Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

culture et histoire - Page 2059

  • 6 décembre 1491 Charles VIII épouse Anne de Bretagne

    À l'aube du 6 décembre 1491, dans le château de Langeais, près de Tours, Charles VIII l'Affable épouse la duchesse Anne de Bretagne. Elle a 14 ans et le roi de France 21.

    C'est le début de la fin pour la Bretagne indépendante...

    Marie Desclaux.
    Mariage de Charles VIII et Anne de Bretagne (gravure, château de Langeais)
    Tumultueuses fiançailles

    Le 19 août 1488, par le traité du Verger, le duc François II a dû promettre au roi de France que sa fille et héritière Anne ne se marierait pas sans son consentement. Et voilà qu'il meurt trois semaines après la signature du traité, le 4 septembre 1488, à 53 ans.

    Née à Nantes le 25 janvier 1477, la petite duchesse a onze ans seulement quand elle succède à son père à la tête du duché.

    Bien qu'affectée d'un boîtement de la jambe droite, elle devient l'objet des convoitises des princes les plus puissants d'Europe car de son futur mariage dépend le sort de la Bretagne.

    Les seigneurs bretons, soucieux de leur indépendance, craignent plus que tout le roi de France, trop proche. En 1490, ils prient Anne d'épouser par procuration le futur empereur d'Allemagne Maximilien 1er de Habsbourg (31 ans).

    Faute de pouvoir se rendre à Rennes, Maximilien délègue l'un de ses compagnons, le maréchal Wolfang von Polheim. Selon la coutume, celui-ci glisse sa jambe nue dans le lit de la fillette pour valider l'union par procuration.

    Le roi de France Charles VIII n'ayant pas été consulté, il s'agit d'une violation caractérisée du traité du Verger, d'autant plus inacceptable pour la France qu'elle menace celle-ci d'un encerclement par les domaines des Habsbourg.

    Ruptures de contrat

    Le roi Charles VIII, piqué au vif, marche sur le duché à la tête de ses troupes. Après la prise de Nantes et le siège de Rennes, Anne comprend qu'elle ne peut pas compter sur le soutien de son lointain mari, d'autant que celui-ci est occupé à combattre les Turcs.

    La jeune duchesse se résigne donc à épouser Charles VIII. Le roi de France, qui avait été fiancé 7 ans plus tôt à une fillette de 3 ans, n'a pas de scrupule à renvoyer sa promise, Marguerite d'Autriche, chez son père qui n'est autre que Maximilien !

    Mariage en catimini

    Comme le roi ne veut pas heurter inutilement la susceptibilité du fiancé éconduit ni risquer un enlèvement d'Anne, c'est en catimini que les futurs époux se retrouvent à Langeais, non loin de la frontière entre le royaume et le duché.

    Le château appartient à la famille de Dunois, un ancien compagnon de Jeanne d'Arc. Dans la nuit, les compagnons du roi vont quérir un notaire dans la ville voisine et les deux conjoints se font une mutuelle donation sur le duché, en présence d'une assistance triée sur le volet, incluant le diplomate Jean d'Amboise et bien sûr Anne de Beaujeu, soeur aînée du roi et régente du royaume.

    Il reste encore une petite formalité : l'annulation du mariage d'Anne et Maximilien ! Le pape se résigne à la signer (et à l'antidater) trois mois après la cérémonie de Langeais.

    Ainsi la Bretagne rentre-t-elle dans le giron capétien. Elle deviendra formellement française à la génération suivante, en 1532, quand les états généraux de Vannes approuveront le rattachement du duché au royaume de France tout en préservant leurs privilèges ainsi que l'autonomie judiciaire et fiscale du duché.

    http://www.herodote.net

  • Que la Contre-révolution est catholique !

    Le Monde publie avec une belle liberté d'esprit une anthologie de la contre-Révolution. À ne surtout pas bouder !
    La collection Les rebelles est une publication du quotidien Le Monde, placée sous la direction éditoriale de Jean-Noël Jeanneney, naguère responsable des festivités du bicentenaire de la Révolution française (c'était en 1989). Au sein de cette collection, l'un des volumes est consacré, sous la direction de Jérôme Besnard, à une anthologie de la Contre-révolution. Le choix des textes, de Rivarol à Chateaubriand, du Comte de Chambord à Charles Maurras, est extrêmement large et à dominante littéraire.
    Ce qui frappe, c'est l'importance du catholicisme dans la Contre-révolution. Balzac donne l'exemple, qui prétend travailler « à la lueur de deux vérités éternelles, l'Église et la Monarchie » dans la Préface de sa Comédie humaine. Un peu plus loin, dans ce choix de texte, on découvre la préface de Jules Barbey d'Aurevilly à Une vieille maîtresse, avec ces mots magnifiques : « Ce qu'il y a moralement et intellectuellement de magnifique dans le catholicisme, c'est qu'il est large, compréhensif, immense ; c'est qu'il embrasse la nature humaine tout entière, et ses diverses sphères d'activité, et que, par dessus ce qu 'il embrasse, il déploie encore la maxime : "Malheur à celui qui se scandalise". Le catholicisme n'a rien de prude, de bégueule, de pédant, d'inquiet. Il laisse cela aux vertus fausses, aux puritanismes tondus... »
    Et le vieux Maurras, dans une lettre à son disciple, le philosophe Pierre Boutang, qui date de février 1951 (le maître de l'Action Française mourra en novembre 1952) déclare avec force : « Il n'y a qu'à recréer un refuge spacieux et fort, digne du nom français et qui serait le modèle de tous les civilisés. Nous bâtissons l'arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l'air (...) où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté et par delà tous les espaces la papauté. » Étrange profession de foi politique d'un agnostique !
    Le catholicisme est la première cible de la Révolution
    On découvre dans cette anthologie la vigueur de la prose d'un La Varende dans Les manants du roi, l'étrange clairvoyance d'un Bernanos, sur la future société des machines « systématiquement contre toutes formes de vie intérieure ». Même Roger Nimier, très opportunément cité, ou Michel Mohrt dans son assez récent Tombeau de La Rouerie (2000) redisent, chacun à leur manière, l'empreinte du christianisme sur la France qu'ils aiment et dont ils veulent défendre la pérennité.
    La question aujourd'hui est de savoir en quoi peut bien consister une contre-révolution. Mais alors que l'esprit laie semble se radicaliser dans la revendication infinie de liberté et d'égalité, il est temps de retrouver les classiques, les Maistre, les Bonald, les Veuillot, qui ont prédit la nocivité, qui ont craint l'inhumanité de la Révolution. Pour les catholiques plus encore que pour les autres, car depuis deux siècles et demi, le catholicisme est la première cible de la Révolution.     
    Joël Prieur monde & vie 10 novembre 2012
    Jérôme Besnard, La contre-révolution, collection Les rebelles, éd. Le Monde, disponible en kiosques ou sur le site : http://boutique.lemonde.fr/la-contre-revolution-7061 .html 5,90 euros.

