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culture et histoire - Page 2003

  • Ernst Jünger, lecteur de Léon Bloy

    Ernst Jünger, lecteur de Léon BloyLes sept marins du “renversement copernicien” sont un symbole, qu’Ernst Jünger met en exergue dans la préface des six volumes de ses “Journaux”, intitulés “Strahlungen”. Les notes de ces “Journaux”, rédigées pendant l’hiver 1933/1934 “sur la petite île de Saint-Maurice dans l’Océan Glacial Arctique” signalent, d’après Jünger, que “l’auteur se retire du monde”, retrait caractéristique de l’ère moderne. Le moi moderne est parti à la découverte de lui-même, explique Jünger, conduisant à des observations de plus en plus précises, à une conscience plus forte, à la solitude et à la douleur. Aucun des marins ne survivra à l’hiver arctique. Nous avons énuméré là quelques caractéristiques majeures des “Journaux” de Jünger. Celui-ci rappelle simultanément les pierres angulaires de l’œuvre et de l’univers d’un très grand écrivain français, qu’il a intensément pratiqué entre 1939 et 1945: Léon Bloy.

    Léon Henri Marie Bloy est né le 11 juillet 1846 à Périgueux. Il est mort le 3 novembre 1917 à Bourg-la-Reine. Il se qualifiait lui-même de “Pèlerin de l’Absolu”. Converti au catholicisme sous l’impulsion de Barbey d’Aurevilly en 1869, il devient journaliste, critique littéraire et écrivain et va mener un combat constant et vital contre la modernité sécularisée, contre la bêtise, l’hypocrisie et le relativisme, contre l’indifférence que génère un ordre matérialiste. Bloy remet radicalement en question tout ce qui fait les assises de l’individu, de la société et de l’Etat, ce qui le conduit, bien évidemment, à la marginalisation dans une société à laquelle il s’oppose entièrement.

    Conséquences de la radicalité de ses propos, de son œuvre et de sa langue furent la pauvreté extrême, l’isolement, le mépris et la haine. Sa langue surtout car Bloy est un polémiste virulent, à côté de beaucoup d’autres. Son Journal, qui compte plusieurs volumes, couvre les années de 1892 à 1917; sa correspondance est prolixe et bigarrée; ses nombreux essais, dont “Sueur de sang” (1893), “Exégèses des lieux communs” (1902), “Le sang du pauvre” (1909), “Jeanne d’Arc et l’Allemagne” (1915) et surtout ses deux romans, “Le désespéré” (1887) et “La femme pauvre” (1897) forment, tous ensemble, une œuvre vouée à la transgression, que l’on ne peut évaluer selon les critères conventionnels. La pensée et la langue, la connaissance et l’intuition, l’amour et la haine, l’élévation et la déchéance constituent, dans les œuvres de Bloy, une unité indissoluble. Il enfonce ainsi un pieu fait d’absolu dans le corps en voie de putréfaction de la civilisation occidentale. Ainsi, Bloy se pose, à côté de Nietzsche, auquel il ressemble physiquement, comme l’un de ces hommes qui secouent et ébranlent fondamentalement la modernité.

    L’impact de Bloy ne peut toutefois se comparer à celui de Nietzsche. Il y a une raison à cela. Tandis que Nietzsche dit: “Dieu est mort”, Bloy affirme “Dieu se retire”. Nietzsche en appelle à un homme nouveau qui se dressera contre Dieu; Bloy réclame la rénovation de l’homme ancien dans une communauté radicale avec Dieu. Nous nous situons ici véritablement —disons le simplement pour amorcer le débat— à la croisée des chemins de la modernité. Aux limites d’une époque, dans le maëlström, une rénovation s’annonce en effet, qu’et Nietzsche et Bloy perçoivent, mais ils en tirent des prophéties fondamentalement différentes. Chez Nietzsche, ce qui atteint son sommet, c’est la libération de l’homme par lui-même, qui se dégage ainsi des ordonnancements du monde occidental, démarche qui correspond à pousser les Lumières jusqu’au bout; chez Bloy, au contraire, nous trouvons l’opposition la plus radicale aux Lumières, assortie d’une définition eschatologique de l’existence humaine. Nietzsche a fait école, parce que sa pensée restait toujours liée aux Lumières, même par le biais d’une dialectique négative. Pour paraphraser une formule de Jünger: Nietzsche présente le côté face de la médaille, celle que façonne la conscience.

    Bloy a été banni, côté pile. Il est demeuré jusqu’à aujourd’hui un auteur ésotérique. Ses textes, nous rappelle Jünger, sont “hiéroglyphiques”. Ils sont “des œuvres, pour lesquelles, nous lecteurs, ne sommes mûrs qu’aujourd’hui seulement”. “Elles ressemblent à des banderoles, dont les inscriptions dévoilent l’apparence d’un monde de feu”. Mais malgré leurs différences Nietzsche et Bloy constituent, comme Charybde et Scylla, la porte qui donne accès au 20ième siècle. Impossible de se décider pour l’un ou pour l’autre: nous devons voguer entre les deux, comme l’histoire nous l’a montré. Bloy et Nietzsche sont les véritables Dioscures du maëlström. Peu d’observateurs et d’analystes les ont perçus tels. Et,dans ce petit nombre, on compte le catholique Carl Schmitt et le protestant Ernst Jünger.

    Si nous posons cette polarité Nietzsche/Bloy, nous considérons derechef que l’importance de Bloy dépasse largement celle d’un “rénovateur du catholicisme”, posture à laquelle on le réduit trop souvent. Dans sa préface à ses propres “Strahlungen” ainsi que dans bon nombre de notices de ses “Journaux”, Ernst Jünger cite Bloy très souvent en même temps que la Bible. Car il a lu Bloy et la Bible en parallèle, comme le montrent, par exemple, les notices des 2 et 4 octobre 1942 et du 20 avril 1943. C’est à partir de Bloy que Jünger part explorer “le Livre d’entre les Livres”, ce “manuel de tous les savoirs, qui a accompagné d’innombrables hommes dans ce monde de terreurs”, comme il nous l’écrit dans la préface des “Strahlungen”. Bloy a donné à Jünger des “suggestions méthodologiques” pour cette nouvelle théologie, qui doit advenir, pour une “exégèse au sens du 20ième siècle”.

