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Journal du Jeudi 10 Novembre 2016 : International / Etats-Unis : le jour d’après
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Ce que nous dit le discours de Donald Trump
Sans surprise, le premier discours du président Trump fut… sans surprises. C’est la loi du genre, aux USA comme ailleurs. On salue l’adversaire malheureux, remerciant ainsi Hillary Clinton de s’être farouchement battue, trente ans durant, au service du pays. Puis, on assure qu’évidemment, l’on sera le président de « tous » les Américains, « gens de toutes races, religions, origines et croyances ». Laissant de côté sa légendaire flamboyance, mâtinée de vulgarité crasse et de coupe de cheveux stratosphérique (seul François Hollande fait mieux), ses attaques visant généralement plus au-dessous de la ceinture que du côté de la Carte du tendre, le 45e président américain a donc tôt endossé le costume de la fonction.
Côté effets d’annonce, deux méritent au moins d’être soulignés.
Le premier consiste à la remise à neuf des infrastructures américaines – l’état de certaines routes n’ayant que peu à envier à celles du Zimbabwe : « Nous allons reconstruire les ponts, les autoroutes, les hôpitaux, les écoles.
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Marine Le Pen sur l’élection de Trump : « Ce que le peuple veut, il le peut »
L’élection de Donald Trump est « la démonstration que l’on peut rendre possible ce qui paraît impossible, car ce que le peuple veut, il le peut », a affirmé Marine Le Pen hier soir sur France 2.
Invitée du 20 heures de la chaîne publique où elle a été soumise à un feu de questions très orientées par un Julian Bugier manifestement exaspéré par l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, la présidente du Front national ne s’est pas départie de son calme, ni de son sourire. « Si les peuples réservent autant de surprises dernièrement aux élites, a-t-elle expliqué, c’est parce que les élites sont complètement déconnectées, c’est parce qu’elles refusent de voir et d’entendre ce que les peuples expriment. »
Refusant de répondre à certaines questions de son interlocuteur, la candidate à l’élection présidentielle française de 2017 a préféré mettre en avant « ce monde nouveau qui émerge » par « la redéfinition des équilibres mondiaux qui [seront] la conséquence de l’élection de Donald Trump ».
Elle a également botté en touche lorsque Julian Bugier lui a demandé si, elle aussi, elle ferait campagne « pour les Français blancs, contre les Français issus [des] minorités », préférant répondre que la volonté de « racialiser » les résultats de l’élection américain était « n’avoir rien compris à ce qui s’est passé », à savoir, selon elle, « la volonté de rompre avec la mondialisation sauvage » et « la volonté de retrouver la nation, avec ses frontières », avec « la somme des protections qu’elle peut offrir au peuple ».
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Daniel Conversano - Sa réaction à l'élection de Donald Trump
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L'avortement reste une des préoccupations majeures des Américains
Impensable en France où débattre au sujet de l'avortement est presque interdit :,
"Présidentielle américaine : l'immigration et l'avortement en tête des recherches sur Google (...) Les préoccupations des citoyens américains ne correspondent pas toujours aux thèmes de campagne les plus abordés par les candidats à la Maison Blanche. L'outil mis en place par Google News Lab et Pitch interactive permet de d'observer par exemple que l'avortement est régulièrement en première position ces dernières heures (...)
Les thèmes les plus recherchés sont souvent les plus tranchés comme le suggère le graphique ci-dessous :
L'avortement fait partie des thèmes les plus polémiques entre les deux candidats. Hillary Clinton est une fervente partisane de ce droit. Elle avait déclaré que "nous avons besoin de protéger l'accès à un avortement légal et sûr, pas simplement dans les principes mais en pratique." De son côté, Donald Trump est moins clair sur sa position mais il suit la ligne du parti républicain exprimée en juin dernier. "Nous affirmons l'aspect sacré de la vie humaine, et affirmons que l'enfant non né a un droit fondamental à la vie qui ne peut pas être enfreint." Il serait contre l'avortement légal sauf en cas de viol ou d'inceste selon le Washington Post."
Lien permanent Catégories : actualité, anti-national, avortement et euthanasie, élections, international, lobby 0 commentaire -
Les six victoires de Donald Trump

Magnifique victoire de Donald Trump qui, à 2 h 56 du matin, mercredi, avait dépassé le chiffre fatidique de 270 grands électeurs et donc pris une option décisive sur la Maison Blanche où il entrera officiellement le 20 janvier prochain. Le New Yorkais a obtenu plus de voix populaires et raflé bien davantage d’Etats que sa rivale Hillary Clinton. C’est une superbe victoire semblable à celle de Ronald Reagan en 1980. Tout le pays est recouvert de couleur rouge, celle des républicains, et ne laisse aux démocrates et à leur couleur bleue que quelques taches périphériques.
