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culture et histoire - Page 1580

  • Marion Le Pen défend la famille biologique. Pour Jean-Jacques Bourdin, c’est « dogmatique »…

    Encore un beau numéro de manipulation médiatique !

    Ce matin, Marion Le Pen était l’invitée de Jean-Jacques Bourdin pour un direct sur RMC et BFMTV. Quand Marion Le Pen encourage la France à faire des enfants français, le journaliste oriente immédiatement la question en l’assortissant d’un sous-entendu racialiste.

    Mais le meilleur est à venir. Marion Le Pen dénonce la politique gouvernementale qui nous fait passer de la famille biologique à la famille sociale, avec des tiers auxquels on accorde des droits parentaux. Aussitôt, Jean-Jacques Bourdin bondit en présentant la famille biologique comme « dogmatique » !

    Vas-y Bourdin, dis-nous tout de suite ce que les Français doivent penser, ça ira plus vite…

  • La théorie du genre et l’influence mondialiste en Belgique : entretien avec Alain Escada.

    L’équipe belge du Cercle des Volontaires propose un entretien vidéo avec Alain Escada, président de Civitas, à l’occasion du lancement d’une antenne Civitas en Belgique. Alain Escada explique notamment comment la théorie du genre se propage en Belgique de la même façon qu’en France et comment tout cela s’organise à l’échelon international. Le président de Civitas dénonce une fois de plus le mondialisme qui s’oppose au christianisme, à la Famille et à la Patrie, et appelle à la mise en place de réseaux de résistance à travers les Nations.

  • Commissaire politique stalinien du Viêt Minh, BOUDAREL, le monstre français du camp 113

    « Dès le déclenchement de la deuxième guerre mondiale l’Indochine fut envahie par l’armée japonaise qui occupait déjà la Chine et qui avait proclamé en 1938 sa volonté d’éradiquer toute présence d’homme blanc en Extrême-Orient allant jusqu’à introniser, à son départ, le 2 septembre 1945, le gouvernement communiste Hô Chi Minh.

    Lors des hostilités avec la France, le Viêt Minh effectua de nombreuses prises d’otages, incluant des civils. Beaucoup de prisonniers militaires français passèrent dans des camps d’internement situés dans les régions sous contrôle indépendantiste et furent soumis à une tentative de « rééducation marxisante » par des commissaires politiques au nombre desquels des communistes étrangers et Français faisaient montre d’un zèle excessif… Ainsi le PCF, par la voix de ses responsables, Maurice Thorez, Jacques Duclos, le couple Joliot-Curie… joua un rôle essentiel, non seulement dans la conception, mais aussi dans l’exécution du lavage de cerveau.

    Le sort des prisonniers dans ces camps de rééducation fut longtemps méconnu du grand public. L’affaire Georges Boudarel contribua à la rappeler à l’opinion dans les années 1990.

    Militant du parti communiste français, chrétien progressiste et marxiste, Georges Boudarel naquit en 1926. En avril 1948, il s’embarqua pour l’Indochine comme professeur de philosophie et anima l’antenne indochinoise du PCF, le groupe culturel marxiste auquel Jean Chesneaux, l’historien communiste, appartient.

    Le 17 décembre 1950, refusant d’être incorporé dans l’armée française et considéré comme « insoumis » puis déserteur, il rejoignit le Việt Minh et se rendit après une longue marche au Tonkin où, en 1953, il fut nommé commissaire politique dans un camp de rééducation de prisonniers, le camp 113.

    Situé près du village de Nam Nahm, à 25 km à l’ouest du kilomètre 32 de la RC2 (60 kms au sud de la frontière de Chine et 30kms au sud-ouest de Bac.Giang), ce camp, insalubre, connut très vite une intense activité mortuaire… Son cimetière débordait de cadavres que les grosses pluies d’automne déterraient. Les rats pullulaient et s’attaquaient aux mourants à l’infirmerie. Dès lors, la situation sanitaire devint telle qu’il fallut évacuer ce camp et le reconstruire 30 kilomètres plus à l’est, au nord de VINT-THUY, non loin de la RC2, près de LANG-KIEU.

    Quelque 320 prisonniers, survivants d’un triste bétail pensant, abandonnés à leurs délires, à leurs rêves et à leur rancœur, tous d’origine européenne, officiers, sous-officiers et soldats, croupissaient dans ce camp dans des conditions infâmes d’alimentation, d’hygiène et de prophylaxie. A l’infirmerie, véritable antichambre de la mort, des squelettes vivants agonisaient, vaincus par la faim, la maladie et rongés par la vermine, sous un essaim de grosses mouches vertes. Ils étaient, en effet, vidés par la dysenterie, minés par le paludisme, l’avitaminose, les ascaris, la peau rongée par les champignons de la dartre annamite, de la bourbouille et du hong-kong-foot. Parmi ceux qui n’avaient plus aucune réaction et qui allaient mourir le soir même ou dans la nuit, certains avaient les lobes d’oreilles et la base des narines entamés par les rats. C’était un spectacle affreux. Tous ceux qui étaient admis à l’infirmerie mouraient. Les agonisants attendaient la mort, les épuisés prenaient la place des agonisants, les sans-espoirs succédaient aux épuisés, les nouveaux arrivés comblaient les vides entretenant ainsi le cycle. Dans un endroit retiré, des latrines avaient été creusées où grouillaient des millions d’asticots qui donnaient naissance à des multitudes de mouches vecteurs de toutes les maladies, véritable « pont aérien entre ce lieu et les cuisines » selon le mot même de Boudarel. Le taux de mortalité variait entre 25 et 40 décès par mois, et même plus, selon les saisons.

    C’est en ce lieu sinistre que Boudarel, surnommé « Dai Dông », mit au point ses sévices chaque jour plus raffinés et excella dans le lavage de cerveau imprégné des doctrines du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien.
    Dans ce « mouroir », sa spécialité : « La mise à mort sans toucher » consistait :

    - à abreuver de cours de « rééducation politique » des hommes blessés, malades, éreintés, affamés
    - à obliger les moribonds à se lever pour assister à ces séances, qui contribuaient à les achever
    - à exploiter la pratique clé la « critique et de l’autocritique » pour créer un détestable climat de méfiance, de discorde et de délation
    - à remettre au Vietminh des médicaments parachutés par la Croix Rouge Française et en les refusant aux malades abandonnés sans soins
    - à réserver aux évadés repris un sort qui menait à une fin quasi certaine
    - à établir lui-même la liste des « libérables », c’est-à-dire en s’attribuant le droit de vie et de mort
    - à pousser la cruauté jusqu’à renvoyer au camp des prisonniers déjà sur le chemin de la libération : Certains en mourront de désespoir
    - à détenir un record de mortalité, avec 1 à 8 décès par jour.

    Boudarel étant devenu le « conseiller technique » pour l’action psychologique, les chefs des 130 camps Việt Minh appliquaient avec zèle, sur ses indications, les séances de tribunal populaire destinés à juger ceux qui étaient considérés comme « fautifs ». Les prisonniers subissaient des traumatismes importants dus au viol psychologique de l’endoctrinement, des séances d’autocritique et d’encouragement à la délation.

