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culture et histoire - Page 2055

  • (Clubs et Cercles) Les Maître de l'ombre

    Aussi sélects que des clubs de bridge, aussi fermés que des cercles de jeux, il existe en France toute une série de comités, clubs, cercles, fondations ou commissions dont la quantité des effectifs est inversement proportionnelle à l'influence intellectuelle ou économique qu'ils exercent. Les réseaux qu'ils constituent sont ceux du vrai pouvoir.

    Un pouvoir social-démocrate.

    Le cercle d'influence ne doit pas être confondu avec le club politique. Certes, quelques-uns de ces derniers comme le club Vauban de Simone et Antoine Veil - du nom du domicile parisien du couple, place Vauban - réunissent de manière informelle des personnalités du monde politique en dehors des clivages traditionnels. Le discours pro-cohabitationniste que tenait Simone Veil dès 1985, et qu'elle reprend aujourd'hui, est étoffé par les contacts permanents qu'elle entretient, en son salon, avec les figures politiques du centrisme de Jacques Barrot à Lionel Stoleru, d'Olivier Stirn à Didier Bariani. « Travailler ensemble », envisager de possibles « coalitions » transcourants - la coalition conçue comme l'institutionnalisation de la cohabitation -, autant de thèmes récurrents issus de discussions en petits comités qui ne doivent rien à l'expression de la volonté populaire.

    ✑ Le pouvoir des medias

    La Fondation Saint-Simon est au contraire l'exemple type de ces sociétés de pensée efficaces et discrètes - seules de (rares) indiscrétions permettent de prendre connaissance des participants. Alain Minc est l'un d'eux. Il brasse les chiffres et les mots. Il dirige d'importantes sociétés, et écrit des livres. Il manage, et il pense. Roi de l'OPA, il conceptualise à tour de bras la nécessaire social-démocratisation du capitalisme. Minc est ce qu'on appelle un auteur à succès, surtout télévisé. Ses livres, La Machine égalitaire, L'Avenir en face, La Vengeance des nations, sont autant de titres dont tout le monde a entendu parler et que quelques-uns ont feuilletés ; rares sont ceux qui en ont pris réellement connaissance. Peu importe : sa médiatisation à outrance suffit à faire passer ses idées. Une médiatisation qui doit plus à ses réseaux qu'à l'originalité de son propos.

    Dans sa copieuse notice du Who's Who, Minc ne mentionne pas son appartenance à la Fondation Saint-Simon. L'homme d'extrême centre y joue pourtant un rôle prépondérant.

    Qui y rencontre-t-il ? Roger Fauroux, le p.d.g. de Saint-Gobain, Georges Kiejman, le ministre ami de Mitterrand, Serge July, le directeur de Libération, ou encore Jean-Claude Casanova, conseiller de Raymond Barre. Ensemble, il refont le monde. Comme tout un chacun dans les conversations de bistrot ? Pas exactement.

    Quand, en 1984, la France « découvre la crise », télévision et journaux s'emparent du thème pour le retourner : cela donne Vive la Crise, un supplément de Libération et une émission de grande écoute avec Yves Montand destinés à expliquer aux Français que la crise que connaît le pays peut être tout à fait profitable en ce sens qu'elle est l'occasion d'une remise en question du système, et qu'avec de la volonté et de la solidarité, chacun en sortira plus fort et meilleur. Ce nouveau concept qui appelle à une sorte de rédemption et va relancer la machine capitaliste pour son plus grand profit est issu des

    réflexions saint-simoniennes, ainsi que du Siècle, club concurrent mais aux idées proches. Deux espèces de franc-maçonnerie sans rite initiatique, mais où les conditions d'admission sont liées au statut social (élevé : financiers, directeurs de journaux, sociologues) et au pouvoir médiatique dont ils bénéficient, ainsi qu'à de « fermes » convictions social-démocrates et malthusiennes.

    ✑ Les maîtres du monde

    Ces cercles cependant, par leur action uniquement hexagonale, ne peuvent prétendre à contrôler l'ensemble de la planète. Cette ambition démente et est celle de la commission Trilatérale, fondée en 1973 par David Rockfeller.

    « Une organisation de la sagesse au niveau international », dira Raymond Barre, membre dès sa création de cette organisation regroupant environ trois cents personnes : banquiers, hommes d'affaires, universitaires ou politiques d'Europe, des États-Unis et du Japon définis comme « les trois régions (sic) à économie de marché » qui ont pour projet commun... de devenir maîtres du monde. L'expression est-elle exagérée, pour une organisation qui prétend vouloir « harmoniser les relations politiques, économiques, sociales et culturelles entre [ces] trois régions » ? Et les exemples abondent de réussites fulgurantes et surprenantes.

