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  • Comme l'Irak, la Syrie sera-t-elle « ramenée à l'âge de pierre » ? (arch 2010)

    Si le marasme frappant le pays et surtout le tsunami des "affaires" lui en laissent le loisir, c'est en septembre que Nicolas Sarkozy devrait rendre à Bachar AI-Assad la visite officielle que celui-ci nous fit en juillet 2008, à l'occasion du sommet sur l'Union Pour la Méditerranée. Comment notre président sera-t-il reçu ? Fort courtoisement sans doute, même si les Syriens, quelque peu estomaqués par son style, le surnomment volontiers « le danseur», mimique burlesque à l'appui, et s'ébaudissent des 1 52 000 photos et de vidéos disponibles sur Internet et montrant notre Première Dame nue comme un ver. Au demeurant, c'est pour éviter toute fausse note que Bernard Kouchner avait été le premier ministre français des Affaires étrangères à se rendre le 23 mai dernier à Damas où - pur hasard, je vous l'assure -, je séjournais moi-même.
    Si, à cette occasion, je n'ai pas croisé l'illustre French Doctor, et m'en console aisément, je regrette amèrement en revanche de n'avoir pas prolongé mon séjour jusqu'à début juin, en tout cas après l'arraisonnement meurtrier par les commandos marine israéliens du bateau amiral de la « flottille du salut » tentant de briser le blocus de Gaza. J'aurais bien aimé en effet suivre « en direct » les réactions des Jordaniens et surtout des Syriens.

    MOSAÏQUE ETHNIQUE ET RELIGIEUSE
    Peu avant la Révolution française, le jeune Français Constantin-François Chassebœuf parcourut pendant trois ans routes et pistes du Nil à l'Euphrate, de l'Egée à la mer Rouge, et publia à son retour, sous le nom de Volney, un passionnant « Voyage en Egypte et en Syrie » si documenté que, dans son introduction à l'édition de 1959 chez Mouton & Co, Jean Gaulmier écrit à juste titre qu' « il est encore presque impossible d'étudier, sous quelque aspect que ce soit, les régions visitées sans recourir à son témoignage », sur le climat, les ressources, les sites et surtout les innombrables minorités ethniques et religieuses chrétiens, druses , "Kourdes", Bédouins, Arméniens, Tcherkesses et autres Ottomans. À la différence de Volney, je n'ai passé que dix-sept jours en Syrie et en Jordanie et ce qu'on lira ne prétend nullement à l'exhaustivité ni même peut-être à la réalité vraie. Ce n'est qu'un kaléidoscope. D'images frappantes (des familles campagnardes pique-niquant au son d'un transistor criard sous les arcades de la célébrissime mosquée des Omeyyades, où les Occidentales doivent, comme dans les autres lieux de culte sunnites, revêtir un long manteau à capuchon) ou sublimes, celles du Krak des Chevaliers admirablement préservé, en passant par les « villes mortes » byzantines - mortes, déjà, de la désertification... Des sensations, des impressions retirées de ce que j'ai pu voir, de la Méditerranée aux frontières turque, irakienne et israéliennes au sud, et des conversations que j'ai pu avoir, facilitées par un puissant sésame : négligemment épinglé sur mon sac à dos, un badge à l'effigie de Saddam Hussein naguère offert par Farid Smahi. Un sésame qui m'a valu d'être interpellée dans les rues ou les mosquées, par des hommes et des femmes de toutes conditions, sur le thème immuable : « Saddam, very good man, Americans very bad ». Une entrée en matière comme une autre à des entretiens plus approfondis, et généralement très politiques.

    LES PALESTINIENS, DES FRÈRES MAL AIMÉS
    On ne s'en étonnera guère : dans leur immense majorité, Jordaniens et Syriens abhorrent l'Amérique - de Bush comme d'Obama -, et ils abominent l'Etat hébreu même si, sur les ondes de la radio de l'armée syrienne, le Grand Mufti Ahmed Bader Hassoun a rappelé le 19 janvier dernier que « l'islam exige de ses fidèles qu'ils protègent le judaïsme » et préconisé un rapprochement entre les adeptes des deux religions du Livre. Cette exécration induit-elle un total dévouement à la cause palestinienne ? Même si, au lendemain de la tuerie du 31 mai, le président Al-Assad a qualifié Israël, qui n'est « pas un partenaire pour la paix », d' « État pyromane », on peut en douter.
    La chose est compréhensible dans le cas des Jordaniens de souche, désormais minoritaires sur leur propre territoire et qui n'ont pas , oublié les terribles combats de 1970 entre Bédouins autochtones et réfugiés palestiniens, batailles rangées qui aboutirent à la répression connue sous le nom de « Septembre noir ». Ayant naturalisé en masse les Cisjordaniens après 1948 et surtout 1967 à la suite de la guerre dite des Six-Jours, et accueilli leurs notables dans les gouvernements d'Amman, les sujets du roi Hussein s'estimèrent alors trahis et, depuis, une solide rancœur subsiste à l'égard de ces hôtes forcés. 
    D'autant que, accusent-ils, les plus beaux magasins, les plus luxueux hôtels du pays appartiennent à des Palestiniens, « en cheville avec les banques américaines », qui « tiennent tout ». D'ailleurs, Yacer Arafat, chef de l'OLP, n'avait-il pas profité de sa position pour accumuler frauduleusement « une immense fortune » dont il avait confié la gestion au Judéo-Marocain Gabriel Banon, par ailleurs beau-père du (très atlantiste) député français Pierre Lellouche, aujourd'hui secrétaire d'Etat aux Affaires européennes auprès de... Kouchner ?

    « GAZA C'EST L'AFRIQUE »
    Bien que n'ayant pas un tel contentieux avec les Palestiniens, les Syriens semblent partager ces préventions à leur égard. Du reste, rappellent-ils volontiers, « Gaza, c'est géographiquement en Afrique. » Autrement dit, c'est aussi exotique que ce Maghreb qu'ils méprisent, en particulier l'Algérie. « Nous, nous avons depuis des siècles une véritable littérature et nous sommes restés ethniquement des Arabes (ce qui reste à démontrer : les teints et les yeux clairs ne sont pas rares, héritages de la Galicie celte, de la présence alexandrine et de l'Empire ottoman où Albanais et Circassiens très leucodermes étaient nombreux) mais eux sont négrifiés par l'esclavage subsaharien et ils parlent un dialecte incompréhensible, un sabir pollué par le berbère et le français », m'a ainsi assené un universitaire aleppin, ajoutant : « Écoutez leur musique, le raï, c'est totalement métissé et çà ne ressemble à rien tandis que nous, si nous célébrons l'année Chopin, nous utilisons toujours les mélodies et les instruments traditionnels ».
    En Jordanie, pour tenter d'apaiser les tensions entre "occupés" et "occupants" volontiers assimilés à des Levantins affairistes, le roi Abdullah II a épousé une Palestinienne, la blonde Rania. Mais celle-ci, en raison de ses études à l'université américaine du Caire et de son assiduité au Forum économique de Davos, n'est jamais parvenue à se débarrasser du sobriquet « l'Américaine » que lui a donné le petit peuple - qui avait surnommé « l'Anglaise » la princesse Mouna née Antoinette Avril Gardiner, deuxième épouse de Hussein et mère d'Abdullah. Preuve que de solides préventions anti-occidentales subsistent dans la patrie d'adoption du colonel Lawrence et de Glubb Pacha, créateur de la Légion Arabe... dont, au coucher du soleil, des vétérans en grand uniforme jouent de la cornemuse dans l'antique théâtre de Jerash, la toujours merveilleuse Gerasa perle de la Decapolis romaine du temps où Amman s'appelait Philadelphia -, dans l'espoir d'arrondir leur retraite.
    Plus prudents, les dirigeants de Damas ont doté leurs Palestiniens de passeports "syro-palestiniens" afin, jurent-ils vertueusement, que ces réfugiés conservent leur « droit au retour » au cas, fort aléatoire, où Tel-Aviv se résignerait à la création d'un véritable État palestinien. Sans doute la télévision fait-elle grand cas des souffrances des Gazaouis et s'indigne-telle de cette abomination qu'est le « mur de la sécurité » ravageant et mutilant la Cisjordanie mais, dans le peuple, on sent que le cœur n'y est pas.

    ALAOUITES, DONC CHIITES
    En revanche, en Syrie comme en Jordanie,la fraternité semble totale, et spontanée, à l'égard de l'Irak, et c'est singulier dans le cas de la Syrie car les relations étaient si fraîches entre les deux factions Baath (parti fondé à Damas par le chrétien orthodoxe Michel Aflak) au pouvoir à Bagdad et à Damas que feu Hafed AIassad, ancien général d'aviation et ministre de la Défense parvenu au pouvoir en 1970, soutint Téhéran pendant l'interminable et meurtrier conflit Iran-Irak.
    Si la quasi-totalité des Jordaniens sont sunnites, la Syrie musulmane, officiellement République laïque, est partagée entre sunnites, la majorité : 78 %, et trois sectes chiites très minoritaires, les druses, les ismaïliens et les alaouites 10 %, auxquels appartiennent une grande partie des cadres de l'armée et le clan des Al-assad encore que Bachar ait épousé une sunnite, Asma ( comme lui, toutefois, longiligne et d'apparence très aryenne avec ses cheveux blonds et son teint clair). Il est permis de penser que c'est cette appartenance, autant que la séculaire rivalité civilisationnelle entre Damas et Bagdad, qui incita Hafez à soutenir le pays des mollahs.
    Mais comme rien n'est simple dans l'Orient compliqué, les chiites syriens se veulent "éclairés", au contraire de leurs coreligionnaires iraniens et irakiens. Contrairement à eux, ils n'ont ni clergé ni mosquées, boivent de l'alcool, sont généralement monogames et laissent leur épouse ou leurs filles s'habiller à l'européenne alors que les sunnites, influencés par l'islam wahhabite, se veulent ultra rigoristes, D'où la construction accélérée de mosquées dans les hameaux les plus perdus et la présence obsédante de femmes toutes de noir vêtues. Mais, comme rien n'est simple dans l'Orient compliqué (bis), prière de ne pas confondre cette vêture avec le niqab : si les Syriennes ont le visage et la tête voilés de noir, leur robe également noire est parfois si ajustée qu'elle ne cache rien de la silhouette, et souvent pailletée, de même que le voile. Certaines sont même ornées, dans le dos, de motifs en strass, fleurs ou papillons ! Quant aux dessous, mini slips et wonderbras pigeonnants made in China, ils occupent des étals entiers dans les souks où ces dames se disputent sans complexes ces affûtiaux affriolants.
    Et rien de plus stupéfiant que de voir ces créatures voilées soulever leur voile pour allumer une cigarette ou, surtout en Jordanie d'ailleurs, sortir « en filles » pour fumer le narghilé et applaudir un chanteur à la mode.

