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international - Page 1432

  • Livre BIanc : Renseignement et Forces Spéciales

    Le 20e anniversaire de la création du COS (Commandement des opérations spéciales) vient de donner lieu à une nouvelle présentation en trompe-l’œil du prochain Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité. Hormis son bornage budgétaire déjà posé avant même que ne débute sa mise en chantier, cet exercice important de pensée et de prospective stratégique risque, à nouveau, de recycler quelques vieilles lunes alors que le nouveau contexte international réclame une nécessaire révolution copernicienne.

    Par Eric Denécé (1) et Richard Labévière (2) – Le 01-01-2013.

    La fin de la Guerre froide a produit nombre d’illusions dont celle d’une victoire totale du « monde libre » et de ses conceptions économiques et politiques.

    La démocratie parlementaire allait s’imposer partout et les délices du libre-échange mettre fin aux conflits interétatiques. D’aucuns – dont Samuel Huntington, Francis Fukuyama et leurs suiveurs européens -, annoncèrent un peu vite la « fin de l’histoire » et l’avenir radieux d’une simple administration des richesses et des hommes.

    Un « nouvel ordre international » semblait à portée de main d’une humanité enfin réconciliée avant que la Somalie, les Balkans et le Rwanda n’apportent un cinglant démenti à ce rêve parousiaque. Les attentats du 11 septembre 2001 finirent de condamner cette mauvaise lecture de Hegel tout en générant de nouveaux malentendus.

    Mal inspiré de celui d’ « hyperpuissance », le concept creux d’ « hyper-terrorisme » prenait les mots pour les choses, confondant l’hyper-médiatisation (l’effet) avec la menace réelle (la cause). Laissant entendre que cet événement était aussi important que la chute du mur de Berlin, cette approche servait de justification idéologique à la « guerre globale contre la terreur ». Suivirent tous les mirages de la « sécurité globale » instaurant un continuum rectiligne entre la « défense extérieure » et la « sécurité intérieure » allant jusqu’à la confusion et l’indétermination générale. Joyeuseté post-moderne : tout était dans tout et réciproquement…

    Une troisième mutation ajoute exponentiellement de la confusion aux deux précédentes : la révolution de l’information et ses conséquences opérationnelles. Dans le sillage de la RAM (révolution dans les affaires militaires), s’imposent ainsi de nouveaux mythes :

    plus forte que la réalité des champs de bataille, la technologie prométhéenne peut tout faire et même réduire la nature, l’espace, le temps et le nombre.

    Ainsi, il suffirait de disposer de moyens de renseignement capables d’anticiper les menaces, de forces aériennes suffisantes pour en frapper les cœurs opérationnels et de forces spéciales pour en neutraliser les donneurs d’ordres et leurs entourages…

    Cette pensée stratégique unique qui « fétichise » conjointement le renseignement et les forces spéciales est dangereuse.

    Non seulement, elle sert d’alibi aux réductions drastiques de nos forces conventionnelles, mais elle méconnait dramatiquement les contraintes de nos outils de défense. Un renseignement optimum et diversifié ne s’est jamais substitué aux attributs classiques de la puissance et de l’action comme il n’a que très rarement pu assurer la conquête des cœurs et des esprits des populations et des territoires de l’ennemi. Chaque stagiaire de l’École de guerre sait parfaitement que :

    des forces spéciales efficaces et modulables ont un besoin impératif de la profondeur démographique et humaine des armées conventionnelles et qu’elles ne peuvent, en aucun cas, se substituer à leurs missions traditionnelles et incompressibles de dissuasion, de cohésion nationale et de maillage de l’espace et du temps.  

    Ce discours est en réalité un écran de fumée. Si, depuis leur édification dans un commandement dédié en 1992, les forces spéciales bénéficient d’un début de reconnaissance et de moyens adaptés à leurs missions, il reste encore du travail de conviction à faire auprès de certains décideurs militaires, toujours méfiants ou opposés à ces guerriers d’élite, à ces unités particulières et privilégiées qui drainent les meilleurs éléments des régiments et sont souvent accusées de s’approprier une partie des missions des forces conventionnelles.

     Par ailleurs, le renseignement, qui occupe une place notable dans le discours sécuritaire, reste le parent pauvre de la défense, comme de la sécurité intérieure. Les trois services relevant du ministère de la Défense (DSGE, DRM, DPSD), ne représente guère qu’1% du budget de ce ministère, lui même en forte décroissance. Avec des effectifs et des budgets significativement inférieurs à ceux du Royaume-Uni et de l’Allemagne – alors même que nos responsabilités internationales sont similaires ou supérieures à celles de nos voisins -, notre communauté de renseignement reste sous-dimensionnée face aux défis à relever.

    Nous avons en fait inventé, avant les autres, le renseignement Low Cost, qui marche tant que la situation ne s’aggrave pas. Mais comment pourrait-il être la pierre d’achoppement de notre sécurité ? Son évocation comme solution d’avenir est donc purement idéologique.

     Malgré ces évidences et en dépit des revers militaires essuyés en Irak et en Afghanistan et de la faillite de la ligne Maginot informatique illustrée par les nombreuses cyberattaques d’hackers plus ou moins anonymes,

    cette confiance immodérée dans nos capacités technologiques, n’est-elle pas en train de nous faire perdre la vraie mesure des évolutions de notre monde globalisé ?

    Le triomphe de cette pensée unique d’un « Small is Beautiful opérationnel » n’occulte-t-elle pas les tendances lourdes du chambardement stratégique en acte ? Celui-ci détermine pourtant sous nos yeux les défis des prochaines décennies : implosions étatiques, recentrage asiatique et reconfiguration de l’arc arabo-islamique du Maroc à l’Indonésie.

    Face à la progression impressionnante du budget militaire de la Chine, qui vient de lancer son premier porte-avions et aux efforts de défense de la Russie et des pays émergés, dont l’Inde et le Brésil, qui peut sérieusement affirmer aujourd’hui que les conflits conventionnels sont derrière nous ?

    La crise des économies occidentales et particulièrement celles de la vieille Europe ne nous fait-elle pas prendre des vessies pour des lanternes ?Et plutôt que de réduire nos visions stratégiques à des contraintes budgétaires de très court terme, ne devrions-nous pas renouer avec le courage de choix politiques ambitieux, assumés, expliqués et partagés ?

    A trop vouloir coller à notre « allié » américain dont nous partageons de moins en moins les intérêts économiques, les pays européens, sinon la France, devraient retrouver la voie d’une certaine indépendance d’esprit et d’action.

     Cette révolution copernicienne pourrait s’organiser autour du constat central, malheureusement passé trop inaperçu, de l’excellent rapport du Sénat présenté le 17 juillet dernier[3]. Ce constat est double : la globalisation du monde se poursuit à travers une « maritimisation » croissante des économies et des enjeux stratégiques ;

    dans cette perspective nos efforts de défense ne constituent pas des dépenses mais plutôt des investissements qui pourraient se transformer en autant de nouvelles perspectives de croissance et de redressement productif. 

    En attendant, l’armée « échantillonnaire » – selon l’expression du général Desportes – dont nous disposons dorénavant n’est plus à la hauteur de nos ambitions, ni digne de notre rang.

    • [1] Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Dernier ouvrage paru : Les services secrets français sont-ils nuls ?, Ellipses, Paris, 2012.
    • [2] Rédacteur en chef du site Espritcors@aire. Dernier ouvrage paru : Vérités et mythologies du 11 septembre 2001, Éditions Nouveau Monde, septembre 2011.
    • [3] Maritimisation : la France face à la nouvelle géopolitique des océans. Rapport d’information de Jeanny Lorgeoux et André Trillard, fait au nom de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées n° 674 (2011-2012) – 17 juillet 2012.

    CF2R  via http://fortune.fdesouche.com

  • « Et si Assad était en fait en train de gagner en Syrie ? »

     

    Manifestation du parti syrien Baas en soutien au président Assad

    Un article du site Atlantico, qui change un peu de la langue de bois sur la situation syrienne :

    « Contrairement à ce que laisse penser une partie de la presse occidentale, le régime de Bachar Al Assad est loin d’être au bord du gouffre, tant sur le plan politique que militaire. Malgré de réelles difficultés, le pouvoir en place réussit peu à peu à se poser dans l’opinion comme le seul rempart crédible contre l’ingérence étrangère et l’instauration d’un état islamique. »
    suite ici

    http://www.contre-info.com/

  • Entretien avec Maurice Allais dans Le Choc du mois (archive)

    Le Choc du mois : Vous êtes tout à la fois un libéral, au sens politique et humaniste du mot, et un adversaire résolu de ce que vous appelez la « chienlit mondialiste du laissez-fairiste ». Qu'est-ce qui oppose le libéralisme authentique, dont vous vous réclamez, à la libéralisation des marchés qu'on subit aujourd'hui, et qui se revendique elle aussi du libéralisme ?
    Maurice Allais : Durant ces soixante dernières années, toutes les recherches que j'ai pu faire, toutes les réflexions que m'ont suggérées les événements, toute l'expérience que j'ai pu acquérir, ont renforcé en moi cette conviction qu'une société fondée sur la décentralisation des décisions, sur l'économie de marchés et sur la propriété privée, est, non pas la forme de société la meilleure dont on pourrait rêver sur un plan purement abstrait dans un monde idéal, mais celle qui, sur le plan concret des réalités, se révèle, aussi bien du point de vue de l'analyse économique que de l'expérience historique, comme la seule forme de société susceptible de répondre au mieux aux questions fondamentales de notre temps.
    Pour autant, si la conviction de l'immense supériorité d'une société économiquement libérale et humaniste n'a cessé de se renforcer en moi au cours de ces années, une autre conviction, tout aussi forte, n'a cessé également de se renforcer, c'est qu'aujourd'hui cette société est dangereusement menacée par la confusion du libéralisme et du laissez-fairisme. C'est là un des plus grands périls de notre temps. Une société libérale et humaniste ne saurait s'identifier à une société laxiste, laissez-fairiste, pervertie, manipulée ou aveugle. Tout comme le libéralisme ne saurait se réduire au laissez-faire économique.
    Le libéralisme est avant tout une doctrine politique, le libéralisme économique n'étant qu'un moyen permettant à cette doctrine politique de s'appliquer efficacement dans le domaine de l'économie. Or, l'économie mondialiste qu'on nous présente actuellement comme une panacée ne connaît qu'un seul critère : « l'argent ». Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même.