    Le cas de Raymond Barre est le plus étonnant. En 1973, il adhère à la Commission. L'année suivante, il est l'une des cinq personnes qui, au niveau international, organisent le premier sommet des pays industrialisés, qui va devenir le fameux G7 grand ordonnateur de l'économie mondiale. Et en 1976, il est nommé à la stupéfaction générale Premier ministre de la France, tandis que Jimmy Carter, lui aussi « trilatéraliste », accède à la présidence des États-Unis. Comme le dit Barre lui-même : « Tous ses membres [de la Trilatérale] ont eu des responsabilités avant, pendant ou après leur participation. Ils en ont tous tiré un grand profit. »

    On pourrait encore citer le Bilderberg Group, organisation jumelle de la Trilatérale - Barre, Rocard, Stoleru, Attali ou Rothschild s'y côtoient -, ou le séminaire annuel de Davos, qui ont également pour fonction de réunir le top niveau de la politique et de la finance internationale, par-delà des frontières que la mondialisation de l'économie aurait rendues obsolètes, et loin du regard des peuples auxquels il n'est décidément pas possible de laisser le pouvoir de trancher des problèmes aussi complexes.

    « Je ne crois pas, expliquait Raymond Barre, que les grandes conférences apportent des solutions aux problèmes économiques de notre monde. A moins qu'elles n'aient été préparées de longue date, et qu'on n'ait déjà pris toutes les décisions. » C'est tellement mieux quand c'est expliqué clairement.

    ✍ Philippe Gurson Le Choc du Mois. Décembre 1992

  • Comte de Paris : «La France n'a pas à rougir, ni à avoir honte de son passé.»

    Quelle Repentance ? Au XVIII° Siècle, Alger comme Tunis étaient des repaires de brigands qui, à l'instar de la Somalie actuelle, pillaient, rançonnaient et emmenaient en esclavage les habitants de la côte nord de la Méditerranée.
    Pour mettre fin à la traite des blancs, la France entreprit, dès 1830, la conquête en Afrique du Nord de ce qui n'était pas encore l'Algérie. Mon arrière grand Oncle, le Duc d'Aumale, s'empara de la Smala de l'Émir Abd-El-Kader qui se rendit peu de temps après. Prisonnier au château d'Amboise, il fut traité avec tous les honneurs dus à son  rang et plusieurs de ses compagnons morts de vieillesse ou de langueur y sont enterrés.
    La Fondation Saint Louis a érigé depuis  quelques années, dans les jardins du château, un cimetière musulman, selon les règles islamiques. Leurs descendants viennent y prier régulièrement. Comme tant de Français du contingent ou rappelés, j'ai participé à la guerre en Algérie, elle se camouflait sous le vocable de  pacification. J'y étais volontaire, puis officier d'Active. Tous nous  y accomplissions notre devoir envers la France.
    C'est au nom de mon frère François et de tous mes frères d'Armes morts pour la France que je prends la plume aujourd'hui.
    C'est au nom  des Harkis qui ont servi la France et furent massacrés de façon ignominieuse après les accords d'Évian.
    C'est au nom des Pieds-Noirs qui ont construit des écoles, des routes, des hôpitaux et qui ont rendu la richesse à cette terre.
    C'est au nom de tous ceux, quel que soit leur camp, qui y reposent éternellement, que la France n'a pas à rougir, ni à avoir honte de son passé, encore moins à demander pardon.
    Pour qu'il y ait pardon, il faut que celui qui pardonne soit irréprochable. Or dans toute guerre, les tueries et les atrocités  sont toujours partagées, ce n'est pas beau mais c'est ainsi car la  guerre est détestable. Nous sommes actuellement dans une autre ère. J'espère que la raison y prévaudra contre tout intégrisme politique ou religieux. "Mare Nostrum" doit pouvoir devenir le trait d'union entre le Nord et le Sud afin que les plaies puissent être refermées.
    C'est dans le  respect des âmes mortes, celles de ces valeureux combattants des deux bords que l'on peut offrir cette prière: Écartez de notre pensée le faux repentir, source d'aigreur. Écartez l'acte humiliant et  inopérant des "bourgeois de Calais". Afin que nos deux peuples  puissent vivre dans une harmonie nécessaire à une amitié naissante.

