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Pierre Jovanovic : Les USA veulent la guerre avec la Russie !
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Les forces du SAS britannique déguisés en “rebelles EIIL” combattent Assad
Le 2 Août, le journal britannique du Sunday Express titrait “Le SAS se déguise en combattants de l’EI dans la guerre secrète contre les djihadistes”:
“Plus de 120 membres appartenant au régiment d’élite se trouvent actuellement dans le pays ravagé par la guerre, secrètement déguisés en noir et faisant flotter les drapeaux de l’EIIL”, ils sont engagés dans ce qui est appelé l’Operation Shader: attaquer des cibles syriennes sous le prétexte de combattre l’EIIL.
Il se peut que des forces commandos américaines et des éléments de la CIA soient impliqués de la même manière. Pendant la guerre d’Obama en Libye, la Grande-Bretagne a déployé des centaines de ses membres des Special Forces Support Group (SFSG) parachutistes, tirés de ses personnels du SAS (Special Air Service) et du SBS (Special Boat Service).
Environ 800 Royal Marines et 4000 Marine américains (NdT: “Marines” = fusiliers marins) se tenaient en renfort, prêts à intervenir le cas échéant.
Cette dernière révélation intervient deux semaines après avoir appris que le premier ministre David Cameron avait approuvé l’an dernier que les avions britanniques rejoignent ceux des Etats-Unis pour bombarder la Syrie malgré le rejet du parlement britannique en Août 2013.
Une partie de cette opération secrète de terrain est sous commandement américain, les unités “smash” voyageant dans des camions pick-up, capables de lancer des mini-drones pour scanner le terrain afin d’y repérer des cibles d’attaque.
Plus de 250 spécialistes britanniques (et peut-être américains) sont impliqués à fournir un soutien de transmission et de communication, a expliqué le Sunday Express.
Le ministre de la défense britannique Michael Fallon a dit que “nos actions et nos capacités de surveillance libèrent d’autres pays pour frapper en Syrie.”
Les forces du SAS britannique sont en Arabie Saoudite pour entraîner des terroristes anti-Assad avec des opérateurs américains qui font la même chose également en Turquie, en Jordanie au Qatar et probablement en Israël.
Les Etats-Unis et la GB affirment n’entraîner que les soi-disant rebelles “modérés” (NdT: ce qui n’est qu’une fiction totale et fait partie de la propagande de guerre pour maintenir l’opinion publique…), ce qui n’est qu’un écran de fumée pour cacher leur implication directe avec les terroristes de l’EIIL, entraînés, armés et financés depuis l’étranger, passés au travers des frontières en Syrie pour lutter contre Assad, maintenant avec un soutien aérien anglo-americano-canadien ainsi que les commandos de soutien au sol.
Le Sunday Express a cité un ancien général de l’armée britannique, David Richards, disant “les chars entreront en action” dans les opérations de la GB en Syrie.
Un article séparé discutait des frappes aériennes américaines qui défendaient les terroristes de l’EIIL servant d’infanterie pour les Américains contre Assad.
Le Wall Street Journal a rapporté ce qui apparaît être un prélude évident à une opération Libye 2.0, affirmant faussement qu’Obama a autorisé des frappes aériennes contre les forces syriennes si elles attaquent les rebelles “modérés” (et non-existant) soutenus par les Etats-Unis.
Indépendamment, un média turc a rapporté que le président Erdogan a dit que Poutine pourrait s’être affaibli concernant Assad et qu’il pourrait l’abandonner.
Obama a dit qu’il était “encouragé par le fait que Mr Poutine l’avait appelé fin Juin et avait pris l’initiative de cet appel au sujet de la Syrie.”
Je pense qu’ils ont l’impression que le régime d’Assad est en train de perdre le contrôle de toujours plus de terrain en Syrie et que la perspective d’une prise en main djihadiste ou une déroute du régime syrien ne sont pas imminentes mais deviennent une plus grande menace de jour en jour. Ceci nous offre une opportunité d’avoir une conversation sérieuse avec eux.
Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dimitri Peskov, a dit que les deux leaders ont discuté du combat contre le terrorisme, spécifiquement contre l’État Islamique.
“La position russe est bien connue”, a t-il expliqué. “Elle a été réitérée par Poutine pendant sa conversation avec Obama. Elle n’a pas changé.”
Poutine est opposé à toute interférence extérieure de quelques nations que ce soient dans les affaires intérieures des autres. Il soutient le droit souverain des Syriens et des autres peuples de choisir leurs propres leaders et législateurs.
Le conseiller de Poutine Youri Oushakov a dit que “le leadership actuel de la Syrie est une des véritables forces luttant effectivement et confrontant réellement l’EI.”
Absolument rien n’indique un amoindrissement du soutien russe pour le président Assad.
