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élections - Page 293

  • Le FN réaffirme son attachement à la souveraineté nationale

    A l'issue de son séminaire. L'abrogation de l'euro n'est plus un sujet prioritaire et la stratégie d'alliance est désormais officielle :

    "Après un bilan détaillé, de nombreuses propositions ont été émises dans un état d’esprit constructif et suivies de décisions qui seront prochainement communiquées aux adhérents. Une grande consultation sera lancée en septembre, afin de leur soumettre un questionnaire complet, concernant tant le projet que la stratégie et l’organisation.

    Les participants au séminaire ont unanimement réaffirmé leur attachement à la souveraineté de notre nation comme objectif fondamental de notre mouvement politique. Ils rappellent fermement leur opposition à l’Union européenne ainsi que leur volonté de voir émerger une Europe des nations et des coopérations.

    Tenant compte du message envoyé par les Français lors des élections et, notamment, des inquiétudes exprimées par une partie d’entre eux sur la question de l’euro, ils proposeront aux adhérents de nouvelles modalités et un nouveau calendrier, afin de retrouver, de manière successive et sur la durée d’un quinquennat, nos différentes souverainetés, en commençant prioritairement par la souveraineté territoriale et donc la maîtrise de nos frontières migratoires et commerciales. Afin de se donner le temps nécessaire, le recouvrement de la souveraineté monétaire clôturera ce processus.

    Ils ont par ailleurs réaffirmé leur volonté de rassemblement et la nécessité d’approfondir les relations avec des partenaires potentiels."

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Front national : Philippot veut renommer le parti et « en finir » avec les accusations de racisme

    Le funeste Philippot a entrepris dans les faits sa sécession du Front national : quoique celui-ci soit devenu un véhicule politique obsolète incompétent et trop chargé, il est d’une importance électorale symbolique (beaucoup de Français ne voient pas au-delà) et sa subversion constitue un frein au développement nationaliste du pays.

    Dans ce contexte, le détournement du parti réalisé par Philippot et ses amis du Bataillon de Thèbes a pour visée principale la transformation du parti sur une ligne souverainiste et chevènementiste de gauche, où les sujets démographiques et sociétaux disparaîtraient.

    C’est dans cet esprit que peut se lire la contribution qu’il a faite aux assises organisées par le parti pour décider de ses nouvelles orientations après la défaite.

    RT :

    À usage privé, mais à vocation publique : c’est ainsi que l’on pourrait définir le courrier qu’a adressé Florian Philippot, vice-président du Front national, à plusieurs de ses collègues de la direction du parti. Dans le cadre du débat qu’a lancé cette dernière après le relatif échec du FN aux élections législatives, le numéro deux du parti souhaite jouer franc-jeu par cette « Contribution de Florian Philippot à la refondation du Front national », dont Le Figaro s’est procuré le contenu.
    […]
    S’il revient sur l’épineuse question du débat télévisé opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen et sur la prestation jugée décevante de la candidate, Florian Philippot se garde de faire dépendre une future transformation du FN de ce seul point. « Si ce débat n’a pas été optimal, ainsi que Marine Le Pen a eu elle-même le courage de le reconnaître, faire porter toute la responsabilité des résultats électoraux n’aurait pas de sens », écrit-il, sans doute également animé par le souci d’atténuer les tensions récentes entre Marine Le Pen et lui.

    Plus généralement, Florian Philippot juge irrecevables les critiques reprochant au FN des choix stratégiques rebutants pour des électeurs frileux ou hésitants, comme celui de l’abandon de l’euro : « On ne rassemblera pas une majorité de Français en se repliant sur une base programmatique restreinte… on n’ira pas vers l’avenir avec des recettes du passé », plaide l’eurodéputé frontiste. Régulièrement accusé, notamment parmi la frange la plus identitaire du parti incarnée par les proches de Jean-Marie Le Pen, de vouloir tiédir le programme du FN, voire de lui insuffler une dynamique « de gauche », Florian Philippot se pose en défenseur d’un programme plus ambitieux que celui de ses détracteurs, qui promouvraient selon lui une logique de moins-disant.

    Face à cette tendance qui met selon lui en avant le plus petit dénominateur commun pour mieux dissimuler les divisions, Florian Philippot souhaite que le FN assume des choix clarifiés. « Sommes-nous vraiment aussi clairs et précis qu’on le croit sur l’immigration ? Pourquoi tant de nos compatriotes sont-ils encore persuadés que ce discours est  »raciste » ? », s’interroge-t-il. Et le vice-président du FN de citer l’exemple du droit à l’IVG et à la contraception pour souligner le flou qui régnerait au sein de son parti : « Ces éléments sont dans notre programme depuis longtemps, essentiellement sous l’impulsion de Marine Le Pen, mais pourquoi hésiter à le dire aussi clairement ? »

    Favorable à un changement de nom du parti, estimant que l’appellation Front national « fait peur », Florian Philippot se défend cependant de ne proposer qu’un changement de façade et assure vouloir porter un projet « positif ». Il ne prend néanmoins pas le risque de formuler de nouvelles propositions et préfère vanter les mesures « réfléchies, travaillées et concrètes » dont « regorge » déjà, selon lui, le FN. « A nous de savoir les mettre en perspective », conclut-il, laissant clairement entendre que le problème principal du Front national est avant tout une affaire de communication.

    Après donc avoir souligné l’éloignement du parti des principales notions d’un nationalisme élémentaire, l’antiphysique* Philippot réclame que ce qui, dans le mouvement, pouvait encore laisser croire ou penser que le FN serait nationaliste (en l’occurrence son nom, trait majeur d’identification et auquel une forte charge sociale est associée) disparaisse.

    On peut trouver que c’est une erreur ou un éclaircissement, sans que ces deux visions s’opposent. Marine Le Pen, depuis 2012, a fait tout son possible pour qu’on parle d’elle et non du « FN », percevant fort bien quelle réputation néfaste entraînait mécaniquement la mention de ce dernier. Bien que le nom de Le Pen lui-même possédât une charge négative similaire, la féminité de Marine Le Pen et sa rupture d’avec son père pouvaient le compenser relativement ; ces questions sont obsolètes après la campagne présidentielle de 2017.

    Simultanément, tout en étant un repoussoir instinctif pour beaucoup de Français, ces noms de Le Pen et de Front national sont le point de ralliement d’énormément d’autres, qui cesseraient immédiatement d’accorder au parti leur vote si on leur présentait son programme actuel. Le lien inconscient que fait l’opinion entre « FN » et « Les Arabes dehors » joue donc tant pour ledit FN que contre lui. Si Philippot abandonne le nom du FN, et qu’il supplante Marine Le Pen ou non, il risque fort de perdre une masse énorme d’électeurs à qui le groupement « Les Patriotes » de l’inverti Philippot ne dit rien.

    Une tel changement politique offrirait cependant, c’est sûr, un créneau inédit à une véritable extrême-droite, créneau inédit mais bref, car on ne juge jamais qu’à l’aune de la réalité connue, et la gauchisation du Front national gauchise d’autant la frontière de l’extrémisme de la pensée à droite, plaçant ce qui est au-dehors dans le champ du quasi-pénal.

    http://www.blancheurope.com/2017/07/19/front-national-philippot-veut-renommer-le-parti-et-en-finir-avec-les-accusations-de-racisme/

  • Les royalistes et la protection de l'environnement dans les années 70. Partie 3 : les racines du mal et la réponse institutionnelle.

