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Europe et Union européenne - Page 1037

  • L’Ukraine boycottée ou la vengeance de l’Occident

    L’Ukraine est menacée de boycott, non pas pour le sort infligé à Madame Timochenko mais pour l’orientation pro-russe du Président Ianoukovitch
    Le prolongement des accords russo-ukrainiens sur la présence de la flotte russe en Mer Noire a heurté les Etats-Unis

    Quelques semaines avant le début des matches pour la coupe européenne de football, l’Ukraine, pays hôte, est mis sous pression. Le président de la Commission de l’UE, Barroso, a renoncé à sa visite lors des matches, de même que plusieurs hommes politiques en vue d’Europe occidentale. Quant au ministre allemand des affaires étrangères, Westerwelle, il a adressé quelques remontrances au gouvernement de Kiev: “Le gouvernement ukrainien doit savoir que le chemin vers l’Europe passe par un pont qui repose sur deux piliers: la démocratie et l’Etat de droit”.

    Le motif officiel de ces tensions croissantes est la détention de Ioulia Timochenko. L’ancienne première ministre a été condamnée l’automne dernier à sept années de prison pour corruption, parce qu’elle avait conclu un accord gazier avec la Russie, que les juges ont considéré comme défavorable à l’Ukraine. Ces accords ont entraîné une perte de quelque 137 millions d’euros. L’Occident a sévèrement critiqué ce jugement: il critique le Président pro-russe Viktor Ianoukovitch d’avoir voulu se débarrasser d’une adversaire mal aimée. “En infligeant une sentence sévère à l’encontre de Madame Timochenko, le gouvernement Ianoukovitch a rejoint la liste, toujours plus longue, des gouvernements qui utilisent le droit pénal pour l’appliquer à d’anciens dirigeants. Des anciens premiers ministres, des présidents, des ministres et des chefs de l’opposition —tous adversaires politiques de ceux qui sont au pouvoir— sont désormais traduits en justice ou menacés de poursuites judiciaires”, écrit Arch Puddington, vice-président de “Freedom House”, une boîte américaine spécialisée en propagande. Toute une batterie de nouveaux reproches ont fait déborder le vase: la “princesse du gaz” Timochenko se verrait refuser des traitements médicaux en prison, elle y serait maltraitée, etc.

    Mais en fait cet assaut propagandiste et médiatique contre l’Ukraine, qui est un pays où la notion d’Etat de droit est différente de celle en vigueur en Occident, a d’autres motivations: il vise le Président Ianoukovitch. Il y a deux ans, quand celui-ci a battu le pro-occidental Viktor Iouchtchenko qui, aux côtés de Ioulia Timochenko, était la deuxième icône de la “révolution orange” soutenue par les Etats-Unis, la politique ukrainienne a changé de cap. Iouchtchenko avait voulu rejoindre l’OTAN: cette intention ukrainienne a été rayée de l’ordre du jour dès l’accession à la présidence de Ianoukovitch. Les relations avec la Russie se sont normalisées, alors qu’elles avaient été fort tendues jusqu’alors. Quand Ianoukovitch a prolongé le contrat de location des bases navales russes en Crimée, à Sébastopol, dont le terme était prévu pour 2017, il a en quelque sorte franchi une ligne rouge.

    Dès l’accession de Ianoukovitch à la présidence, le 7 février 2010, le tir de barrage a commencé. Le publiciste américain Walter Russell Mead, habituellement modéré dans ses propos, écrivait, dès le lendemain, que la victoire de Ianoukovitch “constituait un nouveau camouflet à l’idée que le monde tout entier deviendrait rapidement démocratique”. Plus incisif fut le politologue new-yorkais Alexander J. Motyl au cours de l’été 2010 dans les colonnes de la célèbre revue “Foreign Affairs”. D’après Motyl, Ianoukovitch choisirait ses ministres comme un “patron” et privilégierait des hommes et des femmes issus de la minorité russe de l’Est de l’Ukraine, ce qui mettrait le “consensus national en danger”.

    On ne s’étonnera guère que Motyl critique surtout le prolongement du bail de location des bases navales de la flotte russe de la Mer Noire. D’après lui, ce prolongement serait une décision irréfléchie, prise à la hâte, sans qu’il n’ait été tenu compte des “effets géopolitiques potentiels pour l’Ukraine”. En prolongeant ce bail, Ianoukovitch aurait “bradé” la sécurité de l’Ukraine en “livrant à la Russie, pour un certain temps, le contrôle informel de la Crimée, des voies maritimes incontournables et des ressources gazières qui la jouxtent”.

    Pour les Etats-Unis, le prolongement du bail constitue un revers considérable pour leurs ambitions géopolitiques en Europe orientale. Même si l’adhésion de l’Ukraine n’est plus aujourd’hui à l’ordre du jour, Washington a désormais les mains liées jusqu’en 2042. Avec une base russe sur son territoire national, l’Ukraine n’adhèrera pas au Pacte nord-atlantique; quant à un rejet unilatéral du bail de la part de l’Ukraine, la Russie ne l’acceptera pas. De cette façon, les Etats-Unis éprouveront les plus grandes difficultés à contrôler ce que les géopolitologues de tradition anglo-saxonne nomment le “Heartland”, soit l’espace-noyau eurasien. En 1919, en effet, le géographe britannique Sir Halford J. Mackinder écrivait, suite à la première guerre mondiale, la révolution russe et l’occupation par les troupes allemandes de l’Ukraine après le traité de paix germano-soviétique de Brest-Litovsk: “Qui gouverne l’Europe orientale, domine l’espace-noyau. Qui gouverne l’espace-noyau, domine l’ïle mondiale (l’Europe, l’Asie et de nombreuses portions de l’Afrique). Qui gouvernne l’île mondiale, domine le monde”.

    Les Etats-Unis avaient réussi à dominer momnetanément cet espace-noyau, auquel appartient au moins l’Ukraine orientale, grâce à la “révolution orange” qu’ils avaient mise en scène de l’automne 2004 au printemps 2005. A l’époque, l’ambassadeur des Etats-Unis en poste à Kiev, John Herbst, avait joué dans ce jeu un rôle déterminant. Les affaires étrangères américaines écrivent à son sujet: “Lorsqu’il était en fonction, il a travaillé à l’amélioration des relations américano-ukrainiennes et a contribué au déroulement d’élections présidentielles correctes (“fair”). A Kiev, il a vécu la “révolution orange”. Auparavant, John Herbst avait été ambassadeur des Etats-Unis en Ouzbékistan, où il a joué un rôle décisif dans l’installation d’une base américaine appelée à soutenir l’Opération ‘Enduring Freedom’ en Afghanistan”.

    Les Etats-Unis n’ont pourtant pas réussi à maintenir sur le long terme l’Ukraine dans leur sphère d’influence. Cet échec s’explique pour plusieurs raisons: le duo Iouchtchenko/Timochenko s’est rapidement dissous; les conditions de vie des Ukrainiens n’ont pas pu être améliorées pour l’essentiel et la politique pro-américaine de Iouchtchenko a accentué le vieux clivage entre Ukraine de l’Est et Ukraine de l’Ouest. Mais cet échec n’exclut pas une nouvelle révolte colorée qui pourrait à nouveau changer la donne. Car n’oublions pas ce qu’écrivait Motyl il y a deux ans: “Si Ianoukovitch maintient le cours qu’il poursuit aujourd’hui, il pourrait provoquer une deuxième révolution orange”. Le cas Timochenko pourrait en donner le prétexte.

    Bernhard TOMASCHITZ.
    (article tiré de “zur Zeit”, Vienne, n°19/2012; http://www.zurzeit.at/ ).

  • Zone euro : une analyse économique comparative entre les six pays membres (Allemagne, France, Italie, Espagne, Grèce, Portugal) et le Royaume-Uni

    Michel Leblay, économiste que nos lecteurs connaissent bien, expose son analyse économique comparative des six pays phares de la zone euro – soit qu’ils soient les trois premières puissances économiques de l’ensemble, soit qu’ils soient confrontés à des difficultés majeures – à un moment où la monnaie unique est fortement attaquée par toute une école de politiques et d’économistes ainsi que par les marchés, mettant en péril la cohésion et la stabilité de la zone. Ce texte, d’une très grande technicité et illustré de nombreux tableaux s’ouvre sur une introduction qui donne le fil que suit l’auteur et que Polémia retient comme présentation. Le développement sera consultable en version PDF à laquelle le lecteur pourra se rendre selon l’indication qui lui est donnée en fin de cette introduction.
    Polémia
     

    L’expression dominante au sein des classes politiques européennes et parmi les économistes les plus écoutés ou les plus sollicités présentait l’euro, à sa création, comme un gage de stabilité et une promesse de prospérité. La monnaie unique, après treize années d’existence, interpelle sur son avenir. Depuis la nouvelle crise financière d’origine américaine intervenue en 2008, la zone euro est ébranlée par les tensions successives affectant les marchés des dettes publiques de plusieurs Etats membres. Afin de maintenir l’unité de la zone et de redresser la situation économique des pays menacés d’insolvabilité, les autorités gouvernementales et monétaires de l’Union Economique et Monétaire (UEM) enchaînent des mesures éphémères quant à leurs effets. Ces convulsions des marchés financiers ne sont que le reflet des déséquilibres profonds (endettements publics et privés, déficits des balances commerciales, défauts possibles d’établissements bancaires) qui affectent principalement les pays du sud de l’Europe dans un contexte général d’atonie économique et de croissance du chômage. Si ces graves soubresauts constituent pour certains une opportunité, offrant la possibilité d’un basculement décisif vers « une intégration politique », pour d’autres, au contraire, plus en marge, ils illustrent la conception viciée sur laquelle reposait l’euro, monnaie unique d’un ensemble de pays économiquement disparates.

