culture et histoire - Page 2006
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L'histoire des Sumériens .
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Les universités médiévales (XIIIe-XIVe)
L’université est une invention européenne qui n’a aucun précédent historique ou équivalent dans une autre région du monde. Elle est la conséquence du développement urbain en Occident, et naît dans les premiers temps d’initiatives spontanées d’association de maîtres et d’élèves, à la fin du XIIe siècle. Ces groupements de maîtres et d’élèves font pression tant auprès des pouvoirs ecclésiastiques que des pouvoirs civils pour obtenir les privilèges propres à toute corporation.
Vers le milieu du XIIIe siècle, l’Université parvient à s’affranchir des pouvoirs laïcs et épiscopaux pour ne dépendre que de la papauté. L’Université a alors le monopole de la collation des grades et cooptation, dispose de l’autonomie administrative (droit de faire prêter serment à ses membres et d’en exclure), de l’autonomie judiciaire et de l’autonomie financière.
Les papes du XIIIe ont tout intérêt à accompagner et contrôler le développement des universités : elles fournissent les meilleurs cadres de l’Église, apporte aux prédicateurs une argumentation contre les hérésies, et permet de mieux définir l’orthodoxie par ses recherches théologiques (l’Université de Toulouse sera ainsi fondée en 1229 par la papauté pour contrer l’hérésie cathare, dès 1217 une bulle pontificale appelle maîtres et étudiants à venir étudier et enseigner dans le Midi). Les professeurs étaient quasiment tous des clercs. A noter que l’enseignement était alors (théoriquement) gratuit : en effet, le savoir étant perçu comme un don de Dieu, le vendre serait se rendre coupable de simonie (trafic et vente des biens et sacrements de l’Église). Les cours cesseront d’être gratuits lorsque les autorités civiles remettront les mains sur les universités à partir du XIVe siècle.
On distingue quatre grandes facultés : la faculté des arts, la faculté de théologie, la faculté de droit (romain et canon) et la faculté de médecine. La faculté des arts est une faculté subalterne qui permet d’accéder à l’une des trois facultés supérieures.
Note : Ici ne sera traité essentiellement que la faculté des arts (on pouvait d’ailleurs très bien arrêter ses études à sa sortie). Cet article ne se veut pas exhaustif, le sujet étant si vaste qu’il est impossible d’être complet. Je laisse par exemple volontairement à l’écart les querelles autour des Mendiants et autour d’Aristote…
I. L’organisation de l’Université
L’Université est une fédération de plusieurs écoles qui sont concurrentes puisque chaque maître dirige un établissement d’enseignement. La fréquentation de l’Université dépend en grande partie du prestige des professeurs, et de nombreux étudiants suivent tel ou tel maître à travers ses pérégrinations en Europe. Dans les universités de renom, les élèves ont des origines géographiques diverses : ils se regroupent au sein de la faculté dans les nations. Dès les années 1220 à Paris, il y a ainsi 4 nations : Français, Normands, Picards et Anglais. Les élèves originaires d’un même pays se groupent ensemble : ceux des pays latins rejoignent les Français, les Germaniques et les Slaves vont avec les Anglais, ceux de l’Ouest se placent avec les Normands tandis que les Flamands se regroupent avec les Picards.
Chaque nation a son représentant, le procureur, qui participe avec les représentants des autres nations à l’élection du recteur de la faculté (qui est un maître es arts). Celui-ci a des pouvoirs étendus : il fait libérer les étudiants arrêtés par les agents du roi pour les faire juger au sein de l’Université, il fixe le loyer des logements et le prix de location des livres, dirige les finances, peut infliger des amendes et des arrêtés de suspension ou d’exclusion. Il est le représentant de l’Université à l’extérieur avec huit bedeaux (à Paris) : agents qui font exécuter les décisions. Son principal rôle est de protéger les privilèges de l’Université : exemption d’impôts, de toute forme de service militaire et surtout de toute juridiction laïque.
Les problèmes de gestion sont simples puisque l’Université ne possède pas de bâtiments propres : le maître loue une salle à ses propres frais quand il ne fait pas cours à l’extérieur ou à son domicile. Les collèges (qui ne sont alors pas des établissements d’enseignement mais des résidences où les étudiants pauvres peuvent trouver gîte et couvert), fondés généralement par des mécènes, peuvent aussi accueillir des cours, comme le fameux collège de Robert de Sorbon (fondé en 1253) qui accueillera la faculté de théologie de Paris. Quant aux rentrées d’argent, elles viennent essentiellement des amendes et des contributions après examen.
II. Cursus et programmes
L’Université médiévale met fin à l’anarchie qui caractérise les écoles du haut Moyen Âge au niveau du cursus et du programme. En général, l’enseignement à la faculté des arts durait 6 ans, l’élève y entrant vers 14 ans et y sortant vers 20 ans ; il comprend deux examens, passés devant un jury de maîtres : le baccalauréat (attesté à Paris en 1231) au bout de deux ans (qui donne le droit de participer aux disputes) et la licence à la fin du cursus.

Robert Grossetête (1175-1253),
évêque de Lincoln, professeur
à Oxford. Il est connu pour
ses travaux sur la lumière.Les études « supérieures » sont souvent plus ardues et sont enseignées après 20 ans. Les études de théologie sont les plus difficiles, durant au minimum 8 ans (parfois jusqu’à 15 !) et requérant l’âge de 35 ans au moins pour l’obtention du doctorat.
Les programmes d’études des facultés des arts sont basés sur ce que l’on appelle le trivium et le quadrivium, concepts hérités du philosophe romain Boèce. La grammaire (étude de la langue), la dialectique (art de raisonner) et la rhétorique (art de persuader) sont les trois disciplines du trivium ; la musique, l’arithmétique, la géométrie et l’astronomie forment le quadrivium. D’une manière générale, l’enseignement donne la belle place à la dialectique, devant le quadrivium et les autres disciplines du trivium. L’Angleterre en revanche met à l’honneur le quadrivium et la pensée scientifique dont les maîtres Robert Grossetête et Roger Bacon seront les plus illustres représentants.
III. Les livres
Les études universitaires supposent des livres, ce qui n’est pas sans poser des problèmes d’ordre pratique. Avec le développement de l’instruction, le livre doit cesser d’être un objet de luxe réservé aux élites. Les grandes villes universitaires (comme Paris ou Bologne) deviennent des grands centres de production de livres dont les ateliers surpassent les scriptoria ecclésiastiques.
