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  • Turquie : le réveil alévi

    Ils sont entre 10 et 15 millions et forment une minorité mystique singulière et sympathique. Les humiliations répétées qu'ils subissent, les provocations qu'ils endurent, expliquent leur mobilisation dans la vague de contestations récentes qui fait vaciller le pouvoir en place à Ankara.
    L'islam ayant régné en maître exclusif pendant plus de mille ans sur l'Anatolie, on aurait pu croire qu'il effacerait toutes les autres influences religieuses. Il n'en a rien été. Un certain nombre de descendants des tribus turques qui envahirent l'Empire romain d'orient (empire byzantin) ont conservé plus ou moins intacte la foi de leurs ancêtres. Ce sont les Alévis, des monothéistes qui n'observent aucun des cinq piliers officiels de l'islam. Enfin ils utilisent dans leur liturgie la langue turque et non l'arabe. Tout cela exaspère les bien-pensants et les heurts sont fréquents entre Alévis et sunnites.
    Peut-on considérer les Alévis comme des musulmans ?
    Les Alévis se démarquent nettement de l'islam officiel parce qu'ils ne vont pas à la mosquée, ni à La Mecque, ni ne respectent le sacro saint jeûne du ramadan. Les femmes Alévis ne se voilent pas, ces impudentes assistent au culte, assises à côté des hommes. Les Alévis ne respectent pas les ablutions prescrites par l'islam et ne voient aucun mal à consommer de l'alcool ou à avaler une tranche de jambon. Enfin, leur religion est mêlée d'innocentes pratiques animistes (danse de la pluie) ou superstitieuses (par exemple, donner à manger aux pauvres lorsqu'on rêve d'un mort).
    Outrés, les traditionalistes musulmans considèrent l'alévisme comme « immoral » et comme un obstacle à leur idéal de créer une société pieuse reposant sur le coran. Naturellement ces parangons de tolérance considèrent que les Alévis ne sont pas des musulmans, opinion que partagent certains Alévis quand, loin des oreilles sunnites, ils osent se confier. En un mot, en Turquie, ils sont, depuis toujours, un objet permanent de soupçon et de méfiance : le pouvoir central (ottoman autrefois, républicain aujourd'hui) s'identifie à la tradition sunnite et pour les accabler les accuse de former une cinquième colonne du chiisme.
    Les Alévis et Mustapha Kemal Ataturk
    Au XXe siècle, les Jeunes Turcs qui recherchent leurs racines redécouvrent les communautés rurales alévi. L'entreprise de réhabilitation de la langue turque démotique (par opposition à l'Osmanli officiel) conduite par Ataturk (photo) s'appuie en partie sur les patois alévi. Les coutumes des nomades dont certaines remontent au passé pré-islamique du peuple turc sont réhabilitées. La poésie traditionnelle alévi est portée aux nues par les intellectuels de la capitale. Après des siècles de persécution les Alévis, ces quasi parias de la société ottomane, ont à nouveau droit de cité.
    En pratique sa reconnaissance de la culture alévi s'est bornée à encourager le retour aux traditions antérieures aux Ottomans mais seulement dans la mesure où elles étaient susceptibles de contribuer à la construction d'un Etat authentiquement turc. Folkloriser les particularismes locaux et les mettre au service de son projet républicain et laie, est l'objectif d'Ataturk qui au fond préfère un islam sunnite soumis à son pouvoir, ou plus exactement par tradition soumis au pouvoir central, à un islam alévi réputé frondeur et indiscipliné. En choisissant la solution la plus confortable pour son régime il a peut-être laissé échapper une chance extraordinaire de changer les mentalités. Car le moment était favorable : les Turcs, marqués par les épreuves de la Grande Guerre et écœurés par la trahison arabe, l'auraient peut-être plus volontiers suivi sur la voie d'une véritable réforme religieuse inspirée des principes de « l'alévisme » que sur celle d'une occidentalisation à outrance.
    Une provocation d'Erdogan a mis le feu aux poudres
    Toujours est-il que les Alévis, même manipulés par un Ataturk uniquement soucieux de construire un État-nation fort, sont très attachés à l'héritage kémaliste et se méfient du parti AKP au pouvoir, à raison semble-t-il.
    Le 29 mai dernier (1), le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a posé en grandes pompes la première pierre du troisième pont sur le Bosphore qu'il a baptisé du nom de « Sultan Yavuz Selim ».
    Ce choix de Selim I (1512-1520) n'est pas anodin. Il est le petit-fils de Mehmet le conquérant et le père de Soliman le Magnifique, son surnom «Yavuz » signifie « le terrible ». Et pour cause, ses huit années de pouvoir furent marquées par une série de conquêtes suivies de massacres. Le résultat en fut la domination ottomane sur la Syrie, la Palestine, l’Égypte, et surtout sur les lieux saints de l'islam, les villes de Médine et La Mecque. C'est à cette époque que le sultan ottoman devient également calife, le chef religieux suprême de l'islam. Il le restera jusqu'à l'abolition du califat par Ataturk en 1924. Aux yeux de la communauté alévi, Selim I était un être sanguinaire, responsable d'épouvantables massacres, qui a tenté, sans y parvenir, d'éradiquer leur communauté, pour imposer partout l'islam sunnite.
    C'est donc très logiquement que deux jours après cette inauguration, des milliers de jeunes Alévis, républicains et laïques, apolitiques ou non, se sont joints aux manifestations contre le pouvoir, à Istanbul et dans tout le pays. Et ils y jouent un rôle clef. Leur mobilisation est révélatrice de la détermination de cette importante minorité de Turquie à défendre son identité face à l'islam sunnite.
    Henri Malfilatre monde & vie 2 juillet 2013
    1).Ce jour marque le 560e anniversaire de la conquête de Constantinople par le sultan Mehmet II, dont le nom officiel (« Fatih Sultan Mehmet », le conquérant) a été donné au deuxième pont. Certains y voient là un nouveau signe de « l'ottomania » des islamo-conservateurs de l'AKP qui dirigent la mairie d'Istanbul depuis 1994 et le gouvernement turc depuis 2002.

