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culture et histoire - Page 1857

  • “Le cauchemar pavillonnaire” de J-L. Debry – Analyse par Pierre Le Vigan

    Depuis plus de 10 ans la construction de logements individuels dépasse celle de logements collectifs. Par voie de conséquence les zones périurbaines s’étendent. La campagne est mitée par les lotissements et perd son caractère propre. C’est un phénomène qui relève de l’imaginaire même de notre société : l’idéal pavillonnaire se confond avec l’accès aux classes moyennes. Le pavillon est toutefois bien différent des maisons de l’aristocratie ouvrière des années trente. Ces maisons généraient une autre forme de ville. Il s’agit maintenant de nier la ville.

    « Les zones pavillonnaires effacent la notion de ville » écrit l’auteur. Aucune activité ne peut plus se faire sans la voiture d’où un accroissement des dépenses contraintes, des risques de surendettement et une dépendance accrue aux banques.

    Le libéralisme fonctionne selon une sainte trinité : le travail, la consommation, la propriété. L’accession à la propriété du pavillon regroupe ces trois éléments. Elle représente donc le salut. La société se recompose sur le mode du huit-clos et du règne de l’ego. Symbole de réussite, le pavillon, dans une société d’hyper-compétition, apparait en même temps un refuge. Mais en fait, il aggrave l’acculturation et privatise l’anxiété sociale. Loin d’être une autre forme de ville, l’espace pavillonnaire devient un non-lieu. Le social est réduit à « une immense et unique communauté de consommateurs segmentée en tribus ». Un entre-soi accroit la misère culturelle d’un homme réduit à un consommateur en quête d’un « bonheur conforme » dont le pavillon est la figure archétypale. Cette critique métaphorique de l’univers pavillonnaire, nourrie de Jacques Ellul et de Jean Baudrillard, fera date.

    Pierre Le Vigan http://fr.novopress.info/

    - Jean-Luc Debry, Le cauchemar pavillonnaire, éditions l’échappée, 164 pages, 12 euros.

    Source : Metamag.

  • John Law ou la chute spectaculaire d’un banquier central

    Quand John Law a fait face à la dette énorme de l’État en France au dix-huitième siècle, il a émis beaucoup de papier monnaie -avec succès- et le pays s’est senti riche. Il était intelligent, courageux, charmant, honnête – et pour un temps- extrêmement populaire. Malheureusement, il a ainsi ruiné tous ceux qui avaient de l’argent en France, ce qui a fait de l’ombre à ses autres qualités. Il est intéressant de se pencher sur ce qui s’est passé.

    John Law était écossais. Il est né à Edimbourg en 1671, d’un père banquier et joaillier qui avait réussi. A l’âge de 14 ans, il commença son apprentissage dans ces métiers et s’en retourna à 17 ans, juste à temps pour hériter de son père qui décéda cette même année. Il était déjà connu alors pour ses talents mathématiques et sa popularité auprès des dames.

    Apprendre son métier
    Riche du domaine familial, il s’en fut à Londres où il ajouta le jeu à ses compétences. Il gagnait régulièrement et s’attira ce mélange de respect et de jalousie qui poursuivent un homme qui réussit tant aux tables de jeux qu’en chambre.

    Malheureusement, ses conquêtes en chambre cachaient certains risques. Londres était à cette époque un lieu où l’honneur d’une dame était une raison suffisante pour mourir (c’était il y a vraiment longtemps) et quand Law fut défié en duel, et qu’il accepta, il tira sur son adversaire et, ce qui n’était pas déraisonnable, le tua.

    Condamné à être pendu, il est communément accepté qu’il obtînt une aide amicale pour s’échapper pendant le procès en appel et comme Londres était n’était plus un lieu sûr pour lui, il se mit en route pour l’Europe continentale.

    Obtenir le meilleur poste

    Pendant quelques années, il vécut grâce à son esprit dans les salons. Il était gros joueur et ce train de vie le conduisait à entrer en contact régulier avec le duc d’Orléans. Et pourtant, de manière surprenante pour un joueur, il existait des signes précurseurs montrant que Law croyait fermement à un destin plus élevé.

    Il avait déjà, sans qu’on le remarqua beaucoup, publié des traités sérieux d’économie et s’intéressait de près aux métiers de la finance dont il avait tout appris à Amsterdam. Le duc pensait suffisamment de bien de lui pour prendre au sérieux ses idées sur le commerce et la finance.

    L’Histoire, pendant ce temps, poursuivait normalement son cours avec un grand roi. Louis XIV était mourant et ayant été largement célébré et honoré pendant toute sa vie, on se souviendrait bientôt de lui avec quelque amertume en raison de la taille de la dette nationale qu’il laissait à ses héritiers. A sa mort, le jeune Louis XV avait seulement sept ans et c’est le duc d’Orléans qui fut nommé Régent. Son problème immédiat, c’étaient les trois millions de livres emprunté par feu le Roi.

