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l'information nationaliste - Page 7348

  • Contre la république à la française

    Chantal Delsol, professeur de philosophie politique à l’Université de Marne-la-Vallée et auteur de plusieurs ouvrages dont deux sont particulièrement importants et intéressants (« L’état subsidiaire » et « Le principe de subsidiarité » publiés aux PUF) est une très brillante élève du professeur Julien Freund (dont l’ouvrage le plus important « L’essence du politique », va être réédité aux éditions Dalloz) ; elle est la principale philosophe du fédéralisme en France et elle vient de publier aux PUF un petit essai très dense intitulé « La république : une question française » dans lequel elle fait une analyse philosophique de la république à la française.

    Une république nobiliaire

    Une des thèses essentielles de cet ouvrage est que le régime politique français n’est pas réellement une démocratie mais qu’il s’apparente à une république nobiliaire, c’est-à-dire à un régime dans lequel une élite (choisie par les partis politiques dans le cas présent) convaincue de détenir la vérité en matière de connaissance du bien commun impose une politique conforme à cette conception du bien commun sans se soumettre directement aux desiderata du peuple (lequel peuple est suspect de mauvaises pensées et d’égarements auxquels l’élite n’est bien entendu pas sujette). La république française bien qu’élective (le peuple a un seul droit : celui de choisir au sein de l’élite éclairée l’équipe dirigeante du moment) serait ainsi en fait un despotisme qui se veut éclairé.

    Cette élite dirigeante (qui vit à Paris, loin du peuple réel, en particulier de ce peuple provincial qui sent le moisi et qui reste attaché à un passé et à des traditions sans intérêt) est l’héritière et le vecteur de l’idéologie de la révolution française dont les ingrédients sont : l’égalitarisme, l’individualisme et leur corollaire, l’universalisme. Le but de cette élite est de conduire le peuple français sur la voie de l’universalisme, c’est-à-dire sur la voie de l’indifférenciation ; le peuple français a ainsi pour vocation de montrer l’exemple au reste de l’humanité en oubliant les miasmes de son héritage culturel et historique particulier et en s’efforçant de devenir l’avant-garde d’un peuple mondial indifférencié d’un bout à l’autre de la planète.

    Ainsi, le peuple français a l’insigne honneur d’être un peuple expérimental et avant-gardiste comme le fût le peuple soviétique dans un passé récent.

    Pour illustrer ce propos, donnons la parole à un membre éminent de notre noblesse d’état, Michel Barat grand maître de la Grande Loge de France qui écrivait dans le Figaro Magazine du 4 mai 2002 : « La République, pour moi, constitue un idéal de la raison. J’entends sa signification dans son sens originel de « chose publique », c’est-à-dire ce qui concerne tous et chacun sans jamais être le fait d’un seul. Une République tend vers un idéal universel, supérieur même à la nation, elle exige une vertu citoyenne sans confondre patriotisme et nationalisme. Le bien public ne saurait se réduire en un bien particulier, fût-il celui de la nation. La République ne constitue pas une communauté particulière, mais participe ainsi de la République universelle par la singularité de son œuvre et de sa culture. Ainsi, à mes yeux, la République peut et doit avoir de la grandeur. Mais c’est bien de grandeur d’âme dont il s’agit. Il me semble impossible qu’il puisse y avoir une République sans une morale républicaine dont le coeur consiste à préférer l’universel au particulier. Si une République doit trouver son assise dans la démocratie, elle ne se confond pas avec elle. La démocratie est un régime politique qui fait du peuple l’origine du pouvoir, elle implique tout simplement que les citoyens choisissent ses gouvernants. Il m’apparaît clairement que dans un Etat républicain moderne, la démocratie est une exigence quant à l’origine du pouvoir : les gouvernants doivent être librement choisis au suffrage universel. Le vote de chacun, quelles que puissent être les communautés auxquelles il appartient, vaut autant que celui d’un autre appartenant à des communautés différentes. Il y a bien là une ascèse qui fait préférer la singularité de la personne à la particularité de la communauté et l’universalité des principes à la singularité de la personne. Un gouvernement simplement démocratique est donc un gouvernement de l’opinion. Un gouvernement républicain est celui d’un gouvernement qui trouve son assise dans l’opinion, mais qui transcende cette opinion en volonté publique. Une démocratie qui oublierait l’idée de République pourrait engendrer des régimes monstrueux la détruisant. L’opinion n’est nullement républicaine quand elle préfère les intérêts des communautés au bien public. Le communautarisme conduit à l’obscurantisme et à la barbarie. Plus qu’une forme de gouvernement, la République est une morale, une philosophie pratique de construction de l’homme comme citoyen. Elle exige de tous et de chacun l’effort de formation, l’ascèse quasi spirituelle par laquelle, dépassant nos particularismes, nous élevons notre singularité en universalité. La République, en construisant la cité, construit un citoyen pièce maîtresse de l’univers ».

    Un nationalisme sans nation

    Ce texte est une illustration presque parfaite de la pensée de l’élite républicaine pour laquelle :

    – l’idéal (idéologie serait plus adéquat) est supérieur à la nation et à la personne ;

    – le bien public ne doit pas se limiter à la nation mais doit concerner l’univers ; – l’universel prévaut sur le particulier ;

    – la démocratie doit être surplombée par une caste républicaine chargée d’empêcher les divagations du peuple et d‚imposer les orientations politiques (la volonté publique qui est transcendantale !!!)

