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culture et histoire - Page 2003

  • Les idées politiques de Gustave Le Bon

    Né en 1841, mort en 1931, le docteur Gustave Le Bon est resté célèbre dans l'histoire des idées contemporaines pour son ouvrage historique, La psychologie des foules, paru en 1895. Pourtant, en dépit de plusieurs décennies de gloire, que Catherine Rouvier situe entre 1910 (date de la plus grande diffusion de son ouvrage) et 1931, année de sa mort, il erre depuis maintenant 50 ans dans un pénible purgatoire. Cette éclipse apparaît, au regard de la notoriété de Le Bon, comme un sujet d'étonnement. L’influence de Le Bon ne fut pas seulement nationale et française. Son livre fut lu, loué et utilisé dans de nombreux pays étrangers. Aux États-Unis, par ex., où le Président Théodore Roosevelt déclarait que l’ouvrage majeur de Gustave Le Bon était un de ses livres de chevet. Dans d'autres pays, le succès fut également assuré : en Russie, où la traduction fut assurée par le Grand-Duc Constantin, directeur des écoles militaires ; au Japon et en Égypte aussi, des intellectuels et des militaires s'y intéressent avec assiduité. Cette présence significative de Gustave Le Bon dans le monde entier ne lui évita pourtant pas la fermeture des portes des principales institutions académiques françaises, notamment celles du monde universitaire, de l'Institut et du Collège de France.

    Un ostracisme injustifié

    Le mystère de cet ostracisme, exercé à l'encontre de ce grand sociologue aussi célèbre qu'universel est l'un des thèmes du livre de Catherine Rouvier. La curiosité de l’auteur avait été éveillée par une étude sur le phénomène, très répandu, de la "personnalisation du pouvoir". Autrement dit, pourquoi les régimes modernes, parlementaires et constitutionnalistes, génèrent-ils aussi une "humanisation" de leurs dirigeants ? Ce phénomène apparaît d'ailleurs concomitant avec un phénomène qui lui est, historiquement parlant, consubstantiel : l'union des parlementaires contre ce que le professeur Malibeau nommait une "constante sociologique". De Léon Gambetta à Charles de Gaulle, l’histoire récente de France démontre à l'envi cette permanence. D'ailleurs les régimes démocratiques, à l'époque de Le Bon, n'étaient évidemment pas seuls à sécréter cette tendance. Les régimes totalitaires étaient eux-mêmes enclins à amplifier cette constante (Hitler en Allemagne, Staline en Russie). Après maintes recherches dans les textes devenus traditionnels (Burdeau, René Capitant) Catherine Rouvier découvrit l'œuvre maîtresse de Le Bon. Malgré les nombreuses difficultés rencontrées dans sa recherche laborieuse d'ouvrages traitant des grandes lignes de la réflexion de Le Bon, c'est finalement dans un article paru en novembre 1981 dans le journal Le Monde, double compte-rendu de 2 ouvrages traitant du concept central de Le Bon, la foule, que l'auteur trouva les 1ers indices de sa longue quête. En effet les 2 ouvrages soulignaient l’extrême modernité de la réflexion de Le Bon. Pour Serge Moscovici, directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences sociales, et auteur de L'Âge des foules (Paris, Fayard, 1981), Le Bon apporte une pensée aussi nouvelle que celle d'un Sigmund Freud à la réflexion capitale sur le rôle des masses dans l'histoire. Il dénonce dans la même foulée l'ostracisme dont est encore frappé cet auteur dans les milieux académiques français.

    Pour Moscovici, les raisons sont doubles : d'une part, "la qualité médiocre de ses livres", et d'autre part, le quasi-monopole exercé depuis des années par les émules de Durkheim dans l'université française. Et, plus largement, l'orientation à gauche de ces milieux enseignants [mode du freudo-marxisme]. Contrairement au courant dominant, celui que Durkheim croyait être source de vérité, Le Bon professait un scepticisme général à l'égard de toutes les notions communes aux idéologies du progrès. Les notions majeures comme celles de Révolution, de socialisme, de promesse de paradis sur terre, etc. étaient fermement rejetées par Le Bon. On l'accusa même d'avoir indirectement inspiré la doctrine de Hitler. Sur quoi Catherine Rouvier répond : pourquoi ne pas citer alors Staline et Mao qui ont, eux aussi, largement utilisé les techniques de propagande pour convaincre les foules ?

    Une dernière raison de cet ostracisme fut le caractère dérangeant de la pensée de Le Bon. Son approche froidement "objective" du comportement collectif, le regard chirurgical et détaché qu'il porte sur ses manifestations historiques, tout cela allait bien à l'encontre d'un certain "moralisme politique". En associant psychologie et politique, Le Bon commettait un péché contre l'esprit dominant.

    De la médecine à la sociologie en passant par l'exploration du monde...

    Avant de revenir sur les idées politiques de G. Le Bon, rappelons quelques éléments biographiques du personnage. Fils aîné de Charles Le Bon, Gustave Le Bon est né le 7 mai 1841 dans une famille bourguignonne. Après des études secondaires au lycée de Tours, G. Le Bon poursuit des études de médecine. Docteur en médecine à 25 ans, il montre déjà les traits de caractère qui marqueront son œuvre future : une volonté de demeurer dans l'actualité, une propension à la recherche scientifique, un intérêt avoué pour l'évolution des idées politiques. En 1870, il participe à la guerre, d’où il retire une décoration (il est nommé chevalier de la légion d'honneur en décembre 1871). Paradoxalement, cet intérêt pour des sujets d'actualité n'interdit pas chez cet esprit curieux et travailleur de poursuivre des recherches de longue haleine. Ainsi en physiologie, où il nous lègue une analyse précise de la psychologie de la mort. Gustave Le Bon est aussi un grand voyageur. Il effectue de nombreux déplacements en Europe et, en 1886, il entame un périple en Inde et au Népal mandaté par le Ministère de l'Instruction publique. Il est d'ailleurs lui-même membre de la Société de Géographie. Et c'est entre 1888 et 1890 que ses préoccupations vont évoluer de la médecine vers les sciences sociales. Le passage du médical au "sociologique" passera vraisemblablement par le chemin des études d'une science nouvelle au XIXe siècle : l'anthropologie. Il rejoindra d'ailleurs en 1881 le domaine de l'anthropologie biologique par l'étude de l'œuvre d'AIbert Retzius sur la phrénologie (étude des crânes).

    De cet intérêt est né la "profession de foi" anthropologique de Le Bon, consignée dans L'homme et les sociétés. La thèse principale de ce pavé est que les découvertes scientifiques, en modifiant le milieu naturel de l'homme, ont ouvert à la recherche une lecture nouvelle de l'histoire humaine. Le Bon utilise d'ailleurs l'analogie organique pour traiter de l'évolution sociale. Avant Durkheim, il pose les bases de la sociologie moderne axée sur les statistiques. Il propose aussi une approche pluridisciplinaire de l'histoire des sociétés. Mais, en fait, c'est l'étude de la psychologie qui va fonder la théorie politique de Le Bon.

    Naissance de la "psychologie sociale"

    En observateur minutieux du réel, le mélange des sciences et des acquis de ses lointains voyages va conduire Le Bon à la création d'un outil nouveau : la "psychologie sociale". La notion de civilisation est au centre de ses réflexions. Il observe avec précision, en Inde et en Afrique du Nord, le choc des civilisations que le colonialisme provoque et exacerbe. C'est ce choc, dont la dimension psychologique l'impressionne, qui mènera Le Bon à élaborer sa théorie de la "psychologie des foules" qui se décompose en théorie de la "race historique" et de la "constitution mentale des peuples". Rejetant le principe de race pure, Le Bon préfère celle de "race historique", dont l'aspect culturel est prédominant. Là s'amorce le thème essentiel de toute son œuvre : "le mécanisme le propagation des idées et des conséquences". À la base, Le Bon repère le mécanisme dynamique de la "contagion". La contagion est assurée par les 1ers "apôtres" qui eux mêmes sont le résultat d'un processus de "suggestion". Pour Le Bon, ce sont les affirmations qui entraînent l'adhésion des foules, non les démonstrations. L'affirmation s'appuie sur un médium autoritaire, dont le 'prestige" est l'arme par excellence.

    Le Bon est aussi historien. Il trouve dans l'étude des actions historiques le terrain privilégié de sa réflexion. Deux auteurs ont marqué son initiation à la science historique : Fustel de Coulanges et Hippolyte Taine. La lecture de La Cité Antique, ouvrage dû à Fustel de Coulanges, lui fait comprendre l'importance de l'étude de l'âme humaine et de ses croyances afin de mieux comprendre les institutions. Mais Taine est le véritable maître à penser de Le Bon. Les éléments suivants sous-tendent, selon Taine, toute compréhension attentive des civilisations : la race, le milieu, le moment et, enfin, l'art. La théorie de la psychologie des foules résulte d'une synthèse additive de ces diverses composantes. Mais Le Bon va plus loin : il construit une définition précise, "scientifique", de la foule. L'âme collective, mélange de sentiments et d'idées caractérisées, est le creuset de la "foule psychologique". Le Bon parle d'unité mentale...

    Un autre auteur influence beaucoup Le Bon. Il s'agit de Gabriel de Tarde. Ce magistrat, professeur de philosophie au Collège de France, est à l'origine de la "loi de l’imitation", résultat d'études approfondies sur la criminalité. La psychologie des foules, théorie de l'irrationnel dans les mentalités et les comportements collectifs (titre de la 1ère partie), offre à Gustave Le Bon une théorie explicative de l'histoire et des communautés humaines dans l'histoire. À travers elle, l'auteur aborde de nombreux domaines : les concepts de race, nation, milieu sont soumis à une grille explicative universelle.

    Une nouvelle philosophie de l'histoire

    Le Bon se permet aussi une analyse précise des institutions politiques européennes : ainsi sont décortiquées les notions de suffrage universel, d'éducation, de régime parlementaire. L'actualité fait aussi l'objet d'une approche scientifique : Le Bon analyse les phénomènes contemporains de la colonisation, du socialisme, ainsi que les révolutions et la montée des dictatures. Enfin, Le Bon traite de la violence collective au travers de la guerre, abordant avec une prescience remarquable les concepts de propagande de guerre, des causes psychologiques de la guerre, etc. Tous ces éléments partiels amènent Le Bon à dégager une nouvelle philosophie de l'histoire, philosophie qui induit non seulement une méthode analytique, mais aussi et surtout les facteurs d'agrégation et de désintégration des peuples historiques (plus tard, à sa façon, Ortega y Gasset parlera, dans le même sens, de peuples "vertébrés" et "invertébrés"). La civilisation est enfin définie, donnant à Le Bon l'occasion d’aborder une des questions les plus ardues de la philosophie européenne, celle que Taine avait déjà abordé et celle que Spengler et Toynbee aborderont.

    G. Le Bon est un auteur inclassable. Profondément pessimiste parce que terriblement lucide à propos de l'humanité, Le Bon utilise les outils les plus "progressistes" de son époque. Il sait utiliser les armes de la science tout en prévenant ses lecteurs des limites de son objectivité. Observateur des lois permanentes du comportement collectif, Le Bon est un historien convaincu. Il comprend très vite l'importance, en politique, de la mesure en temps. L'histoire est le résultat d'une action, celle qu'une minorité imprime sur l'inconscient des masses. Il constate que cette influence des minorités agit rarement sur la mentalité, donc sur les institutions de ses contemporains. Il y a donc un écart historique entre l'action et la transformation effective du réel. L'élaboration d'une idée est une étape. La pénétration concrète de cette idée est l'étape suivante. Son application enfin, constitue une autre étape. Cette mesure au temps vaut au fond pour tous les domaines où l'homme s'implique. Dans l'histoire bien sûr mais aussi dans la science, dans le politique. Le grand homme politique est simplement celui qui pressent le futur de son présent. Il est la synthèse vivante et dynamique des actions posées par les générations précédentes. L'histoire du passage de l'inconscient au conscient est aussi à la mesure de ce temps. Les institutions et le droit sont les fruits de l'évolution des mentalités.

