« Plus la raison humaine confine en elle-même, plus elle cherche à tirer tous ses moyens d’elle-même et plus elle est absurde, plus elle montre son impuissance. C’est pourquoi le plus grand fléau de l’univers a toujours été, dans tous les siècles, ce qu’on appelle philosophie. »
Joseph de MAISTRE
(Étude sur la Souveraineté I, 8)
Ce texte court, que nous sommes allés “cueillir” dans Les Maîtres de la Contre-Révolution au XIXe siècle, leçons données par Louis Dimier à l’Institut d’Action française dans la Chaire Rivarol en 1906, pose le problème des fondements intellectuels du politique. On pourrait lui donner un sens anti-intellectualiste, ce qui serait, à notre avis, une erreur.
Maurras et la philosophie
« L’esprit philosophique consiste proprement à avoir conscience des démarches de son esprit. Le philosophe sait qu’il ignore une chose ou qu’il la sait mal ou qu’il la possède complètement… En politique où les questions sont si nombreuses et si variées que la mémoire humaine les contient difficilement, c’est l’instrument d’étude et de contrôle infiniment précieux » (Soleil, 30 juin 1897). Mais n’oublions pas l’avertissement : « Usons, n’abusons pas de la philosophie » (Maurras, Réforme sociale, 1er septembre 1887).
La politique ne se fait pas en chambre
Le philosophe idéaliste peut vous bâtir une constitution : régime présidentiel, régime d’assemblée ? Monocamérisme, bicamérisme ? Fédéralisme ou centralisation ? Vous n’avez qu’à exprimer vos préférences. C’est si simple à mettre au point pour un philosophe qui pense comme le faisait Condorcet « qu’une bonne loi doit être bonne pour tous les hommes, comme une proposition géométrique est vraie pour tous ». La philosophie, en effet, a tendance à traiter de l’universel. Or « c’est une erreur de croire qu’une constitution est un ouvrage d’esprit comme une ode ou une tragédie » (Joseph de Maistre, Esprit sur le Principe générateur des Constitutions politiques) et, ajoute Montesquieu, les lois « doivent être tellement propres au peuple pour lequel elles sont faites que c’est un très grand hasard si celles d’une nation peuvent convenir à une autre » (Montesquieu, Esprit de Lois, I, 3).
La politique n’est donc point rationnelle, comme la métaphysique, elle doit être raisonnable, ce qui est encore plus difficile à réaliser : c’est là toute la différence entre l’esprit de système et l’empirisme organisateur. L’histoire, la géographie, et bien d’autres éléments dont la psychologie des individus, des foules et des peuples ne sont point les moindres, entrent en ligne de compte.
« Une Constitution ne vaut ni par son texte, ni même par les intentions du constituant. Elle vaut par les réalités dont elle est le signe. La charte anglaise était le signe de la puissance des barons, alliés aux communes, avec lesquels le roi compta. En revanche, nos législateurs de 1875 ont “donné” au président de la République le pouvoir de dissoudre la Chambre ; mais leur don était illusoire, parce qu’ils faisaient élire ce président par les élus du peuple : un magistrat ainsi créé ne pouvait pas dissoudre une assemblée dont il dépendait en partie, sans risquer la mésaventure du Maréchal ». (Maurras, Action française, 9 juin 1910). Il s’agit bien évidemment du Maréchal de Mac Mahon à qui l’opposition républicaine dit qu’il lui fallait se soumettre ou se démettre.
Fragile rigidité
Nous citerons pour conclure le comte de Saint-Aulaire, grand diplomate, historien distingué injustement méconnu qui a publié de belles études dans La Revue universelle. À un moment de sa pénétrante biographie de Talleyrand, lorsqu’il nous montre les hommes qui avaient traversé la Révolution et l’Empire travailler, après la chute de Napoléon, à élaborer la constitution qu’on appellera la Charte, il fait cette réflexion qu’on aurait pu trouver sous la plume d’un Bainville, et c’est peut-être d’ailleurs la leçon de Bainville qui l’inspire : « La rigidité des constitutions est leur fragilité. C’est peut-être pour avoir voulu faire avec précision du définitif que les constituants libéraux de 1814 ont fait du provisoire, alors que les constituants monarchistes de 1875, en élaborant un texte vague et en croyant faire du provisoire, ont fondé une république durable ».
De toute manière, à cause de la centralisation administrative qui a détruit tous les corps sociaux naturels, toutes les constitutions artificielles essayées en France depuis la Révolution sont insensées puisqu’elles cherchent à faire représenter un peuple organisé pour être seulement administré.
Gérard Baudin L’Action Française 2000 du 19 juillet au 1 er août 2007
culture et histoire - Page 1685
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La philosophie des lois qui conduisent les États
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TV Libertés : la première télévision libre de France
Le compte à rebours est enclenché pour le lancement de la première télévision libre de France. dans très peu de jours, le monopole de la décadence, de la subversion des mœurs, de la xénophilie et de l'islamisation rampante sur la télévision sera brisé.
Beaucoup de Français ont rêvé d'une télévision qui défende nos valeurs, qui se batte pour que l'avenir de nos enfants ne soit pas compromis par les folies idéologiques imposées par la gauche. Grâce au soutien de nombreux parrains, bénévoles et donateurs, la première télévision de France qui échappe au pouvoir des lobbies, du gros argent et du gouvernement va démarrer ses émissions dans quelques jours.