  • LE GROUPE HIELSCHER, 1933-1945 : Un travail de sape contre le national-socialisme

     

     
    [Friedrich Hielscher témoignant en faveur de Wolfram Sievers au procès des médecins de Nuremberg en 1946]
    fh4510.jpgDe 1931 à janvier 1933, Friedrich Hielscher réunit autour de la dernière revue qu'il édita, Das Reich, tous ceux avec lesquels il constituera, après la prise de pouvoir par les nationaux­socialistes, son propre groupe de résistance. Son objectif est alors de recruter, dans les milieux sociologiquement importants — l'armée, la SS, l'administration, l'économie ou l'agriculture —, des hommes et des femmes prêts à résister en recueillant, grâce à leur position, les informations nécessaires pour aider les personnes menacées ou poursuivies, leur faire passer la frontière, les protéger contre l'emprisonnement avant de passer à la phase de renversement du régime.
    F. Hielscher travaille lui-même au service de l'Ahnenerbe où, sans avoir jamais été membre du parti, il s'occupe d'ethnologie et d'histoire des religions.
    Au sujet de ses faits de résistance, F. Hielscher nous a laissé, les 25 et 26 juillet 1945, un rapport écrit dont nous extrairons ci-après plusieurs citations, car il s'agit d'un document exceptionnel, en raison notamment de sa date, puisqu'il a été rédigé immédiatement après l'effondrement de mai 1945. Ce document est intitulé « Rapport sur le travail souterrain entrepris contre le national-socialisme ». Il figure dans le dossier n°598 de la Wiener Library de Tel-Aviv (Israël) : Secret Help to Persecuted Jews (Hielscher Croup).
    « Il existait, avant 1933, entre les nationaux-socialistes et les communistes, un certain nombre de mouvements et de groupes plus modestes, qui bouclaient, Stalpour ainsi dire à l'arrière, le demi-cercle que décrivaient, à l'avant-scène et de la droite à la gauche, les nationaux-allemands, le Parti populaire allemand, le centre, les démocrates et la sociale-démocratie La plupart du temps, ces petits groupes n'avaient pas de nom particulier. Leur dénominateur commun était le rejet du grand capital et de la grande propriété foncière. Il faut ici mentionner les groupes du capitaine Ehrhardt, d'Ernst Jünger, d'Ernst Niekisch, de Beppo Römer, du capitaine Stennes, d'Otto Strasser, d'August Winnig, de Hans Zébrer. Notre groupe faisait lui aussi partie de cette nébuleuse. En politique intérieure, il était partisan de l'État fédéral et, sur le plan économique, d'un dirigisme d'État où existerait, sous l'autorité publique, une sous-propriété de type féodal. En politique étrangère, il considérait la République de Weimar, tout comme la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis, comme un État capitaliste à combattre, face auquel une Allemagne libre et révolutionnaire devrait un jour ou l'autre s'allier à la Russie et aux peuples opprimés d'Asie.
    « D'emblée, il apparut à notre groupe que la création d'un nouveau parti n'était pas la voie à suivre. Nous préférions disposer d'un nombre suffisant de gens capables d'ordonner et d'imposer, dans n'importe quel domaine de compétence ou d'activité, la solution qu'imposait la situation. Dès cette époque, il y eut des contacts très étroits avec les différents groupes et partis (la maison Salinger). Nous tenions en effet à ce que chacun de nos membres cristallise sur sa personne le maximum de contacts, de liaisons et de relations.
    « En 1933, quand Hitler arriva au pouvoir, tous ces groupes — ayant survécu à la disparition des partis — ne tardèrent pas à se différencier les uns des autres par la manière dont ils poursuivaient la lutte contre le nouveau régime. Otto Strasser, par ex., s'enfuit à l'étranger, d'où il dirigea les activités de ses fidèles en Allemagne. Ernst Niekisch tint des réunions secrètes, et c'est au cours de l'une d'entre elles qu'il fut un jour appréhendé. Nous avons, quant à nous, choisi de travailler de manière totalement souterraine, donc de ne plus nous afficher comme groupe, apparemment éparpillés aux quatre vents devant le succès du parti vainqueur. Selon un plan concerté, mais discuté préalablement au cas par cas, nos hommes s'infiltraient dans le Parti, où ils accédaient, selon les besoins et les possibilités, aux postes et aux fonctions d'où il nous était possible soit de recruter, soit de tisser des contacts, soit d'investir des domaines de compétence, soit de venir en aide à des personnes traquées (...)
    « Après mon déménagement à Meiningen (1937), et avec l'intensification de nos activités dans l'Ouest et le Sud de l'Allemagne, notre point de vue sur l'État prussien et aussi, du fait de l'administration nationale-socialiste, sur toute forme d'économie dirigée, se modifia. Nous nous aperçûmes que l'ancienne tradition de liberté collective, que nous voulions faire revivre par un renouveau de l'État et de l'économie, était conforme à l'idéal démocratique de la Suisse ou de la Suède, par ex., et que le mode de gouvernement d'un Hitler et d'un Staline étaient tout aussi "grand-slaves" ou "petit-slaves" que ceux de Ziska et de Benesch ou, en tout cas, que ceux des Hohenzollern ou des Habsbourg. Nous prîmes conscience que, face à ces systèmes, tous les peuples d'Occident avaient depuis toujours postulé la liberté et la dignité de l'homme — et par conséquent, le libre-arbitre dans la décision et l'action collectives. C'est pourquoi ces peuples devaient être réunis dans une confédération à droits égaux, où chacun conserverait ou acquerrait sa liberté. Or, ces peuples étaient de fait menacés dans leur essence et dans leur existence par les konzerns, les trusts, les propriétés latifundiaires, comme par tout système économique dictatorial, étatique ou collectiviste.
    « Ce cheminement intellectuel était déjà parvenu à son terme quand la guerre éclata.
    « Nous savions dés le début que cette guerre entraînerait, et devait nécessairement entraîner, l'effondrement du national-socialisme. Que faire ? Aucun des groupes qui avaient pu continuer à travailler en secret ne pouvait, à lui seul, renverser la dictature de masse. Ensemble, ils ne le pouvaient d'ailleurs pas davantage sans l'aide de l'armée. D'où la première question que nous nous posâmes : dans quelle mesure et jusqu'où étions-nous d'accord avec les autres groupes ? Et la seconde : pouvions-nous, en joignant nos efforts aux leurs, amener la Wehrmacht (en clair : un nombre suffisant de généraux supérieurs) à entreprendre cette lutte ? (...)
    « Il s'avéra quasiment impossible (contrairement à un espoir largement répandu dans la population) de gagner à notre cause les généraux. Seeckt était devenu le fossoyeur de la Wehrmacht. Lorsque l'armée de Hindenburg fut réduite à trois cents, puis à deux cents, puis à cent mille hommes, Seeckt avait choisi les têtes qui, premièrement étaient suffisamment intelligentes pour maîtriser une tâche difficile, deuxièmement étaient dévouées corps et âme à leurs supérieurs (et donc paresseuses), et troisièmement (conséquence logique du deuxième point) évinçaient impitoyablement tout concurrent à la mangeoire commune. C'est ce type de carriéristes, de petits chefs qui ont accédé au maréchalat, pour le clinquant de la gloire. De ceux-là, il n'y avait rien à espérer. Quant aux rares qui étaient restés purs, il leur était impossible de s'extraire de leur monde étroit et confiné. Ils dépendaient finalement du jugement de ceux que le contexte social leur faisait côtoyer. Et ceux-là n'étaient autres que les représentants de la grande propriété foncière et de la grande industrie. Leur chef de file était le docteur Goerdeler, aux qualités humaines irréprochables, mais politiquement désespérant et manquant de prudence. Les quelques généraux qui avaient désormais pour nous une importance décisive n'écoutaient que lui ! Nous fûmes donc obligés de le fréquenter, ce qui en clair signifiait : le laisser faire jusqu'au moment où le renversement du régime aurait réussi. Mais nous nous méfions tellement de son imprudence et de son entourage que nous refusions de le rencontrer personnellement, et mettions même en garde les hommes de liaison d'autres groupes contre toute rencontre avec lui.
    « Comme nous n'étions nullement sûrs que Goerdeler et ses généraux mettraient vraiment à exécution l'attentat dont nous avions longuement discuté, nous préparâmes notre propre attentat, prévu pour l'automne 1944. Mais la vague d'arrestations qui suivit l'essai manqué du 20 juillet 1944 nous empêcha de mettre notre projet à exécution (...)
    « D'une manière générale, notre travail s'effectuait grâce à la complicité d'un trio de notre groupe, qui contrôlait un réseau de renseignements, de laissez-passer et d'entraide : Wolfram Sievers, Schuddekopf et Schade nous transmettaient en permanence les renseignements de la direction centrale de la SS, du SD et de l'Abwehr auxquels ils pouvaient accéder du fait de leur position. Délivrant passeports et laissez-passer, truquant les missions de recherche et les voyages officiels, finançant ce travail sur le budget de leurs services, ils prenaient tous les risques, sachant pertinemment que s'ils venaient à être découverts, la sanction serait plus sévère encore en raison de leur grade élevé dans la hiérarchie — et que, dans l'autre camp, ils n'échapperaient pas aux poursuites des Alliés qui les prendraient pour des nazis. Sievers parvint à me faire délivrer un laissez-passer de chef de service de l'état-major personnel du Reichsführer SS, alors que je n'avais jamais été chef de service (ni d'ailleurs membre du parti, et encore moins de la SS). Il alla même, le jour de mon mariage, jusqu'à mettre à ma disposition les locaux de l'Ahnenerbe, d'où il fit retirer, pour la circonstance, tous les portraits de Hitler, etc. (...)
     « Il osa même organiser mon voyage dans le ghetto [de Lizimannstadt] (...) afin de pouvoir y sauver des personnes qui y avaient été transférées. Après mon arrestation (pour participation à l'attentat du 20 juillet), non seulement il demeura inébranlable lors de son interrogatoire ("Avouez que Hielscher a traité en votre nom avec le comte Stauffenberg !" — la question eût désarçonné un plus faible que lui), mais il me fit encore sortir de prison et c'est lui, pour finir, qui prit en main le second attentat. Celui-ci visait Hitler et Himmler aux environs de l'Obersalzberg — Himmler surtout, car c'est lui qui contrôlait l'appareil sans lequel Hitler n'eût jamais pu rétablir la situation avec toute la rapidité nécessaire (...)
    « Mon arrestation marqua la paralysie du dernier groupe qui luttait encore contre le parti. Quand je fus libéré, un champ de ruines s'offrit à ma vue. À ce jour, il m'est encore impossible de déterminer avec certitude qui fut pendu et qui ne le fut pas ».
    F. Hielscher fut arrêté par la Gestapo le 2 septembre 1944 à Marburg, son nom figurant sur des documents trouvés lors de perquisitions consécutives au 20 juillet 1944. Wolfram Sievers réussit, depuis la direction centrale de la SS, à faire croire à la Gestapo que F. Hielscher, membre de l'Ahnenerbe, détenteur d'un laissez-passer de chef de service du Reichsführer lui-même, n'avait strictement rien à voir avec l'attentat et que son internement dans un camp de concentration ne ferait que le jeter dans les bras des ennemis du national-socialisme. Le 2 janvier 1945, Hielscher fut expédié à titre disciplinaire et probatoire, avec le grade de caporal de la Wehrmacht, dans une unité de renseignements à Nedlitz. Au bout de 3 mois passés à l'état-major de cette unité, il la quitta et, début avril, se rendit à Göttingen où les Américains tirent leur entrée le 8 avril. Du 6 au 9 mai, il gagne en bicyclette Marburg, où sa femme Gertrude se trouve à l'hôpital. C'est pendant ce trajet que se produisit, le 8 mai 1945, l'effondrement qu'il avait attendu et appelé de ses vœux.
    ► Marcus Beckmann, Nouvelle école n°48, 1996. http://vouloir.hautetfort.com