    Au-delà des misères de la droite et de la gauche

    Le livre de Catherine Rouvier a un immense mérite : comprendre, au travers de l'œuvre de Le Bon, comment l'histoire des idées politiques est passée du XIXe au XXe siècle. La multiplicité des questions abordées par l'auteur est le miroir de l'immense variété des outils de réflexion utilisés par Le Bon. Les idées politiques de Gustave Le Bon supportent mal une classification simplette. Si la droite libérale lance aujourd'hui une tentative de récupération de Le Bon et si la gauche continue à dénoncer ses théories, on peut déceler dans ces 2 positions, au fond identiques même si elles sont formellement divergentes, une même incompréhension fondamentale de la théorie de Le Bon. Les idées politiques de ce sociologue de l'âge héroïque de la sociologie, dont le soubassement psychologique est présenté ici, ne sont en fait ni de droite ni de gauche. La dialectique d'enfermement du duopole idéologique moderne refuse catégoriquement toute pensée qui n'est pas immédiatement encastrée dans une catégorie majeure. C'est le cas de Le Bon. Catherine Rouvier compare d'ailleurs, avec beaucoup de pertinence, cette originalité à celle des travaux de Lorenz (cf. Postface, p. 251 et s.). Le Bon exprime bien l’adage très connu de Lénine : les faits sont têtus...

    Petites phrases :

    "Nous sommes à l'époque des masses, les masses se prosternent devant tout ce qui est massif." Nietzsche, Par delà Bien-Mal, § 241

    "La foule est plus susceptible d'héroïsme que de moralité." G. Le Bon, Aphorismes du temps présent

    "La preuve du pire, c'est la foule." Sénèque, De beatam vitam

    "Non, le mal est enraciné en chacun, et la foule placée devant l'alternative vie-mort crie "La mort ! La mort !" comme les Juifs répondaient à Ponce-Pilate "Barabas ! Barabas !" ". M. Tournier, Le Roi des Aulnes

    "Une société de masse n'est rien de plus que cette espèce de vie organisée qui s'établit automatiquement parmi les êtres humains quand ceux-ci conservent des rapports entre eux mais ont perdu le monde autrefois commun à tous." H. Arendt, La Crise de la culture

    "Il faut se séparer, pour penser, de la foule / Et s'y confondre pour agir." Lamartine

    "La maturité des masses consiste en leur capacité de reconnaître leurs propres intérêts." A. Koestler, Le Zéro et l'Infini

    "En fait, la plupart du temps, la masse les précède, leur indique le chemin en silence, mais d'un silence qui n'est pas moins efficace puisque c'est de leur capacité à savoir l'écouter que ces "grands hommes" tirent leur pouvoir." M. Maffesoli, La Transfiguration du politique

    "Toute la publicité, toute l'information, toute la classe politique sont là pour dire aux masses ce qu'elles veulent." / "L'énergie informatique, médiatique, communicationnelle dépensée aujourd'hui ne l'est plus que pour arracher une parcelle de sens, une parcelle de vie à cette masse silencieuse." J. Baudrillard, Les Stratégies fatales.

    Notes : Recension Les idées politiques de Gustave Le Bon, Catherine Rouvier (PUF, 1986).

    source : Revue Vouloir n°35/36 (janv. 1987)

  • Le Hobbit, le parc d’attractions et le message réac du vrai Tolkien

     

    par Nicolas Bonnal

     

     

    Je ne comptais pas en parler : il passe dans vingt-cinq mille salles, c’est le film unique, comme il y a le parti unique et la monnaie inique.

     

    Mais mon ami et auteur Arnaud Guyot-Jeannin(1), se rappelant de mon "Tolkien les univers d’un magicien"(2), m’a demandé d’évoquer le film et de participer à son émission de Radio-courtoisie (un mardi soir chaque mois) pour commenter avec l’aide de ce qui reste de mon troisième oeil l’actualité cinématographique. On sait que je suis plutôt un inactuel du cinéma mais j’ai répondu présent, par amitié d’abord, par souvenir ensuite (Serge de Beketch), et par devoir enfin, considérant que je peux réorienter les regards de certains, surtout des bons chrétiens bien pourvus en enfants, vers un cinéma plus envoûtant et initiant que celui qui paraît : le cinéma français des années 40, les classiques nippons ou le cinéma initiatique soviétique par exemple !

     

    Venons-en au Hobbit, à son milliard de budget, à son trillion de spectateurs attendus.

     

    ***

     

    Francis Ford Coppola expliquait un jour que son producteur de la Paramount lui avait demandé une suite au Parrain parce que, disait-il, « si tu ne le faisais pas, ce serait comme si tu avais trouvé la formule du coca-cola et que tu ne commercialises pas la deuxième bouteille ! »

     

    Quelle belle vision de l’art ! Pourquoi Shakespeare n’a pas écrit une suite à "Hamlet", un Hamlet II ? Un Hamlet plus costaud, qui aurait fait le ménage, comme Schwarzenegger dans le très drôle Last Action Hero !

     

    On comprend dès lors que Peter Jackson - ou Klaxon, vu la pub dont jouit ce film - mué en Peter Jackpot de la terre du milieu (IE de l’office du tourisme néo-zélandais) ait décidé de porter lui-même à l’écran le conte, après avoir écarté un potache mexicain, et en trois dimensions s’il vous plaît, et avec des lunettes de luxe et 48 photogrammes par seconde, sans compter les innombrable effets spéciaux à mille milliards qui vont encombrer les cerveaux attardés du moment et l’histoire déjà encombrante du "Hobbit" (le plus mauvais Tolkien et de loin). Le film de neuf heures transforme la Nouvelle-Zélande en Las Vegas de l’héroïque fantaisie, il fait d’un pays pour la première fois un parc d’attraction ! On est en plein Borges, on est plein Umberto Eco et sa très bonne "Guerre du faux" ! Le monde devient un lieu de tournage ! On paiera pour chaque site !

    ***

     

    L’opus multiplie les records comme la Cléopâtre d’Astérix sauf que Jackpot et son staff n’ont pas l’humour du grand Goscinny. On parle de quatre milliards de dollars de retombées, d’un demi-milliard de budget, d’exonération fiscale pour Jackpot et les acteurs (mais où est Depardieu ?), de mobilisation des troupes et même de hausse de l’immobilier, sans compter l’interdiction du droit de grève votée à la hâte par un parlement aux abois, qui a décidé que le Hobbit était dorénavant, en ragoût ou en court-bouillon, en friture ou au four, le fer de lance ou la marmite druidique de l’économie néo-zélandaise.

     

    Il me semble que tout ce battage, toutes choses égales par ailleurs, sera contre-productif, un peu comme ces jeux olympiques qui finissent par coûter vingt milliards après avoir paralysé la vie d’un pays et fait fuir le touriste le plus endurci, et qui ont ruiné la Grèce moderne de Papandréou (d’ailleurs citoyen américain et payé 40 000 dollars par mois à Harvard pour raconter ses exploits) dont l’antiquité glorieuse en avait pourtant vu d’autres !

     

    Mais le présent perpétuel de la consommation a un coût : il faut toujours titiller le chaland ; c’est cela, notre peine perpétuelle. Comme dit Bilbo, c’est étaler du beurre sur trop de tartine.

     

    ***

     

    L’élitisme technologique, grande donnée actuelle, n’est pas de reste non plus : il faut, comme dans le film Avatar le bien nommé, qui évoquait la transmutation technologique de l’homme postmoderne (un handicapé rivé à son iPod, un virtuel qui rêve d’autres vies, faute de vie intérieure !), il faut dis-je, acheter de nouveaux appareils, faire de nouvelles dépenses, quitter le centre-ville, filer en banlieue dans un multiplex et claquer cent euros en famille avec le parking et le pop-corn ! Et pourtant nous sommes en crise, et pourtant on augmente nos impôts ! Il y a 48 millions de bons alimentaires distribués dans l’Amérique modèle de nos libéraux ! Comprenne qui pourra... il est vrai que si le Hobbit est conçu comme le navrant James Bond pour le marché des émirats ou des riches zones industrielles chinoises... Toujours est-il qu’il faut banquer : la technologie n’aura servi qu’à cela : nous ruiner en délocalisant, oublier le monde réel, et nous laisser entre les mains de nos contrôleurs aériens ou pas : voyez Travolta et l’excellent Opération Espadon à ce propos, qui expliquera comment (et pourquoi...) il faut tromper l’audience. Elle aura aussi permis, cette technologie, de liquider la notion de jeu et de scénario, vieux machins encombrants du cinéma classique. Comme me disait un lecteur portugais de mon site anglophone, aujourd’hui la culture des adultes c’est la culture des enfants. Spiderman c’est Panurge. Et Batman c’est Prométhée.

     

    ***

     

    J’en viens au Hobbit, objet de ma part d’une absence totale de considération. L’opus de Tolkien est comme un brouillon mal écrit, un catalogue surchargé de tout ce que le "Seigneur des anneaux" et surtout le "Silmarillion"(3) (le chef d’oeuvre absolu, la vraie grande mythologie indo-européenne du troisième millénaire, une cosmogonie de guerre-éclair, qu’on n’adaptera jamais) offriront ultérieurement. On peut le recommander à titre informatif toutefois.

     

    ***

     

    Il reste cependant le Hobbit en tant que weltanschauung : le monde du Hobbit est celui de la paléotechnique ; il est aussi celui de la technophobie sereine et intelligente. Le monde du Hobbit est celui du mir, de la communauté organique traditionnelle et celui de la révolution médiévale, telle qu’elle avait été comprise non par les fascistes (il faut rassurer ses lecteurs, surtout les mieux intentionnés !), mais par René Goscinny et les plus intelligents des hippies. Ce qui importe, comme chez John Ford, ce sont les bons repas, les beuveries, les tours de danse et les chansons ! Comme disait Céline, la France fut perdue quand on cessa d’y danser le rigodon.

     

    J’ai ajouté le plus important lors de l’émission d’Arnaud Guyot-Jeannin. Dans son grand chapitre du troisième tome du "Seigneur des Anneaux", on assiste à une révolte des Hobbits contre un pouvoir cruel, vraie métaphore du nouvel ordre mondial qui leur impose dans l’ordre l’industrialisation de masse, l’imposition à outrance et la tyrannie sécuritaire, sans compter une immigration massive de voyous. Les bons Hobbits inspirés de Cobbett ou de Chesterton s’en libèrent bravement par la force des armes. L’épisode s’appelle en français le nettoyage de "la comté". Il n’est pas un simple rappel à l’ordre, il est plutôt un appel au désordre. Chesterton disait que les enfants iraient au paradis, parce que simplement ils osent (ou osaient) se battre. Plus nous nous laisserons faire, plus nous serons maltraités.

     

    Tant que j’y suis, je conseille à mes lecteurs le chapitre sur Beren et Luthien dans le "Silmarillion". C’est une merveille totale, supérieure même à mon sens à "Tristan et Iseult". Tout le génie de Tolkien en vingt pages : c’est se laisser tenter par un amour en occident.

    http://www.france-courtoise.info

     


    (1) Arnaud Guyot-Jeannin, "Les visages du cinéma", préface de Jean-Paul Török, Xénia, 17 euros.

     

    (2) Nicolas Bonnal, "Tolkien les univers d’un magicien", les belles lettres.

     

    (3) Tolkien, "le Silmarillion", collection Pocket.
  • Atlas de géopolitique révisée, tome 2

    atlas-de-geopolitique-revisee-tome-ii-laurent-glauzy.jpgAprès le succès de son premier volume, le journaliste Laurent Glauzy vient de faire paraître le tome II de son Atlas de géopolitique révisée (chroniques 2010-2012). Un tour du monde au cours duquel le dessous des cartes est révélé dans des domaines variés.

    544 p. 24 euros. Disponible ici.

