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culture et histoire - Page 2059

  • Rome et l’Ibérie, la guerre de Numance

    La difficile conquête par les Romains de la péninsule ibérique.

    Numance, reconstitution
    Reconstitution d’une partie de la muraille et de la porte d’entrée de Numance.

    L’Ibérie avant l’arrivée des Romains est un territoire morcelé entre de nombreux peuples et tribus (Tartessiens, Vaccéens, Vettons, Turdetans, Astures, Cantabres, Alergetes,…) dont les deux principaux sont les Lusitaniens et les Celtibères. La péninsule n’est pas unie par une culture commune, à la différence de la Gaule, mais divisée en quatre zones principales que l’on peut délimiter avec les inscriptions retrouvées en quatre langues : la Celtibérie au centre, la Lusitanie au centre-Ouest, l’Ibérie sur la côte méditerranéenne (langue non indo-européenne), la Tartessie au Sud-Ouest (non indo-européenne). A cela il faut ajouter des comptoirs carthaginois dans le Sud et grecs à l’Est : ces peuples étrangers viennent s’installer pour exploiter les grandes richesses minières de l’Ibérie (or, argent, fer, plomb, étain), la péninsule étant alors perçue comme l’« eldorado » de la Méditerranée.

    Les Romains arrivent dans la péninsule pendant la seconde guerre punique (218-202 av. J.-C.) pour y chasser les Carthaginois, objectif rempli avec succès dès 208 (chute de Gadès). Mais une fois le conflit terminé, ils ne repartent pas pour autant : ils poursuivent au contraire la guerre en soumettant une à une les tribus locales. Dès 197 av. J.-C, la péninsule est divisée en deux provinces : la Citérieure (Est) et l’Ultérieure (Sud-Ouest), chacune étant dotée d’un préteur (gouverneur) avec une légion de 5.000 hommes renforcés d’auxiliaires venant d’Italie. Pour autant, les hostilités sont loin d’être terminées : les autochtones vont par plusieurs fois secouer violemment le joug romain.

    Pièces romaines

    Monnaie romaine du IIe siècle : sur le côté face, les deux symboles de l’Hispanie – le lapin et le rameau d’olivier (tenu par l’individu agenouillé) –, sur le côté pile, l’empereur Hadrien (d’origine hispanique). L’Hispanie signifie étymologiquement « le pays des lapins » car les premiers Phéniciens qui débarquèrent en Ibérie virent des lapins en abondance.

    I. Les Romains et la guerre en Ibérie (195-139 av. J.-C.)

    Dès 195 av. J.-C., les autochtones commencent à voir d’un mauvais œil l’installation durable des Romains dans la péninsule, et supportent mal les réquisitions forcées de blé et le service militaire obligatoire. Les indigènes se soulèvent à de nombreuses reprises : en 192, le préteur d’Ultérieure, Lucius Aemilius, est battu à l’Est par le peuple des Bastules et à l’Ouest par les Lusitaniens. Signe révélateur de grandes difficultés, le Sénat ajoute en 188 à la légion de chaque province un contingent de 3.000 hommes et de 200 cavaliers. Les préteurs envoyés en Hispanie mènent la guerre et remportent tantôt des succès, tantôt de cuisants échecs, les autochtones opposant une résistance particulièrement farouche (l’Ibérie sera jusqu’en 133 un vrai gouffre humain, et le recrutement se fait difficilement à Rome).

    En 180 av. J.-C., Tiberius Sempronius Gracchus arrive en Citérieure en tant que préteur et mène une répression féroce contre les Celtibères ; mais à une révolte écrasée dans le sang succède une nouvelle révolte. Gracchus détruit ainsi plus d’une centaine de villes, réduisant parfois les habitants en esclavage. Il parvient à instaurer une paix durable en 180 av. J.-C. en concluant des accords et rentre à Rome célébrer un triomphe.

    Dès 155 av. J.-C., les agitations reprennent. En représailles, le préteur Servilius Galba mène en 151-150 av. J.-C. une répression impitoyable contre les insurgés, passant au fil de l’épée les habitants de nombreuses cités, vieillards, femmes et enfants compris. Ces massacres aboutissent à une révolte générale des Lusitaniens et des Celtibères. En 147 av. J.-C., un berger lusitanien nommé Viriathe (ou Viriatus), ayant survécu à l’un des massacres de Galba, prend la tête des rebelles de Lusitanie et parvient à infliger à l’armée romaine de lourdes défaites, tantôt lors d’opérations de guérilla, tantôt lors de batailles rangées. Jusqu’en 139 av. J.-C., il parvient à mettre en échec les troupes romaines et contraint les consuls à signer des traités humiliants, rapidement cassés par le Sénat de Rome.

    Ayant visiblement peu de foi en les armes après tant d’échecs, le consul Quintus Servilius Caepio décide de recourir à l’assassinat. Des lieutenants de Viriathe, soudoyés par les Romains (donnée non certaine mais très probable), égorgent leur chef pendant son sommeil en 139 av. J.-C. C’est ainsi que se terminent les guerres lusitaniennes : affaiblie par la disparition de Viriathe, la Lusitanie tombe sans grande résistance.

    II. L’origine de la guerre de Numance

    Carte d'Hispanie

    Les deux provinces d’Hispanie et les principales villes (dates de fondation entre parenthèses). Le Nord-Ouest reste insoumis.

    En 153 av. J.-C., la cité de Ségéda, proche géographiquement de Numance, entame la construction d’une enceinte fortifiée, décision qui n’est pas du goût de Rome qui y voit une menace dans la région. Aussitôt, les Romains réagissent en demandant à Ségéda le paiement d’un tribut et l’envoi d’un contingent militaire. Les habitants de Ségéda rejettent la demande, affirmant qu’ils sont dans leurs bons droits : en effet, les Romains avaient conclu un traité avec les habitants qui stipulait que ceux-ci étaient exemptés de tribut et de service militaire. Mais Ségéda a oublié que les traités de Rome ne sont valides que tant « qu’il [le] paraîtra bon au Sénat et au Peuple Romain » (formule écrite à la fin de chaque traité)… Le traité n’est valide que tant qu’il s’agit de la volonté du Sénat, ce qui n’est ici plus le cas… Les habitants de la cité fuient alors vers la cité amie de Numance.

    Numance est la principale ville des Arévaques, un des peuples celtibères, dans le Nord-Est de la péninsule ibérique. Située dans le bassin supérieur du Duero, elle compte 4.000 à 8.000 habitants selon les historiens latins antiques, environ 2.500 selon les archéologues actuels. Les Romains vont perdre, de 143 à 133 av. J.-C., 6.000 hommes contre Numance « la seconde terreur des Romains après Carthage ».

    III. Le siège de Numance

    « Autant Numance fut inférieure en richesses à Carthage, Capoue et Corinthe, autant elle leur fut égale à toutes par sa réputation de courage et d’honneur : à ne juger que les combattants, elle fut même le plus beau titre de gloire de l’Hispanie. Car, sans rempart, sans tours, située près d’un fleuve sur une hauteur peu élevée, elle résista seule pendant onze ans avec quatre mille Celtibères à une armée de quarante mille hommes ; mieux, non contente de leur résister, elle leur porta des coups sensiblement plus durs et leur imposa des traités déshonorants. » (Florus, Epitomé, I, 34).

    Numance, reconstitution
    Vue aérienne du site de Numance.

    Numance refuse la deditio (rédition sans condition) imposée par Rome et prend les armes sous le commandement d’un certain Karos ou Karykos. Une première bataille a lieu dès 153 av. J.-C. entre le consul Quintus Fulvius Nobilior et les Celtibères, à proximité de Numance. Les Romains disposent alors de 30.000 hommes dont 300 à 500 cavaliers numides et dix éléphants de guerre envoyés par Massinissa, ami du peuple romain. Fulvius se décide à lâcher ses éléphants, provoquant l’épouvante chez les Numantins qui courent se réfugier dans leur cité ; c’est alors qu’un éléphant est atteint à la tête par une pierre et se retourne contre les troupes romaines, imité par ses congénères. Cet événement sème le désordre dans les rangs romains et les Numantins en profitent pour prendre le dessus. Les Romains sont finalement contraints à la retraite. Ils perdent 4.000 hommes.