    Quels sont les présupposés idéologiques de ce progressisme qui, aujourd'hui, conjugue les sciences et le règne de l'Argent, de cette maximisation de la possession individuelle plutôt que de la recherche du Bien commun ? Il y a, bien sûr, la fameuse formule de Benjamin Franklin : « Time is money » (1), qui explique, par elle-même, tant de choses, et pas des meilleures, et signale le véritable renversement (2) de la compréhension, ou plutôt de l'appréhension humaine du temps, désormais ramené à la valeur monétaire de ce qu'il peut « rapporter » : une désacralisation du temps conjuguée à une valorisation exclusive de l'Argent, qui devient la véritable aune du monde et du temps, de son « utilité » matérielle. C'est le triomphe de l'utilitarisme, rapporté au « profit » individuel et matériel, dans un sens de plus en plus financier, l'argent devenant le vecteur privilégié des relations sociales et celui de la nouvelle hiérarchisation des classes sociales et des personnes : le « gagneur » est alors privilégié au dépens du « meilleur », Bernard Tapie ou Rockfeller au dépens de saint François d'Assise ou des bénévoles...

    La nature est aussi victime de ce nouvel état d'esprit, dont Benjamin Franklin n'est que l'interprète et qu'il puise dans une culture anglo-saxonne et protestante qui fût, au XVIIIe siècle, « l'idéologie dominante » du monde ouest-européen et qui se confond avec les fameuses « Lumières » dont il n'est pas certain que nombre d'écologistes actuels aient bien mesuré les effets logiques sur la gestion de l'environnement et l'état d'esprit des populations consommatrices. 

    Le Bulletin d'AF Reims de janvier 1971 dont les lignes suivantes sont extraites revient sur les racines de la situation déplorable faite à la nature par la société de consommation, et, en deux paragraphes, développe l'état d'esprit qui, en ces temps contemporains, explique les attitudes capitalistiques, si néfastes pour l'environnement, attitudes qui rompent avec l'esprit d'un Moyen âge qui, à travers les faits et idées de saint François d'Assise, respecte plus la nature donnée (ou « confiée aux hommes ») par le Créateur (selon la tradition catholique) ,dont ses créatures animales et végétales, que l'esprit né de la Réforme. En effet, sans rentrer dans un débat théologique, ce dernier semble assujettir la nature aux hommes sans contreparties ou simple respect de celle-ci, esprit qui survalorise les humains au détriment d'une humilité pourtant nécessaire à l'équilibre des sociétés et à leurs bons rapports avec la nature environnante... Cela n'empêche pas nombre de protestants, à l'image de Jacques Ellul (3), de faire une critique tout aussi virulente d'une société capitaliste de consommation oublieuse de la juste mesure et du cadre environnemental. Mais, désormais, le capitalisme lui-même s'est largement émancipé de sa matrice « réformée » et ce n'est plus l'homme en lui-même qui est valorisé, mais bien plutôt l'individu consommateur et « quantifiable »...

    « D'où viennent ces attitudes ? Comment s'explique cette situation ? 

    Pour répondre, il nous faut élargir le débat.

    « La nature est faite pour l'homme » : tel est l'esprit de la Réforme et du capitalisme. La richesse matérielle acquise sur terre est le seul moyen pour l'homme de se persuader qu'il possède la Grâce. Pour y parvenir, tous les moyens que nous donne Dieu sont bons. La destruction de la nature est un droit inaliénable ; l'extermination des Indiens et des bisons s'est faire Bible en poche. On peut fort bien inonder le monde de gaz toxiques si l'argent que procure cette noble activité de libre entreprise permet l'achat d'une installation privée d'air conditionnée. 

    Et la lutte elle-même, entreprise actuellement contre les nuisances, s'effectue dans le même esprit ; il s'agit de vaincre une bonne fois ce genre de déséconomies externes pour gagner encore plus d'argent ensuite. Plus qu'une lutte du système pour sa survie, c'est un moyen pour lui d'augmenter sa puissance, d'exploiter toujours davantage (4).

    A l'Action Française, nous considérons [ndlr : au contraire des lignes précédentes, représentatives du nouvel esprit capitaliste] que le milieu naturel n'est pas à notre disposition, n'est pas un citron à presser. C'est un élément de notre héritage, un élément essentiel de notre patrimoine. Nous savons qu'il est vain et dangereux de vouloir lutter contre les lois de la nature mais qu'il faut, au contraire, s'y plier pour pouvoir réellement progresser, non de la manière factice propre aux libéraux. L'environnement est une des composantes de la politique naturelle. Il nous faut le défendre par tous les moyens, et prévenir sa récupération par le système. L’État républicain, esclave des groupes de pression, incapable de mener une politique cohérente à long terme, ne pourra agir que quand cela sera trop tard. L'héritage en sera amputé d'autant. Pour éviter cela, à nous de ramener l'héritier. »

    L'affiche d'une candidate royaliste aux législatives de 2012. 

    Le combat royaliste est ainsi le corollaire indispensable du combat écologiste : en cela, la Monarchie est le moyen institutionnel de l'écologie intégrale en France ; elle est, en somme, « l'écologisme intégral ». La République, elle et malgré les louables efforts d'un Nicolas Hulot aujourd'hui à la tête d'un ministère d’État, reste trop sensible aux pressions des grands groupes financiers et industriels pour pouvoir, en définitive, assumer et assurer, sur le long terme, ce « souci environnemental » qui est, malgré les idéologies « progressistes » et consuméristes, le fondement de toute « mesure » (au sens grec du terme, comme la traduction de pan metron :  « de la mesure en tout ; jamais trop, toujours assez ») nécessaire à la vie et à l'équilibre des sociétés humaines, à la justice sociale elle-même.

    Que l'on ne s'étonne donc pas que le lys puisse être le meilleur symbole, aujourd'hui, de ce combat écologique qui s'avère désormais une cause politique d'urgence, non de la précipitation et de l'éphémère mais de l'enracinement et du temps long... 

    Notes : (1) : « Le temps c'est de l'argent », formule qui donne son sens même au capitalisme désinhibé qui rompt avec ce vieux « capitalisme » (le terme est-il exact, d'ailleurs ? La question mériterait d'être posée) encore familial et traditionnel qui se reconnaissait quelques limites et pouvait accepter un certain partage des fruits de l'économie, tout en valorisant le travail des producteurs et pas seulement « la » seule production, sans limites, ni sociales ni environnementales...

    (2) : un renversement dont les conséquences se verront dès le XVIIIe, siècle dit « des Lumières », et encore plus dans les siècles suivants avec les révolutions industrielles et économiques d'une part, et « l'imposition douce » de la société de consommation d'autre part.

    (3) : Jacques Ellul (1912-1994), historien et sociologue, contempteur de la société technicienne et l'un des précurseurs du courant de la décroissance.

    (4) : N'est-ce pas là la définition même du « capitalisme vert », aujourd'hui qualifié de « développement durable » ? Car il s'agit de « faire des affaires » en réparant les dommages du « développement » et d'une société de consommation que celui-ci, pourtant, tend à atteindre « pour tous » et à donner « à tous », non selon leurs besoins véritables mais selon leurs désirs suscités par cette même société séductrice de consommation, si tentatrice par le biais de la publicité et du crédit, autre nom sympathique de l'endettement...

    http://nouvelle-chouannerie.com/

  • « La partitocratie est à bout de souffle »

    Entretien avec François Bousquet

    François Bousquet est le biographe et, en quelque sorte comme tel, l'un des porte-parole de Patrick Buisson. Il explique ici, avec la fougue et le talent d'un grand journaliste, ce qu'est aujourd'hui la ligne socio-conservatrice de l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy.

