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l'information nationaliste - Page 6856

  • Madame Taubira ferait bien d'entendre les murmures de la jeunesse qui veillait sous ses fenêtres

    6a00d83451619c69e201b7c816eaba970b-800wi.jpgDans une tribune parue dans Valeurs Actuelles, Guillaume Peltier (LR) écrit :

    "[...] Les trop longs mois de présence de Madame Taubira Place Vendôme auront au moins eu cette vertu : elle aura pu découvrir, soir après soir, passées les immenses manifestations de rue, cette jeunesse de veilleurs qui murmure, dans le silence et dans le froid, une volonté farouche de garder précieusement ce qui dure vraiment.

    Il n'est pas certain que cette jeunesse, pourtant large d'esprit, trouve dans le manifeste de l'ex-Garde des Sceaux les réponses à ses attentes. Car Madame Taubira promeut la culture de l'excuse quand la jeunesse exige la responsabilité ; elle suscite le communautarisme et la division, quand la jeunesse a soif d'union nationale ; elle détruit les bases qui font une civilisation, quand la jeunesse ne veut que bâtir du neuf, en s'appuyant sur ce qui est solide, selon le mot si juste de Churchill : celui qui ignore le passé court le risque de le revivre indéfiniment...

    Non, plutôt que d'écrire des murmures à une jeunesse imaginaire,Madame Taubira ferait bien, désormais, d'entendre les murmures de la jeunesse bien vivante et bien réelle qui veillait sous ses fenêtres. Et qui continue de veiller sous les fenêtres de toute une classe politique qui peine encore à bien comprendre les valeurs d'avenir qu'elle porte en elle. [...]"

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • « La désinformation » Trois questions à François-Bernard Huyghe

    Ex: http://www.iris-france.org

    2324830300.gifDocteur d’État en sciences politiques, François-Bernard HUYGHE est directeur de recherche à l’IRIS. Il répond à mes questions à l’occasion de son dernier ouvrage « La désinformation : les armes du faux » paru aux éditions Armand Colin, dans la collection Comprendre le monde.

    La désinformation n’est pas un phénomène nouveau. Prend-elle plus d’importance et de nouvelles formes aujourd’hui ?

    On pratique la diffamation, la ruse, l'intoxication, la manipulation, etc. depuis au moins l'Antiquité (en tout cas, on écrit là-dessus depuis vingt-cinq siècles). En revanche, la désinformation apparaît dans les dictionnaires soviétiques et pas avant les années 50. En tant que stratégie visant à "fabriquer" de faux événements - généralement des crimes ou complots attribués à l'autre camp comme fabriquer le virus du sida dans un laboratoire secret - et comme façon de répandre la fausse nouvelle par les mass-médias, comme si cela venait de source neutre, elle est une arme de guerre froide typique et souvent un travail de services secrets.

    Mais après la chute du Mur de Berlin, et à l'ère des télévisions par satellite, les États-Unis ou le camp occidental, utilisant parfois des sociétés privées d'influence, ont montré leur capacité à diaboliser les Saddam Hussein, les Ceausescu, les Milosevic et autres avec de véritables mises en scène de « Grand Guignol ». S'ajoute, depuis les années 90, voire avant, une désinformation à but économique avec de fausses révélations sur les dangers d'un produit, de faux mouvements de protestation "sociétale" (astroturfing), de faux messages, etc. pour déstabiliser des concurrents.

    Internet et surtout les réseaux sociaux "démocratisent" la désinformation. Chacun peut fabriquer de pseudo messages ou de pseudo images et les injecter sur la Toile. Surtout, les réseaux sociaux permettent de rassembler des communautés de conviction (ou de préjugés) qui partagent, argumentent et embellissent le faux. Du coup dès qu'un sujet devient très sensible (guerre, débat "de société", thème clivant) vous êtes certains de trouver en ligne des versions alternatives de la réalité, avec "preuves", souvent en images, démontrant des mensonges des médias classiques ou des autorités. Puis décryptage des falsifications ou erreurs des précédents et ainsi de suite en "mille-feuilles".

    Sous couvert de dénonciation du « complotisme », vous estimez qu'on essaie parfois d’empêcher une lecture critique du pouvoir. Pouvez-vous développer ?

    J'ai écrit depuis des années sur les mécanismes des théories du complot : découvrir partout des coïncidences troublantes, tout expliquer par les intérêts d'un groupe tout-puissant, hyper--rationnaliser ce qui ressort du hasard, tout ramener à un pouvoir conscient et diabolique, etc. Donc pas question de défendre les illuminés qui croient que les extra-terrestres ou les Illuminati nous dirigent, ou ceux qui réduisent l'Histoire du monde à l'action occulte d'un petit peuple ou d'un gros service secret. Mais à force de galvauder la dénonciation du « complotisme » et à utiliser le terme pour imposer le silence à un contradicteur, on court deux risques :

    ‒ L'anti-intellectualisme d'amalgame qui aboutit à qualifier Bourdieu, Chomsky ou d'autres de complotistes : réduire toute théorie portant sur les effets de la structure à une paranoïa, ce qui dispense d'une vraie critique de la critique.

    ‒ L'effet boomerang : à trop dénoncer les « complotistes » comme des comploteurs qui tromperaient les naïfs, surtout les jeunes, par des mensonges et des techniques, bref, à les juger sur des intentions supposées, on finit par donner l'impression qu'il y a une vérité officielle des dominants. Si nous devions être obligés de choisir entre "Ça n'a rien à voir ; qu'allez-vous imaginer ? Il n'y a pas d'alternative à la vision réaliste et pragmatique des élites" et "On vous ment, c'est de la faute de ....", ce serait déprimant. Par ailleurs, il faudrait quand même s'interroger sur les causes de ce scepticisme de masse qui fait que des millions de gens sont prêts à tout croire sauf ce que leur disent les médias "classiques", la classe politique et les experts.

    Il ne s'agit pas d'être "centriste" en disant quelque chose comme "il faut croire généralement le gouvernement et les médias mais regarder de temps en temps les idées alternatives" ; il faut maintenir une nette séparation entre le droit à la contestation ou à la lecture critique et, d'autre part, l'attitude des complotistes ; ils réduisent tous les faits, décrétés suspects ou symptomatiques, à un autre fait, carrément impossible celui-là : une intelligence supérieure qui planifie tout et trompe tout le monde (sauf le complotiste qui a relevé les indices surabondants). C'est donner trop de signification au chaos du réel. Leur croyance en ce fait « explique-tout » est stupide. La confrontation des théories sur l'interprétation du réel est indispensable.

