Votre serviteur se réjouit d'avance, quelque puissent apparaître ses désirs de critique ou ses irritations, à l'idée de regarder pour une fois un programme de télévision[1]. La chaîne franco-allemande, en effet programme la deuxième série de six émissions consacrées à la Guerre de Trente Ans.
En leur temps, les horribles conséquences de ce conflit ont été dénoncées dans Les Grandes Misères de la Guerre, célèbres eaux-fortes du grand dessinateur et graveur lorrain Jacques Callot (1592-1635). La série d'Arte évoque également au travers des terribles destinées du soldat ou de l'orpheline, l'impact effroyable de ce qui fut infligé au peuple, au nom de la religion.
D'autres conflits à répétition, d'une durée étrangement analogue ont fait reculer la civilisation. Le premier, connu sous le nom que lui a donné Thucydide de guerre du Péloponnèse (431-404) avait ruiné le monde grec. Le long affrontement fratricide du XXe siècle (1914-1945) a durablement plongé dans la déréliction l'Europe entière.
Au XVIIe siècle c'est le Saint Empire qui fut ravagé de 1618 à 1648. Comme chacun le sait, ou plutôt devrait le savoir, la sortie de guerre fut organisée par la paix dite de Westphalie. Elle fut conclue par les deux traités de Münster, signés l'un en janvier entre l'Espagne et la Hollande, l'autre en octobre entre le Saint-Empire et la France, et, en septembre, par le traité d'Osnabrück entre l'Allemagne et la Suède.
Réformant la constitution allemande, organisée jusque-là par la Bulle d'Or de 1356, cette conclusion de la guerre se traduira aussi, pour plus de deux siècles, par un affaiblissement du pouvoir central ; celui-ci deviendra tributaire de plus de 300 principautés. Cette situation durera jusqu'au recez de 1803. Il en résulta malgré tout, sur le plan culturel, un grand essor : celui de la philosophie et de la musique par exemple. Seul Bismarck parvint vraiment en 1871 à rétablir un pouvoir plus fort, respectueux de royaumes tel que la Saxe, le Wurtemberg ou la Bavière, l'Empire fédéral comptant alors 25 États souverains et une terre d'Empire : l'Alsace-Lorraine appelée en 1911 à devenir autonome.
La parenthèse malheureuse de l'histoire allemande a trop souvent été considérée en France comme un bienfait. Toute une école historique admire en Richelieu, pourtant cardinal de l'Église romaine, l'habile allié des protestants. Il s'agissait pourtant au départ d'une guerre civile déclenchée contre le pouvoir impérial et contre la paix religieuse conclue à Augsbourg en 1555. Elle fut attisée par les calvinistes extrêmes de l'Union évangélique, fondée en 1608 par l'ambitieux mais velléitaire Frédéric V comte palatin du Rhin[2]. Roi d'un hiver en Bohème en 1618, après la fameuse défenestration des émissaires impériaux il permit notamment le vandalisme contre la cathédrale de Prague.
Au contraire, dans son livre sur le Père Joseph [du Temblays][3], instrument des intrigues ourdies à distance par le Principal Ministre de Louis XIII, lors de la Diète de Ratisbonne de 1635, Aldous Huxley souligne à la fois la perversité cynique et les intentions de cette politique, aux conséquences durablement catastrophiques pour l'Europe. Dans le même esprit la série de Arte montre un Richelieu à peu près aussi antipathique que le personnage mythique des Trois Mousquetaires, très laid.
J'avoue avoir trouvé fort stimulantes les trois premières saisons de cette série historique dont, évidemment, chaque détail peut faire débat. J'avoue juger particulièrement opportun de réfléchir et de contribuer, en cette occasion, à l'urgence d'en finir avec nos guerres de Trente ans et à l'émergence d'un véritable patriotisme européen.
JG Malliarakis
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[1] Sur Arte "La guerre de Trente Ans" 1618-1648 : l’Europe à feu et à sang. Deuxième partie diffusée ce 20 octobre. Accessible en replay cette série est présentée ainsi par la chaîne : "Entre 1618 et 1648, une grande partie de l'Europe est dévastée par une guerre opposant catholiques et protestants, mais qui implique également les grandes puissances du continent. C'est au gré de leur religion et/ou de leurs intérêts politiques que toutes cherchent à protéger leurs territoires. De la défenestration de Prague à la paix de Westphalie, retour sur le premier grand conflit des Temps modernes."
