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culture et histoire - Page 1704

  • Juges partout, démocratie nulle part !

    Des cours européennes aux tribunaux de base, en passant par le Conseil constitutionnel, la Cour de cassation ou le Conseil d'Etat, des juges chargés de dire le droit finissent par inventer celui qui leur plaît. A la place des représentants du peuple. La France a toujours manifesté une réticence certaine à l'égard du pouvoir des juges, comme en témoigne encore notre Constitution, qui préfère le terme d' "autorité judiciaire" à celui de "pouvoir judiciaire". Toutefois, les choses ont beaucoup évolué depuis la présidence gaullienne.

     

    Causeur n°3, 3 juin 2013, p.45-46  Anne-Marie Le Pourhiet

     

    Déjà, la fin de l'Ancien Régime, les rois de France s'efforcèrent d'éviter la sanction judiciaire de leurs actes. En 1641, dans son énergique édit de Saint-Germain-en-Laye, Louis XIII "défend aux parlements et autres cours de justice de prendre à l'avenir connaissance des affaires d'Etat et d'administration". Les révolutionnaires, méfiants à l'égard de cours composées d'aristocrates suspectés de constituer une force réactionnaire d'opposition aux réformes, ont ensuite confirmé, dans la loi des 16 et 24 août 1790, l'interdiction faite aux tribunaux de connaître du contentieux administratif. Ce principe devait donner naissance, en l'an VIII, à notre juridiction administrative, coiffée par le Conseil d'Etat initialement placé "sous la direction des consuls" et dont les membres étaient nommés et révoqués "à volonté" par le premier d'entre eux.
    La révolution et l'empire limitent le pouvoir des juges
                Dans le même esprit, l'idée d'un contrôle de la loi par les tribunaux a toujours été considérée comme iconoclaste dans un pays pétri à l'idée de rousseauiste selon laquelle "la loi est l'expression de la volonté générale". La loi des 16 et 24 août, confirmée par la Constitution de 1791, ajoute donc: "Les tribunaux ne pourront, ni directement ni indirectement, prendre part à l'exercice du pouvoir législatif, ni empêcher ou suspendre l'exécution des décrets du corps législatif sanctionnés par le Roi, à peine de forfaiture." Le Code pénal de 1810 punira de dégradation civique les magistrats coupables d'une telle lèse-majesté démocratique. Cette même loi de 1790 avait aussi prévu l'élection de tous les juges pour "véritablement purifier le passé".
                Dans une conception révolutionnaire qui révoque la tradition et la coutume pour consacrer des individus doués de conscience et de raison, libres de toute appartenance, seule la loi, expression de la volonté du peuple ou de ses représentants, peut être source de droit. Les juges doivent donc se borner, dans les litiges qui leur sont soumis, à être les bouches de la loi, c'est-à-dire à appliquer servilement la volonté de la nation. En conséquence, chaque fois qu'un contrôle de constitutionnalité de la loi a cependant été envisagé, il a été confié à un organe politique et non pas aux tribunaux.  
                Après de Gaulle, les juges contre-attaquent
                C'est sous l'influence anglo-saxonne et celle d'un droit européen d'inspiration germanique que la méfiance à l'égard des juges s'est progressivement estompée après la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, la personnalité du général de Gaulle et les circonstances de la naissance de la Vème République ont encore perpétué, au début du régime, une forte prégnance de la raison d'Etat et une hiérarchie des valeurs que le Général exprimait en ces termes: "Souvenez-vous de ceci: il y a d'abord la France, ensuite l'Etat, enfin, autant que les intérêts majeurs des deux sont sauvegardés, le droit". C'est donc après la disparition du Général que les juridictions de tous niveaux ont progressivement réinvesti l'espace.
                Dès 1964, la Cour de justice des communautés européennes (CJCE), ancêtre de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), émet une série d'oukases affirmant la primauté inconditionnelle du droit européen (traités, règlements, directives, décisions...) sur le droit interne, y compris constitutionnel, des Etats-membres. L'audace et l'obsession uniformisatrice des juges de Luxembourg, qui ne se sont guère démenties depuis, seront complétées par celles des juges de Strasbourg - qui commencent d'ailleurs à agacer beaucoup de monde.
                L'Europe recadre la France
                La France est alors accusée d'être en retard et désignée comme le pays à la traîne, le mauvais élève qui lambine sur la voie du progrès inéluctable. On répètes que "c'est seulement en 1974" qu'elle a ratifié la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée en 1950, comme si ces vingt-cinq années avaient été "perdues" pour cause de honteuse indifférence aux droits de l'homme. Ce ne sont évidemment pas les libertés mentionnées dans ce texte qui gênaient nos dirigeants, mais le fait que le contrôle de son application soit confié à une Cour européenne siégeant à Strasbourg, dont la jurisprudence allait s'imposer aux Etats signataires. Jean Foyer avait mis le général de Gaulle en garde contre le risque qu'il y avait à placer ainsi la France sous tutelle de juges européens. Au conseil des ministres suivant, après que Couve de Murville eut exposé l'intérêt de ratifier la Convention, le Général conclut, en s'adressant à son garde des Sceaux: "J'ai lu votre note. Vous m'avez convaincu. La Convention ne sera pas ratifiée. La séance est levée." La France a fini par rejoindre ensuite docilement le troupeau. Mais nous vérifions depuis lors combien de Gaulle et Foyer avaient vu juste, puisque 99% du droit dit "de la Convention" est purement jurisprudentiel et intégralement composé des interprétations fort subjectives de la Cour, souvent fondées sur des méthodes aussi fantaisistes qu'imprévisibles. Les protestations étatiques se multiplient et la Cour fait l'objet de critiques récurrentes et vives. A la suite du tollé provoqué par la condamnation de l'Italie pour la présence de crucifix dans les salles de classe et celle de la Grande-Bretagne pour la privation du droit de vote des détenus, les Anglais ont même voulu profiter de leur présidence du Conseil de l'Europe pour organiser à Brighton, en avril 2012, une conférence dont le but explicite était de réduire les pouvoirs de la Cour en exigeant qu'elle respecte davantage la subsidiarité et la marge nationale d'appréciation des Etats dans l'interprétation de la Convention.  
                Encerclés par les juges européens, nous le sommes aussi par les juges nationaux qui se sont considérablement enhardis depuis les débuts de la Vème République, d'autant que la construction européenne, très inspirée du modèle allemand, a inoculé en France le culte germanique de l'Etat de droit (Rechtsstaat). La "prééminence du droit", sans cesse rappelée dans les traités et la jurisprudence européens, a fini par triompher de la gaullienne et souverainiste raison d'Etat - et peut-être de la démocratie qui allait avec.          
