France et politique française - Page 4136
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Jean-Paul Mongin de SOS Éducation commente l'exposition "Le zizi sexuel"
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Recul du "modèle social" dans l'opinion
Puisque Mme Aubry croit gagner le cœur des Français avec le discours coutumier de la gauche, à base de réglementation redistributrice, de misérabilisme et d'étatisme, essayons de mesurer ses chances de succès auprès du public. Je voudrais donner une part d'espoir aux lecteurs de cette chronique : car je les crois minces désormais.
Le débat social de fond, dans notre pays, tourne toujours autour de ce qu'on appelle, son "modèle". Il s'agit pourtant d'un mot, et plus exactement : d'un double concept dont on devrait mesurer la nocive ambiguïté.
Si par "modèle" en effet, on entend ce que l'on donne à admirer, il faudrait s'empresser de reconnaître actuellement le peu de succès du nôtre. Fort peu nombreux, en effet, se comptent les pays, parmi les 193 siégeant à ce jour aux Nations-Unies, qui se préoccupent de l'adopter.
Si au contraire on appelle "modèle" une sorte de donnée invariante, structure fixe, figure imposée à partir de laquelle le législateur même réformateur reste, quoiqu'il advienne, contraint de s'inscrire, nous devons convenir que la définition semble malheureusement s'appliquer.
Or, ceci dure depuis fort longtemps, trop longtemps.
Il y a quelque 25 ans, MM. Balladur et Juppé s'employaient à définir les logiciels sur lesquels travaille, aujourd'hui encore, ce qu'on appelle la droite.
En cette époque un peu oubliée, ils partaient d'un postulat, – non démontré, on me pardonnera ce pléonasme – selon lequel "les Français sont très attachés à leur système de protection sociale".
Premier ministre "droit dans ses bottes" de 1995 à 1997, Juppé allait donc s'employer à sauver ce merveilleux système monopoliste, au prix d'un plan annoncé en 1995, d'une réforme constitutionnelle votée en 1996, d'une dissolution et d'un échec électoral en 1997.
S'agissant de son prédécesseur Édouard Balladur, et alors que celui-ci dirigeait le gouvernement, L'Humanité portait étrangement une telle analyse à son crédit. Déjà d'ailleurs ce journal esquissait un mot d'ordre de soupçon "anti-européen". Celui-ci a, depuis lors, fait florès, et il s'est amplifié. Les communistes usaient alors d'une timide litote, ils ne parlaient que de prétendues "réflexions de la CEE".
Quelle horreur en effet : "quelques experts de la Commission économique européenne suggèrent aux États membres de réduire les charges sociales des employeurs et de partager le travail et les salaires. Ces mêmes experts estiment que la protection sociale serait un frein à la création d'emplois." (1)⇓
La dénonciation du "complot contre notre beau modèle social" allait prendre son essor. Et Mme Aubry n'avait pas fait encore voter ses deux lois désastreuses de juin 1998 et de janvier 2000 instituant la réduction du temps de travail. De même que l'ordonnance de mai 1982 abaissant à 60 ans l'âge de la retraite (2)⇓, toutes ces dispositions démagogiques et ruineuses avait été conçues par les socialistes dans le but de "partager le travail". Et cette conception arithmétique d'une redistribution absurde guide encore la "contribution au débat" de la maire de Lille.
En 2002 pourtant ni la courbe du chômage ni le résultat des élections n'avaient donné raison au gouvernement Jospin.
Parallèlement en Allemagne Gerhard Schröder allait entreprendre de réformer en profondeur la législation sociale, ce qui allait redresser l'économie, sans recourir d'ailleurs à aucun technocrate "expert", sinon Peter Hartz directeur du personnel deVolkswagen.
Aujourd'hui, la "gauche de la gauche", se trouve confrontée à de surprenants reculs électoraux réitérés.
Son point faible essentiel consiste à méconnaître l'évolution évidente de l'opinion populaire, quant à ce que les bons esprits appelaient autrefois "la question sociale" : le peuple français n'est "attaché" à son prétendu "modèle social" que par les chaînes du monopole, de la contrainte et de la désinformation. Une certaine droite dirigiste en partage la responsabilité avec la gauche archaïque dont "la" Aubry vise à reprendre la tête.
Soulignons aujourd'hui que deux études officielles sont venues prendre acte de cette évolution du sentiments populaire. En septembre, une note de synthèse N° 11 du Credoc établissait que "soutien à l’État-Providence vacille" : par exemple 64 % de l'opinion "pense que s’ils le voulaient vraiment, la plupart des chômeurs pourraient retrouver un emploi". Puis, en octobre son rapport N° 312 réalisé à la demande de la Direction Générale de la Cohésion Sociale faisait état, sur 77 pages de sondages, du souhait grandissant des Français "d’un modèle social où l’individu jouerait un plus grand rôle."