    Les commentaires sur la situation de la zone euro affluent qu’il s’agisse de l’information audiovisuelle ou de la presse écrite. L’endettement et sa réduction, la solvabilité des établissements bancaires, les décisions de la BCE et leurs nuances et les déclarations diverses concentrent l’attention. Cependant, l’argumentation demanderait souvent un examen dans la durée relevant l’expérience historique, la conception théorique et l’évolution d’un contexte économique dans lequel s’inscrit l’institution de la monnaie unique.

    Apprécier la conjoncture actuelle nécessite le recueil et l’analyse d’un ensemble de données depuis la mise en place de cette monnaie unique. Ne pouvant être exhaustive par rapport à l’ensemble des données qualifiant l’état d’une économie et à la totalité des pays constituant la zone euro, l’étude porte sur les éléments considérés comme les plus significatifs. Ainsi, sur les dix-sept pays composant la zone, six d’entre eux ont été retenus pour leur intérêt : l’Allemagne, la France et l’Italie qui sont les trois premières puissances économiques de l’ensemble ; l’Espagne, quatrième puissance économique, la Grèce et le Portugal, tous les trois confrontés à des difficultés majeures. Les données sur lesquelles l’attention est portée affèrent à la croissance du produit intérieur brut (PIB), à l’analyse des composantes de celui-ci, à l’évolution de la balance des paiements et du commerce extérieur, au chômage, au taux d’épargne… Introduire une comparaison avec le Royaume-Uni, deuxième puissance économique de l’Union européenne par le niveau de son produit intérieur, resté à l’extérieur de la zone, paraît utile à la réflexion.

    Un premier développement visera à éclairer par quelques éléments marquants les circonstances présentes :

    • la création de l’Union Economique et Monétaire
    • l’Union latine
    • Robert Mundell, théoricien de l’union monétaire
    • le contexte économique préludant à l’euro

    Ensuite, il sera procédé à une analyse de différentes données économiques caractérisant la situation des six pays membres de la zone euro, observés, de leur adoption de la monnaie unique à l’année 2011. Pour les mêmes données, la comparaison sera faite avec le Royaume-Uni. L’examen portera sur :

    • les structures économiques
    • la formation brute de capital fixe
    • la balance des paiements
    • une vue générale des grandes données : taux d’inflation, taux d’épargne, taux de chômage, dette publique

    Les définitions et la méthode

    Préalablement à ces développements, l’étude comportant de nombreuses références statistiques, il convient d’indiquer les sources utilisées et la méthode suivie. Pour la période précédant la création de l’euro, afin d’avoir une cohérence d’ensemble, les données brutes proviennent des séries statistiques établies par Angus Maddison (voir infra). A partir de la création de l’euro, début de l’examen détaillé de différents agrégats, il est recouru aux bases de données mises à disposition par Eurostat, centre d’information statistique de la Commission européenne. Sur la base des valeurs recueillies, exprimées en dollars pour les séries de Maddison et en euros pour Eurostat, il a été effectué des calculs de variation en pourcentage, en fonction du besoin, traduits sous une forme graphique. La plupart de ces graphiques comportent en référence les pourcentages utilisés.

    Plusieurs notions, propres à l’économie, sont employées au long des diverses explications. Deux d’entre elles, au moins, les plus fréquemment citées, méritent une définition : la valeur ajoutée et le produit intérieur brut.

    La valeur ajoutée est une notion comptable qui permet de mesurer la production réelle d’une entité économique. Elle correspond au produit final de celle-ci diminué des consommations intermédiaires nécessaires à sa réalisation .

    Le produit intérieur brut (PIB), selon l’INSEE, « est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d'activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d'activité) ». Il peut être exprimé en valeur, c'est-à-dire au taux de change courant de la monnaie ou en volume en fonction d’un taux de change de référence ce qui corrige les effets de la variation des prix.
    A suivre

    Michel Leblay http://www.polemia.com
    Economiste
    8/10/2012

    Texte intégral en version PDF : cliquer ici

  • Les mots et les actes

    L’actualité internationale, éclaboussée quotidiennement de sang et d’horreur depuis quelques années – et depuis fort longtemps si l’on y pense – a atteint ces dernières semaines des sommets de barbarie inattendue de la part de ceux qui prétendent représenter l’empire du bien en Irak et en Palestine face aux forces du mal incarnées par les terroristes et les « États voyous », au point que certains commentateurs n’ont pas hésité à parler de crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité. Ces événements fournissent l’occasion de revenir sur quelques termes issus d’une l’histoire contemporaine qui, loin de se figer dans les musées de la mémoire, comme le voudraient certains utopistes, se poursuit sans relâche. D’autres moyens sont certes mis en œuvre, d’autres objectifs sont avoués, mais les finalités humaines en général, géopolitiques en particulier, restent essentiellement les mêmes et personne n’a apparemment renoncé aux « bonnes vieilles méthodes » d’agression et de défense, de terreur et de contre-terreur sans qu’aucun des camps en présence n’ait le triste privilège de ces pratiques. Le plus gros de tous les mensonges que l’on a essayé de nous faire avaler, parmi l’avalanche de désinformation, était celui de l’immaculée conception d’une Amérique en croisade pour la rédemption du monde. Les récentes scènes de barbarie auront peut-être eu le mérite d’ouvrir les yeux de ceux qui suivaient aveuglément les soi-disant libérateurs. Au cœur même de l’institution médiatique américaine, au New-York Times, on a commencé à reconnaître et à analyser l’énormité de cette tromperie qui a piégé la naïveté et le zèle patriotique de nombreux journalistes honnêtes et avec eux l’ensemble de leurs lecteurs1 Mais attention ! Ne tombons pas pour autant dans le piège de diaboliser les États-Unis à leur tour, d’en faire le nouveau Grand Satan en nous instituant redresseurs de torts à leur place. Cela ôterait toute force à notre argument. Il s’agit de profiter de l’occasion pour les voir tels qu’ils sont : une grande puissance ordinaire, égoïste, vulnérable, souvent dangereuse lorsqu’elle s’ingère chez les autres. Une puissance dont les intérêts et les valeurs ne sont pas identiques à ceux de l’Europe et dont il est urgent de nous détacher, sereinement mais fermement, dans le meilleur intérêt des Européens et de la paix dans le monde.

    Le débarquement médiatique du 6 juin
    Dans l’imaginaire national des Français, les mots « libération » et « résistance » ont encore une résonance symbolique puissante dérivée de notre histoire proche, même s’ils n’ont plus aujourd’hui, par rapport à l’époque où ils ont été éprouvés physiquement, qu’une valeur de « pseudo-mythes »2 instrumentalisé pour légitimer des actes et des idées qui n’ont qu’un rapport éventuel, souvent éloigné, avec leur signification originelle.

    En ce mois de juin, nous avons l’occasion de commémorer ces deux moments historiques : le 6 juin est le 60e

    Mais on n’accorde pas le même poids à ces deux cérémonies, à tort ou à raison, selon la perspective adoptée. La première est une grande commémoration internationale des alliés occidentaux d’alors, qui sont encore, peu ou prou, les alliés d’aujourd’hui, auxquels, pour la première fois, est invité à se joindre le représentant de l’occupant vaincu qui était encore persona non grata pour le 50evigipirate avec un important dispositif policier y est activé dès le 24 mai et que ses préparatifs ont été entamés le 30 mai par la célébration de la fête américaine du Memorial Day avec des cérémonies simultanées des deux côtés de l’Atlantique. Survenant dans l’effervescence printanière, entre le festival de Cannes, Roland Garros et la fête de la musique, elle se place parmi les événements à grand spectacle auxquels tout ce qui compte dans M’as-tu-vu-land ne dédaigne pas d’être convié. Le 18 juin, en revanche, a peu à peu glissé, déclin du gaullisme aidant, en queue de liste des mornes commémorations républicaines (où seul détonne encore un peu, par son panache, le 14 juillet), quelque part entre le 19 mars ou le 8 mai et le 11 novembre sans qu’on ait jugé bon de l’honorer d’un jour férié.

    Mais au-delà de ces considérations sur l’état de nos fêtes nationales et le peu d’intérêt désintéressé qu’elles suscitent, voici l’occasion de dépoussiérer quelques grands mots ressortis pour l’occasion et suggérés par l’actualité brûlante, tels que occupation, résistance, terrorisme, libération. Nous proposons d’examiner leur usage courant d’hier et d’aujourd’hui et les pratiques qu’ils recouvrent et, parfois, dissimulent.

    L’occupant
    L’occupant est toujours perçu négativement, même s’il ne tyrannise pas les populations occupées, car il est l’étranger qui s’est emparé d’un pays par la force et le maintient sous son joug politique. À la domination ou hégémonie qui soumet les dominés au dominateur par des pressions extérieures diverses, allant de la carotte d’une alliance avantageuse au bâton des représailles diplomatiques et économiques, l’occupant ajoute sa présence militaire imposée sur le territoire de l’occupé ou, ce qui revient au même, la possibilité déclarée d’intervenir militairement à tout moment chez le dominé sans que celui-ci ait le pouvoir de s’y opposer. On pense à l’ex-Union soviétique vis-à-vis de ses satellites hongrois, tchécoslovaque, afghan… mais aussi aux États-Unis vis-à-vis de certaines républiques d’Amérique latine (le Panama, le Nicaragua, la République dominicaine, etc.) et à Israël vis-à-vis des territoires palestiniens et de certains voisins arabes.