    Le 16 juillet 1971, quelques mois après la mort du général de Gaulle, le Conseil constitutionnel, initialement conçu pour défendre les prérogatives de l'exécutif, commet un "coup d'Etat de droit". En censurant une disposition législative qu'il juge contraire à la liberté d'association, il se reconnaît en effet soudain compétent pour contrôler, non plus seulement les règles de compétence et procédure parlementaires mais aussi la conformité du contenu des lois au préambule de la Constitution où sont mentionnés les principaux droits et libertés des citoyens. Il s'arroge ainsi le droit de contrôler les choix politiques du législateur. Puis Valéry Giscard d'Estaing étend la saisine du Conseil à 60 députés ou 60 sénateurs, c'est-à-dire à l'opposition parlementaire qui ne va pas se priver de cette nouvelle arme. Enfin, la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, initiée par Nicolas Sarkozy, boucle la boucle en créant la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) - le rêve de Robert Badinter est réalisé. Celle-ci permet à tout justiciable qui soutient que la loi applicable à son procès contient une disposition contraire aux droits et libertés garantis par la Constitution de demander le renvoi de cette question au Conseil constitutionnel après un filtrage par le Conseil d'Etat ou la Cour de cassation. Si le Conseil estime qu'il y a bien une violation, il abroge purement et simplement la disposition de loi en cause. Autrement dit, il "corrige" a posteriori le travail du Parlement.
                Pour compléter le tableau, peu de temps après la fameuse décision de 1971 et sur invitation du Conseil constitutionnel, la Cour de cassation (1975), puis le Conseil d'Etat (1989) se sont lancés dans le contrôle de conformité des lois au droit international et européen. En clair: n'importe quel juge judiciaire ou administratif de base peut désormais écarter, dans un litige qui lui est soumis, l'application d'une loi française qu'il juge contraire au droit international ou au droit européen, c'est-à-dire, en réalité, à la jurisprudence de juges européens parfaitement inconnus des Français, qui n'ont de compte à rendre à personne et dont on ne s'inquiète peut-être pas assez de la "traçabilité".
                Le triomphe de la subjectivité
                Autant dire qu'à l'absolutisme démocratique de Rousseau selon lequel la loi est "toujours droite et ne peut errer" s'est substituée une méfiance généralisée à l'égard du législateur qui conduit à l'enserrer dans un filet de normes posées par des juges non élus et politiquement irresponsables. Les normes de référence dont se servent ces juges pour censurer la loi (ou la valider, selon leur bon plaisir du jour) sont extrêmement vagues et floues (liberté, égalité, dignité, nécessité, ordre public, etc.) et leur confèrent un pouvoir d'appréciation absolument discrétionnaire. La Cour européenne des droits de l'homme "invente" le droit qui lui plaît à longueur d'arrêts. Sauf dans les très rares cas où la Constitution est précise, il en va de même du Conseil constitutionnel qui extrait les principes qu'il veut (ou ignore ceux dont il ne veut pas) du préambule de la Constitution. Lors de l'inauguration de la QPC, le 1er mars 2010, le président Sarkozy a prononcé devant le Conseil un discours parfaitement schizophrène vantant les mérites de l'Etat de droit et du contrôle des lois tout en mettant aussitôt en garde contre le "gouvernement des juges"... qu'il venait pourtant officiellement d'aggraver!
                Quant aux magistrats qui rendent la justice au quotidien, il convient de replacer leur pouvoir dans le contexte sociologique et juridique existant, indépendamment de la "politisation" et des excès de zèle de certaines individualités légèrement sectaires.
                Des lois mal écrites, dont certaines votées sur ordre de lobbies vindicatifs mus par le ressentiment et l'"envie du pénal" et confondant le juge et le psychothérapeute, abandonnent chaque jour aux tribunaux le soin de procéder à l'application de  notions parfaitement subjectives qu'ils manipulent avec plus ou moins de maladresse. Les juges n'ont jamais que les pouvoirs qu'on leur donne, et il est certain que plus les textes qu'ils doivent appliquer sont flous, contradictoires, lacunaires, confus, incohérents voire inintelligibles, plus ils sont livrés à leur subjectivité et parfois contraints de "gouverner". Ceci est vrai à tous les niveaux et dans toutes les juridictions. Quand le législateur ne règles pas convenablement la question du port des insignes religieux dans le secteur privé et que le Conseil constitutionnel lui-même donne une définition obscure de la laïcité, le juge ordinaire fait ce qu'il peut pour trouver un critère et les politiciens ont ensuite beau jeu de condamner son choix. Quand la loi pénale abandonne discrétionnairement l'application des peines à des magistrats qui peuvent les réduite à volonté de telle sorte que la peine exécutée n'a plus rien à voir avec la peine prononcée et que le sentiment d'incohérence judiciaire grandit, la responsabilité en incombe sans doute autant à ceux qui votent la loi qu'à ceux qui l'appliquent.
                Retour à l'ancien régime?  
                Pour autant, la lecture des rapports annuels de la Cour de cassation ne trompe pas sur la revendication des magistrats contemporains d'initier et de créer le droit en concurrence avec le législateur, voire même parfois contre la volonté de celui-ci. L'activisme judiciaire à tous les niveaux rappelle les comportements judiciaires corporatistes de l'Ancien Régime.
                Il est, à cet égard, parfaitement symptomatique que chaque fois qu'est remise au goût du jour l'idée d'une démocratisation de la désignation des juges par un système électif approprié, les magistrats poussent immédiatement des cris d'orfraie en invoquant la "technicité" de la fonction et donc le nécessaire de maintien du mode de recrutement actuels. Ceux qui ont l'audace de suggérer une forme d'électivité des juges, pourtant empruntée à l'idéologie de gauche, font l'objet des sarcasmes et se trouvent épinglés sur le "mur des cons" du Syndicat de la magistrature! Touche pas à mon corps!  
                Tout démocrate devrait conserver à l'esprit la formule de Roederer à la Constituante: "Le pouvoir judiciaire, le pouvoir d'appliquer les lois est le plus voisin du pouvoir de les faire: il y touche de si près qu'il ne peut jamais être aliéné par le peuple." C'est pourtant cette aliénation que consacre la post-démocratie contemporaine.
    Anne-Marie Le Pourhiet est professeur de droit public à l’Université de Rennes.
    Source : Causeur n°3, 3 juin 2013, p.45-46

    http://www.observatoiredeleurope.com/Juges-partout-democratie-nulle-part--par-Anne-Marie-Le-Pourhiet_a2082.html