    HAMA TRENTE ANS APRÈS
    La plus grande surprise de ce voyage, je l'ai d'ailleurs éprouvée à Hama, l'Epiphania hellénistique, temple du sunnisme et pour cela théâtre voici trente ans de violents affrontements. En 1980, en effet, un Frère musulman originaire d'Hama avait tenté d'assassiner le président Alassad, ce qui avait entraîné l'arrestation de plusieurs imams ; une agitation chronique s'ensuivit, qui déboucha en février 1982 sur une insurrection, conduite par une grosse centaine d'officiers sunnites. Assad réagit brutalement, ordonnant à l'armée d'assiéger la ville et de la bombarder à l'artillerie lourde. Le siège dura près d'un mois, et 10 000 civils selon le gouvernement - 25000 selon les insurgés - y perdirent la vie. Une hécatombe en tout cas très lourde pour cette cité d'un demi-million d'habitants et dont le tiers, y compris de nombreux joyaux architecturaux, fut alors détruit. Sans que, soit dit en passant, ce nettoyage par le vide soit beaucoup reproché à Hafez Al-assad alors qu'imputé à l'Irak (sauf par la CIA, qui en rendait l'Iran responsable), le gazage des cinq mille Kurdes de la ville frontalière d'Halabja fut toujours retenu à charge contre Saddam Hussein.
    Je m'attendais donc à voir une ville sombre, austère, endeuillée. Or, en ces jours de festival - c'était vers le 11 mai -, Hama était joyeuse, bruyante et amicale envers les étrangers d'ailleurs très rares participant à ces réjouissances bon enfant se déroulant le long de l'Oronte, combien plus beau, avec ses admirables norias de bois datant de la présence byzantine et fonctionnant toujours malgré leurs quinze siècles d'âge, qu'à Antioche, où les Turcs semblent prendre pour un dépotoir le fleuve cher à Barrès.

    LE GRAND TURC EN EMBUSCADE
    C'est pourquoi, j'en reviens à Gaza, je me demande comment, au-delà des félicitations officielles, les Syriens ont pris l'opération de secours organisée par les Turcs et en reconnaissance de laquelle quantité de bébés gazaouis ont été prénommés Erdogan. En effet, si le mandat français (1918-1945) fut largement bénéfique sur le plan culturel et marqué par un début d'industrialisation, les Syriens ne pardonnent pas à Paris d'avoir laissé la Turquie s'emparer en 1939 du sandjak d'Alexandrette (lskanderun) et du district d'Antioche, et ils ne pardonnent pas davantage à la Turquie actuelle de contribuer à la désertification du pays - déjà si asséché par la perte du Golan et l'occupation depuis 1967 par les Israéliens qui récupèrent toutes les eaux du plateau par ses gigantesques barrages sur l'Euphrate. Excipant de la présence de camps d'entraînement de guérilleros kurdes - alors que les Syriens partagent avec les Turcs une solide méfiance à l'égard des Kurdes « qui ne sont jamais contents et cherchent toujours des histoires » -, Ankara avait ainsi à plusieurs reprises interrompu le cours de l'Euphrate.
    Certes, les feuilletons télévisés turcs tel Le cri de pierres, violemment anti-israélien, ont été très suivis en Syrie où est en préparation une grande série historique sur la fin de l'empire ottoman, géant débonnaire « victime des puissances européennes », et les investissements turcs sont très appréciés, comme ceux de la chaîne hôtelière Dedeman, qui a construit un superbe établissement à Palmyre. Mais Damas commence à s'inquiéter de l'activisme diplomatique et économique déployé par Ankara dans les territoires arabes naguère possessions de la Sublime Porte. Au demeurant, la conversion relativement rapide de la République kémaliste du laïcisme à l'islam presque radical laisse sceptiques beaucoup de Syriens qui, fiers de leur histoire multimillénaire quand les futurs Seldjoukides n'étaient encore que des coureurs de steppe illettrés, y voient un simple opportunisme : bridé dans ses ambitions européennes, le Grand Turc chercherait des exutoires à sa volonté de puissance. En Asie centrale, à la faveur de l'éclatement de l'empire soviétique, et au Moyen-Orient en profitant de l'enlisement et des échecs du monde arabe.

    L'HUMILIATION IRAKIENNE
    De ces échecs, le plus cruellement ressenti car le plus humiliant est, à l'évidence, le si rapide effondrement de l'Irak et l'odieuse occupation qui s'en est suivie. Les Syriens - qui se targuent d'avoir inventé l'écriture, à Ougarit, dont les ruines n'évoquent aujourd'hui que de très loin la gloire et la prospérité passées - parlent du pillage des musées de Babylone et de Bagdad comme s'ils en avaient été eux-mêmes victimes et, surtout, ils ont ressenti physiquement le gigantesque et lamentable exode consécutif à la guerre. « Nous qui sommes pauvres et devons exercer plusieurs emplois pour obtenir un salaire décent, nous avons dû accueillir trois millions et demi de nos réfugiés, mais c'étaient nos frères », répètent-ils tandis que les Jordaniens, eux, assurent avoir reçu un million et demi de réfugiés. Des chiffres évidemment très exagérés, l'ONU ayant évalué à deux millions le nombre des Irakiens contraints à l'exil. Proportion déjà énorme : près du dixième de la population !
    Ce qui est sûr en tout cas est que les deux pays comptent de très importantes communautés irakiennes et que le flux ne s'est pas tari, de plus en plus de chrétiens, victimes de persécutions, quittant l'Irak si heureusement rendu à la démocratie.

    COUPOLES ET COUVENTS : JUSQUE À QUAND ?
    En Jordanie, la présence chrétienne est marginale mais elle reste significative (13 % de la population selon les sources les plus optimistes) en Syrie où elle pourrait jouer un rôle important si, des nestoriens aux protestants, des jacobites orthodoxes aux melkites ou aux maronites catholiques, les chrétiens n'étaient divisés en multiples confessions qui ont, au fil des siècles, affaibli leur influence et favorisé l'essor de l'islam dans ces contrées qui furent pourtant les premières à accueillir la Bonne Nouvelle.
    Il est peu de lieux aussi chargés d'émotion, esthétique comprise, que Saint-Siméon, hommage à ce moine stylite réputé avoir passé quarante-deux ans sur sa colonne. Jusqu'à l'achèvement de Sainte-Sophie, l'édifice fut la plus grande cathédrale chrétienne du monde. Par la beauté du site, l'harmonie des constructions aujourd'hui à moitié ruinées et la pureté de leurs lignes annonçant dès le Ve siècle le style roman, Saint-Siméon est une merveille qui parle autant au cœur qu'à l'esprit. Lorsque j'y allai, un prêtre italien célébrait la messe pour des pèlerins dont les touristes syriens respectaient la ferveur, intimant aux gosses braillards l'ordre de se taire.
    Les écoles chrétiennes restent très courues, y compris par les musulmans de la Nomenklatura locale. Non loin de Damas, sur les contreforts des monts de l'Anti-Liban, le village de Maalula - dont le couvent Sainte-Thérèse est également un lieu de pèlerinage - est presque entièrement peuplé de catholiques de rite orthodoxe grec pratiquant encore l'araméen, la langue du Christ dans laquelle sont célébrés les offices. Alors que les Arméniens de Jérusalem se disent brimés par les autorités israéliennes et, pour certains, préparent leur départ, à Alep les coupoles dorées de leurs églises rivalisent de hauteur avec les minarets et en mai, mois de Marie, nombre de jeunes filles revêtent une longue robe bleue ceinturée de corde et coiffent un voile blanc, en révérence à la Vierge, sans que les musulmans semblent s'en formaliser. Dans mon hôtel de Damas, où un couple de catholiques latins fêtait ses noces d'argent, les voiles noirs des invitées mahométanes côtoyaient les spectaculaires robes du soir des chrétiennes.
    Mais, outre que cette coexistence pacifique pourrait facilement basculer dans l'hystérie antichrétienne, comme cela s'est si souvent produit en terre d'islam, il n'est évidemment pas question de fraternisation poussée ni de mariages mixtes. Au demeurant, les mariages toujours arrangés par les familles, en Syrie comme en Jordanie, et généralement célébrés assez tard, le promis devant disposer d'une bonne situation et d'une maison avant de présenter sa demande - restent rares entre obédiences musulmanes même si l'alaouite Bachar a ouvert la voie en choisissant une sunnite. Ainsi les Druses pratiquent-ils la plus rigoureuse endogamie. « C'est mieux comme ça, m'expliquait l'un d'eux. On se connaît, on a la même histoire, les mêmes traditions, les mêmes coutumes. Chez nous, par exemple, il ne nous viendrait jamais à l'idée d'épouser une Noire ou une Chinoise même si elle nous plaisait. Il faut d'abord penser à la famille et aux enfants ! » Qui oserait dire le contraire ?
    Ainsi, près d'Amman, survit depuis deux siècles une communauté de Nubiens importés d'Égypte par les Turcs pour travailler la canne à sucre. Regroupés dans le même village, ces "Nègres" se marient entre eux. Chacun chez soi et le troupeau sera bien gardé !

    DE PETRA À PALMYRE, LA ROUTE DES MERVEILLES
    Tout comme beaucoup d'Occidentaux se rendent en Jordanie à seule fin de faire de la plongée dans le golfe d'Aqaba et de découvrir Petra la nabatéenne, site en effet exceptionnel et, autour du fameux Khazneh - le "Trésor", si souvent vu en photos ou dans les films, qui ne lui rendent pas justice -, plus accessible qu'on ne le dit, jusqu'au Château croisé, au monastère du IIIe siècle et à l'Autel des sacrifices -, Palmyre la cananéenne est une étape obligée et parfois unique. « Si vous ne deviez voir qu'une seule chose en Syrie, ce serait Palmyre. Même si vous avez déjà vu assez de ruines pour le restant de vos jours, faites un effort car celles-ci sont inoubliables », ordonne ainsi le guide Lonely Planet.
    Oasis dans l'immense désert caillouteux allant jusqu'à la ville-frontière de Deir ezZur, centre pétrolier où l'on empruntera bien sûr le « pont des Français » enjambant l'Euphrate et qui, à la fraîche, se transforme en paseo, Tadmor, rebaptisée , Palmyre par les Grecs et promue « ville libre » par les Romains en l'an 150 de notre ère, coupe bien sûr le souffle. Par l'incroyable étendue (50 hectares), la richesse et l'élégance de ses ruines, l'enchevêtrement des cultes et des traditions, les temples dédiés aux dieux Nebo et Bel (Baal) voisinant avec les autels des divinités romaines, les pharaoniques tombeaux de l'aristocratie marchande avec les thermes (édifiés sous Dioclétien), l'agora et le théâtre proprement palatiaI.
    Palmyre, où Septimia Bathzabbai Zineb, dite reine Zénobie, leva en 270 l'étendard de la révolte contre l'Empire  (qui vainquit ses armées et la ramena à Rome pour le triomphe d'Aurélien), est à l'architecture coloniale romaine ce que Hanoï fut à l'architecture coloniale française : un miracle, les architectes ayant avant tout veillé à respecter l'esprit des lieux où l'histoire souffle si fort. Mais elle n'est pas la seule : Apamée, Rassafa - non loin du lac Assad et ceinte de remparts à l'ombre desquels s'élevait la basilique Saint-Serge avant la conquête par le calife omeyyade Hicham -, Bosra avec son austère et grandiose théâtre de basalte (et son musée des mosaïques, où l'on peut admirer de superbes swastikas) sont aussi des endroits magiques, qu'il ne faut manquer sous aucun prétexte. Tant que la Syrie est un pays sûr, où les mendigots sont rares et les autorités inflexibles avec les voyous.