    Il ne peut pas y avoir selon vous de libéralisme véritable sans cadre institutionnel et politique. Dans ces conditions, la régulation du marché par lui-même n'apparaît-elle pas comme un mythe ?
    Pour être bénéfique, la libéralisation des échanges exige un cadre économique et politique commun et stable avec des institutions appropriées. Ce cadre ne doit pas pouvoir être remis en cause ou dénoncé ultérieurement ou être instable.
    L'exemple de l'Union européenne, au sein de laquelle tant de mesures ont déjà dû être prises pour éviter des distorsions indues de concurrence, montre qu'un minimum d'intégration politique est nécessaire dès lors qu'une intégration économique très poussée est considérée comme souhaitable.
    Le libre-échange s'est constitué aujourd'hui en dogme incontournable. Il est relayé par les grandes organisations internationales, les grands médias et la plupart des hommes politiques.
    Quelles en sont les grandes lignes ? Comment expliquer pareil raz de marée ?
    Depuis trois décennies, la doctrine du libre-échange mondialiste s'est peu à peu imposée. Elle implique la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux dans le monde entier. Suivant cette doctrine, la disparition de ces obstacles est une condition à la fois nécessaire et suffisante d'« une allocation optimale des ressources à l'échelle mondiale », selon les mots de ses concepteurs. Tous les pays et dans chaque pays tous les groupes doivent voir leur situation améliorée.
    Pour les pays en voie de développement, cela consiste en l'ouverture totale vis-à-vis de l'extérieur, condition nécessaire de leur progrès. Pour les pays développés, en la suppression de toutes les barrières tarifaires ou autres, condition de leur croissance.
    Par exemple, pour les partisans de cette doctrine, le chômage dans les pays développés résulte essentiellement de salaires réels trop élevés, de l'insuffisante flexibilité du marché du travail, du progrès technologique accéléré qui se constate dans les secteurs de l'information et des transports, et d'une politique monétaire jugée indûment restrictive. Mais en aucun cas du libre-échange.

    Comment se fait-il qu'une telle doctrine, qui s'est avérée désastreuse, du moins en France, continue de nous être imposée ?
    Jamais la France ne s'est trouvée en temps de paix dans une situation économique aussi dramatique que celle d'aujourd'hui.
    De 1918 à 1939 et de 1946 à 1974, le chiffre du chômage a toujours été inférieur au million. Le sous-emploi effectif est aujourd'hui de l'ordre de six millions si l'on tient compte du traitement social du chômage.
    Mais on préfère ignorer, sinon occulter, sous l'influence de puissants groupes d'intérêts, les raisons réelles de la destruction de notre industrie, de la réduction de la croissance de plus de moitié depuis 1974 et du développement d'un chômage de masse.

    Serait-ce parce que cette idéologie n'est profitable qu'aux groupes les plus puissants ?
    Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par toutes les multinationales qui ont des centaines de filiales et disposent d'énormes moyens financiers. Elles échappent à tout contrôle et exercent partout et par personnes interposées un pouvoir politique exorbitant. La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite réellement qu'aux multinationales. Elles en tirent d'énormes profits.

    Nous assistons, depuis les crises asiatique et russe de 1997-1998, l'éclatement de la bulle Internet, et aujourd'hui de la bulle immobilière, à l'accélération des crises financière et monétaire. La fréquence de ces crises n'indique-telle pas que le système est fondamentalement vicié et instable ? Quelles en sont les principales faiblesses ?
    L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée. Jamais sans doute il n'est devenu plus difficile d'y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité n'était apparue avec une telle menace d'effondrement général.
    Toutes les difficultés rencontrées résultent d'une méconnaissance d'un fait fondamental, c'est qu'aucun système décentralisé d'économie de marchés ne peut fonctionner correctement si la création incontrôlée ex nihilo (1) de nouveaux moyens de paiement permet d'échapper, au moins pour un temps, aux ajustements nécessaires. Il en est ainsi toutes les fois que l'on peut s'acquitter de ses dépenses ou de ses dettes avec de simples promesses de payer, sans aucune contrepartie réelle, directe ou indirecte, effective.
    Au centre de toutes les difficultés rencontrées, on trouve toujours, sous une forme ou sous une autre, le rôle néfaste joué par le système actuel du crédit et la spéculation massive qu'il permet. Tant qu'on ne réformera pas fondamentalement le cadre institutionnel dans lequel il joue, on rencontrera toujours, avec des modalités différentes suivant les circonstances, les mêmes difficultés majeures.

    Alan Greenspan, l'ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine, a défini les bulles financières comme des phénomènes d'« exubérance irrationnelle ». N'avez-vous pas l'impression que c'est la totalité du système boursier qui est en proie à une exubérance irrationnelle ?
    Qu'il s'agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions, le monde est devenu un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s'arrêtent jamais. Partout, cette spéculation, frénétique et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par le crédit, puisqu'on peut acheter sans payer et vendre sans détenir. On constate le plus souvent une dissociation entre les données de l'économie réelle et les cours nominaux déterminés par la spéculation.

    La crise de 1929 vous semble-t-elle le modèle de toutes les crises en cours et à venir ? Si oui, y a-t-il des similitudes entre les crises boursières qui affectent depuis une dizaine d'années la planète et la Grande Dépression des années 1930 ?
    On ne saurait trop insister sur les profondes similitudes, tout à fait essentielles, qui existent entre les crises actuelles et les crises qui les ont précédées, dont la plus significative est sans doute celle de 1929. Ce qui est réellement important en effet, ce n'est pas tant l'analyse des modalités relativement complexes, des « technicalities », des crises actuelles, qu'une compréhension profonde des facteurs qui les génèrent.
    La crise de 1929-1934 n'était elle-même qu'une répétition particulièrement marquée des crises qui s'étaient succédé au XIXe siècle, et dont sans doute la crise de 1873-1879 avait été une des plus significatives. En fait, toutes les grandes crises des XVIIIe, XIXe et XXe siècles ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation.
    Le plus riche s'enrichit aux dépens des plus pauvres

    Les crises d'aujourd'hui ne sont-elles pas potentiellement plus dangereuses que celle de 1929 dans un contexte de mondialisation des échanges, de surendettement et de spéculation accru ?
    En 1929, le monde était partagé entre deux zones distinctes : d'une part, l'Occident, essentiellement les États-Unis et l'Europe ; et d'autre part, le monde communiste, la Russie soviétique et la Chine. Entre-temps, la mondialisation croissante des économies a changé la donne.
    Depuis les années 1970, une seconde différence, essentielle également, apparaît relativement au monde de 1929. La mondialisation précipitée et excessive a entraîné par elle-même des difficultés majeures. Une instabilité sociale potentielle s'est manifestée partout. Alors qu'en 1929, le chômage n'est apparu en Europe qu'à la suite de la crise financière et monétaire, il se constate dès aujourd'hui au sein de l'Union européenne et ne pourrait qu'être très aggravé si une crise financière et monétaire mondiale devait se développer.

    En quoi pourrait consister une réforme du système financier et monétaire international ?
    Il faudrait entreprendre, premièrement, une réforme du crédit, qui rendrait impossibles à la fois la création de monnaie ex nihilo et l'emprunt à court terme pour financer des prêts à plus long terme. Cette double condition impliquerait une modification profonde des structures bancaires et financières qui devraient reposer sur la dissociation totale des activités bancaires : entre les banques de dépôt, de prêt et d'affaire, indépendantes les unes des autres.
    Deuxièmement, il faudrait pouvoir garantir la stabilisation de la valeur réelle de l'unité de compte. Le fonctionnement d'une économie de marchés repose sur un très grand nombre d'engagements sur l'avenir. L'efficacité de l'économie, comme la justice, implique que ces engagements soient respectés, que les calculs économiques ne soient pas faussés, et que ni les créanciers ni les débiteurs ne soient spoliés. Il convient donc que tous les contractants soient réciproquement protégés contre les variations du pouvoir d'achat de l'unité de compte.

    Vous insistez également sur la réforme des marchés boursiers ?
    C'est le troisième point. Le système actuel est anti-économique et n'est avantageux que pour de très petites minorités. Une seule cotation par jour sur chaque place pour chaque valeur serait de loin préférable. Elle réduirait considérablement les coûts, et elle serait favorable à tous les investisseurs petits et grands. Plus un marché est étendu et plus les cours qui s'y établissent sont significatifs et équitables.
    Quatrièmement enfin, une réforme du système monétaire international, un nouveau Bretton Woods (2), est absolument nécessaire. Une monnaie internationale doit être créée. L'utilisation actuelle du dollar comme monnaie internationale a pour effet de financer les déficits américains par la Communauté internationale. Ce système aboutit à enrichir le pays le plus riche aux dépens de tous les pays plus pauvres. C'est là une situation scandaleuse et immorale à laquelle il doit être mis fin au plus tôt.
    Ces quatre réformes sont indépendantes les unes des autres, et elles peuvent être appliquées séparément. Chacune d'elles serait bénéfique pour l'ensemble de l'économie. Mais, si elles étaient appliquées conjointement, leurs effets bénéfiques s'en trouveraient considérablement renforcés les uns par les autres.

    Comment analysez-vous, vous qui êtes un grand Européen, la politique menée par l'organisation de Bruxelles, dont le rôle s'apparente de plus en plus à celui d'un cheval de Troie de la mondialisation ?
    Depuis 1974, on a constaté dans tous les domaines une dérive technocratique, dirigiste, centralisatrice, unitaire et jacobine de la construction européenne. Non seulement cette dérive a entraîné partout des effets pervers, mais par ses excès même elle ne cesse de susciter de très fortes oppositions.
    Les exemples de cette dérive sont innombrables.
    Ainsi aucun droit de sécession n'est prévu pour permettre aux peuples de sortir d'une organisation qui ne tiendrait pas compte de leurs droits fondamentaux. C'est ainsi le droit essentiel des peuples à disposer d'eux-mêmes qui fondamentalement leur est refusé.

    L'ouverture des frontières européennes à la concurrence des pays émergents (aux coûts salariaux infiniment plus bas que les nôtres) n'est-elle pas pour nous suicidaire ? Ne menace-t-elle pas directement emplois et industries en Europe ?
    Si, à partir de 1974, la politique libre échangiste de Bruxelles n'avait pas été appliquée, le produit intérieur brut réel par habitant en France serait aujourd'hui d'au moins 30 % plus élevé qu'il ne l'est actuellement, et il serait certainement au moins égal au PIB réel par habitant des États-Unis. Qui ne voit que les difficultés majeures auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui résultent pour l'essentiel de la diminution considérable du PIB réel qu'a entraînée pour nous la politique bruxelloise ?

    Pour quelles raisons le protectionnisme a-t-il si mauvaise presse ? Serait-ce parce qu'il semble la réponse la plus appropriée pour faire face à l'absence de régulation à l'échelle d'un monde dominé par les grands groupes ?
    L'hostilité dominante d'aujourd'hui contre toute forme de protectionnisme se fonde depuis soixante-dix ans sur une interprétation erronée des causes fondamentales de la Grande Dépression. Or, le protectionnisme en chaîne des années 1930 n'a été qu'une conséquence, et non une cause, de la Grande Dépression. Il n'a constitué partout que des tentatives des économies nationales pour se protéger de conséquences déstabilisatrices d'origine monétaire.
    Le véritable fondement du protectionnisme, c'est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toute sorte engendrées par l'absence de toute régulation réelle à l'échelle mondiale. Il est tout à fait inexact de soutenir qu'une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu'il se constate actuellement.

