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culture et histoire - Page 1833

  • Mai-68, bulldozer de la mondialisation (archive oct 2009)

    Le Club de l’Horloge tiendra sa XXVe université annuelle samedi 17 et dimanche 18 octobre 2009. Le thème en sera : « Crise économique : la responsabilité de la super-classe mondiale ». Jean-Yves Le Gallou y traitera du thème : « Les convergences paradoxales de l’extrême gauche et de la super-classe mondiale ». Voici, en avant première, quelques extraits de son intervention sur « Mai-68 bulldozer de la marchandisation ».
    Conduit par l’extrême gauche sociétale et libertaire, le mouvement de Mai-68 a été puissamment utile au mondialisme libre-échangiste. Il a largement contribué à l’établissement d’une société marchande en lieu et place des sociétés traditionnelles.

    La courte échelle entre grands patrons et extrême gauche
    Apparemment opposés, grands patrons et extrême gauche se sont fait la courte échelle au cours des quarante dernières années.
    C’est dans le domaine de la transmission des valeurs à travers l’école ou la famille que l’héritage – curieux mot pour une entreprise de destruction – de Mai-68 reste le plus fort. Il suffit de relire les slogans des affiches ou des graffitis pour constater qu’ils sont devenus programmes : « Il est interdit d’interdire », « Le respect se perd, n’allez pas le chercher ! », « Professeur, vous êtes aussi vieux que votre culture », « Oubliez tout ce que vous avez appris ». Fondamentalement, Mai-68 est une révolution de rupture avec les permanences et les racines : permanences culturelles, racines identitaires.

    Ouvrir de nouveaux champs à la production et à la consommation marchande
    La « libération sexuelle », le féminisme militant et la valorisation des sexualités déviantes ont aussi été bien utiles au capitalisme marchand. Car en affaiblissant la famille ces idéologies ont ouvert de nouveaux champs à la production et à la consommation marchande :
    - une main-d’œuvre féminine salariée nouvelle, plus nombreuse et plus disponible, y compris le soir et le dimanche ;
    - des activités nouvelles à mettre sur le marché, comme les soins aux jeunes enfants ou aux personnes âgées, devenues des « services à la personne », commercialisables, rentables et intégrables dans le produit intérieur brut.

    Nier les frontières et les particularités : un préalable au grand marché mondial
    Conduit par l’extrême gauche internationaliste, notamment la Ligue communiste révolutionnaire, LCR, d’Alain Krivine, le mouvement de Mai-68 nie les frontières et les particularités. Affirmer « Nous sommes tous des juifs allemands », c’est renoncer à être français et catholique, alsacien ou breton, humaniste gréco-latin ou fidèle à l’héritage celtique. En ce sens c’est une mutilation, c’est une négation de soi.
    Dans cette même ligne d’attaque, on trouve aussi la dévalorisation de la nation, dévalorisation qui est l’antichambre de toutes les repentances ; quant au discours immigrationniste qui s’imposera dans les décennies qui suivront, il se rode dans les slogans et les affiches de Mai-68 : « Travailleurs français/immigrés : Unis », « Français/immigrés : même combat », « Frontière = répression », pour le plus grand profit des marchands de sommeil et des nouveaux négriers ! Les industriels, d’abord, y trouveront une main-d’œuvre bon marché leur permettant de pratiquer une « délocalisation à domicile » ; les classes aisées y trouveront, quant à elle, des domestiques à bas coût.
    Un soixante-huitard lucide avait d’ailleurs écrit sur les murs de la rue de Vaugirard la phrase de Napoléon (ou prêtée à Napoléon !) : « Dans la révolution, il y a deux sortes de gens : ceux qui la font et ceux qui en profitent ». Pour 68, merci pour eux, ceux qui l’ont faite en ont bien profité : n’est-ce pas, Serge July, Roland Castro, Bernard Kouchner, Blandine Barret-Kriegel, Alain Finkielkraut, Edwy Plenel, Denis Kessler ? Pardon pour ceux que j’oublie !

    Cohn-Bendit a bien mérité du grand capitalisme mondial
    Mais certains de ceux qui n’ont pas fait la « révolution de 68 » en ont aussi bien profité : les partisans de la mondialisation à marche forcée, les adeptes du libre-échange généralisé et les bénéficiaires du conditionnement des esprits par le pilonnage publicitaire ont pu opérer avec une plus grande efficacité encore en agissant sur des cerveaux préalablement lavés et vidés de toute référence culturelle. Les grandes multinationales avaient besoin de voir disparaître les frontières et les grandes surfaces commerciales souhaitaient l’effacement des références culturelles : Mai-68 les y a bien aidées !
    De ce point de vue-là, Daniel Cohn-Bendit, le héros épigone de Mai-68, a bien mérité du grand capitalisme mondial. Il en est d’ailleurs conscient et joue désormais ouvertement dans les enceintes européennes le jeu du grand marché mondial.
    Jean-Yves Le Gallou, 11/10/2009 http://www.polemia.com

