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économie et finance - Page 912

  • La CGT bloque encore toute réforme en France

    Ce 10 janvier à Paris, dans une large indifférence de la population, une délégation de la CGT organisait ce qu'elle appelle un rassemblement régional devant le siège du Medef. Les permanents de la vieille centrale stalinienne apparaissaient flanqués de ceux de la FSU Fédération syndicale unitaire de l'Éducation nationale et de Force ouvrière. Bernard Thibault en fin de mandat participait comme vedette américaine à ce non-événement.

    En cette occasion, annonçait courtoisement l'Humanité : "une initiative sonore et originale sera organisée sous les fenêtres du Medef sur le thème : Le Medef veut casser le code du travail ; les salariés vont lui casser les oreilles." (1)⇓

    Ces mouvements syndicaux regroupent essentiellement des fonctionnaires et des personnels à statuts, mais ils prétendent lutter contre la précarité. Cela peut paraître d'autant plus curieux que les contrats de courte durée représentent une très faible partie des effectifs salariés du pays, et que les syndicats ne s'en préoccupent guère.

    Or, le but de la manœuvre d'intimidation ne contient aucune part de mystère. Dans les dernières 48 heures d'une négociation sur les contrats à durée déterminée, que la gauche voudrait taxer, il s'agit non seulement d'empêcher toute évolution vers ce qu'on appelle la flexisécurité mais d'enrayer tout processus de réformes dans l'économie française.

    Déjà le 13 décembre, la CGT avait annoncé (2)⇓ qu'elle tendrait à bloquer tout accord, à empêcher que le Medef signe un texte avec 2 ou 3 syndicats plus responsables. Ceci toujours au nom de la défense des précaires.

    Or, sur ce sujet la plupart des commentateurs agréés, les un en clair-obscur, les autres en demi-teinte, enrichissent la longue histoire de la langue de bois.

    Les commentaires des journalistes autour de la phase actuelle de ces négociations sur le marché du travail nous contraignent donc aujourd'hui à rappeler certaines évidences. Tant pis si cela amène à enfoncer ce que l'on peut tenir pour des portes ouvertes.

    Aucune réforme ne sera possible avec la CGT pour des raisons essentiellement historiques : on se refuse à remettre en cause un certain héritage étatiste.

    On le fait remonter aux déclarations du 1er octobre 1944 par De Gaulle à Lille : "la collectivité c'est-à-dire l'État doit prendre la direction des grandes sources de la richesse commune". Très rapidement une première vague s'abattait sur le pays. Le 15 novembre 1944 le gouvernement procédait à la confiscation des usines Renault. Le 13 décembre étaient publiées les ordonnances nationalisant les Houillères du Nord et du Pas-de-Calais.

    L'institution de la IVe république allait aggraver et accélérer le processus. Le 13 novembre 1945 De Gaulle avait été élu président du gouvernement provisoire à l'unanimité des 555 députés ; 10 jours plus tard, il annonçait la nationalisation prochaine du crédit et de l'électricité. Son équipe comprend alors 22 ministres dont 5 communistes.

    Or, le 18 janvier 1946, un projet de loi n° 300 relatif au "monopole et à la nationalisation de l'électricité et du gaz" était présenté à l'Assemblée constituante par Marcel Paul. Ministre de la production industrielle ce militant communiste agissait "au nom de Monsieur [sic] Charles De Gaulle président du gouvernement provisoire". Mais deux jours plus tard, le 20 janvier, le général démissionnait.

    Après son départ, il ne faudra pas moins de 15 projets successifs pour que la loi de nationalisation de l'électricité et du gaz soit votée le 28 mars ; elle sera publiée au JO des 8-9 avril.

    Il se trouve que la principale bataille fut livrée par les communistes et par la CGT dont ils venaient de prendre le contrôle. Ils parviendront alors à transformer cette "direction par la collectivité c'est-à-dire par l'État" (De Gaulle dixit) en vaste centre de privilèges syndicaux. Et c'est seulement le 22 juin que sera publié au Journal Officiel le décret portant sur le "statut national du personnel des industries électrique et gazière".

    Marcel Paul imposera la marque du parti communiste et de la CGT : c'est la sanctuarisation de privilèges professionnels que l'on retrouve à la SNCF et chez les fonctionnaires. Le statut de ces derniers remonte à Maurice Thorez, secrétaire général du parti communiste et ministre de la Fonction publique en 1946.

    Or, aucun des statuts, pas plus que le statut du fermage datant de la même année, n'a jamais été remis en cause.

    La fatigue de plus en plus visible de l'équipe gouvernementale amène beaucoup de Français lucides à s'interroger. Rassemblée depuis mai-juin 2012 autour de Jean-Marc Ayrault la formule peut-elle durer ? On se demande dès lors ce que pourra être l'étape prochaine de la présidence Hollande. Et d'imaginer, au sein de la gauche, une franche rupture avec le parti communiste, une ouverture aux "centristes", un "tournant social démocrate" etc.

    Tout cela supposerait beaucoup de remises en cause et de changements. Difficile de croire que ceci se passera sans une grave mutation et sans une pression dramatique résultant de la dégradation de la situation économique. Le "capitaine de pédalo" s'en montrera-t-il capable ?

    JG Malliarakis http://www.insolent.fr/

    Apostilles

    1. cf. "L'Humanité" du 8 janvier.
    2. cf. AFP du 13 décembre 2012 à 15 h 38. La délégation CGT était ce jour-là conduite par le successeur de Thibault, le camarade Le Paon.
  • Économie les défaillances en chaîne