  • Afghanistan : Pour les Français comme pour les Britanniques, il faut rentrer « aussitôt que possible... » arch 2010

    Recevant tout récemment à Londres en la personne du président afghan Hamid Karzaï, à son retour de Washington, son premier chef d'Etat, le nouveau Premier ministre britannique David Cameron avait souligné que l'Afghanistan était pour lui « la priorité numéro un ». C'est pourquoi trois membres de son gouvernement (le secrétaire au Foreign Office ainsi que les ministres de la Défense et du Développement international) ont profité du week-end de la Pentecôte pour se rendre dès que possible sur le terrain.
    Avec près de 10 000 soldats britanniques déployés dans ce pays, principalement dans la province méridionale du Helmand, l'un des principaux bastions des talibans, la Grande-Bretagne dispose en Afghanistan du deuxième contingent le plus important après les États-Unis, où quelque 286 soldats britanniques ont perdu la vie depuis l'intervention des forces internationales en 2001. Vendredi encore, un soldat du 40e commando des Royal Marines a ainsi été tué dans l'explosion d'une mine artisanale alors qu'il faisait une patrouille à pied dans le Helmand.
    « J'aimerais que nos forces rentrent aussitôt que possible... », a d'ailleurs prévenu Liam Fox, le nouveau ministre de la Défense, dans une interview au quotidien britannique Times. « Nous ne sommes pas un gendarme universel. Nous ne sommes pas en Afghanistan pour nous occuper de la politique d'éducation d'un pays troublé du XIIIe siècle. Nous sommes là pour éviter que le peuple britannique et nos intérêts globaux ne soient menacés », a-t-il encore ajouté fort à propos alors que l'insurrection talibane gagne en terrain et en intensité dans le pays. L'objectif affiché par le nouveau gouvernement britannique est donc parfaitement clair : mettre le paquet pour pouvoir se désengager au plus vite. Telle devrait être la ligne de tous les Occidentaux et Alliés engagés dans cette guerre qui n'en finit pas. Car, à l'image des Britanniques qui le disent désormais ouvertement, les Français (qui comptent actuellement 3 700 hommes en Afghanistan) devraient eux aussi rentrer « aussitôt que possible ».
    S'attaquer à la situation en Afghanistan est « une de nos priorités les plus urgentes », a confirmé pour sa part le nouveau secrétaire au Foreign Office, William Hague, qui accompagnait le ministre de la Défense à Kaboul. « Cela nous coûtera beaucoup de temps, d'énergie et d'effort et il est donc essentiel que les ministres aient une parfaite compréhension des thèmes propres à l'Afghanistan (...). C'est pourquoi nous sommes venus ici à la première occasion », a-t-il expliqué avec un certain bon sens. Avant d'ajouter toutefois : « Il n'y aura pas de calendrier arbitraire ou artificiel. Nous devons donner le temps et le soutien qu'il faut à la stratégie qui a été décidée. »
    Le dernier du trio, Andrew Mitchell, ministre au Développement international, a quant à lui affirmé qu'il étudierait au plus vite « les façons d'améliorer la qualité et l'impact de l'aide » à l'Afghanistan. Voilà pour les intentions et elles sont plutôt bonnes et respectables puisqu'elles s'inscrivent dans la droite ligne de ce qui avait été décidé lors de la Conférence de Londres, en janvier dernier, qui avait ouvertement prôné une stratégie de « réconciliation nationale ».
    Le Président afghan s'y emploie, qui a convoqué une « loya jirga » (assemblée tribale traditionnelle) de paix finalement, repoussée du 29 mai au 2 juin, et qui durera trois jours et réunira plus de 1 600 délégués pour « prendre le pouls du pays profond ». Mais en attendant que celle-ci puisse se réunir en toute sécurité à Kaboul et qu'elle porte ses fruits, les attentats et attaques se multiplient aux quatre coins du pays et, comme la semaine dernière, jusqu'au cœur de la capitale.
    Samedi dernier, c'est un officier français qui a été tué par l'explosion d'un IED (engin explosif improvisé) au côté d'un soldat néerlandais et de leur interprète afghan en Oruzgan, la province natale du mollah Omar, dans le sud du pays. Agé de 38 ans, le capitaine Christophe Barek-Deligny du 3e régiment du génie de Charleville-Mézières encadrait l'année nationale afghane au combat au sein de ce que l'on appelle une OMLT (Opérationel mentor and liaison team) déployée en Oruzgan, où il était arrivé depuis un mois seulement. C'est le 43e militaire français tué en Afghanistan.
    Pour tous ceux que passionne l'engagement des soldats français en Afghanistan, où nos hommes mettent chaque « leur peau au bout de leurs idées » même si on ne gagnera jamais cette guerre, je conseille l'excellent livre de Patrick de Gmeline, Se battre pour l'Afghanistan (*), consacré aux soldats de montagne du 27e BCA (bataillon de chasseurs alpins) de Cran-Gevrier (Haute-Savoie), à leurs six mois de préparation opérationnelle comme à leurs six mois de guerre et de pacification en Kapisa. Juste avant de partir servir en Afghanistan, leur chef de corps, le colonel Nicolas Le Nen rappelait à tous ses hommes les règles d'engagement et de discipline dans le combat contre les talibans : « Sur ce théâtre, il n'y a pas de petites missions ou de missions faciles, il n'y a que des missions dangereuses et très dangereuses ! » La mort d'un officier français vient encore de nous le démontrer.
    YVES BRUNAUD Présent du 26 mai 2010
    (*) Se battre pour l'Afghanistan, Patrick de Gmeline, Presses de la Cité, 396 pages, 21 euros.