    Quelles formes pourrait prendre ce protectionnisme ?
    Sur le plan économique, il impliquerait notamment : une protection minimale des activités économiques, le principe étant que dans chaque secteur un pourcentage donné, par exemple 80%, de la consommation européenne soit assuré par une production européenne ; une protection minimale contre les désordres monétaires et financiers extérieurs à la Communauté européenne, ce qui implique notamment une profonde réforme des institutions monétaires et financières ; une protection minimale contre une immigration extérieure excessive et ses conséquences désastreuses ; le maintien d'une population active minimale dans l'agriculture et la pêche, car aucune nation ne peut survivre si elle ne reste pas profondément enracinée dans son sol, et si son autosuffisance alimentaire n'est pas assurée.

    Vous qui avez appelé à voter non au référendum du 29 mai 2005 sur le Traité constitutionnel européen, quelle forme constitutionnelle pourrait-on donner à l'Europe ?
    L'organisation politique de l'ensemble des pays européens devrait à mon sens reposer sur une Confédération d'Etats souverains, confédération libérale, humaniste et démocratique préservant les intérêts fondamentaux de chaque nation. L'objectif essentiel étant de vivre ensemble dans des conditions respectant, dans ce qu'elles ont d'essentiel, les nations qui se sont lentement édifiées au cours des siècles.
    Propos recueillis par François Bousquet Le Choc du Mois septembre 2007
    1. « Le détenteur d'un dépôt auprès d'une banque le considère comme une encaisse disponible ; alors que dans le même temps la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt, qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire. À chaque opération de crédit il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d'écritures. Reposant essentiellement sur la couverture fractionnaire des dépôts, il est fondamentalement instable.» Nouveaux Combats pour l'Europe, 1995-2002, Maurice Allais, Clément Juglar, 2002, p. 240.
    2. Signés en 1944 à Bretton Woods (New Hampshire, États-Unis), les accords de Bretton Woods ont dessiné les grandes lignes du système financier international de l'après-guerre. Les pays signataires ont abandonné l'étalon-or au profit du dollar, convertibilité (du dollar en or) qui sera à son tour abandonnée en 1971. Le système financier vit depuis lors sous le régime des changes flottants. Maurice Allais préconise de le remplacer par un système de taux de change fixes (au besoin révisables).
    Le Choc du mois septembre 2007
    À lire de Maurice Allais
    • Pour la réforme de la fiscalité, 1990
    • Traité d'économie pure, 1994 (1re édition : 1943)
    • Combats pour l'Europe 1992-1994, 1995
    • Économie et intérêt, 1998 (1re édition : 1947)
    • La Crise mondiale d'aujourd'hui, 1999
    • La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance, 1999
    • La Passion de la recherche. Autoportraits d'un autodidacte, 2001
    • Nouveaux combats pour l'Europe 1995-2002, 2002
    • L'Europe en crise. Que faire ?, 2005
    Tous ces ouvrages sont parus aux éditions Clément Juglar, 62, avenue de Suffren, 75015 Paris.

  • Opération Serval : la France s’engage militairement au Mali [chronologie des événements]

    Opération Serval : la France s’engage militairement au Mali [chronologie des événements]

    10 janvier : Prise de Konna par les djihadistes. Bamako appelle la France à l’aide

    C’est à la demande du président malien par intérim, Dioncounda Traoré, que Paris a décidé d’engager une action militaire au Mali afin de repousser une offensive de groupes armés islamistes et de les empêcher de progresser vers le sud, en direction de la capitale malienne, Bamako. Le 20 décembre 2012, le Conseil de sécurité de l’ONU avait autorisé le déploiement, en appui de l’armée malienne, d’une force ouest-africaine de 3.000 hommes, mais la mise en place de ce dispositif devrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

    C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la prise de la ville de Konna (centre) par les djihadistes, le jeudi 10 janvier 2013, action qui pouvait être interprétée comme une démonstration de force dans le cadre de la négociation politique, mais également comme une volonté de progresser militairement vers le sud du pays, et donc vers la capitale, avant l’arrivée de la force africaine. La chute de Konna a également démontré la nécessité de reconstruire au plus vite une armée malienne dont la rapide déroute de ces derniers jours face aux djihadistes – les soldats maliens ont lutté quelques heures avant d’être complètement débordés –, n’a pas manqué d’inquiéter les observateurs. Les unités maliennes défaites à Konna étaient justement celles dont une mission européenne devait assurer la formation, raison pour laquelle des instructeurs européens avaient commencé à arriver au Mali. Mais dans l’urgence, il a fallu envisager un autre scénario, et privilégier l’intervention militaire directe.

    11 janvier : L’armée française intervient

    La France a donc répondu positivement à la demande d’aide malienne, et l’armée française est intervenue, dès le vendredi 11 janvier, en appui des forces gouvernementales de Bamako. Dans la nuit du 10 au 11 janvier, des éléments de la Brigade des Forces Spéciales Terre (BFST) étaient engagés dans la région de Mopti, plus précisément vers Sévaré (centre), localité qui possède un aéroport et où l’on notait également la présence de soldats sénégalais et nigérians. Dans la journée du 11 janvier, à 16h, ce sont les Gazelle (HOT et canons 20 mm) du 4e Régiment d’Hélicoptères des Forces Spéciales (4e RHFS) de Pau, qui entraient en action contre une colonne de djihadistes qui tentaient de progresser vers le sud. Quatre véhicules ennemis ont été détruits, provoquant le repli du reste de la colonne. On doit hélas déplorer une perte survenue au cours de cette opération : le lieutenant Damien Boiteux, mortellement blessé, alors qu’il était aux commandes d’un des hélicoptères. Les forces françaises continuent cependant à affluer au Mali. Les observateurs évoquaient notamment un sous-groupement de 200 militaires déployés au Tchad, dans le cadre du dispositif Epervier, et projetés à Bamako par avions C-130 Hercules et C-160 Transall. Il s’agit vraisemblablement de marsouins du 2e Régiment d’Infanterie de Marine (2e RIMa) de Fréjus (compagnie d’éclairage et d’investigation), et d’éléments du 1er Régiment Etranger de Reconnaissance (1er REC) d’Orange. Ces hommes ont tout récemment effectué une mission de reconnaissance dans le désert tchadien.

    12 janvier-13 janvier : Frappes françaises et contre-offensive

    Dans la nuit du 11 au 12 janvier, quatre Mirage 2000D appartenant au groupement air du dispositif Epervier (Tchad) et appuyés par deux avions-ravitailleurs KC-135, ont mené des frappes dans le secteur de Mopti. Quatre Rafale sont également intervenus dans le nord du Mali, au cœur des territoires djihadistes, et particulièrement dans le secteur de Gao où ils auraient anéanti des camps d’entraînement, des dépôts logistiques et des infrastructures servant de bases arrière pour les djihadistes, particulièrement pour ceux du groupe Mujao. Les principales bases djihadistes de la région de Gao auraient ainsi été mises hors d’usage et la presque totalité des djihadistes se seraient repliés. Les Rafale qui ont mené cette mission ont été déployés à N’Djamena (Tchad). Ils semblent avoir décollé, à l’origine, de la base aérienne 113 de Saint-Dizier et doivent probablement appartenir à l’Escadron de Chasse 1/7 Provence. D’autres cibles ont été frappées par l’aviation française à Léré (près de la Mauritanie), Douentza, Kidal, Aghabo (base importante du groupe djihadiste Ansar Dine).

    Dans la ville historique de Tombouctou, où les djihadistes ont commis nombre d’atrocités ces derniers mois, on faisait état d’un début de panique parmi les familles des islamistes partis au combat, beaucoup tentant de fuir dans le désert. Le même jour, une contre-offensive a été lancée avec succès pour reprendre Konna aux islamistes. Au terme de durs combats, les armées française et malienne ont pris le contrôle de la ville. Selon des sources locales, des dizaines, voire même une centaine de djihadistes, auraient été tués au cours des combats. On compterait parmi eux Abdel Krim, alias « Kojak », l’un des principaux lieutenants d’Iyad Ad Ghaly, le chef du groupe islamiste Ansar-Dine.

    14 janvier : A l’ouest, les forces djihadistes se réorganisent

    Ces indéniables succès militaires qui résultent, pour une bonne part, de l’action des forces armées françaises, l’armée malienne se trouvant dans un état avancé de déliquescence, ont provoqué des déclarations politiques de François Hollande et de Laurent Fabius, frisant une véritable proclamation de victoire, alors que la situation sur le terrain, comme dans chaque début de conflit, devrait plutôt inciter à la prudence. Lorsque Monsieur Fabius déclare que « bloquer les terroristes au Mali, c’est fait ! », il joue sur les mots. Si des éléments djihadistes ont bien été stoppés dans leur progression récente vers la capitale malienne et s’ils ont bien été forcés au repli, ils n’en sont pas pour autant anéantis et n’ont perdu ni leur capacité à reprendre, le moment venu, leur marche vers le sud, ni leurs capacités de résistance et de nuisance. Nous ne sommes là qu’au tout début d’un conflit dont Monsieur Fabius lui-même nous dit qu’il pourrait s’étendre sur « plusieurs semaines ». On pourrait tout aussi bien dire plusieurs mois. Bloqués au sud, les djihadistes se sont partiellement repliés vers l’est (région de Douentza).

    Mais c’est à l’ouest qu’ils semblent devoir poser le plus de problèmes. De fait, suite à leur échec à Konna, les djihadistes ont mené avec succès une contre-offensive sur Diabali, une bourgade située à 400 km au nord de Bamako, près de la frontière mauritanienne. L’information a été confirmée par le ministère français de la Défense, ce lundi 14 janvier. Tout comme à Konna, les forces gouvernementales maliennes ont résisté avant de devoir abandonner rapidement le combat. Dans la région de Diabali évoluent aujourd’hui les éléments les plus déterminés, les plus structurés, les plus fanatiques et les mieux armés des groupes islamistes du Mali. Tant pour Paris que pour Bamako, Diabali constitue donc désormais ce que le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a nommé pudiquement un « point difficile ».

    15 janvier : Alerte Guépard – L’opération Serval monte en puissance

    Opération Serval : la France s’engage militairement au Mali [chronologie des événements]

    Dans la nuit du 14 au 15 janvier, de nouvelles frappes aériennes ont été menées avec succès par l’Armée de l’Air. Durant la même nuit, une colonne d’une quarantaine de blindés français venus de Côte d’Ivoire est arrivée à Bamako. Les engins se sont déployés dans la partie militaire de l’aéroport de la capitale malienne vers 3h du matin. Ces blindés, dont un certain nombre d’ERC-90 Sagaie, seront cantonnés, dans un premier temps, à Bamako, avant d’être engagés ultérieurement dans les combats contre les groupes islamistes. Le nombre de soldats français actuellement présents au Mali serait de 750, effectifs qui devraient augmenter rapidement et considérablement dans les prochains jours. Certaines sources évoquent 2500 hommes.