    Mais Jünger place également Bloy dans la catégorie des “augures des profondeurs du maëlström”, parmi lesquels il compte aussi Poe, Melville, Hölderlin, Tocqueville, Dostoïevski, Burckhardt, Nietzsche, Rimbaud, Conrad et Kierkegaard. Tous ces auteurs, Jünger les appelle aussi des “séismographes”, dans la mesure où ils sont des écrivains qui connaissent “l’autre face”, qui sentent arriver l’ère des titans et les catastrophes à venir ou qui les saisissent par la force de l’esprit. Dans “Le Mur du Temps”, Jünger nous rappelle que ces hommes énoncent clairement leur vision du temps, de l’histoire et du destin. Trop souvent, dit Jünger, ces “augures” s’effondrent, à la suite de l’audace qu’ils ont montrée; ce fut surtout le cas de Nietzsche, “qu’il est de bon ton de lapider aujourd’hui”; ensuite ce fut aussi celui de Hamann qui, souvent, “ne se comprenait plus lui-même”. On peut deviner que Jünger, à son tour, se comptait parmi les représentants de cette tradition: “Après le séisme, on s’en prend aux séismographes” —modèle explicatif qui peut parfaitement valoir pour la réception de l’œuvre de Jünger lui-même.

    Le chemin qui a mené Jünger à Bloy ne fut guère facile. Jünger le reconnait: “Je devais surmonter une réticence (...) —mais aujourd’hui il faut accepter la vérité, d’où qu’elle se présente. Elle nous tombe dessus, à l’instar de la lumière, et non pas toujours à l’endroit le plus agréable”. Qu’est-ce donc que cet “endroit désagréable”, qui suscite la réticence de Jünger? Dans sa notice du 30 octobre 1944, rédigée à Kirchhorst, Jünger écrit: “Continué Léon Bloy. Sa véritable valeur, c’est de représenter l’être humain, dans son infamie, mais aussi dans sa gloire”. Pour comprendre plus en détail cette notice d’octobre 1944, il faut se référer à celle du 7 juillet 1939, qui apparaît dans toute sa dimension drastique: “Bloy est un cristal jumelé de diamant et de boue. Son mot le plus fréquent: ordure. Son héros Marchenoir dit de lui-même qu’il entrera au paradis avec une couronne tressée d’excréments humains. Madame Chapuis n’est plus bonne qu’à épousseter les niches funéraires d’un hôpital de lépreux. Dans un jardin parisien, qu’il décrit, règne une telle puanteur qu’un derviche cagneux, qui est devenu l’équarisseur des chameaux morts de la peste, serait atteint de la folie de persécution. Madame Poulot porte sous sa chemise noire un buste qui ressemble à un morceau de veau roulé dans la crasse et qu’une meute de chiens a abandonné après l’avoir rapidement compissé. Et ainsi de suite. Dans les intervalles, nous rencontrons des sentences aussi parfaites et vraies que celle-ci: ‘La fête de l’homme, c’est de voir mourir ce qui ne paraît pas mortel’ “.
    Bloy descend en profondeur dans le maëlström, les yeux grand ouverts. Cela nous rappelle la marche de Jünger, en plein éveil et clairvoyance, à travers le “Foyer de la mort”, dans “Jardins et routes”. Ce qui m’apparaît décisif, c’est que Bloy, lui aussi, indique une voie pour sortir du tourbillon, qu’il ressort, lui aussi, toujours du maëlström: “Bloy est pareil à un arbre qui, plongeant sa racine dans les cloaques, porterait à sa cime des fleurs sublimes” (notice du 28 octobre 1944). Cette image d’une ascension hors des bassesses de la matière, qui s’élance vers le sublime de l’esprit, nous la retrouvons dans la notice du 23 mai 1945, rédigée à la suite d’une lecture du texte de Bloy, “Le salut par les juifs”: “Cette lecture ressemble à la montée que l’on entreprend dans un ravin de montagne, où vêtements et peau sont déchiquetés par les épines. Elle trouve sa récompense sur l’arête; ce sont quelques phrases, quelques fleurons qui appartiennent à une flore autrement éteinte, mais inestimable pour la vie supérieure”.

    Dans la pensée de Bloy, Jünger ne trouve pas seulement une véhémence de propos qui détruit toutes les pesanteurs de l’ici-bas, mais aussi les prémisses d’un renouveau, d’une “Kehre”, soit d’un retournement, des premières manifestations d’une époque spirituelle au-delà du “Mur du temps”, quand les forces titanesques seront immobilisées et matées, quand l’homme et la Terre seront à nouveau réconciliés. Nous ne pouvons entamer, ici, une réflexion quant à savoir si Jünger comprend la pensée sotériologique de Bloy de manière “métaphorique”, comme tend à le faire penser Martin Meyer dans son énorme ouvrage sur Jünger, ou s’il voit en Bloy la dissolution du nihilisme annoncé par Nietzsche —cette thèse pourrait être confirmée par la dernière citation que nous venons de faire où l’image de l’épine et de la peau indique un ancrage dans la tradition chrétienne. Mais une chose est certaine: Bloy a été, à côté de Nietzsche, celui qui a contribué à forger la philosophie de l’histoire de Jünger. “Les créneaux de sa tour touchent l’atmosphère du sublime. Cette position est à mettre en rapport avec son désir de la mort, qu’il exprime souvent de manière fort puissante: c’est un désir de voir représenter la pierre des sages, issue des écumes les plus basses, des lies les plus sombres: un désir de grande distillation”.
    Alexander Pschera http://www.voxnr.com
    notes :
    Traduction française: Robert Steuckers).
    Alexandre Pschera est docteur en philologie germanique. Il travaille actuellement sur plusieurs projets “jüngeriens”.
    source:
    Junge Freiheit n°09/2005

  • Un déclin inéluctable ?