Philippe Milliau Président de TV Libertés et Martial Bild son directeur de la rédaction consacrent beaucoup de temps à composer la grille des programmes avec des personnalités de tous horizons qui ont en commun l'amour de la France et de la civilisation européenne. Jean-Yves Le Gallou, président de Polemia aura pour tâche de décrypter les mauvais usages des médias. Le journaliste Robert Ménard sera présent dès le départ de la chaîne enrichissant toute l'équipe de son talent. L'historien Philippe Conrad, directeur de la Nouvelle Revue d'histoire sera chargé des programmes d'histoire sur TV Libertés. Ecrivain, critique littéraire, Anne Brassié animera une émission d'entretiens avec des auteurs et des artistes. Chaque jour, le premier rendez-vous de la journée sera "le Grand Journal de la France" présenté par le directeur de la rédaction de la chaîne : Martial Bild dont la présence dans l'équipe est un gage de sérieux et de réussite.
Des personnalités de premier plan comme Béatrice Bourges, Alain de Benoist, Yvan Blot, Gabrielle Cluzel, Paul-Marie Coûteau, Jean-Baptiste Giraud, Bernard Lugan apporteront une contribution importante aux programmes.
http://www.thomasjoly.fr/article-tv-libertes-la-premiere-television-libre-de-france-121923985.html
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Les tabous de la gauche radicale
Le livre qu’Aurélien Bernier vient de publier aux éditions du Seuil, La gauche radicale et ses tabous, est un livre qui a une place importante dans le débat qui s’annonce sur les élections européennes de ce printemps 2014. Ce livre s’inscrit par ailleurs à la fois dans un courant d’idées, celles qui sont exprimées par une « gauche de la gauche » qui se réclame de l’idée nationale, et dans une œuvre personnelle.
Aurélien Bernier a déjà publié Comment la mondialisation a tué l’écologie en 2012, livre important par son analyse sur l’interaction du « mondial » avec le « national » et le « local », et surtout Désobéissons à l’Union européenne (aux Éditions des Mille et Une Nuits). Ce dernier livre a pu passer pour une sorte de bréviaire des militants du Front de Gauche. Il a aussi publié en 2008 Le Climat, Otage De La Finance – Ou Comment Le Marché Boursicote Avec Les “Droits À Polluer” toujours aux Éditions des Mille et Une Nuits. Son nouvel ouvrage s’inscrit donc dans cette double trajectoire et pose des questions qui seront fondamentales lors des élections européennes.Une question décisive
La première, celle qui domine toutes les autres, peut se résumer ainsi : pourquoi en France le Front national explose-t-il au niveau électoral alors que le Front de Gauche stagne ? Il note, d’ailleurs, que ceci n’est pas propre à la France, et se retrouve dans un certain nombre de pays Européens. La crise, qui aurait dû fournir le terreau rêvé au développement des forces de la gauche réelle, car il n’est plus possible d’appeler le « parti socialiste » un parti de gauche (même si des militants de gauche peuvent encore s’y perdre), favorise plus des partis soit venus de l’extrême droite, soit populiste (on pense au M5S de Beppe Grillo en Italie). [...]
Jacques Sapir - La suite sur RussEurope
Lire également : Pour en finir avec l’Europe
http://www.actionfrancaise.net/craf/?Les-tabous-de-la-gauche-radicale
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Trente ans de déclin culturel français, et maintenant ?
Extrait d'un article d'Aude de Kerros, graveur et co-auteur de 1983-2013 Années noires de la peinture : une mise à mort bureaucratique.
"Entre le début de la Troisième République et 1983, l’Etat avait pour règle de peu ou pas intervenir dans le domaine des arts, des lettres et du débat d’idées, exception faite du domaine régalien. Grâce à cette liberté essentielle, ce pays fut le lieu de rencontre intellectuel et artistique universel. On y trouvait à la fois les plus grands savoirs traditionnels et les dernières avant-gardes. Ce pouvoir de référence fut un enjeu majeur.
Dès 1919, la France est devenue le cœur de cible des guerres culturelles. Elle a connu l’action subtile des agents du Komintern manipulant la haute conscience et les bons sentiments des « innocents » qui furent nombreux et souvent célèbres. Après 1945 elle a subi de façon concomitante l’influence des agents de l’Est et de l’Ouest dans le but de s’approprier la référence française. On commença à entendre régulièrement, porté par certains médias, ce slogan : « Il ne se passe plus rien à Paris ».
En 1983 un événement précipite le déclin français : le ministère de la Culture, dont le rôle consistait à protéger le patrimoine et à mettre les arts et leur pratique à la portée de tous, devint en quelques mois une administration ayant pour mission de diriger aussi la création ! Jack Lang voulait « Sauver l’avant-garde ! », l’imagination était désormais au pouvoir ! Des institutions (FRAC, DRAC, CNAC, etc.) et un corps de fonctionnaires, les « inspecteurs et conseillers de la création », furent conçus pour encadrer l’art au moment même où les « ingénieurs des âmes », créés par Staline en 1944, étaient sur le point de disparaître en URSS. Paradoxalement, l’avant-garde bureaucratique au discours révolutionnaire prit ses marques à New York. Le conceptualisme pop, encore en vigueur aujourd’hui, devint alors la ligne officielle française. Pendant trois décennies les inspecteurs de la création ont dépensé à New York 60% du budget national consacré aux achats à des artistes vivants. Ils ont acquis les œuvres d’artistes « vivant, travaillant et exposant à New York » – ce qui dé-légitima Paris.