Le format même du livre change : les feuilles de parchemin deviennent moins épaisses, plus souples et moins jaunes ; le livre devient plus petit pour être transporté plus facilement ; la minuscule gothique, plus facile à dessiner, remplace la minuscule carolingienne ; la plume d’oie se substitue au roseau pour l’écriture ; les miniatures et enluminures se font beaucoup plus rares, le copistes laissant des espaces blancs pour que l’acheteur, s’il le souhaite, puisse faire peindre des ornementations.
A la faculté des arts, les auteurs étudiés sont essentiellement, pour la grammaire, Sénèque, Lucain, Virgile, Horace, Ovide, Cicéron. En dialectique, la Logique de Boèce est étudiée jusqu’en 1255 au moins, puis l’Isagogue de Porphyre et l’Organon d’Aristote finissent par être pratiqués en entier. Pour le quadrivium, des traités scientifiques finissent par accompagner les vieux manuels : l’Heptateuque de Thierry de Chartres est ainsi souvent utilisé.
En droit, ce sont le Décret de Gratien, le Code de Justinien, le Liber Feudorum (lois lombardes, pour Bologne) qui sont étudiés. La faculté de médecine s’appuie surtout sur l’Ars Medecinae, recueil de textes réunis au XIe comprenant des oeuvres d’Hippocrate et de Galien auxquels s’ajoutent plus tard des œuvres d’Avicenne, d’Averroès et de Rhazès. La faculté de théologie ajoute à la Bible le Livre des Sentences de Pierre Lombard et l’Historia Scholastica de Pierre la Mangeur.IV. La méthode scolastique

Cours universitaire, Liber ethicorum (Henricus de Alemania, XIVe).L’enseignement médiéval repose pour une grand part sur l’oral et fait appel aux capacités de mémorisation. Les traités pédagogiques donnaient d’ailleurs des conseils pour entretenir sa mémoire et la développer.
La scolastique (de schola : école), méthode d’enseignement médiévale, se divise en trois parties : lectio, disputatio, determinatio. La lectio (leçon) constitue le point de départ de l’enseignement et consiste en un commentaire du texte étudié (présentation de l’ouvrage étudié, de l’auteur, explication linéaire du texte).
S’en suit la disputatio (dispute, débat), exercice séparé de la lectio qui consiste à discuter un point du texte. Une question peut être imaginée par le maître puis être débattue au cours d’une séance particulière (« Faut-il honorer ses parents ? Satan sera-t-il sauvé ? »). La dispute oppose les bacheliers en « répondants » (respondentes) et en « opposants » (opponentes). Le maître préside le débat, les étudiants débutants n’y participent pas mais y assistent pour s’y préparer. Cette étape est au cœur de la méthode scolastique, et très appréciée par les étudiants.
Quand le débat est terminé, les questions et réponses fournissent une matière désordonnée à organiser pour former une doctrine. Cette doctrine est élaborée par le maître et exposée durant la determinatio (détermination), exposé doctrinal ayant lieu quelques jours après la dispute où le maître présente le résultat de sa pensée. La doctrine est mise à l’écrit par le maître ou un auditeur et publiée dans les Questions disputées.
Plus tard se développe la dispute quodlibétique où le maître se propose de traiter un problème par n’importe qui sur n’importe quel sujet, exercice très difficile supposant une grande vivacité d’esprit car non préparé.Bibliographie :
LE GOFF, Jacques. Les intellectuels au Moyen Âge. Seuil, 1957.
ROUCHE, Michel. Histoire de l’enseignement et de l’éducation. 1 – Ve av. J.-C. – XVe siècle. Nouvelle Librairie de France, 1981.
VERGER, Jacques. Culture, enseignement et société en Occident aux XIIe et XIIIe siècles. PUR, 1999. -
Pour se faire pardonner, la France accroît l'immigration algérienne
Les mots les plus durs et souvent inadaptés, prononcés notamment par François Hollande lui-même lors de son discours devant le parlement algérien le 20 décembre dernier, ont ravivé les passions et provoqué certains débordement verbaux. Dans le but de mieux apprécier les retombées de ce discours et sans vouloir attiser la polémique surgie, Polémia a relevé sur le site suisse Commentaires.com un article sous la signature de Philippe Barraud qui, au delà des échanges passionnés franco-français, donne une analyse, froide mais argumentée, que nous soumettons à nos lecteurs. Une vision depuis l’étranger est souvent positive.
Polémia.M. François Hollande, venu faire acte de repentance devant un pouvoir non-démocratique en Algérie, a contribué au déclin de la France. C’était le énième avatar du « sanglot de l’homme blanc », prêt à sacrifier ses valeurs et sa civilisation sur l’autel de la culpabilité.
Tout le monde y a pensé, mais personne n’a osé l’exprimer: l’Algérie est un pays autoritaire qui méprise les droits de l’homme et en particulier ceux des femmes, où les libertés sont une chimère, où l’économie est en ruine depuis un demi-siècle malgré une manne pétrolière dont on ne sait pas à qui elle profite. Et pourtant, le président de la France vient courber la tête devant un tel pouvoir. Mais bien sûr, dans l’esprit de l’homme blanc repentant façon Hollande, cette situation est la conséquence directe de la colonisation.
Donc, c’est de notre faute, tout ce qui va mal dans les pays pauvres – ils ne sont pas en voie de développement, ils sont toujours plus pauvres, donc appelons un chat un chat – est toujours de la faute de l’Occident chrétien (chrétien, façon de parler, hélas), tandis que ces pays pauvres sont automatiquement parés de toutes les qualités, puisqu’ils sont des victimes.
Il est évident que la colonisation a eu des aspects barbares. Mais on ose dire, contrairement aux affirmations de M. Hollande, qu’elle a aussi eu des aspects positifs. Si l’Inde est aujourd’hui la plus grande démocratie du monde, qui oserait prétendre que la colonisation anglaise n’y est pour rien? Rejeter le passé en bloc, ainsi que le fait M. Hollande, revient à juger globalement L’Histoire de la France comme honteuse et condamnable. Ce faisant, il agit en idéologue socialiste, mais certainement pas en citoyen français, et encore moins comme le premier d’entre eux. De quel droit peut-on juger et condamner nos prédécesseurs à la lumière des valeurs d’aujourd’hui? Aurions-nous fait mieux qu’eux, à leur place? C’est faire preuve d’une rare outrecuidance que de prétendre savoir trancher entre le bien et le mal, et rejeter ceux qui, il y a plus d’un siècle, ont eu la malchance de ne pas s’inscrire dans les bonnes cases des grilles de lecture socialistes contemporaines.