    DES MENACES SE PRÉCISENT
    Car qui peut présager de son avenir ? Appuyé sur une croissance longtemps impressionnante (+ 147 % en vingt ans, de 1983 à 2003, si bien que chacun ou presque mange à sa faim et que l'état sanitaire est convenable), le régime semble solide. Mais après les convulsions du Liban, l'ordalie infligée à l'Irak a montré la fragilité des régimes proche et moyen-orientaux et des menaces se dessinent. James Cartwright, adjoint du chef des armées des États-Unis, déclarait ainsi le 13 mai dernier : « Durant les dix prochaines années, nos forces auront à mener des combats semblables à ceux qui furent menés en Irak et en Afghanistan ». Hasard ? Le mois précédent, Damas avait été accusée par Washington d'avoir livré des missiles SCUD au Hezbollah, accusation reprise par Tel-Aviv, qui avertissait la Syrie de son intention de « la ramener à l'âge de pierre », bien que l'allégation ait été formellement démentie par Saad Hariri, Premier ministre du Liban (où Al-Assad s'est rendu à la mi-juillet). Ainsi d'ailleurs que par le Hezbollah qui précisait n'avoir nul besoin d'antiques SCUD, disposant depuis 2006 d'armes autrement sophistiquées.
    N'importe, l'administration Obama profita aussitôt de l'occasion pour proroger d'un an les sanctions prises contre Damas en 2004, et la menace subsiste, au point que certains se demandent si, malgré l'enlisement des États-Unis en Irak et en Afghanistan, certains faucons néo-conservateurs ne gardent pas cette histoire de SCUD en réserve pour l'utiliser le moment venu, comme fut exploité contre Bagdad le mythe des « armes de destruction massive ».
    Quitte à transformer en République islamique, soumise à la Charia, l'actuelle République laïque syrienne où les chrétiens bénéficient d'une relative sécurité ? Mais on sait que, sans hésitations ni états d'âme, ce risque fut pris ailleurs par ceux-là même qui proclament jusque sur leur monnaie « ln God we trust».
    Camille Galic RIVROL du 30 juillet au 2 septembre 2010
    < camille.ggalic@orange.ft >.

  • États-Unis : La falaise fiscale vue de Chine

    Tout récemment, bien que les discussions budgétaires américain n’aient donné aucun résultat, et que la « falaise fiscale » constitué une menace qui se profile pour les États-Unis et l’économie mondiale, le Congrès américain a voté de lourdes dépenses dans le cadre de la loi de programmation militaire pour 2013.

    Cette loi témoigne encore d’ingérences diverses et abondantes dans les affaires des autres pays, comme la demande faite par le président américain pour vendre des chasseurs F16-C/D à Taïwan, la préconisation d’appliquer le traité de sécurité américano-japonais à la question des îles Diaoyu, qui constituent une grave ingérence dans les affaires intérieures et la souveraineté de la Chine.

    Une telle scène témoigne d’un grave conflit entre un Gouvernement faible et les ambitions impérialistes et la puissance limitée de ce pays.

    Car la puissance américaine est bien limitée. Le déficit et la dette nationale astronomiques des États-Unis sont des choses que plus personne n’ignore depuis bien longtemps. Pour cette raison, les responsables politiques américains devraient plutôt essayer de s’attaquer dès que possible au problème du plafond de la dette afin d’éviter que la « falaise fiscale » n’interrompe la reprise économique américaine durement gagnée, et cependant loin d’être assurée, et de limiter les dépenses fiscales à un niveau raisonnable.

    Cependant, et cela dès les années 1990, avoir vu Newt Gingrich, directeur de l’administration fédérale américaine fermer la porte face à la tempête et, l’année dernière, au règlement des différends au sujet du plafond de la dette, a montré au monde entier que l’irresponsabilité des politiciens américains et du système politique américain perdure, et qu’il est bien difficile de leur faire confiance.

    Aux États-Unis, les intérêts nationaux prennent le pas sur les intérêts de la communauté internationale et les obligations internationales, les luttes partisanes et les petits intérêts politiques passent avant l’intérêt national. N’est-ce pas la vérité ?

    Relever le plafond de la dette afin de s’assurer de l’échéance des bons du Trésor des États-Unis, s’assurer que les organismes gouvernementaux aient l’argent nécessaire pour « commencer à travailler », s’assurer que les salaires de millions d’hommes et d’officiers soit versée en totalité, s’assurer du financement de la Sécurité Sociale… tout cela est lié à une série d’intérêts fondamentaux des États-Unis : la sécurité nationale, le statut du Dollar américain, les marchés financiers et la dette nationale, le crédit, les moyens de subsistance de millions de bénéficiaires de la Sécurité Sociale, les perspectives de reprise économique…

    Mais, pour des raisons de lutte politique partisane et d’intérêts personnels, les politiciens de Washington qui n’ont à la bouche que les mots « peuple américain » et « intérêts des États-Unis », n’hésitent pas à prendre en otage tous les intérêts fondamentaux des États-Unis. Cette façon de prendre en otage les intérêts d’un pays tout entier est toujours la même sinistre comédie, que l’on nous sert encore et encore.

    Le plus grave pour les intérêts à long terme des États-Unis, est que le risque financier est en grande partie dû à leurs énormes dépenses militaires destinées à soutenir leurs ambitions impérialistes, mais Oncle Sam ne semble pas montrer la moindre volonté ni faire le moindre geste pour modérer cette ambition. N’est-ce pas aussi la vérité ? Les coupes budgétaires pèchent essentiellement dans le domaine des dépenses militaires, dépenses qui sont fortement défendues par le Parti républicain dans le cadre d’un « budget équilibré ».

    Les dégâts moraux causés par l’unique superpuissance du monde, couplés à la pratique d’abus de pouvoir militaire au fil des années a conduit à la constitution de puissants groupes d’intérêts aux États-Unis comme à l’étranger, qui essaient de pousser les États-Unis à continuer à suivre d’une manière abusive cette voie de la puissance militaire.

    Quand on voit comment les tenants d’une ligne dure soutiennent l’intervention aveugle des États-Unis dans les affaires extérieures, quand on voit, dans de nombreux pays du monde, de soi-disant « démocrates » dans l’opposition qui espèrent s’emparer du pouvoir grâce à une intervention américaine, quand on voit combien de forces séparatistes ou de petits gouvernements despotiques trouvent une main secourable, ouvertement ou secrètement, dans une intervention militaire américaine, et quand on voit à quel point, aux États-Unis, le lobby des armes est puissant, il n’est pas difficile de comprendre combien la pression de ces groupes d’intérêt est forte.

    De la guerre en Libye ou en Syrie jusqu’à la loi de programmation militaire pour 2013 et à l’ingérence dans les affaires de la Chine, on voit que même les plus sages des dirigeants américain, qui souhaitent réduire cette expansion excessive, maintenir la puissance nationale, sont impuissants à agir face aux groupes d’intérêt.

    S’appuyer sur l’hégémonie du Dollar sur le système monétaire international, qui s’appuie elle-même sur une hégémonie politique et militaire, permet aux États-Unis de faire payer leurs difficultés au monde entier, mais une si « belle époque » peut-elle durer encore combien de temps ?

    La « falaise fiscale », bien sûr, est la plus grande menace qui pèse sur l’économie mondiale. Il peut en résulter de graves problèmes pour certaines économies, mais elle ne peut absolument pas ébranler la situation économique globale en Chine. Pendant combien de temps Oncle Sam souhaite-t-il vivre ainsi à découvert ?

    Les États-Unis seraient donc bien avisés de moins se mêler des affaires des autres et de s’inquiéter un peu plus de la « falaise » qui les menace.

    Le Quotidien du Peuple

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  • Xavier Moreau : “Nouvelles de Russie”

    Tour de l’actualité russe au 15 décembre 2012. Xavier Moreau revient sur les élections américaines et ukrainienne (avec les conséquences de la victoire du “Parti des Régions”), les relations germano-russes et franco-russes (nomination de Jean-Pierre Chevènement), Rosneft, le discours à la Nation de Vladimir Poutine le 14 décembre, la démographie russe, la position russe sur la Syrie…


    Nouvelles de Russie au 15 décembre 2012 par realpolitiktv

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  • Climats : ces idéologues qui font la pluie et le beau temps

    A l'occasion du sommet sur l'effet de serre de Kyoto, les médias brodent sur un scénario catastrophe : les émissions de gaz dues à l'activité humaine provoqueraient d'ici à quelques dizaines d'années un réchauffement de l'atmosphère tel qu'il provoquerait la fonte des pôles, le relèvement du niveau des mers, donc la disparition de certaines terres aujourd'hui émergées, et en fin de compte un dérèglement général du climat. Pour éviter cette apocalypse, on préconise de réduire l'émission de certains gaz, donc de modifier la croissance et la production : un gigantesque enjeu économique et politique, tant pour le tiers monde que pour les pays développés. Mais comment peut-on être sûr du climat dans cent ans, alors que les météorologues ne prédisent pas le temps à trois jours ? En d'autres termes, ce scénario catastrophe est-il une certitude scientifique ou une hypothèse politique orientée ?

