Le libéralisme désigne de manière générique l'ensemble des doctrines apparues à partir du XVIIe siècle en Occident qui font de l'individu abstrait la clef de voûte de tout leur système. Le terme étant ambigu, selon qu'il l'applique à soit la philosophie politique soit à l'économie politique, nous retiendrons moins les philosophes (Locke, Montesquieu, Rousseau) défendant respect de la liberté individuelle que les tenants du libéralisme économique (Quesnay, Say, Adam Smith, Malthus, Ricardo, J. Stuart Mill) qui seul nous intéresse pour cette entrée lexicale.
Le libéralisme économique est une conception qui refuse l'intervention de l'État (si ce n'est pour défendre l'initiative privée) et qui postule l'existence de lois naturelles capables d'assurer l'équilibre de l'offre et de la demande, à condition que soient respectées la concurrence et la propriété privée des moyens de production. Le néo-libéralisme actuel est une doctrine qui, devant l'échec du libéralisme classique, admet une certaine intervention de l'État dans l'économie sans pour autant remettre en question le principe de la concurrence et de la libre entreprise.
Ses principes fondamentaux sont les suivants : individualisme économique, assimilation de la société à un marché (société marchande), méfiance à l'égard des pouvoirs de nature politique, croyance dans la transparence et la spontanéité des rapports sociaux dès lors qu'ils sont marchands et égalitaires, réduction des finalités culturelles à l'obtention du bien-être, croyance dans la fin possible des idéologies au profit d'une gestion “technique”, neutre et éclairée de la société, etc. Le libéralisme débouche sur la technocratie et l'étatisme (gouvernance), sur la mercantilisation et l'opacité des rapports sociaux, sur la réification de l'homme, assimilé à une “chose” dotée d'une valeur monnayable, qui est cette entité abstraite qu'est l'homo œconomicus. Tout en se vantant d'organiser le libre-échange économique et la libre communication culturelle, le libéralisme alimente la domination du modèle occidental de civilisation et d'un système économique transnational (cf. américanisme). D'autre part, il faut combattre l'idée que le libéralisme, aujourd'hui contesté dans son efficacité économique (cf. économisme), détienne le monopole de la concurrence et de l'économie privée de marché (cf. autarcie ou localisme).
Au plan politique, le régime idéal est fondamentalement celui où il y a le moins de contraintes sociales. Au plan social, il consomme la rupture avec le principe holiste, soit qu'il nie purement et simplement la notion d'intérêt collectif, soit qu'il le fasse naître de l'ajustement miraculeux des conduites individuelles mues par la recherche rationnelle du meilleur intérêt. Dans cette optique, c'est seulement le jeu des intérêts particuliers qui constituent la société : le tout n'est que le produit du comportement des parties. L'ordre public naît ainsi de la concurrence généralisée. Vision de guerre civile : l'ordre spontané, c'est le consensus établi sur l'exclusion des « perdants ».
Le libéralisme désigne de manière générique l'ensemble des doctrines apparues à partir du XVIIe siècle en Occident qui font de l'individu abstrait la clef de voûte de tout leur système. Le terme étant ambigu, selon qu'il l'applique à soit la philosophie politique soit à l'économie politique, nous retiendrons moins les philosophes (Locke, Montesquieu, Rousseau) défendant respect de la liberté individuelle que les tenants du libéralisme économique (Quesnay, Say, Adam Smith, Malthus, Ricardo, J. Stuart Mill) qui seul nous intéresse pour cette entrée lexicale. Le libéralisme économique est une conception qui refuse l'intervention de l'État (si ce n'est pour défendre l'initiative privée) et qui postule l'existence de lois naturelles capables d'assurer l'équilibre de l'offre et de la demande, à condition que soient respectées la concurrence et la propriété privée des moyens de production. Le néo-libéralisme actuel est une doctrine qui, devant l'échec du libéralisme classique, admet une certaine intervention de l'État dans l'économie sans pour autant remettre en question le principe de la concurrence et de la libre entreprise.
Ses principes fondamentaux sont les suivants : individualisme économique, assimilation de la société à un marché (société marchande), méfiance à l'égard des pouvoirs de nature politique, croyance dans la transparence et la spontanéité des rapports sociaux dès lors qu'ils sont marchands et égalitaires, réduction des finalités culturelles à l'obtention du bien-être, croyance dans la fin possible des idéologies au profit d'une gestion “technique”, neutre et éclairée de la société, etc. Le libéralisme débouche sur la technocratie et l'étatisme (gouvernance), sur la mercantilisation et l'opacité des rapports sociaux, sur la réification de l'homme, assimilé à une “chose” dotée d'une valeur monnayable, qui est cette entité abstraite qu'est l'homo œconomicus. Tout en se vantant d'organiser le libre-échange économique et la libre communication culturelle, le libéralisme alimente la domination du modèle occidental de civilisation et d'un système économique transnational (cf. américanisme). D'autre part, il faut combattre l'idée que le libéralisme, aujourd'hui contesté dans son efficacité économique (cf. économisme), détienne le monopole de la concurrence et de l'économie privée de marché (cf. autarcie ou localisme).
Au plan politique, le régime idéal est fondamentalement celui où il y a le moins de contraintes sociales. Au plan social, il consomme la rupture avec le principe holiste, soit qu'il nie purement et simplement la notion d'intérêt collectif, soit qu'il le fasse naître de l'ajustement miraculeux des conduites individuelles mues par la recherche rationnelle du meilleur intérêt. Dans cette optique, c'est seulement le jeu des intérêts particuliers qui constituent la société : le tout n'est que le produit du comportement des parties. L'ordre public naît ainsi de la concurrence généralisée. Vision de guerre civile : l'ordre spontané, c'est le consensus établi sur l'exclusion des « perdants ».
Le libéralisme s'avère là une machine à produire la désillusion. Dans une société libérale, le lien social résulterait de la libre concurrence des conduites individuelles ? Jamais comme dans le monde occidental actuel, l'anomie sociale n'a été aussi grande. Le marché serait pluraliste par nature ? Par le jeu du mimétisme concurrentiel, jamais les modes de vie n'ont été aussi indifférenciés : partout, le libéralisme détruit les identités collectives, les cultures enracinées, et s'avère générateur d'uniformité. Il serait principe de liberté, d'émancipation du sujet ? Jamais les hommes n'ont été aussi aliénés que dans le rapport à la marchandise qui caractérise le système des objets.
À en croire les auteurs libéraux, la liberté s'imposerait d'elle-même dans une société gouvernée par l'économie de marché. Le libre-échange engendrerait la liberté comme son produit le plus naturel, par affinité intrinsèque en quelque sorte. Une telle théorie, qui procède d'un raisonnement similaire au marxisme (c'est l'infrastructure économique qui détermine la superstructure politique et sociale), montre en fait que dans une société calquée sur le marché, la « liberté » elle-même est conçue sur le modèle de l'échange commercial. Ce processus a bien été décrit par Werner Sombart : « On réclame une liberté aussi large que possible, on exige la suppression de tout ce qui peut faire obstacle à la course au gain. Il s'agit, en premier lieu, de la liberté formelle, de la liberté de faire ou de ne pas faire, qu'on considère comme un facteur essentiel de la bonne conduite des affaires. [...] En deuxième lieu, la revendication de la liberté implique l'idée d'un gain ne tenant compte d'aucune considération sans rapport direct avec lui. Elle équivaut à la proclamation de la supériorité du gain sur toutes les autres valeurs. » (Le Bourgeois, ch. XIII). Henri Lepage décrit significativement la liberté de consommer comme « la plus fondamentale des libertés ». Dans la théorie du producteur-consommateur de Gary Becker, c'est par son aptitude à la consommation que l'individu s'affirme véritablement comme citoyen.
La propriété privé n'est pourtant pas un absolu : il y a quantité d'usages d'une propriété qui équivalent à des nuisances du bien commun. L'initiative privée, elle aussi, peut secréter le meilleur comme le pire. La croire intrinsèquement meilleure parce qu'elle est privée n'est qu'une illusion. Le principe de rentabilité (à distinguer du calcul de rentabilité) n'est qu'une façon d'asseoir le règne de la quantité. Quant à la concurrence, elle ne s'exerce pratiquement jamais selon le modèle idéal de la course des athlètes dans le stade. Elle est le plus souvent biaisée, imparfaite, destructive. La publicité, à elle seule, est déjà une suggestion qui fausse le choix.
Le libéralisme est une doctrine (et même une idéologie) philosophique, économique et politique, et c’est évidemment comme tel qu’il doit être étudié et jugé. Il ne peut être confondu complètement avec le capitalisme, régime économique apparu au XIXe siècle dans lequel les moyens de production relèvent de la propriété privée (car il existe aussi un capitalisme d'État, forme plus ou moins prononcée de collectivisme où l'État est propriétaire des moyens de production, en tout ou en partie). Même si les partisans du libéralisme économique considèrent qu'il constitue le meilleur ressort du développement économique dans la mesure où il stimule la production par la loi constante de l'offre et de la demande, ce régime implique l'exploitation des travailleurs et des peuples, exploitation qui ne peut que s'étendre mondialement pour aboutir à l'impérialisme, et s'accule, à plus ou moins long terme, à des contradictions mortelles entre une production dépendante de la spéculation boursière n'obéissant qu'à la recherche d'un profit toujours croissant et une consommation de plus en plus bloquée puisque, par application de la concurrence qui règne entre producteurs, le système ne peut, en durant, que diminuer le nombre des acheteurs potentiels (effets conjugués de la paupérisation et de la prolétarisation).
De toutes les idéologies occidentales, le libéralisme est la plus dominante et en outre celle qui menace le plus notre spécificité culturelle : confortant l'individualisme impolitique, elle fonctionne comme une drogue qui colonise les imaginaires et bloque, notamment, des réactions de défense concertée des peuples, de solidarité économico-politique et d'initiative locale. Le libéralisme est, très clairement, pour nous, l'ennemi principal. Le combattre, ici et maintenant, c'est prendre le mal à la racine, à savoir anthropologiquement le rabattement du politique sur l'économique.
Vouloir 24 /12 /2010
culture et histoire - Page 2058
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LIBÉRALISME
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Nos ancêtres les Gaulois par Pierre Gaxotte de l'Académie française
L'immense succès du huitième volume des aventures d'Astérix - la première édition de 600 000 exemplaires s'est enlevée en quelques jours - prouverait-il que les Français s'intéressent à leurs ancêtres les Gaulois ? En tout cas, le guerrier malin et rouspéteur Astérix, aidé par Obélix, livreur de menhirs, par Abraracourcix, le valeureux chef de tribu, par Assurancetourix, le barde, a trouvé des amis. Demandons à Pierre Gaxotte, à qui l'on doit l'Histoire des Français, l'Histoire d'Allemagne (Flammarion), le Siècle de Louis XIV, etc., de nous dire ce qu'étaient les Gaulois.
Le mot Gallia, Gaule, supposant le mot Gallus, Gaulois (pluriel : Galli), se montre pour la première fois dans les Origines de Caton, vers 168 avant J.-C. Pour les écrivains latins, les Galli sont des Celtes septentrionaux.
Ils distinguaient entre la Gaule cisalpine et la Gaule transalpine, la première sur le versant oriental des Alpes (de ce côté-ci, par rapport à Rome), la seconde sur le versant occidental (de l'autre côté, pour les Romains).
Puis, quand l'Italie politique et administrative se fut étendue jusqu'au bassin du Pô inclusivement, il n'y eut plus d'autre Gaule que celle qui s'étendait des Pyrénées aux Alpes et au Rhin. César la définit ainsi à la première ligne de ses Commentaires.
Ce qui frappait tout d'abord, c'était l'immensité des forêts. Elles occupaient la majeure partie du sol, les deux tiers au moins. Ce qui en subsiste n'en peut même donner l'idée. Elles s'étalaient alors dans toutes les directions, mais c'est surtout au nord de la Loire qu'elles présentaient une masse profonde et quasi continue.
un pays de forêts
Presque étouffées par elles, les terres cultivées apparaissaient comme d'étroites clairières prenant jour le long des fleuves, autour des ruisseaux, sur les terrasses et dans les vallons de collines étagées. Les plus considérables se trouvaient en Beauce, en Limagne, dans la plaine toulousaine et le Soissonnais.
Sous le dôme de feuillage vivaient, avec les sangliers et les loups, les animaux monstrueux qui épouvantaient les Méditerranéens : rennes, élans, aurochs, difformes héritiers du chaos primitif. Les troupeaux de chevaux, le gros et le petit bétail trouvaient pâture dans les clairières.
Les porcs vaguaient par milliers dans les chênaies. Ils étaient de taille énorme, à moitié sauvages. Leur viande, fraîche ou salée, faisait, avec le laitage, le fond de l'alimentation.
Mais les forêts n'étaient pas abandonnées aux tanières des bêtes ou aux courses rapides des chasseurs. Des populations nombreuses de «boisilleurs» y ont toujours élu domicile : bûcherons, charbonniers, sabotiers, fagoteurs, charrons, potiers, résiniers, tourneurs, briquetiers, chercheurs de miel sauvage, arracheurs d'écorces, faiseurs de cendres... Comme le minerai de fer se trouvait un peu partout, en petits gisements épars, les fondeurs et les forgerons s'établissaient, eux aussi, à proximité du combustible.
Que de Gaulois se sont appelés SiIvanus ou Silvinius ! Que de Français, Dubois ou Dubosc !
10 à 15 millions d'habitants
Au second siècle avant notre ère, la Gaule passait pour une des régions les plus peuplées du monde. Cette opinion ne venait pas de l'exacte connaissance du pays ; elle traduisait la façon dont les Celtes et les Galates s'étaient présentés au monde gréco-romain. À l'époque des invasions, la surprise et la crainte troublèrent les calculs des Méditerranéens ; leur imagination fit le reste.
À ces vagues hyperboles, les érudits modernes ont substitué des tableaux et des statistiques. S'aidant des chiffres d'effectifs militaires, ils ont évalué la masse totale des Gaulois, Belges et Rhénans compris, tantôt à cinq millions d'âmes - ce qui est sans doute trop peu - tantôt à trente millions - ce qui est excessif, eu égard à l'étendue des friches, des forêts et des marécages. Mais un chiffre compris entre 10 et 15 n'est pas invraisemblable.
Tous ces hommes étaient répartis en tribus, sociétés permanentes que les Latins appelèrent pagi. Leurs territoires étaient parfaitement délimités à la fois par les règlements entre voisins et par les conditions du sol.
Dans les montagnes, c'était un vallon ; dans les pays de forêts, une vaste clairière fertile. Quelquefois un étang ou un bassin maritime donnait à la tribu son caractère propre.
Certaines tribus s'adonnaient surtout à la pêche, d'autres à la culture ou à l'élevage. « Ce lien entre le sol et les hommes était si naturel et si puissant qu'après deux mille ans de vie nationale, la plupart des pays de France observent encore une manière à eux de parler, de penser et de travailler. » (Jullian.)
Mais précisément ces pays d'une seule tenue, ces petites unités si nettes et si monotones, ne pouvaient servir de base à de véritables Etats, c'est-à-dire à des unités économiques et militaires, capables de se suffire à peu près en tout.
Le vrai groupe politique de la Gaule, César l'appelle Civitas, la Cité. Ce n'est pas une ville, c'est un être moral, un peuple organisé, une concorde, une société de protection et de solidarité, disposant de territoires complémentaires, plaines et montagnes, guérets et bois, bons et mauvais pays, unis les uns aux autres pour échanger à la fois leurs produits et leurs moyens de défense.
Au-dessus des trois ou quatre cents tribus, apparaissent cinquante à soixante cités. Les plus considérables s'étendent sur trois ou quatre de nos départements, les plus petites arrivent au tiers ou au quart.
Sous le nom d'Arvernes se groupent les hommes de la Limagne, du plateau granitique, des monts d'Auvergne et du Livradois. Aux Lingons appartiennent le plateau de Langres et le Dijonnais. Les Séquanes descendent des monts du Jura jusqu'au Doubs et à la Saône.
Les Carnutes réunissent la plaine de la Beauce et les collines du Perche ; les Eduens le noir et glacial Morvan, les coteaux élevés du Beaujolais et du Charolais, la plaine de Bourgogne, les pâturages du Nivernais, les landes de la Sologne bourbonnaise. L'unité et la force de leur État viennent de ce qu'il est à cheval sur la Loire, l'Allier et la Saône.