L’Histoire a eu lieu, on ne peut pas la changer, donc, inutile de s’humilier au nom d’une sorte de masochisme purificateur. Au demeurant, lorsqu’il pousse son sanglot d’homme blanc, M. Hollande ne réalise pas qu’il méprise ceux qu’il veut flatter, et aux yeux desquels il croit devoir racheter son pays. L’excellent Pascal Bruckner, qui inventa d’ailleurs le concept du « sanglot de l’homme blanc » (1), analyse finement cette dérive dans son livre La tyrannie de la pénitence (2).
Voici un extrait que l’on recommande à M. Hollande et à ses faiseurs de discours: « La vague de repentance qui gagne comme une épidémie nos latitudes et surtout les principales églises n’est salutaire qu’à condition d’admettre la réciproque : que d’autres croyances, d’autres régimes reconnaissent, eux aussi, leurs aberrations ! La contrition ne saurait être réservée à quelques-uns et la pureté consentie comme une rente morale à ceux qui se disent humiliés. Pour trop de pays, en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine, l’autocritique se confond avec la recherche d’un bouc émissaire commode qui explique leurs malheurs: ce n’est jamais leur faute, toujours celle d’un grand tiers (l’Occident, la mondialisation, le capitalisme). Mais cette division n’est pas exempte de racisme: à refuser aux peuples des tropiques ou d’outre-mer toute responsabilité dans leur situation, on les prive par là même de toute liberté, on les replonge dans la situation d’infantilisme qui a présidé à la colonisation. Chaque guerre, chaque crime contre l’humanité chez les damnés de la terre serait un peu notre faute, devrait nous inciter à battre notre coulpe, à payer sans fin le fait d’appartenir au bloc des nations opulentes. Cette culture de l’excuse est surtout une culture de la condescendance. Rien ne nous autorise à couper l’humanité entre coupables et innocents : car l’innocence est le lot des enfants mais aussi des idiots, des esclaves. Un peuple qui n’est jamais tenu comptable de ses actes a perdu toutes les qualités qui permettent de le traiter comme un semblable. » Ajoutons cette phrase, dans une note de bas de page, à propos de l’Algérie qui exige des excuses de la France: « Eh bien, qu’on admette publiquement la réalité de la sale guerre, l’usage de la torture, la brutalité de la colonisation dans ce pays. Mais qu’on invite les Algériens à faire de même, à dévoiler leurs parts d’ombre, à balayer devant leur porte. Réciprocité absolue! » Il n’en est rien bien sûr, on le sait. Au contraire, M. Hollande croit devoir faciliter l’émigration algérienne en France, comme pour racheter le passé, en facilitant l’obtention de visas pour les Algériens ! On croît rêver… La France n’a sans doute pas assez de chômage avec des immigrés non qualifiés, pas assez de problèmes avec les communautés maghrébines qui ont chassé la République des cités, pas assez à faire à gérer les jeunes enragés qui s’abandonnent au jihadisme faute de perspectives, pas assez de familles nombreuses qui vivent exclusivement d’une politique sociale intenable. Créer un tel appel d’air à l’immigration musulmane, aujourd’hui, dans une France en voie de paupérisation rapide, voilà une faute politique gravissime, que sanctionnera la crise qui vient. Car bien entendu, lorsque M. Hollande annonce aux Français que la crise est derrière nous, il leur ment éhontément, comme on parle à des faibles d’esprit – ou à d’anciens colonisés. La crise, c’est demain.
Philippe Barraud http://www.polemia.com
Commentaires.com
25/12/2012Notes :
(1) Pascal Bruckner, Le sanglot de l’homme blanc, Seuil 1983, réédition 2002, 309 pages.
(2) Pascal Bruckner, La tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme occidental, Grasset, 2006, réédition Livre de poche, collection Littérature & documents, nov. 2008, 251 pages. -
Terrorisme stalinien d’outre-tombe – Par Flavien Blanchon
LONDRES (NOVOpress) – Croulant sous les années, les titres et la vénération générale, enrichi par ses droits d’auteur sur ses livres imposés à tous les étudiants d’Angleterre et d’ailleurs, avant même de devenir, en 2003, l’heureux lauréat du Prix Balzan d’un million de francs suisses pour l’histoire européenne, couvert de doctorats honoris causa, membre de la British Academy, promu par Tony Blair compagnon d’honneur du Commonwealth – distinction réservée à quarante-cinq Britanniques pour leurs « services exceptionnels » à la culture –, le stalinien Eric Hobsbawm (photo) était le bouddha vivant de la gauche européenne. Lorsqu’il se montrait dans une réunion, selon un témoin oculaire, « l’atmosphère ressemblait à celle d’une audience pontificale ou d’une apparition publique du dalaï-lama ».
Aussi sa mort cet automne, à quatre-vingt-quinze ans, fut-elle immédiatement suivie de son apothéose. Tout l’establishment médiatique britannique, de la BBC au Guardian, fit le panégyrique du « plus grand historien anglais », « un géant des Lumières dont le décès nous laisse tous plus pauvres ». Notre Monde national célébra sans rire son « impeccable lucidité », qui l’avait « préservé de toutes les dérives totalitaires, protégé par sa conscience d’être un “aristocrate communiste” ». Le président du Parlement européen, le social-démocrate Martin Schulz y alla de son communiqué pour saluer « un homme exceptionnel doté d’une extraordinaire lucidité », « une référence pour notre époque ».
Le Guardian, fidèlement transcrit par Le Monde, ne craignit pas même de s’apitoyer sur le « maccarthysme universitaire » qui, pendant la guerre froide, aurait, paraît-il, empêché Hobsbawm d’obtenir « le poste à Cambridge qu’il avait toujours convoité », et l’aurait contraint à se rabattre sur l’université de Londres : quasiment la Sibérie !
Bien rares furent ceux – dans le Telegraph, un peu le Spectator, surtout le Daily Mail, journal populaire tellement haï et méprisé par l’intelligentsia qu’il n’a plus rien à perdre –, qui osèrent troubler le chœur des pleureuses. Osèrent rappeler que Hobsbawm, ayant adhéré au Parti communiste britannique dans les années 1930, en resta membre sans discontinuer, malgré Budapest et Prague et tout le reste, jusqu’en 1991, quand ce qui restait du Parti finit par se dissoudre après l’effondrement de l’Union Soviétique.
