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géopolitique - Page 994

  • Qu’est-ce qu’un oligarque ? Entretien avec Alexandre Douguine

    Les oligarques sont-ils la version russe de l’hyperclasse ? Nous le subodorions… Pour en être certain nous avons interrogé Alexandre Douguine, professeur de sociologie à l’université de Moscou et chef de file du Mouvement eurasiste. Sa réponse est oui... et non ! 

    Alexandre Douguine, pouvez vous nous dire ce qu’est un oligarque ? Quand sont-ils apparus en Russie et dans quelles circonstances ?

    Alexandre Douguine : La figure de l’oligarque est apparue en Russie dans les années 1990. Ce furent de jeunes businessmen, soutenus par des éléments criminels, qui prirent part à la privatisation des entreprises de l’époque soviétique et qui, ce faisant, réussirent à rassembler des fortunes immenses grâce a la destruction de l’économie socialiste et à la corruption sans précédent qui régna alors. Tout cela dans une période de temps très brève.

    Les libéraux autour d’Eltsine ont commencé à construire le capitalisme en Russie de manière artificielle. Sauf que dans l’URSS il n’y avait pas de bourgeoisie. Donc ils ont été obligés de la créer vite et de toute pièce. L’alliance des réformateurs libéraux occidentalistes et des bureaucrates ex-soviétiques corrompus a ainsi produit le phénomène des oligarques.

    À l’époque d’Eltsine, ils se sont organisés dans une sorte de club des oligarques et ils ont acquis ainsi un poids politique important. Ils soutenaient les médias pro-occidentaux, les partis politiques réformateurs et ils faisaient pression sur Eltsine pour l’obliger à mener une politique allant dans le sens de leurs intérêts et de ceux des États-Unis. Ils ont alors placé leur fortune immense dans des banques occidentales et sont devenu chez nous, dans la totalité des cas, des agents d’influence volontaires de l’Occident.

    Donc l’oligarque ce n’est pas seulement le nouveau riche de la Russie des années 1990, mais plutôt le nouveau riche plus riche que les autres, conscient de ses intérêts, participant activement à la politique, soutenant l’idéologie libérale, réalisant les souhaits de l’Occident et impliqué dans des activités criminelles et dans la corruption au plus haut niveau.

    Combien sont-ils et qui sont les plus connus ?

    Alexandre Douguine : C’est difficile à dire parce qu’il s’agit d’un statut informel. On cite le plus souvent comme en faisant partie : Berezovsky, Gusinsky, Nevzlin, Khodorkovsky, d’une part, Abramovitch, Potatnin, Derepaska, Fridman, Aven, Prokhorov, d’autre part.

    Les premiers ont été chassés par Poutine et persécutés du fait de leur insistance à faire mener une politique identique à celle de l’époque d’Eltsine. Les autres ont choisi d’accepter les nouvelles règles du jeu imposées par Poutine. En Occident on critique les oligarques pro-Poutine et on soutient ceux qui s’opposent à lui. C’est un double jeu géopolitique et atlantiste (anti-Russie et anti-Eurasie) typique.

    Objectivement, la nature des oligarques est la même dans deux cas : ce sont des criminels libéraux, russophobes et atlantistes. La différence est uniquement que les premiers le sont ouvertement et que les autres le cachent. 

    Peut-on considérer que les oligarques sont les représentants en Russie de l’hyperclasse ?

    Alexandre Douguine : Dans un certain sens oui, mais comme je l’ai dit les oligarques ne sont pas que les plus riches, ils sont de plus idéologiquement libéraux, politiquement actifs et géopolitiquement atlantistes. Il y a en Russie d’autres super-riches auxquels il manque l’un ou l’autre de ces traits. Par exemple certains ne sont pas libéraux, d’autres ne sont pas atlantistes, et le plus grand nombre se garde bien d’avoir la moindre activité politique.

    Les oligarques sont-ils bien tous libéraux ? Il n’en existe pas de patriotes ?

    Alexandre Douguine : En Russie, on ne désigne comme oligarques que les libéraux actifs, occidentalistes et atlantistes. S’ils sont patriotes ils restent des extra-riches mais ne sont pas considérés comme des oligarques. Les extra-riches patriotes ne se mêlent presque jamais de politique et sont satisfaits de s’enrichir encore plus sans faire de bruit en profitant de la situation actuelle. 

    Quels sont les rapports entre Vladimir Poutine et les oligarques ?

    Alexandre Douguine : Poutine a proposé un pacte aux oligarques juste après sa première élection. Il leur a uniquement demandé, en contre-partie de l’impunité, de ne pas nuire à la souveraineté du pays et de ne pas contester la primauté de l’administration nationale. Certains ont refusé comme Berezovsky, Gusinsky et, plus tard, Khodorkovsky ; les autres ont accepté. Ceux qui ont accepté le pacte ont ensuite soutenu, pour la plupart, Medvedev et son groupe de réformateurs.

    Il est naturel que Poutine soit influencé en partie par les oligarques, y compris par ceux qui luttent contre lui en finançant, en commun avec les États-Unis, les manifestations anti-Poutine, parce qu’ils dictent certaines stratégies et qu’ils insistent sur la privatisation et sur la libéralisation de l’économie russe. 

    Pour quelles raisons une partie des oligarques a-t-elle refusé le pacte que Poutine lui proposait ?

    Alexandre Douguine : Je crois qu’il y a plusieurs raisons à cela.

    Tout d’abord, certains se sont sentis humiliés par l’affirmation de la supériorité de l’État et du Président par rapport à eux-mêmes qui, pendant les années 1990, dirigeaient presque ouvertement le pays, son économie et sa politique. C’est certainement le cas de Boris Berezovsky. Ensuite, d’autres ont compris que l’Occident serait contre Poutine, qui allait réaffirmer l’indépendance de la Russie, et ils ont donc préféré, afin de conserver leurs fortune en sécurité dans les banques occidentales ou dans les zones off shore, s’allier avec l’Ouest dans la fronde contre Poutine. Finalement, les autres sont arrivés à la conclusion que le libéralisme était menacé par Poutine et que sa politique pouvait devenir populiste, donc orientée contre les oligarques. Pour eux, la lutte contre Poutine est une guerre des classes préventive...

    http://www.egaliteetreconciliation.fr

  • Zimbabwe : le rapport qui accuse (arch 2003)

    Dans un rapport dénonçant la situation du Zimbabwe, les évêques sud-africains et zimbabwéens accusent directement le parti au pouvoir du Président Robert Mugabe d'avoir érigé la torture et la persécution systématique des opposants en pratique de gouvernement. En mai 2003, Amnesty International avait publié un rapport : Zimbabwe. Les droits fondamentaux menacés de toutes parts, qui dénonçait déjà la dérive totalitaire du pays. Etabli à partir d'auditions et de témoignages de responsables officiels du régime et de partisans du ZANU-PF, le parti de Robert Mugabe, le rapport des évêques met de son côté en évidence la responsabilité directe du pouvoir zimbabwéen dans les violences et les meurtres qui agitent le pays. Les milliers de jeunes formant le Service National de la Jeunesse (SNJ), manipulés par le pouvoir, sont mentionnés comme les auteurs de tortures, de destructions, de campagnes de viols et de meurtres. Dans un pays où 30 % de la population adulte vit avec le virus du VIH, les nombreuses victimes des viols sont en grand danger de se retrouver infectées. Les jeunes du SNJ seraient de 30 à 50 000, enrôlés et mis en condition par le ZANU-PF dans des conditions qui rappellent les événements de Côte d'Ivoire et l'utilisation des « jeunes patriotes ». Beaucoup, dégoûtés de leurs actes, ont trouvé refuge en Afrique du Sud où la presse recueille aujourd'hui leurs confessions.
    Les victimes de cette campagne de terreur planifiée ? Les fermiers blancs et leurs familles, décrétés « ennemis du Zimbabwe » par le Président Mugabe, et les partisans ou sympathisants du parti d'opposition MDC (Movement for Democratic Change), dirigé par le syndicaliste Morgan Tsvangirai.
    Un des points les plus marquants de cette intervention des évêques sud-africains et zimbabwéens est la critique ouverte de la tolérance et du soutien implicite manifesté par les pays africains, et particulièrement par l'Afrique du Sud, à l'égard de Robert Mugabe.
    Le comportement des voisins du Zimbabwe semble consister depuis le début de la crise, en 2000, à refuser toute mise en cause explicite du régime d'Harare au nom d'une « diplomatie discrète ». En juillet, le sommet de l'Union africaine a omis de mettre la situation du Zimbabwe à son ordre du jour.
    Mais l'exemple le plus frappant de cette conjuration du silence reste l'attitude de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, qui a décidé par un vote en avril 2003 de ne pas se prononcer sur la situation de ces mêmes droits de l'homme dans le pays. La plupart des pays africains, la Chine et Cuba ont soutenu cette motion de « non action », tandis que les Européens, le Japon, l'Amérique latine et les Etats-Unis votaient contre. La nouvelle a été peu commentée.

    La démagogie d'un pouvoir aux abois

    Deux plaies défigurent aujourd'hui l'ancien grenier de l'Afrique australe : une politique économique marquée par un marxisme des plus archaïque, et une pratique politique marquée par le racisme antiblanc et la violence à l'égard de toute opposition.
    Politiquement, la mise en cause violente des fermiers a correspondu à la montée en puissance de l'opposition en 2000. Boucs émissaires rêvés pour un Président en perte de vitesse, les blancs lui ont permis, à travers la mobilisation hâtive des « vétérans » de la guerre d'indépendance, de reconquérir artificiellement une popularité de façade. La manœuvre a eu pour conséquence la désorganisation économique d'un pays dont l'agriculture constituait jusqu'alors la principale source de revenus. 70 % des terres étaient mis en valeur par des fermiers blancs, avant que ne soit décidée la politique d'expropriations et de redistribution des terres.
    Ces expropriations et les violences contre l'opposition sont allées de pair. Depuis 2000, enlèvements, viols et meurtres se sont multipliés à l'encontre de la population blanche avec l'appui explicite du gouvernement, entraînant le départ forcé de 150 000 personnes. 1700 propriétés ont été illégalement occupées. Les meilleures terres ont été distribuées à des affidés du régime, dignitaires politiques, ou membres du ZANU-PFD. Ces privilégiés se sont révélés peu aptes à mettre les exploitations en valeur, et sont aujourd'hui confrontés à une sécheresse qui frappe l'ensemble du pays. La production de tabac et de céréales s'est effondrée. Le chômage touche aujourd'hui 78 % de la population. 230 000 travailleurs noirs ont dû être expulsés du pays.
    En trois ans, conséquence directe des décisions de Robert Mugabe, le pays a subi une récession cumulée de près de 20 %.
    La Zambie, l'Ouganda et le Mozambique, voisins du Zimbabwe, se gardent bien d'imiter la politique d'Harare : les fermiers blancs qui désirent s'y réinstaller sont accueillis à bras ouverts par « des pays qui ont un besoin évident de gens capables de produire de la nourriture quelle que soit leur couleur de peau », selon le journal d'opposition, The Zimbabwe Independent.
    Malgré les mises en garde de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et de l'Union Européenne, Mugabe persiste dans sa croisade en dénonçant « les ingérences occidentales ».
    Un rapport de l'UNICEF révèle une situation sanitaire extrêmement préoccupante : 600 000 enfants sont orphelins du VIH/SIDA et quelque 2,2 millions de personnes vivent avec le virus. Le braconnage, la prostitution et le vol s'imposent de plus en plus comme des stratégies de survie pour une population qui s'enfonce dans le chaos.
    Pour faire face aux besoins immédiats du pays, l'ONU évoque, de concert avec diverses organisations humanitaires, la nécessité de réunir plus de 285 millions de dollars.
    Le 24 juillet, le gouvernement d'Harare faisait officiellement une demande pour de nouvelles aides alimentaires. 5,5 millions de personnes sont menacés par la famine et le Zimbabwe vient de rejoindre la liste, établie par le Programme alimentaire mondial, des 25 pays africains en situation d'urgence alimentaire.
    Une déchéance qui ne doit rien à la fatalité…
    B. L. POLEMIA
    26/11/2003