    Premier enseignement de ce scrutin l'effondrement de l'hégémonie des deux vieilles maisons.

    Quel bilan tirer de la campagne présidentielle et du processus de recomposition qu'elle a engagé ?

    Il est encore trop tôt pour s'aventurer à pronostiquer la forme que prendra ce processus de décomposition-recomposition, à moins de lire dans les entrailles du corps électoral. Néanmoins, on peut déjà tirer le bilan d'une présidentielle qui aura contribué comme jamais à décanter le paysage politique.

    Premier constat l'échec redondant des sortants, des primaires et des structures partisanes classiques. De fait, la partitocratie est à bout de souffle. Les apparatchiks qu'elle produit à la chaîne, à l'aise dans les jeux d'appareil et le démarchage électoral, pourraient tout aussi bien vendre des piscines ou des robots mixeurs, en y mettant la même absence de conviction. Résultat le monopole des partis sur l'offre politique semble avoir atteint ses limites, comme naguère les syndicats. Les deux partis centraux qui dominaient la vie politique depuis presque un demi-siècle ont été pour la première fois évincés du second tour. L'un est pour ainsi dire en état de mort cérébrale, l'autre, moribond. Mais ils ne sont morts que pour autant qu'ils ont fusionné. Désormais, l'UMPS n'est plus une figure de style, c'est une réalité politique le macronisme. Cela faisait longtemps que les convergences idéologiques poussaient le PS dans les bras des LR, et réciproquement. Mais il n'y avait pas de passage à l'acte, principalement pour des raisons de clientélisme électoral, dont Macron n'avait que faire lui devait bâtir une force nouvelle. Il a donc fait ce que les élites post-nationales rêvaient d'accomplir depuis Delors accoucher d'une grande coalition, sur le modèle des coalitions à l'allemande. C'est la réponse à la montée des populismes, enfermés dans un isolement sans issue, faute d'alliances.

    Mais Macron est loin d'avoir achevé ce processus de décomposition-recomposition...

    Macron a été quasi divinisé comme les empereurs romains, le « président jupitérien ». On conviendra que c'est exagéré. Il n'empêche : il est déjà un grand stratège, maître dans l'art du Blitzkrieg, la guerre éclair. Son calcul est en passe de réussir scinder en deux les LR, pour annexer le centre et les juppéistes, et renvoyer le solde à la bordure du FN. Après avoir annihilé la gauche, il est donc en train de piéger la droite en l'asséchant H pourrait reprendre à son compte le mot du conseiller diplomatique de Gorbatchev aux Américains « Nous allons vous faire lapin des choses, nous allons vous priver d'ennemi. » Macron n'a pas fait autre chose en vampirisant la droite ex-gouvernementale. Elle n'a plus rien à lui opposer, sinon des slogans creux et des chicanes picrocholines - mieux vaut-il augmenter la CSG (Macron) ou la TVA (Fillon) ? En se positionnant essentiellement sur le terrain de l'économisme, les LR ont nourri l'idée d'une convergence économique possible avec le PS. C'est cette convergence qui a permis à Macron de débaucher aussi facilement Edouard Philippe, Le Maire et Darmanin, privant les LR d'angles d'attaque.

    Dans ces conditions, quel avenir pour les LR ?

    Si, à travers Macron, les deux libéralismes, économique et culturel, confluent, il en va tout différemment des LR. Zemmour a souvent fait remarquer que Chirac et Juppé avaient créé l'UMP avec les cadres du RPR, mais pour épouser les idées de l'UDF. Tout le problème, c'est qu'une bonne partie des électeurs, du moins ceux de l'ex-RPR, ont épousé les idées du FN. Dans tous les cas, ces deux familles de la droite parlementaire, orléanistes et bonapartistes, sont en instance de divorce. Les LR sont face au dilemme suivant la tentation Macron ou la tentation Marion. Aux premiers, le progressisme, aux seconds, le conservatisme.

    Quand la droite ignore sa propre nature

    Quelle forme politique pourrait prendre ce conservatisme ?

    « Le malheur, c 'est que la gauche ne croit pas au péché originel et que la droite ne croit pas à la rédemption », disait jadis André Frossard. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. La droite orléaniste ne croit plus au péché originel, si tant est qu'elle n'y ait jamais cru. Elle en ignore les ressources théologiques et anthropologiques, une anthropologie sans angélisme ni vaines illusions sur la condition humaine, trop humaine, étrangère à une droite ralliée au progressisme, pour qui le conservatisme ne se confond plus qu'avec des archaïsmes catégoriels et des blocages corporatistes. Cette droite est mouvementiste, en marche, croissanciste, et ne s'assume plus qu'au prix d'un reniement et d'un ralliement. L'ignorance dans laquelle elle se trouve de sa propre nature l'a poussée à tourner le dos aux philosophies communautaires pour épouser un libéralisme échevelé dont elle ne veut pas voir les conséquences ultimes. Elle n'a plus de pensée sur le lien social, ni sur la façon dont les sociétés s'instituent et se perpétuent. Il faudrait un Flaubert ou un Léon Daudet pour dépeindre la vacuité de ce monde-là. La médiocrité d'un François Baroin, institué chef de file des LR pour les législatives, en dit long sur le sujet.

    Il faut prendre cet état de fait pour ce qu'il est une véritable bénédiction en vue de la recomposition des droites. Le probable échec aux législatives sera peut-être le coup de grâce des LR. Accueillons-en l'augure. Macron a vidé les rangs de la droite, Baroin est en train de parachever son travail. Son empressement à reconduire le front républicain, alors que personne ne lui demandait rien, en fournit une démonstration supplémentaire. Les LR devront boire le calice jusqu'à la lie afin de faire place nette. C'est une chance historique pour une droite authentiquement de droite, au sens où Pierre Bourdieu appelait de ses vœux une gauche de gauche.

    Et le FN ? Est-il susceptible de fédérer cette grande force de droite ?

    À 40 % et plus, Marine Le Pen avait l'opportunité de s'imposer comme la seule alternative à droite. À 34 % et après un débat désastreux qui laissera des traces, il est permis d'en douter. Le FN est traversé par les mêmes divisions, même si la structure pyramidale du parti offre plus de garanties de survie. Sous l'emprise des frères Philippot, Marine Le Pen a mené une campagne chevènementiste récitée avec l'accent d'Arlette Laguiller. Au nom de la « triangulation » chère aux illusionnistes, le FN a parié sur l'effacement du clivage droite-gauche en croyant pouvoir agréger les « non » de gauche et de droite au référendum sur la Constitution européenne. Rappelons que la « triangulation » a été inventée par les clintoniens pour accoucher de la synthèse libérale-libertaire. Trianguler, c'est en apparence et en apparence seulement s'adresser à la gauche quand on est de droite, et inversement, dans l'esprit de la dialectique hégélienne thèse (droite), antithèse (gauche), synthèse (droiche). Car cette synthèse ne peut s'opérer qu'au centre. La triangulation a été conçue pour cela. Elle obéit aux forces centripètes du Système, qui, toutes, convergent, vers le parti unique de la pensée unique. Au fond, le FN a commis la même erreur que Sarkozy en 2007, l'ouverture à gauche, mais du moins ce dernier a-t-il attendu d'être élu. Logiquement, le parti de Marine Le Pen devrait subir une hémorragie de même nature que celle qui a affecté le FN canal historique après le 21 avril 2002, et ce n'est pas le toilettage cosmétique envisagé, le changement de nom, qui devrait changer les choses.