    Ils furent, ainsi, victimes « d’agressions psychologiques découlant d’une doctrine monstrueuse, appliquée par un État pratiquant une politique d’hégémonie idéologique et d’intolérance active ». Tous les éléments du génocide constituant le crime contre l’humanité furent réunis, tel que le définit la Convention des Nations Unies du 9 décembre 1948 : « Atteintes graves à l’intégrité physique et mentale du groupe ; soumission intentionnelle de celui-ci à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ».

    Par ailleurs, en dépit de leur extrême faiblesse, tous ceux qui pouvaient tenir debout participaient aux corvées et aux activités du camp. « Si pas travailler, pas manger ! » Telle était la devise du surveillant général.

    « Notre estomac est un chien enragé qui glapit, s’élance et se déchaîne, déchire les entrailles de ses dents »…

    Pour preuve de son implacable inhumanité et de la jouissance dont il devait probablement se repaître, Boudarel fit condamner à mort Jean CHAMINADAS qui commandait la 7ème Compagnie du 5ème Régiment Etranger d’Infanterie au motif d’avoir tenté trois évasions et tué une sentinelle lors de la dernière. Mais là ne s’arrêta pas son abjection… Il demanda au frère du condamné, Max CHAMINADAS, également prisonnier, de commander, en personne, le peloton d’exécution… ce que Max refusa, évidemment. Qu’à cela ne tienne : Jean fut exécuté, pour l’exemple, sous les yeux de ses camarades d’infortune. Aujourd’hui, sa dépouille (ou ce qu’il en reste) repose au mémorial dédié aux « Morts pour la France » implanté à Fréjus.

    Parmi les punitions – identiques à tous les camps- l’une des plus terribles était le séjour prolongé dans la sinistre « cage à buffles » sous une maison sur pilotis où le prisonnier, attaché à un poteau dans une eau putride sans pouvoir se protéger des piqûres d’insectes, était supplicié jusqu‘à la folie et la mort.

    Durant l’année de son activité au camp 113, Boudarel reconnut lui-même un taux de mortalité atteignant les 70 %. Sur les 320 prisonniers Français, 278 moururent de mauvais traitements et de torture physique et psychologique. Lorsqu’ils débarquèrent à Marseille, les survivants, squelettes ambulants ou morts-vivants portés sur civière, furent la cible des jets de boulons, de crachats et d’injures par des dockers communistes de la CGT.

    Inculpé de trahison Georges Boudarel fut condamné à mort par contumace en juin 1953. Après les accords de Genève, ce tortionnaire, bénéficiant de la loi d’amnistie gaulliste du 18 juin 1966, revint en France et fut aussitôt coopté au CNRS par ses amis communistes pour y préparer une thèse de troisième cycle d’histoire à l’université Paris VII Jussieu. Il devint maître de conférences à Jussieu et ces mêmes communistes et syndicalistes feront ensuite valider ses années « d’expérience » en Indochine pour favoriser sa carrière…

    Durant ces années, il fréquente assidument les milieux trotskistes, en particulier la ligue d’Alain Krivine et comptera parmi ses amis et « protecteurs » Gisèle Halimi, Suzan Sontag, Marianne Schaub, Laurent Schwartz, Marcel Kahn, Madeleine Rebérioux… tout le gratin de la gauche intellectuelle qui sera à l’origine de la création de la « Ligue Contre Révolutionnaire ».

    Le 13 février 1991, lors d’un colloque au Sénat sur le Vietnam auquel Boudarel participait, il fut reconnu et apostrophé par Jean-Jacques Beucler, ancien secrétaire d’État aux anciens combattants ayant lui-même participé à la guerre d’Indochine durant laquelle il avait été prisonnier pendant 4 ans dans le camp 113.

    « Vous avez du sang sur les mains. Votre présence à cette tribune est indécente ! » vitupéra Beucler.

    L’affaire fit grand bruit, d’autant plus que Boudarel adopta une attitude provocatrice, affirmant ne rien regretter et allant jusqu’à se moquer publiquement de ses anciennes victimes. D’autres témoignages furent déposés ensuite contre Boudarel qui fit l’objet en 1991 d’une plainte pour crimes contre l’humanité déposée par d’anciens prisonniers français du camp 113. Contre toute attente, articles et pétitions en faveur de Boudarel ne manquèrent pas dans le camp « progressiste » (Jean Lacouture, Pierre Vidal-Naquet…) et la justice rejeta l‘accusation de crime contre l’humanité portée par une association d’anciens combattants, au motif que les faits étaient couverts par la loi d’amnistie de 1966.

    Suprême dérision : Soutenu par l’ensemble de la gauche intellectuelle, il échappa également à toute sanction dans le cadre universitaire.

    A 65 ans, l’ancien commissaire politique du camp 113 put en toute légalité faire valoir ses droits à la retraite. Il mourra paisiblement dans son lit le 26 décembre 2003 à l’âge de 77 ans.

    « Et ton nom paraîtra dans la race future, aux plus cruels tyrans, une cruelle injure ! » (Racine)

    José CASTANO

    http://www.contre-info.com/commissaire-politique-stalinien-du-viet-minh-boudarel-le-monstre-francais-du-camp-113#more-32722

  • L'école St Dominique au Pecq, premier établissement hors-contrat de France

    L'école St Dominique au Pecq est le premier établissement privé hors-contrat de France par la taille. Fondé par une équipe de parents en 1992 avec 35 enfants, il compte aujourd’hui 747 élèves, répartis en 28 classes, de la maternelle à la terminale. Et devra s’agrandir encore avec l’ouverture du lycée féminin, à la rentrée 2014, grâce à la construction d’un troisième bâtiment. Frédérique Borne, directrice du primaire, répond à Présent :

    "Nous accueillons actuellement 320 élèves répartis en 13 classes toutes mixtes. Pour répondre à une importante demande en cours moyen, nous ouvrirons à la rentrée une nouvelle classe de CM1/CM2 à effectif volontairement réduit. [...]

    Nous recrutons nos enseignants par le bouche à oreille et avec l’aide précieuse de la Fondation pour l’Ecole, qui nous envoie aussi des stagiaires. La formation dispensée à l’Institut libre de formation des maîtres [l’ILFM, fondé par Anne Coffinier] est d’excellente qualité, elle demande à ses étudiants un bon niveau académique doublé d’un dynamisme et d’une forte motivation, indispensables à la pratique du métier d’instituteur. [...]

    Quelle est, pour vous, la qualité première d’une institutrice ?

    La capacité de transmettre des connaissances dans la bonne humeur et la douceur, et celle de susciter l’émerveillement et l’enthousiasme.

    Question inévitable : sans aide aucune de l’Etat et avec votre succès, comment réussissez-vous à faire fonctionner le financement de l’école? J’imagine que c’est par l’engagement des parents, des familles ? Parlez-nous un peu de ce fantastique réseau d’entraide générale.

    A Saint-Dominique, toutes les dépenses sont très rigoureusement étudiées à tous les niveaux, mais 15 % sont couvertes par les dons que nous recevons grâce à nos manifestations comme la vente de Noël, le premier week-end de l’Avent, la kermesse, les 14 et 15 juin cette année, le théâtre de la Troupe Hélène et Tatiana formée de professeurs et de parents de l’école, mais aussi grâce au dynamisme des membres du conseil d’administration et de tous les amis de l’école, qui participent à la vie de Saint-Dominique, soit financièrement, soit en apportant leur aide ponctuelle ou régulière. Nous recevons aussi le soutien de la Fondation pour l’Ecole. [...]