  • Objectif final du marché : la naissance d’une société décervelée

    L’âme du monde est devenue marchande avec, partout sur la planète, une offre illimitée de produits et de services qui s’adresse à des individus avides de consommation que la baisse des inégalités mondiales plonge dans le grand bain de l’hyperconsommation. Le monde est devenu ce « grand marché unique » dont rêve depuis toujours le « capitalisme total ».

    Les nouveaux libéraux, vainqueur par k.o. depuis la chute du Mur de Berlin, du bien médiocre adversaire que fut le « socialisme total » des anciens collectivistes, refusent aujourd’hui que le capitalisme continue comme avant, sur un mode fordien, uniquement productiviste et quantitatif, sans ambition esthétique. Longtemps accusé de répandre la laideur des usines et des objets, ce vieux capitalisme subit des métamorphoses constantes qui l’éloignent sans cesse de l’image lourde des modes de production anciens qui ont ravagé la beauté des villes et des paysages.

    Aujourd’hui, il est faux de dire, comme le prétendent Bernard Maris et Gilles Dostaler, dans leur essai Capitalisme et pulsion de mort, que « la beauté ne fait pas partie du plan capitaliste ». Rien n’était plus laid que l’usine et l’objet communistes. Bien au contraire, le capitalisme est devenu « artiste », comme le démontrent Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, dans leur dernier livre L’Esthétisation du monde : « c’est un mode de production esthétique qui définit le capitalisme d’hyperconsommation ».

    L’objet industriel s’éloigne de sa fonction purement utilitaire pour entrer dans la sphère de l’art. L’industrie et les services deviennent des machines à produire du beau. Icône de la haute couture, incarnation du Beau, Yves Saint-Laurent est convoqué dans une publicité pour parler de la DS3, prolongeant ainsi le coup d’éclat des Citroën Picasso. Le stockage des fichiers informatiques se fait dans « les nuages » avec le « cloud ». Les designers comme Philippe Starck relookent les objets, les restaurants, les hôtels. Tel est l’impératif stratégique du capitalisme moderne : « le style, la beauté, la mobilisation des goûts et des sensibilités ».

    En s’emparant de la notoriété globale des formes et des couleurs de l’art, le capitalisme moderne participe à l’esthétisation de la consommation de masse et à la démocratisation du Beau. Se pose alors non plus la question marxiste du confort matériel « bourgeois », mais celle, plus complexe, que nous tendent les pièges du capitalisme artiste. Longtemps perçu comme un « être social » inscrit dans une lutte des classes, l’individu est aujourd’hui un « être unique » détaché du collectif et qui accepte de vivre le surgissement anarchique du moi.

    Il ne veut plus vivre par procuration à travers des discours extérieurs qui lui proposent des normes collectives comme la politique, la religion, le syndicalisme, la morale. Le capitalisme artiste définit des nouveaux modes de vie dont la compréhension échappe aux derniers gardiens du monde ancien. Signe de cette évolution : la dépolitisation de la société.

    Le confort matériel était l’argument du capitalisme ancien, le désir est le moteur du capitalisme postmoderne dans une société fragmentée à l’intérieur de laquelle chaque individu, comme le prophétisait l’artiste américain Andy Warhol dès 1968, cherche à vivre ses « 15 minutes of fame », c’est-à-dire son « quart d’heure de célébrité »… Le « grand soir » collectif et marxiste s’est effondré dans les sables mouvants du postmodernisme pour laisser la place à la recherche du « quart d’heure de célébrité » proposé par le capitalisme artiste qui génère ainsi une société de l’hyperindividualisme.

    L’homme ne veut plus vivre au garde-à-vous devant les catéchismes figés des normes collectives. Choisissant de vivre sa singularité, il accepte de succomber aux tentations d’un hédonisme de pacotille que lui propose la société marchande. Le capitalisme ancien trop visiblement inégalitaire, avait pour effet la mobilisation des individus qui s’engageaient dans un combat collectif contre l’exploitation. Plus subtil, le capitalisme postmoderne isole les individus en répondant à une demande croissante de satisfactions égoïstes.

    Le progrès que représente le confort matériel ne suffit plus. La société marchande ne vend plus des objets, des services, elle vend du rêve. Le moindre objet transcende sa médiocrité utilitaire et sa mauvaise qualité dans une esthétisation forcée. L’univers consumériste propose un bonheur immédiat en déployant dans tous les domaines la séduction du style. Il reste des individus déboussolés, qui avancent comme hébétés dans les allées des nouveaux temples d’un Beau prolétarisé que sont les grands centres commerciaux.

    L’adhésion massive à ce Beau médiocre traduit la déchéance intellectuelle d’une société dépolitisée qui ressemble de plus en plus à cet univers concentrationnaire que dénonce Aldous Huxley dans son roman prophétique Le meilleur des mondes. En s’appropriant le Beau, le marché réalise son objectif final : la naissance d’une société décervelée.

    Le nouvel Economiste  http://fortune.fdesouche.com/

  • Detroit hideuse banqueroute de la gauche

     

    Detroit-130722

    La faillite de Detroit, officiellement annoncée le 17 juillet sera difficilement comprise par l'opinion hexagonale. Et pour cause.

    Cette ville représentait un cas d'école de la politique de gauche aux États-Unis. (1)⇓ Aujourd'hui elle paye le prix de 50 années de contrôle par les partisans de l'étatisme et par les bureaucraties syndicales, qui ont fait d'une grande ville américaine un champ de ruines.