    L'heure de la droite hors-les-murs aurait-elle enfin sonné ?

    Cette droite hors-les-murs ne constitue pas un programme, mais un constat dressé très tôt par Buisson. Elle est à la jonction du conservatisme et du populisme. Or, le conservatisme a été le grand oublié de la campagne, exception faite de l'instrumentalisation de Sens commun. Il est pourtant en train de se renouveler et de se doter d'outils conceptuels à travers une nouvelle génération d'intellectuels. La Manif pour tous lui. garantit un réservoir militant et une grande capacité de mobilisation. Quant à la droite bonapartiste, si elle est en plein désarroi, la faute à sa générale en chef et à son principal conseiller qui ont enseveli le populisme sous une rhétorique tapageusement souverainiste et ouvriériste, elle n'en dispose pas moins d'un immense réservoir de voix.

    Il n'a échappé à personne que c'est la stratégie que recommande Marion Maréchal-Le Pen, à rebours de celle adoptée par sa tante. Elle en appelle à la ligne Buisson - l'alliance du populaire et du régalien - qui a abondamment prouvé son efficacité électorale et à qui il ne manque qu'une personnalité d'envergure, ce qui n'est pas rien, pour réintégrer les murs, faute de quoi c'est toute la droite qui se retrouvera durablement hors-les-murs. De deux choses l'une soit le populisme et le conservatisme parviennent à trouver un modus vivendi, soit ils s'y refusent. Dans un cas, les perspectives de pouvoir s'ouvrent, dans l'autre, elles se referment.

    C'est tout le sens de la « ligne Buisson », majoritaire dans le pays, mais étonnamment absente de la présidentielle. Rarement l'offre politique aura aussi peu coïncidé avec la demande du corps électoral. À lire les enquêtes d'opinion, dont le baromètre annuel Kantar TNS-Sofres sur l'image du FN, près de deux tiers des Français plébiscitent le FN sur les questions identitaires et sécuritaires, mais sans l'étiquette FN pour presque deux tiers d'entre eux. Autrement dit, les Français veulent bien du message, pas du médium. C'est dans ce hiatus que s'est glissée la droite hors-les-murs. C'est pour l'heure seulement une sorte de « shadow cabinet » dominé par les figures de Villiers, Zemmour et Buisson, qui, à eux trois, dessinent le portrait en creux d'une droite orpheline, pour l'essentiel conservatrice, qui empruntent des traits à la chouannerie, au bonapartisme et au catholicisme social. Un mélange de social-conservatisme. En Angleterre, on parlerait de « torysme rouge », un conservatisme rouge, dont Theresa May est la figure de proue, un torysme post-thatchérien, qui a pris la mesure des dégâts occasionnés par la mondialisation et fait sienne l'opposition chère au journaliste et essayiste britannique David Goodhart entre les « Anywheres » et les « Somewheres », les « gens de n'importe où » et les « gens de quelque part », les deux grands blocs historiques qui s'affrontent les diversitaires contre les identitaires.

    Propos recueillis par l'abbé Guillaume de Tanoüarn monde&vie 8 juin 2017

  • Le Front National planche sur l’avenir - Journal du vendredi 21 juillet 2017

  • Alain de Benoist : Bataille des idées ? La gauche a perdu, mais la droite n’a pas gagné !

    Manuel Valls déclare que « la gauche a perdu la bataille des idées ». C’est une bonne nouvelle ?

    Quelle bataille ? Il est vrai que la gauche n’a plus rien à dire, mais la bataille des idées dont parle Manuel Valls n’a jamais eu lieu. Non parce que cette gauche devenue muette reste largement hégémonique dans les médias, et qu’elle n’apprécie pas qu’on cherche à la contredire, mais parce que la droite n’avait ni le désir, ni la volonté, ni les moyens de participer à une bataille de ce genre. La droite n’avait tout simplement rien à dire – ou peu s’en faut. Le domaine des idées n’obéit pas au principe des vases communicants. Vous avez vous-même cité François Huguenin : « La droite a refusé le combat des idées car elle n’en a plus. » C’est ce que Pierre-André Taguieff remarquait lui aussi récemment : « La gauche a perdu la bataille des idées, mais la droite ne l’a pas gagnée. »

    On pourrait, ici, faire un parallèle avec la fin du système soviétique. L’URSS ne s’est pas écroulée sous les coups de boutoir du « monde libre » mais sous l’effet de ses propres contradictions internes. Si la gauche n’a plus rien à dire, si elle a perdu son identité en désertant le combat culturel, ce n’est pas que la droite a réfuté ses idées, c’est que ses idées ont épuisé le cycle de leurs virtualités possibles, et surtout qu’elle a délibérément abandonné le socle idéologique qui faisait sa force, et nourrissait son imaginaire, en se ralliant plus ou moins honteusement au libéralisme économique et au système du marché.

    Depuis la Manif pour tous, il y a quand même une indéniable effervescence intellectuelle à droite. Épiphénomène ou lame de fond ?

    Il y a, en effet, quelques ébranlements ici ou là, mais on est loin du compte. Où sont les Taine, les Tocqueville et les Renan du XXIesiècle ? La droite n’aime déjà pas beaucoup les intellectuels, ces coupeurs de cheveux en quatre qui ont la faiblesse de croire que les révolutions culturelles ont des conséquences plus durables que les révolutions politiques. Les partis politiques, eux, pensent que les idées divisent et qu’entretenir le flou est la meilleure manière de rassembler. La droite d’aujourd’hui est idéologiquement déstructurée. Dans le passé, elle s’est laissée gagner par les idées de ses adversaires sans les reconnaître pour ce qu’elles étaient. Elle n’a jamais conçu de stratégie culturelle, car elle ne sait même pas ce que cela veut dire. Elle a cru qu’elle deviendrait « respectable » en multipliant les concessions. Elle cède aujourd’hui plus que jamais aux modes idéologiques qui ont historiquement affaibli toutes ses défenses immunitaires, à commencer par l’universalisme philosophique, l’idéologie des droits de l’homme et l’idéologie du progrès. 

    La recomposition politique à laquelle on assiste actuellement annonce-t-elle aussi une recomposition idéologique ?

    Ce serait une excellente nouvelle, à condition qu’on puisse y croire, mais je doute que la scène politique soit propice à une refondation idéologique. Par nature, elle entretient plutôt la confusion. Il paraîtra sans doute excessif à beaucoup de dire que, lorsqu’on a telle ou telle position politique, on doit savoir aussi comment interpréter les plus récents acquis de la physique théorique ou de la biologique moléculaire. Et pourtant, il n’y a pas de conception du monde qui n’englobe pas tous les domaines de connaissance et de pensée. Mais sans aller si loin, on pourrait au moins exiger qu’en matière anthropologique, on ait un minimum de cohérence. Quelle idée se fait-on de l’homme ? Une idée philosophiquement classique ou une idée idéologiquement moderne ? Celle d’un être politique et social par nature ou celle d’un individu porteur de droits qui ne serait sur terre que pour maximiser son meilleur intérêt ? La société s’explique-t-elle par la sociabilité naturelle de notre espèce ou n’est-elle qu’un agrégat d’atomes individuels régi par le contrat juridique et l’échange marchand ?

