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culture et histoire - Page 1921

  • Nouvelle étape du progrès républicain : les attaques de train

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    Petit à petit le pays s’enfonce dans la barbarie.

    Cela s’est passé samedi, mais l’info n’a circulé que tardivement :
    « Un groupe d’une vingtaine de jeunes a attaqué une rame du RER D samedi au niveau de la gare de Grigny-Centre dans l’Essonne, agressant plusieurs passagers, indiquent aujourd’hui des sources concordantes. Samedi vers 22 heures, entre 20 et 30 personnes ont attaqué un RER stationné en gare de Grigny-Centre. Ils sont entrés dans la rame et s’en sont pris aux gens qui s’y trouvaient pour les forcer à leur remettre portables et argent, a expliqué une source policière. » selon le Figaro.
    Evidemment, il n’est pas nécessaire que nous traduisions pour nos lecteurs le terme « jeunes » : tout le monde sait maintenant quelle réalité ethnique se cache derrière ce vocabulaire de la Novlangue.

    Un témoin raconte : « J’étais dans le RER en direction de Corbeil-Essonnes, et à Grigny nous avons entendu beaucoup de bruits et de cris et nous avons vu des gens courir sur les quais ». Après avoir tiré le signal d’alarme, les jeunes gens, qui avaient le visage dissimulé, sont passés de wagon en wagon et ont attaqué « le plus de monde possible », a-t-il expliqué. « Moi j’ai pris un coup de poing et du gaz lacrymogène dans les yeux. Ils ont arraché le sac à main de mon amie et m’ont pris mon argent. C’était rapide, violent et cela avait l’air très organisé », a ajouté ce jeune homme, étudiant à Evry.

    Pendant ce temps, et au grand dam de la gauche bienpensante, le livre de Laurent Obertone, La France Orange mécanique, qui décrit « l’ensauvagement d’une nation », continue de se vendre comme des petits pains.
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    http://www.contre-info.com/

  • Discours de Pierre-Louis Mériguet au colloque du SIEL le 28 janvier 2013 à l'Assemblée Nationale

  • Reportage de France 3 Centre : “Vox Populi : les Identitaires à visage découvert”

    TOURS (NOVOpress) - France 3 Centre a consacré un reportage à Vox Populi, le mouvement enraciné et patriote tourangeau. Les journalistes ont suivi les militants de Vox Populi lors de plusieurs actions et rassemblements et ont également interrogé son dirigeant Pierre-Louis Mériguet. Signalons, une fois n’est pas coutume, le traitement honnête par les journalistes de l’action de Vox Populi. Militants qui ont présentés ainsi : « Ils sont jeunes, issus de tous milieux, attachés à leurs racines locales. Oubliés les codes vestimentaires skinheads et les actes violents, “les Identitaires” ressemblent à tout le monde en apparence. »

    http://fr.novopress.info

  • 22 avril 1961 : dernière révolte des centurions avant qu'ils ne deviennent gendarmes

