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culture et histoire - Page 2002

  • Le Grand Orient contre le Vatican

    Il y a presque un an, le 18 décembre 2008, le Saint-Siège et la France ont signé, « dans une discrétion voulue » écrivait Emile Poulat (La Croix, 7/8 février 2009), un accord « sur la reconnaissance des grades et diplômes dans l’enseignement supérieur ». L’accord est simple : la France rejoint enfin la pratique des autres pays européens en validant officiellement les études universitaires poursuivies dans les établissements supérieurs catholiques. En d’autres termes, une licence de lettres ou un doctorat en théologie préparés, par exemple, à l’Institut catholique de Paris seront désormais reconnus au niveau européen pour poursuivre d’autres études dans d’autres universités (publiques ou privées) ou postuler à des emplois dans les autres pays européens. Ce qui n’était pas le cas jusque-là.
    Mais cet accord reste très limitatif dans sa portée. La délivrance des diplômes universitaires reste interdite aux établissements supérieurs catholiques, l’Etat garde le monopole de l’attribution des grades et titres universitaires. Comme par le passé, soit la faculté catholique passe une convention avec une université d’Etat voisine qui valide la formation et délivre le diplôme, soit un jury d’Etat viendra évaluer les candidats et conférer le diplôme.
    L’accord du 18 décembre 2008 n’a été publié au Journal officiel que le 19 avril 2009. Le retard est dû, sans doute, à la colère et au mécontentement qu’ont exprimés plusieurs organisations laïques et certains milieux universitaires. Au printemps dernier, un « Collectif pour la promotion de la laïcité » s’est constitué contre cet accord. Il est composé d’instances maçonniques (au premier rang, le Grand Orient de France), d’organisations laïques, toutes paramaçonniques, et de quelques députés (tous francs-maçons, tel Michel Charasse  et Jean-Luc Mélanchon). Ce Collectif a lancé une pétition et préparé un recours « pour excès de pouvoir », déposé devant le Conseil d’Etat, demandant l’annulation du décret.
    Jean Baubérot, spécialiste de sociologie religieuse, chantre de la laïcité, a protesté, lui aussi, contre l’accord de décembre 2008 : « c’est un des fondements de la laïcité de l’enseignement qui est mis en cause, car celle-ci repose sur la collation des grades par les universités publiques ».
    Venu du protestantisme, partisan d’une « laïcité inclusive », foncièrement anticlérical sous son apparence historienne (« la nocivité des Jésuites a été pendant près de deux siècles une évidence sociale » a-t-il écrit récemment), Jean Baubérot rejoint la franc-maçonnerie dans sa dénonciation du « repli identitaire réofficialisant de façon rampante des ”racines chrétiennes” » (Le Monde, 11 mai 2009).

    Contre la « théocratie »


    Le Conseil d’Etat ne s’est pas encore prononcé sur le recours déposé par le Grand Orient et ses supporters. Aussi, les instances maçonniques montent à nouveau au créneau. Le G. O. vient de lancer une nouvelle publication Franc-Maçonnerie magazine, diffusée en kiosque. Dans le premier numéro, Pierre Lambicchi, le président du Conseil de l’Ordre du Grand-Orient de France, signe un article offensif intitulé : « Quand le Saint-Siège impose ses diplômes en France ». Il s’insurge contre l’accord de décembre qui, selon lui, « attribue un véritable pouvoir d’ingérence au Saint-Siège sur le territoire français ».
    Avec cet accord, il ne s’agirait de rien moins que d’ « une violation de la souveraineté de la République sur son territoire » : « Le Saint-Siège se retrouverait donc, si ce décret n’était pas annulé, dans la situation où une théocratie absolutiste et dogmatique dicterait à la République la reconnaissance des ”bons” diplômes et le rejet des “mauvais” diplômes, selon une appréciation purement religieuse et réduite au champ d’appréciation du dogme romain. »
    C’est, bien sûr, une lecture fausse de l’accord du 18 décembre que fait le Grand-Orient. Émile Poulat l’a souligné: cet accord «ne se prononce pas sur la valeur et les effets civils des grades et titres délivrés par ces établissements [catholiques], qui continuent de n’en pas avoir au regard du droit français. Pour exercer certaines professions ou accéder à la fonction publique, rien n’est changé aux dispositions en vigueur, même si rien n’est dit.»

    Yves CHIRON http://yveschiron.blogspot.fr/

  • Evola ou le conservatisme révolutionnaire

    L'expression de conservatisme révolutionnaire ou de révolution conservatrice n'est pas d'Evola ; il l'a empruntée aux intellectuels allemands du lendemain de la première guerre mondiale, qui refusaient à la fois la voie traditionnelle et la République de Weimar, signe de décadence, Parti du dadaïsme et de l'art abstrait, Evola évolua dans le sens d'une réflexion qui le rapprocha de R. Guénon, ainsi que l'indiquent ses ouvrages, La tradition hermétique, La doctrine de l'éveil ou Le Yoga tantrique. Ce qui nous intéresse ici, c'est le théoricien du déclin du monde occidental et le critique de la civilisation contemporaine: « Il y a des maladies qui couvent longtemps, mais dont on ne prend conscience que lorsque leur oeuvre souterraine est presque arrivée à terme. Il en est de même pour la chute de l'homme le long des voies d'une civilisation qu'il glorifia comme la civilisation par excellence. Si ce n'est qu'aujourd'hui que les modernes sont parvenus à éprouver le pressentiment qu'un sombre destin menace l'Occident, depuis des siècles déjà certaines causes ont agi qui ont provoqué un tel état spirituel et matériel de dégénérescence que la plupart des hommes se trouvent privés, non seulement de toute possibilité de révolte et de retour à la normalité et au salut, mais également et surtout de toute possibilité de comprendre ce que normalité et salut signifient ». Son intention est donc à la fois critique et édificatrice. D'une part il s'agit de montrer que l'homme moderne est incapable d'assumer sa civilisation, non point seulement dans certains de ses aspects particuliers, mais en bloc, d'autre part d'indiquer l'autre voie, encore qu'un petit nombre d'hommes soit vraiment apte à résister à la prostitution intellectuelle courante. Contre les prétentions de ceux qui affirment « la supériorité du monde moderne », il faut au contraire reconnaître « la nature décadente du monde moderne », ce qui veut dire qu'il est appelé à disparaître comme tout genre de vie prisonnier de l'histoire, à la différence de la vie traditionnelle dont le fondement est métaphysique, parce qu'il est dans l'être et non dans le transitoire de l'historicité. 

    Tout comme Guénon, Evola place son analyse sous le signe de ta conception hindouiste de la décadence, celle des quatre âges: satvâ-yuga, tretâ-yuga, dvâpara-yuga et kali-yuga. Les temps modernes correspondraient au dernier âge, l'âge sombre, qui précéderait la renaissance d'un autre et nouveau cycle de quatre âges. Indiquons brièvement que pour Evola le premier âge est celui de l'être, le second celui de la mère, le troisième celui de l'héroïsme et le quatrième celui du déclin. Il y aurait dégénérescence progressive d'un âge à l'autre, de sorte que, contrairement aux théories du contrat social et du progrès, communes à l'Occident, le premier âge ne serait pas celui du sauvage ou du barbare, mais l'âge d'or de la plénitude de l'homme. D'une façon générale, « de même que les hommes, les civilisations ont leur cycle, un commencement, un développement, une fin, et plus elles sont plongées clans le contingent, plus cette loi est fatale. Même si elle devait disparaître définitivement, la civilisation moderne ne serait certes pas la première qui serait éteinte, ni la dernière. Les lumières s'éteignent ici et se rallument ailleurs, selon les contingences de ce qui est conditionné par le temps et par l'espace. Des cycles se ferment et des cycles se rouvrent. Comme nous l'avons dit, la doctrine des cycles fut familière à l'homme traditionnel, et seule l'ignorance des modernes leur a fait croire, pour un temps, que leur civilisation, plus enracinée que ne le fut toute autre dans le temporel et le contingent, put avoir un destin différent et privilégié ». 