Cette évolution n'a cessé de s'affirmer depuis 15 ans. Et on note que ceux qui prennent le plus rapidement conscience des méfaits du "modèle social" se recrutent précisément chez ceux que celui-ci est supposé protéger : les titulaires de bas revenus, les personnes au foyer, les non-diplômés et les handicapés.
Il est vrai que la gauche caviar dispose d'une solution de rechange en recherchant un autre peuple, et peut-être même d'autres populations.
Les gens comme Aubry ne comprennent pas l'évolution du peuple comme ils ignorent la marche du monde.
Le camp de la liberté doit au contraire y voir les raisons d'espérer.
JG Malliarakis
Apostilles
- cf. L'Humanité du 24 mai 1993
- qui avait été fixé à 65 ans en 1910 quand l'espérance de vie des Français était évaluée à 65 ans… ⇑
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Non, M. Sarkozy, 2017 ne sera pas 2007 !
Nicolas Sarkozy a ressorti la grosse artillerie des plus belles heures de sa campagne présidentielle 2007. Après tout, puisque ça a déjà marché une fois, pourquoi ne pas retenter le coup ?
Il nous avait pourtant dit qu’il avait changé mais, manifestement, il s’agissait d’une des nombreuses paroles de Nicolas Sarkozy à laquelle il vaut mieux ne pas apporter de crédit… Car ce mardi 21 octobre, lors d’une réunion publique à Nice, Nicolas Sarkozy a ressorti la grosse artillerie des plus belles heures de sa campagne présidentielle 2007. Après tout, puisque ça a déjà marché une fois, pourquoi ne pas retenter le coup ?
Alors que son retour, à peine un mois après son annonce, semble de plus en plus compliqué, voici donc Nicolas Sarkozy consacrant les deux tiers de son intervention à l’immigration. Tout y est passé, l’ancien président évoquant « l’immigration qui menace notre façon de vivre » ou encore la défense de « nos valeurs face à un islamisme fanatisé qui rêve de semer la terreur en Occident », puis appelant à « refonder » l’espace Schengen ou encore mettant en cause l’Aide médicale d’État responsable d’un « tourisme médical sous prétexte d’urgence » . Le verbe se fait dur, comme quoi s’être débarrassé de son conseiller Buissonnier ne lui a pas pour autant passé ses envies de braconnage électoral… Car on nous annonce des discours de la même teneur à Toulon puis Marseille, après Nice, ce qui ne doit sans doute rien au hasard dans une région PACA plaçant le FN en tête des sondages pour les prochaines élections régionales.
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La Aubry revient sur l'eau
Pendant deux ans, depuis 2012, la fille de Jacques Delors avait boudé dans son coin. Cela nous faisait des vacances. Malheureusement, avec certains professionnels du spectacle, il faut savoir que les adieux se prolongent et se renouvellent, d'années en années, de salles en salles.L'entracte est terminé. Elle réapparaît, plus Aubry que jamais.
En 2011 elle avait imaginé l'emporter lors des primaires communes au parti socialiste et aux radicaux. Cette opération avait été réalisée au sein de l'électorat "de gauche". Nous mettons des guillemets car, au sein de celui-ci pouvaient s'inscrire, en payant une somme symbolique, quiconque se disait "de gauche", y compris toute la frange cégétiste et même les vieux rogatons de l'appareil stalinien.
Sur les 2,7 millions de gens, qui participèrent au premier tour, il est probable que ces infiltrés auront voté Montebourg. À l’époque, le futur champion ministériel du protectionnisme n'existait que dans sa tête personnelle, déjà assez enflée. Il s'était rendu, en septembre, à la fête de "l'Humanité" pour faire passer le message de sa convergence. Ce candidat à la candidature, "le plus à gauche", rassembla sur son nom 455 000 voix. Or, cette planche pourrie se rallia à Hollande, contre Aubry. Et, sur les 2,9 millions de votants du second tour, il manqua 374 000 voix à la première secrétaire en place du parti pour recevoir l'investiture.
Rappelons que cette gifle et cette trahison amenèrent, à la candidature et à la présidence, un personnage auquel personne ne croyait, et dont la popularité, depuis, est retombée, d'ailleurs, comme un soufflet.
Aubry croyait pouvoir compter sur sa position de départ : comme patronne du PS, comme maire d'une métropole, comme ancienne numéro deux du gouvernement Jospin de 1997 à 2000. Souvenons-nous que, de cette galère, elle s'était retirée à temps. Assurée de sa popularité supposée en tant que responsable des 35 heures, elle semblait invincible.
