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actualité - Page 3632

  • Faut-il applaudir aux primaires de la gauche ?

    Une fois de plus les études par sondages se sont trompées. Le premier tour des primaires de gauche a placé en tête celui que personne n'attendait il y a seulement 15 jours.

    Le 8 janvier par exemple, on pronostiquait Valls "en tête d'un sondage réalisé auprès des sympathisants de gauche par l'institut Ifop et publié dans le Journal du Dimanche. 36 % de ces sympathisants souhaiteraient que l'ancien Premier ministre soit désigné candidat pour 2017 à l'issue de la primaire organisée par le parti socialiste. C'est une avance conséquente sur Arnaud Montebourg 24 % et Benoît Hamon 21 %, ses deux premiers poursuivants. Pourtant, comme le relève le Journal du Dimanche, c'est 8 points de moins qu'il y a un mois : 45 % pour Valls, 25 % pour Montebourg, 14 % pour Hamon. Parmi les seuls sympathisants du parti socialiste, Manuel Valls a les faveurs de 51 % de sondés, là où Arnaud Montebourg est préféré par 18 % et Benoît Hamon par 16 %, au vu de ces données." (1)⇓

    Le cafouillage sur les chiffres de la participation, ayant alimenté tous les commentaires polémiques de la journée du 23 janvier, a sans doute occulté cette confirmation d'une tendance observée durant toute l'année 2016. Cette nouvelle illustration de l'incertitude des pourcentages annoncés à l'avance ne les empêche pas cependant de demeurer la base de tous les raisonnements prédictifs, de toutes les stratégies, de toutes les tactiques.

    On ne sait pas si la belle alliance populaire a mobilisé le 22 janvier 1 200 000 ou 1 600 000 électeurs mais on croit connaître, avec quatre chiffres significatifs, précision scientifique impressionnante, le territoire respectif des candidats. Voila qui démentait l'affirmation du président de ce qui s'appelle pompeusement la "Haute autorité" (sic), Thomas Clay, professeur de droit s'il vous plaît, pour lequel on se situe aux alentours, "plus proches" de 2 millions de votants.

    Avant même par conséquent de suivre les raisonnements géométriques sur les déplacements de pourcentages, on devra désormais se poser la question de savoir pourquoi les gros moyens de désinformation se trompent aussi systématiquement.

    Nous voici cependant enfin à pied d'œuvre. Nous arrivons en vue d'une bataille électorale où tout est devenu possible. "Tout" cela inclut par conséquent l'imprévisible. L'année 2016 nous en avait donné un avant-goût. Et, pour 2017, la seule certitude solide relève du calendrier, fort chargé, celui des élections françaises au printemps et des élections allemandes à l'automne.

    Pour dire les choses plus clairement encore : si, au lendemain des primaires de droite, fin novembre 2016, l'issue du scrutin présidentiel futur semblait comme "pliée", courue d'avance aux yeux des commentateurs agréés, cette apparence, si souvent illusoire, paraît en l'occurrence largement dissipée quelques semaines plus tard.

    Les enjeux de la bataille à venir dépassent en réalité la question des personnes et des appareils politiciens. La représentation politique de ce qu'on appelle la droite par exemple reste essentiellement tributaire des réseaux de pouvoir voire des tics de langage du gaullisme. Sur les 7 candidats à la candidature "de la droite et du centre" qui concoururent en novembre, 6 étaient issus du RPR, la seule exception étant celle de Jean-Frédéric Poisson considéré comme marginal.

    En revanche sur les 4,3 millions de Français qui se déplacèrent alors pour désigner leur candidat, la grande majorité s'est ralliée à des réformes que le parti gaulliste a toujours esquivées, préférant toujours l'idée "sauver le modèle social français" au constat de faillite de ce "modèle".

    Ceci veut dire que le vrai combat pour le redressement de la France et de l'Europe doit se situer sur le terrain des idées, laissant de côté le choc des ambitions, des prébendes et des petites gloires stériles.

