La XXIe université annuelle du Club de l'Horloge s'est tenue à Saint-Germain-en-Laye, les 19 et 20 novembre dernier. Le thème en était :
La république en danger. Le moins qu'on puisse dire est que, juste après les émeutes sans précédent qui ont secoué de nombreuses banieues ethniques, et la France par contrecoup, le thème était d'une... brûlante actualité.
À travers l'analyse des dangers qui menacent aujourd'hui la république, l'université du Club de l'Horloge était l'occasion de réfléchir à ce qu'est la république celle qu'il faut défendre et à quelques notions connexes, comme la citoyenneté, l'intégration, ou la laïcité. On en revenait fondamentalement à ce qui est au cœur de la doctrine du Club : la défense conjointe de la souveraineté et de la liberté, qui sont au cœur de la notion de république (française), et sont attaquées de toutes parts.
Mais il faut d'abord définir ce que l'on entend par république. La question n'est pas simple. En introduction, Henry de Lesquen l'exposa dans sa complexité, dégageant les deux sens principaux d'un terme«ambivalent».
Dans les dictionnaires, la république est d'abord définie de façon négative, comme le régime où le pouvoir n'est pas détenu par un seul, et où le chef d'Etat n'est pas héréditaire. Le second sens est le sens originel du mot : res publica, la chose publique, définition positive qui renvoie au bien commun. Mais ce sens-là ne définit pas un régime "républicain". Pour Jean Bodin comme pour Platon, la meilleure république est la monarchie. Et Rousseau dira que la république, c'est tout Etat régi par des lois. D'autre part, en France, le mot a reçu un autre contenu "positif' en devenant le slogan d'un parti, le parti dit républicain, autrement dit celui de la franc-maçonnerie qui s'est érigée en conscience de la République et a mené au nom de cette république une guerre de religion entre 1871 et 1914.
Laïcité et laïcisme
À l'«ambivalence» du mot république correspond ici l'ambivalence du mot laïcité. François-Georges Dreyfus montrera que la prétendue«laïcité à la française», «républicaine», n'est pas la laïcité, mais un laïcisme de combat anticatholique, une idéologie antireligieuse, qui deviendra religion d'Etat à partir de 1877, culminant dans la loi de 1905. La situation changera avec l'union sacrée et la fraternité des armes pendant la guerre de 14-18. Il y aura alors une chute durable de l'anticléricalisme. Le laïcisme renaîtra après Mai 68, à la faveur des lois concernant les mœurs, puis de l'arrivée de la gauche au pouvoir.
La république qui est en danger et qu'il faut défendre n'est donc pas la république maçonnique du laïcisme. Ce n'est pas non plus la république socialiste qui détruit les libertés sociales et économiques, et comme dans chaque université du Club de l'Horloge nous avons eu une leçon d'idéologie libérale pure et dure, délivrée cette fois (brillamment, mais pourquoi un tel individualisme extrémiste ?) par le professeur Gérard Bramoullé d'Aix-en-Provence.
La souveraineté
La république dont parle le Club de l'Horloge (c'est aussi la Constitution de la Ve) se fonde sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Il y est question de la souveraineté de la nation, et de l'égalité en droit des citoyens.
La république est donc en danger quand on porte atteinte à la souveraineté nationale. Toute Constitution est l'expression de la souveraineté, rappela Olivier Gohin, professeur à Paris II, et l'opposition entre la Constitution française et la virtuelle Constitution européenne «correspond à une lutte à mort entre l'Etat français en déliquescence, qui s'efforce parfois de résister, et un Etat européen en construction, qui prétend toujours le submerger». Le peuple français a exercé la souveraineté nationale lors du référendum du 29 mai, mais l'entreprise de sape européiste se poursuit, provoquant une grave crise, dont on ne peut sortir que par la réaffirmation de la souveraineté, qui est«une idée neuve en Europe, et c'est l'Europe des souverainetés nationales qui est à construire».
Roland Hureaux montra quant à lui comment la décentralisation est«sournoisement» une menace pour la république, quand elle s'effectue sous la pression d'une Union européenne ayant pour but de constituer une "Europe des régions". Cette décentralisation sous influence menace à la fois l'unité nationale, l'autorité de l'Etat et la souveraineté.
La citoyenneté et la "discrimination positive"
La notion de citoyen est consubstantielle à celle de république. Le mot citoyen est aujourd'hui mis à toutes les sauces, au point que son sens est dénaturé, voire même inversé (certaines « attitudes citoyennes »prônées par des lobbies sont le contraire de ce que l'on attend d'un citoyen). C'est ce que décrivit Blaise-Saint-Dizier, président de SOS Identité, qui revint au sens premier du mot : dans la cité antique, la citoyenneté est le droit de participer au culte de la cité. Le citoyen est l'enfant de la patrie, il a besoin d'un triple enracinement, personnel, sur un territoire, et dans une Histoire. Blaise Saint-Dizier apportait la dimension d'héritage qui manque singulièrement à la Déclaration des droits de l'homme.
Le multiculturalisme est en soi antinomique avec le concept républicain de citoyenneté. C'est pourquoi la république ne concevait naguère l'accueil des étrangers que dans le cadre de l'assimilation. Olivier Martinelli analysa comment on est passé subrepticement à «l'intégration», et quel est le véritable sens de ce mot ambigu. L'assimilation, c'est devenir chez autrui comme autrui, l'intégration c'est vivre comme chez soi chez autrui. L'intégration est en fait une transition entre l' assimilation et la société multiculturelle. Laquelle menace gravement la souveraineté territoriale, l'équilibre social et l'identité culturelle de la nation (comme l'actualité en donne l'explosif exemple). Le plus grave est que la société multiculturelle n'est elle-même qu'une transition entre deux assimilations, celle des étrangers à la communauté nationale, et celle de la population française à un cosmopolitisme universel.
L'intégration n'est donc pas républicaine. A plus forte raison n'est pas républicaine la "discrimination positive", sur laquelle se pencha Xavier Van Lierde, pour établir que ce concept viole à la fois les principes de liberté, d'égalité et de fraternité : par la discrimination positive, on tente d'établir de force l'égalité par la loi (comme le revendique Sarkozy), alors que les citoyens sont égaux devant la loi, et l'on scinde la communauté nationale en communautés dépositaires de droits spécifiques.
Sans doute manquait-il une contribution spécifique sur l'islam. Mais Henry de Lesquen combla cette lacune en énonçant in fine le problème, qui peut se résumer ainsi :«On ne peut pas être à la fois pieux musulman et français», puisque le pieux musulman, aussi pacifique soit-il, ne peut que vouloir l'instauration de la charia, il ne considérera donc jamais la loi républicaine française comme légitime.