L'élimination de Dominique Strauss-Kahn, du fait de ses frasques new-yorkaises en mai, avait dégagé le terrain. Il s'agissait en effet de son seul rival, au point qu'elle n'envisageait même pas de l'affronter.
L'impopularité du président sortant semblait lui assurer un triomphe facile.
Elle paraît trop intelligente pour ne pas avoir tiré certaines leçons de son amère déconvenue : il lui faut à tout prix empêcher de perdre les voix les plus à gauche. Le prochain Montebourg sera obligé de se rallier à elle.
La prochaine échéance, en 2016 pour les primaires, en 2017 pour l'élection elle-même, représente sa dernière chance d'accomplir à la fois son rêve, car elle sera âgée de 67 ans, et celui de son vieux père, qui pourrait alors fêter ses 92 printemps en même temps que le 25e anniversaire du traité de Maastricht.
Son ambition, depuis ses jeunes années, n'a jamais varié. Depuis toujours Madame Aubry, aux encouragements paternels, vise la présidence de la république et toute son action n'a jamais tendu que vers cet objectif.
Elle réapparaît tout simplement parce qu'elle croit possible d'utiliser une fenêtre de tir, entre l'impopularité de ses rivaux, l'inexistence de l’opposition sur le terrain et le désarroi des électeurs de gauche.
Ne doutons ni de sa capacité de nuisance, ni de son véritable projet.
Son calcul consiste dès maintenant en une double et oblique manœuvre.
Elle vise d'abord à représenter une "autre politique", définie comme plus "à gauche". Elle la suppose susceptible de rallier à la fois les frondeurs au sein du parti socialiste et les électeurs des deux forces qui se sont, d'ores et déjà séparées, en fait de la majorité gouvernementale : les communistes du front de gauche et les écolos, avec lesquels elle avait négocié le si avantageux accord électoral qui leur a permis d'entrer au parlement.
Mais parallèlement elle ne démentira pas, du moins dans l'immédiat, sa prétendue filiation "européenne", non plus que son étiquette "sociale-démocrate". Elle les réaffirme même en dépit des contradictions évidentes entre ce qu'elle préconise concrètement et les engagements européens de la France
Tout le monde se souvient de sa formule "quand il y a du flou c'est qu'il y a un loup". Elle fut lancée par deux fois à l'encontre de Hollande en octobre 2011. Cette phrase, qu'elle attribue à sa grand-mère lui convient, en fait, parfaitement.
Avec elle il y aura toujours du flou, parce qu'elle est une louve.
Ses oscillations cependant ne devraient plus passer inaperçues.
Le 7 octobre par exemple elle affirmait, peut-être sur le coup de l'une de ses habituelles colères, ne pas avoir le temps de recevoir le Premier ministre s'il venait à Lille. Puis, le même jour, elle se serait accordée avec Jean-Marc Ayrault. Et dans la soirée son service de presse installé à la mairie de Lille démentait la bourde du matin :"Si Manuel Valls vient, bien évidemment, Martine Aubry ira à sa rencontre". Et, deux jours plus tard, le 9 octobre, ils déjeunaient ensemble dans un salon de thé de la capitale des Flandres.
Le 19 octobre le Journal du Dimanche titrait : "Aubry défie Hollande". Or la lecture de sa longue interview, tissue des lieux communs et demi-vérités dont la gauche de la gauche fait sa rhétorique se révèle fort instructive.
En apparence, elle tient le discours qu'aiment entendre ses supposés partisans, l'aile marchante du PS comme les sous-marins du PC.
En réalité elle ménage explicitement les gens pour qui Hollande et Valls font actuellement figure de moindre mal.
Écoutons-la : "Entendons-nous bien : la question n’est pas de renoncer à réduire les déficits. Je sais de quoi je parle : pour moi, bien utiliser chaque euro qui nous est confié par les Français est une obligation. J’ai rétabli les comptes de la Sécurité sociale, ma ville est bien gérée…"
Mais qui donc croit-elle tromper ?
Peut-être son état-major juge-t-il intelligent de prendre les Français, qu'ils soient gauchistes, sociaux-démocrates ou de droite, pour des crétins. C'est le pari que fait la camarade Aubry. Elle se dit "candidate au débat". Eh bien, chiche, débattons…
JG Malliarakis
http://www.insolent.fr/2014/10/la-aubry-revient-sur-leau.html
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Chronique de livre : Laurent Ozon "France, les années décisives"
L'ouvrage, imprimé à Halluin (Nord) aux Editions BIOS, se compose d'entretiens. Ce système de questions réponses permet des développements concis et plutôt agréables à la lecture. Le format qui en fait un livre assez court (en dessous de 100 pages si on enlève les pages blanches) et pour une somme raisonnable (15 euros) peut-être mis entre de nombreuses mains. Cependant, Laurent Ozon utilise un vocabulaire soutenu qui pourrait limiter sa portée vers les plus jeunes. Ce n'est pas un manifeste car ni la forme, ni le fond ne s'y prêtent mais il sera utile aux militants qui veulent sortir des sentiers battus et à tous ceux qui veulent aborder certains sujets traditionnels qui animent leur environnent politique de façon audacieuse.