    Le 22 décembre dans l’émission Mediapolis sur Europe 1, l’ex Premier ministre Michel Rocard (de 1988 à 1991), figure respectée de la galaxie sociale-démocrate à laquelle appartient à l’évidence François Hollande, se fendait d’un aveu de poids  dans sa bouche : « La Banque de France disait-il, a été créé en 1801, et jusqu’en 1974, elle finançait l’Etat sans intérêt. Si on était resté là, la dette publique française serait de 16 ou 17 % de notre PIB. »

    C’est la  loi dite Pompidou-Giscard du 3 janvier 1973 dénoncée avec force par Marine Le Pen lors de sa campagne, qui a eu a pour conséquence « d’interdire au Trésor public d’être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France ». L’Etat français se trouve ainsi de facto sous l’emprise financière directe des banquiers privés. Les mauvais esprits ont souvent souligné que M. Pompidou avait fait largement carrière à la banque Rothschild.

    Ceux qui avaient alors entre les mains les destinées de la France ont accepté le transfert de la création monétaire nationale au secteur privé, aux banques privées. Nous empruntons désormais à un taux de 3% à des banques alors que la banque centrale publique prête elle à 1% .

    L’article 104  du traité de Maastricht, notions nous, traité combattu résolument  par le FN et Bruno Gollnisch lors de la campagne de 1992, a achevé de « verrouiller » le dispositif en ôtant le droit de création monétaire à la Banque de France , qui n’est plus qu’un simple relais, une chambre d’enregistrements des décisions prises par la Banque Centrale Européenne (BCE) de Francfort.

    Si on en était  resté également avant Maastricht, étape préalable indispensable à l’abandon de notre souveraineté monétaire , la France aurait conservé sa monnaie. Un franc dont les Français ont plus que jamais la nostalgie , selon un sondage Ifop pour le site d’informations Atlantico publié en début de semaine. A la question « onze ans après l’introduction de l’euro, regrettez-vous le franc ? »,  62% des personnes interrogées répondent par l’affirmative.

    « Le premier enseignement de ce sondage explique le directeur du département opinion publique de l‘Ifop, Jérôme Fouquet est que, contrairement à ce que les promoteurs de l’euro avaient annoncé, loin de s’estomper, le souvenir du franc et les critiques envers l’euro sont renforcés, notamment à l’occasion de la crise économique et financière ».  Les nostalgiques de la monnaie française étaient « 39% seulement en 2002 »…

    Le dévissage catastrophique, a de nombreux égards, du pouvoir d’achat des Français qui a résulté du passage à l’euro est aussi une des explications (certes pas la seule) du repli sans précédent du marché automobile français –voitures qui ne sont plus guère fabriquées en France…-  qui a atteint, a-t-on appris également cette semaine, son plus bas niveau depuis 15 ans : Le nombre de nouvelles immatriculations a chuté de 14,6% le mois dernier, de 13,9% sur l’ensemble de l’année.

    Et si droite et gauche euromondialistes, main dans la main, avaient abandonné la folle utopie ultra-libre échangiste imposée par Bruxelles, nul doute aussi que ce chômage endémique qui frappe la France et les Français, contre lequel le chef de l’Etat a promis  la mobilisation de son gouvernement,  aurait été jugulé.

    Déjà, pour arracher le « OUI» à Maastricht lors du référendum, la propagande bruxelloise avait martelé que l’abolition des frontières européennes allait ouvrir une ère de prospérité. Il ne fallait pourtant pas être grand clerc pour se rendre compte que les différences de niveaux de vie, la disparité des situations économique et des politiques sociales allaient entraîner, les délocalisations massives d’entreprises françaises vers des pays  où les coûts salariaux sont moindres.

    Aujourd’hui et plus que jamais, c’est bien l’établissement de contingents d’importation ou des barrières tarifaires sur les produits importés à bas prix qui serait une nécessité. En l’occurrence l’instauration d’un protectionnisme moderne par le biais notamment  de droits douaniers modulables et remboursables ; le rétablissement des « relations Europe-Monde sur la base de la préférence communautaire » théorisé par le  prix Nobel d’Economie Maurice Allais.

    Faute d’avoir suivi cette voie là, la France et l’Europe déclinent. Le  Centre d’observation économique et de Recherche pour l’Expansion de l’économie et le Développement des Entreprises (Coe-Rexecode) le relevait en mars  dernier, « la  part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB a diminué dans l’ensemble des pays de la zone euro, mais plus encore en France où elle a chuté de plus de 5 points en dix ans.»

    Entre 2000 et 2010, « dans l’ensemble des pays de la zone euro », «  le poids de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière dans le PIB est passé de 19,2 % à 15,5 % (soit un recul de 3,7 points de PIB). »

    « En France, ce recul est beaucoup plus marqué : la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB a perdu 5,2 points (plus de 100 milliards d’euros).Cette diminution ne résulte pas d’une croissance exceptionnelle des secteurs non industriels mais du recul de la part industrielle du PIB d’environ un tiers. »

    Nous l’avons vu, Marine Le Pen, Bruno Gollnisch, l’ensemble des dirigeants du FN ne cessent de le répéter, ce déclin n’est pas inéluctable. Mais dans ce domaine là aussi, les Français doivent saisir alors l’offre politique que nous leur présentons.

    http://www.gollnisch.com

  • Heidegger : la parole à la défense

    Agrégé et docteur en philosophie, Maxence Caron a publié un livre monumental sur la pensée d'Heidegger, primé par l'Académie française (1).
    Il dénonce la querelle qui agite les universitaires français autour de l'œuvre du philosophe allemand.