    – les communautés d‚origine doivent être dépassées ;

    – le but de la république n’est pas de chercher à réaliser le bien commun d’un peuple particulier mais de construire l’homme nouveau universel et indifférencié. On retrouve là un thème développé dans le passé par le bolchevisme (qui fût un autre héritier de la révolution française ; ce qui explique la difficulté à critiquer le communisme qu’ont toujours eue les républicains français) ;

    – il faut faire une distinction entre patrie (ce que les intellectuels néo-républicains, tels Taguieff ou Schnapper, appellent la nation civique par opposition à la nation ethnique) qui fait l’objet du patriotisme constitutionnel (J. Habermas) et nation (en l’occurrence la nation concrète avec sa culture, son histoire et ses traditions).

    La patrie de Barat, comme celle de tous les républicains, est une patrie abstraite susceptible de rassembler l’humanité entière (pour les républicains, la France peut devenir la patrie de tout homme qui veut devenir français et le peuple autochtone n’a rien à dire à ce sujet ; dans son livre récemment publié, Raffarin écrit que le devoir de la France est d’accueillir les étrangers : il ne nous consultera jamais sur ce point !). Chevènement n’utilise jamais le mot de nation, mais les mots de république et moins souvent de patrie (ils sont pour lui synonymes) ; par contre certains républicains, tel Taguieff, pensent qu’il ne faut pas abandonner le mot « nation » aux hérauts de la nation ethnique et qu’il faut par conséquent l’utiliser en y incorporant le sens de la nation civique républicaine. Il y a là une source d’incompréhension et de quiproquo, ainsi qu’une velléité de terrorisme sémantique.

    La république et sa crise d’identité

    La république française connaît une crise d’identité depuis une dizaine d‚années ; cette crise est liée à la construction européenne qui provoque une confrontation avec des systèmes politiques dont la philosophie est très différente de celle qui prévaut à Paris ; au développement de la volonté d’émancipation des communautés ethniques périphériques ; à la montée en puissance d’un populisme identitaire en rupture avec la pensée unique parisienne. Le malaise est si important dans les élites républicaines qu’on a le sentiment qu’elles sont sur la défensive (cela se traduit entre autres par une agressivité totalitaire à l’encontre de tous les mouvements défendant une cause identitaire en rupture avec l’universalisme de rigueur) et qu’elles ne savent plus comment maîtriser les votes incorrects et la montée de l’abstention et des particularismes. Face à cette situation, les républicains ont tendance à devenir hystériques et à mettre en place une propagande digne des régimes totalitaires.

    Chantal Delsol écrit : « La république n’accepte donc le débat démocratique qu’à l’intérieur des présupposés qui sont les siens. Et parce que ces présupposés sont assez précis et dessinent une figure du bien commun clairement déterminée, le champ du débat demeure toujours limité, voire exigu, en tout cas par rapport aux démocraties occidentales voisines. Dans la république française, la démocratie ne peut fonctionner seulement tant que les différents courants de pensée acceptent les présupposés républicains, et par là elle ne fonctionne jamais que sous une forme atténuée, puisque l’éventail des figures permises du bien commun est restreint. Si, pour des raisons diverses, un nombre significatif de citoyens récusent certains présupposés républicains et veulent exprimer cette récusation au nom de la démocratie, alors la république se trouve déstabilisée et sommée de donner une réponse à cette contradiction. Soit il lui faudra remettre en cause ses propres principes au nom de la démocratie, ce qui lui paraît impensable parce que ses valeurs sont sacralisées ; soit elle cherchera les moyens d’empêcher ces courants de s’exprimer, au nom de ses principes. La difficulté, dans ce deuxième cas, est qu’elle ne peut pas condamner ouvertement la démocratie pluraliste, faute de se voir rejetée dans le camp des ennemis de la liberté. La réponse à ce dilemme s’annonce tortueuse ».

    Et elle poursuit : « S’il le faut, c’est donc contre la démocratie elle-même qu’il faudrait sauver la voie républicaine. Dans les anciennes républiques nobiliaires, le peuple était considéré comme inapte pour se représenter le destin commun. Aujourd‚hui, on continue de justifier le monopole d’une élite à décider du destin commun, non seulement par la différence de compétences, mais par la différence morale : le peuple n’est plus simplement inculte, il est archaïque, ou séparateur. L’aristocratie vertueuse, désireuse d’élever le peuple, s’est transformée en une idéocratie éclairée, dépositaire d’une idée du Bien sui generis, seule capable de juger si la décision populaire est ou non valable, et repoussant sans cesse un peuple encore barbare qui argue de la démocratie pour imposer sa barbarie. Si bien que l’application de la peine de mort dans certains états américains peut apparaître comme le résultat d’une démocratie démagogique, dominée par un peuple barbare, ce qui n’empêche pas l’élite républicaine de s’appuyer sur l’opinion populaire quand cela sert son point de vue. Ainsi, le peuple a tort ou raison selon qu’il sert ou non la pensée dominante. Forte de son bon droit, la république devient le bras armé d’un ordre moral qui soutient et dirige la politique. L’opinion populaire ne lui agrée que si elle garantit sa vision du monde. Autrement dit, elle se sert de la démocratie comme moyen, tant qu’elle demeure utilisable ».

