Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

international - Page 1468

  • États-Unis : Pour Roubini, « le pays est au bord d’une nouvelle crise »

    Les États-Unis sont loin d’être tirés d’affaire malgré l’entente intervenue dans la nuit du Jour de l’An pour éviter de frapper le « mur fiscal », affirme le célèbre économiste Nouriel Roubini.

    Selon lui, le dysfonctionnement du système politique américain fait en sorte que les États-Unis feront bientôt face à une nouvelle crise fiscale… dans deux mois.

    «Si aucune action n’est prise d’ici le 1er mars, 110 milliards de réductions de dépenses entreront en vigueur», écrit dans le Financial Times celui qu’on surnomme Dr Doom, car il avait prévu la crise financière de 2007-2008. Les défis seront donc de taille pour les républicains et les démocrates déjà à couteaux tirés.

    D’une part, la dette américaine atteindra son plafond. Il a été plusieurs fois renégocié dans le passé, mais ce processus est douloureux. À l’été 2011, cela avait provoqué de l’instabilité sur les marchés financiers.

    D’autre part, les élus américains devront commencer à débattre des mesures à prendre à moyen terme pour assainir les finances publiques et réduire la dette du pays, qui s’élève actuellement à 16 443 milliards de dollars américains (en 2012, le déficit du gouvernement fédéral représentait 8,5% du PIB).

    «Cela mènera à une autre dispute entre les républicains, qui veulent réduire la taille du gouvernement fédéral, et les démocrates, qui veulent le maintenir mais sans être sûr de la manière de le financer», écrit Nouriel Roubini.

    À ses yeux, on doit s’attendre à des débats épiques entre les deux partis. Par exemple, les États-Unis doivent-ils introduire une taxe sur la valeur ajoutée ? Une taxe à taux unique ? Des taxes plus élevées ou moins élevées sur le revenu ? Une taxe sur le carbone ?

    «Ce sera bientôt bordélique», soutient l’économiste.

    Les Affaires   http://fortune.fdesouche.com/

  • Contre l'édifice du mondialisme et de la pensée unique

    À l'heure de la crise économique mondiale qui est inséparable de la crise morale de l'Occident, deux livres d'aspect anodin arrivent à point nommé. Apparemment hors sujet tous les deux, puisqu'il s'agit, pour l'un, d'un recueil (inédit) d'essais de Chesterton datés de 1926 que les éditions de l'Homme nouveau viennent de publier sous le titre Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste (1); pour l'autre, des actes de la XIXe université d'été de Renaissance catholique en juillet 2005 : La pensée unique (2).

    Et pourtant, chacun à sa manière éclectique et diversement datée, ils disent déjà quasiment tout, d'une part des causes profondes de notre grande crise économique et de ses « enfers sociaux », d'autre part des effets intrinsèquement pervers de la crise morale liée à ce funeste économisme. Alors que Benoît XVI s'apprête aussi à publier sa grande encyclique sur la doctrine sociale de l'Église, on en a eu un aperçu spectaculaire lors de son récent voyage en Afrique. « Si le Pape a été si contesté, c'est qu'en quelques mots, il a déstabilisé l'édifice de la pensée unique qui s'impose à la planète », résume bien Mgr Bagnard .
    ◊ « Ce que je reproche au capitalisme, ce n'est pas qu'il y ait trop de capitalistes mais précisément qu'il n'y en ait pas assez », disait Chesterton. C'est tout le « distributisme » chestertonien, cher à Philippe Maxence, qui est (si l'on y réfléchit bien) le seul moyen politique de « moraliser le capitalisme » contre l'édifice malsain du mondialisme. Louis Salleron en a lui-même développé le principe en France, en prônant non seulement la diffusion de la propriété individuelle mais l'organisation de la diffusion de la propriété collective privée, comme rempart de liberté personnelle, facteur de justice sociale et de développement économique maîtrisé. La propriété est pour la personne « un besoin vital de l'âme » (Simone Weil) - et non la personne pour la propriété !
    Nicolas Sarkozy a par exemple jugé inacceptable que « Laurence Parisot dise qu'elle n'a pas le désir d'évoquer le partage des profits ». Mais de la distribution de la propriété, selon le principe clef de la destination universelle des biens, il n'en aura jamais été question, comme remède politique et durable à cette crise (dont le G20 ne vient finalement que de «réguler» et renouveler virtuellement les tares). Or, note Philippe Maxence, « ce n'est pas une mince surprise de constater qu'en usant des mots qui sont les siens, Chesterton avait déjà pensé la crise de l'environnement, la faillite des banques, la perversité du système de la grande distribution, la destruction de l'agriculture » ! 
    Et Louis Salleron qu'il faudrait aussi relire : « Parce que le capitalisme individualiste et libéral a privé de propriété un trop grand nombre d'individus, le communisme propose d'en priver tout le monde... Il est évident que la bonne solution est inverse: assurer la propriété à tout le monde. Patrimoine familial, patrimoine corporatif, patrimoine national et universel - voilà la vraie formule. L'argent ne fait obstacle à la propriété normale que si on le laisse évoluer en liberté. Mais rien n'est plus facile que d'assigner des règles à ses fantaisies. Le capitalisme n'a pris ce caractère odieux que parce qu'il est né et s'est développé dans une philosophie utilitariste. Un esprit nouveau et des structures modifiées peuvent parfaitement sauver les vérités qu'il contient en matière de propriété. » (Diffuser la propriété, NEL) .

    ◊ On ne peut servir deux maîtres à la fois : Dieu et Mammon. On passe ainsi de l'économie à sa religion nouvelle, en arrivant à la pensée unique qui prétend gérer « correctement » le « nouvel ordre mondial » à la manière de Babel, par un seul langage analogue à la novlangue d'Orwell : « Faisons des briques... Bâtissons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! » (Genèse XI). Il s'agit toujours de sauver et unifier l'homme sans Dieu, en se passant de sa loi (morale) naturelle, en donnant le primat à l'action sur la contemplation.
    Onze historiens, journalistes, universitaires réunis par Renaissance catholique explorent les facettes (politiquement, moralement, religieusement, historiquement, économiquement, artistiquement correctes !) de cet impératif néo-totalitaire. Ils dénoncent paradoxalement, dans l'hégémonie de cette pensée unique, une dictature du relativisme née de la disparition de la vérité objective (sous la novlangue la confusion des mots et des idées !). Le laïcisme (ouvert ou fermé) est donc le cadre et même le temple (panthéon) de cette pensée unique. On pourrait dire de lui ce que disait le P. Molinié du pharisien : « C'est celui qui condamne la pensée de Dieu quand elle se présente trop nettement, parce que cette pensée condamne ses œuvres et sa propre pensée. Alors, mis au pied du mur, il est acculé à condamner Dieu pour ne pas céder ; c'est le péché contre le Saint-Esprit. »

    RÉMI FONTAINE Présent du 8 avril 2009

  • Concurrence géopolitique dans le Pacifique

    Les États-Unis veulent contrer la montée en puissance de la Chine : ils projettent d’encercler l’Empire du Milieu !

    Dans les rapports bilatéraux entre les États-Unis et la Chine, la méfiance réciproque est désormais de mise. Lors de sa visite en Australie, le Président américain Obama a en effet déclaré : “ J’ai pris une décision d’ordre stratégique : en tant qu’État riverain du Pacifique, les États-Unis joueront dans l’avenir un plus grand rôle dans la mise en valeur de cette région ; c’est là une politique à mener sur le long terme ”. De plus, les États-Unis entendent bâtir une base militaire à proximité de la ville de Darwin dans le Nord de l’Australie, où seront plus tard casernés 2500 soldats d’élite. Obama veut en plus créer une zone de libre-échange dans le Pacifique qui comprendrait l’Australie, le Japon, Singapour et le Vietnam, tandis qu’il n’y aurait aucune place pour la Chine dans ce projet.

    Quand ils prennent acte de ces projets stratégiques, les Chinois craignent d’être encerclés par les États-Unis. Soupçon parfaitement justifié! Déjà en 2006, les États-Unis et l’Inde avaient signé un accord d’ampleur assez vaste par lequel la Nouvelle Delhi se voyait reconnaître au niveau international comme puissance nucléaire. Outre cet accord américano-indien, les États-Unis entretiennent des bases militaires au Japon et en Corée du Sud. Si dorénavant l’Axe liant les puissances d’Asie aux États-Unis se voit prolongé jusqu’en Australie, alors l’influence de la Chine restera limité à ses seules eaux côtières.

    Les projets de Washington doivent se percevoir comme une tentative d’endiguer la Chine, tant que cela est encore possible. Car le développement économique de l’Empire du Milieu s’effectue à une vitesse de croissance inégalée, ce qui agace et inquiète les États-Unis, encore plus préoccupés par l’éveil d’une politique étrangère chinoise bien consciente des enjeux planétaires. Au Conseil de Sécurité de l’ONU, les Chinois ne cessent de torpiller les projets américains, comme, par exemple, quand il s’agit d’infliger à l’Iran des sanctions encore plus draconiennes. Dans la lutte pour la domination économique des États riches en matières premières, notamment en Afrique et en Asie centrale, Beijing et Washington sont devenus de véritables rivaux. À tout cela s’ajoute que le modèle chinois, couplant une économie libéralisée et un appareil d’Etat autoritaire, exerce une attraction de plus en plus évidente sur les pays en voie de développement et sur les pays émergents qui préfèrent opter pour un avenir politique différent de celui suggéré par la “démocratie libérale” de type américain. De ce fait, la Chine n’est plus seulement un concurrent économique des États-Unis mais elle les défie en agissant justement sur leur point le plus sensible : celui de vouloir incarner et propager de manière monopolistique la seule démocratie de facture occidentale, au détriment de toutes les autres formes possibles de gouvernance. Ce n’est donc pas un hasard si, un jour, Obama a déclaré, en s’adressant à la Chine d’un ton assez menaçant : “ Nous continuerons à expliquer, y compris à Beijing, quelle est la signification pour nous du maintien des normes internationales et du respect des droits de l’homme pour le peuple chinois ”.

    Il y a plus : la modernisation des forces armées chinoises, et surtout de la marine de guerre de l’Empire du Milieu, montre que Beijing n’entend pas se contenter, dans l’espace pacifique, d’un rôle de “junior partner”, soumis à la volonté américaine. Le renforcement militaire chinois a pour effet que les frais d’entretien de l’empire américain doivent désormais être révisés à la hausse dans la région, notamment pour garantir la sécurité d’alliés comme le Japon ou la Corée du Sud et surtout Taiwan. Plusieurs incidents confirment ce nouvel état de choses: la marine chinoise s’attaque de plus en plus souvent à des navires de prospection vietnamiens ou philippins qui oeuvrent en Mer de Chine du Sud, espace marin dont les riverains se querellent à propos du tracé des frontières maritimes et, partant, sur la superficie de leur zone d’influence économique. Lors de ces escarmouches, ce ne sont pas tant les Vietnamiens ou les Philippins qui sont les destinataires des menaces chinoises mais avant tout les États-Unis.