Trump avait l’habitude de dire que ce qu’il avait entrepris n’était pas une campagne électorale « classique » mais un véritable mouvement politique avec ce que cela impliquait de nouveau et de percutant. Ceux qui ne l’ont pas pris au sérieux ont eu tort : ce mouvement fut un tsunami à l’américaine, c’est-à-dire qu’il a tout emporté sur son passage. Il ne reste presque rien du paysage qui existait encore la veille de cette élection. Il y aura désormais un avant et un après 8 novembre.
La victoire de Trump a provoqué six défaites. Et c’est même dans ces six défaites que l’événement de ce 8 novembre prend toute sa signification.Première défaite, celle, bien sûr, d’Hillary Clinton. Personnage flou, ambigu, arriviste qui a payé en une journée à la fois son amateurisme, sa corruption et son arrogance. La deuxième victime est le président Barack Obama lui-même. Il comptait bien sur l’ex-First lady pour récupérer le flambeau du gaucho-libéralisme, assurer la gestion du legs de ses deux mandats et pousser jusqu’aux extrêmes le démantèlement de l’Amérique. C’est raté. Troisième défaite : celle de l’establishment qui a commis, dès le début de cette course présidentielle, l’impardonnable erreur de considérer le milliardaire comme un marginal avant de s’apercevoir, mais trop tard, qu’il pouvait aller loin.
La quatrième défaite, c’est chez les caciques, les notables du parti républicain, que l’on en trouve les traces les plus caractéristiques. Des gens comme l’ancien président George Bush, le sénateur John McCain, l’ancien candidat à la présidence Mitt Romney et bien d’autres n’ont rien compris. Ils n’ont rien compris au personnage de Trump, à ce qu’il avait d’imprévisible et de novateur. Ils n’ont rien compris à la dynamique qu’il a réussi à intégrer aux primaires républicaines. Et ils n’ont rien compris au souffle destructeur qui menaçait d’emporter l’idéologie et les structures d’un conservatisme sclérosé.
Cinquième défaite : celle du globalisme. En fait, ce n’est pas exactement une défaite mais un coup d’arrêt. Avec Trump dans le Bureau ovale, les manipulateurs seront bien obligés de marquer le coup, de geler, pour un temps au moins, leurs opérations visant à corroder l’indépendance nationale américaine. Sixième victime du 8 novembre : les médias. C’est sans doute le naufrage le plus spectaculaire de cette histoire. Une sorte de Titanic journalistique. Entre ceux qui affirmaient que Trump n’avait aucune chance de gagner seulement deux primaires et ceux qui claironnaient 48 heures avant l’élection qu’Hillary allait la remporter triomphalement, on obtient une galerie de portraits où la suffisance le dispute à l’hypocrisie.
Pourquoi Trump a-t-il gagné ? D’abord parce que tous les groupes sur lesquels il s’appuyait (les Blancs, les indépendants, les démocrates déçus) ont montré jusqu’au bout leur fidélité et leur cohésion. Ensuite, parce que Trump s’est présenté très tôt comme l’homme du changement, le pourfendeur de l’establishment, l’initiateur d’indispensables réformes. Enfin parce qu’il a développé durant toute cette course un programme populiste qui a pris du social à la gauche et du national à la droite. Mélange qui a plu dans l’Amérique profonde assaillie de problèmes auxquels Trump s’est intéressé pour bâtir son discours et sophistiquer son charisme. A ces trois raisons s’ajoute l’opération qui a consisté à démolir le personnage d’Hillary Clinton. Cette opération fut la moins difficile à mener : Avec ses scandales et son cynisme, l’intéressée avait pratiquement apporté à son vainqueur sa propre tête sur un plateau.
Christian Daisug
Article paru dans Présent daté du 10 novembre 2016
sous le titre « Le grand retour du peuple »http://fr.novopress.info/201586/six-victoires-donald-trump/#more-201586
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Le jour d'après
Olivier Hanne (chercheur-associé à l’université d’Aix-Marseille), Thomas Flichy (chercheur-associé au Centre R. Mousnier, Paris IV-Sorbonne) et Gregor Mathias (chercheur-associé au Centre R. Mousnier, Paris IV-Sorbonne) analysent l'élection de Donald Trump :
Dans son livre L’abolition de l’esclavage paru en 1861, en pleine Guerre de Sécession, le Français Augustin Cochin s’exclamait à propos du système politique américain : « la patrie de Franklin semble devenue le tréteau de M. Barnum »[1]. À moins que l’on découvre des manipulations électorales, comme les deux candidats le laissaient craindre durant la campagne, Donald Trump sera bien élu président des États-Unis, lesquels. Au-delà de ses outrances verbales, Trump conduira la destinée de son pays pendant au moins quatre ans et devra en finir avec l’impression de « Barnum » qu’a laissé cette campagne électorale. Quels seront les grands axes de sa politique et dans quel cadre international gouvernera-t-il ?