    4e de couverture :

    « Le second tome de l’Atlas de géopolitique révisée, qui couvre la période 2010-2012, effectue un minutieux tour du monde en plus de 110 dossiers et articles.
    Laurent Glauzy tire profit de ses vastes connaissances géopolitiques et linguistiques pour comprendre les raisons de la « décomposition du monde arabe » désignée à tort par l’expression de « printemps arabes ». Un étonnant foisonnement de sources inédites issues de grands quotidiens arabes, allemands, italiens, anglais, espagnols et même norvégiens fournissent une autre compréhension de ces soulèvements massifs quiauraient eu pour origine l’immolation par le feu du jeune Tunisien Mohamed Bouazizi !
    En février 2011, le quotidien néerlandais De Volkskrant fut le premier à révéler d’éventuels liens dans le conflit libyen entre les rebelles anti-Kadhafi et la mouvance terroriste d’Al-Qaïda via les Frères musulmans égyptiens. Cette information majeure seraexploitée par l’auteur.
    Ces pages livrent une analyse tout aussi étonnante de l’actualité européenne. Saiton par exemple que l’Allemagne concurrence le Maroc et l’Afghanistan dans la production de cannabis ? Des jardiniers vietnamiens sont exploités dans d’immenses serres dissimulées dans les anciens Länder de l’Allemagne de l’Est et contenant plus de 2 500 pieds de deux mètres de haut.
    Faisant fi d’une grille de lecture journalistique commune, l’auteur nous conduit aucoeur de multiples sujets passionnants sur la Roumanie, véritable laboratoire du capitalisme entre les mains de politiciens corrompus, ou à l’intérieur du camp grec de Filakio servant de tremplin pour l’immigration clandestine vers l’Europe. Le lecteur prendra également connaissance des incohérences de l’arrestation du général serbe Mladic longtemps protégé par la CIA, et de celles des attentats contre les églises coptes d’Égypte qui, étonnamment, épargnent les communautés évangélistes américaines.
    Les nations et les continents sont ainsi passés au crible par une plume pertinente abordant l’incroyable existence de l’axe nucléaire Caracas-Téhéran, la nouvelle politique africaine de la Turquie, le mystérieux jeu diplomatique d’Erdogan avec Israël, et les activités criminelles d’Areva irradiant, dans le plus grand silence, la population nigérienne. »

    http://www.contre-info.com

  • Irak : Trafic d’oeuvres d’art, le trésor de guerre des terroristes

    L’Irak est le berceau de l’une des plus anciennes civilisations du monde : la civilisation mésopotamienne, vieille de 5.000 ans. Cette région est une véritable mine d’or pour les archéologues : le sous-sol irakien regorge de vestiges qui se négocient très chers dans les salles des ventes occidentales les plus prestigieuses. Seul problème, certains des objets précieux qui circulent sont issus de fouilles illégales.

    Après la chute de Saddam Hussein, des trafiquants ont aussi profité du chaos pour piller le musée de Bagdad. Et parfois, ce trafic est directement opéré par des organisations terroristes : Al Qaïda ou l’armée du Mahdi, une milice chiite irakienne particulièrement violente. Au Liban, berceau de la prestigieuse civilisation phénicienne, le trafic d’art finance des caciques du Hezbollah, une milice chiite intégriste financée par l’Iran et responsable d’attentats aveugles il y a une vingtaine d’années.

    Ironie de l’histoire, les acheteurs américains financent indirectement sans le savoir un mouvement armé violemment opposé à leur pays et classé comme terroriste par Washington !

    Romain Bolzinger a enquêté plusieurs mois dans le monde très fermé des collectionneurs d’art. Un monde où l’on croise des milliardaires passionnés, des galeristes prestigieux et des antiquaires de haut vol, mais aussi des intermédiaires sans scrupules et des trafiquants notoirement proches des islamistes radicaux…

    http://fortune.fdesouche.com/

  • 3 juillet 1940 : Mers el-Kébir !

    À l'aube de cette journée une importante flotte anglaise, la force H aux ordres de l'amiral Somerville, arrive au large de la rade de Mers el-Kébir proche d'Oran où se trouve une partie de la flotte française de l'Atlantique (dont les croiseurs Bretagne, Dunkerque et Strasbourg) qui s'y est repliée. C'est la force "Raid".
    FEU À VOLONTÉ
    La mission de la Force H est d'appliquer l'opération "Catapult". Que son chef, l'amiral Sommerville, malgré les réticences, a reçue de Churchill, Premier ministre et des lords de l'Amirauté. Somerville doit présenter au vice-amiral Gensoul qui commande la force "Raid" diverses propositions. Ralliement, désarmement, transfert forcé aux Antilles, etc... , sabordage. En fait, c'est un ultimatum. Accepter, c'est rompre l'armistice, refuser, c'est l'ouverture du feu. Les délais sont très courts. Il y eut des pourparlers toute la matinée et en début d'après-midi. Gensoul veut gagner du temps car il a appris que des navires de Toulon sont envoyés en renfort. Mais les Anglais le savent aussi : Gensoul a alerté l'état-major de la marine installé à Nérac (ville natale de l'amiral Darlan). Il lui est confirmé qu'il doit appliquer les ordres que l'amiral Darlan a transmis par son code secret (Xavier 377) le 24 juin aux amiraux français. En principe, mais Vichy et Darlan ne sont pas d'accord ; la flotte française devrait appliquer l'article 8 de l'armistice : les navires doivent se mettre sous le « contrôle de l'Allemagne et de l'Italie ». Cet article 8 contesté par la France est en discussion devant la commission franco-allemande de Wiesbaden.
    Les ordres de Darlan ont été clairs : la flotte sera démobilisée dans des ports français mais en aucun cas ne tomber aux mains « de l'ennemi ou de l'étranger ». S'il y a une menace sérieuse - il faut préparer et appliquer ''l'autosabotage''. Ce sont ces ordres qui seront obéis à Toulon lors du sabotage de la flotte en novembre 1942. Gensoul a échangé des messages avec Somerville ; il sait que, s'il obéit aux Anglais, c'est la fin de l'armistice avec toutes ses conséquences. Il l'a dit à Sommerville. À la force il répondra par la force. Il a donné l'ordre de mettre tous les navires en position de , combat et de rappeler les équipages à terre. Ce qui n'est pas facile en si peu de temps. À Londres Churchill s'impatiente. Finalement à 16h 56 les Anglais ouvrent le feu, le navire amiral Hood en tête avec ses canons de 380. Le combat inégal va durer un quart d'heure. Le commandant Vulliez qui se trouve sur place a raconté les épisodes dans son livre Mers el-Kébir publié aux éditions France Empire en 1975 : « Ce fut un jeu de massacre ». Le croiseur Bretagne atteint de plein fouet chavire en quelques minutes entraînant avec lui son équipage de mille hommes, le Dunkerque est endommagé sérieusement, comme d'autres navires escorteurs, contre torpilleurs. Surtout sur le Dunkerque, ce fut dantesque. Hommes et officiers sont blessés ou tués sur le pont mais de nombreux marins sont coincés dans les soutes et la salle des machines. De lourdes plaques d'acier qui bloquent les issues. Quand on arrive à les ouvrir, les hommes qui sortent sont brûlés, ébouillantés, certains sont fous. Dans les heures qui suivent on découvrira des cadavres étouffés ou carbonisés.
    Les eaux de la rade sont recouvertes d'une gluante nappe de pétrole. Des rescapés y nagent, si des chaloupes les recueillent, d'autres, épuisés, coulent. Le bilan total des pertes humaines sera de 1 300 tués. Méconnaissables et pour la plupart jamais identifiés. Il n'y a qu'un bateau, le croiseur Strasbourg qui a pu gagner le large échappant, de vitesse aux avions et navires anglais. L'opération "Catapult" n'est pas totalement terminée. Le 7 juillet l'aviation anglaise et un sous-marin attaquent le fleuron de la marine française, le Richelieu, embossé en rade de Dakar. Le bâtiment sera torpillé et immobilisé. Grâce à des prodiges de travail, il sera retapé et prêt au combat. Fin septembre 1940 devant Dakar, les navires anglais subiront les 380 du Richelieu.
    CAUSES ET CONSÉQUENCES
    Des centaines de livres ont été écrits sur Mers el-Kébir. On ne peut les lire tous. Nous nous sommes bornés surtout à l'excellente étude, comme toujours fondée sur des témoignages et surtout sur les archives de Claude Paillat (1) Pas moins de trois chapitres. Le premier « Churchill prépare un coup ». Le dernier « Assassinat à Mers el-Kébir ». Churchill n'a pas attendu juillet 1940 pour décider et préparer l'attaque. Pourtant en tête-à-tête mi-juin Darlan lui avait dit que jamais la flotte française ne serait livrée aux Allemands. Et les services anglais connaissaient les messages de Xavier 377. Peine perdue. Churchill sur le plan intérieur est en position difficile. Il sait qu'il existe au Parlement le parti de l'apeasement qui pourrait signer un armistice avec Hitler. L'Angleterre est vulnérable à un débarquement qu'Hitler tarde à préparer (l'opération "Sealow"). Il ne pourrait le faire qu'avec une forte marine, ce qui n'est pas le cas. Avant 1940, les sous-marins ont été préférés aux navires de surface. Churchill, faut-il le dire, est un excellent patriote mais anglais. En juin il nous avait conseillé contre les Allemands d'utiliser la "guérilla". Dans un pays à terre, dix millions de civils sur les routes ! Des millions de prisonniers, une armée cassée, encore des morts et des représailles !
    LE VRAI VISAGE DE CHURCHILL
    Evidemment de nos jours il nous est officiellement sympathique. François Delpla l'évoque (avec quelques réserves) dans son livre Mers el-Kébir, 3 Juillet 40 (éditions François Xavier de Guibert. 356 pages. 32 euros) Sous titre : « L'Angleterre rentre dans la guerre. » Mais elle n'en était jamais sortie. Nous avons essayé de lire son livre qui n'est pas le premier qu'il a écrit sur 1940. C'est long, répétitif, touffu, rempli de citations, avec une abondante bibliographie (où Paillat n'est pas cité). Pour Delpla c'est « Hitler qui provoque l'ouverture du feu en rade d'Oran par ses conditions d'armistice qui se veulent subtiles, propres à convaincre l'Angleterre de signer à son tour. » Ah bon ! Hitler présenté comme l'Antéchrist, un vocabulaire démonologique ! Le contenu du livre est moins sommaire mais il se termine par un chapitre intitulé : « En vouloir à l'Angleterre »? Non. Mais en vouloir à Churchill, oui. Delpla signale d'ailleurs qu'outre-Manche et après 1945 de nombreux historiens anglais n'ont pas été tendres avec l'idole de 1940-1945 et chez les marins beaucoup condamnent et regrettent Mers el-Kébir. En 1950 Lord Mounbatten sur place rendit un hommage discret aux centaines de malheureux marins de juillet 1940 inhumés dans un cimetière militaire.
    Hitler espérait-il que le gouvernement français, indigné comme l'opinion française (se souvenir de Mauriac dénonçant dans Le Figaro « le visage de Gorgone » de l'Angleterre), déclarerait la guerre à l'Angleterre? Le Maréchal Pétain, le général Weygand, d'autres (comme Baudoin, ministre des Affaires étrangères) ont heureusement refusé cette issue d'ailleurs inapplicable vu le contexte. Il y eut rupture des relations diplomatiques (mais plus tard une mission secrète de Louis Rougier à Londres) et une tentative d'attaquer Gibraltar par des bombardiers aux ordres du futur général Chassin.
    Sur le plan de l'opinion anglaise, plus de réticence. Churchill a gagné. L'Angleterre ira jusqu'au bout. Hitler aurait été impressionné par le succès anglais. Il renonce à Sealow et, dès l'automne, donne des ordres pour Barbarossa. Roosevelt confirme la solidarité anglo-saxonne mais en revanche se garde d'engager son pays dans la guerre et se dit neutre à la veille de sa campagne présidentielle. À la radio anglaise le 8 juillet, De Gaulle approuve Churchill, l'excusant et reprenant la fausse accusation que les navires pouvaient être livrés. « Je dis sans ambage qu'il vaut mieux qu('ils) aient été détruits. » Mais dans ses Mémoires de Guerre (1954, tome un), il a été plus sévère pour le gouvernement et l'amirauté britannique. Il dénonce même « les sombres impulsions et l'instinct refoulé (c'est-à-dire anti-français) » de ce peuple. Il a aussi reconnu que les retombées de Mers el-Kébir furent dures pour lui. Comme l'humiliant échec de son expédition sur Dakar en septembre 1940. Où il n'y avait pas de soldats allemands et italiens (encore un mensonge) mais des  forces françaises fidèles à Vichy qui se souvenaient de Mers-el-Kébir.
    DARLAN  AMIRAL DE LA FLOTTE
    Il y a une longue suite à Mers el-Kébir. D'abord à nouveau des combats lorsque les Américains débarquent à Alger et à Oran en novembre 1942. À Oran, ils sont accompagnés de troupes anglaises dont l'identité est camouflée mais ils sont durement accrochés par des forces françaises qui n'ont pas encore reçu de l'amiral Darlan l'ordre de cessez-le-feu. Darlan, l'amiral de la flotte (en 1939 la deuxième du monde) est assassiné à Alger le 24 décembre. Une sombre histoire encore sensible où pataugent monarchistes (directement responsables) mais aussi dans la coulisse des gaullistes et l'Intelligence Service. Après 1942, Darlan est oublié, discrédité. Son cercueil reposait dans une casemate de l'Amirauté d'Alger. À l'indépendance en 1962 a-t-il subi des outrages ? Le corps s'y trouvait encore ? (2) En 1964 De Gaulle régnante, l'escorteur d'escadre Maillé-Brézé transporte le cercueil à Mers el-Kébir. Il sera inhumé avec les honneurs militaires au milieu des morts de 1940. Sur sa tombe (en lettres d'or) : « François Darlan. Amiral de la Flotte. Nérac 7 août 1881-Alger décembre 1942. » Mort pour la France : une certaine repentance de De Gaulle ? Possible ! En 1962, les accords d'Evian ont reconnu à la France sa souveraineté sur le cimetière. Qui reçoit parfois des pèlerinages. En l'an 2000, le cimetière est intact mais en 2006 il est saccagé, les tombes endommagées et surtout les croix abattues. C'est la faute des islamistes pour les autorités algériennes. De nouvelles tombes ont été construites, neutres surtout pas de croix ! Depuis des années en France une association existe pour la mémoire des morts de Mers el-Kébir. Elle demande que les cercueils soient rapatriés en France, de préférence en Bretagne. Les Bretons étaient majoritaires parmi les victimes. Quant à Darlan il devrait revenir à Nérac. Darlan à Nérac ? On imagine l'indignation sur commande des revanchards acharnés ! Que soixante-dix ans après le terrible massacre ces morts restent dans nos mémoires, c'est déjà beaucoup !
    Jean-Paul ANGELELLI. RIVAROL 2 JUILLET 2010
    (1) Claude Paillat est rarement cité. Il paie sans doute son non-conformisme historique. Sur 1940, il a publié pas moins de trois volumes de ses Dossiers Secrets de la France Contemporaine (éditions Robert Laffont). En tout mille six cent pages. Qui dit mieux ?
    (2) C'est Pierre Ordioni qui l'affirme dans son livre Le Secret de Darlan. 1940-42. Le complot et le meurtre. Éditions Albatros (1974) Défenseur acharné de Darlan, Pierre Ordioni a laissé une œuvre considérable sur les années 1940-1945. En Algérie et en France. (association du 3-juillet-40, rue des Lauriers, 56650 Luzizac Lochrist).

