Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

France et politique française - Page 5048

  • L'école malade de l'idéologie (2007)

    M. Sarkozy, homme de la “rupture” ? Mais de la rupture avec qui, avec quoi ? Dans sa Lettre aux éducateurs prononcée à Blois le matin de la dernière rentrée, il n’a pas hésité, après quelques propos de bon sens, à conclure comme n’importe quelle vieille barbe dévote des “grands ancêtres” : « À nous de reprendre le fil qui court depuis l’humanisme de la Renaissance jusqu’à l’école de Jules Ferry, en passant par le projet des Lumières. » Nous avons tout de suite écrit (L’AF 2000 du 20 septembre 2007) que s’obstiner à inscrire l’école dans le carcan idéologique des utopies de 1789 ne pouvait en aucun cas porter remède à la débâcle de l’actuelle Éducation nationale.
    Le malheur est que la République, quel que soit celui qui lui prête son visage, ne peut parler un autre langage sans s’autodétruire ! Le fait est incontestable : la révolution de 1789 a fondé l’État enseignant, l’État qui ne peut pas ne pas être enseignant, l’État chargé de régénérer l’homme selon l’idéologie libertaire, donc obligé d’utiliser l’école pour briser les “chaînes” de l’individu, arracher celui-ci à sa condition, développer en lui la “vertu” hors des références traditionnelles, et, plus prosaïquement, mouler les futurs électeurs...
    Qu’on ne vienne pas nous dire que nous ramenons abusivement tout à 1789. Il suffit d’étudier attentivement la notion même de Droits de l’homme, pour comprendre que de cette propension à tout poser en termes de droits sans compensation de devoirs (droits de l’homme, droits de l’enfant, droit au diplôme, droit à la différence, droit à l’égalité, droit à la contestation...) découlent tout à fait logiquement les maux que l’on connaît aujourd’hui : baisse du niveau, suppression des notes, méthodes laxistes, discrédit jeté sur le “par coeur”, disparition de l’émulation, collège unique, mépris des traditions chrétiennes, l’histoire orientée, baccalauréat au rabais, indiscipline, esprit d’insubordination, non respect du professeur, drogue, violences, et j’en passe...
    Déconnexion
    Évidemment les effets néfastes de l’idéologie ont encore été renforcés ces dernières décennies par les “découvertes” pédagogiques allant toutes dans le sens de la “libération” de l’élève invité à tout découvrir par lui-même. De plus en plus de familles en sont réduites à faire donner à leurs enfants des cours de soutien qui deviennent déjà de véritables affaires d’argent.
    On nous dira, bien sûr, que dans “l’école de la République” créée par Jules Ferry, la conscience professionnelle de certains professeurs, leur patriotisme voire leur personnalité, portent encore quelques bons fruits. Certes, mais il n’empêche que cette école officielle, créée essentiellement pour continuer l’oeuvre de la Révolution et « purger » (dixit Ferry) la nation de tout reste de christianisme, ne pourra jamais que tomber du côté où elle penche. Dans le vide spirituel, les idéologies s’imposent comme produits de substitution, les “expériences” pédagogiques désorientent toujours plus les élèves et les parents, tandis que les syndicats monopolisent tout débat...
    Le sommet de l’absurde a été atteint dès 1947 avec le plan communiste Langevin-Wallon (que ni Nicolas Sarkozy ni personne ne dénonce !) érigeant le ministère de la rue de Grenelle en une espèce de Soviétie, se donnant pour mission l’éducation « pour tous les enfants », « à tous les niveaux et sous tous les aspects ». Dès lors le ministère n’a cessé de s’alourdir, de peser sur le budget des Français, de faire vivre des multitudes d’enseignants mais aussi de pédagogues, sociologues, animateurs, technocrates, psychiatres, syndicalistes qui prennent en main des multitudes d’enfants entassés dans des bâtiments démentiels et désespérants où ils s’ennuient ferme alors que beaucoup s’épanouiraient mieux en apprenant un métier.
    À ce sujet, signalons que M. Sarkozy, dans sa fameuse lettre de rentrée, souhaitait que « les filières professionnelles soient reconnues comme des filières d’excellence au même titre que les autres ». Mais le même Nicolas Sarkozy, le 11 juin dernier, suivi à la rentrée par le Premier ministre François Fillon, écartait toute possibilité d’un apprentissage à quatorze ans parce qu’il contreviendrait à l’obligation de scolarité jusqu’à seize ans ! On en reste toujours à la situation où les filières professionnelles sont méprisées. Citons SOS-Éducation : « Encore une fois un gouvernement a plié devant les syndicats enseignants, pour qui l’égalitarisme est plus important que l’avenir des enfants, et ce sont les élèves qui n’arrivent pas à suivre la filière générale qui trinquent » (1).
    C’est ainsi que l’école se déconnecte toujours plus gravement des réalités sociales, économiques, régionales, professionnelles, historiques. Résultat : des masses de jeunes sortent du lycée pour devenir chômeurs ! Selon le ministère lui-même le taux d’emploi des lycéens a chuté entre 2002 et 2003 de 69,8 % à 57,8 % (2). Ajoutons que 160 000 élèves par an quittent le système scolaire sans qualification et que, parmi les diplômés d’un baccalauréat technique ou professionnel, 45 % sont toujours au chômage sept mois après avoir reçu leur diplôme. Désespérer la jeunesse n’est certainement pas le moyen de reconstituer le tissu social...
    Quelle liberté ?
    Que dire alors de l’école privée ? Ses résultats sont certes légèrement meilleurs, les directeurs et les enseignants sont souvent plus dynamiques, mais, depuis les accords de 1991 entre Jacques Lang et l’abbé Cloupet, des règles étatiques limitent les ouvertures de classes, la liberté des méthodes pédagogiques, et le pouvoir du chef d’établissement empêché de licencier ses professeurs. Sans compter les entraves que font régner dans bien des directions diocésaines les technocrates de la foi...
    Pas étonnant que des parents se regroupent pour créer leur propre école, totalement indépendante de l’État. Plus de cent écoles hors contrat existent déjà en France. Signalons à ce sujet le site de Mme Anne Coffinier Créer son école (3).
    Certains s’émeuvent de cette explosion ; ils redoutent que les sectes s’infiltrent dans la brèche, ou que les “communautarismes” en sortent renforcés (au moins trois écoles musulmanes hors contrat existent déjà en France). Quant à la solution la plus juste pour une vraie liberté scolaire, qui serait d’accorder aux familles par le bon scolaire les moyens matériels du libre choix de l’école, publique ou privée, confessionnelle ou pas, elle présenterait selon certains le danger de faire à plus ou moins long terme de l’enseignement une affaire d’intérêts financiers.
    La question est politique
    Une solution à ces difficultés ? Se débarrasser des idéologies et retrouver les vraies finalités de l’enseignement : transmettre librement, généreusement, avec fierté l’héritage français dans toute sa diversité, sans le séparer inutilement des traditions éprouvées, des enracinements religieux, sociaux, économiques, professionnels, régionaux, historiques, le tout en sachant donner le goût de cet héritage aux nouvelles générations et aux enfants des familles nouvellement arrivées dans la nation.
    La condition de ce retour au bon sens ? Un État lui-même dégagé des utopies de 1789, capable de refuser tout autant le centralisme que le libéralisme, sachant que s’il doit mettre des écoles publiques au service des familles cela ne lui donne aucun droit de s’assurer le monopole de l’enseignement. Un État libre lui-même pour accorder les plus grandes libertés en matière scolaire comme dans les autres domaines, tout en ayant assez de force pour empêcher que ces libertés dégénèrent en introduisant des pratiques contraires à l’unité nationale ou au respect dû à la religion catholique qui a forgé l’âme de la France. Inutile de dire que l’on ne peut rien attendre de tel de la république électoraliste...
    Michel FROMENTOUX L’Action Française 2000 du 18 au 31 octobre 2007
    (1) www.soseducation.com
    (2) www.education.gouv.fr
    (3) www. créer-son-ecole.com