    Des unités militaires vont être mises en alerte Guépard, à l’instar, dès aujourd’hui, d’une compagnie du 2e RIMa d’Auvours. L’alerte Guépard est une astreinte pour des militaires composant le plus petit module d’une unité, projetable dans un délai fixé selon l’état d’urgence en vigueur. Les éléments placés en alerte Guépard doivent être prêts à partir dans les plus brefs délais. Et certains de regretter, non sans raison, la dissolution de la Force d’Action Rapide (FAR), en 1996. Du côté du dispositif aérien, on évoque aussi, en plus des quatre Rafale et des six Mirage 2000D, les deux Mirage F-1CR, déployés au Tchad dans le cadre d’Epervier, des hélicoptères Tigre qui viendront compléter les unités de Gazelle, les « Patrouilleurs du désert » (surveillance et renseignements) Breguet Atlantic 2, basés au Sénégal. Rappelons que ce déploiement est largement facilité par l’important dispositif militaire français prépositionné en permanence en Afrique, soit 5000 hommes et d’importants moyens matériels dans dix pays voisins.

    Soutien international à la France et mise en place accélérée de la MISMA

    L’offensive djihadiste sur Konna a obligé à revoir, dans l’urgence, les règles d’engagement de la Misma, la Force internationale de soutien au Mali, dont le déploiement devait à l’origine prendre des semaines, voire des mois. Les derniers développements de l’actualité ne permettent toutefois plus tant d’atermoiements, aussi la France a-t-elle demandé d’accélérer la mise en œuvre de la résolution 2085 de l’ONU qui autorise notamment, depuis le 20 décembre dernier, le déploiement de la Misma. La Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest a dès lors autorisé, ce vendredi 11 janvier, l’envoi immédiat de troupes au Mali, dans le cadre de la Misma, une force essentiellement africaine donc, et forte de quelque 3000 hommes.

    Les premiers éléments de cette force, qui sera chargée de déloger les groupes islamistes, se mettent désormais en place sous la direction d’un général nigérian du nom de Shehu Abdulkadir qui, selon Lagos, serait déjà arrivé au Mali, le Nigéria s’engageant à fournir 600 hommes à la Misma. Le Niger, le Burkina Faso, le Togo et le Sénégal compteraient en envoyer environ 500 chacun, et le Bénin 300. Reste à savoir, au-delà des déclarations de principe, combien de temps il faudra effectivement pour déployer cette force et la rendre réellement opérationnelle. Par ailleurs, Paris a reçu le soutien du Conseil de sécurité de l’ONU, de même que de Moscou, de Pékin, et de ses partenaires de l’UE et de l’OTAN (même si l’opération Serval se déroule hors-OTAN). Même approche positive du côté américain, même si Washington apparaît peu confiant dans les capacités des forces maliennes et de la Misma de reconquérir le Nord. En outre, les Etats-Unis n’ont pas encore pris de décision ferme concernant l’aide logistique que la France leur a demandée pour son intervention. On évoque toutefois le déploiement (en cours ou prochain) de drones US et d’un avion C-130 Hercules, de même que deux avions de transport C-17 de la RAF.

    La Belgique, quant à elle, a décidé l’envoi de deux C-130 et d’un hélicoptère médicalisé (un second serait prévu en réserve). Cette opération, qui mobilise environ 80 militaires, serait actuellement en cours de réalisation. L’Algérie, quant à elle, plutôt hostile à une intervention militaire étrangère, a autorisé sans limite le survol de son territoire.

    Menaces terroristes sur la France – Qui sont les djihadistes du Mali ?

    Suite aux raids aériens français et au revers militaires subis ces derniers jours, les groupes islamistes du Mali ont menacé de « frapper le cœur de la France », s’en prenant tour à tous aux otages français qu’ils détiennent (huit sont encore détenus au Sahel), aux ressortissants français présents dans le monde musulman, ce qui concerne notamment les 6.000 Français du Mali, sans d’ailleurs oublier l’Europe : « La France a attaqué l’islam. Nous allons frapper le cœur de la France. Partout. A Bamako, en Afrique et en Europe », a ainsi déclaré à l’AFP Abou Dardar, l’un des responsables du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Le style est connu. Le contenu du message également. Les djihadistes du Sahel n’ont pas attendu la présente opération militaire pour menacer la France et l’Europe. Mais il convient ici de rappeler qui sont ces djihadistes du Mali auxquels l’armée française est confrontée aujourd’hui. Ils se rassemblent dans trois organisations distinctes :

    - Ansar Dine (= « défenseur de la foi », groupe malien dépendant logistiquement d’Aqmi et constitué par des membres du clan touareg des Iforas). Son chef est Iyad Ag Ghali.

    - Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi ; issu du Groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien).

    - Le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao ; dissidence mauritanienne du groupe précédemment cité ; très impliqué dans le trafic de drogue).

    Ces trois groupes, renforcés d’éléments djihadistes « internationaux » se sont alliés pour imposer la Charia par la force, dans le nord du Mali. Ils ont partiellement bénéficié dans feue la « Légion islamique » de Kadhafi, de la formation et de l’armement libyens.

    Un conflit interethnique opposant Noirs et Blancs

    Ensemble, les djihadistes ont conquis le nord du Mali, de janvier à mars 2012, avec l’appui du Mouvement national de libération de l’Azawad (nom par lequel les Touaregs désignent le Nord-Mali), un mouvement indépendantiste en lutte contre Bamako, mais ne s’inscrivant pas dans la mouvance islamiste.

    A noter à ce sujet qu’aucun chef djihadiste n’est noir, et que les autorités de Bamako se sont vues dans l’obligation de lancer un appel à ne pas perpétrer de pogroms contre les Touaregs et les Maures vivant au sud. Au lendemain de l’intervention militaire française, la situation des Touaregs du Nord, apparaît comme particulièrement délicate, souhaitant d’une part se distancer des groupes islamistes avec lesquels ils ont peu d’affinités, mais craignant aussi une éventuelle avancée des troupes maliennes vers le Nord. La volonté de revanche des populations sub-sahariennes à l’encontre des populations touarègues et maures pourrait, le cas échéant, avoir des conséquences humanitaires dramatiques. Et le Mali pourrait alors basculer dans la plus totale anarchie.

    Éric Timmermans http://fr.novopress.info

  • Gouverner c’est prévoir…

    Rien de mieux qu’une bonne guerre menée contre le terrorisme islamiste pour ressouder le pays  derrière le chef de l’Etat. C’est en tout cas ce que penseront les plus cyniques. A la tête d’un gouvernement impopulaire, empêtré dans son idéologie socialo-mondialiste, paralysé, impuissant devant la violente crise sociale, économique et identitaire ; un gouvernement qui divise actuellement les Français avec son prosélytisme forcené en faveur du mariage et de l’adoption pour les couples homos ; un gouvernement qui renie les unes après les autres, la plupart des promesses  de campagne du candidat Hollande. L’intervention militaire au Mali semble répondre  (aussi)  à une urgente nécessité pour faire diversion et redorer le blason du locataire de l’Elysée.

     Certes, Bruno Gollnisch rappelait incidemment sur France 2 lundi soir que François Hollande avait également  promis de ne pas intervenir en Afrique lors de la campagne présidentielle, mais le député frontiste, à l’instar  de Marine Le Pen et de la direction du FN,  n’a pas contesté la légitimité de l’opération Serval, de cet engagement de nos soldats pour stopper la progression des fous d’Allah. Même si l’indécision du chef de l’Etat a permis aux islamistes de renforcer leurs positions ces derniers mois. 

     Une expansion problématique du djihad en Afrique, qui, comme l’a rappelé la présidente du FN, découle directement  de la déstabilisation de la Libye à laquelle le gouvernement précédent, avec le soutien du PS, a grandement contribué…Pour ne rien dire de l’actuel  soutien français à la déstabilisation du régime laïc syrien par un terrorisme de même nature.

     A l’heure ou nous écrivons ces lignes l’offensive française au Mali a pris un nouveau tournant avec l’engagement au sol de nos troupes, guerre qui a déjà fait quatre  victimes françaises: trois militaires en Somalie,  dont l’otage aux mains des Shebab  ”Denis Allex” ,  et un pilote  d’hélicoptère au  Mali, le lieutenant  Damien Boiteux.. L’Algérie a permis aux avions de combat  français de survoler son espace aérien. Comme nous l’avions relevé alors, la visite de François Hollande à Alger en décembre visait aussi à obtenir le soutien tacite des autorités algériennes…

    Dans un communiqué en date du 14 janvier réservé aux abonnés de sa remarquable revue l’Afrique Réelle, Bernard Lugan souligne que « la situation malienne, somme toutes  sous contrôle, cache l’incendie qui est actuellement en train de se développer dans la zone péri Tchadique. Le chaos en retour se fait en effet sentir dans tout le sud de la Libye, cependant que la contagion n’est plus qu’une question de temps au Tchad et au Darfour avec le risque de voir un continuum fondamentaliste s’établir avec les islamistes de Boko Haram du nord Nigeria (…) »

    « Il aura donc fallu leur suicidaire tentative (des islamistes, NDLR)  de progression vers le sud pour que, acculé et dans l’urgence, le président de la République donne l’ordre d’intervenir. »

    Le professeur Lugan estime également que «  sans un règlement politique de la question malienne, à savoir la définition d’un nouvel équilibre entre le nord et le sud du pays, nous n’allons faire que repousser le problème. En effet, si les frappes françaises ont pour seul but d’empêcher une  descente  des islamistes vers Bamako et cela pour donner le temps à la CEDEAO (Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest, regroupant 15 pays, NDLR) de mettre sur pied l’expédition qui permettra au sud Mali de reconquérir le nord Mali, rien ne sera réglé car, plus que jamais, la question touareg est le cœur du problème (…). »

    « Rien ne pouvant se faire sans les Touareg, si nous voulons qu’ils participent à la police du désert, il faut donc leur donner des gages politiques. Les autorités de Bamako pourront-elles comprendre cette nécessité et pourront-elles se résoudre à l’évidence quand l’inévitable  reconquête  sonnera au contraire l’heure de la vengeance? Il est permis d’en douter. »

    C’était à prévoir, les djihadistes nous  ont menacé de représailles sanglantes, de « frapper le cœur de la France ». Interrogé sur le blog du grand reporter  Frédéric Helbert, Le juge anti-terrroriste Marc Trévidic affirme que notre pays est en effet exposé.  « Avec une communauté malienne importante en France, et au delà une communauté de populations africaines musulmanes, il va falloir faire très attention  (…). Il ne s’agit pas de stigmatiser qui que ce soit, mais il ne faut pas rêver, il y a là un terreau fantastique pour les islamistes qui à des milliers de kilomètres trouveront sur notre sol quand ce n’est pas déja fait des alliés précieux, ou des soldats au sein de ces communautés, pour frapper la France ennemie.»