Quelle équipe pour quelle politique ?
Donald Trump se présente comme une personnalité indépendante sur le plan politique : démocrate au départ, il se rapproche au début des années 1980 des républicains en soutenant Ronald Reagan. Une décennie plus tard, il finance la campagne de Bill Clinton à la hauteur de 100 000 dollars. D. Trump est de religion presbytérienne. Il a été très influencé par un prêcheur, N. Peale, qui met en avant l’initiative personnelle afin de vaincre tous les obstacles. Les signes que sa candidature a des chances d’aboutir sont nombreux. Il séduit la classe moyenne américaine frustrée par la politique de Washington qui craint le chômage et la paupérisation en raison des délocalisations en Chine ou au Mexique. Donald Trump a un discours de droite[2] mais aussi de gauche[3] voire d’extrême-gauche[4].
Après son élection, Trump va être immédiatement réinvesti par l'énorme masse des conseillers républicains qui l'ont dénoncé durant toute la campagne. Tout l'appareil du parti va revenir vers lui, si bien que sa politique internationale suivra assez fidèlement ce que l'on peut attendre des Républicains, selon le principe "La couronne saisit le vif" (le pouvoir transforme l'individu).
Un bémol toutefois : Trump n'a jamais été lâché par une petite équipe de conseillers, originaux, nés en dehors du Système, sans liens organiques avec le parti républicain, or ceux-là seront poussés à prendre des places essentielles dans son administration.
Aucun de ces conseillers n'est, à vrai dire, très connu. Ils peuvent tous être qualifiés de conservateurs. Notons aussi qu'au moins deux d'entre eux sont passés par l'USNA, la prestigieuse Académie navale d’Annapolis.
Joseph Schmitz est de ceux-là. Il a exercé les fonctions éminentes d'inspecteur général des armées américaines sous la présidence de George W. Bush. Il a une fascination pour le baron de Steuben, officier prussien qui, après avoir servi le roi de France, a participé à la guerre d'Indépendance et a été l'un des premiers grands organisateurs de l'armée américaine. Joseph Schmitz est catholique romain et chevalier de l'Ordre de Malte. Il est un autre aspect de son parcours : il a été l'un des responsables de la société militaire privée Blackwater, qui a fait l'objet de critiques pour ses interventions, notamment en Irak.
George Papadopoulos s'est beaucoup intéressé aux problèmes géopolitiques de la Méditerranée orientale, notamment à la place qu'y occupe la Grèce dans ses rapports avec les puissances voisines. Il a toujours été assez distant de la Turquie et très proche d’Israël.
Walid Phares est professeur et docteur en sciences politiques et avocat. A ce titre, il intervient régulièrement dans les media, notamment pour évoquer la situation du Moyen-Orient. Libanais maronite, il est connu pour être proche du parti de Samir Geagea, les Forces libanaises. Il aurait participé aux actions de ce parti à l'époque où ce dernier était encore une milice chrétienne, durant la guerre civile. Profondément attaché à l'identité chrétienne maronite, Walid Phares aurait été alors favorable à une partition du Liban et à la constitution d'une nouvelle entité politique libanaise regroupant l'ensemble des chrétiens autour du Mont-Liban, plus spontanément tournée vers Israël que vers l'entité palestinienne en devenir.
En raison de son caractère et de la présence à ses côtés de ces conseillers, la géopolitique trumpienne pourrait surprendre et quitter les axes traditionnels des Républicains, depuis Reagan jusqu'à Bush. Mais ces remous en surface devront cohabiter avec la lame de fond, qui est celle du parti. Quoi qu’il en soit, son équipe internationale sera constituée d’individus qui connaissent la réalité du monde et la géopolitique du Moyen-Orient.
Quelle géopolitique ?
Donald Trump ne s’exprime que rarement sur son programme de politique étrangère. Il expose des positions générales mais se garde d’expliquer la façon dont il atteindrait ses objectifs. Au-delà du caractère imprévisible[5], populiste[6] et parfois provocateur[7] du candidat à la présidence, ses connaissances en matière de relations internationales semblent limitées[8]. Il a plus exactement une vision très comptable des relations internationales.