    Oui, on peut déjà se féliciter des primaires de la gauche, en ce sens qu'elles actent la déchéance de la vieille idéologie socialiste et du parti d'Épinay. Reste à construire une réponse qui ne soit pas entachée de l'imposture du macronisme, dernier espoir et dernière pensée du Waterloo hollandiste, dernier avatar d'une gauche en déréliction.

    C'est donc bien maintenant que la vraie campagne commence.

    JG Malliarakis

    Apostilles

    1. cf. Le Point 8.1.17

    http://www.insolent.fr/page/2/

  • Envoyé spécial : « Otages d’Etat »

    Cette enquête apporte les preuves que la France a versé près de 40 millions d’euros à AQMI pour la libération des otages d’Arlit. Il met également en lumière les « guéguerres » entre services et le rôle trouble de certains « privés » dans les négociations qui ont conduit à la libération des otages et à l’assassinat de deux journalistes de RFI à Kidal en 2013. 

    Un an durant, Envoyé spécial a enquêté sur une affaire d’Etat : la question des négociations qui ont rendu possible la libération des otages d’Arlit, enlevés au Niger en septembre 2010. Signée Geoffrey Livolsi, Michel Despratx, Antoine Husser, Loup Krikorian et Marielle Krouk, cette investigation aux révélations explosives, explore les liens qui existent avec une seconde affaire : l’enlèvement et l’assassinat de deux journalistes français de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, à Kidal, au Mali.


    Envoyé spécial. Otages d'Etat

    http://www.contre-info.com/

  • Le moment populiste

    le-moment-populiste.jpgL’extraordinaire défiance de couches de population toujours plus larges envers les « partis de gouvernement » et la classe politique en général, au profit de mouvements d’un type nouveau, qu’on appelle « populistes », est sans nul doute le fait le plus marquant des transformations du paysage politique intervenues depuis au moins deux décennies. Le phénomène tend même à s’accélérer, comme l’a montré l’élection de Donald Trump, survenant quelques mois après le « Brexit » britannique. Partout se confirme l’ampleur du fossé séparant le peuple de la Nouvelle Classe dominante. Partout émergent de nouveaux clivages qui rendent obsolète le vieux clivage droite-gauche.

    Mais que faut-il exactement entendre par « populisme » ? S’agit-il d’un simple symptôme d’une crise générale de la représentation ? D’une idéologie ? D’un style ? Ou bien le populisme traduit-il une demande fondamentalement démocratique face à des élites accusées de ne plus faire de politique et de vouloir gouverner sans le peuple ? C’est à ces questions que répond ce livre, qui part de l’actualité la plus immédiate pour situer les enjeux politiques, sociologiques et philosophiques du débat.

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    Editions Pierre-Guillaume de Roux, 352 p. – 23,90 euros

    http://www.alaindebenoist.com/index.php/2017/01/26/le-moment-populiste/

  • De la primaire socialiste à la finale présidentielle du 7 mai...

    La Primaire de la Gauche tourne au pugilat entre les deux finalistes, et les discours de MM. Valls et Hamon semblent négliger que c’est bien leur camp politique qui gouverne le pays depuis 2012, les deux candidats ayant été ministres de M. Hollande, pour le premier jusqu’au mois dernier quand le second a quitté le navire dès l’été 2014, marquant alors son désaccord avec la ligne générale incarnée par le président et le premier ministre du moment. Or, à bien écouter les différents débats des dernières semaines, j’ai parfois l’impression que les deux concurrents agissent et parlent comme si le Pouvoir leur était totalement inconnu, ce qui est tout de même un comble…

    La grande querelle des féodaux socialistes n’est qu’un épisode de ce combat des chefs pour conquérir la magistrature suprême de l’Etat, un feuilleton qui va tenir le Pays légal en haleine jusqu’en mai prochain. Une querelle qui, si l’on entend les commentaires des habitués du « parlement du peuple » (tel que l’entendait Balzac), motive plus par la possibilité de « dégager » l’ancien locataire de Matignon que par les idées mêmes de son adversaire.