    Seul le dernier âge, le kali-yuga, celui de la décadence nous intéresse ici directement. Pour décrire le décrochage qu'il opère par rapport aux précédents, Evola utilise volontiers le procédé dichotomique: il oppose presque une à une ses caractéristiques à celles des âges antérieurs. Ces dichotomies ont leur source dans la séparation fondamentale entre l'être et le devenir, la surnature et la nature, le spirituel et le matériel: « Pour comprendre aussi bien l'esprit traditionnel que la civilisation moderne, en tant que négation de cet esprit, il faut partir de cette base fondamentale qu'est l'enseignement relatif aux deux natures. Il y a un ordre physique et il y a un ordre métaphysique. Il y a la nature mortelle et il y a la nature des immortels. Il y a la région supérieure de l'être et il y a la région inférieure du devenir ». Le monde moderne est celui de l'irréalisme, comme on peut le reconnaître à son goût pour l'artificialité technique, face à la réalité supérieure et transcendante de la vérité métaphysique de l'être. Cette conviction ne donne pas lieu à des théories discursives des sciences, limitées à l'espace et au temps, mais elle est une connaissance d'ordre intuitif, à laquelle on accède par l'initiation et la méditation. Or, le monde moderne tourne le dos à ce genre de connaissance, il renie l'être; il est une « époque de dissolution », fragmentant la réalité dans une multitude de débris qu'on proclame autonomes, mais jetés dans l'errance et l'oubli de l'Unité qui leur donne un sens. 

    Le monde moderne est en dissidence par rapport à la Tradition (Evola utilise en général la majuscule pour bien marquer qu'il ne s'agit pas des us et coutumes au sens ordinaire). La Tradition est l'ensemble des connaissances portant sur l'être et ses manifestations dans le monde, telles qu'elles nous ont été léguées par toutes les générations antérieures. Elle porte non pas sur ce qui a été donné une fois dans un temps et un espace déterminés, mais sur ce qui est toujours!, en Orient aussi bien qu'en Occident. On ne saurait donc la confondre avec la seule tradition religieuse, car elle concerne la totalité des activités humaines, ni avec le traditionalisme des écoles de pensée opposées à la Révolution française, bien qu'Evola reconnaisse l'importance de leur rôle. De son point de vue, « une civilisation ou une société est « traditionnelle » quand elle est régie par des principes qui transcendent ce qui n'est qu 'humain et individuel, quand toutes ses formes lui viennent d'en haut et qu'elle est tout entière orientée vers le haut ». La Tradition est ce qui consolide une société à travers tous les temps, à l'opposé des points de vue particuliers qui peuvent dominer une époque. En effet, la tradition au sens ordinaire se fait et se défait, tandis que la Tradition est consubstantielle à l'homme dans tous les temps. Elle oriente sa vie religieuse aussi bien que sa vie politique, économique et autre. 

    La décadence se manifeste à tous les niveaux de la vie et de l'organisation de la civilisation occidentale actuelle. Tout d'abord celle-ci fait de l'homme un individu abstrait limité à ses droits et qui n'est qu'un sujet de revendications, à la différence de l'être de la Tradition qui est personne, en constante relation horizontale avec les autres et verticales avec le Tout. L'individu est l'atome perdu dans une collectivité, la personne est l'être original d'une même humanité organisée organiquement. En conséquence, Evola rejette le libéralisme individualiste en tant qu'il proclame l'égalité des hommes à tous les points de vue. Il est en contradiction avec le principe des indiscernables, « en vertu duquel un être qui serait à tous points de vue parfaitement identique à un autre ne formerait qu'un seul et même être avec lui »II. Ainsi compris, l'individualisme est une manifestation de la décadence par décomposition de l'être et par dissociation de ses caractères propres: il est une subversion à la fois de la raison logique et de l'ordre naturel des choses. Une pareille conception ne peut que précipiter l'individu soi-disant libre dans le totalitarisme où l'égalité devient anonymat sous prétexte de nous libérer encore davantage. 

    Il va de soi que dans ces conditions, Evola voit un autre signe de décadence dans l'écrasement des structures hiérarchiques et, partant, dans la dissolution de l'autorité. Peu importe la manière dont on a historiquement conçu la hiérarchie - caste, lignage, famille - ce qui est important, c'est le respect de l'idée hiérarchique, de l'articulation des groupes selon les fonctions qu'ils remplissent dans l'ensemble social. Dans la civilisation occidentale la société devient une simple juxtaposition d'intérêts et de désirs divergents qui entretiennent entre eux une lutte sans merci, sous les dehors d'une prétendue fraternité. On assiste au primat de l'idée de série. S'opposant à toute « statolâtrie », qui est le propre de tout totalitarisme, dont le jacobinisme a été le précurseur, il fait un plaidoyer en faveur de l'Etat organique. « L'idée d'Etat organique est une idée traditionnelle, si bien que l'on peut dire que tout véritable Etat a toujours eu un certain caractère d'organicité. Un Etat est organique lorsqu'il a un centre et que ce centre est une idée qui modèle efficacement, par sa propre vertu, ses diverses parties; lorsqu'il ignore la scission et 1'« autonomatisation » du particulier, et que, grâce à un système de participations hiérarchiques, chacune de ses parties, dotées d'une relative autonomie, remplit une fonction et se trouve intimement reliée au tout ». Dès que l'on perd le sens de l'organique on perd également celui de l'élite, non point parce que l'élite disparaîtrait, mais parce que, au lieu d'être au service de la communauté sociale, elle se transforme en oligarchie uniquement soucieuse de défendre ses idées et intérêts partisans au détriment de l'ensemble de la société. Il s'agit pour l'oligarchie partisane de faire passer coûte que coûte ses idées, la société dût-elle en pâtir dans sa substance. 

    Evola s'en prend aussi à un aspect plus insidieux que les autres de la décadence, parce qu'on le fait passer pour la conquête essentielle de la civilisation occidentale: le développement économique. C'est ce qu'il désigne par « démonie de l'économie ». Son attaque se dirige aussi bien contre le capitalisme que contre le socialisme, les deux sacrifiant au même mythe de la productivité salvatrice. « Le concept de civilisation se confond, à peu de chose près, avec celui de production. On n'entend parler que d'économie de consommation, de travail, de rendement, de classes économiques, de salaires, de propriété privée ou socialisée, de marché du travail, ou d'exploitation des -travailleurs, de revendications sociales, etc. Pour les uns comme pour les autres on dirait vraiment qu'il n'existe que cela au monde... Tout cela témoigne d'une véritable pathologie de la civilisation ». L'aberration à repousser au premier chef est celle qui présente l'économie comme un phénomène « neutre ». Elle ne l'est pas puisqu'elle sacrifie l'esprit à la matière et réduit toutes les valeurs à celle de la prospérité : « Les vraies valeurs n'ont aucun rapport nécessaire avec des conditions sociales et économiques meilleures ou pires ». Le primat que l'on attribue à l'économie n'est que l'appât destiné à rendre l'homme prisonnier de son corps en le coupant des valeurs spirituelles, plus essentielles, parce qu'elles ne concernent pas seulement son animalité, mais son humanité, c'est-à-dire sa spécificité ineffaçable. 