    Tout modèle ne vaut que ce que valent ses hypothèses, Ce principe épistémologique s'applique donc naturellement aux modèles économiques et financiers.
    L'hypothèse économique fondamentale sur laquelle a reposé toute la belle mécanique financière est simple, et peut-être naïve: la progression constante des prix de l'immobilier. La seule raison pour laquelle des crédits ont été accordés à des ménages à faibles revenus, c'est la possibilité de rembourser le prêt en cas de défaillance en revendant le logement acquis grâce au prêt. Comme leur valeur ne cesse de s'apprécier, la défaillance des emprunteurs fi' est pas "réellement" un problème. Les techniques de vente agressives du crédit immobilier à des ménages à faibles revenus prévoyaient des taux variables. A la grande époque du crédit immobilier américain (2004-2006), les taux sont faibles et il n'existe pas de raison qui permette de penser que ces taux (indexés sur le bon fonctionnement de l'économie américaine) remonteront brutalement. C'est la raison pour laquelle les produits contenant des crédits immobiliers sont bien notés par les agences de notation.
    Le coup du ciseau
    Les deux supports du modèle "subprime" ont évolué dans un sens contraire : pour lutter contre l'inflation, la banque centrale américaine a remonté ses taux directeurs (renchérissant le coût du crédit) et le marché immobilier américain a baissé (faisant chuter la valeur des logements nouvellement acquis) : la crise se révèle en juin 2007.
    A partir de ce moment, la crise est imparable. Les ménages endettés sont insolvables. Les banques font jouer des garanties portant sur des logements dont la valeur est largement inférieure au montant des prêt accordés. Les acheteurs des fameux produits structurés ne reçoivent plus leur paiement. Apparaissant à leur bilan pour une valeur qui n'est plus la leur, ils sont obligés de les déprécier : ils font apparaître une charge comptable, les provisions, qui signale qu'il y a une forte probabilité qu'ils perdent, contre leurs espérances, l'argent qu'ils avaient investi dans ces produits. Comme un investissement en finance ne vaut que ce qu'il rapporte (dans le cas de ces produits) plus rien ou presque, leur valeur, celle des acheteurs et des banques eux-mêmes (qui sont, pour leurs actionnaires et leurs prêteurs, des investissements comme les autres) chute brutalement.
    Les banques du monde entier, qui entretiennent des relations croisées en permanence (puisqu'elles se prêtent et s'échangent entre elles des liquidités, et cela de manière ininterrompue), rompent instantanément leurs opérations, contribuant ainsi à l'effondrement général du système et du prix des instruments financiers. L'argent ne circule plus, c'est une crise de liquidité.
    La panique bancaire et la crise de liquidité
    Un vent de panique s'empare des places financières : leurs acteurs se sont échangé pendant 5 ou 6 ans des produits qu'ils ont eux mêmes retransformés et revendus à leurs propres clients et il s'avérerait que ces produits ne valent plus rien, alors même qu'on ne les a pas prévenus du risque ?
    La transmission à l'économie réelle
    Une des conditions nécessaires à l'établissement d'une relation entre un emprunteur et un investisseur, c'est la confiance. Quand cette confiance est perdue, le marché est gelé et les éventuels investisseurs désertent. Il faut alors restaurer la confiance et c'est le rôle que les Etats vont s'efforcer de jouer dans les prochains mois.
    Les répercussions de la crise de la sphère financière sont liées à ce climat de confiance.
    En effet, les cours des entreprises cotées intègrent des informations sur les perspectives économiques réelles de ces entreprises. Par le jeu des achats et des ventes de titres, les investisseurs traduisent leur optimisme ou, au contraire, leurs inquiétudes sur le futur. La chute des cours est donc déjà un indicateur (et non pas une cause) de mauvaises perspectives économiques et se répercute sur le moral des entreprises.
    Sur l'économie « réelle », l'assèchement des liquidités et le durcissement des conditions d'octroi des financements (par dette ou fonds propres) influencent directement les capacités d'investissement des grandes entreprises qui ont accès aux marchés financiers. Or l'on sait que l'investissement conditionne la croissance des revenus, et donc celle des salaires des ménages. Mais le tissu des petites et moyennes entreprises est également frappé par les remous de la sphère financière et cela, de deux façons : d'une part, les PME n'ayant pas accès aux marchés financiers (99 % d'entre elles) financent une partie de leurs investissements en ayant recours à l'endettement bancaire. Sans intervention efficace des autorités publiques, les banques ne joueront plus ce rôle de soutien à l'investissement, qui est habituellement le leur vis-à-vis de ces entreprises.
    D'autre part, un certain nombre de PME agissent comme sous-traitants de grands groupes. Les plans de réduction de coûts attendus en raison des mauvaises perspectives économiques vont donc également les toucher, entraînant vraisemblablement des réductions d'effectifs et une stagnation des salaires.
    Antoine Michel
    Une crise en sept étapes
    Les étapes de la crise ont été décrites par l'économiste Hyman Minsky, dont Philippe Escande résumait l'analyse en sept phases dans Les Echos du 19 septembre.
    1. En 2001, le président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, décide une baisse massive des taux d'intérêts pour relancer l'économie frappée par l'éclatement de la bulle internet et les attentats du 11 septembre.
    2. Le prix de l'argent étant très bas, les acheteurs foisonnent. Les prix des maisons et des entreprises cotées en Bourse montent donc, sans décourager les acheteurs puisqu'ils pourront revendre plus cher demain ce qu'ils achètent aujourd'hui à crédit, grâce à des taux d'intérêt très attractifs.
    3. Une innovation financière apparaît : la titrisation, qui permet de vendre sur le marché, comme une action ou une obligation, une promesse d'argent à venir.
    4. Les prix en Bourse flambent et la spéculation fait rage.
    5. Les instruments financiers deviennent si complexes que seuls les spécialistes les comprennent encore, alors que les acheteurs se multiplient dans un public non-initié.
    6. Les initiés s'inquiètent et commencent à se retirer.
    7. Ce mouvement de retrait s'amplifie. Avec la faillite des subprimes immobiliers, les investisseurs ne trouvent plus à céder leurs titres. Plus personne ne voulant acheter de la dette, les banques n'en accordent plus. « Les investisseurs du monde entier se précipitent pour récupérer tous azimuts ce qu'ils avaient placé pour le long terme, conclut Philippe Escande. La finance vacille. »
    monde&vie du 3 novembre 2008

  • Ca aide la mémoire qui flanche

     « Douée esthétiquement et intellectuellement, madame Royal se révèle une piètre ménagère car elle ne sait pas balayer devant sa porte, selon une expression populaire tout à fait significative.

    Avec ses acolytes, Le Guen, Richard, Rocard, elle s’en prend avec véhémence à la « gestion scandaleuse depuis cinq ans du dossier EADS/AIRBUS ». Elle-même et ces personnalités ont la mémoire courte lorsque cela les arrange (d’autant que l’électeur a encore une plus grand faculté d’oubli).