    Suite à cette première bataille, deux préteurs et leurs armées, Pompeius Nepos et Hostilius Mancinus, vont successivement tenter de soumette la ville, en vain. Pompeius se voit obligé de recruter les soldats par tirage au sort en raison du peu d’enthousiasme des citoyens romains à aller combattre les Celtibères. Les Numantins parviennent à force d’embuscades à repousser ses 30.000 hommes et 2.000 cavaliers et à le forcer à signer un traité qui sera cassé par le Sénat. Hostilius Mancinus et ses 24.000 hommes, encerclé dans son camp, est lui aussi vaincu en 136. Pour conserver sa vie et celle de ses hommes, il est contraint de signer un traité humiliant aussitôt annulé par le Sénat de Rome : le général est livré en signe de déshonneur par les Romains aux portes de Numance, nu et mains liées, mais les autochtones ne lui ouvrent pas leurs portes.

    Pour en terminer une bonne fois pour toutes, Rome se décide à envoyer en 134 av. J.-C. un homme providentiel, Scipion Émilien, qui s’est illustré par l’incendie de Carthage à la fin de la troisième guerre punique (146 av. J.-C.). Les Numantins demandent alors à se rendre à des conditions honorables, offre qui est refusée par Scipion souhaitant faire de cette cité un cas exemplaire. Le général restaure la discipline militaire sur le camp, fait édifier autour de la cité un fossé, des murs et trois camps (configuration semblable à Alésia) ; et coupe l’accès à la rivière afin de rendre toute communication extérieure ou tout apport de vivres impossibles dans le but d’affamer les Numantins.

    Dans ces conditions, le siège dure 5 mois avant que la cité ne tombe (été 133). Les Numantins tentent quelques sorties mais ne parviennent pas à atteindre les Romains pour se battre. Une fois à bout de vivres, les habitants, plutôt que de se rendre, se suicident collectivement : les Romains, en entrant dans la ville, ne trouvent pas un seul habitant à emmener enchaîné. De même, tout le butin potentiel a été détruit. Florus écrit que les Romains « ne triomphèrent que d’un nom ».

    Ainsi prirent les guerres celtibériques, même si l’Ibérie connaîtra encore quelques révoltes sporadiques mais sans grande importance dans les décennies qui suivront.

    Ruines de Numance
    Ruines archéologiques de Numance.

    Sources :

    BASLEZ, M.-F. ; WOLFF, C. Rome et l’Occident, 197 av. J.-C.-192 ap. J.-C. Atland, 2010.

    LE ROUX, Patrick. La péninsule ibérique aux époques romaines. Armand Colin, 2010.

    RICHARDSON, John Stuart. Hispaniae. Spain and the Developpement of Roman Imperialism, 218-82 BC. Cambridge University Press, 1986.