L'usage des voies d'eau et la perception de péages sont pour les Eduens une source incomparable de puissance et de fortune. Leurs voisins s'en rendent compte et s'efforcent de leur arracher ces avantages.
les noms gaulois ont subsisté
Il importe, au début de notre histoire, de prêter une attention particulière à cette répartition du sol. Les limites des nations gauloises ont survécu à l'indépendance. Elles se retrouvent, non sans vicissitudes, dans le tracé des circonscriptions romaines, des évêchés, des bailliages.
Leurs noms ont traversé les âges pour parvenir jusqu'à nous. Arras est la ville des Atrebates, Amiens celle des Ambiani, Trêves celle des Trevires, Reims celle des Rèmes, Soissons celle des Suessiones, Metz celle des Mediomatrici, Senlis celle des Silvanectes, Paris celle des Parisii, Troyes celle des Tricasses, Langres celle des Lingons, Chartres celle des Carnutes, Bourges celle des Bituriges.
Les terres exploitées sont si bien cadastrées que les arpenteurs du fisc romain n'auront qu'à embrigader les arpenteurs gaulois, auxquels ils prendront même quelques termes de leur vocabulaire, en tout cas leurs mesures : l'arpent, la lieue, sont celtiques.
Cet attachement au sol a un revers. Les Gaulois que rencontra César n'étaient plus les terribles Gaulois de la bataille de l'Allia, les Celtes qui se conduisaient quelques siècles plus tôt comme les maîtres méprisants de l'Europe. Tel chef éduen s'appelle bien encore Dumnorix, roi du monde, tel peuple arbore fièrement le nom de Bituriges, rois de l'univers : ce ne sont que des souvenirs.
Tout a changé. Les Gaulois n'ont pas seulement renoncé au char de guerre qui avait jadis disloqué les légions, ils ont perdu le moral qui soutenait leurs ambitions. La guerre civile s'est installée dans toutes les cités.
La monarchie a peu à peu disparu. Une grande partie de la population est opprimée. Le gouvernement est aristocratique.
Les nobles, les puissants dominent les assemblées et accaparent les magistratures. Ils commandent personnellement à de grandes masses d'hommes. D'abord, à leurs esclaves : l'Helvète Orgetorix, le plus riche propriétaire de son pays, en a dix mille. Puis aux ambacts que les Romains appelèrent des clients : ce sont des hommes libres qui se sont donnés à un maître par serment. Ils vivent de ses dons, ont droit à sa protection, l'assistent dans ses querelles et le suivent à la guerre comme écuyers et gardes du corps.
L'État perçoit des impôts : un impôt direct qui pèse surtout sur les pauvres, des péages, des douanes et des loyers. Chez les Eduens, Dumnorix s'offrit un jour à prendre à ferme les péages. Personne n'osa surenchérir ; il fut déclaré fermier à un prix dérisoire.
les villes
À en juger par les textes de César qui sont la principale source de nos connaissances, toutes les régions de la Gaule auraient possédé à peu près également des villages et des fermes isolées où vivaient les nobles, entourés de leurs hommes d'armes et de leurs serviteurs.
Or, ce sont là des formes très distinctes de l'habitat rural et nous constatons, à l'époque moderne, qu'elles se trouvent très rarement associées. Il y a des provinces de groupement comme l'Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté, et des provinces de dispersion, comme le Bocage normand et la Bretagne.
Cette répartition différente de la population rurale s'explique non seulement par la nature du sol, la distribution des points d'eau, les conditions du travail, mais aussi par la façon dont la terre est possédée et par les traditions propres à chaque région. On est donc amené à croire qu'au temps des Gaulois les contrastes étaient moins poussés, moins établis qu'aujourd'hui.
Nous sommes mieux renseignés sur les places fortes. À vingt-cinq kilomètres d'Autun, à l'extrémité méridionale du Morvan, se détache une sorte de promontoire qui domine tout le pays environnant. C'est le mont Beuvray, dans l'antiquité Bibracte.
Sur le plateau qui le couronne s'élevait, à huit cents mètres d'altitude, la capitale des Eduens, retrouvée et exhumée à partir de 1865. Cet enclos de 5 kilomètres de tour et de 135 hectares de superficie n'était pas habité dans toute son étendue : c'était un refuge pour le temps de guerre.
Gergovie, capitale des Arvernes, de moindre superficie, put recueillir quatre vingt mille soldats. En temps ordinaire, Bibracte devait ressembler aux grandes cités du Turkestan, où, derrière les levées et les palissades de l'enceinte, on trouve, alternant, des amas de cabanes, des terrains vagues, des cimetières, des champs de foire, des dépôts d'armes, des granges et des greniers. La population permanente était composée d'artisans qui, à l'abri du rempart, étaient venus chercher la sécurité nécessaire à qui emploie le capital.
Lyon n'existe pas encore
À droite et à gauche du chemin central qui traverse l'oppidum du nord au sud s'étagent en gradins des lignes irrégulières de masures à demi souterraines, baraques de vente, habitations et ateliers, les uns minuscules, les autres assez vastes et bien organisés.
Une sorte de gradation semble régler la succession de ces ateliers à mesure que l'on s'avance vers le centre : d'abord les fonderies, puis les forges, puis la quincaillerie, enfin l'orfèvrerie et l'émaillage.
Ailleurs, en Normandie, en Anjou, dans le Berry, en Lorraine, les archéologues ont souvent constaté les rapports étroits qui paraissent unir la métallurgie du fer et certains ensembles de fortifications très anciennes ; Les murs contenaient des scories en abondance ; le sol, par endroits, en était parsemé.
En somme, l'oppidum gaulois est un atelier et, par occasions, une foire ou un marché. À la différence de bien des villes de l'Italie, primitive et antique, il n'est en aucune façon un centre agricole.
Assurément, toutes les villes fortes de la Gaule n'étaient pas situées sur des hauteurs aussi farouches, de climat aussi rude et aussi venteux. Lutèce, la ville des Parisii, était dans une île ; À varicum, la ville des Bituriges, dans la plaine, protégée par des marais. Aussi les habitants en étaient-ils plus nombreux, les demeures moins incommodes, l'aspect plus riant.
Un trait imprévu de la géographie gauloise mérite encore d'être signalé : Lyon n'existe pas. Combien de fois cependant a-t-on décrit les avantages impérieux du site où s'est fixée la ville, au confluent de deux grandes rivières, à la jonction de plusieurs routes importantes ! Or, les Eduens trafiquent à Mâcon et à Chalon, les Allobroges à Genève et à Vienne. Ni les uns, ni les autres ne paraissent avoir songé à Lyon.
De tous les lieux souverains de la France future, c'est donc vers le mieux doué que les hommes ne convergent pas encore. Est-ce parce que Lyon est trop proche d'une frontière âprement disputée ? Peut-être. Mais cet épisode démontre qu'il n'est pas, en géographie humaine, de nécessité absolue. La nature offre des possibilités, et même des tentations. En dernière analyse, l'homme choisit.
sur les routes
Commercialement, la Gaule n'était point isolée. Elle faisait partie d'un milieu économique plus vaste. Les métaux, or, argent, cuivre, fer, dont elle tenait marché et qu'elle trouvait épars sur son sol ou dans les sables de ses rivières, lui avaient donné une réputation de richesse, d'ailleurs surfaite, car beaucoup de ces petits gisements s'épuisèrent vite.
Elle expédiait à Rome des lainages, des salaisons et des esclaves. Toujours en guerre entre eux, ou contre leurs voisins, les Gaulois regorgeaient de cette denrée, dont ils se servaient volontiers comme d'un instrument d'échange. On donnait un esclave pour une amphore de vin, prix courant.
De Grèce et d'Italie, ils faisaient venir des objets de luxe, dont les archéologues ont trouvé de nombreux exemplaires dans les tombes, couronnes, miroirs, coupes de céramique peinte. Au surplus, depuis le second siècle (avant .J.-C.) au moins, les Gaulois se servaient de l'alphabet grec.
Les voies de communication étaient nombreuses et variées. La vitesse avec laquelle se sont déplacées les légions romaines fait penser que les pistes étaient suffisamment entretenues, que les ponts et les bacs ne manquaient pas. Nous savons du moins qu'il existait trois grands ponts sur la Loire, près de Saumur, à Orléans et à Nevers, un sur l'Allier à Moulins, un sur la Seine à Paris, deux sur le Rhône, à Genève et à Pont-Saint-Esprit.
Les voies d'eau étaient plus fréquentées encore. Il y avait un grand rassemblement de barques, de pirogues et de radeaux, en amont de Paris, vers Melun et Meaux, un autre sur le Rhône vers Avignon. La liaison entre la Loire et le Rhône se faisait par la montagne de Tarare qui appartenait aux Eduens et, plus au sud, par le col du Pal qui appartenait aux Arvernes.
La marine était nombreuse et exercée. Les rivages de l'Armorique et de la Normandie formaient une même route océanique, longue et sinueuse, qui allait sans lacune d'île en île et de port en port, depuis les sables de Vendée jusqu'aux falaises du pays de Caux : et le long de cette route se sont confédérées toutes les cités qui en étaient riveraines.
Au premier siècle avant J.-C., la prépondérance appartenait aux Vénètes (Morbihan) qui avaient presque monopolisé le trafic avec la Grande-Bretagne, productrice d'étain. Ce commerce déterminait des relations continues, des services à peu près réguliers. Le port de débarquement était Corbilon (peut-être Saint-Nazaire), au débouché du chemin de la Loire ; un autre se formait déjà à Boulogne, à quelques heures seulement de la rive opposée. De la Manche à Marseille, par bateaux et par chariots, le transport du métal demandait un mois.
les Gaulois chez eux
Bien que le sol français recèle toutes sortes de roches, les Gaulois n'ont pas bâti de murailles maçonnées. Les remparts de leurs citadelles étaient composés d'une charpente en bois et d'un appareillage en pierres. S'ils pouvaient résister aux attaques, ils cédaient assez vite à l'action du temps : le bois pourrissait et les blocs, privés de soutien, s'effondraient.
Les maisons sont faites de bois, de claies de roseau, de chaume et de torchis. Elles ont la forme ronde des habitations primitives en tous pays. Une toiture en pente leur tient lieu de couronne. Au milieu, un trou pour laisser passer la fumée.
Les pauvres n'ont que cette simple cabane ; les riches un vrai bâtiment avec un vestibule, des chambres de repos (ils donnent sur des tapis ou des fourrures), une salle d'apparat qui est à la fois salon et cuisine. Au mur sont clouées les têtes des vaincus illustres ; d'autres, soigneusement embaumées à l'huile de cèdre, sont conservées dans des coffres, principaux meubles de la maison.
Voici un banquet. Le chef ou l'invitant est assis au milieu, à égale distance de tous les égaux, car les Gaulois sont gens à protocole, à hiérarchie et à formalités. S'il s'agit de nobles, les hôtes sont accompagnés de serviteurs et d'écuyers qui se tiennent derrière eux portant les boucliers et les épées. Les femmes sont à part, mais elles paraissent à leur heure.
L'assistance est propre et bien vêtue, car les Celtes ont grand soin de leur personne et ils n'ont pas peur de se baigner. Ils portent les cheveux demi-longs, relevés sur le front, quelquefois teints ou décolorés à l'eau de chaux.
L'imagerie populaire leur prête de gigantesques moustaches tombantes à la façon des gendarmes de vaudeville. Le Gaulois mourant du Capitole n'a qu'une moustache très courte et les monnaies portent l'effigie d'un Vercingétorix glabre.
Les hommes sont vêtus d'une chemise de lin, d'un pantalon long en laine (les braies), non pas flottant comme chez les Scythes, mais très ajusté, d'une blouse serrée à la taille par une ceinture et d'un manteau agrafé (la saie ou le sayon). Les chaussures, en très bon cuir, sont des chausses et non des sandales. Tout le costume est de couleurs vives et variées, car on sait cultiver un grand nombre de plantes tinctoriales, entre autres le pastel qui donne le bleu et la jacinthe qui donne le rouge.
Le bijou le plus caractéristique est une sorte de collier serré que les Latins ont appelé torques parce que le modèle le plus simple est fait d'une tige de métal tordue. Les plus beaux sont en or, chargés d'ornements en relief.
Les convives s'assoient sur des bottes de roseaux autour d'une table basse. Les viandes rôties à la broche, bouillies ou cuites à l'étuvée, sont apportées sur de grands plats en métal. Les convives saisissent les morceaux à pleines mains et y mordent à belles dents. De temps en temps, ils se servent d'un petit couteau pour couper un tendon ou trancher une articulation. Au menu figurent aussi des poissons, du pain avec des oignons et de l'ail, un brouet d'avoine et d'orge, des pommes et des noisettes.
Le vin est, rare car il vient d'Italie ou de Grèce. On boit surtout du miel délayé dans l'eau, de la bière d'orge ou de blé, dans laquelle on a fait macérer des herbes aromatiques, notamment du cumin. C'est dans ces festins, semble-t-il, que survivaient avec leurs excès traditionnels le souci, le culte, la culture maladive de l'honneur. Les Romains s'étonnaient que presque toutes les beuveries gauloises s'achevassent en rixe. Mais c'est pour cela qu'on se réunissait.
le père, maître absolu de sa famille
On voudrait savoir comment les Gaulois vivaient en famille. Chacun d'eux se présente simplement comme le fils de son père Vercingétorix, fils de Celtic. Il n'existe pas de vocable familial et héréditaire.
Selon César, le père est maître absolu de sa maison, de sa femme et de ses enfants mineurs, avec droit de vie et de mort. Pourtant, il n'achète pas sa femme. C'est elle, au contraire, qui lui apporte une dot, le mari la double d'un bien égal et ce patrimoine inaliénable, grossi chaque année du revenu, reste la propriété du survivant.
Le mariage est une institution aussi régulière et rituelle que dans l'ancienne Rome. On peut supposer que la dignité de l'épouse, le respect de la mère, ont été sinon des faits constants, du moins des formules de vertus et de devoirs.
Les Gaulois n'ont pas eu d'art plastique, mais un art industriel très estimable. Leurs armes sont belles. Leurs boucles de ceintures, agrafes, broches (ou fibules), vases de métal et vases de terre, témoignent d'un goût réfléchi pour l'ornementation géométrique. Surtout, ils ont inventé beaucoup, d'objets de première importance, qui sont restés en usage dans la vie domestique.
Pour conserver le vin, ils remplacèrent les amphores de terre cuite, seules en usage chez les Grecs et chez les Romains, par les futailles en bois, douvées et cerclées. Gardé quelques mois en fût, le vin vieillit mieux, en prenant tout son bouquet. En outre, les tonneaux sont faciles à équilibrer et se prêtent à la manipulation.
L'outillage agricole et artisanal doit encore aux Gaulois le char à bancs, la herse pour briser les mottes, le tamis en crin ne cheval ; la tarière à mèche en spirale, la grande faux pour les foins, enfin la véritable charrue.
Le labour se faisait encore chez les Méditerranéens à l'aide de l'araire primitif, la charrue sans roue des peuples arriérés. Les hommes du nord imaginèrent autre chose : ils attachaient le timon à un avant-train muni de roues et par-devant le soc, ils suspendaient un coutre ou couteau, dont la partie acérée était dirigée vers le bas, pour trancher la terre compacte et amorcer le sillon.
les dieux
Les Gaulois avaient un grand nombre de dieux qui se mêlaient à tous les phénomènes de la nature. Certains étaient attachés à un lieu, à une fontaine, à une source, à un fleuve, à une forêt. D'autres se manifestaient partout. C'est ainsi qu'un dieu des eaux, Borvo, a donné son nom à la fois à La Bourboule, à Bourbonne-les-Bains, à Bourbon-Lancy et à Bourbon l'Archambault. On lui jetait des offrandes dans les étangs.
Les petites gens avaient un culte particulier pour des déesses familières que les Gallo-Romains ont appelé les déesses mères. Elles dispensent et entretiennent la vie. Vêtues de longues robes, dans une attitude paisible et grave, elles tiennent sur leurs genoux ou dans leurs mains des corbeilles de fleurs, des cornes d'abondance ou des enfants nouveau-nés.