    Pour aller plus loin :
    - Les exilés du Zimbabwe (enquête publiée par « Le Monde ») :
    http://www.lemonde.fr/web/imprimer_article/0,1-0@2-3230,36-343303,0.html
    - Photos et témoignages des massacres de fermiers blancs en Afrique australe :
    http://www.africancrisis.org/Photos.asp
    - Enquête sur Mugabe et sa politique de « nettoyage ethnique » :
    http://www.france-avenir.com/international/mugabe/mugabe.htm

  • L'Iran en quête de sécurité et d'indépendance Général Pierre Marie GALLOIS août 2005

    En ce milieu de l'année 2005 c'est l'Iran qui suscite la grande interrogation internationale et provoque d'abondants commentaires. L'Iran et sa politique énergétique mettent l'Occident à l'épreuve. Plus d'un demi siècle de ses certitudes sécuritaires sont mises en question.

    Le 11 août, après deux jours de délibérations, pressés par Washington, les 35 membres du directoire administrant l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (ou IAEA selon le sigle anglo-saxon) avaient adopté une résolution incitant l'Iran à suspendre toute activité d'enrichissement (de l'uranium). Au sein de l'AIEA, la majorité requise est de 18 voix. Or, au nombre des 35 membres siègent 14 représentants des " pays non alignés ", d'où les débats et la relative modération de la résolution finalement adoptée.

    Contrastés ont été les commentaires :

    - Absurde " s'est exclamé le représentant iranien à l'AIEA. " Au cours de la présente décennie, l'Iran sera un pays producteur de combustible nucléaire ".
    - Toutes les options sont sur la table ", a menacé le président Bush, faisant allusion à l'intervention armée, tandis que madame C. Rice, Secrétaire d'Etat, affirmait que " les Etats-Unis ne peuvent laisser l'Iran développer un armement nucléaire ".
    - A Berlin, une nouvelle fois, M. Schröder s'opposait aux Etats-Unis. " Chers amis d'Europe et d'Amérique, travaillons à occuper une forte position pour la négociation. Mais écartons l'option militaire. Nous avons vu qu'elle n'est pas la bonne ", sous entendu, les évènements d'Irak en témoignent.
    - A Paris, le ministre des Affaires étrangères a cru bon d'affirmer que " l'Europe est tout à fait en mesure d'offrir à l'Iran des garanties sur sa sécurité ". Téhéran doit tenir ces propos pour une plaisante vantardise. Pour qu'ils aient un sens encore faudrait-il l'aval de Washington.
    - A Pékin, a été signé avec Téhéran un contrat de 70 milliards de dollars portant sur l'exploitation des gisements de pétrole de la région de Yadaran, à l'ouest de l'Iran. Pour la Chine les approvisionnements en énergies fossiles sont prioritaires et l'Iran en regorge. De surcroît un échec politique de Washington ne déplairait pas.
    - A Moscou, l'on entretient d'étroites relations avec Téhéran. Les Allemands s'étant retirés, ce sont les Russes qui achèvent la construction et l'équipement de la centrale nucléaire de Bouchehr. Et ils entendent honorer leurs engagements d'autant qu'il a été convenu que le combustible irradié serait envoyé en Russie garantissant ainsi l'utilisation pacifique de la centrale. Moscou est d'autant plus incité à s'entendre avec Téhéran que l'installation de bases américaines en Asie centrale menace l'influence russe dans les ex républiques soviétiques musulmanes.
    - A Tel Aviv, l'on juge particulièrement dangereuse la future arme nucléaire iranienne. " Avec ses missiles (Chahab 3 et 4) l'Iran pourra atteindre Londres, Paris, Berlin et le sud de la Russie, mettant en péril non seulement la sécurité d'Israël mais la stabilité du monde entier… premier exportateur mondial du terrorisme, de la haine et de l'instabilité, il a remplacé Saddam Hussein " avançait un ministre israélien, oubliant que les faits ont démenti bien des accusations portées contre Saddam Hussein. Ou encore : " l'Iran menace aussi les pays du Golfe, leur pétrole, il faut détruire ses installations (atomiques). Grâce à ses F 15, l'Etat d'Israël peut frapper l'Iran ".

    Mais ce qui importe, au premier chef, c'est l'attitude du gouvernement iranien. Elle a été à la fois péremptoire et ambiguë. Hamid Reza Assefi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères (ce sera Manouchehr Mottaki, ancien ambassadeur au Japon) déclara que " cette résolution politique, adoptée sous la pression des Etats-Unis et de leurs alliés n'a pas de fondement juridique ni de logique et elle est inacceptable… La république islamique d'Iran ne renoncera pas à ses droits légitimes et insiste toujours pour avoir la maîtrise de la technologie nucléaire civile ".

    A Téhéran le président Mahmoud Ahmadinejad affirma que le traitement de l'uranium était, pour l'Iran, un droit et s'il acceptait de poursuivre la négociation avec l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, il rejetait catégoriquement leurs propositions, qu' " il tenait pour une insulte à son peuple, comme si les Iraniens formaient une nation de primitifs ".

    Un technicien Iranien donnant des explications lors d’une exposition de l’Organisation de l’Energie Atomique Iranienne.

    Et les scientifiques iraniens remirent en marche les installations transformant en gaz le minerai d'uranium, activité qu'ils avaient stoppée - de leur plein gré disaient-ils - à l'issue des entretiens avec les diplomates des trois intervenants européens. " Cette relance des activités de la centrale nucléaire d'Ispahan est une mesure de protection des droits de la nation ", déclara Téhéran, justifiant ainsi la levée des scellés apposés sur le site par l'AIEA. L'ambiguïté réside dans le fait que le traitement de l'uranium naturel n'est pas l'enrichissement qui, poussé à un pourcentage élevé, aboutit à un matériau fissile utilisable à des fins militaires, mais il en est la lointaine condition préalable.

    D'où la controverse : Les Occidentaux estiment que l'Iran vise la bombe - mais ils ne peuvent le prouver, et M. Elbaradei, directeur de l'AIEA le reconnaît - tandis que Téhéran réclame l'enrichissement nécessaire au combustible de ses centrales nucléaires productrices d'électricité.(1) - mais ne s'interdit pas de le porter un jour au niveau des applications militaires.

    Celles-ci peuvent être obtenues, compte tenu des ressources de l'Iran, par deux procédés :
    - L'un consiste à traiter du minerai d'uranium pour en extraire un gaz, l'oxyde d'uranium concentré, lequel est progressivement " enrichi " à l'aide de centrifugeuses, montées en chaîne, aux rotors tournant à une vitesse très élevée et séparant les isotopes d'uranium 235 fissile une fois atteint un certain niveau d'enrichissement. L'Iran chercherait à disposer de quelque 5000 centrifugeuses, installées dans une usine souterraine. Les inspecteurs de l'AIEA auraient constaté l'existence de seulement 160 de ces centrifugeuses (à Natanz). Ce procédé a été mis au point par la société anglo-germano-hollandaise URENCO avec deux modèles de centrifugeuses, le G1 et le G 2, l'Iran les détenant l'un et l'autre. Le scientifique pakistanais Abdel Qadir Khan aurait aidé l'Iran, comme il aida la Corée du nord et la Libye, à la fois en ce qui concerne les centrifugeuses et aussi en ce qui a trait à l' " architecture " de la bombe.
    Voici deux ans, le président Mohamed Khatami révéla que l'Iran possédait une mine d'uranium naturel, mine découverte en 1985 et située non loin de la ville de Yazd, au centre du pays et que cette mine était en exploitation, déclaration qui confirmait la validité du procédé qui vient d'être sommairement décrit.
    - Le second procédé repose d'abord sur l'achèvement du réacteur de Boushehr. Après plusieurs années de fonctionnement l'Iran disposerait d'assez de matière fissile (plutonium) pour assembler plusieurs dizaines de bombes. Autre solution : produire de l'eau lourde (ce serait le cas à Arak) pour alimenter les centrales nucléaires et obtenir du plutonium militairement utilisable.

    Si indirectement, la Chine, le Pakistan, la Russie ont aidé l'Iran dans sa quête d'indépendance par l'atome militarisé, l'entreprise recueille l'adhésion de la majorité des Iraniens. Déjà, au cours des années 70, le Chah avait souhaité que son pays entre dans le club des Etats nucléairement nantis. Mais les " convenances " politiques et diplomatiques voulaient que l'armement atomique fut proscrit et qu'on se déclare opposé à la prolifération et partisan de l'élimination de cet armement. Aussi les dirigeants successifs de l'Iran ont-ils tenu le même discours. Mais tous ont admis que l'intérêt de la nation exigeait l'adoption de dispositions contraires. Dans son ensemble la population souscrit à la politique du gouvernement. L'Iran est peut-être le seul pays où religieux, intellectuels, " bazar" et paysans sont prêts à fournir des volontaires pour défendre les sites d'activités atomique, y former des " boucliers humains " ou exercer des représailles en cas d'attaque.

    Les opposants sont à l'extérieur. Adversaires du régime des mollah, ils ajoutent à leurs griefs les efforts nucléaires de Téhéran proclamant qu'un changement de statut politique permettrait de mettre fin à l'aventure atomique dans laquelle est engagé leur pays, attitude qui leur apporte la sympathie d'une fraction de la communauté internationale souhaitant l'élimination du nucléaire. " Il faut désarmer les tyrans de Téhéran qui mentent effrontément aux inspecteurs de l'AIEA", déclarait un opposant iranien, M. Amir Jahahchahi.

    Le comportement du gouvernement iranien est compréhensible. C'est d'abord, un grand pays au passé prestigieux et à l'avenir prometteur. Ses 70 millions d'habitants occupent une surface trois fois plus grande que celle de la France. Héritiers d'une civilisation millénaire, ils ont un taux d'alphabétisation élevé, une longue espérance de vie et forment néanmoins une population jeune, le taux de fécondité renouvelant largement les générations. Riche est le sous-sol de l'Iran, essentiellement en pétrole (12 milliards de tonnes de réserves), en gaz naturel (27 milliards de mètres cubes) et, même on l'a vu , en minerai d'uranium.