    Les scènes qui se déroulent en ce moment en Irak où des rebelles légèrement armés résistent courageusement depuis plus de deux mois au cœur de villes saintes, avec l’appui évident d’une grande partie de la population, contre les hélicoptères de combat, les chars et les snipers d’une immense armée d’occupation étrangère dont les geôliers viennent de s’illustrer de la manière la plus odieuse, rappelant toutes les gestapo du monde, devraient arracher le masque angélique de ceux qui moralisent et bombardent simultanément au nom des droits de l’homme et de la lutte contre la terreur ! Mais non, ne rêvons pas : c’est bien cet occupant-là qui vient parader en libérateur dans le décor planté en Normandie pour le 6 juin, avec en prime les congratulations obséquieuses des « collabos » européens, surtout de la part de ceux qui, s’étant opposé à cette agression illégale sans pouvoir l’arrêter, et qui, tout en réprouvant l’appui américain aux crimes de M. Sharon, feront cause commune avec les agresseurs pour la circonstance. Ils laissent ainsi filer une bonne et peu coûteuse occasion de manifester officiellement la réprobation des Européens, par exemple, en envoyant des sous-fifres accueillir Bush, en projetant dans les villes voisines le film critique de Michael Moore primé au festival de Cannes, voire en organisant plus loin une contre-cérémonie à la mémoire des victimes des guerres scélérates menées partout dans le monde par le plus grand État voyou de la planète3. Mais l’Europe à souveraineté limitée qui est la nôtre (ou plutôt, la leur) ne peut se permettre ce genre d’initiative sans en subir les conséquences. Et surtout, sans le courage de les affronter.

    Le résistant et le collaborateur
    Le résistant a toujours le beau rôle même si certains actes de résistance ont atteint le sommet de l’horreur terroriste (le déraillement de trains bondés de civils sous le prétexte qu’ils transportaient aussi des munitions) et si de nombreuses liquidations sommaires dans la période trouble de l’immédiat après-guerre, perpétrées un peu partout en France et cataloguées comme « crimes de la résistance » par des historiens clandestins, ternissent l’image de cette noble cause. Le collaborateur vaincu, en revanche, a toujours la mauvaise part. Quels que soient l’honnêteté et le niveau de réflexion qui sous-tendent sa démarche, celle-ci reste injustifiable aux yeux du camp résistant qui vole sur les ailes de la victoire. Dans l’esprit du peuple libéré, le collaborateur actif est celui qui mérite d’être liquidé, même si les méthodes employées pour ce faire soulèvent parfois le cœur. Des « deux oncles » de Georges Brassens, celui qui aimait les Teutons ne fera sans doute jamais le poids avec celui qui aimait les Tommies. Le glaive de Brennus dans la balance des Romains et son vae victis ont donné la mesure de la soi-disant justice des vainqueurs qui prévaut encore de nos jours : les Irakiens, après les Afghans et les Serbes, sont jugés, médiatiquement, militairement et juridiquement à une aune que les étatsuniens et les israéliens ne sont pas disposés à s’appliquer à eux-mêmes. Cette inégalité de traitement peut sembler aller de soi, à tort ou à raison, lorsqu’on parle de la collaboration de 1940-44 en France, mais qu’en est-il du « collabo » des Américains au Vietnam, ou aujourd’hui en Irak ? Des harkis des années soixante en Algérie abandonnés par les Français à la vindicte des « libérateurs » qui les massacrèrent par dizaines de milliers ? Que penser des « collabos » arabes des Israéliens lynchés par leurs coreligionaires ou exécutés par les autorités palestiniennes dès qu’ils sont découverts ou parfois seulement soupçonnés ? L’histoire nous enseigne que la haine et la vengeance criminelle font partie de toutes les guerres civiles. Réflexion intempestive, car l’esprit du temps, plus que jamais individualiste et partisan, renforce les préjugés qui déforment la réalité des engagements et des comportements en temps de guerre.

    Terrorismes et anti-terrorismes
    « Terroriste » n’est, le plus souvent, que l’étiquette donnée au résistant par ceux qui ne partagent pas ses convictions et subissent les conséquences de ses actes. Répandre la terreur, épouvanter l’ennemi est l’une des méthodes de guerre les mieux éprouvées : les éthologues démontrent sans peine son usage dans le monde animal (qui toutefois, à la différence des humains, en reste dans la plupart des cas au stade de la gesticulation). La Saint Barthélémy et les dragonnades en territoire camisard s’inscrivent dans cette logique. Mais l’emploi systématique du massacre à grande échelle de civils comme méthode de terreur est récent. Son premier théoricien, avant Lénine, fut Robespierre qui déclarait, le 3 février 1794 : « Le ressort du gouvernement populaire en révolution est la vertu de la terreur ; la vertu sans laquelle la terreur est funeste, la terreur sans laquelle la vertu est impuissante »4.

    Cette association entre vertu et terreur est un avatar laïque de l’élection divine qui a conféré aux peuples de tradition monothéiste le droit, sinon le devoir d’exterminer les infidèles comme l’exige du peuple élu, de façon explicite et réitérée, un commandement biblique5. L’autre, en tant qu’ennemi tribal, national ou religieux, puis ennemi de classe, enfin ennemi de la civilisation occidentale (tel que l’a récemment défini Samuel Huntington, entre autres), est le masque changeant selon les modes du temps de l’éternelle agression du péché originel, de l’attentat – et de la tentation – diabolique contre la vertu fondatrice postulée dont l’homme est censé hériter avec la possession de la terre et des ses habitants par l’alliance qu’il a contractée avec Dieu, selon l’orthodoxie judéo-chrétienne6. Depuis la Révolution française, et surtout au XXe siècle, les verrous qui empêchaient ou limitaient les campagnes de terreur contre les populations civiles, notamment le droit des gens, ont sauté. La diabolisation et la déshumanisation de l’ennemi sont devenues courantes depuis l’apparition de la mobilisation idéologique des masses avec la Révolution française. La parenté qui réunit dans l’horreur le génocide des Vendéens, le massacre des Juifs, les bombardements massifs des populations (allemande, japonaise, cambodgienne, vietnamienne, etc.) et les camps d’extermination soviétiques est désormais établie par les divers « livres noirs » récemment publiés sur le sujet7. Pendant les quarante ans de guerre froide, cette forme de terrorisme d’État s’est prolongée à l’abri des alignements de missiles nucléaires stratégiques qui « protégeaient » les peuples enserrés par les dispositifs d’alliance. Il est inutile et indécent d’essayer de prouver que les millions de morts par les bombes, les empoisonnements et la famine résultant des blocus des uns ne pèsent pas aussi lourd que les millions morts dans les camps des autres, ou l’inverse. La guerre froide a épargné au monde le feu nucléaire sans lui éviter les tueries massives, directes ou non, de populations civiles, essentiellement dans le Tiers-Monde, et ses deux protagonistes principaux y ont une part de responsabilité comparable. Cet affrontement « de basse intensité » (sic !) a encouragé de part et d’autre le déploiement de bandes de guérilleros auteurs de la terreur à petite échelle que nous appelons aujourd’hui « terrorisme » lorsqu’elle est infligée par le camp adverse et « résistance » ou parfois « rébellion » lorsque nous y sommes favorables ou indifférents. C’est le moment de rappeler que pour les occupants allemands, les résistants français étaient des terroristes tout comme l’étaient naguère, pour une majorité des Occidentaux, les membres de l’ANC qui posaient des bombes dans les centres commerciaux sud-africains ou comme le sont aujourd’hui les résistants tchétchènes répliquant avec une extrême brutalité à la violence brutale du dominateur russe. Il est à présent notoire qu’avant d’être mis au ban des nations comme les archi-terroristes par excellence, Ben Laden et ses émules ont été formés, financés et armés par les États-Unis pendant de nombreuses années dans le cadre de leur confrontation avec les forces soviétiques8. D’autres mouvements terroristes ont opéré avec un appui logistique étatsunien et européen en Amérique latine (les Contras), en Afrique (l’Unita) ou même en Europe (l’UCK au Kosovo). Bien entendu, dans l’autre camp, on ne s’est pas privé de susciter ou d’appuyer de nombreuses bandes de hors-la-loi ayant pour mission de répandre la terreur chez l’ennemi et ses alliés.

    On peine à croire que ceux qui ont si généreusement usé de l’arme redoutable de la terreur aient aujourd’hui réellement renoncé à l’employer le cas échéant, tout comme on ne peut prendre au sérieux leurs promesses d’interrompre les trafics d’armes si rémunérateurs auxquels ils se livrent en sous-main ou de démanteler l’arme nucléaire sur laquelle repose leur suprématie mondiale incontestée. On ne court pas grand risque à parier qu’il y aura toujours des États dominateurs et répressifs surarmés et, face à eux, des bandes rebelles prêtes à tout pour les contrer, avec l’appui des dominés rétifs, incapables de secouer le joug d’une autre façon. Les rebelles en armes seront toujours les résistants de quelqu’un et les terroristes de quelque autre.