    Une dévaluation eu lieu rapidement. Le gouvernement ôta 20% de la quantité de métal précieux des pièces, ce qui n’eut d’autre conséquence que mener à l’éviction des pièces anciennes en circulation. Ensuite, l’État décida d’offrir des primes aux informateurs dénonçant les thésaurisateurs. Les coupables étaient enfermés à la Bastille.

    Alors que les choses se détérioraient, Law était introduit auprès du duc à Paris. Son plan était simple. On lui donnerait une banque et la gestion des revenus royaux et le droit d’émettre de la monnaie-papier. Le papier serait garanti par une combinaison des revenus royaux et de ses domaines –une idée qu’il avait proposé dans ses articles sérieux plusieurs années plus tôt.

    La Banque de France royale

    Le 5 mai 1716, la banque de Law fut créée. Ses billets seraient ensuite utilisés pour le paiement des impôts. Son capital était constitué de 25% en pièces et 75% de bons du Trésor -trop nombreux- comptabilisés à leur valeur nominale (mais qui à cette époque se négociaient avec un taux d’escompte élevé).

    Ensuite en garantissant sa monnaie-papier non pas par n’importe quelle monnaie mais par les pièces émises lors de la création de ses billets, il vit rapidement que son papier était préféré aux pièces récemment dévaluées et qui allaient certainement être encore dévaluées davantage.

    Grâce à cette manœuvre impressionnante, il récolta la majeure partie du stock de métal précieux du pays. A la fin de l’année, ses billets valaient 15% de plus que les pièces équivalentes et la dette de l’État se négociait à environ 80% en dessous de sa valeur nominale.

    Il n’avait pas encore fini. Son projet suivant était d’activer l’optimisme des possessions françaises aux États-Unis. Il persuada donc le duc de lui octroyer un monopole complet sur le négoce de la partie française du Mississippi. Ayant déjà le contrôle de la frappe de la monnaie, de l’émission du papier-monnaie et de la levée des impôts, il eut alors le pouvoir exclusif du plus grand espoir français- le commerce avec le nouveau monde.

    Il leva du capital de manière conventionnelle en vendant ses actions pour un prix fantastique payable en bons du Trésor très discomptés et dont personne ne pouvait se débarrasser suffisamment vite.

    “C’est alors que la griserie de la spéculation commença se répandre sur la nation. La banque de Law avait réalisé tant de bien, que toutes les promesses qu’il pensait être autorisé à faire pour l’avenir étaient crues instantanément. Le Régent conférait chaque jour de nouveaux privilèges à l’entrepreneur fortuné. La banque obtint le monopole de la vente de tabac, le droit unique de raffinage de l’or et de l’argent et fut finalement élevée au rang de Banque Royale de France.

    En plein milieu de l’extase due à la réussite, Law et le Régent oublièrent tous deux la maxime proclamée si bruyamment par ce dernier, selon laquelle un banquier qui émettait du papier-monnaie sans le garantir par des fonds équivalents méritait la mort. Dès que la banque privée devint une institution publique, le Régent fut à l’origine de la fabrication de billets pour plus de mille millions de livres. Ce fut le premier écart aux principes sains et un pour lequel on ne peut pas blâmer Law. » Charles Mackay -1841.

    Peu de temps après, le monopole des droits de commerce avec l’Est fut également octroyé à la compagnie et dans une succession d’émissions d’actions- chacune à un prix plus élevé que la précédente – un public complaisant se battait pour le droit de convertir ses bons du trésor qui possédaient de moins en moins de valeur en échange des billets de Law et des certificats de participation du Mississippi proliférant de toutes parts.

    La bête avait développé sa propre dynamique. Paris fleurissait. Les biens de luxe étaient vendus dès qu’ils entraient dans les magasins. Les jardins proches de la banque de Law s’étaient transformés en une cité de tentes et servaient de bourse financière impromptue. La valeur des biens immobiliers et des loyers explosait alors que le marché des actions montait et montait jusqu’à ce que les propres cochers des spéculateurs deviennent eux-mêmes des magnats et emploient ceux qui avaient été leurs égaux.

    Le duc en conclut que ce qui était clairement bénéfique dans cette quantité particulière pourrait difficilement ne pas être deux fois aussi bénéfique dans une quantité deux fois plus grande. Et que dire du commerce supplémentaire et de la simple difficulté à distribuer suffisamment de liquidités pour tenir le rythme de la conversion des actions de la compagnie ?