  • Alexis de Tocqueville, le visionnaire

    Alexis de Tocqueville n’a que 26 ans lorsqu’il part aux États-Unis étudier la société américaine. Quatre ans plus tard, en 1835, il publie le premier tome de De la démocratie en Amérique ; puis, cinq ans plus tard, le tome II dans lequel il prédit avec une stupéfiante justesse les maux qui peu à peu gangrèneront les démocraties occidentales. En voici un extrait :

    « Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde ; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme ; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tâcher de la définir, puisque je ne peux la nommer.

    Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

    Au-dessus de cela s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

    C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre ; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même. L’égalité a préparé les hommes à toutes ces choses : elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.

    Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux dont le gouvernement est le berger.

    J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la souveraineté du peuple.

    Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leur tuteur. Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme, ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.

    Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent. »

    http://www.malikasorel.fr

  • « L'Appel du 18-Juin » ou la méconnaissance de l'histoire

    « J'aurais suivi De Gaulle avec joie contre les Allemands, mais je ne pouvais le faire contre les Français... Il me semblait qu'un Français de l'étranger devait se faire le témoin à décharge, et non à charge de son pays ... Si je n'étais pas gaulliste, c'est que leur politique de haine n'était pas pour moi la vérité. » Antoine de Saint-Exupéry.
    « Pour la honte éternelle de la France, De Gaulle s'est comporté envers la population profrançaise d'Algérie - aussi bien d'origine européenne que d'origine musulmane - comme s'il s'agissait de criminels et il a autorisé d'incroyables atrocités perpétrées contre elle par la gendarmerie mobile, tandis que dans le même temps il ordonnait à l'armée de ne pas gêner les sévices, les enlèvements et les massacres du FLN. » Thomas Molnar dans le journal National Review (États-Unis), septembre 1962.
    « Quel est selon vous l'acte de trahison le plus retentissant de la Ve République ? » Réponse d'Alain Duhamel : « Sans hésitation, celui du général De Gaulle vis-à-vis des Français d'Algérie. » Revue Historia.
    Le 18 juin 2010 sera l'occasion pour bon nombre de gaullistes de commémorer "l'appel" lancé de Londres par leur chef spirituel. L'histoire a fait de ce discours le symbole de la résistance face à l'occupant allemand et a qualifié le général de brigade « à titre temporaire » Charles De Gaulle de « premier résistant de France ». C'est une ineptie ! De Gaulle n'a jamais fait partie de la résistance.
    Comme le disait Weygand, De Gaulle était un militaire, pas un soldat et il y a à son sujet toute une légende à détruire. Sa carrière militaire a pris des allures très particulières, marquées très tôt par la certitude de sa supériorité intellectuelle sur ses pairs. Ces derniers, en raison de sa morgue et de son extrême confiance en soi, l'avaient baptisé "le Connétable". En fait, il les détestait tous, en particulier Juin, major de sa promotion dans laquelle De Gaulle avait obtenu un rang médiocre.
    Sa réputation de prophète d'une armée blindée moderne fait partie de la légende. Le général Guderian, spécialiste des blindés allemands, consulté à propos de l'influence qu'auraient pu avoir les écrits du colonel De Gaulle sur l'emploi d'une force mécanisée, répondit : « Ces théories sont déjà anciennes, les écrits de De Gaulle ne sont guère que de la littérature sans réelles applications pratiques nouvelles. Nous n'y avons pas porté d'intérêt ! » 
    UN PIETRE MILITAIRE
    En 1940, au commandement de la 4e division cuirassée, il subit un échec sanglant, prouvant d'une part son incapacité tactique et un entêtement criminel devant les conseils de ses pairs. D'ailleurs, il abandonna sa division en plein combat, apprenant qu'il était nommé général à titre temporaire et que Paul Reynaud faisait de lui un sous-secrétaire d'Etat à la Défense. Le képi de général et ses deux étoiles devinrent alors sa première préoccupation, la seconde étant de contrer Weygand par tous les moyens.
    La fin de la campagne de 1940 en apporte la confirmation : De Gaulle n'est pas un guerrier. Il n'est pas de ces officiers qui vont à l'assaut en casoar et en gants blancs, de ceux qui crient « debout les morts ! » ; C'est un communicant que son entourage appellera bientôt « le général micro ». L'armée n'est pour lui qu'un instrument qui ne reflète en aucun cas un symbole national. Le 17 juin 1940, quand il quitte Bordeaux à destination de Londres, la guerre n'est pas finie puisque l'armistice est du 24 juin. Alors, pourquoi est-il parti en Angleterre ?
    Le 17 juin eut lieu à Bordeaux le passage des pleins pouvoirs à Pétain et la formation du nouveau gouvernement. Or, De Gaulle eut l'amère surprise de constater que le Maréchal n'avait pas voulu de lui. Ph. Pétain connaissait trop bien l'homme et son orgueil démesuré pour lui confier un poste dans son nouveau gouvernement. Déçu, dépité, vexé, De Gaulle, décida à ce moment de quitter la France. Il attendit, caché derrière un pilier des vestibules, le passage du général anglais Spears, lui raconta avec une mine défaite qu'on voulait l'assassiner (une élucubration de plus) et lui demanda de l'emmener avec lui en Angleterre dans l'avion que Churchill avait envoyé à cette occasion. Le soir, il était à Londres et adressa un télégramme au ministre de la Guerre à Bordeaux : « Suis à Londres. Ai négocié avec le Ministre de la Guerre britannique, sur instruction de monsieur Paul Reynaud, au sujet des points suivants... » (Il s'agissait des matériels d'armement remis aux alliés par les États-Unis et du sort des prisonniers allemands actuellement en France).
    UN ARRIVISTE SANS SCRUPULES
    La réponse arriva de Bordeaux sous la forme d'un câble adressé par le général Colson, secrétaire d'Etat à la Guerre, à l'attaché militaire à Londres, le général Lelong : « Informez le général De Gaulle, qu'il est remis à la disposition du Général commandant en chef. Il doit rentrer sans délai. »
