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culture et histoire - Page 1952

  • C’est l’espoir, et non l’indignation, qui change le monde

    Le caractère inoffensif de l’indignation pour le système en place explique le concert de louanges, plus ou moins hypocrites qui a marqué la disparition de Stéphane Hessel. 

    Qu’on se comprenne bien. Le vieil homme indigné était admirable. Il avait notamment eu le courage de dénoncer certains agissements condamnables d’Israël, ce qui lui avait valu des accusations fort injustes. C’est le mot d’ordre de son intervention dans l’espace public, avec l’incroyable succès de sa brochure Indignez-vous!, qui est ici en cause.

    L’indignation, colère sans lendemain

    L’indignation, nous rappelle Le Robert, est un «sentiment de colère que soulève une action contre laquelle réagit la conscience morale ou le sentiment de la justice». Sentiments, colère, morale : le registre n’est assurément pas celui de l’action, de la réflexion et de la politique.

     

    Dans son best-seller, Hessel demandait aux générations montantes de repérer les «choses insupportables» qui défigurent le monde actuel : «Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver.»

    Est-ce bien là le problème? Les raisons de s’indigner sont à la fois pléthoriques et transparentes. Creusement des inégalités sociales, menaces et catastrophes écologiques, arrogance et cynisme des élites ou encore dégâts de l’individualisme forcené : point n’est besoin de chercher longtemps des motifs de colère et de révolte.

    Le succès du vieil humaniste vient de ce qu’il a réussi à ramasser en un court message des sentiments fort répandus. Mais si chacun s’indigne facilement, l’engagement suppose d’entrevoir une solution aux problèmes posés.

    La référence à la Résistance, dont usait fréquemment Hessel, est ici inopérante. Le risque de l’action était alors majeur mais l’objectif très clair : en finir avec l’occupant.

    L’affaire est assurément autrement plus complexe dans un univers mondialisé soumis à la loi du capitalisme financier. On aura remarqué, au passage, qu’il ne suffit pas d’éliminer Nicolas Sarkozy pour sauver le pays.

    Dans un texte cruel mais non dénué de fondement, l’intellectuel centriste Jean-Louis Bourlanges s’était risqué à démonter la «misère de l’indignation»:

    «L’indignation, c’est ce qui reste du rêve quand on a tout oublié, et de la révolution quand on a perdu les soviets, l’Armée rouge et le Parti fer de lance de la classe ouvrière, c’est un extrémisme qui n’a pas les moyens.»

    Force est de constater que les mouvements qui s’en sont inspirés ont échoué à changer réellement le cours des choses. En Espagne, les centaines de milliers d’«Indignés» qui se sont mobilisés en 2011 n’ont pas empêché la poursuite des politiques d’austérité, moyennant le retour de la droite au pouvoir.

    Discrédit de la réforme et de la révolution

    La faiblesse politique du message porté par Hessel l’a logiquement conduit à des prises de positions très fluctuantes. L’ancien résistant fut candidat sur les listes écologistes aux élections régionales de 2010. En décembre de la même année, il vante néanmoins les qualités d’«homme de gauche» de Dominique Strauss-Kahn tout en manifestant sa préférence pour une candidature présidentielle de Martine Aubry. En mai 2011, Hessel assure pourtant Nicolas Hulot qu’il le soutiendra «quoi qu’il arrive maintenant». Et il finira par se prononcer en faveur de François Hollande…

    A la surprise de ceux qui projetaient sur lui leurs fantasmes de radicalité, Hessel se définissait lui-même comme un social-démocrate. Il n’avait sans doute pas pris la mesure de l’effondrement de cette référence idéologique. La social-démocratie n’a plus grand sens dans un contexte de mondialisation qui rend obsolètes les compromis sociaux naguère forgés dans un cadre national.

    La difficulté à définir la réponse politique qui prolongerait l’indignation tient précisément au discrédit des deux grandes idéologies de gauche, la réforme et la révolution. Cette dernière a été mortellement touchée par le drame du communisme réel. Le schéma d’un changement brutal et violent évoque désormais trop le spectre du totalitarisme.