    Avant de paniquer, il serait bon de savoir à partir de quoi un tel scénario est formulé. En bref, qu'est-ce que la climatologie ? Si l'on s'en tient à la définition du Larousse, il s'agit de l'étude scientifique des climats, qui sont l'ensemble des phénomènes météorologiques, (température, pression, vent, précipitations), qui caractérisent l'état moyen de l'atmosphère et son évolution en un lieu donné. Pour être plus précis, la climatologie se fonde sur des modèles, qui sont des descriptions mathématiques de phénomènes physiques, des descriptions mathématiques de la réalité qu'est le climat. Ces descriptions sont mises sous forme d'équations que des spécialistes, les climatologues, doivent intégrer et résoudre, au moyen de puissants ordinateurs. Le scénario catastrophe des climatologues est donc fondé sur des simulations informatiques réalisés à partir des modèles de circulation générale de l'atmosphère.
    L'étude d'un modèle de climat nécessite d'identifier et de mettre en équation chaque flux d'énergie, de matière, de mouvement et toutes les transformations chimiques et biologiques qui peuvent agir sur le déroulement du processus climatique. Puis sont établis et comparés entre eux, un modèle de circulation générale de l'atmosphère, un modèle de circulation générale des flux océaniques, et des modèles d'évolution des biotopes (aire géographique) en réponse au changement des conditions climatiques. Les différences des modèles sont dues à la manière dont sont pris en compte les phénomènes mal connus ou complexes à introduire dans le schéma de calcul. Les plus grands écarts portent sur la modélisation des océans, la formation et la dynamique des nuages. Les interactions avec les biotopes terrestres et marins et les modèles de la circulation océanique sont sujets à incertitude.
    L'ésotérisme de ces équations incompréhensibles pour le commun des mortels ne peut cependant pas masquer une évidence : comment peut-on prédire le climat sur des années, voire sur plusieurs décennies, alors que les météorologues ne peuvent pas « prévoir le temps » plus d'une dizaine de jours à l'avance ? (les prévisions météorologiques ou numériques du temps sont des prévisions à court terme, de quelques heures à sept jours, le plus souvent trois jours ; ces prévisions sont relativement stables.) Un modèle climatique est une tendance établie sur une prise en compte du «temps» beaucoup plus longue ; c'est un travail élaboré à partir d'archives climatologiques qui peuvent remonter à plus de cent ans. La climatologie se fonde donc sur des données de la météorologie. Par ailleurs, et sans rentrer dans des descriptions compliquées, il est bon de préciser la manière dont les climatologues «récoltent» leurs données : l'atmosphère est fractionnée en «cellules» de 200 à 500 kilomètres de «long», et de un kilomètre de «hauteur». Pour couvrir la Terre, elles se chiffrent donc à plusieurs centaines de milliers. La critique formulée à l'encontre de Cette méthode est que les cellules ne sont pas suffisamment conséquentes en altitude pour apporter des valeurs intéressantes.
    Philippe Roqueplo, sociologue au CNRS, auteur de Climats sous surveillance, limites et conditions de l'expertise scientifique, émet un doute sur la réalité du changement climatique. Il a analysé la façon dont l'expertise a transformé des recherches scientifiques incertaines en arguments politiques et pose l'hypothèse d'un consensus qui n'aurait pas forcément comme finalité la cause à priori défendue... Il rappelle l'importance de ne pas confondre expertise et science : pour un chercheur, accepter de se placer dans un processus de décision politique l'oblige à donner une réponse, alors que dans une majorité de cas, la science ne peut répondre. Le fait de devoir produire une expertise entraîne un effacement des incertitudes dans la chaîne de transmission des informations, de l'amont de la recherche, à l'aval de la décision ; à chaque étape de la recherche, l'aval cautionne l'incertitude de l'amont, et fonde sa recherche sur des résultats incertains, posés comme fiables. Pour Philippe Roqueplo, « la problématique climatique apporte un surcroît de légitimité scientifique à beaucoup de politiques qu'on cherche à faire et qu'on ne parvient pas à imposer ». En ce qui concerne l'effet de serre, c'« est un opérateur politique efficace. Sur ce point précis l'environnement fonctionne comme horizon justificateur d'une politique qui ne dit pas son nom. »

    Des différences d'interprétation de 25 à 400%
    Cette toute nouvelle «science» est contestable, et d'ailleurs contestée, notamment par des climatologues eux-mêmes : M.E Schlesinger et J.F.S. Mitchell, ont démontré dans une thèse l'impossibilité actuelle de créditer la précision des simulations ; ils ont aussi dénoncé l'utilisation de données mathématiques à mauvais escient, ou plutôt à bon escient pour qui cherche à démontrer Scientifiquement une théorie a priori définie. L'Américain S. Weare a montré des différences d'interprétation de 25 à 400 %, selon l'intégration ou non de données dans un modèle, et son compatriote S.L Grotch a même dénoncé l'inaptitude de certains à reproduire le cycle climatique annuel actuel.
    Le professeur M. Leroux, climatologue au laboratoire de géographie physique de l'Université de Lyon, expose la dynamique des climats à partir des «AMP». « Des lentilles d'air froid et donc dense de 1 000 à 3 000 km de diamètre et de l'ordre de 1 500 m d'épaisseur, baptisées Anticyclones mobiles polaires (AMP), produites à raison de 3 à 5 par semaine au voisinage des pôles ». Ces AMP se déplacent (grâce à la rotation de la Terre) des pôles vers l'équateur, déviés par les reliefs, en diminuant peu à peu. Une circulation d'air plus chaud tourne autour d'eux dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, au nord de l'équateur. Ce sont ces transports de masse et d'énergie qui sont à l'origine de l'ensemble des phénomènes météorologiques. A la différence des théories fondées à partir d'ordinateurs sophistiqués, l'étude pratique des AMP permet d'expliquer l'augmentation générale des pressions atmosphériques depuis 50 ans dans leurs zones de passage et de regroupement. L'étude de ces AMP permet aussi de comprendre le recul des pluies vers le sud dans toute l'Afrique subsaharienne, le réchauffement important de l'Alaska, les chutes de neige sur la Virginie et le déplacement des cultures au Canada ; l'augmentation des chutes de neige en Norvège responsables des inondations. On comprend alors l'augmentation de la fréquence de phénomènes exceptionnels, comme les tornades en régions tempérées et les inondations, les chutes de neige dans l'est du bassin méditerranéen, la sécheresse sur le Maghreb.
    Ainsi, il vaut mieux observer les phénomènes que chercher à les synthétiser. Les fluctuations instables de la nature ne permettent pas, semble-t-il, de modélisation. Alors que le refroidissement arctique et l'intensification de la circulation atmosphérique sont observables depuis une quarantaine d'années, tous «les modèles» prévoient un réchauffement arctique et une réduction des échanges, et cela en réponse à une augmentation des gaz à effet de serre. Les variations de la nature, « responsables pour la circulation atmosphérique, du butoir ultime d'environ quinze jours pour les prévisions météorologiques, impliquent pour la circulation océanique dont les temps caractéristiques se chiffrent en saisons, années, décennies, voire siècles, l'impossibilité d'établir la moindre prévision climatique à long terme » dit le Pr Leroux.

    Un système idéologique bien rodé
    La climatologie semble être de nos jours un des thèmes favoris des médias ; elle est devenue au fil des années, de manière croissante, une valeur sûre pour qui veut attirer l'attention. Bien sûr, tout le monde se soucie de l'environnement, et c'est justement par ce biais qu'un «lobby climatique» s'est mis en place. Le principe de mobilisation est relativement simple : entretenir une forte demande de sécurité, afin d'en faire accepter le prix. La cause apparente doit être juste : l'environnement et la nature le sont. Difficile à réaliser, l'objectif doit être clairement compris et intégré dans l'inconscient collectif et possible à atteindre, mais au prix de réels efforts collectifs. Et surtout, il faut entretenir l'espoir et la croyance dans le progrès, et donner des réponses graduées. Pour reprendre les termes d'Yves Lenoir, « fédérateur en amont (tous les phénomènes naturels interfèrent avec le climat) et omniprésent en aval (la plupart des activités productives ont des Conséquences climatiques), le problème climatique est lourd d'un pouvoir global, ''totalisant'', sur l'avenir de nos sociétés ».
    La science climatique mondialiste assied ainsi son pouvoir, comme seule détentrice de la vérité universelle, comme seule capable de bien «gérer la planète». Ce n'est pas un hasard si les plus grandes institutions climatiques sont internationales, car bien sûr, les catastrophes écologiques ne connaissent pas de frontières ; le nuage de Tchernobyl n'a-t-il pas atteint les côtes normandes ? Selon les chercheurs officiels, la planète est en grave danger, et le scénario catastrophe qu'ils ont établi a de quoi faire frémir : le deuxième rapport du GIEC, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution des climats, est très alarmiste quant à l'adaptation actuelle des systèmes à l'évolution des climats et de la température qui devrait augmenter de 1,5°C à 5°C, suivant les théories. Ce rapport prévoit une modification de la composition et de la répartition géographique de nombreux écosystèmes - c'est-à-dire de l'ensemble des êtres vivants et des éléments non vivants -, à cause des réactions de diverses espèces à l'évolution de la température. Terres inondées, famines et épidémies sont inscrites au scénario. La lutte contre l'effet de serre a imposé une stratégie de réduction des émissions de C02 dont la première étape a été la convention cadre sur le climat, adoptée à Rio en juin 1992 par 178 Etats. Elle a imposé aux 35 pays industrialisés signataires de ramener, d'ici l'an 2000, leurs émissions de C02 et autres gaz à effet de serre à leur niveau de 1990. Mais lors du second sommet de la terre qui s'est déroulé à New York en juin 1997, force a été de constater l'échec du projet. En effet, si l'Europe consent à produire un réel effort, les Etats Unis arguent que ces mesures sont contraires à leurs intérêts économiques. La conférence de Kyoto qui se déroule actuellement tentera une fois encore de fixer un système de réduction des émissions de gaz au niveau mondial, avec toujours, comme toile de fond, le réchauffement du climat.