  • Les rois ont fait la France

    Périodiquement, les élections, avec leur cortège de déceptions, ravivent entre Français un esprit de querelle, de rancoeur, voire de haine, tandis que les candidats, préoccupés de leur propre réussite, poursuivent en parallèle la même politique de destruction de l’édifice capétien. Occasion de se souvenir que le salut de la France réside dans le retour de la monarchie.
    Personnalité édifiante
    Non que l’élection fût un concept inconnu de nos aïeux ; elle amena Hugues Capet au pouvoir, en remplacement d’une lignée carolingienne à bout de souffle qui avait perdu le sens de la nation. Cependant, les critères conduisant à ce choix étaient éminemment patriotiques et aristocratiques puisque, en vue du bien commun, le chef élu était regardé comme le meilleur et issu d’une dynastie, celle des Robertiens, illustre par les héros, les défenseurs et les souverains qu’elle avait donnés à la France depuis un siècle, en alternance avec la descendance de Charlemagne.
    Cette alternance, voulue par les Robertiens, loyalistes, avait compromis leurs bons résultats, remis en cause par les princes qui leur succédaient. Ce fut le trait de génie de Hugues d’avoir stabilisé le pouvoir en s’assurant que son fils lui succéderait.
    Ivan Gobry continue cette histoire des rois de France initiée par le regretté Georges Bordonove et publie une biographie de Robert II pleine d’intérêt. Ni le règne ni la vie de ce prince ne furent faciles. Son père l’avait, à seize ans, marié à une princesse italienne, Rozala, qui, veuve deux fois, avait passé la quarantaine. Robert, excusable, lui préféra une autre veuve, de son âge, Berthe de Bourgogne. L’Église ne voulut pas admettre cette union, non à cause du renvoi de la première épouse, mais parce que Berthe et Robert cousinaient à un degré prohibé et que le roi était parrain d’un des enfants de la comtesse. Drame affreux pour ce souverain d’une extrême piété mais très épris de sa compagne. Afin d’épargner l’interdit au royaume, il accepta la séparation, puis épousa Constance d’Arles.
    Au-delà de ces péripéties conjugales, Gobry, spécialiste de l’histoire et des mentalités religieuses, insiste sur les vertus, chrétiennes et régaliennes, du prince, et sur l’exploitation politique que les clercs tentèrent en lui accolant ce qualificatif de Pieux, équivalent d’une canonisation par la vox populi. Il s’agissait de donner une légitimité à la dynastie, qu’eût glorifiée la sainteté du souverain, et de concurrencer le Saint-Empereur germanique Henri, son contemporain.
    L’Église n’approuva pas, ce qui ne retire rien à la personnalité édifiante de Robert. Sa bonté, sa générosité, sa dévotion ne l’empêchèrent pas d’être un habile politique, guerroyant quand il le fallait. Malgré les catastrophes naturelles qui marquèrent son règne, il laissa une France pacifiée, plus riche, mieux protégée, assurée, à travers ses descendants, d’un avenir où l’espoir trouvait sa place. Peu de gouvernants peuvent se vanter d’un pareil bilan.
    Angoisse et pragmatisme
    Lorsqu’il succède à son père, Louis VII, en 1180, Philippe II a quinze ans. Un siècle et demi plus tôt, cette trop grande jeunesse de l’héritier avait plusieurs fois incliné les barons à lui préférer un homme mûr. Preuve que la lignée capétienne s’est enracinée, personne ne conteste l’accession au trône de cet adolescent.
    Philippe Auguste, le vainqueur de Bouvines, l’homme qui permit à la France de gagner sur la scène européenne une place prépondérante, jouit dans l’histoire d’une popularité exceptionnelle ; l’a-t-il méritée ? Telle est la question iconoclaste que pose Gérard Sivéry, spécialiste incontesté de l’époque et de ses princes, dans une biographie de 1993 récemment rééditée.
    Philippe Auguste apparaît ici plus complexe et moins sûr de lui qu’on le croirait. Ce n’est pas sans raison que son biographe débute son récit par un étonnant épisode, celui de la fugue du jeune prince saisi de panique, disparaissant en pleins bois pendant quarante-huit heures à la veille de son sacre, avant de ressurgir si malade qu’il faillit en mourir. Philippe, durant cette épreuve initiatique, a pris la mesure de son rôle, et c’est ce qui explique son affolement à la pensée des responsabilités à venir. Mais jusqu’à quel point cet angoissé a-t-il été capable de les assumer ?
    Sa vie conjugale révèle ces alternances d’angoisse et de pragmatisme : la première union avec la douce Isabelle de Hainaut, une Carolingienne qui renforça le prestige dynastique, mais à laquelle le jeune roi ne porta pas l’affection idéalisée qu’on lui prête ; la malheureuse Ingeburge de Danemark, répudiée au bout de quelques jours pour avoir manifestement frigorifié son époux ; Agnès de Méranie, épousée en dépit du mariage précédent, que Philippe, pragmatique, sacrifia quand il devint impossible de l’éviter, et qui en mourut.
    En politique, le roi fut sujet aux mêmes problèmes, mais sut les utiliser. Ainsi son abandon de la croisade, sévèrement jugé, mais que Sivéry montre nécessaire, l’intérêt de la France passant, pour Philippe, avant celui de la Terre sainte, et qui se révèle diplomatiquement payant, grâce aux ennuis suscités au retour au dangereux Richard d’Angleterre.
    Il y a du cynisme dans ce caractère, voire un manque d’esprit chevaleresque, des défauts aussi, nombreux. Tout cela s’efface devant une réussite exemplaire, en partie fondée sur la qualité des conseillers royaux, dont Frère Guérin, chevalier de l’Hôpital, grand stratège qui détermina la victoire de Bouvines. C’est une vérité plus fascinante encore que la légende qui surgit dans ces pages.
    Figure exemplaire
    Saint Louis avait neuf ans à la mort de son aïeul, dont l’exemple, édulcoré, le marqua définitivement. Il est remarquable de voir comment il sut s’inspirer de la leçon politique, tout en évitant les défauts, pour se tenir dans la même ligne et renforcer l’oeuvre. C’est tout le paradoxe de Louis IX, qui concilia d’une façon unique sa vie spirituelle et mystique, exceptionnelle, et les devoirs de sa charge.
    Quoiqu’il soit impossible de dissocier, chez les hommes de ce temps, temporel et religieux, intimement imbriqués, le cas Louis IX demeure à part. Son entourage ne manque pas de figures remarquables, animés d’une foi à toute épreuve, et le sire de Joinville en est un bel exemple, mais lui est d’une autre essence. Véritable gageure pour l’historien, tour à tour tenté de privilégier le roi ou le saint, au risque de ne rien comprendre car les deux ne font qu’un.
    Le Saint Louis de Georges Bordonove, paru en 1986 et juste réédité, évita ce double écueil pour livrer du souverain un portrait digne d’une enluminure médiévale, tout en grâce exquise mais historiquement incontestable. Ne sombrant jamais dans l’hagiographie, Bordonove savait que Louis, doté d’une nature ardente et emportée,  ne conquit pas l’auréole en un jour et qu’il atteignit à la perfection après un chemin fort rude, semé d’épines et d’embûches. Il l’expliquait magnifiquement. Figure exemplaire, qu’aucune autre dynastie, aucun autre pays chrétien ne mérita, Saint Louis demeure une lumière insurpassée pour éclairer les chemins de la France et lui répéter un message d’espérance et de confiance dont nous avons plus besoin que jamais.
    Réussite du travail capétien
    Sans doute n’est-il plus politiquement correct de le dire, à l’heure où la croisade appelle les repentances publiques, où la volonté de convertir juifs et musulmans indigne, et où la vertu ennuie ; quel pape oserait aujourd’hui canoniser ce roi trop chrétien ? Jean Markale livrait ces remarques dérangeantes dans une autre biographie, romancée, de Saint Louis, Le chêne de la Sagesse, mais c’était, contre toute attente, pour prendre la défense du roi, en rappelant que l’on ne fait pas « de petits saints avec de grands saints ». Remarque très juste que plus d’un historien actuel devrait méditer, au lieu de prétendre juger le passé à l’aune de ses propres lumières et ses propres idées.
    Aveuglés par de tels partis pris, certains condamnent la huitième croisade, achevée il est vrai en désastre devant Tunis, et fustigent ce qu’ils prennent pour l’aveuglement idéaliste du roi. Gérard Sivéry démontre que le plan royal était, au contraire, remarquablement lucide et intelligent, même s’il n’avait pas pris en compte, et pour cause, l’épidémie qui décima le camp français, tuant le roi, son fils Nevers, et contraignant au retour. Le long voyage vers la France fut épouvantable, car la maladie ne lâchait pas prise et la fatalité s’en mêla. Ce fut escorté des cercueils de son père, son frère, sa femme, son fils, son oncle Poitiers, sa soeur Isabelle, et de l’époux de celle-ci que l’infortuné Philippe III regagna Paris. On a longtemps cru que cette série de malheurs, et la dysenterie contractée en Tunisie qui avait failli le tuer, lui aussi, expliquait les mauvais commencements du règne, tout comme la personnalité du roi semblait avoir souffert de la comparaison avec son père et son fils.
    Gérard Sivéry pose, quant à lui, un autre diagnostic : et si le roi Philippe III avait été, en réalité, atteint d’une légère arriération mentale, due à une naissance difficile, qui lui interdit de se comporter en adulte responsable ?
    Les arguments avancés ne manquent pas de pertinence. Surtout, si l’historien est dans le vrai, par-delà la personnalité troublée et émouvante du souverain, il met en évidence l’immense réussite du travail capétien : la monarchie française fonctionnait si bien en 1270 à la mort de Saint Louis, qu’elle put s’accommoder, quinze ans, d’un roi retardé, non seulement sans souffrir de ce drame, mais en augmentant l’étendue et la puissance du royaume. Quel autre régime en ferait autant ?
    Anne Bernet L’Action Française 2000 du 3 au 16 mai 2007
    * Ivan Gobry : Robert II. Pygmalion, 230 p., 20 euros. Voir l’article de Michel Fromentoux dans L’AF 2000 du 15 décembre 2005.
    * Gérard Sivéry : Philippe Auguste. Perrin, 430 p., 22euros.
    * Georges Bordonove : Saint Louis. Pygmalion, 315 p., 21,50 euros.
    * Jean Markale : Le chêne de la Sagesse ; un roi nommé Saint Louis. Le Rocher, 305 p., 19,70 euros.
    * Gérard Sivéry : Philippe III le Hardi. Fayard, 360 p., 22 euros.