    C'était il y a cinquante ans. Un anniversaire que chacun s'empresse, l'ayant essentiellement dénaturé, de repousser dans le trou de l'Histoire. Les gaullistes au premier chef parce qu'il s'inscrit dans le XXe siècle comme l'un des plus honteux de leur Histoire qu'on dira palinodique tant elle est fertile en volte-faces, revirements, apostasies. Disons-le, en trahisons. Ne s'agissait-il pas plutôt d'une rébellion de centurions trahis par un État qui depuis des années les traitait sans égards ni respect, comme il l'eut fait de ses gendarmes ? Or si la vocation du gendarme n'a jamais été de sacrifier sa vie, c'est souvent cela le destin du centurion. Les gnomes d'État ne manquant jamais une occasion de se couvrir de leur gloire.
    Pourtant reste à savoir, après un demi-siècle de recul, si les événements de ces quatre jours certes dérisoires mais aux conséquences incalculables sur notre destin, n'ont pas une fois de plus précipité ce peuple et cette armée dans une épouvantable duperie.
    « L'Armée a pris le contrôle de l'Algérie et du Sahara... ». Un bref communiqué répété ce samedi 22 avril 1961 sur la radio d'Alger à partir de 7 heures, résume les graves événements de la nuit. Se lève sur la capitale une belle journée, fraîche et légère, comme elles le sont souvent en début de printemps. Une atmosphère de fête frémit sur la ville, parcourue en tous sens par des hommes léopards. Alger a pris l'habitude depuis des années d'accompagner le retour des parachutistes d'espoirs fous. Pendant quelques heures, l'illusion, rapidement dissipée, redonnera corps au fantasme d'un autre 13-Mai venu gommer lâchetés et trahisons.
    Une illusion qui ne dura que quelques heures. Des milliers de jeunes pied-noirs regroupés sur tout le territoire, se convainquirent que serait immédiatement appliqué le « plan Salan », dont on connaissait les grandes lignes. Mobilisation des bataillons territoriaux dissous après les Barricades, 13 mois plus tôt, et levée de huit classes sur place afin de remplacer le contingent renvoyé sans perdre de temps en métropole. Les unités « opérationnelles » demeurant pour achever leur travail d'éradication de l'ALN.
    C'était oublier que les représentants de la faction civile, installée en Espagne, Lagaillarde, Ortiz, Susini, le général Salan et quelques colonels très "politiques" comme Lacheroy et Gardes, n'étaient pas de la fête si les derniers s'y invitèrent par leurs propres moyens. Le 3 décembre 1960 à Madrid, était née l'Organisation Armée Secrète dont le sigle, OAS, ne deviendra célèbre qu'après la reddition de l'organisateur du Putsch, le général Challe.
    Sans doute les généraux Salan et Jouhaud tentèrent-ils de transformer la rébellion militaire en révolution tout court. Ils se heurtèrent à la mauvaise volonté de Challe strictement intéressé par l'achèvement du plan de paix portant son nom : conclure la pacification, détruire le FLN, montrer à De Gaulle que la Guerre d'Algérie pouvait être gagnée dans le djebel. Sauf qu'en Algérie seul le Sahara l'intéressait. Désengagement algérien, retour sur l'Hexagone, tels étaient ses projets. Et surtout la désintégration de cette armée trop politique qu'il s'agissait de remplacer par l'outil professionnel technique qu'elle est devenue aujourd'hui, bras fliqué et docile du Nouvel Ordre Mondial.
    UNE ARMÉE DE "QUILLARDS"
    Il faudra 24 heures à Challe pour comprendre que la majorité des cadres de l'armée d'Algérie, gardait un œil sur l'échéance de la solde, l'autre sur les tableaux d'avancement. Une vingtaine d'unités d'élite, seulement, pour la plupart appartenant aux 10e et 25e Divisions Parachutistes échappaient à ce désolant schéma.
    Deux heures suffirent à Salan pour saisir à quel point le contingent de bidasses hilares, brandissant leurs quilles et leurs slogans communistes, rendait leur tentative suicidaire : toute révolution devrait se faire contre cette troupe et pas avec elle. Parce que l'image lui convint ainsi qu'aux média, De Gaulle s'empressa de l'imputer à son discours du 23 avril. Glorifiant les « 500 000 gaillards et leurs transistors ». Mais, intervention ou pas du général, les comités de soldats contre le fascisme se fussent constitués. Les "putschistes" eux-mêmes étaient divisés en deux camps. Militaires et révolutionnaires. Les premiers, majoritaires, se regroupaient derrière Challe : « Rétablir l'ordre républicain ». Au quatrième jour ils se rendirent, l'honneur était sauf, l'unité de l'armée préservée. Hélie Denoix de Saint Marc, qui commandait par intérim le 1er REP, s'il condamna sa carrière militaire, était de ceux-là. Il n'était pas un soldat politique comme la plupart de ses jeunes officiers et légionnaires. Il expliqua cependant au tribunal qui le jugeait pourquoi il se trouvait devant lui. « On peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir. C'est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer... ». Les seconds, souvent « Français par le sang versé », allèrent beaucoup plus loin que St Marc et furent dans les mois qui suivirent, l'un des bras armés de l'OAS. Dans l'épilogue tragique de la Guerre d'Algérie que fut le « maquis de l'Ouarsenis » où l'armée française pourchassa au coude à coude avec le FLN les derniers combattants de l'OAS que mitraillait l'aviation, un nombre considérable d'entre eux, officiers et soldats, étaient issus du 1er REP.