    Le lobby des climatologues
    La liste des différentes institutions est longue, qui existent en général sous le patronage de l'ONU. Le Conseil international des unions scientifiques (CSIU/ICSU) est à l'origine du Programme international géosphère-biosphère et travaille en liaison étroite avec l'OMM (Organisation météorologique mondiale), le PNUE (Programme des Nations Unies pour l'environnement) et l'UNESCO. Sous l'égide du CIUS, le Conseil international en sciences sociales (ISSC), le Programme mondial de recherche sur le climat (PMRC/WCRP). Sous l'égide de l'UNESCO, le Programme MAS (Man and biosphère), le Programme international d'éducation relative à l'environnement (PIEE), le Programme hydrologique international (PHI/lHP), la Commission océanographique intergouvernementale (COI) ; le Programme de corrélation géologique international (PCGI/IGCP) pour la compréhension des facteurs contrôlant l'environnement global. Sous l'égide de la FAO (OAA : Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), le Programme-cadre de coopération internationale pour une agriculture et un développement rural durables (PCCl/ADRD), la Stratégie mondiale et les Programmes d'action associés pour l'aménagement et le développement des pêches ; le Programme d'action pour les forêts tropicales (PAFT), créé en commun avec la Banque mondiale et le PNUD (Programme des Nation unies pour le développement) traite de la conservation des ressources naturelles dans plus de 85 pays. Sous l'autorité de l'Alliance mondiale pour la nature (UICN/IUCN), l'Union internationale pour la conservation de la nature élabore et met en œuvre des stratégies nationales et internationales pour la protection de la nature et des espèces. Selon les termes de la Commission française du développement durable : « pour permettre aux décideurs et au grand public de mieux comprendre ce que les chercheurs ont appris, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et l'OMM ont créé en 1988 le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC/IPCC) ». Cet organisme est chargé d'évaluer l'état des connaissances du système climatique et ses changements, ses incidences environnementales, économiques et sociales, et les stratégies à envisager. En fait, les deux rapports du GIEC sur les changements climatiques sont particulièrement abscons. La liste est loin d'être exhaustive, elle comprend aussi des programmes européens, des organisations non gouvernementales (ONG), qui collaborent entre eux, ainsi que moult commissions, conventions, sessions extraordinaires. L'ensemble des ONG françaises est regroupé dans le Réseau Action Climat (RAC). Le Conseil de la Terre, coordonne, lui, les ONG internationales et les commissions nationales. Les subventions et aides diverses vont «en général» aux organismes respectueux du dogme.
    Aux «valeurs sûres» de la climatologie qui véhiculent unanimement le discours de la terreur, s'opposent d'autres chercheurs, certes moins soutenus. mais dont les thèses présentent plusieurs avantages; en premier lieu, celui d'être relativement accessibles au commun des mortels ; en second lieu, celui de s'opposer au terrorisme de la pensée unique. Ces chercheurs ne contestent pas le réchauffement de la planète, mais affirment qu'elle ne subira qu'une augmentation de 0,5°C, qui ne peut être source d'inquiétude. Ils réfutent l'amalgame effet de serre-réchauffement-catastrophe.
    Françoise Villar National Hebdo du 4 au 10 décembre 1997

  • Combattre l'OTAN, c'est combattre pour l'Europe !