Le livre est en quelque sorte une synthèse de l'action et des réflexions de Laurent Ozon. Outre son engagement militant aux Verts ou au FN, il y aborde un certain nombre de concepts comme le localisme, la souveraineté, l'identité ou la remigration. « France, les années décisives » est en somme l'occasion d'éclairer certains concepts et de proposer quelques grands axes. Il pourra aisément servir de boîte à idées et prolonger les cycles de conférences et de formations de Laurent Ozon depuis 2 ou 3 ans.
Pour ma part j'y ai donc retrouvé des réflexions qui me sont devenues familières et que je rejoins en grande partie. J'ai trouvé très intéressant que l'auteur développe certaines de ses conceptions les plus polémiques dans le livre, comme sa réflexion sur l'enracinement (j'y viendrai). Il y exploite également un grand nombre de ses théories clefs comme celle sur la « chaîne de conduction de stress » ou la remigration. J'aurais cependant apprécié y trouver un véritable développement sur l'effondrement des sociétés complexes car le livre du même nom est assez pointu. Au final, la première moitié du livre « France, les années décisives » m'aura plus intéressée que la seconde car je trouve très important aujourd'hui de replacer l'écologie au cœur du combat politique et idéologique. L'auteur considère d'ailleurs que l'écologie est une discipline pertinente dans la critique du système actuel et dans la perspective de refondation en cela qu'elle pose le rapport de l'homme avec la nature (son environnement, les ressources, l'ensemble du vivant, …). Sur la décroissance, Laurent Ozon estime qu'il « ne trouve pas intéressant le concept de décroissance » (p. 10), car « il est publicitaire et polémique et me semble induire une sorte de linéarité du temps humain qui nous empêche de concevoir qu'il s'agit d'un dépassement, d'une réposne et non d'une réaction ou d 'un retour » pp. 10/11. Voila qui risque d'irriter un Vincent Cheynet ayant déjà brocardé Laurent Ozon comme un « écotartuffe ». S'il fait l'effort de lire le livre. Laurent Ozon considère à l'inverse que le terme de localisme est plus pertinent. Je partage un grand nombre de ses remarques. Pour lui « le localisme part de la base vers l'Etat par délégation de compétences, c'est ce que l'on nomme le principe de subsidiarité ». (p. 11). Soit l'exact contraire de la « décentralisation » qui n'est que la contamination de la bureaucratie étatique à l'ensemble des échelons comme l'avait très bien noté Jacques Ellul. Par l'ensemble des développements de cette première partie, nous comprenons au final que l'écologie est probablement bien plus intéressante que ne l'est le socialisme pour abattre le système de domination capitaliste. Tout le problème réside dans la récupération de ce terme par la une certaine gauche. C'est pour cette raison que nous avons demandé à Guillaume Le Carbonel de porter la contradiction à Michel Geoffroy et que nous militons pour une convergence de luttes sur ce sujet. Nous devons nous (ré)emparer de l'écologie, car l'écologie est fondamentalement « conservatrice » au sens de la « révolution conservatrice » et fondamentalement « identitaire » au sens de la préservation des européens comme « peuples distincts », pour paraphraser Laurent Ozon. L'écologie est un levier majeur de la lutte contre la mondialisation et pour la réintroduction du lien social, de la vitalité locale et de l'existence de solidarités communautaires authentiques. Cela doit passer par des mesures très concrètes et Laurent Ozon propose par exemple la détaxation de proximité et considère (comme nous) qu'il faut une « décolonisation économique », c'est à dire une relocalisation des activités et des hommes. Processus qui a court dans la « France périphérique » qu'étudie Christophe Guilluy dans l'ouvrage du même nom. A travers le localisme, c'est à une « révolution par le bas » que nous pouvons assister.