    Derrière Salan, Jouhaud, Vanuxem, Faure (ces deux derniers arrêtés à Paris dès le 22 avril) très impatients de réaliser la symbiose entre population civile et armée révolutionnaire issue des troupes parachutistes et légionnaires, l'organigramme de l'OAS, constitué après le putsch, est un véritable répertoire des techniciens de la guerre subversive qui ont en trois ans détruit le FLN. Lacheroy, Argoud, Godard, Trinquier, Guillaume, Château-Jobert, Dufour, Vaudrey, de Sèze, Roy. Guidés par la haute autorité morale de Jean Gardes et de Joseph Broizat, ce dernier, souvent défini comme un « moine/soldat », docteur en théologie, en sciences et en histoire, jusqu'à ses derniers instants tourmenté par les plus profondes interrogations de l'exégèse humaniste. S'ajoutèrent à eux par dizaines les capitaines et lieutenants les plus brillants. Roger Degueldre, Loustau, Sergent, Souêtre, Bernard, Ponsolle, Labriffe, de la Bigne, Curutchet, Léger, Branca, Montagnon, Godot, Delhomme, Picot d'Assignée, de la Tocnaye, De Condé, Collin, Pouilloux, Kayannakis, le Pivain, Holeindre, de Saint Rémy etc. L'élite des jeunes officiers français d'alors. Pendant près d'une dizaine d'années ne fut-il pas de tradition que les premiers de St-Cyr intègrent les régiments parachutistes et légionnaires ?
    Très tôt est apparue une fracture irrévocable entre cette armée citoyenne, utilisée dans une guerre d'horreur taillée au mensonge et à la trahison par le « pouvoir de fait » et celui-ci acharné à la destruction de cette armée-là. Personne plus clairement que Jean Marie Bastien-Thiry tenant tête à ses juges/bourreaux, n'en démontra les sophismes dont il se nourrissait : « Malgré l'extraordinaire mauvaise foi des hommes au pouvoir, malgré leur extraordinaire cynisme, c'est une vérité qu'il y a eu, qu'il y a en France et en Algérie, des milliers de morts et de martyrs, qu'il y a des milliers de disparus et des centaines de milliers d'exilés, qu'il y a des camps de détention et de tortures, qu'il y a eu de nombreux viols et de nombreux massacres, qu'il y a des femmes françaises obligées de se prostituer dans les camps du FLN. C'est une vérité que le pouvoir défait aurait pu épargner ou limiter toutes ces horreurs s'il l'avait voulu; mais c'est une vérité qu'il ne l'a pas voulu ».
    DE GAULLE : EN FINIR AVEC LES PIEDS-NOIRS ET LES PARAS
    Il ne l'a pas voulu ! Et c'est là toute la fracture. Comme ne l'a pas voulu l'immense horde de lâches, de gauche, de droite, d'extrême gauche et du centre, qui s'agglutina derrière ce pouvoir. Les uns et les autres ayant pour priorité l'annihilation des "colons" et celle des soldats révolutionnaires qui depuis un siècle - La Guerre des Boers - font trembler le pouvoir intello-médiatique régnant exclusivement sur le droit de penser en Occident.
    Cette armée désira ardemment se débarrasser de Charles de Gaulle. La France "moderne" dont il rêvait, et dont ceux qui le commanditaient voulaient, exigeait nécessairement l'éradication de toutes les forces profondes enracinées dans ce pays. À commencer par les soldats révolutionnaires d'Algérie.
    À partir du 24 avril, sur décision du président de la République actionnant l'Article 16, 150 officiers seront traduits devant des tribunaux spéciaux. Puis 534 autres feront l'objet de sanctions disciplinaires ou "statutaires". On casse tout ce qui pue « l'Algérie Française » dans la nouvelle armée. Les trois régiments parachutistes, fer de lance du putsch, 1er REP, 18e et 14e RCP, l'élite des troupes de choc, sont dissous, leur encadrement - les meilleurs sous-officiers et officiers parachutistes - est purgé. La voie est libre. L'armée des bidasses et la gendarmerie réorganisées peuvent combattre l'OAS. Puis la population européenne - bombardements d'Oran et de Bab el Oued, massacre de la rue d'Isly. Pour en arriver, à partir du 19 mars 1962, à une collaboration directe entre les forces françaises - "barbouzes", Mouvement Pour la Communauté, Sécurité Militaire, Gendarmerie Mobile, CRS, Mission C. - et le FLN dans les massacres et les enlèvements de centaines d'Européens. Le bouquet final étant la destruction des maquis de Saint Ferdinand et de l'Ouarsenis.
    Cette armée-là, qui depuis 1945, fait la guerre qu'on lui a dit de faire, contre l'ennemi sans conscience qu'on lui a désigné, avec les armes qu'on lui a données, mitrailleuses et hélicoptères, face à des armes autrement redoutables, la terreur, le découpage en lanières, sur les places publiques, des civils réfractaires, l'immense collaboration planétaire des lâches intello-médiatiques qui accaparent « l'espace de cerveau humain disponible » pour y enfoncer leur marxisme, cette armée-là une fois achevée sa tâche a été catapultée devant des cours spéciales dont les procureurs et les juges étaient ceux qui leur avaient enjoint de se salir les mains. À Nuremberg aussi étaient couverts d'hermine les assassins de Dresde et d'Hiroshima, des filles enceintes clouées vivantes à l'Est sur les portes des granges, des milliers de Waffen-SS de 20 ans sommairement abattus, des dizaines de milliers de réfugiés de la Baltique coulés par des sous-mariniers héros de l'Union Soviétique et des bouchers/pilotes décorés de la RAF, ou encore des petites berlinoises violées par des files de GI nègres ou de Kalmouks à étoile rouge.
    Pierre Abramovici, grand reporter de la télévision, dans un livre d'une grande pertinence, « Le Putsch des Généraux » (mars 2011), offre une théorie rendue séduisante par le recul. De Gaulle avait besoin de casser et l'obstination des Pieds-Noirs et cette minorité révolutionnaire représentée par les troupes de choc. Certes il lui devait la victoire militaire mais elle s'opposait à son projet de négocier avec le GPRA le troc de l'indépendance contre la libre disposition du Sahara. Le putsch - agencé par ses officines - lui permettra de dissoudre les corps d'élite, d'exploser cette aristocratie intellectuelle et tactique représentée par les officiers de paras et de Légion. Puis, les remplaçant par une armée sans âme, par des gendarmes et des "barbouzes", il écraserait l'OAS avec l'aide de ses nouveaux amis du FLN. Ce tour de force il l'aura réalisé en quatorze mois. Depuis 50 ans, la France n'a pas fini d'en payer le prix.
    René BLANC. RIVAROL 22 AVRIL 2011