    Pour une démocratie fédérale

    Chantal Delsol plaide en faveur d’une démocratie, c’est-à-dire en faveur de la prise en compte de l’opinion majoritaire sans filtre républicain (celui de l’élite éclairée autoproclamée).

    De plus, elle considère, en bonne disciple d’Althusius, que les décisions doivent être prises au plus bas niveau possible, au plus près des gens et à ce titre elle refuse le centralisme étatique français. Pour elle, le fédéralisme est un complément de la démocratie ; le fédéralisme complète et achève le régime démocratique en permettant une expression et une satisfaction des besoins locaux indépendamment les uns des autres.

    Par ailleurs, le fédéralisme permet aux minorités de maintenir et de faire vivre leurs particularités, ce qui confirme l’esprit de la démocratie en ce qu’elle est le régime politique qui privilégie la pluralité (contrairement à la république à la française qui recherche l’unité et l’indifférenciation).

    Il faut dire à ce sujet que les régionalistes qui cherchent à concilier la république et le fédéralisme (ou l’autonomie) au nom d’un prétendu fédéralisme girondin commettent une erreur fondamentale (certains font ce mauvais calcul depuis trente années !), car il n’y a aucun linéament philosophique dans l’héritage de la révolution française qui puisse fonder une évolution fédérale de la France.

    Mona Ozouf, historienne spécialiste de la période révolutionnaire, écrivait dans le « Monde des débats » de janvier 2001 : « A l’origine, girondins et jacobins n’étaient que deux factions qui se disputaient le pouvoir. (…) Les girondins ont tous été jacobins à un moment quelconque, si on entend par là l’appartenance au Club de la rue Saint-Honoré ; jacobins aussi si on définit le jacobinisme par le patriotisme exclusif et le rêve fiévreux d‚une France guerrière rédemptrice de l’humanité ; jacobins encore, au moins jusqu’au procès du roi, par leurs provocants défis à la royauté ; jacobins toujours par leur obsession du complot. (…) Les girondins avaient-ils voulu fédéraliser la France ? Ce qui donne de la consistance à la charge, c’est la révolte qui, après le coup de force du 2 juin 1793, dresse une trentaine de départements contre la Convention : celle-ci vient d’exclure et de promettre à la mort vingt-deux députés girondins. L’insurrection est pourtant vite réprimée, circonscrite à quelques grandes villes, et on y chercherait en vain un esprit de dissidence régionale : les départements ne s’étaient associés que par haine de Paris, des exactions jacobines et des hommes en qui elles s’incarnaient. Ils n’étaient animés d’aucun projet séparatiste, ne récusaient pas l’existence d’un centre national. Girondins et jacobins étaient convaincus que l’esprit de la révolution réside dans la force de s’arracher à l’horizon villageois. Ni chez les uns, ni chez les autres, il n’y avait de tendresse pour les libertés locales ».

    La démocratie fédérale et la république à la française sont rigoureusement incompatibles ; s’engager sur la voie du fédéralisme et de la démocratie la plus directe possible, exige de changer de cap et de tourner le dos à ce système confiscateur des aspirations populaires et négateur de toutes les particularités. L’universalisme abstrait, l’obsession de l’unité, la recherche de l’indifférenciation, le centralisme technocratique et le gouvernement par une élite simplement élective sont les opposés du particularisme concret, de l’approbation de la diversité, de l’amour des différences, du polycentrisme politique et du gouvernement de la majorité du peuple par elle-même.

    La république et les identités

    Il est devenu habituel dans les milieux médiatique et politique de condamner, au nom du républicanisme individualiste et universaliste, tout ce qui fait référence aux identités collectives. Seule l’identité individuelle a le droit de cité et encore !.. à condition seulement qu’elle soit associée a un cosmopolitisme sans faille.

    Toute affirmation d’identité communautaire (ethnique, nationale, régionale…) est dénoncée comme une offense et même une menace envers la république.

    Pour les républicains, l’identité de la France doit être une identité idéologique et non pas une identité ethno-culturelle. Le peuple français est conçu par nos élites dirigeantes comme un peuple avant-gardiste, pionnier du civisme planétaire ; les Français (qu’ils soient franciens, bretons ou provençaux) sont ainsi appelés à se détourner de leur passé et à transcender leurs appartenances communautaires. Chantal Delsol écrit à ce sujet : « La république française entretient à la fois et de façon liée, une vision mystique du citoyen et une vision idéologique de l’éducation à la citoyenneté. Elle a tendance à croire, ou croit communément, que le citoyen est un homme nouveau, un homme doté d’une seconde nature, par l’arrachement au particulier et l’accession à l’universel, deux termes dont elle radicalise la séparation. Par l’éducation républicaine, l’enfant devrait être littéralement arraché à ses appartenances, au monde frelaté et provincial du particulier… L’école est censée purifier l’enfant du particulier pour le faire accéder à l’universel. Comme si les humains que nous sommes pouvaient s’abstraire de la particularité, de l’inscription dans le concret… En voulant purifier l’individu de toute particularité, la république ne le rend pas libre de penser par lui-même : elle le rend républicain. En voulant le désinscrire, elle l’inscrit dans une pensée officielle ».