    Il se décida donc à émettre encore plus de papier-monnaie en contournant Law, qui lui probablement en connaissait les risques, mais qui avait probablement déjà suspendu sa discipline rigoureuse de banquier au profit des applaudissements nombreux de son ingénuité financière. De plus, l’en empêcher aurait très certainement ennuyé son patron.

    C’était à peu près à cette époque, tandis que Paris frétillait et se ravissait, que le Prince de Conti arriva avec l’intention d’acheter autant d’actions qu’il pourrait en obtenir. Il fut outragé qu’on lui refuse sa part entière et envoya trois charriots à la banque de Law pour demander une restitution immédiate – en pièces d’or- de son stock complet de billets émis par Law.

    Le prince fut payé mais fut aussi instruit, qu’au risque de déplaire grandement au duc –une chose fort peu conseillée-, il devait rendre deux charriots immédiatement. Il le fit. Mais ce fut suffisant pour que les opérateurs les plus malins entrevoient la lumière.

    Au début, par petites quantités les professionnels commencèrent à convertir leur papier. Les pièces, les lingots et toutes les autres choses de valeur étaient subrepticement transportés ailleurs – en Belgique, Hollande et Angleterre.

    Bientôt, il devint nécessaire de fixer par décret la prime que les billets, de manière naturelle, avaient appelé sur les pièces et le parlement déclara qu’à partir de maintenant les pièces n’auraient plus comme valeur que 95% de celle du papier. Le décret fut tout aussi utile que les décrets similaires du passé et du présent.

    Law n’eut pas d’autre choix que de jouer le dernier atout de sa carrière de banquier. Pour briser la traditionnelle thésaurisation française de l’or et de l’argent, Law interdit la possession de plus de 500 livres de métaux précieux par foyer, sous peine de confiscation et d’amende. Une récompense est promise aux dénonciateurs, et des perquisitions ont lieu, même chez les ecclésiastiques.

    Le 11 mars, pour décourager le public de la monnaie métallique, il suspend la valeur libératoire de l’or, à dater du 31 décembre. Alors que l’opinion publique gronde, il fait arrêter les « semeurs de faux bruits », qui sont déportés aux colonies, ce qui crée un scandale. Dès le 24 mars, la banqueroute est connue des initiés.

    Parallèlement, la propagande orchestrée par Law sur l’Eldorado de la Louisiane ne trouve plus preneur. Les grands, comme Louis Armand de Bourbon-Conti, prince de Conti, ou le duc de Bourbon, viennent en personne retirer de l’or au siège de la banque, rue Quincampoix, ce qui entraîne des émeutes. Le cours des actions chute, sans que Law parvienne à le contrôler.

    Le 17 juillet, 17 morts sont ramassés suite aux émeutes rue Quincampoix. Le 21 juillet, un arrêt institue une semi-banqueroute. Le Parlement, qui tente de résister, est exilé à Pontoise. Ceci précipite la chute du système, qui est supprimé par paliers en septembre et octobre. Le 10 octobre, on annonce la suspension des billets de banque à partir du 1er novembre.

    Le système de Law n’est plus. Law lui-même, qui a démissionné du contrôle général, s’enfuit de Paris le 14 décembre, avant de s’exiler à Venise. John Law devint l’homme le plus haï de France. Comme tous les joueurs de talent, il s’en était allé vers le jeu suivant grâce auquel il continua son existence pendant encore 9 ans. Beaucoup de l’argent qu’il gagna à cette époque provenait sans doute de ce qui lui avait échappé dans la fuite des capitaux qu’il avait rendue hors-la-loi.

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  • Tocqueville et l’Action Française de Pierre GOUIRAND

    Il peut paraître paradoxal de présenter dans un même ouvrage deux doctrines, politiquement opposées et exposées à quelque soixante ans de distance. Alexis de Tocqueville est surtout connu pour son livre De la démocratie en Amérique et l’Action Française comme le plus actif des mouvements royalistes du début du XX° siècle.

    Entre 1903 et 1942, Charles Maurras et Léon de Montesquiou, ont publié plusieurs articles dans lesquels ils reprochent à Tocqueville de louer le régime démocratique américain et d’affirmer que la mise en place d’une démocratie, en France, était inévitable. Au contraire, les Maîtres de l’Action Française considéraient que le régime américain était une « ploutocratie » et que les élections s’y faisaient « à coup de chèques ». Tocqueville, toutefois avait perçu en Amérique les défauts de la démocratie mais pensait qu’il suffirait de mettre en place un certain nombre de « gardes-fous »pour en protéger le pays. Maurras, à l’opposé, disait qu’il était indispensable de continuer à lutter pour rétablir la Monarchie en France. Si les deux discours étaient politiquement inconciliables en revanche, socialement, ils avaient de nombreux points communs. Tocqueville était né dans une famille royaliste légitimiste qui avait beaucoup souffert de la Révolution et son père, Préfet sous la Restauration, avait été fait Pair de France par Louis XVIII. Lui-même, bien qu’ayant été Ministre de la II° République, était resté un monarchiste légitimiste convaincu. Dans cet ouvrage, l’auteur a voulu montrer que bien souvent la pensée de Tocqueville rejoignait celle de Maurras et que tous deux n’avaient qu’un but : le bonheur des Français.