    Un anti-terrorisme efficace s’efforce de prévenir et contrôler le danger autant que possible par les voies politiques et diplomatiques simultanément à la répression. Mais la meilleure des préventions consiste à restaurer un ordre international fondé sur le respect des conventions, des États et des peuples, et non sur la seule loi du plus fort. La poursuite d’objectifs politiques, économiques ou maffieux, par le chantage à la terreur est un phénomène moderne, directement lié à la progression de l’individualisme des sociétés bourgeoises. Le terrorisme est attisé par les sentiments d’injustice et les antagonismes (de classes, d’ethnies, de partis et d’idéologies) qu’ils génèrent, et aussi par la pusillanimité foncière et la corruption des élites contemporaines (la « nouvelle classe ») qui ouvre constamment de nouveaux espaces à toutes les formes de violence sociale. La lutte contre le terrorisme ne peut faire l’impasse sur la nécessité d’une remise en cause radicale du modèle de société où il se répand et prospère.

    L’anti-terrorisme discursif de celui qui, comme G. W. Bush, dit : « ralliez-vous à ma bannière lorsque je bombarde et envahis des États (l’Afghanistan, l’Irak, peut-être bientôt la Syrie, l’Iran…) supposés abriter ou alimenter des nids terrorises que je vais nettoyer », est une dangereuse imposture. Phraséologie d’autant plus nocive qu’elle permet à d’autres États, alliés du soi-disant gendarme du monde, d’employer impunément l’arme de la terreur quand bon leur semble, comme le fit naguère l’Indonésie au Timor oriental, comme le font la Turquie face aux Kurdes, le Pakistan au Cachemire, et surtout Israël dont le propre ministre de la justice, Yossef Lapid, vient de déclarer que les récentes destructions meurtrières à Rafah (40 morts, des milliers d’habitants jetés à la rue par les bulldozers, appuyés par des chars, qui ont rasé leurs logements), lui rappellent les brutalités nazies contre les juifs dont ont été victimes ses parents9. L’anti-terrorisme de propagande, qui tente de masquer la réalité de guerres et de répressions féroces illustrées par la stupéfiante découverte de l’ordinaire carcéral à Abou Ghraïb, Guantanamo, Bagram… ne parvient pas, si l’on en croit les sondages, à empêcher une large majorité des Européens de penser que la principale menace actuelle contre la paix ne provient ni des terroristes ni des États classés par Washington sur « l’axe du mal », mais bien de l’attitude actuelle des États-Unis et d’Israël.

    Face à cet échec relatif, les vendeurs d’idéologie sécuritaire font feu de tout bois en criant au danger islamique qu’ils voient partout, du voile de quelques fillettes dans nos écoles aux prêches de quelques imams qui ne brillent pas toujours par leur civisme républicain ou leur féminisme accompli10. Ils crient au loup face à la nouvelle vague d’antisémitisme qu’ils voient déferler à travers d’opportunes profanations picturales de cimetières et de monuments. Un ministre français, de retour de New York où il se disait fier de s’entendre appelé « l’Américain » devant un parterre d’associations juives s’est récemment prêté à ce petit jeu sur une scène pré-électorale en accusant ses opposants de ne pas avoir assez combattu l’antisémitisme. Monsieur Bush qui, au moment de nos divergences avec sa politique, stigmatisait le prétendu antisémitisme des Français, a du se réjouir de cet appui opportun au moment où son armée s’enlise en Irak, sa politique pro-israélienne court au désastre et sa popularité chute dans les sondages11.

    Le libérateur
    Reste un concept équivoque à examiner : celui de « libération ». La liberté, au sens antique du mot, est indissociable de l’appartenance à une politie, à une cité libre. Elle se perd lors d’une guerre malheureuse dont la légendaire guerre de Troie fournit le prototype. Les nations vaincues payent toujours le prix de la défaite par l’esclavage (passé de mode en Occident), la soumission, la perte ou l’amoindrissement de leur souveraineté, donc de leurs authentiques libertés, par le tribut de guerre qui ruine leur économie. La défaite se paie aussi par cette intériorisation de l’échec, sorte d’humiliation culpabilisante qui encombre encore longtemps les esprits et se traduit par des réactions excessives comme le désir fanatique de revanche ou son contraire, l’auto-accusation qui mène au refus d’assumer sa propre identité, celle de son peuple et de son histoire, encourage la fuite dans les utopies pacifistes. L’ultra-nationalisme des Français après la défaite de 1870 et celui des Allemands tributaires du traité de Versailles, qui ont longtemps retardé la réconciliation inter-européenne, en sont issus. Tout comme en proviennent aussi l’adoration béate du vainqueur, l’imitation servile de ses modes, mythes, images, produits culturels (ou sous-culturels), comme ce fut le cas pour de nombreux Européens de l’ouest, surtout allemands, jusqu’à une période récente dont les américanophiles ont la nostalgie. Comme c’est le cas, hélas, pour de nombreux Européens de l’est qui, de peur de perdre leur liberté à peine recouvrée, sont prêts à la céder au nouveau tyran, armé de dollars et de technologie de pointe, qui se dit prêt à les défendre (contre qui, au fait ?).

    Dans l’histoire des idées, le concept de libération relève de la sociologie de la révolution. Jules Monnerot perçoit une « continuité des apocalypses juives qui florissaient » vers le temps de Jésus « jusqu’aux sectes de la révolution anglaise, et continuité des sectes de la révolution anglaise à la révolution russe »12. Cette continuité, fondée sur la volonté de rédemption ou de transformation du monde, trouve son prolongement dans les idéologies libertaires et pacifistes, mais aussi dans l’utopie libérale : la rédemption par la mise aux normes mondiales du tout-économique, le grand marché totalitaire euphémisé en « mondialisation », dans la mesure où il est supposé abolir les rivalités politiques et le phénomène de la domination considérés comme le reliquat d’une époque barbare.

    Dans le même ordre d’idées, la dérisoire surenchère « libérationiste » (libération sexuelle, libération de la femme, des jeunes, des animaux, etc.) à laquelle se sont livrés divers clans intellectuels dans le sillage des révoltes soixante-huitardes, n’est qu’un bruyant détournement d’enjeux qui cache le recul constant des libertés authentiques, la soumission aux nouveaux pouvoirs économiques, politiques, médiatiques toujours plus envahissants et l’avachissement conformiste de nos élites culturelles incapables ou peu désireuses de se colleter avec les vrais enjeux du siècle. Pour résumer ce point de vue, disons que la liberté, par contraste avec le spectacle toujours renouvelé de la libération que l’on continue de nous monter dans divers registres (libération des Kosovars, des Irakiens, des femmes afghanes, des fillettes musulmanes voilées…), est une qualité de vie et de pensée qui se fait rare, tout comme son porteur, l’homme libre.

    Est-il un seul exemple, dans l’histoire du monde, d’un libérateur venu tout armé de l’extérieur, invité ou non, qui ne se soit comporté, s’il en a eu le pouvoir, en conquérant, puis en tyran ? Napoléon voulait vraiment délivrer l’Europe des tyrans. Pourtant, une fois dissipé le capital d’admiration et de sympathie dont jouissait le brillant général en chef fait empereur (Goethe et Beethoven, entre autres, s’en sont fait l’écho), le souvenir qu’a laissé l’irruption française en Allemagne, en Russie, en Espagne… est celui d’une conquête, d’une domination, d’une oppression cruelles et dévastatrices contre lesquelles tout acte de résistance, quels qu’en fussent les moyens, était justifié aux yeux des peuples opprimés. De semblable façon, en 1941-42, lors de l’opération Barbarossa, les armées de la coalition hitlérienne ont été initialement bien accueillies par de nombreux Ukrainiens, Biélorusses, Baltes et Russes, heureux de secouer le joug de la tyrannie léniniste et stalinienne qui avait décimé leurs populations par la famine, l’emprisonnement et les massacres. Mais l’idylle fut éphémère. Même déception pour les révolutions russe et chinoise qui ont soulevé d’immenses espoirs et armé d’innombrables bras révoltés à travers le monde pour finir écrasées dans les goulags staliniens, broyées par la révolution culturelle maoïste et rejetées comme un symbole d’oppression par ceux-là même qu’elles prétendaient libérer.

    La libération symbolisée par l’opération Overlord entamée le 6 juin 1944 ne fait pas exception à la règle, malgré la ferveur consensuelle dont l’entourent les commémorations officielles. Cette année, pour la première fois, visite du Chancelier oblige, un journal télévisé de vingt heures a montré des alignements de tombes en rappelant que le plus grands des cimetières militaires étrangers en Normandie n’était pas américain mais allemand. Un autre commentaire rappelait que les tapis de bombes anglo-américaines sur les villes pendant la période qui a immédiatement précédé et succédé au débarquement ont tué plus de cinquante mille civils français. Au même moment, outre-Rhin, on ose enfin présenter dans des grands médias13 l’horreur criminelle des bombardements massifs de populations civiles qui firent plus de six cent mille morts, principalement des femmes, des enfants et des vieillards. On précise que cette stratégie d’extermination des non-combattants fut décidée intentionnellement par les chefs de gouvernement alliés dans le but de faire un maximum de victimes, croyant à tort hâter ainsi la reddition de l’ennemi. Aucun tribunal pénal international ne jugera jamais ces criminels-là. Aucun Picasso n’a exposé à New York tous ces Guernica à la puissance dix. À la peine de sa défaite, de l’humiliation et des morts, s’ajoute pour le vaincu la double peine de se voir refuser le statut de victime que d’autres, en face, revendiquaient haut et fort. Si l’on en juge par le traitement réservé par l’occupant en ce moment même aux Serbes (surtout au Kosovo), aux Afghans, aux Irakiens et aux Palestiniens par leurs vainqueurs, rien n’a vraiment changé à cet égard.