  • Demander au peuple son avis : une hérésie pour les eurocrates

    Éric Zemmour défend une fois de plus la démocratie contre l’oligarchie et les médias euro-béats. Sur RTL, vendredi, le célèbre chroniqueur a commenté avec délectation les cris d'orfraie des élites européennes après la promesse du Premier ministre anglais David Cameron d'organiser un référendum sur l'avenir européen de son pays en 2017. (Voir la Vidéo en fin d’article: RTL, "Z comme Zemmour", chronique du 25 janvier 2013)

    « David Cameron passe un mauvais quart d’heure. De Bruxelles à Berlin en passant par Paris, jusqu’à Washington, c’est l’hallali. Il paraît que même Pékin désapprouve ! Les élites européennes et britanniques aussi. Son prédécesseur Tony Blair le condamne. Les marchés, les bourses, les banquiers, les milieux d’affaire aussi. À Davos, on tort le nez.
    Des éditorialistes de renom et les grands médias hurlent au populisme, accusent la presse de caniveau britannique de flatter les plus bas instincts. Ceux du peuple sont toujours bas. Il fait dire que ce jeune homme si bien élevé a exagéré en annonçant un référendum sur la sortie de l’Angleterre de l’Union européenne.
    Un ré-fé-ren-dum ! Demander au peuple son avis, on n’a pas idée, aussi ! Il paraît que Cameron pousserait l’incongruité jusqu’à se soumettre à la volonté du peuple britannique. D’un vulgaire ! Pas très in, ce Cameron !
    Pourtant, Sarkozy lui avait donné le bon exemple : un référendum sur l’Europe, on s’assoit dessus ou on fait revoter jusqu’à ce qu’un « oui » s’en suive. Si le « non » l’emportait, pourquoi pas démissionner pendant qu’il y est. Comme un vulgaire Général de Gaulle… Un vrai dictateur, celui-là.
    Ces Anglais ne savent pas ce qui est bon.
    Déjà, ils ont refusé les douceurs de l’euro qui devait nous conduire, je vous le rappelle, sur les voies de la croissance et de la prospérité.
    Depuis vingt ans, la zone euro est la région du monde où la croissance est la plus faible. Les Anglais ne connaissent pas leur malheur ! Ils veulent continuer à disposer de leur propre planche à billet et en décider l’usage souverainement. Des ringards. Comme les Américains, les Japonais ou les Chinois.
    Les Anglais ont rejeté aussi les joies de Schengen qui permet de recevoir sur son sol des millions d’immigrés dont on ne veut pas. Les Anglais, ils préfèrent choisir qui ils veulent et quand ils veulent. Des barbares…
    Pire encore, ils refusent de se soumettre à l’imperium de la grande puissance du continent : l’Allemagne. Ils se souviennent qu’ils ont fait deux guerres pour cela : des bellicistes !
    Ils comprennent mal ces Français qui, il y a un siècle, se faisaient massacrer sur la Marne, et qui, désormais, cèdent au lyrisme illusoire du couple franco-allemand. Un couple, disait Oscar Wilde, c’est quand deux personnes ne font qu’un… mais lequel ? Oscar Wilde était anglais, évidemment.
    Ils sont susceptibles en plus : ils ne supportent pas de voir leurs lois fabriquées par des technocrates bruxellois et ont la prétention de continuer à les faire aux Communes à Londres. Ils appellent ça la démocratie parlementaire.
    D’un plouc ! Ils refusent aussi que des juges étrangers, à La Haye, leur donnent des leçons de droits de l’homme. Comme s’ils se prenaient pour le pays de l’habeas corpus, les prétentieux !
    Non, depuis l’annonce faite par Cameron, on menace les entreprises britanniques de leur fermer le marché européen. Tremble, made in england !
    Le marché européen est le plus ouvert du monde. Les Américains, les Chinois, les Japonais y rentrent comme dans du beurre et l’industrie britannique est en train de se refaire une santé grâce à une monnaie faible et des lois sociales encore plus faibles. Non, ce populisme britannique qui ne connaît que son intérêt national est décidément intolérable ! »


    "La Chronique d'Eric Zemmour" : Cameron et le... par rtl-fr

  • Mariage gay : que faire maintenant ?