Bien entendu, ces représentations sont postérieures el la conquête. Auparavant, les dieux avaient sûrement des aventures, un type, une physionomie, mais ils ne vivaient que dans les imaginations. Si les plus grands avaient déjà des statues, ce n'étaient que d'informes piliers de bois ou de pierre qui rappelaient le dieu, mais qui ne prétendaient pas le montrer.
Les Anciens nous citent avec des signalements incertains quelques noms, mais nous ne savons même pas s'il s'agit des divinités d'un canton ou de divinités généralement reconnues. Teutatès signifie certainement le dieu du peuple. Esus signifie peut-être le seigneur. Taranis est le nom commun du tonnerre. On nous dit qu'ils formaient une triade. Comment s'articulait-elle ? Mystère.
C'est à peine si, grâce à des figurations des temps gallo-romains nous entrevoyons quelques mythes. Esus, par exemple, est-ce le dieu bûcheron qui, sur l'autel trouvé dans la Cité et conservé au musée de Cluny, abat un arbre près d'un monstre, un taureau surmonté de trois grues, larvos trigaranos, vieille figure assurément puisqu'un comique athénien du IIIe siècle avant notre ère, au lendemain de l'invasion celtique qui avait failli submerger l'Orient, parle du trygéranon comme d'un animal redoutable qui ne se trouve pas en Grèce...
Les dieux participaient à tous les moments de l'existence terrestre. La naissance, les fiançailles, le mariage, les procès, la maladie, un voyage, la réception d'un hôte, la chasse, la guerre, le travail, exigeaient que l'un d'eux fût pris à témoin. Le calendrier trouve à Coligny nous montre que les mois et les jours avaient une valeur religieuse propre. L'espace lui-même était imprégné de divinité.
les druides
Aussi n'est-il pas surprenant que les prêtres, les druides, aient une telle place dans la société. Leur intervention dans le culte est souveraine et continue. Point d'acte important dans la famille ou dans la cité qui se passe de leur concours.
II ne leur manque même pas l'arme terrible de l'excommunication, qui retranche le coupable de la vie régulière pour le vouer à l'exil et aux frayeurs. Aucune loi ne protège plus l'excommunié, aucune justice ne lui est due. Nul ne peut s'approcher de lui. Il est maudit à jamais chez tous les peuples.
Les dieux gaulois sont avides d'or et de sang. D'énormes holocaustes d'êtres humains, prisonniers innocents, condamnés à mort, leur sont présentés à dates fixes et en cas de péril public. Esus demande que ses victimes soient pendues aux arbres, Taran aime les bûchers, Teutatès les noyades, d'autres les crucifixions.
Et toujours les druides servent d'intermédiaires dans ce trafic sanglant. Ils sont en relation immédiate avec les puissances invisibles ; ils parlent en leur nom ; ils connaissent les paroles magiques, les incantations et les interdictions rituelles qui servent à les désarmer et à les séduire.
En outre, les druides sont les éducateurs de la jeunesse ; ils n'instruisent pas seulement ceux qui se destinent à leur succession, mais tous les jeunes nobles qui viennent à eux. C'est une des singularités les plus remarquables de la société gauloise ; les fils des principaux de chaque nation sont soumis à un noviciat intellectuel qui est dirigé par des prêtres et qui a le caractère solennel d'une initiation. L'usage de l'écriture est interdit. Il faut écouter, retenir, apprendre par cœur, ne rien perdre des vérités révélées.
Quel était le contenu de cet enseignement ? Il englobait sans doute le droit, les traditions épiques, la liturgie, l'histoire des dieux, l'art d'interpréter les présages. Mais les connaissances scientifiques des druides étaient fort courtes, tout juste suffisantes pour dresser un calendrier lunaire.
Ce qui nous est parvenu directement d'eux est une sentence à trois membres, une triade comme les Celtes les affectionnaient : « Aimer les dieux, ne rien faire de bas, exercer son courage. » On peut en déduire que les préceptes moraux sur le sens de la vie tenaient une grande place dans les directions.
pas de temple chez les Gaulois (1)
Cependant, les druides possédaient une doctrine métaphysique. Ils croyaient à l'immortalité de l'âme et pensaient qu'au-delà de la tombe la vie continue sur des terres fabuleuses, vaguement entrevues dans les mers du couchant, d'où l'âme revient un jour pour être incarnée à nouveau. En somme, un capital constant et roulant d'âmes est distribué entre les deux mondes géminés et les échanges entre les deux se font vie par vie et âme par âme (H. Hubert).
Pour le guerrier, la mort n'est qu'une introduction à d'autres exploits héroïques. Aussi emporte-t-il avec lui ses plus belles armes et ses plus riches parures. Bien entendu, les mystères sont le privilège du patriciat ; les leçons s'adaptent à la vie même de l'aristocratie, dont elles contribuent à conserver les vertus militaires et les privilèges sociaux.
Cette religion sans livres et sans idoles fut aussi une religion sans temple bâti. Les lieux de réunion étaient des enceintes à ciel ouvert situées au sommet des montagnes dans les clairières des forêts.
Une fois par an, les druides de toutes les cités s'assemblaient au pays des Carnutes, autour du grand prêtre et, après les sacrifices, ils se constituaient en tribunal d'arbitrage. C'est à eux qu'étaient portées les affaires de meurtre et d'héritage. Ils fixaient les sommes dont les meurtriers pouvaient racheter leur crime. Leur prestige et la crainte des dieux garantissaient l'exécution des sentences.
Les druides ne forment pas une caste héréditaire. Ils sont un ordre de la société, mais aussi une confrérie, un collège que l'on a rapproché des confréries analogues qui ont existé chez d'autres peuples indo-européens, flamines et pontifes de Rome, mages iraniens, brahmanes de l'Inde.
Enfin, ils représentent une institution internationale, commune aux Celtes de l'Occident, ceux de Gaule, et ceux de Grande-Bretagne sinon ceux d'Irlande que des savants disent avoir mené une vie indépendante. Par eux se maintiennent dans le monde celtique, continental et insulaire, les mêmes idées morales, les mêmes traditions mythologiques, les mêmes pratiques rituelles, les mêmes solutions juridiques, c'est-à-dire tout ce qui assure le fonctionnement de la société.
La psychologie collective est un genre assez arbitraire. Cependant, on peut dire qu'avec tous ses défauts : crédulité, turbulence, bavardage, instabilité d'humeur, et de résolution, le Gaulois portait en lui le stimulant le plus énergique du progrès, le sentiment et l'orgueil de sa personnalité.
pourquoi la Gaule a perdu son indépendance
La grande faiblesse de la Gaule a été de ne pas former un corps de nation. Nous voyons, à la vérité, dans quelques circonstances les députés de plusieurs peuples se réunir en une sorte de congrès et se concerter pour préparer une entreprise commune, mais nous ne voyons jamais une assemblée régulière qui se tînt à époques fixes, qui eût les attributions déterminées et constantes, qui fût réputée supérieure aux différents peuples et qui exerçât sur eux quelque autorité.
Les nations gauloises se faisaient la guerre ou concluaient des alliances, entre elles et avec l'étranger, comme font les États souverains. Il existait assurément un patriotisme supérieur fait d'éléments dissemblables, communauté de nom, de langue et de mœurs, relations commerciales et religieuses, mêmes façons de penser et de sentir, même code de l'honneur et de l'hospitalité. Mais ces liens assez lâches ne remplaçaient pas une entente politique.
Dans l'intérieur même de chaque peuple, les esprits étaient divisés. « Les Gaulois, a écrit César, changent aisément de volonté ; ils sont légers et mobiles, ils aiment les révolutions. »
Les désordres tenaient une grande place dans toutes les existences ; le pouvoir se déplaçait incessamment ; les intérêts, les convoitises, les dévouements, s'attachaient au parti plus qu'à la patrie ; l'amitié ou la haine d'une cité dépendait de celui que la dernière crise intérieure avait porté au pouvoir. Il n'est pas douteux que chaque homme n'envisageât l'intervention de l'étranger selon le bien ou le mal qu'elle devait faire à sa faction.
Les divisions des Gaulois rendirent très facile la conquête romaine.
Pierre Gaxotte de l'Académie française Historia janvier 1967
(1) Contrairement à se que dit l'auteur, les celtes et donc les Gaulois avaient des temples. -
Les entretiens de Franck Abed - Le Complot Mondialiste par Philippe Ploncard d'Assac
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Novembre 1918 - Novembre 2012
Novembre 1918: consécration sanglante de la première boucherie capitaliste mondiale
Novembre 2012: dévoilement accompli des impostures politiques du délire obamaniaque renouvelé
«La Commune ne fut pas une révolution contre une forme quelconque de pouvoir d'État, légitime, constitutionnelle, républicaine ou impériale…Elle fut une révolution contre l'État comme tel, contre cet avorton monstrueux de la société ».
Marx, Adresse sur la Commune,1871
En un cercle historique de près d’un siècle, l’histoire mythologique qui défigure systématiquement l’histoire du vrai pour lui substituer partout le monde du réel inverti n’a pas cessé de poursuivre sa route pour persuader les êtres que leur seul avenir possible se nommait travail de l’avoir et qu’il n’y avait d’autre horizon que celui du paraître dans la société fétide du calcul, du décor et de l’échange.
L’objectif essentiel du spectacle de la domination capitaliste est d’anéantir toute compréhension de ce qui fait l’être de l’histoire vivante de telle sorte que la dictature démocratique du marché puisse organiser avec magnificence la totale ignorance de tout ce qui advient par la falsification complète de la totalité de ce qui s’est passé.
Des millions de prolétaires d’Europe ont été massacrés entre 1914 et 1918 pour permettre au despotisme mondial de l’économie de résorber sa surproduction par un repartage militaire des marchés autorisant ainsi le nouveau monde américain du fétichisme financier à commencer à s’emparer d’une vieille Europe saignée à blanc.
L’union-sacrée charognarde de toutes les factions politiques de gauche et de droite a ainsi clairement prouvé – par delà et contre les quelques groupes ouvriers radicaux qui refusèrent la grande tuerie impérialiste – que l’État est toujours le lieu central de l’esclavage et du mensonge et que les cimetières militaires de la guerre ne sont que la sordide continuation logique des usines salariales de la paix…
Le mouvement ouvrier révolutionnaire fut détruit par l’action conjuguée du capitalisme bolchevique et de la domination enfin totalement pleinement réalisée de la souveraineté marchande, le premier étant l’expression encore archaïque de la fusion étatico-financière que la modernité économique de la seconde a enfin aujourd’hui entièrement accomplie comme aboutissement le plus spectaculaire du pouvoir absolu de l’argent.
Le règne autocratique du marché démocratique est la forme supérieure de la dictature puisque c’est la dictée insidieuse qui va au plus profond de l’intime en supprimant absolument tout ce qui n’est pas conforme aux intérêts de la criminologie organisée de l’usurpation chosifiante et de la mise en forme planétaire de l’ignorance et de l’idiotie qui la justifient.
La science des légitimations de l’inauthentique pratiquée à profusion par le gouvernement du spectacle mondial de la marchandise implique un illusionnisme de masse, une manipulation permanente et une falsification obscurantiste forcenée qui font de la démocratie le diktat le plus achevé du totalitarisme de la quantité et du contre-sens.
La gauche du capital a toujours été ici le centre actif du déploiement social capitaliste. Souplesse social-démocratique et rigidité bolchevique correspondaient chacune antagoniquement mais complémentairement dans leurs sphères de nuisance respective aux conditions contre-révolutionnaires du développement vers la domination réalisée de la tyrannie de la valeur. Le mouvement ouvrier cadenassé politico-syndicalement fut ainsi l’expression de la mystification généralisée de la valeur se valorisant vers l’apogée de la raison pratique marchande.
Toutes les organisations de gauche et leurs sous-fifres gauchistes (trotskistes, maoïstes et libertaires) qui constituent, de fait, l’extrême gauche de l’appareil politique du capital n’ont jamais servi qu’à contenir, torpiller et détourner les luttes ouvrières. Dès lors, le mouvement ouvrier politico-syndical n’est rien d’autre que le conducteur réel du mouvement de perpétuation des prolétaires en tant que prolétaires, c’est à dire en tant que servile catégorie aliénée de l’économie politique.
Ainsi, la gauche constitue la force d’encadrement et de discipline de la classe ouvrière qui permet que dans le couple travail-capital, ce soit l’activité domestiquée du travail qui se trouve finalement la plus active et qui, par la prison réformiste des duperies de la revendication, fasse sans cesse se reproduire son ennemi inséparable: le capital.
La gauche représentante du mouvement moderniste du capital est ainsi l’avant-garde de la droite. La première trace pour la seconde les chemins les plus novateurs de la socialisation aliénatoire et aujourd’hui – dans la fusion idolâtre de l’économie et de la politique, les mafias de gauche et de droite ont fini par professionnellement se fondre et se confondre dans un magma excrémentiel fraternel tout entier soumis aux impératifs du gouvernement du spectacle mondialiste.
Conformément à la place qui lui revenait dans la mise en scène des rapports de production de la servitude, l’union sacrée de 1914 ( reconduite de façon encore plus paranoïaque en 1939 !) permit de faire marcher le prolétariat européen tout droit à l’hécatombe afin qu’il se fasse massacrer avec enthousiasme pour résoudre la crise de surproduction d’alors et relever ainsi le taux de plus-value.
Les crapules politiques de droite et leurs confrères, canailles de gauche, tous ensemble et en parfaits chiens de garde de la misère marchande organisèrent ainsi la mort de neuf millions d’êtres humains, chair à travail cérémonieusement reconvertie en chair à canon…
Et lorsqu’à la fin de cette guerre interminable qui allait consacrer le futur royaume du dollar, surgirent dans de nombreux pays d’Europe, des conseils ouvriers qui remirent en cause la marchandisation de l’humain, c’est bien entendu le Parti Social-Démocrate en Allemagne ( qui écrasa la Commune de Berlin !) et le Parti bolchevique en Russie ( qui brisa la commune de Kronstadt !) qui planifièrent de conserve l’orgie sanglante par laquelle furent éliminés des milliers et des milliers d’émeutiers de la vie…
Et pendant des décennies, les héritiers de Lénine, passionnés de fordisme et bénis par les oligarques deWall Street, ne cessèrent de tuer de mort lente ou de mort rapide des millions de prolétaires, simple matériel tragique pour l’accumulation capitaliste d’État.
Le maintien de l’ordre capitaliste de l’abondance du faux, ayant régulièrement besoin pour aménager le territoire de ses crises de surproduction, d’enclencher de nouvelles redistributions des marchés, il était inévitable qu’un deuxième abattoir mondial fasse suite au premier. Le mouvement d’innovation technologique du bourrage de crâne allait donc faire là des prodiges jusqu’à rendre impossible toute pensée critique au-delà de quelques rares catacombes.
Les experts universitaires et médiatiques de la falsification spectaculaire nous enseignent chaque jour que les seules paroles autorisées sont celles qui reproduisent et confirment le dire de la tyrannie marchande.
Le terrorisme d’État est aujourd’hui le laboratoire le plus perfectionné du gouvernement du spectacle mondial. L’empire américain qui a gagné la deuxième tuerie mondiale résume là parfaitement les contradictions sociales de la planète en son entier. Ayant asservi l’Europe et le Japon à sa sphère de commandement géopolitique, la Maison Blanche ne peut désormais neutraliser leurs potentiels économiques que par la manipulation monétaire, l’infiltration secrète et la terreur de masse sous fausse bannière.
A mesure que la crise financière du capital fictif, va révéler l’impossible rencontre entre l’illimité besoin du développement de la marchandise et l’incontournable limite des solvabilités réelles, l’empire du billet vert dont le déclin est dorénavant établi, sera amené – pour essayer de préserver son hégémonie - à engager – dans tous les espaces de sa territorialité matérielle et symbolique - de vastes coups montés terroristes dont le 11 septembre n’était qu’un simple prodrome vers tous les tripotages, manœuvres, magouilles qui , des plus grands ou plus petits, sont venus ici et ailleurs nous construire jusqu’en en France d’extraordinaires cinématographies comme celles notamment de l’incroyable et déconcertante affaire Merah…
La deuxième arrivée d’Obama à la Maison Blanche, après un premier mandat de totale ineptie visible arraisonné à tous les diktats de la marchandise totalitaire et avec toute la notoriété de spectacle iconologique mise en scène vient dire ici qu’à bout de souffle, les mécanismes de légitimation de l’absolutisme du spécieux n’ont plus désormais pour seule plaidoyer envisageable que les mythologies pourtant de plus en plus essoufflées de la société métissée.