     Le juge Trévidic souligne aussi que  « pour la première fois, avec le Mali, on a un Jihad très fort en terre d’Afrique, en terre noire. Donc pour la première fois, il y a un « Jihad Black », un Jihad fait pour les blacks, par les blacks (…).Les blacks des groupes islamistes au Mali ont pris une forme de revanche, montrant qu’il étaient capables de rivaliser avec les arabes, (…) qu’ils étaient capables de partir à la conquête, d’aller à la confrontation et de conduire leur propre Jihad, de défendre efficacement les vertus  radicales de l’Islam Salafiste, de la charia dans son application la plus rigoureuse.(…)  on peut appeler ça un Jihadist black power. »

     « Avec et c’est là notre inquiétude note-t-il encore,  une capacité d’entrainement des populations musulmanes africaines de France et d’ailleurs que nous ne pouvons mesurer à l’heure actuelle, mais qui va augmenter mécaniquement. C’est là que réside une menace potentielle de très grande ampleur. Dont l’ennemi numéro un est la France. »

    Les prémices de la situation  actuelle avaient été analysées par le FN il y a plus de vingt ans, qui encore une fois eu le grand tort d’avoir raison avant les autres...Dans un monde  conjuguant explosion démographique, réveil identitaire et prosélytisme religieux  agressif potentiellement lourds de menaces,  Bruno Gollnisch affirme que  la politique immigrationniste  menée par la droite et la gauche depuis quarante ans –MM. Hollande et Valls se sont engagés encore dernièrement à faciliter l’octroi de visas pour les Algériens-  est dramatique pour notre pays.

    Le regroupement familial, le dynamisme démographique des nouvelles populations installées chez nous, les échecs  de l’assimilation conjugués à l’acquisition automatique de la nationalité française en vertu du droit du sol,  le développement d’un communautarisme rejetant un  « modèle » français  « décadent » (peut-on d’ailleurs le nier totalement ?), sont autant de bombes à retardement pour l’équilibre, la sécurité, le devenir de la France et des Français.  Gouverner  c’est prévoir dit l’adage. “Ils” n’ont rien vu venir.

    Enfin signalons que  le très new yorkais  site d’information   Huffington Post  , dont l’édition française est cornaquée par Anne Sinclair,  a hurlé au  « dérapage» (sic) , suite à l’intervention de  Bruno Gollnisch  hier au Parlement européen sur  ce conflit. Pourquoi? Parce que le député européen frontiste a proposé  que  « les jeunes Maliens vivant en France» soient enrôlés pour remplacer à terme  l’armée française dans le conflit qui déchire leur pays.

    « Contacté par Le Huffington Post précise le site de l’ex épouse de DSK, , Bruno Gollnisch persiste et signe:Je confirme. Je dirais que j’ai exactement la même réaction que sur l’Afghanistan. Je pense que le gouvernement afghan aurait pu demander à enrôler ces jeunes gens. Je rappelle, on fusillait les déserteurs. Là, on pourrait constituer des bataillons de jeunes Maliens vivant en France pour prendre part au conflit à la place de l’armée française.

     Je ne demande pas que l’on fusille les déserteurs, bien entendu.

     Mais le gouvernement malien, allié de la France dans cette affaire, pourrait très bien décréter la mobilisation d’une tranche d’âge et demander aux conséquences que les jeunes Maliens en France retournent au Mali. Ces pays sont indépendants, je ne suis pas colonialiste.

     Cette proposition peut choquer mais permettrait à la France d’être en retrait de ce conflit afin que les africains se défendent par eux-mêmes. Pour autant, je ne condamne pas l’intervention de l’armée française, car on ne peut pas se permettre d’avoir au cœur de l’Afrique des Etats sous contrôle de jihadistes

    «Le député frontiste poursuit et article a aussi critiqué la baisse du budget militaire français depuis 2007, affirmant que “si le lieutenant Boiteux a été tué, c’est parce qu’il était sur un hélicoptère Gazelle. Il faudrait des hélicoptères Tigre [leur remplaçant, ndlr].» Une triste vérité.

    http://www.gollnisch.com

  • Islande : Les ressources naturelles bientôt transférées aux citoyens ?

    Les Islandais ont décidé de reprendre leur destin en main. Après avoir refusé le renflouement des banques en 2010 et 2011, ils ont voté lors d’un referendum en octobre, les propositions faites par un comité de citoyens pour élaborer une nouvelle Constitution. Le texte prévoit en particulier que les ressources naturelles soient « détenues par le peuple islandais ». Entretien avec Victor David, juriste de l’environnement à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

    Novethic : Le projet de nouvelle constitution islandaise prévoit que les ressources naturelles soient «  détenues par le peuple islandais ». Quelle serait la portée de ce texte s’il était adopté ?

    Victor David : Cette formulation est une façon politiquement correcte de parler de nationalisation des ressources naturelles. En Islande, un des grands enjeux concerne les produits de la mer. Quelques grosses entreprises concentrent presque l’ensemble des quotas de pêche. Cette nationalisation permettrait de renégocier les quotas vers une redistribution plus favorable à l’ensemble de la population. Les perspectives de trouver du pétrole dans les eaux territoriales islandaises en mer du Nord ne sont probablement pas non plus étrangères à cette proposition.

    Plus largement, la nationalisation est motivée par la crainte de voir des multinationales, voire des États étrangers via des entreprises publiques, accaparer les ressources. La Chine a par exemple essayé d’acquérir des terrains en Islande. Il faut cependant relativiser la portée du texte islandais qui ne fait référence qu’aux ressources non déjà privatisées. Il ne s’agit donc pas pour le gouvernement de faire une chasse aux compagnies privées.

    Les changements sont donc assez marginaux ?

    Non, car il existe encore beaucoup de ressources naturelles non encore transférées au secteur privé, en matière de pêche mais aussi les réserves pétrolières offshore qui n’en sont qu’au stade… de potentiel !

    La référence au « peuple » ne donne-t-elle pas plus de prise aux citoyens sur leurs ressources que la seule nationalisation ?

    Pas vraiment, dans la mesure où l’Islande est une démocratie représentative. Il faudrait la mise en place de mécanismes de participation pour que la population soit associée à la gestion des ressources. Par le biais de référendums locaux notamment. Alors, la propriété des peuples aurait plus de sens. Cela dit, il est vrai que le projet de constitution islandaise prévoit des référendums d’initiative citoyenne. 10 % de la population pourrait provoquer un referendum, pourquoi pas, sur les ressources naturelles en cas de litige avec l’État.

    Est-ce que ce projet laisse envisager une meilleure protection des ressources naturelles ?

    L’environnement n’a pas forcément grand chose à y gagner. Derrière le vocable “ressources naturelles“, on parle en effet moins de la flore, de la faune ou des paysages, que de tout ce qui peut s’avérer être une “richesse naturelle“, comme le pétrole, les minerais ou les produits de la pêche. On soustrait aux appétits individuels les ressources naturelles qui ne sont pas déjà privatisées pour les donner au peuple. En réalité c’est l’Etat qui les gère sous forme d’actionnariat majoritaire, sans nécessairement protéger la nature.

    Un vrai progrès ces dernières années en matière de protection des ressources naturelles vient de la constitution équatorienne de 2008 qui a décidé d’accorder des “droits fondamentaux” à la nature elle-même. Cela facilite en particulier la défense de l’environnement car ces droits permettent à toute personne de se faire le porte-parole de la nature devant la justice et de porter plainte sans avoir à justifier de préjudice personnel. Et les atteintes à l’environnement sont imprescriptibles.

    Cette proposition de l’Islande s’inscrit-elle dans une tendance plus large ?

    Oui, la nationalisation des ressources naturelles revient sur le devant de la scène. En toute légalité d’ailleurs puisque, depuis 1962, les Nations Unies affirment la souveraineté des États sur les ressources naturelles. Ces dernières décennies, les États avaient pourtant utilisé ces droits pour privatiser les ressources, sous la pression du FMI et de la Banque mondiale.

    Depuis le début des années 2000, le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur ont entamé ou renforcé la nationalisation de leurs ressources naturelles, notamment du pétrole mais pas seulement. En Bolivie, la nationalisation de l’eau a permis à l’État de reprendre la main sur ce secteur contre Suez. À Québec, les partis politiques nationalistes réclament régulièrement la souveraineté sur les ressources naturelles.

    Mais un effet pervers de ce genre de nationalisation est le risque de corruption, car les gouvernants deviennent les gestionnaires exclusifs de ces richesses. Il faut donc impérativement accroitre la participation du public dans la prise de décision en matière de gestion des ressources naturelles et renforcer les garanties de transparence de l’action publique.

    novethic.fr  http://fortune.fdesouche.com

  • Enquête : Pourquoi la France ouvre-t-elle ses portes au Qatar ?

    20130108
     

    Sous Sarkozy comme avec Hollande, le richissime émirat dispose des mêmes facilités pour racheter des pans entiers de notre économie. Que signifie l’appétit d’ogre de ce petit pays ? Pourquoi Paris lui ouvre-t-il ses portes ? Enquête.

    La dépêche, stupéfiante, est tombée le 6 novembre dernier : l’ambassadeur du Qatar, Mohamed Jaham al-Kuwari, annonçait à l’Agence France-Presse que son pays avait l’intention d’investir 10 milliards d’euros dans des sociétés du CAC 40. Répondant au journaliste qui évoquait quelques rares déclarations de personnalités qui, comme Bernard-Henri Lévy, Jean-Luc Mélenchon ou Julien Dray, ont manifesté leur inquiétude sur l’influence du Qatar en France, l’ambassadeur a conclu l’interview par une formule aussi ironique qu’arrogante : «C’est quoi, le problème ?»

    En effet, il n’y a, apparemment, aucun problème. Apprendre que le fonds souverain qatari va presque doubler le montant de ses participations dans le CAC 40 ne pose aucun problème au gouvernement ni à l’opposition. Organiser la Coupe du monde de football dans un pays où ce sport n’intéresse personne et va nécessiter la construction de stades munis de sols réfrigérants pour pouvoir supporter des températures à 45° C (bonjour Kyoto !), ça n’interpelle personne dans le monde du sport – pas même Michel Platini -, ni dans celui de l’écologie, surtout pas Yann Arthus-Bertrand. Coïncidence : son dernier film a été financé par des Qataris…

    Savoir que des Qataris pourraient sélectionner des entrepreneurs de banlieue sur une base communautariste n’inquiète pas grand monde. Installer une annexe de Normale Sup à Doha, ville où l’on est payé 400 dollars ou 12 000 selon la couleur de sa peau, ne dérange personne, et surtout pas Monique Canto-Sperber, présidente du pôle interuniversitaire Paris Sciences et Lettres et Philosophe spécialiste de «l’éthique».