    L’école entretient d’excellentes relations avec la mairie du Pecq et nous y avons été bien accueillis dès le début. En effet, dès notre installation dans cette commune, le sénateur maire de l’époque, Alain Gournac, a accordé sa confiance à notre directeur général, M. Michel Valadier, et à nos projets pédagogiques et éducatifs : sens du travail bien fait, courage, courtoisie, sens des autres… Nous participons aux activités scolaires, comme l’annuel et traditionnel « cross des écoles de la ville du Pecq », nous sommes conviés à toutes les cérémonies et événements organisés par la ville."

    Michel Janva

  • [Marseille] cercle Honoré d’Etienne d’Orves le 30 mai 2014

    Le prochain cercle Honoré d’Etienne d’Orves de l’AFE Marseille aura lieu le vendredi 30 mai 2014 à 18h15 à l’Olympic bar en face de la préfecture et aura pour thème, "Les positions du militant d’AF face aux pertes de souveraineté européennes et au au traité de libre échange" 

  • « Chants de foi, de fête et de guerre du Moyen Âge »

     

    « Ce florilège de dix-neuf chants et onze morceaux choisis de musique médiévale, interprétés fort joliment au luth, à la flûte et au tambourin, témoigne du bel ouvrage des anciens. »

    Du beau travail, avec un livret soigné.

    Détails et commande ici.

    Tous les disques du Chœur sont disponibles ici.

    http://www.contre-info.com/

     

  • Cosaques : L’origine des « guerriers libres » partie 3

    Les poissons pêchés par les Cosaques étaient très demandés dans le monde extérieur, surtout en Moscovie. Un autre voyageur anglais a chanté les louanges de l’esturgeon bélouga : il était, écrivit-il, « plus blanc que du veau et plus délicieux que de la moelle… C’est l’une des plus grandes friandises qui proviennent de l’élément liquide, en particulier son ventre qui surpasse en excellence la moelle du bœuf » (33). Au terme de chaque saison, des marchands venaient de loin pour acheter des poissons et du caviar qu’ils vendaient sur les marchés de la Russie centrale.

    Le Cosaque était obligé de commercer. Il pouvait avoir un surplus de poissons, des fourrures, des peaux, du miel et de la cire, il pouvait même fabriquer pour lui de l’hydromel et de la vodka, mais il lui manquait le grain, les tissus, les clous, le plomb, la graisse, la poudre et les armes qui étaient nécessaires à sa survivance. Même lorsque les Cosaques édifiaient des communautés permanentes, elles ne pouvaient jamais se suffire à elles- mêmes sur le plan économique. Lorsque les villes frontalières russes et polonaises (dont ils dépendaient pour vivre) leur furent fermées, les Cosaques transportèrent parfois leurs marchandises jusqu’à des villes turques comme Azov afin d’obtenir en échange du grain, des étoffes et des produits artisanaux. Plus souvent les marchands allaient les trouver. Des négociants russes, grecs, arméniens et persans furent bientôt des personnages familiers dans les établissements cosaques et ils devenaient quelquefois une particularité permanente dans la vie d’une communauté. Une sorte de banlieue se développa à l’extérieur de la Sitch zaporogue, où des marchands vendaient de la viande, du sel, diverses denrées alimentaires, et où des tailleurs, des bottiers, des boulangers et des brasseurs exerçaient leurs professions. Comme le nombre des fugitifs en terres cosaques augmentait, des communautés acquirent leurs propres artisans : tonneliers, forgerons, armuriers, charpentiers, voire des chapeliers et des orfèvres ; les femmes cosaques apportaient leur contribution à l’économie primitive en filant, en tissant, en faisant pousser des fruits et des légumes devant leurs huttes. Mais dans presque toutes les communautés, les non-Cosaques devaient subvenir aux besoins que les Cosaques ne pouvaient ou ne voulaient pas satisfaire tout seuls.

    Si le poisson procurait un excédent commercialisable que les Cosaques pouvaient négocier avec des étrangers, les premiers Cosaques disposèrent de deux autres grandes sources de revenus : la flibuste et le mercenariat. Ils avaient appris des Tatars les techniques du pillage et des rapts ; peu à peu ils ne se contentèrent plus de pourchasser des proies faciles comme des voyageurs égarés en pays sauvage ou des marchands remontant les rivières : ils cherchèrent à soutirer de l’argent aux Turcs et aux Tatars, et leurs opérations pouvaient se révéler très profitables. Les Turcs allaient jusqu’à verser une rançon de 30.000 pièces d’or pour un pacha enlevé, et un marché d’esclaves se développa sur le Don, avec un roulement de deux mille personnes par an, chacune étant vendue de vingt à quarante roubles. Voilà pourquoi les Cosaques, grandissant en nombre et en expérience, se lancèrent dans des expéditions de piraterie en haute mer. La flibuste devint même une spécialité des Zaporogues, terreur des navires marchands ; les grandes galères turques sur la mer Noire les redoutaient plus que les tempêtes et, vers 1600, il n’était pas une ville ou un village sur ces côtes jusqu’à Constantinople même qui pouvait se sentir à l’abri de leurs raids soudains.

    Les embarcations des pirates zaporogues n’étaient pas beaucoup plus que des canots de rivière ; elles étaient faites de planches ou creusées dans un tronc d’arbre. Mesurant 20 mètres de long et quatre de large avec un faible tirant d’eau, elles se tenaient très bas sur l’eau, et il fallait les soutenir avec des liasses de roseaux pour qu’elles pussent résister aux vagues de la mer. La voile n’était hissée que par beau temps. Elles étaient habituellement propulsées par des avirons — de 20 à 30 par embarcation, avec deux hommes par aviron — et de grandes pagaies de direction à l’avant et à l’arrière. Un bateau de ce genre pouvait être construit par 60 Cosaques en une quinzaine de jours. On les appelait des tchaiki, c’est-à-dire des mouettes.

    Malgré leur petite taille et leur construction fruste, elles étaient assez rapides pour atteindre la côte de l’Anatolie, distante de 500 cinquante kilomètres de l’embouchure du Dniepr, en moins de deux jours; d’autre part, elles présentaient d’importants avantages par rapport aux bateaux beaucoup plus gros qui naviguaient sur la mer Noire : leur maniabilité était supérieure, et elles pouvaient virer de bord avec une facilité plus grande que les galères turques ; enfin, grâce à leur faible tirant d’eau, elles pouvaient pénétrer dans des hauts-fonds inaccessibles à leurs lourds adversaires. Les marins cosaques savaient profiter de tous ces avantages.

    Une bonne centaine de tchaiki, bourrées d’hommes et d’approvisionnements, quittaient la Sitch pour une expédition d’importance; les vivres consistaient en biscuits et en millet bouilli, en poissons séchés, en eau potable, mais il n’y avait jamais à bord « d’Aqua vitae ni d’autres boissons fortes car, bien qu’ils fussent aussi prompts à s’enivrer que n’importe quelle nation nordique, ils étaient d’une sobriété miraculeuse quand ils faisaient la guerre » (34), et un Cosaque qui enfreignait cette discipline risquait d’être jeté par-dessus bord par ses camarades. Ils étaient tous bien armés de pistolets, de mousquets, de sabres, et chaque embarcation disposait d’un fauconneau. Mais ils avaient pour armes essentielles le secret et la surprise, et l’obscurité était leur meilleur allié.