Stephen Lendman
notes : Global Research , traduit par Resistance 71.
source : Al manar ::lien
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Grèce, nucléaire iranien, Guignols de l'Info : entretien avec Jean Bricmont
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Les infos dont on parle peu n°99 (1er Aout 2015)
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SOS Chrétien d’Orient : "La tache est immense, les besoins innombrables"
Cet été, l’association SOS Chrétiens d’Orient poursuit son travail humanitaire auprès des populations sinistrées, notamment chrétiennes, en Orient. Hélène Bertrand, déléguée générale de l’association, a bien voulu répondre aux questions du R&n afin de faire un point sur les différentes missions estivales.
R & N : Quels sont les différentes missions de SOS Chrétiens d’Orient cet été ?
SOS Chrétiens d’Orient : Cet été, plus de quatre-vingt-dix volontaires s’engagent dans différentes missions en Irak, en Syrie « Ensemble avec les enfants de Syrie », et au Liban « Ensemble avec les enfants du Liban ». Cinquante d’entre eux se relaieront pendant les mois de juillet et août, au Kurdistan irakien en rejoignant la mission permanente « Mission Irak 2015 ». Rappelons que SOS Chrétiens d’Orient est présent en Irak de manière continue depuis le 8 août 2014. La grande nouveauté réside dans l’envoi de vingt volontaires en Syrie, dans différentes villes. C’est en effet la première fois que SOS Chrétiens d’Orient envoie autant de volontaires sur une longue période dans un pays en proie à une guerre civile largement subventionnée par les Etats voisins ou occidentaux. Notre antenne libanaise (Massihiyyoun Maan), reçoit vingt volontaires, envoyés dans six missions à travers le pays, au service des diverses Églises du pays du Cèdre.
Quelles que soient les missions sur lesquelles l’association intervient, la tâche est immense, les besoins innombrables. L’objectif reste le même : retisser les liens entre les chrétiens d’Orient et ceux de France à travers l’échange, la connaissance mutuelle mais aussi dans l’encadrement de patronages et la participation à divers travaux.
R&N : Citez-nous des exemples concrets d’action menées cet été par vos volontaires ?SOS Chrétiens d’Orient : Evaluer les besoins des réfugiés, apporter de la nourriture et des médicaments, bâtir et agrandir des écoles,fournir des cabines médicalisées, reconstruire les bâtiments détruits par la guerre, organiser des activités pour les enfants : telles sont les missions de nos volontaires.
En Irak, les activités continuent : jeux avec les enfants, visites de familles isolées pour évaluer les besoins, distributions de nourriture et de médicaments. Douze volontaires s’occuperont en août d’un patronage à Mangesh, petit village chrétien des montagnes kurdes qui a accueilli des milliers de réfugiés suite à la prise de la plaine de Ninive par les barbares de l’Etat islamique.
En Syrie, les volontaires sont présents notamment à Kafroun -petit village chrétien situé à Mashta Elou entre Homs et Tartus- et Maaloula -village chrétien où l’araméen est encore parlé, au nord de Damas. Ils s’occupent de patronages avec les enfants, de les divertir par des activités ludiques –concours sportifs, ateliers de dessins- et pédagogiques - cours de musique, de chants, de couture, cours de français et d’anglais. A Kafroun, les enfants viennent de toute la Syrie, notamment d’Alep. En finançant leur voyage, SOS Chrétiens d’Orient a permis à certains d’entre eux de quitter, pour quelques jours, les horreurs de la guerre pour la première fois depuis plus de quatre ans. Ils participent également à l’initiative du patriarcat grec-melkite catholique nommée « Une pièce pour une famille ». L’objectif est de permettre à chaque famille réfugiée de recommencer à habiter au moins une pièce de son ancien foyer dans les plus brefs délais. Certains réfugiés ont pu retrouver leur maison après la reconquête des villes et des villages opérée par l’armée arabe syrienne, mais il y a tout à refaire : murs détruits, impacts de balles ou d’obus, destruction des systèmes d’électricité ou d’approvisionnement d’eau.
Au Liban, des volontaires infirmiers renforcent l’équipe du centre médical de la paroisse d’Al Qa, qui prend en charge quatre mille réfugiés syriens. D’autres aident à la restauration de maisons appartenant à des familles pauvres du Liban, à Zahlé. Plusieurs patronages sont également organisés dans la région de Saïda, de Jabboulé et du Mont-Liban. Les volontaires y font du soutien scolaire aux enfants et mettent en place des animations (activités culturelles, religieuses, scolaires, sportives et récréatives). Dans la Vallée Sainte (Wadi Qadisha), quatre volontaires accompagnent frère Yves, un amoureux du lieu, pour recenser les lieux d’ermitage et l’aider dans la réalisation d’un guide de ce berceau de la chrétienté libanaise. [....]
La suite sur le Rouge & le Noir
http://www.actionfrancaise.net/craf/?SOS-Chretien-d-Orient-La-tache-est
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Quand les États-Unis espionnent en France… en toute légalité
D’après le député PS, Jean-Jacques Urvoas, les États-Unis utilisent le droit comme une arme pour espionner de grands groupes français et étrangers. C’est ainsi qu’après BNP Paris, c’est au tour du Crédit agricole d’être visé par la justice américaine.