    À propos du livre de Henri de Grossouvre : Paris-Berlin-Moscou
    Fils de François de Grossouvre — qui, pendant les présidences de François Mitterrand, avait été, en fait, sous la couverture de Grand Veneur de la République, le responsable présidentiel pour la conduite opérationnelle de l'ensemble des services de renseignements politiques et militaires français, et qui (ainsi que l'on s'en souvient) trouva une mort mystérieuse et tragique à l'intérieur même du palais de la Présidence de la République — le jeune Henri de Grossouvre vient de publier à Paris, aux éditions L'Âge d'Homme, avec une importante préface du général Pierre-Marie Gallois, un essai d'analyse et prospective géopolitiques de la plus brûlante actualité, intitulé Paris-Berlin-Moscou.
    « Le centre du monde est en marche vers l'est », écrit le général PM Gallois dans sa préface. H. de Grossouvre, qui vit et travaille à Vienne, est un spécialiste des problèmes économico-politiques de l'Allemagne, de l'Autriche et de l'ensemble de l'espace géopolitique de l'Europe de l'Est, de l'ancienne Mitteleuropa. H. de Grossouvre est aussi un partisan activiste et un doctrinaire de pointe de l'intégration de la "nouvelle Russie" de Vladimir Poutine au sein de la plus Grande Europe continentale, ouverte à présent vers les projets eurasiatiques avancés par les groupes géopolitiques proches de l'entourage immédiat du président russe.
    À ce titre, le livre de H. de Grossouvre, Paris-Berlin-Moscou, constitue un document politique extrêmement révélateur, livrant les positions d'avant-garde d'une certaine tendance actuelle de la pensée géopolitique française en action et cela d'autant plus que H. de Grossouvre sera sans doute prochainement appelé à des responsabilités politiques de niveau européen, dans le cadre d'une "Communauté géopolitique France-Allemagne-Eurasie", actuellement en voie de constitution. La thèse fondamentale du livre de H. de Grossouvre fait la promotion de la plus que nécessaire, désormais, intégration fédérale de l'ensemble continental grand-européen autour de l'axe Paris-Berlin-Moscou, derrière lequel se profile, implicitement et dans un plus lointain avenir, l'axe transcontinental de la "Forteresse Eurasiatique" Paris-Berlin-Moscou-New Delhi-Tokyo. Ce qui en appelle, en premier lieu, l'intégration "à part entière", à la fois totale et immédiate, de la "Nouvelle Russie" de V. Poutine au sein de la communauté d'être et de destin de la plus Grande Europe.
    Les précédences de la doctrine géopolitique de l'axe Paris-Berlin-Moscou
    Mais H. de Grossouvre ne se contente pas seulement de poser le problème de l'intégration continentale grande-européenne tel qu'il se présente à l'heure actuelle, il cherche dans la récente histoire européenne de cette vision géopolitique fondamentale, qui refait aujourd'hui surface dans les combats les plus avancés de notre propre actualité politico-historique en cours, les précédences qui l'annonçaient et qui en avaient déjà tenté de la projeter dans l'histoire en marche, de l'amènera se trouver effectivement réalisé. Ainsi que le Général de Gaulle l'avait fait plus qu'a moitié. Qui en avait même déjà accompli l'essentiel en instituant le Pole Carolingien franco-allemand, base de toute tentative d'intégration continentale européenne à venir.
    Ainsi H. de Grossouvre commence-t-il par rappeler la tentative malheureusement ratée de Gabriel Hanotaux, ministre des Affaires Etrangères de la France de 1896 à 1898, qui avait essayé de mettre sur pieds une entente continentale France-Allemagne-Russie dans le double but de défaire en force les tenailles de la politique d'emprise de la Grande-Bretagne sur l'Europe, et de promouvoir une vaste entreprise continentale européenne commune de développement politique, économique et industriel. G. Hanotaux disposait, comme interlocuteurs pour son projet continental commun, en Allemagne du prince Bülow et en Russie, du comte Sergueï de Witte, promoteur du Transsibérien. Parmi les grands projets d'infrastructure continentale de Gabriel Hanotaux figuraient, avec l'appui de von Bülow et de Witte la mise en œuvre accélérée des chemins de fer trans-continentaux Paris-Vladivostok et Berlin-Bagdad. Plus un certain nombre d'autres projets restés secrets à ce jour.
    Déjà la « Wilhelmstrasse tenait alors pour acquis qu'il s'agissait de démontrer pratiquement que l'Angleterre ne doit plus compter sur l'antagonisme franco-allemand pour s'emparer de tout ce qui est à sa convenance ». Mais les "services politiques extérieurs" de Londres, ainsi que les "puissances des ténèbres", alors à l'œuvre, en profondeur, à Paris, avaient fini par faire capoter au bout de 2 ans la politique visionnaire de G. Hanotaux et de ses interlocuteurs allemand et russe pour la libération de l'Europe ; échec qui, à terme, devait mener à 2 guerres mondiales, 1914-1919 et 1939-1945. Et qui persiste à obscurcir encore l'horizon intérieur de l'actuelle histoire européenne.
    Soixante ans plus tard, relève H. de Grossouvre, le général de Gaulle reprendra à son compte le même projet d'une "communauté d'être et de destin" France-Allemagne-Russie, dont il réussira, lui, à enclencher la mise en route politique immédiate, en obtenant l'installation du "Pôle Carolingien" franco-allemand au cœur de la politique européenne. Une nouvelle grande politique continentale européenne était ainsi née, processus d'intégration désormais inéluctable, qui va devoir aboutir, après l'intégration de la Russie en son sein, à une fédération européenne grand-continentale et, à la fin, à cette communauté impériale européenne d'au-delà de l'histoire de ce monde révolu, que nous autres, ceux des "groupes politiques", appelons "l'Empire Eurasiatique de la Fin". Déjà en 1949, lors d'une conférence de presse, le Général de Gaulle déclarait prophétiquement :
    « Moi je dis qu'il faut faire l'Europe avec pour base un accord entre Français et Allemands. Une fois l'Europe faite sur ces bases, alors on pourra se tourner vers la Russie. Alors on pourra essayer, une bonne fois pour toutes, de faire l'Europe tout entière avec la Russie aussi, dut-elle changer de régime. Voilà le programme des vrais Européens. Voilà le mien ».
    De même que dans les années 60, dans les Charentes, le Général de Gaulle confessait que l'actuel rapprochement en profondeur de la France et de l'Allemagne dont il venait d'établir lui-même les bases, constituait, en fait, vraiment une nouvelle "Révolution Mondiale". Paroles extraordinairement chargées, décisives, révélatrices. Paroles fondationnelles, et qui resteront. Dont bien plus tard on comprendra le sens ultime. Elle est née la "Nouvelle Révolution Mondiale", et elle se développe. Car, en créant le "Pole Carolingien" franco-allemand, le Général de Gaulle avait définitivement posé les fondations impériales de la plus Grande Europe continentale, devant laquelle il ouvrait ainsi, à nouveau, les chemins de ce que Nietzsche appelait la "grande histoire", tout en assurant à celle-ci une place entière dans la confrontation politique planétaire finale actuellement en cours.
    Georges Soulès et le "Mouvement Social Révolutionnaire"
    H. de Grossouvre, cependant, omet de citer, parmi les antécédents des actuels projets d'intégration continentale européenne, l'initiative prise, en 1943, à Paris, par le secrétaire général du "Mouvement Social Révolutionnaire" (MSR), Georges Soulès — devenu, plus tard, le grand romancier Raymond Abellio — en vue de la création révolutionnaire clandestine d'un axe Paris-Berlin-Moscou. Quelle extraordinaire entreprise subversive que celle ayant amené G. Soulès, le secrétaire général du MSR, à prendre l'initiative, en pleine guerre, d'une action contre-stratégique transversale aux camps s'affrontant alors dans un combat continental paroxystique, aux allures apocalyptiques finales.
    Action contre-stratégique de dimensions européennes continentales, où la France était représentée par le MSR, dont le patron dans l'ombre et le bailleur de fonde occulte, selon ce qui m'avait été confié par R. Abellio lui-même, n'était autre que Pierre Laval, qui nourrissait depuis longtemps l'ambition soigneusement cachée d'un grand destin européen ; et cela depuis les années où il projetait de s'emparer de la Présidence de la République, en relation avec les grands desseins révolutionnaires européens qu'il partageait avec le roi Edouard VIII.
    Alors que le répondant allemand de l'initiative parisienne du MSR au sujet de l'axe Paris-Berlin-Moscou était un groupe clandestin de la "SS Européenne" ayant trouvé asile auprès de l'État Major central de Heinrich Himmler, le SS Hauptamt, et dont le principal responsable était Richard Hildebrandt, avec, à ses côtés, le chef du bureau des plans du SS Hauptamt, Dolezhalek (qui a survécu à la guerre). Un représentant personnel de Richard Hildebrandt en poste a Paris, un jeune colonel SS, assurait, sous couverture, une liaison permanente avec la fraction révolutionnaire clandestine "européenne" du SS Hauptamt de Berlin, avec "l'œil du cyclone".
    Alexandra Kolontaï, responsable de la diplomatie secrète de Staline
    Quant à la Russie, le répondant à l'initiative du MSR concernant l'axe Paris-Berlin-Moscou se trouvait être l'ambassadeur permanent de Ï. V. Staline à Stockholm, la mystérieuse Alexandra Kollontaï, responsable de l'ensemble de la diplomatie secrète de celui-ci, qui doublait tous les services de renseignements politico-militaires et autres de l'URSS. Le délégué personnel d'Alexandra Kollntaï à Paris, auprès du MSR, était un suisse disposant d'un statut diplomatique actif, le Dr Albrecht G., qui avait déjà travaillé pour le Komintern. Décédé à la fin des années 50, celui-ci avait laissé des mémoires politiques passionnantes, que Dominique de Roux avait essayé de publier à Paris, aux Presses de la Cité.
    L'axe Paris-Berlin-Moscou de R. Abellio impliquait aussi, en dernière analyse, un "renversement des alliances" devant finalement opposer les puissances continentales — la France, l'Allemagne, la Russie — à l'emprise des puissances océaniques anglo-américaines et à leurs desseins hégémoniques planétaires. Un "renversement des alliances" ayant trouvé aussi une attention fort attentive auprès du Général de Gaulle lui-même au moment de l'offensive allemande dans les Ardennes, quand le général Eisenhower envisageait réellement de considérer la France comme "territoire d'"occupation" des forces alliées anglo-américaines. Moment crucial s'il en fut. De ces projets d'un axe continental grand-européen Paris-Berlin-Moscou mis en piste à Paris, pendant la dernière guerre, par le MSR, il nous faut retenir, me semble-t-il, qu'en matière de haute subversion politique active, opérationnelle, tout absolument tout est réellement possible à ceux qui, en assumant des risques inconcevables, osent envisager  — et tenter — l'inconcevable. Leçon que nous autres devrions retenir d'une manière inconditionnelle, tout jouer là-dessus.
    Enfin, parmi les antécédents des actuels efforts en cours pour la mise en œuvre politique de l'axe grand-européen Paris-Berlin-Moscou que H. de Grossouvre a omis de citer dans son livre, il faut également rappeler le concept géopolitique fondamental de Kontinentalblock, qui constitue l'aboutissement final de l'ensemble de la grande doctrine géopolitique de Karl Haushofer. Qui reste encore aujourd'hui le concept originel, fondationnel, de toute vision continentale grand-européenne d'ouverture impériale, "eurasiatique". Car les destinées actuelles et à venir de l'Europe, de la plus Grande Europe, en tiennent tous au concept de Kontinentalblock qui les définit exhaustivement, les résume et les mobilise en les suractivant dans la direction la plus décisive de leur accomplissement prévu. De leur marche à venir, et déjà qui véhicule l'assurance qu'ils l'emporteront sur tout, et totalement.
    L'ennemi prioritaire, la subversion mondialiste des États-Unis
    Le livre de H. de Grossouvre, Paris-Berlin-Moscou, se montre également utile à nos propres combats de libération continentale européenne d'aujourd'hui par l'attention offensive avec laquelle il nous avertit des périls extrêmes qui sont ceux de l'actuelle politique hégémonique planétaire des États-Unis. Et cela tout en signalant, avec pertinence, l'ensemble des prédispositions absolument décisives qui ont du rapprochement  — et de l'intégration impériale finale à venir —  de l'Europe et de la Russie notre seule voie de salut et de délivrance dans les prochaines années de notre destin à nouveau remis en jeu. Années décisives, donc, qui vont être précisément celles de la confrontation sans doute ultime de la conspiration mondialiste finale des États-Unis et des puissances continentales constitutives de la "Forteresse Eurasiatique" suivant les lignes de force de l'axe Paris-Berlin- Moscou-New Delhi-Tokyo.
    « Depuis la fin de la guerre froide la suprématie américaine est presque totale. Cette suprématie ne durera que 5 à 10 ans. Le temps que la Russie se relève et que la Chine s'affirme sur la scène internationale. En 1946, les États-unis représentaient 46% du PIB mondiale, aujourd’hui ils en représentent 25%, leur part relative continuera à baisser. Les États-Unis comme l'empire victorien déclinant à la veille de la première guerre mondiale, vont donc tout faire dans les années à venir pour essayer de verrouiller leur suprématie actuelle. Depuis la chute du mur de Berlin, les guerres menées à l'initiative des États-Unis se sont multipliées (Irak, Bosnie, Kosovo, Somalie, Afghanistan). Au cours de ces guerres, les États-Unis ont progressivement transformé l'OTAN en instrument politique, alors même que la raison d'être de cette organisation était liée à l'existence du bloc communiste aujourd'hui disparu. Ces guerres ont été menées et conclues le plus souvent contre les intérêts français et européens ».
    Derrière l'apparent rapprochement tactique entre les États-Unis et la Russie depuis le 11 septembre — écrit, aussi, H. de Grossouvre — les États-Unis et l'OTAN poursuivent depuis la fin de la guerre froide la traditionnelle politique d'endiguement anglo-saxonne de la Russie. Pour assurer leur sécurité, les Européens doivent associer les Russes à la sécurité européenne. Et cela d'autant plus impérativement que le "grand dessein" hégémonique planétaire des États-Unis est actuellement entré dans sa "troisième phase", qui est celle de l'emprise sans partage de Washington sur l'ensemble de l'espace politique assujetti — ou en train d'être assujetti — à la subversion mondialiste. Les commandements politico-stratégiques de l'entreprise  planétaire de prise d'influence occulte, de contrôle souterrain et d'emprise poursuivis actuellement par les États-Unis constituent désormais la seule loi présidant aux actions offensives d'appropriation exigés par la "troisième phase", impérialiste et totalitaire, de leur guerre mondialiste aux objectifs ultimes inavouables et non encore avoués des objectifs ultimes ontologiquement dissimulés par Washington, "interdits", hors de portée , qui n'apparaîtront que très ultérieurement à la lumière du jour.
    Ce que H. de Grossouvre appelle la « domination mondiale américaine sans partage » atteint à présent des limites tout à fait intolérables. Ainsi H. de Grossouvre cite-t-il le cas du ministre de l'Intérieur socialiste allemand Otto Schilly, qui vient de demander la création d'urgence d'un "fichier central européen" destiné à rassembler tous ceux qui ont pris des positions "antimondialistes", en vue sans doute des futures opérations de répression, que l'on planifie déjà, secrètement; des opérations de répression antimondialiste menées à l'échelle continentale européenne.
    Ainsi, les choses en étant venues là, H. de Grossouvre envisage-t-il l'intégration impériale de la Grande Europe et de la Russie comme la seule contre-stratégie politique totale pouvant faire face à l'actuelle offensive générale des forces de l'hégémonie planétaire des États-Unis et de la subversion mondialiste, de laquelle Washington dissimule — ainsi qu'on vient de le dire — les objectifs ultimes, inavouables. qui sont ceux d'une véritable "religion mondialiste", et que l'on tente d'imposer au monde entier. "Religion mondialiste" qui. en tout dernière analyse n'est autre que celle de la domination finale des puissances occultes, matérialistes et anti-spirituelles, régressives, antérieures, archaïques, abyssales, dont les États-Unis sont eux-mêmes, inconsciemment, la proie. Tant est-il qu'il n'y jamais eu de guerre qui ne fût, secrètement, une "guerre de religion". La "religion mondialiste", dans ses instances ultimes, dissimulées, c'est la religion nocturne du retour à ce qu'il y avait avant l'être, chaotiquement; le retour à la "religion du non-être" dont avait parlé Lovecraft.
    Les noces de Vladimir Poutine avec la "Nouvelle Russie"
    Ce qu'il faut aussi relever, c'est que H. de Grossouvre sait parfaitement reconnaître le rôle personnel, prédestiné, de Vladimir Poutine dans la confrontation de plus en plus suractivée des puissances antagonistes actuellement à l'œuvre au niveau politique de la grande histoire, mais, qui, en réalité, agissent déjà à un niveau se situant au-delà de la politique, et au-delà du niveau même de l'histoire visible. C'est ailleurs que, désormais, se passent les choses vraiment décisives.
    Le survol inspiré des tendances profondes, implicites, chiffrées, de la ligne politico-historique actuelle et à venir de la "Nouvelle Russie" de V. Poutine. Que H. de Grossouvre poursuit inlassablement dans son livre Paris-Berlin-Moscou, révèle l'horizon suprahistorique, "eschatologique", à l'intérieur duquel il s'agit de situer le devenir de la "nouvelle histoire" de la Russie si l'on entend pouvoir en saisir le sens ultime, le mystère de ce qui la pousse en avant, d'une manière inéluctable, vers l'accomplissement de son destin non encore complètement décelé. Mais qui montrera ses configurations intérieures sur sa marche même, à mesure qu'il s'accomplira.
    Or la relation profonde qui apparaît, désormais, entre la Russie et le destin profond — la prédestination active — de V. Poutine se laisse surprendre, déjà, comme singulièrement révélatrice du rôle — de la mission secrète — qui est celle de V. Poutine dans les développements en cours de la situation de la Russie dans le monde et dans l'histoire en marche. Développements qui seront ce que V. Poutine saura en faire, et rien d'autre ; et quand on a compris cela, on a, en fait, tout compris. Et tôt ou tard, il faudra s'y faire.
    À ce titre, H. de Grossouvre produit une grille pratiquement exhaustive de faits dont l'ensemble est déjà en état de prouver le rôle tout à fait particulier de V. Poutine dans la marche en avant  — et désormais, en quelque sorte, prévue d'avance — de la Russie vers l'accomplissement ultime qui se trouve secrètement inscrit dans son être abyssal. Les noces mystiques de Vladimir Poutine avec la Russie, c'est précisément ce qui constitue la source vivante et agissante, à l'heure actuelle, de la "grande histoire" en cours. Or, cela, H. de Grossouvre n'a pas manqué de le laisser transparaître, courageusement, dans son travail.
    Et c'est peut-être la raison majeure de l'importance particulière que l'on se doit finalement d'accorder à ce livre, dont la part de sous-entendu égale parfois celle des affirmations, des données, des investigations objectivement et raisonnablement appelées à étayer sa démarche propre, qui dans tous les cas n'est pas sans périls. Cette attitude de l'esprit n'est-elle pas, d'ailleurs, spécifique des grandes incursions historiques vers le domaine des limites ultimes ?
    Dans son Paris-Berlin-Moscou, H. de Grossouvre ne livre-t-il donc pas, d'une certaine façon, une direction de recherche plutôt que la recherche elle-même, dont la substance se trouve ainsi sans cesse dépassée par ce qui la tend dialectiquement en avant ? On n'en voudrait pour preuve que la manière dont H. de Grossouvre est amené à traiter le problème des relations établies par V. Poutine avec l'Inde, toute la place que l'Inde a prise dans l'ensemble des plans métastratégiques de la Russie en relation directe avec sa politique de présence à la fois dissimulée et suractivée dans l'espace grand-continental eurasiatique, où vont avoir à se passer les confrontations planétaires décisives. Si la Russie parvient à tenir l'Inde et le Japon, ainsi que cela semblerait bien être le cas, elle contrôlera la Grande Asie, et la Chine s'en trouvera bloquée, neutralisée. À moins que la Chine ne se résigne à se tourner vers l'Indonésie, répondre aux espaces d'appel du Pacifique. Or, tout alors, en sera changé. De quoi vont être faits les premiers siècles du IIIe millénaire, c'est l'Inde qui le décidera.
    L'axe Paris-Berlin-Moscou et les peuples d'Europe
    Cependant, un assez lamentable et dangereux piège surgit celui qu'on se laissât happer par le malentendu qui ferait que l'on prenne l'approche de l'axe Paris-Berlin-Moscou pour une formule limitative, alors qu'il ne s'agit que d'une structure géopolitique opérationnelle. La plus Grande Europe, "communauté d'être, de sang et de destin" ne saurait en aucun cas être exclusivement celle de la France, de l'Allemane et de la Russie, tout peuple européen étant partie prenante à part entière de l'ensemble à l'égal de tous les autres. Certes, la France, l'Allemagne et la Russie peuvent être considérées à la rigueur comme des points forts et de rayonnement, comme des "pivots", qui se nourrissent dialectiquement tout en nourrissant ce dont leurs identités se trouvent appelées à représenter géopolitiquenent, dans les termes d'un même destin :
    « Les trois grands peuples continentaux que sont les Français, les Allemands et les Russes occupent une place particulière en Europe. Chacun de ces trois pays exerce un rôle géographique sur une partie de l'Europe la France sur l'Ouest et le Sud de l'Europe, l'Allemagne sur l'Europe centrale et orientale, la Russie sur l'extrême Est de l'Europe, le Caucase, l'Asie centrale et le reste de l'Asie. Le rayonnement de la France s'est toujours déployé vers l'Europe du Sud, la Méditerranée ainsi que sur sa frontière orientale. L'Allemagne joue un rôle particulier en Europe centrale et orientale, et la Russie a étendu son empire en Asie et vers les mers du Sud. Ce rôle de pivot peut se traduire sur le plan spirituel par la notion de destin ».
    Et ensuite :
    « Charles de Gaulle avait conscience de n'être que l'instrument d'un plus grand dessein qui le dépassait ».
    Pour sauver l'être et la liberté du "grand Continent", il faut reconstituer révolutionnairement la "grande nation continentale" de nos origines les plus lointaines, faire que la fin du cycle rejoigne ses débuts ontologiques. "Encore une fois nous briserons l'histoire". Changer de conscience, changer de destin. changer de  métastratégie ultime, changer de stratégie opérationnelle immédiate
    De toutes ces considérations dramatiques, une seule évidence salutaire se dégage : s'ils veulent survivre à l'offensive d'assujettissement politique, d'aliénation totale de leur être propre, entreprise contre eux par la conspiration mondialiste des États-Unis — et par ce qui se dissimule derrière ceux-ci — les peuples européens du Grand Continent doivent changer de conscience, changer de destin, changer de métastratégie ultime, changer  de stratégie opérationnelle immédiate Se mettre en état de faire face. De faire face dans les termes d'une guerre politique totale, d'une guerre qui devra décider, pour le millénaire à venir, du sens de l'histoire du monde.
    Il leur faudra donc recouvrer la conscience entière de leur unité ontologique des origines premières, de leur prédestination impériale ultime, "eschatologique", de leur identité transcendantale, "suprahumaine". En même temps qu'une nouvelle conscience planétaire, parce que les nouveaux enjeux du nouveau pouvoir total l'exigent. Car on ne peut en aucun cas faire face séparément à une offensive de dimensions planétaires. À une offensive de dimensions planétaires, seule peut répondre la contre-offensive planétaire d'une nouvelle contre-stratégie planétaire. Il n'y a plus, désormais, qu'une seule urgence absolue pour nous autres, celle-là.
    H. de Grossouvre, en conclusion : « Dans les prochaines années, l'histoire risque de s'accélérer, les dangers augmenter, les guerres se multiplier ». Même si la situation est critique, c'est dans ces périodes que peuvent se présenter des opportunités inattendues. « Mais là ou il y a danger, là aussi / Croît ce qui sauve » (Hölderlin). À présent, le salut, la liberté et la délivrance de la "Forteresse Eurasiatique" mobilisée autour de l'axe transcontinental Paris-Berlin-Moscou-New Delhi-Tokyo réside dans la mise en route politico-historique, dans les termes d'une nouvelle "Révolution Mondiale", de ce que nous autres, ceux des "groupes géopolitiques", appelons "l'Empire Eurasiatique de la Fin", figure visionnaire ultime d'un avenir qu'il nous appartient de créer nous-mêmes révolutionnairement.
    Or qui sommes-nous, "nous autres", ceux des "groupes géopolitiques" ? Alors qu'on nous a condamnés à l'aliénation forcée, à l'aliénation totale de notre civilisation, à la déchéance sans retour et à la mort, nous sommes ceux qui refusent d'accepter cette condamnation, qui veulent renverser à nouveau le rapport des forces décisives, briser, encore une fois, l'histoire que l'on veut nous faire. L'histoire qui n'est absolument pas notre histoire. Nous sommes les combattants de la fin, les combattants qui se lèvent en armes, tragiquement, contre l'Anti-Histoire.
    Nous allons donc commencer par constituer, d'urgence, en marge des gouvernements nationaux de tendance libérale démocratique au pouvoir partout en Europe, une "Communauté géopolitique France-Allemagne-Russie". Agissant a la manière d'un gouvernement idéologico-politique, d'un "gouvernement contre-stratégique" engageant de par lui-même l'ouverture du chantier de l'intégration impériale Révolutionnaire grand-européenne continentale autour de l'axe Paris-Berlin-Moscou-New Delhi-Tokyo. En commençant par l'intégration de l'Union Européenne et de la Russie, doctrinalement pour commencer, et passant ensuite au niveau immédiatement politique. « Tout rentre à nouveau dans la zone de l'attention suprême », dit un puissant mantra.
    On me reprochera, je suppose, d'avoir largement dépassé, dans le présent article sur le livre de H. de Grossouvre, Paris-Berlin-Moscou, le niveau du compte rendu habituel, pour rejoindre le domaine supérieur de l'actuelle guerre métastratégique planétaire. Mais qu'ai-je fait d'autre, ainsi, que de situer le livre de H. de Grossouvre dans l'espace du combat qui est fondamentalement le sien ? À l'heure de la mobilisation générale de tous les efforts des nôtres menant à la naissance d'une nouvelle conscience impériale révolutionnaire européenne grand-continentale, seule fait loi l'exigence que l'on veille en permanence sur la convergence opérationnelle de tous les éléments pouvant contribuer à l'établissement d'urgence d'un front idéologique commun contre l'offensive de la conspiration mondialiste en cours de développement. Ce livre de Henri de Grossouvre, je l'ai porté en première ligne, à découvert.
     ► Jean Parvulesco. VOULOIR