    Ce dépistage des signes de la décadence, Evola l'a mené dans toutes les sphères de la civilisation occidentale, dans l'art, la science, la religion, la philosophie, la politique européenne, etc. Il serait trop long de le suivre indéfectiblement sur toutes ces traces. Relevons seulement encore deux points de son enquête. En premier lieu il met en cause la démographie, le phénomène de la surpopulation. Il se prononce pour la limitation des naissances - le natalisme n'étant à ses yeux qu'une autre manière de privilégier le quantitatif et le matériel contre le spirituel. En second lieu, il est un des rares théoriciens de la décadence à avoir mis l'accent sur la gynécocratie, la féminisation de la vie moderne - en référence à J . Bachofen. Cette orientation déjà amorcée dans sa Métaphysique du sexe, s'exprime plus nettement dans Chevaucher le tigre. Il n'est pas anti-féministe - son chapitre sur la « civilisation de la mère » dans Révolte contre le monde moderne en témoigne - mais il s'élève contre l'équivoque matérialiste du sexualisme. Celui-ci constitue une forme de dissolution qui a son origine dans la prééminence revendicative des femmes d'aujourd'hui. 

    La conséquence en est une licence érotique qui détruit les mreurs, les rites et les règles tout en intoxiquant les esprits avec des frustrations, des névroses et des complexes. Ce qu'il déplore, c'est l'égalitarisme des sexes qui signifie « le renoncement de la femme à son droit d'être femme », ainsi que la promiscuité qui s'ensuit, qu'il condamne également dans d'autres domaines. Le sexualisme actuel est à ses yeux quelque chose d'inauthentique, d'artificiel, contraire à l'ordre de la nature. La question n'est pas d'être rigoriste ou, suivant l'expression de Pareto, vertuiste, mais de reconnaître que le sexe ne constitue pas une valeur à privilégier, étant donné qu'il a son rang dans une hiérarchie des valeurs. 

    Dans le fond, la raison essentielle de la décadence réside dans la perte du sens de la transcendancel! Cette perte entraîne tout le reste: la mise en question de l'autorité, l'hostilité à la hiérarchie, la méconnaissance de la signification du rite, l'atomisme individualiste, le mépris de la patrie et l'abandon à la prospérité économique. Dans cet esprit, Evola s'oppose même au courant du traditionalisme moderne, dans la mesure où celui-ci ne vise qu'une restauration politique et non la redécouverte des valeurs spiritl1elles. Tout se passe comme si Dostoievsky avait raison par le truchement de Kirillov, lorsque celui-ci exprimait le désarroi de l'homme moderne en proclamant que l'homme n'a inventé Dieu que pour pouvoir vivre sans se tuer. C'est mettre le doigt sur la fissure du monde actuel qui ne croit en Dieu que pour des motifs purement utilitaires et pragmatiques. La transcendance est absente de ce genre de réflexion. Tout ce que la philosophie existentialiste a trouvé pour répondre au vide laissé par la perte du sens de la transcendance, c'est la notion de projet, au sens où l'homme serait son propre projet. Or, celui-ci reste vide de contenu tant que l'on n'est pas capable de donner une signification à la mort. 

    Pour Heidegger l'existence est conçue comme une « vie pour la mort ». C'est encore demeurer dans l'immanence de la civilisation actuelle. En effet, pour la Tradition les choses se présentent évidemment d'une façon différente, lorsqu'on ne cherche pas directement la mort, mais qu'on la fait entrer, pour ainsi dire, dans la vie, sans que mort et vie coïncident. Evola rappelle à ce propos le dicton oriental « La vie sur terre est un voyage de nuit », un voyage entre deux lumières, celle qui se trouve « avant » l'existence empirique et celle qui se trouve « après », ce qui veut dire que « la naissance est un changement d'état et la mort un autre changement d'état ; l'existence dans la condition humaine sur la terre n'est qu'une section limitée d'un continuum, d'un courant qui traverse des états multiples ». Encore faut-il ne pas confondre cette conception avec le mysticisme frelaté du néospiritualisme occidental. Ses manifestations « représentent quelque chose d'hybride, de déliquescent et de subintellectuel. Ce sont comme les fluorescences qui se manifestent lors de la décomposition d'un cadavre ; c'est pourquoi il faut voir dans ces tendances non pas l'opposé de la civilisation crépusculaire d'aujourd'hui, mais (...) comme une de ses contreparties qui pourrait même, si ces tendances se confirmaient, être le prélude d'une phase régressive et dissolutive plus poussée ». La Tradition n'est pas un moyen de consolation pour des âmes inquiètes, mais la certitude de communier dans le Tout que certaines religions appellent Dieu dans un esprit de sérénité. 

    Pour Evola il ne fait pas de doute que nous vivons dans un « monde qui se défait », dans la « phase terminale d'un cycle », celle de l'âge sombre du kali-yuga. La dissolution est générale. En tout cas, il n'y a aucune raison de regarder « la civilisation moderne comme la civilisation par excellence, l'apogée et la mesure de toute autre ». Faut-il tourner les regards vers l'Orient, comme le recommande Guénon ? Tout en reconnaissant la validité d'une telle démarche, Evola pense cependant qu'on pourrait « trouver des exemples et des références valable, en partie du moins, dans notre propre passé traditionnel, sans avoir à se tourner vers une civilisation non européenne ». D'ailleurs, les civilisations orientales sont déjà infectées par le virus de la dégénérescence qui affaiblit l'Occident, de sorte qu'on peut penser qu'elles nous rejoindront bientôt dans le déclin et qu'elles seront confrontées aux mêmes problèmes de la dissolution. « Le désert croît » et il n'existe plus de civilisation actuelle qui puisse servir de référence ou d'appui. On peut cependant formuler, sur la base des cycles, l'hypothèse suivante: « le processus descendant de l'âge sombre dans sa phase finale a commencé chez nous; c'est pourquoi il n'est pas exclu que nous soyons aussi les premiers à dépasser le point zéro à un moment où les autres civilisations, entrées plus tardivement dans le même courant, se trouveraient au contraire plus ou moins au stade qui est le nôtre actuellement ». 