    Mais, dimanche soir prochain, lorsque le candidat officiel du Parti socialiste aura été désigné par les « socialistes d’un jour », la campagne prendra une nouvelle tournure car les principaux protagonistes seront alors tous connus : mais, des cinq présumés favoris, il ne devra en rester que deux pour le combat final du 7 mai, et, il faut bien l’avouer, nul ne sait, à l’heure présente, qui seront ces deux-là ! En trois mois, comme on l’a vu en ces dernières semaines, les pronostics et les évidences peuvent être bouleversés par quelques surprises dont il n’est pas certain qu’elles soient agréables pour tous…

    De cette lutte électorale, le vainqueur sortira-t-il autrement qu’épuisé et sa victoire sera-t-elle autre chose que l’addition des mécontentements ou des oppositions à son adversaire ultime ? A moins qu’il suscite une espérance qui, bientôt, risque de disparaître devant des réalités qui résistent mieux aux promesses que les électeurs, ou sous les pressions d’une Union européenne qui ne parle que de « respect des règles budgétaires » quand il faudrait penser ambition géopolitique et grands projets…

    C’est le grand inconvénient de « notre » République contemporaine, celui d’être prisonnière d’une incertitude électorale qui aiguise les appétits et suscite les jeux d’appareil et le choc des ambitions personnelles, alors qu’il faudrait additionner les énergies et les propositions pour les rendre efficaces dans le service de l’Etat : la Monarchie, qui n’est pas « le » régime parfait mais qui prend en compte les imperfections humaines comme politiques pour mieux les dépasser, est le meilleur moyen d’assurer la continuité au-dessus des querelles de partis ou de personnalités politiques. C’est aussi l’incarnation d’une unité qui est celle de la nation ; c’est le trait d’union des diversités françaises, dans tous leurs aspects et toutes leurs contradictions ; c’est ce qui permet et garantit l’expression des opinions politiques sans forcément menacer la magistrature arbitrale suprême de l’Etat…

    http://nouvelle-chouannerie.com/

  • Citoyenneté et nationalité

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    Richard Dessens EuroLibertés cliquez ici

    Les débats sur l’identité qui se succèdent depuis une dizaine d’années sèment une confusion et provoquent des antagonismes pour la raison qu’ils reposent sur des fondements faussés. En effet, avant d’évoquer une « identité », il faudrait d’abord définir sur quoi elle porte. Or, le véritable problème est celui qui est créé par la confusion qui existe, en France notamment, entre la « citoyenneté » et la « nationalité ». La citoyenneté est de nature juridique et ouvre des droits politiques. À ce titre, elle procède d’une logique administrative qui permet d’accorder, ou pas, la citoyenneté, à n’importe qui résidant sur un territoire donné. Aucun autre critère ne peut être requis. Délivrer la citoyenneté est donc un acte qui ne prend en compte aucune appartenance particulière à des valeurs, ou à une communauté, ou l’attachement à une histoire, une culture, et encore moins à une civilisation. Elle n’implique aucun engagement de fidélité à quoi que ce soit.

    Au contraire la nationalité induit une notion ethnique, un lien avec une nation, c’est-à-dire une entité humaine aux valeurs communes et à la communauté de destin de ses membres. L’histoire, les traditions, la défense de son identité, en font la substance et la réalité quotidienne, avec la volonté d’adhérer de bonne foi, naturellement donc, à ses règles de convivialité, à ses codes sociaux. La patrie est un sentiment charnel, la nation une organisation et un ordre social de femmes et d’hommes au passé et au devenir communs et identifiés.

