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géopolitique - Page 808

  • « Echanges entre militaires » : les révélations de Seymour Hersh sur la Syrie (Première partie)

    Dans un article publié le 21 décembre 2015 par la London Review Books, intituléMilitary to Military et traduit par le site Les Crises.fr sous le titre Echanges entre militaires, le journaliste américain Seymour Hersh qui obtint notamment le prix Pulitzer en 1970 pour son enquête sur le massacre de My lai, présente une analyse particulièrement intéressante sur les oppositions au sein du pouvoir américain concernant la politique des Etats-Unis vis-à-vis de la guerre en Syrie.

    En effet, un désaccord serait apparu à l’été 2013 entre le comité des chefs d’Etat-major américain, dirigé à l’époque par le Général Dempsey, et le gouvernement d’Obama. Son caractère est essentiel puisqu’il porte en fin de compte, au travers des affrontements syriens, sur la désignation de l’ennemi principal. Pour l’Etat-major, il s’agit des groupes islamistes. Obama, au contraire, est fixé sur la Russie. Selon les éléments fournis par Hersh, qui confortent ceux d’autres experts, les livraisons d’armes qui furent organisées aboutirent dans les mains des formations djihadistes, l’opposition dite modérée n’ayant pas de réalité sur le terrain.

    Pour l’essentiel, la classe politique américaine et les media ont épousé le point de vue d’Obama, dénonçant la Russie qui demeure un adversaire. Observons que les médias français se situent dans la même ligne.

    Un autre aspect de l’article, qui n’échappera pas, est la mise en lumière du fonctionnement du système de pouvoir aux Etats-Unis, de ses multiples têtes et de ses antagonismes internes.

    Au regard de cette politique étrangère conduite en Syrie par le président américain, opposition au régime syrien et à son allié russe au bénéfice des divers groupes islamistes, politique suivie par l’Union Européenne, il convient de s’interroger sur la part d’incompétence et sur celle d’un aveuglement idéologique face à la réalité du monde. Les choix sont bien funestes quant à leurs conséquences. L’article ne répond pas à cette question mais il est une des voies qui ouvre la réflexion.
    Présentation de Michel Leblay, contributeur de Polémia que nous remercions.

    Par ailleurs, en raison de sa longueur, l’article sera présenté en deux épisodes (Ndlr)

    Première partie :

    Obama prisonnier d’une vision de la Russie et de la Chine digne de la Guerre froide. 

    Le journaliste d’investigation Seymour Hersh livre ainsi un long article sur le partage du Renseignement américain sur la guerre en Syrie.

    Il est spécialisé dans les affaires militaires américaines et les services secrets. Il a écrit notamment pour The New Yorker et le New York Times. Il est à l’origine de nombreuses révélations comme le scandale de torture de Abu Ghraib ou encore le Massacre de Mỹ Lai au Viêt Nam pour lequel il obtient un Prix Pulitzer. Il est considéré par le monde universitaire comme un des meilleurs journalistes des Etats-Unis.

    L’insistance de Barack Obama à réclamer le départ d’Assad – et à affirmer qu’il y a des groupes de rebelles modérés en Syrie capables de le renverser – a provoqué ces dernières années des dissensions feutrées, et même une opposition ouverte parmi les plus hauts fonctionnaires de l’état-major conjoint du Pentagone. Leurs critiques se sont concentrées sur ce qu’ils considèrent comme une obsession de l’administration sur le principal allié d’Assad, Vladimir Poutine. Selon eux, Obama est prisonnier d’une vision de la Russie et de la Chine digne de la Guerre froide, et n’a pas ajusté son discours sur la Syrie, qui tiendrait compte du fait que tous deux partagent l’inquiétude de Washington de voir le terrorisme se propager dans et au-delà de la Syrie ; comme Washington, ils pensent que l’islamisme doit être stoppé.

    La résistance de l’armée remonte à l’été 2013, lorsqu’un bulletin d’évaluation classé secret défense, rassemblé par l’Agence de renseignement du ministère de la Défense (DIA) et les chefs d’état-major interarmes, alors dirigés par le général Martin Dempsey, prévoyait que la chute d’Assad allait mener au chaos et sans doute à la conquête de la Syrie par des extrémistes djihadistes, à l’image de ce qui était en train de se passer en Libye. Un ex-conseiller de l’état-major interarmes me raconta que le document était une synthèse de sources diverses, élaborant un scénario à partir de signaux, de renseignements satellitaires et humains, et il voyait d’un mauvais œil l’entêtement de l’administration Obama à continuer de financer et d’armer les prétendus groupes de rebelles modérés. A cette époque, la CIA complotait depuis plus d’un an avec ses alliés du Royaume-Uni, d’Arabie Saoudite et du Qatar pour expédier des armes et des marchandises – dans le but de renverser Assad – à partir de la Libye, via la Turquie, jusqu’en Syrie.

    Le nouveau Rapport estimatif pointait la Turquie comme obstacle majeur à la politique d’Obama en Syrie. Le document montrait, selon ce conseiller, « que ce qui avait débuté comme une opération secrète pour armer et soutenir les rebelles modérés luttant contre Assad avait été approuvé par la Turquie, et s’était transformé en un programme technique, militaire et logistique à cheval sur la frontière pour toutes les forces d’opposition, y compris, et l’Armée syrienne libre n’était qu’un mirage stationné sur une base aérienne en Turquie. Le constat était peu réjouissant : il n’y avait aucune opposition modérée viable face à Assad, et les USA armaient des extrémistes.

    Le lieutenant général Michael Flynn, directeur de la DIA entre 2012 et 2014, confirma que son agence avait envoyé un flux constant de mises en garde secrètes à l’exécutif quant aux conséquences catastrophiques d’un renversement d’Assad. Les djihadistes, précisait-il, contrôlaient toute l’opposition. La Turquie n’en faisait pas assez pour stopper l’infiltration de combattants étrangers et d’armes le long de sa frontière. Lynn m’avait confié « Si le public américain avait accès au flux de renseignements que nous avons transmis quotidiennement, au niveau le plus sensible, il exploserait de rage. » « Nous avons compris la stratégie à long terme de l’Etat Islamique (EI) et ses plans de campagne, et nous avons aussi discuté le fait que la Turquie regardait ailleurs lorsqu’il s’agissait d’aborder l’expansion de l’EI en Syrie. » Le rapport de la DIA fut repoussé avec force par l’administration Obama. « J’ai eu l’impression qu’ils ne voulaient tout simplement pas entendre la vérité. »

    L’ex-conseiller ajouta : « Notre politique visant à armer l’opposition à Assad était un échec, et avait même un impact négatif. » Les commandants interarmes étaient convaincus qu’Assad ne devait pas être remplacé par des fondamentalistes. La politique de l’Administration était contradictoire. Ils voulaient le départ d’Assad mais l’opposition était dominée par des extrémistes. Alors, qui allait bien pouvoir le remplacer ? Dire qu’Assad doit partir c’est bien beau, mais si vous suivez l’idée jusqu’au bout, eh bien vous ne trouvez personne de meilleur. C’est la question du « personne n’est meilleur qu’Assad » que l’état-major interarmes (JCS) soulevait face à la politique d’Obama. Les commandants du JCS sentaient qu’affronter directement la politique d’Obama n’aurait «aucune chance de succès ». C’est ainsi qu’à l’automne 2013 ils décidèrent de prendre des mesures contre les extrémistes sans passer par les canaux politiques, en fournissant des renseignements militaires aux autres nations, dans l’espoir bien compris qu’ils seraient transmis à l’armée syrienne et exploités contre l’ennemi commun, Jabhat al-Nosra et l’EI.