  • Méridien Zéro - Rencontre : Pascal Esseyric, Patrick Pehel, Michel Thibault de Krisis.

  • Café actualité de Lafautearousseau du 9 mars 2013, à Marseille : la République en échec, par Hilaire de Crémiers

    Ce ne sont pas des Cafés politiques ordinaires que Lafautearousseau et la Fédération Royaliste Provençale organisent à Marseille depuis 2010. Sous leur forme actuelle, inaugurée en octobre 2010, tous sont mis en ligne. L'on peut les revoir à tout moment et, d'ailleurs, tous ont déjà été téléchargés plusieurs milliers de fois ! Si l'on en considère l'ensemble, l'on s'apercevra que, tant par les personnalités qui y sont intervenues que par les sujets traités, ils constituent un excellent travail de réflexion politique. En un sens, ils ont été ce que l'on appelle aujourd'hui un Think Tank. Avis aux jeunes qui veulent acquérir une formation politique sérieuse : ils peuvent y venir; ils peuvent les consulter, ici.

    Ce n'est pas non plus une intervention ordinaire que celle d'Hilaire de Crémiers, le 9 mars dernier; intervention dont la video est mise en ligne ci-dessous. C'est une remarquable réflexion sur le problème institutionnel français depuis les derniers temps de l'Ancien Régime jusqu'à nos jours : soit l'absence d'un exécutif capable de gouverner, soit la carence de représentation nationale véritable, soit l'une et l'autre. Les exemples historiques sont probants, le problème est très exactement décrit et défini. L'écoute de cette vidéo est indispensable pour qui veut militer pour une France royale autrement que de façon superficielle et / ou folklorique.

    http://lafautearousseau.hautetfort.com

  • Charlemagne, symbole européen ?