    Cette perspective commande une attitude, même si elle doit aller à contre-courant : faire face à la subversion en se déclarant franchement traditionaliste, et s'il le faut réactionnaire. Bien que le mot soit chargé d'infamie, au point que ceux qui sont de cette famille d'idées se disculpent d'en être, il faut faire front. Toute l'histoire est faite de réactions à des situations antérieures. « Si la partie n'est pas encore perdue, l'avenir n'appartiendra pas à ceux qui se complaisent dans les cogitations hybrides et déliquescentes propres à certains milieux qui ne se déclarent pas à proprement parler de gauche. Il appartiendra à ceux qui auront le courage d'adopter une attitude radicale ». Dans le même esprit, il ne faut pas avoir peur de se dire conservateur, la meilleure manière étant de se réclamer du conservatisme révolutionnaire. Cette expression est particulièrement bien adaptée, puisque chaque cycle représente dans la pensée traditionnelle une révolution au sens originel du terme. « Pour le vrai conservateur révolutionnaire il s'agit d'être fidèle, non à des formes et à des institutions du passé mais à des principes dont elles ont pu être l'expression particulière et adéquate pendant une période et dans un pays déterminé. Autant ces expressions particulières doivent être, en soi, tenues pour caduques et changeantes, car elles sont liées à des situations historiques qui, souvent, ne peuvent se répéter, autant les principes correspondants gardent leur valeur propre que n'affectent pas de telles contingences, autant ils demeurent, au contraire, d'une permanente actualité ». Pour sortir de la confusion présente des idées il est indispensable d'afficher également ses idées en ne rougissant pas de se présenter sous leur bannière. La crise actuelle est suffisamment dramatique pour qu'on s'efforce de mettre en harmonie ses idées et ses attitudes, quitte à devoir affronter les quolibets des conformistes d'une intelligentsia insipide à force de ronronner dans ses répétitions et rodomontades.

    Auteur inconnu http://agedefer.over-blog.net

  • Le manque d’eau pourrait briser le règne des énergies fossiles

    L’année 2012 s’achève dans le gris. Les discussions sur le réchauffement climatique se sont enlisées et se terminent dans l’épuisement collectif. Les climato-sceptiques ont gagné la seconde manche.

    Sécheresse aux Etats-Unis, été 2012

    Ils avaient perdu la première, lorsque l’immense majorité de la communauté scientifique, une bonne partie des pays de l’OCDE, l’Agence internationale de l’énergie et beaucoup d’ONG étaient parvenues à inscrire le risque climatique à l’agenda régulier des nations. A Doha, c’est l’échec et peut-être la triste réalité décrite dans ce journal (LT du 19.12.2012) par Raphaël Arlettaz, professeur d’écologie à l’Université de Berne : «[…] Nous sommes dans le déni des dommages que l’on cause à la biosphère et, par ricochet, à notre propre espèce. […] Même lorsque nous sommes conscients de notre impact, l’action nécessaire pour en éviter les conséquences n’est que rarement mise en œuvre.»

    Raphaël Arlettaz parle d’une incapacité intellectuelle à intégrer une menace à laquelle l’humanité n’a jamais été confrontée, «un mismatch évolutif». Au plan économique, cela se traduit par des prix d’énergies polluantes ou dangereuses pour l’évolution des espèces qui n’intègrent pas le futur, en dépit du lourd tribut déjà payé par l’humanité.

    Au contraire, l’impensable imaginé lors de l’élaboration du Traité de Kyoto est en train de se produire. Le charbon fait son retour en Europe, en Allemagne notamment, aux Etats-Unis et progresse fortement en Asie. Selon les derniers scénarios de l’Agence internationale de l’énergie, la consommation de houille, la forme la plus sale des énergies fossiles, pourrait surpasser celle de pétrole en 2017. Un cauchemar pour le climat et les maladies respiratoires, une source de pollution au mercure et, moins connue, de radioactivité.

    Autre révolution imprévue : l’abondance de gaz et de pétrole non conventionnels repousse sans doute d’une ou deux décennies la pénurie tant annoncée, le fameux «pic» pétrolier. Si l’on applique la thèse du biologiste, il est quasi certain que ce risque quantitatif ne soit détecté par les prix que la veille des mauvaises nouvelles. C’est les limites des bienfaits de la spéculation: dans le déni, les acteurs économiques ne changeront pas leurs pratiques.

    Le moment gris devient carrément sombre, à tel point que beaucoup imaginent déjà que la seule voie raisonnable est de jeter l’éponge et de se préparer à affronter frontalement les conséquences du réchauffement. Il existe pourtant une lueur d’espoir. Le développement des hydrocarbures pourrait être contrecarré par le manque d’eau et les coûts de plus en plus exorbitants du refroidissement.

    Michael Lieb­reich, directeur de Bloomberg Energy Finance, livre quelques chiffres intéressants dans l’une de ses dernières études. Les chaudières thermiques (gaz, charbon et nucléaire) utilisent des quantités phénoménales d’eau.

    Ainsi, une centrale à gaz de taille moyenne aux Etats-Unis (450 mégawatts, soit la moitié de la puissance d’une centrale nucléaire) consommera 74 millions de mètres cubes d’eau durant l’entier de son activité; une centrale au charbon de 1,3 gigawatt (1300 mégawatts) en engloutira 1,4 milliard de mètres cubes, soit sept fois la consommation annuelle d’eau de la ville de… Paris.

    Le bilan du nucléaire est encore plus sévère. Certes, il existe des tours de refroidissement. Une partie de l’eau est évaporée et retourne au cycle naturel, mais elle aura été prélevée à un autre endroit. Quant aux usines proches des rivières ou de la mer, leurs rejets «chauds» perturbent de plus en plus les écosystèmes. A tel point que des réacteurs nucléaires américains sont aujourd’hui à l’arrêt. Personne n’a oublié les très graves difficultés d’EDF à l’été 2003, contraint de stopper l’équivalent de 16 gigawatts de son parc nucléaire et thermique.

    De fait, selon un autre rapport que vient de publier l’Agence internationale de l’énergie, plusieurs projets de centrale nucléaire ou au charbon sont stoppés en Inde ou en Chine en raison des difficultés à les alimenter en eau.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Rien qu’en Europe, on estime le secteur de l’énergie responsable pour 44% des prélèvements d’eau ou 8% de la consommation, principalement par les tours de refroidissement visibles au loin par leur grand panache blanc. En Asie, selon l’un des directeurs de General Electric, cité par Michael Lieb­reich, plusieurs grands projets de centrale thermique devront être tout simplement abandonnés, alors même que le risque de pénurie d’électricité est patent. Même en Arabie saoudite, pays qui regorge de pétrole, les besoins pour le refroidissement des centrales thermiques nécessaires à la dessalinisation de l’eau sont tels que le royaume va investir massivement dans l’éolien, contraint de réduire ses coûts liés à l’usage d’eau.

    Pour Michael Liebreich, la molécule bleue pourrait bien devenir le meilleur avocat des énergies vertes, solaire ou vent, qui consomment très peu d’eau. Mais le combat, une fois de plus, est inégal. Selon le New York Times, le lobby des énergies fossiles a dépensé, durant la campagne américaine, 153 millions de dollars pour promouvoir les énergies fossiles, contre à peine 41 millions pour les énergies propres. Au final, le facteur déterminant, ce sera celui des prix. Et là, les nouvelles sont plutôt rassurantes. Ce sera l’objet d’une chronique en 2013. De joyeuses Fêtes d’ici là.