Certains propos tenus par L.O. susciteront nécessairement des réactions, l'un d'entre-eux, pages 76 et 77 concerne la question des racines et donc de l'enracinement. A rebours de certaines conceptions réactionnaires, il considère que les « peuples européens ont l'esprit du large », que « nous ne sommes pas des arbres, c'est à dire que nous n'avons pas de racines. Nous sommes des peuples qui ont conquis le monde, nous sommes les peuples qui ont envoyé des hommes sur la lune, nous sommes des peuples de « marcheurs », de conquérants, d'inventeurs. Finalement, ce qui fait la tradition de l'Europe, la tradition historique et multimillénaire de l'Europe, c'est précisément le renouvellement permanent, la métamorphose de ses formes historiques, c'est aussi ça la tradition de l'Europe. ». J'avais abordé cette thématique dans un texte sur l'enracinement que j'avais justement mûri à la suite d'une conférence de Laurent Ozon. La notion d'enracinement a cela de problématique qu'elle n'est pas dynamique. Je n'irai pas aussi loin que Laurent Ozon car je pense que si les Européens se déplacent, il ne sont pas non plus « sans racine » et que l'attachement à un territoire sanctuaire demeure primordial. Je serai plus dans l'optique de Guillaume Faye ou de Dominique Venner en envisageant les racines et la tradition de façon dynamique et équilibrée. Le propos récent de Gabriel Robin à la journée de réinformation de Polémia va d'ailleurs dans ce sens. Mais il faut reconnaître également que les migrations sont inhérentes à l'histoire européenne, depuis celle des « indo-européens », jusqu'au jeune diplômé d'école de commerce s'installant à Montréal, New-York ou Hong-Kong. On songera spontanément aux colonisations grecques, romaines, germaniques, aux « vikings », aux « Grandes découvertes », à la colonisation européenne, aux irlandais, aux italiens, aux huguenots, à tous ceux qui sont « montés à Paris » ou « allé à la ville » et aujourd'hui aussi à tous ceux qui « retournent à la campagne ». Cela illustre toute l’ambiguïté du « combat identitaire » qui célèbre le génie de l'Europe en oubliant parfois que ce sont les mobilités et les dynamiques humaines qui ont pu favoriser le « génie européen ». Comment avoir Athènes sans la ligue de Délos ? Rome dans son empire ? La Renaissance sans le commerce des villes italiennes ou de la Flandre ? L'expansion du XVIIIe et du XIXe siècle sans les empires coloniaux, la Marine, les scientifiques de terrain et les explorateurs ? Cela ne légitime aucunement le processus colonial et n'a pas pour objectif de le réactiver, Laurent Ozon est d'ailleurs fermement anti-colonialiste, mais il nous fait prendre conscience que l'Europe est un équilibre entre les cultures locales, les coutumes et l'esprit d'aventure et d'invention. La tradition européenne n'est pas figée et jamais nous n'avons envisagé pour notre part l'identité et la tradition comme une donnée muséographique qu'il faudrait maintenir sous cloche. C'est d'ailleurs également ce qui participe de l'esprit particulier de Casapound où un personnage comme Antoine de Saint-Exupéry se trouve inscrit en lettres colorées sur le mur d'entrée de l'immeuble.
Sur un autre sujet, je serais en revanche en désaccord avec l'auteur, page 93 il écrit « « […] je prône surtout un réalisme un politique. Trop de militants s'engagent en politique sans comprendre ce qui est le propre de cette activité humaine. On n'entre pas en politique pour défendre des idées mais pour prendre de la puissance et faire dominer dans la sphère sociale ses vues et sa capacité opérationnelle. Sinon on se trompe d'engagement. » Le propos paraît d'emblée péremptoire et problématique. En effet, à moins que nous ayons une définition différente du terme « idée », il paraît au contraire que les militants et les structures politiques existent pour incarner et institutionnaliser des idées. A la suite de Dominique Venner, je dirais au contraire que c'est l'idée qui est à la base de tout. L'idée ne devant pas être confondue avec l'opinion. C'est « l'idée » qu'on se fait des « choses », du monde, qui nous conduit à nous engager et à nous projeter dans le réel. Alors certes « les mots ne sont pas les choses » mais cela est également valable pour l'intégralité des concepts du livre de Laurent Ozon : localisme, remigration, souveraineté, ce sont d'abord des concepts, des idées, avant d'être des réalités. Par ailleurs, l'idée ne s'oppose pas à la puissance, « l'idée impériale » est par exemple liée ontologiquement à la question de la puissance et « l'idée qu'on se fait de la France » est derrière l'existence et la réussite d'un parti comme le Front National. Limiter l'action politique à la mise en œuvre de capacités dans la sphère sociale comme cela est le cas dans le monde de