    Le Choc du mois : À votre avis, pourquoi veut-t-on brûler Heidegger ?
    Maxence Caron : Heidegger sert aujourd'hui de prétexte à alimenter la pauvreté de nos mythologies référentielles : pour une époque qui pense en mode binaire et distribue ses faveurs selon une basique dualité de catégories, partageant le passé et le présent entre les bien-pensants et les sorcières, il est toujours rassurant de ne jamais regarder plus loin que le bout de son petit confort manichéen. De même que le bourgeois devait autrefois apprendre les bonnes manières, ne pas mettre son coude à table, ôter son chapeau devant une dame ou ne pas se commettre avec certains milieux nuisibles à son avancement, il faut aujourd'hui prouver par des jappements de circonstances qu'on ne fréquente pas certaines œuvres,
    Dans ce contexte, s'informer en profondeur n'est pas considéré comme un devoir, et une simple ingestion des nouveaux dictionnaires d'idées reçues suffit à la plupart pour parvenir à leur fin. Tocqueville nous avait prévenus dans La Démocratie en Amérique : l'ère des masses est celle des plaisirs faciles et de l'instruction sans travail.

    Que pensez- vous de cette polémique à rebondissements ?
    Je n'ai nullement l'intention d'entrer ici dans la sempiternelle polémique, c'est-à-dire de nier la réalité du bref engagement politique de Heidegger ou au contraire de l'en accabler avec toute l'assurance que donne la position facilement dédaigneuse de ceux qui, historiquement, sont de l'autre côté de la barrière, il est tout autant regrettable de se laisser déchoir au niveau du révisionnisme que de hurler avec les loups. Je rappellerai seulement quelques points très objectifs.
    D'une part, Heidegger évoque en 1938 « les pénibles ramassis de choses aussi insensées que les philosophies national-socialistes » (Chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard, TEL, p 130). La pensée heideggerienne refuse par essence toute emprise du référentiel technologique contemporain sur les mentalités et déplore l'instrumentalisation de l'homme à des fins techniques ; elle remet en cause le concept de volonté de puissance ainsi que toute dérive biologique ou raciste dans l'interprétation de l'essence de l'homme, D'autre part, R. Safranski a montré dans sa biographie de Heidegger que ni le penseur ni l'homme n'était antisémite, ce qui est pourtant la condition sine qua non d'une appartenance théorique au national-socialisme. Il faut être aveugle ou n'y avoir rien compris pour ne pas voir que l'œuvre heideggerienne est le contraire du nazisme.
    Il y a là une triste évidence : s'entêter à faire subir des autodafés à l'oeuvre de Heidegger nous en apprend plus sur les pathologies de notre époque en quête de mythes fondateurs que sur le bouc émissaire qu'elle se choisit. On peut en tout cas lire, travailler et aimer la pensée de Heidegger sans crainte de se laisser sournoisement asperger de messages subliminaux nazis, de même qu'on peut lire, travailler et aimer l'œuvre de Platon sans crainte de devenir un rétrospectif suppôt du tyran de Syracuse.
    Propos recueillis par J, C. Le Choc du Mois février 2001
    (1) Heidegger. Pensée de l'être et origine de la subjectivité, Cerf, 2005, 1760 pages.

    Assez des épurateurs !

    Depuis quelques années, il est de bon ton d'initier des procès en sorcellerie à Martin Heidegger, Carl Schmitt voire Ernst Jünger, Sous prétexte qu'ils ont entretenu des liens plus ou moins ambigus avec le IIIe Reich, on ne devrait plus les lire ou même les éditer. Yves-Charles Zarka s'acharne ainsi sur Schmitt. Michel Vanoosthuyse sur Jünger et Emmanuel Faye sur Heidegger : Heureusement la riposte s'organise, notamment pour ce qui est de l'œuvre de ce dernier.
    Cette défense est d'abord le fruit de l'école française heideggérienne, longtemps animée par Jean Beaufret, destinataire de la célèbre Lettre sur l'humanisme. François Fédier, élève de Beaufret et traducteur du pourfendeur de la métaphysique, a réuni une dizaine de contributions sous le titre Heidegger à plus forte raison. Ce livre, accepté dans un premier temps par Gallimard, avant d'être refusé, vient de paraître chez Fayard,
    En réfutant le livre de Faye, Heidegger/l'introduction du nazisme dans la philosophie, en dénonçant les mensonges et les erreurs qu'il véhicule, les auteurs démontrent toute la distance existant entre la pensée d'Heidegger et le phénomène nazi. Que lui reproche-t-on en fait : de penser radicalement, d'affirmer que, depuis Platon, la philosophie occidentale a été celle de l'oubli de l'être ? Comme le dit Marcel Conche, Heidegger « est absolument exempt de ce qui est essentiel au national-socialisme : le racisme et l'antisémitisme ». François Fédier est tout aussi formel : « Il n'y a pas chez Heidegger de penchants pour le nazisme. »
    De jeunes philosophes sont également portés à la défense d'Heidegger. Ainsi Maxence Caron a publié sa thèse monumentale, portant sur l'ensemble de l'œuvre d'Heidegger, en insistant sur les correspondances poétiques de son ontologie (d'Höderlin à René Char en passant par Mallarmé). Il a également dirigé un Cahier d'histoire de la philosophie consacré à l'auteur d'Etre et temps (Cerf, 2006), On y trouvera notamment de remarquables articles de Rémy Brague, « la phénoménologie comme voie d'accès au monde grec », et de Jean-Louis Chrétien, « De l'espace au lieu dans la pensée de Heidegger ».
    De même le théologien Fabrice Hadjadj a défendu, dans les colonnes du Figaro littéraire du 18 janvier, l'intérêt de continuer à lire et à étudier Heidegger, saluant au passage le travail de Fédier et ses amis : « Le collectif lancé aujourd'hui en représailles accomplit une œuvre de salubrité. » Assez des épurateurs, et place aux philosophes !
    J. C. Le Choc du Mois février 2001

  • Commentaires sur Napoléon et la franc-maçonnerie

    Que sait-on sur cette société secrète dirigeant prétendument les affaires du monde ?