    Le Temps (21 décembre 2012) http://fortune.fdesouche.com

  • L’Ordre de Malte

    Ce film raconte la fascinante histoire des Chevaliers de l’Ordre de Malte et fait le point sur son actualité, en mêlant parole avertie des chevaliers de l’Ordre, récit d’historiens puis témoignages de soignants et de personnes prises en charges dans les institutions gérées par l’Ordre. Sur plusieurs territoires, de la Terre Sainte à Malte, en passant par Rome, nous découvrons les fondements de l’Ordre, son héritage et son utilité aujourd’hui.

    http://fr.altermedia.info/

  • 21 avril 753 avant J.-C. : LA FONDATION DE ROME

     

     
    Rome. Peu de lieux ont marqué aussi profondément l'Histoire. Une empreinte qui continue et qui a commencé il y a 2 761 ans, si l'on en croit la chronologie de Varron (avocat lié à Cicéron, savant et prolifique écrivain, ayant vécu de 116 à 27 avant l'ère chrétienne). La tradition concernant la fondation de Rome repose sur des auteurs latins (Tite-Live, Virgile, Cicéron, Properce) et grecs (Denys d'Halicarnasse et Plutarque).
    Que dit cette tradition ? Enée (d'où l'Enéide de Virgile), un prince ayant été un des chefs de son camp pendant la guerre de Troie, réussit à fuir sa ville, prise par les Grecs, en emportant sur ses épaules son père Anchise (la mère d'Enée étant tout simplement - si l'on peut dire - la déesse Aphrodite, que les Romains appelèrent Vénus ... ) Après moult pérégrinations, Enée arrive sur les côtes italiennes, débarque au Latium où il prend contact amicalement avec le roi Latinus, dont il épouse la fille Lavinia. Enée fonde Lavinium et, après lui, son fils Ascagne, appelé aussi Iule (ce qui devait permettre, plus tard, à l'illustre famille des Iulii d'en faire son ancêtre ... ), fonde Albe-la-Longue. Ce sont leurs descendants, Romulus et Rémus, fils jumeaux de la vestale Rhéa et du dieu Mars, qui, livrés au Tibre mais recueillis par la louve du Lupercal, fondent Rome. Rémus, ayant commis une profanation en franchissant le sillon sacré déterminant les limites de la nouvelle ville, est tué par son frère, qui devient le premier roi de Rome, où il accueille les Sabins.
    On est, bien sûr, en droit de s'interroger sur la crédibilité de récits si émouvants, en lesquels certains n'ont voulu voir que d'édifiantes forgeries, façonnées a posteriori pour constituer une Histoire officielle. Mais l'archéologie leur apporte, au moins partiellement, un démenti. En effet, des fonds de cabane, découverts sur le Palatin en 1907 mais dégagés en 1949, sont situés près de l'endroit où les Romains conservaient pieusement le souvenir d'une casa Romuli (« la maison de Romulus »). Les morceaux de céramique recueillis sur le site ont été datés du milieu du VIIIe siècle, ce qui correspond à l'époque de la fondation de Rome transmise par la tradition.
    D'autres fonds de cabane de même époque ont été trouvés en un autre endroit du Palatin, ainsi que sur l'emplacement du futur Forum, où 41 tombes ont été identifiées, les unes liées à des rites de crémation, les autres d'inhumation. Puis, en 1988, les vestiges de plusieurs murs ont été mis au jour, semblant correspondre à une enceinte défensive.
    - Le Palatin paraît bien avoir été le berceau de Rome, dominant le Tibre sur les bords duquel devait s'installer plus tard le Forum boarium (le marché aux bestiaux). L'emplacement de la future capitale impériale avait été judicieusement choisi, si l'on en croit Tite-Live : « Ce n'est pas sans raisons que les dieux et les hommes ont choisi ce lieu pour bâtir notre ville : ces collines à l'air pur ; ce fleuve qui nous apporte les produits de l'intérieur et par où remontent les convois maritimes ; une mer à portée de nos besoins, mais à distance suffisante pour nous garder des flottes étrangères ; notre situation au centre même de l'Italie : tous ces avantages forment le plus privilégié des sites pour une cité promise à la gloire. »
    Ces éléments, que nous qualifierions aujourd'hui de géostratégiques, ont été, logiquement, pris en compte par un Romulus qui ne fut peut-être, selon le grand historien Marcel Leglay, que le chef d'une bande d'éleveurs quelque peu pillards, ces bergers célébrant un culte du loup qu'on retrouve dans le rite très ancien des lupercales. A juste titre, Leglay faisait remarquer dans son Histoire romaine (PUF, 1991, en collaboration avec Jean-Louis Voisin et Yann Le Bohec) que la date traditionnelle de fondation de Rome, le 21 avril, était aussi celle des Palilia, fête de la déesse Pales, protectrice des troupeaux et dont le nom a la même racine que celui du Palatin.
    Fondée par des pasteurs indo-européens (Dumézil a mis en évidence le rôle symbolique des premiers rois de Rome, incarnant chacun l'une des trois fonctions de souveraineté, action guerrière et force de production), Rome allait étendre, au fil des siècles, son pouvoir à toute l'Italie, puis à une grande partie de l'Europe et à tout le bassin méditerranéen. Les aigles de ses légions planent encore sur notre longue mémoire.
    Pierre Vial Rivarol du 25 avril 2008

  • 496 : De Tolbiac à Reims

    Bien qu'ayant accepté que fussent baptisés ses enfants, Clovis restait fidèle à ses idoles de pierre et de métal qu'il croyait plus viriles que la piété chrétienne. Mais ni Clotilde, ni Remi ne désespéraient...
    Cette année-là, la quinzième de son règne sur les Francs saliens, Clovis, trente ans, apparaissait plus que jamais comme le seul chef capable de réunir la Gaule. Point touché par l'hérésie arienne comme les autres occupants, Wisigoths et Burgondes, il pourrait s'appuyer sur le seul élément d'unité du pays : le christianisme. Mais il fallait avant tout que l'époux de Clotilde se convertît ; or, bien qu'ayant accepté que fussent baptisés ses enfants, il restait fidèle à ses idoles de pierre et de métal qu'il croyait plus viriles que la piété chrétienne. Mais ni Clotilde, ni Remi, ni Geneviève ne désespéraient...
    Une victoire inespérée
    Or les Alamans, alliés aux Burgondes, attaquaient ses cousins les Francs rhénans ; ils venaient même de blesser Sigebert leur roi. Il était temps pour Clovis de se couvrir à l'Est, et ce fut la mémorable rencontre de Tolbiac, que les Francs appelaient encore Zülpich (près de Cologne).
    Cela s'annonçait mal. Dès le matin, l'armée franque fut encerclée, et Clovis, le vainqueur de Syagrius, pour la première fois se sentit au bord de la reddition. Mais non ! Sa fierté même le poussa à proclamer le voeu de se convertir au Dieu de Clotilde s'il lui donnait la victoire, comme en 312 dans des circonstances semblables avait prié l'empereur Constantin. Aussitôt une flèche vint frapper le roi alaman. Ce fut la débandade dans le camp ennemi. La victoire était totale, miraculeuse. Dès son retour à Soissons il demanda le baptême.
    Il fut pour Remi un catéchumène impétueux mais plein de bonne volonté, sûr que Wotan et ses dieux l'avaient abandonné à Tolbiac. Restait un problème : ses soeurs Alboflède et Lantechilde l'imitaient, mais ses guerriers allaient-ils le suivre ? Et ne seraitil pas la risée des autres barbares ? La Gaule, en puissance la France, ne pouvait attendre : Remi balaya d'un revers de main ces considérations mondaines, et le baptême fut fixé à Reims à Noël de la même année (selon les sources les plus communément admises, qu'utilise Anne Bernet dans son Clovis).
    Le pacte avec Dieu
    Ce jour-là fut signé l'acte de naissance du royaume chrétien. Dans la cathédrale illuminée de tant de cierges que Clovis se crut au paradis, et avec l'intervention miraculeuse de la colombe blanche apportant le saint-chrême, le roi des Francs reçut le baptême des mains de Remi, trois mille de ses guerriers l'accompagnèrent et reconnurent solennellement avec lui le Dieu que définissait Clotilde comme « Celui qui a tiré du néant le ciel et la terre et par sa main créé le genre humain ». Ce fait est capital : le pacte de Reims ne fut pas celui d'une personne qui promit officiellement d'être fidèle à Dieu mais de tout un peuple dont les chefs d'alors s'engagèrent, pour les générations à venir, à reconnaître la Vérité et à y conformer leur vie personnelle et la vie de la cité. Le sang des martyrs avait manifesté la volonté de Dieu sur cette terre ; il fallait désormais que cette volonté divine rencontrât une volonté politique pour que pût commencer l'histoire de France (même si notre pays allait être désigné souvent comme la Gaule pendant encore trois siècles). Le roi des Francs, voyant très intelligemment la forte identité chrétienne de ce peuple politiquement désemparé par tant d'invasions, en adoptait la religion pour lui donner l'armature institutionnelle qui lui manquait. Tout discours sur l'identité française qui ignore que la France est née d'un baptistère n'est que mauvaise (et mensongère) littérature. Demander si la France est chrétienne c'est demander tout simplement si la France existe.
    Contre l'arianisme
    D'autant plus que si Clovis avait pensé que toutes les religions se valaient, il aurait suivi Wisigoths et Burgondes dans l'hérésie, et la France ne serait jamais née. De l'arianisme, ce christianisme au rabais qui n'était qu'un monothéisme théocratique ne reconnaissant pas le Christ pour intermédiaire entre Dieu et l'homme, il ne voulut point, car en retirant devant Remi ses colliers signes d'une "divinité" païenne, il marquait son refus de toute confusion entre les pouvoirs spirituel et temporel. Les esprits bornés d'aujourd'hui voient là l'origine de la laïcité républicaine, alors que la distinction des pouvoirs n'entraînait pas pour Clovis leur séparation, mais au contraire la liberté de soumettre son pouvoir à Dieu dans tout ce qui toucherait à la foi et à la morale. La mentalité moderne soumise religieusement à l'idéologie des Droits de l'Homme, est l'arianisme de notre temps.
    Ce faisant Clovis jeta un coup de pied dans la fourmilière "européiste" qui se mettait en place sous le signe de l'arianisme entre les Wisigoths d'Aquitaine et leurs cousins de l'autre côté des Alpes les Ostrogoths (dont le roi Théodoric était le mari d'Aldoflède soeur de Clovis...) avec la complicité des Burgondes de la Saône et du Rhône. En naissant chrétienne notre nation affirmait déjà son indépendance... Et Clovis, les années suivantes, se mit à commencer de faire la France, comme nous le verrons.
    Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 3 au 16 février 2011