    Mais le réformisme n’est guère en meilleur état. L’impuissance des partis qui s’en réclament est de plus en plus avérée en ces temps de crise. La «réforme» est devenue, pour les peuples, synonyme de nouveaux sacrifices et de reculs sociaux. Loin de porter l’espérance, elle est désormais autant chargée de négativité que la révolution.

    Nouvelles révolutions

    Or, c’est bien la perspective concrète d’un monde meilleur qui pousse à l’action collective. La chute des dictatures arabes a légitimement pu apparaître comme garante d’un vrai changement, raison pour laquelle l’indignation populaire a débouché, en ces cas, sur une issue révolutionnaire.

    Rien de tel dans nos démocraties occidentales mâtinées de ploutocratie. L’absence d’un cadre politique alternatif crédible condamne l’indignation à n’accoucher, au mieux, que de sporadiques révoltes.

    Les révolutions, rappelait le journaliste Jean-François Kahn, ne se préparent pas en ce sens qu’elles sont généralement déclenchées involontairement par des provocations de la part des puissants. Dans ces réactions populaires à la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’indignation est un puissant facteur de mise en branle.

    Mais les révolutions qui réussissent sont celles qui sont adossées à un projet politique et intellectuel préalablement défini. La prise de la Bastille n’aurait pas accouché de la Révolution française sans les Lumières. La prise du palais d’Hiver n’aurait pas débouché sur la Révolution d’octobre sans le dessein communiste.

    En l’absence d’un quelconque cadre théorique, les indignations contemporaines peuvent provoquer bien des soubresauts et révoltes, mais pas de vraies révolutions. Les changements profonds portés par l’espérance d’une vie meilleure se situe aujourd’hui, dans nos sociétés, à un niveau infra-politique.

    Animée d’une conscience écologique, aspirant à une meilleure qualité des liens sociaux, une minorité agissante expérimente sans bruit d’autres manières de vivre. Le réseau Colibris des amis du philosophe Pierre Rabhi tente de fédérer ce type d’initiatives en France, mais de très nombreux pays sont concernés par ces «révolutions tranquilles».

    Hessel lui-même avait invité ses lecteurs à s’engager dans des actions concrètes qui permettent de passer du stade de l’indignation à celui de la réalisation. Ce message a toutefois eu nettement moins d’écho que son cri de colère.

    Reste à savoir si ces expérimentations positives atteindront la masse critique où elles seraient capables d’entraîner un véritable changement politique. Mais ceci est une autre histoire.

    Slate  http://fortune.fdesouche.com

  • Le Mont Saint-Michel, une épopée spirituelle

    Le Figaro Magazine - 11/06/2011
    La beauté du site, la richesse de son histoire et la vie religieuse qui s'y maintient se conjuguent pour faire du Mont-Saint-Michel un lieu sans équivalent.
     
    C'est une des plus petites communes de France par la superficie et le nombre d'habitants : une quarantaine de personnes sont domiciliées au Mont-Saint-Michel. Chaque année, elles doivent pourtant accueillir plus de 3 millions de visiteurs. Franchi en 2005, ce seuil vaut au célèbre rocher d'être classé comme le deuxième site touristique du pays.

    « On ne s'habitue pas au Mont-Saint-Michel, s'exclame Patrice de Plunkett. Cet endroit stupéfie depuis mille ans. C'est le seul cas de surprise inusable. » Journaliste (cofondateur du Figaro Magazine, dont il fut le directeur de la rédaction dans les années 1990), blogueur et écrivain (on lui doit une dizaine de livres), l'auteur raconte l'histoire du Mont dans la collection « Le Roman de... », que dirige Vladimir Fédorovski. Un moine du XIIe siècle ayant déjà écrit Le Romanz del Munt Saint-Michel, Plunkett a mis son titre au pluriel *.

    Voici donc huit romans du Mont-Saint-Michel : la terre et la mer, l'archange, les pèlerins, les moines, les chevaliers, les prisonniers, les romanciers et les foules d'aujourd'hui ont chacun le leur. Nourri d'anecdotes, l'ensemble se lit d'un trait et permet de comprendre ce qui attire ici : la beauté du site, la richesse de son patrimoine, la spiritualité qui s'y attache. De quelque côté qu'on l'aborde, le Mont-Saint-Michel représente un choc visuel : l'immensité de la baie, le flux de la marée, les irisations de la grève, la silhouette de l'abbaye se détachant sur la masse de granit. Spectacle dont nul ne se lasse, et auquel le cycle des saisons ajoute sa touche : les amateurs de lumière préfèrent le printemps, les rêveurs ont une dilection pour l'hiver.