    Lafautearousseau

  • La vérité qui rend libre VI


    La vérité qui rend libre VI par round_affectif

    http://johanlivernette.wordpress.com

  • 987 : Tout commence à Senlis

    Prélude au mariage princier du 2 mai... Perdue par d'incessantes querelles autour de la Lorraine, la dynastie carolingienne s'éteint. À la mort de Louis V, l'archevêque de Reims, Adalbéron, oeuvre en faveur de l'élection d'Hugues Capet, loin d'imaginer qu'il engageait la France pour huit cents ans !
    Cette année-là, Hugues Capet, duc des Francs, quarante-sept ans, attendait, avec patience et vigilance, que la dynastie carolingienne finît de s'effilocher. Ces descendants de Charlemagne avaient laissé la souveraineté s'émietter, se faisant les obligés de toute une "clientèle" vassalique et anarchique, tandis qu'ils s'essoufflaient à disputer à l'empereur romain germanique la Lorraine que les différents partages consécutifs au traité de Verdun leur avaient enlevée.
    Les Robertiens
    Tôt ou tard, si la France ne devait pas mourir, viendrait l'heure de ceux que l'on nommait alors les Robertiens, ces descendants de Robert le Fort, héroïques défenseurs de la cité contre tout envahisseur, et dont le représentant depuis 956 était ce valeureux Hugues surnommé Capet en tant qu'abbé laïc de l'église de Tours où était gardée la chape de saint Martin. Il savait que, déjà, comblant les défaillances des Carolingiens, son oncle Eudes (de 888 à 898), puis son grand-père Robert (de 922 à 923) avaient ceint la couronne des Francs (1). Son père, toutefois, Hugues dit le Grand, duc des Francs, avait su ne pas bousculer l'Histoire. À vouloir se précipiter vers le pouvoir il risquait de s'attirer la méfiance des autres féodaux...
    Alors Hugues le Grand avait "fait" roi Louis IV d'Outre-mer, fils du minable Charles III le Simple ; puis Hugues et Louis IV ayant épousé tous les deux une soeur de l'empereur Othon 1er, s'étaient retrouvés beaux-frères et Hugues, à la mort de Louis avait fait élire et couronner le fils de celui-ci, Lothaire, avant de mourir lui-même. Ainsi donc Lothaire, roi des Francs, et Hugues Capet, fils du Grand, bientôt à son tour duc des Francs et second personnage du royaume, étaient cousins germains, avec l'inconvénient d'avoir tous les deux pour oncle l'empereur Othon 1er, lequel, voulant les embrigader dans son système d'empire universel, avait placé sur le trône épiscopal de Reims, ville du sacre, un homme à lui, Adalbéron. À la mort d'Othon 1er en 973, Lothaire fonçant sur la Lorraine comme sur une proie avait attiré la colère d'Othon II et une invasion germanique sur la France, dont Hugues Capet, sauvant Paris, avait profité pour apparaître comme le vrai défenseur du bien public.
    Depuis lors, Hugues, déjà comte de Paris, d'Orléans, Dreux et Senlis, époux d'Adélaïde d'Aquitaine (petite-fille par sa mère de Rollon, l'ancien chef des Normands, converti au christianisme) s'occupait de ses domaines et surveillait discrètement son royal cousin, mais dès 985 Gerbert, secrétaire d'Adalbéron, écrivait à la cour impériale : « Le roi Lothaire est roi par le titre ; Hugues l'est par les faits et gestes. » Aux yeux d'Adalbéron, la race carolingienne était perdue parce que ses incessantes querelles pour la Lorraine allaient à l'encontre de la paix de la chrétienté et de l'ordre du monde.
    2 mars 986 : mort de Lothaire. Les choses allaient alors se précipiter : son grand débauché de fils, Louis V, dix-neuf ans, s'était avisé de mettre Adalbéron en accusation pour agacer Othon II. Tandis que les Grands se réunissaient à Compiègne pour juger l'évêque, la nouvelle leur parvint soudain le 22 mai 987 de la mort à la chasse du jeune roi (sans avoir eu d'enfant d'une épouse de vingt ans plus âgée que lui)... Donc, retournement de situation : Adalbéron, d'accusé, passait maître du jeu et convoquait les Grands en juin à Senlis, sur les terres d'Hugues, pour une élection dont nul n'aurait pu dire qu'elle allait engager la France pour huit cents ans....
    « Vous aurez en lui un père »
    Ce n'était sûrement pas le sentiment d'Adalbéron qui ne voyait là qu'une élection ordinaire selon la coutume carolingienne. Excellent agent électoral, le prélat trouva les mots pour écarter le dernier des Carolingiens par le sang, Charles, duc de Basse-Lorraine, oncle du défunt Louis V : avec lui les guerres avec l'Empire seraient incessantes, de plus il avait mauvais esprit (il avait odieusement calomnié sa belle-soeur Emma, femme de Lothaire), mais surtout il tenait son duché de l'empereur et donc avait des intérêts hors du royaume. Sans le savoir Adalbéron ébauchait ce qui allait être une tradition capétienne fondamentale : le roi doit sortir « des entrailles du royaume », comme disaient alors les chroniqueurs...
    Puis Adalbéron continua son discours dont il ne pouvait mesurer toute la portée : « Donnez-vous pour chef le duc Hugues, désigné par ses actions, par sa noblesse et par ses forces, celui en qui vous trouverez un défenseur non seulement de la chose publique mais de vos intérêts privés. » C'était définir pour huit siècles l'essence de la royauté, gardienne du bien public et protectrice des droits de chacun contre les féodaux. Puis selon Richer, Adalbéron ajouta, comme s'il entrevoyait toute l'histoire de France : « Élisez le duc Hugues vous aurez en lui un père. »
    Une importante majorité se dégagea dès le 3 juin en faveur d'Hugues Capet lequel fut sacré à Noyon le 3 juillet, prononçant alors le serment de « faire justice, selon ses droits, au peuple qui nous a été confié ».
    Hugues Capet était roi, mais non le roi d'Adalbéron, ni celui des Grands qui l'avaient élu. En quelques mois, il allait faire sentir sa volonté d'oeuvrer dans la durée. C'est pourquoi nous resterons en 987 avec notre prochaine chronique.
    MICHEL FROMENTOUX L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 2 au 15 avril 2009
    1 - Ce que semble ignorer Philippe Goulliaud écrivant dans Le Figaro des 21-22 mars qu'Hugues Capet fut « élu premier roi des Francs en 987 » et oubliant, du même coup, tous les Mérovingiens et tous les Carolingiens...

