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culture et histoire - Page 2006

  • On ne fait pas de militantisme tout seul

    Voici un texte tiré de l"Appel de Denikine" de Serge de Beketch.

    Une leçon à méditer et à appliquer par toute la jeunesse nationaliste et royaliste d’Action française.

    Merci à Zentropa

    “On ne fait pas de militantisme tout seul. On ne peut pas être un militant isolé, et on ne peut pas être un militant anachorète. Je crois bien que certains hommes ont pu accéder à la sainteté par l’abstraction de la vie publique en se retirant dans le désert, et en s’abîmant dans la prière et la macération. Je ne sais pas très bien comment ils font, je dois dire, parce que je pense que l’homme est avant tout un être social et que le propre de l’homme est de s’intégrer à une société et d’essayer d’élever la société avec lui-même ou de s’élever lui-même en même temps que la société. Mais l’Eglise nous dit qu’il y a des saints ermites et par conséquent, je le crois. Mais c’est valable dans l’Eglise, qui est une chose sainte, différente de la société. Dans la société, ce n’est pas possible. Il est absolument impossible de se prétendre être un militant si on se contente de rester chez soi, de rédiger son journal (personnel) de militant : si on se contente de mettre sur le papier le résultat de ses réflexions, de ses méditations… parce que cela ne sert à rien.Le seul geste de publier, le seul acte de publier, pour le plus misanthrope des intellectuels, des écrivains, est un acte de militantisme extérieur. Cela manifeste que l’on attend des autres qu’ils vous lisent, et par conséquent que l’on considère qu’on a quelque chose à leur apporter. Si on reste dans le premier cas de figure, qui est de se mettre face à soi-même pour essayer de s’améliorer tout seul, on court obligatoirement à l’échec. Je crois que si je pouvais donner une leçon, livrer un conseil aux jeunes gens qui veulent s’engager dans la militante, ce serait celui-là : il faut qu’ils se convainquent que la vie militante est inimaginable si elle n’est pas avant tout une vie sociale. Car pourquoi est-on militant ? On milite pour changer un environnement social. Et cette volonté de changer un environnement social suppose que l’on s’engage dans cet environnement social, même s’il peut nous paraître que certains de ses aspects sont décevants.”

    Serge de Beketch - À l’appel de Denikine

    http://www.actionfrancaise.net

  • À Londres, la repentance, on s’assied dessus !

    Après « Christiane contre les esclavagistes » et « Jacques demande toujours pardon », nous venons donc de vivre les trépidantes aventures de « François en Algérie ». La république nous a offert un nouvel exemple de cet exercice dans lequel elle excelle tant : la repentance.

    Le refrain est connu, la France se bat la coulpe et endosse tous les péchés de la terre. Les rôles sont distribués. A votre droite, le vilain colonisateur ; à votre gauche, l’ancien opprimé bien déterminé à vous faire payer les fautes réelles ou supposées de vos pères et de vos grands-pères.

    En France, s’excuser est même devenu la manière la plus simple de se hisser au panthéon de la bien–pensance et du médiatiquement correct. À force de voir nos dirigeant courber l’échine, on en finirait presque par croire que la flagellation est un passage obligé dans l’exercice du pouvoir. Et si on se trompait ? Il serait peut-être instructif de jeter un coup d’œil au-delà de nos frontières. Heureusement, tous les pays n’ont pas succombé au syndrome de la joue tendue. [...]

    Patrick Weber - La suite sur Boulevard Voltaire

  • Petite histoire de la désinformation (Vladimir Volkoff)

     

    volkoff

    « Les remparts culturels tombent les uns après les autres comme les murs de Jéricho à l'appel des trompettes multinationales, et l'individu, privé des défenses naturelles de la famille, de la tribu, de l'artisanat, de la nation, de la religion, de la langue, de ce que j'ai appelé le nous opposé au je, sombre dans le on informe d'une humanité non différenciée : sous prétexte d'ouverture au monde, il demeure seul et sans défense devant son poste de télévision, cet entonnoir universel de la désinformation. » 

    Si les techniques de désinformation n'ont de cesse de se perfectionner, le phénomène reste intemporel. Pour Volkoff, nous vivons en psychocratie, où les émotions l'emportent sur le rationnel. Rien que de très banal. Au cours des années 1990 toutefois, trois événements auraient changé la donne quant à la désinformation :

    – la chute du communisme privait l'Occident du bouc émissaire auquel on pouvait jadis attribuer toutes les opérations de désinformation, du moins toutes celles réussies ;

    – les techniques de la désinformation étant désormais connues, elles échappaient au contrôle des États et étaient de plus en plus pratiquées par des organismes privés ;

    – la « toute-puissante » image avait définitivement triomphé du mot dans la communication de l'information, et elle ouvrait aux désinformateurs des perspectives nouvelles et apparemment illimitées.

    Résumé descriptif d'un essai de cet auteur incontournable sur ce sujet.

    L'information comporte trois variables qui comprennent chacune des risques de biais : l'informateur, le moyen de communication, l'informé. Des précautions préalables à la validation par l'informé doivent donc être considérées : la marge d'erreur, volontaire ou involontaire ; l'impossible objectivité, et de fait accepter prioritairement des informations affichées comme partisanes ; la divergence des impressions entre différents informateurs : la concordance est suspecte (cf. les journaux de gauche comme de droite, dixit Volkoff). L'information, note-t-il, est une « denrée frelatée ». Sa communication a un but bien précis dont il convient de ne pas être dupe. Dès lors, elle devient désinformation, « manipulation de l'opinion publique, à des fins politiques, avec une information traitée par des moyens détournés. » Quelle que soit l'époque (le sous-titre du bouquin est « du cheval de Troie à Internet »), la désinformation vise l'irrationnel, elle est une action psychologique. Son efficacité est assurée grâce (à cause) de notre activité de « lemming » : sujette à l'aveuglement, la promptitude d'une collectivité à se précipiter dans un néant tenu pour salvateur relève d'une constante anthropologique. Tout comme dans la psychologie des foules et la subversion, la contagion opère par vampirisme : le désinformé devient à son tour un désinformateur zélé.

    Historiquement, le processus de désinformation s'est perfectionné au travers de trois phénomènes principaux : 1) l'invention de la presse à imprimer par Gutenberg en 1434, et la possibilité de démultiplier la désinformation qui s'en suivit et entraîna 2) le lancement du premier périodique (à Cologne en 1470) rapidement suivi d'une multitude d'autres, d'où la possibilité de modifier la désinformation au jour le jour qui elle-même contribua à 3) l'importance croissante, à partir du XVIIIème siècle, de ce qu'on appelle l'opinion publique dans la vie politique de l'Occident, d'où des occasions multipliées à l'infini pour la désinformation. Désormais, la désinformation serait complète, et davantage encouragée par l'irresponsabilité physique du journaliste, qui ne se voit opposer aucun contre-pouvoir réel.

    Au XXème siècle, « Progrès » oblige, les techniques de désinformation se sont perfectionnées. Notons d'ailleurs qu'elles sont nées en démocratie avec le petit ouvrage d'Edward Bernays Propaganda et son sous-titre, Comment manipuler l'opinion en démocratie et la création par ce monsieur du « conseil en relation publique », en fait la langue de bois et sa fonction double : 1) amplifier le pouvoir idéologique et 2) permettre de participer momentanément au pouvoir et montrer qu'on est digne d'y participer davantage. Volkoff le précise, « la langue de bois ne signifie rien. Pour ceux qui en comprennent le sens codé, elle signalise ; pour ceux qui essaient de la prendre à la lettre, elle mystifie. » Durant le même siècle, la doctrine du RAP (Renseignement, Action, Protection) a été élaborée. L'idée – très orwellienne – est de pénétrer la pensée de l'adversaire, de réussir à penser à la place de l'opinion publique, notamment en provoquant une psychose et ainsi favorisant l'autodésinformation. La puissance de ce procédé augmente d'autant plus qu'il se prolonge dans le temps. Une nouvelle réalité est construite par les ingénieurs sociaux et se pérennise.

    Ces explications préliminaires une fois exposées par Volkoff, il reste à répondre à la question majeure : la désinformation, comment ça marche ? Petites précisions sémantiques.

    Un client bénéficie de l'opération. Des agents (d'influence) assurent la campagne de publicité. L'étude de marché permet de déterminer les supports qui serviront de relais. En désinformation, le public doit gober mais aussi croire. Les supports sont de petits faits vrais ou censés être vrais, et utilisés dans un certain contexte. Les relais sont les moyens utilisés, comme par exemple « le mot et l'image transmis par la presse écrite, parlée, filmée, télévisée, informatisée. » L'action de relais multiples est conjointe. Il existe également des relais au deuxième degré (comme des acteurs de cinéma qui serviront de caution au produit (1)). Toute campagne doit en outre avoir un thème, aussi simple que possible. La désinformation peut traiter le thème de plusieurs manières : « soit en ne diffusant pas une information, soit en diffusant une information incomplète, tendancieuse ou carrément fausse, soit en saturant l'attention du public par une surinformation qui lui fait perdre tout sens de ce qui est important et de ce qui ne l'est pas, soit par des commentaires orientés. » L'expression doit se faire dans un certain code. En publicité comme en désinformation, l'absence de rationalité crée une chance croissante d'achat. En publicité, les caisses de résonance sont avant tout les media, puis le public lui-même. En désinformation, plusieurs caisses de résonance sont nécessaires pour mener à bien une opération. Le recrutement – la corruption – se fait via le MICE (« souris » au pluriel) : Money, Ideology, Sex, Ego (argent, idéologie, sexualité, amour-propre). La cible est l'opinion publique de la population visée. Les procédés sont multiples : diabolisation (qui s'appuie sur de faux renseignements, de fausses photos, de fausses déclarations), manichéisme, psychose, etc.

