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culture et histoire - Page 1856

  • Métaphysique de la Guerre (Partie 1)

    Le principe général, auquel il serait possible d’en appeler pour justifier la guerre sur le plan de l’humain, c’est « l’héroïsme ». La guerre – dit-on – offre à l’homme l’occasion de réveiller le héros qui sommeille en lui. Elle casse la routine de la vie commode, et, à travers les épreuves les plus dures, favorise une connaissance transfigurante de la vie en fonction de la mort. L’instant où l’individu doit se comporter en héros, fut-il le dernier de sa vie terrestre, pèse, infiniment plus dans la balance que toute sa vie vécue monotonement dans l’agitation des villes. C’est ce qui compense, en termes spirituels, les aspects négatifs et destructifs de la guerre que le matérialisme pacifiste met, unilatéralement et tendancieusement, en évidence. La guerre, en posant et faisant réaliser le droit d’un « plus que la vie », a toujours une valeur anti-matérialiste et spirituelle.

    Ces considérations ont un poids indiscutable et coupent court à tous les bavardages de l’humanitarisme, aux pleurnicheries sentimentales et aux protestations des paladins des « principes immortels » et de l’Internationale des héros de la plume. Cependant il faut reconnaître que pour bien définir les conditions par quoi la guerre se présente réellement comme un phénomène spirituel, il faut procéder à un examen ultérieur, esquisser une sorte de « phénoménologie de l’expérience guerrière », en distinguer les différentes formes et les hiérarchiser ensuite pour donner tout son relief au point absolu qui servira de référence à l’expérience héroïque.

    Pour cela, il faut rappeler une doctrine qui n’a pas la portée d’une construction philosophique particulière et personnelle, mais qui est à sa manière une donnée de fait positive et objective. Il s’agit de la doctrine de la quadripartition hiérarchique et de l’histoire actuelle comme descente involutive de l’un à l’autre des quatre grades hiérarchiques. La quadripartition, dans toutes les civilisations traditionnelles – ne l’oublions pas – donna naissance à quatre castes distinctes : serfs, bourgeois, aristocratie guerrière et détenteurs de l’autorité spirituelle. Ici, il ne faut pas entendre par caste – comme le font la plupart – une division artificielle et arbitraire, mais le « lieu » qui rassemblait les individus ayant une même nature, un type d’intérêt et de vocation identique, une qualification originelle identique. Normalement, une « vérité » et une fonction déterminée définissent chaque caste, et non le contraire. Il ne s’agit pas de privilèges et de modes de vie érigés en monopole et basés sur une constitution sociale maintenue plus ou moins artificiellement. Le véritable principe d’où procédèrent ces institutions, sous formes historiques plus ou moins parfaites, est qu’il n’existe pas un mode unique et générique de vivre sa propre vie, mais un mode spirituel, c’est-à-dire de guerrier, de bourgeois, de serf e, quand les fonctions et les répartitions sociales correspondent vraiment à cette articulation, on se trouve – selon l’expression classique – devant une organisation « procédant de la vérité et de la justice ».

    Cette organisation devient « hiérarchique » quand elle implique une dépendance naturelle – et avec la dépendance, la participation – des modes inférieurs de vie à ceux qui sont supérieurs, étant considérés comme supérieure toute expression ou personnalisation d’un point de vue purement spirituel. Seulement dans ce cas, existent des rapports clairs et normaux de participation et de subordination, comme l’illustre l’analogie offerte par le corps humain: là où il n’y a pas de conditions saines et normales, quand d’aventure l’élément physique (serf) ou la vie végétative (bourgeoisie) ou la volonté impulsive et non contrôlée (guerriers) assume la direction ou la décision dans la vie de l’homme, mais quand l’esprit constitue le point central et ultime de référence des facultés restantes auxquelles il n’est pas pour autant dénié une autonomie partielle, une vie propre et un droit afférent dans l’ensemble de l’unité.

    Sur le plan politique, ce processus involutif est particulièrement sensible dans l’histoire de l’Occident jusqu’à nos jours. Les États de type aristocratico-sacral ont été remplacés par des États monarchico-guerriers largement sécularisés, eux-mêmes supplantés par des États reposant sur des oligarchies capitalistes (castes de bourgeois ou des marchands) et finalement par des tendances socialistes, collectivistes et prolétaires qui ont trouvé leur épanouissement dans le bolchevisme russe (caste des serfs).

    Ce processus est parallèle au passage d’un type de civilisation à un autre, d’une signification fondamentale de l’existence à une autre, si bien que dans chaque phase particulière de ces concepts, chaque principe, chaque institution prend un sens différent, conforme à la note prédominante.

    C’est également valable pour la « guerre ». Et voici comment nous allons pouvoir aborder positivement la tâche que nous proposions au début de cet essai: spécifier les diverses significations que peuvent assumer le combat et la mort héroïque. Selon qu’elle se déclenche sous le signe de l’une ou l’autre caste, la guerre a un visage différent. Alors que dans le cycle de la première caste, la guerre se justifiait par des motifs spirituels et mettait en valeur une voie de réalisation surnaturelle et d’immortalisation pour le héros (c’est le thème de la « guerre sainte »), dans celui des aristocraties guerrières on se battait pour l’honneur et pour le principe avec un loyalisme qui s’associait volontiers au plaisir de la guerre pour la guerre. Avec le passage du pouvoir aux mains de la bourgeoisie, on a une profonde transformation. Le concept même de nation se matérialise et se démocratise; il se crée une conception anti-aristocratique et naturelle de la patrie, et le guerrier donne naissance au soldat et au « citoyen » qui se bat simplement pour défendre ou pour conquérir une terre; les guerres n’étant plus, en général, que frauduleusement guidées par des raisons ou des primautés d’ordre économique et industriel. Enfin, là où le dernier stade a pu se réaliser ouvertement – nous avons encore une autre signification de la guerre, parfaitement exprimée par les mots de Lénine: « La guerre entre les nations est un jeu puéril, une survivance bourgeoise qui ne nous regarde pas. La véritable guerre c’est la révolution mondiale pour la destruction de la bourgeoisie et pour le triomphe du prolétariat« .

    Ceci établi, il est évident que le « héros » peut être un dénominateur commun, embrassant les types de significations les plus divers. Mourir, sacrifier sa vie, peut être valable seulement sur le plan technique et collectif, mais sur le plan de ce que l’on appelle aujourd’hui, un peu brutalement, le « matériel humain ». Évidemment, ce n’est pas sur ce plan que la guerre peut revendiquer une authentique valeur spirituelle pour l’individu, quand celui-ci se présente non comme « matériel » – à la manière romaine – mais comme personnalité. Cela ne peut se produire que s’il existe un double rapport de moyen et de fin, quand l’individu, occasion ou voie ayant pour fin sa réalisation spirituelle, favorisée par l’expérience héroïque. Alors il y a synthèse, énergie et maximum d’efficacité.

    Si l’on entre dans cet ordre d’idée et en fonction de ce que nous avons dit plus haut, il est évident que toutes les guerres n’offrent pas les mêmes possibilités. Et ceci en raison d’analogies, nullement abstraites mais positivement actives, selon des voies, invisibles pour la plupart, qui existent entre le caractère collectif prédominant dans les différents cycles de civilisation et l’élément qui correspond à ce caractère dans le tout de l’entité humaine. Si l’ère des marchands et des serfs est celle où prédominent des forces correspondantes aux énergies qui définissent dans l’homme l’élément pré-personnel, physique, instinctif, « tellurique » et simplement organo-vitale, dans l’ère des guerriers et celle des chefs spirituels s’expriment des forces qui correspondent, respectivement, dans l’homme au caractère de la personnalité, spiritualisée, réalisée selon sa destination surnaturelle. Selon tout ce qu’elle déchaîne de transcendant chez l’individu, il est évident que dans une guerre la majorité ne peut que subir collectivement le réveil correspondant, plus ou moins, à l’influence prédominante dont par ailleurs dépendent les causes qui pesèrent dans la déclaration de cette guerre. En fonction de chaque cas, l’expérience héroïque aboutit à des points divers, et surtout de « trois » sortes.

    Au fond, ils correspondent aux trois types possibles de rapport qui peuvent se vérifier pour la caste guerrière et son principe, par rapport aux autres articulations déjà examinées. Il peut se vérifier l’état normal d’une subordination au principe spirituel, d’où l’héroïsme comme déchaînement conduisant à la super-vie et à la super-personnalité. Mais le principe guerrier peut être une fin en soi, se refusant à reconnaître quoique ce soit de supérieur à lui, l’expérience héroïque donnera alors un type « tragique », arrogant, trempé comme l’acier, mais sans lumière. La personnalité reste, est même renforcée, comme sera la limite de son coté naturaliste et humain. Toutefois ce type de « héros » offre une certaine grandeur et, naturellement, pour les types hiérarchiquement inférieurs, « bourgeois » ou « serfs », cet héroïsme et cette guerre signifient dépassement, élévation, réalisation. Le troisième cas se réfère au principe guerrier dégradé, au service d’éléments hiérarchiquement inférieurs (dernière caste). Ici, l’expérience héroïque s’allie fatalement à une évocation, un déchainement des forces instinctives, personnelles, collectivistes, irrationnelles, provoquant finalement une lésion et une régression de la personnalité de l’individu, qui ravalé à un tel niveau, est conditionné à vivre l’évènement d’une manière passive ou sous la suggestion de mythes et d’impulsions passionnelles. Par exemple, les célèbres romans d’Erich Maria Remarque ne reflètent que des possibilités de ce genre: gens poussés à la guerre par de faux idéalismes et qui constatent que la réalité est tout autre chose. Ils ne deviennent pas déserteurs ou lâches, mais au cœur de leurs terribles épreuves, ils ne sont soutenus que par des forces élémentaires, impulsions, instincts, réactions à peine humaines, sans plus connaître un instant de lumière.