    La flottille descendait en silence le Dniepr pour émerger parmi les roseaux de l’estuaire dans la mer Noire, à la nuit, en général lorsque la lune en était à son dernier quartier. Lorsque les Cosaques avaient repéré un objectif vulnérable, ils le filaient sous le couvert de la nuit, ou du bord de l’horizon pendant le jour, et ils passaient à l’attaque à l’aube ou au crépuscule quand le soleil ne les gênait pas. Si leur victime choisie se révélait trop coriace, ce qui arrivait parfois, ils rompaient le combat et se réfugiaient dans des eaux peu profondes, à moins qu’ils ne remontassent un cours d’eau propice. Mais dès qu’ils avaient ramassé autant de butin qu’en pouvaient transporter leurs embarcations, ils regagnaient la Sitch avec la même rapidité et la même discrétion qu’ils en avaient mis pour partir.

    Pendant tout le XVIIe siècle, les Zaporogues, qu’accompagnaient souvent les Cosaques du Don, furent un véritable fléau pour les navires et les villes côtières de la Turquie et de ses vassaux. Leurs expéditions avaient lieu avec une ampleur et une régularité qui en faisaient presque des actes de guerre, mais ils songeaient bien plus à un profit économique qu’à des avantages politiques. Vers 1600, leurs fréquents succès et la pagaille qui en découlait préoccupaient beaucoup les Turcs, mais aussi les rois de Pologne qui étaient tenus pour responsables de leurs agissements et qui n’en souhaitaient pas moins établir de bonnes relations avec la Porte. En 1604, les Zaporogues attaquèrent les villes lointaines de Trébizonde et de Sinope ; deux ans plus tard, ils descendirent sur Kilia et détruisirent pratiquement le port important de Varna sur la mer Noire. En désespoir de cause, les Turcs lancèrent une grande chaîne en travers de l’embouchure du Dniepr afin de les cantonner sur le fleuve, mais les Cosaques passèrent quand même. Lorsqu’ils ne pouvaient faire autrement, ils suivaient une route détournée par le Savim et transportaient par voie de terre leurs bateaux vers le Mious qu’ils descendaient jusqu’au Don, puis ils débouchaient dans la mer. Les Turcs semblaient tout à fait incapables de les empêcher d’opérer. En 1609, ce fut au tour des trois citadelles du Danube d’être mises à sac et, quatre ans après, les Zaporogues auxquels s’étaient joints des Cosaques appartenant à d’autres communautés se livrèrent à deux attaques d’envergure contre la Crimée dont le khan était un vassal des Turcs.

    Les pirates cosaques payèrent parfois très cher leurs prises. En 1614, 2.000 d’entre eux rentraient de Sinope où ils avaient incendié l’arsenal quand ils furent surpris par la flotte turque; beaucoup périrent ou, chargés de chaînes, furent conduits à Constantinople et exécutés. Mais leurs camarades ne se découragèrent pas pour autant. L’année suivante, ils partirent à quatre mille sur leurs « mouettes » pour une expédition encore plus audacieuse afin d’aller incendier le port de Constantinople ; une flottille turque les rattrapa en 1616 après qu’ils eurent réussi à brûler le marché d’esclaves de Keffa en Crimée, mais les Cosaques se défendirent avec acharnement et obligèrent leurs ennemis à rebrousser chemin tant ils leur avaient infligé de pertes sévères. Le grand vizir fut mis à mort pour n’avoir pas pris les mesures de défense qui convenaient, et la Porte réunit une conférence en mai 1618 en vue de trouver un antidote efficace aux Cosaques. Ce fut une conférence pour rien. Les raids continuèrent de plus belle. En 1633, 6.000 Cosaques revinrent dans les environs immédiats de Constantinople; en 1634, des Zaporogues et des Cosaques du Don s’embarquèrent sur 150 « mouettes » et, malgré une flotte de 500 galères turques et une garnison de 10.000 soldats, ils réussirent à incendier toutes les installations du Bosphore (35) ; cette fois-ci, la note à payer fut lourde : ils perdirent plus de 100 « mouettes », 2.000 Cosaques périrent et près d’un millier tombèrent aux mains des Turcs. Ce revers ne parut point les affecter. Leur haine solidement implantée contre les Turcs et les Tatars s’ajoutant à leur soif inextinguible de rapines, ils ne se laissaient décourager par rien, et vers 1630 le Sultan, qui était le monarque le plus puissant du monde, se trouva réduit à demander aux Polonais de les exterminer.

    Les Turcs, tout puissants qu’ils étaient, avaient fini par apprécier les qualités des Cosaques. Najim, chroniqueur turc du XVIIe siècle, écrivit : « On peut affirmer sans crainte d’être démenti qu’il est impossible de trouver sur cette terre des hommes plus audacieux qui se soucient aussi peu de la vie… et qui redoutent moins la mort. Des experts des affaires maritimes disent que… leur habileté et leur intrépidité dans des batailles navales en font des ennemis plus redoutables que n’importe qui » (36).

    Les vertus militaires des Cosaques étaient aussi élevées sur terre que sur mer. Il le fallait. Les Tatars et les Turcs représentaient une menace constante même pour leurs plus gros établissements et, en 1643 encore, plusieurs villages de Cosaques du Don furent rasés par le feu, tandis que des centaines d’habitants étaient tués ou faits prisonniers. La surveillance ne pouvait pas se relâcher une minute. Des éclaireurs sortaient des postes de guet pour sonder la steppe, prêts à allumer des signaux à la moindre alerte et, s’ils apercevaient l’ennemi qui approchait, à rentrer au galop afin de se réfugier derrière les palissades et les fossés de leur village. Les femmes et les enfants étaient exercés à se joindre aux hommes pour participer à la défense de leurs foyers.

    Un Cosaque était toujours prêt à l’action, et il ne sortait jamais sans ses armes. Dès qu’il savait marcher, on lui apprenait à se battre. Un garçonnet était instruit à pratiquer le galop, à faire franchir, à la nage, des rivières à son cheval, à chasser le gibier avec un arc et des flèches. Au XVIIIe siècle, un observateur des Cosaques du Yaïk notait que « depuis leur plus tendre enfance, ils étaient accoutumés à toutes sortes d’équipements difficiles, habitués au maniement des armes à feu, de la lance, et à tirer avec l’arc des hommes d’armes » (37). Les Cosaques étaient adroits au mousquet, au pistolet, au sabre, à la lance, à la pique et même dans l’emploi de l’artillerie. Comme ils préféraient l’attaque à la défensive, ils portaient rarement des cuirasses et, exercés à l’école de guerre tatare, ils étaient enclins à sortir pour écraser l’ennemi plutôt qu’à l’attendre chez eux pour le repousser. La surprise était l’élément fondamental de leur méthode. Pour surprendre, la mobilité représentait l’atout maître, et le cheval était sur terre leur moyen de mobilité par excellence.