En conclusion, on pourra reprendre les derniers mots de l'introduction d'Henry de Lesquen : « En défendant la république, nous défendons la France.» Car ce qui importe en effet, au-delà du régime politique et des principes qu'il véhicule, c'est la pérennité de la France.
Yves DAOUDAL National Hebdo du 1 au 7 décembre 2005
France et politique française - Page 4815
-
LES MENACES QUI PÈSENT SUR LA RÉPUBLIQUE METTENT LA FRANCE EN PERIL
-
Les impasses du hollandisme
Jamais, depuis qu’il est à l’Elysée, il n’a en effet semblé aussi cerné.
Certains de ses conseillers n’auraient pas trouvé aberrant qu’il garde le silence. D’autres estimaient suffisante une brève prise de parole à l’issue du défilé militaire sur les Champs-Elysées. Quelques-uns, enfin, défendaient l’idée d’une tribune dans la presse : au moins le président de la République n’aurait-il dit que ce qu’il souhaitait dire, sans dépendre de questions posées par d’autres.
Comme souvent, François Hollande a attendu le dernier moment pour trancher, et ce n’est que mercredi 10 juillet qu’il a fait connaître son choix : dimanche, jour de la fête nationale, il s’exprimera finalement sur TF1 et France 2, sous la forme d’un entretien avec les journalistes Claire Chazal et Laurent Delahousse. Comme en 2012, en somme, à un détail près : l’interview se fera depuis l’Elysée, en dépit de l’engagement contraire pris pendant sa campagne…
On comprend que le chef de l’Etat et son entourage se soient interrogés longtemps sur l’opportunité d’un tel rendez-vous. De l’avis général, y compris parmi ses proches, ses deux derniers passages à la télévision ont été des échecs. Son face-à-face avec David Pujadas, le 28 mars sur France 2 ? Trop long et trop « techno ». Sa prestation dans « Capital », le 16 juin sur M6 ? « Inadaptée » voire « inutile », convient-on volontiers à l’Elysée, où l’audience calamiteuse de l’émission a fait l’effet d’une douche froide. Dès lors, la question se posait nécessairement pour le 14-Juillet : à quoi bon s’exposer à nouveau ? Et pour dire quoi qui n’ait déjà été dit ?
Comme à la veille de ses précédentes interventions devant les Français, ce sont les mêmes attentes qui s’expriment aujourd’hui à l’égard de M. Hollande. « On a besoin du récit de la nation, on a besoin de cet esprit collectif français, c’est fondamental. Le rôle du chef de l’État, c’est d’impulser, de donner le sens de la vision. J’imagine que ce sera sa perspective le 14 juillet », explique ainsi Pierre Moscovici, le ministre de l’économie et des finances.
« Ce que l’on vit n’est pas seulement une crise conjoncturelle, c’est un changement du monde, le basculement du centre de gravité vers l’Asie. Quelle place pour la France ? Quel rôle pour l’Europe ? C’est ça, historiquement, le mandat de François Hollande », estime quant à lui Laurent Fabius. Une façon pour le ministre des affaires étrangères de sous-entendre que c’est à cette hauteur-là que doit se situer la parole présidentielle.
Un président cerné
S’il entend depuis le début de son mandat ces mêmes appels à définir le « cap » de son action ou sa « vision » de la France de demain, le chef de l’Etat se trouve pourtant dans une situation inédite. Jamais, depuis qu’il est à l’Elysée, il n’a en effet semblé aussi cerné. Jamais n’est apparue de façon aussi nette son incapacité à promouvoir sa politique.
Pierre Moscovici en a fait l’amère expérience, dimanche 7 juillet, lors des Rencontres d’Aix-en-Provence où se pressaient économistes et chefs d’entreprise. Il a entendu les applaudissements de la salle quand Pierre-André de Chalendar, le président de Saint-Gobain, accusa les politiques de manquer de courage et de constance, expliquant que « la France est passée du déni au zigzag ». Il a surtout entendu les huées dont il fut l’objet quand il prit la parole à son tour pour défendre la politique du gouvernement.
Ancien vice-président du Cercle de l’industrie, « social-démocrate » assumé, le ministre de l’économie ne s’attendait pas à cela : s’il y en a un au gouvernement qui connaît le patronat, c’est bien lui. Manifestement, cela n’a pas suffi…
Pour se rassurer, le gouvernement ne voudrait voir dans ce vif échange que la démonstration d’une énième fronde patronale, une sorte de mouvement antipolitique, anti-impôt, aux relents poujadistes. La réalité est en fait plus préoccupante. Car, depuis le début du quinquennat, une partie des amis de François Hollande estime qu’il n’a pas pris la mesure de la crise, qu’il ne réforme pas assez vite, qu’il recourt trop à l’impôt, au risque de casser la croissance.
Le débat sur « l’autre ligne »
À Bercy, surtout, mais aussi dans d’autres cabinets ministériels, des conseillers qui s’affichent pourtant comme « socialistes » font un diagnostic analogue à celui que dresse Jacques Attali, l’ancien conseiller de François Mitterrand, dans son livre Urgences françaises (Fayard, 15,50 euros) : « La France ne sait pas se réformer. Le programme de François Hollande manque d’ambition depuis le départ. »
Mais le drame de François Hollande n’est pas seulement qu’il peine à convaincre ses alliés dans son camp. Depuis le début de son mandat, plane le débat récurrent de « l’autre ligne », celle de la relance économique face au sérieux budgétaire, celle de la gauche rassemblée face à la majorité brouillonne.
Depuis quelques semaines, des signes inquiètent particulièrement les proches du chef de l’Etat. Il suffit que les ministres Montebourg, Hamon, Duflot et Taubira dînent ensemble pour que surgisse l’idée d’une conspiration en marche.
Il suffit que l’aile gauche du PS prenne une initiative commune sur la réforme fiscale avec les amis de Benoît Hamon et les anciens du courant des « reconstructeurs » désormais disséminés entre les clubs de la « Gauche durable » et de la « Gauche populaire », pour que les grognards « hollandais » – Stéphane Le Foll, Bruno Le Roux et François Rebsamen en tête – s’agitent en coulisses. « On sent monter quelque chose de pas bon dans la majorité et le parti, quelque chose d’assez construit regroupant des gens venus de courants différents », confie l’un d’entre eux.
Le perdant-perdant hollandais
Sans le dire clairement, ces amis du chef de l’Etat soupçonnent une « nébuleuse oppositionnelle » – mal identifiée encore – de vouloir remettre au centre du jeu leur ennemie jurée, Martine Aubry, superbement muette depuis un an. « Elle est la seule dans le casting général capable de porter une alternative », affirme un élu proche de la maire de Lille.