L’année 2013 s’achève, les Institutions ont fêté leur trentième anniversaire. C’est l’heure des bilans. On entend un concert d’éloges, mais on constate que les artistes vivant et travaillant en France ne sont pas reconnus dans l’International. C’est le cas des artistes d’art, condamnés par l’Etat à l’invisibilité, mais aussi de ses artistes conceptuels, cooptés, consacrés et entretenus. La bureaucratie de la création s’est révélée impuissante à les imposer. Ont-ils la bonne méthode ? Cette année le Pavillon français à Venise met en gloire un artiste albanais, Anri Sala, « vivant et travaillant à Berlin », et dont la galerie est à New York. Paris n’est décidément toujours pas la référence de nos fonctionnaires.
Les Inspecteurs de la Création ont accepté le rôle de « petits télégraphistes ». Grâce à eux, Versailles, le Louvre, la Conciergerie, le Grand Palais, etc., sont devenus des fabriques de légitimation, de cotations, un instrument de marketing.
Mais nous sommes en 2014 ! Les Français ont progressivement compris que « l’Art contemporain » est une méthode de fabrication de monnaie fiduciaire et un des vecteurs d’une hégémonie culturelle, le fait n’est plus contesté.
Les très nombreux travaux d’une dissidence, elle aussi trentenaire, répondent aux interrogations d’un public désormais soupçonneux. Historiens, philosophes, artistes, sociologues, économistes ont démonté les mécanismes du système ; ils ont fait œuvre de réflexion et d’Histoire.
Ils ont constaté la différence entre « Art contemporain » et Art. Partout dans le monde l’hégémonie culturelle et artistique est remise en cause. C’est le début d’une grande métamorphose."
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In Memoriam - L'alchimiste
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L’Europe carolingienne ne se fera pas !
Dans la première moitié des années 2000, l’auteur de ses lignes défendait régulièrement dans la revue semestrielle L’Esprit européen la nécessité salutaire de fonder une union franque, une entente néo-carolingienne autour d’un moteur pré-civilisationnel nommé la « Françallemagne ». Suivant d’autres plumes d’opinions très variées comme le centriste Christian Saint-Étienne dans son ouvrage L’Europe fédérale ou la mort, Guillaume Faye dans L’archéofuturisme, voire Dominique Venner dans certains de ses articles les moins historiques, il pensait qu’une telle symbiose permettrait à la construction européenne d’acquérir enfin une dimension politique satisfaisante. Dans cette perspective idéale (idéaliste ?), le lancement de la monnaie unique et la constitution d’une zone euro, préalable indispensable à l’édification d’un noyau dur évoqué dès 1994 par les conservateurs chrétiens-démocrates allemands Wolfgang Schaüble et Karl Lammers, s’envisageaient comme des étapes indispensables pour favoriser une conscience européenne déterminante et affirmée. Il faut aujourd’hui reconnaître l’échec complet de cette voie.
Le Regnum Francorum tant désiré demeurera une vue (supérieure) de l’esprit du fait de la profonde servilité du personnel politique européen envers son maître étatsunien et les puissances financières mondialistes. Le refus répété de la Grande-Bretagne de réaliser l’ébauche d’une « Europe de la défense », l’ignorance des petits États membres de l’Union envers toute Grande Politique, les enjeux géopolitiques et la haute-diplomatie, les négociations ultra-discrètes (quasi-secrètes) autour du Grand Marché transatlantique et le rejet allemand de financer en partie les interventions françaises en Afrique confirment le manque de volonté politique, la conception purement utilitariste de la structure eurocratique et l’absence de toutes considérations autres que marchandes ou humanitaires. Certes, contrairement à ce que pronostiquait Jacques Attali, il y a deux ans, l’euro a survécu au Noël 2012 puisqu’il a même passé celui de 2013. Depuis le 1er janvier 2014, l’Eurolande accueille un dix-huitième membre avec la Lettonie, mais le fait que la présidence semestrielle tournante revienne jusqu’au 30 juin prochain à la Grèce démontre le tempérament impolitique, apolitique même de la machinerie euro-bruxelloise.
Une étroite association germano-française aurait pu orienter dans une autre direction le destin de l’Union européenne. Il n’en est rien. La responsabilité n’en revient pas à Angela Merkel et à ses gouvernements successifs. La construction européenne est viciée depuis l’échec des plans Fouchet en 1961 – 1962 et, surtout, par la trahison du Bundestag, lors de la ratification du traité de l’Élysée en 1963. Signé par Conrad Adenauer et Charles De Gaulle, ce traité jetait les bases d’une libre collaboration entre la France et l’Allemagne de l’Ouest. Sa réussite aurait peut-être permis la réalisation à terme d’une organisation néo-carolingienne. Or, le 15 juin 1963, jour de sa ratification, les députés allemand, en particulier la majorité chrétienne-démocrate aidée par les ineffables libéraux, y ajoutèrent un déplorable préambule. Ce texte réaffirmait l’alignement atlantiste de Bonn, approuvait l’adhésion possible de la Grande-Bretagne et réclamait la disparition des taxes douanières dans le cadre du G.A.T.T. (future O.M.C.) avec une finalité sous-jacente transatlantique (le projet délirant étant relativement ancien dans certains cénacles anglo-saxons). De Gaulle avait-il pensé détourner pour le compte de la France et d’une Europe européenne la souveraineté limitée de la R.F.A. ? Il se trompa gravement : ce vote confirma à ses yeux la nature atlantiste et yankee de la Communauté européenne.