    L'ensablement de la baie est un phénomène naturel, mais il a été amplifié, à partir du XIXe siècle, par la poldérisation d'importantes parcelles et par l'édification de la digue qui a permis d'accéder au Mont à pied sec. Pour maintenir l'originalité du site, différents projets ont été élaborés entre 1975 et 1995. La solution finalement choisie consiste à faire jouer au nouveau barrage mis en service en 2009 sur le Couesnon un effet de chasse d'eau : la retenue, constituée à marée montante et lâchée à marée descendante, devra s'écouler par des chenaux entourant le Mont de part et d'autre. Le parking devant être supprimé afin de rétablir la circulation de l'eau, des navettes spéciales transporteront les visiteurs. Menacé dans son écosystème, le Mont millénaire est ainsi devenu l'objet d'une passion contemporaine : le respect de l'environnement.

    En été, on compte jusqu'à 20 000 visiteurs par jour. Les deux tiers se contentent d'arpenter l'unique ruelle du Mont. Rien de nouveau sous le soleil, rappelle Patrice de Plunkett : en 1318, treize pèlerins meurent étouffés par la foule. En 1527, le secrétaire du cardinal d'Aragon constate que les Montois vivent de leurs boutiques de souvenirs : coquilles, statuettes de saint Michel, bijoux bon marché, jouets d'enfants. Les promeneurs qui, aujourd'hui, se plaignent des tarifs des crêpes ou des glaces devraient savoir qu'en 1402, l'abbé du Mont-Saint-Michel sévissait contre un cabaretier de Genêts, à l'ouest de la baie, parce qu'il avait forcé sur les prix...

    C'est en 709 que l'évêque d'Avranches, Aubert, fonde sur le rocher un sanctuaire dédié à saint Michel. Les pèlerinages s'y succèdent. En 966, les bénédictins prennent possession de l'endroit. En 1203, lorsqu'un incendie détruit l'abbatiale, il est décidé de rebâtir tous les bâtiments monastiques, mais la configuration des lieux interdit de les disposer autour du cloître, selon le schéma classique. C'est donc sur trois niveaux que s'élèvera la Merveille, prouesse technique et chef-d'œuvre artistique. Saint Louis, Philippe III, Philippe le Bel et Charles VI font pèlerinage au « Mont-Saint-Michel au péril de la mer ». Pendant la guerre de Cent Ans, les défenseurs du Mont restent fidèles au roi de France. Au XVIIe siècle, les mauristes tentent d'enrayer la décadence monastique, mais ils sont bannis par la Révolution. Transformé en prison, le Mont nourrit la légende romantique. Dans des pages plaisantes, Plunkett évoque les rivalités entre détenus républicains et légitimistes sous la monarchie de Juillet, tous faisant front commun contre l'incendie de 1834. Napoléon III ferme la prison en 1863, et le Mont est classé monument historique. De Paul Féval à Maupassant, il inspire les écrivains. Les touristes arrivent, des hôtels et des restaurants s'ouvrent, et Anne Poulard met au point la recette d'une célèbre omelette.

    En 1966, pour le millénaire de l'arrivée des bénédictins, des moines reviennent, encouragés par Malraux. En 2001, le relais est pris par les Fraternités monastiques de Jérusalem, communauté habituée à vivre à proximité des foules modernes. Dans l'abbatiale, les passants déposent des intentions de prière - pour un malade ou un disparu - qui ne diffèrent guère de celles de leurs prédécesseurs médiévaux. Le pèlerinage au Mont-Saint-Michel est devenu tendance : les chemins sont rénovés et balisés, et des passeurs professionnels font traverser la baie à des milliers de marcheurs. Comme à Saint- Jacques de Compostelle, ces pèlerins ne sont pas forcément chrétiens, mais tous sont en quête de quelque chose qui les dépasse. Les Japonais - le bus de Rennes en débarque tous les jours - sont fascinés par le Mont. En 2005, un couple de Tokyoïtes, bouddhistes et ne connaissant ni le christianisme ni le français, était saisi par la grâce et, quatre ans plus tard, se faisait baptiser.

