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  • Planète à vendre

    Comment les pays riches et la finance internationale font main basse sur les terres arables, de l’Arabie Saoudite à l’Uruguay, des États-Unis à l’Éthiopie.

  • Affaire Titan : Maurice Taylor, l'esprit et la lettre

    Un fabricant de pneus américains a scandalisé la France entière, après qu'a été rendue publique la lettre qu'il avait adressée au ministre Arnaud Montebourg. Mais bien qu'il s'exprime de façon caricaturale, il n'a rien d'un chantre du libéralisme - au contraire !
    Maurice M. Taylor Jr., surnommé "le Grizzli", était une personnalité totalement inconnue en France il y a quelques semaines encore. Ce dirigeant américain d'une entreprise de fabrication de roues et de pneumatiques "hors route", Titan, basée à Quincy (Illinois), a pourtant acquis en quelques heures .une notoriété, doublée d'une impopularité, qui n'a certainement pas manqué de le surprendre, et peut-être de le réjouir. Qu'a-t-il fait ? Sollicité par le ministre Montebourg pour reprendre l'usine Goodyear dite "d'Amiens Nord", il s'est fendu d'une lettre rendue publique dans laquelle il fustige en quelques lignes les gouvernements français et américain, les salariés et les syndicats hexagonaux, les avocats et les politiques en général. Point d'orgue de la missive : « How stupid do you think we are ? », que nous ne ferons pas l'offense à nos lecteurs de traduire...
    Provocation
    Il s'agit bien évidemment d'une provocation, de la part d'un entrepreneur connu pour son caractère entier et ses positions radicales, qui fut candidat (1 %) à la primaire républicaine de 1996. Mais, au-delà des mots (qui semblent avoir étrangement blessé notre ministre, pourtant lui aussi volontiers caustique avec les interlocuteurs ne rentrant pas dans ses vues), n'y a-t-il pas quelques vérités qui blessent dans la prose de Morry Taylor ? Par exemple, lorsqu'il dénonce la faiblesse de notre gouvernement face à la Chine en matière de lutte contre la subvention déloyale de son industrie, a t-il tort ? Certes non, point n'est besoin d'exemple pour rappeler que l'Europe, ouverte à tous vents, laisse s'effondrer des pans entiers de son outil de production. Et lorsqu'il affirme qu'en matière de sauvetage d'entreprises en difficulté, « syndicats et gouvernement ne font que discuter », on ne peut pas ne pas songer au contraste entre, d'une part, l'entrepreneur qui a bâti un groupe de près d'un milliard et demi de chiffre d'affaires à partir des ruines de concurrents moribonds et, d'autre part, les tentatives infructueuses auxquelles nous assistons depuis quelques mois en France.
    Sa dénonciation du syndicalisme est certes excessive et caricaturalement américaine. Il faut toutefois rappeler que le site d'Amiens Nord, en difficulté depuis 2008, souffre, entre autres maux propres à l'industrie pneumatique européenne (faiblesse du marché automobile, coût du caoutchouc, concurrence chinoise), du jusqu'au-boutisme de leaders syndicaux, dont certains mènent en parallèle une carrière politique locale à l'extrême gauche. Cette attitude a découragé bien des repreneurs, dont...Titan, le groupe de Morry Taylor, qui a visité l'usine en mai 2012, et a été déclaré « persona non grata » par la CGT locale ! Quelle mouche a donc piqué notre ministre pour qu'il sollicite un industriel éconduit de la sorte quelques mois auparavant ? Nous préférons croire qu'il ne s'agit que d'une imparfaite connaissance du dossier.
    Débrayages multiples
    Autre point d'achoppement, et non des moindres, avec l'opinion publique et nos classes dirigeantes politique et économique, pour une fois à l'unisson : M. Taylor affirme que « les ouvriers travaillent trois heures, mangent une heure et discutent trois heures ». Les responsables syndicaux auraient même répliqué à l'Américain que « c'est comme ça en France » ! Que n'a-t-il pas dit là ? Certes, ce propos paraît outrancier, tant nous connaissons tous, dans toutes les branches d'activité, publique ou privée, des salariés et des responsables qui ne comptent pas leurs heures et manifestent une louable conscience professionnelle. Ceux-là peuvent légitimement se sentir blessés par de tels propos. Mais c'est oublier qu'ils ne leur étaient pas destinés. En effet, M. Taylor décrit, sans doute en appuyant un peu sur la plume, ce qu'il a vu dans l'usine d'Amiens au moment de sa visite : une usine en conflit social sporadique, sujette à des "débrayages'' permanents, ce qui est hélas une réalité, notamment dans certaines entreprises du secteur automobile. Cette situation est tolérée, d'une part par les directions pour qui cet état de fait est un moindre mal en regard des moyens à mettre en oeuvre pour faire tout simplement appliquer le règlement intérieur et respecter les contrats de travail, et d'autre part par les pouvoirs publics qui ont depuis longtemps renoncé à garantir aux salariés des usines concernées la simple liberté de ne pas faire grève...
    En toute impunité
    Qu'on songe à la situation ces dernières semaines sur le site PSA d'Aulnay-sous-Bois, où certains salariés, sous la houlette d'un apparatchik trotskiste, paralysent impunément la production en recourant à la violence. Ces mêmes pouvoirs publics restent sans réaction face aux chantages écologiques (menaces de pollution, comme chez Cellatex dans les Ardennes), voire terroristes (menaces d'explosions, comme récemment à la fonderie DMI de Vaux dans l'Allier, où les grévistes n'ont fait qu'imiter leurs confrères d'Ingrandes-sur-Vienne il y a deux ans). Ils encouragent ainsi les comportements extrémistes, dont la finalité n'est pas tant de sauvegarder les emplois que d'obtenir une indemnité de licenciement plus conséquente. Les députés communistes ne s'y sont pas trompés, qui s'apprêtent, à l'heure où nous écrivons, à réclamer l'amnistie pour les voies de fait commises lors des conflits sociaux ! Le décalage entre cette situation, qui ne choque même plus un seul homme politique français, et l'état d'esprit d'un entrepreneur américain comme Maurice Taylor, est tel que l'on pourrait presque qualifier son propos de modéré si l'on ne craignait de vexer inutilement des compatriotes auxquels on répète en boucle et sans le moindre fondement qu'ils ont la meilleure productivité au monde.
    Protectionnisme
    Le dernier point que nous soulignerons (mais il y en a d'autres dans ce texte riche d'enseignements) est la référence du patron de Titan au protectionnisme. Ceux qui dépeignent l'homme comme un tenant du libéralisme à tout crin n'ont pas lu sa lettre jusqu'au bout : d'une part, il décrit son action "antidumping" contre les pneus agricoles chinois ayant inondé son marché local (rappelant au passage qu'il a dépensé des millions de dollars en avocats, pour une procédure finalement gagnée qui permet à l'État américain de percevoir un impôt sur les importations sans que lui n'ait rien touché...) ; d'autre part, il annonce que, faute d'une politique économique réaliste et efficace, Michelin (dix fois plus gros que Titan en chiffre d'affaires !) ne sera dans cinq ans plus en mesure de produire des pneus en France. On peut qualifier ce propos de forfanterie. On peut aussi s'interroger sur le fait qu'un groupe comme Michelin réalise effectivement la plupart de ses bénéfices dans ses sites hors d'Europe. On pourrait aussi questionner nos politiques sur l'inefficacité de leur action pour enrayer le déclin du marché automobile européen (par pitié, qu'on ne nous parle pas de la voiture électrique !) et l'absence totale de contrôle aux frontières (françaises ou européennes) pour des produits aussi banalisés que les pneumatiques, qui peuvent impunément être importés de pays où ils sont fabriqués dans des usines subventionnées, et de surcroît au mépris des standards sociaux et environnementaux imposés à notre industrie. Telle est aussi la leçon de Maurice Taylor. Qu'elle soit amère et donnée dans des formes peu civiles sous nos longitudes ne doit pas nous interdire de les méditer. Sans trop tarder...
    Jean-Marc Ferrand Action Française 2000 mars 2013

  • La faillite de la reconstruction irakienne

    60 milliards de dollars de subsides avec des résultats jugés “insuffisants”. Panetta critique le retrait voulu par Obama. Une leçon pour l’Afghanistan !

    Les Américains ont envahi l’Irak il y a dix ans et ont consacré 60 milliards de dollars pour la reconstruction du pays et le gros de cette somme colossale est parti en fumée. Stuart Bowen vient de le confirmer; il est le chef de l’agence gouvernementale de vigilance sur la reconstruction de l’Irak. Il vient de présenter son rapport final au Congrès américain. Ce rapport contient aussi une critique acerbe du modus operandi du Président Obama, formulée directement par l’ancien secrétaire d’Etat à la défense, Leon Panetta. Selon cet ancien chef du Pentagone, le retrait total des troupes américaines à la fin de l’année 2011 a réduit considérablement le pouvoir d’influence de Washington sur Bagdad. Panetta critique surtout l’incapacité du gouvernement Obama à trouver un accord avec Bagdad sur la présence militaire permanente des Etats-Unis, en particulier sur l’immunité des soldats américains face aux lois irakiennes.

    Les coûts de la reconstruction, a déclaré Bowen, “ont été beaucoup plus élevés que prévu” et les résultarts obtenus sont “insuffisants, vu les sommes engagées”. En effet, nonobstant le fait que Washington ait déboursé 15 millions par jour, l’Irak demeure encore et toujours un pays pauvre, en grande partie privé d’électricité et d’eau potable. A Bassorah, seconde ville d’Irak, on peut encore voir des égoûts à ciel ouvert. En tout, y compris les frais diplomatiques, militaires et autres, les Etats-Unis ont dépensé près de 767 milliards de dollars depuis l’invasion de l’Irak, selon le “Congressional Budget Office”. Selon les organisations qui contrôlent les dépenses fédérales, les projets encore en cours feront monter la note à quelque 811 milliards!

    Dans de trop nombreux cas, explique Bowen, les fonctionnaires américains ne se sont pas entretenus avec les autorités irakiennes pour essayer de comprendre comment ils pouvaient rendre service au pays ou pour tenter de savoir dans quels projets il fallait prioritairement investir de l’argent. Le résultat de tout cela, c’est que les Irakiens se sont désintéressés des initiatives américaines, tout en refusant de payer leur part, de terminer les travaux, de mettre en oeuvre les projets au préalable acceptés.

    Le rapport de Bowen s’intitule “Apprendre de l’Irak” et fait référence à la situation en Afghanistan. Là-bas aussi, en douze années de guerre, les Etats-Unis ont dépensé des dizaines de milliards de dollars (90, dit-on) pour des projets dont l’issue est plus que douteuse. Prochainement, le gouvernement de Kaboul devra décider d’octroyer ou non l’immunité aux soldats américains après le retrait total prévu pour 2014.

    Ferdinando CALDA.
    (articule paru sur le site du quotidien romain “Rinascita”, 8 mars 2013; http://www.rinascita.eu/ ).