Pour l’heure, les partisans d’un aggiornamento hésitent toutefois à sortir trop tôt du rang : le limogeage de Delphine Batho leur a démontré que l’Elysée et Matignon étaient capables de frapper fort et de couper les têtes dures. Alors, pour l’instant, ils se contentent de persifler en privé, de tempêter contre l’« autosatisfaction » qui règne à la tête de l’Etat, de brocarder le cabinet « techno » et « hors-sol » de l’Elysée, de tenter de fédérer les mécontents, mais sans encore passer à l’offensive ouverte.
Voilà donc où en est François Hollande : pris sous le feu d’une double pression. D’un côté, il attise l’impatience de ceux qui rêvent déjà de redistribution et souhaitent le moins possible toucher aux acquis, persuadés que la crise économique va laisser place à un prochain cycle de croissance. De l’autre, il exaspère ceux qui veulent du sang et des larmes et qui, à l’inverse des premiers, sont convaincus que la crise est beaucoup plus profonde qu’il ne le dit…
Lire aussi : Popularité de M. Hollande : le décrochage de l’électorat de gauche
Refusant de choisir, s’efforçant de se situer au point d’équilibre entre ce qu’il considère être deux abîmes, il en arrive à cette impasse : à vouloir ne déplaire à personne, il prend le risque de mécontenter tout le monde. « Le président est un funambule qui avance sur un fil entre la colère possible des marchés financiers et celle du peuple. Il évite de cristalliser la situation, tout en désendettant dans une France désabusée », explique le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis.
La tour d’ivoire de l’Elysée
Pour l’heure, ce vent mauvais ne semble pas avoir franchi les grilles de l’Elysée, où les conseillers du président s’emploient à relativiser les motifs d’inquiétude. La grogne qui monte au sein du Parti socialiste ? « Ça montre que le PS est un parti de débat et, en même temps, ça n’empêche pas que les textes soient votés : pour nous, c’est donc gagnant-gagnant », veut croire un conseiller.
L’incapacité du gouvernement à parler d’une seule voix, comme l’a encore montré, jeudi, le recadrage d’Arnaud Montebourg par Jean-Marc Ayrault après les propos favorables au gaz de schiste tenus l’avant-veille par le ministre du redressement productif ? « Bien sûr que plus de cohérence serait parfois préférable. Mais après tout, est-ce si grave ? Les Français voient qu’il y a de la sincérité là-dedans, pas comme si tout le monde était artificiellement le doigt sur la couture du pantalon », évacue un autre.
L’impatience grandissante des Français ? « C’est normal que les résultats mettent du temps à venir : quand vous creusez un sillon et que vous semez des graines, ça ne pousse pas tout de suite », philosophe un troisième conseiller.
Est-ce à dire qu’il n’y a rien à amender, rien à corriger ? Si, bien sûr : « Il faut qu’on ressoude un peu la majorité », reconnaît l’entourage du président, qui pour cela mise sur son déjeuner hebdomadaire avec Jean-Marc Ayrault avancé au lundi, afin de caler en amont la stratégie de la semaine. Et espère que la multiplication des rendez-vous à l’Elysée avec les fortes têtes de la majorité parlementaire (aile gauche du PS, écologistes) nourrisse le dialogue et assoupisse leur impatience.
Pour le reste, les inflexions prévues sont essentiellement de l’ordre de la mise en mots. A l’Elysée comme au gouvernement, l’interview accordée au Monde du 10 juillet par Stéphane Le Foll, dans laquelle le ministre de l’agriculture explique que « changer de cap serait une erreur », mais que « changer [de] discours » est nécessaire, a été appréciée. « Stéphane a raison. La deuxième année du quinquennat doit être une année un peu différente. Dans la première, on avait à faire face à la crise de la zone euro, à créer le socle du changement. Maintenant, il faut essayer d’être plus dans l’explication », commente Pierre Moscovici, qui se promet de multiplier les déplacements de terrain pour être « au plus près des entreprises et des salariés »
Quatre ans…
Rien ne semble ébranler la confiance de l’exécutif, ni les doutes qui montent dans son camp, ni le retour dans l’arène de Nicolas Sarkozy à droite. Là encore la démonstration de force de l’ancien chef de l’Etat, lundi 8 juillet à l’UMP, dont le comportement souligne en creux ce que n’est pas François Hollande – audacieux, transgressif, prêt à tout –, ne fait pas peur.
L’idée que l’ancien président, un an seulement après sa défaite, puisse déjà apparaître comme un recours, est balayée d’un revers de main. « Les Français ont la mémoire longue. Dans le pays, il n’y a pas d’envie de le voir revenir », assure ainsi Pierre Moscovici.
Flagrant déni de réalité ou lucidité stoïque ? Quoi qu’il en soit, François Hollande n’a pas l’intention, pour l’heure, de se départir de sa sérénité à toute épreuve. Explication d’un proche : « Ce qui compte pour lui, ce n’est pas la courbe des sondages, c’est la courbe du chômage. Et puis de toute façon, il a le temps et les institutions pour lui. La présidentielle, c’est dans quatre ans. »
Bastien Bonnefous, Françoise Fressoz et Thomas Wieder
Le Monde .fr 12/07/2013 http://www.polemia.com -
La droite manquera-t-elle le train ou s'assumera-t-elle ?
Extrait d'une tribune signée par "Les Arvernes", un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs, dans Valeurs actuelles, à propos du grand mouvement de contestation né en France :
"Il n’y aurait rien d’étonnant ou de particulièrement nouveau dans tout cela si ce mouvement ne se caractérisait par la grande jeunesse de ses participants. Car, au travers de la “manif pour tous”, s’exprime la naissance d’une génération politique à droite, encore quelque peu individualiste (Internet oblige), décidée à mettre en pièces les valeurs que les baby-boomers, leurs parents et grands-parents, leur ont imposées. [...]
Plus important encore, ce peuple de droite qui (re)naît est orphelin.
La droite républicaine, absorbée par ses combats personnels, incapable de s’assumer au-delà du discours, ne sait plus quelles sont ses valeurs. Hier, Nicolas Sarkozy, qui avait fait le bon diagnostic en 2007 (« les solutions sont à droite »), n’a pas assumé son discours.
Aujourd’hui, le fillonisme est une “centrisation” malhabile. La droite se déchire de ne plus savoir qui elle est.
L’extrême droite, qui devrait naturellement recueillir une bonne part des fruits de ce mouvement, n’y parvient pas non plus. Marine Le Pen, après avoir “mélenchonisé” son programme économique, a commis l’erreur insensée de ne pas soutenir immédiatement et sans réserve ce combat contre le mariage homosexuel.
