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France et politique française - Page 4312

  • Un syndicat ne peut pas exclure ses membres pour ses idées politiques

    Le tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand vient d’annuler la décision de la Confédération nationale des salariés de France-Fédération nationale des chauffeurs routiers (CNSF-FNCR) d’exclure l’un de ses membres, Dominique Morel, cadre du Front national.

    En janvier 2013, Dominique Morel, alors chauffeur routier, se voit retirer sa carte et son mandat de délégué syndical au sein de la FNCR. L’organisation, qui se veut apolitique, reproche à son adhérent de confondre militantisme FN et engagement syndical.

    Or, pour la justice, saisie par Dominique Morel, la CNSF-FNCR ne peut prononcer une quelconque sanction disciplinaire et encore moins de procédure d’exclusion, dans la mesure où ni l’une ni l’autre ne sont prévues dans ses statuts. Le tribunal constate par ailleurs que le délégué syndical a été exclu le jour où la décision lui était notifiée. De fait, il n’avait pas la possibilité de se défendre.

    Michel Janva

  • La prochaine Journée de retrait de l’école aura lieu le 12 mai 2014

     

    La nouvelle Journée de retrait de l’école aura lieu le lundi 12 mai 2014.

    La prochaine Journée de Retrait de l’École sera le moment de montrer que vous voulez préserver vos enfants de la théorie du genre.

    Faites circuler la date partout ! Par courriel, sur Facebook, par texto… !

    Vaincre ou mourir !

    Si vous doutez encore de la véracité et de l’utilité des JRE, voyez cette vidéo ahurissante de collégiens réalisée en janvier 2014.

    On ne se demande plus après pourquoi ils ont de si mauvais résultats en dictée ou en math :

    http://rutube.ru/video/3e6aededfca1a909a9b52de1dc4514e4/

    Pour découvrir et rejoindre l’action des Journées de retrait de l’école de Farida Belghoul : 
    - jre2014.fr 
    - facebook.com/jre2014

     

  • Mais au fait qu’est ce qui marche encore en France ?

    « Nous avons pris l’habitude de nous résigner, de « prendre sur nous » et de ne rien dire.»

    Les incessantes péripéties ridicules de l’UMPS donnent à penser que la classe politique française brille par sa nullité et que nous vivons une crise de régime qui ne dit pas son nom. Comme souvent dans notre pays.

    On accuse évidemment les médias de se livrer à un « bashing » permanent et de ne s’intéresser qu’aux trains qui déraillent en négligeant la France qui réussit. La mise en cause des médias est un grand classique quand on prend le système en défaut.

    Cependant le mal qui touche la classe politique n’exprime-t-il pas quelque chose de plus profond ? Car, à vrai dire, qu’est-ce qui fonctionne vraiment encore correctement en France aujourd’hui, à part les écoutes téléphoniques ?

    Les services publics fonctionnent-ils correctement ? Rendent-ils les services que l’on attend d’eux ? On peut en douter quand on pense aux performances de l’Education nationale, de l’Université, de la Justice, de la Police, du ministère des Finances ou des Hôpitaux, par exemple, c’est-à-dire aux plus gros effectifs publics au sens strict. Bref, l’Etat fonctionne-t-il encore en France ?

    Mais quand on vit en France on se résigne à diminuer ses exigences en permanence : de ce fait l’anormal paraît finalement habituel. Mais cette illusion se dissipe quand on a la chance de voyager à l’étranger – par exemple en Asie : dépaysement salutaire qui nous permet de percevoir par contrecoup l’ampleur de la débandade française.

    Regardons par exemple nos villes : en général elles sont sales, sauf dans certains quartiers privilégiés où réside l’oligarchie, et l’urbanisme contemporain y est médiocre. Les graffitis se multiplient et gagnent tous les grands axes comme un cancer qui s’étend, dans l’indifférence générale : on n’épargne même plus les portiques sur autoroutes.

    Les commerces de proximité ferment, remplacés par des fast-food, des banques et des pharmacies (on est très malade dans le « grand hôpital occidental »). Il y a aussi des vendeurs de fringues et, bien sûr, les « centres commerciaux » tentaculaires. D’ailleurs, les touristes en France viennent maintenant photographier nos marchés, comme sous les tropiques : signe d’une curiosité en voie de disparition, puisque les rues de nos villes n’offrent plus rien d’attrayant, sauf ce qui a été construit avant 1900.

    Par contraste, n’importe quelle ville asiatique grouille de vie, de petites échoppes ou de grands magasins, de temples décorés et de bâtiments publics dignes de ce nom. Mais en France, dans les villes, on ne voit plus que des vieux, des bobos à vélo, des Africains et des policiers.