    Tant que notre système juridico-politique s’entêtera, pour des raisons idéologiques, à confondre citoyenneté et nationalité, tout débat sur l’« identité » et sur l’« Europe » restera stérile, inutile, voire dangereux. Or, la source de cette confusion se situe dans la création factice des « États-Nations » qui mêlent citoyenneté et nationalité, travestissant la notion même de nationalité, en fabriquant une fausse nationalité conforme aux contours géographiques de l’État, à partir des nationalités régionales dévalorisées, et justifiée par la citoyenneté, liée aux États nouveaux et aux idées des « Lumières » concrétisées par la Révolution.

    C’est là que se situent l’imposture, et les ambiguïtés qui en découlent, des États-Nations et l’impossible débat sur toute notion d’« identité », devenue essentielle dans le monde nouveau de la globalisation. Globalisation financière ne veut pas dire globalisation humaine, malgré la volonté de nos élites « droits-de-l’hommistes » dominantes.

    Séparer citoyenneté et nationalité aboutit ainsi à la suppression des États-Nations européens, pour donner un sens à des « identités » qui retrouveraient leurs véritables racines. Ainsi, une Europe nouvelle pourrait voir le jour, la nationalité entraînant d’office la citoyenneté, mais non l’inverse. N’importe qui pourrait être « citoyen », c’est-à-dire posséder des droits politiques, le droit de vote notamment, sans bénéficier des avantages sociaux, sans participer automatiquement à la vie culturelle, sans être non plus soumis aux contraintes imposées aux membres de la nation, et notamment sa défense à titre militaire par exemple. La nationalité renvoie à une communauté humaine spécifique de destin, la citoyenneté à un acte juridico-administratif.

    Cette conception a été évoquée par des esprits d’origines très diverses, depuis Yann Fouéré et son excellent ouvrage, déjà ancien, L’Europe aux cent drapeaux, jusqu’à Dominique Schnapper dans Qu’est-ce que la citoyenneté ?, autre excellente étude, plus récente, sur la citoyenneté vue sous un angle certes très différent de celui de Fouéré. Ce n’est donc pas une question d’idéologie lorsque l’honnêteté intellectuelle et l’impartialité amènent à des réflexions finalement proches de la part de personnages aussi différents politiquement que ces deux auteurs prestigieux.

    L’Europe nouvelle ne pourra exister sans reconnaître qu’elle comporte « cent drapeaux » nationaux. Et une citoyenneté supplémentaire.

    http://synthesenationale.hautetfort.com/

  • Revenu universel ? – Entretien avec Eric Verhaeghe

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    La question du revenu universel revient souvent dans les débats de la présidentielle. L’enthousiasme ou la répulsion qu’il suscite semblent basés sur une incompréhension ou une méconnaissance de ce concept. Eric Verhaeghe, que nous avions interrogé lors de la parution de Ne t’aide pas et l’Etat t’aidera (Présent du 25 février 2016), livre où il aborde la question, nous donne quelques clés pour mieux saisir les enjeux de ce fameux revenu.

    8788-20170128.jpg— Dans votre livre, vous écriviez que le revenu universel est « l’avenir de la Sécurité sociale ». Pouvez-vous nous rappeler les caractéristiques de ce dispositif tel que vous le concevez ?

    — Il me semble qu’il existe un malentendu curieux sur le revenu universel tel qu’il est promu par certains « libéraux ». Ceux-ci veulent ajouter une sorte de nouvelle prestation sociale, dont le coût est colossal, et qui bénéficierait à tout le monde. De mon point de vue, c’est une erreur de sens : le revenu universel ne doit pas s’ajouter aux prestations sociales existantes, et en particulier à la sécurité sociale, mais il doit la remplacer. Au lieu d’ajouter 400 milliards aux près de 1 000 milliards de prélèvements publics existants, il vaut mieux transformer les 600 milliards qui financent l’offre sociale (notamment l’offre médicale) en 600 milliards d’allocation universelle qui permettraient aux Français de souscrire aux contrats d’assurance sociale de leur choix. L’utilisation de ces 600 milliards serait exclusivement réservée à la souscription de contrats de protection sociale. On évite ainsi l’effet « paresse ». Le revenu universel ne sera pas versé pour acheter des téléphones portables ou des voitures, mais pour que chacun assure sa propre protection. La mesure est éminemment responsabilisante.