Outre la soumission de la classe politique allemande à l’occupant étatsunien, l’impossibilité d’œuvrer en faveur d’une « Françallemagne » est aussi due au contexte éminemment totalitaire de l’actuel régime teuton. Paru en 2005, un opuscule très éclairant de Germar Rudolf avertit que Les pensées ne sont pas libres en Allemagne (1). En effet, il y règne de plus en plus une impitoyable chasse aux dissidents identitaires. Dans son excellente lettre d’informations confidentielles Faits et Documents, Emmanuel Ratier annonce la mise en service d’« un logiciel, appelé Digital Audio Fingerprint, […] dans la police allemande afin d’identifier automatiquement les musiques dites “ néo-nazies ” (musique et paroles). Ce procédé sera utilisé lors des manifestations et concerts mais aussi pour la surveillance d’Internet et lors de la saisie d’ordinateurs de militants nationalistes (2) ».
On s’agace à bon droit en France de la répression policière et judiciaire des idées. Celle-ci a franchi récemment un palier supplémentaire avec les pitoyables accusations et les menaces honteuse d’un ministricule envers un humoriste talentueux parce qu’il concurrence durement un certain « M. Petites-Blagues », amuseur public raté. La liberté de penser en Allemagne est toutefois bien pire que dans l’Hexagone. La Gestapo et la Stasi ont en effet un redoutable héritier : l’Office fédéral de protection de la Constitution (B.f.V.). Même si son étude s’arrête à 1994, Germar Rudolf observe que dans ce climat quasi-inquisitorial de suspicion généralisée, « on serait tenté de croire qu’une sanction ne peut s’abattre sur un auteur, un imprimeur, un commerce de gros ou de détail ou un client quand la vente a lieu avant l’interdiction de saisie du tribunal. La jurisprudence allègue que l’illégalité du média ne prend pas effet à la date de la décision de justice mais qu’elle est inhérente à son contenu. Par voie de conséquence, le délit commence avec la fabrication du livre, même si, à ce stade, les autorités n’ont pas encore connaissance de son existence. De sorte que l’auteur, le traducteur, l’éditeur, le responsable de publication, l’imprimeur, le propriétaire de grand magasin, le grossiste et le détaillant ainsi que les clients qui ont commandé plus d’un exemplaire de l’ouvrage (ce qui “ prouve ” leur volonté de diffusion) sont passibles de poursuites, même si les faits se sont produits avant toute décision judiciaire (3) ». C’est Minority Report (Rapport minoritaire) appliqué à la réalité !
Sur son remarquable blogue, le journaliste Lionel Baland relate les mésaventures survenues en 2013 aux responsables et militants du mouvement bavarois anti-islam Die Freiheit. Ils organisent une collecte de signatures afin de convoquer un référendum contre la construction de mosquées, ce qui déplaît aux autorités locales. Ainsi, son nouveau président, Michael Stürzenberger, vient-il d’être « privé de son compte en banque de soutien dans son action politique à la Postbank. Il a déjà vu, en un an, son compte en banque de soutien à la Deutsche Kreditbank, à la Stadtsparkasse München et à la Münchner Bank être fermés par ces institutions. Un élément supplémentaire, poursuit Lionel Baland, s’ajoute à ces persécutions. Cette fois, c’est aussi son compte en banque privé qui est fermé par la Postbank à partir du 17 janvier 2014 alors que Michael Stürzenberger est client de cette banque depuis 28 ans. […] La décision vient de la direction de la Postbank à Cologne (4) ». Quelques mois auparavant, Christian Holz, un militant – handicapé – de ce parti a vu son compte en banque lui aussi bloqué parce que « le site Internet anti-islamisation PI-News, qui compte 90 000 visiteurs par jour, a lancé une campagne de soutien à Christian Holz suite à la condamnation à une amende de 1 800 euros qui l’a frappé pour avoir mal manœuvré sa chaise roulante lors d’un rassemblement organisé par Die Freiheit et d’avoir ainsi heurté la jambe d’un contre-manifestant social-démocrate (5) ». Passons sur le fait que dirigeants et militants de cette formation patriotique se voient interdits d’assister et, a fortiori, de participer aux réunions – débats qui leur sont expressément consacrées. En outre, acmé orwellien, ce mouvement « s’est vu spécifier par une juridiction de Munich de ne pouvoir prendre la parole que durant des périodes de dix minutes maximum séparées de pauses de dix minutes minimum. La police criminelle a constaté, lors d’un rassemblement qui s’est déroulé le 27 juillet 2013 durant plusieurs heures, que par deux fois Die Freiheit a dépassé le temps de parole et que par deux fois la pause a été trop courte. Les mêmes faits ont été constatés lors d’un rassemblement le 1er août 2013 (le temps de parole a été aussi dépassé ce jour-là à deux reprises et deux pauses ont été trop courtes). Pour avoir enfreint la règle édictée par le tribunal, les responsables de Die Freiheit à Munich se voient condamnés à payer une amende de 3 900 euros. Ils font appel de cette décision judiciaire (6) ».