  • L’activisme LGBT dans les deux Europes : stratégies divergentes et complémentaires d’une extrême-droite postmoderne

    L’activisme LGBT dans les deux Europes : stratégies divergentes et complémentaires d’une extrême-droite postmoderne Largement reconnu par divers mouvements politiques, mais aussi des masses populaires importantes de par le monde comme étant l’un des systèmes sociaux les plus injustes, les plus violents et les plus suicidaires de l’histoire humaine, le capitalisme libéral – et son expression géostratégique la plus achevée du moment : l’Empire occidental –, en plein triomphe mondial du système électoral majoritaire, survivent principalement du fait de leur habileté à préempter et coopter leur propre contestation. Dans cet art de la guerre idéologique, la maxime divide et impera restant incontournable, ce sont souvent les minorités – ethniques ou sociologiques – qui servent d’instrument plus ou moins conscient à ces politiques de diversion/contention des masses, et en font finalement les frais.

    L’une de ces minorités – dont l’exploitation victimaire à titre d’allié de l’impérialisme constitue néanmoins une innovation récente, typiquement postmoderne (dans le monde moderne, elle produisait plutôt de véritables révoltés et des révolutionnaires authentiques) – est ce qu’il est aujourd’hui d’usage de nommer (en dépit d’un flou conceptuel presque total et d’une non-représentativité drastique de ses représentants autoproclamés) la « communauté homosexuelle », ou, en newspeakdans le texte : « communauté LGBT ».

    Il serait fastidieux – et, à l’ère électronique, largement inutile – de récapituler les liens organiques, de financement, d’inspiration et de contrôle souvent presque direct qui relient le monde de l’activisme LGBT (semi-)professionnel aux élites impériales et à l’intelligentsia mondialiste ; ils sont patents, officiels, et n’échappent finalement qu’à la vue de ceux qui ont choisi de ne pas voir.

    Dans le concret des actualités politiques de divers pays européens, en revanche, il peut s’avérer intéressant de comparer les stratégies qu’adoptent les mouvances LGBT locales (ou que leurs dictent leurs sponsors, toujours occidentaux), des deux côtés de l’ancien – mais durablement actuel – rideau de fer.

    Générations, contraintes et ambitions

    Pour résumer, à l’échelle de l’Europe, l’« argumentaire » de la nébuleuse discursive LGBT (forcément assez mal structuré, étant donné que leur dynamique sectaire les éloigne généralement de tout débat ouvert avec de réels contradicteurs) au cours du demi-siècle écoulé, on pourrait distinguer – avec le décalage chronologique Est/Ouest de rigueur – deux générations, correspondant à deux « cultures homosexuelles » et à deux argumentaires assez distincts, quoiqu’unis par le leitmotiv de la revendication communautaire.

    1/ l’âge héroïque : « touche à pas mon pédé ! »

    Revendication majeure de la première génération d’activistes gayde l’après-68 : il existerait une criminalité spécifique, dont la cible serait la « communauté LGBT », et le mobile, l’homophobie.

    La première partie de l’affirmation est spécieuse : les victimes du vol à l’arrachée ne constituent pas ipso facto la « communauté des possesseurs de sacs-à-mains arrachables » ; par conséquent, les victimes de cette criminalité spécifique – dont je ne cherche pas à nier l’existence – sont des citoyens du pays P., un point c’est tout. Juridiquement – sauf liens de dépendance préalables les unissant à l’agresseur – considérer telle ou telle de leurs spécificités sociologiques comme une circonstance aggravante ou atténuante du point de vue des infractions commises irait totalement à l’encontre du principe d’égalité devant la loi.

    Reste donc la seconde partie : cette criminalité est motivéepar l’homophobie. Et alors ? Quand bien même on assisterait à de véritables razzias dans les milieux LGBT, il resterait toujours difficile pour autant à ce type de criminalité d’égaler la statistique (hommes et femmes confondus) du crime passionnel hétérosexuel. Songe-t-on pour autant à interdire l’hétérosexualité, où la sexualité en général ? Remarquons que ce serait en effet une méthode radicale, et a priori efficace, de mettre fin au crime passionnel. Plus sérieusement, ce qui, conceptuellement, rapproche, voire identifie tout simplement cette « revendication LGBT » au discours sécuritaire d’extrême-droite, c’est son approche fondamentalement étiologique de la criminalité : à rebours de la pratique bourgeoise classique consistant à assumer les risques de la liberté humaine dans la mesure où la loi est là pour en sanctionner les abus, cette approche (« préventive » – qui aboutit par exemple aux programmes de profilingpsychologique, et bientôt génétique) est la porte ouverte à toutes les monstruosités de l’ingénierie sociale ; dans le meilleur des cas, elle ne peut que déboucher – et c’est bien à cela qu’on assiste en ce moment – sur des programmes de rééducation sociale à grande échelle.

    Contre ce meilleur des mondes dont l’agressivité propagandistique LGBT impose peu à peu l’évidente nécessité, réaffirmons-le sans peur : il n’y a rien de criminel dans le sentiment homophobe. C’est peut-être un trait de caractère rudimentaire, grossier, peu réfléchi, inélégant etc. – mais en aucun cas un délit, à la différence, par exemple, d’une voie de faits ou d’un actede discrimination (concernant, par exemple, l’accès à la fonction publique). Criminaliser des sentiments, c’est la porte ouverte à la police de la pensée. Par conséquent, la présomption de culpabilité à l’origine de la plupart de ces programmes (culturels, scolaires etc.) de rééducation doit être fermement rejetée.

    Le contre-argument, consistant à présenter l’hypothétique « communauté LGBT » comme victime d’une discrimination du fait d’une exposition statistiquement supérieure à des actes hostiles, conduit, selon la même logique, à traiter toute catégorie de risque comme un sujet juridique. Ainsi, en supposant que les jeunes femmes et jeunes hommes sexuellement attirants soient plus souvent victimes de viols que la moyenne : existerait-t-il pour autant une « communauté des bien roulés » qui pourrait ou devrait faire valoir ses droits en vue de rééduquer la « population laide », ou éventuellement de punir plus sévèrement les infractions commises à son encontre (finalement basées sur « l’idéologie de la beauté physique », que les médias, notamment visuels, propagent en même temps que l’infâme préjugé hétérosexuel) ?

    Par conséquent, à partir du moment où plus aucune discrimination juridique n’existe et où le système judiciaire punit avec une égale sévérité tous les actes violents ou abusifs, y compris quand des homosexuels en sont victimes ou quand l’homophobie les inspire, on peut considérer que l’activisme LGBT resterait sans objet.

    C’est ici qu’apparaît la première dissymétrie notable entre les deux parties de l’Europe.

    A l’Est, en 1990, cet argumentaire victimaire de 1èregénération conservait de solides apparences de légitimité : largement tabouisée, l’homosexualité y faisait, effectivement, l’objet de mesures légales hostiles, allant de sa pénalisation pure et simple à diverses formes de discrimination juridique négative ; au quotidien, la violence homophobe n’était pas rare. En conséquence, on y a assisté à l’apparition d’un activisme homosexuel fortement structuré et politisé, d’une radicalité d’autant plus frappante qu’il se déclarait représentatif d’une communauté qui, dans le tissu social, restait quant à elle des plus discrètes.

    A l’Ouest, où cet argumentaire était déjà caduc au même moment, la mouvance LGBT, au cours de la même période, a pris une coloration plus culturelle-festive, vaguement nihiliste et franchement pornographe, réactualisant dans un registre moins naïf, à l’image des proses de Guillaume Dustan, les thématiques libertaires radicales de mai 68 ; puis, face à l’essoufflement (ou, dans beaucoup de cas, la disparition précoce) de cette génération « héroïque », de couches plus profondes de la société, on a vu émerger une nouvelle génération, nettement plus acculturée par la « culture gay » anglo-saxonne, enrégimentée dans un activisme plus structuré, autour d’un nouveau set de revendications.

    2/ l’homoparentalité, deuxième souffle de l’activisme LGBT

    Arrivés au point où même la statistique des tabassages ne semble plus pouvoir faire tourner le moteur de l’indignation anti-homophobe (et, subséquemment : faire bouillir la marmite du professionnel de l’indignation anti-homophobe, aussi connu sous le nom de « militant LGBT »), on voit apparaître l’idée que l’inexistence des « familles homosexuelles » constituerait en soi une discrimination. Affirmation paradoxale, dans la mesure où tout l’effort du droit individualiste bourgeois tendait depuis des siècles à remplacer les sujets collectifs du droit traditionnel coutumier (dont la famille) par des relations bijectives, si possibles contractuelles, annulables et négociables. Ainsi, dans un pays comme la France, à partir du moment où un dispositif légal comme le PACS permet à quiconque d’associer tout autre adulte (de sexe opposé ou de même sexe, citoyen français ou étranger, consanguin ou non) aux privilèges juridiques (héritage etc.) qui étaient traditionnellement ceux du conjoint, on peut légitimement se demander : que leur manque-t-il encore ? Des enfants.

    Le mirage homoparental ou les pédés utiles du système

    La « faille » du système juridico-administratif des Etats modernes dans laquelle s’engouffre alors l’argumentaire LGBT, c’est l’assistance portée par le système public de santé aux couples hétérosexuels stériles, actuellement « refusée » aux couples homosexuels, (naturellement) stériles eux-aussi. D’où une nouvelle aporie :

    *soit on considère (comme l’ordre moral bourgeois du XIXe siècle, auquel le militantisme LGBT postmoderne, par bien des aspects, nous ramène) l’homosexualité (« l’inversion », pour reprendre la terminologie de l’époque) comme une maladie (on imagine sans mal le tolléque ça susciterait…), ce qui justifierait non seulement le traitement symptomatiquede la stérilité homosexuelle par l’introduction de procédures comme la Procréation Médicalement Assistée ou la Gestation Pour Autrui, mais aussi, et surtout, son traitement radical, c’est-à-dire la rééducation des homosexuels, tels que la pratiquait l’Europe bourgeoise de Freud, Weininger & Co.

    *soit on proclame un droit universel à la descendance, dont on ne voit absolument pas, juridiquement, comment on pourrait en limiter la jouissance aux seuls couples hétéro- et homosexuels : tout comme il existe une homoparentalité de facto (souvent invoquée à titre d’argument en faveur de son institutionnalisation), l’immigration de masse en provenance du monde arabo-musulman a provoqué en Europe l’apparition de familles polygames de facto. La tradition étant implicitement rejetée comme source de droit, au nom de quel principe pourrait-on exclure les polygames du droit à l’enfant ? Et les célibataires endurcis (dont ceux vivant, souvent en très bonne harmonie, avec un animal de compagnie parfois plus intelligent que certains conjoints…) ? Si on a pu affirmer, en plein délire LGBT, qu’il vaut mieux « deux papas qu’une maman alcoolique », il coule de source qu’il vaut mieux être élevé par un riche retraité propriétaire d’un beau chat siamois que par deux chômeurs drogués, de sexe opposé ou non.