    — Ce n’est donc pas une incitation à ne plus travailler et à se laisser vivre – objection qu’on entend souvent ?

    — Eh non, puisque l’argent n’ira pas directement dans la poche des assurés et ne pourra être utilisé pour des babioles. Il sera fléché vers la protection sociale. Simplement, au lieu de subir une sécurité sociale déresponsabilisante comme aujourd’hui (avec cette fameuse phrase qu’on entend dans le métro : « J’ai droit chaque année à X jours de congé maladie », ou cette conviction ancrée dans certaines campagnes selon laquelle la sécurité sociale doit rembourser le taxi des malades jusqu’à l’hôpital), les Français devront faire un choix individuel réfléchi pour satisfaire à leur obligation d’assurance.

    — Marc de Boni, journaliste au Figaro, écrit que la proposition d’un revenu universel se situe « à la jonction de la vision marxiste et de la pensée libérale ». Cela vous paraît-il juste ?

    — Il me semble que le revenu universel est d’abord une idée libérale. Les marxistes l’ont volontiers repris à cause du malentendu introduit par certains « libéraux », pour qui le revenu universel est un outil de lutte contre la pauvreté. Sous l’expression « revenu universel » coexistent deux notions distinctes : d’un côté, la vision libérale d’une redistribution égalitaire d’une partie du PIB pour que chacun soit protégé, de l’autre, une vision plus marxiste selon laquelle le revenu universel est un outil nouveau et supplémentaire de lutte contre la pauvreté.

    Propos recueillis par Samuel Martin

    Entretien paru dans Présent daté du 28 janvier 2017

    http://fr.novopress.info/203093/revenu-universel-entretien-avec-eric-verhaeghe/

  • L’Allemagne, 2017 et le retour de l’histoire

    Les tumultueux événements de 2016 ont rétrospectivement contribué à faire la lumière au sein de l’obscurité au sujet des ingérences géopolitiques globales, en particulier en ce qui concerne le rôle douteux des Etats-Unis. Dans mes livres, «Wiederkehr der Hasardeure» [Le retour des hasardeurs] et récemment «Die Akte Moskau» [Le dossier Moscou], j’ai résumé les développements et fourni des perspectives sur ce qui nous attend en 2017.

    David Fromkin a rédigé une «Bible» du Proche-Orient. Son ouvrage mémorable sur la fin de la Première Guerre mondiale est inégalé. Il porte toujours le titre de: «The peace to end all peace». Au niveau international, les événements et les développements ayant mené à la Première Guerre mondiale et à sa conclusion, ne pouvaient manquer de ressurgir, immédiatement après la paix qui s’en est suivie, la guerre froide. Cette dernière fut quasiment solennellement portée en terre en novembre 1990 avec la célèbre «Charte de Paris».

    Les frontières de l’OTAN ont été repoussées jusqu’au seuil de la Fédération de Russie

    Après la fin de la guerre froide, le monde a changé. La division de l’Europe fut apparemment éliminée, pour renaître presque 25 ans plus tard avec le territoire de l’OTAN élargi jusqu’aux frontières et la Fédération de Russie, selon le mot de Lord Ismay sur le sens de l’union militaire occidentale à l’égard de la Russie. L’OTAN, dominée par les Anglo-saxons, a selon lui l’unique sens «de garder les Américains [en Europe], de tenir les Russes à l’écart [de l’Europe] et d’abaisser les Allemands».

    Cependant, la période ayant suivi immédiatement la fin de la guerre froide a été déterminée par trois mouvements: selon la «Charte d’Helsinki», il s’agissait d’utiliser les possibilités des Etats libres existant à présent dans l’Europe entière. Le processus, portant le nom de la capitale finlandaise et doté de «trois paniers», pouvait déterminer le destin de l’Europe libre; ce dernier devait, à l’aide d’un «dividende de paix», mettre fin à la course aux armements de l’époque de la guerre froide, mettre en œuvre l’intégralité des droits de l’Homme et des droits civils, et faire avancer le développement économique en faveur des peuples et des Etats.