  • Delors suggère aux Anglais de quitter l'Union européenne

    Ça va péter ! Les européistes se sentent-ils aux abois ? En tout cas, l'ex-président de la Commission européenne, le socialiste Jacques Delors, vient de suggérer aux Anglais, hostiles à plus d'intégration européenne, de quitter l'UE et d'opter pour une autre forme de partenariat avec le Vieux continent. 
    "Les Britanniques s'intéressent seulement à leurs intérêts économiques, à rien de plus. On pourrait leur proposer une autre forme de partenariat", estime Jacques Delors, dans un entretien au quotidien économique allemand Handelsblatt.
    Le Premier ministre britannique David Cameron, qui subit les pressions des "eurosceptiques" de son parti conservateur, avait déclaré le mois dernier qu'il soutenait l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE, mais qu'il voulait "un nouvel accord" qui comporte une procédure de non-participation sur des problèmes-clé.
    Dans un entretien publié jeudi dans le Guardian, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a averti que ces tentatives de récupérer des pouvoirs aux dépends de l'Europe pourraient mettre l'UE en danger.
    "Si les Britanniques ne suivent pas la tendance allant vers plus d'intégration dans l'Union européenne, nous pourrions malgré tout rester amis, mais sous une autre forme", estime pour sa part, dans le Handelsblatt, Jacques Delors, qui plaide par ailleurs avec insistance pour davantage d'intégration politique au sein de l'UE.
    Comme possibilités de partenariats avec le Royaume-Uni, M. Delors cite "une forme comme celle de l'espace économique européen" ou "un accord de libre-échange".
    En cas de sortie de l'UE, le Royaume-Uni resterait néanmoins "un partenaire privilégié", insiste M. Delors. "Le Royaume-Uni est stratégique et économiquement important, mais comme le sont aussi d'autres pays", comme l'Inde et la Chine, selon lui.
    De son côté, Herman Van Rompuy a estimé qu'un départ du Royaume-Uni de l'UE serait comme si "un ami partait dans le désert".
    Le Royaume-Uni appartient à l'UE depuis 1973 mais n'a pas rejoint la zone euro.

    Avec AFP http://www.francepresseinfos.com/

  • Chronique d'un banquier : La relique barbare est de retour !