    Installations nucléaires en Iran

    Ce sont ces richesses qui ont provoqué l'ingérence étrangère : en 1951 une première nationalisation des installations pétrolières avait décidé de l'éviction du premier ministre Mossadegh et en 1973, le Chah s'assurant la maîtrise de la production de pétrole avait dressé contre lui les entreprises pétrolières étrangères dans le même temps que la population désapprouvait ses efforts de "modernisation à l'occidentale ". Les discours de Khomeyni, enregistrés à Neauphle-le-Château, ont préparé le départ du Chah et l'instauration, en 1979, d'une république islamique en Iran.

    Les évènements internationaux ont placé l'Iran dans une situation géopolitique difficile. En effet :
    - Les voisins de l'Iran sont des Etats nucléaires, militairement parlant. C'est le cas de la Chine, de l'Inde, du Pakistan, de la Russie, et aussi de la Corée du nord. Et, en face, de l'Etat d'Israël. On sait également, que la Corée du sud, sans en référer à l'AIEA, a procédé à des essais d'enrichissement de gaz d'uranium et aussi de séparation du plutonium fourni par le fonctionnement de ses 19 centrales nucléaires.
    - Au sein du monde musulman (1 ,2 milliard) on ne compte que 120 millions de chiites, dont la moitié vit en Iran. Avec ses 160 millions, à 80 % sunnites, le Pakistan a bien été le premier Etat musulman à détenir l'arme atomique, mais les musulmans chiites n'ont pas ce privilège.
    - Les ingérences étrangères, celles de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, notamment, ont démontré aux dirigeants iraniens les avantages de l'indépendance et de l'auto suffisance avec l'audience internationale qu'elles confèrent l'une et l'autre.
    - La stratégie interventionniste pratiquée par les Etats-Unis soucieux de s'assurer les approvisionnements en énergies fossiles nécessaires à leur développement économique et industriel aboutit à l'investissement stratégique de l'Iran. A l'ouest, sur 1500 kilomètres de frontière avec l'Irak, les contingents armés des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne montent la garde. A l'est, sur un millier de kilomètres, des formations militaires occidentales, exercent les mêmes fonctions tandis qu'au sud le Golfe persique et la mer d'Oman (2500 kilomètres de littoral) sont placés sous le contrôle de la puissance maritime et aérienne des Etats-Unis. Ajoutons qu'au nord, sur 1000 kilomètres, la Turquie et l'Azerbaïdjan, alliés des Etats-Unis, isolent l'Iran, en particulier de l'ami russe. Et voici l'Iran " enclavé ", ses voies d'acheminement du pétrole et du gaz naturel tributaires de la bonne volonté de ses adversaires politiques, aussi bien sur terre que sur mer.

    " La communauté internationale doit trouver un moyen pour être assurée que cela (un Iran détenteur de l'arme nucléaire) n'arrivera jamais ", affirmait, en août 2004, madame C. Rice, Secrétaire d'Etat. Elle oubliait que les opérations militaires américaines, le désir d'étendre l'action de l'OTAN jusqu'à la Caspienne, l'annonce d'un chambardement politique au Proche et Moyen-Orient, toutes initiatives de son pays, légitimaient les démarches nucléaires de Téhéran.

    Les énergies fossiles constituent la principale ressource de l'Iran. Mais il s'agit là, d'une richesse temporaire, rémunératrice durant encore quatre ou cinq décennies. Il est normal que Téhéran se soucie, aujourd'hui, de satisfaire demain ses besoins en énergie et que le gouvernement iranien - quel qu'il soit - entende être maître du cycle atomique complet, en laissant ouvertes ses différentes options. Il est de bonne guerre d'affirmer que le seul objectif visé est l'utilisation industrielle de la désintégration de la matière. Mais aussi, à la fois de tirer profit du chantage au renoncement à l'atome militarisé et de conserver aussi longtemps que possible la menace d'en venir aux applications militaires. Ainsi Téhéran gagne du temps. Les comportements antérieurs des Etats-Unis l'y incitent.

    - Washington a détruit l'Irak dépourvu d'armes d'intimidation et respecté la Corée du nord soupçonnée, à la longue, d'en détenir quelques unes.
    - Washington a renoncé à ratifier le traité d'interdiction de tout essai nucléaire, sans doute faute d'être en mesure de détecter et de sanctionner les expérimentations de faible énergie et afin d'avoir les mains libres pour moderniser sa panoplie atomique. Mais en supprimant un obstacle à la prolifération horizontale. Pourquoi l'Iran devrait-il être la seule puissance qui, en ayant la capacité financière et scientifique, ne tirerait pas parti des agissements des Etats-Unis ?
    -Pour l'ancien recteur de l'Université de Téhéran, M. Houchang Nahavandi, ce n'est pas l'Etat d'Israël qui est visé par la future arme atomique iranienne, mais c'est assurer la pérennité du régime, c'est imposer qu'on le respecte, c'est le renforcer à l'intérieur en donnant des preuves de sa puissance avec la sécurité dans l'indépendance qu'il s'efforce de fournir au peuple iranien. Si bien que, pour le recteur, les attaques dont il est l'objet ne font que l'unir à son gouvernement et à sa politique nucléaire, " les Etats-Unis ne comprennent pas l'Iran ", conclut-il.

    Dans son combat contre une large fraction de la communauté internationale, l'Iran n'est pas sans atouts.

    - Il appartient au groupe d'Etats qui, en dépit de leurs positions spécifiques très différentes, ont en commun l'opposition à l'expansion politique et militaire des Etats-Unis en particulier, et des alliés de la superpuissance, en général.
    Et au nombre de ces Etats figurent de grandes puissances telles que la Russie et la Chine, auxquelles il faut, maintenant, ajouter sinon les gouvernements, du moins, les populations musulmanes fustigeant le "grand Satan américain ". Aussi Téhéran ne redoute-t-il pas que le Conseil de sécurité des Nations-Unies soit saisi et qu'il impose à l'Iran des sanctions économiques, la Chine ou la Russie, voire les deux puissances y ayant un droit de véto.
    - En dépit des particularismes du monde musulman et des différences confessionnelles entre sunnites et chiites, l'Iran est un pays musulman. Après s'être attaqué à l'Irak et à l'Afghanistan, avoir longtemps soutenu l'Etat d'Israël, on imagine mal les Etats-Unis bombardant un troisième pays musulman. La pratique de l'intimidation par la menace d'en venir au conflit armé serait une démarche politique de même que le sont, du côté de l'Iran, les arrêts et les remises en route successifs de son programme nucléaire.
    - Exportateur de pétrole et de gaz naturel, l'Iran fournit de l'énergie fossile aux pays gros consommateurs, eux-mêmes dépourvus des approvisionnements nécessaires au développement de leur économie, tels la Chine et le Pakistan. Les évènements d'Irak contribuant à l'augmentation du coût du baril de pétrole, l'attaque des installations iraniennes bouleverserait davantage encore ce marché de l'énergie.
    - L'Iran chiite a pour allié naturel, aujourd'hui du moins, la population chiite, majoritaire en Irak. Aussi, vis-à-vis de Washington, l'Iran détient-il un moyen de pression car il a la faculté d'attiser ou de calmer la révolte contre l'occupant occidental.
    - Les dirigeants iraniens ont tout naturellement retenu la leçon de la destruction du centre atomique irakien de Tamouz, près de Bagdad au début du mois de juin 1981. Leurs installations scientifico-techniques sont dispersées et, surtout, enfouies assez profondément. Aussi faudrait-il de nombreux bombardements sur zones et la dévastation du pays pour neutraliser à coup sûr l'entreprise atomique irannienne.
    - Enfin, l'Iran aligne encore une armée active de 500.000 hommes, auxquels il faut ajouter les 100.000 hommes de la Garde islamique révolutionnaire. Il tient sous la menace de ses missiles Scud et Chahab les contingents occidentaux déployés en Irak et en Afghanistan. Ravitaillant en armes et en explosifs la résistance à l'occupant, l'Iran là où il est placé sur la carte, est en mesure de se faire craindre.

    photo satellite de la centrale de Busher

    La question se pose, compte tenu de la démarche iranienne peut-on exorciser l'atome militarisé ?

    Il est communément admis que l'arme atomique constitue un grave danger pour l'humanité et qu'un monde à nouveau sans désintégration de la matière serait plus sûr. Aussi, faute d'être en mesure de revenir à l'ère pré- atomique et d'effacer ce qui a été appris et réalisé au cours du dernier siècle, est-il indispensable à la fois de limiter le domaine nucléaire, de réduire les panoplies de ceux qui détiennent l'armement correspondant, de tarir études et recherches jusqu'à l'extinction naturelle d'une discipline qui aurait dû demeurer ignorée. C'est là un sentiment général. Tout être censé croit devoir témoigner de cette réprobation et, pour ainsi dire, automatiquement. Cette condamnation ne peut être l'objet d'aucune discussion. Il s'agit d'une évidence et bien rares sont ceux qui la nient.
    Et pourtant ?
    Est-il souhaitable d'en revenir à l'ère pré-atomique, celle de la poudre qui succéda à celle de la flèche ? Au cours des six siècles de l'ère de la poudre, l'humanité a été constamment en guerre. En près d'un demi siècle (1905 - 1945) le paroxysme de la violence guerrière a été atteint avec, probablement, 150 à 200 millions de victimes et plus de 50 millions de morts. Par dizaines de millions les combattants se sont affrontés, mettant en œuvre canons et chars d'assaut par centaines de milliers, avions par dizaines de milliers, navires de combat par milliers. Et sur de pareilles lancées les industries d'armement s'apprêtaient à faire " mieux " encore afin de rendre la guerre plus rémunératrice.