    Pour préparer une guerre sur le plan matériel, mais aussi spirituel, il faut voir clairement et fermement tout cela, afin de pouvoir orienter âmes et énergies vers la solution la plus haute, la seule qui convienne aux idéaux traditionnels.

    Puis il faudrait ensuite spiritualiser le principe guerrier. Le point de départ pourrait être le développement virtuel d’une expérience héroïque dans le sens de la plus haute des trois possibilités que nous avons envisagées.

    Montrer comment cette possibilité plus haute, spirituelle, a été pleinement vécue dans les plus grandes civilisations qui nous ont précédées, illustrant ainsi son aspect constant et universel, ne relève pas de la simple érudition. C’est ce que nous nous proposons de faire, à partir des traditions propres à la romanité antique et médiévale.

    Nous venons de voir comment le phénomène de l’héroïsme guerrier a pu revêtir plusieurs formes et obéir à différentes significations qui, quand on veut en fixer les valeurs d’authentique spiritualité, le différencient profondément.

    C’est pourquoi nous allons commencer par examiner certaines conceptions relatives aux anciennes traditions romaines.

    On n’a, en général, qu’un concept laïc de la valeur du Romain de l’antiquité. Le Romain n’aurait été qu’un soldat au sens le plus étroit du mot, et, grâce à ses vertus militaires unies à un heureux concours de circonstances, il aurait conquis le monde. Fallacieuse opinion, s’il en fut.

    Avant tout, le Romain nourrissait l’intime conviction que l’imperium et son aeternitas étaient dus à des forces divines. Pour considérer cette conviction romaine sous un angle uniquement « positif », il suffit de substituer à cette croyance un mystère: mystère, qu’une poignée d’hommes, sans aucune nécessité, de « terre » ou de « patrie », sans être poussés par un de ces mythes ou une de ces passions auxquels recourent si volontiers les modernes pour justifier une guerre et soulever l’héroïsme, mais sous une impulsion étrange et irrésistible aient été entraînés, toujours plus loin, de pays en pays, en pliant tout à une « ascèse de la puissance ». D’après les témoignages de tous les classiques, les premiers Romains étaient très religieux – nostri maiores religiosissimi mortales – rappelle Salluste et répètent Cicéron et Aulu-Gelle – mais cette religiosité ne restait pas dans une sphère abstraite et isolée, elle débordait dans la pratique, dans le monde de l’action et par conséquent dans celui de l’expérience guerrière.

    Un collège sacré formé par les Fétiaux présidait à Rome à un système bien déterminé de rites, servant de contrepartie mystique à toute guerre, de sa déclaration jusqu’à sa conclusion. D’une manière plus générale, il est certain que l’un des principes de l’art militaire des Romains était d’éviter de livrer bataille avant que des signes mystiques n’en aient, pour ainsi dire, indiqué le « moment ». Avec les déformations et les préjugés de l’éducation moderne, on ne voudra voir en cela qu’une superstructure extrinsèque faite de superstitions. Quant aux bienveillants, ils n’y verront qu’un fatalisme extravagant. Ce n’est ni l’un ni l’autre. L’essence de l’art augural pratiqué par le patriciat romain, comme d’autres disciplines analogues, aux caractères plus ou moins identiques dans le cycle des plus grandes civilisations indo-européennes, n’était pas de découvrir des « destins » à suivre avec une superstitieuse passivité. Il s’agissait davantage de découvrir les points de jonction avec des influences invisibles, pour y greffer les forces des hommes afin de les rendre puissantes, de les multiplier et les engager à agir également sur un plan supérieur dans le but de balayer – quand la concordance était parfaite – tous les obstacles et toutes les résistances sur le plan à la fois matériel et spirituel. Il est donc difficile, à partir de cela, de douter que la valeur romaine, l’ascèse romaine de la puissance n’ait eu sa contrepartie spirituelle et sacrée, instrument de sa grandeur militaire et temporelle, mais aussi contact et lien avec les forces supérieures.

    Si c’en était le lieu ici, nous pourrions citer une nombreuse documentation pour confirmer cette thèse. Nous nous limiterons à rappeler que la cérémonie du triomphe eut à Rome un caractère beaucoup plus religieux que laïco-militaire, et que de nombreux éléments permettent de déduire que le Romain attribuait la victoire de ses duces davantage à une force transcendante qui se manifestait réellement et efficacement à travers eux, leur héroïsme et parfois même leur sacrifice (comme dans le rite de la devotio où les chefs s’immolaient) qu’à leurs qualités simplement humaines. Ainsi le vainqueur, en revêtant les insignes du Dieu capitolin suprême, lors du triomphe, s’assimilait à lui, en était une image, et allait déposer dans les mains de ce Dieu le laurier de sa victoire, hommage au véritable vainqueur.

    Enfin, l’une des origines de l’apothéose impériale, le sentiment que sous l’apparence de l’Empereur se cachait un numen immortel, est incontestablement dérivé de l’expérience guerrière: l’imperator, originellement, était le Chef militaire acclamé sur le champ de bataille au moment de la victoire: mais à cet instant, il apparaissait aussi comme transfiguré par une force venue du haut, terrible et merveilleuse, qui donnait l’impression du numen. Cette conception d’ailleurs n’est pas seulement romaine, on la trouve dans toute l’antiquité classico-méditerranéenne, et elle ne se limitait pas aux généraux vainqueurs, mais s’étendait parfois aux champions des jeux olympique et des sanglants jeux du cirque. Dans l’Hellade le mythe des Héros se confond avec des doctrines mystiques comme l’Orphisme, identifiant le guerrier vainqueur à l’initié, vainqueur de la mort.

    Témoignages précis sur un héroïsme et une valeur qui deviennent plus ou moins consciemment des voies spirituelles, bénies non seulement par la conquête matérielle et glorieuse où elles conduisent, mais aussi par leur aspect d’évocation rituelle et de conquête matérielle.

    Passons à d’autres témoignages de cette tradition qui, par sa nature, est métaphysique, et où, par conséquent, l’élément « race » ne peut avoir qu’une part secondaire et contingente. Nous disons cela, car plus avant, nous traiterons de la « guerre sainte » qui fut pratiquée dans le monde guerrier du Saint Empire Romain Germanique. Cette civilisation se présentait comme un point de confluence créatrice de plusieurs éléments : un romain, un chrétien et un nordique.

    Au sujet du premier, nous y avons déjà fait allusion dans le cadre qui nous intéresse. L’élément chrétien se manifestera sous les traits d’un héroïsme chevaleresque supranational avec les croisades. Reste l’élément nordique. Afin que nul ne s’alarme à ce sujet, nous tenons à souligner que celui dont il s’agit à un caractère essentiellement supraracial, donc incapable de valoriser ou dénigrer un peuple par rapport un peuple par rapport à un autre (…).

    Ceci dit, il est intéressant de reproduire cette significative formule d’exhortation guerrière de l’antique tradition celte : « Combattez pour votre terre et acceptez la mort s’il le faut: car la mort est une victoire et une libération de l’âme ». C’est le même concept qui correspond dans nos traditions classiques à l’expression: mors triumphalis. Quant à la tradition réellement nordique, nul n’ignore la part que le Walhalla, lieu d’immortalité céleste réservé, non seulement aux « hommes libres » de souche divine, mais aussi aux Héros morts au champ d’honneur (Walhalla signifie littéralement: « le royaume des élus »). Le Seigneur de ce lieu symbolique, Odhin-Wodan, nous apparaît, d’après la Ynglingasaga, comme celui qui, par son sacrifice symbolique à « l’arbre du monde« , aurait indiqué aux Héros comment atteindre le divin séjour où l’on vit éternellement sur une cime lumineuse et resplendissante, au-delà des nuées. Selon cette tradition aucun sacrifice, aucun culte n’étaient autant agréables au Dieu suprême, ni plus riches de récompenses dans l’autre monde, que celui accompli par le guerrier qui combat et meurt en combattant. Mais il y a quelque chose de plus. L’armée des Héros morts sur le champ de bataille doit renforcer la phalange des « héros célestes » qui lutte contre le Ragna-rökkr, c’est-à-dire contre le destin « d’obscurcissement du divin » qui selon ces enseignements, comme d’ailleurs selon les Grecs (Hésiode), pèse sur le monde depuis les âges les plus reculés.

    Nous retrouvons ce thème sous une forme différente dans les légendes moyenâgeuses concernant la « dernière bataille » que livrera l’empereur jamais mort. Ici, pour préciser l’élément universel, nous tenons à mettre en lumière la concordance des antiques conceptions nordiques (que, disons-le en passant, Wagner a rendu méconnaissable par son romantisme fumeux, boursouflé et teutonique) avec les antiques conceptions iraniennes et perses. Certaine s’étonneront peut-être d’apprendre que les fameuses Walkyries qui choisissent les âmes des guerriers destinés au Walhalla ne sont que la personnification de la part transcendantale de ces guerriers, dont l’équivalent exact sont les fravashi qui, dans les traditions irano-perses, sont représentées comme femmes de lumières et vierges emportées des batailles. Elles personnifient plus ou moins les forces surnaturelles en qui les forces surnaturelles en qui les forces humaines des guerriers « fidèles au Dieu de Lumière » peuvent se transfigurer et produire un effet terrible et bouleversant dans les actions sanglantes. La tradition iranienne a également la conception symbolique d’une figure divine -Mithra conçu comme « le guerrier sans sommeil »- qui, à la tête des favrashi de ses fidèles, combat contre les émissaires du dieu des ténèbres, jusqu’à l’apparition de Saoshyant, seigneur d’un règne à venir de paix « triomphale ».