Dans son rapport publié en décembre 2014, Jean-Jacques Urvoas écrit :
La législation américaine, notamment en raison de son caractère extraterritorial, apporte une illustration particulièrement éloquente de cette ambivalence par le biais de la procédure de discovery ainsi que l’existence du deal of justice.
En vertu de ce cadre législatif, les États-Unis s’arrogent ainsi le droit d’enquêter sur des agissements à l’étranger lorsque une entreprise est cotée sur une place boursière américaine.
Pour prouver sa bonne foi, et là réside le principal problème, l’entreprise doit accepter la mise en place d’un moniteur en son sein, moniteur qu’elle choisit mais dont la désignation définitive est soumise à l’approbation des États-Unis.
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Après les Mistral, les Rafale ?
C’est officiel, le gouvernement indien l’a annoncé le 31 juillet : l’Inde abandonne l’appel d’offres remporté par le Rafale en 2012 qui portait sur l’achat de 126 avions du constructeur Dassault, dont 108 auraient été fabriqués en Inde. Il était en fait question de cet abandon depuis le 10 avril dernier, quand New Delhi avait décidé d’acheter 36 Rafale livrés depuis la France. Il semble d’ailleurs que cette acquisition ait aussi servi à négocier la sortie du contrat « MMRCA » sans pénalités pour l’Inde. Si certains, comme « Les Français Libres », un collectif de Français vivant en Russie qui ont lancé un appel publié le 3 août sur le site du Figaro, y voient une marque de défiance envers la France après l’annulation de la vente des navires Mistral à la Russie, côté indien il s’agit surtout d’un problème de coût.

En effet, la fabrication de 108 Rafale en Inde, du fait de la nécessité de mettre en place les chaînes de production et le réseau de sous-traitants, devait porter la facture pour l’Inde à 20 milliards de dollars au lieu des 12 prévus initialement, contre « seulement » 4 milliards pour les 36 Rafale « prêts à l’emploi » fabriqués en France. Autre pierre d’achoppement du contrat MMRCA, la société Dassault n’était pas prête à donner toutes les garanties demandées par le gouvernement indien pour un avion dont elle n’allait pas maîtriser elle-même toutes les étapes de fabrication.Les discussions traînaient donc, alors que l’Inde a un besoin urgent de ces nouveaux avions. L’armée de l’air indienne en voudrait même 20 de plus, mais, contraintes budgétaires obligent, elle ne les aura pas, ou en tout cas pas pour le moment. Elle compte donc sur les premières livraisons de Rafale d’ici à deux ans pour compléter ses escadrons. Il lui faudrait, d’après ses estimations, au moins 42 escadrons de 18 appareils chacun pour pouvoir faire face à un conflit simultané avec la Chine et le Pakistan, et elle n’en aura plus que 32 à la fin de l’année, avec l’abandon progressif de ses vieux MiG-21 et MiG-27 de fabrication soviétique.
Or la Chine a, de son côté, beaucoup développé ses capacités de fabrication d’avions de chasse modernes, avec l’aide de la Russie. Une Russie qui est également le premier fournisseur d’armements et d’avions de chasse de l’Inde, avec laquelle elle développe un avion de chasse furtif de 5e génération. L’Inde n’a toutefois pas renoncé à construire elle-même une part importante de sa flotte, et un nouvel appel d’offres pourrait être lancé pour un nouveau contrat MMRCA portant sur 90 avions en remplacement du contrat qui n’a pas abouti avec Dassault, ainsi que l’annonçait le Times of India le 2 août. Tous les constructeurs qui avaient perdu la compétition face à l’avion français pourraient être à nouveau mis en concurrence.
Outre ses avions de fabrication russe, l’armée de l’air indienne possède actuellement une cinquantaine de Mirage 2 000 français. Des Mirage 2 000 qui ont été particulièrement appréciés pour leurs performances dans le conflit des Kargil avec le Pakistan en 1999. L’Inde développe aussi son propre avion de chasse, le HAL Tejas, dont le premier exemplaire a été livré à son armée de l’air en janvier dernier.Olivier Bault
http://fr.novopress.info/191212/apres-les-mistral-les-rafale/
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Alerte rouge en Ukraine
L’Ukraine pourrait bien imploser dans les semaines qui viennent : on observe ces jours-ci de vives tensions et des révoltes aussi bien à Kharkov qu’à Odessa, en Bessarabie et chez les Turcs gagaouzes chrétiens; sans oublier l’Ouest : Lviv et la Ruthénie.
L’Ukraine est ensanglantée par une guerre civile que son gouvernement a suscitée et entretenue, puis qui s’est installée ; paralysée par son rêve chimérique euro-atlantiste ; effrayée de son effondrement économique et social : elle a perdu un million de ses meilleurs cadres partis ailleurs (principalement en Russie), et des réfugiés en Pologne… Les emprunts récents ne servent qu’à rembourser les intérêts des prêts antérieurs. L’Ukraine est encore dépendante de la Russie pour le gaz et même pour l’électricité (mais ne sait pas comment les payer). Et les désertions sont massives dans l’armée officielle, concurrencée par les groupes armés privés.
Le pays est détruit.