l'entreprise me semble assez réducteur. Par ailleurs que sont des « vues » si ce n'est finalement des idées et des conceptions que nous nous faisons du réel ? Par ailleurs, pour paraphraser Xavier Eman, « le réalisme n'est pas la réalité », réalisme et pragmatisme peuvent également devenir synonymes de reniement et d'opportunisme. C'est précisément celui qui n'est pas suffisamment structuré et verticalisé par des idées et des principes qui peut en venir par confondre le réalisme et la réalité en nouant des alliances de circonstances, au final peu pertinentes. Il ne faut pas confondre le réalisme avec l'efficacité. Prôner l'efficacité en politique c'est conserver ce qui est utile et mettre de côté ce qui ne l'est pas, mais cela ne revient pas à opposer le réel aux idées et le réalisme à l'idéalisme. Nous pourrions même dire qu'avoir des idées ne conduit pas nécessairement à être « idéaliste » au sens de « rêver d'un l'idéal ». L'idéalisme est plus lié à l'idéal, c'est à dire la façon dont on aimerait que les choses soient et se passent, qu'aux idées. On peut être autant attaché aux idées qu'à l'efficacité. Il ne faut pas dissocier le monde des idées, du monde réel. Les idées ne sont pour moi en définitive qu'une façon d'appréhender le réel et l'élément essentiel pour envisager un commencement de stratégie politique. Je conclurai en rappelant que, en définitive, l'action politique a pour but le bien commun de la Cité et donc l'existence du politique, c'est à dire l'inverse de ce que nous connaissons aujourd'hui où il y a l'omniprésence de la politique au détriment du politique. Et je pense que c'est au nom du réalisme, du pragmatisme et donc, comme je l'ai écrit plus haut, au final, de l'opportunisme, que le politique a disparu au détriment de la politique. C'est parce que nous n'avons plus l'idée de ce que doit être la Cité, que nous ne savons plus comment agir en son sein. Il me paraît donc assez cavalier de balayer au nom du réalisme ceux qui seraient attachées au idées comme se trompant d'engagement ou comme n'ayant pas compris le but de la politique.
D'autres sujets pourront susciter votre intérêt comme la réponse à Aymeric Chauprade ou à Egalité et Réconciliation. En définitive, l'ouvrage de Laurent Ozon se révèle vivifiant, fécond et peut contribuer à sa façon à une actualisation du logiciel politique contemporain. Nous vous le conseillons.
Jean/C.N.C
http://cerclenonconforme.hautetfort.com/
Laurent Ozon sera en conférence et dédicacera ses livres:
Strasbourg: 5 novembre
Nice: 10 novembre
Paris: 15 novembre
Lille: 18 novembre
Montpellier: 27 novembre -
TVL : JT du 22/10/2014
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Nouveaux affrontements entre migrants et policiers à Calais
CALAIS (Reuters) – De violents affrontements ont de nouveau eu lieu mercredi à Calais entre les forces de l’ordre et des centaines de migrants qui tentent de prendre d’assaut des poids lourds à destination du Royaume-Uni.
Une quarantaine de CRS se sont efforcés d’empêcher les migrants, en majorité des Ethiopiens et des Erythréens, de monter à bord des camions, notamment à l’aide de gaz lacrymogènes, a constaté un journaliste de Reuters.
De telles scènes de violence ont lieu depuis trois jours, dont des rixes entre migrants de pays différents.
Les migrants sont environ 1.500 selon la préfecture, un nombre en augmentation depuis le début de l’été, ce qui entraîne des tensions entre nationalités et des luttes pour le contrôle des zones où ils se regroupent.
(Pascal Rossignol, édité par Yves Clarisse)
http://www.bvoltaire.fr/breves/nouveaux-affrontements-entre-migrants-et-policiers-a-calais,133404
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Michèle Tribalat au Monde : «Vérifiez vos chiffres sur l'immigration»
Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’Institut national des études démographiques, et spécialiste de l'immigration, a été choquée du traitement sinon manipulateur du moins maladroit des chiffres par Anne Chemin, journaliste du Monde. Elle réagit dans cette tribune, également envoyée au Monde, pour remettre un peu les faits sur leurs pieds. Marianne2.fr a proposé à Anne Chemin, journaliste auteur de l'article, de répondre ici même à Michelle Tribalat.
J’aimerais revenir sur le dossier du Monde du 4 décembre intitulé Le nouveau visage de la France, terre d’immigration.
Il y est écrit : « Sous l’effet de ces restrictions, les flux migratoires se stabilisent : la France compte 4 millions d’étrangers en 1982, 4,1 millions en 1990, 4,3 millions en 1999, 5 millions en 2006, soit entre 7,4 % et 8 % de la population française ».
Tout d’abord, il ne s’agit pas d’étrangers mais d’immigrés. Autre précision, les chiffres cités sont ceux de la France métropolitaine. Mais passons.