    En pratique, un fait peut être truqué de sept manières différentes : affirmé ; nié ; passé sous silence ; grossi ; diminué ; approuvé ; désapprouvé. Un bon désinformateur, ajoute Volkoff, peut rendre les faits malléables à volonté. De manière volontairement stéréotypée, il distingue en outre douze manières professionnelles de désinformer : négation des faits ; inversion des faits ; mélange vrai-faux avec titrage divers ; modification du motif ; modification des circonstances ; estompement ; camouflage ; interprétation ; généralisation ; illustration ; parts inégales ; parts égales ; variation sur le même thème. (2)

    Les accessoires peuvent être verbaux ou sensoriels. Pour le premier registre, Volkoff s'appuie sur l'exemple hérité de mai 68. L'agent est l'enseignant et son relais la grammaire. Le thème en est la destruction des valeurs traditionnelles, religion, famille, bonnes mœurs. La psychose souhaitée : le nihilisme moral dans les jeunes générations. Tout comme chez Roger Mucchielli et la subversion, le désinformateur s'appuie sur la logomachie (« bataille à coups de mots »), invectivant, diabolisant et ridiculisant ses adversaires idéologiques. Les conséquences d'un tel réductionnisme sont dramatiques. Volkoff note que les antonymes respectifs étaient autrefois l'aristocratie et la démocratie. Mais désormais dépourvue d'antonyme, toute dialectique se révèle absconse à la démocratie. Par un procédé tant fallacieux que malhonnête, son opposé est donc appelé dictature, inflation sémantique aidant. Volkoff propose quelques exemples de terrorisme sémantique. Notons-en deux : 1) extrême-droite : quiconque est plus à droite que vous ; 2) fasciste : insulte qu'il faut être le premier à prononcer, parce qu'elle peut s'appliquer à votre ennemi autant qu'à vous.

    Quant au registre sensoriel, l'influence repose sur les stimuli et les messages subliminaux. Les messages clandestins auditifs constituent une technique de désinformation. Une réaction endocrinienne permet à l'auditeur de recevoir de manière bienveillante des messages de manière inconsciente. Enfin, avec les caisses de résonance, le journaliste comme le désinformateur sont amenés à créer une émotion. On cherche à programmer de façon instinctive l'information sélectionnée par le lecteur en créant des effets de choc.

    L'outil privilégié est ici l'image, qui se passe de la médiation du cerveau pour opérer directement sur les tripes. Or l'image, destinée aux masses, peut être sujette à toutes les manipulations. (3) D'après Volkoff, la puissance d'impact du sensationnel vient de son manichéisme et de l'ancrage dans l'inconscient du spectateur qu'elle entraîne, amplifiée par la répétition et la quasi-impossibilité à corriger une information fausse. Il suffit qu'à la source de l'information se trouve un groupe d'influence ayant intérêt à désinformer. Nous nageons dès lors en pleine ingénierie des perceptions : « en psychocratie, la vérité ne compte pas, à la limite elle n'existe pas, n'existe que ce que l'on fait croire aux gens ou, mieux encore, ce qu'on leur fait croire qu'ils croient. »

    La désinformation s'inscrit cependant dans un registre plus large, la guerre de l'information. Cette guerre comprend trois aspects : savoir soi-même ; empêcher l'autre de savoir ; lui faire tenir un savoir corrompu (désinformation et influence). A l'heure d'Internet (bouquin écrit en 1999) et de la cybernétique, Volkoff juge le potentiel technique de désinformation – en particulier par l'image – illimité. Les deux cibles privilégiées sont les jeunes et les femmes. Les moyens techniques utilisés sont donc prioritairement les magazines, débats, interviews, spots. Comme modèle anthropologique, les maîtres désinformateurs cherchent aujourd'hui à imposer l'égalitarisme sous couvert de tolérance. Pour Volkoff, le droitdelhommisme œuvre dans ce sens. Il repose sur deux notions abstraites. 1) Le droit, qui ne prend sens que dans une collectivité donnée et 2) la notion d'homme, qui implique plus des devoirs que des droits. En généralisant, le droitdelhommisme dénature. Et pour rappel, la généralisation est un procédé de désinformation. Dès lors, que faire ? Volkoff incite à la cohésion de groupe et au tri méticuleux de l'information. Ce qui reste limité... Mais comme chez Mucchielli, la lecture de Volkoff, ancien agent de renseignement, donne les clés du décodage de diverses techniques de manipulation par exposé des mécanismes de la désinformation.

     

    Notes :

    (1) Dernièrement, l’appel au désarmement par des idiots utiles de l’industrie hollywoodienne après la psy-op de Newton : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/video-newtown-des-stars-se-mobilisent-contre-les-armes_1202407.html

    (2) Voir ici le chapitre XI, « Comment ça se pratique ».

    (3) Volkoff en expose quelques exemples dans Désinformations par l’image. Sur les explications relatives aux processus chimiques à l’œuvre dans le cerveau, le rôle du système limbique, des neurones-miroirs, etc. afin de décrypter comment la manipulation procède sur les opérateurs cognitifs des sujets, je renvoie aux très complètes explications des Italiens Marco Della Luna et Paolo Cioni dans leur passionnant et non moins ambiguë Neuro-Esclaves.

    ***

    Citations :

    « Il faut garder bien présent à l'esprit que la désinformation ne s'adresse qu'en surface à l'intelligence du public qu'elle prétend induire en erreur ; en profondeur, elle s'adresse à sa sensibilité à tous les niveaux : au cœur, aux tripes, au bas-ventre, les passions étant toujours plus fortes en l'homme que les convictions. »

    « Le cerveau se méfie par nature ; par nature, le cœur et les tripes s'émeuvent, et il est vrai que la charge émotionnelle d'une image, surtout en couleurs, surtout animée, est plus forte que l'expression verbale correspondante. [...] l'image, davantage que le mot, s'adresse aux masses : elle est facile à percevoir, facile à reproduire, et elle devient aussitôt un sujet de conversation. L'article doit être lu, ce qui va prendre au moins quelques minutes ; l'affiche ou l'image télévisuelle sont instantanées ; l'article que vous lisez n'est donc pas tout à fait celui que je lis, tandis que la même image est imposée simultanément à des téléspectateurs innombrables et contribue immédiatement à leur massification, ce qui les prive aussitôt de leurs défenses naturelles contre l'illusion. »

    Annexe A : Sun Tzu et la désinformation :

    D'après Volkoff, pour Sun Tzu il faut soumettre l'ennemi sans combattre, en le dépouillant soit de ses moyens, soit de son envie de combattre. Et ce, par la désinformation. De Sun Tzu, d'ailleurs, des procédés modernes ont été tirés : discréditer tout ce qu'il y a de bien dans le pays adverse (« le discrédit des valeurs traditionnelles est destructeur de l'identité d'un peuple ») ; impliquer les représentants des couches dirigeantes du pays adverse dans des entreprises illégales. Ébranler leur réputation et les livrer le moment venu au dédain de leurs concitoyens ; répandre la discorde et les querelles entre les citoyens du pays adverse ; exciter les jeunes contre les vieux. Ridiculiser les traditions des adversaires (mai 68 visait à détruire l'armature qui liait auparavant les générations entre elles). Sun Tzu préconise aussi d'encourager un « hédonisme amolissant » puis en fin de compte paralysant.

    Annexe B : L'invention du « docteur Spin » :

    Volkoff nous rappelle qu'Alvin et Heidi Toffer ont créé la notion de « docteur Spin » : c'est l'élément qui donne l'effet souhaité à l'information, la manière de la présenter. Selon lui, « ils trouvent six moyens de « fausser les esprits » :

    1. Accusation d'atrocités ;
    2. Gonflement hyperbolique des enjeux ;
    3. Diabolisation ou déshumanisation de l'adversaire ;
    4. Polarisation : « qui n'est pas avec nous est contre nous » ;
    5. Invocation d'une sanction divine : « Dieu garde l'Amérique ! » ;
    6. Métapropagande, c'est-à-dire art de discréditer la propagande adverse, de jeter la suspicion sur tout ce qui vient de lui : « la désinformation serbe », « Saddam Hussein exerce un contrôle total sur sa presse, donc tout ce qui peut être rapporté par elle est faux ». »

    Tout rapport avec des faits réels etc...

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  • Chez Jean-Claude Michéa, quelques éléments pour une résistance au libéralisme

     

    micheaAu fil de l’analyse de ses postulats et de ses contradictions pratiques, la logique libérale apparaît à Michéa comme une pensée double. Droit et Marché assurent l’osmose d’un système dialectiquement unitaire. En reprenant Orwell, il constate que le libéralisme est, encore plus que cette pensée double, une double pensée. Celle-ci implique de penser simultanément et consciemment deux postulats antinomiques sans tenir compte de cette contradiction.