    Hésitation de De Gaulle : obéir ou pas ? Dans un premier temps il décida d'obéir et demanda un avion au général Lelong. Celui-ci désigna le capitaine de l'armée de l'air Brantôme pour l'accompagner avec l'unique avion que les Anglais avaient laissé aux Français. Cet officier déclarera : « Tout semblait devoir se dérouler sans encombre lorsque j'apprends que les Anglais, sans avertir personne, avaient fait vidanger le matin même l'essence des réservoirs et déplacer l'avion dans un hangar aux portes cadenassées et gardées par des sentinelles en armes. »
    Devant l'impossibilité désormais de rejoindre Bordeaux, De Gaulle s'adressera aux Français, le 18 juin, sur les ondes de la BBC, en ces termes : « Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et soldats français qui se trouvent en territoire britannique, ou qui viendraient à s'y trouver, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialisés des industries d'armement, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Demain comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres. »
    UN TEXTE REFABRIQUÉ
    Comme le savent nos lecteurs - se reporter notamment aux nombreux articles du cher Charles Filippi à ce sujet -, ce texte n'a rien à voir avec ce qu'on appelle communément l'appel du l8-Juin, où se trouverait la phrase fameuse : « la France a perdu une bataille, elle n'a pas perdu la guerre ». En effet, cette phrase ne vit le jour qu'en août 1940 sur une affiche placardée sur les murs de Londres. Ainsi, De Gaulle ne faisait que copier la proclamation du ministre anglais de l'information, Duff Cooper, à la suite de la capitulation de l'armée belge.
    Dès lors, De Gaulle devint pour bon nombre de Français le « symbole de la résistance » alors qu'il passa toute la guerre en toute quiétude en famille, mangeant à sa faim, à l'abri des affres de la pénurie et de l'insécurité. Mais qu'importe : la légende gaullienne était en marche ...
    Que serait-il advenu de l'auteur de « l'appel du 18-Juin » si le Maréchal Pétain (respecté par les Allemands pour avoir été le seul général à les avoir battus à Verdun), au lieu de confirmer Weygand dans le rôle de Général en Chef, pour qu'il réorganise l'Armée d'Afrique, avait choisi De Gaulle ? Ce dernier n'aurait, assurément, jamais rejoint Londres.
    UN HOMME DÉTESTÉ AUSSI PAR ROOSEVELT ET CHURCHILL
    Roosevelt détestait De Gaulle et le considérait comme un dictateur en puissance, « un arriviste ». Il disait de lui : « De Gaulle se prend de temps en temps pour Clemenceau, de temps en temps pour Jeanne d'Arc. » Par contre, il estimait Giraud qui, arrivé à Alger fin 1942, n'avait qu'une idée en tête : recomposer une armée française pour continuer la guerre ... d'où l'animosité sans borne que De Gaulle vouait à ce dernier. Churchill n'estimait pas davantage De Gaulle et dira du personnage : « De toutes les croix que j'ai portées, la plus lourde a été la Croix de Lorraine ». Un jour, il lui fit cette remarque qui le glaça : « Votre pire ennemi, c'est vous-même. Vous avez semé le désordre partout où vous êtes passé ! » Et le désintérêt - voire l'antipathie - qu'ils vouaient à De Gaulle amenèrent Churchill et Roosevelt à le tenir à l'écart de leurs projets concernant le débarquement du 8 novembre 1942 en AFN, si bien que l'homme de Colombey s'exclama : « J'espère que les gens de Vichy vont les refoutre à la mer ! »
    Tenu à l'écart. il le sera aussi lors du débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, date à laquelle l'Armée d'Afrique défilait dans Rome qu'elle venait de libérer sous les ordres des généraux Juin et Monsabert. Cependant, cette mise à l'écart, au lieu de provoquer chez lui un sentiment d'humilité, aiguisera au contraire son orgueil démesuré et, désormais, sa seule devise sera : « Moi, De Gaulle ! » Cette paranoïa, cette ambition amèneront les catastrophes qui détruiront l'unité nationale. Dans ses principales destructions : l'empire et l'armée qu'il a toujours méprisée. On lui reprochera entre autres sa complicité dans la destruction de la flotte française par l'aviation anglaise, le 3 juillet 1940 à Mers-El-Kébir et le massacre de près de 1 600 marins ; dans l'attaque de Dakar, le 25 septembre 1940, par cette même armada anglaise, dans la guerre franco-française de Syrie dont il fut le principal responsable. À cet effet, en janvier 1941, le colonel Monclar, commandant la 13e DBLE et futur commandant du fameux bataillon de Corée, éprouvant quelques scrupules à l'idée de devoir tirer sur d'autres soldats français, s'adressa à De Gaulle en ces termes: « Mon général, en face il y a la Légion ... La Légion ne tire pas sur la Légion ... d'ailleurs vous nous avez affirmé que nous ne nous battrions jamais contre des Français ... » Et le « chef de la France libre » de répliquer : « Monclar ! Les Français, c'est moi ! La France, c'est moi ! ».
    On lui reprochera aussi l'épuration de l'armée d'Afrique à qui il ne pardonna pas d'avoir « gagné sans lui » ; son opposition à la libération de la Corse par Giraud ; sa mise à l'écart de De Lattre et de Juin, généraux victorieux qui pouvaient lui faire de l'ombre. Son égocentrisme sera exacerbé quand le général américain Clarck rendra au général Alphonse Juin, après que l'armée d'Afrique se couvrit de gloire en Italie, un vibrant hommage en ces termes : « Sans vous et vos magnifiques régiments, nous ne serions pas là ! ». De Gaulle saura s'en souvenir ...
    LA HAINE DE L'ARMÉE ET DE L'EMPIRE
    Après sa prise de pouvoir en mai 1958, il n'eut de cesse de se débarrasser de l'armée victorieuse en Algérie en épurant ses chefs les plus prestigieux au bénéfice d'hommes « à lui » qui, s'ils n'étaient guère brillants sur le plan professionnel, avaient au moins l'avantage « d'être sûrs » : Gambiez, Ailleret, Katz, Debrosse. Le maréchal Juin, patron de l'Armée d'Afrique qui libéra la France avec Eisenhower, Roosevelt, Churchill, eut à donner son jugement sur l'OAS : « C'est un mouvement généreux ! » De Gaulle le mit aussitôt aux arrêts de rigueur et lui retira toutes ses fonctions. Il obtenait là sa revanche...
    Et pourtant, on l'avait appelé, lui, De Gaulle, le sauveur, pour conserver l'Algérie française ! Mais, d'incompétence en veulerie, de fautes en palinodies, d'abandon en trahison, de largesse en munificence, de discours en référendums, on en était arrivé aux concessions suprêmes, à l'abdication, à la fin sans le moindre égard pour ces milliers de morts et de disparus qui jalonnaient l'histoire de ce pays.
    Aventurier, paranoïaque, il restera, malgré la légende, épiphénomène dans l'histoire de France. Pour avoir rêvé de dominer la France - et probablement le monde -, il avait pris un costume trop grand pour lui. Il est mort à Colombey, les pieds dans les charentaises, devant une tasse de camomille, sans doute étranglé par la rancœur, la haine à l'égard de ceux qui n'avaient pas su reconnaître son génie.
    José CASTANO. Rivarol du 18 juin 2010

  • À propos de "L’idéologie du travail (A. de Benoist)"