    Déjà ces éléments des antiques traditions indo-européennes, où reviennent toujours les mêmes thèmes de la sacralité de la guerre et du héros qui ne meurt pas réellement, mais devient soldat de l’armée mystique dans une lutte cosmique, interfèrent visiblement avec des éléments du christianisme: du moins de ce christianisme qui put assumer concrètement la devise Vita est militia super terram et reconnaître que non seulement avec l’humilité, la charité, l’espérance et le reste, mais aussi avec une sorte de violence – l’affirmation héroïque, ici – il est possible d’accéder au « Royaume des Cieux ». C’est précisément de cette confluence de thèmes que naquit la conception spirituelle de la « Grande Guerre » propre au Moyen Age des Croisades, et que nous allons analyser en nous penchant davantage sur l’aspect intérieur individuel toujours actuel de ces enseignements.

    Examinons à nouveau les formes de la tradition héroïque, qui permettent à la guerre d’assumer la valeur d’une voie de réalisation spirituelle, au sens le plus rigoureux du terme,donc aussi d’une justification et d’une finalité transcendante. Nous avons déjà parlé des conceptions qui, à cet égard, furent celles du monde romain antique. Nous avons ensuite jeté un coup d’œil sur les traditions nordiques et le caractère immortalisant de toute mort réellement héroïque sur le champ de bataille. Nous devions nous référer à ces conceptions, pour arriver au monde médiéval, au Moyen Age comme civilisation résultant de la synthèse des trois éléments: d’abord romain, ensuite nordique, et enfin chrétien.

    Nous nous proposons maintenant d’examiner l’idée de la « sacralité de la guerre », telle que la connut et la cultiva le Moyen Age. Évidemment nous devrons nous référer aux Croisades, prises dans leur signification la plus profonde, sans les réduire à des déterminismes économiques et ethniques, comme le font les historiens matérialistes, et encore moins à un phénomène de superstition et d’exaltation religieuse, comme le veulent les esprits « avancés », enfin, pas davantage à un phénomène simplement chrétien. Sur ce dernier point, il ne faut perdre de vue le juste rapport de moyen et de fin. On dit: dans les Croisades, la foi chrétienne se servit de l’esprit héroïque de la chevalerie occidentale. C’est plutôt le contraire qui est vrai. La foi chrétienne et ses buts relatifs et contingents de la lutte religieuse contre « l’infidèle », de « libération du Temple » et de la « Terre Sainte », ne furent que les moyens qui permirent à l’esprit héroïque de se manifester, de s’affirmer, de se réaliser dans une sorte d’ascèse, distincte de la contemplation, mais non moins riche de fruits spirituels. La majeure partie des chevaliers qui donnèrent leurs forces et leur sang pour la « guerre sainte » n’avaient qu’une idée et une connaissance théologale des plus vagues de la doctrine pour laquelle ils se battaient.

    D’autre part, le cadre des Croisades était riche d’éléments susceptibles de leur conférer une signification symbolique spirituelle supérieure. A travers les voies du subconscient, des mythes transcendentaux réaffleuraient dans l’âme de la chevalerie médiévale: la conquète de la « Terre Sainte » située « au-delà des mers » présenta en effet infiniment plus de rapports réels que ne pouvaient le supposer les historiens avec l’antique saga selon laquelle « dans le lointain Orient, où se lève le Soleil, se trouve la ville sacrée où la mort ne règne pas mais les bienheureux héros qui savent l’atteindre jouissent d’une céleste sérénité et d’une vie éternelle ». Par ailleurs, la lutte de l’Islam eut, de par sa nature, dès le début, la signification d’une épreuve ascétique. « Il ne s’agissait pas de combattre pour les royaumes de la terre - écrivait

    Kugler, le célèbre historien des Croisades – mais pour le royaume de cieux: les Croisades n’étaient pas du ressort des hommes, mais de Dieu – on ne devait donc point les considérer comme les autres évènements humains ». La guerre sainte devait, selon l’expression d’un ancien chroniqueur, se comparer « au baptême semblable au feu du purgatoire avant la mort« . Les Papes et les prédicateurs comparaient symboliquement ceux qui étaient morts à de « l’or trois fois essayé et sept fois purifié par le feu« , et pouvant conduire au Dieu Suprême. « N’oubliez jamais cet oracle – écrivait Saint Bernard – que nous vivions ou que nous mourrions, nous appartenons au Seigneur. Quelle gloire pour vous de sortir de la mêlée tous couverts de lauriers. Mais quelle joie plus grande pour vous est celle de gagner sur le champ de bataille une couronne immortelle… O condition fortunée, où se peut affronter la mort sans crainte, même la désirer avec impatience et le recevoir d’un coeur ferme! ». La gloire absolue était promise au Croisé – glorie asolue, en provençal – donc, en dehors de la figuration religieuse, la conquête de la supravie, de l’état surnaturel de l’existence. Ainsi, Jérusalem, but convoité de la conquête, se présentait-elle sous le double aspect d’une ville terrestre  et d’une ville symbolique, céleste et immatérielle, et la Croisade prenait une valeur intérieure, indépendante de tous ses apparats, ses supports, et de toutes motivations apparentes.

    Du reste, ce furent les ordres de chevalerie qui fournirent le plus grand tribut aux Croisades, comme ceux des Templiers et des Chevaliers de Saint Jean, composés d’hommes qui, comme le moine ou l’ascète chrétien, « avaient appris à mépriser la vanité de cette vie; dans ces ordres se retrouvaient guerriers fatigués par le monde, qui avaient tout vu et goûté à tout », prêts à une action totale, que soutenait aucun des intérêts de la vie temporelle et de la politique ordinaire, au sens le plus strict. Urbain II s’adressa à la chevalerie comme à la communauté supranationale de ceux « prêts à accourir partout où éclatait une guerre pour y porter la terreur de leurs armes afin de défendre l’honneur et la justice », à plus forte raison devaient-ils entendre l’appel à la « guerre sainte »; guerre qui, d’après l’un des écrivains de l’époque, n’a pas pour récompense un fief terrestre, toujours révocable et contingent, mais un « fief céleste ».

    Mais le déroulement même des Croisades, en couches plus vastes et sur le plan d’idéologie générale, provoqua une purification et une intériorisation de l’esprit de l’initiative. Après la conviction initiale que la guerre pour la « vraie » foi ne pouvait avoir qu’une issue victorieuse, les premiers revers militaires essuyés par les armées des croisés furent une source de surprise et d’étonnement, mais à la fin ils servirent cependant à mettre en lumière l’aspect le plus haut de la « guerre sainte ». Le sort désastreux d’une Croisade fut comparée par les clercs de Rome à celui de la vertu malheureuse qui n’est jugée et récompensée qu’en vertu d’une autre vie. Et cela annonçait la reconnaissance de quelque chose de supérieur aussi bien à la victoire qu’à la défaite, à la mise au premier plan de l’aspect propre à l’action héroïque accomplie indépendamment des fruits visibles et matériels, presque comme une offrande transformant l’holocauste viril de toute la partie humaine en « gloire absolue » immortalisante.

    Il est évident qu’ainsi on devait finir par atteindre un plan, pour ainsi dire, supratraditionnel, je prends le mot « tradition » dans son sens le plus étroit, le plus historique et religieux. La foi religieuse particulière, les buts immédiats, l’esprit antagoniste devenaient donc des éléments aussi contingents que l’est la nature variable d’un combustible destiné seulement à produire et à alimenter une flamme. Le point central restait la valeur sainte de la guerre. Mais il se préfigurait également la possibilité de reconnaître ceux qui, adversaires du moment, semblaient attribuer au combat la même signification traditionnelle.

    C’est un des éléments grâce auquel les Croisades servirent, malgré tout, à faciliter un échange culturel entre l’Occident gibelin et l’Orient arabe (point de rencontre, à son tour, d’éléments traditionnels plus antiques) dont la portée va bien plus loin que la plupart des historiens ne l’ont vu jusqu’à présent. De même que les ordres de chevalerie des croisés se trouvèrent devant des ordres de chevalerie arabe, qui leur étaient presque analogues sur le plan de l’éthique, des mœurs, parfois même des symboles, de même la « guerre sainte » qui avait dressé les deux civilisations l’une contre l’autre au nom de leurs religions respectives, permit également leur rencontre et que, tout en partant de deux croyances différentes, chacune finit par donner à la guerre une valeur de spiritualité, analogue et indépendante. C’est d’ailleurs ce qu’il ressortira quand nous étudierons comment, fort de sa foi, l’antique chevalier arabe s’éleva au même point supratraditionnel, que le chevalier-croisé par son ascétisme héroïque.

    Ici, c’est un autre point que nous voudrions effleurer. Ceux qui jugent les Croisades de haut, les ramenant à un des épisodes les plus extravagants du « sombre » Moyen-Age, ne soupçonnent pas que ce qu’ils appellent « fanatisme religieux » est la preuve tangible de la présence et de l’efficacité d’une sensibilité et d’un type de décision dont l’absence caractérise la barbarie authentique. Car, enfin, l’homme des Croisades savait encore se dresser, combattre et mourir pour un motif qui, dans son essence, était suprapolitique et suprahumain. Il adhérait ainsi à une union basée non plus sur le particulier mais sur l’universel. Et ceci reste une valeur, un point de repère inébranlable.