    Ne nous étonnons pas si, par conséquent, les homologues français des banqueroutiers cherchent à expliquer autrement la déconfiture, en feignant de n'en remarquer que ses conséquences dommageables. Et en l'imputant aux affreux ressorts de l'économie de marché.

    L'Huma du 21 juillet 2013 donne ainsi comme d'habitude le ton. Le journal communiste prétend fournir "les trois raisons de la faillite de Detroit : la désindustrialisation (…) ; le 'white flight' ou l’exode des classes moyennes" (…) et… l’inaction de l’État du Michigan et du gouvernement fédéral"

    Commentaire encore plus typique : celui de "Solidarité et Progrès", surenchérissant dans la bêtise le 22 juillet : "les emprunts toxiques m'ont tuer". Les esprits faux confondent toujours joyeusement les causes et les effets. Ainsi, l'usure ne crée jamais elle-même le surendettement. Les 18 milliards de dollars de dettes sous lesquels cette municipalité s'est effectivement écroulée, n'ont pas été produits par les conditions d'emprunts. Ceux-ci n'auraient jamais dû être contractés, certes, mais ils n'ont jamais fait qu'aggraver la gabegie. Nombre de collectivités locales françaises ont subi le même phénomène, plombant la banque Dexia instituée précisément pour assurer ces financements contraires à l'ordre naturel.

    Ce que l'Huma appelle 'white flight' c'est-à-dire la fuite des ouvriers blancs, hors des faubourgs de l'assistanat, n'est que le produit de la gestion laxiste et faussement "sociale" de services publics devenus parallèlement inexistants et coûteux. Malgré son déclin démographique, lent et régulier depuis un demi-siècle, Detroit comptait encore 1 fonctionnaire municipal pour 55 habitants contre 115 pour la ville comparable d'Indianapolis.

    Attendons-nous donc à ce discours préfabriqué. On va l'entendre partout, sous des formes plus ou moins édulcorées : c'est la faute à l'ultra libéralisme.

    13725-henry-fordEn fait l'essor et la prospérité de Détroit auront été produits par la libre entreprise. En 1903 Henry Ford y fonde sa compagnie ; en 1908, General Motors, suivi en 1925 par Chrysler. C'est l'époque glorieuse du fordisme, fondé sur l'organisation rationnelle du travail et sur le compromis salarial en relation directe avec la productivité. Bien entendu cette médaille n'est pas dépourvue de revers, et Céline lui consacre un texte célèbre. (2)⇓

    À partir des années 1930, l'agitation marxiste en fera la capitale du syndicalisme : en 1935, fondation de l’United Auto Workers (UAW) ; en 1937 General Motors et Chrysler cèdent devant les grèves. Ford tiendra le choc quelque temps. (3)⇓ Mais en 1941 une première "convention collective" est signée.

    Après la guerre le système américain limite administrativement les augmentations de salaires. Ceci conduit les grandes entreprises à créer des "avantages sociaux". Elles développent notamment les "retraites maison" qui vont durablement plomber les comptes de production.

    Dans les années 1950 Detroit paraît encore une très grande ville américaine. Son influence culturelle n'est pas négligeable. Mais son déclin matériel a déjà commencé : elle perdra 60 % de sa population en 60 ans, passant de 1,8 million d'habitants en 1950 à 702 000 en 2010. D'autres paramètres aggravent le score : taux de chômage, gestionnaires corrompus, absence de couverture des régimes de pensions. L'ancien maire Kwame Kilpatrick, un politicien du Parti Démocrate, comme d'habitude, poursuivi pour fraude sous 24 chefs d'inculpation. La criminalité galopante, aggravée par l'existence de 78 000 immeubles réduits à l'état de squat, se traduit par un appel d'urgence toutes les 58 minutes.

    Aujourd'hui le déclin de cette collectivité semble irrémédiable sauf à prendre des mesures radicales d'assainissement rendues incontournables par le chapitre IX de la loi sur les faillites.

    Observons ici que cela ressemble beaucoup à ce que le "modèle français" de la sécurité sociale en général, et en particulier des retraites dites par "répartition" (un mot qui ne veut rien dire) est parvenu à réaliser au niveau de la nation, – et pas seulement dans l'industrie, mais aussi dans l'agriculture, l'hôtellerie-restauration, les métiers d'art etc. – détruisant ainsi toute la filière du "fabriqué en France". (4)⇓
    JG Malliarakis http://www.insolent.fr/

    Apostilles

    1. cf. la chronique de la "Heritage Foundation" en date du 22 juillet
    2. cf. dans le Voyage au bout de la nuit : "Et j’ai vu en effet des grands bâtiments trapus et vitrés, des sortes de cages à mouches sans fin dans lesquelles on discernait des hommes à remuer, mais à remuer à peine, comme s’ils ne se débattaient plus que faiblement contre je ne sais quoi d’impossible. C’était ça, Ford ?"
    3. cf. 26 mai 1937 : "bataille de l’Overpass", où les syndicalistes "maison" de Ford rossent copîeusement les agitateurs de l’United Auto Workers, devant l’usine de River Rouge à Dearborn.
    4. cf. La Sécurité sociale et comment s'en sortir" par Georges Lane.
  • Que faire des islamistes ? par Manuel GOMEZ