    Le spectacle de nos gares vaut qu’on s’y arrête également. D’ailleurs on s’y arrête de plus en plus fréquemment puisque la circulation de nos trains connaît des aléas croissants : déchets divers sur le ballast, graffitis partout, vitres cassées, herbes folles le long des voies. Le look du personnel vaut le détour, en outre. Dans la plupart des pays, le personnel roulant veille à sa tenue ; en France on est conduit ou contrôlé par des quidams qui ont des allures de loubards de banlieue. Encore heureux s’ils ne se mettent pas en grève (on dit « mouvement social » ou « difficultés de circulation » à la SNCF) et si votre train part et arrive à l’heure, un luxe de plus en plus rare.

    Les aéroports constituent normalement, comme les ports, des zones de rencontre, d’activité et d’échange entre les hommes.

    Faites donc l’expérience si vous le pouvez : allez visiter Rotterdam, Barcelone ou, mieux encore, un port asiatique et comparez avec Marseille ou Le Havre. Vous reconnaîtrez assez vite là où il y a du vrai trafic, des containeurs pleins, des bateaux que l’on répare et des grues qui fonctionnent et là où il y des dockers CGT…

    Les aéroports permettent aussi de mesurer l’état réel de notre pays qui fut pourtant un pionnier du transport aérien. Dans la plupart des pays on connecte les aéroports avec différents moyens de transport : pas en France, parce qu’il ne faut pas faire ombrage aux camarades syndiqués de la SNCF. A vous de tenter d’attraper une navette (si  le trafic n’est pas « interrompu »), un taxi (s’il accepte de vous conduire où vous voulez aller) ou d’attendre un train pendant deux ou trois heures parce que vous ne voudriez tout de même pas que les horaires correspondent à ceux des avions.

    Nos aéroports sont beaux, assurément. Mais quand même, allez faire un tour du côté de Hong Kong, de Bangkok ou de Singapour, par exemple, et vous verrez les choses différemment.

    Il s’agit d’exemples limites, me direz-vous ?

    Bien sûr, il y a encore dans notre pays des îlots d’excellence, pauvres naufragés perdus dans le grand océan du laisser-aller national et qui ne rêvent souvent que d’une chose : quitter l’Europe vermoulue.

    Mais n’avez-vous pas pris l’habitude de multiplier par deux ou trois les démarches les plus simples, parce que vous n’êtes pas tombé sur le bon interlocuteur, parce que la personne qui devait « vous rappeler » ne l’a pas fait ou encore parce que le service rendu ne correspondait pas à ce que vous attendiez ? N’avez-vous pas pris l’habitude d’assurer vous-même la coordination de services ou de prestataires qui ne savent plus le faire ? d’attendre une journée entière une livraison ? de voir arriver un réparateur sans son matériel ? de patienter trois mois avant de consulter un ophtalmo ? N’êtes-vous pas obligé, de plus en plus, de réaliser par vous-même sur Internet les opérations que les institutions ne veulent plus assurer ? N’avez-vous pas pris l’habitude du service rendu médiocre, des coûts croissants, des interlocuteurs pas aimables ou mal formés et des sous-traitants désinvoltes ?

    Si, justement, là réside bien le plus grave du mal français : nous avons pris l’habitude de nous résigner, de « prendre sur nous » et de ne rien dire. Nous nous sommes habitués à notre décadence et à notre dormition.

    Michel Geoffroy, 23/04/2014

    http://www.polemia.com/mais-au-fait-quest-ce-qui-marche-encore-en-france/

  • Les manifs? "Ça sert à rien."

    Les manifs… on en a tous fait et à chaque fois, on s’est dit la même chose. "Ça sert à rien."

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    Ça sert à rien parce que la plupart des gens s’en foutent, que ça fera au maximum 3 minutes au journal de 20h et un article à sensation dans un canard papier du système que plus personne ne lit.

    Ça sert à rien, parce que le fait de marcher, que ce soit 100 mètres ou 10 km n’a aucune influence sur les gens qui nous gouvernent. Les manifestants de la manif pour tous doivent en garder un souvenir amer. Eux qui ont débarqué à Paris par centaines de milliers pour s’opposer au mariage homo et qui malgré leur investissement n’ont absolument rien obtenu. Pas même un referendum, ni une véritable indépendance des maires.

    Ça sert à rien parce que les mots d’ordre sont souvent peu clairs, les discours peu intéressants et qu’au bout d’un moment on se demande ce qu’on fout là.

    Ça sert à rien parce que les porte-paroles n’expriment pas la pensée de la foule, mais la leur, et parce que les porte-paroles servent des intérêts : ceux du système, ceux de leur parti, ou leur intérêt personnel.

    Ça sert à rien parce que les manifs ne sont en réalité qu’une addition d‘atomes et non un véritable corps en mouvement. Chacun vient pour lui-même, pour son autosatisfaction, pour y être, mais en définitive, pas pour faire de la politique.

    Ça sert à rien, parce que personne ne partage une culture politique commune, chacun chante son slogan et que tout le monde repart comme il est venu, à cause du boulot, des gosses, des bouchons sur la route …

    Ça sert à rien parce qu’aucune manif ne remplace une action politique localisée et suivie.