  • Un jour un livre : la propagande de la marchandise, vue par Christopher Lasch

    PARIS (NOVOpress) - À l’occasion des fêtes de fin d’année, les rédacteurs de Novopress vous proposent de découvrir une sélection de livres à travers des extraits choisis. Dans La Culture du narcissisme, sous-titré La vie américaine à un âge de déclin des espérances (publié en 1979), l’historien et sociologue américain Christopher Lasch analyse les tourments et les contradictions de la vie moderne mais aussi les conditions politiques et culturelles qui en commandent le sens.

     

    À une époque moins complexe, la publicité se contentait d’attirer l’attention sur un produit et de vanter ses avantages. Maintenant, elle fabrique son propre produit : le consommateur, être perpétuellement insatisfait, agité, anxieux et blasé. La publicité sert moins à lancer un produit qu’à promouvoir la consommation comme style de vie. Elle « éduque » les masses à ressentir un appétit insatiable, non seulement de produits, mais d’expériences nouvelles et d’accomplissement personnel. Elle vante la consommation, remède universel aux maux familiers que sont la solitude, la maladie, la fatigue, l’insatisfaction sexuelle. Mais simultanément, elle crée de nouvelles formes de mécontentements, spécifiques de l’âge moderne.

     

     

     

    Elle utilise et stimule le malaise de la civilisation industrielle. Votre travail est ennuyeux et sans signification ? Il vous donne un sentiment de fatigue et de futilité ? Votre existence est vide ? Consommez donc, cela comblera ce vide douloureux. D’où la volonté d’envelopper la marchandise d’une aura romantique, d’allusion à des lieux exotiques, à des expériences merveilleuses, et de l’affubler d’images de seins féminins d’où coulent tous les bienfaits.

     

    La propagande de la marchandise sert une double fonction : premièrement elle affirme la consommation comme solution de remplacement à la protestation et à la rébellion. Paul Nystrom, pionnier de l’étude du marché moderne, a remarqué que la civilisation industrielle donnait naissance à une « philosophie de la futilité », à « une pesante fatigue », à un « désenchantement quant à la valeur des accomplissements », lesquels trouvent un débouché dans le changement « des phénomènes superficiels où règne la mode ». Le travailleur fatigué, au lieu de tenter de changer les conditions de son travail, cherche à se revigorer en renouvelant le cadre de son existence, au moyen de nouvelles marchandises et de services supplémentaires.