[2] Il n'est pas impossible que notre bon roi Henri IV, assassiné en 1610, ait eu la velléité de se rapprocher de ce parti dirigé contre les progrès de la Contre-Réforme et contre l'influence des Jésuites. De là à penser que Ravaillac, catholique fanatique, ait été inspiré par les papistes, avec le soutien du duc d'Epernon, il n'y a qu'un pas que les conspirationnistes franchiront sans difficulté. Quitte à remarquer que l'assassin ait rendu ainsi aux ambitions françaises un grand service, le Royaume des Lys n'entrant directement dans le conflit que 25 ans plus tard.
[3] cf. "L'Éminence grise" par Aldous Huxley réédité en Poche en 2001.
https://www.insolent.fr/2018/10/nos-guerres-de-trente-ans.html






Nous y prendrons quelque distance avec « l'actualité » immédiate, même si cette dernière est contrastée, foisonnante, souvent agressive et violente, dangereuse en bien des régions du globe ; et même en France où, sans menace extérieure comme par le passé - une exception dans notre histoire - se profile, pour demain ou après-demain, le choc intérieur des communautés qui y vivent, soit depuis fort longtemps, de sorte que le patrimoine qu'elles y ont constitué au fil de nombreux siècles leur appartient, soit que, venues d'autres continents, d'autres civilisations, elles s'y soient installées plus ou moins récemment et continuent d'y venir en masse, sans pouvoir ni vouloir pour un grand nombre, s'y assimiler. Cette situation française explosive, comme d’autres dans le monde, atteste que la théorie dite de la fin de l'Histoire, du moins telle qu'elle a été comprise et vulgarisée en « Occident », n'est pas pertinente. Elle est née de l'illusion de l'inéluctable généralisation à la planète entière du modèle marchand américain après l'effondrement du bloc soviétique. Un monde plat, métissé et post-national devait remplacer l'ancien ordre différencié des continents, des nations, des peuples et des cultures. On voit ce qu'il en est aujourd'hui, où l'Histoire ressurgit partout dans le monde avec son lot d'ambitions et de menaces croisées.
Cette considération simple est en définitive le fil conducteur de ces chroniques, qu'elles traitent de la France ou de l'Allemagne, toujours confrontées, de notre vieille ennemie héréditaire, l'Angleterre, de l'immense Chine ou de l'Inde immémoriale, de l'Espagne et de l'Italie voisines, nos turbulentes sœurs latines, de la Mitteleuropa (photo), si souvent martyre, de l'Amérique ou de l'Islam, de l'immigration et du terrorisme, ces fléaux qui sont ceux de notre temps, de Poutine, de Trump, de Merkel ou d'Emmanuel Macron ...
Jean-François Mattéi à qui, considérant son profond pessimisme, nous avions demandé s'il ne voyait aucun motif d'espérer en l'avenir, après un temps de réflexion nous avait répondu - en philosophe : « Heidegger pensait qu'à la fin tout recommence » (photo). Bainville, autre grand pessimiste, en la matière, pensait comme Heidegger.
On peut être gay, américain et porter une vision massivement illibérale du monde. La preuve par Jack Donovan, figure de l’alt-right américaine, provocateur ultraréactionnaire, homosexuel et néo-païen. Pour Jack, la voie des hommes, c’est « la voie de la chasse en horde ». Jack Donovan s’oppose aux chimères d’une évanescente « conscience globale » et pulvérise l’imposture de la bonté universelle. Dans Devenir un barbare, il s’attaque à « l’Empire du Rien » et enseigne avec pédagogie les fondamentaux de la pensée tribale. Voilà donc un livre qui tombe à point nommé, c’est-à-dire au moment précis où notre Europe est livrée sans combattre aux hordes ethniques, l’accueil de l’« autre » s’effectuant au nom d’un bien étrange universalisme compassionnel.