    Les Chinois, dans ce contexte, s’inquiètent surtout de l’amélioration constante des rapports américano-vietnamiens, en dépit du souvenir cuisant de la guerre du Vietnam. Le Vietnam communiste a certes libéralisé son économie en s’inspirant du modèle chinois et s’est ouvert aux investisseurs étrangers mais les relations avec le grand voisin du Nord n’en demeurent pas moins empreintes de méfiance pour des raisons historiques. Pendant des siècles, les Vietnamiens ont dû payer tribut aux empereurs de Chine et, pendant la seconde moitié du 20ème siècle, la Chine n’a jamais omis de toujours briser, avant qu’ils ne se concrétisent, les rêves vietnamiens de devenir une puissance régionale, en dépit de la “fraternité communiste” censée unir Hanoi à Beijing. Quant au Vietnam, le pays le plus densément peuplé de l’Indochine, il a toujours revêtu une signification particulière pour les Chinois : en effet, la puissance étrangère qui contrôlera ce pays limitera ipso facto et de manière considérable l’influence de Beijing dans la région et fera courir à la Chine le risque d’être encerclée.

    Où l’affaire risque bien de devenir explosive, c’est quand les relations américano-vietnamiennes se trouvent renforcées par les activités du consortium pétrolier américain Exxon dans les eaux de la Mer de Chine du Sud. Fin octobre, l’Energy Delta Institute annonçait qu’Exxon avait découvert devant les côtes du Vietnam “des gisements de gaz d’une ampleur assez considérable” dans une région qui est également revendiquée par la Chine. La situation, déjà âprement concurrentielle, pourrait dès lors prendre une tournure plutôt dangereuse. Car, au même moment, le ministère de la défense américain travaillerait, selon le “Financial Times”, “ à développer rapidement une nouvelle stratégie prévoyant une bataille aérienne et navale, afin d’acquérir à terme les moyens de contrer les plans chinois visant à empêcher les forces armées américaines de pénétrer dans les mers voisines de la Chine ”.

    Berhard TOMASCHITZ.
    (article paru dans “zur Zeit”, Vienne, n°48/2011;  http://www.zurzeit.at ).
    R.Steuckers

  • Russie : restauration poutinienne et nouvelles perspectives géopolitiques

    Si l’on évoque la restauration poutinienne en Russie, après le terrible ressac vécu par l’ancienne superpuissance communiste sous le règne, somme toute assez bref d’Eltsine (1), il convient de le faire correctement : non pas dans le simple but d’énoncer des faits qui concernent un monde différent du nôtre, mais bel et bien dans la perspective de construire une alternative géopolitique solide face aux projets d’assujettissement de l’Europe et du reste du monde, projets que cultive la seule hyperpuissance encore en lice, à savoir les États-Unis.

     

    Cette perspective géopolitique ne saurait être une construction de l’esprit, toute nouvelle, sans racine. Les relations euro-russes ont au contraire des racines anciennes et l’Axe Paris/Berlin/Moscou que préconisait naguère Henri de Grossouvre est, outre une impérieuse nécessité, le prolongement et la réactualisation d’un projet vieux de près d’un quart de millénaire. La perspective eurasienne, dans notre famille politique malheureusement fort réduite en nombre et en taille, se réfère assez souvent au rêve du national-bolcheviste allemand Ernst Niekisch, qui avait imaginé, dans les années 20 et 30 du XXe siècle, une alliance germano-slave, fondée sur le paysannat et le prolétariat, prête à bousculer un Occident vermoulu, idéologiquement arrêté aux schématismes des Lumières du XVIIIe. Plus fondamentalement, nous percevons, aujourd’hui, après l’inévitable détour par Niekisch, des préludes cohérents à l’Axe de Henri de Grossouvre dans l’Alliance des Trois Empereurs sous Bismarck et sous les tsars germanophiles du XIXe et dans l’alliance de facto qui, dans le dernier quart du XVIIIe, unissait la France de Louis XVI, l’Autriche et la Russie de Catherine II, permettant de battre la thalassocratie anglaise à Yorktown en 1783 et à chasser les Ottomans de la Mer Noire et à les contenir dans les Balkans (2). La Révolution française ruinera cette unité et ces acquis, qui auraient pu faire le salut de l’Europe, en lui permettant de garder sa cohérence et de parachever l’assaut contre les Ottomans.

     

     

    1759 : année clef

     

     

    Mais déjà avant cette alliance générale, à la veille de 1789, la France, l’Autriche et la Russie avaient uni leurs forces pendant la Guerre de Sept Ans. Un historien anglais actuel vient de démontrer que ce conflit intérieur européen avait permis à l’Angleterre, puissance insulaire située en marge et en face du continent, de jeter les bases réelles de son futur empire extra-européen, à partir de l’année-clef que fut 1759 (3). L’art des historiens anglo-saxons de remettre l’histoire intelligemment en perspective ramène ainsi à notre mémoire vive 2 faits géostratégiques devenus permanents : 1) utiliser une puissance européenne pour déséquilibrer le continent et rompre son unité ; l’instrument de cette stratégie fut à l’époque la Prusse ; 2) profiter des guerres européennes pour porter la guerre hors d’Europe, sur des fronts plus dégarnis et y engranger de solides dividendes territoriaux et stratégiques sans grandes pertes et sans gros frais, comme ce fut le cas au Canada et en Inde, d’où fut évincée la France.

     

     

    Lorsque nous analysons aujourd’hui le réveil russe de Poutine, c’est donc dans la perspective de retrouver les alliances stratégiques stabilisatrices d’avant 1789, où les idéologies modernes, bellogènes à l’extrême en dépit de leur pacifisme autoproclamé, ne jouaient encore aucun rôle déstabilisateur. Entrons maintenant dans le vif du sujet.

     

     

    De Gorbatchev à Eltsine, la Russie semblait galoper tout droit vers le chaos, vers une nouvelle “Smuta”, un nouveau “Temps des Troubles” : perte du glacis est-européen, perte de la périphérie balte et caucasienne, perte des acquis territoriaux en Asie centrale, etc., effondrement de la monnaie et ressac social et démographique sur toute la ligne. Eltsine, figure d’abord positivement médiatisée pour avoir annoncé la fin du communisme, juchée sur un char d’assaut ; en dépit de cette image, il inaugurera toutefois un régime sans aucune colonne vertébrale : les oligarques en profitent pour acquérir personnellement, par toutes sortes de stratagèmes douteux, les richesses du pays. Dans l’industrie pétrolière, ils font augmenter la production de brut grâce à des prêts du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque de New York et cèdent à des consortiums pétroliers américains et britanniques des parts importantes dans l’exploitation des hydrocarbures russes. Poutine, dès son accession au pouvoir en janvier 2000, met vite un holà à ces déviances. Immédiatement, puissances anglo-saxonnes, pétroliers, oligarques et idiots de service dans le monde médiatique se mobilisent contre lui et lui déclarent la guerre, une guerre qui sévit toujours aujourd’hui. Terrorisme tchétchène d’Ahmed Zakaïev (avec ses appuis turcs), révolution des roses en Géorgie et révolution orange en Ukraine sont les fruits âcres d’un vaste et sinistre complot destiné à affaiblir la Russie et à défenestrer Poutine. Seul l’ex-oligarque Roman Abramovitch fera amende honorable (4), rendra les biens acquis sous Eltsine à l’État russe, deviendra gouverneur du Kamtchatka pour redonner vie à cette région déshéritée mais hautement stratégique. Il servira également d’intermédiaire entre Poutine et Olmert dans les litiges russo-israéliens.

     

     

    Russie : puissance orthodoxe

     

     

    Après l’effondrement du communisme et le retour des valeurs religieuses, surtout dans l’aire musulmane, en Afghanistan d’abord, dans l’Asie centrale ex-soviétique ensuite mais dans une moindre mesure, la Russie se trouve déforcée par les décennies de propagande anti-religieuse du système soviétique, qui a mis à mal la vigueur de l’orthodoxie dans les populations slaves et a généralisé une asthénie spirituelle déliquescente, mais n’a pas autant entamé l’islam centre asiatique, qui fut de surcroît revigoré par l’argent saoudien et l’appui américain aux moudjahiddins afghans. Qui plus est, dans les premières années du post-communisme, la vague du matérialisme occidentaliste secoue de fond en comble une Russie déboussolée mais, comme le remède croît toujours en même temps que le péril, le retour à l’orthodoxie d’une partie de la population (60% selon les sondages) redonne partiellement au pays une identité religieuse et politique traditionnelle, dont l’Europe occidentale est depuis longtemps dépourvue. Alexandre Soljénitsyne exhortait le peuple russe à retrouver l’esprit de l’Orthodoxie et le Patriarche Alexis II apporte son soutien à Vladimir Poutine, qui, lui, définissait son pays comme « une puissance orthodoxe », lors de sa visite au Mont Athos en Grèce en septembre 2005. Ce retour à l’orthodoxie ravive un certain anti-occidentalisme, bien lisible dans les déclarations d’un concile d’avril 2006, où l’église orthodoxe russe a promulgué sa propre Déclaration des droits et de la dignité de l’homme, où sont fustigés et l’individualisme occidental et la volonté d’ingérence étrangère cherchant à imposer des droits de l’homme de facture individualiste en Russie et en toutes les autres terres orthodoxes. Le texte ajoute : « Il est des valeurs qui ne sont pas inférieures aux droits de l’homme, tels la foi, la morale, le sacré, la patrie », où le philosophe de l’histoire décèlera un refus de la rupturalité calamiteuse que représente l’idéologie des droits de l’homme de 1789 à la vulgate médiatique actuelle, quand on la manipule avec l’hypocrisie que nous ne connaissons que trop bien. Le 17 mai 2007, les églises russes en situation de diaspora depuis les années 20 se réconcilient avec le Patriarcat de Moscou (5), ce qui rend plus difficile la tâche de monter les options de l’orthodoxie russe les unes contre les autres.

     

     

    Ukraine : la révolution orange patine

     

     

    L’ingérence occidentale s’effectue essentiellement par le biais des “révolutions colorées” (6), nouveau mode de pratiquer la “guerre indirecte” et de grignoter les franges extérieures de l’ancien empire des tsars et de l’URSS, dont les républiques caucasiennes et l’Ukraine. On sait que la révolution orange fut finalement un fiasco pour ces commanditaires occidentaux ; Victor Iouchtchenko, le Président élu pour son programme pro-occidental, n’a guère fait bouger les choses, ni dans un sens ni dans l’autre, en dépit de sa volonté de faire entrer l’Ukraine dans l’UE et dans l’OTAN. L’icône féminine de l’effervescence orange de 2005, Youlia Timochenko, a basculé dans la corruption et la démagogie la plus plate, sans aucune assise idéologique claire. Ianoukovitch, l’ancien leader pro-russe d’Ukraine orientale, demeure pragmatique : l’Ukraine n’est pas mûre pour l’OTAN et l’UE ne veut pas de Kiev, dit-il. Fin septembre 2007, pour les élections, pas de manifestations dans les rues. Le calme. Les agences occidentales ne paient plus. Pour l’écrivain Andreï Kourkov, les personnages de la révolution orange étaient des marionnettes : le pouvoir demeure aux mains des gestionnaires de l’économie ukrainienne, liée à l’économie russe (7).

     

     

    En Géorgie, où l’actuel Président Mikhail Saakachvili avait pris le pouvoir en novembre 2003 à la suite de la révolution des roses, une contre-révolution vient d’éclater, sans leader bien profilé (8), qui déstabilise la créature de l’américanosphère, l’icône masculine des médias téléguidés depuis les États-Unis, hissée en selle il y a quatre ans. En dépit de sa victoire et de la mise au pas de l’Adjarie sécessionniste en mai 2004, Saakachvili n’a pas réussi à dompter une autre province dissidente, l’Ossétie du Sud, arc-boutée à la chaîne du Caucase. Ce territoire d’à peine 75.000 habitants ne compte que 20% de Géorgiens ethniques. Sa population est fidèle à la Russie. En agissant sur le mécontentement populaire face à la politique pro-occidentale (et donc néo-libérale/globaliste) de Saakachvili et sur les spécificités ethniques adjars et ossètes, Poutine a trouvé le moyen de contrer les effets d’une révolution colorée et de forger les armes pour disloquer celles qui, éventuellement, émergeraient demain.