  • L'esprit de chevalerie

    Sublimation des vertus guerrières mises au service d'une cause juste ou sacrée, la chevalerie, longtemps miroir et référence des comportements occidentaux, devient, sauf exceptions, incompréhensible à une historiographie en rupture avec ses racines culturelles et religieuses.
    L'idéal chevaleresque, tel qu'il apparaît au tournant de l'an Mil pour croître et s'épanouir au XIIe siècle, n'a pas jailli tout à coup de rien ; il s'ancre dans un passé, des traditions, des comportements, des croyances antérieurs à la société médiévale, et même au christianisme. Comment s'est-il forgé, mis en place, imposé ? Autant de question auxquelles Dominique Barthélemy apporte des réponses, ou des commencements de réponse dans un essai remarquable de justesse, d'érudition, d'intelligence et d'humour, La Chevalerie.
    Vertus guerrières
    Qu'il existe des vertus guerrières communes à toutes les sociétés indo-européennes, voire à toutes les civilisations qui exaltent le courage et le métier des armes, on ne saurait en douter. Cependant, impossible de comparer Roland ou Lancelot à Achille ou Hector, ni de faire procéder le héros médiéval d'un modèle romain, comme certains historiens ont tenté de le démontrer, parce que l'individualisme chevaleresque est à l'opposé de l'esprit des légions. Il convient de chercher son modèle ailleurs, dans un passé « barbare », germanique, exaltant la  valeur personnelle, le rôle du cavalier, les rapports entre un chef de guerre et ses hommes. Au vrai, ce modèle germanique supposé serait tout autant, voire davantage celtique, mais il tend à s'imposer avec l'avènement du monde franc, s'épanouit à l'époque carolingienne, devient chevalerie telle que nous entendons le mot à l'aube des temps capétiens. L'un des grands intérêts de l'étude, souvent incisive et mordante, est de mettre en évidence combien le combat chevaleresque, dès ses origines, se veut élitiste, quoique largement ouvert aux talents et mérites, donc économe en sang, le but étant de briller, pas de se faire tuer. Aussi de montrer comment les puissants, rois ou ecclésiastiques, oeuvrèrent à orienter ce goût de l'exploit individuel vers l'intérêt général, guerres de conquête ou croisade capables de souder la communauté dans la poursuite d'un but unique. Tournois, joutes et défis s'inscrivent dans une même logique, tandis que la chanson de geste, le roman arthurien ou courtois, objets d'un chapitre passionnant, tracent un modèle parfait, ce qui ne signifie pas que tout chevalier ait incarné cette perfection. En allant au-delà du mythe et de l'idéalisation, le professeur Barthélemy propose une vision profondément juste et humaine d'une institution qui tendit vers le Bien, sans toujours l'atteindre, et un éclairage équilibré sur ses relations avec un Islam qui proposait un contre modèle chevaleresque ; Sarrasins ou Francs, les vrais chevaliers, d'un côté comme de l'autre, y furent étonnamment sensibles.
    La Table ronde
    Le cycle des romans de la Table ronde, inspirateur de tant de rêves et de comportements héroïques, s'ancrent, eux aussi, dans un passé indo-européen très lointain. Rompant avec les délires ésotériques trop suscités par le sujet, un universitaire britannique, John Matthews, propose, sous forme d'un élégant album illustré, Le Graal, la vérité derrière le mythe, étude poussée sur les origines de la légende du calice de Joseph d'Arimathie, et l'interprétation qu'il convient de donner à l'histoire. Le symbole du vase sacré qui permet de communiquer avec la Divinité existe dans toutes les cultures, même les plus éloignées de la nôtre. En Europe, on le retrouve dans le cratère primitif d'Ouranos, le chaudron magique des dieux celtes, et chez les Scythes, ce qui permit d'ailleurs à Matthews, conseiller historique d'un film consacré au roi Arthur, d'y soutenir la thèse, aventurée mais défendable, d'un Arcturus officier romain né dans les plaines de l'Est. Ce qui importe est de comprendre pourquoi ce récipient tient une telle place dans l'imaginaire collectif de tous les temps et comment, d'un rôle symbolique, celui de la quête de l'âme vers Dieu, il a pu, dans des sociétés de plus en plus matérialistes, devenir l'objet de la recherche d'obligation stérile d'un objet tangible doué de pouvoirs supposés magiques. Le résultat est stimulant, par les discussions qu'il suscite, et passionnant.
    Est-ce ce matérialisme ambiant qui conduit aujourd'hui à appréhender les croisades comme une entreprise de conquête coloniale animée de vulgaires appétits de lucre hypocritement travestis en guerre sainte ? Sans doute… S'y ajoute, chez des historiens coupés de la tradition catholique, une incapacité véritable à comprendre le phénomène, donc prompts à le condamner de manière véhémente. L'Anglais Jonathan Phillips en fait la démonstration avec Une histoire moderne des Croisades. En quoi « moderne » ? En cela qu'elle réprouve une entreprise perçue, la faute en revenant aux propos de George W. Bush après le 11 septembre, comme une agression gratuite contre un monde musulman plus ouvert, civilisé, lumineux que l'Occident mal sorti des brumes de la barbarie. Thèse faussée d'emblée, on l'aura compris, qui perd de vue que l'Islam régnait sur le Proche- Orient après en avoir chassé les Byzantins et laissé aux chrétientés locales le choix entre la peu enviable dhimmitude et la conversion. Que cette agression remontât à trois siècles ne la légitimait pas. En fait, Philipps, conscient que la croisade constituait une réponse au djihad, entendait écrire une histoire de la guerre sainte, ce qu'indique le titre anglais de son livre. L'ennui étant que, dépassé par la complexité du sujet pour un non-arabisant, ou inquiet des aspects politiquement incorrects de sa démarche, il a réorienté son travail pour en faire le procès d'une entreprise par essence catholique, voire nationaliste. Horresco referens... Je ne saurai trop vous conseiller de relire plutôt Grousset, réédité en poche chez Perrin, qui se revendiquait patriote et croyant et dont l'Histoire des Croisades, inconnue de Mr. Philipps, pour n'être pas "moderne" n'en demeure pas moins un chef d'oeuvre.
    Aux côtés des Croisés
    Les mêmes a priori se retrouvent dans le petit livre de Claude Lebédel, Les Croisades, paru dans une nouvelle collection désireuse de rendre l'histoire abordable à un lectorat ignorant. Sans s'encombrer de chronologie, s'arrêtant à quelques personnages subjectivement choisis - Pourquoi aucune femme quand Mélisende de Jérusalem ou Constance d'Antioche, entre autres, le justifiait ? Pourquoi Renaud de Châtillon, seigneur brigand plutôt que l'admirable Baudouin IV ? - sans peur des erreurs de détails, - Bohémond de Hauteville, prince de Sicile, n'est pas Bohémond de Normandie… - dégoulinant de complaisance pour tout ce qui n'est ni croisé ni franc, au risque d'attribuer l'invention de la boussole et de la soie aux Arabes plutôt qu'aux Chinois, l'auteur signe une synthèse plus ambitieuse que sérieuse et passablement insatisfaisante.
    Royaume latin
    Qu'il ne s'agissait nullement d'une entreprise d'appropriation territoriale, un fait l'atteste : au lendemain de la prise de Jérusalem, en juillet 1099, la majorité des Croisés repartit vers l'Europe sans penser à la survie du nouveau royaume latin... Ce fut l'urgente nécessité d'assurer une armée permanente qui entraîna la naissance de l'Ordre du Temple et la transformation des Hospitaliers de Saint-Jean en moines soldats. Aventure singulière que cette nouvelle chevalerie dont saint Bernard s'instaura le chantre et qui a entraîné, en français du moins, d'innombrables études plus ou moins sérieuses et circonstanciées. Il semble qu'il n'en existe pas d'équivalentes outre-Manche puisque l'étude de Desmond Seward, Les chevaliers de Dieu, y demeure, depuis sa parution en 1972, un classique inégalé. Fallait- il en proposer la traduction ? Oui. Certes, Seward, dans cette synthèse consacrée aux Ordres militaires, n'apprendra strictement rien à ceux que le sujet intéresse concernant Templiers, Hospitaliers, devenus chevaliers de Malte, ou Teutoniques ; en revanche, et cela justifie l'entreprise, le chapitre consacré aux ordres espagnols et portugais, Calatrava, Alcantara, Aviz, Montesa, Santiago et Mercédaires, qui combattirent uniquement dans la péninsule ibérique, la Reconquista étant regardée comme équivalente à la Croisade, est, à ma connaissance, la seule approche disponible dans notre langue. Seward y met en évidence la laïcisation de ces Ordres, l'emprise des souverains, qui imposèrent des princes comme Grands Maîtres, précisément ce que Philippe le Bel tenta vainement d'obtenir du Temple, et explique ainsi leur longue durée. Cela comble une lacune de notre historiographie.
    Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 n° 2816 – Du 5 au 18 mai 2011
    ✓ Dominique Barthélemy : La Chevalerie, Fayard, 525 p., 26 s.
    ✓ John Matthews : Le Graal, Le pré aux clercs, 175 p., 20 €.
    ✓ Jonathan Phillips : Une histoire moderne des Croisades, Flammarion, 520 p., 26 €.
    ✓ Claude Lebédel : Les Croisades, Ouest-France, 160 p., 6 €.
    ✓ Desmond Seward : Les Chevaliers de Dieu, Perrin, 380 p., 22 €.

  • Le nationalisme (avec Florian Rouanet)

    Philippe Ploncard d'Assac - Entretien du 2 juin 2012.

  • Pierre Hillard sur l’actualité du mondialisme

    En cette fin d’année, le chercheur en géopolitique Pierre Hillard (livres ici) décrypte l’actualité du mondialisme en une vingtaine de minutes.

    http://www.contre-info.com/

  • Préface de Nicolas Bonnal à “Indignations politiques” (Chroniques barbares IX) de Philippe Randa