Soixante-dix ans de rééducation mentale intensive expliquent ces persécutions scandaleuses. Il est évident que l’expression est maintenant plus libre à Moscou qu’à Berlin. L’absence de liberté intellectuelle véritable en Allemagne, l’affairisme permanent de son médiocre personnel politicard, l’alignement exclusif de Berlin sur un axe Washington – Londres – Bruxelles – Ankara – Tel Aviv – Ryad et une volonté farouche de maintenir coûte que coûte la monnaie unique qui lui assure une confortable hégémonie économique continentale écartent pour longtemps toute alternative néo-carolingienne durable. Notre Europe souveraine des peuples libérés et des identités enracinées ne correspondra jamais à cette Allemagne élargie, nantie et spirituellement avilie. Elle se fera plus sûrement contre cette nouvelle République de Berlin et le « Bloc américaniste-occidentaliste »(B.A.O.) (7) dans lequel elle est pleinement intégrée. Charlemagne est inutile. Place donc à Richelieu !
Maximilien Malirois http://www.europemaxima.com/?p=3566Notes
1 : Germar Rudolf, Les pensées ne sont pas libres en Allemagne, Éditions Akribeia, Saint-Genis – Laval, 2005, 63 p.
2 : Faits et Documents, n° 368, du 15 décembre 2013 au 15 janvier 2014, p. 8.
3 : Germar Rudolf, op. cit., p. 31, souligné par l’auteur.
4 : Lionel Baland, « Privé de ses comptes en banque parce que patriote », sur http://lionelbaland.hautetfort.com, le 22 décembre 2013.
5 : Lionel Baland, « La Münchner Bank barre l’accès au compte en banque d’un handicapé nationaliste », site déjà mentionné, le 27 septembre 2013.
6 : Lionel Baland, « Condamnés à 3900 euros pour avoir dépassé le temps de parole », site déjà mentionné, le 2 décembre 2013. Rappelons aussi que le N.P.D., le parti ultra-nationaliste allemand souvent qualifié de « néo-nazi », risque d’être interdit par la Cour constitutionnelle parce que ses campagnes dérangent alors qu’il est infesté d’indicateurs et d’agents provocateurs stipendiés par le B.f.V.
7 : Belle expression de Philippe Grasset, cf. son excellent site de defensa et en particulier, « Glossaire.dde : Bloc B.A.O. », le 10 décembre 2012.
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« En voilà un qui agit comme un homme du mouvement »
Sur le plan de l’esprit, il existe quelque chose qui peut déjà servir de trace aux forces de résistance et de renouveau : c’est l’esprit légionnaire1. C’est l’attitude de ceux qui surent choisir la voie la plus dure, de ceux qui surent combattre tout en étant conscients que la bataille était matériellement perdue, de ceux qui surent convalider les paroles de la vieille saga : « Fidélité est plus forte que feu », et à travers lesquels s’affirma l’idée traditionnelle qui veut que ce soit le sens de l’honneur ou de la honte – et non de petites mesures tirées de petites morales – qui crée une différence substantielle, existentielle, entre les êtres, comme entre une race et une autre race. D’autre part, il y a la réalisation de ceux pour qui la fin apparut comme un moyen, et chez qui la reconnaissance du caractère illusoire de mythes multiples laissa intact ce qu’ils surent conquérir pour eux-mêmes, sur les frontières de la vie et de la mort, au-delà du monde et de la contingence. Ces formes de l’esprit peuvent être les fondements d’une nouvelle unité. L’essentiel est de les assumer, de les appliquer et de les étendre du temps de guerre au temps de paix, de cette paix surtout, qui n’est qu’un coup d’arrêt et un désordre mal contenu – afin que se dégagent une discrimination et un nouveau front . Cela doit se faire sous des aspects beaucoup plus essentiels qu’un « parti », lequel ne saurait être qu’un instrument contingent en vue de certaines luttes politiques ; et même sous des aspects beaucoup plus essentiels qu’un simple « mouvement », si par « mouvement » l’on entend seulement un phénomène quantitatif plus que qualitatif, fondé sur des facteurs émotionnels plus que sur l’adhésion sévère et franche à une idée.Ce qu’il faut favoriser, c’est plutôt une révolution silencieuse, procédant en profondeur, afin que soient créées d’abord à l’intérieur et dans l’individu, les prémisses de l’ordre qui devra ensuite s’affirmer aussi à l’extérieur, supplantant en un éclair, au bon moment, les formes et les forces d’un monde de subversion. Le « style » qui doit être mis en relief, c’est celui de l’homme qui soutient certaines positions par fidélité à soi-même et à une idée, dans un recueillement profond, dans un dégoût de tout compromis, dans un engagement total qui doit se manifester non seulement dans la lutte politique, mais dans chaque expression de l’existence : dans les usines, les laboratoires, les universités, les rues, et jusque dans le domaine personnel des affections. On doit en arriver au point que le type humain dont nous parlons, et qui doit être la substance cellulaire de notre front, soit bien reconnaissable, impossible à confondre, de sorte qu’on puisse dire : « En voilà un qui agit comme un homme du mouvement ». Cette consigne, qui fut celle des forces qui rêvèrent de donner à l’Europe un ordre nouveau, mais qui dans sa réalisation fut souvent entravée et faussée par de multiples facteurs, doit être reprise aujourd’hui. Et aujourd’hui, au fond, les conditions sont meilleures, parce qu’il n’y a pas d’équivoques et parce qu’il suffit de regarder autour