  • JACQUELINE DE ROMILLY « Notre vrai espoir est dans l'enracinement des valeurs humanistes »

    Jacqueline de Romilly a suivi ses études à Paris. Elle entre ensuite à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm et à la Sorbonne. Agrégée de lettres, docteur ès lettres, elle devient professeur de langue et littérature grecques à l'université de Lille et à la Sorbonne, avant d'être nommée professeur au Collège de France en 1973 (chaire : la Grèce et la formation de la pensée morale et politique). Cette helléniste de renom est élue membre de I'Académie française en 1988. Jacqueline de Romilly est grand officier de la Légion d'honneur et de l'ordre national du Mérite et Commandeur des Arts et Lettres et des Palmes académiques.
    Comment expliquez-vous que le grec soit en train de disparaître de notre enseignement ?
    J. de R. : La première raison, à mon sens, en est le triomphe actuel du matérialisme. Les carrières scientifiques offrent manifestement des débouchés auxquels on a cru devoir sacrifier la formation littéraire, oubliant que pour tout métier un véritable enseignement est formation de l'esprit, du jugement, de l'art de s'exprimer et des valeurs. À cela s'est ajoutée une tendance nouvelle dans la pédagogie qui consiste à laisser l'enfant découvrir le plus de choses possibles tout seul ; cette tendance, qui peut avoir ses bons côtés, aboutit aussi à couper le contact avec le passé, avec les moments où se sont formées les grandes idées et où on les trouve encore de façon simple et immédiatement accessible. Cette double raison ad' abord atteint le grec, dont l'utilité pratique est très peu évidente, mais elle a atteint ensuite l'ensemble des études littéraires et même l'étude de la langue française et des auteurs français. Enfin, il faut ajouter que la multiplication des disciplines nouvelles et l'augmentation soudaine des élèves exigeaient un effort financier qui n'a pas été fourni : c'est souvent par économie que certains enseignements, si importants pour la formation de l'esprit, sont supprimés dans divers établissements.
    Il ne sera pas facile de réagir contre des causes aussi profondes et aussi diverses; mais la crise qui atteint maintenant l'ensemble de l'enseignement littéraire et des valeurs morales est assez sensible pour réclamer un sursaut : il serait temps d'ouvrir aux jeunes les richesses de cet apprentissage qui les relie au passé et les arme pour l'avenir.
    Est-il possible d'affirmer que durant ta période de la Grèce antique, c'est-à-dire païenne, on trouve toute une préparation des interrogations sur l'homme, sur la vie, sur le sens qui est l'essentiel ?
    J. de R. : Plus aucun doute : la réponse sur ce point est tout à fait évidente. C'est même là, à mes yeux, le trait le plus caractéristique de la littérature grecque. On le voit dès le début, dans les poèmes homériques où sont confrontées les volontés de l'homme et les décisions des dieux où se manifeste la souveraineté de ces dieux, mais aussi la dignité que peut garder, en toutes circonstance, l'homme même vaincu. On voit aussi les principaux héros incarner les grands sentiments ou les grandes situations humaines, à telle enseigne qu'ils en sont restés les symboles jusque dans nos littératures modernes. Ce trait est encore plus net quand on arrive au Ve siècle athénien : on voit alors la tragédie poser ouvertement ses problèmes, discuter de la justice divine, s'en inquiéter et s'interroger sur les limites de la vengeance ou du pardon et sur les conduites politiques. D'ailleurs, c'est l'époque où Socrate lance une philosophie centrée désormais sur l'homme, ses devoirs et ce à quoi il doit aspirer. Dans tous les genres, même dans l'Histoire, se retrouve ce souci de dégager des traits importants pour l'homme, en général, importants pour tous les temps.
    Et c'est ce qui fait à mon sens le prix de ces textes dans la formation des jeunes.
    Pourquoi les Grecs ont-ils eu le sens de l'importance de ces questions ?
    J. de R. : Il serait imprudent de donner une réponse trop précise, alors que les tendances naturelles d'un peuple et les diverses circonstances du temps ont pu jouer. Mais une chose est sûre : dès l'origine, les Grecs ont eu tendance à pratiquer le débat, c'est-à-dire à s'exprimer et à confronter leurs idées avec celles des autres, puis à les fixer par écrit de façon à établir un dialogue par-delà les circonstances du débat lui-même. Dans les poèmes homériques, qui coïncident avec les débuts de l'écriture, on trouve déjà des assemblées où les chefs délibèrent entre eux, et même d'autres assemblées où les dieux délibèrent entre eux. On discute, on cherche à convaincre. C'est le même principe qui les a poussés à définir l'importance de la loi et bientôt à inventer la démocratie. Non seulement ils l'ont inventée, mais ils ont cherché à en définir les principes, les beautés et aussi les risques. Pourquoi l'ont-il fait ? Je répète qu'il est impossible de le dire.
    Peut-on dire qu'il existe une continuité qui mène de ces interrogations à la pensée chrétienne, à la religion chrétienne ?