    L’interview que donna Attali dans l’Express, et qui est reproduit sur le site www.denistouret.fr/ideologues/Attali.html, outre la grande charité pour les gentils qui s’y révèle, présente une richesse de contenu remarquable par sa franchise. Pour lui, l’épisode du désert est crucial. Le peuple hébreu, coupable d’avoir adoré le veau d’or, doit errer dans le désert du Sinaï. Il reçoit malgré tout la manne, qui est fade, sans saveur, ce qui signifie qu’il devra dorénavant travailler pour obtenir des richesses, signe d’élection (contrairement au christianisme, pour qui c’est plutôt la pauvreté). Quant à la Renaissance, une longue citation s’impose :
      « Pour moi, les preuves que je recense sont tellement accablantes que la thèse de Max Weber ne tient pas la route : malgré son immense culture, il n'a rien compris, ni au judaïsme, ni au rôle que celui-ci a joué, ni aux sources de l'ordre marchand. Mais Sombart n'est pas mieux : il fait démarrer le capitalisme au XVIe siècle par l'initiative de juifs polonais immigrés en Angleterre ! Il ne leur prête un rôle que dans le capitalisme de spéculation, alors que l'important est ailleurs, dans le rôle très ancien joué par les juifs dans la mise en place de l'éthique en général, dans celle de l'économie en particulier, et dans le financement de l'investissement à partir du Xe siècle. Il oublie beaucoup d'autres choses, comme le rôle de la papauté, qui préserve les banquiers juifs dont elle a besoin; l'importance des banquiers lombards, qui sont en réalité souvent des juifs plus ou moins masqués ; leur rôle dans le formidable développement de l'Espagne, dans les deux berceaux majeurs du capitalisme que furent les Pays-Bas et l'Angleterre et dans les colonies. Il ne dit rien non plus de leur participation au développement industriel, au XIXe siècle, en particulier dans les industries de la communication, de l'automobile, de l'aviation. Peu de gens savent que l'agence Havas et l'agence Reuter au XIXe siècle sont des créations juives, au même titre que la Deutsche Bank, Paribas ou les principales banques d'affaires américaines. Et encore bien d'autres destins fascinants en France, en Allemagne ou en Russie. De tout cela, je donne d'innombrables et spectaculaires exemples. »
      Et plus loin :
      « Marx, lui, avait compris que le judaïsme était à l'origine de la pensée économique moderne, mais il assimile totalement judaïsme et capitalisme, pour lui deux ennemis à combattre, et il écrit des pages clairement antisémites sur lesquelles a toujours pesé un tabou. »
    4 mai 2011 Claude Bourrinet

  • 16 scientifiques : « Pas de panique sur le réchauffement... »

    Nous l'avions relaté en son temps. En septembre Ivar Giaever, Prix Nobel de Physique et figurant il y a quatre ans au nom des "groupies" d'Obama, démissionnait avec fracas de la Société Américaine de Physique dont il était un des membres les plus anciens. Il ne pouvait admettre le communiqué que celle-ci venait de faire paraître disant notamment : « C'est une évidence incontournable : le réchauffement climatique est en cours. Si aucune action décisive n'est entreprise des ruptures catastrophiques des systèmes écologique et physique de la terre, dan la santé et la sécurité humaine, surviendront probablement. Mous devons réduire les émissions de gaz à effet de serre et commencer tout de suite ». Non seulement en dépit de ce que braille le GIECC il n'y a aucun consensus sur ce sujet mais de plus en plus de scientifiques s'inscrivent en contre et dénoncent les manipulations idéologiques qui se déroulent sous le prétexte de ce soi-disant réchauffement créé par les activités humaines. Beaucoup de scientifiques ne vont pas jusqu'à de telles extrémités et adoptent une position plus modérée. Seize d'entre eux, tous de grande renommée même si le média conformiste s'efforce de les dénoncer comme marginaux et dilettantes, ont publié le 27 janvier dans le Wall Street Journal une tribune libre intitulée : « Pas de panique sur le Réchauffement Climatique » niant qu'il puisse y avoir le moindre argument scientifique en faveur d'une décarbonisation de l'économie mondiale. Certes, n'étant pas spécialistes de ces choses nous ne nous prononcerons pas ici sur l'aspect purement scientifique mais nous revendiquons le droit de ne pas être dupes de cette escroquerie des « droits à polluer » qui depuis une dizaine d'années ont fait la fortune d'Al Gore et de quelques autres escrocs et ont permis à des multinationales d'arroser à peu de frais tous les petits malins des pays en voie de développement qui n'ont pas tardé à tirer partie de ce détournement. En voici la liste :
    Claude Allègre. J. Scott Amstrong fondateur de l'International Journal of Fore-casting. Jan Breslow, chef du laboratoire de Biochimie génétique du Rockefeller Center. Roger Cohen, American Physical Society. Edward David, National Academy of Science. William Happer, professeur de physique à Princeton. Michael Kelly, professeur de technologie à Cambridge. William Kinninmonth, ancien directeur de la recherche sur le Climat au Bureau Australien de Météorologie. Richard Lintzen, professeur de science atmosphérique au MIT. James McGrath, professeur de chimie à l'Université Technique de Virginie. Rodney Nichols, ancien président de l'Académie des Sciences de New York. Burt Rutan, ingénieur aérospatial, travailla sur Voyager et SpaceShipOne. Harrison Schmitt, astronaute Appolo 17, ancien sénateur. Nir Shaviv, professeur d'astrophysique à Hebrew University, Jérusalem. Henk Tennekes, ancien directeur du Service Royal de météorologie des Pays-Bas. Antonio Zichichi, président de la fédération Mondiale des Scientifiques, Genève.
    J. R. Rivarol du 3 février 2012

  • De tout et de rien

    La semaine de Pierre Lanoe (4)

    De tout et de rien 1812

    Agréable surprise cette semaine. Celle de recevoir L’Autre 1812 de Sylvain Roussillon (Bernard Giovanangeli Éditeur). Il s’agit de l’histoire de la guerre qui opposa, de 1812 à 1815, du Golfe du Mexique aux Grands Lacs, les États-Unis à l’Angleterre et à ses alliés amérindiens.

    Si le récit des événements est en lui-même passionnant, l’analyse politique que nous livre, in fine, l’auteur ne l’est pas moins, car c’est en effet cette guerre qui marque la naissance du nationalisme américain et l’aube de la puissance américaine.

    Loi du sang ?

    La lettre du Crif, que je lis avec attention chaque jour, m’apprend, le 22 novembre, que « Madrid va offrir à tous les descendants des juifs qui furent expulsés d’Espagne en 1492 la possibilité d’obtenir la nationalité espagnole, a annoncé jeudi 22 novembre 2012, le ministre espagnol de la Justice. »

    Ma première réaction est une incompréhension totale… Au nom de quoi peut-on revendiquer, plus de 500 ans après l’avoir perdue une nationalité ? Y aurait-il là un soupçon de loi du sang ?

    En toute logique, j’espère que le ministre espagnol de la Justice offrira aux morisques, chassés d’Espagne en 1609, la même possibilité d’obtenir la nationalité espagnole.

    Christian Tasin versus Florian Philippot

    Sur le site de Riposte laïque, Christine Tasin fait, une fois de plus, la leçon au Front national et tance Florian Philippot.

    Le malheureux a, en effet, commis à ses yeux le crime d’émettre cette opinion de bon sens : « Je ne confondrai jamais islam et islamisme ! Plus la République sera faible face à l’islamisme, plus elle laissera se développer des ghettos via l’immigration, plus elle laissera penser aux Français que c’est l’islam le problème »

    Et notre amie Christine d’écrire que « Marine Le Pen ne peut gagner des mairies en 2014, et le droit de diriger la France en 2017, que si elle adopte une ligne ouvertement islamophobe. Si elle laisse entendre, comme le suggère le discours de Philippot, qu’avec elle au pouvoir, des mosquées prétendument modérées pourront continuer à se construire, elle est foutue, et nous avec ! »

    Ce faisant, elle montre qu’elle est aussi ignorante en politique qu’en religion… En effet, tous les politiques qui ont adoptés une ligne totalement axée sur la lutte contre l’islam, comme De Villiers ou Mégret, ont connu des défaites cinglantes, quant aux groupuscules qui se sont positionnés sur ce créneaux, Christine Tasin est bien placée pour le savoir, ils ne représentent rien, ou presque, en terme militant et électoral, et ils sont bien en peine pour recruter…

    Alexandre Douguine à Paris

    Le principal théoricien de l’eurasisme et de la quatrième théorie politique était à Paris le week end dernier.