     

     

    Octobre 2007 : Sommet de Téhéran

     

     

    Autre succès majeur de Poutine : la vaste stratégie pétrolière qu’il a déployée, en Europe et en Asie. Il a réussi à disloquer la cohésion des oligarques (9), à apaiser les dangers de conflit qui existaient entre riverains de la Caspienne. Le sommet de Téhéran en octobre 2007, qui réunissait les dirigeants de la Russie, de l’Iran, du Kazakhstan, de l’Azerbaïdjan et du Turkménistan, avait pour objet de stabiliser la situation sur les rives de la Caspienne et d’y organiser un modus vivendi pour l’exploitation des ressources locales d’hydrocarbures et de gaz. Les accords qui en découlent stipulent, notamment, que les pays riverains, participant à la conférence, ne permettront pas que leurs territoires respectifs servent de base à des puissances hors zone pour agresser un quelconque État co-signataire. Iran compris, cela s’entend (10).

     

     

    Dans le contexte actuel, où l’atlantisme appelle une nouvelle fois au carnage et où l’un de ses chiens de Pavlov, en la personne du sarköziste et ex-socialiste Kouchner, joint ses aboiements sinistres au lugubre concert des bellicistes, cette disposition du sommet de Téhéran bloque toute velléité américaine d’ingérence en Asie centrale et préserve le territoire iranien sur son flanc nord, alors que l’Iran est aujourd’hui dangereusement encerclé entre les bases US du Golfe, d’Irak et d’Afghanistan. L’Iran est la pièce centrale, et non encore contrôlée, d’un territoire qui correspond à l’USCENTCOM (lequel s’étend de l’Égypte à l’Ouest au Pakistan à l’Est). Ce territoire, dans la perspective des stratégistes américains inspirés par Zbigniew Brzezinski, doit servir à terme, avec son “Youth Bulge” (son trop-plein démographique et sa natalité en hausse constante, sauf en Iran), de marché de substitution au bénéfice des États-Unis, car l’Asie garde des réflexes autarcistes et l’Europe possède un marché intérieur moins accessible, avec, en plus, une démographie en net recul. Le contrôle de cet espace implique évidemment l’élimination de l’Iran, pièce centrale et aire nodale d’une impérialité régionale plurimillénaire, l’éloignement stratégique de la Russie et son refoulement de tous les territoires conquis depuis Ivan le Terrible, le contrôle de la Mésopotamie et des hauteurs afghanes et la dislocation des cultures masculinistes et, partant, anti-consuméristes, de cette vaste aire, certes islamisée, mais recelant encore beaucoup de vertus et de vigueurs pré-islamiques, tout en demeurant rétive au fanatisme wahhabite.

     

     

    “South Stream” et “North Stream”

     

     

    Les accords sur la Caspienne auront une implication directe sur l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Le système d’oléoducs et de gazoducs “Nabucco”, favorisé par les États-Unis, qui entendaient, par son truchement, diminuer les influences russes et iraniennes sur la distribution d’énergie, se verra compléter par le système dit “South Stream”, qui partira de Novorossisk sur les rives de la Mer Noire pour aboutir aux côtes bulgares (donc sur le territoire de l’UE), d’où il partira vers l’Europe centrale, d’une part, et vers l’Albanie et, de là, vers l’Italie du Sud, d’autre part. L’ENI italienne est partie prenante dans le projet (11). La réalisation de celui-ci, à travers la partie pacifiée des Balkans, ruine automatiquement les manœuvres dilatoires des forces atlantistes en Baltique, où les États-Unis incitent les petites puissances de la “Nouvelle Europe”, chère à Bush, à annihiler le projet d’acheminer le gaz russe vers l’Allemagne au départ de Königsberg/Kaliningrad ou du Golfe de Finlande, impulsé par le Chancelier Schröder à l’époque bénie — mais si brève — de l’Axe Paris-Berlin-Moscou. Le système de gazoducs de la Baltique porte le nom de “North Stream” (12) : son parachèvement est aujourd’hui bloqué par l’opposition de Tallinn à tous travaux le long de la côte estonienne. Ce blocage est dicté en ultime instance par Washington qui excite en sous-main les Pays Baltes et la Pologne contre tous les projets de coopération euro-russe ou germano-russe, restituant ainsi de facto le “Cordon sanitaire” de Lord Curzon et les effets mutilants du Rideau de Fer sur les dynamiques intérieures de l’Europe dans son ensemble. Ce qui a toujours été le but des puissances thalassocratiques.

     

     

    La victoire électorale de Poutine en décembre 2007 démontre, outre sa réelle popularité en dépit des campagnes des oligarques et des médias, que les stratégies de “révolutions colorées” ont fait long feu : à celles-ci, Poutine a répondu par une mobilisation citoyenne et patriotique en créant le mouvement Nachi (Les Nôtres) qui a tenu la rue en lieu et place de sycophantes comme Kasparov ou autres écervelés sans intelligence géopolitique ou géostratégique.

     

     

    L’Europe ne peut vouloir une Russie déstabilisée et plongée dans le chaos, car, dans ce cas, elle serait automatiquement entraînée, sinon dans un chaos similaire, du moins dans une récession dont elle pourrait bien se passer, vu son déclin démographique, sa relative stagnation économique et les signes avant-coureurs d’une réelle paupérisation dans les classes laborieuses, fruit de près de trente ans de néo-libéralisme.

     

     

    Conclusions

     

     

    En conclusion, le phénomène Poutine doit nous amener à penser notre destin politique dans les catégories mentales suivantes :

     

    ♦ Ne pas tolérer le poids d’oligarques de toutes natures dans nos sphères politiques, qui aliènent richesses, fonds et capitaux par l’effet de pratiques de délocalisation ; selon le bon vieux principe du primat du politique sur l’économique, que Poutine a réussi à faire triompher ;

     

    ♦ Comprendre enfin la nécessité d’une cohésion religieuse visible et visibilisée (comme le voulait Carl Schmitt), plus difficile à restaurer en Occident vu les dégâts profonds qu’ont commis sur le long terme le protestantisme, le sectarisme diversifié et chaotique qui en est issu et la déliquescence du catholicisme depuis le XIXe siècle et Vatican II ;

     

    ♦ Susciter une vigilance permanente contre les manipulations médiatiques qui ont conduit en France aux événements de mai 68 (pour chasser De Gaulle), aux grèves de 1995 (pour faire fléchir Chirac dans sa politique nucléaire à Mururoa), aux révolutions colorées ; il faut être capable de générer une contre-culture offensive contre ce que les agences d’outre Atlantique tentent de nous faire gober, afin de provoquer par les effets de ce soft power rudement bien rodé des mutations politiques favorables aux États-Unis ;

     

    ♦ Il faut viser une indépendance énergétique grande-continentale, ne permettant pas aux pétroliers américains de contrôler les flux d’hydrocarbures sur la masse continentale eurasienne, au bénéfice de leurs seuls intérêts et au détriment de la cohésion du Vieux Monde ;

     

    ♦ Il faut suivre Poutine dans ses offensives diplomatiques en Asie, surtout en direction de l’Inde et de la Chine ; l’Europe a intérêt à être présente dans le sous-continent indien et en Extrême-Orient, dans une perspective d’harmonisation des intérêts, comme l’avait d’ailleurs déjà préconisé la Chine dans ses réponses aux tentatives occidentales d’ingérence intellectuelle (le soft power, qui bute contre la culture impériale chinoise).

     

    Les coopérations euro-russes, euro-indiennes et euro-chinoises ouvrent des perspectives autrement plus séduisantes que le sur-place atlantiste, que notre triste macération dans le graillon de la dépendance médiatique et politique, où nous sommes plongés pour notre honte. Tous les peuples de la Terre attendent le réveil de l’Europe. Celle-ci n’est viable que branchée sur l’Eurasie, à commencer par la Russie, comme au temps des grandes alliances, amorcé à l’époque de la Guerre de Sept Ans.

     

    Robert Steuckers (Forest-Flotzenberg, décembre 2007). http://robertsteuckers.blogspot.fr/

     

     

    • Notes :

     

    • (1) Cf. « L’eredità di Eltsin », in Linea, 15 nov. 2007 (article tiré de la revue sud-africaine Impact (Box 2055, Nooserkloof, Jeffreys Bay, 6331, South Africa). 
    • (2) Cf. Victor-L. TAPIE, L’Europe de Marie-Thérèse : Du baroque aux Lumières, Fayard, 1973 ; également, Henri TROYAT, Catherine la Grande, Flammarion, 1977.
    • (3) Frank McLYNN, 1759 : The Year Britain Became Master of the World, Pimlico, London, 2005.
    • (4) Dr. Albrecht ROTHACHER, « Das Schicksal zweier Oligarchen : Beresowskis Kampf gegen Putin aus dem Exil und der Lagerhäfltling Chodorkowski“, in zur Zeit Nr. 42/2007 ; Dr. A. ROTHACHER, „Superreich und willfährig. Oligarch Roman Abramowitsch : Putins Statthalter in Russisch-Fernost“, in zur Zeit Nr. 46/2007.
    • (5) Marie JEGO, « La Fédération de Russie », in : La Vie/Le Monde Hors-Série, L’Atlas des Religions, s.d. (paru en kiosque en nov. 2007). Voir également : Alexandre SOLJENITSYNE, La Russie sous l’avalanche, Fayard, 1998, plus spécialement le chapitre : « L’Église orthodoxe par ce Temps des Troubles », p.  301 et ss.
    • (6) Cf. Le dossier du Temps de Genève, en date du 10 décembre 2004, intitulé „L’internationale secrète qui ébranle les dictatures de l’Est“ ; ce dossier est accompagné d’un entretien avec le stratégiste et théoricien des guerres indirectes, Gene Sharp, intitulé « L’essentiel est de diviser le camp adverse ». Cf. surtout Viatcheslav AVIOUTSKII, Les révolutions de velours, Armand Colin, 2006 (ouvrage capital !).
    • (7) Andrej KURKOW, « Die Last des Siegens », in : Der Spiegel, 39/2007, pp. 138-139.
    • (8) „Überall Feinde“, in : Der Spiegel, 46/2007, p. 121. Cf. Eugen GEORGIEV, „Angespannte Lage in Südossetien“, in : Aula, Okt. 2007.
    • (9) www.barnesreview.org / Un texte issu de ce site a été traduit en italien. Il s’agit de : «Vladimir Putin : le sue riforme e la sua tribu di nemici / Il sostegno atlantico agli oligarchi russi”, in Linea, 28 nov. 2007.
    • (10) Fulvia NOVELLINO, “Il vertice di Teheran per il petrolio del Mar Caspio”, in Linea, 19 oct. 2007.
    • (11) Filippo GHIRA, “South Stream pronto nel 2013”, in Linea, 23 nov. 2007.
    • (12) Andrea PERRONE, “L’Estonia sfida la Russia sulla condotta North Stream”, in Linea, 18 oct. 2007. Rappelons toutefois que le projet d’un oléoduc (ou gazoduc) vers l’Allemagne et la Pologne n’est pas une idée neuve. En décembre 1959, Soviétiques, Polonais et Est-Allemands signent un accord à Moscou pour la construction de la « branche nord de l’oléoduc de l’amitié ». Le “North Stream”, dont question ici, n’en est que la réactualisation, dans un contexte qui n’est plus marqué par la guerre froide. 
  • Lettre ouverte à Cécile Duflot : “Que diriez-vous d’assumer ?”