de soi, de la rue au Parlement, pour que les vocations soient mises à l’épreuve et pour qu’on prenne bien nettement la mesure de ce que nous ne devons pas être.Face à toute cette boue, dont le principe est : » Qui t’oblige à le faire ? », ou bien : « D’abord vient le ventre, la peau (la “peau” chère à Malaparte !), et puis la morale », ou encore : « Ce n’est pas une époque où l’on puisse s’offrir le luxe d’avoir du caractère », ou enfin : « J’ai une famille », qu’on sache clairement et fermement : « Nous, nous ne pouvons pas faire autrement, telle est notre voie, tel est notre être. » Ce qui peut et pourra être obtenu de positif, aujourd’hui ou demain, ne le sera pas par l’habileté d’agitateurs et de politiciens, mais par le prestige naturel et la reconnaissance qu’obtiendront des hommes de la génération d’hier ou, plus encore, de la nouvelle génération, des hommes qui seront capables de tout cela et qui, par là même, fourniront une garantie en faveur de leur idée.Julius Evola, Orientations
http://www.oragesdacier.info/2014/01/en-voila-un-qui-agit-comme-un-homme-du.html
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Vers le nationalisme
« Certaines personnes se croient d’autant mieux cultivées qu’elles ont étouffé la voix du sang et l’instinct du terroir. Elles prétendent se régler sur des lois qu’elles ont choisies délibérément et qui, fussent-elles très logiques, risquent de contrarier nos énergies profondes. Quant à nous, pour nous sauver d’une stérile anarchie, nous voulons nous relier à notre terre et à nos morts…Voilà déjà qui nous rabat l’orgueil individuel. Le “Moi” s’anéantit sous nos regards d’une manière plus terrifiante encore si nous distinguons notre automatisme. Quelque chose d’éternel gît en nous dont nous n’avons que l’usufruit, mais cette jouissance même est réglée par les morts. Tous les maîtres qui nous ont précédés et que j’ai tant aimés, et non seulement les Hugo, les Michelet, mais ceux qui font transition, les Taine et les Renan, croyaient à une raison indépendante existant en chacun de nous et qui nous permet d’approcher de la vérité. L’individu, son intelligence, sa faculté de saisir les lois de l’univers ! Il faut en rabattre. Nous ne sommes pas les maîtres des pensées qui naissent en nous… Il n’y a pas d’idées personnelles ; les idées, même les plus rares, les jugements, même les plus abstraits, les sophismes de la métaphysique la plus infatuée, sont des façons de sentir générales et apparaissent nécessairement chez tous les êtres de même organisme assiégés par les mêmes images. Notre raison, cette reine enchaînée, nous oblige à placer nos pas sur les pas de nos prédécesseurs.
Dans cet excès d’humiliation, une magnifique douleur nous apaise, nous persuade d’accepter nos esclavages : c’est, si l’on veut bien comprendre – et non pas seulement dire du bout des lèvres, mais se représenter d’une manière sensible – que nous sommes le prolongement et la continuité de nos pères et mères. »
Maurice Barrès
Le deux novembre en Lorraine in Amori et dolori sacrum. Juven, Paris, 1903.
Sous le titre collectif de Culte du Moi, Maurice Barrès avait publié la trilogie qui comprend Sous l’oeil des Barbares (1888), Un Homme libre (1889) et Le Jardin de Bérénice (1891). Face au déterminisme matérialiste, face au naturalisme scientiste, Barrès cherchait à assurer l’épanouissement de son âme. Mais déjà, dans Le Jardin de Bérénice, il recherchait, au-delà de l’exaltation solitaire, des intercesseurs. La voix de la terre natale va l’arracher à l’individualisme romantique.
On peut s’arracher à l’erreur
Antérieur au livre qui l’a recueilli, Le deux novembre en Lorraine forme le point d’orgue d’Amori et dolori sacrum (1903). Le livre trouve son équilibre dans cette description de la Lorraine qui atteint un haut sommet du lyrisme en prose. Barrès dépasse son individualisme né du romantisme pour retrouver les plus vieilles traditions.
La réaction de Barrès nous réconforte : quel que soit le dévoiement de la pensée qu’ils aient pu subir et connaître à cause du milieu où ils ont été élevés et instruits, des esprits droits et vigoureux peuvent toujours réagir. Barrès a mené une réaction légitime contre un fatalisme naturaliste étouffant, et son effusion individualiste s’est transformée en un effort de discipline, de réorganisation mentale dès que la patrie fut retrouvée à travers l’approfondissement du Moi. L’examen de conscience se termina par une conversion au nationalisme. Barrès découvrit la vérité de l’être, qui est complexe, qui implique une solidarité entre les générations, une histoire, l’Histoire.
Aux sources du nationalisme
La doctrine nationaliste telle que la définira Charles Maurras se trouve en germe dans cette page. D’abord teintée de romantisme chez Barrès, la notion de “culte des morts” rejoindra le positivisme. Auguste Comte n’affirme-t-il pas : « les morts gouvernent les vivants » ? Robinson dans son île héritier de toute une civilisation, le célèbre petit poussin de La Politique naturelle (Mes Idées politiques), combien de comparaisons, combien d’images chères à Maurras nous viennent à l’esprit à la lecture de cette méditation de Barrès ! Scènes et doctrines du nationalisme confirmeront définitivement en 1902 l’évolution intellectuelle d’un homme qui s’est engagé depuis de longues années dans les luttes nationales.