    Hiroshima et Nagasaki, un avion, dix hommes d'équipage, deux projectiles, en 3 jours ont mis un terme au massacre. Le Japon a chèrement payé cette brutale cessation d'hostilités mais Pearl Harbour a été son initiative, comme la cruauté de ses combats. En revanche, l'irruption de l'atome militarisé sur la scène internationale a imposé bien des renoncements à la guerre et notamment en Europe, apporté soixante années de paix, ainsi que le reconnaît le professeur Michel Serres (une paix qui eut été totale si l'Allemagne, mue par ses vieux démons n'avait mis les Balkans à feu et à sang ou si devenue une puissance nucléaire, la Yougoslavie eut été respectée).
    Ce ne sont pas les mots qui comptent ici mais les faits :

    - Entre les forces de l'OTAN et celles du Pacte de Varsovie, de 1955 à 1989 l'antagonisme a été manifeste. Mais, l'épée est demeurée au fourreau, ou plutôt les mégatonnes ont sommeillé dans les dépôts. A Moscou comme à Washington, l'on savait que l'affrontement armé était impossible. On savait - et l'on sait de plus en plus - qu'à l'ère atomique gigantesque est la disproportion entre l'enjeu d'une guerre - et les bénéfices qu'on en attend - et les risques qu'il faudrait prendre à y avoir recours.
    - Ce fut également le cas entre la Russie et la Chine au cours des années 60, lors de leur différend doctrinaire.
    - Et aussi entre la Chine et l'Inde, avant de devenir des puissances atomiques s'affrontant militairement dans l'Himalaya mais négociant sagement leurs intérêts respectifs depuis que l'atome est partagé, même inégalement, entre Pékin et la Nouvelle-Delhi.
    - Il en a été de même avec l'Inde et le Pakistan que deux guerres ont opposés. Depuis que chacun de ces deux pays possède un (modeste) armement nucléaire, l'entente et la coopération se sont imposées. Islamabad et la Nouvelle-Dehli ont substitué la négociation à l'épreuve de force.
    - Enfin, figurant en tête de l'énumération des peuples de l' " axe du mal ", la Corée du nord, potentiellement nucléaire, n'a pas subi le sort de l'Irak dont on sait, maintenant, qu'il était dépourvu de ces " armes de destruction massive " qui incitent à respecter l'Etat qui les détient. On ne peut mieux avoir mis en valeur l'intérêt national de l'atome militarisé.


    Renonçant au traité d'interdiction de toute expérimentation nucléaire et laissant entendre que les Etats-Unis reprendraient les essais de leurs prochaines réalisations atomiques, M. Bush a implicitement admis que le " génie nucléaire ne pouvait plus être remis en bouteille ", que la prolifération horizontale échappait au contrôle et que, dans ce domaine, les Etats-Unis en ayant la liberté de création et d'expérimentation, feraient mieux que quiconque.
    De son côté, sachant qu'elle va affronter politiquement et économiquement les Etats-Unis, la Chine n'est sans doute pas opposée à une certaine dissémination d'un armement qui, rétablissant la pleine souveraineté des Etats, limite le nombre de ceux qui recherchent la protection américaine.

    Et si la sagesse populaire se trompait ? Si le rejet quasi unanime du nucléaire d'Etat était une erreur ? Et si l'horreur d'Hiroshima escamotait l'abomination des guerres traditionnelles ? L'humanité en aurait-elle la nostalgie ?

    La Grande-Bretagne ayant manifesté, au sein de l'AIEA une certaine intransigeance, à Téhéran, les étudiants ont lancé des pierres et… des tomates sur l'ambassade britannique en réclamant, pour leur pays, la liberté de poursuivre son programme nucléaire. La fierté nationale les animait. Pourquoi l'Iran serait-il incapable de gérer l'indépendance que confère la possession de l'arme atomique ? Le monde est dirigé par ceux qui la détiennent et ils ne cessent de se donner en exemple. Autour de l'Iran nombreux sont, maintenant, les Etats qui gèrent convenablement cette forme de souveraineté. Devant les conséquences des incessantes innovations de l'humanité, les peuples seraient-ils à ce point inégaux ? La jeunesse iranienne ne l'admet pas.

    Ses clameurs ne demeurent pas sans écho. Il est de l'intérêt des pays producteurs de pétrole - et non encore " nucléarisés " - de consacrer les ressources nouvelles que procure le renchérissement du baril aux énergies de remplacement, à commencer par l'énergie atomique. Ses applications industrielles contribuent au développement et ses applications militaires apportent à la fois la sécurité et l'indépendance. Si bien que combattre pour éliminer les armes de destruction massive - celles-là du moins - aboutit à un résultat opposé à celui qui était visé : la rente pétrolière devient si rémunératrice qu'elle finance l'interdit.

    http://www.lesmanantsduroi.com
    Note :
    L'Iran met en œuvre 11 centrales nucléaires (fournissant au total 2600 mégawatts), une dizaine d'autres doivent être construites pour porter à près de 20.000 mégawatts la capacité de l'électro- nucléaire iranien en 2025.

  • Atlas de géopolitique révisée, tome 2

    atlas-de-geopolitique-revisee-tome-ii-laurent-glauzy.jpgAprès le succès de son premier volume, le journaliste Laurent Glauzy vient de faire paraître le tome II de son Atlas de géopolitique révisée (chroniques 2010-2012). Un tour du monde au cours duquel le dessous des cartes est révélé dans des domaines variés.

    544 p. 24 euros. Disponible ici.

    4e de couverture :

    « Le second tome de l’Atlas de géopolitique révisée, qui couvre la période 2010-2012, effectue un minutieux tour du monde en plus de 110 dossiers et articles.
    Laurent Glauzy tire profit de ses vastes connaissances géopolitiques et linguistiques pour comprendre les raisons de la « décomposition du monde arabe » désignée à tort par l’expression de « printemps arabes ». Un étonnant foisonnement de sources inédites issues de grands quotidiens arabes, allemands, italiens, anglais, espagnols et même norvégiens fournissent une autre compréhension de ces soulèvements massifs quiauraient eu pour origine l’immolation par le feu du jeune Tunisien Mohamed Bouazizi !
    En février 2011, le quotidien néerlandais De Volkskrant fut le premier à révéler d’éventuels liens dans le conflit libyen entre les rebelles anti-Kadhafi et la mouvance terroriste d’Al-Qaïda via les Frères musulmans égyptiens. Cette information majeure seraexploitée par l’auteur.
    Ces pages livrent une analyse tout aussi étonnante de l’actualité européenne. Saiton par exemple que l’Allemagne concurrence le Maroc et l’Afghanistan dans la production de cannabis ? Des jardiniers vietnamiens sont exploités dans d’immenses serres dissimulées dans les anciens Länder de l’Allemagne de l’Est et contenant plus de 2 500 pieds de deux mètres de haut.
    Faisant fi d’une grille de lecture journalistique commune, l’auteur nous conduit aucoeur de multiples sujets passionnants sur la Roumanie, véritable laboratoire du capitalisme entre les mains de politiciens corrompus, ou à l’intérieur du camp grec de Filakio servant de tremplin pour l’immigration clandestine vers l’Europe. Le lecteur prendra également connaissance des incohérences de l’arrestation du général serbe Mladic longtemps protégé par la CIA, et de celles des attentats contre les églises coptes d’Égypte qui, étonnamment, épargnent les communautés évangélistes américaines.
    Les nations et les continents sont ainsi passés au crible par une plume pertinente abordant l’incroyable existence de l’axe nucléaire Caracas-Téhéran, la nouvelle politique africaine de la Turquie, le mystérieux jeu diplomatique d’Erdogan avec Israël, et les activités criminelles d’Areva irradiant, dans le plus grand silence, la population nigérienne. »