    Le 19 septembre 2002, le maire socialiste de Rennes, au cours d’un colloque intitulé « Identité et démocratie » a insisté « sur les valeurs qui transcendent l’identité, dont le respect de l’autre » ; quant à Josselin de Rohan (président du Conseil régional de Bretagne), il mit en garde son auditoire : « l’exaltation de l’identité peut être très éloignée de la démocratie. La démocratie, c’est avant tout la reconnaissance de l’autre ». Dans ces deux discours républicains (l’un de « droite » et l’autre de « gauche »), on retrouve la même idée : l’autre est plus important que le proche (celui qui partage avec vous son identité).

    C’est une bonne illustration de la démonstration faite par Chantal Delsol : la classe politique et médiatique, toutes nuances confondues, partage la même vision républicaine, unitaire et universaliste.

    Il est intéressant de remarquer qu’au cours de ce même colloque, l’homme politique irlandais John Hume (Prix Nobel de la paix) affirmait quant à lui : « La différence est l’essence de l’humanité » ; ce qui est une position bien éloignée de celle de Rohan et Hervé : méfiance à l’encontre de l’identité d’un côté, approbation des différences de l’autre…

    Bruno Guillard, 01/10/2002

    SOURCE : Bulletin du MRB, 10/2002

    La république : une question française, Chantal Delsol, PUF 2002, 15 euros.

    http://www.polemia.com/contre-la-republique-a-la-francaise/

  • La perspective d’une expulsion de la Grèce hors de la zone Euro

    Après avoir constaté que l'accord européen sur la Grèce n'est pas viable, Jacques Sapir écrit :

    "[...] Il faut cependant lire en détail la déclaration de François Hollande qu’il a faite le 13 juillet au matin ; mais pour cela, il faut avoir le cœur bien accroché. Remarquons, d’abord, qu’il ne parle pas de la Grèce, mais uniquement de la zone Euro. Cela montre bien quelles étaient ses priorités : « L’objectif était de faire en sorte que la zone euro puisse être préservée dans son intégrité, dans son unité, dans sa solidarité». On constate ainsi que les premiers mots réservés à la substance de ce texte ne font nullement mention des souffrances, des efforts et des espoirs du peuple grec. Non, la chose qui importe au premier chef, c’est l’intégrité de la zone Euro. Tout est dit dans ces lignes, et en particulier la préférence pour une construction bureaucratique, et que de nombreux économistes jugent non viable, sur la volonté et la vie des peuples. Ceci est corroboré par le troisième paragraphe de ce texte : « Ce que j’ai voulu, c’était plus que l’intérêt de la Grèce, c’était l’intérêt de l’Europe. Et c’était aussi l’intérêt de la France. Parce que l’intérêt de la France ne se dissocie pas de l’intérêt de l’Europe ».L’ordre des priorités est ainsi établi : c’est l’Europe, puis la France et enfin la Grèce. Mais, ceci repose sur un mensonge, ou plus précisément un double mensonge : celui qui assimile la zone Euro à l’Union européenne, et celui qui assimile, ensuite, l’Union européenne à l’Europe. Les deux sont parfaitement scandaleux. La Zone Euro n’est nullement l’Union européenne. Des pays appartenant à l’Union européenne ne font nullement partie de la zone Euro. C’est le cas de la Grande-Bretagne, de la Suède, de la Pologne ou de la Hongrie. De plus, l’Union européenne n’englobe nullement l’Europe. Que ce soit la Suisse, la Norvège, ou encore la Serbie dans les Balkans, le Belarus, la Russie ou l’Ukraine, tous ces pays font partie de l’Europe, comme réalité géographique mais aussi culturelle, et ce sans faire partie de l’UE. Veut-on faire croire que Munch, l’auteur du « Cri », ou que des artistes comme Dostoïevski, Pouchkine ou Tolstoï ne sont pas européens ? Oublie-t-on que l’Union européenne est une alliance politique et économique de certains pays d’Europe ? Vouloir la faire passer pour l’Europe toute entière est un mensonge. Le fait que celui-ci soit proféré par la plus haute autorité de l’Etat ne retire rien à l’affaire. Au contraire, il l’aggrave. Il établit en dogme, mais sans pour autant en faire une vérité, ce qui se révèle un mensonge.

    [...] Mais en plus cet accord ne redonne aucun espoir au peuple grec. Au contraire, ce dernier vit comme une terrible humiliation les clauses politiques de cet accord, qui imposent désormais l’aval des institutions européennes sur les lois qui seront appelées à être votées par le parlement grec. [...]

    Mais cette idée de l’Euro a tout emporté dans l’esprit de notre Président et sous la plume de ses conseillers. Quand il revient sur ce thème dans sa déclaration, c’est pour faire cette citation : « Si la Grèce était sortie de la zone euro, qu’aurait-on dit ? Que la zone euro n’était pas capable d’assurer son intégrité, sa solidarité. Qu’aurait-on dit des Grecs ? Qu’ils n’étaient pas capables de prendre leurs responsabilités. Qu’aurait-on dit de la France, de l’Allemagne,  qui ont vocation à donner cette impulsion ? Que nous n’aurions pas été au rendez-vous. La zone euro aurait reculé alors que l’Europe doit avancer et porter un projet qui puisse protéger les peuples – car l’euro protège les pays qui sont partie prenante de cette zone monétaire. Qu’aurait-on dit sur cette dislocation de cette grande idée ? ». En fait, tout est dit.Tant la croyance mystique en un Euro « protecteur » des peuples que celle qui assimile l’Euro à l’Europe.La raison, l’intelligence, le sens de la mesure, ont été balayé par une idée fixe qui tourne au délire, mais toujours mue par la même logique.