    A propos de l’auteur :

    Pierre Gouirand, dont le grand-père était "félibre", companion de Frédéric Mistral, dont le père a pour un temps dirigé la revue provençale "Le Feu", après des études au lycée Mignet d’Aix en Provence et à l’Ecole Hôtelière de Nice a fait sa carrière dans l’hôtellerie. Ce métier lui a permis de beaucoup voyager : Angleterre, Etats-Unis d’Amérique, Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Venezuela, Chili, Mexique, etc.) Maroc avant d’être nommé Directeur Général de l’Hôtel Westminster à Nice. À ce moment-là, il repris ses études et obtenu un doctorat de troisième cycle de philosophie sur Tocqueville et doctorat d’Etat ès-lettres d’histoire. Il a été chargé de cours à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, en gestion des aménagements touristiques et hôteliers et en sociologie, tout en continuant à diriger l’Hôtel Westminster. Le présent ouvrage est le fruit de recherches approfondies sur la philosophie politique de la fin du XIX° siècle et les débuts du XX°. Pierre Gouirand est maintenant à la retraite et continue à travailler sur Tocqueville et son histoire.

    Apopsix   http://www.actionfrancaise.net

  • Celle de qui naquit la France

    Celle de qui naquit la France Sainte Clotilde manquait dans l’’excellente collection “Histoire des Reines de France” publiée par les éditions Pygmalion. Voici qu’’Anne Bernet vient de combler cette lacune et c’’est avec enthousiasme qu’’ayant à peine fermé son Charette, nous retrouvons sa plume élégante, incisive et si juste, cette fois au service de la première de nos reines, celle de qui naquit la France chrétienne, Clotilde, épouse de Clovis.
    Cette seconde partie du Ve siècle sombrait dans la tragédie et dans le sang. Plus rien ne semblait devoir subsister de ce qui fut le beau pays chrétien des Gallo-Romains. Contrastant avec ces visions d’’apocalypse, quelques rares foyers d’espérance chrétienne ne semblaient guère devoir subsister, mais c’est pourtant sur eux qu’’Anne Bernet, dès les premières pages, attire l’attention du lecteur. Deux petites filles, Chroma, six ans, et Clotilde, quatre ans, nièces du terrible roi des Burgondes Gondebaud, qui venait de massacrer leur père le roi Chilpéric et son épouse, étaient alors envoyées, pour s’’y faire oublier, dans un couvent de Lyon. Mais c’’étaient de belles âmes, et l’évêque de Vienne, Avitus, lui, ne comptait point les oublier...
    La nouvelle Esther
    Preuve que l’’histoire est dans les mains de Dieu plus que dans celles des hommes... Car défile alors la désespérante succession des malheurs des temps : le déferlement des invasions, – l’’installation des Barbares sur le territoire gaulois : les Burgondes sur la Saône et le Rhône, et les Wisigoths occupant dans le sud-ouest les trois quarts de la Gaule, – l’’effritement du dernier bastion de l’’empire chrétien d’occident, entre Seine et Loire, d’’où le valeureux Ætius avait en 451 ligué toutes les forces contre les Huns, avant de se faire occire en 454 par l’’empereur Valentinien, lui-même assassiné à son tour en 455..., – l’’agonie dérisoire de l’empire qui s’’écroula pour de bon vingt ans plus tard (476), – le poison de l’arianisme venu empester les royaumes wisigoths et burgondes, semant l’hérésie et la persécution des chrétiens... Sous le signe de la haine du Christ vrai Dieu et vrai Homme, un grand empire gothique sous l’’autorité de Théodoric, roi des Ostrogoths, régnant en Italie, risquait de s’étendre de chaque côté des Alpes.
    Dans cette apparente éclipse, de grands évêques veillaient. Entre Avitus, à Vienne, et Remi, à Reims, l’’accord était parfait : l’’Église devait aller chercher son défenseur chez... les païens, qu’au moins l’’hérésie n’avait pas gagnés ! Beaucoup étaient fascinés par l’héritage romain : en former un, l’’amener à mettre, ne serait-ce que par calcul politique, son glaive au service de la paix et de l’’unité retrouvée de la Gaule si allègrement chrétienne cent ans plus tôt était possible. Pour ce faire, un moyen : donner pour épouse à ce prince une jeune chrétienne qui le préparerait à la conversion...
    Remi avait le prince en la personne du jeune roi des Francs, Clovis, qui régnait de Tournai à Soissons et qui, comme son père Childéric, avait la confiance des chrétiens et s’imposait de plus en plus comme le véritable continuateur de la pax romana dans le nord de la Gaule.