    Concrètement, c’est naturellement cette seconde option qui est implicitement favorisée – sinon par les « militants LGBT » dans leur infinie (quoique souvent intéressée) naïveté – du moins par les sponsorsinstitutionnels publics et privés de l’homoparentalité. Elle constitue en effet une « évolution sociale » typiquement capitaliste, consistant à faire tomber les obstacles culturels qui s’interposent entre une technologie (le génie génétique en pleine expansion) et son marché « naturel », entre une industrie prometteuse et ses débouchés. L’ironie de l’histoire, c’est que ce marché sera à terme hétérosexuel dans son énorme majorité : tout comme ils servaient parfois de boucs-émissaires dans les âges obscurs de l’homophobie (souvenons-nous de la Nuit des Longs Couteaux, à l’époque justifiée aux yeux de l’opinion publique allemande comme action de purification morale contre une coupole SA « dégénérée »), les homosexuels servent maintenant, souvent à leur corps défendant, de cheval de Troie au lobby LGBT pour faire pénétrer Monsanto & Co. dans l’utérus humain.

    De United Colors à Lebensborn reloaded

    En effet, la société oligarchique créée par le capitalisme zombie se heurte depuis une cinquantaine d’années à une contradiction gênante : en déstructurant le clan et la famille conformément au programme illuministe, en virilisant la femme selon la méthode nommée, non sans humour involontaire, « féministe », le capitalisme a créé une relation d’inversement proportionnel – inédite dans l’histoire des élites – entre degré de centralité sociale (« de succès économique ») et degré de fertilité. Pendant quelques décennies, encore imbues de l’idéologie libertaire de mai 68, les élites mondialistes ont cru pouvoir régler le problème avec un programme « d’adoption collective », aujourd’hui dénoncé par toutes sortes « d’identitaires » et de racistes sous le nom de « remplacement démographique » (mais aussi remis en cause par des ténors du mondialisme institutionnel, comme Merkel ou Sarkozy, sous l’étiquette d’« échec du multiculturalisme ») : en important du matériel humain en provenance de pays jeunes et/ou de communautés autochtones dominées, démographiquement plus dynamiques, constituant souvent des minorités raciales visibles. C’est ce processus qui a créé la génération de leadersà laquelle B. Obama finira probablement par donner son nom : Colin Powell, Condoleezza Rice, Christiane Taubira, Rachida Datti, Philipp Rösler etc.

    Quelque soit la servilité de ces domestiques de couleur de l’oligarchie occidentale, à l’échelle de société entières, le processus a entre temps largement déçu ses initiateurs, qui avaient – bien naturellement – surestimé le pouvoir acculturant du modèle occidental (antinomiquement connu dans leur vocabulaire comme « la civilisation »), et donc accordé peu d’attention à la question fondamentale : comment importer du matériel humain en provenance de sociétés traditionnelles (donc fécondes), sans importer la tradition (dans leur vocabulaire : « l’obscurantisme », « l’islamo-fascisme », « le Moyen-âge » etc.) ? Question à laquelle le Gestelltechnico-industriel occidental a entre temps trouvé la réponse : en séparant cette fécondité de ces sociétés ; en isolant l’utérus de la mère, devenue simple « porteuse », bête d’élevage d’une ingénierie biologique pour une fois destinée, non à garnir les assiettes de l’Occident, mais ses berceaux.

    A terme, ce ne sont naturellement pas les « couples LGBT » (par ailleurs statistiquement caractérisés par une énorme instabilité sexuelle, une violence dépassant la moyenne et une espérance de vie inférieure à la moyenne d’une dizaine d’années) qui feront massivement usage des possibilités d’adoption, de fécondation et de location d’utérus à la carte ouvertes par ces nouvelles législations, mais bien des masses compactes de couples hétérosexuels des métropoles coloniales de l’Empire occidental, qui pourront ainsi rendre l’impératif de procréation compatible avec la virilisation du conjoint féminin, lequel ne peut plus – économiquement, esthétiquement, et finalement : moralement – s’abaisser aux basses-œuvres de la gestation. Et, dans le cas de la PMA et de la GPA, ils pourront (outre les tentations eugénistes qui se manifestent aussi dans l’économie des adoptions) le faire sans renoncer au principe néo-aristocratique raciste de conservation du patrimoine génétique – sans s’ouvrir par l’adoption à cette fameuse « diversité » dont ces mêmes militants LGBT (ou leurs collègues d’autres départements de la « société civile » institutionnalisée) chantent si bruyamment les louanges. Voilà à quoi auront in fine servi tous ces films lacrymogènes sur les pauvres lesbiennes empêchées par le fascisme homophobe d’élever leur jolie petite vietnamienne : à justifier la marchandisation des corps féminins du Tiers-monde au service d’un projet de pureté raciale et idéologique qui n’a plus grand-chose à envier au Lebensbornde Himmler.

    Consensus à l’Ouest

    Paradoxalement, à l’Ouest, cette nouvelle phase de la croisade LGBT a été l’occasion d’une nouvelle forme de dépolitisation du Kulturkampfhomosexuel : présenté comme une conquête de la normalité la plus « naturelle », et largement institutionnalisé par une classe politique mainstreamtransversalement acquise à la cause LGBT (pour cause d’allégeance générale à l’idéologie mondialiste, mais aussi, il faut bien le dire, de la présence dans ses rangs d’une composante homosexuelle numériquement disproportionnée), le combat pour l’homoparentalité est devenu un lobbyingefficace, suscitant une opposition elle aussi « lobbyisée », politiquement transversale, réunissant les derniers rescapés d’une gauche et d’un centre « vieux jeu » à des catholiques peu politisés et à diverses formes néologiques – notamment « identitaires » – de l’extrême-droite (auxquelles, cependant, le Front National français a refusé d’apporter sa caution institutionnelle).

    En tant que tel, il cherche avant tout à occuper le terrain, à désarmer ses adversaires et à se normaliser en cultivant l’image proprette d’une « normalité gay » aux antipodes du nihilisme jouisseur des générations précédentes. Fort symptomatique est, de ce point de vue, la stratégie adoptée par la mouvance LGBT vis-à-vis des Églises et des communautés religieuses : occulté par le showmédiatique de l’athéisme militant, voire terroriste, des FEMEN importées en dernière minute d’Ukraine, on remarque plutôt un travail de sape et de séduction, consistant à arracher, de ci, de là, des concessions idéologiques à tel ou tel dignitaire religieux, à susciter l’apparition de « dissidences LGBT » au sein d’Églises constituées (en France, le cas d’une « mosquéegay-friendly », quoique largement controuvé, a fait beaucoup de bruit) etc. Stratégie logiquement prévisible, dans la mesure où, en Europe de l’Ouest déchristianisée, la religiosité active est en grande partie néologique, New Age, profondément postmoderne, donc psychologiquement sensible à l’argumentaire victimaire et émotif, au progressisme messianique et apparemment apolitique de l’activisme LGBT occidental.

    Radicalisation à l’Est

    A l’Est, c’est presque l’inverse. Justifiées à l’origine par l’existence de réelles discriminations, les vastes structures de lobbyingapparues après 1990 sur fonds occidentaux (notamment à travers les O« N »G de G. Soros) déploient un travail efficace qui, conjugué à la pression institutionnelle exercée par l’UE, conduit vite à une dépénalisation complète des pratiques homosexuelles, et à la suppression relativement rapide (aujourd’hui consommée) des discriminations objectives. Se pose alors le problème – bien connu dans la sociologie des conflits – de la réinsertion du personnel desdites structures. Les mentalités évoluant naturellement moins vite que le cadre juridique, la « communauté LGBT » (telle qu’elle a entre temps, à l’Ouest, pris corps de façon parfois sociologiquement massive, comme à Paris sous la forme du quartier gaydu Marais) reste une abstraction, largement invisible ; de ce fait, le combat pour l’homoparentalité – et, plus généralement, le militantisme LGBT de deuxième génération – tourne à vide, d’autant plus que les gouvernements compradores installés et contrôlés par Bruxelles, Berlin et Paris se montrent généralement disposés à adopter n’importe quelle réforme juridique LGBT, d’autant plus facilement qu’à court terme, l’enjeu réel de ces législations leur semble – peut-être à bon droit – largement inexistant. Menacé de disparition par son inutilité de facto, l’activisme LGBT (semi-) professionnel d’Europe orientale va alors, à la faveur d’un nouveau contexte de relations Est-Ouest, se tirer de l’impasse par une surenchère radicale et radicalisante.

    C’est en effet vers la même époque qu’intervient la « crise » économique mondiale de la fin des années 2000, et sa conséquence immédiate : une intensification/accélération immédiate des processus de spoliation financière et économique de la périphérie européenne postcommuniste par sa métropole coloniale d’Europe de l’Ouest, elle-même aux abois, entraînée dans l’abyme par la dernière métastase du capitalisme-zombie anglo-saxon. Les conséquences sociales douloureuses de ces processus produisent des effets politiques surprenants pour une élite occidentale accoutumée à une totale passivité des masses anesthésiées et des élites cooptées de leurs colonies orientales : virage nationaliste du parti orange hongrois conduisant en 2010 au triomphe électoral d’un FIDESZ devenu adepte du patriotisme économique, retour en grâce d’ex-communistes en République tchèque, chute, au printemps 2012, du dernier gouvernement du parti orange roumain (resté, quant à lui, parfaitement fidèle à sa stratégie de servilité phanariote vis-à-vis de l’Occident, d’où une impopularité massive et croissante), émeutes de février 2013 en Bulgarie…

    Dans un tel contexte, les mouvances LGBT d’Europe orientale, qui – au moins dans les pays, comme la Roumanie, où c’est une « gauche » (nominale) qui capitalise politiquement sur le mécontentement anticolonial – auraient pu adopter une stratégie « de front populaire » en cherchant à se fondre dans les nouvelles majorités (déclarativement) progressistes en cours de formation, font alors le choix inverse : celui d’une radicalisation de leur rhétorique dépassant par bien des aspects celle de leurs homologues occidentaux, pourtant bien plus proches qu’elles du but, les exposant à un isolement social et politique croissant.

    Début 2013, l’ONG Accept Romania (tout un programme…), filiale roumaine de la pieuvre LGBT ILGA Europe (financée par l’UE, le gouvernement hollandais, Soros et le trustRausing), décide, dans le cadre d’un « mois d’histoire LGBT », d’organiser des projections de « films LGBT » (dont un film faisant l’apologie de l’homoparentalité) dans la salle de projection du Musée du Paysan roumain – sanctuaire du traditionalisme et du nationalisme roumain. Cette provocation délibérée porte naturellement ses fruits, sous la forme d’une action de protestation de mouvements orthodoxes et nationalistes, qui interrompent une projection en brandissant des pancartes et en chantant hymnes et cantiques. Aussitôt dénoncée comme « violence fasciste », cette action, qui n’a été entachée d’aucun acte de violence physique, suscite un tir nourri de désapprobations institutionnelles, mais pas l’indignation massive et virulente de la gauche intellectuelle roumaine (incarnée, notamment, par la rédaction du journal électronique CriticAtac), qui préfère traiter l’affaire par le dédain et l’ironie, visiblement peu disposée à seconder la surenchère de militants LGBT dont les appuis institutionnels ne sont que trop évidents, et qui appellent ni plus ni moins qu’à la sévérité policière de l’Etat face à des manifestants non-violents – assumant ainsi un rôle d’auxiliaire de police courant dans le gauchisme institutionnalisé des pays d’Europe de l’Ouest, mais qui, à l’Est, gêne un peu aux entournures des élites progressistes souvent constituées d’anciens dissidents aux dictatures de l’avant-1990… Cette tiédeur est vite sanctionnée par un article, cosigné dans ce même journal par les intellectuels gauchistes clujiens A. Cistelecan et V. Lazar, lesquels, avec une certaine naïveté de novices, nous livrent ce faisant un document assez parlant sur ce nouveau radicalisme idéologico-sociétal du gauchisme oriental – un gauchisme si radical qu’il atteint par endroit l’extrême-droite…

    L’activisme LGBT d’Europe orientale : une nouvelle extrême-droite

    D’une façon paradoxale eu égard au fait que les homosexuels figuraient en bonne place parmi les cibles prioritaires des terreurs organisées par les régimes d’extrême-droite de l’âge moderne, ce nouveau radicalisme LGBT de l’Europe orientale postmoderne présente, avec encore bien plus de clarté que ses équivalents occidentaux, beaucoup des traits structurels définitoires d’un activisme d’extrême-droite : élitaire, groupusculaire, para-institutionnel, intolérant et maximaliste, il favorise les intérêts de grands groupes industriels et financiers, qui le lui rendent bien.