    Le Mont, « ce granit spirituel », écrit Patrice de Plunkett, « fait contrepoids à notre société : il témoigne d'une autre vision de l'existence ». Au pied de l'archange, même s'ils ne le savent pas, les badauds sont aussi des pèlerins.
    Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com
    *Les Romans du Mont Saint-Michel, de Patrice de Plunkett, Editions du Rocher.

  • LA RAGE ET L'ORGUEIL D'ORIANA FALLACI

    Une fois de plus, certains ont voulu décider ce que les Français avaient le droit de lire ou de ne pas lire. En attendant la décision de la justice, on peut toujours acheter ce livre qui est le cri d'une Italienne, d'une femme (pas forcément féministe).
    Lorsqu'on arrive à la fin, on ne trouve dans le fond que ce que dit le Front national depuis des années, avec même plus de véhémence de la part de la journaliste. Comme Oriana Fallaci est de gauche, antifasciste, cela passe mieux, enfin presque.
    Ce livre rappelle à sa façon le choc des civilisations ! de Samuel Huntington mais ici les choses sont dites de façon instinctive, passionnelle alors que le livre de l'Américain était l'œuvre d'un professeur, d'un universitaire. Le livre « La rage et l'orgueil » traite du choc Islam-Occident. En tant que correspondant de guerre, elle a vu les fils d'Allah au travail. « Je les ai vus détruire les églises, je les ai vus brûler les crucifix, je les ai vus souiller les statues de la Vierge, je les ai vus pisser sur les autels, transformer les autels en chiottes, je les ai vus à Beyrouth ... » Si elle reconnaît être athée, elle est culturellement très catholique. Lorsqu'elle va dans un temple, elle trouve cela bien froid. Son rapport avec l'argent est aussi très catholique Elle ne renie en rien l'héritage chrétien sur le plan intellectuel et esthétique. « La musique des cloches me plaît tellement. Elle me caresse le cœur ».
    « D'ailleurs, soyons honnêtes les cathédrales que le catholicisme nous a laissées sont belles. A mon avis, plus belles que les mosquées et les synagogues. Elles sont belles aussi les petites églises de campagne. Plus belles que les temples protestants .. »
    Si Oriana Fallaci adore son pays l'Italie et même toute la culture occidentale, elle n'aime pas l'islam, ce qui pour certains n'est pas correct. Elle le dit, elle l'écrit, elle le crie. En tant que femme, elle ressent de toutes ses tripes que cette religion n'apporte rien de bon pour les femmes et même pour les Occidentaux.
    Pour elle, les musulmans qui vivent en Italie ne sont que des envahisseurs. Chaque construction d'une mosquée dans son pays fait saigner son cœur. L'adjectif « raciste-raciste » pour qualifier ce qu'elle pense ne la terrorise pas. Cela est dit parfois en des termes un peu crus mais ce n'est quand même pas « Bagatelles pour un massacre » de Louis-Ferdinand Céline. Ce livre a déjà été vendu à plus d'un million d'exemplaires en Italie et commence déjà à bien se vendre en France. Pour Oriana Fallaci, ceux qui bêlent dans le politiquement correct sont des « sans couilles ». En tout cas, elle en a. Elle le dit d'ailleurs. L'italienne a de la personnalité, du caractère, certains diront même de la mégalomanie. Elle a même un humour grinçant sur elle-même lorsqu'elle rapporte que certains disent qu'il est facile d'avoir du courage lorsqu'on a déjà un pied dans la tombe. Selon la journaliste, les musulmans jaloux de l'Occident et de ses réussites ne cherchent qu'à s'étendre et s'imposer en Europe et ailleurs.
    « Vous ne comprenez pas, vous ne voulez pas comprendre, qu'une Croisade à l'envers est en marche. Une guerre de religion qu'ils appellent Djihad, guerre Sainte. Vous ne comprenez pas, vous ne voulez pas comprendre que l'Occident est pour eux un monde à conquérir. A châtier, soumettre à l'Islam ».
    Elle enrage que nos hommes politiques, des eunuques selon elle, se couchent devant n'importe quel immigré ou sans-papiers par commodité ou lâcheté.
    À propos, cela fait penser au maire vert de Saumur qui, six mois après les attentats de New-York, organise une exposition sur l'Islam-religion-de-paix-et-d'amour. Ceci avait quelque chose d'indécent et d'obscène En conclusion, nous dirons que si certains refusent la mise en garde de l'Italienne, les événements lui donneront néanmoins raison.
    par Patrice GROS-SUAUDEAU (2002)