    Qui a décidé de démanteler la prestigieuse Aérospatiale, société nationale fournissant à la France une importante fraction de ses armes, aux bureaux d’études héritiers de ceux qui, sous la IVème République et aux débuts de la Vème avaient hissé la France aérospatiale au 3ème rang mondial ? Qui, sinon le gouvernement de M. Jospin, celui-ci aujourd’hui membre de l’équipe Royal.
    Qui a cédé généreusement 31.45 % de la future entreprise Matra-Aérospatiale à J.L. Lagardère, préparant ainsi la privatisation de l’Aérospatiale bradée au secteur public et aux capitaux étrangers ? Le gouvernement de
    M. Jospin. Aujourd’hui, madame Royal s’attaque au groupe Lagardère « si proche du pouvoir (celui du gouvernement socialiste ?) qui s’est opportunément désengagé quelques semaines avant l’annonce des retards de l’A. 320 (mais non madame, de l’A 380) ». Mais ce sont ses amis qui l’ont abusivement, transformé en principal dirigeant de l’ensemble EADS-AIRBUS.

    Qui a souscrit à un montage politico-industriel aussi absurde que celui d’EADS, à la direction bicéphale aux intérêts nationaux divergents, à la hiérarchie interne compliquée par des conceptions techniques différentes, conséquences du cloisonnement national séculaire ? Qui n’a pas compris ce que devait être une entreprise industrielle et commerciale affrontant la concurrence internationale avec un patron, une équipe, une doctrine ? Messieurs Jospin et Strauss-Kahn confondant politique et industrie pour créer un monstre qui ne pouvait qu’aboutir à « la catastrophe et au scandale » que dénoncent aujourd’hui M. Jean-Marie Le Guen et aussi M. Rocard soulignant le « désastre financier »
    « L’Etat peut faire et doit faire, la puissance publique doit assumer ses responsabilités… »  déclame madame Royal. Mais qui ne les a pas assumées en se déchargeant de l’Aérospatiale au profit du secteur public sinon le gouvernement de M. Jospin ?

    « Avec moi l’Etat sera fort, juste à sa place », insiste la candidate. Mais comment la France peut-elle bénéficier d’un Etat fort après que son maître à penser, François Mitterrand lui eut infligé le traité de Maastricht et les abandons de souveraineté qu’il implique ?

    Selon le Nouvel Observateur (du 21 octobre 1999) publication dont madame Royal ne peut nier la compétence, M. Lionel Jospin (en créant EADS) a mis sur pied… « un outil puissant de la contraction d’une Europe forte, solidaire et maîtrisant pleinement son avenir » et Airy Routier, le signataire de l’article d’ajouter : « le Premier ministre a insisté sur le « caractère équilibré de l’actionnariat stable et de long terme du nouveau groupe ». Et il précise « Victoire de l’Europe ? Nul ne peut en douter ».

    Outil puissant de la construction d’une Europe forte et solidaire ? L’ « outil puissant » est en état de faiblesse, l’Europe n’a pas été solidaire mais source de division et d’échec. Belle prospective.

    Et belle réussite pour la France que de « transformer l’entreprise publique Aérospatiale en une société franco-allemande, société au nom anglais logée à Amsterdam ». C’est ce qu’acceptèrent MM. Jospin et Strauss-Kahn celui-ci ayant reçu la mission de négocier avec les Allemands la capitulation française.
    En 1999, ainsi qu’on l’a vu, le Premier ministre avait proclamé « le caractère équilibré de l’actionnariat stable et de long terme ». En fait de stabilité, à la fois Lagardère et DaimlerChrysler réduisent leur participation, la Grande-Bretagne se retire du capital, si bien que « l’actionnariat n’a été ni stable ni de long terme ». C’était un peu osé de la part de MM. Jospin et Strauss-Kahn que de fonder le succès d’une entreprise scientifico-technique sur un groupe  de presse français et une firme germano-américaine d’automobile. Et le pari a été perdu. Aux contribuables de remédier à ce désastreux gâchis et aux candidats à la présidentielle de profiter de l’aubaine en multipliant les déclarations démagogiques et les apparitions à la télévision afin de quêter des voix. Mais le mal est fait. Aux contribuables de panser la plaie.

    En vingt-cinq ans la France a perdu – définitivement – la place éminente qu’elle occupait dans le domaine aérospatial. La stupide politique du tandem Mitterrand-Hernu visant la réalisation d’un avion de « combat européen » a abouti aux succès commerciaux d’un appareil anglo-allemand, l’Eurofighter et à la généralisation en Europe d’avions américains F 16 et F 35 et cela pour la durée du siècle. Au détriment des études et de la production françaises qui avaient gagné plus de la moitié du marché mondial, avec une trentaine de pays acquéreurs. Quelque 3000 techniciens de haut niveau, près de 200.000 spécialistes qui en vivaient ont dû en venir à de pénibles reconversions…
    Mais, après tout, les Français, qui en ont vu d’autres, s’accommodent du choix politique qu’ils ont fait. Ils sont prêts, d’ailleurs, à en faire, à nouveau, d’aussi malheureux.

    Jaloux, voici cinq siècles, Charles Quint disait déjà : « Aucun pays n’a plus fait pour son malheur que la France et, pourtant, tout lui a tourné à bonheur ».

     A condition de ne point lasser le bonheur. »

    Pierre-Marie Gallois 2007   http://www.lesmanantsduroi.com

  • L'art contemporain et la titrisation du néant

    L’art contemporain ne serait-il pas aujourd’hui déjà la valeur fantôme d’un marché de zombies ?