     

    En second lieu, la propagande de la marchandise, ou de la consommation de celle-ci, transforme l’aliénation elle-même en une marchandise. Elle se tourne vers la désolation spirituelle du monde moderne et propose la consommation comme remède. Elle promet de pallier tous les malheurs  traditionnels, mais elle crée, aussi, ou exacerbe, de nouvelles manières d’être malheureux : l’insécurité personnelle, l’anxiété quant à la place de l’individu dans la société, l’angoisse qu’ont les parents de ne pas être capables de satisfaire les besoins de leurs enfants (…). La publicité institutionnalise l’envie et l’anxiété qui en découle.

     

    Christopher Lasch, La culture du narcissisme (chapitre « Décadence du système éducatif »), Flammarion Champs Essais, 1979, préface de Jean-Claude Michéa. Traduit de l’anglais par Michel L. Landa. Acheter sur Amazon.

    http://fr.novopress.info/149783/jour-livre-propagande-marchandise-vue-christopher-lasch/#more-149783

  • Noël, la beauté dans la vie

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    Nous approchons des fêtes de Noël (l’autre nom du Solstice d’hiver). Associée au sapin toujours vert, Noël a toujours été célébrée dans le pays d’Europe depuis des temps immémoriaux comme la grande fête présageant le renouveau de la Nature et de la vie après la dormition de l’hiver. On ne peut s’empêcher de penser que l’Europe, elle aussi, sortira un jour de son actuelle dormition, même si cela est plus long que dans le cycle de la Nature.

    Noël est la fête des enfants. C’est aussi une fête où la beauté a toute sa place. N’est-ce pas l’occasion de réfléchir sur cette notion vitale, l’une des trois composantes de la « triade homérique » : « la Nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon » ?

    Plutôt qu’une dissertation sur la beauté, j’ai envie d’offrir à ceux et celles qui me lisent quelques conseils pratiques, sans oublier cependant une réflexion a méditer : l’esthétique fonde l’éthique (le bien est défini par ce qui est beau) tout comme l’éthique fonde l’esthétique (le bien est inséparable du beau).

    Cultivez la beauté (sens esthétique) pour vous-même et pour vos proches. La beauté n’est pas affaire d’argent et de consommation. Elle réside en tout, principalement dans les petits détails de la vie.

    Elle est offerte gratuitement par la nature : poésie des nuages dans un ciel léger, crépitement de la pluie sur une toile de tente, nuits étoilées, couchers de soleil en été, premiers flocons de neige, couleurs de la forêt en hiver, premières fleurs du jardin, hululement de la chouette dans la nuit, odeur d’un feu de bois au-dessus d’une chaumière dans la campagne…

    Si la beauté de la nature nous est donnée, celle que nous créons dans notre vie demande efforts et attention.

    Se souvenir qu’il n’y a pas de beauté (ni de joie) sans harmonie des couleurs, des matières, des formes et des styles. Cela est vrai pour la maison, les vêtements et les petits accessoires de la vie. Proscrire par exemple les matières synthétiques et le plastique au profit des matières naturelles.

    Il n’y a pas non plus de beauté sans courtoisie dans les rapports avec les proches et moins proches (hormis les butors).

    Je notais que l’esthétique fonde l’éthique. En effet, il n’y a pas de beauté sans tenue au moral et au physique. Par exemple, gardez pour vous peines et tracas, ceux du cœur, du corps, du travail ou des fins de mois difficiles. Vous y gagnerez de l’estime pour votre discrétion et la réputation d’une sociabilité heureuse. Vous y gagnerez aussi de l’estime pour vous-même.

    Par avance, joyeux Noël à tous !

    Dominique Venner

    Source: http://www.dominiquevenner.fr/2012/12/noel-la-beaute-dans-la-vie/

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • Présence de José Antonio

    Créateur de la Phalange, condamné à mort pour rébellion militaire, José Antonio Primo de Rivera (1903-1936) est une figure incontournable du nationalisme espagnol.

    Le personnage central de ce Présence de José Antonio, c’est José Antonio Primo de Rivera y Saenz de Heredia, né à Madrid en 1903. Aîné d’une famille de cinq enfants, il choisit la profession d’avocat après avoir étudié le droit à l’université centrale de Madrid. Fils du général Miguel Primo de Rivera, le dictateur qui gouverne l’Espagne de 1923 à 1930, il se tient à l’écart de la vie politique jusqu’au décès de son père. Il adhère à l’Union monarchique nationale, une organisation éphémère. Son rejet du système droite-gauche le conduit a fonder le Mouvement espagnol syndicaliste (MES), qui entre en contact avec le Front espagnol (FE), qui regroupe les disciples du philosophe José Ortega y Gasset. Il réunit des personnalités venues de droite ou de gauche et fonde un nouveau mouvement : la Phalange espagnole (FE). En février 1934, FE fusionne avec les Juntas de ofensiva nacional-sindicalista (JONS) et devient FE de las JONS. L’organisation est alors dirigée par un comité directeur, qui prend la forme d’un triumvirat constitué par José Antonio Primo de Rivera, Ramiro Ledesma et Julio Ruiz de Alda.

    « Dieu veuille que mon sang soit le dernier versé dans des discordes civiles »

    Plusieurs procès

    José Antonio s’impose comme le principal représentant de FE de las JONS, dont il devient chef national en octobre 1934. Un temps tenté par une sorte de "facisme à l’espagnol", José Antonio trouve une voie propre à l’expression du nationalisme espagnol. Comme député, il dénonce les véritables causes de la révolution d’octobre 1934, et s’oppose à la contre-réforme agraire projetée par les conservateurs ; il critique durement la corruption des politiciens radicaux. Pour s’opposer aux marxistes et aux "vendus" de la droite, José Antonio propose la création d’un Front national. Aux élections de février 1936, la Phalange n’obtient aucun député. Le 14 mars 1936, José Antonio est arrêté avec les principaux dirigeants phalangistes, pour constitution et appartenance à "association illégale". Cette accusation est rapidement abandonnée, mais les dirigeants de la FE de la JONS restent incarcérés sur ordre des autorités gouvernementales du Front populaire. Ils doivent affronter plusieurs procès et ne retrouveront jamais la liberté. Le 5 juin 1936, José Antonio est transféré à la prison d’Alicante.