    Qu’enfin la France impose à tous ses partenaires l’admission directe du Qatar au sein de la francophonie, sans passer par la case «observateur», comme l’exigeaient les usages jusqu’alors, cela n’ennuie pas grand monde non plus.

    A Doha, on appelle ça le «français sonnant et trébuchant». Mais, à Paris, le silence est de rigueur. Depuis des années. On peut même dater l’origine de l’amitié franco-qatarie : le premier voyage de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, à Doha, en décembre 2005. Sarkozy s’est lié d’amitié avec le Premier ministre qatari, Hamad ben Jassem al-Thani, «HBJ» pour les intimes, au risque de mélanger les genres.

    Lorsqu’il arrive à l’Elysée, Sarkozy prend l’habitude de recevoir tous les mois «HBJ». Au menu des discussions, les emplettes en France du fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA). Selon un patron du CAC 40, «Guéant avait une liste de courses pour les Qataris. On avait l’impression que l’Elysée leur donnait à racheter la France».

    C’est durant le quinquennat Sarkozy que le Qatar est entré dans le capital de plusieurs groupes du CAC 40. Le président a même donné de sa personne, en faisant pression sur le président du PSG, Sébastien Bazin, gérant du fonds Colony Capital, pour lui demander de vendre le PSG selon les conditions du Qatar. Bazin proposait aux Qataris 30 % du club de foot parisien pour 30 millions d’euros. Après l’intervention présidentielle, ils en ont récupéré 70 % pour 40 millions (ils en sont désormais propriétaires à 100 %).

    Convention fiscale

    Mais le sport n’est qu’une conséquence d’une orientation stratégique prise à l’Elysée. C’est sous l’ère Sarkozy que le Qatar s’est imposé – sans provoquer un quelconque débat, même au sein du gouvernement Fillon – comme un médiateur de la diplomatie française au Proche et au Moyen-Orient : intervention financière pour libérer les infirmières Bulgares en Libye (juillet 2007), aide au rapprochement entre Nicolas Sarkozy et Bachar al-Assad, puisque, avant d’aider les combattants, le Qatar était un allié solide du régime baasiste.  

    Et, bien sûr, plus récemment, le Qatar, seul pays arabe à le faire, a participé – financement de l’armement, formation des combattants libyens et même présence de 5 000 hommes des forces spéciales – à l’intervention militaire occidentale contre Kadhafi.

    La puissance grandissante du Qatar en France semble stimulée par la faiblesse de nos responsables politiques, déboussolés par la crise mondiale et appâtés, parfois, par les largesses supposées de ce petit pays. Ami personnel de la famille de l’émir, Dominique de Villepin, aujourd’hui avocat d’affaires, a pour principal client le Qatar Luxury Group, fonds d’investissement personnel de la cheikha Mozah bint Nasser al-Missned. A droite, parmi les habitués de Doha, on trouve aussi Philippe Douste-Blazy, Rachida Dati ou Hervé Morin.

    Dans les milieux diplomatiques français, cette politique du «tout-Qatar» agaçait certains, qui espéraient que François Hollande, réputé partisan d’un resserrement des liens avec l’Algérie, allait en quelque sorte «rééquilibrer» la politique française dans la région.

    Certes, François Hollande s’est rendu en Algérie le 19 décembre. Mais il avait vu le Premier ministre de l’émirat, Hamad ben Jassem al-Thani, dans un palace parisien dès le début de 2012. Les deux hommes s’étaient d’ailleurs déjà rencontrés une première fois en 2006, François Hollande le recevant en tant que premier secrétaire du PS. Depuis son élection, il l’a revu à deux reprises, et a accueilli l’émir Hamad ben Khalifa al-Thani à l’Elysée, le 22 août 2012. Un traitement privilégié.

    Autre signe de continuité, l’entrée d’investisseurs qataris au capital de France Télécom en juin 2012… «Les gouvernements passent, mais les intérêts demeurent. Les accords financiers entre la France et le Qatar n’ont pas été interrompus, remarque le chercheur Nabil Ennasri, Hollande a seulement mis un terme à l’affichage publicitaire façon Sarkozy.»

    Incroyable : la convention fiscale entre les deux pays – une sacrée niche fiscale qui dispense un investisseur qatari de tout impôt sur les plus-values réalisées sur la revente de biens immobiliers en France -, qui avait été tant décriée par le PS (du temps de l’opposition), n’a pas été abrogée…

    Il faut dire que, même sous Sarkozy, les Qataris ont eu la prudence de créer ou de maintenir des liens solides avec la gauche française. L’ambassadeur du Qatar en France, Mohamed Jaham al-Kuwari, a préparé la transition politique de longue date en multipliant les contacts avec plusieurs dirigeants socialistes : Ségolène Royal, Laurent Fabius, Elisabeth Guigou, Jack Lang, Bertrand Delanoë, Martine Aubry, mais aussi Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, qui a séjourné à Doha en pleine campagne de la primaire socialiste, ou encore Manuel Valls, seul émissaire du candidat à avoir rencontré l’émir en décembre 2011.

    Sous nos latitudes tempérées, le Qatar est un sujet de consensus. Jusque dans les médias, où il est devenu le pays des Bisounours. Comme dans l’émission «Un œil sur la planète», diffusée sur France 2 l’automne dernier, le présentant comme un nouvel eldorado, terre d’accueil de tous les ambitieux et les entrepreneurs.

    Ou encore dans une interview de l’ambassadeur de France au Qatar publiée dans la revue Géoéconomie (1). Le diplomate s’enthousiasme d’abord sur les perspectives de coopération entre les deux pays, faisant miroiter aux groupes français la perspective des 120 milliards mobilisés en vue de la Coupe du monde de football en 2022. Autant de beaux contrats pour Bouygues, Vinci, Carrefour et quelques autres.

    Mais l’ambassadeur y ajoute le supplément d’âme indispensable aux esprits délicats que nous sommes supposés demeurer : le printemps arabe aurait ainsi révélé – comme l’a reconnu lui-même François Hollande – d’importantes convergences entre les deux pays. L’honneur est sauf.

    Feuilletons le dossier de presse «Qatar en France». Il s’y dessine peu à peu un véritable storytelling qatari, que l’on pourrait résumer comme suit : le Qatar est un «nanopays» richissime – 78 260 dollars de revenu par Qatari en 2009, ça fait rêver – mais coincé entre deux géants, l’Iran, avec lequel il doit partager le gisement de gaz North Dome, l’un des plus grands du monde, et l’Arabie saoudite, 14 fois plus peuplée et disposant d’avoirs neuf fois supérieurs.

    Cette fragilité obligerait les Qataris à se montrer à la fois plus intelligents et plus diplomates que leurs voisins. Ils chercheraient ainsi une «assurance vie» - l’expression revient chez tous nos interlocuteurs – et seraient prêts à signer des chèques XXL à ceux qui sont susceptibles de lui garantir une protection. La France, avec son siège au Conseil de sécurité de l’ONU, constitue son meilleur allié.

    Autre argument en faveur des Qataris, leurs investissements sont jugés «très professionnels». Leur charte, «Vision nationale pour le Qatar 2030», adoptée en 2008, prévoit que les revenus des placements des fonds souverains qataris se substitueront à ceux du gaz.

    Il faudrait donc se réjouir, s’enthousiasme Patrick Arnoux, du Nouvel Economiste (2), de leur intérêt pour nos grands groupes : «L’entreprise Qatar, dirigée d’une main ferme par le cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, investit certes par milliards sur des actifs qui ont trois points communs : ils sont unitairement importants, prometteurs pour l’avenir et à forte rentabilité.» Et de vanter les financiers qataris, «issus des meilleures banques américaines comme Lehman Brothers» (curieux, cet éloge d’une banque qui a fait faillite en 2008, déclenchant la crise dans laquelle nous pataugeons encore !).

    Et puis, nous assurent tous ces amis français des Qataris, ces derniers ne sont ni gourmands ni exhibitionnistes ; excepté chez Lagardère, ils n’exigent pas de siéger dans les conseils d’administration des sociétés dont ils deviennent actionnaires.

    Une alternative aux Saoudiens

    Riches en capitaux disponibles, respectueux de l’indépendance de leurs partenaires, les Qataris sont aussi, nous dit-on, modernes. Leur nouvelle constitution donne aux 200 000 Qataris le droit d’élire des représentants locaux qui pourront même être des femmes (au sein d’une chambre cependant strictement consultative).

    La chaîne Al-Jazira, qu’ils ont créée en 1996, présentée comme une sorte de CNN arabe, aurait révolutionné l’information au Proche-Orient. La femme de l’émir, la cheikha Mozah bint Nasser al-Missned, a contribué à une véritable cité du savoir à la périphérie de Doha, ouverte aux musées et aux universités occidentales.

    Enfin, le sentiment de fragilité des Qataris les pousserait à devenir une tête de pont entre le monde arabo-musulman et l’Occident. Songez que la plus grosse base militaire américaine, autrefois à Bahreïn, a déménagé à Doha et que les Qataris maintiennent des liens avec Israël. Ils constituent ainsi une alternative plus présentable que les Saoudiens, qui soutiennent les salafistes dans la région. Et si le Qatar représentait cet islam modéré dont tant d’Occidentaux espèrent l’avènement depuis des années ?

    Bien sûr, comme tout storytelling, celui portant sur le Qatar reflète une partie de la réalité. L’émir, qui a chassé son père du pouvoir en 1995, s’est révélé un fin stratège. «Le Qatar est le premier à avoir acheté des méthaniers, analyse l’économiste Hakim el-Karoui, et à garder ainsi la maîtrise du transport du gaz.» Résultat : le pays frôle les 20 % de croissance en 2012, après 16 % en 2010 et 12 % en 2009.

    Ensuite, il semble bien que la stratégie qatarie soit la plus subtile des pays du Golfe. «Les Qataris ne sont pas que des payeurs, observe l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, ils sont astucieux et mènent une stratégie d’équilibre, entre Al-Jazira d’un côté, le phare du printemps arabe, la base américaine sur leur territoire et leurs relations assez bonnes avec Israël.»

    Enfin, il est patent que les Qataris ne mélangent pas forcément leur politique diplomatique, pas facile à décrypter, et leurs investissements pour lesquels ils recherchent, c’est un banquier qatari qui parle, un «absolute return», autrement dit une garantie de retour sur investissement.

    Mais ces indéniables atouts – prospérité économique, stratégie au long cours, subtilité diplomatique – ne doivent pas occulter la face moins reluisante du petit Etat. La condamnation à perpétuité, le 28 novembre, du poète Mohammed al-Ajami, coupable… d’un court texte critique sur l’émir, jette une lumière blafarde sur la modernité qatarie.

    Et il y a surtout la relation très particulière que le Qatar entretient avec l’islamisme politique. L’émirat a été, depuis quinze ans, le refuge de bien des activistes radicaux, tel Abassi Madani, l’ex-patron du FIS algérien. Le Hamas a déménagé ses bureaux de Damas à Doha, et la récente visite de l’émir à Gaza n’est pas passée inaperçue.