    J. de R. : Le mot de continuité est peut-être un peu fort, car la coupure apportée par le christianisme reste majeure; la prééminence du religieux sur le politique, la prééminence de l'amour sur toutes les vertus en sont les signes bien nets. Cependant, si l'on considère l'évolution progressive de la pensée grecque, on voit s'y manifester avec le temps des traits qui, en effet, préparent le christianisme. Dans le domaine proprement religieux, on assiste à un rejet progressif des légendes du mythe et à une tendance plus nette à considérer le divin sous une forme plus abstraite et plus parfaite. Déjà Homère écarte certaines histoires étranges du mythe. Au Ve siècle, Euripide, dans son théâtre, laisse des personnages les critiquer ouvertement ; et cela aboutit avec Platon à un refus franc accompagné d'une habitude nouvelle de parler du dieu ou de la divinité. Plus tard, on verra, chez les néoplatoniciens en particulier, une relation encore plus personnelle et fervente avec la divinité. Un bon exemple serait celui de Plotin. En tout cas, il est clair que l'on passe sans heurts des mythes effarants du début à ce rapport personnel avec Dieu qui émerge dans les siècles précédant le christianisme. Je voudrais ajouter qu'une même évolution se fait jour dans le domaine moral. Là où régnait avant tout la justice, on voit se développer, progressivement, des valeurs que l'on peut grouper sous le nom de douceur (c'est le mot employé en grec), et qui comportent l'indulgence, le pardon, la tolérance. J'ai consacré un gros livre au progrès de ces idées, progrès qui est continu et très net au cours des siècles. Certes, ces valeurs apparaissaient dès les premières œuvres grecques, où se marquait par exemple la pitié pour les vaincus ; mais elles n'ont cessé de se développer et par là préparaient en ce sens le christianisme. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le terme de «barbare», signifiant d'abord qui ne sait pas le grec, a pris la valeur qu'il a encore parmi nous aujourd'hui.
    Quelles étaient les relations entre l'homme et les dieux dans la Grèce antique ?
    J. de R. : Ces relations étaient très diverses. Pour simplifier, je distingueras deux aspects. D'abord la religion grecque était un polythéisme, et les dieux -divers pouvaient entretenir avec les hommes des rapports très proches. Jl y avait des enfants nés d'une déesse et d'un mortel ou d'un dieu et d'une mortelle; des dieux pouvaient avoir des mortels pour amis ou pour ennemis; ces dieux pouvaient surgir dans la vie humaine, intervenir sous des formes trompeuses, se mêler à l'action des hommes. Cela sans compter l'existence, non seulement des demi-dieux mais de toutes les petites divinités qui, aux côtés des monstres, introduisaient le sacré dans la vie quotidienne. La vie de l'homme grec était donc pleine de dieux et se trouvait par là comme enrichie par cette présence. Pourtant (et c'est le second aspect), ces dieux qui se mêlent aux hommes restent radicalement différents. Dès Homère, ils sont immortels par opposition aux mortels, et cela change tout. De plus, ces immortels connaissent une hiérarchie : la décision de Zeus est souveraine. L'homme est donc soumis à la décision divine, il la craint ; il tente de se la concilier par des prières. S'il connaît un sort mauvais, il cherche quelle faute il a pu commettre pour irriter un dieu, ou les dieux, ou Zeus lui-même. Le théâtre d'Eschyle est tout plein de ce tremblement devant cette justice de Zeus, dont on s'explique malles manifestations. Le problème des délais de la justice divine a hanté la pensée grecque d'Eschyle à Plutarque.
    Est-il possible d'affirmer que le culte de Zeus était une préfiguration des cultes monothéistes ?
    J. de R. : J'ai déjà indiqué que l'autorité de Zeus, en se précisant, tend à une sorte de monothéisme; mais je ne voudrais pas parler du « culte de Zeus », car cette évolution philosophique ne concerne pas le culte où les sacrifices et tous les rites étaient fort différents, dans leur esprit et dans leur forme, de la religion chrétienne.
    Quelles sont les valeurs humanistes qui vous semblent être encore actuelles ?
    J. de R. : À cette question je répondrai sans hésiter : toutes ! Je pense que le propre des valeurs humanistes est de tenir compte de ce qui est propre à l'homme. Ceci implique le désir de comprendre les autres, de se faire comprendre d'eux et de respecter par rapport à eux des règles précises. Ce principe n'exclut nullement le dévouement à la Patrie et à la Cité, loin de là; mais il implique le respect des règles de la justice et aussi de ces valeurs plus douces dont j'ai parlé et qui englobent pitié, indulgence et tolérance; et, par-delà les règles de la Cité, cela implique les règles valant pour tous, des lois non écrites qui imposent un certain respect des personnes et dont l'autorité vient directement des dieux. On trouve souvent dans les textes grecs des justifications de certaines conduites fondées sur l'idée : « il est un homme comme moi », « il pourrait m'arriver la même chose qu'à lui ». La fierté d'être un homme digne de ce nom anime les textes grecs; mais à la fierté des progrès techniques se mêle toujours le rappel de la règle morale qui commande tout L'ensemble de ces valeurs me paraît essentiel en tout temps, mais peut-être plus que jamais en une époque où l'on voit se développer de façon dramatique la violence, la guerre, et les crimes que l'on appelle justement « crimes contre l'humanité ». Chaque petit texte lu lentement apporte une aide en ce sens.
    Voyez-vous une opposition entre humanisme et enracinement ?
    J. de R. : Je ne crois pas qu'il y ait opposition : cela dépend du sens que l'on donne à enracinement. S'il s'agit d'attachement systématique à des traditions locales et d'hostilité à tous ceux qui ne les partagent pas, il y a opposition; mais les valeurs humanistes sont ce qui peut permettre à l'enracinement de ne pas prendre ce caractère. Elles permettent d'associer ces traditions à une ouverture et à une compréhension des autres. De même que l'on peut être Breton, Français, Européen et comprendre les autres cultures, de même l'enracinement et l'humanisme peuvent être conciliés à condition que celui-ci soit présent. Isocrate n'ignorait pas la lutte profonde, et même l'opposition entre Grecs et sujets de la Perse, mais il définit aussi l'hellénisme comme le fait d'une culture et non pas d'une race. J'aurais donc tendance à retourner le rapport des mots et à dire que notre vrai espoir est dans l'enracinement des valeurs humanistes : c'est là que l'enseignement a son rôle à jouer ; et c'est un rôle capital pour notre avenir.
    ✍ Propos recueillis par François Delancourt Français d'abord! - 2e quinzaine mai 2002