     

    Madame la Ministre,

    ce jeudi 23 Août 2012, vous avez risiblement honoré votre fonction en posant avec une cagoule et une petite ardoise arborant fièrement ce message éminemment subversif “Free Pussy Riots”.

    Votre soutien à un groupe de “féministes punk” est en effet ridiculement essentiel. Les “Pussy Riots” se sont illustrées par la profanation de la Cathédrale du Christ-Sauveur, à Moscou.
    Dénonçant “l’autoritarisme russe”, vous ne réalisez sans doute pas la portée nocive de ce geste qui, en vertu de la Loi Française, aurait pu être puni de 10 ans d’emprisonnement et de 150 000€ d’amende.
    En tant qu’écologiste, il vous semble également naturel de soutenir ce groupe, dont l’une des membres s’illustra notamment par l’introduction d’un poulet mort dans son vagin : le respect de la vie animale vous semble ici accessoire.

    Votre soutien à ce groupe de dégénérées, tombant simplement sous le coup du droit commun russe, est d’autant plus indécent que vous assumez la fonction de Ministre du Logement.
    Il apparaît évident que vous n’avez donc rien de mieux à faire, et que le logement ne semble pas être votre préoccupation première.

    Je me permettrai cependant de vous rappeler que plus de 200 SDF sont morts depuis le début de l’année 2012, dans les rues de notre pays, dont plus de 40 depuis votre prise de fonction (Collectif Les Morts de la Rue).
    Je vous rappellerai également qu’en tant que Ministre du Logement, vous disposez d’une marge de manœuvre vous permettant de remédier immédiatement à ces situations intolérables. Dois-je vous rappeler qu’en tant que Ministre, vous êtes au service du Peuple Français ? Mais il est vrai que votre petite ardoise eut été trop petite s’il vous était venu à l’idée d’y écrire symboliquement les noms de ces malheureux morts dans la rue.

    La France compte 3,2 Millions de personnes mal-logées. Plus de 100 000 personnes vivent à la rue. 900 000 personnes sont privées de logement, et vivent dans des conditions de précarité maximale (Comité Action Logement).
    Situation paradoxale : on compte, rien qu’à Paris, plus de 110 000 logements vacants (Insee), dont 15 000 sont sujets à la taxe sur les logements vacants (vides depuis au moins 2 ans).

    Que diriez-vous d’assumer, ne serait-ce qu’une journée, votre responsabilité ?
    Cela ne vous prendrait pas trop de temps, rassurez-vous. Il s’agirait simplement d’appliquer l’ordonnance de 1945 (reprise dans le Code de la construction et de l’habitation, Art. L641-1), qui stipule :
    “Le représentant de l’Etat dans le département, sur proposition du service municipal du logement et après avis du maire (…) peut procéder, par voie de réquisition, pour une durée maximum d’un an, renouvelable, à la prise de possession partielle ou totale des locaux à usage d’habitation vacants, inoccupés ou insuffisamment occupés” pour les attribuer à des mal-logés. Les bénéficiaires sont “les personnes dépourvues de logement ou logées dans des conditions manifestement insuffisantes”.

    J’espère donc vous avoir donné une idée, puisque manifestement vous peinez à trouver une occupation, et que vous êtes tout de même payée pour bosser (payée près de 10 Smic par mois).

    Bien cordialement,

    le 24 août 2012 Vincent Vauclin http://vincent-vauclin.com/

  • Au ridicule nul n'est tenu !

    La charnière du nouvel an grince pour le gouvernement français. Après la paire de claques du Conseil constitutionnel qui a fait marrer la Planète - la simple idée de taxer à 75% les revenus dépassant un million de dollars (c'est ce qui fut retenu de la loi à l'étranger) frisait le grotesque marxiste, tendance Groucho. Sur ces entrefaites, le Csar de toutes les Russies prend un oukaze de naturalisation d'Obélix Depardieu, son pote à lui, une façon tudesque d'envoyer ch... le Muet du Quai sur les affaires en cours, Syrie d'abord. La mèche lente du complot international avait fusé quand apparut sur les planches de la soirée Miss France, célébrant l'éternelle beauté française, le parrain des fuyards fiscaux fêté comme un messie ; Alain Delon réapparaissant à la soirée de la Saint-Sylvestre chez le délicat Patrick Sébastien en protecteur attendri des arts et cuisses du cirque, ôtait le doute sur une déstabilisation rampante. La loi des séries a voulu que la promotion dans l'Ordre National du Mérite décore au premier de l'an deux évadés du fisc notoires, Tsonga et Gasquet, pour vol à la raquette ! A faire se rouler par terre nos lointains expatriés français. Le cabinet Ayrault avait commencé l'Avent dans les inconvénients d'une communication boiteuse, il le termine au massacre, comme on dit en vènerie !
    Chaque semaine apporte son pain au bouffon. A tel point que les patrons des médias ne vont pas tarder à réduire fortement les salaires des échotiers politiques tant le travail est devenu facile ; à la portée du premier stagiaire venu. En souhaitez-vous l'augure ?

    Le retour de ma concubine au manche du pouvoir ? Aucune allusion vaseuse permise. Le silence de Thomas H. sur Madame de Maintenant sera-il acquis par un commandement prestigieux au sein des forces judiciaires ? Fera-t-on taire le fougueux Mélenchon en l'envoyant ambassader à Caracas pour y superviser la transition chaviste ? Hamon à la Havane ? La galette des rois de l'Elysée sera-t-elle remplacée par un clafoutis aux cerises en mémoire de la Commune ? Faudra-t-il exhumer l'abbé Pierre pour contrer les revendications en paternité de X, Y ou Z, surtout Z. ? La marche contre le mariage gay et ses avancées collatérales s'annonce-t-elle fournie qu'on va remanier la chancellerie coupable d'avoir mésestimé la vague de fond, et nommer le Garde des Sceaux, gouverneur de Wallis & Futuna, elle en a déjà le fond d'écran total ! Et tant qu'à faire, Montebourg en ambassadeur extraordinaire des Terres australes et antarctiques pour faire contrepoids à Michel Rocard arctiquisé par Nicolas Sarkozy ! Il y a beaucoup de spinning en vue pour nous voiler l'inquiétant.
    Nous courons à l'Espagne. Tous nos chiffres 2013 sont archi-faux. On ne pourra maquiller longtemps les réalités, amuser le tapis par des dépenses clientélistes non-financées en contrepartie d'annonces de contention budgétaire non exécutées. A tirer le diable par la queue, au plus mauvais moment il se retourne et vous mord !

    Ce pays doute terriblement. Aucun homme politique n'a la cote, et quand le chancelier Merkel reste le personnage préféré des Allemands, où se trouve notre président dans la liste ? Les Français attendaient le réenchantement en quittant le vulgaire, et qu'on leur récite le projet de la France, celui qu'ils aiment entendre. On leur parle de pissotières pagnolesques, d'outrages coloniaux, d'abominables riches des neiges, d'obéissance au roi de Prusse. Malgré la pose, reins cambrés, torse bombé, menton voulant, manche juste et cravate droite - Bruno Masure y veillera - nous n'avons pas Poutine à l'Elysée.
    Séquence explicative ci-dessous ou comment Mittal aurait pu être traité dans l'affaire de Florange. C'est du Poutine, dit le commentaire. Effectivement je ne vois aucun de nos apparatchiks dans le rôle. Il en a de la chance le Depardieu (on me dit dans l'oreillette que le Monténégro l'a aussi réclamé !) :

    la suite ici

    http://royalartillerie.blogspot.fr/

  • Le mondialisme en miettes

    - Partage moitié-moitié ?

    On pourra taxer les mondialistes d’une montagne d’épithètes désobligeantes sauf une : ce ne sont pas des imbéciles ; ainsi pour enterrer une crise planétaire provoquée par des échanges désordonnés de papier-monnaie, ils ont génialement réussi à nous faire admettre que puisque « nous sommes tous dedans jusqu’au cou » c’est tous ensemble que nous en sortirons.
     
    Tous, cela voulait dire les 20 États qui représentent 85% de la création mondiale de richesse « fraternellement » rassemblés au sommet du G20 de septembre 2009 à Pittsburgh au cours duquel tous acclamèrent « l’antique G8 des Pays du Nord est mort, vive le G20 ! »

    Tous, tant les anciens par la voix de G. Brown « désormais le G20 est le premier forum de coopération économique », que les nouveaux par celle de Lula « le G20 a désormais un rôle exceptionnel dans le nouvel ordre mondial ». En un mot ensemble « yes we can ! »

    Comme souvent en pareille assemblée on relevait quelques nuances. Pour B. Obama la coordination des plans de relance était une condition nécessaire mais pas suffisante pour éviter une autre crise, car « il faudrait définir un cadre permettant à chacun d’évaluer la politique des autres afin d’élaborer un consensus. »
    Cette mission serait confiée au FMI dès qu’il aura attribué à la Chine la majeure partie des 6% des droits de vote prélevés sur ceux de l’Union européenne (réforme qui n’altère en rien le droit de veto des Etats-Unis.)
    Ingrat malgré ce cadeau le président Hu Jintao rétorquait « la vraie priorité est de maintenir une politique de relance solide jusqu’à ce que la reprise soit pleine et entière en évitant toute forme de protectionnisme. »

    D’où le laborieux communiqué final de 23 pages qui s’est borné à rappeler tous les sujets évoqués sans fixer de règle concrète concernant la coordination chère à B. Obama et implicitement refusée par Hu Jintao. De là à songer que le G20 se réduisait à un G2 entre les Pays du Nord représentés par les Etats-Unis et ceux du Sud par la Chine...

    Quelques semaines plus tard, en décembre 2009, 3500 journalistes, 23000 observateurs, et 10000 représentants de diverses ONG bravaient un froid polaire pour accompagner les 1200 délégués des 192 États participant à la Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique.

    L’objectif est d’élargir et de prolonger au-delà de 2012 le « Protocole de Kyoto » signé en 1997, ratifié par 184 pays (juin 2009) et entré en vigueur en février 2005 après sa ratification par la Russie. Ce texte oblige tous les pays signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (principalement le CO2) d’ici fin 2012, mais seuls 38 États industrialisés sont soumis à des engagements contraignants (-8% pour l’Europe par rapport aux quantités rejetées en 1992.)
    Les Etats-Unis n’ont pas ratifié le protocole et le Brésil, l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud..., considérés comme pays en développement ne sont pas contraints par un engagement chiffré.

    Initialement prévue pour remédier à cette situation aberrante, la Conférence de Copenhague tourne à l’affrontement entre :

    • le bloc des 38 États industrialisés qui estiment que dix huit ans après Kyoto plusieurs pays en voie de développement (PVD) sont devenus de gros pollueurs et doivent accepter de se soumettre à des engagements chiffrés
    • le G77 réunissant les 77 PVD les plus avancés qui, insistant sur la responsabilité historique des Pays du Nord depuis la Révolution industrielle, se considèrent comme des victimes innocentes et ne veulent donc pas sortir du protocole de Kyoto
    • les Etats-Unis qui souhaitent reporter au plus tôt en 2010 la mise en place d’un engagement politique contraignant préalablement accepté à l’unanimité des 192 États présents à Copenhague.