    http://www.contre-info.com

  • Syrie/Egypte : double jeu risqué des occidentalistes

    Entendons par "occidentaliste" la conjonction baroque entre les "puritanismes" politico-religieux anglo-américain et arabe, calvinisme et wahhabisme, la servilité des élites européennes et la veulerie des autres. Depuis des mois nous répétons que le soi-disant printemps syrien n'est en fait qu'une guerre, déguisée au départ, prétendument "civile", maintenant "ouverte"... un conflit international qui s'affiche impunément comme tel.
    Aujourd'hui « ce qui enjeu, ce n'est ni un homme ni un régime, mais l'existence même de la Syrie », soit un projet de totale destruction, tout à la fois « Histoire, Civilisation et Peuple » ! Ainsi s'exprime le vice-président syrien de confession sunnite, Farouk el-Charah, au quotidien libanais pro-syrien al-Akhbar. Charah dont la presse fait ce 18 décembre des gorges chaudes parce qu'il aurait exprimé publiquement - autrement dit dans le cadre de cet entretien - ses "divergences". Or il n'est de toute évidence pas tellement à classer dans le camp des défaitistes prêts à quitter le navire, au-delà du sentiment qu'au regard de l'actuelle évolution du rapport de force sur le terrain, aucun des deux camps n'est a priori susceptible de l'emporter à court terme, militairement parlant. Ce qui conduit el-Charah à penser qu'en l'absence d'issue militaire, les deux parties doivent nécessairement parvenir à un accord "historique" [Info Syrie 18 décembre]. Cependant d'aucuns rêvent d'une défection du vice-président syrien, faisant médiatiquement miroiter l'éventualité suivant laquelle il pourrait être l'homme de la situation en prenant la tête d'un gouvernement de transition. Le diable tentateur n'incite-t-il pas toujours à choisir l'ombre contre la proie ?
    DES MEDIA QUI NOUS VENDENT LA PEAU DE L'OURS AVANT DE L'AVOIR TUÉ
    Les média, fidèles relais de la chose politique, ne sont en effet pas en reste lorsqu'il s'agit de « vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ». Cela fait deux ans que la presse nous vante quotidiennement les victoires d'une rébellion qui, en dépit de l'aide reçue de toutes parts et des flots de combattants étrangers fanatisés (1), occupe à ce jour - officiellement - 60 % du territoire syrien ; à ce rythme il faudra par conséquent une année et demie supplémentaire pour achever leur guerre de conquête. De la même façon que la "défection" imaginaire d'el-Charah, la grande presse faisait ces derniers jours ses choux gras d'une déclaration du vice-ministre russe des Affaires étrangères chargé du dossier syrien, Mikhaïl Bogdanov, selon lequel « Damas perdait de plus en plus le contrôle du pays, envisageant désormais une possible victoire des opposants ». Soit la chute du régime sempiternellement annoncée comme imminente par tous ceux qui veulent aller plus vite que la musique, singulièrement notre fringant M. Fabius ! S’engouffrant dans la brèche, le Département d'État américain s'était lui aussi un peu vite cru autorisé à ironiser en saluant « le réveil » tardif de Moscou ! Las, Sergueï Lavrov, patron du susdit Bogdanov, mettait les points sur les "i" dès le lendemain et douchait l'enthousiasme des gens du Département d'État... « Nous n 'avons jamais changé et ne changerons jamais notre position » sur la Syrie, sous-entendu « nous ne lâcherons rien » [AFP 14 décembre].
    Certes, après concertation à Dublin et à Genève où Lavrov s'est entretenu avec Hillary Clinton le 8 décembre, les États-Unis et la Russie ont dépêché conjointement à Damas le médiateur des Nations Unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, [AsSafir 14 décembre]. Ceci afin de consulter Bachar El-Assad sur l'éventualité d'un gouvernement de transition auquel il serait véritablement associé. En fait Moscou serait disposée, semble-t-il, à ce que le président syrien renonce aux pleins pouvoirs et accepte de ne pas se présenter aux élections présidentielles de 2014 prévues par le « Plan Brahimi » ?
    BIEN DISTINGUER ENTRE LES DÉSIRS DES UNS ET LA RÉALITÉ DES AUTRES
    Nous distinguerons bien ici entre la version occidentaliste des faits et la réalité de terrain, notamment en ce qui concerne ces rencontres de Dublin et de Genève, requalifiées aussitôt en "négociations" par la presse et les agences occidentalistes... Lesquels entretiens ont fait de la même manière l'objet d'une mise au point immédiate du porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Russie Alexandre Loukachevitch : « Nous ne menons aucune négociation ni avec nos collègues américains, ni dans d'autres formats » même si « la Russie recherche avec insistance et minutie un moyen de régler la situation en Syrie par la voie politique » [AFP 14 décembre].
    Dans le même ordre interprétatif, la Russie envoie de nouveaux bâtiments de guerre vers la Syrie [AFP 18 décembre] : le patrouilleur Iaroslav Moudryi, les navires de débarquement Kaliningrad et Alexandre Chabaline, le remorqueur SB-921 et le navire de ravitaillement Lena ont quitté leur port d'attache de Baltiisk en Mer baltique à destination de la Méditerranée orientale où ces éléments devraient prendre la relève de la force navale envoyée sur zone depuis la mer Noire en novembre et conduite par le croiseur Moskva [Itar-Tass]. Une opération dont le but serait de « participer à une éventuelle évacuation des citoyens russes » présents sur le sol syrien. Quelque cent mille au total indépendamment des cinq mille ressortissants russes officiellement recensés par leurs autorités consulaires. En raison des menaces qui pèsent sur cette communauté expatriée (2). Reste que c'est aller un peu vite en besogne que d'extrapoler à partir d'un dispositif d'évacuation de civils la fin d'un régime.
    Exercice cependant auquel se livrent en permanence les politiques et média occidentalistes passés maîtres dans l'art de la prophétie auto-réalisable. Il n'empêche, outre un procédé d'autosuggestion utile à rendre les acteurs politiques aussi convaincus que convaincants, quels que soient leurs dons naturels dans l'art du mentir vrai, le conditionnement des opinions est un préalable obligé avant tout recours à une quelconque forme d'intervention directe, laquelle curieusement ne semble plus à l'ordre du jour : exit le matraquage relatif aux armes de destruction massive, en l'occurrence les armes chimiques dont, du jour au lendemain, plus personne ne parle !
    CHANGEMENT DE CAP : EXIT LES ARMES CHIMIQUES DONT NUL NE PARLE PLUS
    Qu'en déduire ? Primo qu'elles n'ont jamais constitué une menace réelle, deusio que la situation a évolué et que la coalition a décidé de surseoir - ou de renoncer ? - à toute participation visible au conflit, les armes chimiques n'étant que le prétexte devant leur permettre d'entrer dans la danse. Mais quel fait nouveau a ou aurait pu faire annuler une opération qui apparaissait il y deux semaines comme plus que probable ? La détermination russe concrétisée par le renforcement de sa présence navale à proximité de la base de Tartous ? Un fait qui en soi ne constitue pas une explication suffisante. Sans chercher non plus d'hypothétiques livraisons à la Syrie de missiles anti-aériens supersoniques S-300 PMU-2, un système mobile sol-air particulièrement redoutable et véloce : Mach 6,5, que la Russie s'est apparemment engagée à ne pas livrer, ni à Téhéran ni à Damas. Un outil diplomatique hautement dissuasif et une arme d'interdiction aérienne quasi absolue à ne pas mettre entre toutes les mains. Que deviendrait la géopolitique si demain, l'Iran ou la Syrie acquéraient la capacité de "sanctuariser" leur territoire ? Tel est d'ailleurs le fin mot du "nucléaire iranien" qui n'est ni ne sera jamais une menace pour Israël, mais qui néanmoins du jour où il existerait interdirait toute attaque de la République islamique d'Iran.
    EXPLICATION TIERCE POUR UNE VOLTE-FACE INEXPLIQUÉE
    Ou bien, mais ici l'explication n'est pas entièrement satisfaisante, la victoire des Frères musulmans en Egypte - pourtant prévisible - modifie sensiblement la donne géopolitique du Machrek, au point de changer des rapports de forceps déjà caractérisés par une forte instabilité. À ce titre, quelques contradictions - au moins d'apparence - sautent aux yeux : en Syrie Washington s'appuie essentiellement, dans sa lutte contre le pouvoir laïc du Baas, sur les Frères musulmans, seul mouvement politiquement structuré et profondément implanté dans le tissu social syrien majoritairement sunnite, les mêmes qui sont au pouvoir au Caire et à Tunis. Parallèlement, l'Administration Obama fait porter sur la liste rouge des organisations terroristes le Front Al-Nosra, groupe djihadiste fer de lance de la rébellion syrienne qui a relégué au magasin des accessoires la prétendue Armée syrienne libre, l'ASL.
    En Egypte, Washington avait misé lors des présidentielles - et maintenant pour diriger le mouvement d'opposition au durcissement constitutionnel - sur le courant laïque conduite par El Baradei, ancien directeur général de l'AIEA, l'Agence internationale à l'énergie atomique. Opposition qui a mené une campagne virulente contre le président Mohamed Morsi jusqu'à l'accuser d'antisémitisme (!) et d'être un « nouveau Pharaon » en lieu et place du despote Moubarak. En clair, Morsi, lorsqu'il sert les intérêts américains, est un « type convenable » - a good guy - mais rien ne va plus lorsqu'il modifie la constitution pour affermir le pouvoir des Frères et se donner les moyens élémentaires de sa politique.
    LA CHARIA OU LE CHAOS ?
    Au demeurant, ici dans la vieille Europe, l'épouvantail de la Charia est du meilleur rendement. Or la nouvelle future Constitution donne la Charia - code jurisprudentiel s'appuyant sur la révélation coranique - comme « source de toute législation ». Une disposition qui figurait auparavant dans la Constitution en vigueur du temps de Moubarak. Il est vrai qu'alors les Frères Musulmans n'étaient pas au pouvoir et que les salafistes n'apportaient pas leur soutien au gouvernement, ce qui les met tous ensemble en position d'appliquer aujourd'hui la loi coranique dans toute sa sombre rigueur ! Il y aurait malgré tout beaucoup à dire et à redire à ce sujet, eu égard à notre belle religion des droits humains, cache-sexe de la liberté sans frein des marchés, au nom de laquelle nous versons tant de sang à travers le monde ! Ce qui nous amène à dire maintenant l'horreur suivante : à savoir que pour l'Egypte, pays arabe le plus peuplé avec quelque 85 millions d'habitants - chiffre estimé en janvier 2012 - mais aussi en plein effondrement économique, seul un pouvoir fort - musulman ou non - pourra ou pourrait espérer le remettre sur les rails... si tant est que cela soit possible dans les circonstances actuelles. Un super volcan éruptif que les puissances occidentalistes ont tout intérêt à manier avec mille précautions.
    M. Baradei n'ayant pas vraiment fait ses preuves, volentes nolentes les occidentalistes devront donc faire avec les islamistes au pouvoir en Egypte, en Tunisie et demain - Washington faisant tout pour - en Syrie. Une perspective qui n'enchante guère le roi Abdallah II de Jordanie qui s'inquiète fort de la constitution d'un axe reliant la Turquie à l'Egypte via le Qatar dont l'Emir, Cheikh Hamad, brisait, par sa visite "historique", le 23 octobre, le cordon sanitaire diplomatique et militaire qui enfermait Gaza jusque-là... Cela trois semaines avant l'assaut des forces israéliennes et l'Opération "Colonne de nuée" qui devait frapper durement du 14 au 21 novembre le réduit palestinien.
    Si donc la Syrie tombe finalement - pour répondre aux vœux les plus ardents de Washington, Londres et Paris - l'avènement d'un nouvel État islamique à Damas menacera directement la Jordanie [Al Jazeera 12 décembre]. C'est en tout cas ce que le petit roi au visage défait laisse désormais entendre aux journalistes qui veulent bien lui prêter l'oreille et lui tendre le micro. De fait, pour la première fois depuis le début des « Printemps arabes », à Amman des manifestants commencent à scander des slogans exigeant l'abdication de leur autocrate. Gageons que le sacrifice de la monarchie hachémite est à ce jour une étape envisageable - si elle n'est pas déjà programmée - dans le cadre d'un règlement "régional" du conflit israélo-palestinien : la Jordanie contre la Cisjordanie. Liquidation par transfert de population d'un contentieux sinon insoluble, une voie qui ne se comprend que dans le cadre de « l'Initiative Grand Orient » de reconfiguration générale, géographique et politique, de l'aire islamique, des Colonnes d'Hercule à l'Indus. Un projet bien avancé qui sème le chaos partout où il s'étend. Inutile de le préciser. Parions encore que l'option de l'éviction de la dynastie hachémite est déjà sortie du carton où elle sommeillait en attendant sagement d'être activée.
    LES APPRENTIS SORCIERS MAÎTRISERONT-ILS LES FORCES QU'ILS DÉCHAÎNENT ?
    Comprenons ici que ce qui apparaît dans la politique proche-orientale de l'Administration Obama comme autant de "contradictions" n'est en vérité que le frein et l'accélérateur dont disposent les pilotes, ceux qui s'efforcent de maîtriser ou de canaliser les possibles réactions en chaîne d'un Orient en pleine ébullition : favoriser et miser sur les islamistes, les Frères musulmans en Syrie, cela tout en s'employant à limiter la capacité de nuisance de leurs éléments les plus durs - Al-Nosra mais encore toutes les Katibas salafistes et/ou takfiristes qui pullulent sur le front de guerre (3)... - n'a rien de contradictoire avec la volonté arrêtée de tout faire pour brider et tenir en lisière ces mêmes islamistes en Egypte. De ce point de vue, il est assuré que la nouvelle constitution égyptienne va se heurter sur place à forte partie : la partie laïque de la société civile, mais encore des corps constitués comme la magistrature qui défendra autant des positions de principes que les privilèges attachés à leur fonction. Les Frères musulmans ont peut-être montré trop vite leur indocilité vis-à-vis de la puissance tutélaire américaine, mais il s'agissait de prendre de vitesse la reprise en main d'un vaste corps social travaillé par la tentation ultra-libérale et l'on sait par exemple la somme de misères que ce modèle a engendrée en Russie dans la période de l'immédiat postcommunisme. Comme dit précédemment, n'assistons-nous pas à la naissance d'un bloc régional sunnite, un arc islamiste allant de la Turquie à la Tunisie, ceci dans le cadre d'une politique turque à forte coloration néo-ottomane ?
    Les islamistes au pouvoir en Egypte se voyaient reconnaître par l'Occident le droit d'exister mais sans excès de zèle ; or ceux-ci semblent vouloir s'affranchir de tous rapports de dépendance pour conduire tous azimuts des politiques autonomes. Il y a par conséquent péril en la demeure - Tel-Aviv le sait qui ourdit sa vengeance contre la Maison-Blanche - telle est la leçon à tirer de la longue histoire des Golem fabriqués par l'Occident. Ainsi Al-Qaïda, emblème de l'invariable répétition des mêmes chaînes de causalité : les créatures enfantées par les apprentis sorciers de la guerre indirecte se retournent immanquablement contre des créateurs imprudents ou impudents. À force déjouer avec le feu à tout coup l'on se brûle. Et convenons-en, l'imbroglio d'alliances et de partenariats contradictoires tissés par la CIA, le Département d'État et leurs affidés européens relève du prodige labyrinthique. À l'arrivée nous avons une Babel subversive, un édifice diplomatique et géopolitique branlant qui menace de s'effondrer à chaque instant. Et n'est-ce pas ce qui est en train d'arriver en Syrie où les occidentalistes viennent de caler au moment de donner l'assaut au bastion damascène ? Attendons cependant les prochains rebondissements, dans une conjoncture qui, répétons-le, n'incite guère à un grandiose optimisme. La guerre rôde à nos portes, elle est déjà chez nous, à Oslo avec Breivik, à Toulouse avec Merah, à Newton avec Lanza et des tueurs non encore identifiés. Mais la guerre odieuse, n'est pas encore tout à fait la fin du monde, n'est-ce pas ?
    Léon CAMUS. Rivarol du 21 décembre 2012
    1-MEMRI — Middle East Media Research Institute, site communautariste, dépêche spéciale n° 5088, montrant un certain "trouble" de la part des émetteurs, peut-être la crainte d'un retour de flamme : « Des musulmans de France, d'Allemagne, du Royaume-Uni, de Hongrie, de Suède, de Tchétchénie, du Chili, des Balkans, rejoignent le combat contre le régime syrien. » Rapport accessible sur < media@memri.org > - « Le 15 novembre 2012, la chaîne télé algérienne Echorouk diffusait un document montrant des muhajirines - combattants étrangers - arrivés en Syrie pour y combattre le régime. Parmi eux des musulmans du Royaume-Uni, de France, de Hongrie, d'Allemagne, des Balkans, de Suède et de Tchétchénie, ainsi qu'un nouveau converti du Chili, mort dans les combats. La vidéo comprend également des extraits d'un entretien avec Abou Ahmad, chef des brigades Ahrar Al-Sham d'Alep, qui parle de son espoir de créer un État islamique après le renversement du régime d'Assad ».
    2-Le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué ce mardi 18 décembre que deux citoyens de la Fédération de Russie venaient d'être enlevés en Syrie ainsi qu'un ingénieur italien. En octobre, la journaliste ukrainienne, Ankhar Kotchneva a également fait l'objet d'un rapt perpétré par l'Armée syrienne libre. Accusée de travailler pour les Services spéciaux, les rebelles menacent de l'exécuter.
    3-Parfois de bien curieux "takfiristes"... Vraie ou fausse, une note confidentielle émanant du ministère séoudien de l'Intérieur établirait que le Royaume envoie ses condamnés à mort combattre en Syrie, extraits : « Suite au télégramme du bureau royal N° 112 en date du 19/04/1433 hégire. Dans les prisons du Royaume des détenus (105 Yéménites, 21 Palestiniens, 212 Séoudiens, 96 Soudanais, 254 Syriens, 82 Jordaniens, 68 Somaliens, 32 Afghans, 194 Egyptiens, 203 Pakistanais, 23 Irakiens et 44 Koweïtis) accusés de trafic de drogues, de meurtre, de viol, méritant le châtiment de la charia islamique et l'exécution par l'épée, seront graciés, en contrepartie de l'obligation d'aller combattre pour le Jihad en Syrie après entraînement et équipement. Un salaire mensuel sera versé à leurs familles et leurs proches qui se verront interdits de voyager en dehors de l'Arabie Séoudite ». Cette note n'a pas été jusqu'ici épinglée comme hoax !