    Dès Impasse Adam Smith, Michéa a proposé cette lecture. La propagande, expliquait-il, nous assure que les avancées technologiques toujours plus nombreuses et performantes libèrent progressivement l’homme de l’aliénation et de la domination. Dans les faits, il nous est demandé de travailler davantage pour des salaires minorés, et dans des conditions précaires. (1)

    L’intelligentsia de gauche, principal relais de la propagande systémique, n’est pas épargnée par cette schizophrénie. Elle ne voit aucun paradoxe en prônant, d’une part, le sans-frontiérisme intégral, pour d’autre part exiger le respect des souverainetés tibétaine et palestinienne. Par sa réflexion bornée, l’intellectuel moderne évacue toute complexité de son esprit et ne voit aucune contradiction à fustiger une critique anticapitaliste forcément réactionnaire, tout en se faisant l’apologète du « doux commerce » dont le pouvoir émancipateur libère l’individu du carcan étatique et policier. L’enseignant de gauche est quant à lui forcé de tomber dans la même logique, en s’opposant aux réformes libérales tout en prétendant concomitamment que malgré celles-ci le niveau monte et que la démocratisation de l’école est bénéfique. (2)

    Toutes les contradictions du libéralisme risquent donc de renouer avec la guerre de tous contre tous, mais sous une nouvelle forme, triple : concurrence généralisée, querelle procédurière permanente et incivilité généralisée (3), aboutissement logique du libéralisme culturel généralisé et de son droit de tous sur tout.

    Michéa démontre par conséquent que la prétention libérale à émanciper l’individu pour en faire un être autoréférent est fallacieuse. Pour preuve, il prend le nombre croissant d’experts dans tous les domaines de la vie, et en premier lieu l’École. L’homme de bon sens, responsable, mature, s’en remettrait désormais aux « experts » en sciences de l’éducation. Citant Georges Trow, Michéa pose qu’« en l’absence d’adultes, on se met à faire confiance aux experts. » (4) Ce qui explique pour lui en grande partie le « destin libéral de l’école ». L’émancipation est de fait une fausse libération, encore plus mutilante que l’ancienne répression. Car si la modernité reconnaît l’homme en tant que consommateur, elle le nie en tant qu’être humain. Sa seule liberté est d’être un outil au service de la reproduction du système. Pour reprendre la métaphore proposée par Orwell, l’homme est désormais comme une guêpe qui n’a de cesse de se nourrir, sans fin, tout en ne s’apercevant pas qu’elle n’a plus d’abdomen. (5) La seule utilité de l’homme est alors d’accompagner le système marchand dans sa fuite en avant en se pliant à ses rythmes. Peu importe, pour ce faire, qu’il puisse développer des qualités humaines et une conception critique dans son rapport au monde dont il fait partie. Il est donc encore moins question de l’appréhender sous l’aspect d’un potentiel adulte responsable. Dans une société devenue exclusivement gestionnaire, où l’individu est infantilisé, l’expertise est devenue la norme.

    Mais la réflexion de Michéa ne se limite pas à une simple critique ni au démontage de la logique philosophique contradictoire de la modernité libérale. Il entend promouvoir un socialisme populaire, proche des postulats originels – et donc tant distinct du clivage droite-gauche qu’opposé aux cultes du Progrès et de la Modernité. Hybride et transversal, ce socialisme doit avoir pour base, tel qu’énoncé dans Orwell éducateur, le syndicat et la coopérative socialiste. Pour synthétiser, cette pensée de Gauche est à deux dimensions, indissociables. Elle suppose dans un premier temps d’opposer un conservatisme critique au mythe progressiste Dans un second temps, elle entend instaurer une société basée sur la common decency, ce bon sens inné propre aux gens ordinaires, antithétique de l’homme calculateur égoïste.

     

    Un conservatisme critique

     

    Le conservatisme critique est le qualificatif donné par Michéa à la pensée politique de George Orwell, dans Orwell, anarchiste tory. La question que se pose l’auteur de 1984, que l’on retrouve dans son article « Les lieux de loisirs », est de savoir si tout « progrès », tout changement, nous rend plus ou moins humain. (6) Car la société d’Orwell – l’envers d’une société « orwellienne » – ne vise pas au bonheur (l’homme haïssait le « je-m’en-foutisme hédoniste » (7)) mais à la fraternité humaine. Elle est « une société libre, égalitaire […] honnête » (8) et « décente » (9). Méthodologiquement donc, Michéa opte lui aussi pour une comparaison systématique du présent et du passé pour distinguer ce qui dans la modernité aliène ou émancipe, en déterminant les seuils à ne pas franchir. Dans tous les cas, il s’agit d’opérer une critique radicale d’un monde analysé à travers le prisme de l’Économie.

     

    1) Le rapport au langage

     

    La liberté, en premier lieu, passe donc par le langage, dont la corruption entraîne le déclin de l’intelligence critique par dissociation du signifiant de son signifié originel (et réciproquement). La Gauche officielle, par exemple, assimile « conservatisme » à « archaïsme », « Droite », « ordre établi » ou encore « société d’intolérance et d’exclusion » (10). Tout anticapitaliste sincère, critique du libéralisme, se voit accoler le qualificatif de fasciste, utopiste, totalitaire, populiste – avec le sempiternel « vous faites le jeu du Front National » destiné à éviter toute critique sérieuse. Toute défense des valeurs propres à la société traditionnelle est quant à elle indexée comme conservatrice, réactionnaire ou raciste. (11) Michéa entend réhabiliter le sens des mots, notamment en redonnant sa signification réelle au populisme (12) et au socialisme. Mais cela implique aussi de refuser la dénaturation du langage et sa transformation en Novlangue tel que nous l’offre le globish abscons du tertiaire pur – auquel nous pourrions ajouter le langage SMS. En y opposant, par exemple, un nouveau langage commun. (13) Dans son dernier essai, La double pensée, il propose par exemple de privilégier la langue espérantiste face au business English, langue vernaculaire utilisée dans le processus libéral d’unification juridico-marchande – l’anglais qui, selon la logique libérale de Claude Allègre, « n’est pas une langue étrangère. » (14) Bien avant déjà, dans L’enseignement de l’ignorance, en plus d’insister sur la nécessité d’inclure des éléments conservateurs dans une vraie lutte anticapitaliste, Michéa précisait qu’un esprit critique est un esprit « qui n’a pas peur des mots ». (15)

    Par ailleurs, une analyse du langage implique de déceler la signification réelle des euphémismes employés, qu’il s’agisse de l’émancipation, de la liberté ou encore de la Croissance. La critique de l’enseignement de l’ignorance est donc vitale. Toujours dans cet essai, Michéa offrait la traduction réelle d’une ville « qui bouge bien ». En réalité, ceci signifie qu’elle est détruite par le tourisme et la promotion immobilière. (16) Car le déclin de l’intelligence critique crée ce qu’Orwell appelait la canelangue (duckspeak) : « les bruits appropriés sortent du larynx mais le cerveau n’est pas impliqué, comme il le serait si lui-même devait choisir ses mots. » (17) Une réaction conservatrice est donc nécessaire pour éviter que l’esprit ne soit réduit à l’état de gramophone. Pour ce faire, il convient – contrairement à la méthode libérale – de partir non pas d’une position originelle hypothétique, paradigme épistémologique purement abstrait, mais du monde sensible – comme le fit Orwell – celui de l’expérience vécue. En se coupant du réel, le langage se prive de son rapport concret avec les choses et s'en dénature d'autant facilement. D’où, chez Orwell et Michéa, l’importance du rôle de la classe ouvrière.

     

    2) Le rapport à la morale

     

    Le second axe de la réflexion orwellienne – et par extension, michéenne – est relative au sens du passé, et donc de la morale – avant que le libéralisme et sa neutralité axiologique ne produisent d’effets réels. Ce sens du passé rompt avec le sens de l’histoire moderne et par suite post-moderne. Loin du monadisme nomade, Orwell promeut le lien et l’attachement, tout comme les travailleurs veulent protéger intuitivement certaines formes d’existence communautaire. (18) Ce désir de conserver un héritage traditionnel se situe d’ailleurs souvent à l’origine de l’esprit révolutionnaire – dont le combat Luddite du 19ème siècle représentait une manifestation très éclairante. Tant le déracinement que l’a-moralité ne sont nullement des signes d’émancipation, si l’on suit Michéa, pour qui la reconnaissance de « droits à » spécifiques n’implique nullement qu’ils soient pour autant légitimes. Être socialiste c’est donc, comme l'expose la d’Orwell éducateur, être réactionnaire en refusant la tabula rasa et ses arguments fallacieux. Pour revenir sur la comparaison entre le souhaitable et le dispensable dans l’innovation, Michéa distingue la marche arrière de la régression. Ce sont des rythmes imposés par le libéralisme dont il faut se méfier. Le sens des mots intervient encore une fois : la culture doit être distincte de la mode. Alors que la première, héritage de valeurs et tradition, relève de la transmission, la seconde reste intra-générationnelle, fugace et n’obéit qu’à la logique marchande. (19)

    Le conservatisme critique du socialisme michéen entend entre autres appliquer sa méthode aux droits de l’homme, base théorique de départ privilégiée. Mais ils ne sont pas une fin, un dogme inaltérable qui comme aujourd’hui ne souffre aucune contestation. Si la théorie socialiste s’oppose au socialisme réellement existant auquel s’est confronté Michéa dans sa jeunesse, en allant en URSS, il refuse tout autant la sacralisation « citoyenne » droit-de-l’hommiste. Cette dernière formalisation s’est manifestée dans les années 1970, où les droits de l’homme ont été réintroduits « sans la moindre critique philosophique préalable ». (20) Les combats « citoyens » ont alors été la seule finalité de la gauche. En outre, la dimension critique suppose d’accepter le constat que la lutte pour « le droit des minorités » et « contre toutes les discriminations » est le plus allée de l’avant là où les puissances économiques étaient les plus fortes. Une logique d'ingénierie sociale utilise donc les droits de l’homme comme paravent pour mener à bien sa politique. Initialement, rappelle Michéa, ces droits de l’homme formalisent et entérinent l’individualisme libéral. Mais cette distance prise avec les obligations communautaires et traditionnelles n’implique pas un sujet souverain. Le rapport métaphysique a changé, lit-on, mais n’aboutit qu’à une plus grande aliénation. Bien avant La double pensée, Michéa écrivait que la destitution de la Loi et du Symbolique n'entraîne pas la victoire du sujet autonomisé, mais son passage à une autre forme de domination et de soumission, potentiellement plus forte. (21) Or si l’autonomisation individuelle et collective est pour Michéa le but de toute société décente, cela implique que l’homme soit pris dans sa dimension double : ni monade, ni rouage, il est un individu socialisé. Par cette vie en communauté, il doit donc respecter certaines règles collectives. Les droits de l’homme défendus par Michéa ne sont donc pas les droits négatifs du libéralisme, mais des droits qui refusent le postulat anthropologique nouveau du calculateur rationnel et égoïste. Ceci implique, par ailleurs, d’accepter d’émettre des jugements de valeur qui limitent la fuite en avant des revendications. Et ce faisant, d’assurer les possibilités de réalisation d’une société socialiste, c’est-à-dire décente – et vice-versa.