    Que reste-t-il de Charlemagne ? Les ouvrages présentés ci-dessous confrontent le lecteur à la source du mythe et lui livrent des images contradictoires – le portrait d'un serviteur de l'église s'opposant à celui d'une brute opportuniste qui cache sous la façade religieuse ses exactions et ses vices.
    Longtemps revendiqué comme une grande figure nationale par les historiens français et allemands, devenu, sous l'Occupation, parrain de la division française de la Waffen SS, l'empereur à la barbe fleurie tend aujourd'hui à incarner un précurseur de l'idée européenne supranationale. À travers ces divers avatars, que subsiste-t-il de l'homme et de son oeuvre ?
    Portrait idéalisé
    Force est d'admettre que la légende s'est tôt emparée du souverain et que, pour précieux que soit leur témoignage, ses premiers biographes ont contribué à troubler son image, pour léguer à la postérité un portrait idéalisé assez éloigné de la réalité. Éginhard en est un exemple. La réédition de sa Vie de Charlemagne dans la collection "Les classiques de l'histoire de France au Moyen Âge", laquelle a le grand mérite de proposer, en sus d'un appareil de notes et d'un index, l'original du texte latin en regard de la traduction, permet de saisir à la source la fabrication du mythe. Né en 775, Éginhard, appelé adolescent à la cour d'Aix-la-Chapelle, n'a connu Charles qu'au temps de la maturité et de la vieillesse. Au vrai, il est le commensal des fils de l'empereur, et d'abord du futur Louis le Pieux qui, monté sur le trône, assurera sa fortune tardive. C'est sans doute à sa demande qu'Éginhard, vers 830, une quinzaine d'années après la mort de Charles, disparu le 28 janvier 814, entreprend d'en rédiger une biographie officielle, en s'appuyant sur les sources palatines et les chroniques du règne.
    Hélas, afin de ménager son héros, et le fils de celui-ci, Éginhard aura soin de gommer du récit, au demeurant fort bref, les accidents de parcours : revers militaires, représailles sanglantes, goût prononcé de l'empereur pour les femmes, aventures amoureuses des princesses que leur père se refusait à marier mais qui n'avaient point pour autant fait voeu de chasteté... En quoi Éginhard, qui prit modèle sur Suétone au point qu'on a dit de son texte qu'il est "un treizième César", se démarque de l'historien latin, qui, lui, n'épargna aucun ragot, fût-ce le plus douteux, à la mémoire des Julio-Claudiens. Reste qu'avec ses lacunes et ses flous artistiques, la Vita Karoli Magni imperatoris demeure un texte fondateur indispensable dans toute bibliothèque d'histoire.
    S'il répond à un programme politique - ce rêve impérial qui ne cessa de hanter les puissants d'Europe après la chute de l'empire romain d'Occident en 476 -, le titre d'empereur, accordé à Charles le soir de la Noël 800 par le pape Léon III, revêt, aux yeux des contemporains, une autre dimension : celle du protecteur de la chrétienté. C'est parce qu'il se fait le défenseur de l'Église, devenant ainsi un nouveau Constantin, que le roi franc peut aspirer à la pourpre des Césars.
    Le protecteur de la Chrétienté
    Certains ont estimé que le souverain pontife avait forcé la main à Charlemagne, qui se trouva, de fait, lié aux intérêts de Rome. Peut-être. Il s'agissait cependant d'un rôle qu'il avait, de longue date, succédant en cela à ses père et grand-père, accepté d'assumer, tant sur les territoires traditionnels de la monarchie franque qu'au-delà. Même si sa "canonisation", accordée par un anti-pape à Frédéric Barberousse, est sujette à caution, la conscience catholique de Charles et le sens de sa mission ne sauraient être mis en doute.
    Lorsqu'il titrait, il y a dix ans, un essai consacré à l'empereur, Charlemagne fondateur de l'Europe, Ivan Gobry ne se méprenait pas sur le sens qu'il donnait à ces mots. Charlemagne ne fut pas un précurseur du monstrueux machin bruxellois, mais d'une idée absolument contraire à celles des technocrates européistes : la mise en place de la Chrétienté en Europe. Jusqu'à un certain point, car de tels choix sont rarement tout à fait désintéressés et dénués d'arrière-pensées politiques, Charles travailla pour le règne de Dieu sur ses terres et ailleurs. Ses interventions en Italie contre les Lombards empiétant sur les droits du pape, en Espagne contre des musulmans menaçant les cités demeurées catholiques des Asturies, à l'Est contre des peuples, Saxons ou Avars, encore païens, tendent toutes à l'établissement en ce monde de la Cité de Dieu augustinienne, son livre de chevet. Cela est vrai également en ce qui concerne son oeuvre législative, ses interventions dans les affaires ecclésiastiques afin d'améliorer le clergé et mieux évangéliser le peuple, et même ses relations diplomatiques avec Byzance, son soutien à l'impératrice Irène allant à la pieuse orthodoxe capable de mettre un terme à la crise iconoclaste, dût-elle, pour cela, faire crever les yeux de son seul fils... Autres temps, autres moeurs... Le professeur Gobry propose à ses lecteurs un Charlemagne chrétien dont toute l'action fut régentée par cet objectif de la christianisation de la société. Il a certainement raison. Et, comme son livre, clair, concis, bien écrit, se lit avec plaisir, on lui emboîtera volontiers le pas.
    Démythification
    Ce que ne saurait faire Georges Minois, plus récent biographe de l'empereur. Quoique spécialiste d'histoire du catholicisme, Georges Minois n'aime ni l'Église ni ses dogmes et prend soin de différencier « le Jésus historique », un homme dont nous ne savons rien, du « Christ de la foi », inventé par les chrétiens. Sa biographie de Charlemagne s'inscrit dans la même optique : celle de la démythification. D'un personnage légendaire, il faut redescendre à l'homme véritable, démarche en soi louable, s'il ne s'acharnait à en diminuer talents, mérites, vertus jusqu'à ne laisser subsister qu'un assez vilain portrait. Bien entendu, une fois les scories enlevées, les sources criblées, connaissances et certitudes ont fondu comme neige au soleil.
    Il faut admettre que nous ne savons pas grand-chose sur Charles et que le peu que nous en savons ne le rend pas sympathique. Or, à l'évidence, c'est bien sur le souverain catholique que l'historien s'acharne. Là où Gobry voit un chrétien fervent, Minois trouve un fourbe, un hypocrite, une brute opportuniste qui cache sous la façade religieuse ses exactions, ses vices, ses cruautés. Charles, soupçonné d'avoir aidé au décès prématuré de son jeune frère Carloman, dépouille la veuve et les orphelins. L'épisode espagnol n'est pas un prototype de la croisade mais une tentative d'annexion outre-monts qui n'interdit pas les meilleures relations avec le calife de Bagdad Haroun al Rachid. L'intervention italienne vise à détruire la puissance lombarde plus qu'à défendre la papauté, etc. Tout n'est évidemment pas faux dans ces affirmations. Encore convient-il de les remettre dans le contexte, de ne pas oublier que l'évangélisation forcée des Saxons, et le massacre des récalcitrants, survenus après quinze ans de guerre féroce, furent aussitôt dénoncés par le conseiller de Charles, Alcuin, qui lui reprocha ces méthodes, et se fit entendre. Non, Charlemagne ne fut pas exemplaire mais il semble ici que le procès est d'abord intenté contre l'empereur catholique, et essentiellement pour cette raison, ce qui rend le livre, somme toute, assez désagréable.
     Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000  du 21 octobre au 3 novembre 2010
    ✓ Éginhard : Vie de Charlemagne ; Les Belles Lettres, 128 p., 23 €.
    ✓ Ivan Gobry : Charlemagne fondateur de l'Europe ; éditions du Rocher ; 320 p., 19 €.
    ✓ Georges Minois : Charlemagne ; Perrin, 720 p., 26 €.