  • « COMMENT RÉAMÉNAGER NOTRE RUSSIE ? » SOLJÉNITSYNE

    Après un long silence, Alexandre Soljénitsyne, il y a quelques mois, décidait de livrer son sentiment sur les conditions de la survie de sa patrie.
    Ses réflexions ont déplu à l'intelligentsia occidentale, russophobe, mais sont loin de faire l'unanimité au sein du mouvement national russe, partagé sur l'attitude à adopter envers les républiques satellites de l'empire, au moment même où celui-ci fait donner les chars à Vilnius.
    Intitulé comment réaménager notre Russie ? Le texte de SoIjénitsyne, ainsi que l'indique son titre, s'adresse avant tout aux Soviétiques. Il a été publié, à la fin du mois de septembre 1990, dans la Komsomolskaïa Pravda et dans la Literatournaia Gazeta, deux journaux totalisant un tirage de plusieurs millions d'exemplaires, avant d'être commenté quelques jours plus tard par Gorbatchev en personne à la tribune du Soviet suprême.
    Feignant le demi-étonnement enveloppé de « regrets » et de « déception », l'inévitable Bernard-Henri Lévy, nouvel agité du bocal qui dit le droit, le bien et le vrai, faisait savoir dès le 26 septembre, via Libération, son « très sérieux malaise » à la lecture du texte : un écrit où, chose horrible, on respire « un parfum d' obscurantisme » ; des pages remplies de « fulminations antimodernes », qui, certes, ne doivent pas être confondues avec la xénophobie grossière de Pamiat, mais relèvent quand même d'une « mouvance intellectuelle » bien précise selon BHL : l'odieux « populisme ».
    En réalité, il n 'y a rien de vraiment neuf dans le dernier livre de Soljénitsyne, sauf au plan des propositions concrètes. L'anti-humanisme de l'écrivain, dont se disent choqués tant de représentants de l'intelligentsia, ne date pas d'hier. Soljénitsyne l'avait affirmé en toutes lettres dans son célèbre discours de Harvard, en juin 1978, sur le « déclin du courage ». Il y dénonçait nettement la « conception humaniste selon laquelle l'homme, maître du monde, ne porte en lui aucun germe de mal », et rejetait l'idée que « tout ce que notre existence offre de vicié est simplement le fruit de systèmes sociaux erronés qu'il importe d'amender ».

    BRADER L'EMPIRE POUR SAUVER LA RUSSIE
    Soljénitsyne renouait alors avec un thème cher à beaucoup d'auteurs chrétiens du XXe siècle:  la défense de la personne comme ultime rempart non seulement contre toutes les formes de totalitarisme, mais contre tout conditionnement collectif, toute technique de nivellement, tout processus d'aliénation au sens propre du terme. Il n'a pas changé depuis et il faut lui reconnaître, qu'on soit d'accord ou non avec lui, le mérite de la cohérence,
    Ainsi, s'en prenant en 1978 aux tartuffes des médias occidentaux, toujours abrités derrière la « déontologie de l'information » mais prêts à participer aux manipulations les plus abjectes (« "Tout le monde a le droit de savoir" : slogan mensonger pour un siècle de mensonge, car bien au-dessus de ce droit il y en a un autre, perdu aujourd'hui : le droit qu'a l'homme de ne pas savoir, de ne pas encombrer son âme créée par Dieu avec des ragots, des bavardages, des futilités »), Soljénitsyne, aujourd'hui inquiet devant le déferlement, en URSS, de la musique ahurissante et des modes aberrantes en provenance d'Occident, pose cette question : « Comment  donc faire respecter le droit de nos oreilles au silence, le droit de nos yeux à la vision intérieure ? »
    Mais ce ne sont pas ces positions de caractère philosophique et moral que rejette une fraction importante du mouvement national russe. La tradition autoritariste de celui-ci est déroutée par les appels de Soljénitsyne en faveur d'une certaine forme de démocratie. Bien sûr, il s'agit d'une démocratie désabusée, consciente de ses tares - ainsi Soljénitsyne cite un auteur russe du XIXe siècle qui disait : « Des aristocraties de toute sorte, une seule surnage sous la démocratie celle de l'argent », et écrit lui-même, à propos de la perestroïka « Nous n'entrons pas dans la démocratie à l' heure où elle se porte le mieux », Il n'en demeure pas moins que cette « démocratie indirecte, sage, lente », « tempérée d'helvétisme », selon G. Nivat, ami et traducteur de l'écrivain, paraît bien utopique aux yeux des éléments radicaux du mouvement national russe, et, surtout, inapte à empêcher la désagrégation de l'empire.
    Or, sur ce dernier point, Soljénitsyne prend une position tranchée : «... il faut d'urgence proclamer haut et clair que les trois républiques baltes, les trois républiques de Transcaucasie, les quatre d'Asie centrale, et également la Moldavie, si elle est plus attirée par la Roumanie, que ces onze républiques-oui ! - sont destinées de façon absolue et irrésistible à faire sécession ».
    Selon Soljénitsyne, il faut donc brader l'empire pour sauver la Russie, en faisant l'« Union de Russie », avec les Russes proprement dits, les Biélo-Russes et les Ukrainiens. Cette position semble à présent partagée par Boris Eltsine, chef de la puissante « Fédération de Russie , qui vient de condamner l'intervention de l'Armée Rouge à Vilnius,

    PAMIAT
    Elle est en revanche rejetée par le très hétérogène front des « conservateurs » : par le groupe Soyouz (« Union ») désormais majoritaire au Parlement et composé surtout d'apparatchiks peu désireux de céder la place; par la « droite ») nationale-communiste qui a le soutien de plusieurs écrivains connus et officiels, hérauts de la « littérature paysanne » (Astafiev, Raspoutine, Belov), et de la revue à grande diffusion Natch Sovremennik (« Notre Contemporain ») ; enfin par les extrémistes de l'association Pamiat (« Mémoire »), monarchistes, panslavistes et violemment antisémites.
    Pour Pamiat, la Russie, qu'il s'agisse de la Russie tsariste ou de la Russie communiste, n'a pas été une « prison des peuples », Au contraire, les premières victimes de l'Empire soviétique ne seraient autres que les vrais Russes, qui auraient tout perdu à l'affaire, alors que les républiques satellites, tant baltes que musulmanes, auraient grassement profité de leur appartenance à l'Union. Un discours peut-être vrai pour les républiques du Caucase, mais qu'on a du mal à accepter dans le cas des pays baltes, dont le niveau de vie et le niveau de culture - il suffit de songer aux places magnifiques des cités historiques de ces pays - ne doivent sans doute pas grand-chose au « grand frère russe ».
    Comme chaque fois qu'elle est confrontée à une crise grave, une partie de l'élite intellectuelle russe se tourne vers l'un de ses vieux démons : le complexe d'encerclement, associé au mythe du complot. Sous Brejnev, l'immense empire surarmé était constamment menacé d'encerclement par l'impérialisme américain, d'un côté, et par les masses chinoises, de l'autre, Aujourd'hui, la « russité » profonde serait victime d'une conspiration. Récemment, un jeune slavisant italien, de retour d'URSS, pouvait écrire : « Privé de son histoire et de sa culture nationale, victime de discriminations dans les sphères de l'art et des sciences, réduit à un niveau de vie inférieur à celui des autres républiques soviétiques, démographiquement en déclin, le peuple russe apparaît, dans les analyses des propagandistes de Pamiat, comme l'objet d'une conspiration visant à l'anéantir » (1).