    Ça sert à rien parce que la manif est typiquement dans l’esprit du bougisme moderne. Bouger pour bouger, sans aucune construction politique derrière. Beugler pour beugler, hurler des slogans en lieu et place d’une argumentation, se parler à soi même, ou à qui veut l’entendre, plutôt que de se confronter directement à la population, ou à un contradicteur.

    Ça sert à rien parce que ça alimente juste la société du spectacle, et qu'on est pas là pour la nourrir.

    Ça sert à rien parce que ça fait des décennies que des mecs ont l’impression de militer en allant se balader dans la rue un samedi après-midi.

    Ça sert à rien, parce qu’on déclare pas la révolution en préfecture.

    Mais alors, me répondrez-vous, il faut abandonner la rue ? Laisser le système prospérer sans jamais se montrer ?

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    Pas tout à fait… il faut surement réfléchir à l’objectif réel d’une manifestation. Ça ne sert à rien mais, ça peut permettre de se faire connaître, ça peut permettre de cohérer des troupes, ça peut permettre de montrer la vitalité d’une idée, ou la valeur d’une opposition. La manif pour tous n’a rien obtenu, mais nul ne pourra affirmer que personne ne s’est opposé, que l’opposition était minoritaire et circonscrite dans les cercles catholiques intégristes. Le gouvernement triomphe sans gloire lorsqu’il ne tient pas compte d’une telle mobilisation. C’est une victoire à la Pyrrhus, une victoire pour l’orgueil, pour la forme. Quand on est ouvrier, marin-pêcheur ou agriculteur, la manif c’est un moyen d’aller au carton, de déverser des tonnes de fumier devant les pourris de la ripoublique et leurs laquais. De leur rappeler le principe du réel.

    La manif doit toujours être intégrée dans une stratégie politique globale, être bien préparée, bien encadrée, aucun détail ne doit être laissé au hasard. La manif doit toujours demeurer une action politique, c'est-à-dire qui a comme objectif le bien commun. A ce titre les manifs estampillées « nationalistes » sont généralement un désastre. Entre les looks, les slogans, les attitudes… Rien de politique, tout dans l’autosatisfaction de son égo de mauvais garçon et de paria. Et des tonnes d’images pour alimenter les troupes d’occupation mentale, les discours de l’ennemi et justifier toutes les mesures d’hostilité contre nous.

    La manif doit donc devenir une activité secondaire. Si le marquage et l'appropriation du territoire sont nécessaires, ils doivent se faire sous d’autres formes que les manifs et les collages, qui occupent le temps des militants mais ne sont source d’aucune réussite politique. On ne peut triompher politiquement qu’en revenant au réel, en s’adressant à la population, en construisant avec elle une alternative à la ploutocratie mondialiste.

    Jean/C.N.C

    Photo 1 : La Manif pour tous

    Photo 2: Black Bloc d'extrême-gauche

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/archive/2014/05/03/les-manifs-ca-sert-a-rien-5359820.html

  • Affaire Alstom : trop tard pour pleurer !

    Après le dossier PSA ou la fusion Lafarge-Holcim, la séquence est vraiment mauvaise pour l’industrie française.   

    L’auteur de ces lignes voudrait bien qu’il existe une alternative réelle à l’offre de General Electric. Oui, la fin d’Alstom fait mal au cœur et, après le dossier PSA ou la fusion Lafarge-Holcim, la séquence est vraiment mauvaise pour l’industrie française.

    Mais le procès fait aux dirigeants d’Alstom ne tient pas. Patrick Kron a redressé Alstom et gagné auprès de ses salariés une très flatteuse réputation. Aujourd’hui, il cherche à préserver l’avenir.

    Le procès des grandes entreprises ne tient pas plus. Il est si facile ! Dans les grands pays industrialisés, le secteur privé et l’administration coexistent. En France, l’administration a disparu. Ses meilleurs talents sont dans le privé et ceux qui restent vont et viennent en politique. Le privé, lui, remplit sa vocation. Elle est peut-être méprisable (gagner de l’argent) mais elle était connue d’avance !

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  • La vente d'Alstom est le constat de faillite de la vision fausse qui gouverne la France

    Christian Saint-Etienne, professeur titulaire de la Chaire d'économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers, écrit un article très intéressant dans le Figarovox :

    "[...] Mais c'est une claque pour la classe dirigeante française car elle fait apparaître son incompétence collective depuis 18 ans. Voici les preuves.

    En transférant la prise de décision aux États-Unis, Alstom Energie ne pourra pas décider d'investissements ou de diversifications futures sans l'accord des actionnaires américains. Or ce transfert résulte de choix stratégiques imbéciles de Serge Tchuruk qui jette à la poubelle boursière GEC-Alsthom en 1998 avant de «théoriser» en 2001 son ambition de faire d'Alcatel une «entreprise sans usines». Alstom est vendu et Alcatel est un mort-vivant alors que les entreprises industrielles intégrées comme General Electric et Siemens survivent. Tchuruk et ceux qui l'ont conseillé devraient être jugés pour haute trahison. Au passage, c'est la Gauche qui gouverne la France à l'époque.