Dorénavant, à l’heure où l’ordre américain vient tout à fait publiquement racoler dans les banlieues françaises pour organiser des voyages transatlantiques d’embrigadement culturel pour les leaders de quartiers, le rêve américain de la diversité capitaliste apparaît bien comme le pire opium du temps présent.
L’empire central de la pourriture capitaliste en ses progrès les plus ignobles dès lors qu’il est dirigé par un noir de théâtre se voit ainsi transmuté oniriquement en un idéal suprême pour tous les domestiques du spectacle de l’artifice et de la farce. Obama, créature de commande de la finance mondialiste, s’est donc immédiatement empressé quelques heures à peine après sa réélection, de promettre à ses créateurs qu’il ferait bien ( encore et encore !) du Bush en pire et en plus grand afin que l’emprise américano-israélienne sur le monde aille avec lui encore toujours plus loin qu’avec son prédécesseur.
Pendant ce temps, la classe capitaliste œuvre en Europe, pour déprécier de manière forcenée le coût du travail, en tentant d’annihiler l’inconscient collectif des restes de l’héritage communard…Elle transfert donc les entreprises ailleurs et elle délocalise aussi et d’abord sur place ici en recourant massivement à l’armée industrielle de réserve analysée très pertinemment par Marx.
Cette armée de réserve colorée, valeur suprême des rêves métisses du monde de la valeur, permet là une manœuvre décisive car les populations concernées sont par définition issues de temporalités non-critiques structurées autour d’une vision historique fermée. Il est donc relativement facile de les intégrer à la liberté du commerce de l’aliénation généralisée puisque l’ immobilité de leur relation au monde trouve son répondant moderne dans le culte de l’apathie marchande et dans la passivité de l’enfermement consommatoire, unifiés dans un nouveau temps arrêté par l’éternel présent du fétichisme appropriateur.
Quoi donc de plus normal qu’ Obama, prix Nobel exceptionnel du spectacle de l’avoir et grand maton des mouroirs de Guantánamo, Gaza, de Kaboul et de Bagdad, qui nous explique que le capitalisme de couleur est l’avenir du monde, boucle de la sorte la boucle des mystifications régnantes et soit là la coqueluche persistante de tous les laquais du MEDEF puisque la régularisation des sans-papiers et l’africanisation de l’Europe offrent à la classe capitaliste cette armée de réserve soumise et bon marché dont celle-ci a besoin à mesure qu’elle entend se débarrasser des vieilles contestations et insurrections ouvrières européennes qu’elle entend surtout ne jamais voir renaître…
La boucherie de 14-18 a liquidé physiquement des millions de prolétaires pour que persiste le cycle d’abomination de l’exploitation humaine. L’idéologie obamaniaque persévérante d’un capitalisme américain de plus en plus pourri et de plus en plus toxique - en tant que stade supérieur d’élimination de la critique ouvrière radicale - entend éradiquer la possibilité même que cette exploitation soit contestée puisqu’au saint nom idéologique de l’économie politique métisse, la messe antiraciste interdit que l’on puisse critiquer les substitutions industrielles de population qu’échafaude la Sainte-Alliance du Capital pour faire disparaître le vieil esprit des traditions subversives européennes…
A l’heure où la mystique marchande s’est cristallisée dans le projet mondialiste obligatoire du salariat pluriethnique et de la jouissance par la tune, l’heure est bien à la mort programmée de l’ouvrier européen archaïque qui, lui et lui seul, a su dire massivement en sa longue histoire de lutte de classes radicale que la vraie vie n’a pas de prix et qu’il convient – pour retrouver l’être vrai de l’humain – de balayer révolutionnairement l’ assujettissement au salariat et à l’argent.
Dés lors, en refus de la société marchande qui est toujours déshumanisation de l’homme et contre l’État, qui n'est partout et rien d'autre que le capital concentré en force d'oppression et de domination, il faut redire l’invariance subversive de ce qui permet l’émancipation humaine: l’émergence du vrai vivre de la communauté anti-marchande.
Ainsi, comme on le voit, et comme on l’a continuellement vu et revu et malgré les secondaires et grotesques conflits de chapelle, lorsqu’il il s'agit d'embrigader les prolétaires dans la mobilisation générale, les préparatifs de guerre, l'union sacrée idéologique ou militaire les gauchistes comme tous les bolcheviques et les sociaux-démocrates se rejoignent en rigoureux serviteurs de la dictature démocratique du marché. Ils sont tous d'accord pour faire participer le prolétariat à la guerre impérialiste, à ses préparatifs et à ses pièges. Les uns dénoncent les autres, les autres dénoncent les uns, mais en réalité ils se retrouvent tous du côté... du leurre antiraciste de l’actuelle guerre du Capital contre le prolétariat…
En 1918, c’est dans les tranchées que l’économie de la captivité alla écraser militairement le mouvement prolétarien combattant pour aller ensuite récidiver en plus grand et en plus fort à partir de l’an quarante, dans les bombardements stratégiques de l’incommensurable industrie démocratique de la mort pour tous… En 2012, c’est le diktat de la discrimination positive qui exile le prolétariat indigène hors de sa propre histoire pour qu’un nouveau salariat de bonne couleur et de soumission assurée vienne faire fructifier les grandes surfaces normalisées de la bêtise marchande.
Contre la catastrophe capitaliste accélérée qui s’annonce, il convient d’agir exclusivement de manière organisée et consciente en comprenant que les polices de l’antiracisme d’État n’ont pour seul objet que de permettre le remplacement des grèves sauvages de jadis par l’immigration de marchandises humaines purement consommatoires.
Si la colère ouvrière des usines quand elle déborde les chiens de garde syndicaux fait trembler l’autocratie capitaliste, les troubles pro-marchands des banlieues rappellent toujours qu’il existe une profonde et allègre solidarité entre les appropriateurs glauques des bas-fonds et les hauts-fonds distingués de la propriété.
Le sidérurgiste lorrain qui en mars 1979 brisait les vitrines boutiquières du Paris grand-commerçant en hurlant sa haine de la marchandise représente l’ennemi absolu du pouvoir de l’argent et c’est pourquoi ce dernier déteste celui-là alors même qu’il vénère le casseur black-beur abruti du 9-3 qui fait de chacun de ses fric-fracs un hymne à l’idolâtrie du fric et du trafic.
L’allogène marchandise humaine venue du Sud n’a pour seul et pauvre objet que de venir participer d’une manière ou d’une autre à la jubilation marchande des avidités spectaculaires du posséder et c’est la raison intéressée pour laquelle le système de l’acquérir l’adule pendant qu’il a en horreur le glaiseux et anachronique prolétaire de l’avant qui quand il s’emporte sait – et lui seul – conchier la pestilence des corruptions marchandes.
L’antiracisme totalitaire de la marchandise est là le pire produit du racisme car il vient décréter que la lutte des classes doit être interdite lorsqu’elle ose signifier que désormais le prolétaire blanc est inférieur en tout et doit sortir de l’histoire puisque c’est seulement lui qui – depuis des siècles de combat et d’insurrection – a clairement ciblé l’essence de la société du falsifiant spectaculaire.
L’immigrationnisme n’est rien d’autre que le stade suprême de l’impérialisme de la marchandise !
NON AU CARNAVAL DU METISSAGE MARCHAND !
A BAS LA GUERRE ET A BAS LA PAIX, CES DEUX FACES COMPLEMENTAIRES DE L’ABJECTION CAPITALISTE !
A BAS TOUTES LES UNIONS SACREES DU CAPITAL !
L’Internationale, Gustave Lefrançais ( novembre 2012) http://www.scriptoblog.com

A découvrir aux éditions Le retour aux sources: "L'être contre l'avoir" par F.Cousin
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1er décembre 1934 : assassinat de Kirov
Le 1er octobre 1934, Sergheï Kostrikov, dit Kirov (48 ans), est assassiné dans des conditions mystérieuses à Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg). L'homme n'est autre que le secrétaire du Parti communiste pour la région de Leningrad. C'est aussi un proche de Staline et son dauphin présumé.
Sa mort va être le prétexte à une sinistre vague d'épuration au sein du Parti communiste de l'Union Soviétique, connue sous le nom de «procès de Moscou». Les accusés de ces trois procès, des bolchéviques de la vieille garde léniniste, plaideront tous coupables et feront amende honorable. La plupart seront exécutés.
Un prétexte tout trouvé
Staline, tout-puissant secrétaire général du Parti communiste, a lancé en 1930 la collectivisation des terres et des usines. Les Soviétiques ont payé ces initiatives au prix fort : effroyables famines et déportations massives.Malgré le renforcement de son autorité sur le Parti, le dictateur a tout lieu de craindre que la vieille garde bolchevique ne profite de ses difficultés pour le renverser.
En 1934, il donne l'impression d'amorcer une réconciliation avec ses principaux rivaux : Kamenev, Zinoviev et Boukharine,... Ces derniers peuvent s'exprimer librement au cours du XVIIe Congrès du Parti communiste de l'URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques), en 1934.
Las, il ne s'agit que d'une feinte. Le «Vojd»(Guide, qualificatif officiel de Staline) n'attend que le moment propice pour éliminer définitivement ses ennemis avérés ou potentiels, autrement dit tous les vieux bolcheviques de son entourage...
Ce moment arrive avec l'assassinat de Kirov, à croire que Staline l'aurait lui-même commandité ! Dès le soir, le dictateur quitte Moscou pour Leningrad et gifle publiquement le responsable local de la police politique, le NKVD (ex-Guépéou).
Le même jour, le Comité central, organe suprême du pouvoir, institue une justice d'exception sous le prétexte de traquer et punir les criminels (pas de défense, pas de recours en appel possible et exécution immédiate en cas de condamnation).
Grandes purges
Les «grandes purges» commencent dès le 16 janvier 1935, avec l'ouverture du procès de Kamenev, Zinoviev et 17 autres accusés, sous l'inculpation d'avoir «aménagé le terrain idéologique» à l'assassinat de Kirov avec la complicité du traître Trotski, en exil. Il ne s'agit que d'une mise en bouche : Kamenev et Zinoviev s'en tirent pour l'heure avec seulement dix ans de prison.
– Le «procès des Seize» (19-24 août 1936)
Les choses sérieuses débutent en août 1936, avec la mise en accusation d'un prétendu «Centre trotskiste-zinovieviste unifié». Kamenev et Zinoviev n'échappent pas cette fois à une condamnation à mort (douze ans plus tôt, après la mort de Lénine, ils avaient constitué une première «troïka»avec Staline, permettant à ce dernier de s'emparer du parti !).
Ce premier des grands procès de Moscou se tient, comme les suivants, sous la direction du procureur général Vychinski, en présence de la presse nationale et internationale.
Il inaugure un scénario mis au point par le chef du NKVD, Yagoda (ou Iagoda) : il s'agit que les prévenus collaborent à leur mise à mort en avouant eux-mêmes les complots fantaisistes dont ils sont accusés et en dénonçant des comparses ! Ils y sont conduits par un reste de fanatisme ou, plus prosaïquement, par l'espoir de sauver leurs proches.
Dans le box des accusés, on mélange des révolutionnaires éminents qui se sont ralliés à Staline, entourés de communistes moins connus et d'inconnus au passé trouble qui soutiennent les thèses de l'accusation (complot terroriste, actes de sabotage, activités d'espionnage, contacts avec le «traître»Trotski,...).
Les étrangers eux-mêmes applaudissent aux sentences iniques et sans preuves. En France, la Ligue des droits de l'Homme, qui s'était illustrée dans la défense d'Alfred Dreyfus, n'y voit rien à redire dès lors que les accusés se reconnaissent publiquement coupables !
Yagoda, malgré sa diligence, est congédié à l'automne et remplacé à la tête du NKVD par un jeune loup, Nikolaï Ejov (ou Yéjov)
– Le «procès des Dix-huit»(23-30 janvier 1937)
Le deuxième grand procès se tient en janvier 1937. Il s'en prend à un «Centre trotskiste parallèle» qui aurait comploté avec les nazis et les Japonais contre la patrie. Les accusés (Piatakov, Radek, Sokolnikov, Serebriakov,...) se prêtent aimablement à la farce en s'accusant des pires malversations avant de recevoir une balle dans la nuque.
Dans les mois qui suivent, Ejov soumet à Staline des listes de prévenus en lui demandant son avis. On estime qu'au total, Staline approuvera de la sorte 44.000 condamnations à mort, pudiquement qualifiées de «condamnations au premier degré». C'est l'«ejovtchina» (ou «yéjovchtchina»).
A la différence de la répression ordinaire, qui touche des centaines de milliers de Soviétiques ordinaires, l'«ejovtchina» frappe l'opinion internationale car elle concerne des membres dirigeants du pays, du Parti et de l'armée.
L'armée est décapitée par une troisième série de procès, entre l'été 1937 et le printemps 1938. Ceux-là se tiennent à huis clos.
Trois maréchaux sur cinq, treize généraux d'armée sur 15, 30 généraux de corps d'armée sur 58, 110 généraux de division sur 195, 211 colonels sur 406, soit une bonne moitié des cadres de l'armée, sont proprement exécutés avec soumission et sans la moindre velléité de protestation !
– Le «procès de la droite» (2-13 mars 1938)
Les grands procès de Moscou s'achèvent en mars 1938 avec la mise en accusion de 21 prévenus dont Boukharine, l'un des plus illustres chefs bolcheviques, et... Yagoda. Ce dernier est jugé et exécuté selon le scénario qu'il a lui-même mis au point à la tête du NKVD ! Son successeur Ejov n'allait d'ailleurs pas tarder à le suivre dans la mort.
Au terme de ces trois années, plus de la moitié des élus du Parti ont été éliminés... et remplacés par de jeunes militants qui n'ont pas connu la Révolution et sont dévoués à Staline.
Celui-ci apparaît comme le seul héritier de Lénine après l'élimination de presque tous les bolcheviques éminent (le survivant Trotski, en exil au Mexique, sera assassiné sur ordre de Staline en 1940).
Staline a pu profiter des procès pour faire porter sur les accusés le poids de ses dramatiques échecs dans la collectivisation des terres et des usines.
André Larané http://www.herodote.net/ -
L'aurore celte
L'expansion celtique s'accomplit en plusieurs vagues au cours du 1er millénaire avant notre ère. Elle correspond aux deux grandes civilisations de l'âge du fer : la civilisation de Hallstatt et la civilisation de La Tène. En fait, chacune est la métamorphose d'une même culture générée par l'indo-européanisation de l'Europe.
Ecosse, Irlande, Pays de Galles, Cornouailles, Bretagne et Galice : notre imaginaire associe les Celtes aux finistères extrême-occidentaux, terres battues par le vent et la mer. Pourtant, c'est du cœur de notre continent qu'ils surgissent au 1er millénaire avant notre ère. De Bohême, Allemagne du Sud et d'Autriche, ils vont se répandre dans la majeure partie de l'Europe et étendre leur empire jusqu'en Asie mineure où les Galates, installés sur les plateaux d'Anatolie, maintiendront longtemps leur langue et leur autonomie (1). Pourtant, ils seront passés sous silence plusieurs siècles durant, au profit du monde gréco-romain, réputé « civilisateur ». Mais lorsque ces «barbares» sortent enfin d'une longue nuit d'oubli et de mépris, ils deviennent l'objet d'une véritable passion.
En France, Napoléon III s'intéresse personnellement aux recherches entreprises pour retrouver le site d'Alésia. Arbois de Jubainville, le premier titulaire d'une chaire de langue et de littérature celtiques, leur consacre sa vie. Salomon de Reinach, Camille Jullian, Joseph Déchelette et Henri Hubert suivent son exemple. Parfois, la quête des Celtes prend les formes de la mystification géniale : ainsi, lorsque James MacPherson « redécouvre » les Poèmes d'Ossian. La « celtomanie » a précédé la celtologie, mais elle va perdurer. Les thèses savantes alimenteront les antagonismes nationaux, incitant certains à transposer dans le passé les querelles du présent. Ainsi, du côté français, les Celtes furent-ils souvent opposés aux Germains, leurs contemporains, alors même que les deux peuples partageaient, aux dires d'observateurs comme Strabon, tant de traits communs suggérant la parenté.