  • Propos d'outre-tombe de Friedrich Hayek sur les directeurs des ressources humaines

    Ces propos sont en réalité ceux d’une interview posthume, et en grande partie apocryphe, de Friedrich Hayek (1899-1992), prix Nobel d’économie 1974 et auteur de multiples ouvrages sur le libéralisme dont le plus célèbre, publié en 1944, reste « La Route de la servitude » (Quadrige-PUF). Les travaux de Hayek ont, de leur aveu même, considérablement influencé Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans la mise en œuvre de leurs politiques économiques. 

    F. H. : Avant de commencer notre entretien et de répondre à vos questions, il nous faut convenir que les pauvres directeurs des ressources humaines (DRH) ne sont que l’un des nombreux rouages anonymes qui ont conduit votre société sur « La Route de la servitude ». Vous me pardonnerez de faire référence à l’un de mes ouvrages qui a suscité le plus de controverse, mais il me semble important de nous situer dans le contexte historique qui, en France depuis le Front populaire, et paradoxalement plus encore depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a conduit votre pays à la mise en place d’une social-démocratie qui n’est rien d’autre qu’un communisme « soft » dont il ne parvient pas à sortir malgré des choix électoraux qui auraient pu laisser espérer le contraire.

    Voici donc ce que j’écrivais il y a déjà plus de soixante ans et auquel je n’ai malheureusement rien à retirer aujourd’hui :

    Depuis 25 ans au moins avant le moment où le spectre du totalitarisme est devenu une menace immédiate, nous nous sommes progressivement écartés des idéaux essentiels sur lesquels la civilisation européenne est fondée… Nous avons peu à peu abandonné cette liberté économique sans laquelle la liberté personnelle et politique n’a jamais existé. Deux des plus grands penseurs politiques du XIXe siècle, Tocqueville et Acton, nous avaient dit que le socialisme signifie l’esclavage. Mais nous n’avons jamais cessé d’aller vers le socialisme… La tendance moderne vers le socialisme signifie une rupture brutale avec toute l’évolution de la civilisation occidentale. Nous abandonnons non seulement les idées de Cobden, de Bright, de Smith, de Hume, de Locke, de Milton mais encore une des caractéristiques les plus saillantes de la civilisation occidentale telle qu’elle s’est édifiée sur les fondations posées par le christianisme, par la Grèce et par Rome. Ce qu’on abandonne, ce n’est pas simplement le libéralisme du XIXe et du XVIIIe siècle, mais encore l’individualisme fondamental que nous avons hérité d’Erasme et de Montaigne, de Cicéron et de Tacite, de Périclès et de Thucydide. […] Ce changement aboutit à un renversement total de la tendance que nous avons esquissée, à un abandon complet de la tradition individualiste qui a créé la société occidentale. Selon les idées aujourd’hui dominantes, il ne s’agit plus de savoir comment utiliser au mieux les forces spontanées qu’on trouve dans une société libre. Nous avons entrepris de nous passer des forces qui produisaient des résultats imprévus et de remplacer le mécanisme impersonnel et anonyme du marché par une direction collective et « consciente » de toutes les forces sociales en vue d’objectifs délibérément choisis.

    Vous le voyez, dans cette perspective, nos DRH ne sont que des pions sur un échiquier ou, pour être moins blessant…, les fous du roi.

    P. B. : Les esprits sont donc économiquement corrompus…

    F. H. : Oui, tout à fait ! Un des plus grands économistes français, malheureusement méconnu de la plupart de vos compatriotes, Frédéric Bastiat, s’était distingué en dénonçant, avec un humour corrosif et une simplicité qui fait honneur à notre profession, un certain nombre de sophismes économiques dont la plupart ont toujours pignon sur rue. Comme celui, bien ancré dans les esprits, qui consiste à laisser croire que les prélèvements effectués par l’État créent de l’emploi qui ne l’aurait pas été autrement. A première vue – c’est le propre des sophismes ! –, c’est vrai. Nombre de fonctionnaires accomplissent des tâches qu’ils n’accompliraient pas – et que nul n’accomplirait à leur place – si l’Etat n’avait pas décidé qu’elles étaient nécessaires à l’équilibre, la pérennité, le bien-être (ou que sais-je encore) de la société. Mais outre le fait que l’on ne voit pas au nom de quoi l’Etat serait capable de juger de ce qui est bon ou non pour la société, on se rend compte que, si l’argent ainsi prélevé avait été laissé à la disposition des ménages ou des entreprises, d’autres types d’emplois, répondant sans doute beaucoup mieux aux besoins et aux attentes de la population, auraient été créés. En France, on préfère avoir des policiers ou des inspecteurs des impôts plutôt que des plombiers ou des garçons de café.

    Et vos DRH, dans cette perspective, ne sont au fond que des agents de l’Etat, certes détachés au sein des entreprises et rémunérés par elles, mais uniquement chargés de veiller au respect et à l’application des lois qui encadrent le travail.

    P. B. : N’est-ce pas une vision parcellaire, sévère et un peu injuste ?

    F. H. : Effectivement, car ils n’en sont même pas conscients. Mais force est d’admettre que la plupart d’entre eux sont plus dans la recherche du consensus mou et du moindre mal qu’arc-boutés sur la défense des intérêts de l’entreprise et surtout de ses actionnaires dont ils semblent n’avoir que faire. Leur refus ou leur crainte d’appréhender de manière sereine la financiarisation de leur fonction en constitue l’exemple le plus frappant. Ils préfèrent se complaire dans les méandres du droit social ou le psycho-« coaching » plutôt que de s’intéresser aux engagements sociaux. Comme l’a souligné un professeur de l’INSEAD, nombre de cadres français, DRH en tête, rejoignent, dans leurs préoccupations et surtout dans leur vision de l’entreprise, la cohorte des salariés ordinaires. D’où leur peu d’enthousiasme, par exemple, à voir réformer le principe des RTT dont ils sont, au moins dans les grandes entreprises, les premiers bénéficiaires. Vos DRH, mon cher, ont viré de bord. Ils ne sont plus tout à fait du côté du manche.

    P. B. : N’est-ce pas lié à leur formation et à leur parcours, somme toute, assez peu opérationnels ?

    F. H. : Bien sûr! Et la France n’a pas le monopole de cette hérésie. Au Québec, par exemple, les DRH sont pour la plupart diplômés de psycho ou de relations industrielles et, pour couronner le tout, chapeautés par un ordre que l’on peut comparer à celui des médecins en France (ordre, je vous le rappelle, fondé par Pétain !). C’est le « Tout-à-l’humain » comme il y a le tout-à-l’égout.

    P. B. : Vous êtes en train de nous dire que les DRH sont des socialo-psycho-marxistes…

    F. H. : Oui ! Appelons un chat un chat. Et même s’ils ont voté Sarkozy (ce qui est loin d’être acquis), cela ne change rien à mon jugement. Regardez ce qu’ils lisent: « Liaisons sociales ». C’est comme si les chefs d’entreprise lisaient « La Cause du peuple ». Il est d’ailleurs amusant de constater que l’ancien directeur de ce journal, et jusqu’à une récente période l’un de ses éditorialistes vedettes, n’est autre que Raymond Soubie. Lequel vient de rejoindre Nicolas Sarkozy en tant que conseiller aux Affaires sociales pour « rassurer » les syndicats. Faut-il vraiment « rassurer » les syndicats dans un pays où ils ne représentent qu’à peine 8% des salariés et où les priorités me semblent être d’une tout autre nature ?

    P. B. : Vous pensez donc que l’action syndicale nuit à la santé économique des entreprises ?

    F. H. : Et comment ! Je sais que ce type de propos détonnera dans le pays de la pensée unique, mais voyez comment Margaret Thatcher et Ronald Reagan les ont combattus et avec quels succès économiques. Je sais qu’il est de bon ton de dauber Reagan, mais sous sa présidence la croissance américaine a été la plus forte des deux cents années qui l’ont précédée. Dans le même temps, et au plus grand mépris des règles élémentaires de la démographie, François Mitterrand et ses brillants conseillers, tous réputés beaucoup plus intelligents que le président américain, instauraient la retraite à soixante ans, mesure dont les dommages seront perceptibles de longues années encore. Quant à Tony Blair, qu’eût-il été sans les mesures prises par la « Dame de fer » ? Et notamment celles qui consistèrent, d’une manière parfois violente et en tout cas sans état d’âme, à mettre fin aux hégémonies syndicales dans les domaines du transport et de l’énergie.