  • Robert Ménard à la Traboule (Lyon) (+intégralité de la conférence en vidéo)

    Addendum vidéo : Robert Ménard s’explique notamment sur la polémique ayant suivi l’annonce de sa conférence à la Traboule et sur son départ de RTL à cause de sa phrase sur Marine Le Pen.

    « Sur un certain nombre de points, je suis d’accord avec Marine Le Pen. »

    Totalité de la conférence de Robert Ménard sur Lyonlemelhor.com

     

    MàJ 25/02/13 : Interview de Robert Ménard sur LyonCapitale.fr

    Lyoncapitale.fr : Vous êtes invité à la Traboule, local des Jeunes Identitaires lyonnais. Pourquoi ce choix ? Quel sens faut-il donner à votre présence dans ce local d’extrême droite ?

    Robert Ménard : Je vais là où je suis invité. Quand je me rends dans une loge maçonnique, personne ne le relève. Même chose pour la Fête de l’Humanité : aucun journaliste pour me demander ce que je fais là. Il y a quelques années, j’ai été invité à un rassemblement de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et j’y suis allé. Peu m’importe les idées de ceux qui me reçoivent. Ce qui compte, c’est ma liberté de parole. (…)

    LyonCapitale.fr

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  • « Profession cinéaste, politiquement incorrect » de jacques dupont

    Jacques Dupont, mémoire d'un Français, livre présenté par G. Gambier

    Qui connaît aujourd’hui Jacques Dupont ? Plus grand monde, sans doute. Il fut pourtant l’un des meilleurs cinéastes de sa génération, promis à un brillant avenir. Sorti major de la première promotion de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC, aujourd’hui Fémis), il choisit les documentaires pour l’aventure. Ses premiers courts-métrages, réalisés dans des conditions particulièrement difficiles (Au pays des pygmées, 1946, et Pirogues sur l’Ogooué, 1947), sont unanimement salués. Suivront La Grande Case (1949), L’Enfant au fennec (1954) ou encore Coureurs de brousse (1955). Cette même année sort Crèvecœur, filmé aux côtés des soldats français combattant en Corée (1950-1953) et nommé pour l’Oscar du meilleur film documentaire en 1956 : le Parti communiste lance ses militants à l’assaut des rares cinémas qui osent le programmer. Après La Passe du Diable (1958), tourné en Afghanistan avec Joseph Kessel, Pierre Schoendoerffer et Raoul Coutard, Jacques Dupont réalise son premier grand film de fiction : Les Distractions (1960). A moins de 40 ans, il dirige Jean-Paul Belmondo, Claude Brasseur, Alexandra Stewart et Mireille d'Arc... G.G

    Lors d’une rediffusion sur Canal Plus, dans les années 1980, Télérama se fend d’une critique étonnamment élogieuse : « Crèvecœur, film sur le rôle du bataillon français dans la guerre de Corée, avait valu à Jacques Dupont la réputation d’un cinéaste “de droite ”. Lorsqu’il tourna Les Distractions au début de la Nouvelle Vague, la plupart des critiques se montrèrent tièdes ou hostiles. Le cinéaste fut accablé sous le poids de la comparaison avec Godard (A bout de souffle) à cause de Belmondo. Tout cela fut très injuste et il faut carrément, aujourd’hui, découvrir ce film. Bien construit, bien mis en scène, bien interprété, il représente, à la fois, une certaine façon de vivre dangereusement, d’être arriviste ou cynique, et une très belle relation d’amitié dans laquelle se transforment les personnages, même s’il n’y a pas de fin heureuse. Le désarroi d’une époque y est inscrit. »

    Du cinéma à la télévision, en passant par la case… prison !