    Ce fut l’occasion d’une série de réunions et d’une signature de son dernier livre à la librairie Facta.

    NR et grecistes étaient nombreux à avoir fait le déplacement. Sans doute car ils retrouvent en lui une grande partie de ce qui structure leur engagement dont la foi en une politique qui serait aussi une mystique et l’espérance de l’avènement d’un nouvel Empire.

    Mais celui des NR européens, va de Galway à Vladivostok, celui d’Alexandre Douguine du Pacifique à Kaliningrad…

    Le Pen, quant à lui à fait le même choix que les NR. Ainsi l’a-t-il déclaré tout récemment à la Pravda : « Je milite pour la réalisation d’un ensemble harmonieux et animé par la volonté d’un destin commun sur l’ensemble de l’espace boréal, allant de Brest à Vladivostok. La Russie et les Europes centrale et occidentale ont de nombreux points communs et de nombreuses convergences d’intérêts. Face à un monde de plus en plus instable, en pleine explosion démographique alors que nous connaissons pour notre part un hiver démographique sans précédent et suicidaire, il est certain que notre civilisation européenne y trouverait un outil de salut. Mais il n’en va pas de l’intérêt de ce qui reste la première puissance mondiale, les Etats-Unis, ni des firmes internationales, il est donc évident que les castes aux pouvoir s’y opposeront de toutes leurs forces… »

    http://www.voxnr.com

  • Jean-Michel Vernochet : « Pourquoi l’axe Tel-Aviv-Washington veut détruire l’Iran »

    L'Iran doit être «détruit» : en tant que théocratie nationalitaire il est voué à être «normalisé». En tête des agendas politiques, l'inscription volontariste de l'Iran au rang des démocraties libérales est donc à l'ordre du jour. Car l'Iran est appelé, volens nolens, à se fondre dans le grand chaudron des sociétés éclatées dans lesquelles la segmentation du marché atteint son paroxysme (minorités ethniques, confessionnelles, sectaires et sexuelles, femmes, jeunes, enfants, la publicité s'adressant à ces derniers dès l'âge de deux ans, l'âge de leur scolarisation précoce) afin de pouvoir pleinement être intégré au marché unique, autrement dit le "système-monde".

    RIVAROL : L'armée israélienne vient de mettre fin précipitamment à ses bombardements de la bande de Gaza. Quant au ministre de la Défense, Ehoud Barak, celui-ci vient de faire valoir ses droits à la retraite. N'est-ce pas le signe d'un net reflux des ambitions expansionniste d'Israël et donc d'un renoncement implicite à toute agression contre l'Iran ?
    Jean-Michel VERNOCHET : Regardons les choses en face. Gaza a été pilonnée, l'aviation et les drones israéliens y ont semé la mort et la désolation. Certes, l'escalade s'est arrêtée assez vite, mais qui est nommément désigné comme le premier responsable de ces tragiques événements ? Téhéran ! Laurent Fabius,.ministre des Affaires étrangères, ne s'est pas gêné pour accuser l'Iran, « ce pelé, ce galeux d'où nous vient tout le mal » [Les Animaux malades de la peste] de « porter une lourde responsabilité dans l'affaire de la bande de Gaza », ceci en ayant notamment fourni des « armes à longue portée au Hamas ». Fabius étant particulièrement déconnecté, comme la plupart des énarques, ne connaît apparemment pas le sens du couple de mots « longue portée »... mais l'expression fait «riche ». Ainsi s'est-il répandu le 22 novembre sur Radio Monte-Carlo et BFMTV où il a désigné la cible ultime : « L'Iran est indirectement impliqué dans plusieurs conflits graves dans cette région... les missiles à longue portée de 950 kg qui peuvent atteindre le centre d'Israël et les villes du sud du pays sont fournis par l'Iran ». Des missiles qui n'ont causé au demeurant aucune victime dans le centre d'Eretz Israël malgré leur supposée formidable létalité ! À contrario nombreux ont été à Gaza les morts et les blessés dus à des bombes réputées "intelligentes" ! Bref, l'arrêt de l'offensive sur Gaza, la démission (ou l'éviction) d'Ehoud Barak ne changent rien sur le fond. Certains vont même jusqu'à se demander si les "rats" ne se mettraient pas à quitter le navire, surpris qu'ils sont par une annonce intervenant cinq jours après la fin de l'opération « Colonne de nuées » autrement nommée en français « Pilier de Défense ». Certes l'actuel ministre israélien de la Défense, ancien Premier ministre de 1999 à 2001, militaire le plus décoré du pays qui en janvier 2011 a tourné le dos au Parti travailliste pour rallier le cabinet de Benyamin Nétanyahou, était considéré jusqu'à ce lundi 26 novembre comme le numéro "2" du gouvernement... âgé de soixante-dix ans il ne quittera cependant pas ses fonctions d'ici les élections législatives du 22 janvier 2013. Mais il est encore trop tôt pour savoir ce que cache ou dissimule ce départ impromptu... de graves désaccords au sommet de l'État hébreu à n'en pas douter et des révisions politiques - forcément "déchirantes" imposées de l'extérieur ou par l'effet d'un simple « retour au réel » ? La question se pose : Israël a-t-il trop présumé de ses forces ? Ses méfaits et son hybris ne sont-ils pas en train de le rattraper ? Désormais la coupe est-elle pleine ? Reste que nous pouvons compter sur le Likoud, génétiquement parlant, et sur ses épigones néoconservateurs de Washington, pour ne pas savoir ni vouloir s'arrêter à temps.
    Au cours de cette dernière crise, MM. Obama et Fabius n'ont au demeurant ni lâché ni désavoué Israël et son gouvernement, le Likoud. J'en déduis que cet arrêt du pilonnage aérien de Gaza n'est en réalité qu'une sorte de "repli tactique" et que cela ne change en rien - au moins pour l'instant - quant à l'agenda occidentaliste visant à un remodelage en profondeur du Proche-Orient : Syrie, Liban, Iran... Même si nous nous plaçons dans la perspective encore lointaine d'une autosuffisance énergétique de l'Amérique du Nord grâce au gaz de schiste. Les enjeux énergétiques liés à la bataille de Syrie ou au littoral gazaoui - lequel jouxte la partie méridionale du "Léviathan", poche de gaz super géante dont Israël entend bien s'approprier la totalité - ne sont qu'une dimension du projet occidentaliste de reconfiguration de l'aire islamique. Un projet auquel l'Administration américaine n'est pas prête à renoncer, qu'elle soit "démocrate" ou "républicaine". Trop d'efforts et de moyens ont été déjà consentis en ce sens, la guerre de Syrie est coûteuse en termes diplomatiques, le mouvement est amorcé, la coalition euratlantistes ne reviendra plus en arrière. Même si M. Obama, en raison de restrictions budgétaires, réduit la voilure, le cap sera maintenu contre vents et marées.
    Syrie, Liban, Iran, ces trois pays constitutifs de l'arc chiite - l'Irak peinant durement à se reconstruire - doivent être et seront brisés sauf circonstances exceptionnelles. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe aucune dissension au sein des états-majors politiques et militaires à Washington et Tel-Aviv. Paris comptant pour du beurre, les états d'âme des exécutants n'entrant en effet pas en ligne de compte ! Désaccords, non pas sur les objectifs à atteindre - la nécessaire destruction d'un Iran souverain fait l'unanimité - mais sur les moyens d'y parvenir et le calendrier : la force brutale préconisée par le Likoud et les Néoconservateurs, ou encore l'usure et la ruse, les manœuvres indirectes, la guerre subversive ou les révolutions internes !
    Depuis des années, surtout ces derniers mois, nous voyons les nuées monter sur l'horizon. Les orages ont rarement pour habitude de faire demi-tour... de même les machines infernales, une fois le mécanisme enclenché. L'Iran est voué à la destruction... sauf capitulation en rase campagne de ses élites dirigeantes. À ce titre il est vrai que des élections présidentielles auront lieu en Iran en juin 2013. Rien n'indique cependant que les nouveaux dirigeants pourraient réorienter - du tout au tout - l'actuelle politique de la République islamique, ni, que de l'autre côté M. Obama veuille se déjuger en acceptant de négocier directement avec la théocratie parlementaire iranienne.