     

    De la décence

     

    Nous touchons là au cœur des valeurs michéennes, directement héritées de la pensée politique de George Orwell. et du concept central énoncé par ce dernier : la common decency. Loin d’être une simple marotte, elle est le fil conducteur qui relie toutes les analyses de Michéa. La common decency est, pour lui, la condition inaliénable à respecter pour établir une société décente, « fondée sur ce que les hommes peuvent donner de meilleur chaque fois que le contexte politique et culturel les y encourage. » (22) Il s’agit de refuser la fuite en avant, pour au contraire s’appuyer sur cette common decency (morale commune, décence ordinaire, décence commune) et le bon sens des classes populaires – et d’une frange de la classe moyenne – pour s’autolimiter en s’en servant comme garde-fou. Mais chez Michéa comme auparavant chez Orwell, il n’est pas question d’idéaliser de telles classes. Le contexte favorable dont parle Michéa est celui qui fait que l’homme reste vraiment homme, à savoir un individu socialisé enchevêtré dans un tissu de relations. Pour reprendre Mauss et ses héritiers du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales), la common decency est possible lorsque le système du don / contre-don trouve encore à s’exprimer. La triple obligation de donner, recevoir et rendre s’avère donc inséparable de toute société décente.

     

    1) La common decency

     

    Le socialisme populaire réside dans le maintien de cette common decency. Orwell est resté volontairement flou sur cette notion introduite pour la première fois dans son essai sur Charles Dickens. (23) Michéa la définit comme un ensemble de valeurs partagées permettant de faire sens par le lien commun. Elle est l’indicible qui prescrit et proscrit implicitement. Elle se caractérise, dans les faits, par la loyauté, l’amitié, le désintéressement, la générosité, la haine des privilèges. En deux mots, la sensibilité et la bienveillance. (24) Là où dans le libéralisme, l’individu a le choix d’opter pour des valeurs de générosité ou d’égoïsme, il est ici question de reconnaître la supériorité de certaines valeurs humaines, d’accepter de prendre parti. La common decency constitue donc, dans son essence, l’antithèse des valeurs de l’intelligentsia et autres relais d’extrême-gauche libérale. Héritée des valeurs traditionnelles, c’est toutefois dans la modernité occidentale qu’elle trouve le plus à s’appliquer. Dans L’enseignement de l’ignorance, Michéa la qualifie de « mixte, historiquement constitué, de civilités traditionnelles et de dispositions modernes qui ont jusqu’ici permis de neutraliser une grande partie de l’horreur économique. » (25) Il s’agit donc d’un dispositif critique interne à la modernité libérale. Il en va de même pour le socialisme, apparu après l’avènement de la civilisation industrielle. Orwell en donne de nombreux exemples dans son essai Le Quai de Wigan, parmi les ouvriers mineurs. Malgré la pauvreté de ce milieu, il y constate une réelle fraternité entre les hommes, et une forte propension au don de soi envers autrui. En somme, le contraire du Narcisse qui, ne parvenant pas à s’aimer, n’est pas capable d’aimer ni de donner à autrui. (26)

    La common decency est un mécanisme intuitif dont les implications sont partagées par ceux qui partagent la vie des classes populaires. A l’opposé de l’anthropologie libérale, elle s’appuie sur la confiance réciproque. Dans Impasse Adam Smith, Michéa isole trois traits pour théoriser ce concept-clé a minima a) le sentiment intuitif de ce qui ne se fait pas, pour maintenir une coexistence quotidienne « véritablement commune » effective b) la bienveillance qu’implique cette réciprocité renvoie à une historicité spécifique. En Occident, elle est l’héritage des valeurs chrétiennes et de la Révolution française. Mais son champ d’application la rend universalisable, car elle peut aller « de l’entraide bienveillante à la simple politesse » (27) c) aspect le plus décisif, pour Michéa, si la common decency est psychologiquement et philosophiquement accessible à tous, elle est avant tout l’apanage des gens ordinaires. Ces derniers ne dominent pas et ne cherchent pas à dominer – même si, réaliste, Michéa est conscient – comme l’était Orwell – que les risques de s’en écarter existent pour tous. (28) En somme, poursuit-il, la common decency est bien plus qu’un concept de résistance. Elle est « le point de départ indispensable de toute critique socialiste au sens originel du terme. » (29)

     

    2) Donner, recevoir et rendre versus demander, recevoir et prendre

     

    Sans ce « minimum de valeurs partagées et de solidarité collective effectivement pratiquée » (30), telle qu’est définie la common decency dans L’empire du moindre mal, une société est vouée à l’échec. En particulier, si la logique du donnant-donnant est universalisée, avec sa base contractualiste et calculatrice. Car la common decency, à lire Michéa, peut s’intégrer dans les théories maussiennes du système de don / contre-don. Cette théorie de Marcel Mauss repose sur la triple obligation de donner, recevoir et rendre, nœud borroméen qui sous-tend toutes les sociétés traditionnelles. Profondément symboliques, celles-ci maintiennent une forte solidarité en faisant primer « le lien sur le bien », la relation dans le temps que le donnant-donnant rompt en l’achetant. Avec cette approche, l’hypothèse libérale s’écroule à l’épreuve des faits, selon Michéa. Car les sociétés ne reposent pas sur une anthropologie pessimiste du soupçon faite de calculateurs égoïstes et rationnels, sans quoi elles n’auraient jamais pu se développer. L’anthropologie dite économique propose ainsi une hypothèse erronée en parlant de système économique originel voire de troc, une « fable » pour Michéa. La common decency est donc, en fin de compte, bien plus « naturelle » que notre comportement supposé rationnel, que la modernité libérale tente d’imposer pour que nous soyons enfin décidés à être nous-mêmes. Dans la common decency comme dans le système maussien, l’éventail de la psychologie humaine est pris en compte, tant dans sa capacité belliqueuse que bienveillante. Il faut donc favoriser le contexte qui incitera davantage à la coopération et à l’amitié qu’à l’égoïsme et au conflit généralisé. Il conviendra, dans tous les cas, de refuser les fausses alternatives économiques qui, qu’il s’agisse d’un altermondialisme ou d’une alteréconomie, ne constituent au bout du compte qu’un altercapitalisme, au lieu de proposer un autre rapport des hommes à l’économie. (31)

    Plusieurs implications en découlent, que Michéa propose. Critique envers les autres, il l’est tout autant avec les militants proches de sa sensibilité. En premier lieu, il est indispensable de rompre avec l’imaginaire du Spectacle et la propagande publicitaire, « nouveaux dispositifs de domination et autorité symboliques » (32) qui, insidieux, fonctionnent à la séduction. Ceci permettra de se débarrasser de ces « machines » qui, avec l’industrie du divertissement, servent à faire intérioriser l’imaginaire moderne. Agir de manière efficiente suppose pour Michéa de se mettre en conformité avec plusieurs principes. La rotation permanente des tâches doit être assurée pour toutes les fonctions dirigeantes, pour se prémunir contre le révolutionnaire professionnel – que l’on retrouve d’ailleurs chez Orwell dans Le Quai de Wigan. De plus, comme notre révolution colorée de mai 68 l’a prouvé, il faudrait entretenir un rapport de méfiance à l’égard des médias officiels. Enfin, sans qu’il l’écrive explicitement, il faudrait utiliser les analyses combinées de Lasch et Orwell. A savoir, prendre la common decency comme jauge de l’intégrité du militant révolutionnaire – non exempt de critiques – afin de déterminer s’il n’agit pas uniquement comme une victime de la culture du narcissisme, i. e. un être incapable d’aimer et de donner mais en réalité animé par une volonté de puissance et la soif de reconnaissance, empli de ressentiment, obstacle psychologique fondamental (33) à la naissance d’une société décente. La common decency doit donc servir de correctif référent pour se prémunir des tentatives hégémoniques d’intellectuels partidaires en devenir au sein des mouvements anticapitalistes. Car pour Michéa, afin d’inverser la tendance de l’époque, donner, recevoir et rendre sont la condition indépassable d’une rupture avec un système qui incite de plus en plus à demander, recevoir et prendre (34), à l’envers des médiations sociales intemporelles. Car la volonté de puissance, selon lui, consiste à demander toujours plus sans jamais rien donner en retour, posant ainsi les jalons de l’exploitation. Ce qui peut difficilement être démenti à l’époque de l’ingénierie sociale, de la virtualisation de l’économie et des salaires indécents.