    Cette raison délirante explique pourquoi et comment on peut travestir en accord librement négocié ce qui n’a été que le viol de la souveraineté de la Grèce. Un viol en réunion, perpétré par l’Allemagne, mais aussi par l’Eurogroupe et son Président M. Dijsselbloem, par la Commission européenne avec Jean-Claude Juncker. Et si la France n’y a pas participé, elle a verrouillé la porte du local où s’est tenu ce crime et elle a poussé le bâillon dans la gorge de la victime. La phrase prononcée et écrite par François Hollande prend alors un tour sinistre : « Mais aujourd’hui, même si cela a été long, je pense que ça a été pour l’Europe, une bonne nuit et un bon jour ». Car, nous savons aujourd’hui que cette torture aura été infligée pour rien. L’accord signé le 13 juillet au matin se défait désormais d’heure en heure. La perspective d’une sortie de la Grèce hors de la zone Euro est à nouveau à l’ordre du jour. [...]"

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Éléments de réflexion sur la « multipolarité », ou le capitalisme à plusieurs visages

    Que dire des BRICS ?

    Les commentateurs politiques de la dissidence et de la sphère « patriote » ont une grande marotte : les BRICS. Au nom de la « multipolarité », certains nous présentent les BRICS comme LA solution face au « système américain». Certains vont même jusqu'à se réjouir du rapprochement entre la Grèce et les BRICS ou du renforcement du Yuan...

    Pourtant les BRICS n'ont rien à envier aux Etats-Unis sur le plan du cauchemar libéral.

    Brésil : agriculture productiviste et intensive aux mains des pires multinationales de l'agro-alimentaire (dont Monsanto) avec utilisation massive d'OGM et d'hormones pour le bétail. Déforestation occasionnant des déplacement de population de leurs territoires ancestraux. Problème des paysans sans-terre, recours au meurtre des écologistes, syndicalistes, chefs indiens, leaders paysans, empoisonnement de masses …), criminalité, bidonvilles (favelas)... (coefficient de Gini: 0.519)

    Russie : producteur de gaz et de pétrole mais également d'uranium, de nickel, etc... pollution, équipements vétustes, corruption, criminalité (mafias). (coefficient de Gini: 0.420)
    Inde: Agriculture productiviste et intensive extrêmement polluante depuis la mal nommée « révolution verte », industrie textile à bas coût, activités portuaires hautement polluantes, bidonvilles gigantesques.  conditions de travail cauchemardesques, absence totale de couverture sociale, de contractualisation, de protection de l’enfant au travail …, cataclysme écologique, extinction de masse des espèces, déforestation galopante …(coefficient de Gini : 0.368)

    Chine : manufacture du monde abreuvant nos pays de gadgets inutiles, plus gros pollueur au charbon. Producteur de minerais rares utiles dans l'électronique et l'informatique. Activité portuaire hautement polluante (7 des 10 plus grands ports mondiaux sont chinois). Cataclysme écologique, modifications climatiques, extinction des espèces... Conditions de travail déplorables.  (coefficient de Gini: 0.610)

    Afrique du sud : Pays gouverné par un clan ethnique, corruption généralisée, exploitation de matières premières par des multinationales, taux de criminalité parmi les plus élevés au monde, espérance de vie faible, racisme anti-blanc.

    Et encore on pourrait également s’attarder sur les "non-alignés" (passé ou présent) du genre Algérie, Libye, Irak, Venezuela ... tous producteurs de matières premières polluantes pratiquant le népotisme et la corruption.

    Voila de quoi remettre en perspective la "multipolarité" et le "non-alignement". En réalité, les BRICS constituent une face du cauchemar libéral mondialisé et ils n'ont que faire de nos intérêts vitaux d'européens et même de ceux de leurs propres peuples et encore moins de l'environnement. Par ailleurs, les BRICS n'existent qu'en raison de l'occidentalisation du monde. Le Brésil ne serait pas la « ferme du monde », la Chine ne serait pas la « manufacture du monde » et la Russie n'abreuverait pas un grand nombre de pays en gaz et en pétrole si l'Occident ne reposait pas sur la société de consommation.

    De l'intox à la réalité, un passage par la géographie économique européenne et russe