Concernant l’OTAN, les déclarations de Trump doivent être interprétées à la fois comme un signal favorable vis à vis de la Russie - qui s’inquiète depuis les années 1990 de l’extension indéfinie de l’OTAN - mais aussi comme un chantage visant à augmenter la participation financière des Etats européens à l’organisation militaire. L’inflexion géopolitique opérée par Donald Trump lèserait les Etats européens situés aux marches de la Russie (Pologne et Etats baltes). Dans ce contexte nouveau, l’Inde - liée énergétiquement à la Russie et géopolitiquement aux Etats-Unis - pourrait jouer un rôle d’arbitre entre les deux puissances en Ukraine. Quant à la Chine, même si elle est désignée comme ennemie afin de mobiliser les masses électorales, il ne semble pas que Trump l’envisage comme une véritable adversaire géopolitique[9]. En tout cas l’est elle moins que le terrorisme islamique qu’il désire ardemment combattre.L’inflexion qui est en train de se dessiner, se réfléchit dans la presse des puissances géopolitiquement opposées aux Etats-Unis[10]. De son côté, le Mexique pose deux problèmes essentiels à D. Trump : « Nous perdons contre le Mexique à la fois sur le plan du commerce comme celui des frontières ». D. Trump veut rendre étanche les 1 600 km de frontière américano-mexicaine en terminant et améliorant le mur avec le Mexique, sur modèle de la barrière de sécurité d’Israël, pour mettre fin à l’immigration clandestine des latinos et à la criminalité. Le modèle de la frontière sécurisée pour Trump est le mur construit par la ville américaine de Yuma qui comprend trois murs avec caméras, radios, radars et système d’éclairage sur 200 km. Mais, dans ce domaine, il serait fidèle à la ligne politique de G. W. Bush.
L’arrivée de Trump ne signifie donc pas une nouvelle donne géopolitique. En premier lieu, la façon la plus simple pour les Etats-Unis, de survivre dans un environnement en pleine dégradation est d’entretenir des guerres maîtrisées qui profitent à leur industrie. En second lieu, un repositionnement géopolitique des Etats-Unis se heurterait à des obstacles institutionnels. Un rapprochement trop net avec la Russie se heurterait immédiatement à l’hostilité du camp républicain[11]. Même si Donald Trump décidait d’un executive order afin de passer en force, le Congrès pourrait refuser de valider certaines de ses promesses électorales. Toutefois, même combattue en interne, l’inflexion géopolitique souhaitée par Donald Trump pourrait fédérer un grand nombre d’Etats, et surtout d’opinions publiques - désormais focalisées sur la question de l’identité - contre un ennemi commun : le terrorisme islamique. Il ne faut pas penser que l’élection de M. Trump signifierait un retour pur et simple à l’isolationnisme d’entre-deux-guerres : les Etats-Unis continueraient à intervenir diplomatiquement et militairement dans le monde entier mais d’une manière plus pragmatique et probablement plus efficace. Les interventions auraient comme objectif principal de sauvegarder les intérêts de Etats-Unis. Elles seraient moins nombreuses mais plus violentes[12].
Quel Moyen-Orient ?
Au Moyen-Orient, comme G. W. Bush en son temps, Trump aura besoin des forces armées européennes et de leur coopération contre Daech. Il faut s'attendre à un rapprochement avec la Russie, ou du moins à un partage plus aisé entre USA et Russie du survol de la Syrie. Ce rapprochement avec la Russie sera certainement arbitré par Israël, pays déçu par Obama et qui a noué des contacts militaires avec la Russie. Le soutien sans faille de Trump à Israël (contrairement à Clinton) va menacer directement le Hezbollah, le Hamas, voire Téhéran, même s'il n'est pas sûr qu'il veuille aller à l'affrontement diplomatique. Critiquant l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, Trump aura le soutien de l’Arabie Saoudite, terrifiée par la montée en puissance de Téhéran dans la région, et à laquelle les Etats-Unis pourraient octroyer des aides financières visant à accompagner sa transition vers l’après-pétrole[13].
L’élection de Trump est aussi un mauvais signal pour les Kurdes, que soutenait l’équipe Obama, mais que les ouvertures de Trump envers la Russie et la Syrie pourraient remettre en cause. Enfin, son soutien à Israël éloigne la perspective d'une pacification des territoires palestiniens.
L'arrivée de Trump signifie donc un retour au Moyen-Orient des années 1970 : partage des zones d'influence entre URSS et USA, stabilisation et normalisation des conflits de grande ampleur, insuccès des revendications palestiniennes. En quelque sorte, le Moyen-Orient pourrait se figer à nouveau...
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Une nouvelle révolution atlantique ?
La victoire de Trump s'inscrit dans une dynamique d'ensemble de l'Occident que nous allons tenter de décrypter.