    Cela se heurta de façon notoire à de grands obstacles, car les Etats-Unis empêchèrent toujours le développement, s’ils ne pouvaient en contrôler seuls et exclusivement le déroulement. L’Allemagne dut en faire l’expérience à l’occasion de la collaboration résolument engagée avec les Etats riverains de la mer Baltique, de même qu’avec les Etats membres de la Convention Rhin-Main-Danube. Les Etats-Unis sont intervenus partout où les Etats européens ont initié une collaboration régionale et s’y sont associés. Il n’y eut bientôt plus de pourparlers entre les Etats européens sans que Washington ne s’assoie à la table de discussion et n’en prenne la direction. Habituellement, on reconnaissait et rattachait de tels procédés aux Etats membres du «Pacte de Varsovie» – qui venait juste d’être dissout – où l’omniprésence de l’Union soviétique faisait en sorte que, lors des discussions, aucun dialogue direct entre les Etats membres ne soit plus possible.

    Conséquences non résolues de la Première Guerre mondiale

    La Hongrie a donné un autre signal. Tout comme les Polonais, les Magyars avaient brandi l’étendard de la liberté en Europe dans les jours les plus sombres de l’antagonisme européen et mondial, au prix de nombreuses victimes. Avec l’abandon des zones d’influence allemandes au-delà de l’Oder, l’Allemagne avait accompli un douloureux sacrifice résultant de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais, avec la Hongrie et les autres Etats voisins, et avant tout avec le développement des Balkans, un fait se dégageait clairement et avait des répercussions sur l’entreprise qu’exigeait la fin toute récente de la guerre froide: Versailles et les «Traités secondaires de Paris» ont déterminé l’ordre du jour entre Budapest, Bucarest et Ankara parce qu’on pouvait enfin parler librement des conséquences du Traité de Versailles affectant l’«Europe centrale». Ce fut la Turquie qui leva le voile de l’ignorance européenne au sujet des traités secrets anglo-français de 1916 sur un foyer juif en Palestine et qui fit le lien entre le tournant crucial de la Première Guerre mondiale et les effets plus tardifs du Traité de Versailles sur une partie essentielle de l’Europe.

    Pendant que, dans les années 1990, le foyer d’incendie des Balkans se transforma de plus en plus en braises belliqueuses, tout débat sérieux au sujet des problématiques qu’on voulait en principe surmonter après la fin de la guerre froide, tomba à l’eau. Dans ces années-là, les Etats-Unis avaient défini, en cavalier seul, leurs priorités politiques. Les signaux ne se manifestaient plus en direction de «Helsinki» – et donc de la collaboration –, mais uniquement en direction de «Lord Ismay». L’actuelle période de faiblesse de la Russie devait être utilisée pour élargir vers l’Est le territoire d’influence américaine de la partie européenne du continent. Pour cette raison, une coopération sérieuse des Etats européens avec la Russie devait être sabotée dans tous les domaines et les relations traditionnellement bonnes de la Russie avec les Etats côtiers de la mer Adriatique éliminées. Le déroulement des évènements de la guerre des Balkans sur décision du Congrès américain à partir de 1990 l’a confirmé – le «vestige» le plus impressionnant en est le «Camp Bondsteel» au Kosovo, la deuxième et très importante base militaire américaine en Europe. Il n’est pas à exclure que les pouvoirs anglo-saxons aient voulu à tout prix empêcher les travaux sur «Versailles» car cela aurait mis en évidence leurs responsabilités essentielles dans un siècle effroyable.

    Deux guerres mondiales: conséquences d’une controverse sur la Russie?