    Face à la désinformation, le citoyen est-il mieux armé aujourd’hui qu’auparavant ?

    Si un citoyen exemplaire veut faire l'effort d'apprendre une méthodologie pour remonter aux sources primaires d'une information, évaluer les réseaux par lesquels elle passe, comprendre quelle intention notamment idéologique guide ses propagateurs... Si ce citoyen apprend à maîtriser des outils techniques, comme des logiciels qui aident à trouver l'origine ou la date d'une image, s'il compare à d'autres sources dans d'autres langues ou d'autres pays... S'il est assez honnête pour admettre qu'il y a des faits qui contredisent ses préjugés ou qu'il peut y avoir mensonge des deux côtés. S'il est assez malin pour profiter des sites de décryptage et d'analyse, mais en même temps pour comprendre qu'il existe de la "métapropagande" (le fait de dire que tout ce que dit l'autre est propagande et désinformation) et que renvoyer à un chiffre ou à une source "officiel" n'est pas prouver. Si...

    Nous pourrons lui dire, comme dans le poème de Kipling, "tu seras un homme mon fils". Dans tous les cas, ce citoyen vertueux aura eu du temps et du courage. D'où un paradoxe : plus l'information est surabondante et gratuite (notamment en ligne où l'on peut recueillir tous les points de vue et toutes les versions), plus il en coûte de s'informer, sinon en argent, au moins en termes d'efforts et d'autodiscipline.

    http://euro-synergies.hautetfort.com/

  • « Comme à la veille de la Première Guerre mondiale »

    Initiée par le président socialiste du parlement européen, Martin Schulz validée avec bienveillance  par « la justice » alors  aux ordres de Christiane Taubira, la persécution judiciaire du FN, en l’espèce l’abracadabrantesque enquête ouverte sur les assistants parlementaires des députés européens frontistes, s’est poursuivie hier. Bruno Gollnisch  présent sur place pour une réunion l’a constaté «avec  effarement», le siège du FN à Nanterre a été perquisitionné par une vingtaine de policiers mais aussi les bureaux  de Jean-Marie Le Pen et les domiciles de certains assistants ou ex assistants parlementaires. Rappelons l’objet, le prétexte du courroux de nos adversaires et de ce déploiement de force en pleine menace terroriste et état d’urgence: lesdits assistants sont «soupçonnés d’œuvrer au bénéfice exclusif du FN en France, alors qu’ils sont rémunérés par l’institution européenne».

    Une manière aussi pour le pouvoir d’assimiler le FN aux affaires qui éclaboussent  toujours la  droite avec la nouvelle mise en examen mardi   de Nicolas Sarkozy  pour financement illégal de sa campagne présidentielle de 2012. Pour ne rien dire du dernier rapport accablant de la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France, traitant de la gestion de la ville de Levallois-Perret par le très républicain couple Balkany qui fait état, dans cette commune la plus endettée de France (par habitants), d’un «oubli» de 117 millions d’euros dans les comptes entre 2007 et 2013…

    Un  sujet qui paraît  anecdotique après le nouveau sanglant  attentat, attribué immédiatement  aux kurdes ou aux islamistes, qui vient d’endeuiller Ankara (Turquie), à  quelques heures du sommet, de nouveau désigné comme « crucial »  qui réunira  aujourd’hui à Bruxelles les 28 dirigeants des pays  européens  et s’achèvera demain.

    Il y sera traité bien évidemment de la manière de stopper  les velléités d’indépendances  des uns et des autres sous la pression des opinions publiques de plus en plus anti-bruxelloises. Plus spécifiquement et officiellement, de la manière d’éviter le départ du Royaume-Uni de l’UE (Brexit) par la satisfaction éventuelle des exigences britanniques (restriction des prestations sociales aux ressortissants européens travaillant en Grande-Bretagne, meilleur contrôle sur la gouvernance économique bruxelloise pour les Etats qui ne sont pas dans la zone euro…) avant le référendum prévu outre-manche cet été…

    Présidant ce sommet en tant que président du Conseil européen, l’ex Premier ministre polonais Donald Tusk a (sur)joué la carte de la dramatisation : «Nous avons des divergences sur certains points politiques et je suis parfaitement conscient qu’il sera difficile de les surmonter(…). Après mes consultations ces dernières heures, je dois l’avouer franchement: il n’y a toujours pas de garantie que nous parviendrons à un accord.»

    C’est en fait la possibilité offerte au peuple de donner son avis qui fait craindre le pire au très atlantiste M. Tusk : le Brexit selon lui « remet aussi en question l’avenir de l’Europe. Je crains que ce référendum ne devienne un modèle très attrayant pour certaines personnalités politiques qui souhaitent atteindre des objectifs personnels et internes. En réalité, j’en connais déjà certains qui copient ce modèle pour souligner leur indépendance vis-à-vis de Bruxelles.»

    Autre question essentielle qui sera débattue lors de ce sommet, et elle l’est particulièrement pour les peuples européens qui se détournent de cette Union européenne là, celle des flux migratoires, «exode» de migrants en direction de l’Europe qui pourrait    durer «des années» pronostiquait Donald Tusk.

     Face à des  opinons publiques vent débout et qui constatent le cauchemar que vit actuellement l’Allemagne et les Allemands, les gouvernements européens ne se sont   pour l’instant répartis que  500 réfugiés sur le total de  160 000 qu’ils avaient promis de se «distribuer» l’été dernier.  C’est aussi l’avantage pour nos compatriotes  d’avoir un FN premier parti politique de France, les socialistes au pouvoir ont reculé et n’ont pas osé adopter le principe défendu par Angela  Merkel d’un « mécanisme permanent de répartition » des immigrés,  en coopération  avec laTurquie!

    C’est pourtant encore et toujours l’agitation des peurs, la  carte du chantage sur le thème  « c’est nous ou le chaos » qui est brandie par les européistes qui martèlent qu’hors cette UE  bruxelloise mortifère  il n’y a  point  de salut.

    Dans ce domaine, M Tusk est passé maître. Discourant devant les responsables locaux du Comité des régions à Bruxelles le 10 février il affirmait ainsi : «Je suis tout à fait conscient que la crise de la migration et le débat sur le Brexit reviennent à se demander comment survivre dans notre tradition de démocratie libérale. Comment survivre au radicalisme et à l’extrémisme», « Je ne veux pas faire dans le sensationnalisme, mais vous voyez ce que je veux dire. « Nous sommes comme à la veille de la Première Guerre mondiale. C’est vraiment une analogie parfaite, selon moi ».  