    Le serviteur convenait parfaitement à son maître. Pour des Occidentaux, le cheval non ferré de la steppe avait tout l’air d’un cheval sauvage, mais il était robuste et il pouvait partager la vie rude de son cavalier. Petit, léger, ardent, il était résistant, il avait un dos solide et il mangeait n’importe quoi. Il était capable de survivre à un hiver rigoureux sur la steppe sans abri, car il trouvait sa propre subsistance (pas grand-chose) sous la neige ; quand il le fallait cependant, il pouvait franchir sous son cavalier quatre-vingts kilomètres par jour pendant deux semaines successives. « Propre, excellent, endurant, rapide, jamais méchant, commode pour supporter de grandes épreuves » (38), voilà comment le définit un voyageur de l’époque.

    Les Cosaques étaient de splendides cavaliers ; audacieux, ils rivalisaient avec les Mongols dans l’amour de l’équitation. Seuls les Zaporogues passaient pour meilleurs fantassins que cavaliers, et ils étaient des marins incomparables. Leur activité se manifesta pourtant aussi bien sur terre que sur mer, car ils maintenaient une pression constante sur les Tatars de Crimée, et ils exécutaient souvent des expéditions en Moldavie et sur les territoires polonais.

    Les Cosaques mirent au point des formations et des tactiques spéciales, conformes aux conditions dans lesquelles ils devaient se battre. Ils partaient en campagne en une colonne que flanquaient leurs chariots de bagages et leur artillerie qui avançaient en une ligne parallèle ; cette formation était conçue pour procurer une rapide protection d’ensemble sur la steppe dégagée contre l’attaque subite d’une force tatare plus importante. Lorsqu’ils se heurtaient à l’ennemi, les deux files opéraient leur jonction en tête pour former une pointe, pendant qu’à l’arrière les chariots se déployaient et constituaient la base d’un triangle. Les Cosaques se dépêchaient alors d’enchaîner les chariots les uns aux autres ; s’ils en avaient le temps, ils les retournaient et les enfonçaient dans le sol. En quelques minutes, ils improvisaient un système de défense sans la moindre fissure sur toute la ligne ; ils l’appelaient letabor ; ce système était plus facile à constituer qu’une défense en carré ou en cercle ; semblable par sa conception au corral de chariots du Far West, il avait pour but de faire face à des situations analogues, car les cavaliers tatars pratiquaient à peu près la même tactique que les Indiens de l’Amérique du Nord : sans trop s’approcher de l’obstacle, ils décrivaient de grands cercles tout autour en l’arrosant de flèches dans l’espoir d’user les Cosaques avant de lancer une charge finale dévastatrice. Les Cosaques, quant à eux, utilisaient leurs meilleurs tireurs pour abattre le plus de Tatars possible, les moins bons les approvisionnant sans défaillance en fusils à pierre chargés ; lorsque les Cosaques estimaient que l’ennemi commençait à perdre de son agressivité, ou s’ils se trouvaient à court de munitions, ils effectuaient une sortie en brandissant piques et sabres. Un millier de Zaporogues en formation de tabor pouvaient maintenir à distance 6.000 cavaliers tatars et constituer un obstacle formidable même pour des soldats instruits à l’école occidentale.

    La formation habituelle de la cavalerie cosaque était la lava, c’est-à-dire une ligne incurvée à l’intérieur et, de préférence, assez longue pour s’étendre au-delà des flancs de l’ennemi. Trois lignes chargeaient successivement ; les cavaliers se détournaient vite des points forts du front ennemi pour s’infiltrer par les points faibles comme de l’eau s’écoulant d’une citerne percée. Les Cosaques se rendirent célèbres pour leurs embuscades, pour l’impétuosité bruyante de leurs assauts sur les flancs ou l’arrière de l’adversaire, pour leur maîtrise dans les pratiques les plus perfides de l’art de la ouerre. Si, dans l’ensemble, ils préféraient l’attaque fougueuse à une défense passive, ils étaient néanmoins capables le cas échéant de faire montre d’une patience suffisante pour soutenir un siège prolongé.

    Les talents guerriers des Cosaques, sur l’eau comme sur la terre ferme, étaient si reconnus qu’on les recherchait beaucoup pour en faire des soldats payés. Leur habileté à se retrancher et à organiser une défense mobile, leur courage, leur esprit jamais à court de ressources, leur aptitude à supporter des privations sans se plaindre devinrent proverbiaux et, dès qu’ils se furent établis, ils reçurent de multiples invitations à combattre pour d’autres peuples ; les magnats, les barons des marches, des princes et des rois les employèrent en qualité de mercenaires.

    Les Polonais les engagèrent toujours individuellement, car ils ne reconnurent jamais une communauté cosaque comme un ensemble, et ils les enrôlaient pour un service permanent, ce qui était un moyen de les intégrer dans la texture générale de l’État. Une loi de recrutement des Cosaques ukrainiens pour l’armée polonaise fut promulguée dès 1524 et, en 1572, le roi Étienne Bathory leva tout un régiment en remettant à chaque Cosaque un coupon d’étoffe et 14 zlotys par an. De temps à autre, lorsque les événements laissaient prévoir d’importantes opérations militaires, les Polonais enrôlaient aussi des Cosaques à titre temporaire. C’est ainsi qu’en 1574 ils en engagèrent un certain nombre pour une campagne en Moldavie et qu’en 1578-1579 ils en recrutèrent davantage encore pour la guerre contre la Russie ; chaque Cosaque reçut 15 florins et du tissu pour deux uniformes. Lorsque la trésorerie de la Couronne le permit, les rois de Pologne immatriculèrent beaucoup plus de Cosaques pour du service permanent, et ils les organisèrent en s’inspirant des méthodes des nouvelles armées de l’Europe occidentale. En 1625, il y avait 6.000 « Polonais » inscrits comme Cosaques, organisés en 6 régiments de 1.000 hommes ; chaque régiment était commandé par un colonel et subdivisé en centuries sous les ordres d’un centurion.

    L’immatriculation (ou l’enregistrement) n’était pas seulement un moyen de lever des soldats ; en nommant les officiers et en offrant aux plus courageux des récompenses sous forme de terres, de titres et de privilèges spéciaux, les rois de Pologne pouvaient apprivoiser la masse indisciplinée de la communauté cosaque de l’Ukraine. Les 6.000 Cosaques inscrits sur les registres de l’armée ne représentaient que le dixième de tous les Cosaques aptes à servir, et l’érosion progressive des libertés des neuf autres dixièmes — ou de ceux qui ne fuirent pas pour rejoindre leurs camarades de la Sitch zaporogue — n’allait pas tarder à créer un foyer de révolte en Ukraine.

    La Moscovie elle aussi employa des Cosaques « de ville » à titre individuel, mais elle recruta également des soldats parmi les Cosaques libres. En 1552, un certain nombre de ces derniers — sans doute les mêmes « brigands » qui avaient causé tant d’embarras à la Moscovie dans ses relations pacifiques avec les Tatars — avaient aidé Ivan le Terrible à s’emparer de Kazan. Ils servirent le Tsar à Astrakhan et pendant la campagne livonienne de 1579. La Moscovie recruta aussi des Cosaques ukrainiens, dont 500 d’entre eux combattirent pour elle contre le roi de Pologne à Pskov en 1581.