« Si l’impressionnisme, le naturalisme et toutes les autres formes d’un romantisme dégénéré ont été vaincus devant l’intelligence française entre 1885 et 1895, c’est à Barrès, à Barrès seul, qu’est dû le principal honneur du triomphe… » (Maurras, Gazette de France, 9 avril 1905) Maurras a reconnu sa dette, il est toujours resté intimement lié à Barrès, même si ce dernier n’a pas été capable de pousser son amour de l’héritage national jusqu’au nationalisme intégral qui est la monarchie. Les précurseurs ne vont pas toujours au bout du chemin.
Gérard Baudin L’Action Française 2000 du 21 juin au 4 juillet 2007 -
L’Action française sur Radio Courtoisie
Jeudi 2 janvier, le libre journal de Catherine Rouvier, présenté par l’abbé Guillaume de Tanoüarn, était notamment consacré à : L’Action française en 2014, avec François Bel Ker, secrétaire général adjoint de l’Action française, Elie Hatem, avocat, Arnaud Paris, responsable de la communication et Philppe Mesnard, journaliste.
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Fantasmagorique histoire romaine
Longtemps à la base de toute culture, l’histoire romaine a été victime, au fil des siècles, des relectures qu’en faisaient les générations successives, de sorte qu’il est difficile, sous le flot des interprétations orientées, de retrouver une vérité insaisissable. Cependant, ce que nous croyons savoir des Romains peut s’avérer révélateur, non de leurs façons de penser, mais des nôtres.
Vertus rigides
Caton l’Ancien n’est pas, tant s’en faut, la figure la plus attrayante dans la galerie des hommes illustres. Notre époque, il est vrai, n’aime pas les vertus trop rigides et le Censeur offre précisément l’un de ces exemples, admirables mais par trop austères, qui rebutent le commun. Il est pourtant, et par essence, représentatif de ce que fut Rome en ses débuts, avant que les conquêtes et leur afflux de richesses et d’esclaves, fussent venus corrompre les moeurs antiques et bouleverser en profondeur le tissu social ainsi que les mentalités. Le vieux Caton l’avait compris, d’ailleurs, qui ne cessa de mettre ses contemporains en garde contre la tentation du luxe et de la facilité qui les menaçait. Est-il, précisément, en cela, un homme d’aujourd’hui apte à nous parler des problèmes de notre temps ?
Eugenio Corti en est persuadé puisqu’il propose de Marcus Portius Cato une biographie romancée sous la forme, justement, la plus moderne possible, à savoir un scénario cinématographique. Parti pris littéraire un peu dérangeant, qui fractionne l’intrigue en tableaux, remplace les descriptions par des jeux de scène et des indications destinées aux caméras, et oblige à recourir constamment au dialogue. Ce que l’on voit avec plaisir ne se lit pas fatalement avec agrément.
Si toutefois vous parvenez à entrer dans le choix de l’écrivain italien, qui ponctue son script de parenthèses érudites concernant tel ou tel personnage, tel ou tel détail historique, reste une fresque superbe, et remarquablement documentée sur cet instant crucial des guerres puniques, où Hannibal commet l’erreur de s’abandonner aux délices de Capoue et assure sans le comprendre la victoire de Rome sur Carthage. Victoire paradoxale comme le perçoit Caton, incarnation d’un monde rural et guerrier, ami du travail et ennemi de l’argent, qui ne survivra pas à son triomphe et en surgira si profondément modifié qu’il en sera méconnaissable. Tout le problème étant de savoir si le destin de Rome était de demeurer une ville du Latium pétrie de vertus antiques, ou de devenir la caput mundi et d’en payer le prix…
Textes antiques
Le drame de César, cent ans plus tard, fut-il d’avoir été le seul à tirer toutes les conclusions politiques et sociales des bouleversements survenus au cours du siècle écoulé et admis que les institutions républicaines ne correspondaient plus aux nécessités de l’Empire ? Sans doute, et il en mourut car les héritiers de l’ordre ancien, le prenant pour la cause de la crise quand il n’en était que le produit, crurent tout restaurer en le supprimant. C’est le propre du génie d’appréhender la réalité mieux et plus vite, mais, si cela fait de Caius Julius l’un des personnages les plus fascinants de l’histoire, cela ne le rend pas toujours sympathique.
Rien d’étonnant, donc, à ce que sa bibliographie soit l’une des plus impressionnantes et des plus fournies. Mais, par la force des choses, les biographes modernes ne peuvent que recopier à l’infini des sources antiques, en les agrémentant d’interprétations et de commentaires de leur cru, qui se ressentent des idéologies de leur temps. Bien connus des spécialistes qui s’y réfèrent constamment, ces textes fondamentaux le sont moins du grand public, rebuté par la difficulté de se les procurer, ou l’aridité qu’il leur soupçonne. Jean Malye a eu l’heureuse idée de réunir l’essentiel de ces auteurs originaux, exception faite de Nicolas de Damas, pourtant proche des événements, et de présenter leurs témoignages de manière chronologique ou thématique.
La véritable histoire de Jules César offre en réalité une vision de ce que les Romains connaissaient du grand homme à travers leurs historiens. La démarche est érudite et précieuse, mais on conservera deux détails à l’esprit : une partie des textes antiques ne nous est pas parvenue, peut-être justement celle qui aurait, tels les mémoires de Marcus Bibulus, beau-fils de Brutus, ou ceux de Messala, apporté à l’histoire un éclairage très différent de la version officielle ; quant aux textes en notre possession, qu’il s’agisse du corpus césarien ou des historiens antiques, ils sont soupçonnables, autant que les modernes, de partis pris et de propagande. L’histoire est définitivement une science trop humaine pour se prétendre honnête et véridique en tout.