Dans un tel contexte, un gigantesque espace politique se crée à droite. À l’heure où l’on parle tant de l’Allemagne, il n’a jamais été, pour nous, aussi évident qu’une demande politique non satisfaite s’exprime en France. Cette demande, c’est une politique économique moderne et progressiste (une politique de l’offre, et non de la demande), une politique sociale conservatrice et qui assume — enfin — les valeurs de droite, une ouverture à l’Europe et au monde qui défende sans réserve les intérêts des Français. En un mot, une CDU-CSU à la française.
Écouter et comprendre ce mouvement n’est pas simplement l’intérêt de la droite si elle veut revenir au pouvoir. C’est aussi l’intérêt du pays et de l’Europe tout entière."
-
EXCLUSIF: Trierweiler convoquée chez le juge en septembre
Xavier Kemlin vient de nous faire savoir aujourd’hui que le juge d'instruction a accepté sa plainte déposée contre Valérie Trierweiler avec constitution de partie civile pour recel de détournement de fonds publics. À la suite de quoi, un dépôt de 2000 euros lui a été demandé.L’instruction va donc suivre son cours et Valérie Trierweiler devrait être convoquée chez le juge dès le mois de septembre. En même temps que Xavier Kemlin. C’est à l’issue de cette audition que le juge pourrait prononcer la mise en examen de la « première concubine ».Totalement passée sous silence par les médias, l’affaire est pourtant on ne peut plus importante : en effet, elle débouche inévitablement sur la situation de « concubinage notoire » du couple Hollande-Trierweiler et sa non déclaration à l’ISF lors de l’élection présidentielle.Une élection présidentielle qui, si la loi est appliquée, se verrait alors invalidée par le Conseil Constitutionnel. Ainsi que toutes les décisions prises par la Présidence depuis mai 2012. Souhaitons que la Justice suive normalement son cours.RAPPEL DES FAITSConformément aux dispositions de l'article 85 du Code de Procédure Pénale, au printemps dernier, Xavier KEMLIN avait déposé plainte contre Valérie Trierweiler avec constitution de partie civile pour recel de détournement de fonds publics.En effet, l'article 432-15 dispose :« Le fait par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public, un comptable public, un dépositaire public ou l'un de ses subordonnés, de détruire détourner ou soustraire un acte ou un titre des fonds publics ou privés (….) est puni de 10 ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende. »Par ailleurs, l'article 432-16 stipule :« Lorsque la destruction ou le détournement ou la suppression par un tiers des biens visés à l'article 432-15 résulte de la négligence d'une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public, d'un comptable public ou d'un dépositaire public, celle-ci est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. »Ainsi dans la mesure où Madame Valérie TRIERWEILER n'est dépositaire d'aucune autorité publique, qu'elle n'est pas davantage chargée apparemment d'une mission de service public, elle ne peut bénéficier d'usage de fonds publics.
Sur le sujet, voir les articles du Gaulois : -
L’impasse d’une économie sans racines
Insidieusement le libéralisme et son avatar socialiste ont entraîné l’économie dans un « nouvel âge » : l’économie sans racine. Le libre-échange, que défendaient les grands auteurs classiques, est aujourd’hui dépassé par la conjonction de trois phénomènes : politique - le renversement de la souveraineté des nations -, économique - la « financiarisation » des activités productives - et technique - l’explosion des systèmes de communications et de transports. Cette focalisation d’événements, fortement recherchée par les défenseurs de la « pensée unique », se traduit par l’avènement d’une « économie éthérée » (ou peut-être « éterrée », c’est-à-dire sans terre...) à l’heure où l’homme n’a jamais autant eu besoin d’Identité nationale depuis que le nihilisme ambiant a désenchanté le monde.
À l’origine, le libéralisme classique défendait le principe d’une économie monde. Ce système était construit sur la complémentarité. Chaque nation avait intérêt à se spécialiser dans une ou plusieurs branches précises pour exporter ses spécialités et importer les produits que le pays ne pouvait fabriquer, ses facteurs de production ayant été entièrement utilisés par sa branche d’excellence. Au XVIIIe Adam Smith défendait donc le principe des « avantages absolus », au XIXe son disciple David Ricardo le compléta avec la théorie des « avantages relatifs » et au XXe trois économistes développèrent le « théorème HOS » qui porte les initiales de ces éminents professeurs Hechscher, Ohlin et le prix Nobel d’économie de 1970 Samuelson.
Ces derniers, à travers leur loi sur la spécialisation des économies en fonction de « la proportion des facteurs disponibles » insistaient sur l’importance de la combinaison des facteurs classiques de production que chaque nation se doit d’exploiter pour exporter : le travail, le capital (au sens économique du terme, c’est-à-dire : machines, outils, usines, etc.) et surtout... « la Terre ».
La souveraineté des multinationales
Au XXIe la « pensée inique » libéralo-socialiste développe une nouvelle conception : « la mobilité absolue des moyens de production ». Pour imposer ce nouveau principe économique dominateur, trois processus parallèles ont été mis en œuvre au cours des dernières décennies.
Premier processus : éliminer les rigidités politiques. Pour « déblayer » le terrain économique il fallait préalablement supprimer les freins au libre-échange en renversant le principe de souveraineté nationale. Universellement et historiquement, jusqu’au milieu du XXe siècle, les États étaient les dépositaires de la souveraineté, les entreprises comme les citoyens subissaient leurs lois. Depuis la fin du siècle précédent, par la force ou par l’invention d’un « nouveau droit supranational » la souveraineté est transmise progressivement aux multinationales. Les détenteurs des pouvoirs étatiques ne font qu’exercer une action de syndic de copropriété au profit des grands intérêts privés. Les récentes visites de Jacques Chirac en Asie ne sont que la énième confirmation de la transformation de la présidence de la République en agence commerciale.
La C.I.A. est à cet égard très active pour supprimer toute forme de droit souverain lorsque ses commanditaires considèrent qu’elles peuvent être gênantes pour leurs opérations de délocalisation. Construite sur la négation de l’existence de toute forme de légalité nationale, elle se joue des frontières, comme viennent de le confirmer les récentes révélations sur ses agissements dans le transport et l’incarcération des personnes soupçonnées d’être ses ennemis. Le 11 septembre...1973 elle a donc renversé le président chilien Salvador Allende pour permettre au géant américain I.T.T de mieux exploiter « ses » mines de cuivre. En 2003 elle a monté un dossier mensonger sur les armes de destructions massives irakiennes pour permettre à Halliburton de mieux profiter des puits de pétroles mésopotamiens. En 2004 elle a installé un de ses anciens agents à la tête de la Commission Européenne pour mieux imposer les directives, qui favoriseront, au nom du droit supranational, la disparition des législations qui nuisent au libre échange des grandes firmes (petite précision sur les nouvelles règles étymologique du langage économique : l’expression « droit supra-national » n’utilise pas le terme « supra » pour ses liens avec le mot « supérieur » mais pour sa proximité avec « suppression » ... du droit national).