  • Hitlérisme, stalinisme, reaganisme

    ♦ John GALTUNG, Hitlerismus, Stalinismus, Reaganismus. Drei Variationen zu einem Thema von Orwell, mit einem Vorwort von Dieter S. Lutz, Nomos Verlagsgesellschaft, Baden-Baden, 1987, 169 p.
    10969810.jpgOuvrage pour le moins étonnant, ce livre de John Galtung, inspiré des visions de George Orwell, se veut une critique tous azimuts des grandes options politiques de notre siècle. Ces grandes idéologies ont toutes cherché à domestiquer le psychisme humain, à créer les conditions de leur propre non-dépassement, à effacer les souvenirs légués par l'histoire, à forger des loisirs sur mesure, à se décréter infaillibles, à manipuler mots et concepts pour les détourner de leur sens premier. 
    Pour retrouver les racines de ce phénomène totalitaire, propre à notre époque, Galtung procède à une « analyse cosmologique » comparative et résume ses thèses dans 2 tableaux. Le premier de ces tableaux juxtapose les caractéristiques de l'homo occidentalis (HO), de l'homo teutonicus (HT) et de l'homo hitlerensis (HH), où l'homo teutonicus, imprégné de cette autorité théologienne de facture luthérienne, est l'homo occidentalis in extremis et l'homo hitlerensis, l'homo teutonicus in extremis. Si l'HO place l'homme au-dessus de la nature, l'HT voue un culte romantique à la nature et l'HH conçoit une unité mystique entre l'homme et la nature. Après la disparition de l'HH, le monde a été dominé par l'homo sovieticus (HS), dont la forme extrême est l'homo stalinensis (HSt) et par l'homo americanus (HA), dont la forme extrême est l'homo reaganensis (HR). 
    Cette classification peut apparaître spécieuse, empreinte de naïveté américaine ; mais la conclusion de Galtung, c'est d'affirmer que toutes ces façons de mal être homme en ce siècle sont des variantes perverses de l'homo occidentalis expansator (HOEx), qui doit son existence au christianisme, lui-même dérivé de la Bible, réceptacle d'autoritarisme, de mentalité inquisitoriale, d'intolérance, d'esprit de vengeance. Certes, ce sont là les caractéristiques de la version dure du christianisme, non de la version douce, incarnée par ex. par un François d'Assise. Mais dans la sphère politique, ce sont les laïcisations de la version dure qui se sont seules affirmées, si bien que celui qui prend ce christianisme-là pour modèle de comportement, finit par se prendre pour un dieu unique et omnipotent et par devenir une menace pour autrui. Celui qui s'imagine être un instrument du Dieu judéo-chrétien et fait appel à des récits bibliques fortement intériorisés par la population, finit par devenir aussi une menace pour autrui (cf. Reagan). Le résultat politique contemporain du christianisme dur, c'est un monde de type orwellien, comme dans 1984 ou dans Animal Farm, avec des oripeaux idéologiques variables mais un égal résultat stérilisateur.

  • Une géographie pittoresque par Georges FELTIN-TRACOL

    Les bizarreries géographiques seraient-elles devenues le nouveau fond de commerce de l’édition ? Après le Dictionnaire des États éphémères ou disparus de 1900 à nos jours de Jean-Claude Rollinat et Mais qu’est donc devenu le Tanganyika ? de Harry Campbell, voici Le Seuil qui publie Le mont Blanc n’est pas en France ! d’Olivier Marchon.

    Sous ce titre intriguant, l’auteur traite de trente cas étranges dont la valeur peut être géopolitique et qui résultent souvent des effets de l’histoire sur les territoires. L’intitulé général est déjà en lui-même une surprise. Le point culminant de l’Europe fait l’objet d’un conflit de souveraineté entre la France et l’Italie toujours en cours. Si une carte française localise le mont Blanc en France, une carte italienne indique, elle, qu’il est partagé entre les deux États. Juristes, géographes, historiens et diplomates des deux pays ne sont toujours pas parvenus à trouver un accord satisfaisant pour tous.

    Un exemple contraire existe entre la France et la Confédération helvétique dans la vallée des Dappes en Franche-Comté. S’y trouve « la principauté d’Arbézie […] 1000 m2 de terre jurassienne sur laquelle sont installés un hôtel – restaurant et ses bâtiments attenants, véritable pied de nez à la motion de frontières et aux “ administrations traumatisées ” (p. 162) ». Cette « principauté » correspond à une maison construite en 1863 à cheval sur la frontière franco-suisse ! L’endroit possède un nom français et un nom helvétique avec, par conséquent, deux adresses, l’une en France et l’autre en Suisse. « Évidemment, sur place, c’est cocasse : dans certaines chambres, la frontière passe au milieu du lit, dans le hall, seules les quatre premières marches de l’escalier qui mènent à l’étage sont en France, dans la salle du restaurant, on trouve une table offrant aux convives la possibilité de dîner chacun dans un pays différent… et bien sûr, le zinc binational permet aux piliers de bar des deux pays d’échanger sur la vie politique de Franche-Comté ou du canton de Vaud (p. 161) ». Sous l’Occupation, le propriétaire, Max Arbez, profite de la situation et, membre de la Résistance, transforme son établissement en lieu de passage clandestin.