    Ces caractéristiques sont, évidemment, largement solidaires les unes des autres : étant élitaire (partant toujours du principe que la majorité populaire n’a pas les moyens intellectuels de comprendre la grandeur du message LGBT – comme l’ont expressément reconnu A. Cistelecan et V. Lazar dans l’article précédemment cité), cet activisme ne repose ni ne veut reposer sur un mouvement de masse et, partant, ne peut être que para-institutionnel ; or, en effet, une simple recherche Google suffit à constater qu’il n’existe pas en Roumanie d’association de militance LGBT ayant pignon sur rue qu’on ne puisse relier en moins de trois clics à un petit groupe de sponsorssoit institutionnels (notamment l’UE, le gouvernement hollandais et la maison royale britannique), soit liés au grand capital financier monopolistique (trustRausing, O« N »G de G. Soros, fondation ERSTE…).

    Groupusculaire, élitaire et extrémiste (l’article auquel je faisais précédemment allusion parle expressément d’« épurer l’espace public » de la vermine homophobe), il se constitue en « élite révolutionnaire » – trait structural qui le rapproche des « professionnels de la révolution » prônés par le bolchévisme – mais, au lieu de prêcher ou d’exercer la subversion ou le terrorisme de facto (par exemple en dynamitant le siège de grandes entreprises dont la publicité véhicule systématiquement une image familiale hétéro-centrée du bonheur), il en appelle systématiquement à la violence légale de l’Etat (à l’intervention des forces de police, ou de la censure dans le monde des idées) pour réduire au silence toute contradiction, même non-violente, d’où qu’elle vienne, en la décrivant systématiquement comme « fasciste », au mépris de toute cohérence conceptuelle (même quand elle est, par exemple, clairement traditionnaliste/cléricale, ou au contraire ouvertement marxiste).

    De la gestion néocoloniale des sous-sols et des sphincters

    Cette attitude maximaliste rappelle bien sûr furieusement le slogan TINA (« There Is No Alternative ») du néolibéralisme d’Etat à la Reagan/Thatcher, et pour cause : pour nous limiter au cas de la Roumanie, à la croisée de tous les chemins souvent fort détournés du réseau mondialiste, on trouve par exemple Knut Neumayer ; issu de la diplomatie autrichienne, donc probablement « en contact » avec les services secrets autrichiens, il est d’abord exfiltré vers le journal Der Standard, qui se fait remarquer à l’été 2012 en relayant une propagande brutalement coloniale contre le peuple roumain et ses choix électoraux légitimes – lesquels choix (c’est tout du moins ce dont le parti « orange » précédemment au pouvoir, mis en difficulté, tentait de convaincre l’Occident) remettaient en cause la soumission du pays aux diktatsde la troïkaUE/FMI/Banque mondiale. De là, il arrive en bonne place dans le personnel de direction de la fondation ERSTE (financée par la banque du même nom, aux intérêts de laquelle laditetroïka n’est naturellement pas indifférente), qui se trouve être l’un dessponsors de l’agitation LGBT en Europe postsocialiste (curieusement pas en Europe de l’Ouest…), et notamment en Roumanie (à travers, notamment, le financement du fameux « mois de l’histoire LGBT » organisé… au Musée du Paysan roumain). Ainsi, que ce soit sur le plan de la « responsabilité fiscale et économique » ou de la néo-moralité qui rend les peuples mal dégrossis compatibles avec la « civilisation occidentale », on voit que les puissances coloniales tutélaires (s’agissant de la Roumanie : l’Allemagne et son hinterlandautrichien) se sont doté d’un personnel spécialisé dans la gestion de l’image des peuples colonisés, et donc dans la justification d’imminentes ingérences dans les processus démocratiques essentiels à leur souveraineté. On voit aussi que l’activisme LGBT local fonctionne largement comme auxiliaire local – manipulé et/ou acheté – dudit personnel de contrôle.

    Coïncidence révélatrice : au moment même où la population d’une petite ville moldave (Bârlad), mise en danger par un projet de forage par fracturation hydraulique de la multinationale Chevron, réussit à se mobiliser massivement contre la colonisation éco-environnementale derrière un prêtre orthodoxe d’une paroisse locale, les élites gauchistes roumaines s’épuisent en polémiques stériles autour de la perturbation non-violente, par quelques militants traditionnalistes orthodoxes, de la projection, dans les locaux du Musée du Paysan roumain, d’un film faisant l’apologie de l’homoparentalité.

    Phantasmes de la classe moyenne

    Pour faire passer son programme, l’activisme LGBT, comme l’économisme néolibéral, compte plus sur la violence éclairée des institutions bourgeoises que sur le soulèvement d’une masse réputée hostile au « progrès », intrinsèquement sensible aux sirènes « fascistes » de « l’Orient » et du Sud. Totalement et de plus en plus exsangue en Europe orientale, la « classe moyenne », en revanche, (dont la défense constitue, rappelons-le, un leitmotiv des discours d’extrême-droite) est réputée « plus ouverte », moins portée au « préjugé » etc.

    La réalité est naturellement inverse : l’idéologisation homophobe de la religion est justement le propre de la religiosité intellectualisée et rituellement pauvre de ces mêmes « classes moyennes » urbaines/salariales, dont sont pour la plupart issus les homophobes violents, de même que les militants LGBT eux-mêmes ; le monde réellement traditionnel, et notamment rural/paysan, d’Europe orientale étant quant à lui plutôt caractérisé par une sorte d’indifférence tantôt hostile, tantôt amusée, face à toute innovation, qu’elle soit homophile, homophobe ou autre. Qu’elle soit LGBT ou homophobe, la radicalisation de ces classes moyennes dans un contexte de rétractation économique correspond d’ailleurs parfaitement à l’analyse marxiste-léniniste classique de l’apparition des mouvements d’extrême-droite en période de crise du système capitaliste, lorsque l’ultralibéralisme (économique ou sociétal, de « droite » comme de « gauche ») ne croit plus pouvoir s’appuyer sur la démocratie pour parvenir à ses fins.

    Dieu, la démocratie et le sexe

    Dans ce discours radical, ce réchaufféanachronique d’un anticléricalisme à la Béla Kun, les Églises chrétiennes – alors même qu’un autre segment de l’opinion bourgeoise/libérale s’en prend violemment à elles pour la trop grande tolérance qu’elle manifesteraient à l’égard des comportement déviants de certains prêtres – sont réputées souffler sur le feu de cet « obscurantisme » populaire, alors même que, dans leur enseignement, toute pratique ou tentation charnelle – hétéro- ou homosexuelle, dans ou hors le mariage – est peccamineuse pour peu qu’elle ne soit pas inspirée par le devoir conjugal – péché qui cependant, à la différence du péché contre l’esprit, est aisément rachetable par la pénitence.

    Dans des pays, comme la Roumanie, où la religion reste un facteur sociopolitique primordial, par cette position de principe (LGBT = athéisme, religion = homophobie) contrastant beaucoup avec les stratégies inclusives du monde LGBT occidental (alors même qu’à l’Ouest, le rayonnement sociopolitique des Églises est infiniment moindre), l’activisme LGBT d’Europe orientale brûle sciemment ses vaisseaux en se coupant toute voie de compromis vers l’assentiment des masses. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit bien moins de « faire avancer » des revendications concrètes (lesquelles, encore une fois, sont aujourd’hui largement phantasmatiques) que, justement, de culpabiliser/radicaliser les masses, ces classes « dangereuses » (l’adjectif, là encore coutumier de la rhétorique d’extrême droite, est naturellement revenu sous la plume de A. Cistelecan et V. Lazar), de façon à :

    1/ justifier un volontarisme institutionnel, voire des ingérences étrangères à la fois clairement opposées à la volonté de la majorité et bruyamment décrites comme servant ses intérêts « à long terme », que ce soit dans le domaine de la normalisation sociétale ou de la discipline économique néolibérale ;

    2/ justifier, au service du programme ci-dessus, l’activité, et finalement les émoluments/subventions du personnel de l’activisme LGBT.

    Conclusion

    Ces évolutions divergentes confirment nos présupposés.
    La faiblesse de l’option stratégique possibiliste en Europe orientale, le fait que l’activisme LGBT s’y transforme littéralement en bataillon kamikaze du Kulturkampfoccidentaliste – qu’on décide d’y voir une décision stratégique verticalement transmise par les sponsorsde la mouvance et/ou une réaction plus ou moins spontanée de militants professionnalisés préférant la lutte à mort à la démobilisation – est, sinon la conséquence nécessaire, du moins un corolaire prévisible du fait que les revendications LGBT de deuxième génération sont dénuées d’enjeu concret dans cette partie de l’Europe, étant donné que le marché qu’elles tendent à déverrouiller (rappelons-le : majoritairement hétérosexuel, mais surtout solvable, tertiaire et postmoderne – donc éminemment métropolitain) n’existe pratiquement pas sur place : en Europe orientale, les femmes de ce qui reste de la maigre classe moyenne hors-sol des années de « transition » enfantent encore assez volontiers, conscientes de la rareté du privilège dont elles jouissent dans une société où la majorité des couples salariés, même avec la somme de deux salaires, n’ont pas de quoi louer (et encore moins acheter) une pièce habitable supplémentaire, et à peine de quoi se procurer le lot de couches rendu nécessaire par un nourrisson ; quant aux femmes des masses appauvries, il est bien évident que leur insertion dans la nouvelle bio-économie capitaliste a plus de chance de se faire via un rôle de bête porteuse que dans la position de la cliente génétique…

    A l’Ouest, en revanche, l’étrange coup d’accélérateur donné par l’ingérence FEMEN dans les affaires françaises, à rebours d’une tendance stratégique bien différente (de consensualisation et de conquête par débordement et noyautage) importe littéralement en Occident l’option stratégique orientale (cohérente dans son propre contexte d’apparition) décrite ci-dessus. Autant l’option radicale adoptée à l’Est dans une situation d’impasse tactique semble bien concilier les intérêts de l’activisme local et de ses inspirateurs/bailleurs de fonds mondialistes, autant son injection forcée dans le tissu occidental, de par ses effets nettement contre-productifs, devrait inciter à réfléchir. En effet, si, en matière de conditions objectives (salaires, taux de chômage réel, inflation réelle, protection sociale), le précipice Est-Ouest reste bien réel en dépit de la crise, subjectivement, les angoisses d’une classe moyenne consistante, encore assez bien portante mais consciente de sa fragilité ont souvent produit des résultats historiques bien plus radicaux que la grogne de masses réellement appauvries, mais finalement résignées à leur sort et adeptes de diverses stratégies alternatives (débrouille, fraude, nomadisme) en remplacement de réflexes collectifs décrédibilisés par les expériences révolutionnaires du XXe siècle.