     Peut-être (quand bien même la  menace n’est pas celle d’un affrontement entre Européens)  mais la faute à qui ? Certainement pas de ceux qui ont avert,i depuis des décennies, sous les quolibets et les ricanements,  de l’aveuglement de nos élites devant les  des dangers d’un radicalisme,instrumentalisé par les  adversaires  de notre continent, de notre civilisation ,   dirigé contre les nations européennes et porté par une vague migratoire, démographique sans précédent

    « C’est facile de rejeter la faute sur l’UE dans cette crise» disait encore le président du Conseil européen. « Je crains que ce soit l’instrument le plus utile pour les eurosceptiques, qui veulent prouver à quel point l’UE est vulnérable aujourd’hui ».

    Monsieur Tusk se trompe. Ce n’est pas faire preuve de  facilité mais de lucidité que de dénoncer les travers d’une construction  bruxelloise dont le FN a été le premier a percevoir les failles, les dangers, les travers et le totalitarisme latent s’exerçant  envers  les défenseurs des patries et des peuples libres. Députés nationaux, patriotes, souverainistes contre lesquels Martin Schulz affirmait en 2007 qu’il fallait dresser « un cordon sanitaire».

    Elus frontistes qui continueront à clamer haut et  fort  leur refus des évolutions européistes,  de l’inféodation de nos souverainetés et indépendances nationales à Big brother. Ce que le think tank d’obédience socialiste Europanova avouait avec plus de franchise que les dirigeants des  partis bruxellois : « Malgré une dynamique chaotique, l’Europe demeure le seul laboratoire concret d’une future gouvernance mondiale… ».

    http://gollnisch.com/2016/02/18/comme-a-la-veille-de-la-premiere-guerre-mondiale/

  • Éditorial de L’Action Française 2926 - VERS UNE RÉVOLUTION CULTURELLE ?

    L’actualité politique a été évidemment marquée, ces derniers jours, par le remaniement ministériel, a minima, qui, toutefois, a moins fait gloser que le départ bouffon de Taubira, qui l’a précédé de quelque jours.

    Il est vrai, que dire du retour de Ayrault en remplacement du catastrophique Fabius promu à la présidence du Conseil constitutionnel, de l’arrivée de trois ministres écologistes, d’un retour au respect strict de la parité dans l’équipe ministérielle ou de la création de secrétariats d’Etat à l’intitulé démagogique — on croyait avoir tout vu, en 1981, avec le ministère du temps libre ? C’était sans compter des équipes de communicants pouvant vendre n’importe quoi à un François Hollande, voire à un Manuel Valls qu’on pensait plus lucide, totalement dépourvus du sens du ridicule. Croient-ils que les Français, confrontés, sur leur sol, au terrorisme islamiste, au déferlement migratoire et à l’aggravation de la crise économique, n’aient d’autre attente que la création d’un très stalinien secrétariat d’Etat à l’égalité réelle (sic), d’un autre, lacrymal, à l’aide aux victimes ou, d’un troisième, très politiquement correct, aux relations internationales sur le climat et à la biodiversité ? Alors qu’en temps de crise une équipe resserrée s’impose pour garantir la cohérence de l’action, Hollande, en homme de la IVe, a fait le choix inverse : satisfaire tous ceux qui pourront, pense-t-il, l’aider à gagner en 2017, des radicaux de gauche, avec le retour de leur président, Baylet, ancien ministre, ancien député, ancien sénateur, et présentement puissant homme de presse, qui jappait d’impatience depuis le début du quinquennat, aux deux tendances écologistes : EELV par la personne d’Emmanuelle Cosse, et la dissidence. Non sans que cette promotion d’arrivistes notoires n’achève une mouvance qui, depuis sa création, n’a jamais su donner que le pire des spectacles politiciens, ce qui est assez naturel pour un parti dépourvu de tout sens de la cité : il est alors condamné à n’être que sa propre caricature, l’ambition personnelle ne pouvant prendre le masque de la recherche du Bien commun.

    Hollande pense-t-il ainsi neutraliser les écologistes comme Mitterrand l’avait fait des communistes ? Si oui, un référendum sur Notre-Dame-des-Landes n’est pas, à ses yeux, trop cher payé. Outre sa légalité incertaine, celui-ci montre surtout combien notre chef d’Etat se défausse lâchement sur une fraction du pays réel — laquelle ? —, de la poursuite, ou non, d’un projet insensé qui n’a pour lui que d’être soutenu par les potentats locaux du pays légal, droite et gauche confondues, au mépris de l’intérêt général. Hollande pense certainement avoir manœuvré en génial tacticien — quand on lui demande simplement d’être un bon artisan du Bien commun. Peut-être ne réussira-t-il qu’à s’enferrer dans cette nouvelle idée grandiose comme il se trouve déjà pris à son propre piège dans la question de la déchéance de nationalité, dont le feuilleton laisse désormais indifférents les Français. Si le projet de loi constitutionnelle a été adopté à l’Assemblée, il doit l’être dans les mêmes termes par le Sénat pour pouvoir être présenté devant le Congrès. Or rien n’est moins sûr, les sénateurs ayant annoncé qu’ils détricoteraient le texte gouvernemental. La réforme constitutionnelle sera-t-elle le sparadrap dont n’arrivera pas à se défaire notre capitaine de pédalos ? Le capitaine Haddock a lui, au moins, le mérite d’être drôle.

    Moins comique, en revanche : le fait que, pendant ce temps, le Gouvernement confirme avec cynisme son choix délibéré de sacrifier l’agriculture française sur l’autel libre-échangiste bruxellois. Chaque jour apporte une nouvelle preuve non seulement de son indifférence aux drames vécus par les paysans français mais également d’une destruction préméditée de ce qui est toujours, mais pour combien de temps encore, la première puissance agricole européenne et la quatrième mondiale, d’autant que nos exportations reculent fortement depuis 1995, et singulièrement depuis 2007, la droite, puis la gauche, ayant systématiquement sacrifié notre agriculture à l’occasion de la réforme de la politique agricole commune, au profit de l’agriculture allemande et est-européenne. La servilité envers le maître allemand se paie et ce ne sont pas les rodomontades de nos ministres aux conseils européens, comme celui de ce lundi 15 février, qui changeront quoi que ce soit : elles n’ont d’autre objet que de calmer la colère des agriculteurs, ce qui n’est pas gagné d’avance, car une part grandissante d’entre eux n’a plus rien à perdre. Ils ont aujourd’hui l’énergie du désespoir. Mais qu’importe au pays légal ? Leur poids électoral a baissé avec la fermeture des exploitations et la promotion d’un modèle à l’américaine ou à l’allemande, plus libéral que familial et indifférent à l’impact environnemental.