  • Conseil unique d’Alsace. Régionaliser ? Oui mais pas n’importe comment.

    Conseil unique d’Alsace. Régionaliser ? Oui mais pas n’importe comment. En Alsace, le 7 avril, un référendum va porter sur un projet de fusion des deux conseils généraux, du Haut Rhin et du Bas Rhin, avec le conseil régional d’Alsace. Il naitra ainsi, en cas de succés du oui au référendum dans les conditions requises, notamment en termes de pourcentage de votants, un conseil territorial d’Alsace, collectivité unique dotée des attributions auparavant dévolues aux autres. Une collectivité locale à la place de trois. Beaucoup de régionalistes sont pour, et d’antijacobins, ceux-ci employant un terme ambiguë mais consacré car en fait le jacobinisme désigne d’abord un centralisme politique plus qu’administratif, le centralisme à la fois politique et administratif ayant surtout été établi par Napoléon 1er.

    Du côté opposé aux régionalistes (y compris ceux, nombreux, liés aux écologistes), les souverainistes et la direction du Front national ont fait connaître leur opposition à ce projet. Leur principal argument est que l’on ne réforme pas la France par morceaux de territoire. Or le regroupement prévu des conseils généraux et régionaux ne se ferait que dans la région Alsace. Marine Le Pen affirme à propos du projet de conseil territorial d’Alsace : « Par principe, je considère qu’on ne touche pas à l’administration d’un pays région par région – sinon, c’est le foutoir intégral ! Si jamais ce projet devait passer, ce serait un précédent dangereux. Ce serait le début du détricotage de la République, ainsi qu’une grande victoire pour l’Union européenne et les technocrates de Bruxelles, qui œuvrent sans cesse à la dissolution des nations.(…) ». Nicolas Dupont-Aignan parle de son côté de « décentralisation féodale », expression aussi utilisée par la présidente du F.N.

    L’argument de la réforme qui ne se fait par au coup par coup, à la carte selon les régions est de fait très important. Que dirait-on de l’Allemagne si une partie d’entre elle était fédérale et une autre partie directement rattachée au pouvoir central ? C’était d’ailleurs le cas quand le roi de Prusse était en même temps Empereur d’Allemagne, de 1871 à 1918, et cela créait une situation largement faussée. L’argument des souverainistes est donc totalement recevable, pas seulement de leur point de vue, mais du simple point de vue de tous ceux qui souhaitent que la République française (car une République n’est pas de n’importe où, ou alors elle n’est rien) ait encore un sens (ce qui est mon cas). La question n’est aucunement : jacobinisme ou pas. Il peut y avoir un jacobinisme régional, et pas seulement national, et les deux peuvent avoir autant de défauts. La question n’est pas non plus exactement la déconstruction de la France par les régions, argument souvent avancé par les souverainistes (français, précisons, car il existe aussi un possible souverainisme européen). La question des rapports entre l’Europe de Bruxelles et les régions est en effet plus complexe que certains souverainistes ne l’avancent. En un sens, il n’est pas faux d’affirmer que les régions affaiblissent l’Etat central. C’est la fameuse thèse comme quoi la France se vide par en haut, par l’Europe, et par en bas, par les régions. Mais en un autre sens, on constate que l’Etat central est le meilleur relais de l’application des directives européennes, y compris les plus contestables. En d’autres termes, en France, l’Etat met son « savoir-faire » uniformisateur (ou caporalisant pour être plus polémique) au service de l’Europe de Bruxelles. Il n’est même pas exclu que, parfois, le régionalisme puisse être un point d’appui pour des résistances populaires face aux décrets des eurocrates.