    Une légende en verrait l’origine parmi les constructeurs du Temple de Jérusalem. Mais sa véritable histoire prend sa source en l’an 614, bien avant Charlemagne, lorsque le Pape Boniface  IV octroie aux MAÇONS **, ARCHITECTES, SCULPTEURS etc., les premières FRANCHISES, qui les libéraient de tous les statuts locaux, édits royaux ou autres obligations imposées aux habitants des pays où ils allaient séjourner.

    Leurs avantages étaient d’importance capitale, leur assurant :
    - Le passage libre des frontières
    - Une justice indépendante
    - La transmission des SECRETS techniques et le service de l’Église.

    Mais au XVIème  siècle, la Révolution protestante entraîna les corporations de maçons, maîtres d’œuvre etc., travaillées par la rébellion à l’Église de Rome et le libre examen. Cette contagion de la RUPTURE entraîna troubles, guerres civiles et religieuses partout.
    C’est au XVIIIème siècle que se produisit sa rupture irréparable. Deux pasteurs protestants, Désaguliers en 1716 et  Anderson en 1739, ont fait détruire tous les documents anciens prouvant l’origine catholique de la franc-maçonnerie et rédigent les NOUVELLES CONSTITUTIONS.
    Les « loges » et « ateliers » deviennent peu à peu des instruments de la POLITIQUE ANGLO-SAXONNE. Et en 1773, se constituèrent en Angleterre la Grande Loge écossaise déiste et le Grand Orient de France, athée, qui se séparent.

    C’est ainsi que l’Église fut amenée à excommunier la franc-maçonnerie, d’abord en 1738, puis en 1751, par Benoît XIV. Il avait à cela d’excellentes raisons :
      - le SECRET auquel étaient tenus les franc-maçons : tout d’abord OPÉRATIF (se rapportant aux « chefs-d’œuvre » des cathédrales), il était devenu SPÉCULATIF, c'est-à-dire un engagement inconditionnel philosophique, idéologique pour un BUT INCONNU, avec l’entraide occulte entre tous les franc-maçons.
    - Secondement, la franc-maçonnerie devenait une puissance ANTI-CATHOLIQUE anglaise.
    - Enfin, son humanisme contraire à la vérité révélée, même en sa branche déiste au XXème siècle, après Jean Macé au XIXème, en 1875.
    Et le jugement négatif de l’Église sur la franc-maçonnerie reste inchangé. (1)

    *
    **
    Les grands philosophes français du XVIII siècle sont DÉISTES ou ATHÉES ; les « loges » et « ateliers » de la franc-maçonnerie dominée par l’Angleterre, ont marqué une VOLONTÉE DÉLIBÉRÉE de détruire l’église.
    Voltaire, auteur d’une immense correspondance, terminait toujours ses lettres par la formule: « ÉCRASONS l’INFÂME », c'est-à-dire l’Église catholique. Ils n’ont été que trop bien suivis pendant la Terreur!

    Il faut savoir que ces grands philosophes français – dont l’œuvre est admirable par ailleurs, puisqu’ils furent les chantres de la liberté et de l’égalité, dit-on – ont montré parfois un étonnant mépris du peuple! Ils ont même reproché à l’Église de l’instruire!
     
    En 1763, La Charlotais (1701-1785) qui venait de demander le bannissement des jésuites, écrivait : « N’y a-t-il pas trop d’écrivains, trop d’académies, trop de collèges ? Le peuple même veut étudier: des laboureurs, des artisans, envoient leurs enfants dans les collèges des petites villes où il en coûte peu pour vivre… Les “Frères de la Doctrine Chrétienne” qu’on appelle “Ignorantins” sont survenus pour achever de tout perdre. Ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n’eussent dû apprendre qu’à dessiner et à manier le rabot et la lime. Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s’étendent pas plus que ses occupations ».
    Le 28 février 1763, Voltaire lui répond: « Je vous remercie de proscrire l’étude chez les laboureurs. Moi qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manœuvres et non des clercs tonsurés. Envoyez-moi surtout des “Frères Ignorantins” pour conduire mes charrues et les atteler ».
    Les « Frères Ignorantins », ainsi appelés parce qu’ils instruisaient les ignorants, s’appelèrent aussi « Frères des Écoles Chrétiennes »; Ordre fondé au XVIIème siècle par saint Jean Baptiste de La Salle. Cet Ordre existe toujours.

    Le démantèlement de l’Église de France commença en 1790 par la CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ à laquelle tout prêtre devait porter serment, qui faisait élire le clergé par tous les citoyens – protestants et juifs compris – et interdisait l’obéissance au Pape! D’où la clandestinité et l’émigration, puis les massacres.
    Sous la Convention, les églises deviennent des « clubs » ou sont démolies; à Notre Dame de Paris, la « déesse Raison » (une danseuse de l’Opéra) est exhibée sur le Maître-autel pour la fête de l’« Être Suprême » des franc-maçons.   
    Les « loges » maçonniques et l’or anglais travaillaient notre malheureux peuple en sous-main et le duc d’Orléans lui-même en bénéficiait.

    Et le général Bonaparte, imprégné des idées nouvelles en leur partie raisonnable et en même temps rattaché à notre tradition Chrétienne ? 

    Idéal et ardente curiosité intellectuelle le poussèrent à un contact avec la franc-maçonnerie, à laquelle la plupart des officiers adhéraient, et en laquelle il voyait peut-être une société de secours mutuel en cette période sanglante. Sa lumineuse intelligence et son bon sens légendaire eurent vite raison de cette erreur. Et parvenu à la tête de l’État, l’Empereur Napoléon combattit ce pouvoir occulte dont beaucoup de rouages étaient manipulés par Londres.