    R. : Mais pourquoi au final l'Occident est-il si acharné contre l'Iran ? Le nucléaire est-il la seule ou la vraie raison ?
    J.-M. V. : Le nucléaire n'est de tout évidence qu'un prétexte. Une grosse ficelle du même genre que les "armes de destruction massive" qui ont servi à tétaniser les opinions publiques occidentales et à lancer la croisade pour la démocratie en et contre l'Irak. Le 14 novembre dernier Le Parisien nous expliquait doctement que « selon les experts internationaux, le programme iranien se poursuit lentement mais sûrement malgré les sanctions économiques qui étranglent le pays. "C'est une question de mois pour que Téhéran parvienne à ses fins", analyse un diplomate français. Chaque jour qui passe nous rapproche peut-être d'une issue dramatique ». Observons que nul ne sait précisément qui sont « les experts internationaux » ni qui est le « diplomate français » ici mentionné. Tout cela n'est pas sérieux, mais c'est à l'image de ce que nous serinent quotidiennement grands et petits média : une menace croît à l'Est qui est en passe de se muer en danger imminent. Conclusion : l'intervention est inéluctable. Répété mois après mois, semaines après semaines, années après années, ce type de discours apparaît comme une fatalité et plus encore, comme une nécessité. La raison désarme devant tant de constance et d'énergie dans le prêche du malheur... et parce que dans nos magnifiques démocraties le peuple - de toute façon désinformé à mort - n'est jamais consulté pour ce qui engage son avenir, l'opinion subit et accepte, toujours et encore. Et que pourrait-elle faire d'autre puisqu'elle ne dispose d'aucun choix alternatif possible ? Chacun sait pourtant que la possession d'une ou plusieurs têtes nucléaires ne feraient pas de l'Iran un adversaire redoutable face aux deux ou trois cents vecteurs de mort atomique que déploie Israël. Au fond, tout cela serait risible si ce n'était atrocement tragique.
    N'est-ce pas M. Rocard, l'ancien Premier ministre, qui, transverbéré par un trait de lucidité - mais à moitié goguenard et satisfait de lui-même comme seuls savent l'être les "égrotants" - s'exprimait ce dernier printemps en ces termes [Libération 2 mars 2012] : « Nous avons une stratégie américano-anglaise... de torpiller toute possibilité de discuter sérieusement avec les Iraniens. Et même défaire un peu deprovoc de temps en temps. Comme s'il s'agissait de préparer une situation de tolérance rendant acceptable une frappe israélienne. Dans cette hypothèse, la guerre devient une guerre irano-syrienne soutenue par la Chine et la Russie, comme on le voit à l'Onu, contre en gros l'Occident et ses clients. Et l'Europe se tait. C'est une affaire à millions de morts, l'hypothèse étant que ça commence nucléaire. Je connais bien ces dossiers et je n'ai jamais eu aussi peur. Nos diplomates ont perdu l'habitude de traiter des situations de cette ampleur et tous nos politiques jouent à se faire plaisir avec des satisfactions de campagne électorale. Ce qui est nouveau, c'est l'intensité des dangers par rapport à un état d'esprit futile. Autre nouveauté, ces dangers sont extérieurs, résolument mondiaux. Il n'y a que l'Amérique latine et l'Australie pour avoir une chance d'y échapper. Aucun grand pays, même la Chine ou les États-Unis, n'y peut quelque chose à lui tout seul. Il n'y a de réponse que dans une consultation mondiale attentive dont tout le monde se moque ... Ça me rend malade ». L'agneau de la fable - innocent ou pas, là n'est pas la question - face au loup dominateur et sûr de lui, est forcément perdant : le premier démuni pollue l'eau du maître des lieux, l'autre manie la rhétorique sans appel du dominant. Iran/États-Unis, toutes proportions gardées, le schéma est à l'identique avec à l'arrivée, sans doute, le même résultat.

    R. : Mais quels intérêts l'Iran menace-t-il concrètement ?
    J.-M. V. : L'Iran ne menace personne mais barre le passage à une foultitude d'intérêts. Comme déjà dit, il ne faut pas réduire comme cela a été fait pour l'Irak, la question à sa seule dimension géoénergétique. Pour faire court disons qu'un processus d'Unification global du Marché est en cours et que l'Iran y fait obstacle. Après tout, il s'agit d'un pays où les prêts financiers à taux usuraires sont interdits, cela seul constitue un casus belli pour les potentats de la Finance et pour tout le système. Où l'Iran se soumet, accepte sa conversion aux dogmes du Monothéisme du Marché, ou bien doit se résoudre à se voir effacé de la Carte du Temps. À prendre ou à laisser. Sauf miracle, révolutions, effondrement des nations occidentales sous l'effet de la crise systémique...

    R. : Quelles sont, à votre avis, les issues possibles ? La guerre est-elle inéluctable ou encore évitable ?
    J.-M. V. : Obama veut ou voudrait temporiser. Sa préférence va aux stratégies indirectes, entre autres la subversion, l'étranglement par les sanctions, les révoltes populaires encouragées et soutenues de l'extérieur. Et cela marche. Les sanctions commencent à mettre l'Iran à genoux. Le peuple souffre. Les gens du Département d'État et les adeptes du « smart power » - le gros bâton subtil - comptent à ce titre sur un soulèvement de la population. De ce point de vue, pour le Département d'État, le président Ahmadinejad est devenu un personnage contingent. Il n'est plus le paramètre central. Les prochaines élections présidentielles pourraient en effet conduire à la tête des personnalités plus dures voire plus intransigeantes que l'actuel président. En tout cas, les stratèges de la terreur veulent d'abord priver l'Iran de ses bases avancées : celles du Liban, c'est-à-dire le Hezbollah ; de Syrie contre laquelle les coups de boutoirs se multiplient. En un mot, il s'agirait de ne pas aller trop vite en besogne, d'assurer les arrières, de déblayer le terrain et de faire le ménage avant de s'attaquer au sanctuaire iranien. Les autres, les faucons, veulent fondre sur la proie sûrs qu'ils sont de l'écraser sous leurs bombes en raison de leur infernale supériorité ; à savoir une maîtrise absolu de mers, de l'air et de l'espace... des espaces devrait-on dire puisqu'outre l'espace extra-atmosphérique il est désormais question de guerre à outrance dans le cyberespace. Or les Occidentalistes sont déjà allés trop loin. Ils n'ont d'ailleurs pas pour habitude de reculer. La Syrie mise à feu et à sang est un bon exemple de la détermination du camp israélo-américain, de leurs alliés, commensaux et satellites. Ils iront donc jusqu'au bout. Sauf que nul n'est vraiment assuré du résultat.
    Une victoire militaire coûtera de toutes façons cher, même si ce n'est pas à court terme. Car nul ne peut impunément et indéfiniment défier voire mépriser une communauté internationale en pleine mutation... Communauté des nations à présent traversée par les courants invisibles d'une information non filtrée véhiculée par la Toile. Dans l'actuel contexte de crise systémique, personne ne peut exclure non plus des révoltes en Europe et aux États-Unis. Une hypothèse qui devient chaque jour de moins en moins absurde pour ne pas dire de moins en moins "improbable". L’hybris des maîtres du monde est telle qu'ils croient encore pouvoir contenir ou canaliser des mouvements populaires de grande ampleur. L'histoire certes se répète souvent, mais c'est refuser de tenir un compte exact des transformations sociétales en cours ou déjà accomplies. L'intelligence et la culture des dirigeants occidentaux promus par le cirque médiatique et le bastingue démocratique, ne sont plus à la hauteur des défis actuels. Sur ce point nous sommes entièrement d'accord avec Michel Rocard. Mais pas pour les mêmes raisons. En vérité, sauf miracle, nous irons à l'abîme parce que ces gens veulent y aller et ont décidé de nous y emmener avec eux, assurés qu'ils sont de n'avoir pas à payer le prix du sang versé. Le sang des autres, bien entendu.
    Propos recueillis par Jérôme BOURBON. Rivarol du 30 novembre 2012
    Iran, la destruction nécessaire Persia delenda est... Jean-Michel Vernochet 128 p. 15 €.