    L’Allemagne, Israël et la Russie étaient en contact avec l’armée syrienne, et capables d’exercer une certaine influence sur les décisions d’Assad. C’est par leur intermédiaire que les renseignements américains seraient partagés. Chacun avait ses raisons de coopérer avec Assad : l’Allemagne redoutait ce qui pourrait se passer au sein de sa population de 6 millions de musulmans si l’EI s’étendait ; Israël se sentait concerné par la sécurité de ses frontières ; la Russie était alliée de longue date avec la Syrie, et s’inquiétait de la menace qui pesait sur son unique base en Méditerranée, à Tartous. « Nous n’avions pas la ferme intention de dévier de la ligne politique officielle d’Obama, mais partager nos évaluations de la situation au travers de relations d’armée à armée pouvait se révélerr plus productif. Il était clair qu’Assad avait besoin de renseignements tactiques plus précis et de conseils opérationnels. Les commandants en avaient déduit que si ces besoins étaient satisfaits, le combat contre le terrorisme en serait in fine renforcé. Obama n’était pas au courant, mais Obama ne sait pas toujours ce que fait l’état-major dans chaque circonstance, et il en va ainsi de tous les présidents. »

    Lorsque le flux de renseignements américains débuta, l’Allemagne, Israël et la Russie commencèrent à transmettre les informations sur les déplacements et intentions des groupes de djihadistes radicaux à l’armée syrienne ; en échange, la Syrie a fourni des renseignements sur ses propres moyens et intentions. Il n’y avait pas de contact direct entre les USA et les forces armées syriennes ; en lieu et place, selon ce conseiller,« Nous leur avons fourni du renseignement, y compris des analyses à plus long terme sur l’avenir de la Syrie, rassemblées par des contractants ou l’une de nos écoles militaires – et ces pays pouvaient en faire ce qu’ils voulaient, y compris les partager avec Assad. Nous disions aux Allemands et aux autres : “Tenez, voilà des informations particulièrement intéressantes, et nos intérêts se rejoignent”. Fin de la conversation. L’état-major pouvait conclure que quelque chose de bénéfique en sortirait – mais c’était une action d’armée à armée, et non un quelconque complot sinistre des commandants pour contourner Obama et soutenir Assad. C’était beaucoup plus subtil. Si Assad se maintient au pouvoir, ce ne sera pas parce que nous l’y avons maintenu, mais parce qu’il aura été suffisamment malin pour exploiter les renseignements et les conseils tactiques avisés que nous avons fournis aux autres. »

    ***

    L’histoire publique des relations entre les USA et la Syrie au cours des dernières décennies est celle d’une inimitié. Assad condamna les attaques du 11/9, mais s’opposa à la Guerre d’Irak. George Bush a, de façon répétée, lié la Syrie aux 3 membres de « l’axe du mal » – Irak, Iran et Corée du Nord – tout au long de sa présidence. Les messages du département d’Etat rendus publics par Wikileaks montrent que l’administration Bush tenta de déstabiliser la Syrie et que ces efforts se sont poursuivis au cours des années Obama. En décembre 2006, William Roebuck, alors en poste à l’ambassade américaine à Damas, rendit un rapport qui analysait les failles du gouvernement Assad, et proposait une liste des méthodes « susceptibles d’augmenter la probabilité » d’opportunités de déstabilisation. Il recommandait que Washington travaille avec l’Arabie Saoudite et l’Egypte pour développer les tensions sectaires et se concentre sur la médiatisation « des efforts syriens contre les groupes extrémistes » – les dissidents kurdes et les factions radicales sunnites – « de façon à suggérer une situation de faiblesse, des signes d’instabilité, et un effet boomerang hors de contrôle » ; ainsi il apparaîtrait nécessaire d’encourager « l’isolement de la Syrie », au travers du soutien américain au Front de Salut national en Syrie, dirigé par Abdul Halim Khaddam, un ex-vice-président syrien dont le gouvernement, en exil à Riyad était soutenu par les Saoudiens et les Frères musulmans. Un autre message transmis en 2006 montrait que l’ambassade avait dépensé 5 millions de dollars en financement de dissidents qui présentaient des candidats indépendants pour l’Assemblée Populaire ; les virements furent maintenus même lorsqu’il fut évident que les services secrets syriens étaient désormais au courant de ce qui se passait. Un message transmis en 2010 mettait en garde sur le financement d’un réseau télévisé aux mains de l’opposition syrienne à Londres, que le gouvernement syrien interpréterait comme « un acte hostile mené sous couverture contre le régime ».

    Mais il y a aussi une histoire parallèle de la coopération secrète entre la Syrie et les Etats-Unis au cours de la même période. Les deux pays ont collaboré contre Al Qaïda, leur ennemi commun. Un consultant de longue date au sein du Commandement conjoint des Opérations spéciales (Joint Special Operations Command), déclara qu’ « à la suite du 11/9, Bachar fut extrêmement utile pour nous pendant des années, tandis qu’en retour, selon moi, nous fûmes très discourtois, et particulièrement maladroits dans l’usage que nous fîmes de l’or qu’il mettait entre nos mains. Cette coopération silencieuse se poursuivit entre certains éléments, même après que [l’administration Bush] eut décidé de le diaboliser. » En 2002, Assad autorisa les services secrets syriens à divulguer les dossiers internes sur les activités des Frères musulmans en Syrie et en Allemagne. Plus tard cette année-là, les services secrets syriens déjouèrent une attaque d’Al Qaïda contre le quartier général de la Ve Flotte de l’US Navy à Bahrein, et Assad donna son accord pour fournir à la CIA le nom d’un informateur vital d’Al Qaïda. En violation de cet accord, la CIA contacta directement cet informateur ; il rejeta l’approche, et rompit les relations avec ses interlocuteurs syriens.Toujours secrètement, Assad remit aussi aux mains des Américains des membres de la famille de Saddam Hussein qui avaient trouvé refuge en Syrie, et – comme les alliés des USA la Jordanie, l’Egypte, la Thailande et ailleurs – fit torturer des suspects de terrorisme pour le compte de la CIA dans une prison damascène.

