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France et politique française - Page 4219

  • L’Angolagate : commissions et rétrocommissions

    Opérant à partir des bureaux parisiens de la société Benco appartenant à Falcone (commerçant milliardaire proche de Charles Pasqua) – ce qui permettra à la justice française de déclencher, en décembre 2000, des poursuites contre eux –, Falcone et Gaydamak (affairiste israélo-russo-franco-canadien) vont monter un système d’une complexité extrême pour fournir des armes à Dos Santos (président de l’Angola et chef du MPLA). A partir d’une société slovaque qu’ils dirigent, ZTS Ozos, les deux associés vont livrer pour près de 500 millions d’euros d’équipements militaires provenant des arsenaux d’Europe de l’Est : blindés, camions, hélicoptères, bombes et munitions, tout ce qui sera nécessaire à Dos Santos pour reprendre l’offensive contre Savimbi, dont la domination militaire culmine en 1998 et 1999 – avant que la situation se retourne les années suivantes, jusqu’à la mort au combat de Savimbi, le 22 février 2002, qui entraînera bientôt la fin de l’UNITA. Les commissions tombent dru. Cette affaire aurait rapporté plusieurs dizaines de millions de dollars à Falcone, 100 millions à Gaydamak, sans oublier environ 25 millions à l’entourage de Dos Santos.  

         Les soutiens dont auraient bénéficié les deux affairistes à Paris sont impressionnants. Lorsque les poursuites judiciaires initiées par le juge d’instruction Philippe Courroye seront entamées contre les deux hommes pour « trafic d’influence et commerce illicite d’armes », la liste des bénéficiaires de leurs largesses sera étalée au grand jour : dans leur réseau d’amitiés stipendiées, officiellement pour diverses « prestations » dont la réalité est discutée, le juge découvrira, outre Jean-Christophe Mitterrand, Jean-Charles Marchiani et Charles Pasqua, l’écrivain Paul-Loup Sulitzer, l’ancien conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali, ou l’ancien conseiller diplomatique de Pasqua, Bernard Guillet. Ils sont tous mis en examen. 

         Pierre Falcone n’est pas vraiment bien vu par la justice. Les procédures engagées contre lui pour commerce illicite se doublent d’autres accusations, de fraude fiscale cette fois. Depuis 1996 et le déclenchement des premières enquêtes douanières, le fisc lui réclame plus d’un milliard de francs ! Il passera un an à la prison de la Santé, de décembre 2000 à décembre 2001. Cette première détention préventive sera suivie en octobre 2002 d’une seconde, de quelques jours cette fois, pour avoir violé les conditions de son contrôle judiciaire. Eduardo Dos Santos, qui le considère comme un bienfaiteur et un exceptionnel ami de l’Angola, acceptera en juin 2003 de le nommer ambassadeur de son pays, plus précisément « ministre conseiller au sein de la délégation permanente de l’Angola à l’Unesco, à Paris ». Cet incroyable pied de nez, destiné à lui accorder l’immunité diplomatique qui lui permettrait d’échapper aux poursuites judiciaires en France, aurait été imaginé par les amis chiraquiens de Falcone. La justice ne l’entend pourtant pas de cette oreille, et lorsqu’il quittera la France en juin 2003, ce sera pour être aussitôt visé par un mandat d’arrêt international. 

         Arkadi Gaydamak se trouve dans la même situation, et passe sa vie en Israël, qui refuse par principe d’extrader ses nationaux. Ce dernier est lui aussi fort bien accueilli en Angola : il y possède désormais le monopole de la commercialisation des diamants. De quoi attendre tranquillement que le procès des ventes d'armes s’ouvre un jour à Paris. Peut-être. 