    Cette particularité hôtelière n’est pas unique. Olivier Marchon rappelle que le 17 juillet 1945, la Suite 212 de l’hôtel Claridge’s de Londres devint une journée territoire yougoslave afin que le prince héritier Alexandre puisse un jour prétendre au trône. L’auteur évoque aussi des particularités territoriales plus connues comme Moresnet-Neutre entre l’Allemagne, la Belgique et les Pays Bas, la République soviétique juive de Birobidjan en Extrême-Orient, la tentative de Nueva Germania au Paraguay (une colonie allemande, aryenne et végétarienne fondée en 1887 par Bernhard Förster et son épouse Elisabeth Nietzsche, sœur du Grand Éveilleur) ou bien la fameuse principauté maritime et métallique de Sealand, 550 m2 occupés par Roy Bates.

    Olivier Marchon signale aussi quelques héritages historiques incongrus. On sait peut-être que le président de la République française est chanoine honoraire de Saint-Jean-de-Latran à Rome, de l’église parisienne de Saint-Germain-des-Prés et proto-chanoine de la cathédrale d’Embrun. On ignore en revanche que « la République française possède des Lieux saints en Terre sainte. Et il convient de préciser que ces quatre domaines ne constituent pas des “ territoires ” français au sens strict, elles ne sont que des propriétés de l’État français; ce qui veut dire que c’est bien la loi israélienne qui s’y applique, et que la France y est considérée par les autorités locales comme n’importe quel propriétaire privé. […] On apprend que le consul de France prend chaque année part à une trentaine de “ messes consulaires ” pour la République française, organisées dans ces mêmes établissements. Au cours de ces cérémonies, les ecclésiastiques présentent Évangiles et eau bénite au consul de France, avant de l’encenser. Et c’est par la très officielle Prière pour la République en latin que s’achèvent systématiquement les célébrations : “ Domine, salvam fac rem publicam, Seigneur, sauve la République ! (p. 59) » Qu’en pensent donc Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan et Manuel « Gaz » ?

    Dans ce petit ouvrage sont aussi étudiés l’île de Sercq, proie de l’hyper-classe mondialiste, ce « Tibet chrétien » interdit aux femmes qu’est la République monastique autonome du Mont Athos ou le Triangle égypto-soudanais de Bir Tawil qui serait la seule terra nullius (territoire non revendiquée) au monde ! L’auteur ne pouvait pas ne pas mentionner la situation originale de l’île de la Conférence. Située au milieu de la Bidassoa, l’île est depuis 1659 un condominium franco-espagnol interdit au public. Administrée par Madrid du 1er février au 31 juillet, elle passe ensuite sous l’autorité de Paris du 1er août au 31 janvier. C’est au commandant de la base navale de l’Adour qui revient d’y représenter la France en tant que « vice-roi de l’île de la Conférence (p. 132) » comme le fut l’écrivain Pierre Loti.

    L’ouvrage traite aussi des enclaves. Celle de Llivia est assez connue. C’est 12,84 km2 d’Espagne et 1388 habitants situés à quelques kilomètres de la frontière. Cette situation est finalement simple. Aujourd’hui divisée entre Grecs et Turcs, l’île de Chypre doit aussi composer avec deux bases militaires : Dhekelia et Akrotiri. Mais « il existe, au milieu des terres gérées par les S.B.A. [Sovereign Base Aeras], quatre morceaux de terre chypriotes : deux villages, ainsi que la centrale de Dhekelia et son lotissement dédié (pp. 37 – 38) ». « Le fonctionnement de ces Sovereign Base Aeras est des plus étranges. Leur administration est militaire, mais leur police et leur justice sont civiles et appliquent une loi calquée sur la loi chypriote en lieu et place de la loi britannique. Elles ne font pas partie de l’Union européenne, alors que la République de Chypre et le Royaume-uni en sont tous les deux membres. Et l’euro, monnaie en cours à Chypre mais pas au Royaume-Uni, est la devise qu’on y utilise (p. 38). »

    La situation demeure toutefois relativement facile à comprendre et à cartographier à grande échelle. Dans les Émirats arabes unis existe l’enclave de Madha qui appartient au sultanat d’Oman. C’est 75 km2 et environ 2000 habitants. Or Madha possède en son sein une contre-enclave émiratie : Nahwa (7 km2 et 40 habitants) qui bénéficie, elle, des retombées de la manne pétrolière… En Europe aussi, on découvre un enchevêtrement d’enclaves et de contre-enclaves, en particulier entre les Pays-Bas et la Belgique. Ainsi, « Baarle est un village néerlando-belge. Baarle-Hertog, partie belge de Baarle, est composée de quatre morceaux en Belgique, le long de la frontière entre les deux pays, et de vingt-deux enclaves en territoire néerlandais, au milieu du morceau principal de Baarle-Nassau, qui est la partie néerlandaise de Baarle, elle-même composée d’un morceau principal, de sept contre-enclaves dans deux des vingt-deux enclaves de Baarle-Hertog et d’une enclave dans un des morceaux de Baarle-Hertog en Belgique… (p. 18) ». Cette complexité administrative territoriale remonte au Moyen Âge et a toujours été approuvée par les habitants !