    L’époque est de braise… Comme l’écrit Philippe d’Hugues dans sa préface : « C’est le moment que choisit Jacques Dupont pour s’engager à fond dans une cause perdue, lui, les siens, famille et amis. Bientôt, l’étiquette aux trois lettres infamantes : OAS, leur collera sur le dos pour longtemps, si longtemps que Jacques Dupont ne pourra plus jamais faire de longs métrages. En effet, à son nom, toutes les portes se ferment, tous les projets sont refusés. » Il faut dire que les Dupont paient leur « activisme » – comme l’on disait à l’époque – au prix fort. Arrêté dans l’affaire du « complot de Paris », censé relayer en métropole le putsch des généraux à Alger, Jacques Dupont est innocenté par le tribunal mais le pouvoir le considère suffisamment dangereux pour le condamner à plusieurs mois d’internement administratif au camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, dans le Gard.  Sa fille aînée Claudine devient à 17 ans « la plus jeune détenue pour l’Algérie française », à la prison de la Petite-Roquette, à Paris. Le virus politique ne la quittera plus puisque, ancienne élue régionale FN puis MNR en Bretagne, Claudine Dupont-Tingaud préside aujourd’hui encore l’association RéAGIR (pour « Résister et agir »), à Quimper. Enfin, le fils de Jacques Dupont, Jean-Jacques, aura le temps de faire sauter quelques pains de plastic avant d’être appréhendé par le commissaire Jacques Delarue : il ne sera libéré de la prison de Saint-Martin-de-Ré qu’en 1966, à l’âge de 22 ans. Tout reste à re-construire.

    « Non seulement dans l’aventure la France a perdu l’Algérie, mais aussi nombre de ses meilleurs serviteurs, militaires et civils. Elle a perdu notamment un futur grand cinéaste et c’est bien dommage », commente sobrement Philippe d’Hugues. Jacques Dupont trouve salut et refuge à la télévision, où il réalisera plusieurs des Grandes Batailles du passé en compagnie de Daniel Costelle et Henri de Turenne dans les années 1970, ainsi que de nombreux films des séries sur les Grands Fleuves, les Grands Pèlerinages et les Grandes Villes du monde. Il renoue ainsi avec sa passion pour l’histoire et pour les voyages lointains – au détriment parfois de ses responsabilités familiales immédiates. En 1981, l’arrivée de la gauche au pouvoir lui inspire une retraite forcée, qu’il met à profit pour entreprendre une monumentale histoire des guerres carlistes. Elle ne sera jamais achevée : en 1986, avec l’alternance, la télévision publique se rappelle à son bon souvenir. A l’occasion de la célébration du couronnement d’Hugues Capet (987), il réalise Les grandes chroniques du millénaire, vaste fresque de l’histoire de France diffusée sur FR3. S’enchaînent ensuite, avec l’appui d’Alain Griotteray, un téléfilm sur Honoré d’Estienne d’Orves, le premier fusillé de la France Libre (1990), puis un autre sur L’Abbé Stock, le passeur d’âmes (1991), et enfin Les Vendéens (1993), en hommage aux combattants de la « Grande armée catholique et royale », qui bénéficie du concours et de la complicité de Philippe de Villiers au Puy-du-Fou.

    Idées politiques : une « nostalgie française » ?

    Les personnages illustres fourmillent dans ces mémoires, où se croisent sans cesse grande et petite histoire, anecdotes, récits épiques et considérations politiques. A cet égard, Jacques Dupont reconnaît être atteint du « virus » du patriotisme. Le 11 novembre 1940, il fait partie des quelques lycéens et étudiants qui défient les autorités d’occupation allemandes en se regroupant à l’Arc de Triomphe pour honorer le soldat inconnu. Arrêté, il est conduit à la prison de la Santé – ce qui lui vaudra d’être considéré comme récidiviste 20 ans plus tard ! Rapidement libéré, il tente de rejoindre Londres, gagne Marseille (où il croise la philosophe Simone Weil) mais est une nouvelle fois arrêté, après avoir traversé les Pyrénées, par la garde civile espagnole. Il ne réussira finalement à s’engager qu’à l’occasion des combats de la Libération, dans la Première Armée du général de Lattre, avec laquelle il finira la guerre en Allemagne.