    Le gouvernement moscovite négociait les conditions de service par l’intermédiaire des atamans cosaques; il traitait avec eux tout à fait comme un industriel traite avec des délégués syndicaux. En échange de ces services, les communautés cosaques recevaient du salpêtre et du plomb, de l’argent, du grain, de la vodka et d’autres approvisionnements. Plusieurs accords de ce genre furent conclus avec les Cosaques du Don ou du Yaïk entre 1571 et 1600, et l’engagement de Cosaques par les Tsars pour des campagnes particulières devint bientôt une pratique courante qui procurait à diverses communautés libres une source régulière de revenus. Mais il n’y eut pas d’immatriculation comme celle que les Polonais avaient instaurée auprès de leurs Cosaques en Ukraine. L’ambassadeur de Moscovie en Turquie qui alla voir les Cosaques du Don en se rendant à Constantinople en 1592 leur demanda, plus qu’il leur commanda, de vivre en paix avec la garnison turque d’Azov  ; lorsque le Tsar essaya de mettre à la tête de leur contingent militaire un homme à lui, Pierre Khrouchtchev, les Cosaques répliquèrent : « Nous avons déjà servi le Tsar, mais jamais sous un autre chef que l’un des nôtres. Nous serons heureux de servir sous les ordres de nos propres chefs, mais pas sous les ordres de Khrouchtchev » (39).

    Philip LONGWORTH http://theatrum-belli.org/cosaques-lorigine-des-guerriers-libres/

  • Cosaques : L’origine des « guerriers libres » partie 2

    Ces franchissements de la frontière s’expliquaient par des motifs puissants. Les fugitifs fuyaient les taxations et la famine, les dettes et les châtiments. Un visiteur anglais du XVIe siècle décrivit la Moscovie comme donnant à sa « noblesse une sorte de liberté injuste de commander aux communes et à ce qu’il y a de plus inférieur dans le peuple, en les accablant d’exactions » (16), et beaucoup de paysans dans les territoires polonais de l’époque « n’avaient pas de quoi satisfaire leurs besoins les plus essentiels » (17). Avec les années, les motifs devenaient de plus en plus impérieux.

    A la fin du XVIe siècle, la Moscovie donna un tour de vis aux paysans. En 1581, ils se virent dénier le droit de quitter leurs villages. La loi était applicable pour une période de cinq années seulement, dans le but d’arrêter les mouvements de population à l’époque du recensement, mais elle fut reconduite en 1590 et de nouveau en 1595 ; deux ans plus tard, tout paysan qui s’était déplacé depuis l’année 1592 du recensement reçut l’ordre de réintégrer le village qu’il avait quitté. On cherchait alors à attacher solidement le peuple aux propriétaires fonciers, et la Moscovie rivalisait avec la Pologne par la rigueur avec laquelle elle traitait sa population paysanne. Étant donné que la noblesse et les boyards s’emparaient de la plupart des terres communes, que les taxes féodales et autres redevances augmentaient, que la perception de l’impôt gagnait en efficacité, que les paysans étaient parfois obligés d’aller travailler jusqu’à cinq jours par semaine sur les terres de leur seigneur au détriment des leurs et qu’ils perdaient à jamais le droit de se séparer de leurs maîtres, l’appel du « pays sauvage » se para de toutes sortes de séductions, et le flot des fugitifs grossit au point de devenir un véritable torrent.

    Une fois arrivé au « pays sauvage », un homme ne devait d’allégeance à personne et se trouvait hors d’atteinte de la loi. Alors ils accoururent : le pauvre citadin cherchant à faire fortune, le coupable pour échapper à la prison, le soldat désireux de pratiquer sa vocation militaire à son propre avantage. Et accoururent aussi le petit propriétaire foncier exproprié, le serf en fuite, le contestataire religieux, le réfugié politique.

    Ils vinrent d’abord pour chasser, pour tendre des pièges aux bêtes, pour pêcher. Les prises pouvaient être fructueuses. Les animaux et les oiseaux semblaient avoir perdu toute peur de l’homme dans le pays sauvage. Des oies et des hérons, des cigognes et des cygnes survolaient les estuaires, et on pouvait se nourrir de faisans, de perdrix et d’ortolans (gibier rare). Des sangliers, des cerfs, des antilopes invitaient le chasseur. Il y avait des renards et des castors à prendre au piège et à dépouiller, des rayons de miel à découvrir, des étangs et des rivières où le poisson abondait. Mais le pays sauvage n’avait rien d’un Éden. Des serpents-fouets se dissimulaient parmi les armoises, des vipères dans les hautes herbes plumeuses. Le busard et le vautour moine planaient paresseusement à basse altitude, attendant leurs charognes, et les mystérieux tumuli funéraires, qui s’élevaient sur les plaines infinies pour marquer des champs de bataille oubliés, avertissaient des dangers soudains de la steppe. Les intrépides qui franchirent les premiers les frontières de la Moscovie et de la Lituanie pour passer en pays sauvage furent peu nombreux et vulnérables. Un homme seul ne pouvait espérer y survivre longtemps ; aussi se rassemblaient-ils en bandes pour mieux se protéger.

    Imaginez-vous l’un de ces Cosaques du début du siècle. C’est un homme de 25 ans qui a des yeux gris, une barbe éparse, de longues moustaches. Il porte un anneau à son oreille gauche ; il arbore les cicatrices d’un « dur » : la plupart de ses dents de devant lui manquent, et la moitié de son petit doigt de la main gauche a été emportée. Il est né dans une famille de paysans, mais il ne se souvient absolument pas de ses parents car il a suivi un chef cosaque sur la prairie depuis son enfance (18). Voilà les hommes qui constituèrent les bandes de brigands cosaques du XVIe siècle.

    En affrontant les Tatars du pays sauvage et en se mêlant à eux, ces Russes de la frontière apprirent les mœurs tatares. Ils commencèrent à employer des mots tatars comme ataman (chef), essaoul (lieutenant), yassak (tribut) et yassyr (captifs) ; des chefs de bandes adoptèrent l’étendard tatar en queue de cheval comme symbole de leur autorité (19). Ils apprirent aussi à attraper et à dresser les chevaux sauvages qui galopaient dans la steppe, dans le style tatar, avec des nœuds coulants accrochés à l’extrémité de longues perches. Ils apprirent enfin les techniques des Tatars pour le maniement des armes, leur tactique, leurs méthodes sur le terrain, leur astuce, et ils utilisèrent ces techniques pour monnayer leurs services à des marchands en voyage ou pour les dévaliser.

    « Cosaquer », si l’on peut user de ce néologisme, était une occupation saisonnière. Passer l’hiver sans un toit sous des tempêtes de neige, c’était une perspective sinistre, même pour ces hommes rudes; aussi retournaient-ils chaque automne vers les villes de la frontière pour vendre leurs prises et se réapprovisionner. Il leur arrivait de dépenser les produits de leurs ventes en quelques jours de furieuse débauche après les mois durs qu’ils avaient passés dans l’isolement sur la prairie et, s’ils n’avaient plus d’argent, ils remontaient vers le nord pour trouver du travail pendant l’hiver, ce qui leur permettait d’acheter la poudre, le plomb, les vêtements et les autres choses dont ils auraient besoin pour la prochaine saison. Mais ces refuges hivernaux leur furent bientôt fermés.