    Philippe Randa contre l’erreur médiatique

    Je préfère une chronique à un éditorial. Un éditorial sent sa gazette, son directeur de la rédaction, son obligation professionnelle. Même si l’on est son propre patron, on se sent obligé de tenir compte d’un certain nombre d’impératifs plus ou moins catégoriques. Le lecteur, abonné ou pas, a le droit, puisqu’il a payé, d’écouter la voix de son contremaître de la pensée…
    La chronique est plus libre. On peut ne pas tenir compte de son lecteur, on peut aussi ne pas tenir compte de l’actualité. La chronique se fait alors considération inactuelle, la chronique évoque le temps de l’Histoire, pas celui précipité de l’actualité chaotique. Le style du chroniqueur en outre ne vieillit pas, alors que celui de l’édi­torialiste…
    On peut relire n’importe quelle chronique d’un bon auteur à toutes époques ; le ton, s’il est bon, nous semble familier. Je lis bien sûr très régulièrement les chroniques de Philippe Randa, qu’il me demande ici de préfacer, exercice que je pratique avec curiosité pour la première fois. Internet nous permet finalement de mieux nous connaître et nous suivre alors que nous ne voyons jamais ; voilà pourquoi j’ai jadis parlé de nouvelle voie initiatique.
    Je pensais donc connaître ces chroniques d’autant qu’elles datent de l’année écoulée où je me suis comme jamais passionné pour l’actualité qui me semblait un rien apocalyptique : la fin de la monnaie, le printemps en rab, l’affamé du FMI sous les barreaux malgré tous ses appuis, les sacrifices estivaux en Norvège…
    Mais une chose est de les lire chaque semaine, une autre de les absorber en moins d’une journée, précipitamment, comme un tord-boyaux ou une liqueur bien forte ! D’autant que Philippe vit et réagit en France, ce qui n’est pas mon cas depuis plus de dix ans maintenant. J’avais donc perdu l’habitude de cette abjection française si fatigante et répétitive, et je me retrouve face à un pavé dans la mare de l’horreur médiatique à la française : ma meilleure défense, c’est la fuite, d’ailleurs facilitée par l’explosion parisienne et azuréenne de l’immobilier… Mais tel est le talent de Randa et les avantages d’un livre de chroniques qu’on le peut goûter à petits gorgées, le savourer avec modération avant de se coucher ou d’aller affronter le métro.
    Mieux vaut le plaisir répété que la consommation à outrance d’une denrée aussi excitante et nécessaire ; car il est quand même bon de savoir ou de se rappeler que le mal, cette universelle médiocrité, existe. Nous ne sommes plus en Eden, ni même en France, depuis Maastricht.
    Dans les pays où j’ai vécu depuis onze ans, essentiellement en Espagne et en Amérique latine, la presse impressionne par la quantité de ses pages (mais oui !), mais surtout par sa qualité, sa profondeur, ses édifiants éditoriaux surtout de droite d’ailleurs. En France, elle est vraiment lamentable, et la malédiction française veut que nos journaux dits politiquement incorrects (et non plus « nationalistes » ou « d’extrême droite ») ne se vendent pas, ou ne soient pas connus ou simplement n’intéressent pas le con­sommateur de nouveautés providentielles. Il est vrai que le Thé­nardier de la Fin des Temps préfère bouquiner sa revue de motos, de piscines ou de ragots. Quelle race prosaïque que ces Français, disait déjà Lawrence d’Arabie ! Mais n’injurions pas le lecteur potentiel de Philippe Randa, qui tentera, lui, de remonter le niveau du bobo…
    Philippe a le goût des formules bien commerciales, qui sont souvent les meilleures : il a imposé dans le paysage éditorial l’expression « politiquement incorrect ». Le politiquement incorrect est tout ce qui doit être tu. Le système repose sur la peur et le mensonge, il repose aussi sur le silence entendu : par exemple la francisque de Mitterrand dont les médias niaient l’existence avant de lui ruer dans les brancards, au père François. Mais tout le monde à droite savait que cette francisque existait et qu’elle tintait. C’est cela être politiquement incorrect et cela dépasse de beaucoup l’extrême droite.
    Si Marine Le Pen s’est illustrée et a une chance de s’imposer cette année, c’est bien parce qu’elle a rompu avec l’extrême droite et qu’elle a imposé sa vue politiquement incorrecte : sortir de l’euro qui nous ruinera avant de ne plus rien valoir. Elle applique le même principe que Philippe : souligner ce qui ne va pas entre le fait et sa traduction, dénoncer le mensonge plutôt que de s’en prendre au menteur.
    On retrouve donc dans ces chroniques beaucoup de richesse informative (que je n’ai jamais la patience d’acquérir), aucune rage – Philippe est toujours cool et on ne lui connaît guère d’ennemis… –, un ton à la fois serein et philosophe, avec parfois, pourquoi pas ! Un soupçon de révolte, comme celle de nos indignés qui ont défrayé la chronique l’an dernier… et qui inspirent peut-être le titre de cet ouvrage.
    J’ai vécu en Espagne cette affaire des indignés venus de France comme toutes les erreurs qui ont frappé ce pauvre pays depuis qu’il est sorti de la « dictature ». Ni instruits, ni motivés, ni guidés, ni courageux (au premier frimas, au début des vacances, pendant les fêtes, ils disparaissent tous), les indignés ont reçu le soutien de Hessel, vague porte-étendard du Parti socialiste français qui est ici venu soutenir Zapatero, l’homme aux cinq millions de chômeurs et honorer la mémoire et la fortune du PSOE, ce Parti socialiste qui n’est ni ouvrier ni espagnol, comme tous les partis sociaux-démocrates européens qui se respectent. Autant dire que le mot d’indigné aura souffert des avanies avec Hessel comme celui – pour Bernanos – d’antisémitisme avec Hitler !
    Et pourtant, Philippe Randa s’indigne ! Lui qui fait montre de modération (on l’a dit), de pondération, de considération distinguée, aura choisi l’indignation ! Avec l’âge et la tempe grise, je pensais que l’on s’adoucissait ! Mais comment a-t-il pu ?
    Il faut dire que l’année écoulée aura été celle de tous les scandales, de toutes les dépravations, même si 2012, entre le Concordia et les dégradations des notes souveraines, s’annonce aussi bonne… Cette année 2011, dis-je, est un scandale et elle mérite un chroniqueur patenté et de sang-froid pour tout recenser, dénoncer et au besoin expliquer.
    Au-delà des faits, il y a les causes (qui a fait l’euro, et pourquoi ? Qui est donc DSK ? Qui est donc Ben Laden ?) ; et au-delà des faits, il y a la bêtise petite-bourgeoise increvable de notre presse, et l’abjection commentatrice.
    Philippe garde tout son calme et arrive à user de l’arc ou de la massue pour jauger les carrefours développés et viser les bisons pas très futés qui passent dans la grande prairie de notre monde vide. De ce point de vue, si un auteur et éditeur aussi « force tranquille » que lui a décidé de « s’indigner », c’est qu’il va se passer quelque chose pour le sixième centenaire de notre sainte patronne !
    Scandales ? Dénoncer les scandales, et sur un ton un rien paisible, un rien ironique ? Randa a-t-il raison de le faire ? La question est de savoir si comme le disait un cynique italien dans les années 80 – déjà… – « il y avait des scandales, mais il n’y en a plus… », une opinion saturée de la mondaine porcherie en devient-elle blasée ? Je ne le crois pas, Philippe non plus, et c’est pourquoi même il dénonce, par-delà les scandales, les absences de scandales. Malheur à celui par qui l’absence de scandale arrive. Le public se croit informé, il ne l’est pas ; ou il se croit renseigné, comme dans le village du « Prisonnier », et il n’est qu’informé. Il n’a que des bribes. Et c’est pourquoi il lui faut des auteurs et même des éditeurs.
    L’opinion n’est pas blasée, elle est impuissante. Elle a le droit de voter pour être déçue dans le pire des régimes à l’exclusion de tous les autres, et elle doit choisir en général entre Laurel et Hardy, sauf en France où, tout de même, nous avons la chance de humer la fragrance politiquement incorrecte d’une famille bretonne fidèle à son destin… Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas à cette presse désastreuse qualitativement et moralement que je dénonçais plus haut que nous devons le lepénisme politique que le monde entier nous envie.
    À cet égard, Philippe a choisi non pas son camp, mais sa région politique et métapolitique, celle des exclus des plateaux télé, où l’on trouve de tout, idéologiquement et même éthologiquement ! même des modérés comme lui dont le ton familier ne cache rien des fermes convictions et du désir de voir mieux faire… Comme dirait mon Alter Ego Horbiger, derrière le ton nonchalant de l’Alter Ego de Philippe – « Jacques Bonhom­me »(1) –, on sent comme un besoin de surhomme…
    Il faut qu’il y ait des éditeurs. C’est une chance pour l’auteur et pour le lecteur. La grande originalité de Philippe, depuis que je le connais, c’est qu’il est un excellent auteur et un non moins bon éditeur, passionné par tous les sujets. C’est cet éclectisme et cet encyclopédisme éditorial qui justifient sa largeur de vues qui contraste avec l’excitation permanente des usuriers du système entropique où nous agonisons, largeur de vues qui s’accompagne de fermes convictions et d’une vision du monde qui n’est pas celle de Juppé ou d’Obama.
    Le problème de l’édition aujourd’hui, je le sais bien moi qui suis auteur, c’est que l’on télécharge gratuitement et que l’on vit des temps où la culture est gratuite et où l’on trouve plus de rédacteurs – ou de scripteurs – que de lecteurs. Je suis moi-même grâce à cela redevenu un bon lecteur de classiques, mais je n’en constate pas moins le péril de mort que court le petit monde de l’édition et même le journalisme.
    Mais ne nous adonnons pas au spleen ; et comme dirait Horbiger, faites l’humour, pas la guerre. Nous laissons aux héritiers de Roosevelt, ce diable si bien décrit par le Dr Plouvier (un des meilleurs auteurs de Philippe) le soin de déclarer la guerre à tout le monde dans le Globalistan. Nous, nous préférons rire et sourire au moment où tremble notre carcasse.
    Et je lui laisse le dernier mot, que je trouve dans ses chroniques (à propos de l’affaire Joly) et qui est irrésistible, célinien quoi : « Tout arrive… enfin ! Même la condamnation du racisme anti-blanc ! Qui plus est, anti-nordique ! »
    Si tout arrive enfin, peut-être qu’en 2012 après tout, aux élections…
    Bonne lecture de Philippe, cher lecteur… en attendant… http://francephi.com