    En résumé, bien que tous se fussent déclarés prêts à « faire quelque chose » pour réduire les émissions de CO2, le bloc des 38 reste seul à présenter un programme chiffré selon un calendrier établi ; la Chine, porte-parole du G77, et les Etats-Unis acceptent seulement d’informer leurs partenaires des mesures anti CO2 qui seront appliquées dans leurs pays, mais refusent catégoriquement de se soumettre à un contrôle quantitatif sous l’égide d’un organisme international.

    Ainsi, sous la pression des deux premiers pollueurs mondiaux la Conférence, incapable de jeter les bases d’une politique environnementale commune, adopte un accord dont on admire le flou artistique « la hausse de la température moyenne de la planète devra être contenue en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. »

    À l’image du G20 de l’économie, le G192 de l’écologie se réduirait à un G2...moitié-moitié.

    À la mi-novembre, entre Pittsburgh et Copenhague, en conclusion du sommet de Shanghai entre la Chine et les Etats-Unis, B. Obama déclarait « les relations entre Pékin et Washington vont définir le XXIe siècle »...prophétique ?

    - Pourquoi pas en trois tiers ?

    L’hypothèse n’est pas nouvelle. Depuis 2006 New Delhi et Tokyo réfléchissent au moyen de renforcer leurs échanges commerciaux qui sont insignifiants en regard de leurs tailles économiques respectives (à peine 15 md$ en 2009, à comparer avec les 350 md$ échangés entre la Chine et le Japon.)

    L’été dernier les négociations se sont accélérées sous la pression de Tokyo soucieuse de la dégradation des relations diplomatiques sino-japonaises : en riposte à l’arraisonnement d’un chalutier chinois par des gardes-côtes japonais, Pékin a bloqué ses exportations de matériaux stratégiques pour l’industrie nippone.
    L’Inde étant elle-même préoccupée de l’expansion de son grand et puissant voisin, il devenait normal que les deux pays mettent dans une corbeille commune d’une part un marché fort de 1 milliard de consommateurs et d’autre part une technologie qui a fait ses preuves.
    D’où l’accord de libre échange et de partenariat industriel conclu le 25 octobre dernier entre M. Singh, premier ministre indien et son homologue N. Kan.

    Ce document devrait être ratifié début 2011 après examen au Parlement japonais lequel pourrait hésiter à accepter le paragraphe relatif à la coopération dans le domaine du nucléaire civil, l’Inde n’ayant toujours pas signé le Traité de non prolifération.
    Toutefois la diplomatie de Washington, alliée de Tokyo et récemment très active en Inde, (1) devrait facilement venir à bout des éventuelles réticences des députés japonais ; tant sous G. Bush qui a libéré les exportations de matériel nucléaire civil vers l’Inde que sous B. Obama qui vient de soutenir la candidature de New Delhi pour un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis travaillent à l’émergence d’un bloc asiatique qui fera contrepoids à la Chine...du G2 vers le G3 ?

    - Ou le quatre-quarts en ajoutant l’Afrique Noire ?

    Au train où vont les évènements depuis la fin du siècle dernier, il est probable qu’il faille rapidement réserver une place à l’Afrique autour de la table du grand Monopoly mondial.
    D’abord parce qu’elle l’exige.
    Ainsi au G20 d’avril 2009 à Londres elle a réussi à imposer la présence de deux observateurs (le président de la commission de l’Union africaine et celui du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) ; de même à Copenhague les représentants de 3 pays africains ont fait valoir leurs revendications en quittant temporairement la table des négociations d’où interruption de séance conformément au règlement intérieur de l’ONU qui stipule que l’absence d’un seul État participant bloque les travaux.
    Ensuite parce qu’il faudrait être inconscient pour ne pas anticiper les effets de l’explosion démographique africaine : 180 millions d’habitants en 1950, 860 aujourd’hui et 1,8 à 2 milliards en 2050...le quart de l’humanité !

    Avec une moyenne de 4,6 enfants par femme (7 au Niger !) l’Afrique représente le quart des naissances mondiales ; il vient plus d’enfants au monde au Nigeria (148 millions d’habitants) que dans l’Union européenne (500 millions d’habitants.)
    En conséquence :

    • 45% des Africains ont moins de 15 ans

    • la population citadine a été multipliée par 11 en 50 ans
    • les campagnes disparaissent : alors que l’urbanisation occidentale est verticale, celle de l’Afrique est horizontale avec des maisons individuelles de plain pied.

    Pour l’heure ce futur géant démographique (déjà 12% de l’humanité) est encore un nain économique (2,7% du PIB mondial) ; la question est de savoir pour combien de temps.

    Les PMA : 50 Etats dont 34 africains. 11,3% de la population mondiale. 0,6% du PIB mondial.
    (Carte : Cnuced)

    En à peine quatre décennies son PIB est passé de 461 milliards $ en 1970, à 1061 md$ en 2000, à 1561 md$ en 2008 et devrait atteindre 2600 md$ à l’horizon 2020.

    L’idée couramment répandue consiste à dire que cette croissance serait principalement due au pillage des matières premières africaines par les Pays occidentaux et les grands émergents dont la Chine ; or, une étude réalisée en 2010 par le Cabinet Mc. Kinsey révèle que sur les 500 md$ de PIB supplémentaires entre 2000 et 2008, seul le tiers est dû à la hausse des exportations de matières premières et le solde aux premiers pas de l’industrie locale.

    Indéniablement sur cette période l’Afrique a su tirer profit de deux améliorations concomitantes : une structurelle (meilleure efficacité de l’administration, modernisation des infrastructures,...) et une conjoncturelle (hausses des volumes et des cours des matières premières minérales et végétales exportées, annulation de plusieurs dettes souveraines...)

    Quand l’Afrique s’éveillera...non, la formule est incorrecte. C’est le monde industriel qui a éveillé l’Afrique et plus particulièrement la Chine qui y investissait 470 millions $ en 2001, puis 4,5 milliards $ en 2008 et 6,25 md$ l’an dernier. Très vite Pékin a compris que pour fidéliser et développer ce nouveau partenaire commercial il ne suffirait de lui vendre des produits manufacturés et de lui acheter des matières premières ; en effet ce fonctionnement simpliste n’est réellement profitable qu’aux 5 États africains qui, grâce à la richesse de leurs sous-sols pèsent les 2/3 des exportations vers l’Asie.

    L’accueil réservé fin août dernier par le président Hu Jianto à son homologue Sud Africain J. Zuma illustre la nouvelle stratégie chinoise sur le Continent Noir ; après avoir conclu les grands contrats classiques (fourniture par la Chine d’unités de production électrique, solaires et nucléaires, et de TGV) les deux chefs d’État ont signé un accord de partenariat économique global précisant que Pékin s’engage à compenser par l’importation de produits à haute valeur ajoutée « made in South Africa. »

    Ainsi dans le futur ordre mondial, la Chine serait l’usine du monde et l’Afrique l’atelier de la Chine.

    Aujourd’hui Pékin n’est plus seule à considérer l’Afrique comme un réservoir de croissance. Ainsi les accords d’aide à la sécurité alimentaire proposés par Brasilia à plusieurs capitales africaines ne sont certainement pas désintéressés.

    Plus significative encore est la déclaration de S. Mekouar, ministre marocain de l’Économie et des Finances « nous faisons le pari de l’Afrique car c’est le continent de la croissance de demain [...] Il y a là-bas des espaces beaucoup plus prometteurs que l’Europe, aujourd’hui notre principal partenaire commercial mais où la croissance est la plus faible. »

    L’analyse de M. Camdessus, ex patron du FMI, publiée fin mai dernier par l’Africa Progress Panel (organisme de prospective proche de l’ONU) mérite d’être méditée « au-delà des avantages commerciaux à court terme, l’immense réservoir des jeunes actifs urbains intéressera les nouveaux pays industrialisés qui pourront y délocaliser leurs productions les plus consommatrices de main-d’œuvre ; en conséquence les Pays du Nord ne devraient pas laisser le champ libre à ceux du Sud sur un continent dont la croissance potentielle annuelle frôle les 5%. »
    L’Afrique partenaire de demain...de G3 à G4 ?

    - Pour conclure.

    Malgré l’acharnement des mondialistes à réduire le G20 à un G1, les grands flux monétaires et commerciaux obéissent encore aux lois du G2.
    En accordant quelque crédit à notre exposé, ce G2 pourrait être considéré comme une sorte de minimum atteint par la gouvernance mondiale représentée sous la forme d’une fonction mathématique dont la dérivée vient de changer de signe...G192, 77, 8, 2, 3, 4...

    Et pourquoi pas 5 avec une Europe des patries librement unies dans un projet commun nourrit de ses racines chrétiennes ?

    Mais pas une Europe où il importe d’être toujours plus nombreux, pacsés sous le régime des directives de Bruxelles pour toujours agrandir le marché unique, miraculeuse source d’opulence selon la publicité « euro transatlantique » : toujours plus nombreux, ensemble « yes we can ! » Et nos vieilles sociétés, confortablement assoupies sur l’héritage des anciens, de répondre « yes ! week end ! »
    Vous n’entendez donc pas comme un petit bruit qui court sur le vent du sud ? On dirait comme la sonnerie d’un réveil...

    Pierre Jeanthon http://www.lesmanantsduroi.com

    (1) Au G20 de Séoul l’Inde a renvoyé l’ascenseur en étant le seul pays à ne pas critiquer la nouvelle politique monétaire des Etats-Unis.

  • Le « plan de paix » de l’ONU pour la Syrie est une supercherie

    L’ « ambassadeur de la paix » des Nations Unie (ONU) Lakhdar Brahimi tente de négocier une transition gouvernementale avant les prochaines élections en Syrie. Non seulement les efforts de Brahimi sont vains, ils sont aussi totalement hypocrites. Proposer un « gouvernement transitoire » au beau milieu de ce qui constitue en réalité une invasion étrangère, financée, armée et ouvertement perpétuée par des intérêts étrangers, viole à la fois la souveraineté de la Syrie et la propre charte fondatrice de l’ONU.

    C’est comme si un envoyé de l’ONU visitait la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale et proposait un gouvernement transitoire en pleine invasion nazie. L’ONU serait de toute évidence un facilitateur de l’injustice, non pas un médiateur pour la paix.

    Le Los Angeles Times rapporte ceci dans son article « Lakhdar Brahimi s’efforce de raviver le plan de paix pour la Syrie » :

    « L’ambassadeur de la paix Lakhdar Brahimi a fait une nouvelle avancée jeudi pour amener les représentants syriens et les rebelles à négocier, visant à raviver un plan favorisant un gouvernement transitoire et la tenue d’élections, lequel avait échoué en raison de désaccords sur l’avenir du président Bachar Al-Assad. »

    L’ONU n’a pas du tout réussi à discerner l’opposition légitime en Syrie des bandes de terroristes armés vagabonds commettant des atrocités à grande échelle contre le peuple syrien, nombre d’entre eux non originaires de Syrie, tous armés par les États-Unis, l’OTAN et leurs alliés régionaux incluant Israël, l’Arabie Saoudite et le Qatar dans le cadre d’un plan de longue date pour procéder à un changement de régime à la fois en Syrie et en Iran. La presse occidentale n’appuie pas seulement les tentatives hypocrites de l’ONU, elle s’est acharnée à délégitimer toute opposition en Syrie refusant de prendre les armes ou s’opposant à une intervention étrangère.

    Alors que le Los Angeles Times tente de présenter le plan de l’ONU comme étant raisonnable et le président syrien Bachar Al-Assad et la Russie comme seuls obstacles à la paix, ce plan constitue en fait encore une autre tentative de dépeindre le conflit comme une lutte politique au lieu de l’invasion étrangère qu’il est réellement.