    Tous ces événements, et bien d’autres encore, sont l’occasion de commentaires politiques, mais l’ouvrage est dénué de toute analyse ou mise en perspective proprement politique. Jacques Dupont est au sens propre un réactionnaire : il réagit, avec son cœur et ses tripes, aux événements. A l’aune de l’histoire, il a le goût des causes perdues : les Guerres de Vendée et la royauté, la guerre de Sécession ou celle des Boers, l’empire colonial français, les peuples autochtones authentiques qui se battent pour leur survie (à l’instar de son ami Jean Raspail)… Il est en cela assez symptomatique d’une certaine droite, que René Rémond aurait qualifiée de « légitimiste », davantage tentée, même inconsciemment, par le confort intellectuel de ses défaites passées que par l’audace – mais aussi les transgressions – qu’exige toute  victoire.

    Jacques Dupont est donc un révolté, dont la forte capacité d’indignation est cependant mâtinée d’ironie, voire d’autodérision, ce qui évite qu’elle ne verse dans les pénibles sermons, mi-larmoyants, mi-inquisiteurs, caractéristiques de l’intelligentsia de gauche. Au contraire, tout à la fois artiste – puisque « metteur en scène » – et viscéralement français, il a cette légèreté d’esprit et de ton qui correspond bien à une partie de sa génération, celle des Hussards, dont il sera évidemment un proche : des hérauts d’un anticonformisme rafraîchissant qui manquent dramatiquement à notre époque.

    Dupont, un modèle anthropologique

    A l’origine, ces mémoires devaient s’intituler Dupont, fils Dupont et La Grande Aventure de nos vies. Sur trois générations : celle de son père Georges, combattant de la Grande Guerre, la sienne, confrontée à la Seconde, et celle de son fils, Jean-Jacques, engagé dans les combats pour l’Algérie française. C’est-à-dire l’histoire d’une famille française et, en creux, de la France elle-même au cours de ce terrible Siècle de 1914 (Dominique Venner).

    La publication de Profession cinéaste… permettra à un large public de revivre cette histoire, à la fois si proche et si lointaine, de l’immédiat Avant-Guerre aux lendemains de la chute du Mur de Berlin. Elle permettra aussi de redécouvrir voire, pour les plus jeunes, de mieux comprendre ce qu’est un Français. « Pourquoi la France ? » avait titré la revue Eléments il y a quelques années. Cet ouvrage semble y répondre, à sa manière, simplement : « Parce qu’il y a des Français ! » Un modèle anthropologique singulier à l’échelle de l’histoire, un peuple qui a fini par se fabriquer un pays à sa juste mesure.

    Le nom même de Dupont peut paraître ordinaire. Sauf que c’est de moins en moins vrai si l’on veut bien comparer, dans chaque commune de France, la liste des naissances à celle des noms inscrits au monument aux morts. Et la banalité même du nom « Dupont » est lourde de sens, de signification. En témoignant en faveur de l’auteur lors du procès du « complot de Paris », devant le tribunal militaire, le grand écrivain et polémiste Jacques Perret dira que ce patronyme « désigne le Français moyen et impose de ce fait à celui qui le porte une charge d’honneur » – mais pour mieux ajouter que « Dupont sera un nom de plus en plus difficile à porter si les vertus qu’il implique, naguères banales, deviennent suspectes et attentatoires aux valeurs de la France de demain… » Et dans « la France d’après » que l’on nous a promise, les Dupont sont de toute évidence, d’ores et déjà, une espèce menacée, un ADN « en dormition ». Peu de Français prendraient aujourd’hui tous les risques pour l’idée même de patrie, de l’honneur qui s’y attache et que l’on se doit d’abord à soi-même. Parmi les nombreuses maximes qui émaillent cet ouvrage en tous points étonnant, il en est deux que Jacques Dupont semble adresser plus particulièrement à ses compatriotes, en pensant à la France : « Ne pas subir » et « Cessez de pleurer comme des femmes ce que vous n’avez pas su défendre comme des hommes ! »

    G. Gambier http://www.polemia.com
    27/02/2013

    Jacques Dupont, Profession cinéaste… politiquement incorrect !, éditions Italiques, 2013, 354 pages, 23 €

    Correspondance Polémia – 5/03/2013