Les « révolutions atlantiques »
A la suite de Jacques Godechot auteur de La Grande Nation en 1956, de Robert R. Palmer avec The Age of Democratic Revolution en 1959 et 1964 puis des Atlantic Studies s'affirme le concept de « révolutions atlantiques ». Il s'agit d'une approche globale des mouvements d'idées et des révolutions de la deuxième moitié du XVIIIeme siècle qui permet d'appréhender les bouleversements aux Amériques et en Europe comme un phénomène commun.
En effet, outre les Lumières, véritable phénomène européen qui s'exporte aux Etats-Unis notamment via Jefferson (ambassadeur en France sous Louis XVI), le monde occidental subit de nombreux bouleversements autour de 1780/1790. Les deux principales révolutions, américaine (1774-1783) et française (1789-1799) auxquelles on peut ajouter celle des Caraïbes dès 1791 puis d'autres révolutions, inachevées, en Belgique (1786-1791) ou en Pologne (1791-1794) ou même l'échec aux Provinces-Unies de la révolte contre le Stadhouter (1783 – 1787).
Aux Etats-Unis et en France, les deux révolutions ont une certaine proximité. Elles mobilisent toutes les deux une symbolique et des préoccupations issues de l'Antiquité gréco-romaine comme l'affirmation du citoyen, idéal du propriétaire terrien (1) qui doit être un soldat et un acteur de la vie publique. Toutes deux excluent les femmes de la citoyenneté. Le député montagnard Amar proclamera même devant la Convention le 30 octobre 1793 : « En général, les femmes sont peu capables de conceptions sérieuses. [...] Nous croyons donc qu'une femme ne doit pas sortir de sa famille pour s'immiscer dans les affaires du gouvernement. ». Plus tard, Bonaparte, dans le Code Civil, placera le père au centre du foyer et les femmes seront considérées comme mineures. Les Noirs aux Etats-Unis et les étrangers en France, terre d'invention de la « nation », sont aussi exclus de la citoyenneté.
Si, dans le monde protestant, les révolutions sont plutôt lockienne (de John Locke) ou hobbesienne (de Hobbes) et centrées sur les libertés individuelles, en France celle-ci sera plutôt rousseauiste et centrée sur les libertés collectives. De là le fédéralisme d'un côté et le jacobinisme de l'autre.
On le comprend, depuis les Grandes Découvertes initiées par les Portugais puis par les Espagnols, l'Europe a basculé vers l'Atlantique et cette « mer occidentale » est le théâtre sur lequel s'est joué une partie de notre histoire comme l'atteste l'exemple des « révolutions atlantiques ».
Du 9 novembre au 9 novembre
Le 9 novembre 1989, les habitants de Berlin-est font une brèche puis franchissent le mur de Berlin. C'est alors un vent de liberté qui souffle en Occident et, avec la fin de l'URSS en 1991, c'est la fin du bloc de l'est et du communisme dont il subsiste toutefois quelques scories comme en Corée du Nord ou quelques nostalgies comme en Russie. Fukuyama publie en 1992 La fin de l'histoire ou le dernier homme. L'idée d'un monde en paix, unifié et uniformisé par le libre-échange sous le regard paternaliste des Etats-Unis fait alors son chemin.
Oui mais voilà, la mondialisation heureuse est en réalité depuis 25 ans un cauchemar qui n'a profité qu'aux 1% les plus riches et à une caste d'oligarques et d'apparatchiks qui a su s'entendre avec ces 1%. Le reste ? Ils n'ont plus que la consommation et la société du spectacle pour seul horizon. Endettement, chômage, délocalisation, précarisation, violence, communautarisme, terrorisme, sans oublier le basculement vers le Pacifique, le quotidien des sociétés occidentales s'est profondément dégradé depuis 1991 et l'influence des puissances occidentales a progressivement diminué. Le chaos multiethnique sous fond d'économies arasées par la finance et les pays asiatiques.
A l'international, si quelques puissances émergentes tirent leur épingle du jeu c'est au détriment des conditions de travail, de l'environnement ou des populations autochtones comme les nombreuses populations amérindiennes menacées en Amérique du sud ou les minorités ethno-confessionnelles décimées au Moyen-orient (Chrétiens, Yezidis). Les conflits pour les ressources n'ont fait que s'accroître pour nourrir la bête de la consommation et enrichir quelques privilégiés occasionnant des guerres à répétition en particulier au Moyen-Orient mais aussi en Afrique. Aujourd'hui, la mer de Chine est un territoire explosif du fait des prétentions chinoises.