Entre 1982 et 2006, l’augmentation, qui se produit presque entièrement sur la dernière période, est de 25%. Décrire cette évolution comme une stabilisation est proprement mensonger. L’indicateur de fécondité, qui est passé de 1,66 en 1993 à 2,0 aujourd’hui, d’après les chiffres publiés par l’Insee, s’est accru de 20 %. Qui oserait parler d’une stabilisation ?
Voilà un graphique qui permet de connaître l’évolution de la proportion d’immigrés en France de manière un peu plus objective et qui couvre près de 100 ans, puisque l’article du 4 décembre n’hésite pas à remonter très loin en arrière.
Le commentaire honnête de cette évolution est, qu’après une phase de stabilisation qui dure, si l’on prend les chiffres des recensements au pied de la lettre, de 1975 à 1999, la France a renoué avec l’immigration étrangère, ce qui a porté la proportion d’immigrés à 8,2 % en 2006 (et non pas 8 %). On pourrait même ajouter qu’en 2006 la France connaît la proportion d’immigrés la plus forte de son histoire. Par ailleurs, il faut avoir une pratique cohérente des arrondis. Il faut choisir. C’est soit 7 % à 8 %, soit 7,4 % à 8,2 %, mais pas 7,4 % à 8 %.
Je vous propose de voir l’évolution de l’accroissement annuel moyen, en termes relatifs .
Si l’on veut soutenir que la période 1982-2006 est une période de stabilisation, alors il faut déclarer qu’il ne s’est rien passé depuis la dernière guerre.
La vérité est que l’on a renoué, depuis le milieu des années 1990, avec un régime migratoire qui, en termes quantitatifs, a plus à voir avec le pic 1968-75 qu’avec les années précédentes. On se demande bien d'ailleurs comment la France aurait pu rester cette « terre de brassage » dont il est question dans l’article s’il ne s’était rien passé depuis la guerre. Il est vrai que, comme il est écrit, près d’un habitant sur quatre a, non pas un grand-parent, mais au moins un parent ou un grand-parent immigré. Je suis l’auteur de l’estimation (Tribalat M., « Une estimation des populations d’origine étrangère en 1999 », Population, 59 (1), 2004).
Le plus grave reste à venir.
L’infographie qui illustre l’article du Monde fait le départ entre les régions d’origine qui
montent et celles qui baissent. Il y aurait donc trois régions qui monteraient (l’Afrique noire, la Turquie et l’Asie du Sud-Est) et trois régions qui baisseraient (l’Algérie, le Portugal et la Tunisie). L’emploi de l’article « les » ne laisse aucun doute sur l’exclusivité ou l’exemplarité de ces évolutions. L’emploi du temps présent en souligne l’actualité. On ne parle pas des régions qui ont monté ou qui ont baissé, mais des régions qui montent ou qui baissent.
Première critique : On ne peut parler de la période récente (ce que laisse entendre l’emploi du présent) en arrêtant la série à 1999, c’est-à-dire il y a dix ans.
Il n’est pas difficile d’avoir des données plus récentes, que l’on trouve en ligne sur le site de l’Insee pour le premier janvier 2005. Ce n’est pas 2009 mais enfin c’est moins vieux que 1999.
Je vous présente donc les histogrammes que l’on aurait dû voir dans votre journal sur les
régions en hausse
Et de manière beaucoup plus atténuée :

Voici maintenant les histogrammes des pays en baisse :

Pourquoi avoir oublié le Maroc ?
Pourquoi avoir tronqué la série, au prix de contresens absolus ?
Entre 1999 et 2005, le nombre d’immigrés d’Algérie au augmenté de 105 000 personnes, soit un accroissement de 18 %. Bon, c’est vrai que, pour Le Monde, au-dessous de 25 % c’est une stabilisation. Dans ce cas, pourquoi mettre en exergue des évolutions aussi plates que celle qui a affecté la population immigrée originaire de Tunisie ? D’après Le Monde, le nombre d’immigrés de Tunisie, qui passe de 202,5 milliers en 1982 à 201,5 milliers en 1999, a baissé (-0,5 %), alors que la population immigrée se stabilise en augmentant de 25 % !
Voilà un véritable exercice pédagogique de la part du Monde.
Quant à l’utilisation du solde migratoire, j’ai écrit de nombreuses fois ce que j’en pensais. Je
n’y reviendrai pas. Que Le Monde, habituellement présenté comme le journal de référence en France, se soit livré à pareil montage est désespérant.
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer.
Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Cet article est manifestement l’illustration de ces mensonges qui entretiennent la méfiance dans l’opinion publique.Michèle Tribalat - Démographe (INED)
source : Marianne
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L'avenir de l'humanité passe par la famille !