    Le mariage gay, c'est plié.
    Il ne pouvait en être autrement, faute de savoir exactement pourquoi on se battait.
    La seule victoire envisageable était une prise de conscience que quelque chose ne tournait vraiment pas rond dans notre monde. Voilà qui est fait. La chute a paru ralentir un moment, parce que l’on a affermi le pied sur quelque roc. Mais c’est toute la pente qui chasse. Cet éboulement que les progressistes nomment le mouvement, les avancées, l’avenir. Ce qui a vocation à être dérégulé, mœurs, morale, marché, code du travail, justice, Ecole, fonction publique, à peu près tout, car legs du passé, donc honni comme « tabou », tout ce qui existe, en somme, condamné à passer à la moulinette du progrès illimité. J’avance, donc je suis. Même dans l’abîme. Un jour viendra où le mariage homo sera lui-même jugé comme un archaïsme insupportable, parce qu’encore sexué…
    Pour quoi s’est-on donc battu
    Non pour la "nature" (concept fluctuant et fuyant), ni même pour la "société" (concept non moins modulable), mais pour l'Ordre. Faute d'avoir oublié ce qu'est le sacré et la divinité du cosmos, on ne fait qu'entériner le désordre.
    Car rien de moins « naturel » que le mariage. Son ravalement à la fonction procréative est une dégénérescence, un alignement sur le biologique. Défendre ce mariage-là, c’est se réclamer d’un statut qui était déjà, par rapport à la conception traditionnelle du mariage, une dérégulation moderniste.
    Tout ce qui est valable chez l’homme, admirable et véritablement institution de l’humain, c’est ce qui n’est pas naturel, ou qui tend à la dominer la nature. Toutes les religions, les morales, les structures politiques, même celles que l’on dit « païennes », et que l’on prétend proches de la nature, sont actes de la volonté, des tentatives de rationaliser, de maîtriser l’instinct social de l’homme, partant de le dénaturer. Le mariage n’est pas la condition sine qua non de la procréation. Il est un peu naïf de le rappeler. Il est bien plutôt ce qui transcende le diktat brut et massif de l’animalité en nous, la reconnaissance d’abord de l’humanité de l’enfant par un rituel, sa consécration religieuse par un culte quotidien aux dieux, qui inclut la famille dans un Ordre, sa mise à la disposition totale au service d’un clan ou d’une cité.
    Si l’on ne saisit pas cette donnée anthropologique fondamentale de toute société traditionnelle, que nul ne dispose de son corps, que celui-là soit ravi par la communauté, les dieux ou le Dieu, l’on n’a aucune chance de comprendre ce qui est en jeu dans les essais de sortir des apories d’une société qui liquéfie tout, si l’on n’a pas la conviction que l’on n’est pas propriétaire de soi. Les féministes savaient bien ce qu’elles faisaient, ces viragos haineuses. Les Anciens n’avaient leur corps qu’en usufruit, et devaient rendre compte à autrui, dans une relation hiérarchique, du bon usage qu’ils en faisaient. Le plaisir lui-même, venant des dieux, rendait grâce aux dieux.
    Maintenant, la parole est laissée aux vendus. L'UMP essaie, contre la conviction de la plupart de ses élus, de se rabibocher stratégiquement, sinon électoralement, avec le "peuple de droite", qui, comme cette dernière terminologie l'indique, n'a rien compris, pour peu qu’il se réclame de cette terminologique. Qui ne voit que le projet de mariage gay, bien qu’il faille en chercher loin les racines dans les fonds avoués ou inavoués d’un Nouvel Ordre utopique destiné à créer un homme nouveau, ne consiste pas, selon un calcul de Machiavels aux petits pieds, qu'à éluder les échec de la Gauche, mais aussi à cacher, à rendre invisible et inaudible, la médiocrité grotesque de la « droite », qui reprend des forces en buvant le sang du bouc qu’on égorge, comme le peuple d’ombres sans force qu’Ulysse rend momentanément à la vie dans le palais moisi d’Hadès.