    Une Gauche qui au même moment met en place les 35 heures en 1998-2002. Il faut revenir sur l'origine de cette mesure. Elle n'est pas «prise sur un coin de table» en 1997 comme le veut la légende ni appliquée aveuglément à tout le secteur productif à cause de la seule rigidité de Martine Aubry. En fait, tout le monde était d'accord, Gauche et Droite, décideurs économiques et politiques, car s'était installée dans les années 1990 l'idée que nous étions entrés dans un monde post-industriel et post-travail. La rigidité de la Gauche n'a fait qu'aggraver les conséquences d'une vision insensée selon laquelle il fallait laisser mourir l'appareil industriel en France pour produire en Asie et partager le travail car il allait manquerEt beaucoup de prophètes tarés continuent de véhiculer ces idées fausses. Or et c'est la clé de compréhension des malheurs de la France,l'erreur commise par nos élites dirigeantes entre 1996 et 2002 a été de confondre le passage de la deuxième à la troisième révolution industrielle avec l'entrée dans un monde post-industriel !

    Car nous sommes passés, en effet, de la deuxième à la troisième révolution industrielle dans les années 1980 avec une accélération foudroyante dans les années 1990. [...] C'est exactement au moment de l'accélération de la troisième révolution industrielle que nos pseudo-élites écrasent les entreprises de charges sociales, d'impôts et de réglementation pour partager les emplois de la deuxième révolution industrielle tout en tuant la naissance des entreprises de la troisième révolution industrielle. Ces dernières émergent quand même, mais chétives et sous alimentées en profits et fonds propres.

    Or la suite est la conséquence de l'intuition clé de cet article :c'est parce que la Droite partage cette idée fausse et vicieuse, ou qu'elle n'a pas la capacité intellectuelle d'en démontrer la fausseté, qu'elle ne prendra jamais réellement les mesures, entre 2002 et 2012 pour définitivement tuer les 35 heures (on les rogne à la marge), éliminer l'ISF sur les actions et fortement réduire les charges et réglementations sur les entreprises.

    Puis, dans les deux premières années de la présidence actuelle, et en dépit du CICE, le gouvernement finit le travail en achevant le malade par un retour de l'âge de départ à la retraite à 60 ans, la suppression de la TVA sociale et l'alourdissement criminel de la fiscalité sur le capital qui accélère la fuite des investisseurs.

    La vente d'Alstom est donc le constat de faillite de la vision fausse qui gouverne la France depuis 1996 (loi Robien du 11 juin 1996 non obligatoire mais qui s'inscrit déjà dans cette vision). De juin 1996 à juin 2014 (début de mise en œuvre du plan Valls), les élites françaises ont partagé deux idées: celle évoquée précédemment de la fin de l'industrie et son corollaire, seule la dépense publique peut encore créer des richesses et des emploisRien n'arrête plus la dépense publique qui atteindra son sommet en 2013 (en pourcentage du PIB). La France se réveille groggy de la plus colossale erreur stratégique de son histoire depuis la Libération qui aura gouverné la France pendant 18 ans!!! [...]"

    A noter que la présidente de General Electric France et vice-présidente de GE International n'est autre que Clara Gaymard, fille du professeur Lejeune, énarque, mariée à Hervé Gaymard, l'ancien ministre de Jacques Chirac, et mère de neuf enfants. 

    Michel Janva

  • La France expulse un algérien soupçonné de recruter pour le djihad en Syrie

    Un Algérien soupçonné de recruter pour le djihad en Syrie a été expulsé. L’homme de nationalité algérienne, parti en Turquie en février, avait été arrêté à la mi-mars par les autorités turques dans un bus convoyant un groupe se rendant en Syrie, dans la région d’Alep. Arrivé en 1980 en France, titulaire d’une carte de séjour, il est présenté comme proche de la mouvance islamiste radicale impliquée dans le djihad en Syrie et dans le recrutement de combattants à destination de l’Afghanistan et de la Syrie. Il a été expulsé dès son retour en France, après avoir été remis aux autorités. Cinq de ses proches ont été expulsés aussi. Ils entendaient rejoindre l’un des groupes djihadistes les plus radicaux: l’État islamique en Irak et au Levant.

    Le père et les amis de de l’expulsé en question n’en reviennent pas, disant qu’ils étaient persuadés qu’il était parti pour faire de l’humanitaire et qu’il n’aurait pas fait de mal à une mouche. Le père a assuré que son fils lui avait dit qu’il allait donner un coup de main à des malades. Mais les explications suivantes sont un peu brouillées:« il ne va pas tous les jours à la mosquée ». Faudrait-il en déduire que la mosquée fait l’apologie du djihad ? Nul ne peut le dire. En tout cas, elles sont loin d’être convaincantes. L’humanitaire est souvent donné comme prétexte sans qu’on puisse le vérifier.