    Les solutions se trouvent dans des décisions nationales fortes, tournant le dos, notamment, à un prétendu libre marché reposant sur une concurrence déloyale et donc faussée. Un autre modèle que le modèle productiviste, voulu par l’Europe, doit être également promu, favorisant la qualité, ce qui ne pourrait se faire qu’avec le soutien volontariste de l’Etat, chose impensable pour nos politiciens soumis aux règlements bruxellois, et pour une FNSEA dont le double jeu n’est un secret pour personne. Car les agriculteurs, du moins les plus conscients d’entre eux, veulent promouvoir une agriculture humaine, leur permettant de vivre non pas de subventions mais des fruits de leur labeur. Il n’est pas certain toutefois qu’ils aient tous compris que, là aussi, l’Europe, et un syndicalisme pro-bruxellois favorisant la dilution de leur secteur dans le mondialisme sont le problème et non la solution , alors qu’ils se trouvent enchaînés pieds et poings liés à un modèle qui les tue. Se dégager de telles entraves demanderait de la part d’un Etat redevenu national une révolution juridique et, de leur part, une révolution culturelle — la même que celle que les Français devront engager pour ne plus voter, comme des moutons de Panurge, pour les représentants d’une système qui, pour craquer de partout, ne les conduit pas moins à la catastrophe sur tous les plans : agricole, industriel, économique, bien sûr, mais aussi, plus essentiellement encore, civilisationnel.

    Justement : « Le processus d’intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses.  » Ces sages propos sont tirés de la déclaration commune du pape François et du patriarche russe Kirill, publiée à l’issue de leur entrevue le 12 février à Cuba. On ne saurait évidemment trop saluer cette rencontre — une première près de mille ans après le grand schisme —, ni cette lucidité. Sous l’influence du réalisme orthodoxe russe, le discours catholique officiel tournerait-il enfin le dos aux niaises illusions démocrates-chrétiennes voyant dans l’Union européenne une résurgence de la Chrétienté ? Le patriarche russe ne pouvant être soupçonné d’être un partisan d’une « intégration » à la bruxelloise, ces propos doivent être lus, à terme, comme le certificat de décès de la notion même d’intégration européenne. Maurras aimait à rappeler que l’Eglise est la seule internationale qui tienne — européenne ou mondiale, jamais impériale. Des nations pérennes demeurent les réalités premières. Nous attendons désormais du pape François qu’il le rappelle aussi fermement que saint Jean-Paul II, pour lequel les nations étaient « les grandes institutrices des peuples ».

    François Marcilhac - L’Action Française 2926

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Editorial-de-L-Action-Francaise,10130