    Dans la cage au folles où les députés vont s’en donner à leurres joie, ragaillardissant leurs cordes vocales, l’empoignade entre deux camps, qui se prétendent ennemis, va encore donner l’illusion que la démocratie existerait, et qu’un choix de société soit possible. On nous annonce un projet de loi sur le vote des étrangers. Voilà de quoi donner du grain à moudre aux plumitifs et aux idéologues de la télé. La droite, qui n’a pas cru bon revenir sur la PACS, bien qu’elle l’ait combattue, sait très bien à quel théâtre d’ombres elle s’adonne, dans la mesure même où, dans d’autres domaines comme l’Ecole, l’Europe, la question sociale, la gestion économique, elle est à tel point sur la même ligne que le gouvernement, que les responsables de l’UMP et du PS sont à peu près interchangeables.
    Le « débat » pipé autour du mariage gay n’a, au fond, touché que les classes moyennes assez mobilisées pour aller battre le pavé à Paris. Les bobos affriolés par la culture californienne ont mimé, comme dans un immense théâtre de rue, la guerre civile contre une « réaction » fantasmatique, qui représente la partie de la population élevée encore dans le cadre catholique, et appartenant elle aussi à la portion aisée de la population. Le peuple d’en bas, quoiqu’il n’ait pas pour les homosexuels les yeux de Chimène, regarde cette mêlée d’assez loin.
    On devrait s’inquiéter qu’un référendum ne donne pas entièrement satisfaction aux adversaires du projet gouvernemental. Qu’une partie considérable de l’opinion accepte à peu près n’importe quoi, sous prétexte que la « réalité » sociale le rend possible, si l’on compare l’état des esprits il y a seulement quelques lustres, en dit long sur la situation de déliquescence de notre civilisation. Une certaine crédulité, proche de l’ingénuité, pourrait laisser croire que le peuple existe encore.
    Néanmoins, comme la nature humaine (ce terme, utilisé par convention, désigne une permanence de condition humaine) est surtout sensible, hélas ! à son intérêt, l’endroit où le cuir lui cuit, où son déplumage en règle la rend vulnérable, c’est sa sécurité, sa subsistance et, éventuellement, ses instruments de plaisirs qu’il faut toucher. Un monde farci d’économisme ne peut crever que par là.
    Après avoir labouré la terre, fabriqué dans des ateliers des produits artisanaux, avoir transformé le monde dans d’immenses manufactures, l’homo faber, fier de sa puissance, de sa maîtrise et de l’attachement à son métier, malgré l’exploitation qu’il a pu subir, devient enfin un prolétaire, c’est-à-dire un être démuni de tout, sauf de sa force de travail.
    Pour la première fois, la condition de travailleur va être réduite à une pure potentialité, à ce que l’on nomme l’ « employabilité ». Toutes les réformes récentes du code du travail, du marché du travail, et bientôt des règles du chômage, vont dans le sens d’un détachement complet de l’humain des conditions concrètes de la production, donc de la maîtrise. Le travailleur, s’il a la chance de travailler, va être totalement soumis aux caprices et aux pressions. Il ne sera plus qu’un flux, comme celui des marchandises.
    On perçoit l’analogie entre cet état, et ce que l’on est en train de faire dans l’Ecole, où l’on n’évaluera que les « compétences », et le mariage, où le désir narcissique seul est pris en considération. La même comparaison serait à effectuer avec le destin de Nations qui ne seront plus que des agglomérats de consommateurs ou d’êtres noyés dans la « diversité », et le sort de la culture, qui n’est plus qu’un marché où Johnny vaut Mozart. C’est ce que, de toute façon, voilera la « droite » du système.
    Heurter un bout, n’importe lequel, c’est ébranler la machine. Quel que soit l’angle, on va au cœur. Toutefois, les masses populaires ne seront vraiment touchées que si elles ont l’impression qu’il vaut le coup de se battre à mort pour leur intérêt économique, leur statut social, et même leur simple survie. Il s’agit là d’un enjeu encore plus important que ceux de l’immigration ou de l’islam, devenus peu ou prou des pièges à appâter l’électeur de droite. En somme, il s’agit de ramasser de manière franche, loyale et crâne, le bien qu’a laissé choir la gauche. La vraie révolution passe par là.
    Claude Bourrinet http://www.voxnr.com