    L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, qui symbolise la réunification du libéralisme sociétal de gauche et du libéralisme économique de droite, pourrait en principe favoriser une clarification en faisant comprendre une fois pour toutes que le libéralisme est intrinsèquement « progressiste » et non pas conservateur, pour reprendre un mot qui revient à la mode. C’est ce qu’explique très bien Guillaume Bernard : « La combinaison du libéralisme et du conservatisme peut, de prime abord, apparaître séduisante : le libéralisme pour l’économie, le conservatisme pour la société. Mais c’est méconnaître la doctrine libérale, qui s’appuie sur l’individualisme et le subjectivisme. C’est en soi et par soi que chacun détermine son bien. Il n’existe pas de valeur objective, mais uniquement des consensus issus de la rencontre de volontés. Le libéralisme porte en lui la destruction des traditions sociales, alors qu’il n’est nullement nécessaire de s’y adonner pour combattre la spoliation fiscale des familles et des entreprises. » C’est ce qu’il faudrait comprendre si l’on veut gagner la « bataille des idées ». Les Républicains, eux, se veulent les représentants « de la droite et du centre ». Encore un oxymore !

    Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

     Intellectuel, philosophe et politologue Revue Eléments
  • A quoi sert le Parlement ?

    Nous avions vu que les députés LREM brillaient par leur incompétence. Est-ce une relation de cause à effet ? France 3 ne diffusera plus les questions au gouvernement : les téléspectateurs ne pourront donc pas s'apercevoir du vide intellectuel de certains de leurs élus.

    France 3 diffusait depuis 1983 ces traditionnelles séances des mardis et mercredis (deux séances durant la session ordinaire, une seule en session extraordinaire) à partir de 15 heures. L’ex-député PS Jean-Jacques Urvoas écrivait dans Manuel de survie à l’Assemblée nationale en 2012 :

    «Pour les six cent mille téléspectateurs en moyenne qui les suivent sur leur écran, (les QAG) constituent la seule fenêtre sur le travail législatif, l’unique moment où chacun peut évaluer son député dans l’accomplissement de sa fonction».

    Cette décision survient après la crise entre le Président de la République et le CEMA, crise provoquée par les propos du CEMA devant la commission parlementaire de la Défense nationalequi voit ainsi sa légitimité remise en cause. Par ailleurs, les députés LREM n'ont aucune marge de manoeuvre et doivent obéir à Jupiter-Narcisse le doigt sur la couture du pantalon. Quant à l'opposition, elle n'est même pas écouté et ses amendements sont rejetés illico sans débat.

    Dans ces questions, on se demande à quoi sert le Parlement. Si ce qui est écrit là avait été réalisé ailleurs, en Russie par exemple, notre belle presse crierait à la dictature...

    Michel Janva

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  • Les électeurs attendent le FN sur les questions d’immigration, de sécurité et de lutte contre l’islamisme

    6a00d83451619c69e201b8d29803ec970c-250wi.jpgTandis qu'au FN débute aujourd'hui un séminaire sur la stratégie du parti, Hervé de Lépinau signe une tribune sur Boulevard Voltaire :

    "La lettre de Florian Philippot aux membres du groupe de travail « Thématiques de campagne », publiée dans Le Figaro le 18 juillet, a le mérite de clarifier le corpus idéologique du projet politique voulu par le vice-président du Front national. Il constitue également une justification des orientations qu’il a impulsées en matière de communication et de stratégie, domaines dont il a la charge au sein du mouvement, et qui ont contribué pour partie aux mauvais résultats des élections présidentielle et législative.

    Alors qu’on serait en droit d’attendre une autocritique sur le fond, puisque les derniers scrutins ont été un échec, c’est une remise en cause de la forme qui est proposée, avec pour ligne directrice le maintien de la sortie de l’euro, doctrine qui ne peut souffrir aucune critique et qui, selon son concepteur, n’aurait pas pesé dans la défaite. Voire…

    Puisqu’il est question de communication et de stratégie, posons quelques constats.

    1) Alors que Marine Le Pen a commencé sa campagne avec des intentions de vote proches de 30 %, elle n’a cessé de perdre des points, semaine après semaine, pour passer sous la barre fatidique des 20 %, sans que ceux chargés de la stratégie et de la communication ne corrigent en temps voulu ce qui devait être corrigé pour mettre un terme à cette dégringolade.

    2) Tandis que ceux qui ont fait une campagne de terrain, en marge des plateaux de télévision et autres « médias qui nous sont hostiles » (pour reprendre une formule consacrée), ont très clairement reçu comme message que la souveraineté monétaire n’est pas la priorité des électeurs, de sorte qu’ils ont été plus qu’agacés d’entendre cette antienne à longueur d’émissions : cette abstention sans précédent (et particulièrement parmi nos sympathisants) en a été la conséquence.

    3) « L’autre aspect ravageur pour l’opinion publique est le sentiment de reniement, et de légèreté, que nous donnerions » [en abandonnant la sortie de l’euro], nous explique l’élu mosellan. Or, c’est le contraire qui s’est produit puisque nos électeurs nous ont reproché notre obstination sur cette thématique, le premier tour de la présidentielle ayant constitué à cet égard une sorte de référendum sur ce sujet rejeté massivement par les Français.

    4) Nos électeurs nous attendaient en 2017 sur les questions d’immigration, de sécurité et de lutte contre l’islamisme car ce sont les préoccupations du moment : c’est factuel, c’est concret, ça n’appartient pas au passé mais à un présent brûlant.

    5) La référence appuyée au rendez-vous manqué des régionales de 2015 pour démontrer que la question de la sortie de l’euro serait étrangère à cette contre-performance est inappropriée puisqu’en PACA, on sait que ce projet a fait fuir l’électorat senior inquiet pour ses retraites.

    Mais, une fois de plus, la stratégie proposée par celui qui en a la charge ne changera pas le plomb en or électoral. De manière schématique, il nous est proposé de faire du Mélenchon sur les questions sociales et du libéral-libertaire sur les sujets sociétaux afin d’entrer dans la « modernité ». En d’autre termes, il est proposé de privilégier l’horizontalité matérialiste à la verticalité des principes, dans le but de récupérer davantage de parts de marché électoral, quitte à être dans le vent quand l’exigence de vérité appelle à être à contre-courant. L’exemple de l’IVG retenu par l’auteur est, à cet égard, symptomatique : un acte grave dépénalisé sous certaines conditions est présenté comme un droit libérateur qui ne peut être sujet à critique au risque d’être traité de réactionnaire. Pourtant, et en dehors de toute considération morale ou religieuse, 200.000 avortements par an est un constat d’échec en termes de santé publique et de politique familiale, et il est du devoir du politique de faire en sorte d’en diminuer le nombre dans le cadre d’un projet de société positif.

    La politique ne peut se limiter au maniement de concepts désincarnés : c’est un engagement humain qui exige de faire montre d’empathie, avec pour seule boussole la recherche du bien commun. L’enthousiasme, ça se vit, ça ne se décrète pas."

    Michel Janva

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  • Entre humour, provocation et combat radical, l’Alt-Right à l’assaut de l’Amérique !