    Les islamistes ne se posent pas la question : que faire du reste du monde ? Depuis que l’Islam existe ils savent qu’ils doivent soit le convertir, soit le combattre, soit le détruire. Ce n’est pas le reste du monde qui ne les accepte pas, ce sont eux qui sont incapables de l’accepter.
    Les islamistes ne veulent pas être uniquement des musulmans. Ils sont convaincus que la Terre entière doit devenir musulmane. Leur croyance impose que l’on change celle des autres, même si les autres n’en ont aucune. Leur objectif est d’imposer leur foi, par la force, par l’argent, ou par l’invasion migratoire. 
    PAR LA FORCE ?
    Ils savent que ce n’est plus possible. Ils ont compris la leçon. Et c’est nous, les Occidentaux, qui la leur avons donnée. Il y a 2000 ans nous pensions que la solution était facile : on partait en croisade pour les convertir ou pour les exterminer. L’Histoire nous l’a appris, ce fut un échec. À leur tour ils ont fait le voyage inverse, leur but : conquérir l’Europe. Ils ont envahi l’Espagne et tenter de s’implanter en France. L’Histoire nous l’a appris, ce fut un échec.
    PAR L’ARGENT ?
    Au XXIe siècle ils ne peuvent plus nous conquérir par la force alors ils nous séduisent par l’argent, nous convertissent par le terrorisme, attirent nos armées hors de nos frontières pour mieux les combattre et nous envahissent par leur immigration incontrôlée, leur polygamie et leur démographie galopante.
    Insidieusement et avec une patience toute Orientale, ils imposent leurs mœurs, leurs coutumes. Non pas dans le secret, mais au grand jour, profitant de la faiblesse, de la soi-disant compassion et surtout de la naïveté de cet Occident (dont une majorité de Français qui se moque totalement du devenir de notre pays. Celle qui a toujours collaboré avec nos ennemis, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui).
    Avant 1954 les Arabes (on ne disait pas alors « islamistes ») venaient « travailler » en métropole et s’intégraient obligatoirement, avant de reprendre le chemin inverse (vérifier auprès de la CGT, du Parti Communiste et du Patronat, qui avaient besoin de cette main d’œuvre et les aidaient), mais cela « c’était avant ».
    La guerre d’Algérie, le regroupement familial, l’accueil et l’assistanat offerts aux clandestins, la nationalité par le droit du sol, ont changé la donne.
    ALORS QUE FAIRE DES ISLAMISTES ?
    Les pays arabes eux-mêmes n’ont pas la solution. Les modérés ont renversé les dictateurs qui tenaient dans une main de fer les « salafistes » pour élire démocratiquement (paraît-il) des islamistes radicaux, tels les « Frères musulmans ».
    Il n’y aura jamais de république laïque dans un pays musulman puisque l’Islam est leur religion et leur civilisation. (Seul François Hollande veut y croire !).

    Si l’invasion se poursuit et s’amplifie les solutions s’imposeront d’elles-mêmes, dans la violence très certainement (chaque jour nous en apporte une nouvelle preuve), puisqu’elles ne peuvent être envisagées sereinement et avec lucidité par ceux qui nous gouvernent.

    http://www.francepresseinfos.com/

  • Le Siècle Post-Européen

    Les exactions soutenues des croisades de l’austérité financière transatlantique continuent de manufacturer leurs pathologies en Europe en imposant une nouvelle grammaire de la croissance pour l’avenir du vieux continent. Aujourd’hui, à l’instar d’une pilule du lendemain, l’austérité financière se vend bien comme l’ultime alternative pour une relance économique. L’argumentaire tout trouvé consiste à postuler que bien que nous soyons sortis de la récession, nous subissons les effets d’une dépression déflationniste. On rassure que les obligations de la dette seront honorées. Concomitamment, les salaires sont en chute libre, la spéculation immobilière a retrouvé sa vitesse de croisière. Pendant ce temps, le coût réel de la vie connait une hausse notoire quand bien même il faut paradoxalement dégager des revenus pour le service de la dette. Un truisme qui ne souffre pas de propagande. Le service de la dette est en passe de phagocyter les autres activités économiques, voire, l’investissement indispensable pour les générations futures.

     

    Les djihadistes de l’austérité financière ont réussi à coloniser le discours public de leurs maître-récits d’une économie des agonisants. De fait, ils semblent, à ne point s’y méprendre, des serviteurs dociles des intérêts des créanciers internationaux. Pour illustration, gouvernements de centre-droit ainsi que leurs alliés dans le business international instrumentalisent la crise fiscale à desseins pour opérer des coupes sombres dans les dépenses sociales bien que celles-ci n’ont aucun rapport avec les causes de la récession. Ce compromis tacite avec les créanciers internationaux contribue doublement à la marginalisation de l’Europe dans les relations internationales, d’une part, tout en tissant le lit d’une dynamique d’insécurité humaine et de retrait stratégique et économique pour le continent, d’autre part. Le retrait programmé de l’Europe du centre du monde va au-delà d’une simple crise de l’eurozone. L’Europe semble avoir renoncé à ses grandes ambitions de locomotive économique du monde pour enfiler le brassard de capitaine de la micro-finance des agonisants.

     

    Du Miracle Economique à la Micro-Finance des Agonisants

     

    Après la Seconde Guerre Mondiale, la dette publique Américaine dépassait 120% de son PIB. Contrairement aux dogmes des élites financières en vogue aujourd’hui, la dette Américaine ne fut pas une menace à la prospérité économique des Yankee. Bien au contraire, l’Amérique choisit de vaincre la dette, non par des mesures punitives d’austérités financières, mais plutôt par une libération de son génie économique par le recours à l’innovation industrielle. Fidèle à son passé, l’économie Américaine est sortie du creux des turbulences économiques après le plan de stimulus de l’ordre de $775 billions de dollars lancé par le président B. Obama en 2008.