Toutefois, la géopolitique américaine pourrait sembler évoluer, enfin, dans le bon sens. En effet, Obama, depuis sa Maison-Blanche, assiégé par le Congrès et le Sénat républicains, en quête d’image pour la postérité et pour valoriser son prix Nobel de la paix, s’est déjà rapproché de Cuba et de l’Iran. Le président américain ne s’était-il pas vu attribuer le prix Nobel de la paix 2009 « pour ses efforts extraordinaires (sic) en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples », ainsi que l’a mentionné le jury du prix à Oslo ? En mai dernier, l’ambassadeur américain en Russie, John Tefft, a déclaré que Washington n’envisageait pas pour le moment de fournir des missiles antichars Javelin à l’Ukraine. Autrement dit, il s’agit d’entraver les mains de l’inquiétant Porochenko et de contrer les déclarations fougueuses des faucons républicains (McCain). Obama sait que Kiev ne résisterait pas à la folie de se servir de ces missiles, contraignant les Russes à s’impliquer directement.
Inversement, de nouvelles sanctions unilatérales ont été décidées le jeudi 29 juillet par les États-Unis, qui invoquent la nécessité de « renforcer l’efficacité de celles décrétées auparavant ». Désormais, 11 personnes physiques et 15 personnes morales de plus figurent sur la liste des personnes et des entreprises sanctionnées par les États-Unis : ces sanctions ne seront levées qu’après la mise en œuvre des accords de Minsk visant le règlement de la situation dans le Donbass. Cependant, les juristes quasi unanimes dénoncent les sanctions contre les personnes physiques qui n’ont pas pu bénéficier du principe du contradictoire, ni d’une procédure respectueuse des droits de la défense, selon les principes de la Convention européenne des droits de l’homme sur le droit à un procès équitable.
Les Russes annoncent, eux, des sanctions ripostes « asymétriques ». Encore contre les Européens ?
Dans ce statu quo indécis, ce serait le rôle de la France que de montrer, de toute urgence, le chemin d’une diplomatie active et positive, en bonne intelligence avec la Russie. L’appel solennel de ce jour lancé par deux députés, MM. Dupont-Aignan et Mariani, à livrer les Mistral à la Russie sera-t-il compris par M. Hollande? Pour l’Ukraine, il faudrait viser une régionalisation interne s’appuyant sur les aspirations des populations. Et la recherche d’un statut d’association économique équilibrée entre Russie et Européens de l’Ouest.
Mais si – comme tout conduit à le redouter – la crise ukrainienne s’aggravait et devenait incontrôlable, le gouvernement français actuel devrait répondre de sa responsabilité dans un drame historique. Et il est sans nul doute aussi à craindre que les Français, eux-mêmes, en souffrent. Nos agriculteurs-éleveurs le savent, qui ont déjà acquitté un douloureux tribut.
Henri Temple
source : Boulevard Voltaire :: lien
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La soumission à la politique américaine
Renaud Girard est grand reporter international au Figaro. Il déclare :
"La France a tellement peur des Etats-Unis que nous avons accepté que la BNP paie une amende de 9 milliards de dollars au Trésor américain, alors que la BNP n'avait violé aucune loi française, mais financé l'exportation de produits - ni trafic d'êtres humains, armes ou drogue - en provenance du Soudan, de Cuba ou d'Iran. La justice américaine a pris prétexte que ces transactions étaient libellées en dollars pour étendre l'application de la loi américaine et de ses sanctions commerciales aux relations entre une entreprise française et ces pays. En 1965, De Gaulle dénonçait «le privilège exorbitant du dollar». Aujourd'hui on assiste au privilège exorbitant de la justice américaine qui prétend appliquer sa loi au monde entier. Renault et Peugeot ont été victimes de pressions américaines, nous les avons hélas acceptées. Aujourd'hui, les entreprises françaises craignent d'agir par peur de s'attirer les foudres de la justice américaine. Elles regrettent que l'UE et ses Etats membres aient été incapables de les protéger le moins du monde. Après la scandaleuse amende imposée à la BNP, on aurait pu imaginer que l'Europe infligeât une amende de 15 milliards de dollars à Goldman Sachs pour avoir aidé le gouvernement grec à truquer ses comptes publics afin d'entrer dans la zone euro."
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Aux sources du capitalisme indien
Aujourd’hui la 10e puissance mondiale en termes de valeur nominale du PIB, l’Inde reste largement absente des travaux comparatifs sur les variétés du capitalisme contemporain. L’historien de l’économie Claude Markovits revient ici sur le rôle du colonialisme, de la diaspora ou encore de la caste sur l’évolution de l’industrie et du capitalisme en Inde.
Quel a été l’impact de la période coloniale britannique sur le développement de l’industrie et l’expansion du capitalisme après l’indépendance ?
Claude Markovits: C’est une idée fort répandue en Inde que l’héritage de la période coloniale a pesé lourd sur le développement industriel et l’expansion du capitalisme après l’indépendance. Mais, quand on cherche à définir plus précisément les aspects négatifs de l’héritage colonial, on se heurte à certaines difficultés.