    Et, sans remonter aux calendes grecques, voyez comment le gouvernement néo-zélandais a, en 1991 et en moins de six semaines, réduit le code du travail à sa plus simple expression ; pour le plus grand bien de l’économie puisque dans les cinq années qui ont suivi le taux de chômage a été divisé par deux. De même, le gouvernement canadien a-t-il interdit le droit de grève aux fonctionnaires pendant sept ans afin de pouvoir mener à bien le programme de réduction des dépenses publiques. L’Institut économique de Montréal a d’ailleurs réalisé une étude très convaincante qui démontre à quel point une trop forte présence syndicale nuit à la croissance et au développement des entreprises.

    P. B. : Mais les DRH avancent leur rôle stratégique…

    F. H. : Ah oui ? Lequel ? Quel rôle stratégique pouvez-vous bien avoir quand vous êtes encadré par un code du travail qui, comme le souligne Pascal Salin en me citant (ce dont je le remercie), repose sur ce que j’ai appelé « la prétention de la connaissance » ? Autrement dit sur « le fait que l’on croit savoir ce qui est le mieux pour chacun, sans évaluer les conséquences ultimes des contraintes légales apportées à la liberté contractuelle. Or les effets pervers se manifestent nécessairement dans la mesure où elle est inspirée par une vision erronée du marché du travail », pour rendre la politesse à M. Salin et le citer à mon tour. Sans entrer dans le détail de cette vision erronée, on peut dire que le droit du travail est d’obédience marxiste puisqu’il présuppose une relation de domination entre l’employeur et l’employé qui permettrait au premier d’exploiter le second. Le travailleur aurait donc besoin d’être protégé. En réalité, l’entreprise est un « lieu de coopération sociale » (Salin, toujours) où chacun, employeur et employé, dépend avant tout de la bonne volonté et de l’engagement de l’autre. Or en imposant des contraintes arbitraires supportées par un seul des contractants (l’entreprise), le droit du travail devient un véritable frein à l’embauche puisqu’il n’admet pas le droit à l’erreur ou le fait payer très cher (toujours et unilatéralement à l’entreprise).

    Nous sommes donc dans un système où la stratégie et l’innovation ne reposent pas sur le désir ou la capacité de chacun mais sont soumises à des règles obsolètes et absurdes dont les effets aboutissent à l’exact contraire de ce qui serait souhaitable, non seulement pour le développement et le profit des entreprises, mais encore pour celui des salariés.

    P. B. : Si l’on va au bout de votre logique, dans une économie libérale il n’y aurait plus de DRH…

    F. H. : En tout cas pas les mêmes puisqu’une bonne partie de leur tâche deviendrait caduque. Débarrassés des contraintes légales, des négociations stériles, des petits jeux de pouvoir et de contre-pouvoir, ils pourraient par exemple se consacrer à l’amélioration de la productivité, à l’évolution des métiers, aux véritables défis de la formation, etc. Et il y a fort à parier que l’on aurait alors affaire à des DRH qui seraient eux-mêmes radicalement différents et issus de cultures beaucoup moins « sociales ».

    P. B. : Selon vous, les DRH actuels n’ont donc aucun intérêt à ce que les lignes bougent ?

    F. H. : En effet. On a rarement vu quelqu’un scier la branche sur laquelle il est assis. C’est d’ailleurs le problème de la France en général. Trop d’arbres, trop de branches et trop de gens assis dessus !

    P. B. : Mais quoi qu’ils fassent, les DRH sont coincés par l’arbitraire législatif…

    F. H. : Oui et non. Prenons l’exemple de la feuille de paye dont ils sont les garants. On n’a jamais entendu l’un d’entre eux, ou quelque représentant d’association professionnelle, réclamer de la transparence ou faire du lobby pour cela.

    P. B. : Que voulez-vous dire par là ?

    F. H. : Je veux dire qu’une feuille de paye digne de ce nom devrait faire apparaître (comme c’est le cas au Danemark, par exemple) en première ligne un salaire brut qui inclurait non seulement le salaire, mais encore la totalité des charges sociales afférentes – salariales, comme c’est le cas aujourd’hui, mais également patronales. Et croyez-moi, ce simple changement conduirait très vite nombre de salariés (dont la plupart verrait de fait leur salaire brut amputé de 50%, si ce n’est plus, quand on y ajoutera le prélèvement de l’impôt à la source) à réclamer l’instauration d’une couverture privée et en tout cas le libre choix. Car c’est une chose de retirer 20% du salaire brut (part salariale) et c’en est une autre d’en retirer 50%. Surtout pour les petits salaires et les catégories modestes que l’on gruge depuis des années en leur faisant croire aux bienfaits de la redistribution étatique. Car qu’est-ce que les charges sociales patronales sinon du salaire brut qui ne porte pas son nom ? Les salariés verraient alors que, contrairement à ce que leur serinent les syndicats, ce n’est pas leur salaire qui est trop bas mais les prélèvements qui sont trop hauts.

    P. B. : Et vous pensez qu’il appartient aux DRH d’initier le mouvement ?

    F. H. : A qui d’autre ? Et sinon à quoi serviraient-ils ? A propager et perpétuer des idées fausses ? Vous savez, on pourrait dire exactement la même chose de vos fameuses RTT (que tout le monde vous envie mais dont personne ne s’inspire, et pour cause…) qui n’ont jamais été qu’une façon d’acheter la paix sociale en échangeant de la rémunération contre du temps libre ; au détriment du dynamisme économique et social car influençant de la manière la plus négative et la plus pernicieuse l’ensemble des couches productives de votre pays. Il était clair que les gains de productivité seraient insuffisants pour permettre une telle démarche dont le profit politique même s’est révélé catastrophique puisque Jospin fut éliminé par Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002. Voyez-vous, au pire (et je dis bien : au pire), il eût mieux valu sacrifier une heure par jour que d’accumuler ces semaines de vacances supplémentaires qui pourrissent le climat général, brident l’innovation et cassent la dynamique du pays. « Français en vacances », comme vous l’avez écrit vous-même, est devenu un pléonasme.

    Mais, une fois encore, on constate que la plupart des DRH s’appliquent le régime des RTT à eux-mêmes (ils l’avouent avec difficulté mais, en insistant un peu, la plupart d’entre eux finissent par l’admettre) ; tout comme les journalistes, d’ailleurs, ce qui explique la critique, somme toute, assez relative dont elles font l’objet et le peu d’enthousiasme des uns ou des autres à les remettre en cause.

    P. B. : De la même façon vous remettez en cause la participation obligatoire…

    F. H. : Bien sûr, puisqu’elle remet en cause la notion même de profit résiduel sur lequel repose la libre entreprise. Pascal Salin explique cela très bien. Mais, en bref, un salarié bénéficie d’un contrat qui lui assure et lui garantit le versement d’un salaire quoi qu’il arrive. En revanche, l’entrepreneur (ou les actionnaires), quant à lui, ne recevra qu’une partie de ce qui reste après que tout aura été payé (salaires, fournisseurs, impôts, etc.). Contrairement au salaire, le bénéfice n’est donc jamais garanti et repose sur la notion de risque, assumé par le seul entrepreneur et ses actionnaires. L’amputer de ce qu’il faut bien appeler une sorte de sur-salaire revient à pervertir l’idée même du capitalisme et de ses fondements. Demande-t-on aux salariés de participer aux pertes ?

    P. B. : Question plus personnelle pour finir : Est-ce que l’on ne s’ennuie pas un peu au ciel ?

    F. H. : Non, pas du tout, et je vais vous dire pourquoi : tout simplement parce qu’il n’y a pas d’étatistes, Dieu les trouve trop emmerdants…

    Propos recueillis d’outre-tombe par Patrick Bonney.
    « Le Québécois libre » n° 231, 24/06/06
    http://www.quebecoislibre.org/07/070624-3.htm
    Correspondance Polémia
    03/09/07

  • Le baron von Ungern vénéré dans les temples mongols

    Le baron von Ungern vénéré dans les temples mongols I Testi de La Stampa (Padoue : Edizioni di Ar, 2004) réunit les dix-sept articles de J. Evola publiés dans le quotidien turinois La Stampa d’octobre 1942 à décembre 1943, notamment les deux seuls qu’il a écrits durant la République de Salò : Liberazioni et Uno sguardo nell’oltretomba con la guida di un lama del Tibet. De tous les journaux auxquels collabora J. Evola à l’époque, c’est le seul dont les lecteurs puissent être considérés comme étrangers aux horizons « traditionnels ».

    Il les leur faits découvrir par de courts écrits sur la vision du monde aryenne (Importanza dell’idea ariana), sur la race (Costruire una razza), sur les mœurs (Il flagello della "signorinetta"), sur la spiritualité « orientale » (I Tantra e "Um l'Onnipotente") et sur une question qui était alors d’actualité : la guerre, envisagée, non pas sous son aspect matériel et contingent, mais comme ascèse. Entre un compte rendu de sa visite au monastère chartreux de Hain près de Düsseldorf et des considérations sur les possibilités de libération intérieure qu’offre la guerre, il montre comment de petits évènements de la vie quotidienne en temps de guerre peuvent fournir l’occasion d'une catharsis. Au peuple, il convient de citer en exemple des figures extraordinaires, des héros ; de là, quelque 30 ans avant Le "baron sanguinaire", un premier retour sur la figure du baron von Ungern.

    Depuis peu, on ne cesse d’écrire sur une figure qui, malgré sa stature extraordinaire, était passée presque inaperçue dans le tumulte consécutif à la précédente guerre : celle du baron Ungern-Sternberg. Ossendovski avait été le premier à s’intéresser à lui, à grands renforts d’effets dramatiques, dans son célèbre et très controversé « Bêtes, hommes et dieux ». Il a été suivi par une vie « romancée » du baron von Ungern, publiée par Vladimir Pozner sous le titre de « La Mort aux dents » ; puis, par une seconde vie romancée, de B. Krauthoff : « Ich befehle : Kampf und Tragödie des Barons Ungern-Sternberg ».

    Ces livres semblent toutefois donner une image inadéquate du baron von Ungern, dont la figure, la vie et l’activité sont susceptibles de laisser une grande latitude à la fantaisie en raison de leurs aspects complexes et énigmatiques. René Guénon, le célèbre écrivain traditionaliste, contribua à mieux faire connaître le baron en publiant des passages de lettres écrites en 1924 par le major Alexandrovitch, qui avait commandé l’artillerie mongole en 1918 et en 1919 sous les ordres directs de von Ungern ; et ces données, d’une authenticité incontestable, laissent à penser que les auteurs de ces vies romancées se sont souvent appuyés sur des informations inexactes, même en ce qui concerne la fin du baron.

    Descendant d’une vieille famille balte, von Ungern peut être considéré comme le dernier adversaire acharné de la révolution bolchevique, qu’il combattit avec une haine implacable et inextinguible. Ses principaux faits d’armes se déroulèrent dans une atmosphère saturée de surnaturel et de magie, au cœur de l'Asie, sous le règne du dalaï-lama, le « Bouddha vivant ». Ses ennemis l’appelaient « le baron sanguinaire » ; ses disciples, le « petit père sévère » (c’est le tsar que l’on appelait « petit père »). Quant aux Mongols et aux Tibétains, ils le considéraient comme une manifestation de la force invincible du dieu de la guerre, de la même force surnaturelle que celle de laquelle, selon la légende, serait « né » Gengis Khan, le grand conquérant mongol. Ils ne croient pas à la mort de von Ungern - il semble que, dans divers temples, ils en conservent encore l’image, symbole de sa « présence ».