    Les autorités françaises veulent faire preuve de fermeté mais tout cela peut paraître tardif quand on sait que cent djihadistes sont déjà revenus en France. L’expulsion immédiate de ressortissants étrangers impliqués dans les filières djihadistes est une autre des mesures du plan des autorités, visant à enrayer le phénomène. Elles viennent de montrer qu’elles passeraient des paroles aux actes. Espérons que ce n’est pas qu’un feu de paille !

    http://medias-presse.info/la-france-expulse-un-algerien-soupconne-de-recruter-pour-le-djihad-en-syrie/9448

  • Trisomie : vieux démons, nouveaux espoirs

    On rencontre de moins en moins de trisomiques dans les rues, et pour cause : 96 % des fœtus diagnostiqués trisomiques sont avortés, le dépistage devant obligatoirement être proposé depuis 2009 et pouvant passer par un test sanguin depuis avril 2013.

    Comme le fait remarquer la sociologue Bénédicte Champenois-Rousseau, « la liaison implicite entre la détection d'une anomalie fœtale grave et l'interruption de grossesse est tellement automatique que, récemment, les organes de presse n 'ont pas hésité à reprendre sans sourciller, à propos de la grossesse d'une star française de la natation [ndlr: Laure Manaudou], qu 'elle avait été "contrainte d'avorter" suite à un diagnostic prénatal. » Par un raffinement légal dont on appréciera la monstruosité, la France considère qu'avorter d'un enfant atteint de trisomie 21 est thérapeutique, autrement dit peut être pratiqué à tout moment de la grossesse.

    Pourquoi eux ?

    La France a donc fait le choix d'investir lourdement dans le dépistage et l'élimination des déviants (une conception sur 700) plutôt que dans la recherche permettant de les soigner... C'est surprenant ou non selon qu'on considère la logique de ses choix éthiques publics ou ce que réclamerait un vrai respect de la vie humaine. Disons simplement qu'en matière d'élimination radicale, il y eut d'illustres devanciers : Hitler et son programme Aktion T4 - qui n'aboutit pas grâce à un évêque allemand Mgr von Galen -, l'icône féministe darwinienne, eugéniste et raciste Clémence Royer ou le Nobel franc-maçon, eugéniste et raciste Charles Richer (« Le premier pas dans la voie de la sélection, c'est l'élimination des anormaux. [...] C'est une barbarie que de forcer à vivre un sourd-muet, un idiot ou un rachitique. »). La compagnie est flatteuse.

    Et pourtant, les trisomiques 21 sont de moins en moins un poids pour la société et leurs familles. Souvent atteints de pathologies multiples, leur espérance de vie a néanmoins triplé en 50 ans et ils ont conquis une relative autonomie, comme Éléonore, trisomique de 28 ans, qui vit seule et travaille à l'hôpital d'Arras. Sans idéaliser la naissance d'un enfant trisomique, on peut remarquer que leurs capacités relationnelles sont exceptionnelles. Ils sont porteurs d'une joie de vivre incroyable - pourvu que la société ne leur fasse pas lourdement sentir leur qualité « d'inadapté », en ce siècle avide de formatage.

    L'association Le Collectif des amis d'Eléo-nore a donné la parole aux trisomiques 21, ce qui n'est que logique et juste à une heure où la parole de chacun est censée être entendue, surtout celles des minorités opprimées. Tous les trisomiques interrogés se déclarent heureux, le plus souvent quand ils sont en groupe (famille, amis), et déclarent que la véritable urgence est que « les gens nous aiment comme nous sommes ». N'est-ce pas la revendication la plus communément partagée? Et même élevée au rang d'impératif moral, de dogme social ?

    Jusqu'au-boutistes...

    Au nom de quoi ces enfants devraient-ils être exclus de la société et même de l'humanité, comme y tend l'eugénisme d'Etat actuellement à l'œuvre ? Car il y a bien eugénisme quand on favorise le diagnostic aux dépens de la recherche; quand les médecins conseillent l'avortement, orientent les choix - et jugent et condamnent ceux qui choisissent la vie ; quand le discours officiel est de mettre en avant le coût social de l'handicapé mental, de même que l'euthanasie est de plus en plus justifiée par une argumentation économique qui suppose que la seule utilité sociale humaine est celle du producteur-consommateur; quand les députés eux-mêmes s'émeuvent que l'avortement ne soit pas plus efficace !

    Le PS Olivier Dussopt, le 25 janvier 2011,déclarait : « Quand j'entends que "malheureusement" 96 % des grossesses pour lesquelles latrisomie 21 est repérée se terminent par une interruption de grossesse, la vraie question que jeme pose c'est pourquoi il en reste 4 %. » EnFrance, en 2014, ce sont les anti-eugénistes,comme la Fondation Jérôme Lejeune, qui assument la Recherche et portent le poids des soupçons. Il y a peu de chances que les chercheursqu'elle soutient reçoivent le Nobel.