         Durant de longs mois, Eduardo Dos Santos a tenté de lier le sort des permis de recherche et d’exploitation accordés dans son pays au groupe total, au traitement qui serait réservé par la justice à son ami Falcone. Pendant des mois, tous les dirigeants français en contacts professionnels ou politiques avec les Angolais ont entendu le même refrain. Depuis, les choses se sont calmées et Total n’avait pas été exclu, à l’été 2006, des licences vendues par le gouvernement angolais et la société pétrolière d’Etat, Sonangol. En juillet, les trois dernières parts attribuées à des opérateurs étrangers n’ont pas lésé les Français, et les droits antérieurs de Total ont été conservés. Mais le pétrolier français, à côté de ses traditionnels compétiteurs étrangers, doit depuis quelque temps compter avec une nouvelle petite société de droit angolais, Falcon Oil, dont le milieu pétrolier dit qu’elle appartient en partie à Pierre Falcone. Elle apparaît dans plusieurs des « blocs » attribués en 2006, et notamment dans le Bloc 17 où Total est majoritaire. Intéressant, non ? 

    Jean Guisnel, Histoire secrète de la Ve République

    http://www.oragesdacier.info/2014/08/langolagate-commissions-et.html

  • Les «pauvres» ne paient pas d'impôt sur le revenu, vraiment?

    FISCALITE - En fait, ils l'acquittent déjà. Explications...

    Cette année, 4,2 millions de personnes devraient payer moins ou même plus du tout d’impôt sur le revenu. C’est ce qu’a confirmé ce mercredi le gouvernement. Rappelons que la réduction d’impôt atteint 350 euros pour une personne seule ayant déclaré jusqu’à 14.144 euros de revenus et 700 euros pour un couple dont le revenu fiscal ne dépasse pas les 28.289 euros.

    Comme toujours en matière de fiscalité, ce coup de pouce divise les Français. Si certains se réjouissent de la nouvelle, d’autres au contraire s’interrogent: tous les citoyens ne devraient-ils pas payer des impôts sur leurs revenus, même d’un montant symbolique? Et comment notre système peut-il perdurer si seules les classes moyennes et aisées continuent d’acquitter l’impôt? 20 Minutes leur répond.
    Les plus modestes échappent-ils vraiment à l’impôt? 
    Non. Effectivement, la moitié des foyers (51,5% cette année, 47% l’an dernier) sont exonérés du paiement de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP), qui découle de la traditionnelle déclaration des revenus que vous adressez entre mai et juin à l’administration fiscale.

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    Pour autant, les «pauvres» paient eux aussi des impôts sur leurs revenus… A travers la CSG, la contribution sociale généralisée, dont les recettes sont affectées aux dépenses sociales (maladie, famille, vieillesse). Cet impôt taxe tous les revenus -salaire, revenu d’activité non salarié, allocation retraite, allocation-chômage, revenus du capital, y compris les plus-value à un taux de 8%. Seuls les retraités les plus modestes et les bénéficiaires de certaines allocations comme le RSA n’acquittent pas de CSG.
    Mais ce n’est pas tout. Car au-delà de ces impôts sur les revenus, d’autres prélèvements obligatoires existent: les impôts sur le capital (taxe foncière, impôt sur la fortune, etc), les cotisations sociales et les impôts sur la consommation (TVA notamment). Or, ces deux derniers impôts pèsent beaucoup plus lourdement sur les revenus bas que sur les hauts revenus.
    Combien d’impôts paient les plus pauvres ? 
    Tous prélèvements confondus, les classes populaires, c’est-à-dire celles qui gagnent jusqu’à 2.200 euros bruts par mois, sont confrontées à un taux d’imposition de 41% à 48%, comme le démontrent les économistes Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, auteurs de l’ouvrage Pour une révolution fiscale (Le Seuil/République des idées). Autrement dit, ces foyers reversent entre 41% et 48% de leurs revenus à l’Etat.
    Les classes moyennes, qui gagnent de 2.300 à 5.100 euros bruts, paient entre 48% et 50% d’impôts. Les classes aisées, qui ont plus de 5.200 euros de revenus, paient aussi près de 50% d’impôts… Jusqu’à un revenu de 6.900 euros. A partir de là, le taux d’imposition commence à diminuer, jusqu’à atteindre 33% pour ceux qui gagnent plus de 14.000 euros par mois.
    Proportionnellement, les pauvres paient donc bien plus d’impôts que les riches en France. C’est ce que l’on appelle un impôt régressif.
    Un impôt régressif, ça veut dire quoi exactement ? 
    Prenons l’exemple d’un individu avec 1.000 euros de revenu mensuel faisant face à un taux d’imposition de 50% et à un autre individu disposant de 5.000 euros de revenu mensuel et confronté à un taux d’imposition de 30%.
    «Avant impôts, le premier gagne 1.000 euros et le second 5.000 euros, soit un écart d’un à cinq. Après impôts, les premiers gagnent 500 euros et les seconds 3.500 euros, soit un écart d'un à sept. Le système fiscal accroît les inégalités», détaillent Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez.
    Maintenant, imaginons que ces mêmes individus soient confrontés à un taux d’imposition identique, par exemple 40%. «Avant impôts, l’écart est toujours d'un à cinq. Après impôts, le premier tombe à 600 euros et le second, à 3.000 euros, soit de nouveau un écart d'un à cinq. Le système fiscal est neutre vis-à-vis des inégalités.» C’est ce que l’on appelle un impôt proportionnel.
    Dernière possibilité: l’impôt progressif. Cette fois-ci, notre premier individu fait face à un taux d’imposition de 30% et le second, à un taux de 50%. L’écart avant impôts, qui est toujours d'un à cinq, passe de 1 à 3,6 après impôts, puisque le premier conserve 700 euros dans son portefeuille et le second, 2.500 euros. Ce système fiscal réduit donc les inégalités.
    Combien rapporte l’impôt sur le revenu (IRPP)?
    Moins que la CSG. En 2013, il a rapporté 67 milliards d’euros à l’Etat, alors que ce dernier a récolté 90 milliards avec la CSG –acquittée par quasiment tous les citoyens. Et nous sommes encore très loin des recettes procurées par la TVA: 136,3 milliards d’euros l’an dernier. Cette fois-ci, cet impôt est bien payé par la totalité des citoyens, plus pauvres compris.