    La libération, « qui ne fut pas celle de tout le monde », disait Sacha Guitry pendant son bref séjour en prison pour sa prétendue collaboration artistique, a fait bien d’autres victimes directes, collectives ou individuelles, en fermant les yeux sur les règlements de compte odieux, les viols et les assassinats par milliers, en chassant de leurs terres ancestrales des millions de personnes, en en déportant des centaines de milliers d’autres vers les bagnes de Sibérie où très peu ont survécu. Mais ses effets géopolitiques, suite au partage de Yalta, ont eu des conséquences beaucoup plus graves et durables pour les Européens. C’est cette « libération » qui institua la division du continent en deux grandes zones d’occupation et d’influence. Américanisation d’un côté, soviétisation de l’autre. Être Européen, purement et simplement, librement, n’était plus possible que tout à fait subsidiairement, en tant que supplétif politique, militaire, culturel de la grande Amérique ou du camp soviétique.

    Mais aujourd’hui, alors que l’un des deux occupants s’est largement retiré des terres conquises, l’autre non seulement maintient mais renforce sa présence sur le sol de l’Europe14. Alors que la Russie post-communiste a pratiquement renoncé à toute ingérence hors de ses frontières ou de leur voisinage immédiat, les États-Unis se sont lancés dans une vaste campagne d’interventions militaires et diplomatiques dans le but avoué de maintenir une hégémonie incontestable sur le reste du monde y compris l’Europe.

    Cessons de légitimer les États-Unis : rejoignons la résistance !
    Dans ces conditions, la présence du chancelier allemand et du président français au côté du président étatsunien le 6 juin autour du thème de la libération de l’Europe est non seulement une indigne mascarade mais l’énoncé d’un mensonge flagrant, car l’Europe
    - n’est pas libérée des forces américaines d’occupation sur son propre sol ;
    - reste divisée contre elle-même du fait de l’influence indue des États-Unis à l’intérieur de ses frontières et de leurs intrigues vis-à-vis des nouveaux membres de l’Union européenne ;
    - n’ose pas assumer sa puissance potentielle et ses responsabilités internationales pour contrer le néo-impérialisme agressif des États-Unis.

    Pour recouvrer sa dignité, sa liberté, sa souveraineté, l’Europe doit se débarrasser une fois pour toutes de cette tutelle funeste, cesser de revendiquer l’assistanat à sa propre libération comme un titre de gloire, appeler un occupant par son nom, en Irak, en Palestine mais aussi en Europe et entrer en résistance contre le nouveau système de domination planétaire qui nous est imposé sous prétexte de combattre un péril terroriste largement surfait et souvent manipulé. Un nouvel appel du 18 juin est indispensable. Qui dans notre personnel politique aura la fibre d’un homme d’État pour le lancer vers nos peuples qui ont montré, en manifestant par millions contre l’attaque de l’Irak, qu’ils étaient prêts à l’entendre et à y répondre ?

    Dans son dernier livre, le politologue américain Robert Kagan constate : « C’est là que réside le tragique de l’histoire. Pour s’attaquer aux menaces qui pèsent sur la planète, les Américains ont besoin d’une légitimité que l’Europe seule peut apporter. Mais il n’est pas du tout sûr que les Européens répondent à cette attente »15.

    Nous avons pu constater chaque jour, impuissants, ce que les mensonges sur de prétendues armes de destruction massive et le danger du terrorisme islamique ont permis grâce à notre crédulité, à notre complicité, même réticente. Des pays sont bombardés, envahis, pillés, affamés, détruits. Des prisonniers sont sadiquement torturés. En Irak comme en Afghanistan, les bombes américaines ont tué plus de civils que l’attentat du 11 septembre à New York. En Irak, des dizaines de civils sont tués chaque semaine. D’autres sont jetés sur les routes par milliers, proies faciles pour les trafiquants, les proxénètes et les passeurs qui s’abattent sur ces pays dévastés. Le chaos s’aggrave dans toute la région et une nouvelle menace plane sur l’approvisionnement énergétique du monde.

    Cessons volontairement de légitimer les guerres scélérates des États-Unis ! À Nadjaf, à Kerbala, à Falloudja, à Bagdad comme en Palestine, des petits groupes de résistants courageux tiennent en échec la plus puissante machine de guerre de la planète. Sont-ils des terroristes ? Peut-être, mais la terreur vient d’abord de ceux qui bombardent des innocents, torturent des prisonniers, détruisent les logements, polluent le pays pour les siècles à venir avec leurs armes contenant de l’uranium appauvri ou des explosifs à fragmentation (anti-personnel). On peut ne pas partager les idées d’un Moqtada al Sadr et de ses émules régionales tout en respectant sa ténacité, son courage. Il succombera sans doute mais nous savons, et les étatsuniens savent aussi, que d’autres prendront la relève pour l’honneur de l’Irak occupé. Si le mot « résistance » doit encore signifier quelque chose chez nous, c’est peut-être le moment de nous demander où sont les fronts de résistance aujourd’hui contre la machine à broyer les peuples libres. Le moment de choisir notre camp et de libérer enfin notre continent, nos peuples et notre culture de ceux qui persistent à les coloniser, à les maintenir dans la dépendance.

    2004. http://grece-fr.com

    1. Dans une analyse sans concessions (« To Tell the truth », nytimes.com/2004/05/28), Paul Krugman se demande comment on a pu prendre si longtemps l’actuel président des États-Unis pour un homme droit et sincère alors qu’il était dès le départ un politicien retors, refusant de reconnaître ses erreurs et enclin à mener son monde en bateau. Il donne trois raisons : 1) un patriotisme dévoyé induit par le choc du 11 septembre ; 2) « la tyrannie de l’objectivité » qui poussait les critiques du président à tout faire pour ne pas sembler se ranger du côté de ceux qui lui vouaient une « haine irrationnelle » ; 3) l’intimidation : après le 11 septembre tous ceux qui osaient penser ou dire quoi que ce soit de négatif à propos du président s’exposaient à recevoir une avalanche de lettres insultantes. Deux jours plus tôt, le New York Times du 26 mai 2004 s’excusait formellement auprès de ses lecteurs du manque de rigueur et de vérification dans une série de reportages, notamment à propos des armes de destruction massive censées être en possession de l’Irak juste avant l’invasion anglo-américaine.

    2. En s’inspirant de Kerényi et Eliade, Kurt Hübner explique que « les pseudomythes politiques sont certes structurés comme des mythes mais qu’ils ne naissent pas spontanément, ni ne se développent historiquement, c’est-à-dire qu’ils sont créés en vue d’atteindre certains buts […] Un mythe véritable à l’origine [peut] lui aussi devenir un pseudomythe, notamment lorsqu’il n’est plus vécu, mais doit être maintenu par la violence ou artificiellement réintroduit » (« Mythe et politique. Contribution au concept philosophique de nation », Krisis, numéro 8, avril 1991).

    3. L’ancien fonctionnaire du département d’État américain, William Blum, auteur de la retentissante critique de la politique étrangère étatsunienne sous le titre de L’État voyou, L’Aventurine, Paris, 2002, vient de publier un deuxième ouvrage qui recense avec une grande précision pas moins de cinquante-cinq opérations militaires illégales des États-Unis, ouvertes ou couvertes, à travers le monde entre 1945 et 2003 : Les guerres scélérates, Parangon, Paris, 2004. Sur le même thème de la recherche systématique et la provocation des conflits par la puissance américaine, on consultera avec profit l’ouvrage de Noam Chomsky : De la guerre comme politique étrangère des États-Unis, Agone, Paris, 2001.

    4. Maximilien de Robespierre, 3/02/1794, cité par Jacques Cellard, Ah ! ça ira, ça ira… Ces mots que nous devons à la Révolution, Balland, Paris, 1989.

    5. Notamment dans le Deutéronome (VII-6, VII-16, XX-17).

    6. Thèse défendue, entre autres, par Robert Jaulin, L’univers des totalitarismes, Loris Talmart, Paris, 1995. Sur ce même sujet, également, Jacques Marlaud, « Choc des civilisations ou résistance à la civilisation terroriste ? » in Interpellations. Questionnements métapolitiques, Dualpha, Paris, 2004.

    7. Entre autres, Stéphane Courtois (et al.), Le livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression, Robert Laffont, Paris, 1997 ; Joël Kotek et Pierre Rigoulot, Le siècle des camps, J. C. Lattès, Paris, 2000 ; Pin Yathay, L’utopie meurtrière. Un rescapé du génocide cambodgien témoigne, Éditions Complexe, Paris, 1989 ; Christopher Hitchens, Les crimes de Monsieur Kissinger, Saint-Simon, Paris, 2001 ; William Blum, Les guerres scélérates, op. cit.

    8. cf. Richard Labévière, Les dollars de la terreur. Les États-Unis et les islamistes, Grasset, Paris, 1999. Également : Michel Chossudovsky, Guerre et Mondialisation. À qui profite le 11 septembre ?, Le Serpent à Plumes, Paris, 2002.