Depuis, l'archéologie a calmé certains fantasmes et réduit notre part d'ignorance. Bien entendu, de nombreuses questions restent sans réponse, mais la matérialité des faits accumulés permet de dégager des caractéristiques culturelles et de corriger les clichés romantiques du XIXe siècle, lesquels, par analogie avec les situations coloniales que l'Europe commençait à vivre hors de sa sphère, tendaient à faire des « barbares» les élèves plus ou moins doués d'un monde romain exclusif porteur de la civilisation. Sur ce sujet, Jean-Jacques Hatt, l'un des meilleurs spécialistes de la Gaule romaine, a observé que la romanisation de la Gaule offre « le précédent se déroulant sur plus de quatre siècles, d'une entreprise coloniale réussie, dont le colonisé et le colonisateur ont globalement tiré le plus grand profit » (2). Le terme de «colonisation» que nous recevons dans son acception actuelle, est-il vraiment approprié pour désigner la conquête romaine ? Il reste qu'au-delà d'évidentes différences, les deux mondes n'étaient pas étrangers l'un à l'autre. Leurs traditions puisaient aux mêmes sources. Pour preuve, malgré la persécution des druides, le panthéon celtique a pu survivre sous un habillage romain et même ressurgir intact au IIIe siècle de notre ère.
LES VAINCUS DE L'HISTOIRE ?
« Les Celtes, écrit Hérodote qui, au Ve siècle avant notre ère, est le premier à parler d'eux, sont après les Indiens la nation la plus nombreuse de la terre. S'ils étaient gouvernés par un seul homme ou s'ils étaient bien unis entre eux, ils seraient le plus puissant de tous les peuples. » Sur les fragilités politiques du monde celtique qui semble avoir marqué une certaine répugnance à se donner un Etat centralisé, les dissertations ne manquent pas. De fait, le désastre du cap Telamon qui coûte quarante mille morts et dix mille captifs aux Celtes, annonce la suprématie militaire romaine, bien avant la défaite d'Alésia. Des Celtes qui furent pourtant des guerriers intrépides et craints, Goulven Permaod a dit qu'ils étaient « les grands vaincus de l' histoire européenne ». L'affirmation reste discutable, car jamais on ne soulignera assez la dette de notre culture européenne à leur égard, ni l'enseignement que leur vainqueur retira d'eux.
Guerriers farouches et braves, ils ne craignaient pas la mort, allant même la chercher avec enthousiasme. Mais ils ont aussi été des innovateurs et de très habiles artisans. Forgerons et charrons de premier ordre, ils ont inventé l'éperon, le char de combat, la charrue à roues, la moissonneuse et le tonneau. Ils aimaient la guerre, mais aussi la bonne chère et Rome fut friande de leurs jambons. Ils furent également de remarquables agriculteurs dont les pratiques seront maintenues des siècles durant dans les campagnes européennes. Ils tenaient la forêt pour un lieu sacré, mais créèrent le premier tissu urbain de l'Europe (les oppida) et développèrent un vaste réseau de routes et de chemins dont les Romains surent tirer parti. Leur empreinte sur l'espace européen sera suffisamment forte pour subsister dans la toponymie de nombreux sites et de nombre de nos cités actuelles, et aussi dans le découpage des diocèses qui perpétueront longtemps leurs anciens pagi. Et c'est d'eux que la Galicie et la Valachie tiennent leurs noms.
Le drame des Celtes est, probablement, d'avoir, comme les Germains, réservé l'écriture à un usage restreint. Ils ont donc été les victimes de témoignages rendus par d'autres. Les écrits restent et la propagande n'est pas chose nouvelle sous le regard des dieux. Ainsi furent-ils faussement accusés d'avoir pillé le temple de Delphes sur la foi de Jules César, de pratiquer des sacrifices humains. D' aucuns en ont tiré parti pour justifier des jugements dépréciateurs, car la «diabolisation» est, elle aussi, technique ancienne. Mais le mythe de Tristan et qu'ils nous ont légué, montre - Denis de Rougemont l'a merveilleusement souligné - l'importance qu' ils attachaient à la «personne». Leurs tombes princières, comme celles de Vix ou de Reinheim, témoignent, à l'instar de la figure de Brigitte, de la place que sans attendre nos ardentes féministes, ils avaient su faire à la femme. Grands, les Celtes le furent aussi par la pensée accordant au héros une place exemplaire. Le roi Arthur et ses chevaliers légendaires lancés à la quête du Graal ont traversé les siècles. Leurs traditions ont longtemps été perpétuées par notre socialité et leurs mythes marquent encore notre imaginaire.
L'UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ
Loin d'avoir été seulement brillante parenthèse, l'épopée celtique a constitué l'un des grands moments de l'expansion indo-européenne. Avant le milieu du IIIe siècle avant notre ère, ils ont atteint leur expansion maximale depuis les îles britanniques, le centre et l'ouest de la péninsule ibérique, jusqu'aux Carpates, en passant par la Belgique et la Suisse actuelles, la Hesse, la Thuringe, le nord de la Bohême et la Silésie. Ils arrivent alors jusqu'au littoral méditerranéen, occupent la majeure partie des plaines du Pô et du Danube en amont des Portes de fer. En même temps, ils établissent en Bulgarie le royaume de Tylis. Peut-être même, s'interroge Venceslas Kruta, le directeur du Centre d'études celtiques de Paris, ont-ils été encore plus au nord, le long du littoral de la mer Noire. En tout cas, ils occuperont une part non négligeable de l'actuelle Turquie.
A Venise qui n'est pas très éloignée de la Slovénie et de la Croatie en feu, les Celtes revivent dans la belle lumière du Palazzo Grassi, restauré grâce à l'intelligence du Groupe Fiat, un mécénat culturel qui pourrait inspirer utilement les constructeurs automobiles français. L'exposition qui leur est
consacrée constitue un événement d'importance, car elle souligne la communauté d'un héritage et la pleine dimension spatiale d'un monde oublié. Les Celtes y apparaissent comme les principaux initiateurs d'une unité européenne dans la diversité. Pour la première fois, en effet, plus de deux mille cinq cents objets originaux, prêtés par deux cents musées de vingt-quatre Etats européens différents, reconstituent leur monde qui fut la première Europe.
Célébration du génie celtique, cette exposition fait aussi découvrir la singulière virtuosité d'un art en totale autonomie stylistique à l'égard des modèles méditerranéens. Des représentations zoomorphes et anthropomorphes d'une grande luxuriance, à l'émouvante beauté du petit dieu de Bouray, en passant par les spirales élégantes du casque d'Amfreville, les feuilles du casque d'Agris, les entrelacs des manuscrits irlandais, les volutes des miroirs de bronze ou le dessin hardi des monnaies gauloises, les Celtes montrent un talent créateur qui, s'il échappe aux canons hérités de la Grèce, n'en traduit pas moins une audace et une pureté de ligne qui annoncent l'univers fantastique du roman, voire les flamboyances du gothique. Dans cet art celtique se lit la passion du mouvement et le sens de la métamorphose, c'est-à-dire la vitalité. Surgies de la nuit, ces reliques arrachées à la terre où dorment ces lointains ancêtres, constituent un fabuleux héritage. Elles témoignent aussi de la polymorphie européenne et, en ces temps qui voient l'Europe en mouvement, réveillent comme la nostalgie de son aurore « barbare ».
(1) Les Galates dont saint Jérôme dit, à la fin du IVe siècle, qu'ils parlent une langue proche du gaulois usité dans la région de Trêves, pourraient être les lointains ancêtres des Kurdes, lesquels appartiennent Iinguistiquement au monde indo-européen.
(2) Histoire de la Gaule romaine (Payot, 1966).
Jean Hohbarr le Choc du Mois. Octobre 1991
SUR LES CELTES
- Paul-Marie Duval: Les Celtes (« Univers des formes », Gallimard, 1977)
- Venceslas Kruta : Les Celtes (« Que sais-je ? » n°1649, PUF, 1990)
- Venceslas Kruta et Miklos Szabo : Les Celtes (Hatier, 1978)
- Venceslas Kruta : Les Celtes en Occident (Atlas, 1985)
- Jean-Jacques Hall : Celtes et Gallo-Romains (« Archeologia Mundi », Nagel, 1970)
- Jan de Vries : La religion des Celtes (Payot, 1963)
- Marie-Louise Sjoestedt : Dieux et héros des Celtes (PUF,1940)
- Paul-Marie Duval : Les dieux de la Gaule (payot, 1976). -
LES ORIGINES DES CELTES
Rappel historique : Les ères
Avant 7 000 av J.C. => Âge de pierre ancien (Paléolithique)
7 000 - 4 000 av J.C. => Âge de pierre moyen ( Mésolithique)
4 000 - 2000 av J.C. => Âge de pierre récent (Néolithique)
2000 - 1 200 av J.C. => Âge du bronze ancien
1200 - 700 av J.C. => Âge du bronze récent (final)
700 av J.C - 500 ap J.C => Âge du fer (ère celtique)
depuis 500 ap J.C => Début de l'ère historique
À l'ère glaciaire, l'émergence du Gulfstream en apportant une source de chaleur et l'apparition de végétation recouvrant les zones évacuées par la mer, face à la côte française actuelle et autour des îles britanniques, en direction du Nord-Est vit l'arrivée de la faune et ses chasseurs, les premiers hommes d'Europe.
Cette population de chasseurs migre dans les régions polaires arctiques. Le Gulfstream qui n'atteint plus ces régions, oblige la population à émigrer vers l'Europe centrale et le bassin méditerranéen ou, autre branche, vers l'espace indien, au-delà des massifs montagneux de Sibérie.
L'expansion des Celtes dans la plus grande partie de l'Europe non méditerranéenne a été longtemps expliquée selon un schéma simple.
À partir d'un noyau de populations qui vivaient en Europe centrale, de la France de l'Est à la Bohème, identifiables à leurs parlers celtiques, des vagues d'émigrants s'étaient élancées vers l'ouest jusqu'en Espagne et en Bretagne insulaire à partir des VIIIe et VIIe siècles avant J.C. D'autres, gagnèrent ultérieurement l'Europe danubienne et balkanique. On pensait suivre à la trace les pionniers de cette conquête par l'extension de champs d'urnes, c'est-à-dire des nécropoles où les cendres des défunts incinérés étaient déposées dans des urnes avant d'être ensevelies.
Les spécialistes envisagent aujourd'hui que les mouvements de populations celtiques sont à repenser dans le mouvement plus général des populations indo-européennes, à des époques vertigineusement reculées. On ne parle plus en siècles mais en millénaires : le VIe millénaire peut-être, le IIe au plus tard, quand des immigrants sont arrivés des bords de la Mer Noire, apportant avec eux les techniques de la domestication du cheval. Ainsi se seraient installés des groupes dits protoceltiques, stabilisés entre 1500 et 1000 av J.C, qui préparaient l'émergence de régions définitivement celtophones, celles que les historiens ont identifiées à partir des VIIIe et VIIe siècles av J.C : de l'Allemagne du Sud à la France de l'Est, la région la plus densément occupée, repérable par sa pratique des inhumations sous tumulus.
Les origines des Celtes
Les peuples de la culture des Champs d'urnes étaient les ancêtres directs des Celtes, au cour de la période qui s'étend entre le Xe et le VIIe siècle av J.C. Les bases de la culture celte s'établirent en Europe centrale.
Un site funéraire à Hallstat, en Autriche donna son nom à des populations de la culture des Champs d'urnes de l'Âge du Bronze.
La culture de Hallstat appartient à la première société celte authentique, pendant deux siècles, ces Celtes primitifs étendirent leur influence à travers la plus grande partie de l'Europe.
Lors de la période celte de la Tène qui s'en suivit (La Tène : c'est la période qui caractérise le deuxième âge du Fer. Il s'agit du nom d'un site qui se trouve sur les bords du lac de Neuchâtel en Suisse. L'occupation est caractérisée par des habitations sur pilotis), ces peuples formèrent une société de guerriers où l'esprit de conquête et les prouesses militaires étaient exaltés.
L'Europe néolithique
L'agriculture fut introduite en Europe du Sud-Est vers 6000 ans av J.C, sans doute par des peuples fuyant le Moyen-Orient à la suite d'un changement climatique ou de l'épuisement des sols qu'ils cultivaient. Durant le millénaire qui suivit, l'agriculture se répandit vers l'Ouest, en Europe Centrale et au-delà. Les voies de migration les plus fréquentées étaient le Danube et le Rhin, des fleuves qui traversaient certaines des plus riches régions agricoles d'Europe.
Au début du Néolithique, vers 4000 ans avant J.C, ces peuples du Paléolithique se mélangèrent à des mouvements de populations venant de l'Est.
Vers 2500 av J.C. des groupes culturels distincts, dont on a retrouvé les racines dans la péninsule ibérique, firent leur apparition. Ces groupes sont dits à « vases campaniformes », en raison de cloches retrouvées dans leurs péninsule.
Un deuxième groupe, apparu à la même époque, est connu sous le nom de groupe à « haches de combats ». Ces hommes enterraient leurs morts dans des tombes individuelles, sous des tumulus de terre, coutume originaire des steppes ukrainiennes.
Ces deux groupes auraient finalement fusionné, puis donné naissance à une nouvelle société européenne qui travaillait les métaux, ce peuple aurait ainsi inauguré un nouvel âge culturel sur le continent.
Âge du bronze en Europe
Les débuts du développement du travail des métaux sur le continent européen modifièrent la situation. Les régions qui fournissaient le matériel brut nécessaire à la fabrication des armes, des objets domestiques et outils en bronze étaient prospères. Des liens commerciaux s'établirent entre ces régions qui s'étendaient jusqu'au Moyen-Orient. À mesure que ces cultures se développaient, la société de l'Âge du bronze s'organisait : des objets funéraires prouvent l'émergence d'une aristocratie de guerriers et de chefs.
C'était une société suffisamment développée pour entreprendre des projets de construction aussi complexes que Skarabrae dans les Orcades (un village du Néolithique, bien conservé) et Stonehenge. Le langage indo-européen, d'après les chercheurs, durant l'Âge de bronze, se répandit à travers le continent et est à l'origine des langues celtiques, ainsi que du latin et du grec.
L'Âge de bronze en Europe fut inauguré par ce peuple qui fabriqua des objets en alliage de cuivre.
La rapidité de l'extension de cette nouvelle technique empêcha de savoir où et comment le travail du bronze fit son apparition.
Son introduction apporta de grands changements dans la vie sociale et culturelle au Moyen-orient, mais pas au Levant.
Durant le IIe millénaire avant J.C., des régions comme l'Europe centrale et le sud de l'Angleterre profitèrent des réserves de minerais, grâce à l'abondance du cuivre et de l'étain en Europe, et des liens commerciaux se développèrent à travers le continent.
Les Celtes de l'Âge du fer
Les termes « Âge de bronze » et « Âge du fer » furent inventés par des universitaires danois au XIXe siècle pour identifier les périodes des collections de leurs musées, ils servent encore de référence.
Plus l'ère est moderne, plus les périodes sont précisément définies.
L'Âge du fer est estimé de 700 avant J.C jusqu'à environ le milieu du 1er siècle av J.C. en France le milieu du 1er siècle avant J.C, le milieu du 1er siècle en Angleterre, et le Ve siècle après J.C dans les régions sous l'influence celte (Irlande et Écosse principalement.
L'Âge du fer est étroitement lié à l'ère des Celtes...
Pour les Protoceltes ou les Celtes d'Europe, la transition d'une époque à une autre est passée inaperçue.
Il y a deux théories sur l'arrivée des Celtes en Occident :
La première théorie dite classique est celle des migrations.
Une culture homogène apparaît dans les steppes d'Asie centrale au VIIième millénaire avant J.C, le peuple de Kourgan de langue indo-européenne (pratique funéraire du tumulus). Ce peuple atteint l'Europe Orientale vers 4000 av J.C puis migre vers l'Europe de l'Ouest à partir de 2500 av J.C et remplace les populations autochtones, non indo-européenne (culture des vases campaniformes)
Les Celtes auraient pénétré en Gaule vers 1200 av J.C (à la fin de l'Âge de bronze).
Au début du Ier millénaire, vers 900 av J.C, une nouvelle civilisation s'implante dans notre pays, celle du fer. Mais, il faut attendre le Vième siècle av J.C pour qu'on puisse affirmer avec certitude que les peuples établis en Gaule sont bien des Celtes.
Cinq grandes périodes
I) Entre 1800et 1200 av J.C. : une civilisation protoceltique (Âge de bronze ancien et moyen ).