    Avitus avait la princesse en la personne de Clotilde qui, ayant grandi, était prête à sortir de son couvent pour entrer dans le monde qu’’elle savait cruel, mais qu’’elle vibrait de conduire à Dieu. Être auprès de Clovis une « nouvelle Esther » ne pouvait lui faire peur, n’’en déplaise à l’oncle Gondebaud !
    Le Dieu de Clotilde
    Il fallait évidemment une foi à déplacer les montagnes pour mener à bien un tel projet. Les noces eurent lieu à Soissons en grande pompe, mais tout restait à faire... car Clovis, pour qui Anne Bernet a les yeux de Clotilde, s’il fut aussitôt sous le charme de son épouse, n’était point l’homme à se faire manipuler par une femme. Son âme d’une seule pièce, son sens éminent de l’honneur et de la fidélité, son courage extraordinaire, son respect de la parole donnée... il avait mis tous ces biens au service de ses dieux païens. La miséricorde, la pitié, le pardon, et plus encore l’idée d’un Dieu subissant les outrages de la passion, lui étaient totalement étrangers...
    Et pourtant, Clotilde, par son exemple plus encore que par des paroles, fit fléchir sans jamais l’humilier cette âme obstinée. Les calculs politiques s’’entrecroisaient : d’’un côté la peur de perdre la confiance de ses guerriers ou de passer pour faible auprès des autres rois barbares, de l’’autre la perspective de pouvoir entrer dans Paris que sainte Geneviève refuserait toujours de livrer à un païen, et surtout de refaire au profit de sa famille l’’unité de la Gaule...
    Les pages où Anne Bernet décrit cette lente et périlleuse montée vers la conversion, avec l’’épreuve de la mort de leur premier enfant qu’il avait accepté de laisser baptiser, l’’alternance entre les colères et les élans de candeur du roi barbare, sont d’une grande intensité dramatique et plongent au fond du mystère d’’une âme touchée par Dieu.
    Passées la victoire de Tolbiac où « le Dieu de Clotilde » vint comme donner un coup de pouce à la conversion, puis la sublime nuit de Noël 496, jour de naissance de la France, où Reims resplendit de mille feux, les années n’’allaient pas être douces pour la reine.
    D’’abord le roi baptisé et conquérant restait, tout en faisant rayonner la Croix, un roi aux mœurs encore barbares, lancé dans des guerres cruelles et plongé dans un système monarchique qui faisait du massacre d’’une partie de la famille la condition de l’’unité de la succession.
    Cœœur de femme, devoirs de reine
    Le pire survint après la mort de Clovis quand elle aurait tant voulu retrouver à Tours la solitude et la méditation, mais que ses propres fils se comportèrent à leur tour en monstres. Il lui fallut redevenir la souveraine obligée de défendre sa famille dans des situations où son cœœuf de femme allait être brisé par ses devoirs de reine. Redoutant, comme feu son époux, le déshonneur plus que tout, elle ne sut empêcher ses deux plus jeunes fils, Childebert et Clotaire, de mettre à mort (pour supprimer des concurrents) les enfants orphelins de leur aîné Clodomir : Théodoald et Gonthier, ses chers petits-enfants. Elle se laissa même aller à dire qu’’elle les préférait voir « morts que tondus ». La chevelure était en effet chez les Mérovingiens signe de race royale ; la perdre était le déshonneur le plus vil. Ajoutons que le troisième petit-fils fut sauvé et devint saint Cloud.
    Ravagée de chagrin, se repentant de s’être laissé gagner par les réalités trop immorales de ce monde, ne pouvant plus compter sur le conseil des grands évêques disparus, Clotilde n’avait plus qu’à tenter par la prière et l’expiation de changer ce monde si mauvais. Elle finit ses jours à Tours le 3 juin 545, entourée de toute la dévotion des Tourangeaux, après avoir obtenu du brutal Clotaire (qui ayant liquidé Childebert, était enfin seul roi...) qu’’il laissât entrer au couvent l’’épouse qu’’il tourmentait et qui allait devenir sainte Radegonde...
    Le livre d’’Anne Bernet n’’est en rien une hagiographie. Il est beaucoup mieux : alimentée aux sources les plus sûres des connaissances historiques, la vie tumultueuse de cette sainte n’’a pas besoin d’être embellie pour que le lecteur sache qu’’au temps de la difficile sortie de la barbarie, Clotilde a sauvé la Gaule et changé la face de l’’Europe. Tant pis pour les laïcistes : nous lui devons d’’être chrétiens.
    Michel FROMENTOUX L’’Action Française 2000 du 19 janvier au 1er février 2006
    * Anne Bernet : Clotilde, épouse de Clovis. Éd. Pygmalion, 308 pages, 21 euros. Disponible à nos locaux.