    9. Mona Chollet, « Rafah : comment rendre un peuple fou », www. peripheries.net/, 26 mai 2004.

    10. Dans une critique sans concession de la revue Cités d’Yves Charles Zarka, consacrée au danger du communautarisme islamique en France et exhibant la caricature grossière d’un musulman sur sa couverture, le journaliste du Monde Diplomatique Alain Gresh écrit : « L’homme au nez crochu, au regard torve, n’a pas la Torah dans la main, mais le Coran. Il est musulman et tourne le dos à la République. Qu’une revue puisse mettre une telle illustration en “une”, que des libraires l’affichent, en dit long sur le climat actuel en France » (« Les nouveaux habits du racisme », diffusion Internet, 29/05/04). Dans le même esprit de phobie anti-islamique, la manchette du Figaro du 28/05/04 attirait l’attention sur « l’inquiétant prosélytisme des associations islamiques », en se fondant sur l’étude d’un Institut des Hautes Études de Sécurité Intérieure (IHESI) qui ne relevait, à la lecture, aucune tendance spécifique à la violence ou au terrorisme, mais fustigeait la tendance au « repli communautaire » des jeunes musulmans. Comme si cette quête d’une identité ethnique et religieuse dans notre société déracinée, ne concernait que cette communauté-là ! Comme si la République devait, à ce moment précis des guerres qui font rage au Moyen-Orient, se sentir menacée de ce côté- là ! Façon subtile, croit-on, d’aligner les Français sur la propagande anti-terroriste de Bush et consorts ?

    11. Henri Korn, dans un article intitulé « Trop commode alibi ? » (Le Monde, 29/05/04), abordait avec courage le fond de la question concernant l’instrumentalisation constante d’un antisémitisme largement surévalué en Europe comme aux États-Unis : « Peut-être serait-il temps d’abandonner l’amalgame entre Israël et un peuple idéalisé, fils du Livre, du Talmud et des Lumières. Il nous empêche de penser en termes politiques ce qui se passe aujourd’hui au Proche-Orient. Il est impératif désormais, pour la survie de la démocratie en Europe, aux États-Unis aussi bien qu’en Israël, que chacun d’entre nous prenne ses distances avec une logique qui inverse la charge de la preuve et qui est assortie d’un chantage. Tous deux nous paralysent. La logique nouvelle est terrifiante, elle postule qu’il appartient à la victime de prouver son innocence alors même qu’elle a été abattue sans autre forme de procès : “Nous l’avons tué, c’était donc un terroriste”. Le chantage consiste à menacer de dénoncer comme un antisémite, alors qu’il s’agit d’un choix politique, toute personne qui conteste cette logique perverse et ses conséquences ».

    12. Jules Monnerot, Sociologie de la révolution, Fayard, 1969.

    13. Spiegel special, NR. 1/2003, « Als Feuer vom Himmel fiel. Der Bombenkrieg gegen die Deutschen ».

    14. Une base américaine gigantesque, nommée Bondsteel, avec une piste pour avions gros porteurs et une véritable ville intérieure, a été construite illégalement sur un territoire arraché aux Serbes au Kosovo. Des contingents étatsuniens se sont établis en Hongrie, en Tchéquie, en Slovaquie, en Géorgie. Le FBI forme la police polonaise à ses méthodes de combat contre le terrorisme. Plus que la valeur militaire de ces établissements, c’est leur signification politique dont il faut tenir compte à la lueur des intentions affichées à Washington d’empêcher l’Europe réunifiée de se doter d’un système de défense indépendant, et de diviser les Européens entre eux pour éviter toute coalition anti-américaine.

    15. Robert Kagan, Le revers de la puissance. Les États-Unis en quête de légitimité, Plon, Paris, 2004.

  • Retour sur un prix Nobel - Oligarques : responsables et coupables

    La remise du prix Nobel de la paix à l’Union européenne a provoqué une avalanche de propos convenus qu’il est inutile de relever car ils constituent depuis des décennies le fond de sauce de toute homélie sur l’Europe – réduite à sa partie occidentale.

    Je veux simplement rappeler que cette-Europe-là n’a pas garanti la paix après la Victoire de 1945 : si un prix collectif devait être décerné, il faudrait l’attribuer aux théoriciens de la dissuasion nucléaire, aux chefs d’Etat qui ont su raison garder, aux soldats qui, aujourd’hui, maintiennent en l’état l’armement nécessaire.

    Quant aux fameux « pères de l’Europe », ils ne méritent pas la moindre reconnaissance car ces atlantistes invétérés plaçaient la défense ouest-européenne sous le parapluie atomique américain – parapluie virtuel, totalement inopérant en cas de crise majeure car aucune nation ne peut accepter de mettre en jeu sa propre existence pour assurer la protection d’une ou de plusieurs autres nations. Notre force nationale de dissuasion est née de ce constat et demeure, pour nous, la seule garantie possible face à une menace de destruction partielle ou totale.

    Les illusions officielles sur le maintien de la paix en Europe ne sont qu’un aspect du décalage croissant des dirigeants de l’Union européenne par rapport à ce qui est effectivement éprouvé et vécu par les peuples des 27 pays-membres. A Bruxelles, à Francfort, à Paris, à Berlin, nous avons des gens que sont en état d’hystérésis : ils vivent, ils réfléchissent, ils décident selon les normes d’un système qui en train de s’effondrer, sans comprendre qu’ils s’agitent désormais dans un invraisemblable chaos économique, monétaire et financier. Et s’ils parviennent à retarder la catastrophe finale, c’est parce qu’ils peuvent s’appuyer sur les Etats et les nations… dont ils méditaient la disparition ! Cette inadaptation croissante des dirigeants est dangereuse car c’est par la force et par la violence qu’ils tentent de faire rentrer le chaos européen dans les schémas du siècle dernier : marché unique, union monétaire, fédéralisme…

    Pourquoi ces « pragmatiques » ne se rendent-ils pas à l’évidence ? Bien des explications sont possibles : le confort des positions acquises, les privilèges et les ultimes profits, parfois l’idéologie… Je crains que l’acharnement des eurocrates ne tienne surtout au fait qu’ils sont responsables et coupables de tout ce qui en train de nous arriver. Ils ne peuvent pas accuser une puissance extérieure : ils se sont ouverts à la Chine, ils adorent les Etats-Unis et la Russie, trop souvent négligée, ne leur veut aucun mal. Ils ne peuvent pas non plus se dire victimes d’oppositions et de subversions intérieures : le populisme est trop faible pour entraver quoi que ce soit, la Confédération européenne des syndicats n’a jamais tenté de s’opposer sérieusement aux projets ultralibéraux, l’extrême-gauche ne conteste pas la monnaie unique. [...]

    La suite sur le blogue de Bertrand Renouvin

    http://www.actionfrancaise.net

  • Des frontières contre Schengen : Patrick Louis salue un retour au réel archive 2011

    Devant l'afflux toujours plus important de migrants, le Danemark a décidé de reprendre le contrôle de ses frontières, provoquant le hoquet de Bruxelles qui y voit un risque pour l'espace Schengen. L'Europe a cependant décidé de lâcher un peu de mou, et examine l'idée de contrôles temporaires en cas de situation exceptionnelle...
    Patrick Louis, député honoraire du Parlement européen et secrétaire général du Mouvement pour la France, décrypte pour nous cette confrontation au réel. - O.F.