    On peut donc se demander dans quelle mesure la promotion a contrario (par la provocation) d’une politique d’ordre moral ne constitue pas un élément d’une stratégie de création d’une extrême-droite occidentale chargée – selon la recette « Nuit des Longs Couteaux » – de discipliner/neutraliser la contestation d’une classe moyenne tentée par le socialisme national, tout comme le petit-bourgeois allemand précarisé des années 1920 se reconnaissait dans le radicalisme social d’un Röhm, en qui il devait plus tard découvrir un infâme conspirateur pédéraste. A la périphérie, en revanche, le rôle à long terme de l’extrême-droite LGBT ressemble plus à celui des extrême-droites ethnicistes dont l’Empire facilite parallèlement l’apparition dans ces mêmes pays : un rôle de diviseur et de repoussoir, fondant a contrario la légitimité et la stabilité de régimes compradores plus ou moins autoritaires politiquement, mais économiquement libéraux et sans appétences impériales (à la Pinochet ou Franco 2ndepériode).

    Quoi qu’il en soit, le présupposé que ces analyses confirment par-delà les questions laissées ouvertes, et quelque soit la réponse que risque de leur apporter l’histoire, c’est que, des deux côtés de l’Europe, l’activisme LGBT ne sert pas les intérêts bien compris de la « population homosexuelle », et tend même à les desservir – ce qui, au fond, n’a rien de surprenant, pour peu qu’on consente à se souvenir que les structures chargées de l’exercice de cet activisme ne sont en rien représentatives de ladite population, ni d’ailleurs mandatées – sous quelque forme que ce soit – par cette dernière.

    Raoul Weiss http://www.voxnr.com

  • Manif du 24 mars : mandales pour tous !

    Le dialogue avec les opposants au mariage gay, les CRS s’en chargent

    Dimanche 24 mars, 14h45, métro Sablons. On est accueilli dès la sortie par les cris de ralliement de trois membres du service d’ordre de la manifestation qui s’égosillent afin de faire emprunter aux voyageurs et manifestants la sortie « Jardin d’acclimatation ».

    Le ton est donné et l’atmosphère bien différente de celle du 13 janvier dernier. Si les petits drapeaux et les T-shirts colorés sont toujours là, les chars et les ballons roses se font plus discrets et la techno laisse place à une Marseillaise furibarde qui ne se prolonge cependant pas jusqu’au couplet fatal – « Qu’un sang impur abreuve nos sillons… » – mais le cœur y est. L’ambiance de kermesse festive n’est plus de mise, c’est la colère qui s’exprime cette fois plus franchement.

    Cette colère n’est toujours pas tournée contre les homosexuels, quoi qu’en pense Jean-Pierre Michel (PS), rapporteur du projet de loi Taubira au Sénat, qui a refusé d’auditionner le collectif « Manif pour tous » et accuse ses responsables d’être dans le « déni d’homophobie ». Non. La colère qui se manifeste plus visiblement ici vise justement les Jean-Pierre Michel, leur morgue et leur crispation idéologique. Elle vise une classe politique et médiatique psychorigide qui depuis quelques mois s’évertue à faire passer bourrage de crâne et lobbying pour un « débat démocratique ». Les gens qui défilent ce 24 mars semblent afficher plus durement la lassitude de se voir constamment méprisés, insultés, traités à la moindre occasion d’homophobes et de haineux rétrogrades par une intelligentsia bien plus représentative de la ploutocratie festive que de la moindre intelligence. Et surtout, bien plus qu’il y a deux mois, la colère des manifestants vise François Hollande, pour des motifs qu’on imagine plus nombreux que la simple opposition au mariage gay. [...]

    Laurent Cantamessi - La suite sur Causeur

    http://www.actionfrancaise.net

  • Trop d’insécurité, trop de chômage, trop d’immigration

    Il n’y a pas que Karim Benzema sous le maillot de l’équipe de France qui ne trouve pas le chemin des buts. Faute d’être capable de changer de modèle économique, de  penser national,  le gouvernement Ayrault  s’avère bien impuissant à  marquer des points, que ce soit dans la bataille contre l’insécurité comme dans celle contre le chômage. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a choisi hier d’anticiper la hausse de la délinquance en indiquant, lors de son audition devant l’Assemblée nationale,  que celle-ci découle de l’introduction de nouveaux indicateurs dans le cadre de la réforme de l’outil statistique.  Bref, selon M.  Valls, si la criminalité progresse c’est donc de  la faute du thermomètre… les Français sont vraiment pris pour des crétins.  Pourtant, il a fallu pas moins de  130 policiers et gendarmes mobiles, assistés du Raid et du GIPN (groupe d’intervention de la police nationale) pour procéder à l’interpellation  hier à l’aube, dans les quartiers pluriels d’Amiens-Nord,  de neuf « jeunes ». Ils sont soupçonnés d’avoir participé aux  émeutes qui avaient occasionné  des millions d’euros de dégâts et   fait 17 blessés parmi les policiers, parfois touchés par des tirs d’armes à feu. Il a fallu aussi ce mercredi matin à Grigny (Essonne) et à Montreuil (Seine-Saint-Denis),  la mobilisation de deux cents policiers, de membres du  Raid et du GIPN,  pour effectuer  une douzaine  d’interpellations dans le cadre de  l’assaut d’un RER D,  le samedi 16 mars, par une vingtaine de « jeunes »  qui avaient mené l’attaque  et dévalisé les occupants d’une rame à Grigny.

     Espérons que  la très controversée  Sihem Souid, engagée par Christiane  Taubira dans son ministère  pour traquer les comportements discriminatoires (voir notre article en date du 26 février),   ne  verra pas dans ses opérations de la police  la marque d’un insupportable racisme.  Dans un texte publié puis retiré précipitamment  le  20 mars du site LePoint.fr, Mme Souid tirait à boulet rouge sur « Manuel Valls », « son menton prognathe »  et « sa cohorte d’islamophobes » le comparant à Nicolas Sarkozy. M. Valls a en effet des affinités communautaires sélectives et il avait  critiqué la décision de la Cour de cassation  d’annuler l’arrêt de la Cour d’appel de Versailles rendu en octobre 2011, qui avait confirmé le licenciement en 2008 de Fatima Afif, une employée de la crèche Baby-Loup située dans le quartier pluriel de Chanteloup-Les-Vignes (Yvelines), parce qu’elle refusait d’ôter son foulard islamique.

     Sur le  front de  l’emploi également,  François Hollande, comme M. Valls et ses collègues,  se  complait dans la Méthode Coué. Il   ne peut que répéter, comme il l’a fait encore mardi,  qu’il maintenait son objectif d’inverser la courbe du chômage d’ici à la fin 2013.  Le pic de 1997 a été frôlé, le nombre de chômeurs a poursuivi sa hausse, pour le 22e mois consécutif en février   avec 18 400 chômeurs de plus (+0,6%), soit un total de 3,187 millions d’inscrits en métropole . Sur un an, la hausse est de 10,8%.  

     « En incluant les personnes ayant une activité réduite (catégories B et C), précise l’Afp,  26 500 personnes sont venues grossir les rangs des demandeurs d’emploi, soit 4,7 millions d’inscrits à la fin février en métropole, un record. Parmi eux, 16% sont bénéficiaires du RSA et plus de 2 millions de personnes sont désormais au chômage depuis plus d’un an, du jamais vu. Le nombre des chômeurs de longue durée bondit de 1,4 point par rapport à janvier, et de plus de 14% en un an. Hormis un seul mois de baisse, en octobre 2010, le nombre de chômeurs avec ou sans activité (catégories A, B et C) connaît une hausse ininterrompue depuis mai 2008, précise le ministère. Avec l’outre-mer, le nombre de chômeurs dépassait 4,9 millions à la fin février. »

     La question du poids de l’immigration dans les chiffres du chômage  n’est pas politiquement correcte. Elle est pourtant centrale indique Bruno Gollnisch.  Il existe dans ce domaine également  un consensus gauche-droite pour ne pas l’évoquer  mais le Front National à l’honnêteté et le courage de la mettre sur la table .

    Sur  le site  du ministère du travail, on pouvait lire  le 31 octobre 2012, qu’ officiellement  «  en 2011, 4 millions d’immigrés âgés de 15 à 64 ans (résidaient) en France métropolitaine, représentant 10 % de la population en âge de travailler. 30 % d’entre eux sont nés dans un pays de l’Union européenne (UE), 31 % au Maghreb, 15 % en Afrique subsaharienne, et 24 % dans un pays européen hors UE ou sur un autre continent que l’Afrique. » Or, «le taux de chômage des immigrés nés hors de l’Union européenne est beaucoup plus élevé que celui des non immigrés. En 2011, il approche 23 % pour ceux originaires du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, contre 8,5 % pour les non immigrés. Une fois pris en compte l’âge, le sexe, le niveau de qualification et le lieu de résidence, l’écart de risque de chômage entre les immigrés extra-communautaires et les non immigrés reste important (…)».

     Sur son blog, le professeur  Yves-Marie Laulan citait des chiffres moindres,  mais   relevait en mars 2012  que « les difficultés d’insertion d’une population, peu ou pas qualifiée, sur un marché du travail déjà saturé sautent aux yeux. Avec un taux de chômage de 13,2 %, sur les trois millions d’immigrés que compte la population active, 2,6 millions d’immigrés seulement auraient un emploi, 400 000 seraient au chômage »…à la charge de la collectivité nationale.