    La Syrie est envahie par des terroristes étrangers

    Les « rebelles » armés que l’ONU refuse de condamner comprennent des combattants étrangers d’Al-Qaïda, incluant des organisations terroristes internationales figurant sur les listes du département d’État des États-Unis, des Nations Unies et du département de l’Intérieur du Royaume-Uni, soit le Groupe islamique combattant libyen (GICL), Al-Nosra, également connu sous le nom d’Al-Qaïda en Irak et des extrémistes des Frères musulmans syriens. Les pays occidentaux ne négocieraient avec aucune de ces factions terroristes, si d’une façon ou d’une autre, leurs armes se détournaient de la Syrie pour viser l’Occident. Pourtant, l’Occident exige non seulement que la Syrie les reconnaisse et qu’elle négocie avec eux, mais aussi qu’on les laisse régner sur tout le pays.

    En novembre 2011, dans l’article « Un dirigeant islamiste libyen a rencontré l’Armée syrienne libre, un groupe d’opposition  » le Telegraph rapportait :

    Abdelhakim Belhadj, dirigeant du Conseil militaire de Tripoli et ancien chef du Groupe islamique combattant libyen a « rencontré des dirigeants de l’Armée syrienne libre à Istanbul et à la frontière turque », a déclaré un représentant militaire travaillant avec Mr. Belhadj. Il a été envoyé par Moustapha Abdel Jalil (le président libyen intérimaire).

    « Les nouveaux dirigeants libyens offrent des armes aux rebelles syriens », un autre article du Telegraph, admettait :

    The Daily Telegraph a appris que les rebelles syriens ont tenu des pourparlers secrets avec les nouvelles autorités libyennes vendredi dans le but d’obtenir des armes et de l’argent pour leur insurrection  contre le régime du président Bachar Al-Assad.

    À la réunion qui s’est tenue à Istanbul et où se trouvaient des représentants turcs, les Syriens ont demandé de l’« aide » aux représentants libyens, se sont fait offrir des armes et peut-être des volontaires.

    « Un plan est mis en œuvre pour envoyer des armes et même des combattants  libyens en Syrie » a affirmé une source libyenne ayant requis l’anonymat. « Une intervention militaire est en cours. Vous verrez dans quelques semaines. »

    Plus tard ce mois-là, on rapportait qu’environ 600 terroristes libyens étaient entrés en Syrie afin de commencer des opérations de combat. Le journaliste de CNN Ivan Watson a accompagné des terroristes au-delà de la frontière turco-syrienne et à Alep. En juillet 2012, CNN révélait qu’effectivement, des combattants étrangers, surtout des Libyens, se trouvaient parmi les militants.

    On a admis que :

    Entre-temps, des résidents du village où les Faucons syriens avaient établi leur quartier général ont dit que des combattants de plusieurs nationalités nord-africaines servaient également dans les rangs de la brigade. Un combattant volontaire libyen a par ailleurs déclaré à CNN qu’il compte voyager de la Turquie vers la Syrie dans les prochains jours afin d’ajouter un « peloton » de combattants libyens au mouvement armé.

    CNN a ajouté:

    Mercredi, l’équipe de CNN a rencontré un combattant libyen qui avait quitté la Turquie et s’était rendu en Syrie avec quatre autres libyens. Le combattant portait une tenue de camouflage et avait un fusil Kalashnikov. Il a dit que d’autres combattants  libyens étaient en route.

    Certains combattants étrangers sont clairement attirés parce qu’ils voient cela comme […] un djihad. C’est donc un aimant pour les djihadistes qui voient cela comme une lutte pour les musulmans sunnites

    En somme, la Syrie est envahie depuis presqu’un an par des terroristes libyens. De plus, immédiatement après que les États-Unis aient reconnu leur propre « coalition d’opposants » triée sur le volet comme les « représentants du peuple syrien », son chef, Moaz Al-Khatib, a tout de suite exigé que les États-Unis lèvent les sanctions contre l’organisation terroriste d’Al-Qaïda, Al-Nosra.

    Reuters a cité Al-Khatib :

    « Il faut réviser la décision de considérer un groupe luttant contre le régime comme un groupe terroriste. Nous pouvons être en désaccord avec certains groupes, leurs idées et leur vision politique et idéologique, mais nous affirmons que toutes les armes à feu des rebelles servent à renverser le régime criminel et tyrannique. »

    L’Occident refuse non seulement de reconnaître que la Syrie est confrontée au terrorisme étranger et intérieur, il participe aussi activement à l’armement, au financement et à l’hébergement en lieu sûr de ces factions terroristes. La Turquie, membre de l’OTAN, est un complice direct de l’agression extraterritoriale de la Libye, qu’elle facilite en accueillant les combattants libyens à l’intérieur de ses frontières, tout en coordonnant leur armement, leur financement et leur logistique lorsqu’ils traversent la frontière turco-syrienne. La CIA des États-Unis facilite également l’invasion libyenne de la Syrie le long des frontières turques.

    En juin 2012, dans son article « La C.I.A. aiderait à acheminer des armes à l’opposition syrienne », le New York Times (NYT) a concédé que « des officiers de la CIA opèrent en secret au sud de la Turquie » et acheminent des armes, dont « des armes semi-automatiques, des grenades propulsées par fusée, des munitions et quelques armes antichars ». Le New York Times insinue que la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont les principaux fournisseurs d’armes alors que la CIA coordonne la logistique.

    http://www.csmonitor.com/var/ezflow_site/storage/images/media/content/2012/0224-friends-of-syria-conference/11843662-1-eng-US/0224-friends-of-syria-conference_full_600.jpg

    Image: Les « amis de la Syrie » comprennent de nombreux conspirateurs mentionnés dans le reportage exhaustif de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection ». La violence en Syrie n’est pas le résultat d’un soulèvement du peuple syrien  porteur d’« aspirations politiques », mais plutôt celui de la conspiration et de la machination d’une élite mondiale ayant prémédité il y a longtemps la destruction de la Syrie pour son propre programme géopolitique global.

    ….

    La politique étasunienne envers la Syrie remonte aussi loin qu’à 2007, où les représentants des États-Unis ont admis qu’ils planifiaient le renversement du gouvernement syrien à l’aide d’extrémistes sectaires étrangers et en utilisant des pays comme l’Arabie Saoudite pour acheminer des armes et du financement, surtout pour maintenir l’illusion qu’ils n’étaient pas impliqués.

    Le long reportage de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection », publié dans le New Yorker en 2007 expose les plans étasuniens visant à utiliser des moyens clandestins pour renverser le gouvernement syrien dans le cadre d’une action plus vaste ayant pour but de miner et détruire l’Iran. « Le renforcement de groupes extrémistes sunnites épousant une vision militante de l’islam, hostiles aux États-Unis et sympathisants d’Al-Qaïda, sont un sous-produit de ces activités », écrit Hersh.

    Al-Nosra est ouvertement affilié à Al-Qaïda. Dire que le GICL est « sympathisant d’Al-Qaïda » serait toutefois trompeur : le GICL, c’est Al-Qaïda.

    Selon le rapport du West Point Combating Terrorism Center de l’armée étasunienne, « Les combattants étrangers d’Al-Qaïda en Irak », le GICL a fusionné en 2007 avec l’organisation terroriste créée par les États-Unis et l’Arabie Saoudite.

    L’apparent essor de recrues libyennes se rendant en Irak pourrait être lié à la coopération accrue entre le Groupe islamique combattant libyen et Al-Qaïda, laquelle a atteint son point culminant le 3 novembre 2007 lorsque le GICL s’est officiellement joint à Al-Qaïda. (page 9, .pdf)

    Hersh poursuit son reportage en déclarant « le gouvernement saoudien, avec l’approbation de Washington, fournirait des fonds et de l’aide logistique afin d’affaiblir le président syrien Bachar Al-Assad ». Cela comprenait l’offre de milliards de dollars à des factions pro-saoudiennes au Liban soutenant des groupes militants qui traversent maintenant la frontière libano-syrienne pour rejoindre leurs homologues libyens.

    La conspiration élaborée, mise à exécution en 2007 et décrite par Seymour Hersh citant une myriade de sources étasuniennes, saoudiennes et libanaises, se déroule de toute évidence devant nos yeux. Cette conspiration n’était pas fondée sur des considérations humanitaires ou la « démocratie », mais plutôt sur les intérêts mutuels des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite, et consistant à renverser les gouvernements de pays souverains vus comme des menaces à leur influence collective extraterritoriale à travers la région.

    En ne reconnaissant pas une conspiration documentée, fomentée par des intérêts étrangers et visant à faire tomber violemment le gouvernement de la Syrie (et éventuellement de l’Iran) l’ONU démontre une fois de plus qu’elle est un instrument servant des intérêts spécifiques. Sa tentative de négocier un « plan de paix » avec des terroristes étrangers envahissant la Syrie en tant que mandataires des puissances occidentales est dépourvue de toute légitimité. Le gouvernement syrien et ses alliés doivent redoubler d’efforts pour présenter le conflit pour ce qu’il est, une invasion, et réclamer l’appui et la patience de la communauté internationale alors que la Syrie confronte et met en échec ces envahisseurs étrangers et les intérêts étrangers qui les arment et les guident.

    Lakhdar Brahimi, tout comme Kofi Annan avant lui, ne fait que gagner du temps pour le discours chancelant de l’Occident. La Syrie et ses alliés doivent finalement le laisser s’écrouler afin que le véritable sauvetage de la Syrie puisse avoir lieu, par des opérations de sécurité antiterroristes dans tout le pays et la confrontation diplomatique des intérêts étrangers soutenant le terrorisme à l’intérieur et autour de la Syrie.

    Tony Cartalucci, Le 28 décembre 2012 http://www.mondialisation.ca

    Le blog de Tony Cartalucci : Land Destroyer 

    Article original : The United Nations Syria “Peace Plan” is a Fraud

    Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

  • Dix thèses sur le libéralisme (3/3)

    — Développement de 7 à 10 —

    7) Il n'est pas avéré que « le marché » prenne nécessairement toujours les bonnes décisions ou, pour le dire autrement, que la société profite toujours des décisions du marché.

    A l'âge de la mondialisation des échanges, les acteurs économiques prennent de plus en plus de décisions à court terme. Tous les observateurs le confirment. Les visions stratégiques à moyen ou long terme sont de plus en plus rares. Les exemples sont nombreux où « le marché » – c'est-à-dire les acteurs privés – a pris de mauvaises décisions (bulles spéculatives, actifs toxiques, crédits imprudents, …) ou a été incapable d'éviter des dérèglements majeurs (Madoff, Kerviel, …). Les marchés sont en effet conformistes, c'est-à-dire qu'ils ont tendance à imiter les pratiques qui semblent donner de bons résultats et de bons profits : cela contribue à amplifier l'effet des mauvaises décisions. Et cette amplification est désormais mondiale.

    L'argument des libéraux selon lequel les erreurs privées sont toujours moins graves que les erreurs publiques néglige les effets sociaux des mauvaises décisions privées, a fortiori quand elles sont prises par des entreprises transnationales. Les libéraux, dans leur critique systématique de la mauvaise efficacité des politiques publiques comparée à l'efficience des entreprises privées, ignorent le fait que les entreprises ont tendance à externaliser leurs coûts et leurs échecs sur les Etats.