     

    Contrairement aux USA, la Grande Bretagne et certains pays en Europe ne sont pas encore sortis de la récession en dépit de leur programme d’austérité. En 2010, le gouvernement du Premier Ministre Britannique, David Cameron, a choisi d’opérer des coupes sombres budgétaires dans les bénéfices de santé et les aides sociales. George Osborne, le chancellier du trésor britannique annonça une mesure d’austérité de l’ordre de £83 milliards de compression budgétaire. Ces mesures d’austérité ont coûté 200.000 jobs dans la construction et la maintenance de l’immobilier en 2011. Dans les rues de Londres, on estimait que le nombre de jeunes sans abri a connu une hausse de 32% entre 2010 et 2011. L’Irlande pour sa part, enregistrait 68% de hausse des sans-abri. Tandis que Barcelone connaissait 31% de sans-abri entre 2008-2013. Le Portugal comptabilisait 25% d’augmentation de sans-abri entre 2007-2011. En Grèce, Le taux de sans-abri a connu une hausse de 25% entre 2009 et 2011.

     

    Le choix de mesures punitives d’austérités ont des répercussions graves sur la qualité de la santé publique et de la sécurité humaine. Pour sa relance économique, la Grèce s’est vue imposée les plus larges coupes draconiennes en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale. Rien qu’en 2009, le budget de santé publique en Grèce a connu un effondrement de €24 milliards d’euros à près de €16 milliards d’euros. Traduites en coût humain, ces mesures autoritaires se sont illustrées, entre janvier et mai 2011, par une hausse de 52% du taux de seropositivité dans la pandémie du VIH/Sida. La Grèce a opéré des coupes radicales dans son budget de santé publique sous la pression du Fonds Monétaire International et de la Banque Centrale Européenne. Entre juillet et août 2010, la Grèce a vu l’apparition, la plus large en Europe depuis 1996, d’une épidémie du Virus du Nil Occidental. Aujourd’hui, nous assistons au retour de la malaria, de l’augmentation du taux de suicide et des homicides en Grèce. Ces regressions brutales dans la sécurité humaine ont été largement occultées par la littérature fiscale et les plans de redressement économique. Elles ont eu pour effet de masquer le fait que l’Europe tout lentement est en train de s’exclure du centre du monde. 

     

    Le Traité de Lisbonne de 2007 posait les jalons d’une Europe comme marché mondial le plus compétitif. Le rêve européen d’une économie de la connaissance apporterait caution à la qualité de son capital humain, liquidant ainsi de sa zone les bas salaires. L’absence d’une Europe de la recherche scientifique et de l’innovation technologique ou d’une eurozone de l’énergie et de l’environement sonne en faux contre les lyriques élitistes de l’Union. Les grands maux de l’Europe ne sauraient se décliner grosso modo en ce double handicap historique souvent relayé par la presse : les crises budgétaires et le financement du bien-être social. L’Europe a perdu le centre du monde par son auto aliénation par rapport à sa responsabilité financière, économique, politique et démographique.

     

     

     

    La Vieille Europe Demilitarisée et Désargentée

    L’Europe représente ¼ de la production écononomique mondiale. Elle se pose comme le plus large partenaire économique des USA avec plus de $600 milliards de commerce annuel. Mais le piédestal économique de l’Europe prend appui sur du sable mouvant. Avec ses 500 millions d’habitants, la population Européenne est sur une forte pente de vieillissement démographique. D’ici 2050, le ratio des retraités relativement à la classe des travailleurs va simplement doubler de 0.54. Dans la même période, la population européenne va décliner de 20 millions, avec pour corollaire, un déséquilibre de la stabilité fiscale du continent. Les pensions retraites généreuses, la faible mobilité du travail, l’hostilité contre l’immigration comme gage de renouvellement démographique ainsi que le système exorbitant de taxation provoqueront un déclin significatif du rayonnement économique en Europe. L’exit de l’Europe du centre économique mondial s’accompagnera de sa marginalisation diplomatique et militaire.

    Aujourd’hui, semblent tournées définitivement les pages où l’Europe était au centre de la diplomatie mondiale et du théâtre des deux grandes guerres mondiales ainsi que des programmes de reconstruction post-crise. Avec un budget de défense de l’ordre de $250 milliards par an, l’Europe compte environ 2 millions de troupes bercées dans l’ambiance d’une culture largement anti-militaire, faute d’ennemis. L’armée continentale manque de pertinence en ce sens qu’elle n’a pas les moyens d’une auto-projection en dehors de l’Europe continentale. Le rêve d’une politique commune de défense européenne se heurte à l’insularité particulière des entités nationales. En matière de défense, les forces spéciales européennes manquent de vision commune stratégique géopolitique autant pour le continent que la stabilité du monde. Ce qui la rendrait quasi-amorphe et assoupie, pour ne pas dire vulnerable.

     

    Aujourd’hui, la vieille Europe se métamorphose progressivement en une relique de musées de luxe à contempler pour les touristes Asiatiques. Le siècle post-européen a rattrapé le vieux continent ! L’Europe gagnerait cependant l’absolution des pays émergents en tempérant ses programmes austères par un allègement de la dette et par le choix d’une politique plus attrayante de nouveaux investissements. Cette stratégie ne peut être efficiente que si elle intègre l’européanisation des politiques fiscales et d’investissements dans sa zone pour freiner son expulsion forcée du centre du monde.

     

     

     

    Narcisse Jean Alcide Nana, International Security Studies

     

    Bibliographie 

    - Richard N. Hass, Foreign Policy Begins At Home : The Case For Putting America’s House In Order (New York, Basic Books, 2013)

     

    - Robert Kuttner, Debtor’s Prison : The Politics of Austerity Versus Possibility (New York, A. Knopf, 2013)

     

    - David Stuckler & Sanjay Basu, The Body Economic, Why Austerity Kills : Recessions, Budget Battles, and The Politics of Life and Death (New York, Basic Books, 2013)

    http://www.agoravox.fr

  • Assad veut surprendre Israël suite à son raid sur Lattaquié

    joelecorbeau.com: L’agence de presse libanaise, Al Khabarpress, vient de publier les propos du président syrien qu’il aurait exprimé en réaction à l’information selon laquelle Israël aurait frappé le stock de missiles Yakhont à Lattaquié.