  • Valeurs : le droit de transmettre, le droit de rester nous mêmes

    Si les questions du chômage, du pouvoir d’achat, de l’Europe, de l’insécurité, de l’immigration sont au cœur (par forcément dans cet ordre), des préoccupations de nos compatriotes, la défense de notre identité à laquelle un nombre croissant de Français attache une importance capitale, passe aussi par la défense de nos valeurs morales, éthiques, civilisationnelles. Dans la grande entreprise de destruction des repères qui ont structuré nos sociétés européennes, et plus largement d’ailleurs de nombreuses sociétés traditionnelles, force est de constater que la droite mondialiste n’a rien à envier à sa comparse de gauche. Comme l’a souligné Bruno Gollnisch, il existe là aussi dans ce domaine une simple différence de degré mais non de nature entre les deux pôles du Système.

    Un Système qui s’applique à dénoncer avec tout le vacarme nécessaire les discriminations, le sexisme, le racisme dont se rendraient coupables ces salauds de gaulois, pour mieux cacher la vaste entreprise de dépossession des autochtones de ce pays de leurs libertés, de leur souveraineté, de leurs spécificités culturelles et physiques dont ils sont priés de se débarrasser , voire d’avoir honte…

     Au rayon des farces et attrapes, l’association Ni Putes ni soumises (NPNS) que la socialiste Fadela Amara, ex néo sarkozyste qui vient d’appeler à voter François Hollande avait contribué à fonder en 2003, a bénéficié ces dernières heures du tam-tam médiatique. Subventionnée à hauteur de 500.000 euros par an avec nos impôts par l’UMPS , NPNS est  sortie un instant  de sa léthargie, via sa nouvelle présidente Asma Guenifi , qui a remplacé Sihem Habchi, accusée de dépenses somptuaires par ses petites camarades.

     Mme Guenifi a  en effet réclamé urgemment l’abrogation d’une ordonnance du 26 brumaire an IX (17 novembre 1800), toujours en vigueur dans la Constitution, indiquant que «Toute femme désirant s’habiller en homme doit se présenter à la préfecture de police pour en obtenir l’autorisation ».

     Chacun(e) aura noté que ce texte n’est plus appliqué, mais celui-ci  figure dans la liste des 17 points de revendications que l’ association socialiste compte présenter aux candidats à la présidentielle. L’urgence de la mesure ne sautera certainement pas  aux yeux de nos compatriotes , mais « l’abrogation de cette loi est symbolique. Mais on y tient car ce texte a un caractère régressif et humiliant, il légitime le contrôle du corps féminin », explique Asma Guenifi. Notons que c’est le seul point de la liste qui a été mis en avant,  ce qui augure du niveau des autres propositions avancées par NPNS…

     Dans la même rubrique, l’association féministe répondant au nom tout aussi délicat et poétique de Chiennes de garde s’est vantée du succès de sa campagne Osez le féminisme !, au terme de laquelle François Fillon a publié une circulaire supprimant les termes « Mademoiselle », « nom de jeune fille » et « nom d’épouse » des formulaires administratifs…

     Il n’est bien évidemment pas anodin que l’UMP au pouvoir ait autorisé dans le même mouvement l’enseignement dans les établissements scolaires (et à science-po) de la théorie du genre (gender), défendue notamment par le lobby homosexualiste et  popularisée par l ‘universitaire gauchiste américaine Judith Butler. Une folle théorie qui entend nous persuader que toute identité différenciée, notamment sexuelle, est le fruit de pressions, d’un fascisme social, une construction socioculturelle laquelle expliquerait uniquement nos différences d’aptitudes…

     Les Chiennes viennent également d’exiger le retrait d’une publicité diffusée actuellement à la radio, émanant du département du Jura qui proclamait, par l’intermédiaire d’une voix suave et féminine : « Mes rivières sont généreuses, mes courbes engageantes. Viens chez moi, je suis le Jura », « viens randonner sur moi. » Selon les Chiennes, cette publicité « diffuse et banalise, malgré son statut institutionnel, des fantasmes sexuels pour vanter une région et utilise donc le corps des femmes hors de propos ».

     Si la marchandisation du corps de la femme, l ‘hyper sexualisation agressive qui s’étale dans nombre de publicités est une incontestable réalité,  ladite association, bien dans le sens de la pente et du politiquement correct, n’avait pas réagi il y a quelques mois, lorsque le constructeur automobile Renault avait gratifié les Français de spots publicitaires odieux  pour un de ses modèles. L’un  montrait la complicité émue d’une mère apprenant que sa fille travaille dans un peep show (le rêve de toute maman pour sa progéniture ?), un autre un fils découvrant avec tendresse que son père fait des heures sup le soir sur un boulevard comme travesti…la prostitution masculine c’est plus fun ?