L'idéologie mondialiste s'est diffusée partout via les médias, le cinéma et la terreur politique : aux Etats-Unis, un propos jugé offensif peut vous valoir une diffusion publique sur Youtube par un.e cinglé.e qui prétend défendre les « minorités » ethniques et sexuelles. Le politiquement correct est omniprésent, les grosses entreprises pratiquent la discrimination positive, vous pouvez être traqué chez vous ou sur votre lieu de travail si vous refusez l'utopie multiculturelle de la mondialisation heureuse.
Voila ce que le peuple des Etats-Unis a envoyé valser le 9 novembre 2016.
Une nouvelle révolution atlantique ?
Après la constitution du groupe de Visegrad, la victoire volée au FPÖ en Autriche, les hauts scores du Front National, le Brexit, voilà que les Etats-Unis portent Trump à la plus haute fonction sur un programme assez clair : rendre l'Amérique grande à nouveau. Comment ? Et bien en s'attaquant à la finance, à l'immigration illégale ou au terrorisme islamiste. Le fera-t-il ? Difficile à dire. Mais ce n'est pas important, comme au XVIIIème siècle, car malgré les différences évidentes entre l'Europe et l'Amérique, l'Occident bat en rythme autour des mêmes préoccupations. Cocus de la mondialisation, menacés dans leur identité, les classes moyennes et populaires blanches, pour la plupart, ont entamé un processus de reprise en main du pouvoir, de rejet de l'oligarchie, de la défense de leurs pays d'un même pas. Le FPÖ, le FN, le Brexit ou Trump sont autant un symptôme qu'un baromètre, à l'instar de ce que fut le « printemps-arabe » dans l'ère civilisationnelle arabo-islamique.
Si Christophe Guilluy parlait de « France périphérique », on pourrait désormais parler « d'Occident périphérique » tant les cartes électorales se ressemblent. Les grandes métropoles multiethniques et les territoires gagnants de la mondialisation soutiennent systématiquement les candidats du Système (Vienne, Paris, Londres, New-York, Los Angeles, etc...) là où les territoires des périphéries et des marges voient leur électorat soutenir massivement les candidats « anti-Système » ou anti-establishment. Même un milliardaire comme Trump car il représente le capitalisme entrepreneurial national et non le capitalisme financier international. Si ce phénomène était isolé à la seule France, on pourrait en tirer des conclusions nationales, mais aujourd'hui, ce n'est plus possible. La victoire de Trump, c'est la victoire des « petits blancs » de l'Amérique oubliée. La victoire de ceux qui en ont marre de subir la culpabilisation en plus du déclassement et de la criminalité.
Dans les années 60 les Occidentaux battaient en rythme autour de la libération des mœurs, du rock n' roll ou des revendications politiques contre la guerre du Vietnam, désormais ils ont des inquiétudes en lien avec les différentes formes d’insécurités : économique, sociale, culturelle ou identitaire. N'en déplaise aux anti-occidentalistes et aux anti-américains primaires, l'Occident fonctionne comme un organisme. Aujourd'hui c'est un organisme qui se défend. La victoire de Trump est donc bien plus significative pour nous que la main mise de Poutine sur la Russie. Pourquoi ? Car Poutine est dans la tradition russe de l'impérialisme tsariste d'origine eurasiatique là où Trump porte une contestation de la mondialisation dans son cœur, les Etats-Unis. La Russie a une histoire très différente de l'Occident sur le plan politique et son rythme lui est propre. L'Angleterre, les Etats-Unis ou la France sont des piliers de la civilisation occidentale (telle que déterminée par Huntington). La victoire de Trump valide donc au moins symboliquement nos orientations récentes sur la Russie et l'Occident.
L'imprévu dans l'histoire ?
Dominique Venner était un passionné de l'histoire des Etats-Unis et il avait bien vu qu'il existait deux Amériques. Mais peut-on pour autant affirmer que l'imprévu dans l'histoire vient de l'élection de Trump ?
Le développement du numérique a beaucoup contribué à ce phénomène, au même titre que l'imprimerie avait pu favoriser le développement de la Réforme au XVIeme siècle qui était un mouvement d'émancipation de Rome assez classique chez les populations germano-nordiques. Perçu comme un moyen de connecter l'humanité, internet a au contraire accentué le phénomène de tribalisation en regroupant les utilisateurs par groupes d'intérêts. Les mouvements patriotes, identitaires et populistes ont su tirer profit d'internet qui permet de contourner la presse officielle, acquise à la mondialisation, par le biais des medias de réinformation. L'imprévu dans l'histoire porte peut-être un nom : Julian Assange. Les révélations de Wikileaks ont grandement aidé Trump, bien qu'évidemment aucun média traditionnel n'en ait parlé. Cela vient en tout cas appuyer une idée que j'ai depuis longtemps et qui déplaira à une partie de notre lectorat, les hackers sont plus utiles que des bataillons de militants impuissants. La victoire de Trump scellera par exemple probablement le sort du TAFTA, ce que n'aurait permis aucun collage d'affiche et aucune manifestation.