    Lorsqu’éclata la révolution bolchevique, von Ungern, fonctionnaire russe, leva en Orient une petite armée, la « Division asiatique de cavalerie », qui fut la dernière à tenir tête aux troupes russes après la défaite de Wrangel et de Kolchak et accomplit des exploits presque légendaires. Avec ces troupes, von Ungern libéra la Mongolie, occupée alors par des troupes chinoises soutenues par Moscou ; après qu’il eut fait évader, par un coup de main extrêmement audacieux, le dalaï-lama, celui-ci le fit premier prince et régent de la Mongolie et lui donna le titre de prêtre. Von Ungern devait entrer en relation, non seulement avec le dalaï-lama, mais aussi avec des représentants asiatiques de l’islam et des personnalités de la Chine traditionnelle et du Japon. Il semble qu’il ait caressé l’idée de créer en grand empire asiatique fondé sur une idée transcendante et traditionnelle, pour lutter, non seulement contre le bolchevisme, mais aussi contre toute la civilisation matérialiste moderne, dont le bolchevisme, pour lui, était la conséquence extrême. Et tout laisse à penser que von Ungern, à cet égard, ne suivit pas une simple initiative individuelle, mais agit dans le sens voulu par quelqu’un qui était, pour ainsi dire, dans les coulisses.

    Le mépris de von Ungern pour la mort dépassait toutes les limites et avait pour contrepartie une invulnérabilité légendaire. Chef, guerrier et stratège, le « baron sanguinaire » était doté en même temps d’une intelligence supérieure et d’une vaste culture et, de surcroît, d'une sorte de clairvoyance : par exemple, il avait la faculté de juger infailliblement tous ceux qu’il fixait du regard et de reconnaître en eux, au premier coup d’œil, l'espion, le traître ou l’homme le plus qualifié pour un poste donné ou une fonction donnée. Pour ce qui est de son caractère, voici ce qu’écrit son compagnon d'armes, Alexandrovitch : « Il était brutal et impitoyable comme seul un ascète peut l’être. Son insensibilité dépassait tout ce que l’on peut imaginer et semblait ne pouvoir se rencontrer que chez un être incorporel, à l'âme froide comme la glace, ne connaissant ni la douleur, ni la pitié, ni la joie, ni la tristesse. » Il nous paraît ridicule d’essayer, comme l’a fait Krauthoff, d’attribuer ces qualités au contrecoup occasionné par la mort tragique d’une femme qu’aurait aimée von Ungern. C’est toujours la même histoire : les biographes et les romanciers modernes n’ont point de cesse qu’ils n’aient introduit partout le thème obligatoire de l’amour et de la femme, même là où il est le moins justifié. Même si l’on tient compte du fait que von Ungern était bouddhiste par tradition familiale (c’était la religion à laquelle s’était converti un de ces ancêtres, qui était allé faire la guerre en Orient), tout laisse à penser que les qualités indiquées par Alexandrovitch se rapportent au contraire à une supériorité réelle et qu’elles sont celles qui apparaissent dans tous ceux qui sont en contact avec un plan vraiment transcendant, supra-humain, auquel ne peuvent plus s’appliquer les normes ordinaires, les notions communes du bien et du mal et les limitations de la sentimentalité, mais où règne la loi de l’action absolue et inexorable. Le baron von Ungern aurait probablement pu devenir un « homme du destin », si les circonstances lui avaient été favorables. Il n’en fut rien et c’est ainsi que son existence fut semblable à la lueur fugace et tragique d’un météore.

    Après avoir libéré la Mongolie, von Ungern marche sur la Sibérie, prenant tout seul l’initiative de l’attaque contre les troupes du « Napoléon rouge », le général bolchevique Blücher. Il devient la terreur des bolcheviques, qu’il combat impitoyablement, jusqu’au bout, même s’il comprend que son combat est sans espoir. Il obtient d’importants succès, occupe plusieurs villes. Finalement, à Verchnevdiusk, attaqué par des forces bolcheviques plus de dix fois supérieures aux siennes et décidées à en finir avec leur dernier antagoniste, il est contraint de se replier après un long et âpre combat.

    À partir de ce moment, on ne sait plus rien de précis sur le sort de von Ungern. D’après les deux auteurs de sa biographie « romancée », Pozner et Krauthoff, il aurait été trahi par une partie de son armée, serait tombé dans un état de prostration et de démoralisation et, fait prisonnier, il aurait été fusillé par les rouges. Krauthoff imagine même une entrevue dramatique entre le « Napoléon rouge » et von Ungern, au cours de laquelle celui-ci aurait refusé la proposition que celui-là lui aurait fait de lui laisser la vie sauve s’il servait la cause des rouges comme général soviétique. Il semble toutefois que tout cela ne soit que pure invention : d’après les informations publiées par Guénon et auxquelles nous avons fait allusion plus haut, von Ungern n’aurait nullement été fait prisonnier, mais serait mort de mort naturelle près de la frontière tibétaine. *

    Cependant, les diverses versions concordent singulièrement sur un détail, c’est-à-dire sur le fait que von Ungern aurait connu avec exactitude le jour de sa mort. D’ailleurs, un lama lui avait prédit qu’il aurait été blessé - au cours de l'attaque des troupes rouges à la station de Dauria. Et ce ne sont pas là les seuls éléments qui rendent suggestive l’étrange figure du « baron sanguinaire ». Voici un curieux témoignage sur les effets que, à certains moments, son regard produisait sur ceux qu’il fixait : « Il éprouva une sensation inconnue, inexplicable, de terreur : une sorte de son emplit sa poitrine, semblable à celui d’un cercle d’acier qui se resserre de plus en plus. » Le fait est que, pour ceux qui étaient proches de lui, son prestige et le caractère irrésistible de sa force de commandement revêtaient quelque chose de surnaturel et le distinguaient ainsi d’un simple chef militaire.

    Encore un fait singulier : d’après ce que rapporte Guénon, des phénomènes énigmatiques, de nature « psychique », se sont produits ces derniers temps dans le château de von Ungern, comme si la force et la haine de celui qui fut considéré au Tibet comme une manifestation du « dieu de la guerre » brandie contre la subversion rouge avait survécu à sa mort, sous forme de résidus agités de cette figure tragique, qui a, sous plus d’un aspect, les traits d’un symbole.

    Julius Evola http://www.voxnr.com

    notes :

    * Les archives soviétiques indiquent que von Ungern fut effectivement trahi, capturé, jugé et fusillé sur les ordres de Lénine.

    source : Evola as he is :: lien

  • Pour la morale, Jules Verne peut encore servir

    Cher, Monsieur Claude Allègre, nous n'avons pas eu l'occasion de parler de Jules Verne, ce prolifique romancier quand vous travailliez dans le laboratoire de géologie appliquée que je dirigeais à l'Université Pierre et Marie Curie ? Mais aujourd'hui vous avez en charge l'Education nationale, et vous vous souciez de la morale à l'école, et Jules Verne, justement, peut en être un bon support. Dans chacun de ses quatre-vingt « Voyages extraordinaires », sous des aventures tramées de science et de technique, n'a-t-il pas glissé des leçons édifiantes ? Sa recette est simple : prêter aux personnages principaux des comportements intelligents et nobles aboutissant à d'heureux résultats. Chez le jeune lecteur naît alors le désir de les imiter. L'efficacité du message est affaire de dosage, de rythme et de ton. Jules Verne s'y entend bien : c'est un moraliste dynamique et souriant.
    Ouvrons par exemple, mais pas tout à fait par hasard, L'île mystérieuse (1874). En 1865, en pleine guerre de Sécession, cinq Fédéraux captifs dans une ville assiégée tenue par les Sudistes s'évadent de nuit en sautant dans la nacelle d'un ballon prêt pour l'envol. Un ouragan monstrueux les pousse jusqu'au Pacifique sud-ouest, et ils atterrissent en catastrophe sur une petite île dont ils ne parviendront à déterminer la position qu'un an plus tard. Auparavant ils auront sans relâche amélioré leur alimentation, leur outillage et leur habitat, en appliquant seulement des connaissances scientifiques et des procédés industriels de leur époque. Il s'agit donc de vulgarisation et non pas de science-fiction. Ainsi, on les voit fabriquer successivement de la poterie, de l'acier, un fusil de chasse, de l'acide sulfurique, de l'acide nitrique, du savon et même de la nitroglycérine pour faire sauter des rochers ! Pour rendre plausibles ces tours de force présentés sur le ton de l'évidence, l'auteur a pris quelques libertés avec les ressources naturelles. Notamment celle-ci : avec la constitution rocheuse qu'il prête à une île de quelque 60 km², y rencontrer à la fois argile, houille, minerai de fer, pyrite et salpêtre ( « en couches ») est plus qu'un miracle géologique. Verne - on peut le noter souvent - était bien moins exact en géologie qu'en astronomie ou en navigation.
    Ne nous attardons pas sur ce léger défaut et considérons les six rescapés : cinq hommes et un chien. Plus psychologiques que physiques, leurs portraits sont dessinés par touches successives, parfois très espacées.
    Moraliste souriant
    L'ingénieur : « les yeux ardents, la bouche sérieuse, la physionomie d'un savant de l'école militante (sic), un de ceux qui ont voulu commencer par manier le marteau et le pic, comme ces généraux qui ont voulu débuter simples soldats ». Ses connaissances étendues permettent à l'équipe de triompher de toutes les difficultés. « Avec lui on ne peut désespérer ». Sans que le mot soit prononcé, il est le chef. Un bon chef : « abolitionniste de raison et de coeur », c'est lui qui a affranchi l'esclave nègre. Le journaliste : « de la race de ces étonnants chroniqueurs anglais ou américains qui ne reculent devant rien pour obtenir une information exacte et pour la transmettre à leur journal dans les plus brefs délais. Il avait été de toutes les batailles et la mitraille ne faisait pas trembler son crayon. » Le marin : débrouillard comme tous les gens de mer, il apprend vite à tout faire et joyeusement. Il faut dire que son patronyme fleure les Cornouailles :
    Pencroff ... Le Noir : très doué pour les tâches ménagères, « intelligent et doux, toujours souriant et serviable », il n'a pas voulu quitter l'ingénieur qui l'a libéré. L'orphelin de quinze ans : sa science favorite étant l'histoire naturelle, il rend de grands services dans l'identification des plantes et des animaux, ainsi qu'à la chasse. Le chien : un « magnifique anglo-normand », excellent chasseur (parfois pour son seul compte !) ; en donnant l'alerte il a sauvé l'ingénieur, son maître, très malmené lors de l'atterrissage. Ce détail fait sentir le poids du destin ; si l'ingénieur avait emporté son savoir dans la mort, ses compagnons auraient-ils pu s'en tirer ?
    Courage, loyauté, curiosité intellectuelle, esprit d'entreprise, indomptable ténacité, telles sont les qualités différemment dosées dont Jules Verne a doté ses personnages. L'union de leurs compétences et de leurs talents est le ressort du succès. Chacun a du coeur à l'ouvrage parce que le chef est un conducteur naturel : il observe, écoute, explique, et n'a pas à donner d'ordres puisqu'après ses explications, ce qu'il faut faire coule de source. Fort de ses connaissances, il ne se décourage jamais. Aucun ne geint et personne ne triche. Enfin, attachés comme tous les Américains aux préceptes de la Bible, les quatre hommes n'oublient pas de sanctifier par le repos leur premier jour de Pâques sur l'île.
    Alors, quand le jeune lecteur voit le marin et l'ingénieur entreprendre la construction d'un sloop, il ne peut douter qu'encore une fois, avec l'aide du Ciel, les « naufragés de l'air » réussiront. Des lecteurs adultes penseront : « Ces braves gars vont bientôt rejoindre une société très complexe où ils devront affronter des difficultés beaucoup plus épineuses et les traîtrises de l'argent.» Ce futur ne sera pas ouvert par Jules Verne. Il semble que dans son œuvre l'argent ne soit jamais ouvertement un grand moteur. Des éducateurs pourront déplorer ce manque, mais il sera aisément comblé par le spectacle des soupes populaires et, dans les familles, par les drames du chômage et les échos des abjections qui ruinent et décomposent le pays.
    À mon avis on pourrait donc encore, avec grand profit, lire et expliquer Jules Verne à l'école. Mais parce que notre grand écrivain appartient à tous les Français, mon espoir est plus large. Puissé-je alors, Monsieur et Madame les ministres en charge de l'Education nationale, vous avoir convaincus que sur papier, sur disquettes ou sur Internet, Jules Verne demeure un professeur de morale attrayant, digne d'une école moderne de la République.
    Pierre Routhier Vice-président du Conseil Scientifique du FN
    Français d'abord! - 1ère quinzaine mars 1998 