    Naturellement il ne faut pas se méprendre, et penser que la motivation transcendante puisse être une excuse pour rendre le guerrier indifférent, pour lui faire négliger les devoirs inhérents à son appartenance à une race et à une patrie. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit au contraire, essentiellement, de significations profondément différentes selon lesquelles actions et sacrifices peuvent être vécus et qui, vus de l’extérieur, peuvent être absolument les mêmes. Il y a une différence radicale entre qui fait simplement la guerre et qui, par contre, dans la guerre fait aussi la « guerre sainte », en vivant une expérience supérieure, désirée et désirable pour l’esprit.

    Julius EVOLA (texte écrit en 1935).

    A SUIVRE…  http://theatrum-belli.org

  • Bernard LUGAN « La Traite des esclaves fut d’’abord une opération inter-africaine »

    Bernard Lugan, docteur en histoire et docteur d’’État ès-lettres, enseigne l’’histoire à l’’université de Lyon III. Grand africaniste, il a publié une dizaine d’ouvrages dont Histoire de l’’Afrique du Sud (Éd. Perin, 1986), Histoire du Rwanda (Éd. Bartillat 1997), Histoire du Maroc (Éd. Perrin, 2000), Histoire de l’’Égypte (Éd. du Rocher, 2002), Rwanda : le génocide, l’’Église et la démocratie (2004), François Mitterrand, l’’armée française et le Rwanda (Éd. du Rocher, 2005). Il a aussi édité pendant plus de dix ans la revue L’’Afrique Réelle.
    L’’ACTION FRANÇAISE 2000. – Comment expliquez-vous l’’irruption en France de l’’actuel débat sur l’’esclavage ?
    Bernard LUGAN. – La question de l’’esclavage est un sujet passionnel devenu explosif en raison du poids des souffrances passées, de la mémoire collective, de la pugnacité du lobby afro-américain aux États-Unis et de l’’immigration en Europe. Son exposé tient généralement en une suite d’’idées reçues dont le support scientifique est obsolète.
    Il est ainsi affirmé, et cela sans la moindre preuve, que si l’’Afrique s’’enlise dans le non développement, c’’est essentiellement en raison de la ponction esclavagiste. Or, cette affirmation ne prend jamais en compte le fait que si la traite fut évidemment un drame affreux pour les individus qui furent vendus et une catastrophe pour les tribus victimes des razzieurs, elle fut en revanche une source considérable de bénéfice et de puissance pour ceux des Africains qui étaient les associés, les partenaires, les fournisseurs des Européens.
    Un puissant intérêt liait en effet des « partenaires blancs et noirs engagés dans une opération économique créatrice de profits » (1). Ne perdons jamais de vue que la Traite des esclaves fut d’abord une opération inter-africaine et que les États esclavagistes qui l’’organisaient ont connu une prospérité remarquable tirée de la vente de leurs “frères noirs” aux Européens. La grande réalité de la Traite est en définitive que ce furent bien des Noirs qui vendirent leurs “frères” aux négriers européens. Dans les Antilles françaises, certains commencent d’’ailleurs à reconnaître cette vérité historique politiquement bien incorrecte. On lisait ainsi dans Jeune Afrique du 28 juillet 1998 : « Nous n’’avons rien à voir avec des gens qui nous ont vendus. » « À l’’heure où les Africains demandent aux Européens des réparations pour leurs responsabilités dans la vente d’’esclaves, les Antillais veulent demander des comptes aux Africains : “l’’Afrique a vendu ses enfants, accusent-ils. Par conséquent, nous n’’avons rien à voir avec des gens qui nous ont vendus. Il apparaît en effet, que les Martiniquais ont, pour la première fois, besoin de poser des questions sur cette Afrique mère, de lui en vouloir ouvertement, de crever l’’abcès. » .
    La complicité de certains Noirs
    A.F. 2000. – Des Noirs étaient donc complices de ce trafic ?
    B.L. – En effet la Traite ne fut possible que parce que des Noirs capturaient d’’autres Noirs pour venir les vendre aux négriers. À l’’exception des pombeiros qui étaient des métis de Noirs et de Portugais et qui opéraient en Angola, les Européens ne pénétraient pas à l’’intérieur du continent. Ils n’’ont donc jamais été en mesure de jouer un rôle actif dans les phases de la capture, puis de l’’acheminement des esclaves vers la côte. Ces deux rôles essentiels étaient en totalité tenus par des Africains.
    La traite des esclaves fut d’’abord le fait d’’États esclavagistes africains qui n’ignoraient pas la loi du marché et qui savaient raréfier ou réguler le “produit” en fonction de la demande. De l’’intérieur du continent jusque’’au littoral, les réseaux de distribution, les péages, les versements de taxes, les marchés continentaux faisaient qu’’une partie de l’’Afrique s’’enrichissait en en vendant une autre. Andagsman, le film du réalisateur ivoirien Gnoan M’Balla sorti dans les salles en 2001, est explicite à ce sujet. Selon la présentation faite par son auteur, il met en effet en scène « la complicité des peuples africains qui ont vendu leurs frères aux trafiquants d’esclaves. Les tribus africaines se lançaient à la conquête d’autres tribus, les vaincus étaient faits prisonniers et échangés contre des fusils et du rhum. »
    Cette vérité, acceptable dans la bouche d’’un Africain, est considérée comme une provocation quand c’’est un Blanc qui l’’exprime. Mon estimé collègue Pétré-Grenouilleau l’’a malheureusement appris à ses dépens. Étant lui-même “politiquement correct”, il vient en effet de découvrir avec stupeur que la liberté en matière de recherche historique n’’existe plus en France..
    La France ne s’’y est pas enrichie
    A.F. 2000. – Peut-on dire que l’’esclavage a assuré la prospérité des pays européens ?
    B.L. – Cette proposition est scientifiquement absurde. La révolution industrielle française s’’étant faite dans la seconde partie du XIXe siècle, c’’est-à-dire après l’’abolition, et dans l’’Est de la France, notamment en Lorraine et dans la région lyonnaise ainsi que dans le Nord, et non à Bordeaux ou à La Rochelle, la prospérité industrielle française ne s’’explique donc pas par la Traite.
    Pour ce qui est de la Grande Bretagne les historiens anglo-saxons ont démontré (2) que l’’Angleterre n’’a pas tiré sa richesse du commerce des esclaves. David Richardson (3) a ainsi prouvé que les bénéfices tirés de la Traite des Noirs ne généraient pas de bénéfices particulièrement élevés (8 à 10 % à leur pic) et que, l’entreprise étant particulièrement risquée, elle n’a pas attiré massivement les investisseurs. Il a également démontré que ce ne sont pas les profits de la Traite qui ont permis l’’industrialisation britannique puisque les bénéfices tirés du commerce négrier n’ont représenté que moins de 1 % de tous les investissements liés à la révolution industrielle d’’Outre-Manche.
    D’’ailleurs, et c’’est moi qui l’’ajoute, si industrialisation et prospérité étaient les résultats du commerce des esclaves, le Portugal aurait dû être une des nations les mieux loties. Or, ce pays qui n’a pas fait sa révolution industrielle était il y a encore deux décennies une quasi enclave du tiers-monde en Europe.
    A contrario, que dire de l’’industrialisation de l’’Allemagne, de la Suède, de la Tchécoslovaquie, de la Suisse ou de la Russie, pays qui n’’ont pas ou quasiment pas participé au commerce des esclaves ?
    Quant à la révolution industrielle américaine ce n’est pas dans le Sud esclavagiste qu’elle s’est produite, mais dans le Nord abolitionniste.
    Le volume de la Traite
    A.F. 2000. – Peut-on valablement soutenir que l’’Afrique est sous-développée en raison des coupes sombres opérées dans sa démographie par la traite négrière ?
    B.L. – Poser cette question revient à poser celle du volume de la traite ; or le débat est clos car l’estimation du volume global de la traite atlantique fait aujourd’’hui l’’objet d’un consensus de la part des historiens qui l’estiment entre dix et douze millions d’’individus.
    En 1980, il y aura donc bientôt trente ans, Yves Person, titulaire de la chaire d’histoire de l’’Afrique à la Sorbonne, avait écrit que, localement, au lieu de vider des régions de leur population, la Traite avait plutôt épongé l’’excédent d’une population en croissance (4) laquelle s’’expliquait selon lui par l’introduction des plantes américaines par les Portugais (manioc, maïs, haricots, etc.), plantes qui ont véritablement révolutionné la vie alimentaire des Africains.
    Selon Hugh Thomas (5), l’’Afrique n’’a pas été dépeuplée par la Traite européenne laquelle n’a eu en définitive que peu d’’effets sur le bilan démographique global car la plus grande partie du continent y a échappé : « La population de l’’Afrique de l’’Ouest, dit-il, était probablement de l’’ordre de vingt-cinq millions au début du XVIe siècle, avec un taux de croissance de 17 pour 1.000. La Traite qui prélevait 0,2 % de la population par an n’’a pu avoir pour effet maximum que de ralentir son augmentation. »
    Ces chiffres sont à comparer aux pertes humaines subies par l’’Europe lors des épidémies de peste (entre 30 à 60 % de la population selon les régions), durant la Guerre de Trente ans qui dépeupla une grande partie de l’’Europe centrale ou encore durant les guerres de Religion ; or, ces terribles saignées n’ont pas bloqué le développement de l’’Europe. John Llife résume l’’état de la question d’’une phrase choc affirmant que la ponction démographique opérée par la Traite fut pour l’Afrique « un désastre, mais pas une catastrophe ». De fait la zone des actuels États du Ghana, du Dahomey, du Togo et du Cameroun, c’est-à-dire la Gold Coast et la Côte des Esclaves, englobant tout le delta du Niger, fut une des grandes zones de Traite. Or ces régions sont aujourd’hui parmi les plus densément peuplées de l’’Afrique littorale.
    Propos recueillis par Michel FROMENTOUX Action Française 2000
    (1) F. Renault et S. Daget : Les Traites négrières en Afrique, Paris, 1985. Voir aussi de S. Daget : La traite des noirs. Paris, 1990.
    (2) Sous la direction de W.M. Roger Louis : The Oxford History of the British Empire. 5 volumes, 1998-1999. – H. Thomas : The Slave Trade. London, 1997. Voir également de J. Llife : Africans : The History of a Continent, publié en langue française sous le titre : Les Africains. Histoire d’un continent. Paris, 2000.
    (3) D. Richardson : The British Empire and the Atlantic Slave Trade, 1660-1804. In The Oxford History of the British Empire, volume II, 1998.
    (4) Y. Person : La population de l’’Afrique noire durant les XVIIIe et XIXe siècles. Dans Culture et Société, III, 1980.
    (5) H. Thomas : The Slave Trade. London, 1997.