    A l'heure où se tient la Fiac, à Paris, comment se porte le marché de l'art contemporain ? On peut constater qu'au cours des deux années écoulées, il a mieux résisté que lors du précédent krach de 1990. La leçon avait été retenue… Les collectionneurs d'art contemporain rationalisèrent dès lors leur spéculation en imitant les financiers et leur création de produits sécurisés « scientifiquement ». Ils s'organisèrent et fabriquèrent leurs « artistes spéculatifs » en réseau. Les acquéreurs, cooptés parmi les « too rich to fall », devaient désormais être entièrement propriétaires de l'oeuvre, afin de ne pas devoir être affectés par les crises. Par ailleurs, le réseau engloba, dans une sorte de trust, tous les stades de la valorisation de l'oeuvre : galeries, médias, institutions muséales, salles des ventes mondiales…

    En 2008, si le marché de l'art contemporain ne s'écroule pas comme en 1990, il perd cependant 75 % de sa valeur. A partir de mars 2009, on constate une remontée, suivant ainsi l'amélioration du marché financier. Dès le printemps, s'affirme une gestion rigoureuse de la crise de l'art contemporain par les maisons de vente. Christie's et Sotheby's en particulier, grâce à leur place hégémonique et stratégique dans l'International, fabriquent les événements du marché avec une stratégie très étudiée et en maîtrisent avec précision la communication.

    En observant la vente récente à New York et à Londres de la collection Lehman, on remarque les méthodes habituelles : estimations très basses des oeuvres par rapport à la cotation des années précédentes afin d'être vendues « au-dessus de l'estimation haute », citation des ventes positives, omissions des ventes négatives, diversions, comme la provocation de l'artiste-performer Geoffroy Raymond.

    Que se passe-t-il exactement ? L'art contemporain ne serait-il pas aujourd'hui déjà la valeur fantôme d'un marché de zombies ? Par ailleurs, sa valeur ne serait-elle pas aujourd'hui réduite aux services qu'il rend ? Vecteur de visibilité, moyen de communication efficace dans l'International, support de marques, occasion de rencontres régulières d'un milieu d'affaires mondialisé, facilités monétaires ? Dans ce cas, il ne disparaîtra que remplacé par un autre support.

    On observe aussi la démonétisation de l'art contemporain. Le public comprend jour après jour un peu mieux sa nature hybride : il n'est pas une avant-garde de plus mais un système de pouvoir doublé d'un produit financier.

    Le fait est que Murakami dans la Galerie des Glaces à Versailles en 2010 pose plus de problèmes que Jeff Koons en 2008. Il n'échappe plus au grand public que « l'élite » culturelle et administrative française n'arrive pas à avancer un seul argument qui tienne pour justifier une certaine privatisation de Versailles.

    Viendra le moment, mais n'est-il pas déjà là, où un mégacollectionneur, possédant le réseau le plus complet comprenant en particulier une salle des ventes internationale, doublée des services d'un Etat, aura la tentation de « tirer les marrons du feu » avant qu'ils ne brûlent.

    Mais en 2010, il fera cela de nuit et masqué. Il vendra dans la foulée de chaque événement prestigieux, comme à Versailles, ses produits dérivés toxiques. Mais personne ne saura que c'est lui. Les collectionneurs sauront qu'ils sont ruinés, mais bien plus tard !

    Aude de Kerros
    Les Echos
    22/10/2010

    L'art de la titrisation culturelle

    puis Aude de Kerros dans Les Echos : la « titrisation culturelle » va bon train. La titrisation consiste initialement à noyer des produits financiers toxiques au milieu de produits sûrs : c’est une des pratiques du mercantilisme mondial qui a engendré la Crise de 2008. Elle se pratique aussi dans l’Art Financier, à tous les niveaux : Versailles, valeur sûre, se voit farci en Koons et Murakami ; les collections nationales, comme l’or de la Banque de France, sont la garantie des œuvres contemporaines (proposées à la vente par ailleurs) : Koons ou Murakami vaudraient autant que le joyaux de l’histoire séculaire d‘un peuple, ils créeraient le patrimoine du futur…

    Mais la titrisation se joue aussi à l’échelon d’une galerie, comme le révélait la visite de la Fiac ou de ses émules. Une galerie expose un beau Soulages des années 50, par exemple, soit il n’est pas à vendre, soit il vaut très très cher (il faut le conserver pour rééditer ce genre d’opération). Mais à côté ou pas très loin, on expose un second couteau de l’Abstraction lyrique, une œuvre moyenne, même époque, même mouvance, mais avec un prix beaucoup plus abordable. L’astuce consiste à mettre en appétit l’acheteur avec une pièce maîtresse pour qu’il se rabatte sur ce qu’on veut lui fourguer… Beaubourg expose régulièrement Jean Prouvé : normal, cet architecte, ingénieur et designer présida le jury du concours international qui choisit…. l'architecture du Centre Pompidou. La Monnaie de Paris vient de lui rendre hommage et Prouvé a également une exposition à l’Hôtel de Ville de Boulogne, ajoutons à ce tir groupé, la Maison Ferembal remontée aux Tuileries, le temps de la Fiac. Or l'événement de la rentrée, l'arrivée du roi new-yorkais du marché de l'art international, Larry Gagosian, débute comme par hasard… avec une expo Prouvé (en association avec la galerie Seguin) au 4, rue de Ponthieu. Là, dans le nouveau White Cube du maître du Financial Art, on ne s’étonnera pas de trouver le plus ennuyeux, le plus standard, de l’industrieux et industriel Prouvé. Les plus belles pièces sont en musée… avis aux cobayes de la titrisation culturelle !

    On s’étonnera en revanche de voir le catalogue de l’autre exposition d’ouverture de Gagosian, celle de Twombly, rédigé par Mme Marie-Laure Bernadac, par ailleurs conservateur chargée de l’Art contemporain au Louvre. Il y a 25 ans, on chapitrait les élèves de l’Ecole du Louvre : il est strictement défendu à un conservateur, agent de l‘Etat, d’avoir une activité liée au privé, au commercial. Ceci afin d’éviter les conflits d’intérêt… Au fait, cette loi (fort sage) a-t-elle été abrogée ? Un poste confortable dans le giron de l’Etat, qui permet d’abriter des activités lucratives, la titrisation de la culture a pignon sur rue (de Ponthieu).

    Christine Sourgins
    Historienne de l’Art
    www.magistro.fr

    Correspondance Polémia – 09/11/2010

  • Nigel Farage: l'euro est une dictature rampante et émergente.