Le primat de la finance
Le deuxième processus est, lui, purement économique. Toutes les conceptions économiques, jusqu’au triomphe des monétaristes lors de la remise du prix Nobel au fondateur de cette nouvelle école de pensée Milton Friedman en 1976, partaient d’une approche philosophique de cette science. L’économie était destinée à favoriser le bonheur du genre humain en recherchant les meilleurs moyens pour assurer la félicité sur terre.
Depuis les premières expériences d’application de cette nouvelle doctrine au Chili et en Israël, à partir de 1973, les priorités économiques ne sont plus centrées sur cet objectif. Seuls les intérêts financiers doivent primer. Tout doit être construit pour défendre la valeur de la monnaie, en commençant par les fondements de la Banque Centrale Européenne qui vient de relever une nouvelle fois ses taux d’intérêts bancaires pour s’assurer du strict respect de ses principes monétaristes. La finance a pris la place de la production. Les facteurs de production, en particulier les travailleurs, doivent être au service des résultats financiers et non l’inverse. Pour assurer le succès de ce nouveau principe la mobilité des facteurs se doit d’être absolue. Usines, machines, terres et travailleurs doivent pouvoir déménager là où les coûts de fabrication seront les plus faibles et les perspectives de marges bénéficiaires les plus fortes.
La complémentarité économique des origines classiques du libéralisme est balayée par le principe de délocalisation. L’attachement aux facteurs de production, à la terre, disparaît. Les productions agricoles peuvent même être produites hors sol. Les espèces animales (y compris l’espèce humaine) et végétales sont transplantées en fonction des calculs de rentabilité. La nouvelle carte des vins est très symbolique de ces « cépages français » qui au Chili et ailleurs viennent concurrencer nos plus grands crus après avoir été extraits de la Terre de France.
Planétarisation
Mais ces deux processus n’auraient jamais été pleinement possibles sans la révolution technologique que les transports et les télécommunications ont connue au cours des dernières décennies. Le « container » et le « World Wild Web » (le triple w d’internet) ont réduit la planète à la taille d’une simple province. Un porte-containers de plusieurs milliers de tonnes permet de relier Cherbourg à Boston en quatre jours. Un produit américain fabriqué le lundi aux U.S.A. peut être livré le samedi en Europe. Les liaisons aériennes marchandes sont encore plus véloces. Les avions sont vidés de leurs sièges passagers montés sur rails en fin de journée, pour mettre à bord des containers qui coulissent à la place des précédents habitacles. Aucun point de la planète n’est à moins de 24 heures de n’importe quel autre point géographique.
Le « triple w » a le mérite de la franchise de ses ambitions : ce nouveau monde (world) unique sera sauvage (wild), et son symbole l’araignée prendra dans sa toile (web) tous les consommateurs nécessaires pour faire fonctionner ce système de course perpétuelle à la surconsommation.
Ces révolutions technologiques sont utilisatrices de produits et de matières fondamentales, que les grandes firmes ne sauraient laisser aux mains de n’importe qui : le pétrole pour les transports et le cuivre pour le téléphone dont le Chili est toujours le premier producteur mondial. Vous comprendrez ainsi pourquoi l’interventionnisme américain ne se fait pas selon les lois du hasard. Vous comprendrez aussi pourquoi les campagnes des élections présidentielles « françaises », ne commencent plus à Lille ou à Avignon, comme un ringard qui confond encore la souris et le mulot, les avaient engagées, mais au ...Chili !
Avance masquée
Pour avancer dans cette mondialisation, ses promoteurs français préfèrent agir masqués. Au lieu de rechercher la traduction du vocabulaire anglo-saxon il préfèrent comme avec « www » donner une note d’exotisme à ces anglicismes qui nous envahissent pour ne pas révéler leurs significations. Un mot échappe pourtant à cette règle : « délocalisation ». La raison en est simple. Le terme anglo-saxon « outsourcing » est trop révélateur des ambitions que révèle cette nouvelle ère économique : « implanter la source ailleurs » ! Il ne s’agit plus de sous-traiter quelques composants dans une usine étrangère mais d’aller jusqu’à l’origine du produit. De couper toutes les racines de la production. Mais attention c’est avec des racines que l’on soigne les malades, c’est par les airs que la grippe aviaire voyage !
Yves LENORMAND L’Action Française 2000 du 16 mars au 5 avril 2006 -
Aggravation du millefeuille administratif
L'assemblée nationale débattait le 16 juillet d'un projet de loi gouvernemental, pratiquement inconnu des Français. Ce texte, adopté par le Sénat, se réclame de la Modernisation de l’action publique territoriale et de l’affirmation des métropoles (ouf !).
Déposant une motion préalable de rejet, (1)⇓ le porte-parole de l'opposition fit remarquer :
"Il a fallu près d’un an de concertation et de longs conciliabules derrière le rideau avant l’adoption en conseil des ministres d’un magma juridique proprement illisible, qui ressemblait davantage à une involontaire œuvre d’art brut sortie d’un concassage d’automobiles qu’à la loi claire que nous aimons quand nous savons écrire en français."Et de souligner avec humour :
"Encore un effort, camarades, pour être révolutionnaires, puisqu’il n’y a pas si longtemps, en 2010, vous aviez voté contre la loi créant les métropoles."Par cette loi on va alourdir encore le fameux "millefeuille" spécialité hexagonale. L'empilement des structures administratives françaises non seulement reste sans équivalent en Europe, mais il s'alourdit. Or, cet enchevêtrement crée une vaste confusion. Elle n’affecte pas seulement les élus, mais aussi tous les partenaires, tous ceux qui, au quotidien, doivent travailler avec des collectivités territoriales.
Plus grave, désormais, les citoyens ne comprennent plus cette répartition de compétences devenue de plus en plus complexe.
On multiplie les collectivités locales, alors même que les dotations qu'elles reçoivent de l'État central, et sans lesquelles leur fonctionnement se révèle impossible, vont diminuer, globalement de 10 % pour les années 2014 et 2015, soit une baisse de 4,5 milliards d’euros.