  • Nouvelles considérations sur le palais de Versailles par Yves BRANCA

    Si le palais de Versailles, comme les meilleurs historiens l’ont finalement reconnu, figure un « grand dessein » à déchiffrer et à méditer, rien ne peut mieux nous y aider que le plus bref mais le plus juste des portraits que l’on ait faits de son auteur, et qui corrobore si bien ce que révèlent de lui ses étonnants Mémoires pour l’instruction du Dauphin. Il est de Madame de La Fayette, dans son Histoire de Madame Henriette d’Angleterre : « On le trouvera sans doute un des plus honnêtes hommes de son royaume, et l’on pourrait dire le plus parfait, s’il n’était point si avare de l’esprit que le Ciel lui a donné, et qu’il voulût le laisser paraître tout entier, sans le renfermer si fort dans la majesté de son rang ». Pierre Goubert lui reconnaît « une culture à la fois sûre et incomplète », mais cette culture est par excellence celle de l’« honnête homme ». Madame de la Fayette s’y entendait : Louis XIV ne « se piquait » que du seul art qui lui incombait, celui de « bien gouverner ». Excellent danseur et cavalier, bon musicien, amateur de poésie, à laquelle il s’essaya, jusqu’à ce que Boileau l’en eût adroitement découragé, il s’en ouvre dans les Mémoires (année 1662, section 2) : « Vous savez le mot de ce roi d’autrefois à son fils : “ N’as-tu point de honte de jouer si bien de la lyre ? ” Souffrez qu’en toutes ces sortes de choses, il y ait parmi vos sujets des gens qui vous surpassent, mais que nul ne vous égale, s’il se peut, dans l’art de gouverner, que vous ne pouvez trop bien savoir, et qui doit être votre application principale » ; sans jamais toutefois confier au Dauphin qu’il a voulu passer maître dans l’art des bâtiments et des jardins afin de léguer à ses successeurs le plus parfait et le plus subtil des instruments de gouvernement.Dans ses recommandations au duc d’Anjou fait roi d’Espagne, il ne parle que de l’« innocence » du goût pour quelque maison de campagne. Mais au Dauphin, il a donné une clef : « L’art de la politique est de se servir des conjonctures et de profiter de toutes chose; plus il est grand et parfait, plus il se cache et se dérobe à la vue (ibid.). » Par là s’explique que pour accomplir cette œuvre de sa vie, le roi ait souvent joué d’improvisation, et feint le caprice. Pierre Gaxotte l’avait bien vu : « Il suit son idée, qu’il ne découvre que peu à peu pour éviter qu’on lui fasse des objections; le plan général est de lui. »

    Olivier Chaline note qu’à Versailles, « la fête et le jardin précèdent l’extension du château ». L’axe du large vallon que Versailles commande, entre les hauteurs de Satory et celles de Marly, avait orienté le premier château vers le couchant d’entre le 15 août et la Saint-Louis, ce qui s’accordait aux traditions antiques et médiévales, et à la dévotion de Louis XIII. Louis XIV décida quant à lui, dès l’année 1662, où il prit le Soleil pour corps de devise, que la course de l’Astre du jour serait marquée, dans les jardins, par l’axe Apollon – Latone. Dans son prolongement, le Grand Canal est creusé de 1667 à 1668; le bassin de Latone, mère d’Apollon et de Diane par les œuvres de Jupiter, et le bassin d’Apollon, disposés dès 1668, sont ornés dès l’année suivante. À peine commencée, la grande métamorphose du château est déjà sous l’égide d’Apollon. Pour bien comprendre cette démarche, il faut revenir un peu en arrière.

    De 1661 à 1666, la Cour se partage entre le Louvre, Fontainebleau, Chambord, Saint-Cloud, et Saint-Germain. En 1666, le roi fait du Château neuf de Saint-Germain sa résidence préférée. Choix provisoire, mais lui seul le sait. La terrasse dont il prolonge l’édifice est un hommage à ce Versailles d’Henri IV : admirable ensemble de pavillons, de rampes, de terrasses, de bassins, et de grottes qui, sur la rive escarpée de la Seine, reproduisait l’immense ouvrage de soutènement du temple hellénistique de la Fortune primordiale de Préneste (Palestrina), près de Rome, et dont la structure permit à Palladio et à Pierre de Cortone de dessiner des reconstitutions du sanctuaire. Lorsque Louis XIV et Le Nôtre, en pensant à Saint-Germain et à Préneste, conçoivent  les Cent marches de l’Orangerie de Versailles, et la montée de l’Allée royale au Parterre d’eau par les degrés de Latone, leur inspiration vient donc de beaucoup plus loin que du « modèle culturel romain à son apogée dans la capitale baroque d’Urbain VIII, acclimaté aux bords de la Seine par Mazarin » (Olivier Chaline). On ne peut critiquer ici ce poncif du « baroque » qui autorise toutes les facilités; disons seulement que, pour apprécier la « nourriture » mythologique, la culture antique et italienne, la sûreté de goût que ses précepteurs, et surtout Mazarin et sa nièce Marie Mancini avaient su transmettre au jeune roi, il faut remonter bien plus haut. Pendant que s’élève en vingt ans la façade occidentale de Versailles, est conçue à ses pieds une suite de pièces d’eau, de bosquets, de parterres, qui, depuis les bassins de Neptune et du Dragon au nord, jusqu’à l’Orangerie et au Lac des Suisses au midi, forment l’axe secondaire des jardins. Vincent Beurtheret y voit, non sans raisons, un parcours initiatique librement inspiré du Songe de Polyphile, ouvrage hermétique néoplatonicien du XVe siècle italien, dont Mazarin avait offert au roi des exemplaires anciens, et qui lui fut expliqué par le poète humaniste Ascanio Amalteo, ce « Chevalier Amalthée » dont le Mercure Galant rappelle en 1673 qu’« il avait enseigné l’italien à sa majesté ». Aux yeux de Jean Phaure, tout le symbolisme des lieux, dont nous considérerons quelques motifs, figure le monde sortant de la Nuit et du Chaos.

    De même qu’à Saint-Germain, on appela d’abord « château neuf » le palais de pierre blanche dont Le Vau, à l’étonnement de tous, commença en 1669 à envelopper le corps central de Louis XIII. Ce mot est vite oublié lorsque Louis y a fixé la Cour en mai 1682, et que s’annonce la perfection de ce qui devient une sorte de temple solaire. Le roi ne cessera jamais de le parachever, jusque dans les années terribles où, pour donner l’exemple et soulager le peuple, il envoie fondre à la monnaie tout son mobilier d’argent (1689), puis sa vaisselle d’or (1709). Les deux ailes nord et sud sont terminées par Hardouin-Mansart en 1689. Ni  les revers de Malplaquet et d’Audenarde, ni les affronts de Gertruydenberg, ne ralentirent, de 1708 à 1710, l’achèvement de la chapelle. Alexandre Maral a fait très judicieusement remarquer qu’entre plusieurs témoins, qui tous ont noté fidèlement les dernières paroles de Louis XIV au petit Dauphin, le seul Saint-Simon a cru entendre que le roi se serait repenti en mourant de son « goût pour les bâtiments »…

    Versailles est une image terrestre du Palais du Soleil selon Ovide. Seuls peuvent lui être comparés dans le monde, et par opposition, l’Escurial, espèce de couvent dont la clôture est celle du dogme catholique; et la Cité interdite de Pékin, enceinte encore plus close et homogène d’une liturgie cosmogonique. La très singulière unité de Versailles naît de l’harmonie de trois éléments, dominés par une inspiration qui, nous le verrons pour conclure, est de nature impériale « occidentale ». Le palais est ouvert; sa majesté n’a rien d’accablant; il nous accueille avec grâce, de cour en cour, et nous emporte entre ses ailes. Passé la galerie des glaces et les Parterres d’eau, il nous dirige calmement dans la direction du couchant vers les jardins, les forêts, l’Océan, l’infini. À l’orient, il est un agrandissement magnifique du pavillon de Louis XIII. Les bustes des empereurs romains et des héros antiques de la Cour de marbre, et Mars et Hercule de Girardon, à l’horloge, y rappellent que le roi assume les grands exemples de l’histoire, mais restent des ornements, à côté des fleurs de lys et de l’emblème solaire. Ce côté-là est celui de la vie et du gouvernement du Roi très chrétien; il garde le style Louis XIII, la brique et l’ardoise, jusque dans les Ailes des ministres et les Écuries. La chapelle Saint-Louis y rend un hommage subtil aux Saintes chapelles médiévales de la Cité et de Vincennes. Ce qui est à proprement parler le Palais du Soleil s’adosse au vieux château à l’occident, et l’enveloppe en déployant ses ailes du nord et du sud. Pour la façade, Le Vau s’était inspiré de la structure et de l’attique du Palais des Sénateurs au Capitole de Rome, et pour les ornements, de Saint-Pierre, et du Logis du Capitaine vénitien de Palladio, à Vicense, en développant les conceptions de Michel-Ange, que magnifiera encore Mansart. Louis XIV voulut être en dépit de tout le « pape gallican (1) », et un parallèle s’impose ici : le nouveau Capitole, selon la volonté des grands papes de la Renaissance, rassemblait les chefs-d’œuvre de l’art antique pour les présenter aux Romains et au monde; le nouveau palais du roi de France et ses jardins présentent et rappellent aux princes, aux honnêtes gens, aux ambassadeurs, et d’abord au roi lui-même, une somme de la sagesse et de la culture de l’Empire gréco-romain hellénistique, que Louis XIV admire dans les personnes d’Alexandre, et surtout d’Auguste. Il parle sobrement dans les Mémoires de l’avantage d’« avoir devant les yeux les vérités dont on est persuadé ». Sur le seul axe Nord – Sud, devant Neptune, les Enfants de l’allée qui monte vers le Bain des nymphes et le Parterre d’eau où dirige la Pyramide marine, dans la lumière de midi, échappent en quelque sorte au Dragon, qui est le Python des mystères de Delphes, abattu par les flèches d’Apollon (lancées par des amours). Comme le géant  Encelade enseveli sous l’Etna, dans son bosquet voisin du Bassin d’Apollon, sur l’autre axe; comme la belle et suppliante Latone dominant, au cœur même des jardins, les rustres changés en grenouilles, Python est un puissant rappel des forces obscures et chthoniennes, restes du chaos primordial auxquelles l’esprit apollinien doit donner ordre sans relâche, avec la constance de la course du Soleil.