La vulgate nationaliste indienne associe la période coloniale à un processus de «désindustrialisation », qui renvoie surtout au déclin de certaines productions artisanales, en particulier dans le textile. Cette question a fait l’objet de nombreux débats dans les années 1980, mais la notion de désindustrialisation a été contestée plus récemment par Tirthankar Roy (Roy, Traditional Industry in the Economy of Colonial India, Cambridge UP, 1999), qui a souligné la résilience de certains secteurs artisanaux.
Par ailleurs une assez puissante industrie moderne s’est développée en Inde à partir du milieu du XIXe siècle, d’abord dans le textile, puis dans d’autres branches (sidérurgie avec les usines Tata inaugurées en 1911, cimenteries, sucreries). Bien que les capitaux britanniques aient joué un rôle dominant dans certains secteurs comme l’industrie du jute, c’est le capital indien qui a été le moteur principal de ce processus de développement industriel colonial, et la période 1860-1947 a vu la naissance d’un certain nombre de grands groupes capitalistes, dont les deux plus connus sont Tata et Birla.
Capitalisme et domination coloniale
À l’indépendance donc l’Inde était le seul parmi les pays coloniaux à disposer d’une certaine infrastructure industrielle et d’une classe d’entrepreneurs déjà ancienne.
Cependant cette avance apparente masquait des déséquilibres profonds, dont le poids allait se faire sentir de façon durable. L’Inde restait un pays agraire, et l’archaïsme des structures agraires mises en place pendant la période coloniale constituait un formidable obstacle au développement d’une économie moderne.
L’industrie, après des débuts difficiles, s’était largement édifiée à partir de 1918 à l’abri de barrières douanières, et était donc peu compétitive au niveau international. Par ailleurs la plupart des branches avaient une structure fortement oligopolistique, qui faisait obstacle à l’entrée de nouveaux venus.
Enfin le secteur industriel était largement aux mains de firmes qui opéraient selon une logique plus financière qu’industrielle, et le secteur bancaire, pour sa part, encore dominé par des intérêts étrangers, n’était pas du tout orienté vers le soutien à l’industrie. Donc la nature même du secteur capitaliste privé qui s’était édifié pendant la période coloniale le rendait peu à même d’enclencher un processus de développement rapide.
D’où la nécessité d’une intervention importante de l’État dans l’économie, à laquelle la plupart des capitalistes eux-mêmes s’étaient ralliés, comme en témoigne le « plan de Bombay » (voir ci-dessous) publié par les plus grands d’entre eux en 1944, qui se prononçait pour un modèle d’économie mixte.
Dans quelle mesure les institutions, réseaux et structures du capitalisme indien ont-ils été forgés par le contact prolongé avec le modèle britannique ?
Claude Markovits : La réponse à cette question ne peut être que nuancée. L’Inde pré-coloniale avait une forte tradition marchande, et se caractérisait par l’existence pluriséculaire de puissants réseaux commerciaux et financiers dont les ramifications s’étendaient d’ailleurs bien au-delà du sous-continent, allant des côtes de l’Afrique orientale jusqu’au détroit de Malacca, sans parler d’une pénétration jusqu’au fin fond de l’Asie Centrale.
Ces réseaux utilisaient un instrument de crédit, le hundi, sorte de lettre de change, qui permettait la circulation de fonds sur de très grandes distances, et ils étaient au fait des techniques financières les plus avancées comme la comptabilité en partie double. Cependant on remarquait dans cet univers l’absence d’une lex mercatoria comparable à celle qui s’était développée en Europe.
Dans la mesure où les transactions ponctuelles (« spot transactions ») prédominaient, une législation réglementant les contrats ne paraissait pas nécessaire, et les disputes se réglaient en général dans le cadre de guildes fortement auto-régulées.
Dans ce domaine, la principale innovation coloniale fut l’introduction graduelle du droit commercial britannique, en particulier les lois sur les sociétés par actions (« joint-stock companies »). Cependant elle eut des aspects pervers, car le capitalisme indien resta familial, et l’existence d’une entité juridique appelée la « Hindu joint family », qui bénéficiait d’une forte protection légale permettait en fait aux capitalistes, qui étaient en grande majorité Hindous, de s’émanciper largement des stipulations du droit commercial en matière de transmission d’héritage, de faillite, etc.
Donc on vit se mettre en place un système hybride dans lequel des firmes familiales purent profiter des innovations institutionnelles introduites par les Britanniques, sans avoir à se soumettre aux obligations de transparence induites par la législation sur les sociétés.
Par ailleurs la sphère financière fut réglementée dans le but de limiter l’importance des instruments financiers comme les hundi et de favoriser le développement d’un système bancaire moderne. Ce ne fut qu’un demi-succès, et le système financier « informel », connu maintenant en général sous le terme de hawala, demeure important en Inde, en particulier pour le financement des petites et moyennes entreprises, et pour le transfert des fonds des émigrés de l’étranger vers l’Inde.