    Les autorités polonaises et lituaniennes resserraient en effet leur contrôle sur les villes de la frontière ukrainienne au sud qui étaient des centres pour les Cosaques saisonniers, et lorsque le Tsar, d’abord pour apaiser les Turcs et les Tatars, puis, plus sérieusement, pour couper le contact entre la paysannerie moscovite de plus en plus indocile et les Cosaques libres de la frontière, commença à leur fermer ses frontières, la possibilité d’une « cosaquerie »saisonnière toucha à sa fin. On pouvait toujours franchir clandestinement la frontière, mais on avait beaucoup plus de chances d’être coincé par les autorités. Il s’ensuivit que l’homme de la frontière n’eut plus le choix qu’entre deux solutions : ou bien se fixer sous la tutelle de la loi, parfois au risque d’être fait serf, ou bien s’enfoncer dans le pays sauvage afin de s’y bâtir une sorte de mode de vie permanent. De nombreux chefs de famille décidèrent de s’établir sur la frontière où ils devinrent des gardes et des fermiers, sujets du Tsar de Moscovie ou du roi de Pologne, à moins qu’ils ne s’en gageassent dans les armées cosaques privées que levaient des seigneurs des marches lituaniennes comme Dachkovits et Vichnevetski. Les autres, célibataires pour la plupart, partirent pour le cœur du pays sauvage afin de s’y aménager une existence indépendante.

    Pendant la seconde moitié du XVIe siècle, les Cosaques constituèrent plusieurs communautés indépendantes en pays sauvage. Leurs premières habitations d’été avaient été grossières et temporaires : des abris en terre creusés dans le sol ou sur le flanc d’un des ravins qui fendaient la prairie. Ils se mirent à bâtir des structures plus confortables qu’ils utilisaient toute l’année, avec des baliveaux, des branchages et autres matériaux facilement accessibles, et qu’ils couvrirent de peaux de bêtes comme les tentes des nomades. Ils construisirent des baraquements collectifs ou groupèrent leurs demeures en villages fortifiés ; comme l’ennemi, d’ordinaire, évitait l’eau, ils essayèrent de trouver des emplacements sur des îles de rivières ou sur une haute berge, du côté oriental, d’où ils avaient vue sur l’autre rive. Ils fortifièrent du mieux qu’ils purent leurs établissements contre les maraudeurs tatars, en les entourant de fossés profonds et d’une double haie clayonnée remplie de terre ou, lorsqu’ils avaient du bois à portée, de palissades renforcées de bastions.

    Comme les États féodaux en expansion d’où ils s’étaient échappés se trouvaient au nord et à l’ouest de la steppe, les Cosaques fondèrent leurs établissements vers le sud et vers l’est ; les plus anciens et les plus célèbres de ceux-ci se situèrent autour du cours inférieur du Don et du Dniepr.

    Au-dessous de ses 13 cataractes traîtresses, le Dniepr dessinait d’innombrables méandres entre ses îlots et ses rives ; c’était un véritable labyrinthe liquide. Le prince Dimitri Vichnevetski, ennemi juré des Tatars qui maintenait les villes de Tcherkassk et de Kaniev dans l’obéissance féodale au roi de Pologne, avait bâti un fort sur l’une des îles avec le concours de ses mercenaires cosaques vers 1550. Mais il l’abandonna et les Tatars s’empressèrent de le démolir. Les Cosaques libres ne tardèrent pas à apprécier la valeur stratégique de cette position car les cataractes opposaient un obstacle infranchissable du côté nord et elle constituait un excellent poste de guet pour observer à l’est les mouvements tatars ; aussi aménagèrent-ils un camp sur ce site ou tout à côté. Ils l’appelèrent la Sitch zaporogue, c’est-à-dire « l’éclaircie au-delà des rapides » (20). Avec la forêt dense qui couvrait une partie de la région, avec les joncs et les roseaux qui en dissimulaient l’accès, la Sitch était une cachette idéale, un parfait repaire de brigands vrais ou faux, un fortin facile à défendre contre toute attaque.

    La Sitch fut pourtant déplacée à plusieurs reprises dans la suite pour des raisons de commodité ou de sécurité.

    Les premiers colons cosaques sur le Don furent sans doute les sevriouki, qui pillèrent une caravane tatare en 1549 (21). A cette date, ils avaient déjà construit trois ou quatre villages fortifiés, des stanitsy, le long du fleuve, bien au-delà de la frontière moscovite ; en 1570, il y avait 6 petites communautés cosaques de ce genre, unies sous le commandement d’un seul ataman établi à Aksaïskaya. Ce centre était probablement trop proche des Tatars d’Azov et, pour plus de sûreté, il fut transporté à soixante kilomètres en amont sur un autre site ; comme la Sitch, il devait subir ultérieurement plusieurs déplacements.

    Bientôt de nouvelles communautés cosaques se fondèrent encore plus à l’est. Mais si les pirates cosaques, très actifs sur la Volga à la fin du XVIe siècle, construisirent des villages, ces derniers eurent une brève existence, car les victoires d’Ivan le Terrible sur les Tatars à Kazan et à Astrakhan un peu après 1570 avaient amené les soldats moscovites sur la Volga, ce qui rendait précaire la sécurité d’un établissement de brigands cosaques. La plupart des Cosaques de la Volga passaient l’hiver sur le Don, se dirigeaient vers les monts du Caucase au sud et s’installaient à côté du Terek (22), ou allaient plus à l’est vers le Yaïk. Des communautés cosaques furent fondées sur ces deux rivières vers 1600.

    Le pays sauvage n’était pas fait pour la vie de famille, et les premiers Cosaques n’amenèrent pas de femmes avec eux ; mais ils supportaient mal cette privation et, chaque fois que l’occasion s’en présentait, ils y remédiaient en volant à leurs voisins tatars des filles aux yeux obliques ; les premiers Romains n’avaient pas fait autre chose en procédant à l’enlèvement des Sabines. Une histoire apocryphe relate comment une bande de Cosaques du Don effectua un long voyage vers le Yaïk, où ils tombèrent par hasard sur un petit groupe de Tatars qu’ils massacrèrent et sur une femme tatare solitaire qu’ils ramenèrent triomphalement à leur ataman (23). Les captives servaient d’esclaves dans les maisons communes ainsi que de concubines, mais elles étaient encore peu nombreuses et en 1605, si l’on en croit la tradition, les Cosaques du Yaïk montèrent une expédition de grande envergure pour se procurer des femmes dans la cité de Khiva à l’autre extrémité de la steppe ; le khan et son armée s’étaient absentés lorsqu’ils arrivèrent, et les Cosaques profitèrent de l’aubaine pour emporter un grand nombre de femmes et un butin considérable ; malheureusement pour eux, le khan les rattrapa sur leur route du retour, et quatre seulement d’entre eux en réchappèrent. Mais il s’en faut de beaucoup que toutes ces expéditions se soient soldées par des échecs.

    Lorsque s’élargit la colonisation cosaque et que la sécurité s’accrut, des immigrants de Russie arrivèrent avec leurs épouses, et les sexes finirent par atteindre un certain état d’équilibre ; mais pendant des siècles à venir, de nombreux groupes de Cosaques se trouvèrent en relations de voisinage plus étroites avec les tribus locales qu’avec la Russie, ce qui les conduisit à adopter des femmes étrangères tout comme ils adoptaient des coutumes étrangères. Les Cosaques du Terek supérieur nouèrent au XVIIIe siècle des liens matrimoniaux avec des peuplades voisines. Des Cosaques du Yaïk et d’Orenbourg prirent fréquemment pour épouses des femmes du Nogaï, et les Cosaques du Kamtchatka « enlevaient les filles du cru » et se les partageaient comme concubines, mais en général ils les épousaient quand elles leur donnaient des enfants. Au XXe siècle, le teint basané et la plus petite taille des Cosaques du Don méridional, contrastant avec la haute stature et la blondeur de leurs camarades du Don supérieur, révélaient que leurs ancêtres s’étaient souvent unis par mariage avec des femmes tatares ou turques.