    Note

    (1) Jacques Bonhomme est le nom attribué par Jean Froissart à Guillaume Caillet ou Callet qu’en mai 1358, les paysans révoltés, les Jacques, prirent pour chef et nommèrent « roi » ou « capitaine souverain du plat pays ». Derrière l’expression « Jacques Bonhomme », les sources de l’époque désignent l’ensemble des révoltés de la Grande Jacquerie. Elle vient de l’ancien français « jacques », qui désigne les paysans, par synecdoque, du fait du port d’une veste courte du même nom, la « jacque ».
    Auteur de plusieurs ouvrages sur des sujets sociétaux, po­litiques et artistiques, Nicolas Bonnal a écrit notam­ment sur Tolkien, François Mitterrand, Jean-Jacques An­naud et Nostradamus. Ancien collaborateur du Li­bre Journal de la France courtoise, il collabore désor­mais à l’hebdomadaire Les 4 Vérités hebdo et  à Con­tre­littérature. Ses chroniques sont publiées en « tribune libre » sur www.francephi.com. Son dernier livre paru est Mal à droite, Lettre ouverte à la vieille race blan­che et à la droite (Michel de Maule, 2011).

  • Parution du nouveau numéro de la revue L’HÉRITAGE

    Une très bonne nouvelle : nous apprenons que la revue L’Héritage (« revue d’études nationales ») reprend sa parution après une pause, et que son nouveau numéro est tout juste disponible !

    Nous vous invitons à découvrir ce numéro 8. Vous pouvez l’acheter en ligne ici, le commander par chèque ou le trouver dans les « librairies amies ».

    32 pages (format A4), intégralement en couleur, pour 4 euros. Cette revue nationaliste se préoccupe d’analyse et de science politiques, de philosophie, d’histoire, d’identité, de la face cachée des choses, de spiritualité, etc.

    Un numéro dense et très intéressant dont voici le sommaire :

    Editorial
    Politique : Hollande et Jeanne d’Arc – Thibaut de Chassey
    Philosophie : le De Regno de saint Thomas d’Aquin – E.H. le Bouteiller
    Mondialisme : la fondation Bertelsmann – Pierre Hillard
    L’imposture du « 19 mars 1962 » – Jacques Meunier
    Sainte Jeanne d’Arc, la Bierge des combats – Jean Dartois
    Histoire nationaliste : la Cagoule – Erwin Vétois
    Le sacre des rois de France – Louis Lefranc
    Il y a 50 ans : Roger Degueldre – José Castano
    Louis-Ferdinand Céline – Isabelle de Rancourt
    Lieux à part : Cluny – Christine Dol.

    Et l’édito du directeur :

    « Les idées mènent le monde

    Chers lecteurs,

    après un trop long sommeil, votre revue revient, quelque peu modifiée. La formule va évoluer et vous voyez avec ce numéro – le premier d’une nouvelle série – les prémices de cette mutation.
    Nous souhaitons recentrer L’Héritage sur la politique, et en particulier sur les idées. C’est le combat pour celles-ci qui prime : elles mènent le monde, dit-on, et aujourd’hui les idées fausses mènent notre société à la ruine et à la mort.

    La revue va désormais, sous une parution que nous espérons régulière et plus fréquente, traiter davantage et principalement de philosophie, d’analyse et d’histoire politiques. Elle reviendra aussi bien sûr sur notre histoire nationale, sous un rapport permettant au lecteur de faire un lien avec le monde d’aujourd’hui, qui – pour le meilleur et pour le pire – est issu du passé. Les changements que l’on constate ne sont pas spontanés.

    Ainsi, l’année 2012, par les anniversaires marquants auxquels elle nous a confrontés, nous a poussés à évoquer en ces colonnes quelques faits passés, sans bien sûr négliger celle qui est née il y a six cents ans pour sauver notre nation : Sainte Jeanne d’Arc.

    Par ailleurs, il règne dans les milieux « nationaux » une certaine agitation et une incontestable confusion.
    On parle de « fondamentaux », de nouvelles stratégies, mais le débat d’idées semble discret.
    La confusion des idées ou même le mépris pour cellesci, au profit d’analyses simplistes ou de courte vue, sont courants et souvent acceptés ; avec, naturellement, de graves conséquences.

    Le travail doctrinal, la rigueur d’analyse et le respect des grandes lois inhérentes à la condition humaine sont plus que jamais nécessaires pour éviter les écueils ou les combats contre-productifs.

    En cette période de la plus haute importance pour la droite nationale – où se dessine son futur visage – il faut, par-delà une nécessaire action qui peut parfois confiner à l’agitation électorale et au « bougisme » médiatique, recréer le débat d’idées et convaincre de la pertinence des positions nationalistes, de la civilisation traditionnelle, du réalisme philosophique et politique.

    L’Héritage s’y attellera pour sa part.

    Thibaut de Chassey » http://www.contre-info.com

  • Interview de Alain Escada dans RIVAROL

    Alain Escada est le président de l’Institut Civitas, moteur de la mobilisation contre l’ouverture du mariage civil aux homosexuels. Nous avons voulu recueillir ses propos au lendemain de la grande mobilisation parisienne organisée par cet institut.

     

     

     

    RIVAROL : L’Institut Civitas organisait ce dimanche 18 novembre une grande manifestation nationale à Paris contre l’ouverture du mariage aux homosexuels. Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs le pourquoi de cette mobilisation ?

     

     

     

    Alain ESCADA : Il s’agissait pour nous, ce dimanche, de manifester contre le projet de loi présenté en conseil des ministres le 7 novembre dernier et visant à dénaturer le mariage et la parenté. Un projet de loi qui, selon les mots de François Hollande, n’est qu’une “étape”. Un projet de loi qu’on peut qualifier de boîte de Pandore et qui, après le “mariage” homosexuel, permettra demain, au nom d’un droit au « mariage pour tous », le mariage polygame et le mariage incestueux. Il faut être bien conscient que le gouvernement veut nous imposer une véritable révolution sexuelle et défigurer le concept de famille, brisant ainsi le socle de base de la société.

     

     

     

    R. : Ne pensez-vous pas que le “mariage” homosexuel est moralement bien plus grave que le mariage polygame ?

     

     

     

    A. E. : Sans aucun doute. Son effet est bien plus déstructurant pour la société. Mais il est néanmoins utile de noter que l’un entraînera l’autre. C’est une question de délai. Jacques Attali, au cours d’un entretien à la télévision en janvier de cette année, avait estimé que la polygamie serait l’un des enjeux de la prochaine campagne présidentielle. 

     

     

     

    R. : Quels soutiens politiques et religieux avez-vous reçus pour votre initiative?

     

     

     

    A. E. : A l’échelon politique, nous avons reçu le soutien du Collectif « Elus locaux pour la Famille », lancé fin octobre par des maires de petits villages, sans étiquette politique, et qui regroupe aujourd’hui plus de 500 élus. Nous avons aussi pu compter sur le soutien de quelques élus locaux de l’UMP, du PCD, du MPF, du PDF et du FN. De façon générale, quasiment l’ensemble des mouvements de la « droite nationale » ont appelé à participer et à manifester le 18 novembre. Il faut aussi souligner la présence à notre manifestation de Jacques Bompard, député-maire d’Orange, et de Bruno Gollnisch, député européen. Par contre, Marine Le Pen s’est abstenue d’appeler à se joindre à notre manifestation et, par la suite, après la déferlante médiatique qui a suivi le “montage” réalisé par Caroline Fourest, elle a même cru stratégique de prendre ses distances avec notre manifestation, cédant à un « politiquement correct » dont elle est pourtant par ailleurs elle-même victime.