Cependant, certaines institutions introduites par les Britanniques ont eu une influence durable sur la structure du capitalisme indien. Je pense en particulier à la « managing agency », un système de gestion qui permettait à quelques individus de gérer de nombreuses sociétés sans posséder nécessairement la majorité du capital, par le biais d’un contrat de gestion qui leur donnait de facto le contrôle de l’entreprise en les dispensant de demander l’avis des actionnaires.
Créé au départ en raison du déséquilibre entre le petit nombre de managers britanniques compétents présents en Inde, et le grand nombre de sociétés à gérer, ce système fit l’objet d’une appropriation par les capitalistes indiens, qui l’utilisèrent en particulier pour la gestion des usines textiles à Bombay. Il donna lieu à de nombreux abus, les managers recevant en général une rémunération fixe, indépendante de la performance, ce qui favorisait des formes d’ « asset-stripping », mais il ne fut aboli qu’en 1970.
Combiné avec la « joint Hindu family », il favorisa une concentration du capital entre les mains d’opérateurs qui n’étaient pas nécessairement les plus compétents, et pour qui la prospérité des actionnaires était souvent le dernier des soucis. Donc, plutôt que de l’influence d’un « modèle » britannique importé de la métropole, il faudrait parler d’une hybridation entre des formes de capitalisme indigène et des institutions de type britannique adaptées au climat indien des affaires.
Peut-on parler d’un « capitalisme nehruvien » et quelles en seraient les caractéristiques ?
L’expression paraît presque un oxymore, dans la mesure où l’on associe plutôt généralement la figure de Jawaharlal Nehru, premier ministre de l’Inde de 1947 à sa mort en 1964, au développement du « socialisme à l’indienne », qui devint à partir de 1955 la doctrine officielle du Parti du Congrès.
Cependant elle n’est pas dépourvue de pertinence, et un auteur comme Charles Bettelheim, dans l’Inde indépendante (Paris, Armand Colin, 1962) n’est pas loin de la reprendre à son compte. Bettelheim insistait en effet sur le fait que, malgré l’adhésion formelle du Congrès à une forme de socialisme, l’Inde était clairement un pays capitaliste.
Le capitalisme indien dans l’Inde indépendante
Le capitalisme de l’ère Nehru présentait cependant certaines spécificités par rapport d’une part au capitalisme de l’ère coloniale qui le précédait et d’autre part par rapport aux formes de capitalisme plus libéral qui se développèrent en Inde à partir du début des années 1980.
C’était un capitalisme dans lequel l’État jouait un rôle important, mais en conjonction étroite avec un secteur privé resté puissant. Les origines de ce système original remontent à 1938 quand le parti du Congrès a créé un National Planning Committee dans le but de coordonner les politiques économiques des différents gouvernements provinciaux qu’il contrôlait depuis les élections de 1937 (tenues dans le cadre d’une nouvelle constitution coloniale introduite en 1935), et de jeter les bases d’une planification de l’économie d’une future Inde indépendante.
Au sein de ce comité, des dirigeants nationalistes, en particulier Nehru, se retrouvaient avec des représentants des principaux groupes capitalistes indiens. Le comité suspendit ses travaux à la fin de 1939 quand les gouvernements congressistes provinciaux démissionnèrent, mais les principaux capitalistes publièrent en 1944 une esquisse de plan, connu sous le nom de « Bombay Plan », qui servit en fait de projet (« blueprint ») pour l’élaboration du premier plan quinquennal indien (1951-55).
Ce plan, aux objectifs de croissance relativement modestes, prévoyait une étroite collaboration entre secteur public et secteur privé, en particulier dans le secteur industriel. Il optait pour une forme de « planification indicative » à la française plutôt qu’une « planification impérative » à la soviétique. Il définissait quelques objectifs généraux en termes de croissance (qui ne furent d’ailleurs pas atteints), mais ne cherchait pas à orienter plus décisivement l’action des agents économiques.
Une étape décisive dans l’histoire de la planification indienne fut l’adoption du second plan (1956-60), dont l’inspirateur fut le Professeur P. C. Mahalanobis, directeur de l’Indian Statistical Institute. Cependant, comme Bettelheim le montre dans son livre, la première version (« draft ») de Mahalanobis, qui donnait la priorité, sur le modèle des plans soviétiques, à l’industrie lourde, fut en partie modifié pour inclure des allocations plus importantes aux industries de biens de consommation et au secteur des transports.
Ses objectifs étaient nettement plus ambitieux que ceux du premier plan, et, bien qu’ils n’aient pu être entièrement réalisés, la croissance économique de l’Inde s’accéléra nettement au cours de cette période. Les réalisations les plus importantes et les plus spectaculaires concernaient le secteur public avec l’édification, en coopération avec différents pays étrangers, dont l’Union Soviétique, de complexes sidérurgiques et de grands barrages et centrales hydroélectriques.
Cependant le secteur privé connut aussi une expansion non négligeable, bénéficiant en particulier de mesures douanières qui, en 1957, aboutirent à restreindre considérablement l’importation de biens de consommation. Un certain nombre d’importateurs se convertirent alors en industriels.