  • Crise économique : les États fragilisés

    Tout va très bien, madame la marquise. Les déclarations des responsables politiques ont pu donner l'impression au lendemain du G20 que l'économie mondiale avait enfin abordé la sortie de crise ; pourtant, rien n'est moins sûr.
    « It walked » (ça a marché) : les dirigeants du G20 réunis à Pittshurg fin septembre ont salué en ces termes les résultats des plans de relance étatiques. Mais la reprise économique occidentale, due à des dépenses publiques en augmentation vertigineuse, n'a rien d'enthousiasmant. Le FMI annonce une croissance américaine de 1,5 % en 2010, succédant à une chute de 2,7 % celle année. Aux États-Unis, 263 000 emplois ont été détruits eu septembre (le taux le plus élevé depuis juin 1983), plaçant le chômage à 9,8 % : c'est le 21e mois consécutif de destruction d'emplois. Le solde - négatif - de l'emploi depuis l'intronisation du président Obama, en janvier, s'établit à 3,6 millions. La tendance à la moindre augmentation du chômage de ces derniers mois s'est inversée : en septembre, l'Amérique a supprimé plus d'emplois que le mois précédent. La durée moyenne du travail y est tombée à trente-trois heures par semaine : les employeurs ne sont pas près de recommencer à embaucher. On a affaire à une reprise sans emploi. C'est le cas non seulement aux USA, mais aussi dans le reste de l'Occident. Une fois épuisé l'effet cyclique de la reconstitution des stocks et de la stimulation des plans de relance, la croissance du PNB va de nouveau ralentir.
    La remontée du cours des actions et des obligations d'État occidentales est trompeuse. La crise de 2007 fut déclenchée par l'explosion de la bulle spéculative immobilière. Celle-ci eût été impossible sans la gigantesque masse monétaire due aux faibles taux d'intérêt pratiqués par les banques centrales, au premier rang desquelles celle des États-Unis : c'est une création monétaire ex nihilo, sans lien avec l'activité économique. Les monnaies n'étant plus adossées à l'étalon or (le dollar a été découplé de l'or en 1971), les banques centrales en augmentent la masse sans retenue. Cette création monétaire débridée engendre de gigantesques bulles spéculatives, comme celle de l'immobilier, qui explosa en 2007. Sept ans plus tôt, on avait vu la désintégration de la bulle Internet formée dans les années 1990.
    Les États, pompiers pyromanes
    Après la crise de 2007 - comme après les précédentes -, les pouvoirs publics n'ont pas laissé jouer les mécanismes d'ajustement économiques et financiers qui auraient purgé les dettes accumulées dans la période passée et fait repartir l'économie sur des bases saines. Les marchés des actions et des obligations d'État occidentales ont été revigorés par les achats massifs financés par les milliards de dollars fabriqués par les banques centrales. Développant leur activité de faux-monnayeurs, qui avait pourtant conduit à la crise, les banques centrales fabriquent de nouvelles bulles financières. Principalement due à des dépenses publiques effrénées, la reprise économique est bâtie sur du sable. Les consommateurs sont tétanisés par la montée du chômage : en septembre, la confiance du consommateur américain a baissé à 53,1 (contre 54,5 en août), selon le centre de recherche du Conference Board. Les entreprises, en surcapacité de production, évitent de se lancer dans des investissements productifs. Aussi, la reprise économique n'a-t-elle pas, loin de là, une vigueur en rapport avec les anticipations des valeurs boursières et obligataires actuelles. Comme les bulles précédentes, celles qui se dilatent actuellement vont, elles aussi, finir par exploser.
    Après avoir été les pyromanes de cette crise, les États en sont les pompiers, à coup de surendettement public. Mais ils s'exposent à un krach obligataire. Un État surendetté peut faire faillite, lorsque ses citoyens exsangues ne peuvent plus alimenter ses caisses par l'impôt et qu'il ne trouve plus de bailleurs de fonds sur le marché international des capitaux. La banqueroute des États propagerait un climat de panique. Les systèmes d'aide sociale mis en place par les États providence seraient sinistrés. Les États ne seraient même plus capables d'assurer correctement leurs missions régaliennes : défense,justice, maintien de l'ordre...
    Vers qui se tourner, alors, pour demander de l'aide ? Des populations - notamment celles de l'Europe de l'Ouest - accoutumées à la tutelle de l'État seraient tragiquement démunies. Les mécanismes correcteurs de la crise entreraient alors en action de la façon la plus cruelle. Les plans de relance mis en œuvre actuellement par les États apparaîtraient, rétrospectivement, comme un expédient ayant seulement permis de reculer pour mieux sauter... dans le vide.
    Laurent Artur du Plessis monde & vie du 12 octobre 2009

  • L’Europe face à une vague de pauvreté généralisée

    Un Européen sur quatre est menacé de pauvreté ou d’exclusion sociale. Ce taux est en augmentation depuis l’année dernière. La crise, l’austérité mais aussi la flexibilisation du marché du travail figurent parmi les cause principales de l’aggravation de la situation.

     

    La pauvreté augmente en Europe. Près du quart de la population de l’Union européenne était menacée d’exclusion sociale en 2011. Ce sont les derniers chiffres de l’agence européenne de statistiques, Eurostat, datés de ce mois de décembre. Le taux de pauvreté a augmenté d’un point par rapport à 2010 et 120 millions d’Européens sont menacés aujourd’hui.

     

    Disparité entre les Etats

    L’indigence ne touche pas tous les Etats européens de la même manière. Les plus fortes proportions de population menacée se trouvent en Bulgarie avec 49%, puis en Roumanie et Lettonie avec 40%. La Grèce, violemment frappée par la crise arrive ensuite avec 31%. Les plus préservés sont la République tchèque, la Suède et les Pays-Bas. La France reste au milieu du classement avec 19,3% de sa population qui risque l’exclusion. Un chiffre stable par rapport à l’année précédente.

    « Pour 8 à 9% de la population, il y a un risque de privation matérielle sévère. Et 10% restent exclus du travail. C’est à dire qu’ils travaillent moins de 20% de leur temps. C’est une situation nouvelle, due à la crise et qui frappe dûrement les populations européennes. La crise crée des situations de pauvreté et notamment de chômage. Pratiquement 25 millions de chômeurs sont dans l’Union européenne. Et dans des pays très frappés par la crise comme la Grèce ou l’Espagne, le chômage atteint parfois les 40% et frappe tout spécialement les jeunes », explique Jean Dominique Giuliani, président de la fondation Robert-Schuman.