  • - Parvis des gentils - Benoît XVI au rendez-vous de l'intelligence

    Comme tous les bons capitaines, Benoît XVI ne se la joue pas « mouche du coche », s'acharnant là où les résultats sont bons, dans les pays de ce que l'on appelait encore récemment le Tiers monde. Il se porte au défaut de la Muraille. Il se bat là où la défaite menace, là où la déroute n'est pas loin, je veux dire : en Europe.
    La Vieille Europe a été le continent où le christianisme s'est trouvé un berceau. Il est en train d'y mourir. Le but du général d'année qu'est Benoît XVI est d'éviter les soins palliatifs, tellement pratiqués sur le terrain, dans les regroupements paroissiaux et les enfermements diocésains. Il faut de l'air. Il faut repartir à la conquête du monde, et en particulier du monde occidental, surtout de la Vieille Europe qui végète dans l'athéisme pratique. Il faut créer des événements pour réveiller la malade de son coma spirituel.
    C'est dans cette perspective que le 24 mars prochain, à Paris, Ville Lumière, Ville de la Culture, Benoît XVI organise - depuis Rome semble-t-il - ce qu'il a voulu appeler le Parvis des gentils. Etrange manifestation ! Elle aura lieu à l'UNESCO, à la Sorbonne et à l'Académie française. Info ou intox ? Je me suis laissé dire, par un des responsables de l'opération, que le pape apparaîtrait en direct de Rome SUf la façade de Notre Dame de Paris, répondant aux questions qui lui sont posées par le public. Il s'agit d'un « coup » formidable et sans précédent, mais aussi d'une réalisation qui risque d'en intriguer plus d'un. Dans l'organisation de la manifestation, cela a été mon premier étonnement : on ne retrouve pas la dernière née des organisations curiales, la Commission pour la nouvelle évangélisation. C'est la Commission pontificale pour la culture qui est chargée de cette Journée, avec à sa tête le tout récent cardinal Gianfranco Ravasi, responsable de la Commission pontificale pour la culture, celui qui a remplacé le cardinal Poupard. C'est que le Parvis des gentils n'est pas, à proprement parler, un acte d'évangélisation. Pour comprendre de quoi il va s'agir, il faut s'interroger sur Ie nom que le pape a choisi pour cette fête de la culture. Le Parvis des gentils, c'était, au temple de Jérusalem, la partie réservée aux non-juifs. Il s'agit donc pour l'Eglise de sortir d'elle-même et d'aller à la rencontre des païens qui le souhaitent. Mais cette rencontre doit être préparée. Ce « parvis des gentils » se veut un lieu du « dialogue avec ceux à qui la religion est étrangère, à qui Dieu est inconnu et qui, pourtant, ne voudraient pas simplement rester sans Dieu, mais l'approcher au moins en tant qu'Inconnu ». On reconnaît l'allusion « au Dieu inconnu » lancé par saint Paul aux Athéniens lors de son fameux Discours sur l'Aréopage. « Vous ne le savez pas, vous qui êtes les plus religieux des hommes, mais c'est lui que vous adorez ».
    Pour arriver à une telle prise de conscience, le chemin n'est pas simple. Dans un article publié par l'Osservatore romano, Mgr Ravasi s'en explique de la façon suivante, nous donnant vraisemblablement la perspective papale : « Il faut que l'athéisme comme la foi se soumette à une purification de leurs concepts originels : le premier doit retrouver son idéalisme de base, le second éviter le dévotionalisme et le fondamentalisme. Ce n'est que dans ces conditions que la rencontre pourra se faire, comme un vrai duo ayant pour fin l'harmonie et non tel un duel où les deux partis s'affronteraient à l'arme blanche ». Mais ajoute le nouveau cardinal, « les deux parties ne doivent en aucun cas renoncer à leur identité propre ». « Hors de toute métaphore, elles ne doivent pas se décolorer dans un vague syncrétisme idéologique ».
    La ligne de crête est difficile. Cette perspective évoque le dialogue étonnant entre le cardinal Ratzinger, près d'être élu pape et l'éditorialiste athée Paolo d'Arçais, édité depuis chez Payol. Il y avait là deux personnages de parfaite bonne foi. Aucun des deux n'essayait de convaincre l'autre, mais le cardinal consentait à se mettre en cause face au journaliste. J'ai l'impression que le parvis des gentils sera quelque chose comme ce dialogue, En plus grand. Et (cela nous intéresse) en France. Les esprits chagrins diront que ce « dialogue » comme tous les autres, ne sert à rien. En réalité, il s'agit, je crois, pour Benoît XVI, dans cet effort de purification, de déminer le terrain de la Culture et de montrer que, dans ce registre, le christianisme est au moins à égalité avec cet athéisme rationaliste qui, depuis quelque deux siècles, prétend au Monopole de l'intelligence. D'une certaine façon, le discours du pape au Centre des Bernardins relève justement de ce genre de démarche. Benoît XVI ne tente pas de convertir les athées. Il cherche simplement à ne pas leur laisser la vedette. Il me semble que dans la Reconquista spirituelle qui s'amorce, ce Parvis des gentils pourrait bien être la première étape nécessaire. On se plaint tellement que les prêtres manquent d'imagination dans l'œuvre de l'évangélisation. Le pape leur montre l'exemple. Loin de l'autocritique stérile, mais sans s'encombrer non plus des mille et une casseroles dont on tente ces derniers mois d'affubler l'Eglise, en toute liberté, en toute intelligence, Benoît XVI, le pape théologien, propose une rencontre à la régulière avec les athées d'Occident. Il n'est pas indifférent que Paris, siège mondial de l'UNESCO, soit aussi le lieu choisi pour cet échange d'un genre nouveau. J'avoue que je suis impatient de voir comment se dérouleront ces formidables Assises, où s'affronteront, « pour la première fois en un véritable duo », la foi et la raison. Je n'ai qu'une objection, je me la fais souvent vis-à-vis de ce qui vient de Rome : c'est peut-être trop intelligent ! En tout cas, on ne pourra pas dire que ce pape de 83 ans manque d'ambition et d'imagination.
    Joël Prieur : monde et vie 11 décembre 2010