  • Le cheval solaire dans les steppes de l’Eurasie

    De l’Atlantique à la Sibérie - Le cheval solaire dans les steppes de l’Eurasie
    Parmi les multiples cultures qui nous ont précédés sur notre espace ethno-culturel, il en est une qui est délicatement abandonnée dans un profond oubli : la culture des Scythes. Certes, ces sédentaires-nomades ont vécu à l’Est de l’Alsace et leurs incursions sur nos terres françaises sont relativement rares, si ce n’est quelques traces fort discrètes en Auvergne et en Bretagne. Ils ont pourtant occupé un territoire qu’un simple coup d’œil sur une carte de l’Eurasie permet d’évaluer depuis l’Autriche jusqu’en Mongolie. En proportion inverse de l’intérêt suscité dans les milieux “cultivés”. Hérodote en a parlé de manière fort attrayante, compétente et fiable dans son Histoire (IV). Nous savons qu’ils s’exprimaient dans une langue indo-iranienne, donc indo-européenne, donc de la famille qui est la nôtre au sens large du terme. Nous nous bornerons à évoquer ici un aspect très particulier de la culture de ces hommes et de ceux avec lesquels ils entretenaient des contacts.
    L’idée de steppes eurasiennes s’associe tout naturellement et spontanément dans notre esprit à l’image du cheval : Mongolie, cheval de Prjévalski et autres images d’Épinal. Le cheval a été le vecteur qui a porté l’homme dans ses multiples déplacements, c’est lui qui a permis la grande extension des Indo-européens à partir du foyer d’origine. Quoi donc d’étonnant si ces hommes ont voué un culte à leur monture, qu’ils l’aient identifié au Soleil et, au-delà, à l’Esprit suprême qui se révèle de façon exotérique aux humains à travers le disque de lumière.
    Le cheval a été aussi le protecteur de l’humain. En témoignent de nombreuses légendes sibériennes qui font état d’un preux chevalier attaqué par des ennemis qui ne peuvent en venir à bout tant que son cheval demeure en vie. Les anciens Iraniens ont une version de cette vieille légende : c’est Rostam dans le Shāh-nāme (Livre des Rois). Le héros se rend à Kaboul tandis que son propre frère et le roi de Kaboul complotent contre lui : ils font creuser un trou où sont cachés des pieux très pointus. Le cheval du héros sent le piège, renâcle, mais le héros l’oblige à avancer : cavalier et monture disparaissent dans le piège perfide qui leur est tendu. Pour le spécialiste russe Vladimir Loukonine, dans ses commentaires du Shāh-nāme, cette légende iranienne trouverait en réalité son origine chez les Scythes de Sibérie.
    Le symbolisme du cheval est probablement antérieur aux Scythes. Il est admis que le symbolisme zoomorphe a précédé le symbolisme anthropomorphe : l’humain s’est d’abord perçu comme un élément de la nature où il était dominé par les créatures de “l’Architecte de l’Univers”, dans lesquelles il a eu la modestie d’incarner les forces de l’univers avant de se glisser dans la place, pour finir, avec les temps modernes, pour se prendre pour le nombril du cosmos.
    Chez les Aryens, dans le Rig-Véda, Sūrya, dieu du Soleil et Agni, dieu du feu, sont conçus sous les traits de chevaux. Dans l’Avesta, ce sont également des chevaux qui incarnent Mithra, Siyāvush (Siiāuuaršan), Verethragna, Vayou et Tichtrya. L’ancien Iran connaît des traditions qui peuvent rappeler des souvenirs aux Français : notamment celle du Farn, cette force surnaturelle qui descend sur le roi, symbolisant la royauté, la grandeur et la puissance : elle se manifeste sous la forme d’un cheval, et non sous celle de la “Sainte Ampoule”. 
    Nous connaissons bien la tradition d’Hélios sur son char traîné par un attelage. Les contes russes font état de chevaux blancs ou noirs qui apportent respectivement le jour et la nuit sur Terre. L’ancienne Edda n’est pas avare d’évocations du cheval solaire. On sacrifie le cheval à la divinité suprême, médiatisée par le Soleil chez les éleveurs des steppes de l’Eurasie (Scythes, Saces, Massagètes), en Inde et chez d’autres Indo-Européens. L’image du cheval ailé est également fréquente : c’est le Pégase des Grecs, mais aussi l’Arasch [monture d’Abrskil] des Abkhazes. Le Manas[ou épopée de Manas], ce vieux recueil de légendes kirghizes, évoque également un cheval ailé.
    Le cheval solaire est fréquemment représenté sur les objets mis à jour par les archéologues en Sibérie. On a ainsi trouvé en Khakassie, dans la région de Bograd, des dessins de chevaux accompagnés de signes solaires et datant du Ve siècle avant notre ère.
    Le miroir orné d’un centaure appartenait assez souvent au costume du chaman evenk ou yakoute. Autrefois, les Youkaghirs portaient des pendentifs en argent ou en cuivre qui représentaient des chevaux et qu’ils qualifiaient de “soleils de poitrine”. La tradition des peuples sibériens a conservé de profondes traces du cheval solaire. Chez les Kètes, le héros de la légende reçoit un cheval du Soleil pour descendre sur Terre combattre un monstre diabolique avant de regagner les cieux.
    Dans un passé encore récent, le cheval était consacré au Ciel chez tous les peuples des monts Saïan et de l’Altaï. On trouve même la trace d’un culte du cheval solaire chez les populations de l’extrême Nord sibérien : la roue avec croisée en cuivre est le signe solaire le plus répandu chez les Nganassanes. Elle est liée au thème du héros. Les Scythes ont probablement véhiculé ces éléments d’une culture à l’autre, dans les sens les plus divers : ils ont été un trait d’union positif entre les différents points de l’immense espace que la Providence leur avait confié entre steppe et forêt sibérienne. C’est certainement grâce à leur influence que les populations du Baïkal étaient armées et chamarrées à la manière des Scythes. Certains affirment même que des Scythes ou des populations apparentées auraient atteint le Nord de la Chine où ils auraient exercé une influence déterminée. Des travaux le confirment tant sur le plan archéologique qu’anthropologique. Des pages fort intéressantes à cet égard sont consacrées par Vladimir Soloukhin dans son ouvrage Pamiat qui a donné le nom au mouvement patriotique russe que l’on sait et qui est traduit en français sous le nom de Memoria (Éditions du Progrès, Moscou). Un dernier mot, enfin, pour rappeler que dans son livre An Essay on the Druids, the Ancient Churches and the Round Towers of Ireland paru en 1871, Richard Smiddy estimait que les Celtes étaient nés d’une colonie scythique. L’art celte et l’art scythe sont très apparentés.
    Plusieurs ouvrages russes très compétents traitent de ces questions. Donnons leurs coordonnées en français
    • V. P. Alexeyev : « Données nouvelles sur la race européenne en Asie centrale », in :Geografija chelovecheskih ras (Géographie des races humaines / Geography of Human Races), éd. Nauka, Novossibirsk, 1974.
    • M. V. Krioukov, M. V. Sofronov, and N. N. Tcheboksarov, Drevnie Kitaitsy : problemy etnogeneza (Les anciens Chinois : Problèmes d’ethnogénèse / The ancient chinese : problems of ethnogenesis), Moscou, 1978.
    • R.V. Nikolaiev, R.V. 1987. « Solnechnyi kon' (k voprosu o kul'te konia u narodov Evrazii) » (Le cheval solaire : le culte du cheval parmi les peuples eurasiens / The sun horse : on the horse cult among peoples of Eurasia) in : Skifo-sibirskii mir : iskusstvo i ideologiia (Le monde scytho-sibérien : art et idéologie / The Scythian‐Siberian World : art and ideology), éd. Nauka, Novossibirsk, 1987. [Notons que p. 157 est mentionné la légende populaire des Kètes où un héros reçoit un cheval du soleil (ou de la fille du soleil) et le ramène sur terre afin de combattre quelque malfaisant adversaire (contre le démon forestier lytis, contre Qoseda la force terrestre jeteuse de sorts, etc.). Cette légende est mise en parallèle avec le folklore des Indo-Iraniens et d’autres peuples d’Asie centrale]

  • Brexit : cinq raisons pour lesquelles les Britanniques veulent nous quitter

    Reprendre le contrôle des frontières pour contrôler l’immigration et restaurer leur souveraineté nationale arrivent en tête des motivations des europhobes pour prendre le large.De notre correspondant à Londres,

    Nigel Farage, leader du parti souverainiste Ukip. Crédits photo : VINCENT KESSLER/REUTERS

    Depuis des années, les eurosceptiques font campagne pour obtenir un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Leur argument : depuis l’adhésion du pays en 1973, ratifiée (à 67%) par la population en 1975, l’Europe a complètement changé de nature. Les Britanniques avaient rejoint un grand marché économique et se retrouvent, sans avoir eu leur mot à dire, dans une union politique en marche vers une intégration croissante. Alors qu’a lieu jeudi un sommet européen crucial pour l’avenir du Royaume-Uni dans l’Union européenne, voici leur heure venue pour justifier leurs motivations pour un Brexit.

    1 - Contrôler l’immigration

    Si l’Europe n’apparaît pas en tête des préoccupations des électeurs, c’est en revanche le cas de l’immigration. Depuis plusieurs années se répand un sentiment de « trop plein » en Grande-Bretagne, entretenu par le parti souverainiste Ukip (United Kingdom Independence Party) et, dans son sillage, les partis de gouvernement. Plus de la moitié de l’immigration nette en Grande-Bretagne provient de l’Union européenne, en particulier des pays de l’Est (Pologne, Roumanie, pays baltes…). La liberté de circulation au sein de l’UE empêche Londres d’agir sur ces flux. Pour contrebalancer, le gouvernement a durci les critères d’entrée pour les pays du reste du monde. Les eurosceptiques estiment qu’en dehors de l’UE, le Royaume-Uni pourrait enfin reprendre le contrôle de ses frontières et de sa politique migratoire. [....]