    Le contexte belgo-néerlandaise n’est pas compliqué en comparaison avec le Cooch Behar sur la frontière entre l’Inde et le Bangladesh. Existe là « une terre indienne, située au milieu d’un territoire bangladeshi, lui-même au milieu d’un territoire indien, se trouvant lui aussi en terre bangladeshie (p. 23) ». Bonjour les formalités douanières d’autant que le passage des frontières est souvent meurtrier du fait des tensions entre Delhi et Dacca. Toujours en Asie a existé jusqu’en 1997 l’endroit le plus densément peuplé au monde : Kowloon Walled City à Hong Kong alors britannique avec 1,4 million d’habitants au km2 puisque 35 000 personnes occupaient 2,5 ha ! La Kowloon Walled City fut longtemps un espace soumis aux Triades chinoises qui y développèrent toutes leurs activités illégales. Olivier Marchon aurait pu aussi parler de ces enclaves étatsuniens en France depuis 1945, les cimetières militaires et certains lieux du débarquement allié en Normandie.

    La Normandie précisément. Pourquoi trouve-t-on une immense statue du roi des Belges Albert Ier à Sainte-Adresse ? Tout simplement parce que la ville balnéaire fut pendant la Grande Guerre la capitale de la Belgique libre. Ce fut dans cette ville qu’on avait installé les ministères belges, d’où le maintien d’une boîte aux lettres rouges typiquement belge. Encore un autre motif pour que les Normands s’intéressent à la Belgique !

    Georges Feltin-Tracol http://www.europemaxima.com/

    • Olivier Marchon, Le mont Blanc n’est pas en France ! Et autres bizarreries géographiques, Le Seuil, Paris, 2013, 188 p., 14,50 €.

  • Lordon progressiste, Michéa conservateur

    Euh... J'ai pô tout compris !

    Frédéric Lordon, très pertinent quand il se limite aux sujets économiques, vient de pondre deux petites analyses critiques de la pensée de Jean-Claude Michéa, qui ne décevront que les naïfs et confirment juste qu'en réalité, l'auteur du Complexe d'Orphée a décidément raison de distinguer la vraie gauche, à laquelle il appartient sans aucun doute, de la fausse, dernièrement épinglée, qui inclut manifestement Lordon et ses pareils, ces derniers étant pourtant en général bien plus médiocres que celui-ci.
    C'est à lire et ici.
    Au plan social, Lordon se déclare clairement progressiste, là où Michéa est conservateur, ce qui déplaît grandement à nos bonnes consciences degôche, électoralement dépendantes de leur clivage artificiel d'avec une droâte tout aussi fausse que leur gôche, et inconsciemment bourgeoises (à l'appellation bobo, bourgeois bohème, je préfère bourgeois tout court, beaucoup plus signifiant en profondeur).
    Mais si, dans l'analyse du progressisme, Michéa est intelligent, Lordon, ultra-conformiste (Bourdieu à la rescousse), n'est qu'un intellectuel, aux arguments aussi faux que tarabiscotés.
    Au point qu'en lisant un autre article récent de sa part (passons sur quelques critiques relativement fondées du FN qu'on y trouvera aussi, ce n'est pas le sujet ici), je me dis que décidément, les gauchistes, même sympathiques, culturés, la langue et le clavier bien pendus, restent d'indécrottables agents du « Système ».
    Classiquement, comme Mélenchon l'apparatchik rabatteur du PS, ces extrémistes républicains affirment, contre toute réalité historique et juridique (cf. les textes constitutionnels), que la Révolution aurait érigé en principe l'immigrationnisme et l'indistinction ethnique. Ils seraient bien sûr dans l'impossibilité de le prouver, on est donc prié de les croire sur parole.
    Il est piquant de voir le principal penseur antilibéral français attaqué par l'une des icônes de la gogôche anticapitaliste à la Mélenchon, dont le plus pressé est la régularisation des immigrés clandestins, comme si l'indéniable déflation salariale par l'immigration était principalement le fait de ceux-ci...
    Au passage, le sieur Lordon se garde bien, du haut de sa science tout universitaire, d'aller demander aux ouvriers autochtones ce qu'ils en pensent, comme de remarquer que bien des libéraux partagent sa sympathie, voire son idée. Au contraire, souligner l'adhésion du MEDEF à l'idéologie du vivre-ensemble lui sert, via une contorsion mentale grotesque, à accuser le patronat de servir au FN la soupe de la xénophobie économique !
    Mais là où il culmine dans la mauvaise foi et le conformisme les plus répugnants, c'est lorsqu'il s'élève contre le « fixisme » social de l'ordre ancien, sans jamais observer que la sécurité et la protection de l'emploi étaient souvent bien plus forts sous l'Ancien Régime, société organique avec son système des corporations, que dans la mondialisation néo-libérale, que pourtant il condamne, société éclatée et atomisée où les syndicats ne sont que des garanties d'exploitation politiquement correcte.
    Lordon, en définitive, se montre incapable de dépasser ses parti-pris idéologiques.
    Quand il finasse interminablement pour essayer de démontrer que Michéa ne saurait pas ce qu'est la common decency, la décence commune chère à Orwell, laquelle ne serait qu'un concept creux, il ne fait que tomber dans le relativisme le plus minable et le plus artificiel, en niant à grand renfort de poncifs bien-pensants ce qui est une évidence culturelle et anthropologique pour le commun des mortels enraciné dans la morale européenne plurimillénaire.
    Quand il fait l'éloge du « bougisme », voire du nomadisme modernes, on croirait lire de l'Attali...
    J'ai la flemme de dresser la liste de toutes les pâles critiques lordonesques, comme par exemple celle consistant à reprocher à Michéa de ne pas accorder aux prétendues solutions prônées par Marx et Engels la même valeur qu'à leurs analyses économiques et sociales, ou encore celle par laquelle il prétend imputer au populo les mêmes perversions et responsabilités qu'aux élites, sans réaliser qu'il rejoint par là, dans une conception universaliste et très pessimiste de la nature humaine, les penseurs libéraux du moindre mal...
    Non, décidément, ce Lordon-là, faible penseur caché derrière une rhétorique alambiquée qui ne peut faire illusion que sur les gogos, est un piètre Lordon, un Lordon de commande, un Lordon aux ordres de sa chapelle plus ou moins mélenchoniste, une fade décalcomanie du Lordon brillant et décapant en guerre contre la Bourse et le capitalisme débridé.
    Lordon, merde quoi ! Tu vaux mieux que ça. Tes attaques contre Michéa ne prouvent qu'une chose : il a raison, et ça vous dérange, vous les bourgeois degôche.