    C’est cette histoire de coopération qui rendait plausible l’idée que Damas coopérerait en 2013 au nouveau protocole d’échange d’informations indirect avec les USA. Les commandants interarmes firent savoir qu’en retour les USA souhaitaient quatre approbations :

    • Assad devait retenir le Hezbollah d’attaquer Israël ;
    • il devait reprendre les négociations avec Israël pour signer un accord sur le Plateau du Golan ;
    • il devait accepter la venue de conseillers militaires russes et d’autres pays ;
    • et il devait s’engager à organiser de nouvelles élections ouvertes après la guerre qui intègrent un large éventail de sensibilités politiques.

    Le conseiller du JCS ajouta : « Nous avions un feedback positif des Israéliens, qui étaient d’accord pour soutenir le projet, mais ils voulaient savoir quelle serait la réaction de l’Iran et de la Syrie ». « Les Syriens nous ont dit qu’Assad ne prendrait pas sa décision de façon unilatérale – il avait besoin du soutien de sa propre armée et de ses alliés alaouites. Le souci d’Assad était qu’Israël dise oui puis ne tienne pas ses promesses ». Un haut conseiller du Kremlin aux affaires du Moyen-Orient m’a raconté que fin 2012, après avoir subi une série de revers sur le champ de bataille et des désertions au sein de l’armée, Assad s’était rapproché d’Israël via un contact à Moscou, et qu’il avait proposé de rouvrir les discussions sur le Plateau du Golan. Les Israéliens avaient rejeté l’offre. Mon interlocuteur me confia : « Ils déclarèrent “Assad est un homme fini” » ; « Il est proche de la fin ». Il m’expliqua que les Turcs avaient tenu à Moscou le même discours. Cependant, à la mi-2013, les Syriens purent croire que le pire était derrière eux, et ils voulaient avoir l’assurance que les propositions d’aide des Américains et d’autres étaient sérieuses.

    Au début des pourparlers, selon ce conseiller, les commandants interarmes essayèrent de déterminer les besoins d’Assad en signe de bonnes intentions. Sa réponse fut transmise par l’intermédiaire d’un ami d’Assad : « Apportez-lui la tête du Prince Bandar. » Les membres de l’état-major ne donnèrent pas suite. Bandar ben Sultan avait servi les services secrets et la sécurité intérieure de l’Arabie Saoudite durant des décennies, et il avait passé plus de 20 années en tant qu’ambassadeur à Washington. Ces dernières années, il était connu pour vouloir la destitution d’Assad à tout prix. Alors qu’on le disait en mauvaise santé, il démissionna l’année dernière en tant que directeur du Conseil de sécurité saoudien, mais l’Arabie Saoudite continue d’être le principal pourvoyeur de fonds à l’opposition syrienne, dont le montant est estimé à 700 millions de dollars par le Renseignement américain. En juillet 2013, les chefs d’état-major interarmes découvrirent un moyen plus direct de démontrer le sérieux de leur proposition d’aide à Assad. A cette époque, le flux secret d’armes en provenance de Libye pour l’opposition syrienne via la Turquie était en place depuis plus d’un an (il débuta peu de temps après la mort de Kadhafi le 20 octobre 2011). L’opération était en grande partie organisée depuis une annexe secrète de la CIA à Benghazi, avec l’aval du Département d’Etat. Le 11 septembre 2012, l’ambassadeur US en Libye Christopher Stevens fut tué durant une manifestation antiaméricaine qui dégénéra en incendie du Consulat des USA à Benghazi ; des journalistes du Washington Post trouvèrent des copies de l’agenda de l’ambassadeur au milieu des ruines du bâtiment. Elles montraient que le 10 septembre, Stevens avait rencontré le chef des opérations de l’annexe de la CIA. Le jour suivant, peu avant de mourir, il avait rencontré un représentant de la Compagnie d’affrètement « Al-Marfa Shipping and Maritime Services », une société basée à Tripoli, qui, selon ce conseiller, était connue de l’état-major pour s’occuper de l’expédition d’armement.

    A la fin de l’été 2013, le rapport de la DIA avait été largement diffusé, mais bien que de nombreux agents de la communauté du Renseignement aient été au courant de la domination de l’opposition syrienne par les extrémistes, l’armement fourni par la CIA continua d’affluer, ce qui constituait un problème permanent pour l’armée d’Assad. Les stocks et dépôts de Kadhafi étaient la source d’un marché international de l’armement, bien que les prix aient été élevés. Le conseiller de l’état-major interarmes déclara qu’ « Il n’y avait aucun moyen de stopper les expéditions d’armes qui avaient été approuvées par le président. La solution passait par mettre la main au portefeuille. La CIA fut approchée par un représentant de l’état-major qui suggéra que les arsenaux turcs renfermaient des armes bien meilleur marché qui pouvaient se retrouver dans les mains des rebelles syriens en quelques jours, sans transfert maritime. » Mais la CIA ne fut pas la seule à en bénéficier. « Nous avons travaillé avec les Turcs en qui nous avions confiance et qui n’étaient pas loyaux avec Erdogan, et nous les avons sollicités pour expédier toutes les armes obsolètes de leurs arsenaux aux djihadistes en Syrie, y compris des carabines M1 qui n’avaient pas servi depuis la Guerre de Corée, et des tonnes d’armes soviétiques. C’était un message qu’Assad pouvait interpréter comme “Nous avons la capacité d’endiguer la politique de notre président en remontant sur ses traces” ».

    Le flux de renseignements en provenance des services US vers l’armée syrienne et la détérioration de la qualité des armes fournies aux rebelles marquèrent un tournant. L’armée syrienne avait subi de lourdes pertes au printemps 2013 lors de ses combats contre Jabhat al-Nosra (1) et d’autres groupes extrémistes, alors qu’elle ne parvenait pas à tenir la capitale provinciale Raqqa. Des raids sporadiques de l’armée syrienne et de l’aviation continuèrent pendant des mois sans grand succès, jusqu’à ce qu’elle décide de se retirer de Raqqa et d’autres zones difficiles à défendre ou peu peuplées au nord et à l’ouest, pour se concentrer sur la consolidation de la défense du bastion gouvernemental à Damas, et des zones densément peuplées reliant la capitale à Lattakié au nord-est. Mais alors que l’armée regagnait en force avec le soutien de l’état-major, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie augmentèrent leurs financements et armement de Jabhat al-Nosra et de l’EI, qui à la fin de 2013 avaient gagné un territoire énorme de part et d’autre de la frontière irako-syrienne. Les quelques rebelles non fondamentalistes qui restaient se retrouvèrent engagés dans des combats âpres – le plus souvent perdus – qui ciblaient les extrémistes. En janvier 2014, l’EI prit à la suite d’al-Nosra le contrôle de Raqqa et des zones tribales tout autour, et fit de la ville son quartier général. Assad contrôlait encore [un territoire occupé par] 80% de la population syrienne, mais il avait perdu des étendues considérables.