  • LE MENSONGE DE L'EXCEPTION CULTURELLE

    La culture est un terme imprécis qui autorise tous les amalgames et toutes les supercheries. En témoigne le régime des intermittents du spectacle qui par son poids scandaleux empêche les gens de se cultiver librement. Aujourd'hui le terme occupe le centre de l'actualité. Le président Hollande s'appuie sur une supposée exception culturelle française pour peser dans une négociation de libre-échange entre les USA et la CEE.
    Il est clair que toute satisfaction totale ou partielle obtenue par la France devra être payée ailleurs.

    LES RAISONS INVOQUEES
    Le prétexte principal invoqué est que les biens culturels ne seraient pas des marchandises comme les autres. Avec une emphase suspecte un discours pourra affirmer, dans le flou général, que la culture n’est pas une marchandise. Nous allons heurter les très nombreux cavaliers de l'étatisme hostiles par définition au jeu du marché libre. Nous ne voyons aucune différence de nature entre des biens dits culturels et d'autres biens. Livres, disques, chansons, peintures sont des marchandises qui doivent subir l'offre et la demande dans le jeu d'un marché le plus libre possible.
    Le prétexte apparaît vite tel qu'il est dans la réalité comme une motivation pour ajuster les impôts. Les biens supposés culturels souffrent ou bénéficient de politiques fiscales ajustées. Avidement il existe des réglementations diverses et variées enchaînant la culture au char de l’État, le tout dans l'odeur coutumière et pestilentielle d'usine à gaz. De nombreuses subventions réservées aux camarades complètent le dispositif. L'exception culturelle est une vraie chimère qui montre ainsi son vrai visage.

    LE MINISTERE DE LA CULTURE
    C'est alors que l'analyse dévoile un de ces célèbres mammouths qui ruinent la France : un ministère complet. Il a des ramifications dans les régions, départements, collectivités, firmes culturelles, etc. Latéralement d'autres ministères s'intéressent à la culture.
    Le luxe tapageur de la rue de Valois est connu avec les salles à manger de direction, les parlottes et les fêtes adjacentes qui s'y succèdent.
    Le tout se passe sous l’œil attentif de l'Europe et de l'immense Onucratie. Nous nous trouvons devant un pouvoir totalitaire mondial doté de moyens gigantesques et agissant dans vrai contrôle. L'effet de ruine est garanti. Surtout hélas, sous prétexte de culture, les idéologies les plus meurtrières de notre époque sont répandues sans résistance.
    Dans ce contexte, le mensonge ridicule de l'exception culturelle est une péripétie sans importance. Il permet de dévoiler l'un des nombreux dangers du pouvoir totalitaire mondial en formation accélérée.
    MICHEL de PONCINS http://libeco.net

  • Relire « Ravage » de René Barjavel

    PARIS (NOVOpress) - En ces temps de crise, que certains perçoivent comme pré-apocalyptiques, il est indispensable et même absolument nécessaire de lire ou relire Ravage, de René Barjavel. Celui que l’on a intronisé, bien tardivement, père de la science-fiction française, fait plutôt œuvre, ici, de prophète. Car ses extraordinaires visions sont enveloppées d’une grande poésie. Ravage pourrait très bien se situer au carrefour de Giono, de Jules Verne ou même du Georges Orwell de 1984.

    Imaginer dès 1942 une société hyper-technologique dans laquelle tout – ou presque – se fait grâce à l’énergie électromagnétique, était déjà réussir un tour de force. D’autant que la cohérence de l’ensemble ne nous suggère, à aucun moment, le moindre doute. Mais lorsque Barjavel met en scène la destruction, en quelques heures, de cette non-civilisation technicisée par une panne énergétique totale, on ne peut que tomber béat devant une telle lucidité.

    Ultra-concentration urbaine, industrie agro-alimentaire, frénésie bougiste, hypersexualisation médiatique, règne du plastique ou encore ultra-dépendance énergétique … le cadre posé ressemble à s’y méprendre aux sociétés occidentales de 2013. Quant au grand choc décrit, à la convergence des crises en œuvre, elles semblent tout droit sorties du dernier ouvrage de Piero San Giorgio (1).

    Dans le gigantesque chaos qui suit, l’Homme peut-il survivre ? Et quels hommes ? C’est la formidable épopée que nous fait vivre René Barjavel. Ravage n’est ni un divertissement gratuit – il vous laissera des stigmates, ni un nouveau manuel d’entraînement pour survivaliste en devenir. Il constitue en revanche, un formidable outil pour tout « éveilleur de peuple », pour quiconque souhaite partager sa vision d’un nécessaire retour au réel (2), d’une redécouverte des savoirs primaires, d’un ré-enracinement des plus concrets.

    « Ne sais-tu pas que les hommes se perdirent justement parce qu’ils avaient voulu épargner leur peine ? »

    Pierre Saint-Servant http://fr.novopress.info/

    1) Essayiste, théoricien du survivalisme. Dernier ouvrage paru : Rues barbares : Survivre en ville (coécrit avec Vol West), éditions Le Retour aux sources, 2012

    2) Notion chère au philosophe Gustave Thibon. Retour au réel. Nouveaux Diagnostics, Lyon, Lardanchet, 1943

  • Les papes face à la persécution anticatholique au XIXème siècle

    De telles histoires sont excellentes pour exaspérer les imbéciles et rafraîchir l’imagination des bons chrétiens.

    Léon Bloy

    J’ai déjà indiqué que Swift recense la destruction du christianisme en Angleterre au début du XVIIIe siècle. Montesquieu écrit ensuite dans ses lettres moins persanes qu’anglaises que le pape est « une vieille idole que l’on encense par habitude ». Puis il y eut la révolution française et son invraisemblable et systématique caractère antichrétien.

    Le dix-neuvième siècle semble plus paisible. Mais les papes au XIXe siècle ont pourtant subi toutes les avanies ; dans un monde déjà positiviste, laïque, agressif, tourné vers le matériel et les manipulations, ils n’ont eu de cesse de défendre la Foi et leur autorité, mais aussi les Etats de la papauté, menacés par l’inquiétant Etat italien qui les a dépourvus de tout en plusieurs fois. Cet Etat italien profitera de la défaite de Napoléon III pour détruire ce qui restait des Etats de l’Eglise. Napoléon III et son idiosyncrasie avaient réussi l’exploit bonapartiste d’être à la fois du côté des agresseurs, en aidant Cavour et le Piémont, et des agressés... Les émeutes, les rebellions, grossièrement et surtout inutilement violentes, toutes fabriquées ou manipulées, ont créé de façon récurrente des situations extrêmement douloureuses. Deux grands papes ont bien écrit à ce sujet, comme s’ils cherchaient à nous consoler par avance des épreuves que nous traversons. Il s’agit de Pie IX, que j’ai déjà cité, et de Grégoire XVI.

    Ce dernier écrit dans une encyclique célèbre, Mirari Vos, en 1832 :

    « A ce motif de silence, s’en joignit un nouveau : l’insolence des factieux qui s’efforcèrent de lever une seconde fois l’étendard de la rébellion. A la vue de tant d’opiniâtreté de leur part en considérant que leur fureur sauvage, loin de s’adoucir, semblait plutôt s’aigrir et s’accroître par une trop longue impunité et par les témoignages de notre paternelle indulgence, nous avons dû enfin, quoique l’âme navrée de douleur, faire usage de l’autorité qui nous a été confiée par Dieu, les arrêter la verge à la main (I Cor. IV,21), et depuis, comme vous pouvez bien conjecturer, notre sollicitude et nos fatigues n’ont fait qu’augmenter de jour en jour. »

    Au début de son texte, le Saint-Père est même très ému ; Grégoire décrit une espèce de fin des Temps, de chaos organisé et généralisé ; on est déjà en mai 68, avec le sang en plus des violences révolutionnaires de l’époque, qui ne s’éteindront qu’avec la fin du nazisme et les agonies du communisme. C’est le monde moderne en plein :