Clou du dispositif, la métropole parisienne s'enchevêtrera avec la région Ile-de-France, dont on se demande à quoi elle servira, les 7 départements rivaux et 142 communes. Son rôle essentiel, ce que la présidence précédente considérait comme le projet central du Grand Paris s'investira sur le schéma de transports public, sous le contrôle monopoliste du STIF. Cette instance répartitrice et organisatrice, que personne ne connaît dans le public, gère notamment à coût de subventions les recettes du VT, collectées sur les salaires des entreprises à hauteur de 2,7 %, ce dont aucun syndicaliste ne semble se préoccuper.
Opacité totale. Fiscalisme intégral. Étatisme accablant.
Bref, Mme Pécresse, chef de file de l'UMP en Ile-de-France peut dénoncer à juste titre : "La métropole est un monstre bureaucratique" (2)⇓ et se demander s'il ne signe pas l'acte de mort du Grand Paris. la commission des lois votait l'après-midi même plus de 200 amendements. Après 2 heures de débats, l'assemblée adoptait le texte. Il fallait, disait-on, aller vite. On s'est donc précipité : droit dans le mur, ce gouvernement reste toujours droit dans ses bottes.
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/
Apostilles
-
La Région Ile de France attribue 1,302 M€ à la recherche sur le gender
La région Île-de-France a voté vendredi 12 juillet 2013 plusieurs rapports sur sa politique scientifique, et attribue un budget de 22,8 millions d'euros au programme 2013 des 16 DIM (domaines d'intérêt majeurs). Ce budget est composé de 18,8 millions d'euros en autorisations d'engagement et de 4,1 millions d'euros en autorisations de programme. Outre le budget pour ses DIM (domaines d'intérêt majeur), la région Île-de-France adopte également l'attribution de 6 subventions d'un montant total de 76 700 euros en autorisations d'engagement pour « favoriser l'insertion professionnelle des jeunes chercheurs ».
Pour le poste GID (Genre, inégalités, discriminations) : 1 302 200 €
-
La liberté de conscience n’est plus répoublicaine…
par Dominique Daguet
L’exemple de la Vendée trotte toujours au sein de mes neurones : la loi s’imposait par la force, la conscience libre s’imposait par le martyre. Exemple tragique qu’il nous faut porter au plus profond de nos réflexions comme de nos actes.
Il est rare qu’une telle question se pose en France : aujourd’hui pourtant chacun, dans la mesure même où il est informé, doit se décider, non parce que la loi l’emporte toujours puisqu’elle émane de la force politique, mais parce que l’on a choisi en connaissance de cause soit son dictat, soit la décision d’une conscience amené à penser qu’on ne doit pas accomplir ce que dit cette loi.
Nombre de gens ont subi depuis 1974 des violences suite au vote qui légalisait et ainsi justifiait la pratique des « interruptions volontaires de grossesse », normalement nommées avortements : leur conscience exigeait d’eux qu’ils s’opposent par des actes non-violents mais expressifs.
Il nous convient de prendre la mesure de ce que l’État, en ces matières qui dépassent le seul niveau du politique pour atteindre le seuil de ce que l’on nomme « la civilisation », peut décider contre ceux qui le défient, armés, non de la force policière, non des jugements prononcés par des juges inféodés aux idéologies libertaires, francs-maçonnes ou marxistes, mais seulement d’une conviction qui leur fait savoir ou comprendre qu’il est impossible de commettre de tels actes, d’obéir à de tels règlements totalement opposés à leurs odéaux philosophiques, moraux ou chrétiens… [...]
La suite sur France Catholique
-
L’affaire Méric II : les remous d’une imposture
« Quant à l’information de RTL précisant que le militant antifa n’a pas été “lynché une fois par terre”, tout le monde le savait ».
D’abord instruments d’une récupération politique, les médias ont fini par opérer une prudente volte-face devant l’affaire Méric, à deux ou trois journaux près pour qui le réel, comme en ex-URSS, n’a de valeur que s’il démontre la doxa.
Quand le pouvoir médiatique est devenu globalement univoque, ses réactions trahissent presque toujours le même élan collectif et l’on assiste, pour le moins intrigué, à de grands emballements proches de l’hystérie de masse, puis à de subits revirements un peu honteux. C’est en tout cas très clairement l’impression que notre classe médiatique a donnée au sujet de l’affaire Méric.
Le phénomène ne laisse pas d’inquiéter, d’abord pour la dimension chaotique et frivole que cela traduit de son travail, et ensuite parce que cela témoigne d’une démocratie en très mauvais état de fonctionnement. En effet, dans une démocratie saine, ou dans n’importe quel régime « bien tempéré », les médias n’auraient pas été aussi grossièrement manipulés par un pouvoir aux abois comme nous le démontrions dans le précédent dossier, et, étant donné les éléments que tous avaient sous les yeux, si l’on tenait absolument à faire sortir l’affaire du champ des faits divers, on aurait dû avoir droit à des éclairages contradictoires. Une telle attitude ne réclamait même pas des qualités particulières, mais seulement la déontologie minimale de professionnels de l’information. L’évolution de l’histoire eût du moins paru moins calamiteuse… Or, après la furie initiale, la désignation tous azimuts des responsables de la mort d’un enfant, la martyrologie spontanée et le Chant des partisans entonné Place Saint-Michel, nous avons assisté, notamment après les révélations de RTL au sujet des films de vidéo-surveillance ayant enregistré la rixe entre Skins et Antifas, à un étrange et soudain retournement de situation…
Une nouvelle version ?
Les images de vidéo-surveillance et le procès-verbal des vigiles accablent les Antifas et confirment les allégations d’Esteban Morillo et de ses acolytes : les Antifas auraient bien rempli la fonction qui est la leur, c’est-à-dire « chasser du Skin » et Clément Méric, s’il était le plus faible du groupe, aurait également été le plus virulent. Attaquant dans le dos un adversaire déjà confronté à deux hommes, le futur martyr, initiateur de la confrontation, ne s’encombrait visiblement pas de principes chevaleresques. Après la révélation choc de RTL le 25 juin, les autres médias la reprennent, sans le moindre mea culpa, mais comme s’il s’agissait, au fond, d’un rebondissement inattendu. Le Figaro du lendemain raconte comment la vidéo-surveillance montre l’affaire « sous un jour nouveau ». Dans la presse locale, on trouve le même genre d’expression : « L’autre version », titrent Le Bien public, Les Dernières Nouvelles d’Alsace comme Le Dauphiné libéré. Pourquoi, l’autre version ? Avant cette vidéo, nous montrions ici comment les éléments connus et divulgués par ces mêmes journaux tendaient bien tous vers cette interprétation des faits. Les révélations de la radio RTL n’ont fait que confirmer ce qui était déjà connu à propos des éléments concrets et insister encore sur le fait que la victime était bien l’agresseur originel.