Osèrent noter que Hobsbawm commença sa carrière en publiant au début de 1940, sur instructions directes du Komintern, une grossière apologie de l’invasion soviétique de la Finlande, présentée comme un acte d’autodéfense contre « l’agression capitaliste » : « Nous devons rassembler les étudiants et les travailleurs de Grande-Bretagne derrière le slogan : PAS DE VOLONTAIRES POUR LA FINLANDE – NE TOUCHEZ PAS À LA RUSSIE ! » Et que cinquante ans plus tard, dans L’Âge des extrêmes, le plus impudemment partisan et le plus grotesquement surfait de ses livres, Hobsbawm resta fidèle à lui-même en faisant en sorte de ne pas même nommer le pacte germano-soviétique. Tout au plus, au détour d’une page, peut-on lire que, « après presque une décennie d’échec flagrant de la ligne d’unité antifasciste du Komintern, Staline la raya de son ordre du jour, tout au moins momentanément ».
Osèrent relever la complaisance narcissique avec laquelle, dans ses mémoires, Interesting Times, Eric Hobsbawm évoque son militantisme communiste, en même temps que l’extraordinaire complexe de supériorité, à la fois intellectuel et social, qu’il y affiche à l’encontre de « la petite bourgeoisie thatchérienne ». Dans un compte rendu pénétrant de la New York Review of Books, Tony Judt avait parfaitement résumé les choses : « Eric Hobsbawm est un mandarin – un mandarin communiste – avec toute l’assurance et tous les préjugés de sa caste ».
Osèrent citer ce dialogue tranquille en 1994, dans une émission culturelle de la BBC tout entière consacrée, grâce à la redevance audiovisuelle, à la promotion du livre d’Hobsbawm, Age of Extremes. L’animateur (l’historien Michael Ignatieff) :
« En 1934, des millions de gens sont en train de mourir dans l’expérience soviétique. Si vous aviez su cela, est-ce que cela aurait fait une différence pour vous à l’époque ? Est-ce que cela aurait changé votre engagement ? Votre adhésion au Parti communiste ?
– Hobsbawm (après un peu d’hésitation) : Probablement non.
– Ignatieff : Pourquoi ?
– Hobsbawm (emberlificoté) : Parce que, dans une période dans laquelle, comme vous pouvez l’imaginer, le meurtre de masse et la souffrance de masse sont absolument universels, la possibilité qu’un nouveau monde soit en train de naître dans une grande souffrance aurait toujours mérité d’être soutenue […].
Ignatieff : Ce que cela revient à dire, c’est que, si les lendemains qui chantent avaient effectivement été créés, la perte de quinze ou vingt millions de personnes aurait pu être justifiée ?
– Hobsbawm : Oui ».
Hobsbawm n’était certainement pas un grand historien. Mais le dossier de la vie, de la mort et de la canonisation du stalinien Hobsbawm sera, pour les historiens de l’avenir, un document du plus haut intérêt. Peu de pages illustrent aussi bien le dérèglement mental et moral de la gauche intellectuelle européenne, sa bonne conscience que rien ne saurait entamer, sa prodigieuse impudence. « Tu t’es fait un front de prostituée, tu n’as pas voulu rougir ».
Il manquait au tableau une dernière touche, que The Observer, le supplément dominical du Guardian, a finalement ajoutée pour Noël, sous la plume du journaliste Neal Ascherson, ancien étudiant de Hobsbawm, au début des années 1950, au très sélect King’s College de Cambridge – où Hobsbawm, comme on sait, aurait voulu faire toute sa carrière. Ascherson avait auparavant accompli son service militaire, dans les Royal Marines, et s’était battu en Malaisie contre la guérilla communiste – lancée par le Parti communiste malais, essentiellement composé de Chinois, pour introduire en Malaisie, par le sabotage, l’intimidation et l’assassinat, un régime aussi riant que celui du président Mao. Lors d’un dîner officiel au Collège, il mit sa médaille de campagne. Hobsbawm l’examine et lui demande : « Qu’est-ce que c’est que cette médaille que vous portez ?
– C’est ma médaille de campagne. Pour service actif dans l’urgence malaise [the Malayan emergency, nom officiel de la guérilla] ».
Réplique cinglante de Hobsbawm : « La Malaisie ? Vous devriez avoir honte de porter ça ».
Ascherson en est visiblement resté traumatisé. « Je ne pense pas avoir rien répondu. Je me souviens avoir remarqué les étudiants autour de nous, les yeux écarquillés de stupeur. J’ai alors quitté la salle, en dégringolant dans l’escalier obscur, pour déboucher dans la vaste cour où il commençait à pleuvoir. Pendant quelque temps, j’ai fait le tour de la cour dans l’obscurité en pleurant. Après un certain temps, j’ai cherché à tâtons ma médaille, je l’ai détachée et mise dans la poche de ma veste. Je ne l’ai plus jamais portée ».
Comme on aurait voulu qu’Ascherson ou l’un des étudiants qui assistaient à la scène osât dire à Hobsbawm que, non seulement, en tant que stalinien, il était mal placé pour donner des leçons de morale, mais que, Juif ayant fui l’Allemagne en 1933 puis ayant passé toute la Seconde Guerre mondiale, de son propre aveu, planqué à l’arrière sans jamais voir le feu, il devait au moins être reconnaissant à l’armée britannique ! Personne n’osa.
Pis, Ascherson a subi une telle rééducation que, soixante ans après, à quatre-vingt piges, le malheureux en est encore à ramper dans la boue pour demander pardon aux lecteurs du Guardian. « J’avais déjà honte de porter cette médaille, et c’est pourquoi je la portais. J’avais besoin de quelqu’un pour me dire que j’avais honte, afin que je puisse affronter mon propre passé et essayer sérieusement de réconcilier ses contradictions. Eric Hobsbawm m’a appris beaucoup de bonnes choses, mais celle-là est la plus importante de toutes ».
E morto anco minaccia, comme dit le Tasse du Sarrasin Argant. « Mort, il menace encore ». Hobsbawm a rejoint Staline, mais ses sectateurs et ses dévots demeurent, toujours aussi puissants à l’université et dans les médias. Toute dégoulinante du sang des charniers, hideuse de la lèpre morale de son négationnisme, aveugle à force de se boucher les yeux, sourde à force de se masturber, la gauche intellectuelle continue à porter beau, parler haut et faire la leçon : « Vous devriez avoir honte ». Il est des gens à qui elle fait encore peur.
Flavien Blanchon pour Novopress
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Huit siècles en vingt jours... pschitt !
Le 27 décembre 1788 (il y avait 224 ans hier), le ministre Necker publie les articles qui régleront la tenue des Etats-Généraux du royaume, convoqués à Versailles pour le mois de mai suivant. Le mécanisme de la bombe à retardement est enclenché. Tic-tac !
Vingt jours ! Le diamant de la monarchie absolue est carbonisé par le mécontentement populaire en trois semaines.