La victoire de Trump illustre un phénomène assez récurent : l'homme qui porte les aspirations de son époque et bénéficie des nouvelles méthodes de communication. Même si cela pourra paraître caricatural, reconnaissons que l'excommunication de Luther ne l'a jamais empêché d'impulser la Réforme, car il pouvait s'appuyer sur la création de l'imprimerie dans des territoires qui lui étaient favorables. De la même façon, les mandats d'arrêts contre Julian Assange n'ont pas pu empêcher l’œuvre de Wikileaks. La « nouvelle opinion publique occidentale » est désormais une réalité et elle a peut-être conquis la première puissance mondiale. Il ne s'agit pas ici de voir Trump comme le héraut d'une révolution quelconque, mais d'analyser le phénomène comme un événement de l'histoire immédiate dans le temps long historique.
Une question se pose désormais : la France sera-t-elle à la hauteur de son histoire dès 2017 ?Jean / C.N.C.
Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.
Relire notre article : Trump sans l'aimer ?
Notes :
1 Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article 2 : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. »
Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article 17 : « la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé [...]»
http://cerclenonconforme.hautetfort.com/le-cercle-non-conforme/
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Journal du Mercredi 09 Novembre 2016 : Edition Spéciale Présidentielle Américaine
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Ces ex-dignitaires libyens qui inquiètent Sarkozy
Victoire militaire en 2011, le dossier franco-libyen peut devenir un boulet judiciaire en 2013 pour Nicolas Sarkozy. Deux juges parisiens enquêtent sur les différents aspects de cette affaire d'Etat. Ils vont notamment avoir la possibilité d'auditionner d'anciens responsables de l'Etat libyen, qui en savent long sur les financements occultes dont auraient pu bénéficier les sarkozystes.Dans la plus grande discrétion, l'avocat historique du régime de Mouammar Kadhafi en France, Me Marcel Ceccaldi, a pris contact fin avril avec Serge Tournaire et René Grouman, les deux juges chargés de l'information judiciaire visant un éventuel financement occulte de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy par l'ancien dictateur. Une enquête ouverte après les accusations spectaculaires, quoique non étayées, de l'intermédiaire Ziad Takieddine, elles-mêmes inspirées par celles proférées, en mars 2011, par Saïf Al-Islam, l'un des fils du "Guide" libyen.Me Ceccaldi – qui fut l'avocat de M. Takieddine – propose aux magistrats de faire témoigner quatre anciens dignitaires kadhafistes parvenus à quitter la Libye au moment de la chute du régime, au printemps 2011. Ces quatre personnes auraient eu connaissance des flux financiers suspects susceptibles d'avoir bénéficié à des politiques français.
NOTICE ROUGE D'INTERPOLIl s'agit de Bachir Saleh, l'ex-directeur du cabinet de Kadhafi, qui vivrait en Afrique du Sud ; d'Abdallah Mansour, un autre ancien conseiller du dictateur, réfugié au Niger ; du général Abdelhafid Massoud, haut responsable de l'armée de Kadhafi, aujourd'hui en Algérie ; et de Sabri Shadi, ex-patron de l'aviation civile libyenne, basé au Liban. Seules exigences fixées par l'avocat : que ses clients soient entendus avec le statut de témoin "sous X", et que la France n'exécute pas la notice rouge d'Interpol les visant, rendant possible leur arrestation.Ces quatre témoins seraient susceptibles de confirmer le soupçon de financement politique de la campagne de M. Sarkozy. Pour autant, Me Ceccaldi conteste l'authenticité d'une note produite par Mediapart en avril 2012 évoquant les mêmes faits. Selon lui, il s'agit d'un "faux grossier". La note, qui n'a été confirmée par aucun de ses signataires supposés, fait l'objet d'une enquête distincte à la suite d'une plainte pour faux déposée par M. Sarkozy.Le dossier judiciaire pourrait aussi concerner le PS. La DCRI a ainsi eu connaissance, en 2012, d'informations, non recoupées, visant le financement par le clan Kadhafi du camp socialiste en 2007. "Des proches des kadhafistes sont venus m'en parler, évoquant une somme de 5 millions d'euros, sans preuves", confirme l'ex-patron de la DCRI, Bernard Squarcini, qui assure avoir "rendu compte de cela à la DGSE".BACHIR SALEH, OBJET DE