    C'est par la voix officielle de M. Zœllick, directeur de la Banque mondiale, que le rôle de l'or revient comme acteur de la scène économique. Dans une tribune libre publiée par le Financial Times, il a proposé d'« envisager d'employer l'or comme point de référence international des anticipations des marchés au point de vue de l'inflation, de la déflation et des taux de changes futurs ». Réponse obligée du directeur de la BCE, M. Trichet : « il n'y a pas de discussion sur l'étalon-or. De mémoire, une telle idée avait été évoquée il y a longtemps par James Baker lorsqu'il était secrétaire du Trésor [dans les années 1980] ». Débat surréaliste sur un sujet qu'on croyait enterré ? Mais pourquoi maintenant ?
    Petit retour sur l'histoire de cette « relique barbare » - selon John Keynes. Pendant longtemps et jusqu'en 1944, le système mondial d'échange a été dominé par l'or. Chaque monnaie nationale était convertible et ainsi comparable et échangeable. A cette date, les Etats-Unis possédaient 75 % des réserves d'or, thésaurisées grâce à leur rôle pendant les conflits européens (en tant que fournisseurs d'armes) et par le fait que le théâtre des conflits se trouvait en dehors de leur pays.
    Cette concentration aux mains d'un seul pays risquait de freiner la croissance mondiale par la rareté des liquidités mondiales et hypothéquer ainsi la reconstruction des économies occidentales. En 1944, au cours de la réunion dite de Bretton Wood, Roosevelt décida - avec la caution douteuse du plus grand économiste de cette époque, Keynes (déjà malade) - de passer à un nouveau système de changes international facilitant les échanges mondiaux. L'idée était que le dollar devienne   ait d'inonder le monde entier de liquidités en dollar avec une redistribution effective des réserves d'or. Autre effet non négligeable, cet afflux massif de devises a permis de financer une des plus belles périodes de croissance : les trente glorieuses.
    Résultat, en 1971, les Etats-Unis ne possédaient plus qu'une très faible quantité d'or. Nouvelle réunion de chefs d'Etats qui décidèrent, au lieu de revenir à l'ancien système, d'abandonner purement et simplement toute référence = l'or au nom du progrès. Un nouveau système flexible et relatif du change entre les différentes devises fut décidé, consacrant ainsi l'étalon dollar, dorénavant seule référence des échanges mondiaux. Il donna ainsi à l'Etat américain la possibilité de financer son économie grâce aux fonds du monde entier, ce que l'on appelle un droit de seigneuriage. L'or, après une belle résistance dans les années 1970, finalement abandonné, n'a cessé de perdre de la valeur pendant trois décennies.
    Tout allait bien dans le meilleur des mondes mondialisé (croissance généralisée, innovations à-tout-va, victoire des démocraties...) lorsqu'intervint la crise de 2008 qui fit vaciller la première économie mondiale. Ce choc toujours pas digéré a ces deux dernières années obligé les Etats à augmenter fortement les déficits publics, et par voie de conséquence leur endettement, pour relancer une hypothétique croissance. Résultat, la monnaie que vous détenez, représentative de la santé économique de l'Etat dans lequel vous vivez, s'avère être garantie par des déficits et un énorme tas de dette ! Alors le réel ressurgit et la question cette fois se pose vraiment, peut-on continuer ainsi avec un étalon dollar ? Pourquoi ne pas réactualiser l'étalon-or ?
    Pour ma part, je ne crois pas un instant à un retour à court terme à ce système. Il n'y a pas assez de quantité d'or pour faire face aux échanges mondiaux, et les pays détenteurs de ce métal ne sont pas ceux qui sont en meilleure santé. Et la Chine en possède peu et l'Allemagne quasiment pas. Cependant à moyen terme, il semble probable que le système de l'étalon dollar soit abandonné pour quelque chose de différent dont les contours sont difficiles à prévoir. La création d'un panier de devises références contenant une portion d'or est la seule idée qui trouve pour l'instant écho dans quelques livres très théoriques. En attendant cet hypothétique système, faut-il acheter ce métal ? Ses détracteurs considèrent ajuste titre qu'il n'a aucune application industrielle, que sa détention coûte cher, que le stock dépend de l'extraction et que surtout il ne rapporte aucun revenu.
    Mais d'autres arguments plus géopolitiques -prévalent : la Chine, la-Russie et les pays émergents s'attachent à en acheter pour diversifier leurs réserves libellées en USD -monnaie qui, comme nous l'avons vu, ne représente que des pays surendettés. Par ailleurs, l'or reste une couverture contre l'inflation (perte de valeur de tous les actifs), seul système qui pourra nous faire sortir de la crise. Il protège aussi contre le risque d'implosion de tout le système mondial économique, risque que l'on ne peut toujours pas exclure à la vue de ce qui se passe en Irlande, au Portugal et en Espagne.
    Alors, vous l'aurez compris, il est toujours bon d'acheter des actifs tangibles dont la liste est réduite : l'or, la terre, ou la pierre. Parmi les trois, on choisira plutôt le métal qui reste toujours le plus transportable, le plus facile à dissimuler et surtout non sujet à des lois d'expropriation.
    Célestin Auzies  Présent du 1er décembre 2010

  • Nouvel ordre mondial : le premier acte de soumission de François Hollande n’a pas tardé

    Le site d’Europe 1 révèle aujourd’hui que « le retrait anticipé des troupes françaises d’Afghanistan était négocié depuis des mois avec Washington » via « l’envoyé spécial de François Hollande », « l’actuel ministre de la Défense : Jean-Yves Le Drian ». « Bien avant l’élection présidentielle, les équipes de campagne de François Hollande ont pris des contacts le plus discrètement possible avec les Américains. » L’intervention militaire de l’Otan n’a bien sûr permis en rien d’éradiquer les forces talibanes mais Le Parisien le rappelait opportunément, dans les faits nos soldats déployés dans la région Est et placés sous commandement américain ne seront pas tous de retour à la fin de l’année, ne serait-ce que pour des raisons logistiques.

     « Evacuer nos 3 400 soldats ne devrait nécessiter qu’une douzaine de rotations d’Airbus Paris-Kaboul. Mais c’est le matériel qui pose un problème (…) : 900 véhicules (dont 500 blindés), 1 400 conteneurs, 3 Mirage 2000 et 14 hélicoptères. Techniquement, ce retrait prendra du temps et coûtera cher. D’autant plus que la France ne dispose pas d’avions-cargos et devra sans doute louer des Antonov à 35 000 € l’heure de vol. La France pourrait aussi se heurter à l’engorgement des aéroports de Kaboul et de Bagram par lesquels transitent les 23 000 soldats américains devant quitter le pays d’ici à la fin de septembre.»

     Sur le blog Secret défense, Jean-Dominique Merchet indiquait qu’ «il y aura toujours des militaires français en Afghanistan en 2013… et sans doute après. Tout l’enjeu est de trouver la bonne formule, celle qui satisfera tout le monde : les Afghans, les militaires français, les Américains, la gauche française, etc. C’est avant tout une question de vocabulaire : à la Maison Blanche, François Hollande a évoqué le retrait des troupes combattantes. Celles qui resteront seront-elles des troupes non-combattantes? »

    Europe 1 signalait encore que « des garanties sur trois sujets » ont été données par les socialistes à Barack Obama, des « engagements (qui) ont été reformulés au mois d’avril à Bruxelles, devant les responsables de l’Otan. C’est ce qui a permis que le sommet de Chicago soit considéré comme un succès diplomatique. »

    Les «garanties» en questions sont « d’abord que François Hollande élu ne sortirait pas la France du commandement intégré de l’Otan. Ensuite, que le départ d’Afghanistan ne serait pas une retraite et que les troupes françaises resteraient dans la coalition jusqu’en 2014. Enfin, que la France ne s’opposerait pas par principe au projet de bouclier antimissile, le grand projet des États-Unis»

     Et il est d’ailleurs intéressant de noter que la sortie du guêpier afghan  occulte opportunément ce ralliement français au développement du système ABM, au projet yankee de bouclier antimissile en Europe. Une mesure soi-disant essentielle pour protéger les populations des menaces balistiques des « Etats voyous » selon la terminologie américaine, et notamment de  l’Iran.

    Sur le blog Réalpolitik.tv, Emmanuel Archer, expert français installé à Moscou, indiquait qu’  «en février 2012, ( Vladimir) Poutine alors encore premier ministre déclarait que  le bouclier antimissile américain qui est en train d’être déployé en Europe, vise la Russie ».

    La Russie a en effet « proposé à plusieurs reprises une alternative plus efficace consistant au déploiement de missiles intercepteurs à proximité immédiate des frontières de l’Iran, en Turquie, au Koweït, ou même encore en Irak. Propositions restées lettres mortes. Ensuite parce que la Russie ne partage pas les craintes des États-Unis concernant la politique extérieure iranienne. Enfin, parce que nombre de spécialistes s’accordent à dire que l’Iran ne possède ni la technologie ni le potentiel industriel permettant de concevoir et de fabriquer des missiles intercontinentaux capables de parcourir les quelques 10000 Km qui les séparent des États-Unis. »

    «La confiance que la Russie accorde aux États-Unis et à l’Otan est aujourd’hui sapée par de lourds antécédents », elle « reste méfiante sur la politique étrangère du BAO, à qui elle reproche une attitude générale belliciste et d’ingérence. »

    Moscou « n’a pas digéré les libertés que l’Otan a pu prendre en Libye pour renverser le gouvernement en place » et « le refus de l’administration américaine de fournir des garanties juridiques attestant que le système déployé ne sera pas dirigé contre les forces de dissuasions russes, inquiète le Kremlin. »

    Bref, « la Russie considère que l’implantation du bouclier antimissile en Europe est une tentative de prendre un avantage stratégique structurel décisif sur la Russie au profit de la puissance américaine »

    Enfin, M. Archer note que l’implantation du bouclier antimissile en Europe est perçue « comme un danger mortel » par l’Iran, la Russie et la Chine. L’Iran, parce qu’il craint que ce bouclier défensif ne puisse se transformer en un bouclier offensif pour une future attaque contre son territoire. La Russie par sa crainte de voir son potentiel stratégique neutralisé et donc son influence sur la scène internationale diminuer. Et enfin la Chine, qui craint avec l’affaiblissement de ses principaux alliés, de se retrouver dans une situation d’isolement à la fois économique et stratégique. »

    Ainsi, l’implantation du système ABM, pourrait devenir (…) le symbole d’une ligne de démarcation, voire même de fracture entre deux conceptions du monde qui s’affrontent aujourd’hui sur la scène internationale. D’un côté celle des américains soutenue par l’Alliance Atlantique, perçue par de plus en plus de pays, comme interventionniste et unipolaire. Et d’un autre côté, celle des pays comme la Russie, la Chine ou encore l’Iran, favorable à un monde multipolaire et à un équilibre des forces

    En promettant d’ores et déjà à Washington que la France ne s’opposerait pas au projet de bouclier antimissile et resterait au sein du commandement intégré de l’Otan, François Hollande note Bruno Gollnisch a donc donné sa « conception du monde ». Il a confirmé qu’il serait comme son prédécesseur un féal bien soumis au bras armé du Nouvel ordre mondial. Mais le PS et ses dirigeants nous ont-ils déjà donné des raisons d’en douter ?

    le 22 mai 2012 http://www.gollnisch.com