    « Nous pouvons dire en toute vérité, c’est maintenant l’heure accordée à la puissance des ténèbres pour cribler, comme le froment, les enfants d’élection (LUC. XXII,53). "La terre est vraiment dans le deuil ; elle se dissout, infectée par ses habitants ; ils ont en effet transgressé les lois, changé la justice et rompu le pacte éternel" (ISAI. XXIV,5). Nous vous parlons, vénérables Frères, de maux que vous voyez de vos yeux, et sur lesquels par conséquent nous versons des larmes communes. La perversité, la science sans pudeur, la licence sans frein s’agitent pleines d’ardeur et d’insolence ; la sainteté des mystères n’excite plus que le mépris, et la majesté du culte divin, si nécessaire à la foi et si salutaire aux hommes, est devenue, pour les esprits pervers, un objet de blâme, de profanation, de dérision sacrilège. »

    Soixante millions de morts, des décennies de dictature, aujourd’hui une piteuse chute de la civilisation continentale, ce sera le prix à payer pour la société postchrétienne en Europe. L’expression très belle de dérision sacrilège annonce bien la culture actuelle libérale-libertaire : on est dans les temps sans foi et de l’éclat de rire. Grégoire XVI fait même une pudique allusion au mariage des prêtres que l’on exige déjà entre froncements de sourcils et deux éclats de rire :

    « De là, la sainte doctrine altérée et les erreurs de toute espèce semées partout avec scandale. Les rites sacrés, les droits, les institutions de l’Eglise, ce que sa discipline a de plus saint, rien n’est plus à l’abri de l’audace des langues d’iniquité. On persécute cruellement notre Chaire de Rome, ce Siège du bienheureux Pierre sur lequel le Christ a posé le fondement de son Eglise ; et les liens de l’unité sont chaque jour affaiblis de plus en plus, ou rompus avec violence. La divine autorité de l’Eglise est attaquée ; on lui arrache ses droits ; on la juge d’après des considérations toutes terrestres, et à force d’injustice, on la dévoue au mépris des peuples, on la réduit à une servitude honteuse. L’obéissance due aux évêques est détruite et leurs droits sont foulés aux pieds. »

    Grégoire fait ensuite allusion à l’enseignement et à toutes les formes modernes de subversion éducative. Et il écrit sur ces sociétés conspiratrices qui corrompent la jeunesse, ou lui apprennent avec la théorie du genre qu’elle n’a plus à être déterminée :

    « On entend retentir les académies et les universités d’opinions nouvelles et monstrueuses ; ce n’est plus en secret ni sourdement qu’elles attaquent la foi catholique ; c’est une guerre horrible et impie qu’elles lui déclarent publiquement et à découvert. Or dès que les leçons et les examens des maîtres pervertissent ainsi la jeunesse, les désastres de la religion prennent un accroissement immense, et la plus effrayante immoralité gagne et s’étend. Aussi, une fois rejetés les liens sacrés de la religion, qui seuls conservent les royaumes et maintiennent la force et la vigueur de l’autorité, on voit l’ordre public disparaître, l’autorité malade, et toute puissance légitime menacée d’une révolution toujours plus prochaine. Abîme de malheurs sans fonds, qu’ont surtout creusé ces sociétés conspiratrices dans lesquelles les hérésies et les sectes ont, pour ainsi dire, vomi comme dans une espèce de sentine, tout ce qu’il y a dans leur sein de licence, de sacrilège et de blasphème. »

    Comme on voit, rien de nouveau sous le soleil, sinon un désir éternel et permanent de poursuivre et de persécuter, chez l’Adversaire, ce qui relève de la Divinité et de l’Autorité sacrée, mais aussi des droits les plus ordinaires.

    ***

    Je laisse le grand et méconnu Grégoire XVI et termine en citant à nouveau Pie IX, ce héros de mon enfance (il a toujours dit non !), et son encyclique Etsi Multa. Je le fais en italien, car le Saint-Père écrit superbement cette langue, et que je suis fatigué de la mienne ; je traduis juste en français les mots moins compréhensibles pour donner au lecteur le loisir la prose du Saint-Siège. Ici le pape est épuisé par ses épreuves et il vient - et il l’écrit - à préférer la fin de ses jours à la vie dans l’affrontement avec l’increvable et modernité harcelante :

    « Benché fin dagli stessi inizi (bien que dès le début) del Nostro lungo Pontificato abbiamo dovuto subire sofferenze e lutti, di cui Noi abbiamo trattato nelle encicliche a Voi spesso (souvent) inviate ; tuttavia in questi ultimi anni la mole (la quantité) delle miserie è venuta crescendo in maniera tale che quasi ne saremmo schiacciati (écrasés), se non Ci sostenesse la benignità divina. »

    C’est ici qu’il dit préférer la mort à l’écoeurant affrontement avec les frères et les vénérables des loges et autres parlements dits libéraux :

    « Anzi, le cose sono ora giunte a tal punto che la stessa morte sembra preferibile ad una vita sbattuta da tante tempeste, e spesso con gli occhi levati al cielo siamo costretti ad esclamare: "E meglio per Noi il morire, che vedere lo sterminio delle cose sante" (1Mac 3,59). »

    Pie IX écrit ce merveilleux texte après la prise traîtresse de Rome, jusque là empêchée par les chevau-légers et les troupes chrétiennes françaises demeurées fidèles à la papauté. Voici comment il décrit cette prise :

    « Certamente da quando questa Nostra nobile Città, per volere di Dio, fu presa con la forza delle armi, e assoggettata al governo di uomini che calpestano (piétinent) il diritto, e sono nemici (ennemis) della religione, per i quali non esiste distinzione alcuna fra le cose divine ed umane, non è trascorso quasi giorno alcuno, che al nostro cuore, già piagato (mortifié) per le ripetute offese e violenze, non s’infliggesse una nuova ferita (blessure). »

    Ici le pape pleure le sort des religieux expulsés, hommes et vierges :

    « Risuonano tuttora alle nostre orecchie i lamenti ed i gemiti degli uomini e delle vergini appartenenti a famiglie religiose che, cacciati dalle loro case e ridotti in povertà, vengono perseguitati e dispersi, come suole accadere (se passer) dovunque (partout où) domina quella fazione, la quale tende a sovvertire l’ordine sociale. »

    Quella fazione... cette faction, écrit le Saint-Père, prend divers noms : les sectes maçonniques, les machinations, la synagogue de Satan. En utilisant ce verbe enflammé, le pape se préparait aussi à être fortement contesté par la science historique contemporaine, si objective et scientifique (le pape c’est Hitler, etc.), celle qui criminalisera à la suite de l’impayable Jules Isaac l’histoire de la pensée chrétienne, pères de l’Eglise et évangélistes compris..

    Nous ne sommes pas sortis de l’auberge rouge de la modernité. On ressort la formule en italien, pour exaspérer les imbéciles !

    « Da esse infatti è formata la sinagoga di Satana, che ordina il suo esercito contro la Chiesa di Cristo, innalza la sua bandiera e viene a battaglia. »

    Nicolas Bonnal http://www.france-courtoise.info/

  • La démocratie, un mythe ?

    par Grégoire Arnould

    L’Institut Coppet, présidé par Damien Theillier, est connu pour promouvoir l’école française d’économie politique. Aujourd’hui, il s’attaque à la forme moderne de la démocratie.

    Say, Turgot, Bastiat. Ce sont les noms des penseurs les plus fameux de l’école française d’économie politique. Aujourd’hui méconnue en France, celle-ci connut un âge d’or au XIXe siècle, portée par une revue : Le journal des économistes.

    C’est à l’étranger que les idées de l’école française d’économie politique se sont le plus propagées. En Autriche, où Ludwig Von Mises et Friedrich Von Hayek se sont appuyés sur ses travaux et aux Etats-Unis, chez les libertariens - à ne pas confondre avec liberal ou libertaire - qui s’enracinent dans cette tradition de pensée. [...]

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  • Les raisons de vivre et les raisons de mourir sont bien souvent les mêmes

    Hommage d’Alain de Benoist à Dominique Venner.
    Voici la transcription du très bel hommage rendu par Alain de Benoist à Dominique Venner lors de la cérémonie publique du 31 mai 2013.

    Les raisons de vivre et les raisons de mourir sont bien souvent les mêmes. Tel était le cas indéniablement pour Dominique Venner dont le geste a cherché à mettre en accord profondément sa vie et sa mort. Il a choisi de mourir de la manière qui, disait‑il, constituait l’issue la plus honorable en certaines circonstances et en particulier lorsque les mots deviennent impuissants à décrire, à exprimer ce que l’on ressent. Dominique Venner est mort finalement comme il avait vécu, dans la même volonté, dans la même lucidité, et, ce qui frappe le plus tous ceux qui l’ont connu, c’est de voir à quel point toute sa trajectoire d’existence se situe dans une ligne à la fois claire et droite, une ligne parfaitement rectiligne d’une extrême droiture.

    L’honneur au-dessus de la vie
    Le geste accompli par Dominique Venner est évidemment un geste dicté par le sens de l’honneur, l’honneur au-dessus de la vie, et, même ceux qui pour des raisons personnelles ou autres réprouvent le suicide, même ceux qui contrairement à moi ne le trouvent pas admirable, doivent avoir du respect pour son geste, car on doit avoir du respect pour tout ce qui est accompli par sens de l’honneur.
    Je ne vous parlerai pas de politique. En juillet 1967, Dominique Venner avait définitivement rompu avec toute forme d’action politique. Il regardait, en observateur attentif, la vie politique et il faisait connaître, bien entendu, son sentiment. Mais je crois que l’essentiel pour lui était ailleurs, et beaucoup de choses qui ont été déjà été dites aujourd’hui le montrent à foison.
    Au‑dessus de tout, Dominique Venner plaçait l’éthique et cette considération première était déjà la sienne lorsqu’il était un jeune activiste. Elle est restée la sienne, lorsque peu à peu le jeune activiste s’est mué en historien, en historien méditatif, comme il le disait. Si Dominique Venner s’intéressait tellement aux textes homériques dans lesquels il voyait les textes fondateurs de la grande tradition immémoriale européenne, c’est que l’Iliade et l’Odyssée, c’est d’abord l’éthique : les héros de l’Iliade ne délivrent aucune leçon de morale, ils donnent des exemples éthiques, et l’éthique est indissociable, bien sûr, d’une esthétique.