    20 minutes :: lien

    http://www.voxnr.com/cc/dh_autres/EuplykFlkuCxtDQatB.shtml

  • Morano : contre le foulard et pour la femme à poil

    Que Nadine Morano nous indique quelle plage elle fréquente. On évitera d’y aller, n’ayant aucune envie de la voir à poil.   

    Y a-t-il plus d’indécence dans le port d’un foulard ou dans les seins et les reins offerts d’un sex-symbol ?

    C’est la question à se poser après le dernier non-événement qui agite depuis ce week-end la classe politique et les médias.

    L’affaire, donc : Nadine Morano, en vacances, photographie de dos une femme en foulard assise sur la plage. Et publie aussitôt ce cliché sur son compte Facebook à côté d’un cliché de Bardot en bikini (en l’occurrence la une du Figaro magazine). Pas la Bardot qui fête ses 80 ans, bien sûr, mais la Bardot des années 50 qui faisait alors exploser toutes les braguettes à boutons.

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  • Hollande avoue qu’il a fait livrer des armes aux djihadistes en Syrie

    François Hollande au « Monde » aujourd’hui : « La communauté internationale porte une responsabilité très grave dans ce qui se passe en Syrie […] Si, il y a un an, il y avait eu une réaction des grandes puissances à la hauteur de l’utilisation [par Bachar Al-Assad] des armes chimiques, nous n’aurions pas été face à ce choix terrible entre un dictateur et un groupe terroriste, alors que les rebelles méritent tout notre soutien. »

    Et quelle était cette « rébellion démocratique » ? Sinon les djihadistes de l’Etat Islamique ?

    « La communauté internationale porte une responsabilité très grave dans ce qui se passe en Syrie », dites-vous, responsabilité d’autant plus grande, Monsieur le Président, qu’il a été prouvé depuis que l’utilisation des armes chimiques incombait non à l’armée de Bachar Al Assad mais à la « rébellion syrienne démocratique »…

    Les renseignements français doivent être en-dessous de tout pour que vous n’en ayez pas été informé…

    http://medias-presse.info/hollande-avoue-quil-a-fait-livrer-des-armes-aux-djihadistes-en-syrie/14324

  • Le viol, moins grave qu'une insulte

    Il viole sa fille mineure pendant 3 ans : la justice le condamne à 6 mois ferme, moins qu’Anne-Sophie Leclere après sa blague sur Taubira.

    Michel Janva

  • François Hollande, « président de personne »

    Dans son palais, dans son Conseil, au milieu de sa Cour, politiquement comme personnellement, François Hollande est un homme seul.   