    Ainsi, la tragédie historique – inoubliable épopée – se doublait en quelque sorte d’un drame occulte.
    Toute une bibliographie recueillie par l’historien Charles de Flahaut en 1943 (2) et totalisant 45 auteurs, permet de se forger une idée assez précise au sujet de l’entourage de Napoléon, qui fut victime non seulement de l’hégémonie anglaise, mais de trahisons flagrantes de la part de hauts dignitaires de l’État, de compagnons d’armes en qui il plaçait sa confiance, le cabinet de Londres tirant les ficelles.
    Ce que révèle l’historien est à proprement parler, ahurissant, et voici quelques noms découverts dans les fichiers des loges dès 1942 – toutes ces archives ayant été envoyées à la Bibliothèque Nationale-Richelieu après perquisitions:

    CLARKE, duc de Feltre, ministre de la Guerre, membre de la Loge du Grand Orient de France (GOF).
    AUGEREAU, maréchal de France, duc de Castiglione, grand officier d’honneur du GOF, membre de la loge « Les enfants de Mars » à l’Orient, du 27ème Régiment d’Infanterie légère.
    TALLEYRAND, prince de Bénévent, ex-évêque d’Autun, Grand Dignitaire, le plus ancien vénérable de la loge jacobine « Philalètes » à l’Orient de Paris. Membre des loges « Les Neuf Sœurs et les « Francs Chevaliers » à l’Orient de Paris.
    JOSEPH BONAPARTE, roi d’Espagne, Grand Maître du Grand Orient de France. (3)
    MARMONT, maréchal de France, duc de Raguse. Membre de la loge « La Candeur » à l’Orient, du quartier général du 6ème corps de la Grande Armée.
    Maréchal BEURNONVILLE, Premier Grand Maître adjoint et Grand Commandant du Grand Orient de France, Vénérable d’honneur de la loge des « Chevaliers de la Croix de Saint-Jean de Palestine » à l’Orient de Troyes.
    MACDONALD, duc de Tarente, maréchal de France, Grand Conservateur, puis Grand Maître adjoint du Grand Orient de France.
    Baron de GROUCHY, maréchal de France. Membre de la loge « La Parfaite Union » à l’Orient, du régiment de dragons du Dauphin.
    Nathan ROTHSCHILD, banquier, membre de la « Loge of Emulation » des grandes loges d’Angleterre.
    FOUCHÉ, duc d’Otrante, ministre de la Police. Grand officier d’honneur du Grand Orient de France, Grand Conservateur de la Grande Loge de France, Vénérable de la loge jacobine « Philalètes » à l’Orient de Paris, membre de la loge « Les citoyens réunis » à l’Orient de Mélun et de la loge « Sophie Madeleine, reine de Suède » à l’Orient d’Arras.
    Marquis de LAFAYETTE, général de la Garde Nationale que Napoléon avait libéré des geôles autrichiennes (1797). Vénérable de la loge « Les Amis de l’Humanité » a l’Orient de Rozoy, membre des loges de « La Candeur », du « Contrat Social » à l’Orient de Paris.  

    Ce ne sont que quelques exemples français. Et il serait possible de citer chez nos ennemis d’alors, auteurs de sept coalitions successives contre la France, des noms aussi prestigieux que celui du duc de Wellington, membre non pas du Grand Orient mais du « Grand Firmament » de Londres!

    En Europe, pourtant libérée par l’Empereur de la féodalité, les sociétés secrètes, comme les « Carbonari » italiens, et autres en Allemagne, sont infiltrées. Et en Suède, le « Grand Firmament » s’adresse à Bernadotte en lui offrant « le million de livres sterlings » qui le fit entrer en 1814 dans la coalition. L’« Ordre » manœuvra, écrit Charles de Flahaut, « afin que tous les peuples d’Europe, depuis les Tartares jusqu’aux Napolitains, prissent les armes contre Napoléon ».

    L’épisode Suédois est assez écœurant. Car le roi Charles XIII n’ayant pas d’héritier avait sollicité l’empereur des français. Et Napoléon choisit un de ses frères d’armes. C’était ainsi que le maréchal Bernadotte devint roi de Suède, et Désirée Clary, son épouse, reine à ses côtés.
    Fille de ce célèbre fabricant de savon de Marseille, elle illustre parfaitement ce mot que Chateaubriand prononça plus tard en parlant de Napoléon 1er : « Monté au trône, il y fît monter le peuple avec lui ». C’est ainsi que ses descendants de Bernadotte occupent toujours le trône suédois et président chaque année le prix Nobel, décerné aux scientifiques de premier plan.
    Le plus piquant de cette histoire, est que Désirée Clary avait été la première petite fiancée de Napoléon. Mais Joseph, frère de Napoléon, ayant déjà épousé une Clary, le fabricant de savon avait trouvé qu’« un Bonaparte suffisait dans la famille »…
    Mais le drame qui se joue est d’une toute autre ampleur.

    Ainsi, les sept coalitions successives qui liguèrent toute l’Europe d’Ancien Régime contre la France nouvelle furent-elles alimentées financièrement par Londres et la franc-maçonnerie toujours excommuniée par l’Église, ainsi que l’a rappelé le Pape Jean-Paul II à cause du fameux SECRET.   