    Ainsi afin d'améliorer leur profitabilité, les entreprises ont partout cherché à diminuer leurs coûts salariaux. Cela s'est produit par le développement de l'automation (au Japon, par exemple) et par l'encouragement à l'immigration, en particulier en Europe et en France. Les immigrés sont, en effet, moins syndiqués et acceptent des salaires plus bas que les autochtones. Le travail des femmes produit le même effet. C'est d'ailleurs pourquoi les entreprises sont en général les meilleurs partisans des mesures discriminatoires prises par les Etats en faveur de ces catégories, aux dépens des salariés mâles et autochtones.

    Comme les coûts sociaux de ces politiques sont avant tout supportés par les finances publiques, elles sont tout bénéfice pour les entreprises. De même il est significatif que les Etats – c'est-à-dire le contribuable – aient été appelés au secours des banques et des institutions financières lors de la crise financière de 2008 ; ce qui montre à l'évidence que les erreurs privées peuvent être aussi graves que les erreurs publiques.

    8) La tendance naturelle du capitalisme n'est pas le respect de la juste concurrence mais la concentration, l'intégration verticale et la financiarisation.

    Ce point a clairement été diagnostiqué par les socialistes dès le XIXe siècle et c'est bien ce qui s'est passé à la fin du XXe siècle, avec la création des entreprises transnationales, des grands conglomérats et des bulles financières successives. Aujourd'hui, ces entreprises transnationales ont des surfaces financières et des capacités d'influence bien supérieures à celles de certains Etats : elles sont devenues des pouvoirs. La caractéristique principale de l'économie mondialisée est la dé-territorialité et la très grande mobilité du capital, qui lui permettent d'échapper aux régulations nationales et politiques. Cette évolution est renforcée par la financiarisation, qui pousse à vouloir réaliser des profits à court terme et à reconfigurer en permanence, voire à détruire, les entreprises pour cela. Sur ce plan les banques et les institutions financières sont les véritables dirigeants des entreprises, transnationales ou non.
    Cette tendance rencontre cependant ses limites car plus les entreprises grandissent moins elles sont faciles à gérer et plus elles sont tentées de prendre de mauvaises décisions ou, en tout cas, pas meilleures que celles des Etats. C'est pourquoi il faut réguler la concentration des entreprises et surveiller l'exercice de la concurrence.

    En outre, les grandes entreprises transnationales disposent, avec l'exercice du pouvoir médiatique et la suggestion (et sujétion) publicitaire, de puissants moyens de sidération du consommateur. De ce fait, l'équilibre entre l'offre et la demande n'est plus équitable puisque les grandes entreprises disposent du pouvoir de créer artificiellement des besoins éphémères.

    On sait depuis le XIXe siècle que l'échange entre le travail et le capital n'est pas égal puisque le travailleur ne peut vivre sans salaire ni aides sociales. Mais depuis le XXe siècle et l'avènement de la publicité de masse, on sait que l'échange avec le consommateur n'est pas plus équitable.

    L'économie occidentale repose en effet sur la stimulation de la consommation, par la création artificielle des besoins et par le crédit sans limite. Mais les effets pervers de cette stimulation – en particulier sur la santé publique ou l'environnement – sont supportés par les Etats et les consommateurs et non par les entreprises, qui ne privatisent que les prises de bénéfice. La stimulation constante de la consommation conduit à un monde de l'éphémère et de l'obsolescence, qui génère le nihilisme occidental.

    La maîtrise des moyens de communication et des biens culturels par le système marchand a enfin des effets politiques majeurs, du moins dans les pays occidentaux : elle sape la démocratie car elle donne à ceux qui financent et donc dirigent les médias les moyens de choisir les dirigeants politiques et de formater l'opinion. On peut douter qu'ils le fassent sans considération de leurs intérêts propres.

    9) Le bilan de la mise en œuvre des recettes néolibérales dans le domaine social n'est pas probant.

    Le néolibéralisme a voulu appliquer à partir de la fin du XXe siècle à toutes les institutions sociales les mesures inspirées de la théorie économique : suppression des statuts pour établir une « juste concurrence », hausse des tarifs pour obtenir des prix réels, équilibre des dépenses et des recettes pour les institutions publiques afin qu'elles soient le plus possible « rentables », diminutions d'impôts sur les entreprises, dérégulation, privatisation de services publics, externalisation des activités non régaliennes de l'Etat sur des opérateurs privés, promotion de l'assurance, des contrats, etc. Ces politiques se sont appuyées sur les succès présumés des politiques conduites dans les pays anglo-saxons à partir des années 1980 (Reagan, Thatcher).

    On ne peut contester qu'avec l'avènement du néolibéralisme les entreprises soient devenues plus profitables. Mais la question est de savoir à quel coût cela s'est fait pour la société. En Europe, ce coût ne s'appelle-t-il pas chômage, immigration, déficits publics et croissance des inégalités de revenus ?

    Les mesures prises ont surtout abouti à déstructurer les sociétés et les Etats en affaiblissant les protections au moment où les hommes en avaient besoin du fait des effets de l'ouverture mondiale des frontières économiques. Ce phénomène se constate aussi bien en Occident que dans les pays qui se sont vus appliquer les recommandations du FMI.

    Les « paradis » tant vantés par les idéologues libéraux dans les années 1990 sont largement factices et les mesures prises n'ont manifestement pas abouti à des résultats meilleurs dans la durée que dans d'autres pay : ainsi les taux de chômage, les taux d'endettement public, la précarité des emplois ou la pauvreté aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne ne diffèrent pas sensiblement de la moyenne des pays développés, soit sont pires (endettement public notamment). La crise financière a montré aussi que le remplacement de la capitalisation par la répartition n'était pas la solution tant vantée par les néolibéraux pour les systèmes d'assurance sociale.

    Contrairement à ce que prétend le néolibéralisme, il n'a pas institué un monde « gagnant-gagnant ». En fait, il y a bien des gagnants qui ont profité de ces mesures d'inspiration libérale : les économistes qui les ont préconisées et qui ont gagné une notoriété ce faisant, les professions juridiques, les cabinets de conseil et de communication, ceux qui ont pu acquérir des biens privatisés, les riches inactifs, ainsi que les grandes entreprises et les institutions financières qui ont vu baisser leurs charges ou qui ont profité des marchés d'externalisation publique. Les perdants sont ceux qui ne peuvent plus bénéficier de la gratuité et de la qualité des services publics et qui supportent la diminution des prestations sociales.

    Le néolibéralisme est devenu l'idéologie de la superclasse dirigeante mondiale, c'est-à-dire l'idéologie de ceux qui bénéficient des avantages de la mondialisation et de la dérégulation des échanges marchands sans en supporter les conséquences désagréables, en particulier sans supporter les conséquences pénibles de l'ajustement économique et social permanent consécutif à la mise en concurrence mondiale des économies.

    C'est ce qui explique que le néolibéralisme n'ait pas bonne presse en Occident et en particulier en France : les pays occidentaux ont subi en effet successivement la progression des prélèvements publics consécutive à la mise en place de l'Etat Providence, puis sa déconstruction néolibérale, sur fond de progression continue du chômage, de l'immigration et des déficits publics. Partout en Occident les classes moyennes autochtones ont fait les frais de la mondialisation des échanges vantée par les néolibéraux. On peut donc comprendre qu'elles n'aient plus aujourd'hui une « image positive » des grandes entreprises ni de la super-classe mondiale.

    10) Les principales réalisations de la culture humaine, celles qui font que la vie vaut d'être vécue, ne sont pas le fruit de l'économie de marché mais le produit de la fonction souveraine, c'est-à-dire des églises, des princes et des Etats. Elles sont le produit d'une volonté, consciente ou non, de la « main invisible » des marchés.

    Le capitalisme d’Etat, l'interventionnisme, diabolisés par les idéologues néolibéraux depuis la fin du XXe siècle, ont produit des résultats au moins équivalents, et dans bien des cas plus durables et supérieurs, à ceux de l'économie de marché. La première économie du monde, la Chine, est un capitalisme d'Etat. La maîtrise du nucléaire, l'aéronautique, la conquête spatiale, l'informatique, la recherche médicale n'auraient pas été possibles sans l'intervention décisive des Etats, qui en ont supporté les risques.
    La soumission de tout à la loi du marché (marchandisation du monde), loin de constituer une amélioration, n'a abouti qu'à un appauvrissement culturel généralisé à l'image de ce qui s'est passé dans l'univers médiatique.

    Il en va ainsi parce que le libéralisme poussé dans ses implications ultimes est un agent dissolvant de tout ordre social, ce que les socialistes reconnaissaient d'ailleurs positivement au XIXe siècle, pour sa contribution à l'avènement de la révolution mondiale.

    Le libéralisme conduit en effet à délégitimer toutes les institutions, toutes les traditions, toutes les préférences culturelles, réputées faire obstacle à l'optimum économique, au nom de l'efficience réputée supérieure des initiatives des individus sur le marché libre. La seule distinction que le néolibéralisme ne conteste pas porte sur les différences de richesses, qui seraient hautement morales à ses yeux, car elles sont censées rémunérer des talents supérieurs.
    Il délégitime aussi tout volontarisme politique, au nom de la critique des effets pervers du « constructivisme ». Mais il est un ardent défenseur du volontarisme des grandes entreprises transnationales…

    Le libéralisme repose sur la croyance en la supériorité d'un modèle économique et social, le gouvernement des choses en dehors de toute régulation humaine, qui malheureusement ne fonctionne nulle part d'une façon pure et parfaite. Mais au lieu d'en tirer une nécessaire modestie, le néolibéralisme prétend plier la réalité à ses postulats. Cette attitude conduit les idéologues néolibéraux à négliger les conséquences désagréables des politiques qu'ils préconisent et qu'au demeurant en général ils ne supportent pas personnellement, bien au contraire.

    Le néolibéralisme est donc une idéologie commode qui prône l'indifférenciation et la soumission aux lois abstraites du marché pour la population, tout en justifiant les inégalités de richesse en faveur des puissants.

    Nous vivons aujourd'hui la déconstruction de tout ordre social par la mise en œuvre des principes libéraux poussés à leurs limites. Car les sociétés occidentales ont été soumises à une véritable révolution néolibérale et sont en train d'imploser pour cette raison même. Mais cette déconstruction suscite désormais la révolte croissante des peuples et des identités contre le système qui s'est mis en place.

    Michel Geoffroy 22/02/2011

    Voir :
    1re partie : Présentation des thèses
    2e partie : Développement des thèses 1 à 6.

    L’intégralité du texte de Michel Geoffroy se trouve en pdf ici.

    Correspondance Polémia - 27/02/2011

  • Dix thèses sur le libéralisme (2/3)

    — Développement de 1 à 6 —

    1) Le libéralisme est une doctrine économique qui repose sur des principes simples : seuls les individus sont des acteurs économiques pertinents. C'est la micro-économie qui est signifiante, pas la macro-économie. La liberté du commerce, la liberté d'installation et la liberté d'entrée sur le marché produisent des résultats profitables à tous et en tout cas supérieurs à ceux de la réglementation étatique ; plus le marché est libre plus il est efficace ; le marché trouve toujours la meilleure réponse ; la libre circulation des personnes et des capitaux par-delà les frontières permet une allocation optimale des moyens et un fonctionnement harmonieux du marché.

    Certains des principes du libéralisme sont restés pertinents mais d'autres ne le sont plus.
    Ce qui reste pertinent dans la théorie économique libérale :

    -la valeur de la propriété privée ;

    -le rôle des prix comme source d'information pertinente sur la qualité et la rareté des biens ;

    -le fait que la concurrence soit facteur de progrès, lorsqu'elle est équitable;

    -le fait que plus les systèmes sont complexes, plus ils sont difficiles à contrôler et plus il est difficile de prévoir les effets réels des politiques (sociales) mises en œuvre.