    C’est le beau qui détermine le bien
    Dominique Venner ne faisait pas partie de ceux qui croient que le bien détermine le beau, il était de ceux qui pensent que le beau détermine le bien ; il croyait en l’éthique et les jugements qu’il portait sur les hommes, ce n’était pas tant en fonction de leurs opinions ou de leurs idées, mais en fonction de leur plus ou moins grandes qualités d’être, et d’abord de cette qualité humaine par excellence qu’il résumait en un mot : la tenue.

    La tenue
    La tenue, qui est une façon d’être, une façon de vivre et une façon de mourir. La tenue qui est un style, ce style dont il avait si bellement parlé, dans Le Cœur rebelle, son livre paru en 1994, et, bien sûr, aussi dans tous ses ouvrages et je pense plus particulièrement au livre qu’il avait publié en 2009 sur l’écrivain allemand Ernst Jünger, et dans ce livre Dominique disait très clairement que, si Jünger nous donnait, nous donne un grand exemple, ce n’est pas seulement par ses écrits, mais c’est aussi parce que cet homme, qui a eu une vie si longue et qui est mort à 103 ans, n’a jamais failli aux exigences de la tenue.
    Dominique Venner était un homme secret, attentif, exigeant, et d’abord exigeant de lui-même ; il avait intériorisé en quelque sorte toutes les règles de la tenue : ne jamais se laisser aller, ne jamais se répandre, ne jamais s’expliquer, ne jamais se plaindre car la tenue appelle et va vers la REtenue. Evidemment, lorsque l’on évoque ces choses, on risque d’apparaître aux yeux de beaucoup comme l’habitant d’une autre planète, à l’époque des smartphones et des Virgin Mégastores, parler d’équanimité, de noblesse de l’esprit, de hauteur de l’âme, de tenue, c’est là employer des mots dont le sens même échappe à beaucoup, et c’est sans doute la raison pour laquelle les Béotiens et les Lilliputiens qui rédigent ces bulletins paroissiens de la bien-pensance que sont devenus les grands médias aujourd’hui ont été incapables pour la plupart de comprendre le sens même de son geste qu’ils ont essayé d’expliquer par des considérations médiocres.

    Une façon de protester contre le suicide de l’Europe
    Dominique Venner n’était ni un extrémiste ni un nihiliste et surtout pas un désespéré. Les réflexions sur l’histoire auxquelles il s’était livré pendant si longtemps l’avaient amené, au contraire, à développer un certain optimisme. Ce qu’il retenait de l’histoire c’est qu’elle est imprévisible et qu’elle est toujours ouverte, qu’elle fait les hommes, et que la volonté des hommes la fait également. Dominique Venner récusait toutes les fatalités, toutes les formes de désespoir.
    Je dirais paradoxalement, parce qu’on ne l’a pas suffisamment remarqué, que son désir de se donner la mort était une façon de protester contre le suicide, une façon de protester contre le suicide de l’Europe auquel il assistait depuis tant de temps.

    Un suicide d’espérance pensé comme acte de fondation
    Dominique Venner ne supportait tout simplement plus de voir l’Europe qu’il aimait, sa patrie, sortir peu à peu de l’Histoire, oublieuse d’elle‑même, oublieuse de sa mémoire, de son génie, de son identité, vidée en quelque sorte de cette énergie dont pendant tant de siècles elle avait su faire preuve ; c’est parce qu’il ne supportait plus ce suicide de l’Europe que Dominique Venner lui a opposé le sien, qui, lui, n’était pas un suicide d’affaissement, de démission mais au contraire un suicide d’espérance.
    L’Europe, disait Dominique, est en dormition. Il a voulu la réveiller. Il a voulu, comme il le dit, réveiller les consciences assoupies. Il faut donc être très clair sur ce point : il n’y a aucun désespoir dans le geste de Dominique Venner. Il y a un appel à agir, à penser, à continuer. Il dit : je donne, je sacrifie ce qui me reste de vie dans un acte de protestation et de fondation. C’est ce mot de « fondation », je crois, qui doit être retenu ; ce mot de « fondation » qui nous a été légué par un homme dont le dernier souci a été de mourir debout.

    Un samouraï d’Occident
    Dominique Venner n’était pas non plus un nostalgique, mais il était un véritable historien qui s’intéressait, bien sûr, au passé en vue de l’avenir ; il ne faisait pas de l’étude du passé une consolation ou un refuge ; il savait simplement que les peuples qui oublient leur passé, qui perdent la conscience même de leur passé, se privent par là même d’un avenir. L’un ne va pas sans l’autre : le passé et l’avenir sont deux dimensions de l’instant présent mais pas n’importe lesquelles : des dimensions de profondeur. Et dans cette démarche, Dominique Venner se souvenait, bien sûr, d’un certain nombre de souvenirs et d’images. Il avait le souvenir des héros et des dieux homériques ; il avait le souvenir des vieux Romains, de ceux qui l’ont précédé dans la voie de la mort volontaire : Caton, Sénèque, Regulus, tant d’autres. Il avait en mémoire les écrits de Plutarque et les histoires de Tacite. Il avait en tête le souvenir de l’écrivain japonais Yukio Mishima, dont la mort à tant d’égards ressemble tellement à la sienne et ce n’est certes pas un hasard si le livre, le dernier livre qu’il aura publié et qui va paraître d’ici quelques semaines et qui sera publié par Pierre‑Guillaume de Roux, s’appelle Un samouraï d’Occident : un samouraï d’Occident ! Et dans les images sur la couverture de ce livre Un samouraï d’Occident, on voit une image, une estampe, une gravure célèbre : Le Chevalier, la Mort et le Diable, de Dürer.

    Le Chevalier, la Mort et le Diable, de Dürer

    Cette gravure, Dominique Venner l’a choisie à dessein. C’est à ce personnage du chevalier que Jean Cau, il y a quelque temps, avait consacré un livre admirable qui portait d’ailleurs ce titre : Le Chevalier, la Mort et le Diable. Dans l’une de ses toutes dernières chroniques, rédigée quelques jours à peine avant sa mort, Dominique Venner a précisément écrit un texte d’hommage à ce chevalier qui, dit‑il, chemine et cheminera, continuera toujours de cheminer, vers son destin, vers son devoir, entre la mort et le diable.
    Et Dominique Venner dans cette chronique relevait un anniversaire. C’est en 1513, il y a très exactement 500 ans, que Dürer a gravé cette estampe Le Chevalier, la Mort et le Diable, et cette insistance m’a donné personnellement une idée, un geste, que tout le monde peut faire, très simple : je suis allé voir les dates de naissance et de mort de Dürer, l’homme qui a gravé, il y a très exactement 500 ans, Le Chevalier, la Mort et le Diable, et je me suis aperçu que Dürer était né en 1471, qu’il était né le 21 mai 1471. Dürer est né un 21 mai, Dominique Venner a choisi de mourir un 21 mai. Si c’est une coïncidence, elle est extraordinaire, mais on n’est pas forcé de croire aux coïncidences.

    Le cœur rebelle sera toujours là
    Voilà ce que je voulais vous dire en souvenir de Dominique Venner qui maintenant est parti dans une grande chasse sauvage, dans un paradis où l’on voit voler les oies sauvages. Ceux qui l’ont connu, et moi je le connaissais depuis 50 ans, ceux qui l’ont connu se disent sans doute qu’ils ont perdu un ami ; je crois qu’ils ont tort, je crois que depuis le 21 mai 2013 à 14h42 ils doivent savoir, au contraire, qu’il sera désormais nécessairement toujours là. Toujours là aux côtés des cœurs rebelles et des esprits libres confrontés depuis toujours à l’éternelle coalition des Tartuffes, des Trissotins et des Torquemadas.
    Alain de Benoist, 31/05/2013  http://www.polemia.com
    L’intégralité de l’hommage public du 31 mai est visible sur : Cérémonie d’hommage à Dominique Venner - ProRussia.tv …