    La chaîne de télé Al-Jazira s’est fait connaître en devenant le diffuseur exclusif des communiqués d’Al-Qaida, et certains ne manquent pas de souligner que Doha a été exempt de tout attentat terroriste. Exilé au Qatar depuis quarante ans, le plus célèbre prédicateur islamiste, Youssef al-Qardaoui, officie chaque semaine sur Al-Jazira.

    L’homme a déclaré que «les opérations martyres sont l’arme que Dieu a donnée aux pauvres pour combattre les forts», et que, «tout au long de l’histoire, Allah a imposé aux juifs des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. [...] C’était un châtiment divin. Si Allah le veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans».

    Cet activisme n’étonne pas Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité de la DGSE (services secrets français) : «Comme la famille régnante veut ravir à la famille Al-Saoud d’Arabie saoudite son rôle moteur dans le contrôle de l’islam sunnite à l’échelle mondiale, elle héberge volontiers les imams et prêcheurs de tout poil, à condition qu’ils soient plus extrémistes que les oulémas saoudiens, de façon à leur rendre des points. Et le Qatar finance partout et généreusement tous les acteurs politico-militaires salafistes, dont la branche la plus enragée des Frères musulmans, hostiles à la famille Al-Saoud et bien sûr au chiisme, mais aussi aux régimes « laïcs » et nationalistes arabes susceptibles de porter ombrage aux pétromonarchies.»

    Enfin, le Canard enchaîné affirme que les services français ont repéré une présence qatarie dans le nord du Mali, où sévissent des groupes jihadistes. «On pense, explique Roland Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri), qu’un certain nombre d’éléments des forces spéciales qataries sont aujourd’hui dans le nord du Mali pour assurer l’entraînement des recrues qui occupent le terrain, surtout d’Ansar Dine.» Ansar Dine, un groupe jihadiste non lié à Al-Qaida.

    Bref, la famille régnante au Qatar n’a sans doute pas de doctrine bien établie, mais son jeu diplomatique, fondé sur une double exigence – concurrencer les Saoudiens dans le monde musulman et diaboliser l’Iran – peut l’amener à des positions fort lointaines de «l’islam des Lumières».

    Y compris en France. «Si quelqu’un, affirme un bon connaisseur du dossier, avait la curiosité de se poster en face de l’ambassade du Qatar, il pourrait y prendre en photo d’éminents animateurs de la mouvance islamiste radicale.»

    Premier instrument de l’influence du Qatar dans le monde arabe, la chaîne Al-Jazira s’est révélée être «le DRH du printemps arabe», selon l’expression de Naoufel Brahimi el-Mili, professeur de science politique et auteur du livre le Printemps arabe, une manipulation ? (3)

    Ce dernier a passé des mois à décrypter les émissions de la chaîne qui fut la première à mettre en scène le martyre du vendeur de légumes tunisien Mohamed Bouazizi, dont le suicide, le 4 janvier 2011, a embrasé la Tunisie, avant que la révolte ne se propage en Libye ou en Egypte. A chaque fois, Al-Jazira accompagne et «feuilletone» les mouvements et les combats.

    Il apparaît que, partout, les Qataris soutiennent les Frères musulmans, qui constituent la principale force politique du printemps arabe. Et qu’Al-Jazira est leur bras armé. Brahimi note ainsi que le nouveau ministre des Affaires étrangères libyen, Mohamed Abdelaziz, était un journaliste de la chaîne, de même que Safwat Hijazi, devenu une sorte de «conseiller spécial» du gouvernement égyptien. Pour Brahimi, le projet du Qatar est limpide : «Imposer la révolution « démocratique » par le bas, puisque les révolutions par le haut, façon néoconservateur bushiste, ont échoué.»

    Autre sujet d’inquiétude, l’activisme sportif des Qataris – Grand Prix de l’Arc de triomphe, achat du PSG, Mondial de handball (2015) et Coupe du monde de football (2022) – ne relève pas forcément d’un amour désintéressé du sport mais bien d’une stratégie délibérée de soft power.

    C’est d’ailleurs Nicolas Sarkozy lui-même, cumulant le rôle de superconsultant des Qataris avec celui de président de la République, qui aurait conseillé à l’émir de «passer par le sport» pour implanter Al-Jazira en France. D’où la création de la chaîne BeIN Sport, au risque de déstabiliser le système audiovisuel français, et notamment le financement du cinéma.

    Enfin, et ce n’est pas le moins inquiétant, les Qataris manifestent un intérêt particulier pour les secteurs industriels sensibles et stratégiques. Cette inclination est d’abord apparue dans le dossier EADS. A la fin des années 90, l’émir sympathise avec Jean-Luc Lagardère, avec lequel il partage une passion des chevaux.

    Les deux couples sympathisent, Bethy Lagardère initiant la cheikha Mozah aux joies de la vie parisienne, tandis que les équipes Lagardère apportent à l’émir leurs conseils avisés dans l’audiovisuel lors de la création d’Al-Jazira. Avant même la mort de Jean-Luc Lagardère, en 2003, l’émir avait émis le vœu d’entrer au capital d’EADS.

    Mais Jean-Paul Gut, alors haut dirigeant d’Airbus, avait habilement orienté les Qataris vers une prise de participation dans le groupe Lagardère lui-même, ce qui était moins intéressant pour le Qatar mais répondait à l’inquiétude de l’héritier, Arnaud Lagardère, qui souhaitait s’assurer des alliés solides dans sa société holding. Mais, quand le groupe allemand Daimler a voulu vendre ses parts dans EADS, le Qatar s’est porté acquéreur, ce qui entraîna une vive réaction d’Angela Merkel aboutissant à un engagement de l’Etat allemand à la place de Daimler.

    Si les Qataris se sont senti l’audace d’avancer sur des dossiers aussi sensibles, c’est que les liens entre la France et le Qatar sont anciens : 80 % de l’équipement militaire qatari est français et, pour l’anecdote, les 15 ha que la Direction générale de l’armement loue à Bagneux (Hauts-de-Seine) appartiennent à une banque qatarie…

    Poker menteur

    Autre indice de l’intérêt des Qataris pour les secteurs stratégiques, l’affaire Altis, une société de semi-conducteurs en difficulté que les Qataris voulaient acheter en 2009 pour créer une industrie similaire au Qatar. Mais Augustin de Romanet, alors patron de la Caisse des dépôts, a jugé le projet suspect, et le Fonds stratégique industriel s’est finalement substitué à l’émirat.

    Encore plus inquiétant, le jeu de poker menteur autour d’Areva : il s’en est fallu de peu que l’émirat mette la main sur les mines d’uranium du groupe nucléaire ! A la manœuvre, l’ancien secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant, l’intermédiaire de choc Alexandre Djouhri, Henri Proglio, le PDG d’EDF, et François Roussely, du Crédit suisse – une des banques conseil en France des Qataris avec la banque Rothschild.

    L’alternance est, apparemment, un concept qui ne s’applique pas à cet aréopage. C’est d’ailleurs peut-être ce qui a conduit l’ambassadeur du Qatar à annoncer de nouveaux investissements dans les groupes français.

    A ce rythme-là, la France va finir par avoir plus besoin du Qatar que l’inverse.

    (1) «Qatar, l’offensive stratégique», no 62, été 2012.

    (2) Du 3 mars 2012.

    (3) Editions Max Milo, 2012.

    Fonds qatari dans le CAC 40 : déjà plus de 6 milliards !

    France Telecom (1 %) : 214,5 M€

    Lagardère (13 %) : 1,071 milliard €

    LVMH (1 %) : 653,64 M€

    Suez Environnement (1 %) : 45 M€

    Total (3 %) : 2,691 milliards €

    Veolia (5 %) : 946,95 M€

    Vinci (8 %) : 2 84,11 M€

    Vivendi (5 %) : 427,88 M€

    Total : 6,334 milliards d’euros

    IMMOBILIER : 4 MILLIARDS NET D’IMPÔTS

    Les avoirs immobiliers en France des Qataris se partagent entre différents membres de la famille régnante. Ils comprennent des immeubles de luxe et de nombreux hôtels. Au total, l’immobilier détenu par l’émirat dans notre pays atteindrait ainsi 4 milliards d’euros. Début 2008, les Qataris ont obtenu le vote au Parlement français d’un statut fiscal qui les exonère d’impôt sur leurs plus-values immobilières en France. Et ils en profitent : ces dernières années, ils ont racheté des hôtels de luxe comme le Martinez et le Carlton, à Cannes, le Royal Monceau, le Concorde Lafayette, l’hôtel du Louvre, à Paris, le Palais de la Méditerranée, à Nice. Mais ils ont également fait main basse sur le somptueux hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis, à Paris, le splendide hôtel d’Evreux de la place Vendôme, à Paris, l’immeuble Virgin des Champs-Elysées, le siège de Vivendi, avenue de Friedland, à deux pas des Champs-Elysées, le siège d’Areva près de l’Opéra, et la tour Pacific à la Défense, ainsi que sur le centre de conférences Kléber, lieu chargé d’histoire – le haut commandement militaire allemand s’y était installé sous l’Occupation et c’est là qu’ont été signés les accords de Paris mettant fin à la guerre du Vietnam. Le destin du centre Kléber est de devenir un palace pour milliardaires…

    Au total, les avoirs qataris en France – immobilier et CAC 40 – dépasseraient donc les 10 milliards* d’euros selon nos calculs. Une somme qui rejoint les statistiques de la Banque des règlements internationaux (9,79 milliards), ce qui représente trois fois moins que les investissements du Qatar en Grande-Bretagne, mais deux fois plus que ceux de l’Allemagne.