    Est-ce une remise en cause du traité de Lisbonne ?
    Le traité de Lisbonne a pour but de mettre en place le pouvoir central du futur État fédéral, et donc la fin des États-nations. Mais le principe de réalité revient à la vitesse grand V, car l'Union européenne n'est capable de prendre des décisions que pour parler de choses creuses. Elle ne peut pas prendre de vraie décision. Il faut bien distinguer le conseil des ministres et le conseil des chefs d'État qui peuvent rendre des comptes à la réalité, c'est-à-dire à un électorat, et une Commission et un Parlement qui sont un peu « hors sol ». Le traité de Lisbonne est passé en force, mais sans que les opinions publiques en aient vraiment conscience, et aujourd'hui nous sommes dans le retour du réel qui s'impose aux États. Cela prouve que l'architecture européenne est mal pensée. On a fabriqué une barque pour aller sur un lac, et cette barque se retrouve en haute mer. On se demande pourquoi cela ne va pas : mais c'est simplement le bateau qui n'est pas adapté.
    Aujourd'hui l'Europe est coincée entre deux tendances : soit elle reconnaît officiellement qu'elle est une confédération des États-nations, et alors elle pourra organiser des coopérations libres entre les nations ; soit il lui faut devenir despotique pour être efficace. Elle se retrouve face à ses mauvais fondements et à son inefficacité. Je viens d'entendre Michel Rocard lors d'une conférence être d'un euro-pessimisme qui dépasse mon euro-scepticisme. Les États aujourd'hui réagissent, les Danois les premiers, et même la France ! C'est tout de même le gouvernement Sarkozy qui a fait passer le traité de Lisbonne et c'est lui qui d'une certaine manière le met en cause.
    Mais ces États peuvent-ils le faire après avoir cédé leurs pouvoirs à Bruxelles ?
    Il y a eu un débat à Strasbourg sur cette question. Et c'était sidérant de voir que l'idéologie sans frontières était telle dans l'assemblée parlementaire qu'on considérait que contrôler l'accès dans un pays était une atteinte aux libertés. Ce qui montre que la pensée trotskyste internationaliste, qui nie les communautés naturelles comme les nations, considère que les frontières sont des murs, alors que les frontières sont des portes. Ce sont des lieux d'exclusion parce que c'est comme la porte d'une maison qui empêche d'entrer, mais ce sont également des lieux d'inclusion, qui permettent à une communauté d'exister. Quand Régis Debray écrit un livre d'éloge de la frontière, il commence à comprendre qu'il n'y a de communauté que si il y a frontières. L'Europe ne l'a toujours pas compris. En revanche, si vous voulez entrer au Parlement européen, vous devez présenter votre badge, passer à travers des systèmes de contrôle, une frontière en quelque sorte. Alors pourquoi ne serait-ce pas possible au niveau de l'espace européen ? Et au niveau des nations qui le désirent ? Il est bien évident que l'on est pour la liberté d'aller et venir, mais tous les pays ne font pas partie de Schengen. Parce que la vraie liberté d'aller et venir n'est pas contradictoire avec les frontières. On a donc besoin de réhabiliter les frontières, peut-être de nouvelles frontières, mais on ne sera jamais dans un monde sans frontières. Pour qu'il y ait du politique, il faut qu'il y ait un territoire ; pour qu'il y ait un territoire il faut qu'il y ait des frontières. En supprimant les frontières, ils sont en train de tuer les communautés, donc ils sont en train de tuer le politique au profit de la gestion.
    Se prennent-ils pour des citoyens de première catégorie ?
    Ils vivent en dehors du réel. Les anarcho-trotskystes, d'un côté, sont contre tous les mécanismes de frontières, donc contre toute forme d'organisation politique ; et certains libéraux sont contre les frontières au nom d'une conception mal pensée de la liberté économique. Il y a des conjonctions intellectuelles. Aujourd'hui, face à la mondialisation, nous allons cependant plutôt vers un monde de fragmentations, qui permettent aux communautés d'exister, donc d'avoir une régulation, donc une mutualisation des risques, parce que pour penser une sécurité sociale, par exemple, il faut bien définir un territoire, pour savoir qui y a droit et qui n'y a pas droit, qui est citoyen et qui ne l'est pas. Et ça pose nécessaire la question des frontières.
    Donc l'opération du Danemark vous rend optimiste ?
    Non parce que c'est un pas en arrière, pour trois pas en avant. L'Union européenne est tellement coincée dans ses contradictions qu'ils en sont même à réhabiliter le protectionnisme. Certains socialistes redéveloppent ainsi un protectionnisme qu'ils appellent sectoriel et temporaire tant ils se rendent compte des contradictions dans lesquelles ils ont mis les pays d'Europe. Comme ils sont quelque part, et qu'ils veulent garder le pouvoir, ils savent faire un pas en arrière pour revenir en avant, mais ils ne lâcheront pas. Ils se rendent bien compte qu'il y a un vrai problème parce que les opinions publiques ne sont pas d'accord avec eux, donc ils lâchent du mou, mais ils ne lâcheront pas l'essentiel. La fracture aujourd'hui est entre ces Européens et les populistes, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas initiés, qui ne comprennent pas la grande sagesse de Bruxelles. Les partisans de l'UE n'ont pas gagné un référendum. Leur crainte est donc que les décisions européennes deviennent prétextes à des référendums nationaux qui rendraient plus évident encore la critique de l'UE par les peuples. La crise financière aussi est révélatrice de l'absence d'enracinement dans le concret, dans le réel. La décision de l'Allemagne de ne pas payer davantage pour la Grèce en a été un autre signe. Les partisans de l'UE se rendent bien compte que la vraie subsidiarité, c'est-à-dire le sentiment national et la coopération des nations, est en train de reprendre le dessus sur leur état fédéral.
    Propos recueillis par Olivier Figueras Présent du 14 mai 2011

  • Allemagne : un homme de gauche contre l’islamisme

    BERLIN (NOVOPress) - C’est l’histoire d’un homme qui avait passé toute sa vie dans le politiquement correct le plus irréprochable et qui, tout d’un coup, bien malgré lui, bascule dans le camp des méchants. Daniel Krause (ci-dessus), 32 ans, docteur en sociologie, était professeur de sciences politiques dans un lycée de Dortmund. Il se définissait comme un homme de gauche, votant pour les Verts, homosexuel déclaré, militant de la cause animale. C’était un habitué des manifestations « antifascistes ». Rien que de hautement respectable.

    Las, en juin 2012, Daniel Krause est allé manifester à Cologne contre un grand rassemblement salafiste (baptisé poétiquement « Premier Congrès islamique de la paix »). La manifestation était organisée par le mouvement citoyen Pro NRW / Pro Köln, « contre l’islamisation de l’Allemagne ». Les participants étaient très peu nombreux : quelques dizaines en face de trois cents salafistes. Daniel Krause a pris la parole – selon lui, quelqu’un lui a tout simplement tendu un porte-voix et il a improvisé un petit discours.

    Il a déclaré qu’il était de gauche, qu’il n’était pas électeur de Pro NRW, mais que « comme homosexuel déclaré, il avait plus peur en Allemagne des islamistes que des nazis ». « J’ai été si souvent menacé par des islamistes, a-t-il expliqué. Les parents islamistes veulent influencer l’enseignement dans les écoles, comme professeur, je peux souvent le dire. Mon expérience est que l’islamisme est le plus grand danger, alors que l’extrémisme de droite est ce que tout le monde combat aveuglément, sans réfléchir ».

    La vidéo de la manifestation a été publiée sur internet. Daniel Krause a été reconnu et dénoncé par le site « antifasciste » Indymedia, qui a publié sa biographie complète, ses coordonnées et même une photo de classe avec ses élèves. La presse s’est immédiatement emparée de l’affaire. Trois jours après, Daniel Krause était suspendu de son enseignement, tandis qu’une procédure disciplinaire était lancée contre lui. Celle-ci a finalement été abandonnée mais le professeur, qui a reçu de nombreuses menaces de mort et a dû vivre dans la clandestinité (« je ne pouvais plus sortir dans la rue ni aller travailler », raconte-t-il), n’a toujours pas pu reprendre son enseignement.

    Daniel Krause a pendant ce temps écrit un livre, à paraître en mars : Comme homme de gauche contre l’islamisme. Un professeur gay montre du courage. Dans deux interviews, à la Preussische Allgemeine Zeitung lundi dernier, et aujourd’hui au Citizen Times, il a expliqué sa démarche.

    Pour lui, « l’islamisme est le troisième grand mouvement totalitaire après le national-socialisme et le communisme. L’islamisme est aujourd’hui à l’offensive dans le monde entier. De plus en plus de jeunes, allemands comme immigrés, tombent dans cette idéologie qui méprise la dignité humaine ».

    Contre l’islamisme, il se réclame des « valeurs de gauche » que sont « l’égalité des droits entre homme et femmes, entre homosexuels et hétérosexuels, l’absence de violence dans l’éducation des enfants, et la séparation de l’État et de la religion ». Il se dit « reconnaissant à la génération de mai 68, qui a établi ces valeurs de gauche en Allemagne ». « C’est à ces valeurs que je dois, en tant qu’homosexuel, de pouvoir vivre aujourd’hui dans l’égalité des droits. Je ressens donc comme une préoccupation “de gauche” le fait de m’engager pour défendre notre société moderne et contre l’islamisme. Je m’appuie aussi sur mes expériences d’homme de gauche pour montrer les contradictions de la gauche. Nous trahissons les valeurs que nous avons conquises avec peine, nous les livrons à nos pires ennemis et nous louons même ceux-ci comme “un enrichissement multiculturel” ».

    Daniel Krause dénonce particulièrement ceux qui prétendent parler au nom des homosexuels. « Le Vert gay Volker Beck [député au Bundestag, porte-parole pendant des années de l’association allemande des gays et lesbiennes, N.d.N.] appelle régulièrement à des manifestations contre l’Église catholique. Lors de la visite du Pape à Berlin [en septembre 2011], 10.000 personnes ont ainsi manifesté contre l’homophobie au Vatican. Mais quand 5.000 islamistes homophobes et en plus prêts à la violence tiennent leurs congrès ici, Volker Beck se tait. »

    Daniel Krause s’attend du reste à ce que l’islam tienne de plus en plus de place dans la vie politique allemande, en commençant par les élections de cette année. « Les musulmans sont devenus pour les grands partis une importante clientèle électorale ».

    En face, il ne croit pas à une alliance entre « critiques de l’islam » de droite et de gauche, du moins en Allemagne. Selon lui, Pro Köln « grouille de nazis camouflés et dégoûtants, même si on ne s’en aperçoit pas au premier coup d’œil ». « Les critiques de droite, ou chrétiens conservateurs, de l’islam se servent d’une religion contre l’autre. Ils diabolisent souvent l’Islam, tandis qu’ils font l’apologie unilatérale du christianisme. Je trouve cela intolérant. Un homme de gauche est équilibré. Je critique aussi régulièrement le Pape. Le Coran et la Bible sont au même titre misogynes et homophobes ».