TOUTES LES ATTENTIONS DU POUVOIR SARKOZYSTEL'ex-ministre Roland Dumas aurait joué les intermédiaires. Ce dernier conteste formellement et déclare au Monde : "J'ai reçu de l'argent pour défendre M. Kadhafi, en 2011, en tant qu'avocat. Ce sont les seules sommes que j'ai perçues des autorités libyennes."Homme-clé de l'affaire, Bachir Saleh, qui connaissait les secrets financiers du régime kadhafiste, a été l'objet de toutes les attentions du pouvoir sarkozyste. Arrivé en France le 23 novembre 2011, via la Tunisie, grâce à l'intermédiaire Alexandre Djouhri, il va être pris en charge par Bernard Squarcini, proche de Nicolas Sarkozy.Dans deux notes "Confidentiel Défense" du 7 février 2012, dont Le Monde a eu connaissance, M. Squarcini écrit au préfet de police de Paris pour lui demander d'intervenir en faveur du couple Saleh. "Je vous saurais gré de bien vouloir faire délivrer une autorisation provisoire de séjour, de six mois", à M. et Mme Saleh, écrit le chef du contre-espionnage. Les choses ne traînent pas. Dès le lendemain, le 8 février 2012, Jean-Louis Fiamenghi, le directeur du cabinet du préfet de police, écrit au directeur de la police générale pour le "prie(r) de bien vouloir lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pour une durée de six mois".Dès le mois d'août 2011, c'est la DGSE qui avait été mobilisée pour exfiltrer de Libye, au cours d'une opération clandestine maritime, Mme Saleh et ses enfants. M. Squarcini ne conteste pas avoir veillé au séjour de M. Saleh en France, mais réfute avoir essayé de protéger un homme détenteur de secrets inavouables de la "Sarkozie" : "Il a joué le rôle d'intermédiaire entre la cellule diplomatique de l'Elysée et le Conseil national de transition (CNT), il pouvait permettre d'éviter la guerre civile."Selon M. Squarcini, "c'est à la demande du Quai d'Orsay que j'ai été voir trois fois Bachir Saleh". Mais Bachir Saleh ne tient pas ses promesses de discrétion, il déploie une activité débordante dans l'Hexagone. "J'ai dû le convoquer pour lui expliquer que s'il manquait à ses engagements, il serait "shooté" c'est-à-dire dégagé du pays", confirme M. Squarcini.Suivi pas à pas par le contre-espionnage, Saleh sollicite Dubaï pour obtenir un passeport (il a déjà un passeport diplomatique du Niger), contacte l'avocat israélien du fils Kadhafi, tente d'acheter un bien immobilier à Garches (Hauts-de-Seine) fin 2011, rencontre Nesrine Ben Ali, fille du dictateur tunisien, à Carrières-sur-Seine (Yvelines) en avril 2012, se rend en Corse chez l'ancien député européen (PRG) Michel Scarbonchi...D'après M. Squarcini, il existe "des notes sur tout ça à la DCRI, à la DGSE, au Quai d'Orsay mais aussi à la cellule diplomatique de l'Elysée". Il affirme que c'est Jérôme Bonnafont, directeur du cabinet d'Alain Juppé au ministère des affaires étrangères, qui lui "écrivai(t) pour qu'on s'occupe de gérer Saleh". Sollicité par Le Monde, M. Bonnafont assure n'avoir "aucun souvenir de l'affaire Saleh". Le 28 avril 2012, la publication de la note de Mediapart, en pleine campagne présidentielle, va entraîner la panique au sommet de l'Etat.ATTESTATION DE MORALITÉLes sarkozystes craignent-ils les révélations de Bachir Saleh, si ce dernier venait à être arrêté ? En tout cas, le 3 mai, à 72 heures du second tour, Saleh est exfiltré via un avion privé qui part du Bourget, et affrété, selon la DCRI, par l'incontournable Alexandre Djouhri – qui a refusé de répondre au Monde.Auparavant, le 29 avril, M. Saleh a fait adresser, via Me Pierre Haïk, un communiqué rejetant sa "connaissance ou participation" à un financement occulte de M. Sarkozy. Me Haïk dément avoir agi en service commandé : "C'est le conseiller du président du Togo, Charles Debbasch, que je défends, qui m'avait demandé début 2012 si je pouvais régler l'histoire du mandat d'arrêt visant Saleh en France. Je m'en suis occupé, puis il a disparu en mai et je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles."Dans l'intervalle, l'avocat a obtenu une attestation de moralité de Dominique de Villepin (très proche de M. Djouhri). Dans cette lettre, du 2 avril 2012, l'ex-premier ministre "atteste que M. Bachir Saleh a participé à plusieurs reprises à des négociations pour trouver un accord entre les parties libyennes tout au long du printemps et de l'été 2011".
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