     

    En résumé, la lecture de Michéa apporte de nombreux éléments pour comprendre de quoi le néo-libéralisme est le nom. Toute critique est diabolisée, l'extrême-gauche – toujours idiot utile – qualifie les réfractaires de néoconservateurs (35) et que les détracteurs du Marché mondial sont presque unanimement traités de fascistes. (36) Faussement partisan du moindre mal, le système s'appuie sur l'ingénierie sociale et nous mène tout droit vers la rationalisation technicienne intégrale tarée de Brzezinski & Attali Inc., celle du Meilleur des mondes à la Huxley. En détruisant les fondements de l’humanité, les conditions d’exercice de la socialité et les valeurs des gens ordinaires, nous dit Michéa, nous entrons de plain-pied dans cette post-humanité d’après le dernier homme (les actuels débats sur le post-humanisme en sont le meilleur exemple), telle que rêvée par l’économiste Francis Fukuyama.(37) Le complexe d'Orphée qui sort – rappelons-le – le 5 octobre prochain et l'intégralité des écrits de Michéa relèvent donc de la plus saine des lectures pour tout anti-mondialiste, par-delà droite et gauche, afin de réfléchir aux alternatives communes à proposer contre le néo-totalitarisme. Avis à ceux qui ne l'ont pas encore lu !

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    (1) Impasse Adam Smith, p.11.

     

    (2) La double pensée, p.249.

     

    (3) Ibid., p.154n.

     

    (4) L’empire du moindre mal, p.175n1.

     

    (5) Orwell (G.), Essais, articles, lettres volume I, 67, « Recension : Tropic of Cancer de Henry Miller », p.200.

     

    (6) Orwell (G.), Essais, articles, lettres, volume IV, 19, « Les lieux de loisirs », p.104.

     

    (7) Orwell (G.), Essais, articles, lettres volume II, 17, Le Lion et la Licorne : socialisme et génie anglais, p.133.

     

    (8) Orwell (S.), in Orwell (G.), Essais, articles, lettres volume I, préface, p.8.

     

    (9) Orwell (G.), Écrits politiques (1928-1949), 35, « La révolte intellectuelle », p.248.

     

    (10) Orwell, anarchiste tory, p.137.

     

    (11) La double pensée, p.217.

     

    (12) Dans Les intellectuels, le peuple et le ballon rond, Michéa effectue le rappel historique qu’avant sa perversion sémantique sous l’impulsion des médias, « le terme de « populisme » était employé de façon tout à fait positive pour désigner certains mouvements révolutionnaires issus des traditions russes et américaines de la deuxième moitié du 19ème siècle. », pp.43-44. En ce sens, il exposait que « le Ministère de la Vérité avait déjà ainsi presque réussi à nous faire oublier que Pasolini plaçait naguère sa défense des paysans du Frioul ou des travailleurs de Naples sous le drapeau, clairement déployé, du populisme », in Impasse Adam Smith, scolies I, [S] p.83.

     

    (13) Orwell éducateur, p.71.

     

    (14) La double pensée, p.170n.

     

    (15) L’enseignement de l’ignorance, p.104.

     

    (16) L’enseignement de l’ignorance, [F] « Anticapitalisme et conservatisme », p.105n2.

     

    (17) Cité in Orwell, anarchiste tory, p.48.

     

    (18) Impasse Adam Smith, p.49.

     

    (19) L’enseignement de l’ignorance, [F], p.106n2.

     

    (20) La double pensée, p.240.

     

    (21) Michéa (J.-C.), Finkielkraut (A.), Bruckner (P.), Les valeurs de l’homme contemporain, p.24.

     

    (22) La double pensée, p.265.

     

    (23) Essais, articles, lettres volume I, 162, « Charles Dickens », pp.517-574.

     

    (24) Les intellectuels, le peuple et le ballon rond, p.20.

     

    (25) L’enseignement de l’ignorance, [D] « De l’ambiguïté de l’échange marchand », p.91.

     

    (26) Les valeurs de l’homme contemporain, pp.16-17.

     

    (27) Impasse Adam Smith, p.95.

     

    (28) Essais, articles, lettres volume I, 149, « Recension : Russia under Soviet rule », pp.477-478.

     

    (29) Impasse Adam Smith, p.97. C’est Michéa qui souligne.

     

    (30) L’empire du moindre mal, p.55.

     

    (31) Orwell éducateur, p.81.

     

    (32) Culture de masse ou culture populaire ?, préface, p.20.

     

    (33) Orwell éducateur, scolies I, [A], p.19.

     

    (34) La double pensée, p.50n.

     

    (35) Ibid., p.176.

     

    (36) L’empire du moindre mal, p.125.

     

    (37) « Le caractère ouvert des sciences contemporaines de la nature – écrit-il encore – nous permet de supputer que, d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. A ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Alors commencera une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. », cité par Michéa in L’empire du moindre mal, p.200.

  • Les écrivains rebelles Paul Léautaud

    Paul Léautaud est né le 18 janvier 1872 à Paris. Sa mère, l'une des multiples compagnes d'un père des plus volages, l'abandonnera cinq jours après l'accouchement. Son père, qui fut comédien puis souffleur durant vingt-trois ans à la Comédie française, relèvera et lui fera découvrir le monde du Théâtre qui l'enchantera. Le petit Paul jouit très jeune d'une grande indépendance. Dès l'âge de huit ans, il possède une clef du domicile, situé 21 rue des Martyrs. Il reverra sa mère en 1901, lors des obsèques de sa tante. Elle ne le  reconnaîtra même pas...  Elle mourra en 1916, assassinée par une domestique. Il entame, la même année, son Journal littéraire, qu'il tiendra soixante-trois ans. Le modeste employé de bureau va dévoiler, avec jubilation, les coulisses du monde des lettres, épingler les ridicules des petits et grands hommes de l'époque et raconter la comédie humaine, parfois scandaleuse, parfois risible. Bruno de Cessole, dans son « Défilé des réfractaires » le qualifie de « Saint-Simon de la IIIe République ». Misogyne et misanthrope affirmé, Paul Léautaud aimait la solitude et la compagnie de ses animaux favoris, chiens et chats (il en eut près de cinq cents), et même une chèvre, une oie et un singe, qu'il préférait de beaucoup à la fréquentation des hommes, qu'il jugeait féroces et hypocrites. Sans verser dans un freudisme de pacotille, on peut penser que Léautaud, le cynique, est devenu écrivain pour compenser les carences affectives dont il avait souffert, enfant : un enfant esseulé, sevré de tendresse, nostalgique d'un bonheur qu'il n'avait pas connu. Il refusa la possibilité d'être heureux, quand celle-ci se présentait à lui. Il écrira : « Ce qui me navre, c'est cette faculté que j'ai pour laisser tout passer devant moi, à portée de moi, ce manque de ressort, d'ambition, de vie autre qu'intérieure. J'ai toujours plus joui de mes chagrins que de mes bonheurs. » De l'amour, il ne connaîtra que l'amour physique. Ce pessimiste écrira : « l'amour, c'est l'attrait charnel, le plaisir reçu et donné, la jouissance réciproque. Le reste, les hyperboles, les soupirs, les élans de l'âme, sont des plaisanteries, des propos pour les niais, des rêveries de beaux esprits impuissants. » Et l'écriture ? Il dira : « Je suis arrivé à cette opinion, que la littérature, comme tous les arts, est une faribole. Il n'y a rien d'admirable. Il arrive qu'on intéresse, qu'on distraie, qu 'on plaise, rien de plus... » - Alexandre Valette, directeur du Mercure, était l'un des hommes à l'avoir le plus côtoyé. Il lui dira : « Au fond, vous êtes un aristocrate. Tous vos faits et gestes, vos façons d'agir, le prouvent. » Un aristocrate, peut-être, mais un aristocrate solitaire, sans aucune quête d'un quelconque pouvoir, un misanthrope affirmé qui observait cependant ses contemporains avec la curiosité de l'entomologiste qui dissèque les insectes. Ses positions politiques ? Il était autant réactionnaire qu'anarchiste. Il haïssait le désordre et la nouveauté, n'aimait pas le peuple et méprisait le patriotisme, la violence, la guerre et l'esprit grégaire. Il s'en prend aux ouvriers, jugés fainéants, aux allocations familiales, aux syndicats et aux partis politiques. Il détestait la politique et n'a jamais voté... Antisémite, il l'était assurément. Il revient sans cesse sur les origines juives de Léon Blum et ne cesse d'exprimer son soutien à Chamberlain qui avait tenté de faire la paix avec l'Allemagne national-socialiste. Dans son journal d'après-guerre, il regrettera l'Occupation allemande et accusera la Pologne d'avoir provoqué « la grande nation allemande. »... Il écrira, en novembre 1946 : « Être antisémite, c'est une opinion. Cette opinion est devenue un crime comme quelques autres. Condamnation. Si les juifs sont un jour les maîtres, cela deviendra peut-être un crime d'aller à la messe. » Il connaît dans les années 1950 une certaine célébrité, grâce à ses entretiens radiophoniques avec Robert Mallet. « Il s'évertua à donner de lui l'image d'un affreux bonhomme, égoïste et ricaneur, réactionnaire et passéiste, pourfendeur des fausses gloires et des impostures de son temps », raconte Bruno de Cessole. Les Français prirent plaisir à l'écouter et l'aimèrent, comme on aime un grand-père râleur. Il meurt le 22 février 1956 à Château-Malabry. Ses dernières paroles auraient été : « Maintenant, foutez-moi la paix. » Par testament, il avait nommé comme ayant-droit de ses œuvres la S.P.A., laquelle les gérera jusqu'en 2035. Ses descriptions du monde animal, de ses souffrances, de l'abandon cruel de fidèles compagnons par des maîtres sans cœur, sont les plus touchantes de son journal littéraire. Roger Nimier dira de lui : « Il aurait bien voulu être méchant. Il n'y a pas réussi. »
    R.S. Rivarol du 21 décembre 2012