    A l’examen objectif des développements s’étendant sur des décennies, s’impose l’impression que tous les problèmes que nous devons affronter en Europe sont à mettre en rapport directement avec les questions fondamentales: Versailles et les traités secondaires déjà mentionnés est de nouveau au centre de l’attention générale. En est témoin la spectaculaire commémoration de l’éclatement de la Première Guerre mondiale en Europe, il y a cent ans, les souvenirs de l’Europe de 1914. Cela n’avait rien de l’histoire des vainqueurs, comme cela s’est manifesté par la suite en Allemagne chez ceux-là mêmes dont le passé nazi était sans équivoque, tel l’historien Fritz Fischer. Ces derniers en avaient rejeté l’entière responsabilité sur leur pays pour tout et n’importe quoi. Jusqu’à présent, les historiens britanniques ont gardé le contrôle sur l’interprétation de notre histoire en Allemagne. Certainement pas pour provoquer une remise en cause critique de la responsabilité anglaise.

    Il y a deux ans, il fallut le stratège américain George Friedman, lui-même ancien dirigeant d’un important poste de commandement du complexe militaro-industriel américain, pour attirer l’attention sur l’alignement stratégique de la politique américaine – depuis la fondation de l’empire allemand en 1871 – contre l’Allemagne et la Russie. Puis Christopher Clark [historien australien, auteur de «Les somnambules. Eté 1914: comment l’Europe a marché vers la guerre», ndt.] a bien expliqué dans «Les somnambules» la responsabilité européenne générale dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale, attirant cependant la curiosité concernait le rôle de la Grande-Bretagne, par son silence sur la responsabilité centrale britannique dans le développement européen de la guerre. Quels étaient donc les mécanismes ayant amené à développer – bien avant la Première Guerre mondiale – des projets de blocus maritime contre l’Empire allemand?

    Les processus historiques ont-ils des répercussions sur l’avenir?

    Le signal actuel vient, et comment pourrait-il en être autrement, de l’Est et cela de deux façons. Dans son dernier «Discours sur l’état de la nation» du 12 décembre 2016, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine, a indiqué les dates historiques des années à venir pour nous en Europe. En 2017, seront commémorés les deux processus révolutionnaires de 1917, celui de février et celui d’octobre, parce que le développement actuel dans la Fédération de Russie trouve une raison essentielle dans ces deux événements. C’est certainement vrai, et ces jours derniers nous avons pris connaissance du complément approprié, lorsque d’éminents représentants ukrainiens de nationalité polonaise ont demandé une autonomie économique pour l’Ouest de l’Ukraine avec la capitale de Lemberg, car ils espèrent de meilleures perspectives de développement économique uniquement au travers d’une alliance avec la Pologne. Ceci remet à nouveau sur la table les Accords secrets Sykes/Picot et la question juive au Proche-Orient ainsi que leurs conséquences sur la Première Guerre mondiale – connus des Européens comme les «14 points du président américain Wilson» jusqu’au Traité de Versailles et aux traités secondaires de Paris avec leurs répercussions sur l’histoire actuelle.

    Une idée longuement mûrie: diviser la Russie en vingt Etats séparés

    Ce qui est par contre moins connu du public intéressé, c’est d’une part la manière ciblée par laquelle certains cercles britanniques des plus influents ont – longtemps avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale – contourné leur gouvernement et le Parlement pour mettre sous pression l’Etat et la société à succès de l’Allemagne concurrente. D’autre part, il s’agit des plans qu’avait le Colonel [Edward Mandell] House – diplomate et très influent conseiller en politique extérieure du Président américain Woodrow Wilson – lors de sa visite en 1916 chez l’empereur allemand Wilhelm II, jusque là victorieux sur le plan militaire. Il fallait en finir avec la guerre contre les puissances occidentales qu’étaient la France et l’Angleterre, et ce, pour des considérations exclusivement politiques, comme le mentionna le Colonel House lors de son entretien avec l’empereur.