    Offre de médiation

    Désireux de mettre fin à la tragédie de la guerre civile, il offre sa médiation dans l’espoir de constituer un gouvernement de concentration nationale. Les républicains refusent. Il sera jugé pour rébellion ; condamné à mort, il est fusillé le matin du 20 novembre 1936. Quelques heures avant de mourir, il écrit dans son testament : « Dieu veuille que mon sang soit le dernier sang espagnol versé dans des discordes civiles. » Sur sa pierre tombale figure le prénom avec lequel il est entré dans l’Histoire : José Antonio.

    Un livre collectif qui regroupe de nombreuses interventions d’historiens (Philippe Conrad, Arnaud Imatz, Jean Claude Valla, Arnaud Guyot-Janin...) permet de redécouvrir cette haute figure nationaliste espagnole.

    François-Xavier Présent - L’AF 2876

    ✓ Olivier Grimaldi, Présence de José Antonio, Synthèse nationale, 160 p., 18 euros.

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Presence-de-Jose-Antonio

  • « Agatha Christie » de Camille Galic

    Agatha Christie, « la plus belle enquête » : Une biographie merveilleusement incorrecte de Camille Galic
    L’excellente collection « Qui suis-je ?» des éditions Pardès, qui aux côtés de la collection BA-BA conforte une approche encyclopédique non conformiste thématique et biographique, vient de s’enrichir d’un titre qui fera date, l’« Agatha Christie » de Camille Galic. « L’indétrônable impératrice du crime » a trouvé en fait sa biographe sœur. En effet il y a bien des points communs entre « la duchesse de la mort » et la grande dame de la presse qu’est Camille Galic.
    Camille Galic a toujours traité l’actualité comme on mène une enquête. Elle a toujours cherché la vérité derrière les apparences et le vrai criminel derrière la présentation officielle. Un style impeccable, une plume affinée comme un scalpel, Camille Galic a été la référence d’un journalisme de l’investigation de l’intelligence, la référence des journalistes de combat, et elle continue à exercer ses talents sur le site Polémia qui dénonce avec force et pertinence le « totalitarisme médiatique ».
    On peut facilement l’imaginer, d’ailleurs, dégustant un thé au côté d’Agatha dans un lodge de cette Rhodésie où « les Anglais étaient heureux » devisant autour d’une intrigue  de la fin annoncée d’un certain ordre du monde. Comme Agatha, Galic analyse avec un esprit de déduction rationaliste les passions humaines criminelles ou politiques. C’est ce qui fait de cette biographie une biographie de référence, classique dans la forme mais à jamais unique dans le fond. Elle va au-delà de l’œuvre, elle dévoile les secrets de la pensée d’Agatha. Alors, bien sûr, il y a tout, sa vie privée, ses maris, sa disparition mystérieuse, un événement people parmi les premiers médiatisés, ses livres bien sûr, sa passion pour l’archéologie, ses enquêteurs Miss Marple ou Hercule Poirot, son théâtre, etc.
    Agatha Christie est, en effet, l’un des écrivains les plus connus au monde si l’on considère le nombre de langues dans lesquelles son œuvre a été traduite (plus de 7.135 traductions, ce qui en fait l’auteur le plus traduit en langues étrangères selon l’Index Translationum), et l’importance des tirages de ses romans qui en fait la romancière la plus vendue au monde selon le Livre Guinness des records.
    Agatha Christie a écrit 67 romans (dont 6 romances sous le pseudonyme de Mary Westmacott qui correspond à ses écrits les plus personnels), 190 nouvelles réunies en une quinzaine de recueils, 18 pièces de théâtre (+ 5 adaptations par d’autres auteurs), quelques poèmes et une autobiographie. Une grande partie de ses romans et nouvelles a été adaptée au cinéma ou à la télévision (20 films et plus de 100 téléfilms, en particulier Le Crime de l’Orient-Express, Dix petits nègres, Mort sur le Nil et Le Train de 16h50. La BBC a également produit des téléfilms et des émissions radiophoniques de la plupart des histoires qui mettent en scène Hercule Poirot et Miss Marple. L’une de ses pièces de théâtre, The Mouse Trap (La Souricière), a été présentée pour la première fois à Londres en 1952 au St Martin’s Theatre, et détient, depuis, le record de la pièce jouée le plus longtemps sans interruption.
    Le 3 décembre 1926, très affectée par la mort de sa mère et l’infidélité de son mari (amoureux de Nancy Neele, dactylo dans la compagnie d’assurance pour laquelle il travaille, il lui a annoncé son intention de divorcer), Agatha Christie disparaît. Le lendemain, la police retrouve sa voiture, abandonnée près de l’étang de Silent Pool. La presse britannique s’empare alors de l’affaire : suicide d’une femme délaissée, meurtre commandité par son époux voulant retrouver sa liberté, coup de publicité d’une romancière voulant renforcer le succès de ses livres… Les hypothèses ne manquent pas. Elle est retrouvée douze jours plus tard dans le Swan Hydropathic Hotel, hôtel de la station balnéaire d’Harrogate, ayant tout oublié. Agatha devait en retirer à jamais une aversion pour la presse, une crainte panique des journalistes et de la foule  qui la poursuivent tel « un renard traqué dans son terrier par une meute de chiens hurlant sans cesse à ses trousses ». Elle avait bien décrit la chasse à courre médiatique, avant l’heure.
    Dans cette biographie de Camille Galic, on est aux sources des inspirations de l’auteur et on a les explications pour tout comprendre de son œuvre restituée magistralement dans sa diversité.
    Mais il y a plus, bien plus. Derrière une petite jeune fille à la jeunesse dorée d’un autre temps, jusqu’à l’écrivain  britannique la plus connue au monde et anoblie par la reine, il y a une vision du monde qui, pour les tenants du politiquement correct, la classerait dans les vieilles dames indignes. Galic a su le comprendre et le révéler.
    Agatha est une suprématiste anglaise. Traditionaliste mais libre, femme la plus connue du monde mais antiféministe, elle est une femme de velours au mental de fer. Elle est un produit de la fierté impériale d’un pays qui devait gouverner le monde. Elle éprouvera pour le nazisme une fascination-répulsion partagée par bien plus d’Anglais que la version officielle de l’histoire ne le laisse entendre. C’est un volcan maîtrisé, cette femme… une criminelle née devenue enquêtrice pour peut-être dominer ses pulsions.
    Agatha n’a pas toujours été une vieille lady, elle a été une femme amoureuse, jalouse et exceptionnelle. Cela, on le retrouve dans ses romans. Elle n’a aucun complexe du colonisateur, bien au contraire. Elle met l’Anglais au sommet de la chaîne de la civilisation. On tente maintenant de dénaturer parfois son œuvre dans des adaptations pour la faire coller avec le monde d’aujourd’hui, qu’elle aurait méprisé au-delà de l’imaginable. Quand on pense que son livre le plus connu  Les 10 petits nègres a vu son titre changé en S’il n’en restait qu’un on voit en effet qu’il ne reste pas grand-chose de l’univers qui a inspiré Agatha ni de ses valeurs hiérarchisées, un univers où la cruauté et le crime cheminent avec la classe en habits de soirée, où l’on tue en restant un gentleman et une lady dans la fierté de l’empire. La gentry n’est jamais bien loin, l’exotisme non plus, ni l’insolite. L’échec de son premier mariage et la passion réussie avec son second mari font croire qu’un long calme a succédé à une tempête, mais cette biographie montre que l’on peut être l’image de la dignité en étant une rebelle jamais vraiment apaisée.
    C’est une criminelle de papier qui reste d’actualité, jamais démodée, un style qui ne prend pas d’âge tout en nous parlant d’un autre monde où les choses étaient à leur vraie place, même les armes du crime. Il y avait de l’aventurière dans cette femme des salons « cosy » bien ordonnés. Ses voyages, sa passion de l’archéologie en sont des exemples frappants. Avant Indiana Jones, il y eut  Meurtre en Mésopotamie et La Mort n’est pas une fin, une curiosité d’enquête historique qui nous a donné la passion des romans historiques dans l’Egypte antique.
    Demain l’œuvre d’Agatha sera sans doute récupérée et transformée dans des adaptations couleur de notre époque. La récupération chemine avec la trahison. Heureusement il restera ce Qui suis-je de Camille Galic pour ceux qui veulent connaître la vraie personnalité à travers l’œuvre incomparable de l’indétrônable Agatha Christie. Toute vie est une intrigue, toute biographie est une enquête et celle de Camille Galic est fidèle à la lettre et surtout à l’esprit de la Kipling du crime.
    Jean Ansar, 17/12/2013
    http://www.polemia.com/agatha-christie-de-camille-galic/
    Camille Galic, Agatha Christie, Editions Pardès, Collection « Qui suis-je », décembre 2013, 128 pages.