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  • Espèce menacée au Sénat : écolos en danger

    Le groupe écologiste au Sénat risque de disparaître. Vous imaginez l’émotion ?
    L’heure est grave, figurez-vous. On le savait, mais à ce point ! Le groupe écologiste au Sénat risque de disparaître. Vous imaginez l’émotion ? De mauvaises langues pourraient persifler et dire que cela pourrait être un premier pas, certes modeste – et pour cause -, vers la disparition du Sénat. Mais non, on ne supprimera pas le Sénat comme on découpe le cochon ou un immeuble en appartements.
    Le groupe écologiste au Sénat, c’était, tout mouillé, jusqu’à la semaine dernière, dix sénatrices et sénateurs. Pile poil le nombre requis pour pouvoir constituer un groupe. Notez que, jusqu’en 2011, année où la gauche emporta la majorité de la chambre haute, il fallait quinze sénateurs pour constituer un groupe. À quatre mois de la présidentielle, cela ne mangeait pas de pain à l’époque…

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  • Armand de Melun (1807-1877)

    Politiquement, il ne variera pas. Quand il mourra sous la IIIème République, il sera aussi royaliste qu’au temps où, jeunes écoliers, son frère jumeau Anatole et lui refusaient au Champ de Mars, malgré les sommations de leurs petits camarades. De crier : « Vive l’Empereur ! » La chute du trône de Charles X avait affligé son esprit autant que son cœur. Son attachement privé et public à la dynastie des Bourbons ne lui permettait pas de prêter serment à la monarchie de Juillet ; il renonça à la magistrature et à la diplomatie. Heureuse intransigeance, qui le rendait libre pour une longue carrière dans la bienfaisance !

    Armand de Melun ne sera jamais un théoricien. Ses contacts quotidiens avec le malheur lui serviront de maîtres ès-sciences politiques. Il y découvrira la question sociale, mais se préoccupera moins de lui donner une réponse générale et doctrinale que de lui trouver des solutions fragmentaires concrètes.
    Il conte avec humour – car il a de l’esprit, et du meilleur – qu’il fut mandé un jour, dès potron-minet, par le R.P. Gratry qui lui déclara : « Mon ami, j’ai eu envie de vous appeler cette nuit à deux heures. Je venais enfin de trouver la vraie solution du problème social. Il s’agit simplement de bâtir, autour des usines et des ateliers, des maisons d’ouvriers, avec facilité pour ceux-ci d’en devenir petit à petit propriétaires. »
    Du moment où il fallait construire, il était naturel que l’on songeât à lui. Et il restera tel toute sa vie. Un an avant sa mort, un incendie dévorera en entier le village de Bouvelinghem dont il est maire depuis 1865 et où il a bâti l’église, le presbytère et l’école. Il se fera frère quêteur pour ses administrés et, tandis qu’il habite lui-même une maisonnette de bois toute délabrée, il reconstruira pour chaque famille une maison flanquée de sa grange et de son étable.
    Son activité est prodigieuse. Pendant un demi-siècle, on le trouvera mêlé, comme fondateur ou comme animateur, à toutes les œuvres, à tous les mouvements, à tous les groupements, durables ou éphémères, qui ont pour objet la bienfaisance privée ou publique, ou l’amélioration de la condition des classes laborieuses.
    Certes, son horizon ne sera pas bouché par les seules misères individuelles qu’il visite et soulage directement ; il découvre vite lui aussi, à côté de la pauvreté accidentelle, le paupérisme que l’industrialisation entretient comme un chancre dévorant. Et cela le conduira à réclamer d’abord la suppression du délit de coalition afin que l’association ouvrière soit possible, puis à souhaiter la création de Chambres syndicales mixtes, et enfin de Chambres ouvrières et patronales séparées.
    « Il faudra tôt ou tard, écrira-t-il un jour, en revenir à ces vieilles corporations qui se chargeaient d’avoir du bon sens, de la prudence et de la moralité pour tous les membres. » Lorsqu’une réforme lui apparaît à la fois souhaitable et possible, il en adopte l’idée, sans se soucier de savoir si elle emportera ou non avec elle l’approbation de ses amis : il se déclarera ainsi partisan de la participation de tous les producteurs aux bénéfices de l’entreprise un siècle avant que cela ne devienne la marque d’un esprit avancé.
    Mais, depuis le jour où Sœur Rosalie l’aura envoyé visiter les pauvres, il préfèrera toujours l’action à la doctrine : Pendant quarante ans, il ne se rencontrera pas une œuvre de bienfaisance à laquelle le nom d’Armand de Melun ne soit attaché à titre actif.
    D’abord, évidemment, les Conférences Saint-Vincent-de-Paul ; comme simple confrère dès 1838, comme membre du Conseil Général de la Société à partir de 1841.
     