    * Valeur au 20 novembre 2012

    • Article publié dans le numéro 820 du magazine Marianne, du 5 au 11 janvier 2013

    http://euro-synergies.hautetfort.com/

  • Criminalité et politique au Kossovo : le rapport explosif d'un député européen (2011)

    C'est un livre (La Chasse), publié en 2008 par Caria Del Monte, ex-procureur au TPIY(1) qui a incité Dick Marty membre du Conseil de l'Europe à enquêter sur le Traitement inhumain de personnes et trafic illicite d'organes humains au Kossovo. En est résulté, en décembre 2010, un rapport édifiant, qui pointe les connexions « entre criminalité, corruption et politique ».
    Au Kossovo, des crimes de guerre ont été perpétrés à la fin des années 1990 sur des prisonniers serbes et albanais, sous la responsabilité de dirigeants de l'UÇK et en particulier d'un groupe auto-baptisé le « Groupe de Drenica » ayant pour « parrain » l'actuel Premier ministre, Hashim Thaçi.
    L'armée de libération nationale paraît en effet avoir été étroitement liée aux réseaux criminels : « Nous avons constaté que les principales unités de l'UÇK et leurs zones de commandement opérationnel respectives étaient la copie presque conforme des structures qui contrôlaient les diverses formes de criminalité organisée dans les territoires où opérait l'UÇK », écrit Dick Marty, qui laisse entendre que la guérilla contre les Serbes n'était pas la préoccupation principale de ses dirigeants. Les membres du Groupe de Drenica auraient ainsi : « pris le contrôle des fonds substantiels mis à la disposition de l'UÇK pour financer l'effort de guerre » et « passé avec les réseaux internationaux bien établis de la criminalité organisée plusieurs accords qui lui auraient permis de s'étendre et de se diversifier dans de nouveaux domaines d'activités, tout en lui ouvrant de nouvelles voies de contrebande vers d'autres pays d'Europe. »
    Selon Dick Marty, Thaçi lui-même agissait « avec le soutien et la complicité non seulement des structures de gouvernance officielles de l'Albanie, et notamment du gouvernement socialiste au pouvoir à ce moment-là, mais également des services secrets albanais et delà redoutable mafia albanaise. Les services chargés de-la lutte contre le trafic de drogue de cinq pays au moins précisent, dans des rapports confidentiels qui s'étendent sur plus de 10 ans, que le commerce de l'héroïne et d'autres narcotiques était contrôlé de façon violente par Hashim Thaçi et d'autres membres du " Groupe de Drenica " ».
    Ces derniers ne s'en tenaient pas au trafic de stupéfiants. Le rapport fait également état d'« un grand nombre de femmes et de jeunes filles victimes de la traite des êtres humains » organisée par l'UÇK, et le Groupe de Drenica serait au cœur du trafic d'organes dont furent victimes des captifs serbes, conduits en Albanie pour y subir une ablation des reins.(2)
    Enfin, le rapport fait état de la disparition de plusieurs centaines de prisonniers serbes et d'Albanais considérés comme des « collaborateurs » des Serbes, ces violences semblant « avoir été coordonnées et couvertes par une stratégie globale, préméditée et évolutive, décidée par les dirigeants du Groupe de Drenica ».
    On comprend les réticences que montrent les autorités albanaises à collaborer aux enquêtes ouvertes par la mission EULEX de l'Union européenne : « Le manque de coopération des autorités kosovares et albanaises pour rechercher des personnes disparues serbes, et même kosovares de souche albanaise, qui pourraient s'avérer être des victimes de crimes commis par des membres de l'UÇK, suscite de sérieux doutes quant à la volonté politique des autorités actuelles défaire toute la vérité sur ces événements. »
    Thaçi, partenaire favori des États-Unis
    Mais les instances internationales ne se montrent pas plus pressées d'agir, en dépit des « informations accablantes » transmises sur Thaçi et ses séides par les services de renseignements.
    « Il est particulièrement déconcertant, écrit Dick Marty, de constater que l'ensemble de la communauté internationale au Kosovo - depuis les gouvernements des États-Unis et des autres puissances occidentales alliées, jusqu'aux autorités judiciaires qui exercent leurs activités sous la tutelle de l'Union européenne - possèdent sans doute les mêmes informations accablantes sur toute l'étendue des crimes commis par le "Groupe de Drenica", mais qu 'aucune d'elles ne semble prête à réagir face à une telle situation et à en poursuivre les responsables. »
    Le rapport du député européen apporte un début d'explication : l'UCK n'a pris l'ascendant sur les formations politiques albanaises rivales que grâce à l'appui des Américains. Et Thaçi lui-même « doit sans aucun doute son ascension personnelle au soutien politique et diplomatique des États-Unis et d'autres puissances occidentales, qui le considéraient comme le partenaire local favori de leur projet de politique étrangère pour le Kosovo. » 
La politique a ses raisons, que l'éthique démocratique ne connaît pas.
    Eric Letty monde & vie. 29 octobre 2011
    (1) TPI Y .Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie.
    (2) Le trafic d'organes se poursuivrait toujours au Kossovo, où s'est ouvert le 4 octobre un procès impliquant des médecins d'une clinique de Pristina.

  • Samedi 2 février à Paris : la Nouvelle Droite Populaire et Synthèse nationale soutiennent la manifestation contre le mondialisme et l’impérialisme…

    Dimanche 13 janvier, c’est près de 1 million de Français qui ont manifesté à Paris leur opposition à la loi Taubira qui prétend instaurer un « mariage » pour les homosexuels. Nous ne pouvons que nous réjouir du succès de cette mobilisation.

    Mais ces manifestants savent-ils que, au-delà de cette parodie de mariage, la principale menace qui pèse sur la conception traditionnelle de la famille à laquelle ils sont attachés est la politique mondialiste voulue par l’hyper-classe apatride qui prétend diriger le monde et dont Hollande et Taubira ne sont en réalité que les petits domestiques serviles.

    Pour réaliser leur projet funeste de transformer la Terre en un vaste espace économique uniformisée dans lequel les identités, nationales, ethniques et sexuelles seraient broyées, les mondialistes s’acharnent à détruire tous les repères qui font la spécificité de chaque peuple. Notre conception européenne de la famille est donc, à leurs yeux, l’une des premières cibles à abattre. L’humanoïde idéal pour ces nouveaux maîtres du monde devra être un consommateur métissé, déculturé, déraciné et asexué.

    Cependant les prétentions mortifères des mondialistes se heurtent de plus en plus aux réactions populaires. Partout dans le monde les peuples prennent conscience que leur existence est menacée. La gigantesque manifestation de dimanche peut être considérée comme l’un des premiers symptômes de ce réveil salvateur dans notre pays. Mais il faut aller plus loin.

    Les Français n’ont plus rien à attendre des partis politiques, de « droite » comme de gauche, qui se partagent le pouvoir depuis des décennies. Ils sont tous imprégnés par l’idéologie mondialiste. Seul l’avènement d’un ordre nouveau, nationaliste, populaire, solidariste et identitaire pourra redonner à notre peuple sa liberté et sa dignité.

    Voilà pourquoi la Nouvelle Droite Populaire et Synthèse nationale apportent leur soutien à la manifestation contre le mondialisme et l’impérialisme organisée, à l’initiative du mouvement 3e voie, samedi 2 février, à 14 h 00, place St Germain des Près à Paris (VIe arrondissement – métro St Germain des Près).
    La NDP et Synthèse nationale se félicitent aussi d’apprendre la participation à cette manifestation de délégations de peuples en lutte pour sauver leur identité tels que nos frères québécois ou encore les Syriens qui sont actuellement en première ligne face à une convergence d’intérêts entre les mondialistes et les islamistes.

    source: Synthèse nationale

    http://fr.altermedia.info

  • Christine Lagarde, une libérale au FMI

    Un ancien ministre français de l'Économie succède à un autre ancien ministre français de l'Économie à la tête du FMI. De Strauss-Kahn en Lagarde, sauf sur le plan des mœurs, rien ne devrait vraiment changer.
    Sans surprise, c'est le ministre de l'Économie et des Finances français, l'UMP Christine Lagarde, qui a succédé le 28 juin à un autre ancien ministre de l'Économie et des Finances français, le socialiste Dominique Strauss-Kahn, à la direction générale du Fonds Monétaire International. Elle a été élue pour un mandat de cinq ans. Le FMI aux mains de Christine Lagarde pourrait sembler être une chance pour la France, un symbole de l'influence de notre pays dans le monde. Ce n'est malheureusement pas le cas. Christine Lagarde, comme son prédécesseur, est membre de l'hyper classe mondialisée qui défend avant tout les intérêts des grands de ce monde, pratiquant un libéralisme totalement dérégulé qui ne tolère aucune limite à la toute puissance du marché.
    Avocate internationale
    Loin de défendre les intérêts de puissance de la France, les locataires de ce poste envié et grassement rétribué se contentent de poursuivre leurs petites discussions entre amis, au gré des sommets internationaux, tout en soignant une image de sauveurs des économies nationales en danger. L'essentiel étant pour eux, non pas de réformer les pays menacés par la crise, mais d'éviter qu'ils ne contaminent les puissances plus importantes. Pour ce type de dirigeants internationaux, la politique se limite à la gestion économique, les dimensions sociales et morales des affaires publiques leur restant aussi étranger qu'un ours blanc à un papou. Avec l'arrivée de Christine Lagarde, la direction générale du FMI gagnera sans doute en probité, mais ne changera pas de ligne de conduite. De la même façon que son long passage à Bercy (quatre ans) n'a rien changé à la situation française, compromise par l'importance de la dette de l'État.
    Issue de la petite bourgeoisie havraise, championne de natation synchronisée, Christine Lagarde, si elle a échoué au concours d'entrée à l'Ena, s'est hissée en 1999, à force de ténacité et de brio professionnel, à la tête d'un des plus grands cabinets d'avocats américains, Baker and McKenzie, basé à Chicago. S'étant toujours piqué de politique, elle devient en 2005, ministre du Commerce extérieur de Jacques Chirac, sacrifiant temporairement une partie de ses revenus. Depuis, politiquement très compatible avec Sarkozy, Lagarde n'a pas quitté le gouvernement. Elle s'est faite élire en 2008 conseiller de Paris dans le XIIe arrondissement, où l'on ne peut pas dire qu'elle laissera un grand souvenir, pour cause d'absentéisme chronique...
    Un manque de recul sur les limites du système américain
    Femme intelligente et volontaire, elle souffre d'un clair manque de recul sur les limites du système américain et de l'idéologie libérale. Sa familiarité avec les grandes institutions internationales et sa maîtrise de la langue anglaise n'ont d'égal que sa difficulté à paraître crédible lors de discussions avec les « vrais gens ». On l'a ainsi vu faire des envolées lyriques sur la beauté des ciels d'Eugène Boudin, le peintre pré-impressioniste normand, lors de l'inauguration d'une mairie de la banlieue de Rouen, devant une assemblée qui semblait, plus prosaïquement mais fort logiquement, plus préoccupée par le bon fonctionnement des lignes de bus et du ramassage des poubelles... Elle avait donc rapidement renoncé à succéder à Antoine Rufenacht à la mairie du Havre.
    Tremplin politique
    A la tête du FMI, elle sera délivrée de ce genre de contingences. Pour elle, cette direction générale pourrait cependant être un tremplin pour un retour en politique aux avant-postes. N'oublions pas qu'elle était donnée premier ministrable l'été dernier. N'oublions pas non plus que, depuis Washington, DSK rêvait d'un destin national en France. Il se pourrait donc bien que l'on revoie un jour Christine Lagarde, une nouvelle fois lassée des charmes de l'Amérique, jouer un rôle de premier plan sur la scène politique française. À moins que le FMI ne puisse juguler les nouvelles crises qui s'annoncent.
    Avec l'arrivée de Christine Lagarde, le Fonds Monétaire International passe du social-libérarlsme deDSK à un libéralisme avancé. On doute que les habitants des pays actuellement au bord de la faillite à cause de la mauvaise gestion de leurs dirigeants saisissent toutes les subtilités de la distinction entre ces sensibilités politiques.
    Jacques Cognerais Monde&vie du 16 juillet 2011