     Nous l’évoquions sur ce blog, un sondage opinion way paru en mars 2011 indiquait que 38% des personnes interrogées considéraient Marine Le Pen comme la candidate « d’une droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles »

    Valeurs traditionnelles, notions nous, vilipendées, brocardées, attaquées systématiquement par les faiseurs d’opinion, à commencer par les publicitaires chargés eux aussi d’occuper « le temps de cerveau disponible » de nos compatriotes, et de faire passer les « messages de tolérance. »

    Comme le réaffirmait Bruno Gollnisch lors de son discours du Congrès de Tours, la défense de la vie, la transmission de notre patrimoine culturel,  « la remise à l’honneur des valeurs traditionnelles et de droit naturel – ce n’est pas ringard, c’est moderne, de défendre les valeurs traditionnelles ! ». Il est temps, grand temps, que les Français renvoient définitivement dans le passé les acteurs d’un Système qui contribue tant à la ruine de notre pays et ce, dans tous les domaines.

    http://www.gollnisch.com

  • Quand les bourreaux deviennent victimes

    Le Figaro Histoire n° 4 - 26/11/2012
    Un universitaire américain dresse le bilan de l'immense exode des populations d'origine allemande chassées d'Europe centrale et orientale à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cet épisode dramatique, ponctué de meurtres, tortures, viols et suicides, avait provoqué entre 500 000 et 1,5 million de morts.
     
         Le 8 mai 1945, le IIIe Reich capitulait. Depuis le déclenchement de l’offensive soviétique en direction de l’ouest, au printemps 1944, et le débarquement anglo-américain en Normandie et en Provence, quelques semaines plus tard, la guerre était perdue pour Berlin. Le conflit s’était néanmoins poursuivi dix mois encore, transformant la défaite du Reich en descente aux enfers pour le peuple allemand.

         Un peuple allemand qui, ayant porté Hitler au pouvoir et ayant été associé à l’entreprise nazie, ne saurait être considéré comme innocent, sans que sa culpabilité ne puisse être clairement définie, toutefois, tant les mécanismes de contrainte de l’Etat national-socialiste étaient implacables et tant la notion de culpabilité collective est étrangère au droit occidental.

         C’est cette ambivalence qui explique la discrétion entourant une page dramatique de l’histoire : le sort subi par les 12 à 14 millions de civils allemands, en majorité des vieillards, des femmes et des enfants, qui, entre 1945 et 1947, ont été brutalement chassés des pays de l’Est où leurs familles vivaient depuis des générations et qui ont dû alors se replier sur une Allemagne dévastée, incapable de les accueillir.

         Professeur associé d’histoire contemporaine à Colgate University (New York), R.M. Douglas vient de publier sur cet épisode un livre subtil et documenté, qui a fait du bruit aux Etats-Unis et en Allemagne, où il a déjà été traduit. En France, où le sujet est d’autant plus méconnu que notre pays n’a eu aucune part à l’affaire, l’ouvrage surprendra, tant il révèle de faits inédits. Le propos de l’auteur est sans ambiguïté. « On ne peut légitimement établir aucune comparaison, écrit-il, entre les expulsions de l’après-guerre et les crimes de l’Allemagne à l’encontre des Juifs et d’autres victimes innocentes entre 1939 et 1945. » Mais cette remarque introduit ce constat : « Il ne faut pas en conclure pour autant que les expulsions étaient inévitables, nécessaires ou justifiées. »

         Du Moyen Age au XVIIIe siècle, l’Europe centrale, orientale et balkanique a fourni des zones de peuplement pour des groupes germaniques issus des Etats appartenant au Saint Empire ou relevant de la souveraineté des Habsbourg. Après la Première Guerre mondiale, dans la nouvelle Europe dessinée par l’amputation de l’Allemagne et le démantèlement de l’Autriche-Hongrie, on trouve dès lors des habitants de langue allemande en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Roumanie, en Italie, en Yougoslavie, en Pologne, dans les pays Baltes et jusqu’en Union soviétique.

         Depuis le XIXe siècle, le nationalisme allemand utilise l’existence de ces minorités comme base de ses revendications territoriales. A fortiori Hitler qui, dans sa vision raciale, assure vouloir réunir au sein du Reich tous les Volksdeutschen, terme qui englobe tous les ressortissants de langue allemande des autres Etats que l’Allemagne, et prétend secourir les Reichsdeutschen, citoyens des parties orientales du Reich, prétendument persécutés par les Juifs et les Slaves. Un programme qu’il met à exécution, en 1938, en annexant l’Autriche et, à l’issue de la crise de Munich, le pays des Sudètes, région tchèque où les germanophones sont localement majoritaires, puis, en 1939, en attaquant la Pologne au prétexte de venir en aide à la population de Dantzig, ville allemande à 96 % mais administrée par la SDN et située sur un territoire attribué à la Pologne en 1919.

         L’invasion de la Pologne, dépecée de concert avec l’URSS, alliée du Reich depuis le pacte  germano-soviétique d’août 1939, donne le signal de départ à la Seconde Guerre mondiale. En 1941, Hitler, maître de la moitié du continent, se retourne contre Staline. Le conflit, à l’Est, est effroyable, la Wehrmacht et l’armée Rouge rivalisant dans la violence et le meurtre de masse, même si leurs cibles ne sont pas les mêmes. A l’Ouest, l’occupation allemande provoque numériquement moins de victimes, mais est tout aussi cruelle. Dans les deux camps, la haine est à vif.

         Dès 1944, les Alliés se demandent quoi faire des minorités allemandes répandues à travers l’Europe. Churchill, dans un discours prononcé à la Chambre des communes, annonce que, pour éviter les tensions nationales après-guerre, ces minorités seront transférées en Allemagne. Les Soviétiques, eux, songent également au transfert, mais pas dans la même direction. Dès le mois de décembre 1944, dans la Hongrie qu’ils viennent d’occuper, les civils germanophones sont arrêtés et envoyés en URSS comme travailleurs forcés. En tout, entre 100 000 et 170 000 Allemands de Hongrie seront déportés dans les camps soviétiques.

         En janvier 1945, l’armée Rouge s’approche de la Pologne occupée par le Reich et de la Prusse-Orientale. Par fanatisme, les autorités nazies ont retardé au maximum l’évacuation des civils. C’est dans la panique, alors, que des centaines de milliers d’Allemands doivent partir à pied, dans le froid et la neige, afin de fuir les soldats russes qui violent, pillent et tuent, répondant aux exactions et aux crimes commis par la Wehrmacht sur le sol soviétique. Quand la route entre la Prusse-Orientale et le reste de l’Allemagne est coupée, les fuyards rejoignent le port de Dantzig où 350 000 soldats et 900 000 civils parviennent à embarquer, mais non sans péril : le 30 janvier 1945, un sous-marin soviétique torpille le Wilhelm Gustloff, un paquebot qui entraîne au fond de la Baltique 7000 de ses passagers, principalement des femmes et des enfants. Au total, entre 6 et 8 millions d’Allemands s’échappent des régions à l’est de la ligne Oder-Neisse avant que l’Armée rouge n’en prenne le contrôle.