  • Farida Belghoul lance une action nationale pour l’interdiction de la théorie du genre à l’école

    Laurence Rossignol, sénatrice PS, déclarait le 5 avril 2013, sur le plateau de l’émission Ce soir ou jamais : « Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents, ils appartiennent à l’État. » Affirmation hallucinante qui va totalement à l’encontre de la déclaration des Droits de l’homme, dont la sénatrice se réclame par ailleurs et qui stipule à l’article 26.3 : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. »

     

    L’heure est grave...

     

    Le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, sur les traces de son prédécesseur Luc Châtel, veut généraliser et officialiser l’enseignement de la « théorie du genre » dans les écoles publiques et privées sous contrat à partir de la rentrée 2014.

     

    Vincent Peillon nie totalement l’existence de ce prétendu projet pédagogique. Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, prétend elle aussi que la « théorie du genre » n’existe pas.

     

     

     

    En réalité, cette théorie contre nature, sous des formes diverses, intégrera définitivement les programmes officiels de l’Éducation nationale à partir de la rentrée 2014 avec la complicité de plusieurs syndicats d’enseignants.

     

    Des centaines d’écoliers sont déjà victimes de ces programmes à titre expérimental.

     

    Sous couvert de « lutter pour l’égalité et contre les discriminations homophobes », l’Éducation nationale considère que ces questions sont des priorités. C’est pourquoi désormais, enseignants et militants LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transsexuels) abordent en classe l’homosexualité, la bisexualité et la transsexualité.

     

    La pudeur et l’intégrité de nos enfants sont profondément attaquées par « la théorie du genre ».

     

    Cette théorie prétend que nous ne naissons pas homme ou femme mais que nous le devenons à cause des pressions sociales. À leurs yeux, c’est la société qui « construirait » le genre masculin ou le genre féminin, la nature n’y serait pour rien.

     

    Cette théorie dissocie ainsi notre corps sexué de notre identité de genre. Un homme qui se sent femme est du « genre féminin » peu importe son sexe... Une femme qui se perçoit homme est du « genre masculin » indépendamment de son corps. Pour les tenants de la « théorie du genre », on peut être par exemple de sexe masculin et de genre féminin ! Ce ne serait au fond qu’une question de choix personnel !

     

    Toutes les institutions sont touchées. Même l’école ! Surtout l’école ! Le pouvoir actuel prévoit de véritablement rééduquer nos enfants en les « arrachant au déterminisme familial » c’est-à-dire à leurs parents.

     

    D’ores et déjà, des militants du lobby LGBT s’invitent en classe et font la leçon à nos enfants, qui sont accusés d’être porteurs de stéréotypes de genre.

     

    Que sont ces « stéréotypes de genre » ? Ce sont les réactions ou les penchants naturels de nos garçons et de nos filles. Si une fille aime jouer à la poupée, pour le lobby LGBT c’est un stéréotype de genre qu’il faut combattre en la conduisant plutôt à jouer aux petites voitures. Si un garçon veut jouer aux petites voitures, le lobby LGBT l’incitera alors à jouer à la poupée.

     

     

     

    Les collégiens et les lycéens eux-mêmes sont encouragés à douter de leur identité sexuelle sous prétexte qu’ils doivent être libres d’user de leur corps. Ainsi, pour les inciter à explorer de nouvelles pratiques sexuelles, l’école les dirige vers la Ligne Azur, numéro de téléphone et site Internet à destination des adolescents, pour parler d’homosexualité, de bisexualité et de transsexualité... Allez voir ce site recommandé à nos enfants : www.ligneazur.org...

     

    L’Éducation nationale entend mettre les parents devant le fait accompli.

     

    Nous, Pères et Mères, sommes ainsi déclarés incompétents pour éduquer nos propres enfants. L’État veut s’en charger à notre place. Allons-nous accepter que l’école nous dépossède de ce qui nous appartient en premier lieu, à savoir l’éducation ? Nous devons protéger nos enfants. Coûte que coûte.