    Les efforts de la CIA pour entraîner les forces rebelles modérées échouaient aussi lamentablement. Le conseiller expliqua : « Le camp d’entraînement était en Jordanie et sous le contrôle d’un groupe tribal syrien ». Certains de ceux qui avaient signé étaient suspectés d’appartenir à l’armée syrienne, à l’uniforme près. Cela était déjà arrivé, dans les pires moments de la guerre en Irak, lorsque des centaines de miliciens chiites se présentèrent à l’accueil des camps d’entraînement américains le temps d’enfiler de nouveaux uniformes, d’obtenir de nouvelles armes et de suivre quelques jours d’entraînement avant de disparaître dans le désert. Un programme d’entraînement séparé, conçu par le Pentagone en Turquie, ne donna pas plus de résultats. Le Pentagone reconnut en septembre que seuls 4 ou 5 de ses recrues combattaient toujours l’EI ; quelques jours plus tard, 70 d’entre eux « firent défection » pour rejoindre Jabhat al-Nosra juste après avoir franchi la frontière syrienne.

    En janvier 2014, désespéré par le manque de progrès, John Brennan, directeur de la CIA, convoqua les chefs des services secrets américains et sunnites de l’ensemble du Moyen-Orient à une réunion secrète à Washington, dans le but de persuader l’Arabie Saoudite de cesser son soutien aux combattants extrémistes en Syrie. « Les Saoudiens nous déclarèrent qu’ils seraient heureux de nous écouter, et donc tout le monde s’assit autour d’une table à Washington pour écouter Brennan leur expliquer qu’ils devaient désormais prendre le même bateau que les modérés. Le message était que si tout le monde dans la région cessait de soutenir al-Nosra et l’EI, leurs munitions et leur armement se tariraient, et les modérés l’emporteraient. » Le message de Brennan fut ignoré des Saoudiens, qui retournèrent chez eux pour relancer de plus belle leurs efforts en faveur des extrémistes et nous demander d’accroître notre soutien technique. Et nous avons finalement accepté, et tout cela s’est terminé par le renforcement des extrémistes. »

    Mais les Saoudiens étaient loin d’être le seul problème : le Renseignement américain avait accumulé des interceptions et des informations de source humaine qui démontraient que le gouvernement Erdogan soutenait Jabhat al-Nosra depuis des années, et faisait de même à présent avec l’EI. « Nous pouvons gérer les Saoudiens », me disait le conseiller ; « Nous pouvons gérer les Frères musulmans. Vous pouvez argumenter que l’équilibre global du Moyen-Orient repose sur une forme de destruction certaine mutuellement partagée entre Israël et le reste du Moyen-Orient, et que la Turquie peut déstabiliser cet équilibre – ce qui est le rêve d’Erdogan. Nous lui avons dit que nous voulions qu’il ferme le robinet des djihadistes étrangers qui se déversent en Turquie. Mais il rêve de grandeur – celle de restaurer l’Empire ottoman – et il n’a pas réalisé jusqu’où pourrait le mener la réussite de ce projet. »

    ***

    L’une des constantes dans les affaires américaines depuis la chute de l’URSS a été d’entretenir des relations d’armée à armée avec la Russie. Après 1991, les USA ont dépensé des milliards de dollars pour aider la Russie à sécuriser son arsenal nucléaire, y compris lors d’une opération ultra-secrète qui consistait à déplacer de l’uranium enrichi à des fins militaires depuis des dépôts non sécurisés au Kazakhstan. Ces programmes conjoints pour superviser la mise en sécurité de matériaux à usage militaire se sont poursuivis au cours des 20 années suivantes. Pendant la guerre menée par les Etats-Unis en Afghanistan, la Russie autorisa son survol par des transporteurs et des ravitailleurs américains, ainsi que le transit terrestre pour le flux d’armes, de munitions, d’eau et de nourriture dont la machine de guerre américain avait quotidiennement besoin. L’armée russe fournit des renseignements sur les déplacements d’Oussama Ben Laden, et aida les Etats-Unis à négocier le droit d’utiliser une base aérienne au Kirghizstan. L’état-major interarmes a toujours été en contact avec ses homologues syriens, et les liens entre les deux armées sont opérationnels jusqu’au plus haut niveau. En août, quelques semaines avant sa retraite de chef de l’état-major interarmes, Dempsey fit une visite d’adieu au quartier général des forces de défense irlandaises à Dublin, et raconta à son auditoire qu’ils avaient mis un point d’honneur, lorsqu’il était en fonction, à garder le contact avec le chef de l’état-major russe, le général Valery Gerasimov : « En fait, je lui ai suggéré que nous ne terminions pas notre carrière comme nous l’avions commencée », a-t-il dit – celle d’un commandant de chars en Allemagne de l’Ouest pour l’un, et pour l’autre à l’Est.

    Lorsqu’il s’agit de se confronter à l’EI, la Russie et les USA ont bien des choses à partager mutuellement. Beaucoup au sein de l’EI, de son commandement à la troupe, ont combattu pendant plus de 10 ans contre la Russie lors des deux guerres de Tchétchénie à partir de 1994, et le gouvernement de Poutine est totalement investi dans le combat contre le terrorisme islamique. « La Russie connaît les cadres de l’EI », m’a fait remarquer le conseiller, « et elle a accès à ses techniques opérationnelles, avec beaucoup d’informations à partager. » En échange, « Nous avons d’excellent formateurs qui ont des années d’expérience dans la formation de combattants étrangers, une expérience que la Russie n’a pas ». Le conseiller n’a toutefois pas évoqué ce dont les services secrets américains sont également capables : la capacité à obtenir des informations sur des cibles, souvent en les achetant pour de fortes sommes à des sources au sein même des milices rebelles.

    Un ex-conseiller de la Maison Blanche pour les affaires étrangères m’a raconté qu’ « avant le 11-Septembre, Poutine avait l’habitude de nous dire : “Nous vivons le même cauchemar dans des endroits différents”. Il voulait parler de ses problèmes avec le Califat tchétchène, et de nos premiers affrontements avec al-Qaïda. Ces jours derniers, après l’attentat contre l’A320 Metrojet au-dessus du Sinaï et les massacres de Paris et ailleurs [Beyrouth], il est difficile de ne pas conclure que nous avons bien les mêmes cauchemars provenant des mêmes endroits. »