    63% des échanges de l'UE se font entre pays de l'UE, les principaux partenaires des pays européens sont donc d'autres pays européens. La Grèce est un des rares pays à avoir moins de 50% de ses échanges avec ses partenaires de l'UE (48%).
    La géographie est ici une donnée essentielle, la proximité géographique est pour beaucoup dans les échanges. D'après un document Eurostat du 27 mars 2015, la France par exemple exporte beaucoup en Allemagne (17%), en Belgique (7%) et en Italie (7%) et importe beaucoup d'Allemagne (19%), de Belgique (11%) et... d'Italie (8%). La Grèce qui est aux portes de l'Asie exporte beaucoup en Turquie, de même qu'elle importe beaucoup de Russie ou d'Irak. Toutefois, l'Allemagne est également un partenaire important (3eme dans les exportations et 2eme dans les importations). D'après un document de la direction générale du Trésor français, la Russie ne comptait en 2013 que pour 2% des échanges avec la France, ce qui relativise singulièrement la soit disant impérieuse nécessité de constituer un axe franco-russe. Et cela concerne essentiellement les hydrocarbures (gaz et pétrole), l'agriculture productiviste ou l'armement... Bref que des secteurs dont il va falloir interroger la pertinence dans un avenir proche. Par comparaison, les Etats-Unis sont 5eme et la Chine 6eme autour de 6,5%. La Chine est par ailleurs le premier partenaire économique pour la Russie et le deuxième pour l'UE (derrière les Etats-Unis).
    Les russes ont opté pour une politique économique eurasiatique en direction du Moyen-orient et de l'Asie de l'Est depuis quelques années, renforcée par le conflit en Ukraine (Organisation de coopération de Shanghai depuis 2001, Union économique eurasiatique effective depuis janvier 2015). De la Turquie au Japon en passant par l'Arabie saoudite, les partenariats chinois ou la Corée du sud, les contrats se multiplient ses derniers temps. Si on prend les 10 premiers partenaires économiques de la Russie en 2014, donc avant les contrats récents, six sont des pays frontaliers de la Russie (Dans l'ordre : Chine, Ukraine, Belarus, Japon, Etats-Unis, Corée du sud, auquel on pourrait ajouter la Turquie qui n'a pas de frontière terrestre mais partage un espace maritime). Les autres sont: Les Pays-Bas, l'Allemagne et l'Italie. Point de France. D'après Le Courrier de Russie, « près d’un tiers des investissements russes sont réalisés vers des paradis fiscaux ». La géographie économique est donc assez révélatrice des sphères d'influence réelles des différents états et de leurs stratégies en matière économique. (cf. Document annexe).
    Le niveau de relation entre la France et l'Allemagne est très bon mais leurs autres partenaires peuvent sensiblement différer. Au final le couple franco-allemand a une véritable pertinence sur le plan géographique et économique, bien plus que de chimériques axes « Paris-Moscou ».

    Les réseaux russes : une offensive du capitalisme national

    C'est un projet purement idéologique qui est poursuivi par la « droite souverainiste ». La germanophobie des souverainistes français, couplée de leur poutinophilie leur fait totalement perdre de vue les réalités géographiques et économiques. Nous pourrions même émettre l'hypothèse que c'est le lobbying de Total, de la FNSEA et du complexe militaro-industriel auprès des droites françaises qui est une des clefs de compréhension des positions des Républicains ou du FN à l'égard de la Russie. Un article de la Croix nous informe à ce sujet :

    Lors d'une coterie franco-russe « Étaient là, notamment, Nicolas Dupont-Aignan (député Debout la République, Essonne), Yves Pozzo di Borgo (sénateur UDI, Paris), Jean-Pierre Chevènement (sénateur MRC, Territoire-de-Belfort), Aymeric Chauprade (député européen FN), Joëlle Garriaud-Maylam (sénatrice UMP des Français de l’étranger), Jean-Yves Leconte (sénateur PS des Français de l’étranger), Jean-Claude Mignon (député UMP, Seine-et-Marne), Jérôme Lambert (député Radicaux de gauche, Charentes) et Jacques Myard (député UMP, Yvelines). » Puis plus loin nous lisons : « L’organisateur de la rencontre était Thierry Mariani (député UMP des Français de l’étranger) qui est également président de l’association du dialogue franco-russe. Autour de la table se trouvaient aussi des dirigeants de grandes entreprises françaises, dont le PDG de Total Christophe de Margerie, le numéro 2 de GDF Suez Jean-François Cirelli, ou Serge Dassault (qui est également sénateur) [et également PDG dans l'aéronautique et marchand d'armes NDLR]. ». Quant à la FNSEA, cliquez ici pour avoir un aperçu. Au final, des profils parfaitement désintéressés, tout à fait hors système... On navigue entre la quenelle anti-sioniste, les défilés nationaux-bolcheviques, les cellules révolutionnaires clandestines et les zadistes, n'est-ce pas ? Je me permets un commentaire acerbe : Le bal tragi-comique de la dissidence va-t-il s'arrêter un jour ?

    Les BRICS ne peuvent pas apparaître comme des solutions. Sur le plan social, économique, politique et écologique, leur modèle de développement est l'antithèse de ce à quoi nous aspirons. Certains répondrons, au nom du pragmatisme, que ce n'est pas notre problème. Mais c'est une vision à courte vue que tôt ou tard nous paierons. L'anti-américanisme repose sur des arguments souvent anti-capitalistes, alors pourquoi se jeter dans la gueule béante d'un capitalisme qui n'a même pas développé les mécanisme sociaux de compensation ?

    L'Europe enracinée que nous voulons, n'aura besoin ni du soja OGM brésilien, ni des gadgets inutiles chinois ni du pétrole russe, ni du textile bas de gamme indien.

    Jean / C.N.C.

    Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

    Document annexe :

    Planisphère représentant les principaux pays investisseurs pour chaque pays.

    Source: VoxEurope.eu

    investissement.jpg

    Faites clic droit puis cliquez sur "afficher l'image" pour la voir en entier.