    En 1839, il prend en mains la Société des Amis de l’Enfance, qui est destinée aux apprentis et aux jeunes ouvriers. Ce sera le premier patronage, ce mot ayant alors le sens plein qu’il a perdu depuis. Il ne s’agit pas seulement d’une œuvre réunissant dans une atmosphère saine, soit le dimanche, soit en semaine aux heures de loisir, des enfants qui, sans cela, seraient laissés aux hasards de la rue ; le patronage – et cette idée dominera toutes les réalisations qui tenteront l’activité de Melun -, c’est plus que cela : c’est le devoir social qu’ont les classes élevées de travailler à l’amélioration du sort des classes populaires en fraternisant avec elles et en leur servant de conseil et d’appui. Armand de Melun a fait sienne avant la lettre la noble et juste définition que Le Play donnera des classes supérieurs :
    «Classes supérieures : celles qui doivent leur dévouement aux classes inférieures ».
    Les Amis de l’Enfance ont été d’abord confiés à la société de Saint-Vincent-de-Paul. Mais Armand de Melun se rend compte bientôt que la Société n’est pas à même de donner à cette œuvre les cadres permanents qu’elle exige. On se sépare à l’amiable, et, en 1843, Melun demande aux Frères des Ecoles  Chrétiennes de l’assister dans l’Œuvre des Apprentis. C’est ainsi qu’avec l’aide totale de Frère Philippe, Supérieur Général des Frères, s’ouvriront en 1843 les patronages des Francs-Bourgeois et de la rue de Charonne, en 1844 ceux des quartiers Saint-Jacques et Saint-Marcel, en 1845 celui de la rue Saint-Lazare, en 1846 celui de la rue d’Argenteuil. En 1848, l’Œuvre des Apprentis groupera 1200 jeunes ouvriers. Le légitimiste Melun n’aura eu aucun scrupule à y intéresser les ministres du « roi citoyen» qui lui accorderont des subventions officielles allant jusqu’à 20.000 francs.
    En 1838, il s’est occupé aussi de la Colonie Agricole du Mesnil-Saint-Firmin, dans l’Oise, consacrée à des orphelins ; de l’Œuvre de la Miséricorde, destinée à secourir les pauvres honteux ; de l’Œuvre de Saint-Nicolas de l’abbé de Bervanger.
    En 1844, il rêve d’une sorte de confrérie de laïques se dévouant entièrement au service des pauvres. L’année suivante, Myonnet réalisera ce rêve en fondant les Frères de Saint-Vincent-de-Paul.
    Homme de méthode, Melun est frappé par la nécessité de coordonner, en vue d’une action collective sur le plan social, d’innombrables efforts dispersés et qui s’ignorent.
    En 1845, il fonde les Annales de la Charité qui serviront de lien entre tant d’œuvres diverses, et publieront des études sur « toutes les immenses questions que soulève l’exercice de la charité », et les principes qu’il y affirme d’entrée de jeu doivent fort scandaliser M. Guizot : « ... l’Etat peut seul atteindre l’ensemble des misères et améliorer d’une façon permanente et générale le sort de ceux qui souffrent. » Il faut « ériger en justice générale ce qui n’était que charité partielle ».
    Un an plus, tard, il crée la Société d’Economie Charitable ayant pour but exclusif l’étude et la discussion de toutes les questions qui intéressent les classes pauvres.
    A la suite du Congrès Pénitentiaire International qui se tient à Bruxelles en 1847, Melun propose la création d’une Société Internationale de Charité où seraient mis en commun les efforts, les expériences et les lumières, pour l’amélioration morale et physique des classes laborieuses et souffrantes de tous les pays. La Révolution de 1848 ruinera les amorces de cette œuvre, mais l’idée en sera reprise en 1853 avec les Congrès Internationaux.
    Depuis 1840, Melun s’occupe de la Société Saint François-Xavier qui est à la fois une œuvre d’évangélisation ouvrière et une société de secours mutuel, dans le cadre paroissial. Les réunions mensuelles ont lieu dans les églises ; des orateurs laïques et ecclésiastiques y prennent la parole. Moyennant une cotisation mensuelle de 50 centimes, on a droit aussi à dix sous par jour de maladie, si elle se prolonge au-delà de sept jours.
    En 1844, la Société de Saint-François-Xavier comptera 10.000 membres.
    C’est cette même année que Melun fonde l’Œuvre des Familles qui absorbera en 1848 les Fraternités dont il a eu l’idée au lendemain de février 1848 et qu’il a recommandées à la protection de Lamartine d’abord, puis de Ledru-Rollin. Le principe est toujours celui du « patronage » au nom de la fraternité chrétienne ; au lieu qu’un visiteur charitable s’occupe de plusieurs familles malheureuses, pourquoi dix associés n’adopteraient-ils pas un foyer pauvre, pour constituer avec celui-ci une Famille ? Cent Familles réunies formeront une Fraternité ; cent Fraternités une Communauté. Mais les désordres de l’année 1848 seront peu propices à la réalisation de cette charité décimale. « L’Œuvre des Fraternités, écrira Melun plus tard, avait un péché originel ; elle était née avec la République et lui avait emprunté son nom ; elle devait périr avec elle, au moins dans sa vitalité et dans son expansion ». Cependant, le nom et l’idée se retrouveront de nos jours dans l’une des modalités de l’apostolat des Petites-Sœurs de l’Assomption.
    A cette époque se place l’activité parlementaire d’Armand de Melun. Au lendemain de la Révolution de 1848, il espère un instant que l’état des esprits va amener le législateur à s’occuper sérieusement des misères sociales, et, en avril, il est candidat à Paris, aux côtés de Lacordaire, - qui sera finalement élu à Marseille sur la liste légitimiste ! - du socialiste chrétien Buchez. Du provençal Agricol Perdiguier, bien connu dans le compagnonnage sous le sobriquet d’Avignonnais-la-Vertu, du vicomte de Cormenin, etc … Il ne sera pas élu, et les journées de mai et de juin auront vite balayé ses illusions. «Il a suffi qu’il (le socialisme) se montrât dans sa nudité pour arrêter la révolution sur la pente des améliorations qu’elle annonçait et qu’elle doit poursuivre sous peine de mort ».
    Mais chez Melun, l’optimisme n’est pas nécessaire à l’action : on doit toujours entreprendre ! Lamartine se révèle impuissant. Melun demande à Arnaud de l’Ariège d’essayer d’obtenir de Cavaignac la création d’une «Commission extra-parlementaire pour le développement des institutions de prévoyance et de secours ». Ce sera Dufaure qui la constituera à la fin de l’année, et cette Commission comprendra presque uniquement, autour de Melun, des membres de la Société d’Economie Charitable. Elle élaborera un projet de loi sur l’assistance publique, que la Constituante n’aura pas le temps de discuter.
    Aux élections de 1849, Armand de Melun est élu en llle-et-Vilaine tandis que son frère Anatole, son ombre jumelle, discrète et agissante, devient député du Nord. Il n’aura plus besoin de truchement pour porter ses idées et ses projets à la tribune de cette Assemblée à majorité conservatrice.