Au delà de la relation minutieuse des faits qui signalent tous la marche du régime au Néant, les historiens s'accordent à dire que le roi Louis XVI, quelle que fut son éducation de qualité supérieure à celle des princes de son temps, n'a pas le tempérament qu'exige la situation du royaume. Qui "nomma" roi Louis Auguste de France ? Les lois fondamentales du royaume. C'est dire peu qu'elles se sont trompées. Certes leurs défenseurs soutiennent à raison que la loi de dévolution automatique est bourrée d'avantages et que la dépression momentanée de la chaîne dynastique causée par un moindre maillon n'altère en rien la suprématie du schéma à long terme. C'est vrai : la France parvenue à la suprématie continentale s'est faite sur cette courbe dynastique de huit siècles. Mais la rupture a bien lieu, ruinant l'ouvrage des quarante rois. Comment ? Relire les livres d'histoires, les biographies et hagiographies du roi Louis XVI. Le pourquoi est plus intéressant aujourd'hui que le comment. On peut accessoirement passer voir Jonas au Lys Noir qui, dans sa promotion des Bourbon-Busset, amalgame des choses très intéressantes sur la Révolution française à partir du feuillet n°10.
On connait en chimie les proportions explosives d'élements inertes pris isolément. Le "flash" s'opère dans l'éprouvette politique d'abord. Mais nous, royalistes, accusons la subversion philosophique de la société et la récession économique due aux intempéries. On oublie l'égocentrisme des élites qui servaient le roi "quand l'occasion se présentait" et eux-mêmes d'abord. C'est commode, mais ce n'est que l'environnement difficile du temps ; et des rois de la chaîne en eurent de bien pires à gérer. Que l'on songe aux bouleversements générés par les croisades lointaines, à la peste noire, aux attaques du Saint-Empire, aux guerres franco-anglaises sur notre sol, aux guerres civiles dites de religion, à la Fronde...
Aux fermentations sociales parfaitement connues, aux difficiles conditions d'existence du moment, le gouvernement et la Cour opposent le jeu d'un pouvoir stérile calfeutré chez soi et ne décident rien d'utile plus que d'en parler et s'en plaindre. Dans sa correspondance avec le comte de La Marck, Mirabeau, devenu un court moment conseiller privé du roi par son apostasie, se désole de gens amorphes, velléitaires et capricieux, à la fin, parfaits intrus dans la séquence historique (sources 1 et 2). De gouvernement du pays il n'y a point. On pare au plus pressé, on bascule l'idée du jour sur celle de la veille sachant qu'elle ne durera pas plus.L'affaire était quasiment jouée quand le roi-géographe en ses conseils où il baille, décida de chasser l'ennui dans sa guerre d'Amérique (1778-1783) pour laver l'affront anglais fait à son aïeul au traité de Paris (1763). Les intentions sont généreuses et stupides, en dehors même de la libre pratique donnée en France aux idées des agitateurs américains. Stupide deux fois :
(1) la guerre vide les caisses du Trésor royal - on notera que les Insurgeants apprenant l'engagement français s'empressent de réduire leurs impôts militaires à proportion - et cette pénurie budgétaire met le royaume à la merci des effets destructurants des phases climatiques insupportables pour le peuple ;
(2) la guerre ouverte déclarée à la première thalassocratie du monde, qui à l'évidence va se venger, ne vise pas la pieuvre à la tête, mais lui coupe seulement un bras, c'est tout ! Son sang de pieuvre c'est l'argent qu'elle sait mobiliser contre tous ses contempteurs. La France n'échappera pas au bec intact.
Aucune analyse de cette opération exotique ne peut contredire ces deux stupidités. Il est difficile de croire qu'un roi aussi intelligent n'ait pas anticipé ces deux effets et qu'il se soit abandonné aux encouragements de tous ceux qui poussaient les feux de leurs propres projets. A trancher l'alternative, il ne s'est jamais trompé en prenant comme toujours ensuite, de deux décisions présentées, la mauvaise.Le royaume est par ailleurs confronté à une exigence de réforme structurelle profonde depuis que le pouvoir a décidé sous Louis XIV la normalisation du modèle, sans y parvenir. Les premières études sont poussées par Vauban (1633-1707), puis seront continuées par presque tous les ministres jusqu'au physiocrate Turgot. Aucune de réelle importance ne percera, à l'exception notable du renvoi des parlements par Maupéou, garde des Sceaux de Louis XV, mais d'abord fils d'un premier président du Parlement de Paris, qui connaissait l'infestation de ce second pouvoir !
Pour sa partie achevée, la centralisation est fatale en ce qu'elle fait converger les mécontentements vers la clef de voûte du régime. Si avant Louis XIV le roi n'est que l'Etat, la "fonction publique" maintenant les chemins, creusant les canaux, faisant haute justice et la guerre plus qu'à son tour, après lui il devient en tout l'arbitre du dernier ressort. Qui dit arbitre dit plaideur perdant. S'il ne s'agit que de la Cour, on joue, si l'on y a goût, de l'influence des coteries bruissantes et désoeuvrées - ce que déteste faire Louis XVI - mais quand il s'agit des affaires publiques hors les murs, il faut assurer, et avec Louis XVI la fonction arbitrale devient translucide hélas. Il "décompresse" à la chasse quasi-quotidiennement comme un khan mongol et n'est manifestement pas intéressé par la politique politicienne qu'il laisse au vent qui vente du Cabinet. Son frère Artois ne fera pas mieux qui, devenu Charles X, remettra formellement sa tranquillité entre les mains de ses ministres.
La grande affaire du temps est la convocation des Etats Généraux qui devrait tout régler une bonne fois. Mais Louis XVI a-t-il lu suffisamment de cahiers de doléances pour s'imprégner de l'état d'esprit du royaume¹, qui devient de plus en plus hostile aux dérives vécues localement du vieux régime féodal ? De toute la construction pyramidale ayant atteint le XVIII° siècle, il n'y a que lui à être encore aimé ; le reste est détesté par le populaire quand ce n'est pas moqué.
Faut-il être aveugle pour ne pas voir la pulvérulence de la noblesse parisienne qui agiote et trafique sur les faveurs, en compétition avec le haut clergé pas moins pourri, les deux piliers termitiques du royaume ! Pour un ouvrage resté fameux sur la Révolution, l'abbé Liévin-Bonaventure Proyart titre Louis XVI détrôné avant d'être roi (1800) ! Ce livre est en ligne.
A quoi sert-il dès lors de s'arc-bouter sur les rites d'une procédure civique comme le vote par Ordre ? Quand tout s'enfuit, on se braque sur la vieille coutume en innovant de bonne et mauvaise foi, pour retourner aux fondamentaux dont le peuple est le corps majeur quand le Ciel est muet. Mais il faut du populisme efficace, gouverner l'affaire, passer sur le ventre des importuns, activer les sicaires et ne pas sommeiller dans le fauteuil au su de tous ; des centaines de paires d'yeux peuvent se pousser du coude et murmurer aux Etats : "le roi dort".