     Il notait encore l’évidence : «ou bien les immigrés ne trouvent pas d’emplois et sont donc au chômage ;  ou ils trouvent des emplois, mais poussent les natifs vers le chômage ; ou ils trouvent bien des emplois, mais ce sont des emplois aidés, donc qui coûtent cher à l’Etat. En conséquence, en termes de coûts,  celui des immigrés au chômage serait de 3,4 milliards ». « Mais le plus important est ailleurs : le coût des natifs chassés par éviction vers le chômage peut être estimé à 22 milliards (à 700 euros par mois, soit 8 500 euros par an, pour 2,6 millions de nouveaux chômeurs natifs). » « En d’autres termes, en période de sous-emploi chronique et de quasi stagnation économique, -c’est le cas depuis 10 ans et plus-, l’immigration, quelle soit légale ou non, exerce directement ou indirectement un effet fortement négatif sur les chiffres du chômage et sur les charges budgétaires. »

     Il n’y  aura donc pas d’amélioration tangible, durable, conséquente sur le front de l’emploi comme plus largement pour l’économie française et nos comptes sociaux,   sans inversion des flux migratoires.

    http://www.gollnisch.com

  • Maxence Hecquard : « Les problèmes structurels de notre société ne sont pas économiques mais avant tout moraux »

    Maxence Hecquard, auteur des Fondements philosophiques de la démocratie moderne (éd. F-X. de Guibert), est aussi un homme d'affaires expérimenté qui connaît bien les marchés de capitaux.
    Monde et Vie : Maxence Hecquard, la crise économique a connu cet été une nouvelle étape. Pensez-vous que nous soyons à la veille d'un effondrement du système ?
    Maxence Hecquard : Non. Cette crise est grave, mais ne signifie pas encore à mon sens la ; fin du monde capitaliste, malgré ses turpitudes comme le montant astronomique des dettes extérieures des États.
    Que se passe-t-il aujourd'hui ? Les investisseurs, c'est-à-dire le marché, prennent conscience que la dette d'un certain nombre d'Etats pourra difficilement être remboursée. En effet, ces États ne produisent pas suffisamment de richesses pour assurer à la fois le service de leur dette extérieure et le fonctionnement normal de leur économie. C'est le cas de presque tous les pays développés - y compris la France -, qui vivent depuis 30 ans au-dessus de leurs moyens, avec un endettement qui, en termes de pourcentage de leur produit intérieur brut (PIB), s'accroît structurellement.
    Il faut se souvenir que la dette est à la fois un stock - son volume - et un flux. En effet chaque année, une partie de la dette arrive à échéance et doit être renouvelée : on crée donc une nouvelle dette pour rembourser la première et financer les affaires courantes. À cette occasion, les investisseurs prêtent de nouveau et fixent un nouveau taux d'intérêt, qui suit les aléas généraux des marchés internationaux. C'est ce mécanisme qui crée des difficultés. Car si les investisseurs prennent brusquement conscience qu'un emprunteur, en l'occurrence un État, est insolvable ou risque de le devenir, ils réclament un taux d'intérêt plus élevé pour couvrir ce risque de défaut. On entre alors dans un cercle vicieux : les intérêts augmentant, le pays est obligé de s'endetter encore davantage pour les payer et finalement n'arrive plus à rembourser le capital. C'est ce qui s'est produit en Grèce. Et si la prise de conscience s'étend à d'autres pays - on parle de ceux de l'Europe du Sud, la France n'étant pas à l'abri avec une dette représentant environ 80 % de son PIB -, les taux d'intérêt de leurs dettes montent brusquement, reproduisant le même mécanisme infernal.
    La nouvelle dette sert exclusivement a payer les intérêts de la vieille dette
    Les États-Unis sont dans la même situation et viennent de perdre leur note AAA. C'était inévitable puisque, depuis plusieurs années, leur nouvelle dette sert exclusivement à payer les intérêts de la vieille dette. Ils s'enfoncent ainsi dans un mécanisme de surendettement, qui ne peut pas durer éternellement.
    Pourtant ce phénomène dure depuis des décennies : comment est-ce possible ?
    C'est fondamentalement un problème monétaire. Si les États-Unis ont pu s'endetter autant, c'est parce que, depuis l'abandon de l'étalon-or, ils peuvent créer de la monnaie pour assurer les remboursements de leur dette. Le mécanisme des changes flottants permet ainsi à certains de s'endetter massivement tant qu'ils trouvent des prêteurs. Le Japon a financé pendant des décennies les déficits américains et c'est la Chine qui le fait aujourd'hui. L'augmentation de la masse monétaire en dollars, avec la dépréciation qui en résulte, a permis les remboursements réguliers de la dette américaine. L'Europe a imité les États-Unis. C'est parce que le dollar et l'euro ne sont plus convertible en or que l'Occident a pu s'endetter massivement. Mais les marchés ont brusquement pris conscience de ces risques souverains et se sont aperçus qu'il n'était pas exclu que des États occidentaux fassent défaut. D'où la nervosité qui incite beaucoup d'investisseurs à refuser de souscrire à de nouvelles dettes et à vendre les bons du trésor. Ils leur préfèrent les valeurs-refuge : or, immobilier, œuvres d'art, etc.
    Une crise des finances publiques entraînerait une crise générale de liquidité, qui se traduirait par une récession mondiale, avec pour conséquence des faillites d'entreprises en chaîne et la chute des marchés boursiers.
    Par ailleurs, dans une économie mondialisée, les difficultés d'un acteur sont ressenties dans toute la planète. La mondialisation se traduit donc fatalement par une multiplication des crises.
    Néanmoins, le système financier international est extrêmement solide et ce n'est pas la première crise financière qu'il traverse - il s'en est produit tout au long du XXe siècle.
    Puisque vous avez posé le diagnostic, examinons les remèdes. Par quels moyens pourrait-on sortir de la crise actuelle ?
    Il existe plusieurs manières de traiter le surendettement.
    La manière simple et honnête consiste, lorsque l'on a vécu au-dessus de ses moyens, à réduire son train de vie, sa consommation et à accroître son épargne pour rembourser ses créanciers. C'est la politique de rigueur imposée à la Grèce et que l'on envisage aujourd'hui de mettre en œuvre dans l'ensemble des pays occidentaux. Malheureusement je crains que cette politique soit inefficace aujourd'hui. En effet elle reviendrait à mettre le commun des citoyens au pain sec et à l'eau pour rembourser les dettes, alors que les dépenses somptuaires engagées par les pays occidentaux depuis 30 ans n'ont pas profité à toute la population.
    Cette politique de rigueur aurait donc un coût social et politique important, difficile à gérer pour les équipes gouvernantes et dont les limites pourraient s'éprouver dans la rue. Les désordres sociaux seraient aggravés par la mauvaise assimilation de populations immigrées souvent désoeuvrées, comme nous l'avons vu récemment en Angleterre. En outre, la disproportion entre la masse des dettes à rembourser et les capacités d'épargne des parties les moins favorisées de la population et même des classes moyennes rend inopérant ce moyen de désendettement, pourtant le plus naturel.
    Une seconde solution consisterait à faire défaut, en disant aux créanciers : nous n'avons pas les moyens de vous rembourser, donc nous vous demandons un rééchelonnement des dettes. C'est ce qu'ont fait la Russie en 1998, le Brésil en 1999 et l'Argentine en 2002. Il me paraît cependant difficile d'envisager une telle issue pour des pays nord-américains ou européens, car un défaut officiel entraînerait mécaniquement des provisions sur les bilans des banques, qui sont des détentrices importantes des dettes souveraines de ces pays. Il s'ensuivrait une faillite théorique des banques occidentales très compliquée à gérer par les banques centrales.
    Mutualisation et inflation
    Un troisième type de solution dissocierait les Etats européens qui ont franchement exagéré (l'Europe du sud) et ceux qui ont été plus raisonnables (l'Europe du nord) en les traitant différemment. C'est déjà le cas, puisque les pays du sud paient des taux d'intérêt très supérieurs à ceux de l'Allemagne, de la France ou de certains pays d'Europe du nord : la différence est de 3 à 5 %. Pour permettre aux États du sud de « relancer la machine », on pourrait envisager qu'ils sortent de la monnaie unique et retrouvent une monnaie nationale fortement dévaluée par rapport à l'euro. Cette dévaluation compétitive leur permettrait de relancer l'économie, de restaurer les exportations et donc de redonner de la compétitivité. Cependant, le coût politique pour l'Europe serait tel que les dirigeants europhiles préféreront une autre solution, plus douloureuse mais préservant la monnaie unique : la quatrième solution.
    Celle-ci consisterait à mutualiser les dettes en substituant aux dettes des Etats les plus dépensiers une dette de l'ensemble de l'institution européenne, ce qui conduirait les fourmis à contribuer à payer les dettes des cigales.
    Les peuples-fourmis ne risquent-ils pas de réagir négativement à cette mutualisation ?
    L'opinion publique des pays les moins endettés et les plus performants économiquement sera mécontente, mais ce mécontentement suffira-t-il à enrayer ce processus ? Aujourd'hui, tous les pays européens sont engagés dans une fusion d'abord économique, puis politique. J'entends fort peu de voix demander le retour à une indépendance complète - y compris monétaire - des nations. Cette crise représente d'ailleurs une formidable opportunité politique pour réduire le pouvoir des nations en difficulté. Cette contrepartie politique justifiera les efforts financiers de l'Europe du nord, qui va accroître son emprise sur l'Europe du sud. Ça vaut bien quelques sacrifices des retraités allemands...
    Toutes les mesures de règlement de la crise vont dans le sens de cette mutualisation de la dette. Ainsi, quand la Banque Centrale Européenne acquiert des dettes des États qui ne trouvent pas preneur, elle fait fonctionner la planche à billets pour les financer. Or, la BCE est elle-même financée par l'ensemble des États membres de l'Europe. Il s'agit donc bien d'un mécanisme de mutualisation.
    De même, quand le Fonds de garantie européen s'endette auprès des États membres pour racheter la dette des Etats en difficulté, il s'agit encore d'un mécanisme de substitution et de mutualisation. Et la règle d'or qui a été envisagée la semaine dernière par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel est elle-même une condition pour avancer sur le chemin de la mutualisation complète des dettes européennes.
    Cela suffira-t-il à régler le problème du surendettement ?
    Non, car le surendettement est général, même s'il est plus grave dans certains pays. Mutualisée, la dette extérieure de l'Europe est aussi importante que celle des États-Unis - gigantesque. À court terme, la mutualisation rassure les créanciers et permet de gagner du temps, mais elle ne réduit pas la dette.
    Une fois de plus la réduction de la dette passera invariablement par l'inflation. On fera fonctionner la planche à billets pour rembourser les dettes. C'est ainsi que l'on a réglé toutes les crises de surendettement majeur, dans tous les pays. Il était exclu de recourir à cette solution lors de la construction de la monnaie unique européenne, parce qu'on nous la présentait précisément comme un remède à l'inflation ; mais cette monnaie unique n'ayant pas empêché le surendettement, l'inflation va revenir.
    Il y a déjà eu une importante inflation cachée, au moins sur les biens de consommation...
    Oui, mais elle est insuffisante pour régler le surendettement, qui est d'une tout autre ampleur. On peut penser que celle à venir serait beaucoup plus importante, comparable à l'inflation à 15 % que l'on a connue en France à la fin des années soixante-dix. En pâtiraient essentiellement les gens qui ont une épargne monétaire, autrement dit les classes moyennes et les retraités. Comme nous sommes des pays vieillissants, cette politique inflationniste est plus difficile à faire accepter politiquement qu'il y a 30 ans, c'est pourquoi nos gouvernants se gardent de l'annoncer.
    En pâtiraient aussi les pays comme la Chine, le Japon et les États du Moyen-Orient, qui ont investi massivement dans la dette souveraine de l'Occident vieillissant et consommateur : lequel leur répondrait cyniquement que les pertes qu'ils constateraient sur leurs dettes libellées en dollars ou en euros seraient la compensation des taux de change artificiellement bas dont ils bénéficient et qui leur ont permis de s'industrialiser au détriment des pays occidentaux.
    Mutualisation et inflation : telle est la solution. Il s'agit d'un défaut de paiement qui ne dit pas son nom.
    Vous avez posé le diagnostic de la crise et analysé les moyens d'y remédier, mais quelles sont ses causes ?
    Nous sommes surendettés parce que nous avons vécu au-dessus de nos moyens ; et nous avons vécu en cigales parce que notre monde a perdu toute règle morale : sa seule règle est de consommer et de jouir de ce monde comme d'une chose qui nous appartiendrait. Telle est la cause profonde de la crise.
    L'Occident doit faire son mea culpa. En quelques générations, il a dévoré l'ensemble des riches ses de la planète, sans enrichir les populations des pays sous-développés et sans même se reproduire correctement. La frénésie de la consommation a été le seul moteur de la croissance occidentale, alors que celle-ci aurait dû se fonder sur une saine croissance démographique. Ceci a engendré des flux migratoires et de nombreux désordres (comme le problème des retraites) que personne ne veut vraiment reconnaître. Je pense que nous allons certes passer cette crise, mais qu'à long terme la situation ne s'améliorera pas. L'effondrement du système finira par arriver si l'on ne règle pas les problèmes structurels de notre société. Ceux-ci ne sont pas économiques mais moraux. Ils touchent au bon ordre de la nature et à la nécessité de vivre conformément à nos moyens en pratiquant, comme disent les philosophes, la justice.
    Propos recueillis par Hervé Bizien monde & vie . 27 août 2011