Zone de peuplement, partant de l'Allemagne du sud, gagne une partie de l'Europe Centrale et occidentale. La pratique funéraire de ces protoceltes est le tumulus avec inhumation. Les tombes abritent les dépouilles des chefs parés de leurs armes en bronze, bijoux en ambre et en or, vaisselle en argent et en or. L'économie est à prépondérance pastorale.
II) Entre 1200 et 900 av J.C. : la civilisation des champs d'urnes (Âge de bronze final)
vers 1200 av J.C, de nouvelles migrations ont lieu en France et en Espagne, de grands changements se produisent. L'utilisation intensives de bronze va entraîner des mutations, et des progrès décisifs sont accomplis dans la technique du bronze, de la céramique, agricoles, urbanisme de défense, et les échanges commerciaux ainsi que dans les rites funéraux.
III) Entre 900 et 400 av J.C., la période de Halstatt ; le premier Âge de fer. À la suite d'influences venues de l'Est (invasions cimmériennes) et de la Méditerranée (commerce avec les Grecs et les Étrusques), la civilisation celtique s'implante en Europe occidentale : Allemagne du Sud, Tchécoslovaquie, Autriche, France de l'Est, Espagne et Grande-Bretagne.
Du VIIIe au VI siècle les sites fortifiés multiplient, ils sont commandés par une aristocratie qui s'enrichit en contrôlant les voies de passages de marchandises.
IV) Entre le Ve et le IIe siècle av J.C., la période de la Tène (deuxième Âge du fer).
Au début du Ve siècle av J.C., les forteresses princières de la période précédente sont abandonnées sans que l'on sache vraiment les raisons.
La population se concentre désormais dans les régions où se situent les relais commerciaux (Rhin, Champagne).
V) Cette période a déjà été traitée dans les articles précédents.
Patrice Plard
Sources :
Dossier d'archéologie n°338
Keltia n°10
La NRH n°21
Les Celtes de Burry Cunliffe
Atlas historique du monde celte d'Anges Konstam
Les Celtes en Europe de Maurice Meuleau
La civilisation celtique de Françoise Le Roux et Christian Guyonvarch -
LES ORIGINES DES CELTES
Rappel: Âge de pierre récent------>4000 à 2000 avant J.C (Néolithique)
----------Âge du bronze ancien----->2000 à 1200 avant J.C
----------Âge du bronze récent----->1200 à 700 avant J.C (final)
----------Âge du fer------------------>700 à 500 avant J.C (ère celtique)
-800----------> période d'Hallstatt (du nom d'un village d'Autriche, premier âge du fer)
-500 à -400--> période de la Tène (du nom d'un village de Suisse au bord du lac de Neuchâtel)
Vers 3000 avant J.C, les agriculteurs et chasseurs de l'Âge de pierre furent menacés par une série de tribus de guerriers. Connus sous le nom de proto-celtes, ces guerriers indo-européens les dominèrent puis s'assimilèrent aux indigènes les moins agressifs qu'ils rencontrèrent. Durant le millénaire qui suivit-vers 1800 avant J.C, les proto-celtes migrèrent vers l'ouest de l'Europe où ils se fondirent dans la population locale.
Angus Konstam: Atlas historique du monde celte
On peut admettre que dès le cinquième millénaire avant notre ère, une importante partie de l'Europe tempérée du sud de l'Allemagne à l'ouest de la France, ait été peuplée de communautés d'agriculteurs parlant une langue qui à la suite de processus historiques, donna naissance aux différents idiomes celtiques attestés au premier millénaire.
Patrick Galliou: Le monde celtique
Selon un point de vue extrême, les principaux groupes parlant des langues celtiques auraient occupé, dès 3000 ans avant J.C, les territoires où les placent les sources les plus tardives, alors que l'hypothèse la plus répandue veut que le celtique et l'italique se soient séparés puis développés entre 1300 et 800 avant J.C.
Barry Cunliffe: Les Celtes, traduit de l'anglais par Patrick Galliou
Contrairement à ce que beaucoup écrivent par ignorance ou facilité, les Celtes ne sont pas arrivés en Gaule aux alentours de 800 à 500 avant J.C ce qui leur laisse à peine le temps d'atteindre les Pyrénées et la Méditerranée, voire la Bretagne ou l'Irlande avant le IIIe siècle. Par contre les datations linguistiques laisseraient à penser que les Celtes étaient déjà présents en Europe à la fin du troisième millénaire avant notre ère.
Christian-J Guyovarch et Françoise Le Roux -
Le propre de l'homme : remarques sur Des animaux et des hommes (Alain de Benoist)
La définition de type aristotélicien opère par genre et différence ; on ne peut poser l’identité d’une chose, en tant qu’elle participe d’une espèce, qu’en identifiant la différence qui la distingue des autres choses d’un même genre. L’homme est un animal rationnel : c’est un animal, mais il est rationnel, et en tant qu’il est rationnel, c’est un homme. Pour être identique à soi, il faut faire la différence ; et pour cette raison, interroger ce qu’est l’homme, ce qui le constitue comme homme, ne peut pas être indépendant d’un questionnement sur ce qu’est le propre de l’homme, par rapport à ce qui n’est pas homme : Dieu, l’ange, la bête.
C’est pourquoi la question de la place de l’homme dans la nature ne peut se poser qu’en tant qu’elle n’est pas absolue, mais relative ; relative à la place qu’occupe ce qui n’est pas homme, et en particulier ce qui en est le plus proche : l’animal. Cette idée sous-tend tout le livre d’Alain de Benoist. Celui-ci se pose comme une réponse au livre d’Yves Christen, L’Animal est-il une personne ?, paru en 2009 chez Flammarion, qui affirme qu’en effet, l’animal est bien une personne. Alain de Benoist opère un déplacement intéressant : là où Yves Christen pose la question de la personnalité de l’animal, posant en creux celle de la personnalité même, Des Animaux et des hommes assume un recentrement sur la question du propre de l’homme. Evidemment, la question de la personnalité des animaux et celle du propre de l’homme ne sont pas indépendantes, mais l’axe de force a changé, et c’est ce changement, j’essaierai de le montrer, qui constitue à la fois la force et les limites du livre d’Alain de Benoist.
L’auteur défend la thèse d’une différence de nature entre l’homme et l’animal, d’un saut radical ; il envisage une théorie de la nature constituée par quatre niveaux : microphysique, macrophysique, vivant, et enfin, le plus important pour ce qui nous occupe, humain. L’enquête, qui doit mener à cette conclusion, opère en trois temps. Les deux premiers chapitres présentent l’état de la question, en retraçant l’histoire de l’interrogation sur le propre de l’homme de l’Antiquité à aujourd’hui. Le troisième chapitre présente la thèse d’Yves Christen et l’attaque, avec justesse, sur un front plus philosophique et conceptuel que scientifique. Les deux derniers chapitres, en attaquant la posture épistémologique réductionniste d’Yves Christen et en essayant de montrer que cette posture, qui serait supposée par les partisans d’une différence de degré et non de nature entre l’homme et l’animal, ne tient pas, témoignent d’une réelle culture scientifique chez l’auteur. Ils sont aussi les plus problématiques.
L’éthologue et le philosophe
Les deux premiers chapitres exposent l’histoire de l’enquête sur le propre de l’homme, des Présocratiques à Luc Ferry et Jean-Didier Vincent. Cet exposé étant déjà un résumé condensé d’une histoire très riche, il est difficile d’en parler ici. Les trois chapitres suivants sont plus intéressants, dans la mesure où Alain de Benoist y rejette la thèse d’Yves Christen pour exposer la sienne.
La stratégie de l’auteur consiste à avancer non des arguments scientifiques, biologiques et éthologiques, que des remarques sur la pertinence conceptuelle de l’appareil qu’Yves Christen met en œuvre. Ce dernier défend la personnalité de l’animal, la personnalité entendue non dans un sens juridique (même si elle peut la sous-tendre) mais comme propriété du sujet conscient de soi et rationnel, en énumérant toutes les facultés que l’on pensait être le propre de l’homme et que l’on trouve en réalité partagée dans le monde animal : conscience de soi (réussite, par exemple, au test de Gallup par le chimpanzé), théorie de l’esprit, art plastique, conscience de la mort…Alain de Benoist attaque la position de Christen en soulignant à chaque fois combien les concepts utilisés par l’éthologue sont appauvris par rapport à leur rôle opératoire dans la vie humaine. Ainsi, les animaux qui seraient sujets de l’histoire parce qu’ils connaissent la guerre et la paix, la fondation de tradition culturelle…ne seraient pas historiques au sens où l’homme l’est, c’est-à-dire comme conscients d’une histoire (et il existe en effet une différence entre avoir une histoire et être un sujet historique). Les animaux seraient capables de morale, parce qu’ils sont capables de comportements pro-sociaux et de compassion : là encore, la morale ne se réduit pas à ces comportements. Pouvoir distinguer par apprentissage entre des toiles impressionnistes et cubistes, comme le font certains pigeons, ne permet pas d’inférer l’occurrence d’une expérience esthétique. Enfin, pour finir sur une note phénoménologique, Alain de Benoist discute l’idée selon laquelle l’animal serait plus pauvre en monde que l’homme, qui serait « configurateur de monde » (idée initiée par Heidegger), en tant qu’un monde est un ensemble de significations pour un organisme. La stratégie est efficace, et permet par ailleurs de vérifier à nouveau combien le dialogue entre philosophes et scientifiques peut être fécond, et pourquoi les champs doivent sans cesse s’ouvrir et s’interpénétrer.
Dans les chapitres suivants, l’auteur expose ses propres vues. Il oppose à la thèse réductionniste de Christen, qui viendrait appuyer une différence de degré et non de nature entre l’homme et l’animal sur une différence de degré physiologique, une théorie appuyée sur l’idée d’émergence, qui rendrait compte de la faiblesse de la différence entre homme et animal à un niveau cérébral et l’immense différence au niveau de la pensée, l’émergence rendant compte, pour une structure complexe et une dynamique, l’apparition de comportements imprédictibles par la seule connaissance des parties de la structure ; en outre les propriétés du système n’existent pas au niveau des parties du système. Ce passage du livre pose problème ; en effet il faut noter que l’on aurait souhaité une définition de la différence de degré et de la différence de nature. Un changement de niveau, si tant que l’on sache bien de quoi l’on parle ici, est-il le signe d’une différence de nature ? Un changement de niveau peut, pour un système, être causé par l’apparition d’une nouvelle propriété. Mais cette apparition est explicable à partir des mécanismes qui composent le système, c’est-à-dire sa structure et sa dynamique. Doit-on alors parler de différence de nature ou de degré ? Il existe ici un problème conceptuel gênant, qui explique pourquoi on a peine à relier la discussion sur l’émergence avec le problème du propre de l’homme. Il existe de plus des distinctions fines au sein du concept d’émergence, entre émergence forte (apparition de nouvelles propriétés, donc conception ontologique), émergence faible (qui renvoie à un problème de calculabilité), nominale, et d’autres distinctions orthogonales, comme celle entre émergence synchronique et diachronique. Parle-t-on ici d’ontologie ? De calculabilité ?
A partir de cette discussion, Alain de Benoist expose une vue, traditionnelle dans l’histoire de la question du propre de l’homme, selon laquelle l’homme est un animal inachevé, qui serait le centre d’instincts et de pulsion contradictoires qui l’empêcheraient de pouvoir décider efficacement dans un environnement naturel complexe, et qu’il doit donc construire sa propre niche, c’est-à-dire créer, dans son cas, une culture. L’homme est un animal qui planifie, qui organise et qui norme, pour pallier la faiblesse de ses réponses biologiques. Le langage, en particulier, est le signe que l’homme est capable de se détacher de son milieu ambiant pour pouvoir penser. Cette conception apparaît en creux dans l’appendice qu’Alain de Benoist consacre à l’anthropologie philosophique, en particulier à Max Scheller et Arnold Gehlen, qui défend en effet cette position.
On pourrait objecter que l’animal apprend et, chez les grands singes en particulier, ils peuvent traiter de l’information détachée du milieu, pour des opérations de planification, et qu’il peut répondre à un même signal de bien des façons différentes, qu’il interprète et que l’association entre stimuli n’est pas toujours univoque. Il n’est donc pas biologiquement déterminé dans chacun de ses comportements, si par cela Alain de Benoist, comme on pourrait l’interpréter, et sa conception du monde animal semble fonder cette interprétation, entend que la réception de tel ou tel signe détermine univoquement le comportement à la sortie. Qu’est-ce qui diffère, alors, entre la plasticité animale et la plasticité humaine ? La plasticité humaine est de loin plus importante, et elle est ainsi une condition de possibilité de la culture, ce qui constituerait la différence de nature entre l’homme et les autres animaux. Or, c’est par là que se pose le problème fondamental qui se niche dans la position d’Alain de Benoist, et qui mine la formulation même de la question du propre de l’homme.
Humaine nature
Si l’on peut reprocher à Yves Christen de poser la question de l’animal en envisageant une extension démesurée du territoire de l’examen, de l’araignée danseuse au chimpanzé conscient de soi, nourrissant ainsi secrètement une forme cachée, mais redoutable et bien présente d’anthropocentrisme, Alain de Benoist tombe dans un autre travers : celui de l’humanisme. En effet, la conception qu’il se fait de l’homme, comme être de culture et être historique, conscient de son histoire, suppose une certaine conception normative générale. On pourrait avoir une définition biologique de l’homme, en termes de fécondité intra-spécifique et de stérilité interspécifique, ou phylogénétique, en termes d’ancêtre commun. Ici, la définition peut être définie en termes d’écologie, donc biologiques : l’homme interagit d’une certaine manière avec son environnement, et cette interaction le constitue comme être de culture et être historique.
Le problème réside en ceci que l’homme, en tant que classe de l’ensemble des organismes qui appartiennent à l’espèce humaine, ne semble pas interagir ainsi. Si l’on définit la culture comme l’ensemble des connaissances et des savoir-faire transmis par apprentissage, au sein d’une tradition, alors en effet, l’homme est un être de culture, mais au même titre que le chimpanzé, par exemple. La définition qu’adopte Alain de Benoist est différente. En effet, il écrit page 61 de son livre :
« Or, la culture n’est pas seulement matérielle, mais aussi sociale, agentive, symbolique, politique, juridique, institutionnelle, normative, etc. »
En effet l’usage du concept de culture en éthologie est considérablement appauvri. La culture est avant tout référence aux productions de l’homme, production non seulement techniques, mais aussi artistiques, littéraires et scientifiques, dans une conception qui remonte en droite ligne à la Kultur allemande, comme l’a bien montré Norbert Elias. A cette conception de la culture, Alain de Benoist ajoute des considérations normatives, juridiques et politiques, qui font de l’homme un être non seulement moral, mais aussi un animal politique, vivant dans un état civil, et non pas seulement social. (On pourrait noter, contre Yves Christen, que selon la théorie de Michael Tomasello, le caractère hautement social de l’homme, en particulier sa capacité à imiter et surtout à s’imaginer la stratégie d’innovation d’autrui, peut apprendre plus facilement une compétence ou une connaissance, et qu’ainsi, par imitation généralisée, a lieu un « effet cliquet » qui permet la préservation de la nouveauté, matière à son tour de l’innovation future. Une différence de degré génère ici une différence de nature, même dans une conception appauvrie de la culture).
Cela dit, peut-on dire en ce sens de la culture, que l’on pourrait qualifier de maximal, que l’homme est un animal culturel ? Il semble que la réponse soit loin d’être évidente, et c’est là que la fragilité de la thèse humaniste d’Alain de Benoist apparaît. En effet, en se centrant sur la question de l’homme en général, Alain de Benoist en arrive à qualifier l’homme en termes des productions de l’homme. L’homme serait un être culturel parce qu’il existe des productions culturelles humaines, et parce qu’il vit en état d’institution politique civile. Le problème ici est que ce n’est pas l’homme qui produit des œuvres, mais des hommes particuliers, très déterminés. Il ne semble pas qu’on puisse attribuer à l’ensemble de l’espèce les productions et les créations de tel ou tel homme. En d’autres termes : chaque homme ne réunit pas en lui-même la définition de l’homme que propose Alain de Benoist, et les humanistes en général. De même, tous les hommes n’ont pas toujours vécu, ne vivent pas et peut-être ne vivront pas dans une cité politique, qui serait l’espace d’exercice d’une norme morale ou juridique. Ici, la définition écologique de l’homme est maximale, parce que la définition de la culture est maximale. Or, cette conception dépasse la conception de la nature telle que la conçoivent les scientifiques, en particulier les psychologues évolutionnistes, en termes de répartition statistiques de traits universels, comme l’appréciation par les mâles du rapport taille hanche ou les modalités particulières de la reconnaissance des émotions.