En cette fête de saint Jean-Paul II, le blog de L'Homme Nouveau publie la conclusion de l'exhortation apostolique Familiaris consortio, qui faisait suite au synode de 1980, consacré à la famille :
Vers vous, époux, vous, pères et mères de famille;
vers vous, jeunes gens et jeunes filles, qui êtes l'avenir et l'espérance de l'Eglise et du monde et qui serez, à l'aube du troisième millénaire, le noyau actif et vital de la famille;
vers vous, vénérables et chers Frères dans l'épiscopat et le sacerdoce, chers fils et filles religieux et religieuses, et vous, âmes consacrées au Seigneur, qui êtes les témoins devant les époux de la réalité ultime de l'amour de Dieu;
vers vous tous, hommes au jugement droit, qui à un titre ou un autre vous préoccupez du sort de la famille,
je me tourne avec une ardente sollicitude en achevant cette exhortation apostolique.
L'avenir de l'humanité passe par la famille!
Il est donc indispensable et urgent que tout homme de bonne volonté s'emploie de toutes ses forces à sauvegarder et à promouvoir les valeurs et les exigences de la famille.
Je me sens poussé à demander à ce sujet un effort particulier aux fils de l'Eglise. Dans la foi, ils ont une pleine connaissance du merveilleux dessein de Dieu, ils ont donc une raison de plus de prendre à cœur la réalité de la famille, dans ce temps d'épreuve et de grâce qui est le nôtre.
Ils doivent aimer la famille de façon particulière. C'est là une consigne concrète et exigeante.
Aimer la famille signifie savoir en estimer les valeurs et les possibilités, en cherchant toujours à les promouvoir. Aimer la famille signifie reconnaître les dangers et les maux qui la menacentafin de pouvoir les surmonter. Aimer la famille signifie faire en sorte delui assurer un milieu qui soit favorable à son développement. Et c'est encore une forme éminente de l'amour que de redonner à la famille chrétienne d'aujourd'hui, souvent tentée de se décourager ou angoissée par les difficultés croissantes, des raisons de croire en elle-même, dans ses richesses de nature et de grâce, dans la mission que Dieu lui a confiée. «Oui, il faut que les familles d'aujourd'hui se ressaisissent! Il faut qu'elles suivent le Christ!».
Les chrétiens ont en outre le devoir d'annoncer avec joie et conviction la «bonne nouvelle» sur la famille, laquelle a absolument besoin d'écouter encore et sans cesse et de comprendre toujours plus profondément les paroles authentiques qui lui révèlent son identité, ses ressources intérieures, l'importance de sa mission dans la cité des hommes et dans celle de Dieu.
L'Eglise connaît la route qui conduira la famille au cœur de sa vérité profonde. Cette route, que l'Eglise a apprise à l'école du Christ et à celle de l'histoire interprétée à la lumière de l'Esprit Saint, elle ne l'impose pas, mais elle ressent en elle-même une exigence imprescriptible de la proposer à tous, sans crainte, et même avec une confiance et une espérance très grandes, tout en sachant que la «bonne nouvelle» comporte aussi le langage de la croix. Or c'est à travers la croix que la famille peut atteindre la plénitude de son être et la perfection de son amour.
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États généraux du PS : le parti dans tous ses états
En attendant, non pas Godot, mais le prochain congrès du PS, Cambadélis organise, histoire peut-être d’exister, les états généraux des socialistes. Les états généraux, rien que ça. Je ne sais pas si le roi Ubu-Pétaud Ier assistera à la séance d’ouverture coiffé d’un chapeau à plumes tricolores. Normalement, non. Mais cela risque tout de même de nous offrir un assez beau tableau, du reste peu conforme à l’imagerie d’Épinal. Vous pensez, une assemblée où le clergé et la noblesse sont plus nombreux que le tiers état !
Cambadélis, en pontife d’un culte finissant, le cheveu de jais bien tiré sur le côté sous sa mitre d’ancien trotskiste, ça en jette pas mal, faut reconnaître. Mais il n’est pas la seule grande figure de ce haut clergé, repu de prébendes et de certitudes. La grande prêtresse des 35 heures fera sans doute entendre ses sempiternelles jérémiades, réclamant en vain le rétablissement de l’antique liturgie. Le délicieux monseigneur Moscovici, évêque in partibus infidelium, toujours très élégant dans sa soutane filetée, daignera peut-être quitter quelques instants son Vatican bruxellois pour prononcer de sa voix onctueuse quelques paroles définitives sur la nécessité de ne pas laisser filer le denier du culte. N’oublions pas les indispensables chanoinesses de la sainte Parité, ni vierges ni martyres, qui viendront chanter les litanies des nouveaux canons sociétaux.