    Une véritable campagne médiatique planétaire contre la Alt-Right a suivi l'élection de D.Trump, Nous avons posé à Anon Frog, un universitaire spécialiste de la culture et de la politique nord-américaine utilisant ce pseudonyme dans une des meilleures études sur le sujet dans la revue Rébellion, quelques questions pour comprendre la nature de ce phénomène en développement que nous évoquons par souci d'information mais dont RIVAROL n'assume pas la totalité des positions, des méthodes et des orientations.

    R. : Comment définir l'Alt-Right ? Pourquoi ce nom ?

    Anon Frog : Il s'agit d'une contre-culture nationaliste américaine, et plus généralement anglophone. Le nom est une contraction d'Alternative Right, le mouvement s'étant dès ses débuts défini par son opposition au néoconservatisme majoritaire au sein du Parti Républicain. C'est l'Autre Droite, celle qui fait peur.

    R. : La campagne des présidentielles américaines est l'acte de naissance de l'Alt-Right ou ses racines sont-elles plus anciennes ?

    A. F. : Le terme existe depuis 2008, et on peut trouver des accents très proches de ceux de l'Alt-Right chez les théoriciens et politiciens paléoconservateurs des années 1980 jusqu'au milieu des années 2000 (notamment Pat Buchanan et Ron Paul dans le monde politique, Paul Gottfried dans le monde universitaire et Samuel Francis dans le monde journalistique). Mais la campagne présidentielle de 2016 a servi de rampe de lancement pour le mouvement, qui demeurait auparavant une curiosité anecdotique confinée à des blogs et des sites.

    R. : Quelles sont les composantes de l’Alt-Right (revues, sites, réseaux) ?

    À; F. : Les réseaux sont encore très informels, même si des groupes de militants émergent au niveau local (citons le Traditionalist Workers Party, Identity Evropa — sic — et Vanguard America, qui regroupent des étudiants et des jeunes travailleurs). En l’état, les vitrines de l'Alt-Right sont un ensemble de sites le Daily Stormer, The Right Radix Journal, Altright.com, et bien entendu la centrale à idées que constitue le 4chan et sa sous-section « Politically Incorrect » ou /pol/ R.: Quelle est la stratégie de ce courant? autonomie et la viralité semblent être la règle de son action ?

    A- F. : Oui, avant Trump l'Alt-Right était complètement déconnectée de tout enjeu politique concret, et même après lui elle reste marginale, ses visées sont donc métapolitiques. Les alterno-droitards veulent implanter leurs thèmes de réflexion dans l'esprit des Euro-Américains et leur rendre une conscience identitaire volée par un bon demi-siècle d'hégémonie du marxisme culturel du néoconservatisme (les deux n'ayant rien de contradictoire).

    R. : Les références au monde des jeux-vidéos et de l'Internet sont nombreuses dans l'univers de l'Alt-Right. Ce phénomène existerait-il sans internet ? Quel est son lien avec la pratique du "trollage" ? 

    A. F. : 4chan a beaucoup joué dans cette ;: omniprésence de références aux jeux-vidéos, ainsi qu'aux mangas. Avant de devenir un forum fourre-tout, c'était un espace de discussion lié à la culture populaire japonaise, : et le thème est resté comme réfèrent culturel commun pour les participants, y compris dans sa section /pol/ où la BD nippone laisse lia place à des officières de la Waffen-SS mais dans un style toujours inspiré du manga. Le fait que les Japonais aient été sacrés « Aryens d'honneur » par Adolf Hitler n'y est pas tout à fait étranger... Ce bain culturel au départ très éloigné de toute considération politique a parfois des effets inattendus : ainsi le jeu-vidéo Crusader Kings I, ayant pour thème les croisades, a contribué à rendre populaire sur Internet le cri de ralliement « Deus Vult ! » auprès de jeunes gens qui rêvent désormais de reprendre Constantinople et Jérusalem...

    Quant au trollage, il s'agit de la méthode de propagande privilégiée de l'Alt-Right. C'est d'abord une propagande à usage interne reposant sur des codes souvent obscurs pour les novices, mais l'idéal reste quand même de l'exporter sur des média ennemis. Quoi de plus drôle en effet que de faire sortir de ses gongs une féministe juive aux cheveux bleus en lui envoyant sur Twitter un montage grossier de Donald Trump en gardien de camp de concentration ?

    R. : La base du mouvement est très jeune?

    A. F. :Les quelques figures connues sont des hommes entre 30 et 50 ans, mais l'Alt-Right regroupe effectivement une majorité d'étudiants, de jeunes travailleurs, voire de lycéens et de collégiens, dont l'activisme consiste surtout à rire sur Internet aux dépens de toutes les minorités agissantes au sein de la société américaine.

    R. : Que représente la figure de « Pepe the frog »?

    A. F. : C'est une grenouille anthropomorphe issue d'une bande-dessinée n'ayant rien de politique qui est, par les mystérieuses voies de l'Internet, devenue une image virale sur 4chan avant de se répandre partout ailleurs. L'Alt-Right en a fait sa mascotte et compte parmi ses plus grands faits d'armes l'inclusion de Pepe dans la base de données des « symboles de haine » de l’Anti-Defamation League (la LICRA américaine). Une religion parodique s'est organisée autour de la grenouille les 4chaneurs utilisent depuis des années le mot "kek" comme synonyme de "lol » (« mort de rire »). L'un d'eux a découvert que c'est également le nom d'une divinité égyptienne du chaos, représentée par une grenouille anthropomorphe. Pepe est depuis considéré comme un avatar de Kek, "dieu" longtemps endormi et ranimé par des internautes désœuvrés, qui a décidé pour l'instant d'aider les peuples européens à combattre le cosmopolitisme et la décadence mais qui peut se détourner d'eux à n'importe quel moment.

    R. : Comment faire la part entre l’humour noir, la provocation et les convictions réelles dans tes manifestations souvent drôles et violentes de ce courant sur le net ?

    A. F. : Andrew Anglin, le créateur et principal contributeur du Daily Stormer, explique dans son manifeste que « à l’ère du nihilisme, l'idéalisme absolu doit se draper d'ironie pour être pris sérieusement. Quiconque se présente comme quelqu'un de sérieux sera immédiatement perçu de façon contraire à travers les lentilles blasées de notre environnement post-moderne ». Son site distille la rhétorique la plus sulfureuse de toute l'Alt-Right, mais aussi la plus comique. Ne disposant d'aucune possibilité d'action politique à grande échelle, le mouvement compense en tenant des propos souvent outrageux, par exemple le mantra « Gas The K…, R… War Now ! » (« gazons les y…, on veut la guerre raciale ! ») répété jusqu'à plus soif. Toujours la logique de la provocation et du trollage, qu'on pourrait résumer ainsi puisque nos ennemis vont nous traiter de nazis quoi que nous fassions, nous allons assumer jusqu'au bout cette imagerie de façon parodique. Mais qu'on ne s'y trompe pas : derrière les plaisanteries, il y a des convictions solides quant à l'ordre du monde.

    R. : Comment le mouvement a-t-il gagné la guerre de la communication lors de la campagne présidentielle américaine ? Dans quelle proportion son action a-t-elle contribué à l'élection de Trump ?