    Quand austérité rime avec pauvreté

    Et pour ces pays du sud de l’Europe, la situation devient extrêmement difficile. Beaucoup de familles ont du mal à joindre les deux bouts et les populations se plaignent de l’austérité tant prônée par l’Europe et la troïka (FMI, Commission et Banque centrale européennes)

    Fortement touché par la crise de la dette, le Portugal, par exemple, a enchaîné les plans d’austérité : réduction des salaires de la fonction publique, des retraites, augmentation des impôts directs et indirects. Et dans le même temps, le gouvernement a réduit ses dépenses sociales avec la diminution des indemnités de chômage, ou du revenu minimum qui tourne aujourd’hui autour des 600 euros.

    « La classe moyenne est très touchée et ces réductions de revenus frappent plus particulièrement les populations les plus vulnérables comme les familles monoparentales et les retraités. Mais il y a aussi une augmentation de la pauvreté auprès des travailleurs. On le voit beaucoup à travers les réseaux de solidarité comme les églises qui nous disent qu’il y a un nombre croissant de personnes et de familles qui cherchent des aides alimentaires ou scolaires… », témoigne Paula Bernardo, secrétaire générale adjointe du syndicat Union général pour les travailleurs.

    Grâce à sa politique d’austérité, le déficit portugais s’est réduit et atteint aujourd’hui 5,6% du produit intérieur brut (PIB) contre 6,7% l’année dernière. Mais l’objectif fixé par les bailleurs de fonds était de 5% en 2012, puis 4% l’année suivante. L’effort des Portugais semble encore loin d’être terminé.

    Les limites de la flexibilité

    L’austérité n’est pas le seul facteur de pauvreté. En témoigne la hausse radicale de la paupérisation en Allemagne. Ce pays souffre moins de la crise que l’Espagne, la Grèce ou le Portugal. Son taux de chômage reste nettement inférieur à celui de la France. Et pourtant, le taux de pauvreté allemand est supérieur. En ascension depuis 2005, il culmine aujourd’hui à près de 20%.

    Les lois Hartz, mises en place en 2005 pour lutter contre le chômage, ont fortement flexibilisé le marché du travail. Mais elles ont aussi paupérisé les chômeurs et les travailleurs fragiles. « Il n’y a pas de Smic en Allemagne. Le pays a fait de gros efforts de modération salariale. Entre le mileu des années 90 à 2005, la croissance des salaires allemands a été inférieure d’1% par rapport à celle de la France et s’est en plus accompagnée d’une augmentation des inégalités salariales. Depuis 2005, la situation s’est dégradée avec la baisse des indemnités chômage. Donc, même si le chômage a beaucoup baissé en Allemagne, le taux de pauvreté des chômeurs, lui, a beaucoup augmenté », analyse Guillaume Allègre, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques.

    67% des chômeurs allemands sont pauvres contre 37% en France. Aujourd’hui, l’Allemagne perçoit les limites de son modèle récent, fondé sur le développement d’une économie à bas salaires et aux emplois à faible coût, appelés là-bas mini-jobs. Plus de 7 millions d’Allemands disposent d’un mini-job, payé 400 euros par mois. Certains en cumulent plusieurs, d’autres les utilisent pour arrondir leurs fins de mois en complément d’un autre emploi principal. Mais jeunes, femmes et retraités restent les principaux bénéficiaires de ces contrats. « Le problème c’est aussi que la population allemande est vieillissante et qu’elle aura de plus en plus besoin d’aides sociales. Si le pays continue sur cette voie, bientôt on ne parlera plus du succès du modèle allemand mais de son échec », ajoute Guillaume Allègre.

    Les questions sociales devraient donc rester au coeur des préoccupations de l’Union européenne. Pourtant, les Etats membres divergent toujours sur le maintien de l’enveloppe consacrée à l’aide alimentaire européenne dans le budget 2014-2020.

    Rfi  http://fortune.fdesouche.com

  • Christian Saint-Etienne : “La France en état d’urgence”

    Mardi 8 janvier, lors de l’émission Good Morning Business, Stéphane Soumier a reçu Christian Saint-Etienne, économiste sur BFM Business.

  • Crise financière : Entretien avec Pierre Leconte / « Tout cela peut très bien se terminer par une déflagration mondiale »