     

    Du côté religieux, nous avons pu compter sur l’appui discret mais efficace de quelques prêtres diocésains, notamment de la Communauté Saint-Martin et de l’Emmanuel, ainsi que sur toutes les communautés « Ecclesia Dei » et, naturellement, sur la Fraternité Saint-Pie X.

     

     

     

    R. : Savez-vous pourquoi le Front National de Marine Le Pen n’a pas appelé ses militants à se joindre à vous ?

     

     

     

    A. E. : Il me semble que c’est notre aspect confessionnel qui la dérange. Je le regrette. Ceci dit, c’est un travers très présent parmi nos contemporains que de demander aux catholiques de s’abstenir d’afficher leur foi, leurs convictions dans la vie publique. Et c’est justement le rôle de Civitas de rappeler qu’au contraire, il ne faut pas des catholiques tièdes, “branchés”, consensuels, mais des catholiques fiers et audacieux. 

     

     

     

    R. : Quel bilan tirez-vous de la mobilisation de dimanche ?

     

     

     

    A. E. : Cette manifestation a été un succès, surtout compte tenu de la campagne de dénigrement dont elle a fait l’objet de la part de certains milieux « cathos branchés ». Avec près de 20000 participants, nous avons pu réaliser une union de diverses forces de la mouvance catholique et des patriotes sincères au service du bien commun. Nous avons pu mobiliser à nos côtés des élus dont le raisonnement ne se limite pas à de sombres calculs électoraux. Tout cela est bien sûr prometteur pour la suite. Cela permet à bien des catholiques de constater qu’ils peuvent s’exprimer en tant que tels. Non seulement ils le peuvent mais ils le doivent. Nous avons un devoir de vérité, loin des concessions et des compromis.

     

    J’ajoute que le succès de foule de la manifestation de la veille n’aurait pas existé si Civitas n’avait pas appelé à manifester le dimanche 18 novembre puisqu’il ne fait aucun doute que la manifestation du samedi s’est organisée par des milieux “branchés” pour ne pas nous laisser occuper tout le terrain de la défense de la famille. Ainsi, nous avons, par notre démarche, réussi également à faire sortir de leur torpeur des milieux timorés. Et, telle une mauvaise conscience, nous avons poussé des évêques à sortir de leur silence. Pas avec la vigueur qu’on attend d’un prélat face à un tel sujet, mais tout de même, c’est un pas et nous sommes l’aiguillon ! 

     

    R. : La « Manif pour tous », organisée la veille de la vôtre par la “catholique” « déjantée et branchée » Frigide Barjot a réuni près de 100.000 personnes. Quelle analyse en faites-vous ? Quelles sont vos différences ? 

     

    A. E. : Les différences les plus évidentes portent sur les principes qui sous-tendent l’action. L’artiste qui se fait appeler Frigide Barjot se dit catholique mais souhaite que les catholiques masquent leur foi lorsqu’ils s’expriment ou manifestent. Première incohérence. Frigide Barjot voulait par contre que sa manifestation dite « a-confessionnelle » regroupât également des juifs et des musulmans, ce qui, pour que ce ne soit pas qu’un effet d’annonce, aurait nécessité de permettre à des croyants du judaïsme et de l’islam d’exprimer leurs convictions religieuses, mais alors comment le refuser aux catholiques ? D’où, au final, une manifestation dont le profil sociologique était très homogène et reflétait la grande bourgeoisie catholique malgré toutes les demandes de Barjot de s’habiller comme pour un bal masqué. Deuxième incohérence. Par ailleurs, Barjot appelait tout à la fois à marcher contre le mariage homosexuel et contre l’homophobie. Or le concept d’homophobie a été créé de toutes pièces par le lobby homosexuel pour intimider ses adversaires. En 2004, le président de SOS-Homophobie avait tout résumé de la sorte : « Quiconque est contre le mariage homosexuel est homophobe. » En adoptant la sémantique du lobby qui est à l’origine de la loi qu’elle prétend combattre, Barjot commet une faute grave. C’est se tirer une balle dans le pied. Troisième incohérence. Ajoutons que Barjot cultive une attitude « gay friendly » pour le moins curieuse, allant jusqu’à porter un blouson avec inscription publicitaire pour un bar gay de Paris, le 7 novembre dernier, lors de sa conférence de presse de présentation de sa manifestation. J’en arrête là. Je ne peux, quant à moi, accepter de mélanger l’erreur et la vérité. Un combat, quel qu’il soit, doit reposer sur des principes solides.  

     

    R. : Votre manifestation a été attaquée par un groupe féministe extrémiste, les Femen. Pouvez-vous nous en dire plus? Que s’est-il vraiment passé ? […]

    Propos recueillis par Paul THORE. http://rivarol.over-blog.com/

  • « Petites patries », grands écrivains

    L'amour des « petites patries » provinciales a nourri la plume de nombreux écrivains français, parmi les meilleurs. Et joué un rôle essentiel dans la pensée de droite au siècle dernier.
    « Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux/Que des palais romains le front audacieux/Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine : /Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,/Plus mon petit Lire, que le mont Palatin/Et plus que l'air marin la douceur angevine. »
    À ces vers bien connus de Joachim du Bellay font écho, à trois siècles de distance, ceux d'un autre enfant des bords de Loire : « Et moi j'en connais un dans les châteaux de Loire/Qui s'élève plus haut que le château de Blois/Plus haut que la terrasse où les derniers Valois/ Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire./ La moulure est plus fine et l'arceau plus léger/ La dentelle de pierre est plus dure et plus grave. La décence et l'honneur et la mort qui s'y grave/ Ont inscrit leur histoire au cœur de ce verger. » Péguy évoque dans ces vers le souvenir de Jeanne d'Arc, « Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve. » Et les deux patriotismes ne font qu'un, de la sainte brûlée vive à Rouen et du poète tué à Villeroy aux premiers jours de la Grande Guerre : « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle... »
    La terre charnelle, la « mère patrie », c'est la France, bien sûr ; mais pour toute une floraison d'écrivains français au fil des siècles, ce fut aussi, plus proche et plus immédiate, la « petite patrie » qui a dès l'enfance prodigué les premières sensations, nourri les premiers sentiments et frappé l'imagination naissante. Presque toutes les régions françaises ont trouvé leur chantre, et souvent plusieurs : que l'on songe à la Provence de Mistral, de Giono, de Pagnol, de Bosco, à la Bretagne de Botrel, d'Anatole Le Braz, de La Ville-marqué, l'auteur du Barzaz Breizh, du barde groisillon Yann-Ber Calloc'h, de Per-Jakez Hélias (le Cheval d'Orgueil) - l'on pourrait en citer beaucoup d'autres...
    Parle-t-on de la Normandie ? Voilà Maupassant au XIXe siècle, au XXe La Varende, et l'excellent Jean Mabire, d'une si rare courtoisie. Évoque-t-on la Savoie ? Voici Henri Bordeaux ; Vialatte et Pourrat pour l'Auvergne ; l'Angevin René Bazin et Maurice Genevoix pour le Val de Loire ; Vincenot en Bourgogne, Béraud à Lyon... Et la liste est loin, très loin d'être exhaustive.
    Beaucoup de ces écrivains dits « régionalistes » - l'étiquette est restrictive par rapport à des œuvres qui abordent souvent d'autres thèmes et certains, comme Genevoix, la répudiaient -, qui plongent leurs racines dans le « terroir », ont montré en politique une sensibilité « de droite ». Ce n'est certes pas toujours le cas : parmi les auteurs précédemment cités, ce n'est pas celui de Pagnol, ni de Giono, ni de Per-Jakez Hélias, qui se sont d'ailleurs peu souciés de politique. Hélias raconte dans Le Cheval d'orgueil qu'il est issu d'une famille de républicains, « rouges », tandis que le père de Pagnol, dont l'écrivain a laissé un si beau portrait dans La Gloire de mon père, était un « hussard noir » de la République, dont les tendances anticléricales se heurtaient lors de repas de famille aux convictions catholiques de l'oncle Jules...
    L'héritage culturel de la droite traditionnelle
    La droite française, à la fois par paresse intellectuelle et par frilosité face à certaines dérives qui ont conduit certains esprits de l'anti-jacobinisme à l'indépendantisme, a par ailleurs abandonné le terroir à une gauche libertaire, qui a « récupéré » à la fois le régionalisme et l'écologie. Ce fut une faute majeure, car l'écologie - la vraie - comme le régionalisme, font partie de l'héritage culturel de la droite traditionnelle, au même titre que le véritable patriotisme.
    Il existe en effet deux formes de patriotisme, qui diffèrent sensiblement. La première repose sur l'amour que l'on porte à la patrie « charnelle » ; la deuxième, issue de la Révolution française, a assigné à la nation une mission et un contenu idéologiques. C'est ce que les frères Tharaud rappelaient dans les colonnes du Figaro en janvier 1945, en opposant l'exemple de Péguy à celui de Romain Rolland, qui venait de mourir : « Pour Péguy, la France est un être vivant dont l'âme et le corps ne pouvaient être séparés que par la mort ; rien n'était plus concret, plus charnel, si l'on peut dire - pour employer l'un de ses mots - que l'idée qu 'il s'en faisait ; il l'aimait dans tous les traits de son visage, dans ses montagnes et ses plaines. Pour Romain Rolland, c'était autre chose : la patrie, c 'est une idée, une certaine conception du monde, affranchie de toute limite : il aimait une patrie idéale, une patrie de la liberté, de la justice, du droit ; une foule d'idées toutes plus belles les unes que les autres et non pas la France de Péguy, avec ses vertus et ses défauts mêlés... »
    Péguy, venu du socialisme, ne renonça pourtant jamais à la mystique républicaine, à l'inverse d'écrivains comme le Martégal Charles Maurras, Henri Bordeaux ou La Varende. À la fin du XIXe siècle et à l'aube du XXe, les petites patries occupèrent en effet une place déterminante dans la réflexion de ces deux maîtres d'œuvre du nationalisme français que sont Barrés et Maurras.
    Le premier fut tiré de son individualisme originel - du culte du moi -, par sa rencontre avec « l'âme ancienne de la Lorraine », et c'est cette rencontre qui le conduit en définitive au nationalisme. Le second, fervent admirateur de Mistral, appartint au félibrige et sa réflexion sur les libertés provinciales fut pour beaucoup dans le cheminement intellectuel qui le conduisit à la conclusion monarchiste. Ainsi, non seulement le régionalisme appartient à la tradition de droite, mais par Barrés et Maurras, il a été à la source même de la pensée nationaliste au XXe siècle.
    Au-delà même de ces considérations, par sa beauté et sa richesse, la littérature enracinée enrichit le patrimoine culturel français et atteint à l'universel. Elle mérite qu'on lui rende hommage.
    Eric Letty monde & vie  17 septembre 2011