    Pourtant l’Administration Obama continue de condamner la Russie pour son soutien à Assad. Un haut diplomate retraité qui fut en poste à l’Ambassade de Moscou m’a exprimé de la sympathie pour le dilemme devant lequel se trouve Obama, en tant que chef de la coalition occidentale opposée à l’agression russe en Ukraine : « L’Ukraine est une question sérieuse, et Obama l’a abordée de façon ferme avec les sanctions. Mais notre politique vis-à-vis de la Russie est trop souvent erratique. En revanche, en Syrie, il ne s’agit pas de nous, il s’agit d’être sûrs que Bachar ne perde pas. En réalité, Poutine ne veut surtout pas voir le chaos syrien se répandre en Jordanie ou au Liban, comme cela s’est passé en Irak, et il ne veut pas voir la Syrie tomber aux mains de l’EI. L’intervention la plus contreproductive qu’Obama a faite, et cela a causé beaucoup de torts à nos efforts pour en finir avec ce conflit, a été de dire : “Assad doit partir en préalable à toute négociation.” » Il a aussi fait écho à un point de vue adopté par certains au Pentagone, lorsqu’il a fait allusion à un facteur sous-jacent dans la décision russe de lancer des frappes aériennes en soutien à l’armée syrienne à partir du 30 septembre : le souhait de Poutine d’éviter à Assad de subir le même sort que celui de Kadhafi. On lui avait rapporté que Poutine avait visionné 3 fois la vidéo de la mort atroce de Kadhafi, une vidéo qui le montre sodomisé avec une baïonnette. Le conseiller du JCS m’a lui aussi parlé d’un Rapport des services secrets US qui concluait que Poutine s’était ému du sort de Kadhafi : « Poutine s’en est voulu d’avoir laissé tomber Kadhafi, et de ne pas avoir joué un rôle clé en coulisses » lorsque la Coalition occidentale a fait pression à l’ONU pour être autorisée à entreprendre des frappes aériennes qui allaient détruire le régime. « Poutine a pensé qu’à moins de s’engager, Bachar allait connaître le même sort – mutilé – et qu’il allait assister à la destruction de ses alliés en Syrie. »

    Dans un discours du 22 novembre, Obama a déclaré que « les cibles principales » des frappes russes, ce sont l’opposition modérée ». C’est une ligne dont l’administration – ainsi que la plupart des médias grand public américains – n’a que rarement dévié. Les Russes insistent sur le fait qu’ils ciblent tous les groupes rebelles susceptibles de menacer la stabilité de la Syrie – y compris l’EI. Le conseiller du Kremlin aux affaires étrangères m’a expliqué, lors de notre entretien, que la première passe de frappes russes visait à renforcer la sécurité autour d’une base aérienne russe à Lattakié, bastion alaouite. Le but stratégique, m’a-t-il expliqué, était d’établir un couloir libéré des djihadistes entre Damas et Lattakié ainsi que la base navale russe de Tartous, puis d’infléchir graduellement les bombardements vers le sud et l’est, en se concentrant davantage sur les territoires tenus par l’EI. Les Russes ont frappé l’EI dans et autour de Raqqa dès le début octobre selon plusieurs comptes rendus ; en novembre, il y a eu d’autres frappes sur des positions de l’EI près de la ville historique de Palmyre, et dans la province d’Idlib, un bastion objet de féroces combats à la frontière turque.

    Les incursions russes dans l’espace aérien turc ont débuté peu après le déclenchement des bombardements par Poutine, et l’armée de l’air russe a déployé des systèmes de brouillage électroniques qui interfèrent avec la couverture radar turque. Le message envoyé à l’armée de l’air turque, selon le conseiller du JCS, était « Nous allons faire voler nos avions là où nous voulons, quand nous le voulons, et brouiller vos radars. Alors pas d’embrouilles. Poutine faisait savoir aux Turcs à quoi ils devaient s’attendre. » L’agression russe fit place à des plaintes turques et des démentis russes, en même temps que l’armée de l’air turque intensifiait ses patrouilles à la frontière. Il n’y a eu aucun incident significatif jusqu’au 24 novembre, lorsque 2 F16 turcs, agissant apparemment selon des règles d’engagement plus musclées, descendirent un chasseur bombardier Su24M russe qui avait franchi la frontière pendant à peine 17 secondes. Dans les jours qui suivirent le crash du chasseur, Obama exprima son soutien à Erdogan, et après qu’ils se furent entretenus en privé le 1er décembre, il déclara à la presse que son administration restait « particulièrement soucieuse de la sécurité et de la souveraineté de la Turquie ». Il déclara aussi que tant que la Russie demeurerait alliée avec Assad, « beaucoup de ressources russes allaient encore être dirigées contre des groupes d’opposition… que nous soutenons… donc je ne pense pas que nous devions nous bercer d’illusions, et que d’une façon ou d’une autre la Russie allait soudain concentrer ses frappes uniquement contre l’EI. Ce n’est pas ce qui se passe. Cela ne s’est jamais passé. Cela ne se passera pas de sitôt. »

    Le conseiller au Kremlin pour les affaires du Moyen-Orient, tout comme le conseiller du JCS et de la DIA, évacue d’un revers de main la question des « modérés » qui ont le soutien d’Obama ; il ne voit en eux que des groupes d’extrémistes islamistes qui combattent aux côtés de Jabhat al-Nosra et de l’EI (« Pas la peine de jouer sur les mots et séparer les terroristes entre modérés et non modérés », a rappelé Poutine dans son discours du 22 octobre) (2). Les généraux américains les considèrent comme des miliciens épuisés qui ont été forcés de s’entendre avec Jabhat al-Nosra ou l’EI afin de survivre. A la fin 2014, Jürgen Todenhöfer, un journaliste allemand qui fut autorisé à passer 10 jours dans les territoires tenus par l’EI en Irak et en Syrie, a raconté sur CNN qu’à la direction de l’EI : « Ils rigolent tous un bon coup à propos de l’Armée syrienne libre (ASL). Ils ne les prennent pas au sérieux. Ils disent : “Les meilleurs vendeurs d’armes que nous ayons sont l’ASL. S’ils touchent une arme de bonne qualité, ils nous la revendent illico.” Non, ils ne les prenaient pas au sérieux. C’est Assad qu’ils prennent au sérieux. Ils prennent au sérieux les bombes, bien sûr. Mais ils n’ont peur de rien, et l’ASL ne joue aucun rôle. » (A suivre)

    Voir la deuxième partie :
    « Echanges entre militaires » : les révélations de Seymour Hersh sur la Syrie (Deuxième partie)

    Seymour Hersh
    21/12/2015

    Titre original : Military to Military
    http://readersupportednews.org/opinion2/277-75/34216-focus-military-to-military

    Sources : London Review of Books, 12/2015 et Les-Crises.fr

    Traduction : BR pour le site Les-Crises.fr
    http://www.les-crises.fr/echanges-entre-militaires-par-seymour-hersh/

    Notes du traducteur :

    (1) Rappelons, comme l’ont indiqué les Américains, que al-Nosra est un pseudonyme pour Al-Qaïda en Syrie.
    (2) Rappelons que Robert Baer, ancien chef de région de la CIA pour le Moyen-Orient, a déclaré en 2014 : « Les Etats-Unis ont été incapables d’identifier le moindre groupe syrien dit “modéré” lorsque la guerre civile a débuté. »

    http://www.polemia.com/echanges-entre-militaires-les-revelations-de-seymour-hersh-sur-la-syrie/

  • La France au piège saoudien

    Il a fallu trente heures au Quai d’Orsay pour réagir à l’exécution de l’opposant chiite saoudien, le cheikh al-Nimr. Trente longues heures durant lesquelles les diplomates français ont pu mesurer combien l’alliance avec l’Arabie saoudite était tout sauf un chemin pavé de roses.