    A. F. : C'est très difficile à estimer. L'enthousiasme populaire pour Trump dépasse bien sûr très largement les rangs de l'Alt-Right. Un fait sûr néanmoins : celui-ci n'ai pas du tout pâti de leur soutien durant la campagne. La dénonciation par Hillary Clinton de la « marge radicale » qui se serait emparée du Parti Républicain lors de son discours de Reno fin août 2016 est sans doute la plus grande victoire de l'Alt-Right et a contribué à la faire connaître d'un public plus large. En outre, une partie du vocabulaire du mouvement a contaminé les Américains pro-Trump plus modérés et ce que certains appellent l’Alt-Light" (des nationalistes civiques opposés au politiquement correct mais plus judéo-compatibles). Ainsi, sur le forum géant Reddit, la section des partisans de Trump (intitulée r/The_Donald) regorge d'images de Pepe et a fait sienne l'insulte "cuckservative" (« conservateur cocu ») popularisée par l'Alt-Right, sans toutefois se départir de l'israëlomanie caractéristique des Républicains. Mais une droitisation réelle du peuple américain est en cours, et l'Alt-Right constitue son avant-garde.

    R. : Existe-t-il une ligne idéologique commune au sein de ce mouvement ? Vous évoquez par exemple son "eurocentrisme" et son rapport avec la « Nouvelle Droite » européenne curieusement ?

    A. F.: En réponse à une journaliste de Radio France lors du dernier colloque du National Polky Institute en novembre 2016, Richard Spencer déclarait que « la différence entre nous et les conservateurs, c'est que nous lisons des livres ». Les traductions en anglais d'ouvrages d'Alain de Benoist, de Guillaume Faye ou d'Alexandre Douguine, ainsi que la synthèse sur la Nouvelle Droite Against Democracy and tquatity du Croato-Américain Tomislav Sunic font partie du corpus idéologique du mouvement, qui par ailleurs se nourrit de tout le canon occidental, de Platon à Heidegger en passant par Shakespeare et Cari Schmitt.

    La ligne idéologique commune est le nationalisme blanc et la solidarité avec les pays blancs. Sans nier à leur pays une identité spécifique et définie historiquement, les membres de l'Alt-Right pensent que les États-Unis d'Amérique font partie de la civilisation européenne, comme les pays du Commonwealth, l'Argentine, le Chili ou l'Uruguay. L'invasion migratoire à laquelle nous faisons face les inquiètent beaucoup, ils ont soutenu le Brexit, trouvent que Poutine et Orban sont des dirigeants admirables, et beaucoup seraient prêts à bien des efforts pour s'asseoir à la terrasse d'un café avec Marion Maréchal-le Pen.

    Si on trouve des nuances quant aux aspects plus concrets de ce que pourrait être une politique Alt-Right, l'opposition au capitalisme financier — héritée des racines libertariennes du mouvement — est assez constante. Et, fait notable dans un contexte américain, beaucoup n'hésitent pas à se réclamer du socialisme (tant qu'il est national bien entendu). Ainsi Richard Spencer se qualifie volontiers de collectiviste et aime le concept de sécurité sociale (une hérésie totale aux yeux des Républicains). Il est même allé jusqu'à louer certaines mesures proposées dans le programme de Bernie Sanders !

    R. : La modération sur la question raciale ou la question juive ne semble pas être la règle dans la mouvance ? Comment définir sa position en la matière ?

    A. F. : Premier amendement oblige (ou plutôt n'oblige pas), tout peut se dire outre-Atlantique à l'exception de l'appel explicite au meurtre. L'Alt-Right prône le « réalisme racial » , synonyme moins poli de l’ethno-différentialisme de la Nouvelle Droite, et une analyse objective de la "JQ" (« Jewish Question »). Le livre du professeur de psychologie évolutionniste Kevin MacDonald The Culture of Critique, qui analyse l'implication de Juifs dans les mouvements culturels et politiques au cours du 20e siècle, a beaucoup joué dans l'éveil de beaucoup d'activistes (1) Bien entendu, de telles opinions ne sont pas acceptables en bonne compagnie, mais l'Alt-Right travaille justement à les faire connaître du plus grand nombre.

    R. : Des liens existent entre la Alt-Right et les « nationalistes blancs » comme Jared Taylor ou Greg Johnson ?

    A. F. : À bien des égards ces deux-là sont les grands-pères du mouvement. Jared Taylor est parfois décrié en raison de sa position très molle sur la question juive, mais son organisation American Renaissance a beaucoup fait pour théoriser et expliquer le réalisme racial. Greg Johnson, quant à lui, a contribué à faire connaître la Nouvelle Droite via sa maison d'édition Counter Currents (dont le site publie beaucoup de traductions d'articles en de nombreuses langues dont le fiançais) et tenté de créer une North American New Right dans les années 2000. Aujourd'hui on peut dire qu'ils font partie de l'Alt-Right, les frontières sont très poreuses.

    R. : L'autre spécificité de l’Alt-Right est son absence de références religieuses (aussi bien d'ailleurs chrétiennes que païennes). Cela est très particulier dans l'univers des droites radicales américaines et n'est-ce pas une grave déficience du mouvement ?

    A. F. : Il y a une très grande tolérance religieuse au sein du mouvement, quand bien même les quelques croyants se rattachent plus volontiers au catholicisme traditionnel ou à l'orthodoxie qu'aux diverses dénominations protestantes, vues le plus souvent comme des fabriques de cocus. Mais les références religieuses sont effectivement très rares. Cela peut s'expliquer par plusieurs facteurs : la baisse de fréquentation des églises en général, les abus de la droite religieuse sioniste sous George Bush fils, et l'aspect très folklorique et peu rassembleur du christianisme racialiste de mouvements antérieurs comme le Ku Klux Klan. Beaucoup se définissent cependant comme "post-athées" c'est-à-dire non-croyants mais conscients de l'importance de la religion dans le maintien du lien social et l'identité d'un peuple.

    R. : L'une des figures centrales du courant est Richard Spencer. Quel est son parcours et son rôle dans le développement de l’Alt-Right ?

    A. F. : On doit à Richard Spencer le nom de la mouvance. Cela fait presque 10 ans qu'il porte sa vision politique de colloques en manifestations. Après avoir travaillé comme journaliste pour des journaux paléoconservateurs, il a monté plusieurs sites Internet et pris la tête des éditions Washington Summits et du National Policy Institute, un groupe de réflexion nationaliste blanc. S'il lui arrive d'être un peu taquin, son discours est bien moins "trollesque" que celui de beaucoup de ses compères. Il a emprunté aux Français le mot "identitaire" et produit une critique de l'anomie de la société américaine dont les accents évoquent parfois Baudrillard ou Christopher Lasch. Il n'aime pas vraiment le culte de la Constitution et de l'individualisme. Fort avenant et remarquablement cultivé, ce gentleman facho a été mis en avant par les média, multiplie les entrevues ces derniers mois et a donné des conférences sous haute tension dans plusieurs universités. Quand les gauchistes américains (la racaille antifa s'est bien exportée là-bas récemment) pensent à l’Alt-Right, ils voient Richard Spencer, le nouveau et charmant visage de la haine.