    Libre à certains de siffler, de conspuer ou d’approuver et d’applaudir ceux qui, le 14 juillet dernier, ont sifflé et conspué le président de la République sur l’avenue des Champs-Élysées.

    Libre à certains – bien souvent les mêmes – de se réjouir et de s’esclaffer au spectacle du chef de l’État en maillot de bain dont un magazine a fait cette semaine sa couverture. Sans doute riraient-ils encore davantage si quelque audacieux photographe le surprenait au saut du lit, aux toilettes ou dans quelque autre activité relevant du privé ou de l’intime.

    Pour nous, ce n’est pas à l’occasion de la fête nationale et du défilé de l’armée française qui en est traditionnellement le symbole qu’il convient de manifester les sentiments hostiles que peut légitimement inspirer François Hollande, ce n’est pas sur son physique peu avantageux et sur les apparences que se fonde notre opposition résolue à la personne et à la politique de celui qu’une majorité de votants – dont les trois quarts s’en mordent les doigts – ont élu le 6 mai 2012, mais sur son caractère ondoyant, sur les zigzags de sa démarche, sur la légèreté de son optimisme démenti par les faits, sur ses promesses fallacieuses et ses reniements, sur ses mensonges, sur la nocivité de ses choix économiques et sociétaux, sur son incapacité à juguler la crise, sur son obstination à tenir le cap qui nous mène sur les écueils, sur l’abaissement et les humiliations qu’il a fait subir à la France, sur l’état dans lequel il a mis un pays qui n’était déjà pas en bonne santé lorsqu’il est arrivé à la barre, bref sur son échec.

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  • France, royaume des imposteurs

    Nous reproduisons ci-dessous une tribune libre de Natacha Polony, cueillie sur le site du Figaro et consacré à l'imposture dans le monde politique français... Journaliste et agrégée de lettres, Natacha Polony est l'auteur de  Nos enfants gâchés. Petit traité sur la fracture générationnelle (Lattès, 2005), L’Homme est l’avenir de la femme (Lattès, 2008) et de Le pire est de plus en plus sûr (Mille et une nuits, 2011).

    par Natacha Polony

    Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

    Cela commence par un président qui se fait élire sur la promesse d'imposer les plus riches à 75%. Disposition retoquée par le Conseil constitutionnel. Le même se fait écraser aux municipales et promet des baisses de charges salariales. À nouveau retoqué. Ce président prend aussi des airs compassés pour aligner trois mots effarants de banalité sur «le droit à la sécurité d'Israël» avant de se reprendre, quelques jours plus tard, et d'évoquer les morts palestiniens parce qu'un communicant l'a alerté sur l'effet désastreux de son assourdissant silence. Triste figure de composition qui est la même qu'à peu près tous les politiques, de droite comme de gauche, quand ils veulent montrer au citoyen français qu'ils sont impliqués, conscients, déterminés.

    C'est cet air d'un ancien président interrogé par deux journalistes et qui évoque ce «sens du devoir» qui seul pourrait lui donner l'envie de mettre fin au feuilleton savamment orchestré de son retour pour annoncer qu'il répond à l'appel du peuple. C'est celui d'un ministre des affaires étrangères au visage de circonstance, voulant faire croire que la France a une quelconque position diplomatique qui serait autre que l'alignement pur et simple sur les volontés américaines.

    C'est celui de ces chefs de la droite, grands ou petits, qui proclament à chaque élection leur «conviction européenne» depuis que Jacques Chirac, en 1992, a décrété qu'on ne pouvait avoir de destin présidentiel si l'on avait osé critiquer cette Europe.

    C'est enfin celui de tous ces responsables qui parlent la main sur le cœur du déclassement des classes moyennes inférieures parce qu'ils ont - enfin - compris que leur abandon total les précipitait dans les bras du Front national.

    Quel rapport entre ces personnages disparates? Cette petite gêne que l'on ressent devant ce qui ressemble fort à une simple posture. Le soupçon qu'il n'y a là aucune conviction, pas l'ombre d'une vision, mais un discours calculé suivant les impératifs supposés de la popularité ou de la réussite. La posture, c'est cette façon de ne se positionner que selon les critères du moment et ce que l'on suppose être l'attente de son public.