    J’ai eu l’occasion d’avoir en mains en 1942, grâce à un parent chef de service à la Bibliothèque Nationale,  un petit manuel cartonné contenant le « rituel » étonnant de réception d’un nouveau membre, où rien ne manque, ni le triangle, ni le « tablier » du maçon, etc… Atmosphère étrange faite pour frapper l’imagination; leurs réunions importantes, où sont prises des décisions qui tendent à influencer tous les rouages de l’État s’appellent CONVENTS. Des signes secrets, connus seulement des initiés, sont échangés parfois.
    Et, chose bizarre et extravagante: à Orléans, lors des fêtes de Jeanne d’Arc du 8 mai, dans la série de cartes postales de 1912 montrant les délégations une par une, on y découvre des « franc-maçons » en haut-de-forme et habit noir, tablier de cuir blanc devant eux, orné des symboles habituels!  Étonnante participation d’athées avérés à la célébration d’une sainte. (4)
    Lors de la Réforme du Droit Canon par Rome en 1983, Jean-Paul II et Mgr. Ratzinger, futur Benoît XVI, son secrétaire et ami, ont réaffirmé solennellement : « le jugement négatif de l’Église sur la franc-maçonnerie demeure donc inchangé parce que ses principes ont toujours été considérés comme incompatibles avec la doctrine de l’Église ; c’est pourquoi il reste interdit par l’Église de s’y inscrire ».  
     
    Et Napoléon en tout cela ?

    Au risque de nous répéter, nous dirons pour conclure : son sort était réglé à l’avance. Restaurateur d’une France qu’il a, selon De Gaulle, « ramassée à la petite cuiller », restaurateur du culte catholique si cruellement persécuté, il devait disparaître. Des conspirateurs armés devaient, dès 1800, surprendre son escorte sur la route de Malmaison, le faire prisonnier et l’emmener à Sainte-Hélène, ou le tuer en cas de résistance. Wellington lui-même l’a avoué à Stanhope, ce qui fut fait quinze ans plus tard, après qu’il ait résisté à tant de coalitions.
     Renée Casin.
    Lauréate de l’Académie française et des Arts et des Lettres de France
    Membre du Comité de la Francophonie de la Francosphère Mexique-France
    Président du Comité Historique de l’Institut Napoléonien Mexique-France *
    * Du même auteur, voir aussi sur le site de l’Institut Napoléonien Mexique-France (INMF), Napoléon et la religion : http://inmf.org/freligion.htm
    ** Capitales de l’auteur.
    NOTES:
    1) On peut toujours lire avec profit : « L’Église sur la franc-maçonnerie », par Maurice Colinon aux éditions Fayard.
    2) Éditions littéraires et artistiques, 13 rue des Saints-Pères, Paris.
    3) « Napoléon n’était pas maçon, ça, c’est prouvé. C’est vrai qu’il n’est pas maçon, que tout autour de lui était maçon, mais il a protégé la franc-maçonnerie ; non pas pour les beaux-yeux des maçons, mais parce que ça le servait. Il aurait pu dissoudre la maçonnerie pour de bon, mais il se serait mis beaucoup de gens à dos, à commencer par ses proches, la famille, ses maréchaux etc. Mais comme il était plus intelligent que ça, il a nommé son frère Grand Maître du Grand Orient, qui était la seule obédience à l’époque, en France, et comme ça il avait la mainmise dessus. Il contrôlait tout, sans avoir l’air de le contrôler. Il était très habile Napoléon, très habile. » Yves-Fred Boisset.
    4) C’est Napoléon qui a rétabli la fête de Jeanne d’Arc à Orléans, supprimée par la Convention.
    http://www.generationfa8.com

  • Comment redécouper l’Afrique ?

    par Bernard Lugan
    (31 mai 1995)
    Véritables "pièges à peuples", les frontières héritées de la colonisation avaient pour finalité de faciliter la fusion de ces derniers.
    Les problèmes posés par ces frontières sont essentiellement de deux sortes :
    1. Obligation de vie en commun imposée à des ethnies antagonistes au sein d’ensembles artificiels ;
    2. Morcellement d’un ou de plusieurs peuples fractionnée par des tracés internationalement reconnus.
    Un examen attentif de la réalité africaine montre cependant que les conflits interétatiques ayant pour origine les frontières héritées de la colonisation sont peu nombreux. Les principaux sont celui des Touaregs, population éclatée entre le Niger, le Mali, le Burkina, l’Algérie, la Libye et le Nigeria. N’oublions pas non plus la grande injustice dont le Maroc est victime en ce qui concerne non seulement la partie du Sahara qui lui appartient historiquement et que la France rattacha tout à fait artificiellement à l’Algérie, mais également la région de Tindouf qui a toujours incontestablement fait partie intégrante du royaume chérifien.
    Redécouper les frontières, certes, mais au coup par coup, car il serait irresponsable de vouloir prétendre créer 2 000 "Etats" afin de tenter de faire coïncider carte ethnique et carte politique. De plus, il existe une nouvelle ethnie en Afrique, celle des urbanisés.
    Où intégrer ces déracinés ?
    En revanche, plusieurs grands Etats artificiels existent au sein desquels "cohabitent" plusieurs grandes ethnies ayant de larges assises territoriales et dont l’antagonisme interdit toute évolution vers l’Etat-Nation. Dans ce cas, la partition semble la seule solution. Ainsi, notamment, en Angola, au Zaïre et demain en Afrique du Sud.
    L’indépendance de l’Erythrée, qui s’est détachée de l’Ethiopie après une partition opérée en 1993, a débloqué la question. Le tabou de l’intangibilité des frontières africaines étant tombé, il est donc désormais possible de réfléchir au redécoupage de l’Afrique afin d’y respecter une plus grande cohérence ethnique.
    Si, comme nous l’avons vu, il serait irréaliste de vouloir donner son "Etat", ou sa façon "d’Etat", à chacune des 2 000 ethnies africaines, il serait en revanche possible, dans certains cas, de proposer un redécoupage centré sur un peuple dominant autour duquel graviteraient des peuples minoritaires n’ayant pas vocation à constituer des "Etats" indépendants.
    Nous pouvons à cet égard distinguer trois grands cas que nous illustrerons au moyen de propositions frontalières cartographiées.
    1. La partition d’un Etat entre ses composantes ethniques ou raciales afin de donner naissance à plusieurs nouveaux "Etats". Ne sont concernés que des Etats vastes géographiquement dans lesquels cohabitent d’une manière conflictuelle de grandes ethnies qui s’équilibrent démographiquement et qui sont largement installées sur des bases territoriales traditionnelles. Il s’agit de l’Afrique du Sud, de l’Angola, du Mozambique, du Cameroun, du Tchad, du Soudan, du Zaïre, du Nigeria et de l’Ethiopie qui a donné l’exemple avec l’indépendance de l’Erythrée.
    2. La partition de deux ou de plusieurs Etats afin qu’une ou plusieurs populations puissent être regroupées en un nouvel Etat ou qu’elles soient incorporées à d’autres Etats existants. Il s’agit des Touaregs, qui, pour avoir leur propre Etat, doivent voir démembrer l’Algérie, le Mali, le Niger et peut-être également le Burkina-Faso. Il s’agit également de Djibouti.
    3. Les petits Etats composés de multiples ethnies antagonistes et dans lesquels il est impossible de diviser l’espace sous peine de créer des confettis politiques. Ici, deux solutions sont envisageables : soit laisser les éventuels équilibres se faire avec la loi du plus fort, soit séparer les ethnies ataviquement antagonistes en les rattachant aux blocs ethniques apparentés des pays limitrophes. Mais, pour cela, il sera nécessaire de rayer de la carte des pays internationalement reconnus. Le meilleur exemple est celui du Liberia.
    (Fin)
    Texte publié dans Le Libre Journal n°69.