    L’idéal de Daniel Krause est aux Pays-Bas, en la personne de Geert Wilders qui « continue la ligne de Pim Fortuyn. Il défend les droits des femmes et des gays contre l’Islam, sans faire l’apologie du christianisme. Avec Wilders, quelqu’un de gauche peut coopérer ». « L’Allemagne a à apprendre de la Hollande. Nous devons ici aussi défendre la tolérance occidentale contre l’intolérance islamiste ».

    http://fr.novopress.info

  • COHN BENDIT : EXPRESSION DU NIHILISME EUROPEEN

    Pour qui roule Cohn Bendit ? Après avoir déclaré dans sa jeunesse : « le drapeau français est fait pour être brûlé », il faut lui reconnaître une certaine constance dans son action.
    Tout dans ses actes et déclarations a toujours eu pour objectif de détruire l'entité française. L'ancien contestataire au visage devenu quelque peu bouffi est donc pour l'Europe fédérale, la régularisation des sans papier, le PACS qui détruit la famille... Dans son acharnement à vouloir à tout prix détruire les valeurs sur lesquelles s'est fondée notre civilisation il vient de faire l'éloge de la désertion « les déserteurs sont l'honneur de l'Armée française » (ben voyons !).
    Cohn Bendit finit d'ailleurs par faire tort à sa communauté d'origine en se complaisant à l'extrême dans le rôle stéréotypé et suranné du juif allemand facteur de pourriture et de désagrégation sociale. Comme l'Allemagne a envoyé dans ses fourgons Lénine pour détruire la Russie, et il y est trop bien arrivé, ce pays, quatre vingt ans après, nous envoie son rouquin devenu vieillissant et grisonnant pour détruire la France.
    La question qui se pose pour un homme aussi constant dans sa volonté de destruction de notre civilisation est de comprendre le pourquoi de son acceptation du libéralisme. Cohn Bendit a sans doute deviné consciemment ou non tout le pouvoir de destruction que recèle en soi le libéralisme : vision de l'homme qui nie l'enracinement national, le sacré, le mythe fondateur. L'économie libérale détruit les frontières, les nations et l'essence même de l'Homme occidental, sa culture, son être.
    Tout ceci ne pouvait que séduire au plus haut point l'ancien contestataire de Mai 1968 dans sa haine obsessionnelle et maladive du fait français qui dans le fond de sa culture n'a jamais été libéral. Il semble curieux dans un premier temps que les Verts qui n'ont jamais été très européistes, ni libéraux l'aient choisi comme tête de liste. Mais la pensée rousseauiste, celle des Verts, a toujours été celle de la haine de soi, de l'auto-flagellation permanente, de la destruction de notre civilisation : un retour à la nature (d'ailleurs complètement reconstruite artificiellement par le rêve) c'est-à-dire un homme à l'état primitif, vêtu de peaux de bête, vivant au milieu de ses chèvres et de ses moutons. Pour revenir à ce paradis perdu il faut abattre les institutions qui fondent notre civilisation. L'homme blanc, parfois pour des raisons diverses, n'assume plus sa culture et suit des chefs destructeurs et nihilistes. Le libéralisme en s'en remettant uniquement au marché, avec son refus d'un État fort qui a fondé la Nation française suit une logique semblable.
    Jean-Jacques Rousseau, mal dans sa société, méprisé de son vivant ne pouvait, par ressentiment, que poser en principe que l'homme civilisé est mauvais et le sauvage bon. Toutes ces niaiseries continuent à faire le fond de commerce de tout un courant de pensée politique, gauchiste, tiers-mondiste, écolo-socialiste...
    Le fond idéologique est donc commun entre Cohn Bendit et les Verts français même si les moyens diffèrent. Électoralement cela peut-être aussi payant, car il rappelle à de nombreux quinquagénaires leur vingt ans et un vote nostalgique n'est pas à exclure. Au milieu d'une classe politique sclérosée où l'insipide, le convenu règnent à quelques exceptions près, Cohn Bendit fait figure d'original et d'iconoclaste, séducteur comme peut l'être une cocotte vieillissante.
    Mais au delà de tout le strass et de toutes les paillettes il ne traduit en fin de compte que l'ennui de l'Homme blanc prêt à écouter le premier gourou venu.
    par Patrice GROS - SUAUDEAU LE GLAIVE janv - févr. 1999

  • Subversion / Oranges bruns : les Britanniques préparent de nouveaux coups d’Etat en Ukraine, en Géorgie et en Moldavie

    Les Britanniques prédisent de nouvelles révolutions en Ukraine et n’excluent pas une telle éventualité pour la Moldavie et la Géorgie, selon le pronostic des auteurs d’un compte rendu de l’Institut royal britannique des relations internationales. A leur avis, à l’issue des révolutions, la société ne s’est pas mise à participer plus activement à la politique, ce qui entraîne la corruption, le mécontentement vis-à-vis des autorités, et de ce fait, les révolutions sont inachevées.

    Les auteurs du compte rendu « Comment terminer la révolution : la société civile et la démocratie en Géorgie, en Moldavie et en Ukraine » sont convaincus que tôt ou tard la société explosera pour « achever » ces processus. La révolution des roses géorgienne en 2003, la révolution « orange » en Ukraine en 2004 et la relève du pouvoir en Moldavie en 2009 ont montré que les citoyens de ces pays aspiraient à des changements. Cependant, ces événements accentuent la corruption, le mécontentement dans le contexte de l’accès limité des citoyens à la vie publique. Pout « achever » les révolutions les chercheurs britanniques conseillent aux organisations non commerciales d’entraîner plus activement les citoyens dans les protestations, de coopérer plus étroitement avec les médias et sur les réseaux sociaux ».

    NPI

  • Encore un scandale du côté de l’Union européenne : elle finance des mosquées turques, hors de son territoire !

    Le député européen du Vlaams Belang Philip Claeys a découvert que l’Union européenne va donner de l’argent pour des mosquées turques située dans le Nord de Chypre, occupé par la Turquie.

    En 1974, l’armée turque a envahi Chypre et occupé le Nord de l’île. Les Grecs en ont été chassés, des milliers d’entre eux ont été assassinés. Des centaines d’églises grecques orthodoxes et de monastères ont été détruits par les Turcs, pillés, brûlés et depuis lors négligés.

     

    Depuis 2004, Chypre est membre de l’Union européenne, mais la Turquie poursuit l’occupation de la partie située au Nord. Les Turcs refusent d’entretenir les restes des églises orthodoxes situées dans leur zone.

     

    Après une longue opposition des Turcs, la Commission européenne a maintenant décidé d’établir une liste de 11 monuments prioritaires au sein des deux communautés qui doivent recevoir de l’argent. Les Turcs ont placé, en tant que provocation, quatre mosquées sur la liste. Pas de problème pour l’Union européenne : elle s’engage à verser 4 millions d’euros et encore plus d’argent suivra.

     

    Pour Philip Claeys, « l’Union européenne va donc payer aux occupants au profit de bâtiments qui sont le symbole de l’occupation. Pas étonnant que l’Union européenne ne soit prise au sérieux nulle part dans le monde. »

     

    Source : Lionel Baland

  • En Europe, l’entrepreneuriat n’a plus la cote

    Alors que le coup d’envoi des Assises de l’entrepreneuriat a été donné par la ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Innovation et de l’Economie numérique Fleur Pellerin ce lundi, une étude européenne met en lumière la frilosité des Européens à l’égard de la création d’entreprise.

    La création d’entreprise n’a pas le vent en poupe. C’est en tout cas ce que met en lumière une étude européenne, alors que les Assises de l’entrepreneuriat viennent d’être lancées lundi par Fleur Pellerin. Selon l’Eurobaromètre “Entrepreneuriat en Europe et au-delà”, publié par Bruxelles le 9 janvier dernier, la proportion des actifs qui souhaitent devenir leur propre patron irait decrescendo. En 2012, la part des Européens désireux d’entreprendre a ainsi perdu 8 points en 3 ans. Cette proportion est passée de 45% en 2009 (contre 49% préférant la situation d’employé) à 37% en 2012 (contre 58%).

    2/3 des Etats membres

    Dans plus de deux tiers des Etats membres de l’Union européenne (très exactement 19 sur 27), les sondés penchent majoritairement pour la situation d’employé à celle de travailleur indépendant. L’exemple est d’autant plus frappant en Scandinavie. Cette proportion flirte avec des sommets en Suède et en Finlande, où respectivement 74% et 73% des sondés préfèrent être employés. Il semblerait que les pays hors Union européenne soient quant à eux plus enclins à se lancer dans la création d’entreprise, si l’on observe les chiffres publiés dans cette étude. Notamment en Turquie où 82% des actifs y sont favorables quand seuls 15% préfèrent la situation d’employé, mais aussi au Brésil (63% contre 33%) et en Chine (56% contre 32%).

    Une tendance plus large

    L’enquête note toutefois que certains pays présentent des résultats comparables à ceux de l’Union européenne. Ainsi, en Norvège, 73% des sondés répondent en faveur du salariat contre 23% qui assurent préférer être leur propre patron. Une proportion que l’on retrouve également en Suisse et en Israël où 58% des personnes interrogées disent se conforter d’une situation d’employé (contre respectivement 39% et 34%). Aux Etats-Unis, enfin, cette préférence a également sensiblement augmenté, passant de 37% à 46% entre 2009 et 2012.

    Risque de faillite et revenus irréguliers

    Une tendance qui semble refléter la situation économique actuelle, à savoir une propension à rechercher un emploi stable plutôt qu’à se lancer dans l’aventure, plus hasardeuse, de l’entrepreneuriat. En effet, l’aversion au risque de faillite ainsi que l’irrégularité induite des revenus ressortent comme les deux principaux freins à la création d’entreprise. Le risque de faillite effraie ainsi 43% des sondés, tandis que les revenus irréguliers en rebutent 33%. Des craintes qui sont toutefois en baisse par rapport à 2009, chacune ayant respectivement perdu 6 et 7 points. Les contraintes administratives et financières ayant pris le pas sur les premières.

    Et justement, en France – où près de 550.000 entreprises en 2012 ont fleuri en 2012, soit un peu plus qu’en 2011 – un site participatif dédié à l’entrepreneuriat hébergé par Bercy doit être lancé ce mardi afin de favoriser l’information et donc l’esprit d’entreprise. Les internautes pourront y déposer leurs contributions pendant un mois.

    La Tribune  http://fortune.fdesouche.com