Il s’agit bien ici de poser l’homme comme un être de culture, et comme la culture est ce qui s’apprend, et non, comme le langage, ce qui mature (comme on peut le penser dans le cadre de la grammaire générative), l’homme est toujours à faire, toujours à produire, et n’est en aucun cas donné. C’est un modèle à acquérir, et c’est en cela que l’enquête qui cherche la place actuelle, non virtuelle, de l’homme dans la nature pose problème. En premier lieu, l’humanisme est un modèle normatif, et surtout contingent. L’homme, parce qu’il est un être biologiquement humain, n’est pas nécessairement culturellement humain. Cela implique donc en second lieu qu’il existe des personnes humaines qui sont des êtres de culture, donc qui accomplissent leur humanité prise dans ce sens, et d’autres pas ; et que cet accomplissement est affaire de degré.
La culture doit toujours se réaliser à l’échelle individuelle. Perdurer dans un état civil, dans un état de droit, suppose un effort de chaque homme, parce que cet état est contingent, il est le fruit d’un apprentissage, d’une construction de niche intelligente et planifiée. Chaque personne humaine, parce qu’elle est, en tant que personne, non substituable, accomplit en elle l’humanité à un certain degré. Voilà pourquoi il ne semble pas qu’il y ait du sens de parler de l’homme en général en termes non biologiques, mais qu’il faille plutôt parler de phénomènes humains, circonstanciés ; qu’il faille parler de la richesse en monde de telle ou telle personne, et non de la richesse en monde des hommes ou des animaux pris comme bloc homogène. Un chimpanzé n’est pas un bonobo. Un chimpanzé déterminé est différent de tel autre chimpanzé, selon le monde dans lequel il vit. Un homme existe dans un certain monde. Le monde de Beethoven n’est pas le monde de Gauss. Le monde de Beethoven n’a pas la richesse du monde d’un autre. Un homme, parce qu’il est une personne, est différencié, différencié en proportion de la richesse de son monde. L’humanité est toujours à conquérir. -
Réponses de Robert Steuckers à la Table Ronde, “Quel avenir pour les peuples d’Europe?” au colloque du Château Coloma, 3 mars 2012
Q.: Quelles réactions positives voyez-vous aujourd’hui parmi les peuples européens?
RS: Des réactions positives? Je n’en vois pas beaucoup. J’en retiens deux, marginales sur le plan géographique mais significatives, et, mutatis mutandis, dignes d’être imitées: la mobilisation populaire en Islande et la colère de la foule en Grèce. Il y a d’abord la réaction islandaise, celle de ce petit peuple insulaire de 350.000 habitants, qui a inventé une véritable représentation démocratique dès l’aube de son histoire et forgé la première littérature moderne et profane de notre continent. Dans ce pays, les responsables de la crise de 2008, les infects banksters qui ont commis l’acte abject et méprisable de spéculer, sont traduits en justice, de même que Haarde, le Premier Ministre qui a couvert leurs vilénies, tandis que notre “Commission Dexia” patine et qu’on ne verra pas de sitôt l’incarcération, pourtant dûment méritée, de Dehaene à Lantin ou à Jamioulx. En Islande, ses homologues ès-abjection sont derrière les barreaux ou devant les juges. Parallèlement à cette saine réaction, les Islandais ont refusé de rembourser les banques étrangères qui ont participé à la ruine de leur pays et se sont donné une constitution nouvelle où la spéculation est expressément décrite comme un délit et où tous les transferts de souveraineté sont d’emblée condamnés ou, éventuellement, soumis à référendum. Les Islandais ont fait montre de volonté politique: ils ont prouvé qu’un retour au politique était possible dans un monde occidental où règne la dictature subtile du “tout-économique”. Résultat: l’Islande connaît un redéploiement économique assez spectaculaire.
Dans le reste de l’Europe, c’est l’apathie.
En Grèce, nous avons vu, ces jours-ci, des émeutes plus violentes encore que celles qui ont secoué Athènes l’an passé. Le peuple refuse le diktat des banques, du FMI et de l’eurocratie. La RTBF comme la VRT ont interrogé des quidams dans la rue; trois de ceux-ci ont lancé: “C’est bientôt votre tour!”. C’est prophétique et réaliste tout à la fois. En effet, la faiblesse, la lâcheté et la veulerie du monde politique, qui n’ose faire cueillir les escrocs et les banquiers par la police dès potron-minet, en filmant la scène à titre de petite mise au pilori, ne peuvent avoir qu’une seule conséquence à moyen terme: la faillite totale de l’Etat et l’hellénisation/paupérisation de notre société. Malgré cette colère de la rue à Athènes, les Grecs, contrairement aux Islandais, ont dû accepter, tout comme les Italiens d’ailleurs, un gouvernement d’économistes, de banquiers, de technocrates qui n’ont aucun atome crochu avec la population et, forcément, aucune légitimité démocratique. La dictature a donc fait sa réapparition en Europe, non plus une dictature acclamative ou issue des urnes comme il y en a eu dans l’histoire récente de notre continent, mais une dictature sans acclamations populaires, sans légitimité électorale, qui s’apprête à ruiner toutes les familles grecques et italiennes. Mais où sont les protestataires anti-dictateurs, comme ceux qui s’agitaient contre Franco ou contre les Colonels grecs dans les années 60 et 70 ?
En France, les grandes leçons du gaullisme des années 60 sont bien oubliées. Aucune réaction saine n’est à attendre du sarközisme néo-libéral. En Espagne, le mouvement des indignés est certes fort sympathique, mais quelles seront ses suites? L’Espagne, vient de nous dire Jean David, compte aujourd’hui quatre millions de chômeurs, avec un nouveau gouvernement libéral, qui fera la politique du FMI, et préconisera des mesures anti-populaires comme le font déjà anticipativement, chez nous, un Decroo (le fils de son papa) ou un Reynders (qui, dit-on, brigue un haut poste à la BNP à Paris).
Le mouvement des indignés espagnols montre que toute contestation juvénile est désormais noyée dans ce que le regretté Philippe Muray nommait le “festivisme”. On transforme une protestation, dont les enjeux sont pourtant vitaux pour l’ensemble de la population, en un happening de style Woodstock, ce qui n’inquiète ni les banksters ni leurs serviteurs néo-libéraux. Le danger du “gauchisme”, comme on disait naguère, ne vient nullement de sa nature “contestataire”, antagoniste à l’égard des pouvoirs en place, mais de ses propensions au “festivisme”, tel qu’il a été défini par Muray. La culture festiviste, envahissante, tablant sur les émotions ou sur les désirs, tue de fait les réflexes politiques, basés sur le sérieux de l’existence, sur l’agonalité (Ernst Jünger, Armin Mohler) et sur la prise en compte, pessimiste et prévoyante, des risques et du pire (Clément Rosset). Les exemples abondent pour signaler le glissement des idées en apparence révolutionnaires de mai 68 dans la farce festiviste: l’itinéraire d’un Daniel Cohn-Bendit le prouve amplement, ce pseudo-révolutionnaire du Nanterre de 1968, qui avait mêlé verbiage pseudo-marxiste et obsessions sexuelles, est aujourd’hui un allié du néo-libéral thatchérien Guy Verhofstadt quand il s’agit, dans l’enceinte du Parlement européen, de vitupérer tout réflexe politique naturel, émanant du peuple réel; ou toute tentative de l’un ou l’autre ponte en place, comme Sarközy, d’utiliser un réflexe populaire naturel pour mener une politique quelconque, par pur calcul politicien et qui, si elle était réellement traduite dans la réalité, serait efficace ou écornerait les intérêts du banksterisme.
Le philosophe néerlandais Luk van Middelaar parlait, pour la France, d’une culture philosophique du “politicide”, qui s’est développée parallèlement à l’idéologie étatique rigide que la république a toujours tenté de faire triompher dans son propre pré carré. De Sartre aux contestataires de Mai 68, en passant par Michel Foucault ou par le néo-nietzschéanisme exigeant la libération joyeuse et immédiate des “machines à désirer”, par le nouveau néokantisme post-marxisant qui découvrait subitement l’horreur du goulag chez ses anciens alliés soviétiques dans les années 70 ou par l’hypermoralisme hystérique des médias dominants ou par la promotion médiatique d’une “république compassionnelle”, les intellectuels français ont perpétré en permanence un “assassinat du politique” qui ne peut mener qu’à une impasse. Celle dans laquelle nous nous trouvons (Luk van Middelaar, Politicide – De moord op de politiek in de Franse filosofie, van Gennep, Amsterdam, 1999).
Il faut par conséquent une bataille métapolitique pour éradiquer les affres du festivisme et contrer les effets délétères de l’apathie en laquelle somnolent la plupart de nos concitoyens.
Q.: A quels dangers serait soumise une Europe redevenue “populiste” au sens positif du terme?
RS: Dresser la liste des dangers qui nous menacent risque d’être un exercice fort long. Si nous prenons la spéculation en cours contre l’euro, phénomène emblématique de l’absence de souveraineté et de vigueur politiques au sein de l’Europe eurocratique, nous constatons que toutes les spéculations hostiles à la monnaie commune européenne ont une origine outre-Atlantique, proviennent du secteur bancaire spéculatif américain. J’en conclus que la spéculation contre les Etats et les monnaies, dont l’Asie avait connu un précédent en 1997, est un mode (relativement) nouveau de guerre indirecte. Saddam Hussein voulait facturer son pétrole en euro. Ahmadinedjad a envisagé de le faire à son tour pour le pétrole et le gaz iraniens. Les puissances du BRIC (Russie, Chine, Inde, Brésil) emboîtent le pas. L’euro constituait donc le danger le plus grave pour les Etats-Unis à court et à moyen termes, car il était sur le point de détrôner le roi-dollar. L’Europe, puissance civile et pacifique (Zaki Laïdi), aurait, sans coup férir, damé le pion à l’hegemon Il fallait dès lors frapper cet instrument de souveraineté européenne à son “ventre mou” méditerranéen. Les pays méditerranéens, ceux du groupe PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Espagne), sont effectivement les plus fragiles, les plus aisés à faire basculer pour entraîner un effet domino et affaiblir simultanément les pays économiquement plus forts de l’ancienne zone mark (oui, la Belgique est menacée, on le sait; l’Autriche a perdu un “A” et les Pays-Bas sont inquiets car ils connaissent leurs points faibles, leurs éventuels talons d’Achille). L’Allemagne est encore en mesure de résister vu ses accords gaziers avec la Russie et les marchés qu’elle développe à grande échelle en Chine. L’Allemagne demeure forte parce qu’elle est davantage liée aux puissances du groupe BRIC, parce qu’elle a misé subrepticement sur une carte eurasienne sans renier avec fracas son option atlantiste officielle. Les anciens chanceliers Schmidt et Schröder se sont hissés à la position “catéchonique” de garants de cet axe énergétique Berlin/Moscou, avatar actuel des accords Rathenau/Tchitchérine, signés à Rapallo en 1922.
Pour revenir à la Grèce, aujourd’hui ruinée, on évoque fort souvent l’insouciance du personnel politique grec, qui a pratiqué une politique démagogique où l’Etat-Providence était particulièrement généreux et peu regardant (plusieurs centaines d’aveugles disposent de leur permis de conduire...) ou le gouffre financier qu’a constitué l’organisation des jeux olympiques de 2004 mais on omet curieusement de mentionner le coût exorbitant qu’ont entraîné les incendies de forêts et de garrigues que le pays a subi deux années de suite. Le feu a ravagé les campagnes et s’est avancé jusque dans les banlieues des villes dans des proportions hors du commun. De même, la Russie de Poutine, récalcitrante face aux diktats du “nouvel ordre mondial”, a subi sur son territoire des incendies de grande envergure, inédits dans l’histoire.
Ces incendies sont-ils dû à des hasards naturels, un peu vite mis sur le compte de l’hypothétique “réchauffement climatique”? Ou bien sont-ils les effets d’une nouvelle forme de “guerre indirecte”? La question peut être posée.
De même, on parle, avec le projet HAARP, de l’éventualité de provoquer artificiellement des catastrophes sismiques ou autres. Le tsunami qui a réduit à néant le nucléaire japonais l’an passé (et conduira à court terme au démantèlement total du secteur nucléaire de l’Empire du Soleil Levant) ou les tempêtes extrêmement violentes que la France a subies il y a quelques années, immédiatement après l’enthousiasme soulevé par la possibilité d’un Axe Paris/Berlin/Moscou, sont-ils des hasards ou non? Telles sont des questions à étudier avec toute l’attention voulue, comme le fait “Kopp-Verlag” en Allemagne.
L’arme de la grève sauvage a été utilisée contre Chirac en 1995, après des essais nucléaires à Mururoa. On sait que certains syndicats français, noyautés par des éléments trotskistes ou lambertistes, pendants économico-sociaux des “nouveaux philosophes” agissant dans l’espace médiatique, sont soutenus par la CIA (ou l’ont été par l’ex-OSS quand il a fallu mettre les anciens alliés communistes échec et mat). La France vit en permanence sous l’épée de Damoclès d’une paralysie totale, qui pourrait être due, par exemple, à une grève des routiers, qui bloquerait toutes les routes de l’Hexagone et toutes les voies d’accès à celui-ci. Dans de telles conditions, pas besoin de révolution orange en France...
Reste effectivement le danger des “révolutions colorées”, à l’instar de celle qui a réussi en Géorgie en 2003 et a porté Sakashvili au pouvoir. L’instrument des révolutions colorées est désormais connu et ne fonctionne plus de manière optimale, en dépit d’un personnel très bien écolé, recruté au départ du mouvement serbe OTPOR. En Ukraine, les conséquences de la “révolution orange” de 2004, soit un rapprochement du pays avec les structures atlantistes et eurocratiques, sont annulées sous la pression du réel géographique. L’Ukraine est liée aux espaces déterminés par les grands fleuves (Dniestr, Dniepr, Don) et par la Mer Noire. Elle est aussi liée territorialement à l’espace russe du Nord. La dernière tentative de “révolution orange” en Russie cet hiver, pour faire tomber Poutine, s’est soldée par un échec: les sondages créditent le Premier Ministre russe de 66% des intentions de vote! Pire pour les “occidentistes”, la majorité absolue des voix va non seulement vers le mouvement de Poutine mais aussi, au-delà des deux tiers de votes que les sondages lui attribuent, à des formations politiques d’inspiration communiste ou nationale (Ziouganov et Jirinovski) et non pas vers les tenants d’une ré-occidentalisation de la Russie, avec son cortège de “Gay-Prides” festivistes, d’oligarques et de politiciens véreux et falots.
Les “printemps arabes”, autre manière de mobiliser les foules pour libérer les marchés potentiels —que constituent les Etats arabo-musulmans— des structures étatiques traditionnelles et des corruptions claniques, ont fonctionné en Tunisie et, partiellement seulement, en Egypte. En Syrie, cela n’a pas marché et on prépare au pays d’El-Assad un avenir libyen...
Les pays européens sont finalement à ranger parmi les Etats de faible personnalité politique. Outre la spéculation contre l’euro, quel instrument garde-t-on au placard pour la faire fléchir si jamais il lui prenait de branler dans le manche? L’ambassadeur américain Jeremy Rivkin a été trop bavard: il a révélé la nature de l’instrument dont on ferait usage pour déstabiliser les sociétés des Européens de l’Ouest, si ceux-ci devenaient trop récalcitrants. On leur balancerait les déclassés des banlieues dans les pattes. Jeremy Rivkin évoque, sans circonlocutions inutiles, la possibilité de mobiliser les masses immigrées des banlieues pour faire tomber ou pour désarçonner un gouvernement rebelle, surtout en France. Sarkozy doit savoir mieux que personne qu’il a été porté au pouvoir suite aux émeutes des banlieues françaises de novembre 2005. Elles avaient servi à éliminer Chirac, adepte de l’Axe Paris/Berlin/Moscou. Elles pourraient tout aussi bien servir à le faire tomber, lui aussi, s’il ne reste pas sagement dans le sillage de l’hegemon américain et fidèle à son alliance privilégiée avec la Grande-Bretagne de Cameron. Faye avait prédit, à la grande fureur du président français actuel, que la France ne pourrait pas se payer indéfiniment des émeutes de banlieues, surtout si elles éclataient simultanément dans plusieurs grandes agglomérations de l’Hexagone, non plus seulement dans le fameux département n°93, près de Paris, mais aussi à Lyon, Marseille et Lille. Les réseaux salafistes, comme les réseaux lambertistes, sont prêts à faire le jeu de l’hegemon, au détriment des Etats-hôtes, a fortiori si l’Arabie Saoudite, matrice financière wahhabite des mouvements salafistes, est une alliée inconditionnelle de Washington.