    LE MYSTÈRE RUSSE
    Il n'est pas jusqu'à l'une des plus grandes figures de la dissidence authentique, Igor Chafarevitch, mathématicien de renommée mondiale, auteur d'un livre intitule Russophobie dont on parle actuellement beaucoup à Moscou (et qui sera peut-être traduit chez un petit éditeur français), qui n'estime qu'il serait plus juste de parler de « russophobie juive » que d'« antisémitisme russe »...
    L'hostilité à l'éclatement de l'empire, d'un point de vue proche de Pamiat et non de celui des « conservateurs » communistes, nous en avons trouvé aussi une expression dans une petite publication de la mouvance « traditionnelle » française, car dans les temps troublés, certaines idées, pour se répandre, empruntent les canaux les plus inattendus « Ce serait méconnaître totalement la Russie - lit-on dans cet article - que de croire qu'une "démocratie" à, l'occidentale, ploutocratique et totalitaire, intolérante et antinationale, pourrait s'y maintenir longtemps [ ... ], Ce n'est qu'en tant qu'Empire que la Russie peut et doit prétendre à l'indépendance ; autrement, elle sera asservie aux capitaux anonymes des banquiers internationaux et, en conséquence, à une politique d'uniformisation, de métissage et de technologisation forcenée qui aboutira immanquablement à une perte d' identité nationale, culturelle et traditionnelle ».
    Soljénitsyne, qui se veut orthodoxe avant d'être Russe, appartient au courant solidariste chrétien des slavophiles, à l'instar de Constantin Leontiev, grand penseur conservateur du XIXe siècle et défenseur d'une conception essentiellement culturelle, et non ethnique, du « peuple ». Son courage et son envergure morale méritent toute notre sympathie, sans faire de lui un prophète infaillible en politique. Par les temps incertains qui courent, restons prudents et attentifs aussi aux raisons du solidarisme impérialiste des panslavistes, dont l'Occident ne nous offre toujours qu'une vision caricaturale.
    Plus que jamais, la Russie garde son mystère de terre de nulle part, entre l'Orient et l'Occident. Préparons-nous à interpréter correctement les signaux qu'elle ne manquera pas de nous envoyer.
    • Xavier Rihoit Le Choc du Mois. Février 1991
    Alexandre Soljénitsyne, Comment réaménager notre Russie ?, Fayard, 118 p..
    (1) A. Ferrari, « Pamiat et la renaissance du nationalisme russe », in Krisis, 5 avril 1990 (5, impasse Carrière-Mainguet -75011 Paris).
    (2) E, Ovtchinnikov, « L'ivraie et le bon grain », in L'Oie messagère, 2, été 1990 (c/o Amaryllis - B.P. 579 - 13092 Aix-en-Provence Cedex 02).

  • Frappe aérienne sur une soi-disant boulangerie en Syrie : une énième désinformation médiatique

    PARIS (NOVOpress) — “60 morts” selon Le Figaro, “plus de 60 civils” selon Le Point, “des dizaines de civils tués” selon Métro France : ces pauvres gens attendaient d’acheter du pain devant une boulangerie pour nourrir leur famille vous dit-on. Voilà d’ailleurs un sujet de discussion qui pourra pimenter (en plus de la fin du monde qui n’a pas eu lieu) les toasts au foie gras du repas de Noël en famille. La réalité est un peu différente. Explications.
    Le communiqué original de l’AFP a une seule origine, l’OSDH, c’est-à-dire un “Observatoire Syrien des Droits de l’Homme”, basé à Londres. L’OSDH, dont les communiqués sont repris à la lettre par les grandes agences de presse chargées de modeler les opinions publiques occidentales, est une officine servant les intérêts directs des milices terroristes actuellement à l’œuvre en Syrie avec le soutien actif des puissances occidentales et de quelques pays arabes.

    L’affaire de la soi-disant boulangerie, emblématique de la désinformation pratiquée par l’OSDH et l’AFP (volontairement ou non), a des précédents. La désinformation à la veille d’un conflit n’est pas un fait nouveau : souvenons-nous de l’affaire des couveuses à la veille de l’attaque contre l’Irak de Saddam Hussein, ou bien de celles des “camps de la mort” en Serbie.

    Pour en revenir à l’actualité immédiate en Syrie, en fait de (civils ?) tués, nous nous garderons bien de nous livrer à un quelconque calcul : comme la majorité des journalistes annonçant des chiffres invérifiables, nous n’étions pas là. Ce qui est toutefois intéressant est la vidéo ci-dessous, montrant des images du bâtiment frappé. À la question “s’il s’agit d’une boulangerie, où sont les pains ?”, nous avons la réponse : des images de militants terroristes répandant des pains autour du bâtiment.

    Nous laissons le soins aux internautes de se forger leur propre opinion sur le sujet à partir des images ci-dessous.

    http://fr.novopress.info

  • Cet or qui met en échec le pouvoir mondial

    BOB Chapman est un des grands lanceurs d'alerte économique de ces vingt dernières années. D'une formule laconique et vivante il résume en quelles mains suspectes a échu la politique américaine. « Gouvernement et FED (Réserve Fédérale) sont engagés dans un processus d'imposture, de mensonge et de guerre psychologique pour inciter le troupeau à acheter, de préférence à crédit, afin d'augmenter la dépense de consommation ». L'homme de Wall Street, Obama, n'a pas d'autre mission.
    Fin novembre sur son site Internet, The International Forecaster, Chapman s'est intéressé à une organisation dont on parle peu, la Shanghaï Coopération Organisation (SCO) qui réunit actuellement six nations, la Chine, la Russie (lesquelles sont engagées dans un gigantesque programme énergétique), le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. À ces nations sont associés à divers degrés une vingtaine d'États dont certains étroitement, comme l'Inde, l'Iran ou le Pakistan. Faisant ainsi de la SCO une organisation redoutable. Officiellement, elle entend renforcer la coopération, sauvegarder la paix et la sécurité régionales et « œuvrer à la création d'un nouvel ordre politique et économique international, plus juste et démocratique ».  Contrairement à l'Union Européenne, paralysée par sa bureaucratie despotique, aucun accord politique astreignant n'est imposé et chacun conserve son entière souveraineté, ce qui renforce le dynamisme de l'ensemble. Ils sont de gros producteurs ou de gros consommateurs d'énergie, voire les deux. Mais surtout, la plupart sont d'importants mineurs - Russie et Chine - ou acheteurs - Chine, Inde - d'or et d'argent. L'Iran, par exemple, vient d'acquérir 340 tonnes d'or et depuis plusieurs années ni la Chine ni la Russie ne vendent l'or qu'elles extraient de leur sous-sol. De sorte que les pays de la SCO, en opposition radicale avec l'idéologie mondialiste, depuis des mois participent activement à la fois à la montée de l'or et de l'argent et au délestage sur le marché mondial de grandes quantités de dollars. Monnaie dévaluée à mesure que la FED et Obama en fabriquent dans leur vaine tentative de relancer une machine américaine asphyxiée et d'éviter, par le recours à une inflation provoquée, une déflation qui terrorise Ben Bernanke. Les observateurs sérieux s'entendant pour admettre désormais que le monde s'achemine bien vers une situation du type 1929 et que les dirigeants de la FED n'ont aucun moyen d'y échapper.
    Chapman ajoute que de nombreux pays dans le monde, observant la stratégie développée par la SCO, tentent de l'imiter : se débarrasser des dollars et acheter de l'or. Tandis que prend corps l'idée de créer une monnaie mondiale de substitution au dollar américain, composée d'un panier de devises et d'or. En même temps ces nouveaux acteurs économiques tentent de s'écarter au plus vite de l'axe Wall Street/City en pleine déliquescence ainsi que des bureaucraties impérialistes à bout de souffle que sont devenus l'État fédéral US et l'Union Européenne.
    BERNANKE, "HELICOPTER BEN", VEUT L'INFLATION
    Le « Quantitative Easing » (QE) ou Plan d'Assouplissement Monétaire Quantitatif de la FED autorise celle-ci à acheter sur le marché des obligations américaines, des emprunts d'Etat et des obligations d'Agences, financés au moyen de  la planche à billets c'est-à-dire par la création de fausse monnaie. Aussitôt la mesure annoncée, en octobre, ce fut une levée de bouclier de la plupart des gouvernements mais le marché des actions a bondi et les taux longs reculé. Les taux à court terme étant proche du zéro c'est une manière artificielle de réaliser une politique monétaire expansionniste. À court terme l'État et les financiers y voient surtout des avantages : relance des exportations avec la baisse consécutive du dollar, enrichissement des ménages et reprise de la consommation par le marché des actions en hausse. Pourtant le principal avantage espéré, la baisse du chômage, ne s'est pas matérialisé. En revanche une telle politique devrait déboucher sur une poussée inflationniste majeure, en particulier si l'on se rappelle que les plans de relance d'Obama et de Bernanke représentent déjà la bagatelle de 2 500 milliards de $. En pure perte. Si ce n'est que le prix des produits pétroliers, des matières premières, des tarifs aériens, de l'alimentation etc., explosent. Avec l'inflation annoncée la montée de l'or et de l'argent, aidée par l'effondrement du dollar, va de soi.
    On rappellera que le 22 juillet 1944, lors des Accords de Bretton Woods, fut établi un Gold Exchange Standard qui imposait de définir toutes les monnaies à partir du dollar américain, seul celui-ci l'étant en or. Sur la base de 35 $ l'once. C'est dire l'étendue de la dévalorisation de la monnaie américaine alors que l'once d'or approche des 1 500 $, quelques 40 fois le prix fixé en 1944. Pour nombre de spécialistes sa valeur réelle devrait dépasser les 5 000 $. Ce qui incite à s'interroger sur la pertinence des économistes de cour qui continuent à émettre des doutes sur la capacité du métal jaune à encore progresser !
    Bob Chapman est convaincu qu'il n'y a pas de hasard dans les événements actuels. Les différents Plans d'Assouplissement Quantitatifs Monétaire de la FED — le second sera plus près des 2 000 milliards de $ injectés dans l'économie que des 600 millions annoncés et l'inéluctable Q3 qui devrait prendre le relais sur cinq ans est évalué à 3 000 milliards de $ — répondent à une nécessité dont la FED ne peut pas faire l'économie si Bernanke veut éviter la stagnation. Or, nous l'avions écrit ici même lorsqu'il fut désigné à son poste par George Bush en octobre 2005. Ben Shalom Bernanke possède un sobriquet, « helicopter Ben », dont il n'est pas inutile de rappeler la genèse. En 2002, appartenant au Bureau des Gouverneurs de la Réserve Fédérale, il avait au cours d'un discours très médiatisé indiqué qu'il craignait la déflation bien plus que l'inflation et que pour s'y opposer l'état possédait une solide parade, la création à volonté de monnaie. « Le gouvernement US dispose, avait-il précisé, d'une technologie. Cela s'appelle une presse à imprimer (ou aujourd'hui, son équivalent électronique) qui lui permet de produire autant de dollars US qu'il le désire à peu de frais ». Ajoutant même : « On sait bien que l'inflation érode la valeur réelle de la dette de l'Etat et que, par conséquent, c'est de son intérêt d'en créer ». Et de citer Milton Friedman qui, pour combattre la déflation, parlait de jeter des dollars « par hélicoptère ». La formule est restée accrochée au nom de Bernanke.
    Aussi longtemps écrit Chapman que la FED s'obstinera à relancer l'économie américaine par des Plans d'Assouplissement Quantitatif, or et argent continueront leur forte ascension. Le premier, comme c'est le cas actuellement, jouant le rôle d'une véritable monnaie de réserve. Mieux, même, ainsi que cela échappa a Robert Zoellick il y a quelques semaines, toutes les monnaies devraient se garantir par l'or. Zoellick, pilier du CFR, de la Trilatérale, du Bilderberg, est le Pressent de la Banque Mondiale. Ayant lance son ballon d'essai il s'empressa d'affirmer que ce n'était pas ce qu'il avait voulu dire...
    Les pays du SCO ont bien compris le message : les forces mondiales sont engagés dans une lutte à mort afin de sauver leur empire financier et leurs banques, fut-ce par la ruine des économies. N'entendant pas se laisser entraîner dans ce maelström ils ont pris une direction différente Et se débarrassant aussi rapidement qu ils peuvent de leurs dollars, ils ne cesseront d'acheter de l'or que lorsqu'ils n auront plus de billets verts.
    Jim REEVES RIVAROL 21 JANVIER 2011

  • Poutine, de Gaulle russe, demain un nouveau Pierre Le Grand ?