    M.Assad aurait dit : « La réponse syrienne aux raids d’Israël sera beaucoup plus cinglante que ce que les israéliens puissent imaginer ». « La réponse aux agressions israéliennes nous appartient et ce n’est pas les autres qui devront en décider (les Russes?). Nous allons surprendre nos ennemis en temps voulu et par des moyens adéquats. Mais l’armée syrienne devra être prête à riposter et à faire face au régime israélien ».

     

    Et d’ajouter : « Notre réponse à Israël revêtira plusieurs formes : sécuritaire, militaire, politique et l’une de ces formes consiste à se procurer une grande quantité de missiles Yakhont, braqués vers nos ennemis et prêts à entrer en fonction ».

     

    L’armée syrienne dispose d’informations complètes au sujet des objectifs et des cibles sensibles en Israël. « Ces informations sont à l’étude par notre appareil de renseignement », aurait-il encore dit, selon la même source.

     

    Selon l’agence libanaise, le président Assad s’est entretenu avec les commandants de l’armée et ses conseillers au nombre desquels figurent le général Maher al Assad.

     

    Source: joelecorbeau.com

    http://fr.altermedia.info

  • “La décroissance permet de s’affranchir de l’impérialisme économique”

    Entretien avec Serge Latouche, professeur émérite d’économie et un des principaux inspirateurs du mouvement de la décroissance. Il retrace ici les racines de la décroissance, entre Club de Rome, Yvan Illich et André Gorz.

    Quelle est votre définition de la décroissance ?

    C’est très difficile de définir la décroissance car je considère que ce n’est pas un concept, c’est une bannière, un drapeau. Pour moi, c’est un mot d’ordre qui permet de rallier les objecteurs de croissance. C’est aussi un horizon de sens vers lequel chacun chemine comme il l’entend.

    La décroissance permet surtout de s’affranchir de la chape de plomb de l’impérialisme économique pour recréer la diversité détruite par l’occidentalisation du monde. Elle n’est pas à proprement parler une alternative, mais plutôt une matrice d’alternatives: on ne va pas construire une société décroissance de la même façon au Chiapas et au Texas, en Amérique du Sud et en Afrique… Il y a des histoires et des valeurs différentes.

    Avec la décroissance, on n’est plus dans l’intérêt, l’égoïsme, le calcul, la destruction de la nature, dont l’homme serait maître et possesseur, ce qui définit le paradigme occidental. On veut vivre en harmonie avec elle et, par conséquent, retrouver beaucoup de valeurs des sociétés traditionnelles. On sort aussi de la vision « économiciste » de la richesse, de la pauvreté, de la rareté.
    D’où l’idée d’« abondance frugale », qui semble être un oxymore du fait de la colonisation de notre imaginaire, mais qui dit en réalité qu’il ne peut y avoir d’abondance sans frugalité et que notre société dite d’abondance est au fond une société de rareté, de frustration et de manque.

    La décroissance implique aussi évidemment une autre répartition des richesses, une autre redistribution, le changement des rapports de production, une démondialisation, pas seulement économique – à la Montebourg –, mais aussi culturelle. Il faut retrouver le sens du local et, naturellement, réduire notre empreinte écologique, réutiliser, recycler, etc., ce que l’on a définit par les « 8 R ».

    Quelle est l’histoire de la décroissance ?

    Serge Latouche - L’histoire de la décroissance, en tant qu’étiquette, est très brève. Cette appellation a été inventée dans les années 2000 par des « casseurs de pub ». Elle a pour fonction de casser la langue de bois. Comme le dit Paul Ariès, c’est un « mot-obus ». Mais derrière ce mot, il y a tout un projet d’objection de croissance. Et ce projet a une assez longue histoire.

    Elle débute en 1972 avec la publication du rapport au Club de Rome Les limites de la croissance. En tant que projet de société socialiste anti-productiviste et anti-industraliste, la décroissance est alors proche de l’écosocialisme qui apparaît dans les mêmes années avec André Gorz. Cette première phase de la décroissance est essentiellement une phase de critique de la croissance : on veut l’abandonner car elle n’est pas soutenable. C’est une phase « écologique ».

    Mais un second courant, porté par Ivan Illich – qui a d’ailleurs refusé de participer au Club de Rome –, est apparu en disant que ce n’est pas parce que la croissance est insoutenable qu’il faut en sortir, mais parce qu’elle n’est pas souhaitable !

    C’est la critique du développement – terme que l’on utilise dans les pays du Sud comme équivalent de la croissance au Nord –, c’est le mouvement post-développementiste.

    Personnellement, je me rattache à ce courant-là depuis que j’ai viré ma cuti au milieu des années 1960 alors que j’étais au Laos. La fusion de ces deux courants s’est opérée à l’occasion du colloque organisé en février-mars 2002 à l’Unesco « Défaire le développement, refaire le monde ».

    Pourquoi la croissance n’est-elle pas souhaitable ?

    Elle n’est pas souhaitable parce qu’elle est, comme le disait Illich, la destruction du vernaculaire. C’est la guerre aux pauvres. Une guerre qui transforme la pauvreté en misère. La croissance développe les inégalités, les injustices, elle détruit l’autonomie.

    Illich a développé cette thèse avec la critique des transports, de l’école, de la médecine, en analysant la façon dont les institutions engendrées par le développement et la croissance acquièrent un monopole radical sur la fourniture de ce qui permet aux gens de vivre et qu’ils se procuraient jusqu’alors par leurs propres savoir-faire traditionnels. Ayant travaillé sur le Tiers-Monde, j’ai effectivement vu, en Afrique, en Asie, comment le rouleau compresseur de l’occidentalisation détruisait les cultures.