    C'est ce dommage collatéral généralisé du règne de la communication. Car le phénomène ne frappe pas seulement les politiques. Dans chaque domaine de l'activité humaine, on peut relever ces exemples, non pas d'hypocrisie - ce serait encore un hommage du vice à la vertu - mais de composition d'un argumentaire ponctuel hors sol. Et cela nous raconte un peu de notre monde moderne.

    La communication dont on nous rebat les oreilles comme d'un principe d'efficacité a changé de nature sous l'effet d'une extension de la logique marchande. Elle n'a plus rien à voir avec la vieille réclame qui se contentait de vanter les qualités d'un produit, de «faire savoir». Il s'agit désormais de concevoir le produit en fonction de ce qui va séduire. La communication modifie l'essence même des choses.

    Dans le domaine des idées? Plus un discours qui ne vante l'action merveilleuse des femmes, tellement «indispensables». Posture. Et que dire de ces proclamations sur la tolérance dont le but est moins de changer les choses que de montrer à ses pairs que l'on se situe du bon côté? Posture. Dans le domaine de l'art? Il y a longtemps que nous sommes habitués à ce discours verbeux qui accompagne des œuvres sans âme pour les positionner sur l'échelle de la «rébellion». Posture encore. Dans le domaine du vin? Il n'y a plus de choix qu'entre des vins passés dix-huit mois en barrique neuve, parce que certains œnologues à la mode n'aiment que le goût du chêne, ou les vins oxydés de ceux qui ont fait du vin «bio» une idéologie.

    Le dénominateur commun? Le lecteur, l'électeur ou le buveur sont devenus des clients, plus des citoyens auxquels on s'adresse, des gens à qui l'on offre une émotion ou une vision en partage. Ils sont des parts de marché potentielles. En politique, le tournant date du début des années 1980, quand des publicitaires ont pris en main les campagnes électorales. Un petit village de France sur une affiche et ce slogan: «La force tranquille». Première forfaiture politique. Car malgré l'espoir sincère que soulevait dans une partie du peuple l'arrivée de cette gauche au pouvoir, on entrait dans l'ère du mensonge. Sous prétexte d'aider les politiques à formuler leurs idées et d'offrir un écho à leurs actes, les marketeurs ont peu à peu modifié le discours politique lui-même pour le faire coller aux codes.

    Comme dans le vin, c'est maquillage au bois neuf du techno pinard ou vinaigre imposé par les «purs» autoproclamés. C'est un gaullisme de circonstance par des héritiers perchés sur la croix de Lorraine pour mieux s'asseoir sur les engagements et les choix de l'homme du 18 Juin. C'est une invocation ad nauseam des mânes de Jaurès par ceux-là mêmes qui ont désindustrialisé le pays et abandonné la classe ouvrière pour convenir aux sirènes de la mondialisation.

    Une société de posture ne peut rien produire de durable, rien qui dépasse le simple cadre de notre existence immédiate, puisqu'elle ne cultive que le court terme et la rentabilité. Quitte, pour cela, à tromper un peu le client. Ainsi de la posture sommes-nous passés à l'imposture.

    Natacha Polony (Figarovox, 11 août 2014)

    http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2014/08/20/france-royaume-des-imposteurs-5431044.html

  • Comprendre la droitisation

    Nonfiction.fr : Peut-on dire au regard des résultats des élections à l’échelle des différents pays de l’union que le projet européen a échoué ? L’échec se situant au creux d’un rejet de l’identité européenne ? Et plus spécifiquement que doit-on conclure au niveau national ?