    Hubert Champrun monde & vie 9 avril 2014

  • Simone Weil et l'Enracinement : un trésor politique pour les "temps de crise"

    Déjà presque au terme de sa vie, une jeune philosophe, rebelle, mystique, révolutionnaire, syndicaliste, adresse à Albert Camus le manuscrit qu'elle rédigea à Londres en 1942-43. Après l'avoir lu, Albert Camus lance : “Il me paraît impossible d’imaginer pour l’Europe une renaissance qui ne tienne pas compte des exigences que Simone Weil a définies dans L’Enracinement.” Ce merveilleux texte, rien de moins qu'un "Prélude à une Déclaration des obligations envers l'être humain", écrit au coeur de l’effondrement de l'Europe du 20ème siècle, peut être considéré comme le « testament spirituel et politique » de Simone Weil, légué aux générations futures pour une pensée exigeante en « temps de crises ». En proposant une civilisation des « besoins de l’âme », en opposant à la civilisation des droits de l’homme celle des "obligations envers les êtres humains", elle définit l'enracinement comme "le besoin de le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine." Contre le scientisme, postulat de tous les mondialismes brun, rouge ou libre-échangiste, renvoyant dos à dos les "croyants" en la Science et au Progrès divinisés et les nostalgiques du passé, Simone Weil, comme plus tard son ami Gustave Thibon, nous propose de nous élever au-delà du temps, dans la merveilleuse continuité des générations, des traditions vivantes, dans l'amour de la racine qui se prolonge dans la fleur : "La perte du passé, collective ou individuelle, est la plus grande tragédie humaine et nous avons jeté le nôtre comme un enfant déchire une rose..." 

    "Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l'existence d'une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir."

    Pour Simone Weil, l’objet de la vie publique, la responsabilité des hommes politiques, des classes dirigeantes en particulier, est de "prendre toutes les dispositions susceptibles d’amener dans la plus grande mesure possible le pouvoir sous toutes ses formes, sans exception, aux mains de ceux qui acceptent en fait d’être liés par l’obligation universelle envers tous les êtres humains.“ A l'heure de la pulvérisation de toutes les limites, de la science - économique, naturelle - "sans conscience", de la mondialisation de tout et du déracinement généralisé, l'oeuvre de Simone Weil apparaît comme une lueur étincelante d'espoir pour tous ceux qui n'ont pas renoncé à "changer le monde", ceux qui n'ont pas sombré dans le fatalisme au nom d'un prétendu "sens de l'Histoire"... L'Enracinement est, comme l'affirme Camus, l'unique voie d'une renaissance, en 2014 comme en 1944, pour la France et pour la civilisation européenne, le seul programme authentiquement révolutionnaire dans un monde qui cherche sa boussole. L'ObsE vous en propose ici deux extraits. 

    "L'argent détruit les racines partout où il pénètre, en remplaçant tous les mobiles par le désir de gagner." (Ext p.34-35) 

    "L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est un des plus difficiles à définir. Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l'existence d'une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir. Participation naturelle, c'est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l'entourage. Chaque être humain a besoin d'avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l'intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie. 

    Les échanges d'influences entre milieux très différents ne sont pas moins indispensables que l'enracinement dans l'entourage naturel. Mais un milieu déterminé doit recevoir une influence extérieure non pas comme un apport, mais comme un stimulant qui rende sa vie propre plus intense. Il ne doit se nourrir des apports extérieurs qu'après les avoir digérés, et les individus qui le composent ne doivent les recevoir qu'à travers lui. Quand un peintre de réelle valeur va dans un musée, son originalité en est confirmée. Il doit en être de même pour les diverses populations du globe terrestre et les différents milieux sociaux. 

    Il y a déracinement toutes les fois qu'il y a conquête militaire, et en ce sens la conquête est presque toujours un mal. Le déracinement est au minimum quand les conquérants sont des migrateurs qui s'installent dans le pays conquis, se mélangent à la population et prennent racine eux-mêmes. Tel fut le cas des Hellènes en Grèce, des Celtes en Gaule, des Maures en Espagne. Mais quand le conquérant reste étranger au territoire dont il est devenu possesseur, le déracinement est une maladie presque mortelle pour les populations soumises. Il atteint le degré le plus aigu quand il y a déportations massives, comme dans l'Europe occupée par l'Allemagne ou dans la boucle du Niger, ou quand il y a suppression brutale de toutes les traditions locales, comme dans les possessions françaises d'Océanie (s'il faut croire Gauguin et Alain Gerbault).

    Même sans conquête militaire, le pouvoir de l'argent et la domination économique peuvent imposer une influence étrangère au point de provoquer la maladie du déracinement.

    Enfin les relations sociales à l'intérieur d'un même pays peuvent être des facteurs très dangereux de déracinement. Dans nos contrées, de nos jours, la conquête mise à part, il y a deux poisons qui propagent cette maladie. L'un est l'argent. L'argent détruit les racines partout où il pénètre, en remplaçant tous les mobiles par le désir de gagner. Il l'emporte sans peine sur les autres mobiles parce qu'il demande un effort d'attention tellement moins grand. Rien n'est si clair et si simple qu'un chiffre."  