     

    Une action nationale pour sauver nos enfants

     

    Le gouvernement a méprisé totalement nos manifestations et nos pétitions lorsque nous avons fait la lumière sur ce projet, qui vise à déstabiliser la famille et la société tout entière. Il nous a ignorés, humiliés.

     

    Aujourd’hui, il nous faut donc envisager une action inédite qui touche le cœur du système : une journée sans école par mois pour montrer au ministre de l’Éducation nationale que l’éducation de nos enfants nous appartient, n’en déplaise à Laurence Rossignol. 

    Journée de retrait de l’école
    pour l’interdiction de la théorie du genre
    dans tous les établissements scolaires

     

    À partir de janvier 2014, retirons nos enfants de l’école un jour par mois : choisissez ce jour en concertation avec le comité local dont vous dépendez sans prévenir les enseignants. Vous justifierez l’absence de votre enfant le lendemain par le motif suivant : journée de retrait de l’école pour l’interdiction de la théorie du genre dans tous les établissements scolaires.

     

    Ce symbole est fort : il dit clairement que nous sommes prêts à tout pour empêcher l’Éducation nationale de désorienter, de traumatiser et de déstructurer nos enfants.

     

    Organisons-nous pour faire de cette journée un moment privilégié entre parents et enfants, entre voisins, entre amis : libre à nous de concevoir maintes activités en ce jour de retrait ! En se regroupant, tout est envisageable : spectacles pour enfants, sorties, rencontres, débats, ateliers créatifs...

     

    Le gouvernement ne nous laisse pas le choix, avec l’introduction à notre insu de la « théorie du genre » en classe : en retirant nos enfants de l’école une journée par mois, nous affirmons nos droits fondamentaux et nous passons à la vitesse supérieure.

     

    - Nous, Pères et Mères, sommes les garants de l’innocence de nos enfants. Leur pudeur et leur intégrité sont leurs biens les plus précieux.
    - Nous, Pères et Mères, sommes les protecteurs de nos enfants. Nous en sommes les seuls responsables.
    - Nous, Pères et Mères, sommes les authentiques éducateurs de nos enfants, seuls légitimes à décider pour eux en attendant leur maturité.
    - Nous, Pères et Mères, aimons nos enfants et nous nous sacrifions chaque jour pour eux.
    - Nous, Pères et Mères, organisons une Journée de retrait de l’école (JRE) une fois par mois pour sauver nos enfants.

     

    Farida Belghoul , Pour le Comité national JRE , 18 décembre 2013

     

    Pour suivre l’action menée par Farida Belghoul : jre2014.fr

     

    Voir aussi, sur E&R : « Ligne Azur : quelle approche de la sexualité M. Peillon propose-t-il à nos enfants ? »

    Videos et source=> http://www.egaliteetreconciliation.fr/Farida-Belghoul-lance-une-action-nationale-pour-l-interdiction-de-la-theorie-du-genre-a-l-ecole-22191.html

  • Pourquoi les écrivains de droite avaient du style ?

    Kléber Haedens aurait eu cent ans

    À la fin de l’année, nous célèbrerons les 100 ans de Kléber Headens, disparu en 1976. En dehors d’une polémique désastreuse sur un collège de banlieue qui aurait dû porter son nom, lit-on encore Haedens ? Pour beaucoup d’entre nous, son Histoire de la littérature française demeure un ouvrage essentiel, le maître-étalon vigoureux de tout critique qui a la prétention d’écrire sur les livres des autres.

    En 1996, Etienne de Montety avait relevé, dans son « Salut à Kléber Haedens », toute la truculence du personnage, ses foucades comme ses exercices d’admiration. Cet été, j’ai relu Haedens par souci de santé, la rentrée littéraire est un marathon qui mérite quelques pauses gourmandes, mais surtout par plaisir. Plaisir de retrouver Jérôme Dutoit, le héros d’Adios, ou Wilfrid Dorne, celui de Salut au Kentucky. Mon vieux livre de poche (millésime 1970), résumait ainsi le roman, après une courte notice biographique de l’auteur, : « Peut-être y-a-t-il cent façons d’occuper un bel été quand on a vingt ans, mais Wilfrid Dorne n’en voit pas de meilleure que tomber amoureux d’une jeune femme dont le portrait est exposé à la devanture d’un magasin d’antiquités ». Difficile de ne pas poursuivre plus loin cet apprentissage de la vie qui démarre à l’été 1869. Je me suis demandé pourquoi les écrivains de droite, bien que la plupart ne se reconnaissait dans aucun camp politique défini, m’apportaient tant de bonheur de lecture.

    Excepté Vailland, Besson, Lacoche ou mon camarade Jérôme Leroy, je (re)lis Haedens mais aussi Blondin, Nimier, Laurent, Perret, Mohrt, Morand, Déon, etc… Je pourrais continuer comme ça la liste des réfractaires comme les appelle Bruno de Cessole dans son merveilleux Défilé (qui vient de reparaître dans la collection Tempus aux éditions Perrin) ou des désenchantés comme les nomme Alain Cresciucci. La gauche humaniste peut manifester, les étudiants se réunir en AG, les professeurs convoquer un conseil de discipline. L’écrivain de droite (jusqu’aux années 80) avait du style, c’est un fait irréfutable, historique. Après les Trente Glorieuses, l’écrivain de droite s’est financiarisé, il a voulu rentabiliser son investissement littéraire, toucher sa part du gâteau. Il avait la volonté de s’en sortir, de ne pas rester un anonyme, un obscur tailleur de mots. Il a perdu ce qui faisait tout son charme réactionnaire, ses emballements de vieux con, sa langue travaillée, son vocabulaire oublié, sa force lyrique, sa mélancolie lancinante, son phrasé intime, ses peurs d’enfant. À l’exigence, l’original, le fracassant, il a préféré le marketing, le commun, le bêtifiant. Aujourd’hui, l’écrivain de droite n’existe plus, c’est une chimère, il forme un même ensemble mou, flou avec son homologue de gauche. Ils partagent les mêmes théories bidons, l’expansion économique et la croissance, comme seuls phares de l’Humanité, l’universel au détriment de l’individuel. En réalité, ils prônent l’appauvrissement généralisé et le déshonneur qu’ils appellent entre eux le progrès et la modernité. Gare à ceux qui osent mettre en doute leurs belles âmes réunies, sous des allures de démocrates débonnaires, ils peuvent se montrer féroces. De vrais tyrans qui auront les moyens de vous faire taire.

    Thomas Morales

    La suite sur Causeur

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Pourquoi-les-ecrivains-de-droite