    La seule question qui vaille est donc de vouloir faire une réforme dans une région et pas ailleurs. S’il reste un droit français, un droit national, ce n’est pas acceptable. Cette réforme serait-elle d’ailleurs transposable dans son état actuel ? La décentralisation date des lois de 1982-83. Le problème français est qu’elle s’est faite avant tout au profit des départements qui concentrent la plus grande part des impôts locaux par habitant, à part les communes et leurs regroupements. Sur 100 euros d’impôts locaux, 10 vont aux régions, 60 aux communes, et 30 aux départements. Exemple : la région Bourgogne en 2012. Budget régional : environ 800 millions. Total des budgets des 4 départements qui composent la région : presque 2 milliards (Yonne 400 millions, Côte d’or 600, Nièvre 300, Saône et Loire 600. Total 1900 millions). C’est sans doute cette situation qu’il faudrait inverser au profit des régions. Mais faut-il aller jusqu’à supprimer les départements ? Le cas de l’Alsace ne peut-être extrapolé, à supposer d’ailleurs que même pour l’Alsace cette réforme n’amène pas à renforcer le centralisme autour de Strasbourg. L’Alsace n’a que deux départements. Il faut d’ailleurs remarquer qu’elle est amputée du Territoire de Belfort, historiquement alsacien. Dans les autres régions de France, plus étendues, avec plus de deux départements, la suppression de ces derniers supprimerait un échelon de proximité, une référence en termes d’identité et accentuerait l’abandon de certains territoires, à l’écart de tous projets. Reprenons notre exemple de la Bourgogne. A l’ouest de cette région se situe la Nièvre, dont la préfecture Nevers, qui en est aussi la plus grande ville, est aussi excentrée à l’extrême ouest. La Nièvre serait encore plus marginalisée dans le cas d’une suppression des départements. Tout se déciderait à Dijon, capitale de la région Bourgogne. Ce serait encore plus flagrant si les projets européistes de fusion de régions se faisaient. Il est ainsi proposé par certains technocrates de fusionner Franche-Comté et Bourgogne, ce qui excentrerait davantage encore la Nièvre, au rebours de toute politique d’aménagement du territoire, une ambition abandonnée et pourtant plus que jamais nécessaire.
    Il faut donc raisonnablement conserver les départements et les élections départementales mais certainement supprimer la compétence générale donnée aux conseils dits « généraux », à renommer conseils départementaux. Cette compétence générale doit être réservée aux régions et aux groupements de communes. On voit que la vraie question du référendum d’Alsace n’est pas de choisir entre centralisme ou décentralisation, ni entre départements et régions, mais entre une cohérence nationale des réformes territoriales ou l’absence de cohérence. De même que la mauvaise Europe ne cesse de chasser la bonne (et de dégouter tout le monde de l’Europe), une mauvaise décentralisation peut chasser la bonne.

    Pierre Le Vigan http://www.voxnr.com/

  • Le rendez-vous des civilisations (Y. Courbage et E. Todd)