    Boreas

    Source et compléments: Vers la révolution

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • Sept pas vers la soumission

    Polémia reprend du site Metapo infos un texte « grinçant de François-Bernard Huyghe » et « consacré à l’abandon de toute idée d’indépendance nationale ou européenne ».
    Polémia
    Depuis le mois de juin, nous avons appris :
    1/ que le G8 était écouté et qu’un délégué ne pouvait aller au cybercafé du coin sans que les services de sa Majesté n’interceptent ses messages ;
    2/ qu’aux Etats-Unis, l’opérateur téléphonique Verizon (comme sans doute d’autres) livrait à la National Security Agency des millions de métadonnées, non pas le contenu de conversations téléphoniques, mais des indications sur qui s’est connecté avec qui, d’où à où et quand, indications qui révèlent largement ce que fait quelqu’un et de quel réseau il fait partie, qu’il s’agisse d’un réseau terroriste, politique ou d’affaires… ceci sans compter les écoutes « classiques » et légales ;
    3/ que les grands du Net, Google, Skype, Apple, Facebook, et autres donnaient un accès qui semble incontrôlé aux mêmes services : contenu des échanges, métadonnées, données personnelles confiées aux opérateurs ou plates-formes. Cette opération dite Prism devrait fournir à la fois a) des informations très fines sur des individus (même des sociétés commerciales en croisant quelques données personnelles et des données sur vos connexions en ligne savent très vite votre âge, votre sexe,  votre niveau de revenu, vos goûts dans différents domaines, vos relations…) b) des informations non moins précieuses sur des mouvements collectifs d’opinion, voire des « conspirations » ;
    4/ que tout ceci est légal puisque des cours secrètes suivant des procédures secrètes l’autorisent ; et que de toutes les manières, il ne s’agit de surveiller que des étrangers et des gens qui ne résident pas aux USA, donc que cela ne viole en rien la constitution. Mais au fait, comment savez-vous qu’ils sont étrangers ? Réponse : nos ordinateurs repèrent que leurs messages contiennent des termes qui indiquent avec 51 %  de probabilité qu’ils sont étrangers. Question : comment obtenez-vous ces mots-clefs sans intercepter préalablement leur correspondance et qu’en est-il des 49% d’erreur probable ? pas de réponse ;
    5/ Que la NSA britannique, le GCHQ, étudie encore davantage de communications, suivant la même méthode de « pêche au chalut » (intercepter des millions de messages, les conserver et faire effectuer des recherches sémantiques par des ordinateurs surpuissants pour y découvrir des éléments suspects) mais ils le font sur des câbles sous-marins ;
    6/ Que, comme tout ce qui précède ne suffit pas, les services américains font également de l’espionnage ciblé sur des ambassades, ou des institutions comme l’Union Européenne, chez eux et à l’étranger, avec micros, pénétration dans les ordinateurs, etc ;
    7/ Que quelqu’un qui révèle tout ce qui précède est un dangereux espion mettant en péril le monde libre et qu’il est donc parfaitement normal de détourner l’avion d’un chef d’État susceptible d’abriter ce personnage en quête d’asile et de fouiller de fait l’aéronef suspect. Ceci avec l’aide d’alliés complaisants et sur la foi d’indications dont personne n’a révélé la source. Et pendant que nous négocions un accord commercial dont est sensé dépendre le sort de la planète : une véritable ouverture dans notre monde encore trop cloisonné… car qui pourrait imaginer que l’administration Obama fasse de l’espionnage économique ou diplomatique ?