  • De l’utopie à nulle part ailleurs

    Il n’est pas de période plus propice à la réflexion, à la prise de distance, que ce passage, encore perçu comme un rituel, entre l’année défunte et celle qui point, lourde de menaces et d’espoirs. Le dieu Janus, à double face, regarde encore le passé, tandis qu’il scrute l’avenir, et c’est dans l’interstice entre ces deux visions, l’une qui mesure le chemin parcouru, et l’autre qui ouvre aux horizons, que le temps hésite, se fixe, et offre le luxe d’une méditation.
    La vie est passage, cheminement, pérégrination, et, pour qui la prend au sérieux, fatalement orientation, peut-être même, comme y invite l’avant-dernier terme, pèlerinage. Nous aspirons tous à parvenir à quelque but satisfaisant, chacun à notre niveau, et c’est cela qui procure l’énergie d’avancer.
    Cependant, il ne faut pas confondre chemin, itinéraire, voie, c’est-à-dire tout autant tracé individuel et/ou collectif que parcours initiatique, et autoroute balisée, grandes artères encombrées, laides et déshumanisées, dont les différentes étapes, jadis pourvoyeuses d’expériences symboliques et éducatives, sont ces péages et ces bretelles d’accès, qui transforment l’homme en nomade pérenne et payant, voire en animal de bétaillère, tout juste bon à errer d’un point à un autre, dans ce pays de nulle part qu’est l’utopie moderne.
    Ainsi, le slogan d’extrême gauche internationaliste : « Les capitaux circulent, et pas les êtres humains ! » rejoint-il, dans sa concision saisissante, les vœux les plus chers du patronat mondialiste, qui rêve d’une planète « libérée » de tous les obstacles entre le sujet pur, réduit à sa plus simple expression, physiologique, pulsionnelle, sensorielle, et la marchandise, de plus en plus bardée de technique.
    Pour expliquer cette rencontre « nomade » qui pourrait paraître improbable à ceux dont la vue est moins perçante que celle de notre Janus, lequel est un dieu, rappelons-le, il serait nécessaire de pousser l’exploration plus loin que l’Histoire immédiate, mai 68 étant en l’occurrence un môle auquel la pensée journalistique tend à se raccrocher. D’où vient, en effet, ce projet de déracinement intégral de l’être humain, désireux d’achever la maîtrise intégrale de la bête sauvage qui réside en chaque homme ?
    En fait, poser la question ainsi est reprendre la problématique qui sert de socle au projet civilisationnel gréco-latin. Certes, c’était un modèle virtuellement universaliste, qui s’est fondu avec l’ère d’expansion impériale romaine, et même plus loin, et qui reposait sur la conviction que la culture des belles choses de l’esprit ne pouvait qu’élever la bête humaine. Le sauvageon avait vocation à être élagué, bonifié, perfectionné pour donner ses fruits.
    Toutefois, il n’était pas dans le dessein des Romains d’arracher ce plant à sa terre, et l’Empire laissa à chaque ethnie, à chaque communauté, la substance de son être au monde.
    Or, l’utopie moderne (le mot « moderne » étant pris ici dans son acception historique, et désignant la période qui commence avec la Renaissance) recherche exactement le but inverse : l’homme doit, pour elle, se délivrer de ses singularités ethniques, nationales, culturelles, particulières, c'est-à-dire de la terre, pour accéder à un universel abstrait, dont le plus petit dénominateur commun ne peut être que ce qui rend semblables les hommes, la réduction à l’espèce dans sa dimension biologique. Encore que nous voyions maintenant cette dernière niée au nom d’un essentialisme subjectif, qui conduit à définir, in fine, l’humain comme étant la « libre » décision de l’être. Sera alors homme celui qui se déclarera tel, comme on serait mâle ou femelle, voire les deux, par assentiment à une hypothétique identité sexuelle à géométrie variable. L’emprise des techno-sciences sur le vivant risque de rendre encore plus périlleuse toute conviction cohérente en ce domaine, l’animal humain, borné dorénavant à sa simple composante biochimique, se transformant en complexe matériel démontable, adaptable et recomposable à volonté.
    Un temps de méditation est donc vital pour bien peser (du latin pensare, « penser ») ces choses très graves et redoutables, car l’on voit ici qu’il ne s’agit pas uniquement de l’anéantissement de notre nation, de notre culture, de notre histoire, mais aussi de la fin d’une idée de l’homme, voire de l’homme lui-même.
    Car, s’il est légitime d’être en prise avec l’actualité, et, par là-même, avec des mouvements de fond mettant en jeu nos vies, notre bonheur et notre avenir, s’il est nécessaire de lutter , dans la sphère de l’Histoire immédiate, contre ce qui nous détruit ou nous asservit, il faut aussi sans doute se demander au nom de quoi, de quelle conception de l’existence on le fait.
    Et d’abord, il faut fixer des bornes aux ambitions d’une action qui, souvent, n’est qu’une réaction, et, de ce fait, partage la même nature de ce contre quoi elle s’effectue. Combattre le capitalisme dit « ultralibéral » est vain si c’est pour revendiquer la perpétuation d’un certain mode de vie, ou de survie, fondé sur justement ce qui a assis le libéralisme, l’hédonisme matérialiste, le productivisme, le subjectivisme individualiste et la massification des besoins, autrement dit l’économisme. De la même façon, il faut raison garder et se méfier des emballements, même si l’on peut comprendre qu’on ne s’engage pas sans un minimum d’enthousiasme, et même d’illusions. Ainsi, depuis 2008, voire avant, d’aucuns prédisent la crise finale, l’effondrement du système, la révolte des masses. Appartenant à une génération déjà ancienne, j’ai vécu maintes crises, maints hypothétiques « effondrements du système » et pas mal de révolutions annoncées comme imminentes. Non que je n’envisage que l’Histoire me donne tort, et qu’un mouvement insurrectionnel puisse avoir lieu, ici ou là, encore que j’en doute fortement, mais j’émets de sérieuses réserves en ce qui concerne le résultat d’un tel bouleversement, les séismes historiques ayant la plupart des fois, accéléré le processus de décomposition de la société en croyant remédier à ses maux. Il va aussi de soi en outre que nous nous trouvons dans un système quasiment inédit, qui se nourrit de la crise perpétuelle, laquelle révolutionne tout et profite des cassures de toutes sortes pour glisser des réformes définitives, parce que fondées sur l’assentiment des gens, et même, parfois, leur « intérêt » (car il faudrait aussi se défaire de la superstition qui voudrait que tout ce que la satisfaction épisodique du peuple, pour réelle qu'elle puisse être – par exemple obtenir des postes dans une économie nuisible, et même mortifiante – se concilie avec l'enjeu véritable d'un combat qui le dépasse la plupart des fois).
    Tout cela est bien expliqué dans une brochure, « Gouverner par le chaos » (Max Milo Editions, Paris, 2010, 9,90€ ). Dans ce pamphlet sont aussi décrits tous les moyens techno-scientifiques élaborés depuis un siècle pour manipuler et contrôler les masses.
    Plutôt que de s'en prendre aux partis de la collaboration, gauche, droite, extrême-gauche, extrême droite, en fait à une mince pellicule plus ou moins occulte, qui profite du système, et ne représente qu'elle-même, ou la voix du maître, il faudrait s'interroger sur l'existence d'un pareil état de fait, car le lierre ne prospère que sur un arbre mourant. A mon sens, la décadence de la France, de l'Europe et d’une partie majeure du monde, s'est manifestée à partir de l'idéologisation de la lutte politique, donc, à terme, du brouillage et de l'infection des rapports de force par la moraline et les délires intellectuels de pacotille. On n'a pas idée de ce qu'était le sens du pouvoir avant cette intoxication collective. On a perdu la vision saine de la hiérarchie, de la nature des conflits, et du prix à payer pour sauvegarder dignité et liberté d'être. Le mensonge a coiffé de son ombre empoisonnée tous les sursauts, populaires et élitistes, qui voulaient empêcher l'esclavage. Pire, plus on se débattait, plus on s'enlisait; plus on croyait se libérer, plus on se chargeait de chaînes. Si bien que le mensonge passe maintenant pour la plus grande liberté. En quoi consiste son plus grand triomphe.
    Cette substitution axiomatique a été analysée par Jean-Claude Michéa dans des ouvrages qui feront date, le dernier, Le Complexe d’Orphée ( Editions Climats, 2011) étant le plus suggestif. Il y dévoile en effet la généalogie de l’utopie moderne consistant à abstraire les hommes de leur substrat historique, et ses conséquences dans l'émergence du mythe du progrès.
    Si, de fait, le projet de domestiquer l’homme s’est accéléré par contrecoup aux guerres de religions du XVIe siècle, c’est à l’aube du XVIIIe siècle, du siècle dit « des Lumières », que le soubassement philosophique de l’entreprise de standardisation sociale et spirituelle s’est consolidé, notamment avec l’anglais Locke, qui opposa ses thèses sensualistes à Descartes, Malebranche et Leibniz. Voltaire, Condillac, Helvétius l’ont suivi sur cette voie, et en partie Rousseau et Diderot.
    L’ouvrage polémique posthume de Diderot, Le Supplément au Voyage de Bougainville, constitue justement un jalon essentiel du projet utopique contemporain, et il n’a cessé d’agir sur les imaginations. Tahiti, en effet, et la libre sexualité des îles « paradisiaques » des Mers du Sud, ont représenté longtemps des symboles, voire un programme, jusque dans le mouvement alternatif des années 60 du vingtième siècle.