    Cependant, le principe d'ajustement optimal de l'offre et de la demande sur le marché libre repose sur des situations qui se rencontrent rarement dans le monde réel, en tout cas qui se rencontrent de plus en plus rarement dans le cadre de la mondialisation des échanges que nous vivons aujourd'hui. Ce principe ne produit pas les effets bénéfiques prévus-en particulier dans les pays occidentaux - dans une économie où la concurrence s'effectue non plus entre des producteurs mais entre des civilisations.

    2) Le néolibéralisme repose sur certains postulats qui ne sont pas éloignés de ceux du socialisme : la volonté d’unifier le genre humain, la croyance en la toute-puissance de l’intérêt, l’idée que le progrès mène au Paradis.

    Le libéralisme se différencie du socialisme dans la mesure où il préconise la propriété privée, où il stigmatise l'intervention économique et sociale de l'Etat et où il est avant tout un individualisme.

    Le néolibéralisme rejoint le socialisme sur plusieurs points :

    -la croyance dans la possibilité d'unifier le genre humain, que le néolibéralisme entend assurer par le marché comme le socialisme l'imaginait par la solidarité mondiale des travailleurs ;

    -la croyance que les hommes sont mus par leur seul intérêt (l'intérêt de classe ou l'intérêt économique) et que cet intérêt est objectif. C'est-à-dire que tous deux négligent l'importance des identités, nationales notamment, comme déterminants humains, de même que l'importance des spécificités et croyances culturelles. Le libéralisme néglige que les hommes sont mus non par leur intérêt objectif mais par l'idée qu'ils se font de leur intérêt, ce qui n'est pas la même chose 

    -la croyance que les traditions culturelles et les identités sont des obstacles au bonheur humain (à la création de l'homme nouveau comme à la concurrence pure et parfaite) ; même si certains libéraux se sont efforcés de montrer que le fonctionnement optimal de l'économie supposait le respect de règles qui ne pouvaient que s'enraciner dans une culture ;

    -la croyance en la possibilité d'assurer le Paradis sur terre (réduit à l'abondance matérielle) par la mise en œuvre de solutions adaptées (le collectivisme ou l'économie de marché) ;

    -la prétention du néolibéralisme à incarner l'avant-garde du progrès, comme hier les élites révolutionnaires. Il existait, en effet, un libéralisme politique qui s'est avant tout opposé à l'absolutisme monarchique puis au conservatisme et au socialisme. Le libéralisme politique déclinait dans l'ordre politique ses principes économiques, la libre confrontation des opinions – parlementarisme et démocratie – étant considérée comme aussi efficace que l'ajustement de l'offre et de la demande sur le marché libre. Mais le néolibéralisme a rompu aujourd'hui avec cette tradition et adopte désormais une approche élitiste de la chose publique : il se méfie des peuples et donc de la démocratie et s'est mis au service de l'oligarchie.

    3) La propriété privée reste un système économique et social efficace car elle produit en général de meilleurs résultats que sa suppression. Mais plus la propriété est vaste, moins elle est facile à maîtriser.

    C'était l'erreur du socialisme de penser que la suppression de la propriété privée (la collectivisation) constituait le remède au capitalisme. La propriété est levier de responsabilité et de sécurité pour le propriétaire. La collectivisation provoque, au contraire, l'irresponsabilité et la prise de mauvaises décisions. Les politiques redistributives d'inspiration socialiste, qui consistent à prélever des impôts sur ceux qui travaillent pour les redistribuer sous forme de prestations « sociales » à ceux qui ne travaillent pas, provoquent des effets pervers de même nature : elles découragent l'effort et la prise de risques. Il faut donc au contraire encourager l'accession à la propriété personnelle, la conservation des patrimoines et diminuer les impôts et les prélèvements pesant sur les revenus du travail.
    Il y a cependant des limites à cela. D'abord l'efficience de la propriété privée est d'autant plus grande que le propriétaire est proche de son bien : plus la propriété est vaste moins elle est facile à maîtriser. Ensuite tous les biens ne peuvent pas faire l'objet d'une appropriation privative, en particulier ceux qui sont nécessaires à la survie de la communauté. Certaines circonstances exceptionnelles peuvent justifier de substituer la propriété publique à la propriété privée pour garantir un intérêt public, sous réserve d'une compensation équitable des propriétaires. Enfin, aucune société policée ne peut se désintéresser de la situation des personnes privées d'emploi et de revenus (mais cela ne signifie pas que la charité soit obligatoirement publique).

    4) La liberté du commerce et des prix ainsi que la concurrence économique produisent des effets positifs pour tous mais à condition que les termes de l'échange ne soient pas trop inégaux et que les coûts des facteurs restent homogènes entre les concurrents.

    La mise en concurrence au sein d'un espace économique non homogène, a fortiori la mise en concurrence mondiale des économies, provoque des effets pervers beaucoup plus importants que ses avantages économiques présumés. Dans un premier temps la baisse des protections tarifaires a un effet positif sur les consommateurs, qui voient les prix baisser et affluer des marchandises du monde entier. Mais s'ils perdent leur emploi du fait que les entreprises étrangères sont plus performantes et que les leurs doivent cesser leur activité, ils finissent par voir diminuer leurs revenus et leur consommation.

    C'est la faute méthodologique du néolibéralisme, c'est-à-dire du libre-échange mondialiste, que de ne pas vouloir prendre cela en considération.

    La mondialisation des échanges perturbe en effet le fonctionnement de la concurrence. Car un pays ne peut durablement se spécialiser dans un seul domaine d'activité et dépendre pour le reste des autres économies, d'autant que les avantages comparatifs ne sont pas donnés une fois pour toutes. Il est très difficile en outre de reconstituer des capacités de production dans un secteur que l'on a abandonné à d'autres, en particulier à cause des compétences perdues. Il y a par ailleurs des limites naturelles à l'adaptation des facteurs de production à la concurrence mondiale du point de vue de la mobilité de la main-d'œuvre. Dans une économie mondialisée les coûts sociaux des ajustements économiques sont trop élevés, en particulier dans les pays en déclin démographique, pour que l'optimum de la théorie économique soit réalisable.

    5) En diabolisant le protectionnisme, le néolibéralisme commet une erreur d'analyse et s’écarte de la réalité des faits tels que constatés par l’histoire économique.

    Les protections tarifaires – c'est-à-dire les frontières économiques – permettent de préserver une juste concurrence entre des acteurs inégaux, dès lors qu'elles sont raisonnables. Les situations d'autarcie ou de blocus ont constitué aussi des facteurs d'accélération de l'innovation pour les sociétés qui y étaient soumises.
    L'histoire économique ne confirme pas que les grandes puissances économiques le sont devenues en appliquant la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo mais en appliquant plutôt différentes formes de patriotisme économique. Le discours libéral sur les bienfaits de l'ouverture des frontières économiques a en réalité souvent été utilisé comme moyen de soumission et de colonisation des Etats : en imposant l'ouverture de l'économie du pays dominé au commerce inégal avec la puissance dominante. D'ailleurs, les pays qui sont présentés comme un modèle de libéralisme – comme les Etats-Unis, par exemple – sont en réalité protectionnistes, car ils usent de nombreux moyens non tarifaires pour décourager les importations.
    La solution économique la plus efficiente n'est pas la suppression des protections tarifaires, comme le pratique aujourd'hui l'Union européenne, mais de mettre en place une certaine dose de protection du marché intérieur alliée à une politique de promotion des exportations au sein d'un espace économique cohérent ; c'est la politique que pratiquent également les économies émergentes avec succès.
    Il n'est pas avéré que la croissance économique soit en relation directe avec le degré d'ouverture au commerce international, comme le montre le cas de l'Union européenne qui est désormais une économie ouverte mais à faible croissance.
    Enfin, contrairement à ce que prétendent les libéraux depuis l'origine, le commerce ne garantit nullement la paix. Dans l'histoire, c'est le contraire qui est vrai ; les nations les plus commerçantes ont toujours été belliqueuses car elles ont utilisé la force pour s'ouvrir des marchés et éliminer des concurrents : exemple l'Angleterre. Il est donc faux de croire que la mondialisation de l'économie conduira à la paix perpétuelle ; au contraire, l'ouverture mondiale des frontières économiques met en concurrence non plus seulement des acteurs économiques mais les peuples et les civilisations eux-mêmes. Le libre-échange mondialiste mène fatalement au choc des civilisations, comme le montrent notamment les conséquences des migrations massives de populations.

    6) Le tout n'est pas seulement la somme des parties.

    L'accent mis sur la micro-économie a progressivement détourné le libéralisme de la bonne compréhension des sociétés humaines et, d'une façon générale, de tout ce qui est collectif et communautaire. Cela résulte aussi du fait que le libéralisme a été formulé à une époque (XVIIIe siècle notamment) où l'on avait de l'anthropologie une conception utopique : celle d'un homme primitif vivant de cueillette en dehors de toute culture, les institutions sociales étant perçues comme une contrainte faisant perdre à l'homme sa bonne nature.
    Les intellectuels libéraux ont cru ensuite trouver dans la formulation de la théorie de l'évolution au XIXe siècle une confirmation de leurs analyses : le caractère spontané et structurant des micro-variations individuelles, la survie du mieux apte.
    Le libéralisme est donc un individualisme méthodologique, qui pose que les individus sont la mesure de toute chose et à l'origine de la société. Cette conception a débouché sur l'idéologie politique des droits de l'homme qui expliquait justement que la société était faite pour les hommes, et non l'inverse, et que le but de l'organisation politique résidait dans la conservation des droits propres à chaque homme, et non dans la conservation de la communauté. Les droits de l'homme ont ainsi supplanté ceux de la citoyenneté.
    Les libéraux conséquents ne reconnaissent aucune réalité, ni aucune légitimité souvent, aux entités et déterminants collectifs, à l'exception du concept de « marché » perçu comme la sommation des décisions économiques individuelles. Ils prônent la « société ouverte » (Hayek), c'est-à-dire un système où les institutions ne viendraient pas contrarier l'initiative des individus. Cette expression est cependant une contradiction dans les termes car ce qui fonde un ordre social consiste justement à organiser et à pacifier le choc des appétits individuels, donc à les restreindre.
    Le libéralisme a, par conséquent, beaucoup de difficulté à concevoir que les relations de pouvoir puissent venir perturber son modèle. Les libéraux sont des optimistes qui pensent que les supériorités sont transitoires et susceptibles d'être recomposées par le marché.
    Les libéraux finissent par oublier que les hommes sont « par nature des êtres de culture » (Gehlen) et qu'ils n'existent pas en dehors d'une culture et d'une société. Ils ignorent aussi que beaucoup d'animaux vivent en société et ne sont pas non plus des « individus ».
    La société qu'ils préconisent, conçue comme une agrégation d'individus, est en réalité un chaos, comme le démontrent les sociétés occidentales qui ont été façonnées conformément à ces principes. Les libéraux négligent le fait que les hommes réagissent en fonction de l'idée qu'ils se font de leur intérêt : or, cette idée est aussi le fruit de leurs traditions et de leurs cultures. Ils négligent enfin que les hommes sont plus attachés à leur identité et à leur culture qu'à leur intérêt économique, a fortiori quand ce dernier n'est pas à court terme.

    (A suivre)
    Michel Geoffroy http://www.polemia.com