    Imaginons un quart de seconde que tout ceci ait été le fait de Vladimir Poutine et de quelques gouvernements fantoches à sa solde. Avec quel mâle courage nous aurions dénoncé l’autocrate ! Quel intéressant débat nous aurions pu ouvrir, intellectuels, mes frères, sur la comparaison avec l’époque soviétique, les causes structurelles et les causes contingentes du Panoptique.
    Certes nous avons roulé des yeux. Nos gouvernants ont déclaré « intolérable » (vous avez bien lu, intolérable, autrement plus viril que Madame Merkel) ce que nous avons toléré trois jours après.
    Puis vinrent les reculades. Sanctionner les USA, retarder les négociations ? Peut-être amis à conditions que nos vingt-sept amis européens dont plus de la moitié sont des atlantistes convaincus nous suivent sur cette voie. Une commission Théodule étudiera la question et Obama a promis qu’il rassurerait le président « Houlan ».
    Ce n’est pas sous Sarkozy l’Américain que l’on aurait vu cela (pour la petite histoire : L’Express avait révélé à la fin de l’année dernière que les services américains avaient pénétré l’intranet de l’Elysée sous ledit Sarkozy sans que cela fasse réagir toute mesure la nouvelle présidence).
    Rassérénée, la patrie des droits de l’homme à refusé le survol de son espace aérien à un avion présidentiel où aurait pu se dissimuler Snowden, l’obligeant de fait à atterrir en Autriche. Explication donnée : il y a eu des « informations contradictoires » (lesquelles ? fournies par qui ? par quels alliés en qui nous avons toute confiance ?), et par simple erreur, quelqu’un à Matignon (le planton de service ?) a pris une décision que le président de la République a corrigée aussitôt qu’il a appris que le président Morales était – devinez où – à bord de son avion présidentiel, entre temps déjà détourné.
    Sur ce, un journal d’une rigueur morale irréprochable révèle que la DGSE fait à peu près la même chose avec ses stations d’interception électronique. Nous aurions même des ordinateurs de pointe pour mouliner des millions de mots clefs. Nous serions alors en mauvaise posture pour critiquer les États-Unis. Plus fort que tout, alors que le budget de la NSA se situe peut-être jusqu’à 10 milliards de dollars, la DGSE à réussi à se doter de ce matériel époustouflant sans éveiller l’attention sans doute par quelque habile manipulation comptable.
    Du coup, on se souvient que, dans les années 90, il y a eu l’affaire Échelon. (occasion pour des millions de gens de découvrir l’existence de la NSA et du gigantesque système des « Grandes oreilles d’oncle Sam ») et que l’affaire Échelon avait amené en réaction la révélation de l’affaire dite Frenchelon (des stations d’interception françaises). Donc pourquoi se frapper pour cette vieille affaire, pour ne pas dire ce secret de Polichinelle ?
    Et au final, le ministre de l’Intérieur peut déclarer dans une interview à l’Usine Digitale : « Il faut cependant être lucides : pour protéger leurs populations, tous les États ont besoin d’accéder à certaines communications électroniques, aussi bien en matière de renseignement que de poursuites judiciaires… Mais l’exploitation des métadonnées ou des contenus n’est légitime que si elle se rapporte à des finalités de sécurité bien circonscrites : lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée ou encore protection des intérêts fondamentaux des États. » Il suffirait donc de les cibler sur des individus qui présentent une menace réelle, et ce avec une finesse toute française.
    Nous voici donc lucides et contents. Certains refusent de parler de coup d’État en Égypte, d’autres d’espionnage entre amis.
    De quoi faut-il le plus s’émouvoir dans cette affaire ? De savoir que des amis vous espionnent et que les arcanes de la Realpolitik prospèrent toujours ? ou de ce que cela ne change rien de le savoir ?
    François-Bernard Huyghe, Huyghe.fr 9/07/2013)
    http://www.polemia.com