Chute de fièvre
S’il y a eu une autre version, une version seconde, superposée à la première, c’est celle fomentée par les Antifas, d’abord, qui jouent aux loups tigrés rouge et noir sur leurs blogs, et aux agneaux immaculés s’ils tombent dans la rue. C’est surtout, essentiellement, celle des politiques qui se sont galvanisés d’un lyrisme hallucinatoire en dépit des faits et ont inventé de toutes pièces la thèse de l’assassinat politique. La fièvre délirante est retombée avec cette piqûre de rappel, et on est simplement revenu à la première version, la seule véritablement établie et qu’avait d’ailleurs retenue le juge d’instruction, lequel, au contraire des politiques et des médias, avait gardé la tête froide et inculpé Morillo au vu des faits connus, c’est-à-dire de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
Les éditorialistes, les militants associatifs, la plupart des politiques et les ados camarades de classe de Méric n’ayant pas assisté à la rixe ont pu scander leur récit en boucle, les fondements de ce récit ne tenant, pour les derniers, qu’à leur désir légitime d’auréoler leur ami perdu, pour les autres, qu’à leur désir de désigner leurs opposants à la vindicte publique par n’importe quel raccourci.
Retour critique
À la suite de ce dégrisement, de ce brusque démenti, quelques voix, dans la profession, ont tout de même commencé de pointer ce qui peut s’apparenter à une faute collective. « La récupération politique de ce fait divers n’a échappé à personne. Vous avez tous jugé ces jeunes, mais avez-vous jugé le gouvernement ? » s’interrogeait ainsi M. Vleirick dans Nord Littoral, le lendemain des révélations de RTL. « Avez-vous jugé les médias qui ont joué le jeu de cette récupération politique avec autant de zèle ? », aurions-nous envie d’ajouter. « A en juger par les réactions que ces révélations ont suscitées hier sur la Toile et les sites des journaux – de droite ou de gauche – on peut penser que la polémique sur cette affaire un peu trop vite qualifiée de “crime fasciste” ne fait que commencer », lisait-on dans 24 heures. Si elle ne fait que commencer, elle avait déjà été initiée en amont par l’OJIM… « Avec les “révélations“ de RTL hier matin, puis les “contre-révélations” de Libération, la mort de Clément Méric, pour tragique qu’elle soit, est retombée dans la chronique des faits divers. Son classement en rubrique politique était d’ailleurs un peu prématuré », remarquait le Courrier Picard. C’est le moins que l’on puisse dire. Et cette vérité va même être énoncée avec davantage de force par… Laurent Ruquier, le 29 juin dernier, sur France 2, dans son émission On n’est pas couchés.
L’animateur évoque en effet l’affaire dans la rubrique « Top flops » et, après l’avoir résumée à une rixe entre bandes rivales, il enjoint ses confrères à une extrême prudence, taclant leur emballement qui venait de se révéler si grotesque.
« Libé », « l’Huma », ou la vérité au goulag
Mais il y a également des journalistes qui, dans cette pathétique histoire, n’ont jamais pris la fièvre, ou alors chez qui la fièvre idéologique est la grille naturelle d’analyse du réel, seule possibilité, sans doute, pour ces militants, de maintenir une méthode d’approche du monde totalement périmée : périmer le monde lui-même. On trouve alors chez eux le déni le plus parfaitement décomplexé. Pour L’Humanité : « Clément Méric passe de victime à agresseur par la grâce de RTL ». La possibilité qu’un agresseur puisse finir victime du conflit qu’il a déclenché semble une proposition sans doute beaucoup trop complexe et alambiquée pour entrer dans les cases bien définies de la doctrine du journal communiste. Et l’on remarquera que ce ne sont pas les faits qui sont en cause, ni les vidéos qui les retranscrivent, mais la radio qui les rapporte, de la même manière, sans doute, que la violence des banlieues françaises est une création de TF1. « Grâce » est le terme juste à employer, dans ce cas de figure, quoiqu’il paraisse si dissonant sous la plume des tenants du matérialisme athée. En effet, il faut vraiment une rupture de l’ordre rationnel pour que le messager intervienne sur la réalité qu’il rapporte et en soit tenu pour responsable. Une superstition, du reste, archaïque. Mais on trouve aussi d’autres interprétations qui sont moins magiques que simplement d’une mauvaise foi débil : « Selon les écoutes de la police, Esteban Morillo aurait été appelé en renfort par sa copine et serait donc venu avec l’intention claire d’en découdre. » S’il a été appelé en renfort, c’est donc qu’il est venu défendre sa copine qui se sentait menacée… Le renversement de l’initiative d’agression se résout ici désespérément par un simple abus de langage.
Touche pas mon icône
Mais le summum de la gauche religieuse, qui emploie le langage de la mystique pour mieux éviter le réel, a été atteint dans cette affaire par Libération. C’est ce journal qui a sanctifié Méric sur sa couverture le jour suivant son décès et qui est allé le plus loin dans la mystification : « Clément Méric, antifa devenu icône », titre le journal le lendemain des révélations de RTL. Pour le coup, Méric n’est devenu icône que par la grâce de Libé, que par la profération autoréalisatrice de ses journalistes. Il semble en effet peu probable que le visage poupin de l’étudiant de Sciences-Po rivalise demain avec celui, barbu, du Che, sur les tee-shirts des fils de bobos. Néanmoins, cet argument, fût-il illusoire, est cardinal dans la vision des choses exposée par Libération. Il conditionne tout le reste. Si Méric est une icône, il n’a pas à être traité comme un citoyen ordinaire. Aussi Fabrice Rousselot, dans son édito, peut-il tranquillement affirmer : « On pourrait alimenter la polémique vaine de savoir “qui a commencé”. Qui a donné le premier coup, qui a insulté un peu plus ou un peu moins, qui voulait la bagarre. » Eh bien, oui ! Pourquoi faire un procès équitable ? Pourquoi s’intéresser aux faits ? Pourquoi vouloir savoir ce qui s’est réellement produit ? Pourquoi vouloir juger en connaissance de cause ? Puisqu’on vous dit que Méric est une icône. Or, une icône, on l’encense ou on ferme sa gueule. Toute autre attitude est déplacée. « Les fascistes sont une menace pour la démocratie, pas ceux qui les combattent. » Donc ? Doit-on en conclure que Libé donne son blanc-seing à l’extermination à vue des fascistes ? Ceux qui combattent leurs adversaires politiques par la traque, la dénonciation, l’appel au meurtre et la violence seraient donc des démocrates exemplaires ?