    Il propose d’abord – et obtient – la création de la Commission dont il rêvait et qui sera chargée de préparer des lois sociales. Elle est présidée par Mgr Parisis, et Melun en est le secrétaire. Mais la majorité en sera manœuvrée par Thiers dont le libéralisme économique s’accommode mal de la philanthropie d’Etat ; pour lui, la bienfaisance ne doit être qu’individuelle. C’était également l’avis de Mgr Parisis, et Montalembert tenait, lui aussi, qu’il n’y avait « de véritablement utile et fécond que la charité privée ». C’est l’échec. Mais Dufaure revient à l’Intérieur, et, d’accord avec Melun, reprend son projet d’une loi d’ensemble sur l’assistance publique. Le coup d’Etat du 2 décembre 1851 emporta le projet et l’Assemblée. Mais, d’autres lois furent votées, qui témoignent de l’activité inlassable du représentant des royalistes d’Ille-etl-Vilaine. Il interviendra avec succès pour l’adoption de toute une série de textes visant des problèmes sociaux :
    - loi du 12 août 1850 sur l’éducation et le patronage des jeunes détenus ;
    - loi du 22 avril 1850 sur les logements insalubres, déposée par son frère Anatole ;
    - loi du 18 juin 1850 sur la Caisse des Retraites,
    - et loi du 15 juillet 1850 sur les Sociétés de secours ; mutuel, rapportées toutes les deux par son ami Benoist d’Azy ;
    - loi du 12 janvier 1851 sur l’assistance judiciaire ;
    - loi du 22 février 1851 sur les contrats d’apprentissage, concertée dès 1849 avec son ami Falloux ;
    - loi sur les Monts-de-Piété.
    Après le coup d’Etat qui met fin à la Législative, Melun continuera sans s’émouvoir sa carrière d’homme de bien.
    Son hostilité au régime napoléonien ne l’empêchera pas d’aller dîner chez le Prince-Président le 17 mars 1852, avec Mgr Sibour puisqu’il s’agit de discuter, à l’heure du cigare, sur l’extension de la mutualité à travers toute la France. Melun refuse en souriant la candidature officielle que lui offre son voisin de table, Persigny, mais accepte aussi simplement de travailler avec Rouher, président du Conseil d’Etat, à la rédaction du décret-loi organique du 28 mars 1852 qui prévoit la création de Sociétés de secours mutuel dans toutes les communes dont le Conseil Municipal le désirera.
    Armand de Melun est nommé rapporteur de la Commission Supérieure de dix membres, chargée d’encourager et de surveiller ces Sociétés. Son influence visera, pendant dix-huit ans à placer la Mutualité dans un cadre chrétien (la plupart des Sociétés ont une fête patronale), à combattre – avec succès – les tendances étatistes au sein de ce mouvement, et à ne pas laisser dévier le mutualisme vers des opérations commerciales sous le couvert de coopératives de consommation. Quand Jules Favre supprimera, le 19 octobre 1870 la Commission Supérieure de la Mutualité, les sociétés de secours mutuels, qui étaient en 1852 au nombre de 2.438 avec 271.077 sociétaires, seront au nombre de 6.139 et grouperont 913.633 membres.
    Bien entendu, la Mutualité n’aura pas, et de loin, absorbé sous le Second Empire, l’activité inlassable d’Armand de Melun.
    En 1851, l’Œuvre des Apprentis s’étend aux jeunes filles et devient l’Œuvre des apprentis et jeunes ouvrières ; en 1867, elle groupera 9.000 apprenties.
    En 1855, l’Exposition Universelle lui suggère l’idée d’une Galerie d’Economie Domestique où seront exposés les objets bon marché nécessaires à un ménage ouvrier.
    En 1860, il fonde les Annales de la Charité qui deviendront la Revue d’Economie Chrétienne, puis le Contemporain, et ranime le Messager de la Charité qu’il rachète à son fondateur.
    En 1861, il crée la Société Catholique pour L’amélioration et l’encouragement des publications populaires, pour laquelle, en 1869, Mgr Mermillod viendra faire à Sainte-Clotilde, un sermon de charité, dont les hardiesses sociales feront sursauter au banc d’œuvre les vénérables marguilliers du faubourg Saint-Germain.
    En 1863, il présidera à son tour la Société d’Economie Sociale dont Le Play est le fondateur et le secrétaire général.
    En 1864, nous le trouvons à la fondation de la S.B.M., section française de la Croix-Rouge.
    En 1867, il s’occupe de la Société d’Education et d’Enseignement qui deviendra, sous la IIIème République, un véritable ministère des écoles libres.
    1870. La guerre. Melun s’occupera de l’organisation des ambulances et de l’aumônerie militaire.
    1871. La Commune. Ce sont d’autres malheureux qu’il faut secourir. Et le vicomte Armand de Melun catholique et royaliste, fonde l’Œuvre des Orphelins de la Commune !
    En 1872, Albert de Mun l’invite à entrer au Comité de l’Œuvre des Cercles Catholiques d’Ouvriers, afin que Melun soit associé à ses premiers efforts.
    En 1874, il ne pense pas qu’il soit au-dessous de son rang de s’occuper de l’Œuvre des Fournaux Economiques, et, en 1875, il patronnera l’Œuvre du Vénérable de la Salle.
    Quand il mourra, le 24 juin 1877, l’âme de Sœur Rosalie pourra se réjouir : aucun de ses élèves n’aura mieux retenu ses leçons, nul n’aura mieux enrichi de sa foi chrétienne le « res sacra miser » du païen Sénèque.
    Quarante années entièrement vouées aux œuvres charitables par ce gentilhomme à qui sa position sociale, sa naissance, son esprit, promettaient tous les succès mondains, cela mérite bien qu’on évoque à son propos les noms de Vincent-de-Paul et de François d’Assise et qu’on lui accorde le reflet de leurs vertus, comme l’a fait M. Ernest Seillière dans le livre qu’il a consacré au Cœur et à la Raison de Madame Swetchine.
    Et cependant, combien de jeunes Français connaissent seulement le nom du Vicomte Armand de Melun ? Parmi les militants les plus ardents de la démocratie chrétienne – qui se prétend seule héritière du catholicisme social -, combien savent grosso modo la part prépondérante qu’il prit pendant près d’un demi-siècle à l’action sociale catholique ?
    La même école sociale, qui réclame l’honneur des autels pour l’âme de Frédéric Ozanam, a jeté aux oubliettes le souvenir de l’éminente et efficace charité d’Armand de Melun. Pourquoi ? Eh ! nous le répèterons encore et encore. Parce que Melun était demeuré à soixante-dix ans le royaliste qu’il était à sept ans … Non pas royaliste sentimental mais royaliste de raison, capable d’approuver le manifeste du comte de Chambord sur le drapeau blanc. Parce que, écrivait-il, « l’association de la légitimité et de la souveraineté nationale que l’on espérait réunir, pour que l’une fit accepter l’autre, n’aurait, je le crains, abouti qu’à l’explosion qui résulte inévitablement du mélange des substances qui s’excluent et se combattent ».
    Et il est parfaitement possible aujourd’hui de laisser entendre aux jeunes catholiques de ce début du XXIème siècle, que l’on peut à la fois être partisan de la monarchie et s’intéresser du sort des déshérités de ce monde, à commencer par nos frères français.