  • L’impensé de la théorie du genre

    Ex: http://www.dedefensa.org/

    Avant d’entrer dans le sujet, je précise que je suis historien de formation et que je « cherche sur l’homme », suis anthropologue. Ceci afin non de donner à ma parole une autorité mais pour situer le lieu où je place le débat qui va se révéler choquant pour certains. Je précise en outre que contrairement à l’homo latin qui a donné humus, anthropôn désigne celui « qui voit en haut ». Le Parlement vient d’adopter le mariage homosexuel. Il a pour lointaine origine, il faut le savoir, la théorie du genre. Cette décision est historique.

    La théorie du genre est une invention féminine étatsunienne. Elle est, disons-le sans crainte de faire hurler les suppôts, dégénérée. Dégénérée au sens d’une incapacité à générer, à régénérer. L’américanisme étatsunien est un Système en dégénérescence. Sur le modèle pourtant de la réplique célèbre « Sire, pire qu’un crime c’est une faute », plus que dégénérée, elle est irrationnelle et folle. Elle revient à dire que si la femme n’était pas formatée par l’éducation pour être femme elle serait… quoi ? un homme évidemment, pas un ouistiti ! Donnez des voitures rouges, un marteau, des clous, à une petite fille et la barbe lui poussera après 14 ans ! offrez une poupée bleu-virginal au bambin turbulent, il deviendra bon papa, féministe et peut-être homosexuel non-violent! Dans la première hypothèse, notre chirurgie prométhéenne, lui donnera le membre désiré, dans la seconde « la femme sera l’avenir de l’homme ». Au fond, que souhaite cette « gendrie » ? C’est simple, elle veut un monde uniquement masculin car ces femmes là ont leur féminité en horreur. Ces menstrues, ces enfantements, cet allaitement, cet « esclavage millénaire », elles n’en veulent plus! Ce masculin, qu’elles trouvent haïssable quand il est revêtu d’un corps d’homme devient magnifique déguisé en Elles !

    Si la théorie gendrique, qui n’est qu’une suite en mal majeur de l’œuvre insipide de madame de Beauvoir, prétend que les filles élevées « comme des femmes » le deviennent (c'est-à-dire ces femmes esclaves de l’homme), elle aura du mal à affirmer que les hommes ne sont pas eux aussi élevés « comme des hommes » et que donc, leur machisme, plus appris qu’inné, ne devrait en aucune façon les rendre capable du moindre féminisme alors que justement notre époque en est pleine de ces hommes dont le parti pris -à l’insu de leur plein gré !- crève les yeux, qu’ils soient sociologues, éducateurs, journalistes, ministres. Ils hantent les médias, les écoles, les services sociaux, les ministères, les tribunaux, la police, et… l’armée!

    Inversement, ce qui est contestable dans l’éducation des femmes parce que produisant des « esclaves », peut difficilement faire comprendre qu’elles soient devenues féministes malgré cette éducation et qu’en ce qui concerne les hommes élevés comme des machistes il devrait être impossible qu’ils deviennent des féministes et plus encore de vraies femmes, si l’on pense aux transsexuels recourant eux aussi au bistouri pour se faire ouvrir une fente dans le corps et surtout dans l’esprit. Des hommes féminisés, des hommes désireux d’être femme et se comportant comme elles, il y en a toujours eu et il y en aura toujours et ce de plus en plus, vu la loi Taubira désormais votée par les FLR, les féministes-libéraux-républicains (gauche et droite mêlées) qui veulent nous faire croire (et se faire croire), qu’ils votent pour l’« égalité » alors qu’ils votent pour l’abolition des sexes, confirmant en cela la prédiction de Freud, plutôt humoristique à l’époque, qui désormais tourne au cauchemar.

    Un « machiste » par contre, c'est-à-dire un homme éduqué par une mère aimante mais pas possessive et un père droit mais pas dur, est quelqu’un qui ne deviendra ni un "pédé", ni une "tante", termes interdits selon la loi car homophobes, mais qui avaient le mérite, (pour ceux qui ont passé la cinquantaine), de situer l’enjeu avec une bienveillante ironie. Alors bien sûr, dès que vous utilisez ces termes, non seulement vous êtes mis au ban de la bien pensance mais certains psychanalystes féministes déclarés, vous envoient à la figure leur verdict : Vous êtes homophobe, cher monsieur, parce vous refoulez votre homosexualité !... c’est pour ça que vous la repoussez avec horreur !... Refouler, notion psychanalytique devenue une sorte de « chef d’accusation », appréciation psychologique tombant au niveau du juridique.