         Deux mois après la capitulation du Reich, lors de la conférence de Potsdam (17 juillet - 2 août 1945), les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique, confirmant un principe esquissé en février à la conférence de Yalta, attribuent à l’URSS la moitié septentrionale de la Prusse-Orientale (dont la capitale, Königsberg), tandis que la Pologne, devenue un satellite soviétique, se voit confier les territoires allemands situés à l’est de la ligne Oder-Neisse. Les trois puissances victorieuses décident également l’expulsion des Allemands de Pologne, de Tchécoslovaquie et de Hongrie vers l’Allemagne, les réfugiés devant être dirigés, à parts égales, vers les zones d’occupation soviétique, américaine, britannique et française. L’article XII de l’accord de Potsdam précise ceci : « Ces transferts devront se faire de manière ordonnée et humaine ». Un vœu pieux.

         La France, cependant, n’a pas participé au sommet de Potsdam. Ne se sentant pas liée par un accord qu’elle n’a pas signé, elle refusera toujours la politique d’expulsions. Souci humanitaire ? Non, explique R.M. Douglas : Paris redoutait en réalité que l’accroissement de la population allemande ne crée un futur danger pour la France…

         C’est ainsi que, en vertu du projet de créer des nations homogènes, de la méfiance à l’égard des minorités allemandes, vues comme la source de troubles potentiels, et de la volonté plus ou moins consciente de punir collectivement les Allemands pour les crimes du nazisme, va avoir lieu la plus grande migration de l’histoire européenne.

         En Tchécoslovaquie, 700 000 civils allemands ont été chassés avant Potsdam, 2 millions le seront après, sur la base des décrets Beneš. Plus de 7 millions d’Allemands seront expulsés des nouveaux territoires de Pologne, pays où certains camps nazis, tout juste vidés de leurs détenus, serviront à regrouper des civils allemands. Hongrie, Roumanie, Yougoslavie, Union soviétique : R.M. Douglas expose les cas les plus hallucinants, avec leur cortège de viols, de tortures, de meurtres, de suicides et de morts de faim, de froid ou de maladie, au cours du déplacement forcé vers une Allemagne qui n’avait ni nourriture, ni logement à offrir aux réfugiés, et ce sous l’œil des Alliés. L’auteur, prudent avec les chiffres, estime que le nombre de victimes des expulsions se situe entre 500 000 et 1,5 million de morts.

         Dans sa conclusion, l’historien américain s’élève contre l’idée que « certains crimes selon le droit international ne devraient faire l’objet ni d’enquêtes ni de poursuites à cause de la sympathie qu’inspirent les coupables et/ou du peu de sympathie qu’inspirent les victimes ». Un peuple qui s’est fait bourreau peut ensuite, d’une autre manière, avoir été victime. C’est cela, la complexité de l’Histoire.
    Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com
    R.M. Douglas, Les expulsés, Flammarion. Traduit de l’anglais par Laurent Bury.

  • Lectures fermes pour une époque molle – Par Dominique Venner

    À celles et ceux qui me lisent, je présente tous mes vœux d’énergie, de courage et de beauté. Pour accompagner ces vœux, je vais commenter ma relecture récente d’un ouvrage fondamental et un peu oublié, voire dénigré (signe de qualité dans un environnement décadent) : L’Homme cet inconnu d’Alexis Carrel. Mon édition date de 1968, elle reprend l’édition Plon originale de 1935 (1) (image en Une, édition de 1957).

    Prix Nobel de médecine en 1912, le Dr Carrel ne fut pas seulement un biologiste inventif et un virtuose de la chirurgie, c’était un esprit d’une hauteur exceptionnelle. Loin de s’enfermer dans sa discipline, il s’intéressait à tout ce qui se rapporte aux mystères de la vie humaine envisagée sous ses aspects physiologiques, intellectuels et moraux afin d’améliorer la société moderne.

    C’était un esprit très ouvert et jamais dogmatique, qui s’exprimait avec une grande clarté. On trouve chez lui une foule d’observations précieuses pour se reconstruire ou éduquer les enfants. Celle-ci, par exemple sur les bienfaits de l’adaptation à des conditions de vie contrastées : « L’homme atteint son plus haut développement quand il est exposé aux intempéries, quand il est privé de sommeil et qu’il dort longuement, quand sa nourriture est tantôt abondante, tantôt rare, quand il conquiert par un effort son abri et ses aliments. Il faut aussi qu’il exerce ses muscles, qu’il se fatigue et qu’il se repose, qu’il combatte, qu’il souffre, que parfois il soit heureux, qu’il aime et qu’il haïsse, que sa volonté alternativement se tende et se relâche, qu’il lutte contre ses semblables et contre lui-même. Il est fait pour ce mode d’existence, comme l’estomac pour digérer les aliments. C’est dans les conditions où les processus adaptatifs s’exercent de façon intense qu’il devient le plus viril. On sait combien sont solides physiquement et moralement ceux qui, dès l’enfance, ont été soumis à une discipline intelligente, qui ont enduré quelques privations et se sont accommodés à des conditions adverses » (p. 282).

    Le Dr Carrel était un homme de son temps, un homme des années 1930, hanté, entre autres par les effets de la Première Guerre mondiale et de la grande crise économique consécutive au krach de 1929. Il avait une perception forte d’une dégénérescence des peuples blancs qui avaient été, depuis quatre siècles, les bâtisseurs d’un nouveau type de société associé au progrès des sciences et des techniques. C’était un volontariste, comme on l’était en son temps (avant les désastres de la Seconde Guerre mondiale). Il croyait fermement à la possibilité d’endiguer la déchéance qu’il voyait poindre. Pour cela, il pensait nécessaire de mettre ses conclusions à la disposition des réformateurs politiques en vue de décisions salvatrices. Cette ambition élevée était aux antipodes de l’individualisme forcené, des promesses de jouissance liée à la consommation de biens inutiles et du verbiage compassionnel qui dominent notre époque. Mais ces dérives décadentes actuelles n’auront qu’un temps, alors que les enseignements de Carrel ont une valeur éternelle.

    La foi qui l’habitait lors de la publication de L’Homme cet inconnu (plusieurs millions d’exemplaires vendus dans le monde entier) est résumé à la fin du livre en une page toujours actuelle. Après avoir rappelé le rôle des ordres monastiques et des ordres de chevalerie durant les périodes sombres du haut Moyen Âge, il enchaîne (p. 348) : « Il n’y aurait pas besoin d’un groupe dissident très nombreux pour changer profondément la société moderne. C’est une donnée ancienne de l’observation que la discipline donne aux hommes une grande force. Une minorité ascétique et mystique acquerrait rapidement un pouvoir irrésistible sur la majorité jouisseuse et aveulie. Elle serait capable, par la persuasion ou peut-être par la force, de lui imposer d’autres formes de vie. Aucun des dogmes de la société moderne n’est inébranlable. Ni les usines gigantesques, ni les offices buildings qui montent jusqu’au ciel, ni les grandes villes meurtrières, ni la morale industrielle, ni la mystique de la production ne sont nécessaires à notre progrès. D’autres modes d’existence et de civilisation sont possibles. La culture sans le confort, la beauté sans le luxe, la machine sans la servitude de l’usine, la science sans le culte de la matière permettraient aux hommes de se développer indéfiniment, en gardant leur intelligence, leur sens moral et leur virilité... » Virilité pour les hommes et aptitudes à l’amour, à l’énergie, au dévouement et à l’éducation des enfants chez les femmes, parmi bien d’autres qualités.

    Dominique Venner http://fr.novopress.info

    (1) Dr Alexis Carrel, L’Homme cet inconnu, Plon. D’occasion sur différents sites en ligne.[Note de Novopress : l'édition de 1999 est également disponible neuve.]

    Source : le site internet de Dominique Venner.