    Nicolas Lebourg : Disons que le projet d’une Europe juridique et du libre marché, en lieu et place d’une Europe politique, voire sociale, a peut-être réussi, mais que les peuples le rejettent. Les abandons de souveraineté populaire (Marine Le Pen n’a cessé de rappeler que le non au Traité Constitutionnel Européen n’avait pas été respecté) et de souveraineté nationale et budgétaire ne paraissent pas avoir sécurisé le continent. L’Union européenne apparaît comme le cheval de Troie du « mondialisme », mais, on ne saurait dire que c’est un rejet de l’identité européenne en soi. D’autant plus que, sur cette question, il est effarant de parler d’ « europhobie » à propos des succès des extrêmes droites. Cette famille politique a souvent été l’une des plus avancées quant aux débats idéologiques sur la construction européenne. Par exemple, Jean Thiriart, l’un des plus grands théoriciens de l’extrême droite radicale, défendait un Etat jacobin eurasiatique avec une citoyenneté unique, que l’on soit Turc ou Danois. Si tant de Français ont voté pour les listes FN ce n’est pas par rejet de l’Europe en soi. Une enquête Harris montre que, comme d’habitude, leur première motivation est l’immigration. Mais, là-dessus il y a convergence des représentations, car l’Union européenne apparaît comme cherchant à faire sauter toutes les frontières : migratoires, économiques, etc. Elle et le PS en France paraissent être les porte-étendards d’un libéralisme total, économique et culturel, face auquel le FN promeut un souverainisme intégral.

    Peut-on parler d’un phénomène qui fait appel à des changements sociétaux d’ordre structurel ou doit-on penser qu’il s’agit simplement d’un phénomène conjoncturel ? Que peut-on espérer des élections régionales et par la suite des présidentielles de 2017 ?

    On est dans le structurel. Il y a en profondeur une demande sociale autoritaire et une ethnicisation du social. Cela se corrobore avec un rejet fort de "l’assistanat", et souvent une équation implicite assistés = immigrés et Français d’origine arabo-musulmane. On a tort de croire que ce que l’on nomme la « droitisation » est un phénomène simplement lié à Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Nicolas Sarkozy. Ils sont des révélateurs, des conséquences, participent à la dynamique qu’elle représente, mais non des causes premières. La droitisation est une conséquence de la transformation du monde ouverte symboliquement par le premier choc pétrolier en 1973. Il s’agit d’un démantèlement de l’Etat social et de l’humanisme égalitaire, lié à une ethnicisation des questions et représentations sociales, au profit d’un accroissement de l’Etat pénal. C’est une demande sociale autoritaire qui n’est pas une réaction à Mai 68 mais à la postmodernité, c’est-à-dire à la transformation et à l’atomisation des modes de vie et de représentations dans un univers économique globalisé, financiarisé, dont l’Occident n’est plus le centre.

    Le FN fait, lui, rêver avec la description d’une France de la société industrielle, avec le mythe d’une solidarité des petits. C’est la société organique contre la postmodernité avec ses multitudes et ses individus épars. L’extrême droite fin XIXe faisait peu ou prou le même jeu avec la société traditionnelle contre l’industrielle. Quant à la gauche qui se pense radicale en étant multiculturaliste, elle participe à la droitisation en ethnicisant elle-aussi le social, l’admonestation de la domination de l’homme blanc hétérosexuel étant certes une excuse pour ne pas mener la lutte des classes, mais aboutissant in fine à cette grille ethno-culturelle du social.

    Jusque là, le FN avait toujours été un parti de la demande : c’était le cadre sociologique qui faisait voter FN bien plus que ses capacités propres. C’est fini. Aujourd’hui, le FN apparaît capable de proposer une protection complète, son discours est celui d’un souverainisme intégral (politique, économique, culturel) qui promet à l’électeur de toute classe sociale d’être protégé de la globalisation économique, démographique et culturelle et d’avoir la jouissance tant des gains du capitalisme entrepreneurial (thème du «protectionnisme intelligent») que de la protection de l’État-providence (thème de la «préférence nationale»). Autant, le souverainisme classique est une impasse électorale en France, même Marine Le Pen ayant plongé dans les sondages début 2012 sur cette ligne, autant, là, le FN parvient à une offre très cohérente.

    Quels sont les moyens les plus efficaces pour freiner et combattre la domination politique et idéologique du Front National ?

    Le FN aujourd’hui propose une « vision du monde », un discours global. Où sont les autres offres politiques ? Il y a donc deux points à votre question : qu’est-ce que chaque espace politique pourrait faire ? qu’est-ce que l’on pourrait faire tous ensemble ?