    La thèse de Diderot, apparemment redevable de celle de Rousseau (mais en apparence seulement, car Rousseau reprend à son compte le legs religieux) est que la loi, la morale et les besoins doivent s'harmoniser, au profit des derniers. Le plaisir est l’indice d’une bonne adéquation entre les trois « codes », et le législateur sera attentif à se rapprocher le plus possible, et d’adapter subséquemment la loi, des nécessités physiologiques de l’homme. L’utilitarisme s’allie à l’hédonisme. Tout ce qui est transcendant, injonctif (hormis les nécessités naturelles), normatif, est perçu comme une atteinte à l’intégrité humaine. Diderot élude étrangement des informations délivrées par Bougainville, comme l’atrocité des guerres et de la torture pratiquées par les Tahitiens, l’esclavage et les grandes inégalités qui régulent leur vie économique et sociale, et, surtout, la dimension religieuse de leur civilisation, qui est remplacée par un naturisme naïf. Son « Autre » est à l’image de celui que notre monde nous propose bien souvent : idéalisé, réduit à sa composante la plus acceptable, la plus édifiante, la plus sympathique, et allégé de tout ce qui peut gêner et susciter un rejet. Ainsi de l’immigré, de l’homosexuel, du délinquant, etc., devenus les héros de notre temps.
    On voit bien comment l’utopie tahitienne peut servir de paradigme à l’utopie contemporaine, bien que Diderot eût l’intelligence de refuser toute application mécanique du modèle « sauvage » à l’Occident. En effet, l’île, en elle-même, suppose un monde coupé de toute contamination, de toute influence pernicieuse, de tout empoisonnement des cœurs et des consciences. Et c’est justement la volonté de rompre avec les liens historiques, entachés d’imperfections, qui impose cette icône insulaire comme symbole du projet d’Ordre mondial qui est à l’arrière plan de toutes les décisions de l’oligarchie transnationale contemporaine.
    Pour illustrer cet article, j’ai reproduit une photographie prise lors d’une visite de crèche, il y a un ou deux mois, par deux ministres, l’une, Najat-Belkacem, et l’autre, Dominique Bertinotti. Il s’agissait de la crèche de Bourdarias, à Saint-Ouen. Regardez, contemplez, admirez bien cette photo, qui serait parfaite pour illustrer une couverture du Brave New World d'Aldous Huxley... Toute la stupidité de ceux qui ont raison, contre la nature, contre le passé, contre les gens, contre la décence, resplendit dans ces sourires... Là est synthétisé le projet faustien, programmé et appliqué par ces petits militants de l'horreur déshumanisante, de transformer l'homme, de lui enlever tout repère, de le vider comme un poulet, de le chosifier, de le modeler au grès de lubies délirantes, de le livrer en pâture aux avidités marchandes et sexuelles... Toute la bêtise d'une époque qui se veut BONNE parce qu'elle cultive le mélangisme, l'indifférenciation, la vacuité, le déracinement universel. La bonté des éleveurs de bestiaux... Dans ces sourires s'affiche le triomphe satisfait et diabolique d'une entreprise de déconstruction et d'anéantissement.
    Il était jadis assez aisé d’être un homme d’honneur. La société fixait les règles : on vivait et on mourait pour la famille, le clan, la patrie, les dieux, Dieu ou même le prolétariat. La loi nous tombait dessus dès l’âge de raison, sans doute avant si, dès l’apprentissage de la langue maternelle, l’enfant suce le lait de la Tradition.
    Mais justement, la langue maternelle, on veut nous l’enlever, avec la mère, avec la Tradition. Et même, c’est en grande partie fait, et c’est même peut-être trop tard. La grosse classe moyenne noie tout, avec ses membres qui, désapprenant la réalité, régurgitent reliefs avariés de la propagande. Depuis que la société s'est arrachée à la campagne, aux travaux paysans, depuis que le cheval a été remplacé par l'automobile (on ne mesurera jamais assez ce que l'homme a perdu en rompant avec la civilisation du cheval!), dès que l'animal grégaire a décidé de cultiver, comme en serre, dans les grandes cités, ses perversions et ses lubies, dès qu'il a eu l'impression d'accéder au savoir positif, cette escroquerie qui n'est somme toute qu'un bagage portatif pour demi-savant prétentieux et intolérant, on s'est retrouvé dans la bulle éthérée des concepts et des conditionnements innombrables. C’est une expérience que celui qui sent profondément et ne se contente pas de la pâture idéologique quotidienne connaît bien, ce malaise face à des êtres qui croient penser en restituant un prêt-à-penser, un prêt-à-sentir, un prêt-à-rêver, un prêt-à-jouir. Le mécanique plaqué sur du vivant est la marque essentielle d’une société de marques, un automatisme qui conduit infailliblement tout aussi bien au tragique, dans ses variantes pathologiques, qu'au comique, dans sa déclinaison bouffonne. L’époque balance entre le tragique et le bouffon, les deux au demeurant exprimant l'angoisse, la mélancolie la plus sordide.
    Il serait bien difficile et téméraire de donner, en cette fin d’année, des conseils avisés, surtout s’ils sont politiques. J’avoue être, comme Baudelaire, antipolitique. En tout cas, je fais comme Mérimée qui, paraît-il, portait une broche au revers de laquelle était inscrite cette maxime : « Souviens-toi de te méfier ». En quoi il avait pourtant tort, car, comme le montrait son camarade Stendhal dans ses romans, il n’est sans doute pas de bonheur sans abandon à une certaine innocence de la confiance. Il faut parfois être enfant.
    Henri Beyle, d'ailleurs, qui a eu le génie de formaliser l’art de chasser le bonheur sous le nom de « beylisme », offre par sa vie et ses écrits une manière certaine d’échapper à la maladie moderne de l’aseptisation du moi, et donc à son anéantissement. Il utilise souvent, pour désigner des comportements chargés de caractère, le terme « singulier ». Cette singularité d’un être original, qui concentre, par divers moyens, dont l’énergie, l’indépendance de vue, l’humour, la distance et quelque chose qui l’intègre dans le jeu cosmique, un je ne sais quoi de divin, entre Eros et Apollon, me fait penser à la différenciation telle que la conçoit Julius Evola, qui, lui-même, dans « Chevaucher le tigre », se garde bien de donner des recettes de combat toutes faites.
    Il faut être soi. Indéniablement. Mais l’on voit que là commence la difficulté. Des mots avant tout. Car n’est-ce pas d’ailleurs le langage stéréotypé de la publicité qui prétend avec aplomb qu’on se retrouve en s’aliénant dans les objets ?
    J’ignore donc ce que signifie « être soi », mais il ne me paraît pas au-dessus des forces humaines d’éviter, ou de repousser ce qui peut empêcher de l’être. Nettoyer les portes de la perception est probablement le devoir le plus urgent.
    Avant donc de trouver le bonheur dans la concrétude des choses, des êtres, de Dieu, de leurs relations, d’épouser dans des noces pérennes la beauté réelle du monde, par laquelle nous nous sauverons, il est indispensable de s’interdire certaines fréquentations. J’irais presque à reprendre le fameux « Vade retro, Satanas ! ». Mais nous n’en sommes pas loin. Et un bon assainissement, outre qu’il rend la vie plus agréable, rend possible une autre occupation de l’être.
    Ainsi me semble-t-il très sain (puisque nous sommes au moment des bonnes résolutions), de ne plus perdre de temps à commercer avec les instruments de communication du système, télévision, radio d’informations, musique et images formatées, publicité, rassemblements festifs ineptes, de ne plus croire sur parole les explications et analyses qu’on déverse sur les cerveaux (et cela peut être très subtil), de ne plus utiliser des mots forgés par la fabrique langagière contemporaine, en grande partie américaine, mais de revenir aux sources de notre langue, qui est un outil de liberté, de connaissance, et de sensations, de ne pas consommer n’importe quel objet, souvent inutile ou nocif, sans en avoir estimé l'utilité, de ne pas imiter les emballements esthétiques de la masse, mais de me faire ma propre idée de ce qu’il faut aimer et savourer.
    Tout être qui ne veut pas se faire aspirer, avaler par la masse doit, en outre, approfondir, cultiver, élargir ce qu’il considère être sa voie, qu’elle soit religieuse, artistique, sentimentale, familiale, professionnelle... Tout devoir conduit au Grand devoir, qui est d’être à sa place dans l’univers voulu par Dieu. Il ne faut pas avoir peur, il faut oser, et se dire que ce que l’on a en face de nous est mensonger, donc faux et faible.
    Enfin, rien n’égale ce qui est concret, que l’on peut caresser réellement avec sa main ou son âme, son cœur, ce qui est là, près de soi, à portée de voix et de tendresse, la pierre, l’arbre, la compagne, le chat, le feu dans l’âtre, le vent qui gifle le visage, la pluie qui enveloppe le corps, la lumière qui éblouit, la terre qui porte les pas, et la maison qui abrite notre amour. Cela, c’est vrai, concret, réel. Il faut haïr l’abstraction, car elle est devenue le monde de fantômes errants qui nous hante et nous ensorcelle sans nous enchanter. La seule voie qui soit permise, à mon sens, est celle-là : celle de la proximité, de la présence, de la certitude d’être là, et bien là... nulle part ailleurs.