    Pierre Leconte, fondateur d'une société financière en Suisse, a été membre des bourses des marchés à terme de Londres et de New York, puis conseiller d'une banque de développement et d'une banque centrale sud-américaines. Il est aussi le fondateur du Forum monétaire de Genève pour la paix et le développement. Il plaide en expert pour une réforme structurelle du système monétaire et financier international. Faute de quoi la guerre monétaire, à l'origine de la crise, pourrait dégénérer en véritable guerre.
    Le Choc du mois : Quelle est selon vous l'origine de la crise monétaire et bancaire qui frappe les États-Unis ?
    Pierre Leconte : C'est très simple. Faute d'avoir été géré correctement par une banque centrale responsable, le dollar a vu sa valeur progressivement s'effondrer contre la plupart des monnaies nationales qui ne sont plus reliées à lui par des taux de change fixes. Son pouvoir d'achat a suivi le même chemin par rapport à l'or que par rapport à l'indice américain des prix à la consommation. Une pyramide toujours plus considérable de dettes gagées sur le néant a pu s'édifier (tant au niveau des États que des acteurs économiques privés) produisant dérapages budgétaires et bulles spéculatives de toute sorte. Ainsi la Fédéral Reserve américaine a-t-elle créé plus de dollars-papier depuis 2000 jusqu'à aujourd'hui qu'entre la fondation des États-Unis en 1776 et 2000 !
    En décidant, en juin 2003, de fixer le taux d'intérêt à court terme sur le dollar à 1 %, son plus bas niveau jamais atteint, au surplus négatif parce qu'alors inférieur au taux d'inflation américain, qu'il a ensuite maintenu à ce plancher pendant près d'un an, Alan Greenspan, alors président de la Fédéral Reserve, a pratiqué une véritable distribution gratuite d'argent. Son successeur, Ben Bernanke, en décidant depuis août 2007 plusieurs baisses des taux d'intérêt à court terme américains, a commis la même erreur, parce que ce n'est pas en provocant la chute du dollar que l'on parviendra à stabiliser la valeur des actifs (actions, obligations, immobilier, etc.) américains exprimés en dollars.
    Cette création exponentielle de liquidités ex nihilo, rendue possible par l'abandon progressif de l'étalon-or depuis la Première Guerre mondiale, a permis la généralisation d'une économie mondiale d'endettement auquel États, entreprises et particuliers ont eu massivement recours bien au-delà de leurs besoins réels et de leurs capacités futures de remboursement. De telle sorte que la crise actuelle dite des « subprime mort-gages », affectant les emprunteurs américains dans l'immobilier, a pu contaminer l'ensemble des acteurs bancaires et des investisseurs internationaux via la titrisation puisque la production massive de dette est devenue le ressort principal de la croissance des économies américaine et occidentales.
    Serait-ce la justification de toutes les critiques que l'on adresse depuis des décennies au système économique libéral ?
    Non, toutes ces crises ne sont pas provoquées par le libéralisme, mais au contraire par les politiques monétaires expansionnistes des banques centrales.
    Pourquoi ?
    Parce que, comme l'a dit excellemment Maurice Allais, notre prix Nobel d'économie : « Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n'hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est enjeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent ne sont pas les mêmes. »
    En effet, ce qu'on appelle à tort les politiques monétaires, qui ne visent qu'à créer toujours plus de liquidités artificielles et à maintenir les taux d'intérêt les plus bas possibles - pour le plus grand bénéfice du petit nombre des détenteurs d'actifs boursiers et obligataires volontairement surévalués -, ne profitent qu'à ceux qui détiennent de la richesse, pas à ceux qui ne vivent que de leur travail. D'autant que les revenus des premiers explosent, par suite de l'appréciation de la valeur de leurs actifs, pendant que les rémunérations des seconds régressent, par suite de la perte de leur pouvoir d'achat, dans un monde marqué par la mondialisation dont la caractéristique principale réside dans le fait que la création de richesses est dorénavant générée par l'économie financière et non plus par la production de biens réels. Ce qui est en fait la négation même du libéralisme, au profit d'un véritable capitalisme de connivence financé par l'argent public, lequel devrait être utilisé à d'autres fins (les besoins collectifs en l'occurrence).
    Mais en quoi ces interventions des banques centrales, qui visent après tout à éviter les krachs, sont-elles à vos yeux si scandaleuses ?
    Parce que la pratique consistant à privatiser les bénéfices (laissant les actionnaires et les banques faire fortune quand les marchés financiers vont bien) mais à socialiser les pertes (obligeant les États et les contribuables à payer pour les précédents quand les marchés financiers vont mal) n'est pas admissible ! Les risques doivent être assumés par ceux qui les ont pris, quelles que puissent en être les conséquences. Et si certains acteurs, comme les agences de notation, n'ont pas respecté les obligations qu'ils avaient contractées, les tribunaux doivent les sanctionner...
    Comme l'écrivait déjà Montesquieu, « rien ne devrait être plus stable que ce qui sert de mesure à toute chose » ! Un système monétaire est d'abord un système de mesure, peut-être le plus important de tous. S'en remettre pour définir une valeur à une action d'autorités monétaires, mêmes indépendantes, revient à ne rien définir du tout. Aucune organisation monétaire, si judicieuse soit-elle, ne réussira si elle n'est pas dotée d'un étalon de référence immuable, indépendant du temps et du lieu. Autrefois, le billet mentionnait de quoi il était une créance : d'un poids d'or. Cela signifiait quelque chose. Mais, aujourd'hui, le billet n'est plus une créance que... d'autres billets ! La définition monétaire n'est plus que du vide reposant sur du néant.
    Des trois rôles reconnus traditionnellement à la monnaie : étalon de mesure, réserve de valeur et médium d'échange, seul ce dernier est encore assuré par la monnaie de papier dans l'instabilité chronique, qu'il s'agisse du dollar, de l'euro ou des autres.
    Mais la plupart des investisseurs privés mondiaux ne continuent-ils pas malgré tout à faire confiance au système actuel que vous dénoncez ?
    Tant que le monde entier acceptait les bons du Trésor américain en dollars comme instrument principal de placement des liquidités internationales, la réalité de la situation d'endettement exponentiel a pu être occultée. Mais avec la mondialisation, synonyme de transfert de l'essentiel de ces liquidités en faveur des pays enregistrant des excédents croissants de commerce extérieur et de balance des paiements parce que producteurs de matières premières, dont la demande explose, ou parce que fabriquant de plus en plus de produits finis à un coût de production très faible, ces pays ont finalement réalisé qu'ils ne pouvaient plus accepter une accumulation sans limite de balances dollars au risque de se ruiner. D'où leurs actions récentes en matière d'investissement direct dans les matières premières, métaux précieux, etc., et indirect (via leurs « fonds souverains ») dans des banques et entreprises occidentales.