  • VERCINGÉTORIX : Nos ancêtres les Gaulois

    Le nationalisme a-t-il inventé le mythe gaulois ? Les plus récentes découvertes archéologiques réservent plus d'une surprise. Elles dévoilent un Vercingétorix qui n'a guère perdu des vertus qu'on lui attribua. Mais quel visage les romans proposent-ils du vainqueur de Gergovie ?
    La scène est dans toutes les mémoires : sortant seul d'Alésia assiégée, Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César et se livre au vainqueur afin de sauver les siens. Mesquin comme il savait l'être, Caius Julius, incapable d'égaler la grandeur d'âme de son adversaire, cèdera ses milliers de captifs aux marchands d'esclaves, et traînera le chef gaulois sept ans dans ses impedimenta avant, le soir de son triomphe, de l'abandonner au bourreau. Le jeune généralissime arverne entre dans la légende et préfigure les destins d'une France abattue mais sublime dont aucun aléa de l'histoire n'aura raison.
    Gallomanie
    En fait, il faut attendre le préromantisme pour que les Gaulois cessent d'apparaître des Barbares et que la conquête romaine de la Gaule ne soit plus la chance sans laquelle notre pays ne serait jamais sorti des ténèbres. Vercingétorix devient le premier patriote "français", celui qui faillit forger une nation, et César l'assassin de ce rêve. Il faut avoir lu à seize ans le Vercingétorix de Camille Jullian - je mis une décennie à m'en remettre et accepter notre héritage latin - pour en comprendre la force. Christian Goudineau a lu Jullian, il lui a même succédé, à un siècle d'écart, dans la chaire des Antiquités nationales du Collège de France ; à ce titre, il sait ce que nous lui devons. Cependant, depuis 1901, notre connaissance de l'antiquité gauloise a tant progressé qu'il devenait indispensable de relire la guerre des Gaules et la vie du fils de Keltill à la lumière des dernières découvertes.
    Telle est l'ambition du Dossier Vercingétorix, paru cent ans après la biographie de Jullian, et réédité en poche. La première partie, d'une époustouflante érudition et d'une irrésistible drôlerie, récapitule la genèse d'une gallomanie, dans laquelle s'engouffrèrent, à la suite d'Amédée Thierry et jusqu'à Jullian, pléthore d'épigones, en prose ou en vers, historiens, romanciers, poètes et vulgarisateurs, décidés à tirer à eux le chef arverne assaisonné d'étrange manière.
    De l'histoire au roman...
    Christian Goudineau a fait preuve, pour décortiquer cette littérature, de courage et d'obstination ; les morceaux choisis qu'il en livre laissent souvent pantois. Sous pareilles scories, est-il possible de retrouver le vrai visage de Vercingétorix ? La présentation critique des textes antiques le mentionnant, peu nombreux et peu fiables, laissant sur la faim, Goudineau fait appel aux spécialistes de la civilisation gauloise afin de reconstituer, au plus près, ce que purent être le quotidien, les façons d'être, les modes de pensée, les choix du vainqueur de Gergovie. L'homme qui se dessine dans ces pages n'a, en vérité, guère perdu des vertus qu'on lui attribua.
    Cependant, peut-on proposer cette image-là à un public nourri de clichés, dont ceux véhiculés par les aventures d'Astérix ne sont pas les moins redoutables ? Nombre de lecteurs préfèrent un roman à une oeuvre d'historien, fût-elle excellente et accessible. Reste à souhaiter que les romanciers se soient correctement documentés et fassent passer dans leur fiction tout ou partie des acquis de la recherche.
    En cela, Philippe Madral et François Migeat, qui cosignent Et ton nom sera Vercingétorix, font preuve d'un certain sérieux ; leur reconstitution du contexte gaulois n'est pas mauvaise. Cela ne les dispense pas d'en prendre à leur aise avec les faits, même les mieux avérés, et de combler les blancs de l'histoire avec plus d'imagination que de rigueur. Témoin de l'assassinat de son père, - peu importe que Keltill, accusé de vouloir se faire roi, ait été jugé et mis à mort selon le droit arverne... - le jeune Kefnos trouve refuge dans la forêt des Carnutes où il sera élevé par les druides en vue du jour où il s'imposera aux tribus comme leur chef unique afin de libérer la Gaule des Romains. Mais avant cela, il devra apprendre à combattre auprès de César et rencontrera dans le camp ennemi la princesse éduenne Alauda qu'il aurait épousée si les dieux n'en avaient décidé autrement... Si Vercingétorix fit partie des jeunes officiers indigènes formés auprès du triumvir, ce qui lui valut d'être accusé de trahison par les historiens romains, ce ne fut pas dans les conditions romanesques imaginées ici, et certes pas en compagnie de Marcus Brutus, celui des Ides de Mars, que Madral et Migeat confondent avec son cousin Decimus, en effet l'un des lieutenants de César en Gaule. Ce genre de détails mis à part, qui ne gênent, hélas, que les spécialistes de l'époque, le roman se laisse lire sans déplaisir.
    ... et au canular
    L'on peut faire plus iconoclaste. Gordon Zola, qui ne respecte rien, pas même les vedettes de la télévision, récidive avec une parodie de péplum, Fais gaffe à ta Gaule !, plus profonde qu'il y paraît. Rome, en l'an - 46 : le long de la Voie triomphale, là où tantôt passera le char de César, une poignée de Gaulois attend. Rescapés d'Alésia, ils ont juré de faire évader leur chef vénéré. Mais, lorsque le prisonnier surgit, il faut se rendre à l'évidence : ce n'est pas Vercingétorix. Il s'agit du barde Pandalag', pacifiste déclaré, auteur du tube Pax et Amor... Substitution qui mérite quelques explications. Toutes plus irrespectueuses les unes que les autres. Qu'on ne s'y trompe pas : Gordon Zola a fait des études et en sait long sur les légendes qu'il démolit avec irrévérence. D'où ce canular de potache réussi qui, mine de rien, pose des questions intelligentes sur l'histoire, les mythes, les héros et les historiens.
    Quelle pax romana ?
    En fait de mythe, il en est un tenace : celui de la pax romana qui aurait assuré à notre terre trois cents ans de calme et de prospérité au sein d'une province romaine acquise à son vainqueur et trop heureuse de se fondre dans ses usages. En réalité, de la défaite de Vercingétorix à l'effondrement de l'empire en 476, les annales gauloises sont une longue suite de révoltes et d'insurrections en général tragiques, à l'exemple de celle du Lingon Julius Sabinus qui, avec son épouse Éponine, laissera à la postérité un impérissable exemple d'amour conjugal. Cette révolte endémique culminera au milieu du IIIe siècle avec la reconquête de l'indépendance par les empereurs gaulois. Il faut attendre les années 280 et la reprise en main de l'empire par la Tétrarchie pour que la Gaule, de nouveau militairement occupée, redevienne province impériale. Encore les troupes romaines, ou leurs supplétifs, devront-ils jusqu'au bout faire face à une guérilla incessante, la Bagaude. Drôle de paix !
    Bon connaisseur de la période, Joël Schmidt retrace, dans Les Gaulois contre les Romains, ou la guerre de mille ans, l'incessante hostilité qui, depuis Brennus, dressa les Celtes contre leurs voisins latins. Unique et inévitable défaut de l'entreprise : les seules sources disponibles sont toutes romaines, donc sujettes à caution.
    Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 20 mai au 2 juin 2010
    ✔ Christian Goudineau : Le Dossier Vercingétorix ; Actes Sud-Babel, 470 p., 9,50 euros.
    ✔ Philippe Madral et François Migeat : Et ton nom sera Vercingétorix ; Robert Laffont, 600 pages, 22 euros.
    ✔ Gordon Zola : Fais gaffe à ta Gaule ! Le Léopard masqué, 170 p., 13,80 euros.
    ✔ Joël Schmidt : Les Gaulois contre Les Romains ; Perrin, 380 pages,