  • L’âge des limites. À la recherche d’une vie meilleure par Pierre LE VIGAN

     L’alternative de notre temps commence à devenir de plus en plus claire : soit la course à l’infini dépourvu de tout sens, le « progrès » pour le progrès, la mégamachine auto-alimentée, soit la recherche de la vie meilleure, dans le cadre des évidentes limites qui sont celles de la terre, du pouvoir humain, de la finitude de la vie de l’homme, et du fait que l’homme ne résume pas le tout du monde.

    D’un côté, nous avons donc la poursuite logique de l’idéologie du progrès, qui est à la racine des grands totalitarismes, nazi ou communistes, et maintenant de la démonie de l’économie et de l’Empire du moindre mal qu’est le libéralisme. D’un autre côté nous avons une autre ambition, celle du qualitatif, celle de la mesure. À partir du moment où on tire la conclusion de la présence de limites en tous domaines, on ne peut que refuser l’idée d’une croissance indéfinie, fut-elle appelée « développement » indéfini. C’est de cette religion du progrès et de la croissance que Serge Latouche nous propose de nous débarrasser.

    « Selon les Grecs, ceux que les dieux voulaient perdre, ils les faisaient s’abîmer et entrer dans la démesure, dans l’hubris » écrit Alain Caillé. Nous y sommes.  Comment rompre avec cette passion de l’illimité ? Serge Latouche fait le point sur les limites, sur ce qui borne nos vies. Limites géographiques : notre monde est fini. Limites politiques : la mondialisation s’accompagne de la multiplication des États et des conflits frontaliers. Le mythe mondialiste de l’abolition des frontières n’est pas tenable. D’autant que la suppression de certaines frontières est une forme de la guerre économique. La frontière est donc nécessaire, celle qui filtre sans couper, et si possible dans le cadre de grands espaces ou biorégions (Raimon Panikkar). Limites culturelles : « Le démantèlement de toutes les “ préférences nationales ”, c’est tout simplement la destruction des identités culturelles », note Serge Latouche. Il n’y a pas de culture de toutes les cultures, pas plus qu’il n’y a de religion de toutes les religions. En imposant son universalisme au monde, l’Occident est devenu ethnocidaire et auto-ethnocidaire. Limites écologiques : sur 51 milliards d’hectares (= 510 millions de km2) de surface de la terre, 12 milliards d’ha. sont utilisables, en comptant large, soit toutes les terres émergées sauf celles aux conditions de vie trop hostiles pour l’homme. Compte tenu de la population mondiale actuelle, chaque personne dispose de 1,8 ha. Or les hommes consomment déjà 2,6 ha chacun en moyenne. C’est ce que l’on veut faire comprendre en disant qu’il nous faudrait déjà presque deux planètes. Il nous en faudrait bien sûr beaucoup plus si la population continue de croître et si nous nous continuons à nous « développer » à la mode des pays du Nord. Conclusion : ce n’est pas possible. Limites économiques : « Le Capital ressent toute limite comme une entrave », notait Marx (pour qui le Capital est un rapport social). Si les besoins ont des limites, les désirs par définition n’en ont pas, ou plus exactement sont manipulables à l’infini, à coup de publicité, le deuxième budget mondial après l’armement. « La félicité de cette vie ne consiste pas dans le repos d’un esprit satisfait. […] La félicité est une continuelle marche en avant du désir d’un objet à un autre », avait remarqué Hobbes pour s’en réjouir (dans Le Léviathan). C’est en entretenant cette insatisfaction plutôt que de la réguler que l’économie est devenue la nouvelle religion de notre temps. Elle repose sur la pleonexia (l’avidité) et le désir de se singulariser en ayant plus que les autres. C’est l’imposture économique dénoncée par Michel Musolino. Pleonexia ou sens de la vie : il faut choisir. Limites de la connaissance : les communistes, russes ou autres, avaient défendu l’idée qu’il ne peut y avoir de limites aux progrès scientifiques de l’homme. La réalité a dépassé leurs propos. L’utérus artificiel « libérera » la femme de la maternité et la rendra enfin « égale » à l’homme. Mais les créations ex nihilo se heurtent toujours à des limites, qu’il s’agisse de la manipulation du vivant, de la création de nouvelles énergies, de biotechnologies, de projets de modifications du climat, etc. Sans compter l’hétérotélie. L’ultime transgression envisagée est de reconstruire l’homme lui-même afin de le reprogrammer comme un être hors-limite, et hors-sol (l’immigration de masse va dans ce sens). Objectif : en arriver à la biomachine, l’homme-machine de La Mettrie. Cet homme nouveau, en fait moins humain mais plus mécanique, serait plus compatible avec la mégamachine, c’est-à-dire le dispositif de sujétion de l’homme à la technique et au profit. Il s’agit, là encore, de désenclore l’homme de ses limites culturelles, religieuses, anthropologiques. Il y a enfin des limites morales : « Au bout du compte, le problème des limites est peut-être fondamentalement un problème éthique », écrit Serge Latouche. L’« amoralisme corrupteur » est indissociable du principe même de l’individualisme libéral et destructeur du lien social. Il favorise l’expansion de la « banalité du mal ».

    Comme il est vrai qu’il n’y a jamais de limites naturelles au projet d’« émancipation de tous les préjugés » affirmé par les Lumières,  il n’y a pas non plus de limites aux passions tristes identifiées par Spinoza (avidité, envie, égocentrisme). Notre monde artificialisé veut évacuer le propre de la condition humaine : le malheur, le tragique, la mort. Face à ce déni, les limites morales sont nécessaires. Elles le sont d’autant plus que les « élites » sont devenues la caste des parvenus, c’est-à-dire des suradaptés à une société malade. Krishnamurti affirme : « Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être adapté à une société malade. » Il faut donc s’appuyer, conclut Serge Latouche, sur les limites mêmes de la morale pour « limiter l’illimitation ». Il faut mettre des bornes à la démesure, sortir de l’autisme de la raison raisonnante, aller vers l’autonomie (Cornélius Castoriadis), la proximité, le local, les frontières-écluses (et non les murs-frontières), l’objection de croissance et la sobriété sereine.

     

    Pierre Le Vigan http://www.europemaxima.com/

     

    • Serge Latouche, L’âge des limites, Mille et une nuits, 148 p., 4 €.

     

     

    • D’abord mis en ligne sur Métamag, le 26 mai 2013.

  • Statut de l’enseignement catho : trottinette plutôt que char Leclerc ?

    Alors qu’avec l’irruption massive  du dogme « gender » au sein de l’éducation nationale, jamais nécessité d’une école véritablement alternative n’a été plus prégnante, le nouveau statut de l’enseignement catholique en France, tel qu’il vient d’être voté par la conférence plénière des évêques, laisse pour le moins perplexe.