  • Valls sur la corde raide

    Depuis la formation du gouvernement Ayrault, non seulement Manuel Valls apparaît, de très loin, comme son élément le plus populaire ; non seulement il se révèle le moins inactif ; mais encore il semble le plus résolument en contradiction avec son collègue de la Justice Mme Taubira.

    Sur la popularité on remarquera le baromètre SOFRES du 31 octobre. Il accorde 36 % de confiance à François Hollande et 34 % à Jean-Marc Ayrault. Ceci marque un point bas sans précédent depuis les calamiteux 6 premiers mois d'Édith Cresson (30 %) et d'Alain Juppé (34 %). Au contraire cette même étude accorde avec 46 % d'opinions favorables à Manuel Valls. Et ceci le place en tête des "personnalités d'avenir" préférées des Français suivi de François Fillon (44 %). Et aucun autre homme politique ne dépasse 40 %.

    Tout cela ne dérange peut-être pas uniquement ce qu'on appelle la "gauche de la gauche".

    Au sein de la coalition qui fut un instant majoritaire, en mai-juin, on peut parier que diverses murènes et autres amis bien intentionnés sont capables de mesurer par exemple que le gouvernement Cresson a duré 12 mois et celui d'Alain Juppé deux années. Le propre du quinquennat étant de durer 60 mois, et ce sera très long pour Monsieur Normal, il faudra assez rapidement donner un nouveau souffle à cet assemblage bancal.

    Les solutions de rechange ne sont pas innombrables.

    L'attelage actuel, plus fragile qu'on ne le croit, se compose du parti socialiste, des radicaux de gauche et des écolos. Ce qui permet à une Duflot, par exemple, de plastronner comme si le 6 mai 2012 le peuple français avait pris irrévocablement la Bastille et confié à "la gauche" les destinées de la nation comporte, malheureusement pour elle, en embuscade le front de gauche mélenchoniste, cache-nez du parti communiste.

    Ce dernier ensemble constitue la force centrale de la "gauche de la gauche". Mais celle-ci ne serait rien si elle se limitait à l'influence directe du bon vieil appareil stalinien et de ses comparses du jour. Ramifiée sur un nombre considérable d'associations et de syndicats, elle constate en fait de nombreuses convergences et connivences au sein même du PS, voire du gouvernement actuel.