Par ailleurs, même dans le secteur de l’industrie lourde, les Tatas furent en mesure d’accroître la production de leurs installations de Jamshedpur. On se dirigeait donc vers une sorte de division du travail entre secteur privé et secteur public qui était avantageuse pour le premier.
L’État prenait en effet largement à sa charge l’investissement dans les industries de base, dont la rentabilité à court terme était faible ou nulle, et fournissait au secteur privé travaillant surtout dans l’industrie des biens de consommation les « inputs » de base à des prix avantageux, permettant à ce dernier de dégager des marges confortables.
Ce système connut cependant une crise en 1962 quand l’éclatement du conflit frontalier avec la Chine obligea à réviser les objectifs du troisième plan (1961-65) pour tenir compte des impératifs de la défense.
Le système se perpétua largement, après la mort de Nehru, jusqu’à la fin du règne d’Indira Gandhi (1966-1977), mais avec un « gauchissement », dont témoigna en 1969 la nationalisation des banques et des assurances, qui renforça considérablement le poids de l’État dans l’économie aux dépens de celui du secteur privé.
En même temps ce dernier était soumis à une réglementation plus stricte : ce fut ce qu’on appelle le « licence permit raj », qui ne fut véritablement démantelé qu’à partir de 1991. Cependant ce système représentait un développement largement postérieur à l’ère Nehru, et le « capitalisme nehruvien » ne doit pas être, comme c’est parfois le cas, confondu avec ces développements ultérieurs de la période Indira Gandhi.
Comment s’organisent les réseaux marchands indiens transnationaux ? Ont-ils été affectés par les transformations de l’économie après l’indépendance ?
Claude Markovits : L’Inde a été depuis la période médiévale le berceau de réseaux marchands opérant bien au-delà du sous-continent. Formés essentiellement d’originaires d’Inde de l’Ouest, avant tout Gujarati mais aussi Sindhi, mais comprenant aussi des Tamouls ainsi que des Punjabi et des Marwari du Rajasthan, ces réseaux ont connu une importante expansion pendant la période coloniale, surtout en direction de l’Afrique orientale et de l’Asie du sud-est (Birmanie).
Ils reposaient sur la circulation d’individus, en grande majorité des hommes, entre des localités situées en Inde, où se trouvaient les sièges des firmes, et des localités à l’étranger, où elles avaient des filiales. Ces firmes avaient en général une structure familiale, mais, si elles atteignaient une certaine dimension, étaient obligées de recruter des employés en dehors du cercle de la famille.
Le recrutement se faisait cependant en général localement, souvent dans le cadre d’une caste ou d’une communauté particulière. Ce n’est que rarement que les propriétaires des firmes s’installaient pour de bon à l’étranger, surtout quand des mesures de restriction de l’immigration rendaient plus difficile une circulation régulière entre l’Inde et l’étranger.
Un capitalisme encastré dans des réseaux familiaux et communautaires
Ces réseaux, souvent peu visibles, car leurs membres adoptaient généralement un profil bas, jouaient un certain rôle dans les échanges extérieurs de l’Inde avec l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie orientale et l’Asie du sud-est, bien que leur part soit difficile à quantifier avec précision.
Mais ils avaient souvent aussi une position forte, voire quasi-dominante, dans la vie économique interne de certains territoires coloniaux de l’empire britannique (Ouganda, Kenya, Birmanie). Enfin certains s’étaient taillé une place dans des circuits internationaux sans liens directs avec l’Inde.
Ainsi des commerçants sindhi d’Hyderabad (Sind) vendaient-ils des tissus japonais en Afrique occidentale britannique dans les années 1930. Leurs liens avec les capitalistes installés en Inde étaient variables : certains commerçants gujarati d’Ouganda approvisionnaient les usines textiles de Bombay en coton ougandais, et des commerçants tamouls en Asie du Sud-Est achetaient des produits textiles auprès des producteurs artisanaux d’Inde du Sud.
Mais, plus généralement, les réseaux transnationaux d’origine indienne étaient relativement indépendants du grand capitalisme indien travaillant avant tout pour le marché domestique. La plupart opéraient dans le cadre impérial britannique et jouaient sur le fait que les Indiens, après 1858, étaient en droit sujets britanniques, même si dans les faits ils se heurtaient, dans de nombreux territoires de l’empire, à des discriminations.
L’indépendance de l’Inde créa pour ces réseaux, formés en partie de musulmans, de sérieux problèmes. Certains de ces musulmans de l’extérieur optèrent pour la nationalité pakistanaise, et ceux, musulmans comme Hindous, qui choisirent la nationalité indienne, ne bénéficièrent guère de ce choix, car l’Inde, sous l’impulsion de Nehru, leur fit savoir très rapidement qu’elle n’entendait pas leur accorder une protection particulière.
Ainsi quand la junte militaire birmane prit en 1962 des mesures de nationalisation qui aboutirent à un départ massif de commerçants indiens, New Delhi ne prit aucune mesure pour les aider.
Avec la vague des indépendances africaines le gouvernement indien conseilla à ses ressortissants en Afrique d’adopter la nationalité du pays de résidence, un choix qui n’était pas toujours possible, comme en témoigne l’expulsion des « Asians » d’Ouganda par Idi Amin Dada en 1972.