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • Attentat de Chattanooga : pour la presse française, c’est flou…

    Attentat sur des soldats américains : notre presse officielle ne parle plus de « déséquilibré », mais de jeune homme « typique », aux motivations floues. Quand le politiquement correct oscille entre l’aveuglement et la désinformation pure et simple.

    Pour le Monde : « le tireur présumé, un garçon sans histoire à l’énigmatique blog religieux »
    Pour France info le tueur est un « Musulman discret, jeune Américain type ».
    Pour le Parisien c’est « un tireur sans histoires au mobile encore inconnu profil type du jeune Américain».

    Voici donc le nouveau profil type d’un jeune américain en 2015…

    Outre qu’il s’agisse bien clairement d’un américain typique dans une famille typique sans aucun lien avec l’islam, ses motivations sont par contre obscures :

    Pour Libération, il s’agit de « quatre militaires abattus par un tireur aux motivations inconnues ».
    Idem bien entendu pour le Nouvel Obs qui voit là « Un acte dont les motivations restent pour l’heure assez floues ».
    Il est mentionné un blog du tueur, lisible ici, mais qui est donc « énigmatique » comme pour Le Monde.

    Énigmatique en effet que de répéter plusieurs fois qu’il faut que « l’Islam domine le monde », qu’« Allah vous récompensera immensément dans une prochaine vie », que cette vie sur terre n’a de sens que dans la soumission à l’islam et à ses maîtres partis faire le jihad » et qu’il ne faut pas « se laisser distraire de son but ultime» même par les lettrés ou sa propre famille.

    Même les médias US, pourtant totalement soumis au politiquement correct n’hésitent pas à parler de terrorisme alors que chez nous pas question de remettre en cause le vivre-Ensemble mondial :

    http://fr.novopress.info/190730/attentat-de-chattanooga-pour-la-presse-francaise-cest-flou/

  • Grèce : Quand Hollande vante la sortie de l'Euro malgré lui

  • Pourquoi l’euro est l’instrument de la domination allemande

    Après l’accord conclu entre la Grèce et ses créanciers, l’influence allemande sur le continent européen est apparue au grand jour. Coralie Delaume considère qu’elle repose avant tout sur la monnaie unique.

     

    Réunion de joyeux drilles

    Il n’est pas utile de revenir sur le détail de l’accord effroyable conclu entre le Grèce et ses créanciers le week-end dernier. Tout en a été dit ou presque. Il vient d’être voté à l’unisson par les différents parlements nationaux, alors même que tout le monde, d’Alexis Tsipras à Wolfgang Schäuble en passant par le FMI et des économistes du monde entier, s’accorde à dire qu’il n’est pas viable. C’est d’ailleurs bien normal puisqu’il ne s’agit pas d’un véritable accord pour secourir la Grèce. Il s’agit au contraire de la mise en coupe réglée d’un pays vaincu, auquel on souhaite ne laisser aucune chance de rétablissement. Paradoxal, en plein cœur de « l’Europe-c’est-la-Paix ». Mais le ministre slovaque des finances Peter Kažimír a imprudemment vendu la mèche sur Twitter en avouant - avant d’effacer son tweet - que si l’accord obtenu était particulièrement dur pour Athènes, c’était parce qu’il venait sanctionner le « Printemps grec ». Pas d’accord donc, mais un châtiment. Une expédition punitive conduite par des idéologues violents. Par des « terroristes » avait lancé Yanis Varoufakis. Cela avait provoqué un tollé. On sait désormais qu’il exagérait à peine.

    Il peut être utile, en revanche, de revenir sur les enseignements que cet « accord » a livrés. Il est désormais clair, par exemple, que le projet d’Alexis Tsipras consistant à combiner la réhabilitation de la démocratie en Grèce, la fin de l’austérité et le maintien dans l’euro relevait de la quadrature du cercle. En refusant d’envisager le Grexit, le premier ministre hellène se condamnait mécaniquement à renoncer à ses deux autres ambitions. [...]

    La suite sur Le Figaro.vox

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Pourquoi-l-euro-est-l-instrument

  • La décroissance pour les nuls par Guillaume LE CARBONEL

    Qu’est-ce que la décroissance ? Ni une insulte, ni un gros mot, ni même une nouvelle variété de légumes transgéniques. Pour reprendre la belle formule de Serge Latouche, il s’agit plus sûrement d’un slogan politique aux implications théoriques. Un drapeau en quelque sorte, une bannière sous laquelle se rassemblent toutes celles et tous ceux qui luttent contre la société de l’illimité et le développement effréné.

    « Comme le mot socialisme à ses débuts, celui de décroissance reste incertain, polémique et scandaleux, étirable dans des directions contraires. C’est sa force et sa richesse de ne pas être enfermé dans une doxasclérosante, tout en offrant un vocabulaire alternatif à la novlangue envahissante du management » écrit fort justement François Jarrige, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne (1).

    De fait, la décroissance n’est ni de droite ni de gauche, si tant est que ces notions ont encore un sens pour certains. Elle est par contre radicalement anticapitaliste car opposée à la croissance pour la croissance, c’est-à-dire à l’accumulation illimitée du capital, et à l’exploitation des gens ordinaires par des minorités oligarchiques. Elle s’oppose avec force à l’idéologie du progrès et au modernisme, vus par certains comme émancipateurs, mais fabriquant en réalité, à la chaîne, un être abstrait arraché à toutes ses racines, un zombie pousseur de caddie guidé par ses seuls intérêts.