    Là où, pour résister, il faudrait  un char Leclerc n’envoie-t-on pas une trottinette ? Là où pour parler efficacement au corps enseignant et aux parents, il faudrait un document concis, net, concret et ferme, on trouve 51 pages et 382 articles (soit deux fois plus que dans l’ancien statut de 1992), maniant des concepts et un vocabulaire consensuel à résonance ambigüe, -qu’est-ce au juste que « la dignité de la personne humaine »  et « l’intérêt général » dont il est question dans ce document, en quoi sont-ils différents de la dignité de la personne humaine et de l’intérêt général tels qu’on les trouve dans la bouche de Vincent Peillon ?-,  et multipliant les vœux pieux (le chef d’établissement est « envoyé en mission ». Super. Mais pour faire quoi au juste ?), en évitant prudemment  toute illustration pratique plus précise.

    On se souvient du courroux de Vincent Peillon, au mois de janvier,  contre les établissements  catholiques qui avaient eu l’outrecuidance de vouloir  ouvrir un débat sur le mariage pour tous, (simplement ouvrir un débat !) ,  et de la lettre qui avait suivi, adressée à tous, je dis bien tous, les recteurs de France.  Dans ce courrier grave et solennel qui se présentait comme un appel à la « vigilance » contre « les phénomènes de rejet et les stigmatisations homophobes », Peillon rappelait que le gouvernement s’était engagé à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », et il recommandait aux recteurs, -outre de dénoncer les « initiatives contraire à ces principes »-, de « favoriser les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes (…)».  Il  invitait « également à relayer avec la plus grande énergie au début d’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur » ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles ». Et ceux qui ont eu l’idée de s’aventurer sur cette fameuse ligne azur n’ont pas été déçus du voyage.

    De quelles marges de manœuvre  disposeront les professeurs de l’enseignement catholique pour résister à l’ingérence de l’Etat, par quels moyens cet enseignement catholique pourra-t-il lutter pour préserver sa liberté pédagogique dans un domaine aussi gravement contraire à l’enseignement de l’Eglise,  de quelles protections pourront se prévaloir les professeurs lors d’inspections, comment  garantir des directeurs et des professeurs en cohérence avec le projet éducatif de l’enseignement catholique ? De cela il n’est nulle question, comme si somme toute tout cela pouvait se régler de façon annexe à la bonne franquette, comme l’organisation des services de la cantine.

    Pourquoi s’inquiéter, n’est-ce pas, puisque l’article 13 du nouveau statut stipule le « respect mutuel » entre l’école catholique et l’Etat ? C’est gentil ça, mais un tout petit peu dangereux. Comme une armistice qui ne serait signée que par un seul des belligérants, un cessez-le-feu unilatéral. Quid des modalités d’évangélisation d’une école peuplée de plus en plus minoritairement d’élèves catholiques ?  Qui des écoles catholiques hors contrat ? De toutes ces questions dérangeantes, il n’est nulle question.

    La vérité est que pour mettre sur pied un nouveau statut il aurait fallu avoir le courage de regarder la vérité en face : Qu’est-ce que l’enseignement catholique aujourd’hui ? D’un côté, « le sous-contrat », De belles bâtisses majestueuses  disséminées à travers tout le territoire, chaque ville de France pouvant se prévaloir de la sienne, abritant des écoles raisonnablement coûteuses, dans lesquelles on inscrit ses enfants, selon la localisation, soit pour le niveau élevé, soit pour les fréquentations, soit au contraire pour la possibilité qu’elle offre en payant d’accueillir un enfant difficile éjecté du «public »,  soit pour l’ascension sociale qu’elle symbolise au sein de la petite bourgeoisie locale. Rarement pour l’enseignement religieux, réduit le plus souvent,- à quelques exceptions près -, au plus petit dénominateur commun, à savoir l’apprentissage  d’une gentillesse polie et tolérante.

    Les familles réellement pratiquantes catéchisent en sus  ailleurs leurs enfants, mais s’escriment, diplomatiquement, à pas feutrés, et quand la direction leur en laisse le loisir, à introduire ici un peu « d’adoration », là une célébration ou une confession, saupoudrées sur le temps scolaire, dans l’espoir de semer un peu sur une terre en friche.  Des parents qui acceptent par-ailleurs avec plus ou moins de fatalisme (on ne peut rien y faire, tous ceux qui protestent se heurtent le plus souvent à un mur), des professeurs de SVT, histoire ou français  faisant parfois ouvertement montre dans leurs cours, de convictions en opposition radicale avec l’enseignement de l’Eglise.

    De l’autre le « hors-contrat », ayant préservé sa liberté de dispenser un enseignement d’essence véritablement catholique, mais au prix fort. Profondément dépourvu de moyens, disposant de locaux souvent  provisoires et toujours exigus, de personnel en sous-effectifs,  il exige  de grands sacrifices financiers doublés  d’investissements personnels  lourds (de l’organisation de la kermesse à la surveillance de la cantine), de la part de parents dotés fréquemment de familles nombreuses.

    LA vérité est que ce nouveau statut, hélas ne saurait venir à bout ni  l’indigence spirituelle des uns ni de l’indigence matérielle des autres.

    http://gabrielle-cluzel.fr/