    Claude Bourrinet http://www.voxnr.com/

  • Projet de loi Peillon : dans la continuité de la destruction de l'Ecole

    Ce projet de loi n’est pas une « nouvelle lune » du nouveau ministre. Il s’inscrit dans la poursuite de la mise en œuvre de la « refondation » de l’Ecole, du primaire à l’université incluse, engagée depuis plus de 10 ans, puisqu’elle résulte de l’adoption de la charte de Claude Allègre en 1999. Cl.MB

    La logique du lieu de vie

    Cette « refondation » a été déjà très largement engagée au cours du quinquennat précédent. Elle vise à assurer une véritable rupture dans la transmission des connaissances et de la formation intellectuelle par la suppression de tous les cours (interdit, désormais, d'assurer des cours) pour les remplacer par des activités appelées « projets d’élèves », activités au cours desquelles l’élève est censé construire son savoir sans qu’il y ait obligation de résultat préétabli et contrôlé.

    Il ne s’agit donc plus d’une logique d’Ecole mais de lieu de vie.

    Des objectifs ambitieux ou des leurres ?

    Dans son article 1er sont définis les objectifs (affichés). A ce niveau, évidemment, il n’y a rien à dire :

    • « Rebâtir une Ecole juste pour tous, exigeante pour chacun » ;
    • « Elever le niveau de tous les élèves » ; • « Maîtriser les connaissances de base en français et en maths fin de CE1 » ;
    • « Maîtriser les instruments fondamentaux de la connaissance fin CE2 » ;
    • « Diminuer le nombre d’élèves sortant du système scolaire sans qualification » ;
    • « Réaffirmer des objectifs de + de 80% d’une classe d’âge au bac » ;
    • « Donner la priorité à l’école primaire pour réduire les difficultés scolaires… »

    En fait, il s’agit de ce que l’on pourrait appeler des « vœux pieux » si l’on était tenté de penser que l’intention existe. En réalité, ces pseudo-objectifs sont destinés à faire écran à une politique d’éducation qui poursuit des objectifs totalement inverses, comme nous allons le voir, et qui vont totalement à l’encontre de ce que les Français attendent de l’Ecole.

    Moyens humains : des emplois indifférenciés

    60.000 créations de poste sont programmés au cours du quinquennat.

    En réalité, il ne s’agit pas de programmer des postes d’enseignant mais d’ « emplois dans l’enseignement », emplois indifférenciés venant à la suite de la suppression de 80.000 postes d’enseignant et de 35.000 postes de surveillant sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy : il s’agit donc, en fait, de remplacer des enseignants diplômés par des « emplois » non qualifiés, ce qui permet déjà d’apprécier, à travers cette mutation du personnel d’encadrement, la révolution de l’Institution scolaire en lieu de vie.

    Par ailleurs, il est stipulé : « …il y aura plus de maîtres que de classes… pour accompagner des pédagogies innovantes (sic) au service d’une amélioration significative des résultats… » (resic) ! Les « pédagogies innovantes », ce sont les activités en remplacement des cours : il faut donc davantage de personnel pour animer que pour enseigner, ce qui sera le cas du primaire à l’université.

    La formation initiale se fera uniquement dans les IUFM rebaptisés « Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation » où les nouvelles recrues, vierges de toute connaissance, seront formatées pour faire de l’animation.

    A noter que ces écoles seront chargées également de la formation continue pour reconditionner les enseignants à l’animation.

    « Programmes » : le mot « connaissance » a disparu

    En réalité, il n’y a pas de programmes puisque le texte stipule que «… les programmes définissent des compétences attendues » et des « méthodes de travail » à assimiler… ». Or, les compétences passent par des savoirs préalables à acquérir et ces savoirs ne sont aucunement définis : ce n’est pas l’objet de cette « refondation » !

    Il est question, dans l’art. 6, de renvoyer à un décret la « fixation des éléments constitutifs du socle »… il n’est même plus formulé de « socle commun de connaissances » que les élèves étaient censés devoir acquérir à l’issue de la scolarité obligatoire, c’est-à-dire fin de 3e ; la formulation du mot « connaissances » a disparu, c’est dire !

    L’ « éducation artistique et culturelle » est le pivot sur lequel va reposer la « refondation »

    Il est stipulé qu’ « …elle se fait tout au long de la scolarité et … il est proposé d’adopter une approche globale qui couvre l’ensemble des enseignements mais aussi les actions éducatives sur les temps scolaires et périscolaires…», autrement dit les activités pseudo-culturelles dont les élèves vont être abreuvés serviront d’enseignement dans les autres disciplines ; elles remplaceront les cours de français, maths, sciences, histoire, géographie…

    Par ailleurs, « …Il sera fait une grande place aux technologies de l’information et de la communication dans les programmes d’enseignement… et aussi par des enseignements spécifiques… », autrement dit une place importante sera donnée à l’usage de l’ordinateur.

    Supprimer les évaluations pour supprimer les problèmes

    Dans ce cadre, les évaluations traditionnelles sont obsolètes. Elles sont donc supprimées ou dénaturées.

    Il est stipulé qu’ « …il y a suppression de l’obligation d’une évaluation prise en compte dans la suite de la scolarité… en raison de la difficulté d’évaluation et du rejet, par les enseignants, des outils d’évaluation lourds et peu coordonnés… ».

    En effet, dans le cadre de ces activités déjà en œuvre en grande partie, les enseignants « s’arrachaient les cheveux » car comment noter alors que l’activité est choisie par l’élève et que rien n’est défini au départ comme résultat à atteindre ? Les grilles d’évaluation étaient d’une complexité ahurissante !

    Donc, plus d’évaluation, plus de problèmes : en cassant le thermomètre, le malade est guéri !

    Dans la foulée, il est prévu la suppression de l’article qui détaille les acquis validés par le brevet et prévoit de fixer ses conditions d’attribution par décret, « …l’évolution du socle commun nécessitant de repenser le rôle de ce diplôme au terme de la scolarité obligatoire… » (sic) et, dans la foulée, le bac sera modifié « …afin d’expliciter les objectifs du diplôme… » (resic).

    Donc suppression ou dénaturation des évaluations à tous les niveaux, puisque les évaluations existantes dans le cadre des cours apprécient des connaissances et que ce n’est plus l’objet de la « refondation ».

    Organisation de l’Ecole en « cycles »

    Le projet de loi stipule que « …les progressions prévues par les programmes ne seront plus nécessairement annuelles… », que « le principe des cycles pourra ainsi être réellement mis en œuvre » et que « leur nombre et leur durée seront fixés par décret… ».

    La notion de classe est donc appelée à disparaître, ce qui est logique puisque, dans un cadre de lieu de vie où les enfants s’adonnent seulement à des activités, il n’y a pas de niveau à atteindre et les cycles permettant le regroupement d’élèves de niveaux et d’âges différents seront la règle.

    Regroupement école primaire/collège

    Pour ne pas effaroucher le public sur la primarisation du collège, le texte stipule simplement la « relation école/collège » (l’adjectif primaire est supprimé).

    Il est prévu la mise en place d’ « enseignements ou de projets pédagogiques communs » et … l’ « institution d’un conseil école/collège pour faire des propositions à cet égard, les modalités figurant dans les projets d’établissements et d’écoles… ». Donc, activités en commun école primaire/collège, ce qui se conçoit également dans un système où il n’y a pas de niveau à atteindre.

    Dans ce contexte, le principe du collège unique est forcément réaffirmé avec, par surcroît, la suppression des dispositions de la loi Cherpion du 28/07/11 qui prévoyait une initiation aux métiers en alternance pour les jeunes de moins de 15 ans.

    Survalorisation de la langue étrangère au détriment du français

    Alors qu’aucun contenu n’est défini par ailleurs dans les « programmes » où il n’est question que de « compétences » à acquérir, a contrario, pour la langue vivante étrangère dont l’enseignement doit commencer en CP, il est stipulé qu’il faut : « …insister sur la formation en langue vivante étrangère en préférant le terme d’enseignement (sic) à celui, plus vague, d’apprentissage utilisé dans la rédaction actuelle… ».

    Poursuivant ainsi, « …il convient de mettre un accent particulier sur la maîtrise des langues vivantes. Proposition d’un « véritable enseignement (bis repetita placent … de peur que l’on n’ait pas compris !) en langue vivante obligatoire dès le début de la scolarité obligatoire (CP)… »

    Par ailleurs, il est stipulé que « …la fréquentation d’œuvres et de ressources pédagogiques en langue étrangère est favorisée… ».

    Autrement dit, d’une part, seule la langue vivante étrangère est enseignée mais également la culture qui y est attachée, « fréquentation d’œuvres » : rien de tel pour le français. A noter également que « …les ressources pédagogiques », c’est-à-dire la documentation mise à la disposition des élèves d’une façon générale, doivent se faire prioritairement en langue étrangère.

    Il est donc très clair que cette survalorisation de la langue étrangère marque la volonté d’effacer notre identité culturelle française chez nos enfants en imprimant une culture étrangère dès la prime enfance pour les amener à s’identifier à cette culture.

    Conclusion

    Vide du contenu des connaissances à acquérir et de la formation intellectuelle, ce projet de loi marque le fait que l’ « Ecole de France » – publique et privée sous contrat – n'en est plus une. Elle devient une « auberge espagnole », sauf en langue vivante étrangère.

    Il apparaît donc urgent de nous mobiliser en masse pour exiger les moyens de la liberté scolaire pour tous les enfants, face à ce qu'il est convenu d'appeler un drame national.

    Claude Meunier Berthelot  http://www.polemia.com
    21/12/2012

    Nos lecteurs pourront aussi se reporter à :

    Claude Meunier Berthelot, Comprendre la « refondation « de l’école en 25 leçons, éditeur Trianons, novembre 2012, 144 pages, 15 € . A commander à chaPitre.com
    Contributrice régulière de Polémia, Claude Meunier Berthelot y décrit avec une belle alacrité la spirale du déclin de l’éducation nationale.