    A contrario, l’homme féministe (outre le fait qu’il a été éduqué par une mère castratrice et un père sans autorité, sans phallus au sens freudien) est un homme qui, si on y réfléchit deux secondes, n’a pas eu beaucoup de peine à le devenir pour la simple raison que, n’ayant pas ce phallus que le père aurait dû lui transmettre, mais possédant quand même un organe percé au bas de son dos, en est préoccupé. Et les psy, d’autres psy, savent aussi que ce « trou-la-la » là (humour qui je l’espère n’hérissera personne), quand on y pense trop, qu’on lui pose comme jadis le sphinx des questions métaphysiques, il finit lui aussi par questionner l’esprit juché au sommet du même dos en lui murmurant : Ne suis-je pas une femme comme tout le monde ? Si cet homme vit avec une féministe, les chances existent qu’il se laisse aller à l’homosexualité et devienne la "tante" déjà mentionnée, qu’il quitte son épouse et aille faire couple avec celui qui le confirmera dans son choix du même. Ça sera souvent celui qui fera de lui la femme qu’il a rêvé d’être, celui que pudiquement on appelle sodomite, terrorisé qu’on est à l’idée de dire avec des mots grossiers, des choses grossières : celui qui l’enc… Le sodomite étant (hormis le héros sadien qui est souvent un fou furieux meurtrier) celui qui, récusant ou craignant l’orifice féminin et le féminin en général, se dévoue pour faire plaisir à celui qui veut être une femme sans en avoir les organes ni les vertus et qui, à ce titre, lève l’interdit, l’angoisse, que tout mâle ressent devant le féminin et qui, pour cette raison, n’hésite pas à souiller son sexe, en l’introduisant - charitablement il est vrai - dans un anus masculin.

    « Vous oubliez la fellation », rétorquent les poètes, ces bonnes âmes qui s’efforcent -sans être sûr d’y arriver-, de ne pas porter de jugement, de rester neutres, « scientifiques » ! C’est en effet une autre option de l’homosexualité masculine. L’ampoule rectale – peu ragoûtante, il faut bien le dire, y compris pour ceux qui la préfèrent à d’autres vestibules – est alors évitée ainsi que le risque de contamination que la médecine souligne en invitant aux préservatifs. Le goût de l’impétrant est invité à se convertir à sa propre substance comme jadis Atoum-Rê le dieu primordial. Et je ne fais pas cette escapade dans l’histoire pour distraire, j’essaye de faire image, de faire imaginer ceux qui ont encore un sens métahistorique et artistique. C’est à ces époques révolues – et plus loin encore – qu’il faut faire retour pour saisir ce mystère.

    Atoum-Rê, dieu originel égyptien, comme l’est le couple Ouranos-Gaia des Grecs, est une des clés de cette énigme. S’enfantant lui-même il vint au monde, sur la colline primordiale. Ceci fait, il continue et le texte ajoute: « Ayant pris sa semence dans sa bouche, il cracha ou éternua, créant Shou, le dieu de l'air, et Tefnout, la déesse de l'humidité ». Atoum-Rê (son double nom indique sa double capacité comme pour le couple ouranien-chtonien) est donc l’initiateur de la première distinction mâle/femelle, le discriminateur de ce qui avant en lui était uni. On a bien sûr une histoire similaire au début de la Genèse, à laquelle le lecteur se reportera. L’Atoum-Rê d’il y a dix mille ou cent mille ans (nos repères temporels habituels se brouillent), est un briseur de rêve, celui précisément fusionnel du Féminin. Rêve qu’on a le droit ici encore de dire dé-généré puisque nos féministes d’un drôle de genre génèrent du sens avec ce mot genre (genus, generis) qui engendre la confusion puisqu’il sous-tend le physique et la… morale. Curieusement, on retrouve ce genre mentionné dans le traité de l’Union européenne reformulé (1), comme dans la loi taubira à l’issue de laquelle l’état civil ne devrait plus indiquer un père homme et une mère femme, mais un genre désexualisé, appelé parent 1 et parent 2. Pourquoi pas parente d’ailleurs ?! On aurait deux Femen, « qu’elles soient hommes ou femmes » !