La méfiance à l’égard de certains réseaux salafistes ne relève donc pas du “racisme” ou de l’“islamophobie”, comme le vocifèrent les médias aux ordres ou le pensent certains magistrats croupions, dont la corporation est dénoncée comme inculte, à l’instar de tous les juristes modernes sans culture générale, par François Ost, ancien recteur des Facultés universitaires Saint-Louis de Bruxelles. Cette méfiance à l’égard des salafistes relève d’une simple analyse du terrain politique, où il faut établir l’inventaire des éléments en place: quelles sont les forces dangereuses qui pourraient, dans un avenir prévisible, disloquer la machine étatique, dont je suis citoyen, et plonger la société, en laquelle je vis, dans le chaos? Quelles sont les forces en présence dans ma société qui pourraient servir de levier, à toutes mauvaises fins utiles, à l’hegemon pour la déstabiliser ou l’affaiblir ?
Q.: Quels sont les ennemis intérieurs et extérieurs des peuples européens dans le contexte actuel ?
RS: Commençons par les ennemis extérieurs, les ennemis intérieurs n’étant que des instruments à leur service. L’ennemi extérieur est bien entendu l’hegemon qui refuse de nous élever à son rang, comme on le ferait en toute bonne logique avec des alliés fidèles à la façon romaine, et nous plonge en permanence dans l’assujetissement, brisant chaque fois, à l’aide d’instruments subtils propres aux nouvelles formes de guerre indirecte, tout nouvel élan économique ou politique de notre Europe. Cet hegemon est une thalassocratie, une puissance essentiellement maritime, une puissance qui domine les “res nullius” que sont les océans et l’espace circumterrestre, tout en imposant des règles internationales fluctuantes, chaque fois interprétées en sa faveur. Je veux bien évidemment parler des Etats-Unis d’Amérique, tels que les a décrits une figure comme Carl Schmitt. Ce n’est pas la place ici de rappeler les réflexions profondes et pertinentes que Carl Schmitt a émises sur la fabrication arbitraire et perfide de règles juridiques internationales floues et boiteuses car tributaires de l’esprit “wilsonien”, destinées à faire avancer les pions de l’impérialisme américain dans le monde ou sur le processus délétère de fluidification et de liquéfaction des certitudes et des traditions diplomatiques que ces règles perfides ont fait éclore. Plus accessibles me semblent les directives émises par un stratégiste américain, Nicholas J. Spykman, dans un bref vademecum en annexe de son ouvrage de 1942, America’s Strategy in World Politics.
Pour lui, l’Europe de son temps possède dix atouts qui la rendent supérieure aux Etats-Unis. Ces dix atouts, que j’énonce par ailleurs (cf. “Panorama théorique de la géopolitique”, in Orientations n°12, été 1990/hiver 1990-91), lui avaient été inspirés par un géopolitologue allemand de l’école de Haushofer, une certain Robert Strauss-Hupé, émigré aux Etats-Unis après la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes parce qu’il avait quelque ascendance juive. Les atouts que doit avoir une superpuissance de l’acabit des Etats-Unis pour Spykman ou les atouts que possédait l’Europe sous hegemon germanique selon Strauss-Hupé sont notamment, je n’en cite ici que trois, l’excellence d’un système scolaire et universitaire, la cohésion ethnique et une économie plus ou moins autarcique (ou semi-autarcique auto-centrée comme le préciseront plus tard les Français François Perroux et André Grjébine) qui permet l’émergence et la consolidation d’un bloc économique concurrent des Etats-Unis et capable de conquérir et de conserver longtemps des marchés en Asie, en Afrique et en Amérique latine.
Pour démolir l’enseignement, il y a eu mai 68, avec son cortège de nouvelles pédagogies abracadabrantes et son laxisme implicite, suivi d’une offensive, classée à “droite”, du néo-libéralisme qui a imposé des schémas pédagogiques visant l’acquisition facile de savoirs purement utilitaires au détriment des humanités traditionnelles, totalement battues en brèche. Une fois de plus, ici, le festivisme gauchiste à la sauce 68 n’a jamais cessé de marcher de concert avec le néo-libéralisme utilitariste pour ruiner les acquis de notre civilisation et que leur antagonisme fictif, souvent médiatisé pour faire croire à des alternances démocratiques, ne servait qu’à leurrer les masses. Pour briser la cohésion ethnique, on a d’abord coupé l’Europe occidentale de ses réservoirs habituels de main-d’oeuvre supplétive en Europe orientale, on a ensuite freiné tous les processus d’intégration et d’assimilation avec l’aide des réseaux wahhabite/salafiste inféodés à l’allié saoudien (qui promettait aussi un pétrole bon marché à condition que l’Europe s’ouvre à toutes les immigrations musulmanes); on s’apprête, avec l’ambassadeur Rivkin, à inciter les nouveaux banlieusards déboussolés, toutes couleurs et toutes confessions confondues, à bloquer le fonctionnement total de l’Etat et de la société en générant des troubles civils dans les grandes agglomérations; en Allemagne, Erdogan et Davutoglu menacent de faire jouer, au détriment de l’Etat allemand, les “sociétés parallèles” turques, étant bien entendu que le néo-libéralisme a eu pour effet de favoriser, de “booster”, toutes les ‘économies diasporiques”, dont les réseaux turcs, axés, dans un premier temps, sur le trafic de l’héroïne; enfin, la pratique permanente du “politicide”, surtout en France, ne permet aucune restauration du “politique”, au sens où l’entendait le regretté Julien Freund. Sans restauration du politique, nous risquons le déclin total et définitif.
On s’aperçoit clairement que l’hegemon, qui entend freiner tous nos élans, aligne tout un éventail d’alliés circonstantiels, qui ne sont en aucun cas l’ennemi principal mais bien plutôt les instruments de celui-ci. La rébellion turque, mise en exergue par les médias depuis le “clash” entre Erdogan et son homologue israélien à Davos et depuis l’affaire de la flotille humanitaire turque amenant des médicaments aux Palestiniens de Gaza, est un “show”, destiné à gruger les masses arabo-musulmanes. Outre cette mise en scène, la politique turque n’a guère changé à l’égard de son environnement, en dépit du discours néo-ottoman de Davutoglu qui évoque les notions de “zéro problème avec les voisins” et de solidarité musulmane. En Syrie, depuis août 2011, la Turquie est bel et bien alignée sur l’hegemon américain: Erdogan, Gül et Davutoglu ont tenté de faire fléchir El-Assad, en lui suggérant de prendre dans son gouvernement des ministres appartenant aux “Frères Musulmans” et de ne plus favoriser les Alaouites, adeptes d’un islam à fortes connotations chiites, et de renoncer à la laïcité de l’Etat, préconisée par l’idéologie baathiste qui refuse toute discrimination entre musulmans (sunnites, chiites, alaouites, druzes, etc.) ou à l’égard des chrétiens arabes/araméens. Le pari baathiste sur la laïcité de l’Etat syrien, sans violence institutionnelle aucune à l’égard des communautés réelles composant la population syrienne, est plus souple que ne le fut le kémalisme turc, avant son éviction par l’AKP d’Erdogan. Aujourd’hui, c’est par la Turquie (par l’Irak et la Jordanie) que transitent les armes pour les opposants syriens et pour les mercenaires “afghans” ou “libyens” qui affrontent l’armée loyaliste syrienne. Par railleurs, la géopolitique implicite de la Turquie n’est pas assimilable à une géopolitique européenne cohérente: les “directions” qu’entend prendre la géopolitique turque sous-jacente ne vont pas dans le même sens qu’une bonne géopolitique européenne qui serait enfin devenue générale et cohérente: la Turquie, par exemple, entend reprendre indirectement pied dans les Balkans, alors que ceux-ci devraient constituer exclusivement un tremplin européen vers la Méditerranée orientale et le Canal de Suez. Enfin, l’actuel territoire turc constitue une zone de transit pour une immigration proche-orientale, moyen-orientale et asiatique tentant de s’introduire dans l’espace Schengen. La Turquie, en dépit des subsides considérables qu’elle reçoit de l’Europe eurocratique, ne garde pas ses frontières et laisse passer vers l’Europe des centaines de milliers de futurs clandestins. La police et la flotte grecques sont débordées. Les finances de l’Etat grec ont été déstabilisées par ce combat à la Sisyphe, tout comme par les incendies de grande ampleur que la Grèce a subi ces derniers étés, et non pas tant, comme veulent le faire accroire les médias véhiculant le discours néo-libéral dominant, par la mauvaise gestion des budgets olympiques de 2004 et par quelques milliers de pauvres grecs véreux et madrés qui escroquaient leur système national de sécurité sociale. Pour endiguer ce gigantesque flot de réfugiés, pire que ceux de Lampedusa aux portes de la Sicile et de Fuerteventura dans les Canaries, l’eurocratie ne débloque qu’un très petit budget pour l’envoi de 200 malheureux gendarmes qui doivent surveiller une frontière qui va des rives pontiques de la Thrace à toutes les îles de l’Egée jusqu’à Rhodes et à toutes les parties de l’archipel du Dodécannèse. L’agence Frontex, chargée en théorie de verrouiller les frontières extérieures de l’espace Schengen pour éviter tous les déséquilibres qu’apporterait une immigration débridée, ne reçoit en réalité aucun appui sérieux et se révèle une “coquille vide”.
On sait que toutes les menées salafistes ou wahhabites sont en dernière instance téléguidées par le tandem américano-saoudien et s’avèrent idéales pour perpétrer des opérations de guerre indirecte, dites de “low intensity warfare”, ou des actions “fausse-bannière” (false flag operations). On tue un Pim Fortuyn non pas tant parce qu’il serait “islamophobe” mais parce qu’il souhaitait supprimer la participation néerlandaise aux opérations en Afghanistan. On recrute un tueur dans la diaspora marocaine de Molenbeek pour éliminer le Commandant Massoud afin que ce combattant efficace ne prenne pas le pouvoir suite à la chute des talibans, programmée par le Pentagone. On envoie un Jordanien fondamentaliste pour prendre la direction de la rébellion tchétchène sur le tracé d’un oléoduc qui pourrait amener le brut russe et kazakh en Mer Noire, etc. La Russie, fournisseur principal d’hydrocarbures à l’Europe, est fragilisée dans la Caucase du Nord par les fondamentalistes tchétchènes et daghestanais mais aussi et surtout, comme le signale l’observateur allemand Peter Scholl-Latour, par une intervention wahhabite potentielle (et donc indirectement américaine) dans deux républiques musulmanes de la Fédération de Russie, le Tatarstan et le Baschkirtostan. Si ces deux républiques basculent dans le désordre civil ou si des fondamentalistes y arrivent au pouvoir, le territoire de la Fédération de Russie serait littéralement coupé en deux à hauteur de l’Oural, extrême nord excepté, soit au-delà de la limite méridionale de la zone des toundras. L’Europe serait réduite à ce qu’elle était au début du 16ième siècle, avant le déferlement des troupes d’Ivan le Terrible et de Fiodor I au 16ème siècle qui, parties de la région de Moscou, conquièrent tout le cours de la Volga et déboulent à Astrakhan en 1556. Kazan, la capitale tatar, était tombée en 1552. Peter Scholl-Latour rappelle que les Tatars ne sont que fort rarement séduits par le “wahhabisme” saoudien ou par l’idéologie égyptienne des Frères Musulmans d’Hassan al-Banna et de Sayyid Qutb et leur préfèrent une sorte d’islam modernisé, compatible avec la modernité européenne et russe, que l’on appelle le “yadidisme” ou la “voie tatar”, dont le penseur est actuellement Rafael Chakimov. Ce dernier s’insurge contre les volontés wahhabites de vouloir à tout prix imiter les moeurs et coutumes de l’Arabie des 7ème et 8ème siécles. Les adeptes de Chakimov sont peut-être majoritaires aujourd’hui au Tatarstan mais ils avaient dû prendre en compte les menées de la mosquée “Yoldiz Madrassa”, dans la ville industrielle de Naberechnié Khelny, animée par des enseignants tous issus du monde arabe. Ils ont été expulsés parce que certains de leurs étudiants avaient rejoint les rebelles tchétchènes. L’avenir est ouvert sur les rives de la Kama, affluent de la Volga qui prend ses sources loin au nord, à la limite de la toundra circumarctique. L’hegemon mondial et ses alliés saoudiens pourraient y semer le trouble en luttant contre le “yadidisme” tatar ou en réactivant une forme ou une autre de pantouranisme (pour connaître la question dans tous ses détails et en dehors de toute polémique politique, cf. L’islam de Russie – Conscience communautaire et autonomie politique chez les Tatars de la Volga et de l’Oural depuis le XVIIIe siècle, sous la direction de Stéphane A. Dudoignon, Dämir Is’haqov et Räfyq Möhämmätshin, éd. Maisonneuve & Larose, Paris, 1997; Peter Scholl-Latour, Russland im Zangengriff – Putins Imperium zwischen Nato, China und Islam, Propyläen Verlag, Berlin, 2006).
Passons maintenant aux ennemis intérieurs: j’en citerai trois. D’abord le système bancaire, totalement parasitaire et instaurateur d’une véritable ploutocratie (mot que réhabilitent à Paris Pierre-André Taguieff et Jean-François Kahn), qui n’a plus rien, mais alors plus rien de démocratique. A ce système bancaire s’ajoute d’autres instances parasitaires comme les chaînes de supermarchés, qui spéculent sur les denrées alimentaires et sont responsables de leur cherté, plus élevée que dans les pays voisins; pour bon nombre de produits de première nécessité, les prix varient du simple au double entre notre pays et l’Allemagne, par exemple. Le secteur énergétique, entièrement aux mains de la France, nous oblige à payer un gaz et une électricité à des prix incroyablement exagérés: chaque ménage hexagonale ne paie que 62% de notre facture énergétique, ou, autres chiffres, si le ménage hexagonal paie 100%, nous payons 160,97%!! Les déséquilibres provoqués par le gigantisme de ces structures privées, semi-privées ou para-étatiques doivent être impérativement corrigés par des moyens adéquats, si nous ne voulons pas voir s’effondrer définitivement les structures les plus intimes de nos sociétés. Le second ennemi est l’idéologie néo-libérale et ses relais, dont le premier animateur fut, rappellons-le, l’ancien premier ministre Guy Verhofstadt, qui dirigea le gouvernement “arc-en-ciel”, mélange de néo-libéralisme et de gauchisme festiviste. Cette idéologie est un ennemi intérieur dangereux dans la mesure où elle étouffe, en se parant d’un masque “boniste”, toutes les possibilités d’une révolte constructive. Ensuite, pour épauler la ploutocratie et le néo-libéralisme, nous avons, troisième ennemi, les diasporas manipulables. Elles sont telles parce qu’on les déclare telles, par la bouche de l’ambassadeur Rivkin ou par la voix du tandem Erdogan/Davutoglu.
L’objectif est donc de juguler le développement exponentiel du secteur parasitaire /ploutocratique en lui imposant des limites et des contrôles, en le soumettant à une fiscalité juste (le “mulcto” ou “multo” de la République romaine) et à des directives à soubassement éthique, qu’il ne pourrait transgresser sans commettre automatiquement un délit punissable. Le néo-libéralisme et tout le cortège de ses dérivés doit être perçu comme une idéologie “politicide” et dès lors dangereuse pour la sûreté de l’Etat et de l’Europe tout entière. Quant aux diasporas manipulables, elles sont, surtout depuis les menaces d’Erdogan et de Davutoglu, des “cinquièmes colonnes” passibles des juridictions d’exception. On ne sauvera pas notre civilisation sans des mesures drastiques.