    Au final, la France n’a pas condamné, mais simplement « déploré profondément » cette mise à mort qui jette de l’huile sur les nombreux incendies du Moyen-Orient.

    L’Arabie saoudite et l’Iran, les deux grandes puissances régionales, sont au bord de la rupture, alors que leur coopération est indispensable à la résolution des crises - la transition politique en Syrie et la lutte contre Daech au premier chef. L’espoir d’un début de solution émergeait fin 2015. Aujourd’hui, tout semble à terre.

    Dans ce contexte à nouveau dégradé, la France se retrouve prise au piège de son alliance avec l’Arabie saoudite. Ce choix stratégique de première importance, jamais vraiment débattu, s’est renforcé depuis l’arrivée de François Hollande à l’Élysée. Cette entente serait, dit-on, le prix à payer pour de mirifiques contrats. Pourquoi pas ? Sauf que ces promesses sont bien souvent comme mirages dans le désert. Les exportations françaises vers l’Arabie saoudite restent dix fois moins importantes que celles vers... la Belgique ! [....]

    La suite sur Secret Défense

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?La-France-au-piege-saoudien

  • Terrorisme islamique : Poutine a-t-il raison?

    L’effondrement des bourses chinoises, lié au très sensible ralentissement de la croissance dans l’empire du milieu, est un vif sujet d’inquiétude pour les autorités communistes qui craignent comme la peste tout mouvement de contestation sociale dans un pays plus fragile qu’il n’y paraît. Pareillement, le récent essai nucléaire nord-coréen est là aussi pour nous rappeler la multiplicité des menaces de déstabilisation qui, par effet papillon, pèsent sur nos sociétés, nos économies interconnectées et mondialisées. Bien sûr, dans une France en crise à tous les niveaux, au sein d’une Europe fragilisée comme jamais par les bouleversements démographiques et migratoires des pays du sud, c’est la menace islamiste, qui en cette semaine de commémoration des attentats djihadistes de janvier 2015, occupe le plus les esprits. Toutes les zones d’ombres n’ont pas été dissipées sur les complices, les commanditaires, les liens, les réseaux qui ont permis aux Frères Kouachi se réclamant d’Al-Qaïda au Yémen,  et à Amedy Coulibaly,  disant agir au nom de l’Etat islamique, de passer à l’acte.

    Pour autant, comme l’a rappelé à l’Afp Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme, il existe de fait « une porosité entre les deux organisations terroristes et les liens affectifs qui unissent les djihadistes dépassent le simple fonctionnement d’une structure.»

    Porosité, ou à tout le moins identité des objectifs, qui est aussi évidente sur le terrain au Proche-Orient, en Syrie, dans le combat mené par les djihadistes et les « modérés ». Le site no terror relayait la vidéo postée le 4 janvier par les miliciens du groupe al-Nosra (une franchise d’al qaïda) remerciant les membres de l’Armée syrienne libre (ASL) pour leur fourniture de missiles TOW, armes antichars de fabrication américaine.

    « al-Nosra, l’ASL, les djihadistes de Jeish al-Fath (Armée de la Conquête), ont combattu ensemble à Alep, Lattaquié, Hama et Idlib», «partagent les mêmes tranchées; ils partagent par ailleurs le contrôle sur les villages qu’ils capturent ensemble.»

    « Depuis les frappes russes qui leur font très mal, le Front al-Nosra et l’ASL coordonnent leurs opérations » et « les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et le Qatar, (ont accentué) leur livraisons d’armes aux terroristes» pour freiner «l’avancée rapide de l’armée arabe syrienne après les bombardements russes». « Selon des sources concordantes, le Front al-Nosra a obtenu de l’Arabie Saoudite, récemment, près de 500 missiles, TOW. » Rappelons qu’officiellement l’Otan, le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite ne revendiquent leur soutien logistique qu’à la seule ASL…

    «Il est impossible de lutter à la fois contre le Gouvernement du président Bachar al-Assad et les terroristes car ces derniers fonctionnent ensemble », est-il rappelé dans cet article. Une donnée tangible qu’il ne faut pas perdre de vue alors qu’un porte-parole de l’armée américaine, leColonel Steve Warren, affirmait hier que depuis le début de l’intervention aérienne en août 2014,l’EI a perdu 40%, des territoires qu’il avait pris en Irak et 10%, en Syrie. Les frappes aériennes menées par coalition internationale menée par les Etats-Unis auraient tué environ 2.500 combattants de l’EI en décembre.

    Au-delà de ce satisfecit, il s’agit de s’interroger sur la viabilité des actions militaires et des buts stratégiques des belligérants engagés contre Daech. En frappant indistinctement terroristes dits «modérés» et djihadistes autoproclamés comme tels, les Russes mènent une action parfaitement cohérente affirme le géopoliticien Frédéric Pichon dans une récente vidéo pour le site stratpol.com.

    Une manière aussi pour Vladimir Poutine, dit-il, de révéler les ambiguïtés, pour le moins, des actions menées par les pays de l’Otan sous la direction de Washington. Et de rendre palpable cette vérité, à savoir que seule l’articulation entre des frappes aériennes et l’action des troupes au sol (celles de l’armée du régime syrien, mais aussi des combattants kurdes) peut permettre d’éradiquer l’Etat islamique. A l’heure ou MM. Hollande, Fabius, Cazeneuve , Valls, Le Drian en tête ne cessent de proclamer cet objectif de lutte contre le terrorisme islamique, la Russie apparaît comme la nation la plus sérieusement engagée, sur le front diplomatique comme militaire, pour débarrasser la région et l’Europe de cette menace.

    Certes, la diplomatie française notamment, en a rabattu –on voit mal Laurent Fabius dire aujourd’hui comme il y a encore quelques mois que les égorgeurs du Front al-Nosra  «font du bon boulot» en Syrie. Mais un distinguo est toujours établi entre gentils terroristes «modérés» et le Frankenstein baptisé Etat islamique devenu hors contrôle ( ?), combattant le régime laïque syrien.

    Il est enfin particulièrement désolant, et le mot est faible, que de revirement en démission et autre soumission à la ligne états-uniennes, la France ait abandonné son rôle historique, de défenseur, autant que faire se peut, des chrétiens d’orient. Rôle assumé, assuré désormais par le grand frère (orthodoxe) russe, et ce de manière plus appuyée, paradoxalement, déjà sous l’ère soviétique soulignait M. Pichon.