    Le propos d’Emmanuel Todd et Youssef Courbage est d’examiner l’islam dans son rapport à la modernité, plus particulièrement sous l’angle démographique. Leur conclusion est que le discours aujourd’hui largement véhiculé par les médias institutionnels correspond à une analyse superficielle, simple habillage d’un propos propagandiste : non, l’islam n’est pas réfractaire à la modernité. Et bien loin d’assister à un « choc des civilisations », nous assistons, selon Todd et Courbage, à leur convergence – le « rendez-vous des civilisations ».
    A l’appui de leur thèse, Todd et Courbage font valoir que le nombre d’enfants par femme a fortement décru dans le monde musulman en trente ans : de 6,8 en 1975 à 3,7 en 2005. Fait complémentaire à prendre en compte : on observe une grande amplitude dans la situation actuelle des pays musulmans, de 7,6 enfants par femme au Niger à 1,7 en Azerbaïdjan. L’indice de fécondité de pays comme la Tunisie et l’Iran est égal à celui de la France, tandis que la zone sahélienne, qui n’a pas entamé sa transition démographique, reste « scotchée » sur des taux très élevés.
    Ce qu’en déduisent en premier lieu Todd et Courbage, c’est qu’il ne faut pas prendre les prêches natalistes des théologiens wahhabites comme référence des attitudes musulmanes : le monde musulman est divers, et cette diversité ne doit pas être masquée par quelques cas extrêmes, souvent mis en avant dans les médias pour décrire « les musulmans », artificiellement amalgamés dans un tout réputé homogène.
    L’analyse que propose Todd et Courbage, au rebours de la vision d’amalgame et d’essentialisme promu par le discours dominant, consiste fondamentalement à décortiquer cette diversité du monde musulman comme la traduction d’une période de transition – transition plus ou moins avancée selon les pays. Et jusque dans sa diversité, cette transition, ajoutent-ils, se déroule selon des modalités finalement comparables à celles expérimentées, avec quelques décennies d’avance, par des pays aujourd’hui entrée en stabilisation, voire en implosion démographique. Il y a eu historiquement, soulignent-ils, une grande hétérogénéité en la matière : l’alphabétisation a toujours provoqué, partout, une baisse des naissances – mais pas partout au même rythme. En Europe du Nord, par exemple, l’alphabétisation a été plus rapide que dans l’Europe latine, mais sa traduction en termes de natalité a été plus lente.
    L’analyse des évolutions historiques des pays extérieurs au monde musulman indique que le délai de latence entre alphabétisation et révolution démographique peut avoir deux causes : d’une part le retard relatif de l’alphabétisation féminine, d’autre part l’interaction de l’alphabétisation avec d’autres variables – on observe, par exemple, que les populations minoritaires sur leur habitat, ou menacées d’invasion, ont tendance à « se défendre », dans un réflexe collectif, en différant leur transition démographique.
    Le monde musulman expérimente aujourd’hui les mêmes mécanismes que le monde occidental et la Russie, il y a dix à quatre décennies. En ce qui concerne le « cœur » du monde musulman (Maghreb et Moyen-Orient), la plupart des grands pays marquent à peu près 40 ans de retard sur le monde russe, 80 ans sur le monde latin et un siècle sur l’Europe du Nord, tant pour la courbe de l’alphabétisation que pour celle de la natalité : c’est ce qu’on observe en Algérie, au Maroc, en Turquie. Des pays musulmans comme l’Iran, la Tunisie sont légèrement en avance sur ce « cœur ». D’autres sont légèrement en retard, comme l’Egypte ou la Syrie. Bien sûr, les évolutions sont complexes, et un pays légèrement en avance sur l’alphabétisation peut être légèrement en retard dans la stabilisation démographique : exactement comme ce fut, 80 ans plus tôt, le cas en Europe. Mais globalement, l’histoire démographique de l’Occident de la fin du XIX° siècle est reproduite par le « cœur » du monde musulman, aujourd’hui. La « conquête musulmane par les ventres » et le « Califat mondial » redouté par certains ne sont, pour ce qui concerne l’essentiel du monde arabe proprement dit, plus d’actualité.
    C’est si l’on s’éloigne de ce « cœur » du monde musulman que l’on peut effectivement trouver des « bombes démographiques » encore à désamorcer. On en trouvera une, très médiatisée, dans la péninsule arabique – mais, si la démographie de la zone wahhabite reste explosive, les effectifs concernés sont en réalité assez faibles : « cœur » spirituel du monde musulman, la péninsule arabique est, sur le plan démographique, une périphérie secondaire.
    Plus significatif, on trouvera des « bombes démographiques » surtout dans deux zones significatives  démographiquement : le Pakistan et l’Afrique subsaharienne musulmane.
    Ici, Todd et Courbage sont plus réservés sur la vitesse à laquelle les transitions démographiques vont se produire. Ils supposent qu’elles finiront par advenir, mais ils admettent que la transition, à peine entamée au mieux, sera beaucoup plus difficile que dans le « cœur » du monde musulman – et ils s’interrogent sur l’existence possible, dans ces zones, d’un « plancher » de natalité, aux environs de 4 enfants par femme.
    Pourquoi ce retard ? Pourquoi ces incertitudes ?
    Ce qui fait ici barrage à la transition n’est pas l’application de la Charia (laquelle, soit dit en passant, n’est appliquée quasiment nulle part en Dar-el-Islam), mais des donnes largement extérieures à l’islam, parfois solidifiées par lui – au Pakistan, une très forte endogamie ; en Afrique Noire, un très fort retard d’alphabétisation.
    L’endogamie n’est pas en soi un obstacle à la transition démographique. Très forte historiquement en Tunisie, elle n’a dans ce pays nullement été un frein au recul de la natalité. Mais au Pakistan, expliquent Todd et Courbage, on a affaire à un cas particulier : une forme de « paranoïa démographique » contre le monde indien, au sein de laquelle l’endogamie fonctionne comme un marqueur identitaire. Dans ce monde-là, le modèle familial endogame est vu comme la clef de voûte d’un système très sécurisant pour les individus, assurant une forte armature sociale et une grande stabilité de la coutume. Ici, Todd et Courbage soulignent qu’il existe donc un véritable phénomène de retard dans la transition démographique, mais que ce retard n’a absolument pas les causes que les « islamophobes » de tous poils mettent généralement en avant : en réalité, le Pakistan, du fait de son système d’endogamie coutumière, est dominé majoritairement par un système faussement patriarcal, où l’autorité des oncles est souvent plus réelle que celle des pères (marqueur immanquable des systèmes matriarcaux). Le patriarcat islamique n’est donc pas la véritable cause du retard de transition de ce pays – au contraire, c’est l’existence d’un système finalement peu patriarcal, de type tribolinéaire, qui explique le retard.
    L’autre bombe démographique est l’Afrique Noire. Bien sûr, une première spécificité de l’Afrique Noire est la réalité de la polygamie. Fait exceptionnel dans le reste du monde musulman (moins de 5 % des familles sont concernées), elle est une norme alternative au sud du Sahara (taux de polygamie : environ 35 %). Cependant, Todd et Courbage ne pensent pas que ce soit la cause première de la forte natalité africaine ; la cause principale est selon eux à rechercher dans le retard d’alphabétisation. Ils font remarquer, à ce propos, que toute l’Afrique est caractérisée par une forte natalité, indépendamment du poids de la polygamie et de celui de l’islam : l’Afrique centrale non-musulmane présente des indices de fécondité équivalents à ceux de l’Afrique musulmane. Dans les pays où cohabitent musulmans et chrétiens, il n’y a pas de règle générale : au Nigéria, les musulmans sont plus prolifiques, mais au Tchad, les chrétiens font plus d’enfants qu’eux.
    Et, concernant l’Afrique Noire, Todd et Courbage de conclure par une sentence ambiguë, qu’il est amusant de reporter ici en toutes lettres : « La forte inertie des mouvements démographiques garantit qu’il surviendra, au cours du XXI° siècle, un déplacement du centre de gravité de l’islam vers le sud. Il n’est pas impossible qu’un jour la problématique fondamentale associée à l’islam ne concerne plus ses rapports avec le nord « chrétien » ou « post-chrétien », mais le basculement de ses équilibres internes. »
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