  • Le Second Empire, anecdotique et médiocre : Vraiment ?

    Le règne de Napoléon III a aujourd’hui mauvaise image : on en retient essentiellement la défaite de Sedan due à la guerre franco-prussienne et les récits qu’en ont fait Emile Zola, Victor Hugo et la Troisième République. Est-ce suffisant ? 

    On oublie que c’est sous le Second Empire que la France a accompli sa révolution industrielle, Napoléon III souhaitant en faire une puissance moderne à l’image de la Grande-Bretagne.

    Cela se caractérise par le développement massif des chemins de fer, par la révolution bancaire (création du Crédit Immobilier des frères Pereire, de celle du Crédit Lyonnais et de la société générale), par la signature d’un traité de libre échange avec les Royaumes-Unis en 1860, le développement des grands magasins, le développement de la croissance (sidérurgie, mines de charbon, aciéries, textile…), les travaux de Haussmann- le préfet de la Seine- qui perce Paris de grand boulevards et de grandes avenues, qui fait édifier de grandes gares, le Palais de Justice et le Palais Garnier.

    Ces transformations sont aussi accompagnées de travaux de salubrité publique : création d’un vaste réseau d’égout, construction de squares et d’espaces verts (Montsouris, Buttes-Chaumont, bois de Vincennes, bois de Boulogne).

    La Culture n’est pas non plus en reste, le capitale accueille deux expositions universelles, celles de 1855 et 1867.

    Concernant la politique étrangère, Napoléon III permit le rattachement de Nice et de la Savoie à la France et contribua à l’unification italienne, le Risorgimento.

    Du point de vue social, on peut aussi considérer Napoléon III comme un souverain averti. Il s’est laissé séduire par les thèses de progrès économique et social lors de son exil a Londres. Ses écrits sont emprunts de ces idées. Dans Les idées Napoléoniennes (1839), il soutient l’idée d’une administration centralisée  « plus nécessaire à un régime démocratique qu’aristocratique », où l’Etat serait « un facteur d’énergie salutaire pour tout organisme social » et où une économie centralisée serait au service des démunis.

    Selon George Watson, Napoléon III a même contribué à créer un « climat où germent les idées socialistes de 1840-1855 ».

     L’Extinction du Paupérisme est rédigé en 1844, alors que Napoléon III se trouve dans les geôles de Louis-Philippe 1er. Le livre contient des revendications sociales révolutionnaires pour l’époque, comme la distribution des terres en friche aux pauvres, aux frais du trésor public.

    Mais ces revendications ne sont pas purement théoriques : le Second Empire crée aussi le premier système de retraite pour les ouvriers, les soupes populaires, le développement de l’éducation- notamment féminine- sous l’impulsion du ministre de l’Instruction Publique Victor Duruy. De plus, l’impératrice Eugénie soutient les travaux de Pasteur.

    « L’impératrice est légitimiste, Morny est orléaniste, mon cousin Napoléon est républicain, moi je suis un peu socialiste… il n’y a que Presigny  de bonapartiste, et il est fou », confia Napoléon III à un proche.

    L’année 1864 voit naître les droits de grève et d’organisation des salariés. C’est aussi en 1864 que le sociologue Frédéric Le Play publie La réforme sociale en France, encouragé par l’empereur. 

    En conclusion, j’invite les lecteurs à s’intéresser davantage à cette période de l’Histoire de France, injustement caricaturée, et les laisse méditer sur cette citation de J. Sévillia :

    « Le second Empire, régime d’ordre, rallie les notables. Mais à l’autre extrémité de l’échelle sociale, sa politique remporte une large adhésion, comme le montre l’étude du vote des circonscriptions ouvrières. Invitant ses préfets à jouer les conciliateurs dans les conflits du travail, le souverain pousse les patrons à accepter les augmentations salariales. […] L’historien Alain Plessis qualifie Napoléon III d’empereur socialiste. »

    Bastien Nerre http://www.lebreviairedespatriotes.fr

    Sources :

    - 150 idées reçues sur l’Histoire, collectif, éditions First Histoire 2010
    - La littérature oubliée du socialisme, essai sur une mémoire refoulée, George Watson, Nil éditions, 1999
    - Historiquement Incorrect, Jean Sévillia, éditions Tempus, 2006