Dernière cause discrète, plus délicate à affirmer, est la sacralité de la fonction, non en elle-même mais par la lecture qu'en fait le titulaire. Sacré à Reims, le roi se sentirait-il intouchable ? Alis aquilæ. Ce qui lui laisserait croire que sa politique impolitique serait absoute un jour par son mentor, et qu'une embellie lui serait offerte par le Ciel. Son éducation très pieuse ne laissera d'étonner de fins politiques qui pressentiront un blocage éthique lors de futures circonstances graves. C'était bien vu, sauf la pitoyable irrésolution qui se cachait derrière : le dernier qui parle a raison à condition que lui-même, têtu, en prenne le contre-pied ! Mais le royaume avait-il eu le choix ? La Loi avait dit Louis-Auguste !Vingt jours ! Comptez sur vos doigts du 14 juillet au 4 août 1789 ! Aux désordres sociaux, aux fermentations progressistes d'une aristocratie corrompue, à la ghettoïsation d'une Cour dépeuplée éloignée à Versailles, s'ajoutent le pourrissement du régime politique lui-même et le désordre de l'Etat² dans son ultima ratio, les armées. Si l'on n'engage pas les régiments c'est moins par pusillanimité qu'au motif du défaut de sûreté des compagnies.
L'Etat pré-normalisé initié par Louis XIV ne peut fonctionner correctement sans l'égalité de tous devant la justice, l'accès aux emplois sur compétences, l'égalité fiscale proportionnée aux capacités contributives de chacun. Or, abus, privilèges et contradictions fourmillent, les institutions féodales demeurent, mais vidées de sens par les lois césariennes, tout est disparate, rien ne coïncide.
La réforme de l'Etat, poursuivie dans sa forme moderne par Calonne et qui s'achèvera brutalement sous l'Empire, ne peut être laissée au milieu du gué, pataugeant dans tous les inconvénients d'une transition qui n'en finit pas d'agonir, avec de chaque côté du chemin des profiteurs à l'affût, attisant les déboires et disposant de gros moyens de subversion, comme le duc d'Orléans plus tard Egalité, l'arbre qui dans l'histoire cacha la forêt des ambitieux. Ce ne pouvait être pire.
Ainsi se retrouve-t-on à l'été 89 avec un régime féodal décrépit poussé à sa caricature, quasiment irréparable tant le système est vermoulu. Y pose-t-on la main que tout vient en poussière ! A l'issue des vingt jours, c'est la Nuit du Quatre Août qui enterre 1290 ans de monarchie de droit divin née avec le "sacre" de Clovis, pas encore formellement certes - il faudra deux mois au roi pour comprendre et accepter les décrets - mais qui ruine toute la charpente féodale, le principe chevaleresque "foi et hommage" de longtemps oublié, les vassaux sont devenus des clients, et dans le même ouragan, la Transcendance indispensable au Projet français. Tabula rasa !
La Noblesse, convaincue de son anachronisme et finalement moins intéressée à la rénovation de l'Ancien régime qu'aux essais prometteurs d'un régime nouveau à l'anglaise, le Haut Clergé riche et honteux pas moins "moderne", ni l'une ni l'autre ne résisteront longtemps au vent de l'histoire qui souffle des loges, pire même, dans une course éperdue au brevet d'égalité, ils surenchériront dans la déconstruction du royaume. Il y eut véritablement implosion. La vérité est qu'en 1789, il n'y avait plus de royalistes à Paris. Quelle conséquence en tirer de nos jours pour nos lendemains qui tardent à chanter ?
La question posée autrement : que conserver de l'Ancien régime dans la restauration qui vient : les pouvoirs régaliens absolus³ ? Les Lois qui produisirent trois frères, fossoyeurs malgré eux de la monarchie capétienne ? L'alliance du Trône et de l'Autel... (no comment) ? Les provinces, circonscriptions charnelles de terroirs homogènes dotés de leur vie propre, peut-être ? Le foisonnement des libertés par une large décentralisation des pouvoirs non strictement régaliens, assurément ? Chacun peut continuer cette liste juste amorcée ici et continuer cet article pour lui-même.http://royalartillerie.blogspot.fr/
Notes
(1): celui du baillage du Vigan est explicite, et même si l'on peut douter d'une rédaction domestique, il n'en a pas moins été signé 258 fois à Sumène le 14 novembre 1788 (la pétition de 1788 à Sumène).
(2): on lira avec profit sur la Gallica le mémoire de Turgot au roi, décrivant le foutoir administratif de son royaume : Des Administrations provinciales. On comprend qu'il n'ait pas eu longtemps la cote.
(3): absolus = indépendants de la bascule des majorités et des lobbies, selon la définition du CNRTL : dont l'existence ou la réalisation ou la valeur est indépendante de toute condition de temps, d'espace, de connaissance. -
La face cachee des liberateurs
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Génération Lobotomie
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Marche forcée vers l’éducation numérique
Pour l’ancien PDG de Microsoft France Éric Boustouller, l’avenir de l’école se situe dans la numérisation de l’apprentissage [1]. L’idée étant d’avoir les mêmes processus partout dans le monde dans toutes les écoles. Bien entendu, Microsoft réfléchit là-dessus mais seulement de manière philanthropique. Informatique et humanitaire sont pratiquement synonymes, cela va de soi.
« C’est l’enseignant qui est la star », nous lançait cet honnête homme en 2007. Microsoft sera le facilitateur. La société américaine va en effet faciliter l’ouverture du tiroir-caisse.
Plus récemment, parallèlement à ces déclarations inquiétantes pour l’avenir de nos enfants, le frère Peillon, ministre de l’Inéducation nationale, vient de proposer son plan pour « faire entrer l’école dans l’ère du numérique » [2].
Il n’hésite d’ailleurs pas à reprendre la terminologie kantienne d’impératif en y ajoutant l’épithète pédagogique. Comme s’il était indispensable d’apprendre à lire et à compter à l’aide d’un ordinateur. Les vieux réacs que nous sommes ont bien fait l’apprentissage de ces disciplines avec nos gommes et nos stylos.
Première priorité : l’achat du matériel informatique. Non, non, on vous le dit, Microsoft ne va pas s’enrichir. Ensuite, il faudra former les profs. En dépit de toutes les formations imaginables, on voit mal comment ils pourraient concurrencer les nabots qui sont nés avec un ordinateur dans les mains.