La dissolution du réel
Mais le point sur lequel Libération n’a pas tort, c’est quand il note que la vidéo, contrairement à ce qu’affirme la majorité des médias après le 25 juin, n’apporte en effet pas d’élément fondamentalement neuf au dossier, et, comme nous le remarquions plus haut, qu’il n’y a pas lieu de parler de « nouvelle version », formule qui trahit surtout un cafouillage du relais médiatique. L’attitude de Libé a le mérite, si ce n’est de la justice, du moins de la cohérence. On nous dit en somme que, bien sûr, les faits ne plaident pas en faveur de la thèse d’une victime innocente assassinée gratuitement, que, non, Méric n’a pas été lynché au sol et qu’il est certain qu’il était belliqueux, mais qu’au fond le problème n’est pas là, que les faits n’ont en eux-mêmes strictement aucune importance. Ce qui compte, c’est qu’en tant qu’antifa Méric était ontologiquement pur, quelle que soit la manière dont il ait pu se comporter, en conséquence de quoi, remettre en cause son statut de martyr et d’icône relève du blasphème. C’est en fonction de cette métaphysique de poster de chambre d’ado que nous sommes censés juger des choses, point. Le réel est un domaine réservé aux ergoteurs funestes et demeure toujours suspect de ne pas collaborer à ce que Philippe Muray appelait « L’Empire du Bien ». Votons sa dissolution !
Le lieu du scandale
« Quant à l’information de RTL précisant que le militant antifa n’a pas été “lynché une fois par terre”, tout le monde le savait, les témoins, la PJ et le procureur de Paris l’ayant bien expliqué », précise donc encore Rousselot. Cela est juste et cependant, si cette non-information a été rapportée de cette manière, c’est bien parce que l’affabulation d’un lynchage avait circulé, et, si elle avait circulé, c’est parce que des faits semblables auraient correspondu à la rhétorique précisément employée par des journaux comme Libération, sans quoi Libé se retrouve avec un martyr dépourvu de son auréole. Non, le pauvre étudiant n’a pas été lynché et sa mort, si elle est tragique, ne tient pas du scandale politique. En revanche, si la plupart des médias sont donc revenus piteusement de ce faux scandale, il est étonnant que n’ait été nulle part désigné le vrai scandale : comment ce fait divers a été manipulé par le gouvernement pour organiser un lynchage symbolique de ses opposants, ceux-ci tenus implicitement pour responsables de la mort d’un adolescent et de la résurrection du nazisme par une chaîne de syllogismes proprement aberrante. Que les médias, abusés avec autant de facilité, aient participé à l’organisation de ce lynchage, voilà qui aurait mérité toutes les épithètes accolées hâtivement à l’événement : « lâche » et « odieux », par exemple. Et voilà ce qui ressortit bien, en effet, au scandale politique.
M.D.
Observatoire des journalistes et de l’information médiatique
15/07/2013 http://www.polemia.com -
Valls héritier du général Boulanger
Libération le souligne à juste titre : "Manuel Valls a une énorme qualité en politique : il ne recule devant (presque) rien." (1)⇓ Et, une fois de plus le matamore, si énergique quand il s'agit de réprimer des mères de famille et des enfants en bas âge, se présente en homme de tolérance et de réformes, "seul capable" de sauver la république.
La veille du 14 juillet, ce laïciste militant s'adonnait une fois de plus à son exercice favori : l'exhibition, heureusement métaphorique, de sa virilité catalane dans le cadre d'un banquet républicain de 300 personnes dans le Gard. En cette occasion il prononçait un discours révélateur de ses ambitions, – et de ses idées creuses – dressant un véritable acte de candidature à la succession de l'inconsistant Ayrault.
À l'automne 2011, on s'en souvient cet orphelin de la mouvance strauss-kahnienne se présentait, contre Hollande au premier tour, avant de voter pour Hollande au second tour, de la primaire socialiste. Cette habile prise de date en attente de 2017 allait lui valoir dès la constitution du gouvernement actuel une position stratégiquement décisive.
Le paradoxe en effet consiste à nous faire croire que Valls, toujours au premier rang quand il s'agit de fustiger "l'extrême droite", de dissoudre des associations non déclarées, bref plus généralement de faire croisade contre les moulins à vent disposerait d'une immense réserve de popularité sur sa droite.
On a pu le mesurer encore dans le débat sur les "gens du voyage" : l'un des principaux élus de la Côte d'Azur édite-t-il un "guide pratique" pour faire face aux occupations illégales du domaine public par des populations non sédentaires ? Bien évidemment, Valls nous sert contre cette initiative les condamnations creuses habituelles : "Les propos du maire de Nice, éructe-t-il, sont l'émanation d'une politique passée qui a fait du mal à la France, celle de l'amalgame et de la stigmatisation".
Et il faudrait que l'opposition applaudisse ?
On pourrait évoquer à ce sujet une phrase bien connue de la partie de cartes de Pagnol. Hélas, ce n'est pas "dans la marine", c'est bien dans la droite qu'il y a le plus de cocus.
En cela d'ailleurs il recueille l'héritage du général Boulanger et de Clemenceau.
Rappelons que le premier avait acquis lui-même une immense notoriété lors du défilé du 14 juillet 1886, lors même que la république des opportunistes pataugeait dans la boue de scandales auxquels les deux siècles de ce régime pourri nous ont plus ou moins habitués.
Le "nationalisme" naissant trouva son porte-drapeau dans ce personnage parfaitement sectaire, inventeur, par exemple, de l'exclusion des princes de l'armée républicaine.
Le brave général Boulanger échoua, et se suicida sur la tombe de sa maîtresse.
Plus proche de nous les continuateurs de cette même tradition des cocus de l'imposture boulangiste, partagent le culte d'un prédécesseur de Valls au ministère de l'Intérieur Clemenceau : "Père la Victoire" aux yeux de la génération des combattants de 1914-18, cette fausse gloire porte hélas au regard de l'Histoire, la responsabilité personnelle de la continuation de la guerre après 1917, et des incalculables et criminelles erreurs du traité de Versailles.
Ce laïciste forcené avait lui-même donné toute sa mesure à l'époque où s'accomplissait la déchirure appelée "séparation de l'Église et de l'État". On l'avait vu au premier rang pour combattre l'identité chrétienne de la France, aux côtés des Briand et des Viviani (2)⇓, autres dirigeants jacobins qu'on retrouvera coresponsables du suicide de l'Europe entre 1914 et 1918.
Certes jusqu'ici le Valls n'arrive pas à la cheville de ses devanciers. Pas encore.
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/
Apostilles
- en ligne le 13 juillet à 17 h 07..⇑
- cf. Flourens "Le Laïcisme contre la Liberté".