  • Erdogan plus fort que Charles X : L’AKP en Turquie, une Restauration réussie ?

    par Nicolas Gauthier.

    Passé de la domination ottomane à la colonisation occidentale, le monde arabo-musulman se cherche. Après une séquence laïque et socialiste, concepts directement importés d’Occident, le “salut” viendrait-il de l’ancienne tutelle turque ? Laquelle aurait réussi cette restauration de l’ordre ancien que la France aurait jadis manquée… L’AKP plus forte que Charles X ? C’est à croire.

    Comparaison n’est certes pas raison, mais certains parallèles valent néanmoins. Quand, en 1824,  Charles X monte sur le trône de France, après la période transitoire incarnée par Louis XVIII, cet homme, pourtant imprégné de pensée contre-révolutionnaire, raisonne un peu, c’est le comble, comme un révolutionnaire. Et estime donc qu’il est possible de faire table rase du passé, d’agir comme si, justement, rien ne s’était passé depuis 1789. À ceux qui pensaient faire naître un “homme nouveau”, il entend ressusciter un “homme ancien”… Et, pire, tient une partie de l’opinion publique, républicains et bonapartistes, pour quantité négligeable. En 1830, les Trente glorieuses l’emporteront dans la tourmente. Charles X ignorait l’histoire. L’histoire aura eu tôt fait de l’oublier.

    En 2003, Recep Tayyip Erdogan, devient Premier ministre turc. Premier à avoir été élu dans des conditions “normales”, après des années de kémalisme autoritaire et de dictature militaire. A-t-il retenu les leçons du passé ? Ça y ressemble. Issu de ces confréries soufies persécutées par Kemal Atatürk, mais remontant aux premiers temps de l’islam, il sait que l’arbre, avant d’être tronc et branches, est avant tout racines. Que la Turquie, avant que d’avoir été kémaliste, a agrégé des peuples aussi variés que les Hittites, les Phrygiens, les Cimmériens, les Lyciens, les Grecs, les Gaulois, les Romains, les Byzantins et… même les Ottomans. La Turquie, bien que musulmane, est aussi chrétienne, tandis que le paganisme gréco-romain a également contribué à façonner son paysage. De ce passé, il ne fera donc pas table rase.

    Kemal Atatürk avait voulu encaserner l’islam et transformer les imams en équivalents de nos prêtres jureurs d’autrefois ? Erdogan libère cet islam, tout en prenant le risque de sa diversité : des soufis aux chiites alévis dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ont une pratique assez décontractée du Coran et de la Sunna. Et même redonne le droit aux Kurdes de parler kurde, de s’habiller kurde et de pratiquer cet islam kurde qui laisse parfois perplexes les islamologues les plus érudits.

    Dans la foulée, en 2004, anniversaire de la chute de Constantinople, Erdogan a-t-il proposé aux chrétiens turcs de rouvrir la cathédrale Sainte-Sophie, transformée par Atatürk en musée, afin que la messe de Pâques puisse y être dite. Depuis, les musulmans aimeraient qu’un tel privilège leur soit accordé, mais entre l’afflux de touristes et la restauration des miniatures byzantines, l’affaire risque bien de prendre encore un peu de temps.

    Au contraire d’un Charles X donc, Recep Tayyip Erdogan sait qu’il lui faut aussi composer avec le kémalisme et ses révolutionnaires acquis laïques. Interdire le voile a causé bien des problèmes ; le rendre obligatoire aboutirait à autant de soucis. Il est donc laissé à l’appréciation de chacune et il n’est pas rare de voir, dans les vieux quartiers d’Istambul, et ce en plein Ramadan, deux amies, l’une voilée et l’autre en mini-jupe. Qu’importe, tant qu’on est Turque et qu’on en est fière…

    L’actuel Premier ministre aura donc compris qu’en un pays où l’histoire, la grande histoire, se niche à chaque coin de rue et derrière chaque pierre, il n’avait d’autre moyen de composer. Ainsi, le moindre vestige, fut-il le plus modeste, pierres éparses léguées par les Grecs, restes de temples dus aux Romains, est-il soigneusement entretenu et en permanence visité. Seul petit détail : on y verra toujours le drapeau national, planté bien en vue.

    Ce patriotisme inclusif, au contraire d’un nationalisme naguère exclusif, culmine à Ephese, là où la Vierge Marie a séjourné en compagnie de saint Jean l’Évangéliste. On peut y voir les vestiges de la première église qui lui fut consacrée. Les Turcs en sont plus que fiers et à en croire les guides, c’est tout juste si la mère du Christ n’est pas née à Ankara, ville fondée il y a plusieurs siècles par les Gaulois, ces Galates ayant donné leur nom au célèbre club de football stambouliote, le Galatasaray. Bref, de l’art de restaurer le califat sans le dire.

    Alors que les Arabes s’embourbent dans leurs printemps, les Turcs, forts de leur passé, anticipent déjà l’avenir. Un exemple ? Pourquoi pas

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