    C'est parce que les États-Unis rémunèrent très faiblement les placements de ces détenteurs étrangers de dollars et qu'ils ont délibérément choisi de le laisser chuter que la situation jusqu'ici hégémonique du dollar et donc de leur « République impériale » est remise en question. La crise monétaire et financière actuelle est structurelle et non pas passagère. Elle ne peut que s'aggraver si le dollar continue sa chute. Certes, pour continuer de financer leurs économies d'endettement, la Fédéral Reserve, et à un moindre degré les autres banques centrales occidentales, peuvent théoriquement continuer de créer presque toute la liquidité artificielle qu'elles désirent. Mais le triple problème auquel elles ont maintenant à faire face tient au refus des pays excédentaires de l'accepter, au peu d'appétit des acteurs bancaires de l'utiliser pour relancer la machine du crédit tant que leur défiance demeure sur leurs engagements respectifs dans des produits financiers pourris et à l'inflation que ces politiques provoquent.
    Vous annoncez l'imminence de la plus grande crise monétaire et financière de l'histoire du capitalisme moderne, mais nous avons déjà connu plusieurs crises depuis vingt ans, du krach de 1987 jusqu'à l'explosion de la bulle Internet en 2000, en passant par les crises asiatiques de 1998. En quoi la crise présente serait-elle vraiment plus grave et, si j'ose dire, définitive ?
    La crise actuelle diffère des précédentes parce que la plupart des acteurs étatiques et privés non américains refusent dorénavant d'accumuler toujours plus de dollars en dévaluation perpétuelle, conséquence encore une fois des déficits exponentiels des États-Unis rendus inévitables par leur volonté de vivre constamment au-dessus de leurs moyens. Cette crise ne pourrait donc être résolue que par une action internationale de sauvetage du billet vert. Action qui ne peut se faire sans une réforme radicale du Système monétaire international dans le sens du rétablissement des taux de change fixes mais ajustables basés sur un étalon réel le plus stable possible qui - actuellement - ne peut être que l'or. Ou bien par la renonciation des États à leur privilège indu de monopole monétaire qui permettrait d'instaurer une saine concurrence, la moins faussée possible, entre les monnaies étatiques actuelles et les nouvelles monnaies privées (dont certaines seraient gagées sur l'or), ainsi que le préconisait en son temps Friedrich von Hayek.
    Au lieu de cela, les États-Unis et les pays européens mettent en place de gigantesques programmes keynésiens de nationalisation - officielle ou déguisée - des acteurs défaillants (cas de Nothern Rock et de plusieurs banques allemandes) ou de reprise de leurs actifs évanescents (cas de Bear Stearns). Ce qui consacre de fait, au rebours de ce que tout le monde nous chante, la fin du libéralisme au bénéfice d'une sorte de « socialisme de marché » qui a déjà échoué dans le passé... Sans compter le risque d'une cassure irréparable entre l'Asie chinoise et certains pays émergents en cours de décollage, d'une part, et la zone américano-européenne en voie de régression économique, d'autre part.
    Tout cela peut très bien se terminer par des conflits régionaux voire une déflagration mondiale, puisque les pays et les populations accédant - au prix d'immenses efforts - au développement et à la richesse ne les laisseront pas confisquer à leur détriment par les États-Unis et l'Europe, associés pour le pire dans une ultime crispation égoïste qui vise à tenter de perpétuer leurs privilèges dépassés. À un moindre degré, ceux qui pensent que les « fonds souverains » asiatiques, arabes ou autres continueront de renflouer les vieilles stars de l'économie percluses de dettes irréparables dès qu'ils réaliseront qu'ils courent le risque d'y perdre leur fortune, se trompent lourdement.
    Certains pensent ou même espèrent que l'effondrement du système-dollar sonnera l'heure de l'euro. Êtes-vous du même avis ?
    Non, l'euro est une création de nature politique pour accélérer l'intégration institutionnelle européenne, déjà structurelle-ment inadapté à l'euroland qui n'est pas une zone monétaire optimale dans laquelle puisse subsister longtemps une monnaie unique dotée d'un taux d'intérêt identique pour tous les pays, utilisé par treize États dont les divergences économiques et d'endettement s'accentuent, et auxquels il apporte plus de chômage et moins de croissance économique qu'ailleurs par suite de sa surévaluation chronique. Il ne pourra donc pas se substituer au dollar au plan mondial. Cela, d'ailleurs, du seul fait de l'insuffisance de sa production puisque l'euroland, n'étant pas en situation de déficit de commerce extérieur et donc de paiements, n'offre pas assez d'euros pour satisfaire la demande internationale affectant une monnaie de réserve. Substitution qui, même si elle était possible, ne permettrait pas d'échapper à l'instabilité monétaire internationale, mais seulement de la déplacer de l' « étalon-dollar » actuel à un « étalon-euro » affecté de plus de défauts encore que le précédent.
    Que doit-on faire alors dans l'immédiat pour éviter le pire ?
    On doit tirer tous les enseignements de la crise actuelle, mais pas en la colmatant artificiellement par de nouvelles manipulations à courte vue qui, au fond, ne résoudront rien. On ne combat pas une overdose de crédits, ayant débouché sur une crise de solvabilité de l'ensemble des institutions financières occidentales, par une autre plus grande encore, qui provoquera l'explosion des marchés des matières premières déjà à leurs records historiques, sans du tout restituer à ces institutions la valeur définitivement évanouie de leurs actifs.
    À défaut d'une concertation internationales des membres du G8 pour sortir des errements économiques, monétaires et politiques du passé récent et du présent, en mettant un terme aux prétendues politiques monétaires des banques centrales pour les remplacer par de nouveaux équilibres adaptés à la mondialisation, aucun système de liberté ne pourra subsister, puisqu'il faut bien convenir avec Milton Friedmann que « la combinaison du pouvoir économique et politique dans les mêmes mains est une recette assurée pour la tyrannie »(1).
    Le système monétaire et financier international doit donc être réformé. Mais pas par une grande conférence, qui ne servira qu'à afficher les intérêts divergents des principaux acteurs. Par le rétablissement progressif des grands équilibres libéraux, au premier rang desquels la fixation la plus libre possible du prix des actifs (la monnaie surtout) par le marché.
    Sans cela, par quoi va se traduire la poursuite de la crise actuelle ?
    Si rien n'est fait pour en finir avec les politiques monétaires des banques centrales, à terme, après l'effondrement du dollar, ce seront l'ensemble des principales monnaies nationales ou régionales étatiques fiduciaires de papier, parce que toutes basées sur une quantité plus ou moins grande de réserves en dollars, euro compris, qui seront successivement détruites. Au profit de monnaies privées, qui seront créées par toutes sortes d'acteurs économiques non étatiques en mesure d'offrir au public une offre monétaire alternative de meilleure qualité que les monnaies actuelles.
    Il suffirait que les responsables politiques l'admettent pour éviter que les « guerres des monnaies » ne se transforment pas finalement en guerres tout court !
    Propos recueillis par Pierre-Paul Bartoli Le Choc du Mois Octobre 2008
    À lire, de Pierre Leconte :
     - Les Faux Monnayeurs. Sortir du chaos monétaire mondial pour éviter la ruine, éd. François-Xavier de Guibert, 2008.
     - La grande crise monétaire du XXI siècle a déjà commencé !, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 2007.
    1). Note du rédacteur en chef : certes, mais la suprématie du pouvoir économique sur le pouvoir politique, ou la soumission du politique à l'économique, en est une autre.