    L’idée maîtresse de la décroissance réside dans l’analyse qu’une croissance infinie est incompatible avec un monde fini. D’après l’O.N.G. W.W.F., l’humanité est entrée en situation de dette écologique depuis les années 70. Depuis, le phénomène n’a fait que s’aggraver. Aujourd’hui, notre empreinte écologique excède de 50 % la bio-capacité de la Terre, autrement dit sa faculté à régénérer les ressources naturelles et absorber le C.O.2. La revue Science estime que la planète atteint de nos jours ses limites dans quatre domaines : changement climatique, érosion de la biodiversité, changement rapide d’usage des sols et perturbation des cycles de l’azote et du phosphore (2).

    La décroissance appelle donc à une remise en cause de notre mode vie et à la construction d’un société conviviale, autonome et économe. La simplicité volontaire doit remplacer la servitude volontaire. Pour ce faire, un simple changement de cap ne saurait suffire. Décoloniser notre imaginaire nécessitera une véritable révolution culturelle et anthropologique. Une subversion totale.

    Comme le rappelait André Gorz, la critique de la croissance n’a de sens, et de portée révolutionnaire, qu’en référence à un changement social total.

    Certains s’imaginent que décroissance rime avec archaïsme, retour à la bougie ou au primitivisme. D’autres fantasment sur une croissance négative, expression absurde. Décroître pour décroître est aussi ridicule que croître pour croître.

    Il s’agit en réalité de sortir de la logique de l’accumulation illimitée et du toujours plus. Il nous faut retrouver des limites pour donner un sens à notre vie étriquée, malmenée par l’hyper-technologie et l’obsession du changement. Serge Latouche parle de réaliser l’abondance frugale, autrement dit la prospérité sans croissance. 

    À l’origine de la décroissance, on trouve deux sources quasi simultanées et convergentes : la remise en question de la société de consommation, animée dans les années 60 par des hommes comme André Gorz, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau ou encore Ivan Illitch, et la prise de conscience de la crise de l’environnement sur laquelle travaillera notamment Nicholas Georgescu-Roegen au cours des années 70.

    En 2002, le slogan sera repris par Vincent Cheney et Bruno Clémentin au travers de la revue Silence.

    Toutes ces études montrent à quel point nous vivons dans une véritable addiction à la croissance et comment l’homme s’est transformé en consommateur illimité. François Hollande affirmait encore le 5 janvier 2015 sur France Inter : « Ce que je veux, c’est que la France crée durablement des emplois. Or elle ne le fera que si la croissance dépasse 1 % ». Le moins que l’on puisse dire c’est que nous sommes loin de les atteindre. Malgré l’action de la Banque centrale européenne, l’estimation pour le mois d’avril signale un ralentissement de l’activité globale dans la zone euro par rapport au plus haut de onze mois enregistré en mars (3).

    Serge Latouche est parmi les objecteurs de croissance celui qui a le mieux définit ce que peut être une société de décroissance. Pour lui, la société moderne est basée sur une triple illimitation : dans la production de marchandises (avec destruction des ressources), dans la consommation (besoins artificiels, obsolescence programmée) et dans la production de déchets. Il appelle donc à sortir de ce piège mortifère au travers d’étapes indispensables. Ce sont ce qu’il nomme les « 8 R » : réévaluer, reconceptualiser, redistribuer, relocaliser, réduire, restructurer, réutiliser et recycler.

    Le but étant de retrouver une empreinte écologique égale ou inférieure à une planète, de relocaliser les activités, de restaurer l’agriculture paysanne et de lancer la production de biens relationnels, c’est à dire réinventer le bien commun en retrouvant une autonomie économique locale. 

    L’ancrage anthropologique de l’homo œconomicus doit disparaître au profit d’une société plus humaine. Il n’est plus question de « sauver des emplois » mais de sortir de la société travailliste et productiviste. André Gorz parle de bâtir la civilisation du temps libéré. Il faut changer les valeurs sur lesquelles repose la société, réduire l’incitation à la consommation ostentatoire, définir un projet collectif enraciné, encourager le commerce local, réduire le tourisme de masse, lutter contre le bougisme obsessionnel et la marchandisation du vivant, contre l’isolement engendré par le numérique et contre les grands projets inutiles. 

    On le voit, la décroissance est un projet révolutionnaire infiniment plus dense que ses détracteurs veulent bien le laisser croire. Il est surtout le seul paradigme véritablement nouveau qui offre un contre-projet de société viable et sans cesse en évolution. C’est la nouvelle utopie du XXIe siècle, un art de vivre, une vocation à reprendre la main et à façonner littéralement son mode de vie (4). 

    Guillaume Le Carbonel

    Notes

    1 : cf. La Décroissance, n° 118, avril 2015. 

    2 : cf. Le Monde, le 15 janvier 2015.

    3 : cf. Challenge.fr, mis en ligne le 23 avril 2015.

    4 : cf. Clara Breteau, La Décroissance, n° 114, novembre 2014.

    • D’abord mis en ligne sur Cercle non conforme, le 25 mai 2015.

    http://www.europemaxima.com/