    Selon Marc Rousset, économiste, écrivain, auteur de « La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou »

    Les Etats-Unis , après avoir avalé la couleuvre Poutine, suite à l’âge d’or de la période Gorbatchev et Eltsine du déclin accéléré , voire de l’éclatement à venir de la Russie selon les rêves  de Zbigniew Brzezinski  dans le Grand Echiquier (1), prenaient leur mal en patience en espérant se débarrasser de Poutine comme ils furent  débarrassés du général de Gaulle en 1969, d’où la tentative désespérée  d’une nouvelle révolution orange en Russie avec le nouvel ambassadeur américain à Moscou Mac Faul qui se définit lui même comme « un expert de la démocratie, des mouvements anti- dictatoriaux et des révolutions » . L’opposition actuelle, sans leader, sans unité aucune, avec des tendances diamétralement  opposées en son sein, fait la une des médias occidentaux ; mais elle  ressemble en fait à l’armée  hétéroclite de Bourbaki et fait penser à la fable de Jean de  La Fontaine des «  Grenouilles qui demandent un roi » !

    Les peuples, dans les démocraties occidentales,  ne supportent pas très longtemps  les hommes d’Etat ayant une vision historique et demandant de l’autorité, de l’effort, de la persévérance, du courage pour  non seulement redresser, mais développer le rayonnement et la puissance d’un pays. Ils préfèrent  la repentance, les loisirs, la retraite à 60 ans, les 35H, le laxisme  et l’endettement public éhonté ; c’est aussi  plus facile pour se faire élire !  Clémenceau, Churchill et de Gaulle sont là pour attester de cette propension des démocraties occidentales à écouter les Daladier, les Chamberlain, les Mitterrand ou les Hollande, voire les comiques utopiques  du style Jean Luc Mélenchon,  plutôt que de mettre le citoyen en  face de ses responsabilités, compte tenu des réalités géopolitiques et économiques.

    Les Etats-Unis pensaient donc tenir avec Medvedev un nouveau Gorbatchev  qui, au nom du développement économique, de la liberté d’expression et d’un droit de l’hommisme à la russe, allait, avec les louanges  et les encouragements de l’Occident, terminer en fait le travail de destruction massive  de la puissance de l’URSS  commencé avec  Gorbatchev, toujours très populaire aujourd’hui partout dans le monde, sauf dans son propre pays ! L’erreur grotesque de Medvedev, avec l’absence du droit de véto de la Russie à l’ONU, lors de l’intervention militaire éhontée de l’OTAN   en Libye, derrière le paravent humanitaire, était porteuse d’espoir pour l’Occident et les Etats-Unis. Cela sentait bon la bonne soupe,  la naïveté et ce n’est pas l’envie qui manquait à Monsieur Alain Juppé  qui excelle en la matière, de rejouer le même bon  tour  à la Russie en Syrie.  Vladimir Poutine, en reprenant le contrôle de la politique étrangère, a contrecarré  d’une façon prémonitoire les plans de l’Oncle Sam en Syrie et au Moyen orient ! En venant d’être réélu  par  109 millions de Russes avec  60% des  voix, Président de la Fédération de Russie, il pourrait bien contrecarrer encore pendant douze ans  d’une façon irréversible les plans d’encerclement de la Russie et de la Chine par  l’Amérique !

    Poutine, de Gaulle russe

    Poutine, c’est l’homme que les Américains n’attendaient pas et qui a non seulement redressé la Russie, mais l’a sauvée du dépeçage en trois tronçons. Le rêve géopolitique des Etats-Unis, si la Russie avait perdu la guerre en Tchétchénie, était de faire de  la Russie, une nouvelle Grande Pologne, en la ramenant à Stavropol, point de départ de la colonisation russe au XIXème siècle.

    Poutine s’est aussi opposé avec succès  à  l’exploitation des ressources naturelles de la Russie  par les groupes étrangers, ce qui était le but affiché par Mikhaïl Khodorkovski, patron de Youkos, interpellé le 25 octobre 2003 sur un aéroport de Sibérie, alors qu’il venait de participer quelques jours plus tôt à un forum d’affaires à Moscou en compagnie de Lee Raymond, l’un des directeurs d’Exxon ; cette société  était sur le point de participer jusqu’à  hauteur de   25 milliards de dollars dans  la fusion Youkos-Sibneft.  Les capitaux américains d’Exxon Mobil et de Chevron-Texaco souhaitaient en fait s’infiltrer avec une participation de 40% dans le sanctuaire sibérien des hydrocarbures russes. En perdant ses ressources financières, la Russie perdait  définitivement toute chance de rebondir.

    Poutine a réussi pour l’instant à contenir, mais sans le briser complètement  l’encerclement par l’Otan et l’oléoduc  Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC). Avec le projet du bouclier anti-missiles qui revient  à l’ordre du jour, les Etats-Unis auront  un adversaire redoutable qui continuera à leur dire leur quatre Vérités

    Vladimir Poutine, c’est aussi l’homme du KGB qui a vu venir  et réussi à combattre à ce jour avec succès toutes les révolutions orange en Ukraine, Géorgie, Kirghizstan, Ouzbékistan , les manifestations actuelles et à venir  anti-Poutine en Russie n’étant que leur  chant du cygne , un dernier soubresaut, une dernière tentative de l’Occident pour se défaire de Vladimir Poutine !

    Comme de Gaulle, Poutine  a misé sur les valeurs traditionnelles, le sens de la Grandeur, le patriotisme et l’Eglise orthodoxe   pour éviter  la « chienlit ». L’autoritarisme plus marqué de Poutine par rapport à de Gaulle convient parfaitement et est même  absolument nécessaire, en Russie, tout comme en Chine d’ailleurs, pour éviter l’éclatement tant redouté du pays. Quant à la corruption, de la même façon  qu’ elle a continué de plus belle en Ukraine avec l’arrivée au pouvoir de  l’égérie de la révolution orange Ioulia Timochenko, un pouvoir politique fort , ce que savent tous les Russes, est un bien  meilleur antidote que les oligarchies politiques de type occidental, car ces dernières ne feraient que s’acoquiner avec les  oligarques russes ; il en résulterait une  décadence   qui serait encore plus rapide que dans l’actuelle  Europe de l’Ouest .

    Poutine, un nouveau Pierre Le Grand ?

    Le Patriarche orthodoxe Kirill a vu juste en soutenant Poutine qui pourrait   être  considéré  en 2024 comme un nouveau Pierre le Grand du XXIème siècle, à 4 conditions :

    - développer d’une façon très intense le réarmement et la modernisation en cours  de l’Armée russe,

    - réussir le développement et la diversification, déjà commencée  par Medvedev, de l’économie russe,

    - continuer à combattre la dénatalité russe, ce dont Poutine  est, comme de Gaulle en 1945, parfaitement conscient,

    - ramener dans le giron russe, ce qui est inexorable historiquement  à  long terme, la Biélorussie et l’Ukraine, afin de constituer un contrepoids humain suffisant de deux cents  millions d’habitants  face à la Chine, l’Asie Centrale et  le Caucase.

    L’affrontement  en cours de Poutine avec les Etats-Unis peut être comparé au premier combat du jeune Tsar Pierre Le Grand avec  Charles XII qui mit fin par la bataille de Poltava le 8 juillet 1709 à la suprématie  suédoise dans la Baltique. Pierre Le Grand,  tout en renforçant et modernisant l’armée russe ne commit pas l’erreur  ensuite d’oublier  l’économie, l’innovation et les Arts, ce qu’il montra en 1717 lors d’un déplacement en Europe. Pierre Le Grand ancra la Russie avec une fenêtre sur l’Europe en fondant Saint-Pétersbourg. Le natif Poutine de cette même ville,  qui parle allemand, ancien espion du KGB à Dresde avant la chute du Mur de Berlin, a une vision continentale européenne  et souhaite se rapprocher pour des raisons géopolitiques de la France et de l’Allemagne. Maurice Druon ne s’y était pas trompé en voyant dans Poutine le défenseur européen d’un monde multipolaire plutôt que d’un monde obéissant à un shérif planétaire et « l’un de nos plus décisifs alliés ». Pour Poutine, l’avenir est donc européen !

    Mais la Russie regarde aussi à l’Est et vers le Sud d’où peuvent venir de nombreux dangers, la fin de l’intervention occidentale en Afghanistan n’étant pas l’un des moindres. Au delà de son effort démographique propre  pour atteindre au minimum  les 130 millions d’habitants et  ne pas retomber à 100 millions en 2050, soit l’équivalent de la population turque à cette date,  la Russie a besoin  à terme de la Biélorussie et de l’Ukraine .Ces  deux  pays dont l’un est son berceau religieux, représenteraient   un apport humain d’environ 60 millions d’habitants pour constituer  une superpuissance suffisante  face à La Chine et à l’Asie centrale. Si Poutine , sous sa Présidence, réussit ce tour de force, en commençant très vraisemblablement par la Biélorussie, il pourra être véritablement  comparé à Pierre le Grand, sinon il n’aura pas démérité et pourra être comparé au minimum à de Gaulle, Churchill ,Bismarck, Richelieu et Clemenceau, ces grands Hommes d’Etat ayant eu une vision historique , un courage, une continuité  qui font cruellement défaut à nos petits politiciens européens actuels, atlantistes, libre-échangistes, démocrates, démagogues et  droit de l’hommistes, ce qui ne sera déjà  pas si mal !

    ( 1 )  Zbigniew Brzezinski, Le Grand Echiquier, Bayard, Paris, 1997

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