Tout ce cirque a pour vocation de mieux transmettre le savoir. Encore une fois, en se pliant aux exigences des élèves, faisant par là même le jeu du marché [3], les autorités publiques s’inscrivent dans la continuité de Mai 68, qui a placé au même niveau l’élève et le professeur, supprimant ainsi toute idée d’autorité. L’élève devient alors un consommateur et le professeur un gentil organisateur, censé apporter un aspect ludique aux enseignements.
Par ailleurs, le numérique risque aussi de permettre à l’État d’exercer un contrôle approfondi sur le contenu des enseignements, laissant alors peu de marge de manœuvre à l’enseignant qui souhaite un peu s’écarter du matraquage idéologique distillé dès le primaire dans les écoles de la République.
Antoine S. http://www.egaliteetreconciliation.fr
Notes
[1] http://www.jer.me/Le-Patron-de-Microsoft-France-parle-de-l-ecole-de-demain_a402.html
[2] http://www.egaliteetreconciliation.fr/Mieux-apprendre-avec-le-numerique-15432.html
[3] Pour plus de précisions, lire L’Enseignement de l’ignorance de Jean-Claude Michéa.
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Les causes géopolitiques de la chute de l’empire romain
Pourquoi l’empire romain au sens fort s’est-il effondré au cours du Vème siècle de notre ère, même s’il a survécu sous une forme abâtardie autour de Constantinople ? Son échec est-il contextuel, Rome rencontrant une résistance qui au fur et à mesure du temps s’est étoffée jusqu’à pouvoir déferler sur l’empire même ? Ou bien son effondrement était-il inscrit dans ses gênes ?
A l’heure où on parle encore de la Méditerranée comme d’un espace de prospérité en devenir entre l’Europe et l’Afrique du nord, le président français Hollande rentrant à peine d’Algérie, nous y reviendrons, il est intéressant de s’interroger sur cet empire méditerranéen par excellence qu’a été Rome.
A l’origine, Rome avait vocation à unir autour d’elle les différentes cités et tribus de l’Italie, ce pays d’élevage de bœufs (« Vitalia »), toutes apparentées. Romulus et Numa surent unir Latins et Sabins et petit à peu les peuples italiques rejoignirent l’ensemble, non sans combattre. Picéniens, Mamertins, Ombriens, Sabelliens et Samnites deviendront des Romains. Etrusques et Gaulois de Cisalpine, Grecs des colonies, tribus siciliennes, tous rejoindront cette Italie unifiée bien avant Garibaldi.
Rome fut alors confrontée à deux ennemis qui menaçaient l’intégrité de la péninsule. Ce n’était pas tant les turbulents Gaulois, qui avaient pourtant pillé Rome une première fois, qui inquiétaient les Romains, que la Macédoine et Carthage. Au cours du IIème siècle avant J.C, la Macédoine fut conquise et la Grèce, libérée en apparence, unie à Rome. Les Scipions finiront de leur côté par vaincre la puissante cité phénicienne qu’était Carthage, au bout de trois conflits sanglants. Enfin, les royaumes hellénistiques s’effondreront comme un château de cartes sans combattre. Rome est ainsi à la tête de la Méditerranée orientale, alors même que son cœur est en Europe.
Par la suite, la république puis l’empire élargiront ses frontières, tant en Occident qu’en Orient. César ajoute à Rome la Gaule et la frontière germanique mais aussi l’Egypte. Auguste finalise la conquête de l’Espagne et s’empare de la Thrace. Claude conquiert la Bretagne. Trajan s’empare de la Dacie. L’empire a atteint sa taille maximale, mais est devenu très composite. C’est l’Oronte déferlant sur le Tibre que dénonce Juvénal. Rome n’est plus dans Rome, mais le monde entier est à Rome.
Or cet empire comprend des populations qui n’ont fondamentalement rien en commun et que le hasard historique a intégré à une même structure. La romanisation échoue en Orient là où l’hellénisation semble en revanche avoir percé. La démonstration en est le plus romain des Dieux, Mars lui-même, dont le culte va se répandre dans toute l’Europe mais sera totalement absent en Orient. En Afrique, certes, on l’honore mais parce que ce sont des colons italiens, vétérans des légions, et installés dans cette province, qui pensent à leur dieu tutélaire.
Non seulement les populations africaines et asiatiques de l’empire n’ont aucune affection pour ce conquérant au caractère si européen, même si elles s’installent à Rome même, faisant de la cité d’Auguste une métropole de plus d’un million d’habitants, mais elles réagissent à cette tutelle en affichant leur religiosité orientale puis en s’emparant du christianisme comme d’une arme contre l’Occident romain et européen. Ce n’est pas un hasard si au IIIème siècle de notre ère, quasiment absent en Europe, le christianisme devient un phénomène incontournable à Carthage, à Alexandrie et à Antioche, chez les anciens ennemis du peuple romain. Dans ces cités cosmopolites où une langue grecque dégénérée, un « graecula », domine, les dieux de Rome sont absents.
En outre, les Romains ont bien trop de frontières. Pour avoir échoué à conquérir la Germanie, alors que Germanicus y était presque parvenu mais avait été rappelé à Rome par décision de Tibère, celle-ci était demeurée une zone frontière périlleuse. Les Germains, qui pourtant n’aspiraient qu’à être romains lorsque l’occasion leur était donnée, restèrent en dehors. Leur société guerrière se renforça alors même que la barbarie venue des steppes de la profonde Asie menaçait de s’abattre sur la petite Europe. Les Calédoniens, eux-aussi restés indépendants, malgré l’action de Septime Sévère pour les mâter, représentaient une autre frontière non maîtrisée, et ce malgré la construction de murs de protection. L’exemple chinois et la ligne Maginot démontrent qu’on n’a jamais empêché une invasion en bâtissant une frontière de pierre.
En Afrique, les tribus berbères indépendantes continuaient de menacer aux frontières, alors que le vigoureux empire perse, qui a pris la place des Parthes au début du IIIème siècle, espère reprendre les territoires perdus depuis l’époque de Darius. Pour conserver la Syrie et l’Egypte, pour maintenir la paix aux frontières face aux tribus germaniques et celtes, l’empire romain devait se démultiplier, or il n’en avait pas les moyens.
Du temps de la grandeur, les légions romaines tenaient bons, mais formées de professionnels et non plus de conscrits, elles faisaient et défaisaient les empereurs. Mais si par malheur des attaques simultanées avaient lieu à ses frontières, Rome n’aurait pas les moyens de les enrayer. C’est ce qui finit par arriver au Vème siècle de notre ère. Usée par ses guerres à répétition contre les Perses, Rome fut incapable d’empêcher les Germains de déferler sur sa partie occidentale, poussés par la furie hunnique.