    Quel regard portez-vous sur les économistes ?

    L’économie est une religion, et non pas une science. Par conséquent, on y croit ou on n’y croit pas. Les économistes sont des prêtres, des grands ou des petits, des orthodoxes ou des hétérodoxes. Même mes amis Bernard Maris ou Frédéric Lordon – les meilleurs d’entre eux.

    Les altermondialistes, par exemple, dont la plupart sont des économistes, ont tendance à réduire tous les malheurs du monde au triomphe du néo-libéralisme. Mais ils restent dans le productivisme et la croissance. Or le mal vient de plus loin. La décolonisation de l’imaginaire que je préconise vise précisément à extirper la racine du mal : l’économie. Il faut sortir de l’économie !

    Comment les idées décroissantes peuvent-elles avancer dans notre société ?

    Pour moi, même si on a en face de nous à une énorme machine médiatique qui matraque et qui manipule, tous les terrains sont bons. Comme le terrain politique, par exemple. Je crois beaucoup, non pas à la politique de participation, mais à la politique d’interpellation. On ne veut pas le pouvoir. Le pouvoir est toujours mauvais, mais c’est une triste nécessité. On veut seulement que le pouvoir respecte nos droits. La décroissance doit être un mouvement d’interpellation du pouvoir, qu’il soit de droite ou de gauche.

    A la différence de mes camarades du journal La Décroissance, qui passent leur temps à exclure, je pense que nous devons faire un bout de chemin avec des gens comme Pierre Rabhi, Nicolas Hulot, le mouvement Slow Food, etc. La décroissance, c’est comme une diligence. Même s’il y a un cheval qui tire à hue et l’autre à dia, l’important est que la diligence avance. Les initiatives des villes en transition et de simplicité volontaire – comme ce qu’Illich appelait le « techno-jeûne » – s’inscrivent aussi parfaitement dans la décroissance.

    La décroissance contient-elle en germe un « risque de pureté » ?

    Oui. Toute culture a un double mouvement, centrifuge et centripète. Et une culture n’existe que dans le dialogue avec les autres cultures. Par conséquent, soit elle est ouverte et accueillante, soit elle a tendance à se replier sur elle-même et à s’opposer, c’est l’intégrisme. On trouve cela dans les mouvements politiques et religieux. Même dans les sectes philosophiques.

    La décroissance est quelque fois dénoncée comme étant autoritaire. Les décroissants seraient des catastrophistes, des « prophètes de malheur ». Que répondez-vous à ce genre de critiques ?

    C’est n’importe quoi. Il est vrai aussi que les gens qui adhèrent à la décroissance ne sont pas très différents de ceux qui adhéraient autrefois au socialisme, au communisme, au mouvement Occident… Il y a de tout : le bon grain et l’ivraie ! Via leur histoire personnelle, certains sont intolérants, d’autres sectaires, d’autres encore ont une vision manichéiste des choses. Il ne faut pas pour autant accuser le projet de la décroissance des vices de ceux qui la diffusent.

    Au contraire, la décroissance nous permet de renouer avec ce qui était la base de toutes les philosophies de toutes les sociétés et cultures humaines : la sagesse. Comme dans le stoïcisme, l’épicurisme, le cynisme, le bouddhisme, etc. Le fondement de tout cela est ce que les Grecs appelaient la lutte contre l’hubris. L’homme doit discipliner sa démesure, s’auto-limiter. C’est seulement ainsi qu’il peut espérer mener une vie saine, heureuse, juste, équilibrée. Alors si c’est cela un projet autoritaire…

    Vous avez écrit un ouvrage intitulé “L’âge des limites”. Quelle pourrait être cette nouvelle ère ?

    Avec la modernité, les limites sont devenues bidon. Il faudrait s’en émanciper. Mais s’il n’y a plus de limites, il n’y a plus de société. Certes, certaines limites doivent être remises en cause, mais on s’en donne de nouvelles. On déplace les frontières, mais on ne les abolit pas. Je suis viscéralement attaché aux libertés individuelles, mais à l’intérieur de certaines limites. Est-ce qu’une société démocratique peut exister avec une absence totale de limites à l’enrichissement et à l’appauvrissement personnel ?

    Jean-Jacques Rousseau a écrit qu’une société démocratique est telle que personne ne doit être riche au point de pouvoir acheter l’un de ses concitoyens, et aucun ne doit être pauvre au point d’être obligé de se vendre. Dans notre société, on en est loin…

    L’idéologie moderne stipule qu’on ne doit subir aucune atteinte à notre liberté, jusqu’à pouvoir choisir son sexe, la couleur de sa peau, sa nationalité, etc. C’est donc refuser l’héritage. Tout cela nous mène au transhumanisme : on n’accepte plus la condition humaine, on s’imagine être des dieux. La liberté, au contraire, c’est d’abord accepter les limites de sa propre culture, en être conscient et agir en conséquence, quitte à les remettre en question.

    La décroissance est-elle de droite ou de gauche ?

    Pour moi, elle est à gauche. Mais le débat est biaisé. Comme le dit Jean-Claude Michéa, finalement, ne faut-il pas abandonner la dichotomie droite-gauche qui tient à notre histoire ? Par exemple, dois-je interdire à Alain de Benoist de se revendiquer de la décroissance sous prétexte qu’il est classé à droite ? Est-ce qu’il est condamné ad vitam aeternam à être enfermé dans cette catégorie ? Sa position pourrait être réévaluée, rediscutée.

    Reporterre   http://fortune.fdesouche.com/