  • La fin de la présence musulmane en Gaule (732-759)

    Bataille de Poitiers - Charles de Steuben
    Charles Martel à la bataille de Poitiers par Charles de Steuben (1834-1837).

    Contrairement à une idée reçue, la victoire de Charles Martel à Poitiers (732) ne met pas fin aux raids musulmans dans le Sud de la Gaule. La voie de l’Aquitaine n’est cependant plus empruntée par les musulmans qui préfèrent désormais remonter la vallée du Rhône. Dès 734, les musulmans se lancent dans de nouvelles razzias à partir de Narbonne.

    Un accord passé entre un dignitaire chrétien, le patrice Mauronte, duc de Provence, et le gouverneur de Narbonne Yûsuf ibn Abd al-Rahmân al-Fihrî, prévoit l’occupation d’un certain nombre de sites fortifiés sur la rive gauche du Rhône pour protéger la Provence des entreprises de Charles Martel.

    I. L’expédition musulmane et la contre-offensive carolingienne (734-737)

     

    cartes 4 grands raids
    Les 3 grandes expéditions militaires en Gaule. Les Arabo-berbères échouèrent devant Toulouse (721) et près de Poitiers (732). Cliquez pour grossir.
    Carte tirée du livre de P. Sénac, Les Carolingiens et al-Andalus (VIIIe-IXe siècles).

    Dans certaines sources comme la Chronique de Frédégaire, le patrice Mauronte est présenté comme un traître : « de nouveau se rebelle la puissante nation des Ismaëlites, que l’on nomme maintenant, selon un terme corrompu, Sarrasins. Ils font irruption depuis le Rhône, et tandis que trahissent des hommes infidèles, par ruse et fourberie, notamment Mauronte et ses alliés, les Sarrasins rassemblent des forces armées, entrent à Avignon, ville bien fortifiée sur une colline. Les habitants se rebellent et la région est dévastée ». Les musulmans, après avoir pénétré Arles, entrent effectivement dans Avignon avant de se diriger vers le Nord pour installer de petites garnisons jusqu’à Lyon, cité occupée par les musulmans depuis 726, afin de probablement préparer une nouvelle invasion.

    Face à cette menace, dès 737, Charles Martel réplique en formant une armée qu’il confie à son frère Childebrand pour mettre fin à la présence musulmane dans ces régions. Arrivé près de Lyon, la garnison musulmane se retire de la ville sans combattre pour se replier sur Avignon. Descendant la vallée du Rhône, Childebrand met le siège devant Avignon. Rapidement, Charles Martel rejoint son frère avec de nouvelles troupes. Selon la Chronique de Frédégaire, la bataille est très violente : « Comme à Jéricho, au milieu du fracas des armées et au son des trompettes, avec des machines de guerre et des échelles de corde, [les Francs] se précipitent sur les murailles et les remparts de la cité, entrent dans cette ville bien fortifiée, l’incendient, capturent leurs dangereux ennemis, les tuent, les massacrent, les mettent en déroute et, sans coup férir, rétablissent leur pouvoir ». La répression violente de Charles Martel est une vengeance à l’égard de la ville qui s’est rendue aux musulmans sans combattre quelques années plus tôt.

    II. Les opérations en Narbonnaise et la bataille de la Berre (737)

    alentours de Sigean - carte de Cassini
    Portion de la carte de Cassini (XVIIIe) permettant de bien visualiser les mouvements de troupe et le lieu de la bataille.

    Charles Martel entend profiter de son avantage pour chasser les musulmans de Narbonnaise. Après avoir repris Nîmes, Agde, Maguelone et Béziers, il parvient à Narbonne et met le siège devant la ville en 737. L’émir de Cordoue Uqba ibn al-Hadjdjâdj al-Salûlî envoie alors des renforts pour secourir les assiégés. Charles abandonne le siège de la ville pour se porter à leur rencontre.

    La bataille aurait eu lieu un dimanche, non loin de l’étang de la Berre. Les Francs choisissent d’emprunter, à l’Ouest du massif, un chemin serpentant à travers les collines pour échapper au regard des musulmans puis atteignent le village de Portel. A partir de là, ils longent la Berre puis traversent la rivière à gué à Villefalse. Charles est maintenant au contact de l’ennemi pris par surprise et rapidement mis en déroute dans un combat sanglant. D’après la Chronique de Frédégaire, « les Sarrasins, vaincus et abattus, virent leur roi tué, furent mis en fuite et battirent en retraite. Les rescapés cherchent à s’échapper en embarquant sur des bateaux, en nageant dans la lagune ; chacun luttant en fait pour soi-même, ils se précipitent ainsi les uns sur les autres. Bientôt les Francs, avec des bateaux et armes de jet, se précipitent sur eux et les tuent en les noyant. »

    La bataille de la Berre (que l’on rencontre parfois aussi dans les livres sous le nom de « bataille de Sigean »), est beaucoup moins connue que Poitiers mais au moins aussi importante stratégiquement. D’ailleurs, près d’un siècle plus tard, Eginhard (biographe de Charlemagne) mettra sur le même plan ces deux victoires franques. A la suite de la bataille, le pape se détourne d’Eudes, duc d’Aquitaine battu à Bordeaux, pour conclure une alliance avec Charles Martel et les Carolingiens. Cette alliance constitue une étape qui va permettre au fils de Charles, Pépin le Bref, de se faire couronner roi des Francs en 751.

    III. La prise de Narbonne (752 ou 759)

    Il ne reste plus aux musulmans que Narbonne, que Charles échoue à reprendre en 737 malgré sa victoire à Sigean. Le maire du palais décède quatre ans plus tard, et la prise de la ville est l’affaire de Pépin le Bref, premier roi carolingien. La date de la prise de Narbonne n’est pas certaine, les sources arabes la fixe à 752 tout comme les Annales de Metz (mais les Annales de Metz indiquent aussi que la ville fut reprise sous Abd al-Rahman Ier, or celui n’a accédé au pouvoir qu’en 756). La Chronique de Moissac place l’événement en 759, date communément admise.

    Selon les Annales de Metz la ville aurait été prise suite à trois assauts successifs tandis que la Chronique de Moissac insiste sur la complicité de la population indigène qui se serait soulevée contre les occupants et aurait ouvert les portes de la cité aux Francs. Il semble bien en effet qu’à partir de 750 la présence musulmane dans la région se vit remise en cause par les Narbonnais pour une raison restée inconnue : persécutions religieuses ? Accroissement de la fiscalité ? L’émir Abd al-Rahmân aurait envoyé, là encore, une armée de secours sous la direction d’un certain Sulaymân mais elle aurait été écrasée avant d’avoir pu rejoindre la ville.

    Les musulmans ont désormais été repoussés au-delà des Pyrénées et les difficultés intérieures en al-Andalus ne permettent pas de mener d’autres grandes expéditions en Gaule. Aucun combat n’opposa par la suite les musulmans et les Francs sous le règne de Pépin. Quelques musulmans subsistent peut-être isolés ici et là mais plus aucune place forte n’est alors en leur possession. Il faut attendre la fin du IXe siècle pour voir des corsaires musulmans au service de l’émirat de Cordoue s’établir en Francie occidentalis, à la Garde-Freinet, pour mener des raids aussi bien terrestres que maritimes.

    Gisant de Charles Martel à St-Denis
    Gisant de Charles Martel dans la basilique Saint-Denis. Charles Martel est, avec le connétable Bertrand du Guesclin (XIVe), la seule tête non couronnée à reposer dans la nécropole royale.

    http://histoire.fdesouche.com

    Bibliographie :
    SÉNAC, Philippe. Musulmans et Sarrasins dans le sud de la Gaule du VIIIe au XIe siècle. Le sycomore, 1980.
    SÉNAC, Philippe. Les Carolingiens et al-Andalus (VIIIe-IXe siècles). Maisonneuve et Larose, 2002.