    La droite a perdu le libéralisme comme credo avec la crise de 2008, et a pensé pour partie s’en sortir avec la « droitisation » (la ligne Buisson). Puisque l’État n’était pas au rendez-vous de la crise, la stratégie autoritaire s’est réfugiée dans l’excitation de la demande altérophobe avec le discours de Grenoble en 2010. Or, l’accent mis sur la réduction de l’Etat en termes économiques et son accroissement en matière sociétale (loi sur la burqa par exemple) ne constitue pas un alliage fonctionnel. Pour preuve: chez les travailleurs indépendants, cœur de cible électorale pour la droite, le vote FN a été de 22% en 2002, 9% en 2007 (année du sarkozyste «Travailler plus pour gagner plus»), 17% en 2012, et a bondi à 28% aux européennes. Un grand parti de droite devrait être capable de proposer un capitalisme méritocratique d’ascension sociale. Il lui faut présenter un Etat défendant la nation et la paix sociale dans le cadre du marché globalisé.

    La gauche est quant à elle minée par le sentiment du déclin, thème culturellement de droite passé à gauche avec la destruction de l’Etat-providence. Pour l’électorat droitisé, le PS représente une alliance des « élites mondialisées » et des communautés. A la gauche de gouvernement de montrer qu’elle ne se situe pas dans ce jeu : par la lutte sans pitié contre la corruption, en imposant la participation des travailleurs aux bénéfices et celle des actionnaires aux sacrifices. Et puis, enfin, que la gauche radicale abandonne les postures pour la lutte des classes… Les gauches françaises ne cessent de chercher des dérivatifs à celle-ci. Il y a la tentation communautaire déjà évoqué, mais aussi celle d’un souverainisme monétaire chez les intellectuels, comme s’il y avait eu un bon capitalisme national avant l’euro… C’est un débat légitime la monnaie, mais tel qu’il est posé c’est surtout une utopie à la fois technocratique et sorélienne (au sens où elle pose un horizon qui démotive la lutte à la base). Cela fait différenciation, par rapport aux politiques économiques qui paraissent trop proches avant et après 2012, mais ce n’est pas un combat "pour la cause du peuple".

    Enfin, il y a bien un problème aujourd’hui quant à la définition que fait la gauche du lien entre la personne et la société . Donc, il faut rappeler aux uns que, non, la laïcité n’est pas la disparition de la pluralité d’opinions dans l’espace commun, mais la séparation des églises et de l’Etat. Il faut redire aux autres que, non, la République n’est pas la somme de communautés, mais un contrat entre citoyens. Il faut répéter à tous que le socialisme c’est, selon ce que disait Jaurès, non réclamer des droits personnels mais vouloir une société nouvelle.

    En définitive, par-delà les clivages, il y a un besoin de faire revivre la République hors de ce que Gaël Brustier nomme judicieusement « le verbalisme républicain ». On ne peut se contenter de mots, et il y a des mesures que l’on peut imaginer. Pour faire de nouvelles modalités d’intégration sociale et politique, on pourrait avoir un service civique qui donnerait des bonus de formation permanente ou qui permettrait de passer les concours de la fonction publique sans avoir le baccalauréat. On dirait ainsi aux individus aujourd’hui non intégrés que la République leur est reconnaissante, et qu’elle cherche à relancer l’ascenseur social.

    Il faut créer une participation des citoyens au fait politique sans pour autant déconstruire la démocratie représentative et les corps intermédiaires, comme le propose Marine Le Pen, par exemple en instaurant l’élection des sénateurs au suffrage universel direct à la proportionnelle. Nous passons d’un président de la République historiquement impopulaire à un autre qui bat son record, et avant c’était le 21 avril… : il y a bien un problème avec des institutions qui ne se font pas faites pour une société de communication. Pour remettre sur ses jambes l’humanisme égalitaire et les valeurs de la République (qui ne se limitent pas à l’ordre mais incluent l’émancipation des personnes), il faut qu’il redevienne clair que celle-ci n’a rien à voir avec l’oligarchie.

    notes

    Propos de Nicolas Lebourg recueillis par Nonfiction, 5 août 2014.

    source: Fragments sur les temps présents 

    http://www.voxnr.com/cc/dt_autres/EuplupAlVuqvanSLdu.shtml