  • Quand le peuple de gauche rejoint le Front national

    Il y a quelques temps, le Président de la République française, François Hollande, a déclaré que « Marine Le Pen va être à la pointe de la radicalité populaire dans les mois à venir ».

    Cette déclaration, à la fois étonnante mais révélatrice d’un malaise d’impuissance politique incapable de répondre à la crise sociale et économique, s’inscrit dans un constat d’inquiétude populaire face aux déceptions politiques qui ne sont pas à la hauteur des attentes et des promesses exprimées aux citoyens français par les socialistes lors des campagnes présidentielles et législatives de 2012.

    Le changement exprimé par François Hollande et sa majorité de gauche ne sera pas pour maintenant, et ne le sera jamais.

    Avec un bilan de presque un an de présidence Hollande, les électeurs socialistes se détournent progressivement du Parti Socialiste et de leurs leaders. Comment pourraient-ils soutenir un tel gouvernement lorsque celui-ci incarne le contraire de ce qui était annoncé dans le projet présidentiel de François Hollande ?

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 8,5 millions de français vivent avec moins de 964 euros par mois, 3,5 millions de personnes sont mal logées, et 23% de notre jeunesse vit dans la misère sociale et la détresse humaine. En décembre 2012, Eurostat a publié des statistiques qui indiquent que la France dépasse la moyenne européenne avec 25,2 % de jeunes chômeurs de moins de 25 ans.

    Le premier bilan social et économique du tandem Hollande-Ayrault est sans appel. La hausse continue du nombre de chômeurs et les licenciements de masse n’ont jamais été aussi importants à la fin de l’année 2012 : 8300 pour PSA, 5122 pour Air France, 1430 pour Alcatel-Lucent, 1200 pour presstalis, 912 pour Sanofi, 629 pour Acelor-Mittal, 533 pour carrefour, 470 pour Petroplus, 419 pour Electrolux, 170 pour Coca-Cola… 2013 sera probablement une année noire pour la croissance. Ne parlons pas de la hausse des prix du gaz, de l’électricité, du carburant et de la baisse considérable du pouvoir d’achat.

    Face à une droite financière qui a facilité par la loi les licenciements massifs et qui a participé à la précarisation des travailleurs et de la jeunesse, et une gauche mondialiste qui favorise et encourage largement le libre échange des capitaux, des marchandises et des hommes, tout en se soumettant lâchement aux grands groupes industriels et à la puissance de l’argent… les français n’ont plus rien à attendre de ce système politique !

    Oui, effectivement le Front National est devenu la force de la radicalité populaire !

    Oui, le Front National est à la tête d’un grand rassemblement social, populaire et patriotique !

    Oui, le Front National incarne la France des oubliés, celle des salariés, des ouvriers, des artisans, des fonctionnaires, des retraités, des agriculteurs, des étudiants, des commerçants, des professions libérales, des dirigeants de TPE/PME… !

    Cette force populaire, cette force patriotique, cette force de la saine colère incarne les attentes réelles et concrètes ainsi que l’espérance exprimées par les français !

    Lors des élections législatives de juin 2012 dans la quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône, en tant que directeur de campagne, j’avais œuvré pour articuler nos axes de combat politique autour des questions sociales et économiques.

    Notre discours a été relayé par une campagne de proximité qui s’est appuyée essentiellement sur la mobilisation d’une équipe de jeunes active et organisée, capable de mener rapidement et efficacement des actions ciblées. Le militantisme traditionnel n’a pas été délaissé pour autant, bien au contraire : affichages, collages d’autocollants, boîtages, tournées des quartiers et des marchés, mise en circulation d’une caravane de campagne, autant d’actions qui ont accaparé les jours et les nuits de nos militants dévoués ! Mais une stratégie de campagne moderne et innovante a été mise en place en parallèle, avec une place particulière faîte au site Internet et les réseaux sociaux.

    Le résultat était à la hauteur de nos espoirs : alors que ce secteur est acquis à la gauche et au clan Guérini, nous avons largement renforcé les assises du FN qui étaient celles de Marine Le Pen à la présidentielle dans cette circonscription. En se qualifiant pour le second tour contre toute attente, le FN-Rassemblement bleu marine a réussi à devancer Lisette Narducci (PS dissident), soutenue par Jean-Noël Guérini, dans son propre bastion dont elle est la maire de secteur. Enfin, sans aucune réserve de voix, le FN-RBM a plus que doublé son score entre les deux tours en captant l’électorat de Lisette Narducci. Cette stratégie que j’ai développé tout au long de cette campagne a abouti à un résultat qui permet de nourrir tous les espoirs pour les prochaines élections municipales…

    Dans le cadre des élections législatives partielles qui ont eu lieu dans l’Oise, notre candidate, Florence Italiani, a réussit à capter 40 à 45% des électeurs socialistes entre le premier et le second tour, face au candidat de l’UMP.

    Ces deux élections doivent nous donner une leçon d’histoire politique ainsi qu’une réflexion profonde afin de rassembler autour de la nation les électeurs socialistes déçu par le PS.

    Comme les électeurs du Parti Communiste Français qui ont rejoint, hier, le Front National sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, les électeurs du Parti Socialiste se mobilisent, aujourd’hui, en faveur de ce même Front National présidé par Marine Le Pen.

    Eric Zemmour dans une très récente tribune a déclaré que « Le Front National est devenu l’héritier du Parti Communiste ». C’est une réalité ! Mais l’autre réalité c’est que le Front National va devenir également l’héritier du véritable, de l’authentique socialisme français. Comment pourrait-il en être autrement ?

    En réalité les électeurs de gauche prennent progressivement conscience qu’il n’y a plus rien à attendre et à espérer d’une oligarchie politique libérale, socialiste soit-elle ! Et c’est à nous, patriotes, de les accueillir ouvertement et chaleureusement afin de poursuivre la lutte du peuple qui s’inscrit dans un héritage d’un combat social en faveur du peuple, des travailleurs et de la nation.

    En effet, si l’on ignore qu’il existe un socialisme français, c’est que l’on a toujours confondu le socialisme et le marxisme. Bien avant Marx ou Léon Blum, les bases du socialisme étaient déjà fondées. Aux antipodes de la pensée gauchiste, libertaire et libérale du Parti Socialiste, l’esprit du socialisme français a puisé sa source, sa force et son prestige dans la défense des intérêts collectifs face aux intérêts particuliers. Disons le clairement, les patriotes français sont les héritiers de la radicalité populaire ! Cette radicalité qui prend sa source dans l’engagement désintéressé de grandes figures comme Jaurès, Saint-Simon, Thoumieux, Louis Napoléon, Blanc, Proudhon, Blanqui, Sorel, Salengro… Ils sont les figures et les pionniers de cette aventure politique, sociale et humaine.

    Voici, d’ailleurs, quelques grandes œuvres politiques et sociales réalisées par les Héros du peuple, des travailleurs et de la nation :

    Saint-Simon souligne l’importance de la production dans les rapports sociaux, au début du siècle dernier. Chacun connaît sa célèbre formule : « De chacun selon sa capacité et à chacun selon ses œuvres ». Celle-ci a été dénaturée par Marx et elle donne : « Chacun selon ses besoins » et Freud s’en amuse, il conclut : « Chacun selon ses besoins et ils vécurent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants ».

    Louis Blanc appuie le dialogue social entre les employeurs et les salariés. Il est le premier à donner l’idée du service public.

    Louis Napoléon étend la pensée de Saint-Simon. Son socialisme n’est pas sur les mots. Il est basé sur les actes. Ce sont là : les régimes de retraite, la cité ouvrière, les crèches pour enfants d’ouvriers, la médecine gratuite pour les pauvres, le crédit foncier, les caisses d’assurances, la reconnaissance des syndicats, les prud’hommes, les chambres consultatives d’agriculture, l’assistance judiciaire, les bourses d’étude et bien d’autres…

    Proudhon est le successeur de Saint-Simon bien qu’il l’ait fortement critiqué. Il mène ses recherches sur la répartition et sur le progrès du circuit monétaire. Il est le premier à envisager l’autonomie du travail par la lutte contre le capitalisme. Il blâme rudement le communisme qu’il qualifie de « Ténia ».

    Thoumieux estime que l’internationalisme freine les Communards : « La Commune avait jailli précisément de la colère contre les prussiens et du désir du peuple de venger la Patrie ». Il oppose le « Nationalisme prolétarien » tel qu’il est exprimé par la Commune « face à Versailles et à l’internationalisme de l’AIT».

    Blanqui est le vrai père du Socialisme Français. Bien qu’il n’y ait pas directement participé, il est le héros des ouvriers de la Commune. Il clame le droit au travail et le droit à la propriété pour tous. Pour lui, c’est la défaite du Capitalisme qui mettra fin à la lutte des classes. Blanqui est sans conteste l’un des grands noms de l’histoire du socialisme français. Il passe 36 ans de sa vie en prison. En 1832, à la Cour d’Assise, pour sa défense, il déclarait « Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué ». Il créé un club et un journal : « La patrie en danger ».

    Sorel relie la foi et la science tout en traitant les valeurs morales. Il attribue notamment au machinisme un rôle d’éducateur qu’il résume en cette phrase : « On est amené à regarder l’art comme une anticipation de la haute production » Il pense que tout corps de production doit être dirigé par un cadre fort et c’est là l’élite populaire.

    Jean Jaurès lui-même, icône du socialisme français contemporain, affirmait « A celui qui n’a rien, la patrie est son seul bien » allant jusqu’à dire que « Jamais nous ne livrerons la patrie ! ».