    Le plan était d’aller, en lieu et place, écraser la Russie tsariste. Car il était prévu de diviser la Russie en vingt Etats distincts, en rapport avec les possibles résultats de la Première Guerre mondiale. Pas étonnant donc que les personnalités compétentes soient fondamentalement convaincues – indépendamment si nous Allemands sommes prêts à l’accepter ou pas: l’actuelle vue historique occidentale au sujet des deux derniers siècles est «une œuvre d’art globale britannique». Ainsi, on remonte aux guerres de Napoléon et à la proposition britannique faite aux alliés autrichiens et aux royalistes français. Il fallait saisir l’occasion et vaincre l’allié russe par une énorme conjonction de forces armées, comprenant l’Autriche impériale, la France royaliste et l’Angleterre, afin de le détruire sur ses propres terres. Notez bien: cela se passait peu après la vaine et audacieuse entreprise de Napoléon, ayant déjà tenté sa chance à Moscou.

    Ce n’est qu’en Allemagne que l’histoire a commencé en 1945

    Il se peut bien qu’ici, nous rattachons la République fédérale d’Allemagne dans son existence nationale à l’empire allemand. Ce n’est cependant en aucune façon valable pour une compréhension raisonnablement historique et donc, politique, et les générations futures en paieront un prix élevé. Tous les autres peuples et leurs gouvernements vivent dans l’intégralité de l’histoire de leur peuple et de leur nation, et non dans un fragment limité. Alors, les erreurs sont commises chez soi, même si les facteurs en sont imputables aux autres.

    Il devient cependant de plus en plus évident que nos partenaires occidentaux nous ont à l’évidence attribué toujours le même rôle dans l’histoire, quand les choses deviennent sérieuses: soit voir notre position dans la destruction de la Russie ou disparaître. 1914 nous a rattrapé en 2014, et il en sera ainsi avec 1917, 1918 et 1919 à 1922. Peu de temps plus tard, l’attaché militaire américain à Berlin s’est occupé à Munich de la situation financière d’un certain politicien émergent du nom Adolf Hitler. Pour les Allemands, de telles situations étaient assez courantes, puisqu’ils avaient auparavant fait la même chose pour un certain monsieur Lénine. N’oublions pas ceux qui à New York, à peu près en même temps, avaient financièrement mis le pied à l’étrier d’un certain Trotski.

    Déploiement de forces contre la Russie

    La question se pose, maintenant et à l’avenir: voulons-nous nous laisser saigner à blanc? D’une part, dans la confrontation avec la Russie, mise en œuvre presque en cachette. On en parle un peu, mais ce qui se prépare réellement, brille par l’absence d’images parlantes dans nos émissions d’information. Ces jours-ci, ce ne serait pas bien compliqué à démontrer, il suffit de se rendre au port militaire de l’OTAN à Kiel où environ 2000 véhicules de combat d’une brigade américaine se déplacent vers le front de l’Est, avec le consentement du gouvernement fédéral. Naturellement, sous le prétexte de la défense.

    D’autre part, avec la situation selon laquelle les Etats-Unis mènent autour de nous des guerres successives, en protégeant leurs propres frontières et en n’acceptant aucun réfugié de guerre. Les personnes derrières certaines prétendues «organisations non-gouvernementales» et autres torpillent la protection efficace de nos frontières à travers leur réseau organisé. Des flux migratoires sont utilisés pour éliminer notre ordre juridique national, et nos jeunes sont sacrifiés dans les guerres des autres. Où sont les gouvernements qui protègent nos intérêts? Où est la politique allemande prenant en compte les intérêts nationaux et se consacrant aux relations de bon voisinage en Europe? Qu’en est-il de ce qui figure dans notre Loi fondamentale, selon lequel l’Allemagne doit contribuer à la paix dans le monde? •

    (Traduction Horizons et débats)

    Source

    http://www.voxnr.com/7872/lallemagne-2017-et-le-retour-de-lhistoire