    Communautés chrétiennes d’Orient dont la disparition, rappelait dernièrement Bruno Gollnisch,marquerait aussi un recul de plusieurs milliers de kilomètres de notre civilisation helléno-chrétienne, ce qui est aussi un des buts affichés par les fous d’Allah. Mais des dirigeants français inféodés à une Europe refusant d’assumer ses racines chrétiennes, au nom de la doxa mondialiste, peuvent-ils  encore  être sensibles à cette donnée ?

    http://gollnisch.com/2016/01/07/terrorisme-islamique-poutine-a-t-il-raison/

  • Iran – Arabie-Saoudite : « la France est perçue comme l’adversaire de l’un et l’obligé de l’autre »

    Éditorial de Jean-Dominique Merchet pour L’Opinion du 6 janvier 2015 :

    Il a fallu trente heures au Quai d’Orsay pour réagir à l’exécution de l’opposant chiite saoudien, le cheikh al-Nimr. Trente longues heures durant lesquelles les diplomates français ont pu mesurer combien l’alliance avec l’Arabie saoudite était tout sauf un chemin pavé de roses. Au final, la France n’a pas condamné, mais simplement « déploré profondément » cette mise à mort qui jette de l’huile sur les nombreux incendies du Moyen-Orient.

    L’Arabie saoudite et l’Iran, les deux grandes puissances régionales, sont au bord de la rupture, alors que leur coopération est indispensable à la résolution des crises – la transition politique en Syrie et la lutte contre Daech au premier chef.  L’espoir d’un début de solution émergeait fin 2015. Aujourd’hui, tout semble à terre.

    Dans ce contexte à nouveau dégradé, la France se retrouve prise au piège de son alliance avec l’Arabie saoudite. Ce choix stratégique de première importance, jamais vraiment débattu, s’est renforcé depuis l’arrivée de François Hollande à l’Élysée. Cette entente serait, dit-on, le prix à payer pour de mirifiques contrats. Pourquoi pas ? Sauf que ces promesses sont bien souvent comme mirages dans le désert. Les exportations françaises vers l’Arabie saoudite restent dix fois moins importantes que celles vers… la Belgique !

    Que l’Élysée, au nom du réalisme (socialiste ?), passe les droits de l’homme par pertes et profits est une chose. Mais son tropisme anti-iranien et pro-sunnite conduit lentement notre pays à l’impuissance diplomatique. Dans le conflit entre Téhéran et Riyad, la France est perçue comme l’adversaire de l’un et l’obligé de l’autre. Autant dire, hors-jeu.

    http://www.contre-info.com/

  • Éric Zemmour : “Entre Ryad et Téhéran, ce n’est pas encore la guerre”

    L’exécution d’un imam chiite par l’Arabie Saoudite a provoqué des manifestations très hostiles à Téhéran, avec qui Ryad a rompu les relations diplomatiques.

    “Ce n’est pas la guerre entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Enfin, pas encore”, affirme Éric Zemmour. “L’ambassade saoudienne à Téhéran brûle et Ryad rompt ses relations diplomatiques avec l’Iran, mais ce n’est pas la guerre, pas encore”, insiste le journaliste, pour qui la guerre est pourtant “dans les têtes et dans les cœurs : une guerre de mille ans entre chiites et sunnites, une guerre civile au sein de la nation musulmane”. Il explique que si l’Iran est une république et si l’Arabie est une monarchie, “seul le Coran fait loi”.

    Pour le journaliste, “la révolution iranienne de 1979 a refait de la religion le moteur politique du monde arabo-musulman”.

    Depuis lors, les deux rivaux s’affichent comme le meilleur musulman, le plus cher à Allah, le plus respectueux de son message divin, même quand il s’agit d’occire les infidèles.

    Pour Éric Zemmour, Téhéran comme Ryad ont fait de l’islam “un message mondialisé, le seul qui depuis la chute de l’Union soviétique s’oppose à sa version occidentale”.


     

    http://fr.novopress.info/

  • [version longue] 2016 : une crise économique pire qu'en 1929 (O. Delamarche, O. Berruyer, F Lordon )

  • L'Amérique ne recherche-t-elle pas une guerre avec l'Iran?

    par Jean-Paul Baquiast

    Ex: http://www.europesolidaire.eu

    L'Iran, compte tenu de ses liens stratégiques avec la Russie, compte tenu aussi du rôle stratégique que lui permet sa position géographique en bordure des détroits, restera plus que jamais une ennemie potentielle de l'Amérique.
    Un accord de long terme avait été obtenu concernant l'abandon par l'Iran de son programme d'armement nucléaire. Cet accord doit en principe entraîner une levée rapide des sanctions décrétées par Washington à l'égard des entreprises et des personnes impliquées dans des relations commerciales avec l'Iran. Ces sanctions gênent d'ailleurs tout autant les Européens que les Iraniens. Leur levée est donc attendue avec impatience.

    Mais tout se passe comme si les Etats-Unis voulaient continuer à traiter l'Iran comme présentant pour eux une menace militaire imminente. Le Wall Street Journal vient d'indiquer que Washington prépare dorénavant des sanctions à l'égard des firmes et personnes supposées collaborer au programme iranien de missiles balistiques.

    Deux réseaux de telles entreprises et personnes ont été identifiés. Les firmes américaines ou étrangères se verront interdire de mener des relations commerciales avec les entités mentionnées par ces réseaux. Les banques américaines gèleront leurs dépôts.

    L'abus de droit est manifeste, compte-tenu du fait qu'un grand nombre de pays développent de tels missiles, militaires ou civiles, sans vouloir leur confier de charges nucléaires. Pour les autorités américaines, l'Iran serait susceptible d'utiliser ces vecteurs, même sans têtes nucléaires, dans le cadre d'attaques contre les Etats voisins ou en soutien au terrorisme.

    Pour Téhéran au contraire, de tels missiles, dont deux exemplaires ont déjà expérimentés, n'ont que des objectifs défensifs. Il en sera de même des matériels livrés par la Russie. Faut-il rappeler que l'Arabie Saoudite, Israël et quelques autres continuent à menacer l'Iran de raids dévastateurs. Doit-on aller jusqu'à interdire l'Iran la fabrication de valises de voyage, sous prétexte que celles-ci peuvent être utilisées par des terroristes pour transporter des bombes?

    L'Iran n'a pas encore réagit à l'annonce de telles nouvelles sanctions. Mais précédemment l'Ayatollah Ali Khamanei avait indiqué que le maintien de celles-ci serait considérées comme une violation de l'accord sur le nucléaire.

    http://euro-synergies.hautetfort.com/

  • Bernard Lugan sur les crises saharo-sahéliennes

    Conférence de Bernard Lugan sur les crises saharo-sahéliennes

    Conférence donnée le 19 janvier 2015 au Centre Les diguières par le professeur Bernard Lugan sur les crises saharo-sahéliennes.

    Africaniste, Bernard LUGAN est expert devant le TPIR (Tribunal
    pénal international pour le Rwanda), professeur à l'Ecole de Guerre
    et aux Ecoles supérieures militaires de Saint-Cyr Coëtquidan.
    Il dirige la revue par internet « l'Afrique Réelle».