Avec le recul, on comprend que Rome ne pouvait pas géopolitiquement tenir quatre frontières en même temps. Par ailleurs, malgré des richesses indiscutables, la première richesse est l’homme. Celtes et Germains, Daces et Illyriens, mais aussi les Slaves, auraient fait d’excellents romains, et ceux qui étaient déjà dans l’empire l’avaient prouvé. Leurs dieux étaient sous d’autres noms ceux de Rome. Indo-européens comme eux, proches de ce que les Romains avaient été à l’origine, ce que ne manqua pas de signaler un Tacite, ils auraient renforcé l’empire au lieu de contribuer bien malgré eux à sa destruction.
En renonçant à conquérir la Germanie, au profit du puits financier sans fonds qu’était l’orient, Rome commit une erreur géopolitique fatale. Alors qu’Auguste avait défendu l’Europe contre l’Asie, c’était l’Asie qui au final dominait. Constantin abandonna Rome au profit de Byzance, qui restait malgré tout une ville européenne, mais surtout choisit d’adopter le christianisme, vengeance morale de l’Orient afrasien contre l’Occident aryaque qui l’avait dominé. Dernière née des religions orientales, favorisée par les élucubrations de quelques philosophes séduits par la pensée asiatique, préparée moralement par ceux qui sapèrent la religion traditionnelle (Socrate en tête), la religion chrétienne triompha par la trahison de l’empereur. Constantin trouva dans le christianisme les charmes qu’Antoine avait trouvés chez Cléopâtre. Et ainsi trahit-il Rome, comme l’a si bien dit l’historien André Piganiol.
Après quelques siècles, toutefois, le christianisme parvint à s’adapter à un environnement demeuré fondamentalement païen et à se colorer ainsi de formes de religiosité spécifiquement européennes, par le biais notamment de la réintroduction du principe du héros sous sa forme médiévale, par le culte des saints, par la construction de lieux de culte sur les anciens sanctuaires. »
Rome devait unifier l’Europe, tel était son destin, et voir dans la Mare Nostrum un espace frontière. C’est avec les conquêtes islamiques que la Méditerranée redevint ce qu’elle était au départ, une césure entre deux mondes. Le drame du colonialisme, français notamment, a été de faire la même erreur que les Romains deux millénaires auparavant. Enseigner « nos ancêtres les Gaulois » en Afrique ne pouvait pas davantage réussir que d’enseigner « nos ancêtres les Romains » aux Egyptiens d’Alexandrie.
Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE) http://www.reseau-identites.org
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La démocratie totalitaire.
Etes-vous réellement démocrate ?
Non pas simplement démocrate, mais très profondément démocrate, au point d’être illuminé par la révélation, comme Moïse sur le Mont Sinaï lorsque Dieu lui dit : « Tu seras démocrate et tu enseignerasles nations ».
Nous devons prendre conscience en effet que nous vivons des temps extraordinaires où culmine une lueur fondamentale : le voile nocturne dont l’humanité souffrait depuis des siècles s’est brusquement déchiré, tel le voile du Temple, pour que les rayons de la Vérité puissent caresser à nouveau nos esprits endormis.
Pourtant, la sagesse populaire semble bien éclairée quand elle affirme : « qui trop embrasse, mal étreint », car le trop-plein de conviction démocratique fait douter, à terme, de la sincérité des chantres, dont le but n’est pas nécessairement la qualité du principe, mais très probablement l’efficacité idéologique, la manipulation des valeurs permettant d’occulter la réalité d’un régime et de tromper in fine l’électeur.
De réalité vécue, le principe démocratique s’est progressivement transformé en un épouvantail dérisoire pour protéger le pré carré du Système contre les contradicteurs dont la pertinence des critiques et la justesse des vues ne cessent d’inquiéter.
Il y aurait ainsi les bons et les mauvais ; le bien total et le mal absolu, ainsi que des échelons intermédiaires étant mesurés à l’aune d’un bonus malus politicien déterminant le degré de religiosité démocratique des différents protagonistes.
Ainsi, dans un Etat phagocyté par des clans, se développe l’idée saugrenue selon laquelle des partis - en place depuis trop longtemps - représenteraient seuls et jalousement l’Idéal tant convoité, alors que d’autres le mettraient en péril, ces autres qui ne doivent surtout pas accéder au pouvoir, car l’observatoire qui veille au bon fonctionnement de cet état de choses, et qui n’est pas nécessairement composé d’élus du peuple, en a décidé ainsi. Mais la réalité démocratique est toute autre. La démocratie est un système où le peuple exerce une souveraineté qui s’établit entre autres par le passage aux urnes.
Une démocratieforte et fondée par la conviction, la diversité et la volonté d’un peuple, et la santé de ce type de régime, se mesure à l’ouverture du débat et à la liberté de contradiction.
L’absence de volonté populaire, l’indifférence et la cécité souhaitées de l’électeur, induisent a contrario l’inévitable dérive vers la partitocratie, les querelles de palais et son corollaire dramatique, la corruption.
Pensée Unique, langage stéréotypé, conformisme dans l’attitude concourent à faire glisser dangereusement notre système dans la réalité d’un totalitarisme mou gardant une forme rassurante et acceptable : l’emballagedémocratique.
Le Peuple ne doit pas se faire d’illusions : son absence et son silence continueront à consolider cette dérive, et la volonté populaire exprimée aux élections sera manipulée à nouveau -comme elle l’a déjà été lors des scrutins passés- si les voix se dirigent encore et toujours vers les partis adoubés par le régime.
Dans cet esprit, l’émergence de partis neufs, neutres, blancs ou « indignés » pouvait sembler encourageante car elle affaiblissait inévitablement cet édifice, mais le vide de l’imagination politique en l’alignement sur les grands principes éculés de la vitrine politique, les a conduit au néant.
Si vide il y a, il sera vite comblé, soit par le pouvoir ce qui est mauvais, soit par de nouvelles forces ce qui est bon ; car on ne peut fonder une politique sur l’unique thème des dysfonctionnements, des disparitions ou viols d’enfants, des conséquences du mondialisme ou des crises financières et économiques, aussi dramatiques fussent-ils.
Les voies sont tracées, le peuple doit en prendre conscience car il devra choisir demain démocratiquement ceux qu’il chargera d’assumer son destin.
Pour nous nationalistes, nos choix sont faits et nous serons à l’écoute de toutes celles et de tous ceux qui s’inquiètent et s’interrogent.
Pieter KERSTENS. http://www.la-plume-et-le-glaive.fr/
Source: club-acacia.