    "Ce n'est pas l'adolescent abandonné, misérable vagabond, à l'âme affamée, qu'il est juste d'accuser, mais ceux qui lui ont donné à manger du mensonge" (à propos du jeune Hitler, Ext p.156 à 160) 

    "On doute de tout en France, on ne respecte rien, il a des gens qui méprisent la religion, la patrie, l’État, les tribunaux, la propriété, l'art, enfin toutes choses ; mais leur mépris s'arrête devant la science. Le scientisme le plus grossier n'a pas d'adeptes plus fervents que les anarchistes. Le Dantec est leur grand homme. Les « bandits tragiques » de Bonnot y puisaient leur inspiration, et celui d'entre eux qui était plus que les autres un héros aux yeux de ses camarades était surnommé « Raymond la Science ». À l'autre pôle, on rencontre des prêtres ou des religieux pris par la vie religieuse au point de mépriser toutes les valeurs profanes, mais leur mépris s'arrête devant la science. Dans toutes les polémiques où la religion et la science semblent être en conflit, il y a du côté de l'Église une infériorité intellectuelle presque comique, car elle est due, non à la force des arguments adverses, généralement très médiocres, mais uniquement à un complexe d'infériorité.

    Par rapport au prestige de la science il n'y a pas aujourd'hui d'incroyants. Cela confère aux savants, et aussi aux philosophes et écrivains en tant qu'ils écrivent sur la science, une responsabilité égale à celle qu'avaient les prêtres du XIIIe siècle. Les uns et les autres sont des êtres humains que la société nourrit pour qu'ils aient le loisir, de chercher, de trouver et de communiquer ce que c'est que la vérité. Au XXe siècle comme au XIIIe, le pain dépensé à cet effet est probablement, par malheur, du pain gaspillé, ou peut-être pire.

    L'Église du XIIIe siècle avait le Christ ; mais elle avait l'Inquisition. La science du XXe siècle n'a pas d'Inquisition ; mais elle n'a pas non plus le Christ, ni rien d'équivalent.

    La charge assumée aujourd'hui par les savants et par tous ceux qui écrivent autour de la science est d'un poids tel qu'eux aussi, comme les historiens et même davantage, sont peut-être plus coupables des crimes d'Hitler qu'Hitler lui-même.

    C'est ce qui apparaît dans un passage de Mein Kampf : « L'homme ne doit jamais tomber dans l'erreur de croire qu'il est seigneur et maître de la nature... Il sentira dès lors que dans un monde où les planètes et les soleils suivent des trajectoires circulaires, où des lunes tournent autour des planètes, où la force règne partout et seule en maîtresse de la faiblesse, qu'elle contraint à la servir docilement ou qu'elle brise, l'homme ne peut pas relever de lois spéciales. »

    Ces lignes expriment d'une manière irréprochable la seule conclusion qu'on puisse raisonnablement tirer de la conception du monde enfermée dans notre science. La vie entière d'Hitler n'est que la mise en œuvre de cette conclusion. Qui peut lui reprocher d'avoir mis en œuvre ce qu'il a cru reconnaître pour vrai ? Ceux qui, portant en eux les fondements de la même croyance, n'en ont pas pris conscience et ne l'ont pas traduite en actes, n'ont échappé au crime que faute de posséder une certaine espèce de courage qui est en lui.

    Encore une fois, ce n'est pas l'adolescent abandonné, misérable vagabond, à l'âme affamée, qu'il est juste d'accuser, mais ceux qui lui ont donné à manger du mensonge. Et ceux qui lui ont donné à manger du mensonge, c'étaient nos aînés, à qui nous sommes semblables.

    Dans la catastrophe de notre temps, les bourreaux et les victimes sont, les uns et les autres, avant tout les porteurs involontaires d'un témoignage sur l'atroce misère au fond de laquelle nous gisons.

    Pour avoir le droit de punir les coupables, il faudrait d'abord nous purifier de leur crime, contenu sous toutes sortes de déguisements dans notre propre âme. Mais si nous réussissons cette opération, une fois qu'elle sera accomplie nous n'aurons plus aucun désir de punir, et si nous croyons être obligés de le faire, nous le ferons le moins possible et avec une extrême douleur.

    Hitler a très bien vu l'absurdité de la conception du XVIIIe siècle encore en faveur aujourd'hui, et qui d'ailleurs a déjà sa racine dans Descartes. Depuis deux ou trois siècles on croit à la fois que la force est maîtresse unique de tous les phénomènes de la nature, et que les hommes peuvent et doivent fonder sur la justice, reconnue au moyen de la raison, leurs relations mutuelles. C'est une absurdité criante. Il n'est pas concevable que tout dans l'univers soit absolument soumis à l'empire de la force et que l'homme puisse y être soustrait, alors qu'il est fait de chair et de sang et que sa pensée vagabonde au gré des impressions sensibles." "La charge assumée aujourd'hui par les savants et par tous ceux qui écrivent autour de la science est d'un poids tel qu'eux aussi, comme les historiens et même davantage, sont peut-être plus coupables des crimes d'Hitler qu'Hitler lui-même."