    De la Libye au Nigeria et du Mali à la Somalie, l'arc de crise saharo-sahélien fait peser de très graves menaces sur toute l'Afrique de l'Ouest et sur l'Afrique du Nord. Ces crises sont d'abord des résurgences de conflits anciens aggravés par la modernité. Dans cette situation quelle pourrait être la stratégie de la France ?

    http://bernardlugan.blogspot.fr/

    http://euro-synergies.hautetfort.com/

  • Le Grand Cru 2015…

    Le Grand Cru 2015… n’est probablement pas ce qu’on croit. Certes, on y a vu un grand spectacle politico-médiatique : le recyclage des déchets judiciaires couplé au sauvetage in extremis de nos excellences.
    Les élections de décembre ont permis à la gauche mondialo-globaliste de se partager les prébendes régionales avec la droite globalo-mondialiste… cela fait autant de sponsors rassurés dans l’attribution des juteuses commandes officielles, couplées aux rentrées – discrètes, mais bien réelles – de Bakchich (en période d’islamisation-africanisation accélérée du pays, il importe d’utiliser, dès à présent, la nouvelle sémantique : on ne doit plus dire pot-de-vin, trafic d’influence, concussion ou autre synonyme de prévarication, il suffit d’adopter la terminologie immigrée).
    À la tête du Parti de gouvernement, se succèdent des repris de justice, tandis que les honorables fils de nos excellences jouent au poker en prison. Bien mieux, pour affronter le FN, on ressort le plus capé des politiciens « de gauche » : un milliardaire ex-ministre qui a fait quelques mois de prison et qui se dit « ruiné » depuis plus de vingt ans, tout en demeurant un très riche propriétaire foncier. Avec le millionnaire du Front de gauche, ça va faire une drôle de paire de recruteurs de voix prolétariennes. Bien mieux, on vante les qualités d’un ex-repris de justice de la droite molle islamo-collaboratrice, celui qui, après une inéligibilité prononcée par de vilains juges, renonça à la politique puis revint faire de Bordeaux une grande métropole de l’islam. Mais tout cela – et quel que puisse être l’écœurement provoqué par leur retour, chez les gens dotés de conscience éthique – n’est rien… après tout, on ne nous a pas encore imposé la rentrée du vieux, gros et moche libidineux, chassé du FMI et qui accumule les poursuites judiciaires financières.
    De même l’immonde terrorisme musulman - le Djihâd étant inscrit en toutes lettres dans les stipulations coraniques, un lecteur doté d’yeux et de jugeote ne peut ni ne doit différentier islam et islamisme - n’est pas une nouveauté. Dès le XIe siècle, l’islam fut terroriste, c’est-à-dire tua des innocents pour faire peur aux chefs d’État ou aux populations… allez étudier les exploits des Haschischins du Vieux de la Montagne ou ceux de l’immonde Tamerlan, l’inventeur des pyramides de têtes coupées, érigées en l’honneur d’Allah le tout-puissant et le miséricordieux. 2015 fut un cru classé de la barbarie musulmane en France. Certes ! Mais, en 2014, l’on avait connu le « surinage » de policiers à Joué-lès-Tours en plus d’attaques diverses de touristes sur les marchés de Noël ou de vandalisme d’églises par des crapules islamiques. « Français, vous avez la mémoire courte » !
    Cela fait 35 ans que l’on connaît émeutes raciales, viols en tournante, rackets divers, vols et violences physiques de tous types, incendies volontaires et « caillassages » de pompiers et de policiers perpétrés par des barbus dont le joli coloris évoque l’origine exotique… et que l’on ne vienne pas nous taxer de racisme ou de xénophobie : les Asiatiques, calmes et travailleurs, n’ont jamais eu à souffrir du moindre problème en France car ils l’ont enrichie par leur labeur et leurs qualités humaines.
    Non, 2015, c’est tout autre chose : c’est le retour de la Russie sur la scène internationale et c’est autrement plus intéressant et plus prometteur pour un Européen de souche. Désinformés comme ils le sont, nos chers compatriotes ignorent probablement que Wladimir Poutine a réglé en un rien de temps la guerre de Tchétchénie, alimentée depuis le début des années 1990 par les Saoudiens. Lorsqu’en août 2008, l’armée de Géorgie, entraînée, équipée par les USA et l’État d’Israël a envahi l’Ossétie méridionale, la 58e armée russe a balayé Georgiens et conseillers militaires US en 5 jours, tout en respectant les civils… ce qui fait un singulier contraste avec les actions US et israéliennes au Proche-Orient.
    Quelques unités russes sont intervenues en ce cru 2015 dans le bourbier irako-kurdo-syrien, créé puis entretenu par US, Israéliens, Saoudiens, Iraniens et Turcs. Du coup l’Iran a retourné son caftan… et les Chinois sont arrivés en Méditerranée orientale. S’est-on assez ébaudi parce que le porte-avions chinois n’avait que quelques hélicoptères de combat et pas d’avion lorsqu’il a passé le Canal de Suez pour croiser au large des côtes syriennes en attendant que le Génie russe élargisse le chenal d’accès et le port militaire syrien.
    Or, l’Océan Pacifique n’a de pacifique que le nom, surtout dans sa partie orientale et pour apprendre à des néophytes de l’Aéronavale la technique du décollage et surtout de l’appontage sur porte-avions, mieux vaut des eaux calmes. Celles de la Méditerranée orientale, par exemple, où l’ami russe dispose d’excellents instructeurs et où l’exiguïté empêche l’US-Navy de trop jouer à l’agent perturbateur, d’autant que les armes russes sont au moins équivalentes sinon supérieures en qualité à celles des US… bien sûr, on nous a gavés de films hollywoodiens où un Rambo détruisait seul (ou avec une frêle jeune fille) des bataillons entiers de Spetsnaz (les troupes d'élite russes), mais la réalité dépasse généralement la fiction.
    Bientôt Hussein Obama, le crypto-islamiste nanti d’un Prix Nobel de la paix dès son entrée en fonction, quittera la scène après avoir détrôné en presque tous pays d’islam les vieux potentats, corrompus, certes - guère plus en fait que le moindre de nos seigneurs de la Ve République agonisant dans l’abjection -, mais surtout assagis par l’âge. Un adage de belle source nous apprend que c’est aux fruits que l’on doit juger l’arbre. Obama nous a fait présent du terrorisme islamique le plus abject du monde moderne (car le médiéval avait déjà été bien servi). Adieu donc Hussein et tâches de te faire oublier !
    S’ouvre le règne de la Russie, débarrassée de l’abjection communiste et des mafias de toutes sortes, pas encore amollie par la richesse, pleine d’une vigueur juvénile. 2015 est un Grand Cru européen, qui en annonce d’autres, meilleurs encore.

    http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2015/12/31/le-grand-cru-2015-5737786.html