L’Inde de Nehru, concentrée sur un développement économique largement auto-centré, ne considérait pas sa diaspora comme une chance, mais plutôt comme un fardeau. C’est seulement avec la libéralisation d’après 1991 que l’Inde a tenté de renouer avec sa diaspora dans l’espoir de renforcer ses liens avec l’économie mondiale.
Quel rôle joue la caste dans le fonctionnement du capitalisme indien ?
Claude Markovits : C’est là une question délicate et controversée. Une vue répandue du système des castes est qu’il fixe de façon rigide la structure professionnelle. D’après cette théorie, les capitalistes devraient tous appartenir à la caste des bania ou plutôt à différentes sous-castes de cette caste. Dans les faits, outre la présence importante de non-Hindous dans les rangs des capitalistes (Parsis, Jains, musulmans, voire chrétiens), l’adéquation est loin d’être parfaite.
Ainsi trouve-t-on d’assez nombreux brahmanes dans les rangs des entrepreneurs, surtout dans le secteur des hautes technologies, et a-t-on assisté récemment à l’apparition de quelques capitalistes issus de rangs des Dalits (ex-intouchables). Cependant, globalement, le monde du grand capital indien reste dominé par des groupes familiaux le plus souvent issus du milieu des castes marchandes hindoues (et jaïnes).
Ils sont le plus souvent originaires de quelques régions du sous-continent, avant tout du Gujarat (Gujaratis hindous, jaïns et musulmans) et du Rajasthan (Marwaris hindous et jaïns). Cette prédominance globale des castes marchandes a des racines dans la période pré-coloniale, mais paradoxalement elle a eu tendance à se renforcer pendant la période coloniale.
Les causes en sont complexes. Il y a des raisons avant tout politiques, le fait que les groupes qui combinaient commerce et métier des armes, comme les caravaniers Banjara ou les « ascètes » Gosain ont été victimes de la volonté de l’État colonial d’établir son monopole sur l’usage de la violence armée. Au contraire les castes marchandes non armées (et en particulier les Jaïns, dont la religion est non-violente) se sont vu privilégiées par le nouveau pouvoir, qui leur a confié en particulier l’approvisionnement de ses propres armées.
D’autre part la mise en place d’institutions financières modernes essentiellement contrôlées par des Britanniques (banques d’État ou privées) s’est souvent accompagnée d’une politique restrictive en matière d’avances aux capitalistes indigènes, jugés constituer un trop gros risque.
Ainsi, pour financer leurs entreprises, les capitalistes indiens ont-ils dû avoir souvent recours à leur réseau de parenté, mais aussi, dans la mesure où ce dernier était insuffisamment efficace, à leur réseau de caste. La caste en est venue parfois à constituer un véritable « resource group », jouant un rôle de substitut à des institutions financières inexistantes ou trop faibles. Le rôle de la caste a pu cependant varier suivant les lieux et les circonstances.
Un anthropologue américain, David Rudner, à partir d’une étude portant sur des banquiers tamouls appartenant à la sous-caste des Nattukottai Chettiars (Rudner, Caste and Capitalism in Colonial India, University of California Press, 1994) a conclu à l’existence d’un véritable « capitalisme de caste » chez ces banquiers, opérant surtout en Birmanie, qui utilisaient leurs temples de caste comme des « clearing houses » pour des transactions considérables qui concernaient exclusivement des membres de la caste.
Cependant ce modèle était loin d’être universel, et mes propres travaux sur des réseaux marchands du Sind (Markovits, The Global World of Indian Merchants, Cambridge UP, 2000) voient la localité plutôt que la caste comme le principe de base d’organisation des réseaux.
Au-delà de ces études portant sur l’histoire du capitalisme indien, la question qui se pose est celle de savoir si dans la phase néo-libérale actuelle, le rôle de la caste va en diminuant, comme il serait logique qu’il le fasse. Il y a des indications qui vont dans ce sens, comme l’origine assez variée des entrepreneurs du secteur des hautes technologies, mais il est trop tôt pour affirmer qu’il s’agit d’une tendance lourde et irréversible.
Notes:
Claude Markovits est Directeur de Recherche Émérite au CNRS, rattaché au Centre d’Études de l’Inde et de l’Asie du Sud (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles sur l’histoire économique de l’Inde coloniale. Parmi ses publications : Indian Business and Nationalist Politics 1931-39 : The indigenous capitalist class and the rise of the Congress Party (Cambridge University Press, 1985), The Global World of Indian Merchants c. 1750-1947 : Traders of Sind from Bukhara to Panama (Cambridge University Press, 2 000), Merchants, Traders, Entrepreneurs : Indian Business in the Colonial Era (Palgrave Macmillan, 2008).” The Colonised as Global Traders : Indian Trading Networks in the Global Economy”, in C. Dejung, N.P. Petersson (eds), The Foundations of Worldwide Economic Integration : Power, Institutions and Global markets, 1850-1930 (Cambridge University Press, 2013).
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