    R. : Les femmes sont-elles présentes dans l'Alt-Right ?

    A. F. : Les figures féminines de l'Alt-Right sont principalement des youtubeuses. Comme tout mouvement politique radical, PAlt-Right attire plus d'hommes que de femmes, mais celles-ci sont mises en avant autant que possible. Parmi les sous-cultures dont elle est issue, la "manosphere" (virilosphère ?) joue un rôle important. Il s'agit de communautés en ligne d'hommes qui critiquent le néo-féminisme et la libéralisation sexuelle, avec leurs corollaires que sont l’éclatement de la famille nucléaire et la submersion démographique des Blancs. Bien entendu, ils ne s'interdisent pas des propos peu amènes au sujet des femmes. Mais certaines, de plus en plus à vrai dire, se reconnaissent dans un modèle de société qui ne nierait pas la complémentarité des sexes, et comprennent que « faire une carrière » ne leur apportera pas forcément le bonheur, Cette réaction au féminisme va bien au-delà de l'Alt-Right. Le caractère hystérique des mouvements LGBT, qui exigent l'emploi de pronoms spécifiques pour les 36 "genres" possibles et font campagne pour combattre ; le « privilège masculin » sous toutes ses formes, est en train de polariser durablement la société américaine. Là où croît le danger...

    R. : Comment jugez-vous l'action de Steve Bannon auprès de Trump ? Sera-t-il la victime d'une nuit des « longs couteaux » dans la guerre d'influence au sein du gouvernement ?

    A. F. : L'homme est encore plus difficile à scruter que Trump. Les derniers mois de la campagne lui doivent beaucoup. Breitbart, le média qu'il dirigeait jusqu'à peu, n'a pas laissé le clan Clinton respirer une seule seconde. S'il s'est un jour défini comme un « nationaliste économique », Bannon a, en d'autres occasions, décrit Breitbart comme une « plateforme pour l'Alt-Right », il cite Julius Evola et Le Camp des Saints de Jean Raspail, et il aurait déclaré à un journaliste être léniniste et vouloir détruire l'État américain. Oy vey ! On pouvait espérer suite à l'élection qu'il jouerait un rôle important en tant que conseiller du Président. Les premières semaines du mandat de Trump étaient fantastiques : il avait tout l'appareil d'État contre lui mais se tenait droit dans ses bottes. L'ombre de Bannon planait sur la Maison-Blanche. Hélas, qu'il ait été fourbe dès le départ ou qu'on lui ait expliqué quelques réalités en coulisse, le Donald semble désormais bien plus à l'écoute de son gendre Jared Kushner et de sa convertie de fille. N'étant qu'un modeste internaute, je me refuse à des pronostics, mais tout cela a l'air mal parti. Tant pis, tant mieux le combat continue, et l'Alt-Right n'est pas près de se taire.

    R. : Qui incarne l'Alt-Right en France ?

    A. V. : Le forum 18-25 du site jeux video.com est une sorte d'équivalent français de 4chan, les sites Démocratie Participative et Blanche Europe reprennent explicitement les codes de l'Alt-Right, et des figures comme Boris le Lay en sont idéologiquement très proches. Plus généralement, toute la jeune génération de nationalistes qui a fleuri sur Internet ces dix dernières années dans le sillage d'Égalité et Réconciliation peut prétendre incarner une alternative à droite à la française.

    Propos recueillis par Monika Berchvok. Rivarol du 6 juillet 2017

    (1) Une traduction de sa volumineuse et explosive préface se trouve d'ailleurs à l'adresse suivante : www.kevinmacdonald.net/laculturedecritique-preface.pdf

    A lire Anon Frog, La victoire en trollant. Petite histoire de l’Alt-Right dans le numéro 79 de la revue Rébellion (disponible contre 5 euros auprès de Rébellion c/o RSE BP 62124 31020 TOULOUSE cedex 02 ou sur le site internet http://rebellion-sre.fr).

  • Le Front national à la croisée des chemins ?

    « Je ne laisserai pas le chaos s’installer dans mon parti », assurait, ce mercredi dernier, Marine Le Pen sur les ondes de RTL. Il est un fait qu’à l’instar du PS ou de LR, le FN n’a pas été épargné par l’onde de choc macronienne. D’où l’actuel flottement des relations pourtant privilégiées entre Marine Le Pen et Florian Philippot ; voire le trouble causé chez nombre de militants par le retrait de Marion Maréchal-Le Pen.

    Pour autant, si la crise traversant LR et PS est d’ordre structurel – être ou ne pas être macronien ? –, celle que connaît actuellement le mouvement lepéniste n’est finalement que conjoncturelle, s’agissant plus de querelles de personnes, de deux camps s’affrontant plutôt que de deux lignes politiques inconciliables. En effet, l’euroscepticisme d’un Louis Aliot vaut bien celui d’un Florian Philippot…

    D’aucuns, en interne, estiment que les élections présidentielle et législative ont été un échec. Mais un échec par rapport à quoi ? Aux sondages ? C’est bien la première fois que les lepénistes y accorderaient une telle importance, eux d’habitude si prompts à les railler. D’ailleurs, 10,6 millions de voix au second tour de l’élection présidentielle, ce n’est pas rien. Huit députés envoyés à l’Assemblée sans même passer par la case des triangulaires, cela tient plus du progrès que de la régression.

    À ce sujet, longuement interrogé dans Le Figaro du 6 juillet dernier, Bruno Bernard, ancien conseiller politique à l’ambassade d’Angleterre et journaliste du site Atlantico, note : « Les résultats du Front national sont bons, voire excellents. Un observateur extérieur considérerait qu’avec La République en marche et peut-être La France insoumise, il est le seul parti à avoir le vent en poupe et l’avenir devant soi. » Et le même de rappeler : « À entendre certains, on oublierait presque que c’est la stratégie Philippot, ou du moins celle présentée comme telle, qui a permis à Marine Le Pen d’en être là où elle est. » En même temps, comme dirait qui vous savez, c’est sûrement plus la personne de Florian Philippot et le poids hégémonique qu’il a pris au sein de l’appareil frontiste que sa ligne politique qui devraient poser problème lors du séminaire lepéniste annoncé pour les 20 et 21 juillet prochains.

    Et Bruno Bernard n’a pas fondamentalement tort, lorsqu’il prévient : « En abandonnant le symbole de l’euro, le Front national donnerait l’impression, non pas d’évoluer, mais de se renier sous la pression de résultats électoraux considérés comme mauvais. » Là, il rejoint l’analyse d’Aquilino Morelle, ancien conseiller de François Hollande, exposée dans un entretien accordé au Figaro Magazine : « La France est un pays du Non [celui du référendum sur la Constitution européenne de 2005. NDLR] gouverné par le camp du Oui. »

    Lequel camp présente un front uni, la fameuse UMPS, alors que son adversaire avance en ordre dispersé. « Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle en témoignent, avec une majorité de voix pour les « nonistes » regroupés. Suivre le même chemin pro-européen que Jacques Chirac avait fait emprunter au RPR lors du référendum sur le traité de Maastricht serait donc une erreur découlant d’une mauvaise appréciation de la situation politique actuelle », ajoute encore Bruno Bernard.

    Voilà des enjeux autrement plus cruciaux que de savoir si le Front national doit, oui ou non, changer de nom ; éternelle arlésienne : Jean-Marie Le Pen y songeait déjà après l’élection présidentielle de 2002. Car si ce vocable peut paraître anxiogène à certains, quid, alors, du nom de Le Pen ? Marine devra-t-elle troquer le nom du père contre celui de la mère ? Marine Lalanne ? Et pourquoi pas M.(arine) Pokora ?

    En revanche, fédérer le camp du Non, majoritaire dans les urnes et minoritaire au Parlement, voilà un défi de taille. Pas gagné d’avance, on vous le concède. Mais comment faire autrement ? « There is no alternative », comme assené jadis par Margaret Thatcher…

    http://www.bvoltaire.fr/front-national-a-croisee-chemins/