    Charles Péguy, quant à lui, affirmait que « Le pauvre défend sa patrie et le riche la vend ». C’est à quoi nous assistons aujou’d’hui entre les forces de l’oligarchie de la finance internationale et du mondialisme face au peuple patriote qui entend résister et se faire respecter.

    Si je devais synthétiser cet héritage, cette volonté de résister et de lutter pour le peuple et la nation, par une citation, je rependrais celle du défunt président vénézuélien, Hugo Chavez qui déclarait « Nous sommes révolutionnaires, nous sommes socialistes, nous sommes des humains, nous sommes beaucoup de choses mais dans notre essence nous sommes des patriotes ».

    L’intelligentsia gauchiste du Parti Socialiste au Parti Communiste Français en passant par le Parti de Gauche… a œuvré méthodiquement à la dénaturation du mouvement de la résistance sociale et patriotique. Pourtant, n’en déplaise à nos détracteurs, le Front National est l’héritier légitime des grandes résistances populaires : Valmy, la Commune, les Canuts, Verdun, le Conseil National de la Résistance…

    En réalité, un jeune qui veut lutter contre le mondialisme, un travailleur qui entend défendre son outil de production, un peuple qui entend se faire respecter et affirmer sa souveraineté… n’a plus d’autre choix que de rejoindre le Front National et Marine Le Pen.

    Aujourd’hui la radicalité s’exprime dans un patriotisme de combat ! Et ce patriotisme de combat entend désormais faire changer réellement les choses. Les citoyens de gauche l’ont compris, c’est pour cela qu’ils seront nombreux demain à nous rejoindre, et c’est tant mieux pour la France !

    Grégory Gennaro http://www.voxnr.com

  • La Métaphysique

    Qu'est-ce que la métaphysique ? Le mot a été utilisé pour désigner une partie de l'œuvre d'Aristote. La métaphysique est la « science » de la réalité la plus haute de l'Être en tant qu’Être. On appelle aussi métaphysique toute connaissance au delà du sensible. « Il y a une science qui étudie l'Être en tant qu'Être et les attributs qui lui appartiennent essentiellement. Elle ne se confond avec aucune des sciences dites particulières » (Aristote, Métaphysique).
    Tous les grands philosophes du passé de Platon à Spinoza ont voulu donner une explication métaphysique du monde. En général le monde sensible est mensonger et nous trompe. Pour Platon le vrai monde est celui des idées. Il existe des idées éternelles. Au XVIIIème siècle avec Kant, la métaphysique a pris une connotation négative. L'esprit anti-métaphysique s'est développé de pair avec les sciences expérimentales. Kant a pris acte de l'impuissance métaphysique. Nous avons des intuitions sensibles à partir des formes a priori de ma perception espace et temps. On ne peut connaître l'âme ou Dieu : concepts métaphysiques. Il n'existe que des phénomènes et non des noumènes. La métaphysique qui veut sortir de la sphère phénoménale est une illusion. « La colombe légère, qui dans son libre vol, fend l'air dont elle sent la résistance, pourrait s'imaginer qu'elle volerait bien mieux encore dans le vide. C'est ainsi que Platon, quittant le monde sensible, se hasarda sur les ailes des idées, dans les espaces vides de l'entendement pur. Il ne s'apercevait pas que, malgré tous ses efforts il ne faisait aucun chemin parce qu'il n'avait pas de point d'appui » (Kant, Critique de la raison pure). Malgré toutes les critiques et attaques contre la métaphysique depuis Kant jusqu'au positivisme de Comte, le néopositivisme de Wiener Kreis, la philosophie analytique et l'École de Francfort... cela n'a pas empêché de nombreux philosophes comme Hegel, Bergson, Sartre, Heidegger... d'avoir des écrits métaphysiques. Car l'homme est fondamentalement un animal métaphysique qui s'interroge sans cesse sur le sens de la vie, l'être (pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?), le bien, le mal, l'angoisse, qu'est-ce que connaître ? (il n'y a d'objet connu que pour un sujet connaissant)
    Les éradicateurs de la métaphysique
    Le positivisme scientifique de Comte énonce que seul l'analyse des faits vérifiés par l'expérience peut expliquer le monde.
    Auguste Comte définit 3 états : l'état théologique, l'état métaphysique et celui scientifique. Il faut remplacer les croyances religieuses ou métaphysiques par la Science. Il faut renoncer au concept des causes premières. On ne cherche qu'à expliquer le comment par l'utilisation du langage mathématique. Auguste Comte était polytechnicien. Le positivisme correspond à une idéologie de la Science qui s'est considérablement développée au XIXème siècle. On n'est pas loin du « scientisme ».
    Le cercle ce Vienne ou Wiener Kreis a été le prolongement du positivisme de Comte qu'on a appelé néopositivisme. Son chef de file Moritz Schlick fut assassiné par un étudiant. La seule explication du monde est la conception scientifique du monde.
        1.    On utilise les mathématiques et la logique comme langage.
        2.    La métaphysique est dépourvue de sens.
    La Science vient soit de l'expérience (sensation) soit de la pensée mise sous une forme logique ou mathématique. Parmi les membres du Cercle de Vienne, Carnap est particulièrement virulent contre toute métaphysique. Il prend comme cible le livre « Was ist Metaphysik ? » de Heidegger. Il cherche à montrer que les énoncés de Heidegger sont des pseudo-énoncés et n'ont aucun sens.
    Le tractatus loqico-philosophicus de Wittqenstein
    D'après Ludwig Wittgenstein pour qu'une proposition ait du sens il faut qu'elle puisse être dite vraie ou fausse. Il faut qu'on puisse la comparer à un état de choses. Les propositions éthiques ou métaphysiques n'ont pas de sens (ni vraies ni fausses). L'éthique et la métaphysique donnent de la valeur aux choses. On n'a donc pas une description du monde. Wittgenstein arrive à sa sentence célèbre « ce dont on ne peut parler, il faut le taire ». Citons aussi « la méthode correcte en philosophie consisterait proprement en ceci : ne rien dire que ce qui se laisse dire, à savoir les propositions des sciences de la nature - quelque chose qui par conséquent n'a rien à voir avec la philosophie - puis quand quelqu'un voudrait dire quelque chose de métaphysique, lui démontrer toujours qu'il a omis de donner dans ses propositions, une signification à certains signes. Cette méthode serait insatisfaisante pour l'autre - qui n'aurait pas le sentiment que nous lui avons enseigné la philosophie - mais ce serait la seule strictement correcte » (Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, 6.53) Seule la « science » peut décrire le monde.
    Schopenhauer
    Ce philosophe considère que la métaphysique n'a plus de soubassement mais que tout repose sur une base métaphysique. Les concepts métaphysiques pour Schopenhauer sont : « l'essence, le fini, l'infini, l'être, la nécessité, la substance... »
    Pour le philosophe, toute philosophie est métaphysique. Schopenhauer a une vision originale sur la métaphysique : il considère les concepts passés de la métaphysique comme vides ce qui ne l'empêchera pas de fonder une philosophie « métaphysique ». La métaphysique selon lui fait la différence entre l'homme et l'animal.
    Nietzsche
    De façon toute guerrière, Nietzche veut mettre à bas la métaphysique. Cette dernière s'oppose à la philosophie du penseur de Leipzig puisqu'elle nie le devenir et veut des vérités éternelles. La métaphysique refuse la jonction des contraires. Elle est aussi une recherche de la transcendance et non une explication généalogique. La métaphysique tue la vie. Nietzsche s'attaque au Platonisme. Nous n'avons aucune connaissance en dehors de ce que nous percevons. Ce que nous percevons change ; donc est du devenir. « Il n'y a pas plus de données éternelles qu'il n'y a de vérités absolues » (FN, humain trop humain).
    S'il n'y a pas de vérité absolue, on peut que rejeter la métaphysique.
    Le philosophe va encore plus loin dans sa critique de la métaphysique qui n'est selon lui qu'un dénigrement de notre monde donné par nos sens. « Dans ce cas, nous nous vengeons de la vie en lui opposant la fantasmagorie d'une vie « autre » et « meilleure » (FN).
    Le monde de nos sens serait faux pour la métaphysique. La haine des sens qui va de Platon au christianisme fait imaginer un autre monde.
    Heidegger
    Pour Heidegger la métaphysique est histoire de l'être. Dans son livre « Was ist Metaphysik ? » le philosophe considère que la métaphysique tout en posant la question de l'être l'oublie aussitôt et se limite à l'étant. On a la reprise de la question « Pourquoi d'une manière générale, l'étant plutôt que le néant ? ».
    Si la métaphysique est histoire de l'être, le livre de Heidegger Sein und Zeit (Être et Temps) ne fait qu'approfondir par l'analytique existentiale son Histoire. « En quelle manière, l'essence de l'homme appartient à la vérité de l'être ».
L'homme est le seul à posséder une conscience de l'être ». Le « Dasein » (être-là) est ouverture sur l'être.
Heidegger préférera le terme ontologie à métaphysique. Il rappellera la distinction entre la métaphysica generalis (portant sur l'être, qu'on appelle aussi ontologie) et la métaphysica specialis portant sur des états spécifiques : Dieu, l'âme, le monde…)
    Habermas
    On a une fois de plus une attaque contre la métaphysique dans Nachmetaphysisches Denken ; Habermas veut être le « nouveau » fossoyeur de la métaphysique. Elle est inapte à la pensée contemporaine. La métaphysique est une somme d'erreurs du passé. La compréhension de la totalité est une illusion. Habermas s'est surtout attaqué aux métaphysiques modernes (Descartes, Spinoza, Leibniz, Schelling, Hegel....)
    Il faut passer à une pensée post-métaphysique. En tout cas on pourrait se poser la question de l'existence d'un reliquat métaphysique dans ses écrits sur l'éthique.
    Il y aura toujours un « nouveau » philosophe pour annoncer la mort de la métaphysique. Ce qui prouve qu'elle n'a pas disparu. Freud n'y voyait qu'une illusion proche de la religion. Il croyait sa pensée « scientifique » alors que la psychanalyse n'est qu'une métaphysique de la sexualité, cette dernière étant une cause première de l'agir humain. La Science s'est toujours considérée comme discours anti-métaphysique alors que comme l'a vu le philosophe des sciences Ernst Mach, la physique elle-même souvent considérée comme un modèle pour la Science est infectée de concepts métaphysiques comme la masse, l'énergie, la force, le champ, l'espace, le temps...
    Lorsque Galilée déclare : « la langue de la nature est celle des mathématiques » on a là une déclaration toute métaphysique. Il y a eu sur la relativité un désaccord entre Mach et Einstein. Pour ce dernier il existe une « réalité » qu'on peut exprimer en langage mathématique. Mach pour qui l'idée de réalité n'a aucun sens ne pouvait accepter cette vision. Il était un phénoménaliste pour qui toute connaissance provient de notre perception des phénomènes. Si même la « Science » est une métaphysique, quelle philosophie ne l'est pas ? Même le grand Kant en séparant le sujet et l'objet, le noumène (chose en soi) et le phénomène n'a-t-il fait que créer une nouvelle métaphysique ce qui fera dire à Nietzsche : « la chose en soi ne mérite qu'un rire homérique »
    PATRICE GROS-SUAUDEAU