    L’homosexualité masculine exclusive, permanente, n’est plus une maladie depuis que l’OMS l’a déclassifiée et il serait donc criminel de le prétendre, mais rien ne nous empêche de la dire régressive. Permanente ou intermittente, elle exprime l’angoisse-fascination de l’homme devant la violence d’une sexualité ambivalente et son désir de la nier tout en… l’explorant ! Elle est alors un piment nécessaire aux aventureux pour comprendre par action vécue et non par théories, fussent-elle gendreuses, ce qui s’agite, dans leur subconscient. L’homosexualité féminine par contre, est moins taboue, scandalise moins le commun, car n’invite pas à se nourrir de l’ « étrange substance du dieu ».

    Dans l’acte de fellation, ce qui sauve l’être humain-femme, contrairement à l’homme, c’est l’absorption consciente de son principe opposé, le sperme, hostie unique en son genre que seul le masculin peut lui offrir. Absorber le « jus divin », s’en constituer ou s’en reconstituer, se « masculiniser » par lui de façon fantasmatique, peut alors être vu dans la perspective du geste atoumien comme redécouverte par notre Eve moderne de l’instinct divin originel. Pour être Elle, elle s’abouche au Dieu Originel, recule dans l’archaïque, revient au « premier matin du monde », dans le Monde d’Avant qu’Il Fut. Elle visite la colline primordiale, lointain « mont de Vénus » quand Vénus-Aphrodite était vivante et « plongeait dans l’écume » (aphros = écume, dutès = qui plonge).

    Pour l’homosexuel homme, dont l’être féminin caché jalouse celle qui seule a ce privilège, les choses s’inversent. S’il s’y livre, ce « retour » fait de lui un ouroboros mimétique, falsifié, où se brise la dynamique de la bisexualité, un Narcisse charnel si insatisfait de l’image de son corps qu’il doit trébucher sur « sa chair identique », sur le corps du presque autrui, être à lui-même et pour l’autre, pierre de scandale, se compromettre en impliquant l’autre, s’acter out sur la scène publique pour y être « puni » une seconde fois après s’être puni lui-même dans le secret brûlant de son manque. Explorer plus avant cette thèse (2) dans ses dimensions historiques, anthropologiques, psychologiques ou médicales, exigerait un développement très long. C’est pour l’instant inenvisageable de la proposer à la plupart des sexués humains aveuglés par la propagande mondialiste uniformisante, sauf à quelques happy few qui ne manifestent pas, n’agitent pas d’arc-en-ciel multicolore, mais portent peut-être sur leur front des « lettres de feu ».

    Marc Gébelin http://euro-synergies.hautetfort.com

    Notes :

    (1) Initialement, l’article 2 du Traité sur l’Union européenne dispose que “l’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité ...” Or, dans la résolution du 12 décembre 2012 sur la situation des droits fondamentaux dans l’UE, les parlementaires européens ont légèrement reformulé cet article. Ils considèrent que ce dernier “fonde l’Union sur une communauté de valeurs indivisibles et universelles de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de genre“.

    (2) Des ethnologues ont approché le mystère sans lui apporter des explications convaincantes. Reprenant l’accusation que je dénonçais plus haut, serait-il absurde de leur retourner le compliment d’être « aveuglés par leur homosexualité latente » ? ce qui, je m’empresse de le souligner, ne serait pas une condamnation. Maurice Godelier en est un exemple. Ex-marxiste, donc féministe (puisque le marxisme est un féminisme, une philosophie positionnant le non-agir plus haut que l’agir, l’immanent plus authentique que le transcendant, l’existence plus certaine que l’essence, bref un matérialisme), il tente d’éclairer dans son livre "La production des grands hommes", le système des Baruyas de Papouasie qui vivent une homosexualité masculine initiatique adossée à une domination des hommes sur les femmes qui, toutefois, c’est lui qui souligne, est loin d’être totale. Fidèle à son préjugé de départ qu’il mondialise, il tente de générer une théorie globale où l’homme-dominateur-prétentieux-de-la-femme, est le fil rouge. Il a donc approuvé le fameux « mariage-pour-tous » comme Françoise Héritier, ethnologue de renom elle aussi, mais qui a l’« excuse », elle, d’être une femme. Il était piquant de voir au Palais du Luxembourg, cet hiver, ces deux prophètes de la modernité essayant de convaincre les sénateurs du bien fondé d’une « loi » qui déjà, seulement par son intitulé (mariage pour tous et non mariage homosexuel), montre son mensonge et son désir corollaire de tromper. Godelier, incapable de subsumer son marxisme communisant, en une théorie plus haute qui, tout en tenant compte de la mécanique qui entraine les sociétés humaines à leur insu, n’essaye même pas d’y insérer la transcendance comme le font les grands penseurs tels Shakespeare, Borges ou De Retz, cités dans l’article sur le Kairos.