Feuilleton
Cela, Alexandre Dumas, auquel nous devons l’une des meilleures biographies de César, le savait. En publiant, en 1860, en feuilleton des Mémoires d’Horace, dont il n’écrivit jamais, hélas, la seconde partie, il choisissait d’éclairer ces heures troublées de l’agonie de la République à travers une personnalité libre, et qui, idéaliste comme on l’est à vingt ans, avait justement choisi le camp des tyrannicides avant, au lendemain de Philippes, de rallier celui d’Octave et de devenir plus tard, grâce à Mécène, son protecteur, l’un des chantres de ce Principat qu’il réprouvait en sa prime jeunesse.
Au vrai, Quintus Horatius Flaccus sert ici d’abord de commode prête-nom et Dumas l’oublie souvent en chemin, emporté qu’il est par les événements historiques relatés. Il y revient à l’occasion pour le faire disserter sur la poésie et la littérature, longuement car il ne faut pas oublier que le cher Alexandre était payé à la ligne… Ce ne sont pas les meilleurs morceaux de l’oeuvre. On aurait tort cependant de bouder son plaisir car on trouve aussi dans ces pages de merveilleuses descriptions du quotidien, une découverte de Rome par le jeune provincial qui devrait figurer dans les anthologies, et un hymne à la latinité comme seul Dumas pouvait en écrire. Et ce texte étonnant était demeuré inédit depuis presque cent cinquante ans !
Roman-fleuve
Max Gallo, lui aussi auteur de romans-fleuves, vient de publier, dans une veine très dumasienne, et en cinq tomes, une suite intitulée Les Romains qui, de 73 avant notre ère à 363, c’est-à-dire de la guerre servile à la mort de Julien l’Apostat, retrace ce profond retournement des consciences que Daniel-Rops appela justement « la révolution de la Croix ». Max Gallo s’est converti, et son oeuvre avec lui ; le romancier n’en a pas souffert, tout au contraire, car ses livres y ont gagné une profondeur nouvelle, sans le priver de ses capacités critiques. Mieux encore, ses doutes ou ses ricanements d’autrefois lui ont servi ici à pénétrer, comme un autre n’aurait pu le faire, les mentalités de ses personnages, eux-mêmes confrontés au pari de la foi.
Donc, sur quatre siècles, des hommes d’une même famille, les Fusci Salinatores, vont se retrouver face aux drames de leur époque, à la terrible brutalité qui paraissait être à jamais l’unique réponse de l’ordre romain devant ses opposants, à la peur qui régissait cet univers impitoyable ; et soudain à l’autre voie offerte par les chrétiens. Des chrétiens, au demeurant, pas toujours à la hauteur du message dont ils se trouvaient les fragiles dépositaires.
Voici Gaius Fuscus Salinator, jeune officier prisonnier de Spartacus qui se voit promettre la vie sauve et la liberté s’il accorde sa protection à l’épouse du général des esclaves et promet d’écrire, sous sa dictée, la véritable histoire du Thrace ; l’effroyable massacre des révoltés, les six mille croix que Crassus plantera le long de la Via Appia afin de rappeler que l’on ne défie pas Rome, ouvriront dans l’âme de ce premier personnage des gouffres d’interrogation qu’il saura transmettre à sa descendance.
Puis Serenus Salinator, le petit-fils, contemporain de Caligula, de Claude et de Néron, témoin de plus en plus effaré des agissements des Julio-Claudiens, ami de Sénèque dont il ne parvient plus à partager les vues politiques et la justification complaisante du crime. Tout cela prétexte à un très flamboyant, et très juste, portrait de Néron, nuancé et douloureux. C’est ce même Serenus que l’on retrouve affronté aux horreurs de la guerre de Judée, perpétrées par le doux Titus, “les délices du genre humain”…
Encore un siècle, et paraît un nouveau descendant, Julius Priscus, proche de Marc Aurèle, qui n’oubliera jamais, sans parvenir à se l’expliquer, le supplice de Blandine et des martyrs de Lyon, ni cette « folle obstination » des chrétiens, comme disait l’empereur stoïcien. Paradoxalement, Marcus Salinator, ultime héritier de ces hommes qui, tous, ont approché la vérité du Christ, choisira, lui, de s’en détourner pour revenir au vieux culte solaire, tandis que Constantin fait triompher ce signe de la Croix qui obséda ses aïeux. Car, et c’est la grande habileté de Gallo, il ne verse pas dans le roman apologétique et, pour se convertir ou s’en approcher, ses héros n’en demeurent pas moins des hommes, et des hommes de leur temps, capables du pire bien plus souvent que du meilleur. En quoi ils apparaîtront proches, accessibles et compréhensibles aux lecteurs modernes.
Anne Bernet L’Action Française 2000 du 7 au 20 juin 2007
* Eugenio Corti : Caton l’Ancien. Fallois-L’âge d’homme, 390 p., 22 euros.
* Jean Malye : La véritable histoire de Jules César. Les Belles Lettres, 450 p., 25 euros.
* Alexandre Dumas : Mémoires d’Horace. Les Belles Lettres, 355 p., 25 euros.
* Max Gallo : Les Romains. I Spartacus et la révolte des esclaves ; II Néron, le règne de l’Antéchrist ; III Titus, le martyre des Juifs ; IV Marc Aurèle, le martyre des chrétiens ; V Constantin, l’empire du Christ. Fayard, chaque tome entre 350 et 480 p., chaque tome 20 euros