  • Au sujet d'un ouvrage faisant l'objet d'un entretien concernant le paganisme

    Au sujet d'un ouvrage faisant l'objet d'un entretien concernant le paganisme
    Dans le cadre d'un entretien (1) effectué par Fabrice Dutilleul, Guillaume Sincyr nous présente son livre (2) intitulé « Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l’Europe ». L'entretien n'étant pas long et disponible à la lecture, le point de vue de l'auteur, qui est assez bien explicité, n'est pas difficile à pénétrer.
    Si l'on peut apprécier le retour aux origines (3) et adopter une démarche essentialiste quant à la France ou l'Europe, il faut se méfier d'une adhésion par trop catégorique. Se pose par exemple le problème de savoir si ces origines, au motif qu'elles sont, doivent nécessairement être célébrées. Est-il besoin, par exemple de rappeler que, et Vercingétorix (un celte), et Clovis (un germain), furent en leur temps, eux aussi, des métèques envahisseurs ? Ce que l'on a coutume de qualifier d'indo-européens, sont en fait des peuplades qui n'avaient rien à faire sur le sol de l'Europe. On peut donc considérer que si les zélateurs d'aujourd'hui des Celtes et des Germains avaient été présents à l'époque dans l'hexagone, ils les eurent alors très probablement combattus. La France des origines, c'est peut être bien celle de Néanderthal... Est-ce donc bien sérieux, sachant cela, d'aller célébrer une certaine forme d'essentialisme ? Que le christianisme soit étranger à l'Europe des origines, c'est en effet exact puisqu'il est issu du terroir palestinien. Rappelons en toute honnêteté que ce ne sont nullement les druides qui sont allés faire du prosélytisme en Palestine alors que la réciproque est fausse. Quant à célébrer la catholicité, phénomène d'importation, au motif qu'elle a structuré la France, un autre problème appert: on ne peut plus alors de façon définitive exclure l'islam, parce que religion d'importation elle est aussi. Et en effet, rien ne permet d'affirmer définitivement avec certitude que l'islam, lui aussi, n'apportera pas beaucoup sur le long terme.
    On perçoit donc dès lors la double erreur consistant à se rattacher ou à l'essentialisme, ou à l'historicisme.
    Il n'est pas impossible d'ailleurs qu'il faille chercher du côté de l'animisme pour trouver la proto-religion de l'Europe.
    Au sujet de certaines formulations effectuées par l'auteur, elles peuvent être motif à légitime interrogation. Ainsi:
    « Si les églises se vident, ce n’est pas parce que l’homme a perdu le sens du sacré, c’est parce que l’Européen se sent mal à l’aise vis-à-vis d’une religion qui ne répond pas à sa sensibilité. ».
    Il semblerait, bien au contraire, que la période dans laquelle nous sommes entrés voici une quarantaine d'années, qualifiée par le terme de postmodernité, se marque justement par la perte du sacré. Plus grave, il semble y avoir consensus sur le sujet au vu des études effectuées sur le sujet. Qui méconnaît « le désenchantement du monde » (4) écrit voici une trentaine d'années ? Ce qui caractérise les temps présents, c'est justement une positivité poussée à l'extrême: efficacité, utilité, facilité... Et notre contemporain donc de vous interroger sur le pourquoi de son absence à la messe ? « Pas amusant et puis, à quoi ça sert ? ». De surcroît, si le problème venait d'une religion au motif qu'elle ne fusse pas conforme à la sensibilité de l'Européen, pourquoi alors tous ces siècles durant lesquels, les églises furent remplies ? On constate bien que les arguments ne tiennent pas.
    Mais aussi,
    « Plus les populations sont évoluées, plus on constate leur rejet de l’approche monothéiste avec un Dieu responsable de tout ce qui est bon, mais jamais du mal ou de la souffrance, et devant qui il convient de se prosterner. »
    Evoluées ? C'est en effet un droit que de considérer que Français et Européens sont de plus en plus évolués; il me semble au contraire, et c'est là le point de vue des Nôtres et de la mouvance, que plus nous avançons dans l'histoire et plus nous chutons. Est-on certain par exemple que la chute de la monarchie constitua une réussite ? Pense t-on vraiment qu'aujourd'hui le Français, ne serait-ce qu'en terme de politesse, d'état d'esprit, de lien avec les siens, ait « évolué » depuis un demi-siècle ?
    Et enfin,
    « Le Paganisme est une Vue du monde basée sur un sens du sacré, qui rejette le fatalisme. »
    Et l'heimarménè des Grecs ? Et le fatum des Romains ? Sans commentaire...
    Philippe Delbauvre http://www.voxnr.com
    Notes :
    (1) Entretien avec Gilbert Sincyr, auteur du livre Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l’Europe (préface d’Alain de Benoist) par Fabrice Dutilleul
    Votre livre Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l’Europe est un succès. Pourtant ce thème peut paraître quelque peu « décalé » à notre époque.
    Bien au contraire : si les églises se vident, ce n’est pas parce que l’homme a perdu le sens du sacré, c’est parce que l’Européen se sent mal à l’aise vis-à-vis d’une religion qui ne répond pas à sa sensibilité. L’Européen est un être qui aspire à la liberté et à la responsabilité. Or, lui répéter que son destin dépend du bon vouloir d’un Dieu étranger, que dès sa naissance il est marqué par le péché, et qu’il devra passer sa vie à demander le pardon de ses soi-disant fautes, n’est pas ce que l’on peut appeler être un adulte maître de son destin. Plus les populations sont évoluées, plus on constate leur rejet de l’approche monothéiste avec un Dieu responsable de tout ce qui est bon, mais jamais du mal ou de la souffrance, et devant qui il convient de se prosterner. Maintenant que l’Église n’a plus son pouvoir dominateur sur le peuple, on constate une évolution vers une aspiration à la liberté de l’esprit. C’est un chemin à rebours de la condamnation évangélique, originelle et perpétuelle.
    Alors, qu’est-ce que le Paganisme ?
    C’est d’abord un qualificatif choisi par l’Église pour désigner d’un mot l’ensemble des religions européennes, puisqu’à l’évidence elles reposaient sur des valeurs communes. C’est donc le terme qui englobe l’héritage spirituel et culturel des Indo-européens. Le Paganisme est une Vue du monde basée sur un sens du sacré, qui rejette le fatalisme. Il est fondé sur le sens de l’honneur et de la responsabilité de l’Homme, face aux évènements de la vie. Ce mental de combat s’est élaboré depuis le néolithique au fil de milliers d’années nous donnant une façon de penser, une attitude face au monde. Il est à l’opposé de l’assujettissement traditionnel moyen-oriental devant une force extérieure, la volonté divine, qui contrôle le destin de chacun. Ainsi donc, le Paganisme contient et exprime l’identité que se sont forgés les Européens, du néolithique à la révolution chrétienne.
    Vous voulez donc remplacer un Dieu par plusieurs ?
    Pas du tout. Les temps ne sont plus à l’adoration. Les Hommes ont acquit des connaissances qui les éloignent des peurs ancestrales. Personne n’a encore apporté la preuve incontestable qu’il existe, ou qu’il n’existe pas, une force « spirituelle » universelle. Des hommes à l’intelligence exceptionnelle, continuent à s’affronter sur ce sujet, et je crois que personne ne mettrait sa tête à couper, pour l’un ou l’autre de ces choix. Ce n’est donc pas ainsi que nous posons le problème.
    Le Paganisme, qui est l’expression européenne d’une vue unitaire du monde, à l’opposé de la conception dualiste des monothéismes, est la réponse spécifique d’autres peuples aux mêmes questionnements. D’où les différences entre civilisations.
    Quand il y a invasion et submersion d’une civilisation par une autre, on appelle cela une colonisation. C’est ce qui s’est passé en Europe, contrainte souvent par la terreur, à changer de religion (souvenons-nous de la chasse aux idoles et aux sorcières, des destructions des temples anciens, des tortures et bûchers, tout cela bien sûr au nom de l’amour). Quand il y a rejet de cette colonisation, dans un but de recherche identitaire, on appelle cela une libération, ou une « Reconquista », comme on l’a dit de l’Espagne lors du reflux des Arabes. Et nous en sommes là, sauf qu’il ne s’agit pas de reflux, mais d’abandon de valeurs étrangères au profit d’un retour de notre identité spirituelle.
    Convertis par la force, les Européens se libèrent. « Chassez le naturel et il revient au galop », dit-on, et voilà que notre identité refoulée nous revient à nouveau. Non pas par un retour des anciens Dieux, forme d’expression d’une époque lointaine, mais comme un recours aux valeurs de liberté et de responsabilité qui étaient les nôtres, et que le Paganisme contient et exprime.
    Débarrassés des miasmes du monothéisme totalitaire, les Européens retrouvent leur contact privilégié avec la nature. On reparle d’altérité plutôt que d’égalité, d’honneur plutôt que d’humilité, de responsabilité, de volonté, de défi, de diversité, d’identité, enfin de ce qui constitue notre héritage culturel, pourchassé, rejeté et condamné depuis deux mille ans.
    S’agit-il alors d’une nouvelle guerre de religion ?
    Pas du tout, évidemment. Les Européens doivent dépasser ce qui leur a été imposé et qui leur est étranger. Nous devons réunifier sacré et profane, c’est-à-dire réaffirmer que l’homme est un tout, que, de ce fait, il est le maître de son destin car il n’y a pas dichotomie entre corps et esprit. Les Européens ne doivent plus s’agenouiller pour implorer le pardon de fautes définies par une idéologie dictatoriale moyen-orientale. Ce n’est pas vers un retour du passé qu’il nous faut nous tourner, gardons-nous surtout d’une attitude passéiste, elle ne serait que folklore et compromission. Au contraire des religions monothéistes, sclérosées dans leurs livres intouchables, le Paganisme, comme une source jaillissante, doit se trouver de nouveaux chemins, de nouvelles expressions. À l’inverse des religions du livre, bloquées, incapables d’évoluer, dépassées et vieillissantes, le Paganisme est l’expression de la liberté de l’homme européen, dans son environnement naturel qu’il respecte. C’est une source de vie qui jaillit de nouveau en Europe, affirmant notre identité, et notre sens du sacré, pour un avenir de fierté, de liberté et de volonté, dans la modernité.
    (2) Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l’Europe de Gilbert Sincyr, éditions de L’Æncre, collection « Patrimoine des Religions », dirigée par Philippe Randa, 232 pages, 25 euros.
    http://francephi.com/boutique/le-paganisme-recours-spirituel-et-identitaire-de-leurope/
    (3) Jean Guilaine – La France d'avant la France, Du néolithique à l'âge du fer. Hachette. 1980
    (4) Marcel Gauchet, Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Gallimard, Paris, 1985 (ISBN 207070341X).