    Il est impossible d’évaluer exactement les dimensions des premiers établissements cosaques. Les fluctuations de leur population furent sans doute importantes, en raison de la mortalité consécutive aux combats contre les Tatars et du taux irrégulier de l’immigration en provenance de la Moscovie et de la Pologne. Les membres permanents de la Sitch zaporogue, le seul établissement cosaque d’où les femmes étaient exclues, ne furent jamais plus de 3.000 avant le XVIIe siècle, bien que de nombreux autres Cosaques de l’Ukraine se joignissent volontiers à eux lorsqu’une razzia laissait espérer des profits (24). Ailleurs, l’accroissement naturel fut négligeable au moins jusqu’au XVIIe siècle, mais le rythme se modifia avec le développement progressif de la vie familiale. En 1614, il devait y avoir 6.500 Cosaques guerriers du Don et, au cours du demi-siècle suivant, leur nombre s’était élevé à 10.000 ; ils vivaient dans une cinquantaine de villages au bord du fleuve (25). Ils constituaient cependant un petit groupe, mais les communautés du Yaïk et du Terek étaient encore plus faibles. Tout de même on dénombra, en 1776, 60.000 Cosaques du Don, 10.000 Cosaques du Yaïk et près de 3.000 Cosaques du Terek aptes à porter les armes. Si l’on tient compte des femmes et des enfants, on peut avancer que ces trois communautés avaient une population supérieure à 300.000 âmes (26), alors que la population totale de la Russie se chiffrait à 22 millions d’habitants.

    Les premiers colons cosaques vécurent surtout de la pêche et des combats. L’exploitation agricole était incompatible avec l’existence en pays sauvage. Un homme pouvait travailler à défricher une parcelle de terrain, labourer, semer et récolter, puis il voyait les fruits de son labeur incendiés ou emportés par les Tatars, les Kalmouks ou d’autres pillards nomades. Une fois que le danger s’était éloigné, les Cosaques ne se sentaient guère d’humeur à reprendre la charrue. Dans leur esprit, l’agriculture était synonyme d’esclavage. Les colons indépendants savaient que partout où les Cosaques étaient devenus des fermiers — notamment en Ukraine — ils étaient rapidement tombés sous la coupe des seigneurs. Nombre d’entre eux avaient pour ancêtres des paysans fugitifs, et un flot constant de nouveaux arrivants leur rappelait la tyrannie que subissait quiconque s’était attaché à la terre. Des immigrants affamés dans le Don, au XVIIe siècle, furent finalement obligés de devenir agriculteurs pour pouvoir se nourrir, mais même dans ce cas l’opinion des Cosaques établis leur était défavorable, et les chefs du Don ordonnèrent que fût « battu à mort »quiconque « commencerait à labourer et à semer ». Ceux qui voulaient labourer n’avaient qu’à « retourner là d’où ils venaient », car des pratiques aussi serviles et si peu militaires « apporteraient honte et déshonneur aux atamans et aux Cosaques » de toute la communauté du Don (27). Ce fut seulement vers la fin du XVIIe siècle que l’agriculture fut acceptée en tant que travail respectable pour un Cosaque du Don, et elle ne joua pas de rôle important dans la vie des Cosaques du Yaïk avant le XVIIIe siècle (28). L’exploitation des terres arables était en général la dernière occupation à laquelle se résignaient les Cosaques.

    Bien que l’élevage encourût moins de critiques, il connut des débuts difficiles à cause des raids des pillards. Si l’on avait besoin d’un cheval, il était tellement plus simple d’en voler un aux nomades que de l’élever ! Mais la passion du cheval fit au XVIIIe siècle de nombreux adeptes, notamment au bord du Don, et les Cosaques zaporogues comme ceux du Yaïk finirent par pratiquer sur une grande échelle l’élevage du mouton dans les pâturages riverains.

    C’est le poisson qui constitua l’aliment essentiel des Cosaques, ainsi que la principale source de leurs revenus dans les premières années de leur existence. De temps à autre ils pouvaient manger de la viande, du pain de seigle quand il y avait du grain pour le confectionner, mais presque toujours c’était du poisson, frais ou fumé. Au XIXe siècle encore, les Cosaques du Kouban se nourrissaient surtout de poissons séchés ou salés, et la pêche demeura la principale industrie des Cosaques du Yaïk jusque vers 1760 (29). Elle était aussi très importante sur le Don et, si la glace d’hiver sur le fleuve était trop épaisse, comme cela se produisit en 1640-1641, la diminution des prises avait des conséquences fatales pour de nombreux Cosaques qui mouraient de faim (30).

    Pour les premiers pêcheurs cosaques, les rivières étaient pratiquement vierges. Même le Terek, où les tribus Tchétchènes etkoumyk avaient pêché avant eux, recelait dans ses eaux des harengs géants, des carpes, des barbeaux, des saumons ; trois espèces d’esturgeons, des sterlets, des carpes et un nombre incroyable d’autres poissons demeuraient tapis dans les rivières et les lacs du Don, et l’on retira du Yak des esturgeons géants qui mesuraient dix mètres de long et pesaient 200 kilos. Les pêcheurs peuvent être enclins à l’exagération, mais un ambassadeur d’Angleterre au XVIIe nous garantit que des Cosaques zaporogues prirent dans le Dniepr des bélougas « longs de trois brasses, dont l’un pouvait à peine être porté par 30 hommes » (31).

    La pêche prit progressivement le caractère d’une industrie organisée, en particulier sur le Yaïk où un ataman spécial supervisait trois grandes expéditions par an. En janvier et février, il prenait la tête d’une caravane de traîneaux portant des Cosaques bien emmitouflés contre le froid. Chaque jour, il délimitait des étendues de la rivière réservées à des équipes de quatre ou cinq hommes qui se mettaient aussitôt au travail, c’est-à-dire qu’ils creusaient des trous dans la glace et hissaient sur la rive leurs énormes prises qui se débattaient. Au printemps, l’ataman de la pêche dirigeait une campagne de trois mois : cette fois, les Cosaques partaient à bord d’embarcations, éperonnaient des esturgeons avec leurs lances, attrapaient des sterlets ; des glanes, des carpes, des brochets, des perches, des brèmes, des chevesnes et d’autres poissons dans leurs filets. Ils prenaient beaucoup plus qu’ils n’en pouvaient consommer et, pendant l’été, ils se mettaient en route avec des charrettes en direction de lacs lointains où ils allaient chercher les énormes quantités de sel qu’il leur fallait pour conserver le surplus. Enfin, en automne, il y avait une saison libre de 3 à 6 semaines, pendant laquelle les Cosaques sortaient par embarcations accouplées pour utiliser des seines pouvant atteindre trois cents mètres de long (32).

    À suivre