    Dans les jardins, on voit que, de part et d’autre de l’Allée royale qui relie Apollon et Latone, les deux ensembles de bosquets dits Chemins du nord et du sud ont pour axes parallèles, respectivement, l’Été et le Printemps (Cérès et Flore), et l’Hiver et l’Automne (Saturne et Bacchus). Au dessus de Latone, devant la croisée des grands axes cardinaux, le Parterre aux deux Miroirs d’eau est le parvis même du temple solaire. À la façade centrale de Le Vau et Mansart, statues et mascarons figurant les saisons et les âges répondent au poème des jardins sur les cycles de la nature et de la vie humaine, de même que  les miroirs de la Galerie aux Miroirs d’eau. La transformation du  Parterre d’eau, orné dès 1674, fut déterminée par la décision de construire la Galerie des Glaces et d’établir le gouvernement à Versailles, qui solennisa la Paix de Nimègue (1678). La réforme de la vie du roi, son retour à la fidélité conjugale, la mort de la Reine en 1683, suivie du mariage secret, coïncident parfaitement avec la nouvelle distribution des appartements qu’exige la Galerie. Le « château neuf » de Le Vau consistait en deux Grands appartements, celui du Roi au nord, celui de la Reine au sud, parfaitement symétriques et reliés par une vaste terrasse à l’occident. Au temps où commençait la métamorphose de Versailles, Louis, dans les Mémoires, compare le Soleil à un grand monarque par « la lumière qu’il communique aux autres astres qui lui composent une espèce de cour ». Chacun des deux Grands appartements représentait cette gravitation, qui s’opéra d’abord autour de Jupiter; si ce n’est que le roi, dans les siens, regardait le nord comme le soleil à son zénith, dont la Reine par le sud, recevait la lumière, comme la Lune. Après la mort de Marie-Thérèse (1683), Louis XIV se logea dans les antichambres des appartements privés de la reine qui donnait sur la Cour de marbre, et fit de ses Grands appartements un lieu de réception (les fameuses soirées d’« appartements »), ouvert au public, où Apollon évinça le Père des Dieux. À l’extrémité sud de la Galerie, l’ancien Cabinet de la Reine devenait le Salon de la Paix, et au nord, le Salon de Jupiter, premier cabinet du Roi, le Salon de la guerre. Le suivant, celui d’Apollon, première chambre du roi, puis salle du trône, commanda alors les cinq autres, dits « des planètes » (Mercure, Mars, Diane ou la Lune, Vénus, et l’Abondance, remplaçant Saturne relégué aux jardins). Cet ensemble olympien devient donc apollinien, suite de vestibules magnifiques par où, désormais, les planètes menaient au sanctuaire de cette nef multipliant la lumière, où le trône fut placé en 1685; de même qu’à Marly, achevé en 1686, le Pavillon royal et les douze pavillons des invités figurent le Soleil et le Zodiaque. De part et d’autre des Miroirs d’eau, l’érection des deux vases de la Guerre et de la Paix qui correspondent aux salons du même nom marqua l’achèvement du Parterre, où le nombre et la rapidité des transformations, après la « grande commande » de 1674, avait témoigné du tournant du règne. Charles Le Brun fut chargé d’en dessiner les nouveaux ornements, tandis qu’il peignait de sa main, aux plafonds de la Galerie, une épopée du règne jusqu’à la Paix de Nimègue, dont le motif central est « Le roi gouvernant par lui-même ». Aux Miroirs d’eau, la « grande commande » présentait encore « un monarque maître des saisons et des éléments – écrit Chaline – […] Puis ce stade est dépassé. Les sculptures commandées sont dispersées dans les jardins […] tandis que le Parterre se mue en deux bassins environnés des bronzes représentant les fleuves du royaume qui semblent venir tous s’y jeter […] La mythologie cède le pas à l’histoire du règne, qui n’est pas jugée moins merveilleuse…». La Manière de montrer les jardins de Versailles, écrite par le roi, prescrit alors un détour par le Dragon pour monter aux Miroirs d’eau par l’Allée des Enfants, en partant du bosquet de l’Arc de triomphe, où depuis 1683, un groupe de Tuby et Coysevox représente la France assise sur un char avec à ses pieds l’Espagne, l’Empire, et une hydre expirante qui n’est autre que la Triple-Alliance de La Haye de 1668.

    Mais il faut se garder d’opposer le motif de la France victorieuse et unie et de l’autorité rétablie aux sujets mythologiques. Ici s’opère le prodige de la réflexion de l’axe solaire dans les miroirs de la Galerie, où réside le secret de Versailles. Le bassin d’Apollon (qui dans la perspective se confond avec la mer du Grand canal où flottaient des vaisseaux), en révèle le sens : au lieu de plonger dans les eaux, le dieu sur son char émerge à l’Occident, comme s’il retournait vers sa mère Latone et la grande nef solaire, au centre du Palais. Aussi est-ce en tant que représentation réfléchie, que la lumière solaire, escortée de toutes les beautés de la Nature et du Parc, pénètre le château, transmuée en puissance d’ordre intellectuel. Les glaces de la Galerie sont les miroirs de la connaissance. L’Empereur de Chine, sur son trône regardant le Midi, recevait passivement la lumière cosmique, comme la Lune, comme la reine à Versailles. Sans son autre face occidentale, Versailles ne recevrait que la lumière vitale de l’Aurore. Mais « Versailles n’attend pas du Soleil la chaleur et la clarté, mais surtout la lumière de l’Esprit » – a écrit Jean Phaure. On peut même dire que Versailles est le lieu où se révèle cette lumière de l’esprit, que Hegel appellera « le Soleil intérieur (2) ». Les Mémoires exposent longuement comment le jeune roi s’est en quelque sorte commandé à lui-même de réaliser la personne accomplie du roi. Ce degré supérieur de réflexion et de conscience de soi est la raison suffisante d’un prodige esthétique et symbolique : la parfaite unité harmonique du palais solaire et du palais du roi de France très chrétien, qui ne communiquaient directement que par l’Escalier des Ambassadeurs et celui de la Reine, la salle du Conseil, et les vestibules de la Chapelle; et dont chaque face, approchée par un visiteur ignorant, ne lui laisse rien deviner de l’autre. De même que, dès l’origine, le petit château est devenu palais sous l’égide de cette représentation apollinienne, le palais ne fut lui-même achevé à l’orient que sous l’égide du Soleil intérieur révélé par sa face occidentale. Les dépenses de la guerre ayant désormais la priorité; la chambre du roi ne prit sa place centrale qu’en 1701; et en 1708, selon les derniers plans de Mansart, le roi en personne, à force d’opiniâtreté, fit élever la chapelle dont le plafond s’ouvre sur l’éclat de la Gloire divine. Dans cette perfection atteinte en 1710, l’idéal d’unité dont Versailles est le signe splendide, né d’un tourment profond et presque obsédant des troubles et des trahisons de la Fronde, ne se distingue plus d’une aspiration puissante, secrète, intuitive, à conjurer la dualité fatale de la culture européenne depuis le triomphe du christianisme, et dont, par les coups et contrecoups de la Querelle du Sacerdoce et de l’Empire, de la Réforme et de la Contre-Réforme, du nouvel esprit scientifique, et de la fondamentale ambiguïté du jésuitisme, la nature composite et les contradictions s’aggravaient. Joseph Joubert l’avait aperçu : « L’Antiquité finit en 1715 (3). »

    De même que Louis XIV avait compris à quelle hauteur spirituelle pouvaient conduire les traditions et l’histoire de l’Antiquité, Bossuet osait écrire que « le Saint-Esprit n’a pas dédaigné de louer, dans le livre des Macchabées, la haute prudence, la sagesse, et les conseils vigoureux du sénat romain (4) ». Sa fameuse apostrophe du sermon de 1662 « Sur les devoirs des rois » paraissait d’ailleurs blasphématoire à Marc Bloch : « Vous êtes des dieux, encore que vous mouriez, et votre autorité ne meurt pas. Cet esprit de royauté passe tout entier à vos successeurs […]. L’homme meurt, il est vrai, mais le roi, disons-nous, ne meurt jamais : l’image de Dieu est immortelle ». Dans les pages où Louis XIV expose lui-même sa foi en « une puissance supérieure, invisible, dont la nôtre est une partie », il distingue l’humilité que doivent avoir les rois « pour eux-mêmes », et la fierté « pour la place qu’ils occupent ». À ses yeux, cette puissance « établit l’ordre naturel du monde, et ne le viole pas aisément (5) ». Lorsqu’il  ramène « la nation toute entière » à « la personne du roi », il s’agit à le fois d’un constat empirique, et d’une aspiration idéaliste, d’origine néoplatonicienne, à l’unité politique, reflet de la transcendance de l’Un, et d’un tout autre ordre que la « centralisation » moderne. Dans la pensée de Louis, comme des meilleurs esprits de son temps, État, République et Empire sont rigoureusement synonymes. La nation « fait corps » dans la personne du roi mortel, et « l’esprit de royauté » qui « ne meurt pas » est l’essence même de l’État : Louis XIV l’a rappelé en mourant. Cet État, où le Roi et « ses peuples » se reconnaissent et connaissant réciproquement, est ce que Hegel appelle l’État de l’Empire occidental, le seul élément où il est possible que se lève le Soleil intérieur de la conscience de soi, parce que la vie réelle des individus n’y est plus « une accoutumance inconsciente et une pratique coutumière de l’unité », mais « la liberté subjective de sujets réfléchissants, personnels, existant pour soi ». Par la communauté reconnue du roi et de la nation, l’État selon Louis XIV posait tout au moins les fondements de cette liberté. L’Empire occidental est aussi selon Hegel celui où enfin « apparaît le principe de la conciliation de l’Église et de l’État »; on peut en voir un essai malheureux dans le gallicanisme de Louis, au temps où Bossuet correspondait avec Leibniz sur « la réunion des Églises ».

    Ce que des centaines de théories sur le rapide déclin de la monarchie française, exposées en milliers de volumes, oublient en général, c’est que le règne de Louis XIV est une  époque terminale. Aussi, dans son synoptique des « époques politiques contemporaines » de l’introduction au Déclin de l’Occident, Oswald Spengler, le seul sans doute qui l’ait compris par sa conception cyclique de l’histoire, qualifie-t-il l’« absolutisme » de  « suprême perfection de la forme de l’État », associant Frédéric II de Prusse et Louis XIV. Un tel déclin marque, selon Spengler, le passage de la culture (Kultur) à la civilisation.

    L’idéalisme solaire de Louis XIV était étranger, plutôt qu’aveugle, à ces forces nées en Europe de ce que Spengler appelle « la compénétration de la forme politique par les puissances économiques », qui inaugure « la civilisation » moderne; il les coalisa contre lui,  alliées à des vestiges de féodalité décadentes, minant l’État et la nation à l’intérieur. À Versailles, sous Louis XV et Louis XVI, la symétrie de la Cour royale rompue par Gabriel, l’Escalier des Ambassadeurs détruit pour aménager des petits boudoirs, le symbolisme planétaire effacé aux appartements de la Reine, étaient les signes funestes de ce « mal qui arrive aux États quand les intérêts publics sont réglés par les intérêts particuliers (6) », et que le fulgurant génie de Napoléon n’a pas suffi à conjurer.

    Mais l’histoire et le monde n’ont pas de fin. Charles Maurras, qui aurait dû rester poète, a écrit : « J’ose comparer l’esprit de Louis le Grand à ces dieux souterrains, dont le travail édificateur ne s’arrête plus. »

     

    Yves Branca http://www.europemaxima.com/

    Notes

    1 : Préface de Marc Fumaroli à Alexandre Maral, Le Roi–Soleil et Dieu, Perrin, 2012, cf. chap. IV, « Le souverain gallican », et chap. VI.

    2 : Hegel, La raison dans l’histoire, chap. V.

    3 : Recueil des pensées de M. Joubert, publié par Chateaubriand, 1838.

    4 : Bossuet, Discours sur l’Histoire universelle, III, 6.

    5 : Louis XIV, Mémoires, 1661, 2 et 3.

    6 : Richelieu, Testament politique, chap. V.

    Orientations bibliographiques

    Sur Louis XIV et Versailles, on pourra consulter avec profit :

    • Louis XIV, Mémoires pour l’instruction du Dauphin, préface de Pierre Goubert, Imprimerie nationale, 1992.

    • Vincent Beurtheret, Versailles. Des jardins vers ailleurs, A.M.D.G., 1996.

    Versailles, le Temple du Roi-Soleil, 1979, film documentaire de Paul Barba-Negra, brillant commentaire de Jean Phaure, disponible sur le site Internet de l’I.N.A.

    • François Bluche, Louis XIV, Fayard, 1986.

    • Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Perrin, 1995 et 2008.

    • Olivier Chaline, Le règne de Louis XIV, Flammarion, 2005.

    • Pierre Gaxotte, La France de Louis XIV, Hachette, 1946, le « grand classique ».

    Cette réflexion, sous une forme un peu simplifiée et abrégée, et sous le titre « Versailles, le Palais du Soleil », ouvre le « Dossier Versailles » du Spectacle du Monde d’octobre 2012 (accès au site Internet de la revue : www.lespectacledumonde.fr).