    Il n'y a qu'un choix à faire. Ou il faut apercevoir à l'œuvre dans l'univers, à côté de la force, un principe autre qu'elle, ou il faut reconnaître la force comme maîtresse unique et souveraine des relations humaines aussi.

    Dans le premier cas, on se met en opposition radicale avec la science moderne telle qu'elle a été fondée par Galilée, Descartes et plusieurs autres, poursuivie au XVIIIe siècle, notamment par Newton, au XIXe, au XXe. Dans le second, on se met en opposition radicale avec l'humanisme qui a surgi à la Renaissance, qui a triomphé en 1789, qui, sous une forme considérablement dégradée, a servi d'inspiration à toute la IIIe République.

    La philosophie qui a inspiré l'esprit laïque et la politique radicale est fondée à la fois sur cette science et sur cet humanisme, qui sont, on le voit, manifestement incompatibles. On ne peut donc pas dire que la victoire d'Hitler sur la France de 1940 ait été la victoire d'un mensonge sur une vérité. Un mensonge incohérent a été vaincu par un mensonge cohérent. C'est pourquoi, en même temps que les armes, les esprits ont fléchi.

    Au cours des derniers siècles, on a confusément senti la contradiction entre la science et l'humanisme, quoiqu'on n'ait jamais eu le courage intellectuel de la regarder en face. Sans l'avoir d'abord exposée aux regards, on a tenté de la résoudre. Cette improbité d'intelligence est toujours punie d'erreur.  

    L'utilitarisme a été le fruit d'une de ces tentatives. C'est la supposition d'un merveilleux petit mécanisme au moyen duquel la force, en entrant dans la sphère des relations humaines, devient productrice automatique de justice. Le libéralisme économique des bourgeois du XIXe siècle repose entièrement sur la croyance en un tel mécanisme. La seule restriction était que, pour avoir la propriété d'être productrice automatique de justice, la force doit avoir la forme de l'argent, à l'exclusion de tout usage soit des armes soit du pouvoir politique.

    Le marxisme n'est que la croyance en un mécanisme de ce genre. Là, la force est baptisée histoire ; elle a pour forme la lutte des classes ; la justice est rejetée dans un avenir qui doit être précédé d'une espèce de catastrophe apocalyptique.

    Et Hitler aussi, après son moment de courage intellectuel et de clairvoyance, est tombé dans la croyance en ce petit mécanisme. Mais il lui fallait un modèle de machine inédit. Seulement il n'a pas le goût ni la capacité de l'invention intellectuelle, en dehors de quelques éclairs d'intuition géniale. Aussi a-t-il emprunté son modèle de machine aux gens qui l'obsédaient continuellement par la répulsion qu'ils lui inspiraient. Il a simplement choisi pour machine la notion de la race élue, la race destinée à tout faire plier, et ensuite à établir parmi ses esclaves l'espèce de justice qui convient à l'esclavage.

    À toutes ces conceptions en apparence diverses et au fond si semblables, il n'y a qu'un seul inconvénient, le même pour toutes. C'est que ce sont des mensonges.

    La force n'est pas une machine à créer automatiquement de la justice. C'est un mécanisme aveugle dont sortent au hasard, indifféremment, les effets justes ou injustes, mais, par le jeu des probabilités, presque toujours injustes. Le cours du temps n'y fait rien ; il n'augmente pas dans le fonctionnement de ce mécanisme la proportion infime des effets par hasard conformes à la justice.

    Si la force est absolument souveraine, la justice est absolument irréelle. Mais elle ne l'est pas. Nous le savons expérimentalement. Elle est réelle au fond du cœur des hommes. La structure d'un cœur humain est une réalité parmi les réalités de cet univers, au même titre que la trajectoire d'un astre.

    Il n'est pas au pouvoir d'un homme d'exclure absolument toute espèce de justice des fins qu'il assigne à ses actions. Les nazis eux-mêmes ne l'ont pas pu. Si c'était possible à des hommes, eux sans doute l'auraient pu. (...)

    Si la justice est ineffaçable au cœur de l'homme, elle a une réalité en ce monde. C'est la science alors qui a tort. 

    Non pas la science, s'il faut parler exactement, mais la science moderne. Les Grecs possédaient une science qui est le fondement de la nôtre. Elle comprenait l'arithmétique, la géométrie, l'algèbre sous une forme qui leur était propre, l'astronomie, la mécanique, la physique, la biologie. La quantité des connaissances accumulées était naturellement beaucoup moindre. Mais par le caractère scientifique, dans la signification que ce mot a pour nous, d'après les critères valables à nos yeux, cette science égalait et dépassait la nôtre. Elle était plus exacte, plus précise, plus rigoureuse. L'usage de la démonstration et celui de la méthode expérimentale étaient conçus l'un et l'autre dans une clarté parfaite.

    http://www.oragesdacier.info/2014/05/simone-weil-et-lenracinement-un-tresor.html