soit dit en passant. Peut-être le retrouvera-t-on un jour pendu dans sa cellule, comme cela arrive parfois en Occident ? Assange, réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres, se trouve sous le coup d’une demande d’extradition et de différentes accusations notamment d’abus sexuel. On a fait aussi circuler la rumeur qu’il se compromettait avec l’extrême droite (Le Monde du 23 août 2013), ce qui correspond en Occident au crime suprême de « contre-révolution » dans le bloc soviétique. Snowden, accusé d’espionnage, de vol et d’utilisation illégale de biens gouvernementaux, n’a pu obtenir que l’asile temporaire en Russie.
Le goulag médiatique
Les médias, habituellement si aimables avec les délinquants de toute sorte, n’ont cessé, avec un bel ensemble, de dévaloriser la portée de leurs gestes (ils n’auraient révélé qu’un secret de Polichinelle) ou leur personnalité.
Manning, que l’on présentait ainsi comme un « jeune homme » un peu dépassé, en a d’ailleurs profité habilement devant le tribunal militaire pour faire adoucir sa peine ! Le goulag médiatique est, certes, plus soft que le goulag soviétique, mais il vise à produire les mêmes effets : réduire au silence et condamner à la mort sociale.
L’Occident, URSS du XXIe siècle
Les dissidents se multiplient en réalité en Occident, pour la même raison qu’en Union soviétique. Car on croit de moins en moins aux mensonges idéologiques sur lesquels repose le Système et ses résultats inspirent de plus en plus la défiance.
Dissidents littéraires qui rejettent la médiocrité et le conformisme, artistes dissidents qui refusent l’art officiel cosmopolite déraciné, dissidents politiques qui ne croient plus aux partis institutionnels, dissidents médiatiques qui ne supportent plus les bobards, dissidents économiques qui préfèrent l’exil au fiscalisme, dissidents moraux qui manifestent contre le mariage homosexuel, dissidents scolaires qui fuient le naufrage de l’école publique, dissidence populaire qui ne fait plus confiance à l’oligarchie, dissidence identitaire contre le grand remplacement programmé des Européens, dissidents contre les fauteurs de guerre occidentaux.
Malgré la police, malgré le goulag médiatique, malgré la menace économique, la dissidence progresse partout en Occident. Parce que le Système craque de toute part.
Nous sommes tous des Assange, des Manning et des Snowden !
Michel Geoffroy, 15/09/2013
http://www.polemia.com/france-occident-les-dissidents-du-xxie-siecle/