    Or, Valls apparaît de plus en plus comme la bête noire de cette mouvance. Venu lui-même du trotskisme "lambertiste", comme beaucoup d'autres cadres du PS, il fait aujourd'hui figure de représentant de l'aile droite du parti. Ceci amenait Edwy Plenel dans Médiapart à le désigner pour un ennemi, et pis encore pour un renégat.  (1)⇓

    L'affaire Aurore Martin vient de donner du grain à moudre à cette campagne rampante pour l'affaiblir.

    En livrant à la justice espagnole une militante pro-ETA de nationalité française, le ministre de l'Intérieur a certes ouvert un cas d'école sur le plan juridique. Cela pose le problème de ce qu'on appelle "l'espace judiciaire européen", en l'absence d'une législation commune : le crime pour lequel elle est réclamée par les autorités espagnoles n'est pas reconnu comme tel par notre république.

    Rappelons à cet égard que les services répressifs de l'Hexagone, à l'époque Mitterrand, n'avaient jamais reçu d'instructions sincères et sérieuses pour coopérer avec leurs homologues d'Italie contre les Brigades Rouges. On voyait à Paris, dans ces indiscutables terroristes, de sympathiques antifascistes. Cela est regrettable mais cela explique que même lorsqu'il fut question de livrer Battisti, pourtant condamné par contumace pour meurtre dans son pays, "on" fit tout pour lui permettre de s'échapper.

    S'agissant des terroristes basques de l'ETA, les choses ont évolué différemment. Au départ la République jacobine et ses grandes consciences de gauche jugeaient avec beaucoup de complaisance coupable ces "honnêtes antifranquistes". On minimisait le fait que ces braves gens posaient des bombes et tuaient des innocents. Et puis progressivement les choses se sont retournées. L'Hexagone a cessé de s'offrir comme sanctuaire et base arrière pour cette fraction de la "cause basque" utilisant des moyens sanguinaires indéfendables.

    Avec l'extradition d'Aurore Martin le balancier est revenu à l'autre extrême.

    Le camarade Dartigolles développe donc la rhétorique du parti communiste :

    "… Aurore Martin a été arrêtée par la gendarmerie puis livrée aux autorités espagnoles dans la foulée. Par-delà le débat soulevé par l'exécution, pour la première fois dans notre pays, d'un mandat d'arrêt européen, comment expliquer que cette arrestation intervienne - alors qu'Aurore Martin avait décidé de ne plus se cacher depuis plusieurs mois -, tout juste après les propos incendiaires de Manuel Valls au journal espagnol El Pais au sujet de la création d'une collectivité territoriale basque. (…) le ministre de l'Intérieur a-t-il voulu reprendre la main avec l'arrestation d'Aurore Martin ? (…) Face à ce questionnement, comment ne pas ressentir un profond malaise ? Manuel Valls doit donc s'expliquer".  (2)⇓

    Le PCF accuse donc le ministre de "vouloir prendre modèle sur la méthode et le style Sarkozy lors de son arrivée au ministère de l'Intérieur au printemps 2002". Et il stigmatise ceux qui, comme le député PS Jean-Jacques Urvoas remarquent que l'arrestation "ne relève pas de la compétence" de Valls. Le porte-parole communiste va jusqu'à faire semblant de s'étonner et de s'indigner que "face aux réactions de colère et d'incompréhension suite à l'arrestation et à l'extradition d'Aurore Martin, le PS a organisé la défense de Manuel Valls".

    À l'autre aile de la coalition le président des radicaux de gauche Baylet soutient Valls  (3)⇓ :

    "La gauche ne peut exprimer aucune sympathie vis-à-vis d'ETA et de celles et ceux qui soutiennent cette organisation qui a ensanglanté et terrorisé l'Espagne trop longtemps. le romantisme n'a pas sa place dans la lutte contre le terrorisme !. L'arrestation d'Aurore Martin et son extradition en Espagne sont la conséquence logique de la coopération franco-espagnole en matière de lutte contre le terrorisme. Il est pour le moins surprenant d'entendre des élus de la République attaquer le ministre de l'intérieur parce que la loi et les engagements européens de la France sont respectés", conclut le patron de la Dépêche du Midi et sénateur du Tarn-et-Garonne.

    En 1922 les frères Sarraut, prédécesseurs de M. Baylet à la tête de ce qui s'appelait la Dépêche de Toulouse, du parti radical et du ministère de l'Intérieur tentaient de réveiller les Français sur le thème "le communisme voilà l'ennemi". Pour le malheur de la France ce fut, au sein la gauche, et du parti radical socialiste, Édouard Herriot  (4)⇓ qui l'emporta à l'époque. L'Histoire recommence-t-elle toujours à l'identique ?

    JG Malliarakis http://www.insolent.fr

    notes :

    1. cf. "Ce reniement dont Manuel Valls est le nom" éditorial du 20 septembre.
    2. cf. dépêche AFP du 3 novembre à 12h27
    3. AFP Publié le 03/11/2012 à 12h37
    4. Cf. le chapitre qui lui est consacré dans l'Alliance Staline Hitler.