  • L’immigration, un phénomène « planifié »

    Dénonciateur acharné de la « désinformation », Arnaud Raffard de Brienne déplore la rupture de l'homogénéité ethnique des nations occidentales, qui serait, selon lui, la conséquence de migrations planifiées des idéologues cosmopolites et des banquiers apatrides.

    L'Action Française 2000 - Y a-t-il eu un projet politique pour faire disparaître la nation française sous le flot migratoire ?
    Arnaud Raffard de Brienne - Oui, à condition de ne pas limiter l'acception de l'expression "projet politique" au sens communément accepté mais beaucoup trop galvaudé. La volonté d'affaiblir les nations occidentales, parmi lesquelles tout particulièrement la France, ne fait plus aucun doute et nous en avons aujourd'hui bien plus de preuves qu'il n'en faut. Le flot constant, depuis plusieurs décennies, d'une immigration massive et de prédation - car elle est venue pour prendre -, contre lequel aucun politicien au pouvoir ne s'est réellement élevé, devrait suffire à faire comprendre que la passivité et la lâcheté des uns ne constituent que le marchepied de forces déterminées à submerger la nation française sous les flux migratoires. Il y a une vingtaine ou une trentaine d'années, il était possible pour le plus grand nombre de douter d'une telle volonté de dissolution et de destruction de la nation française ; cela devenait beaucoup plus difficilement pardonnable il y a dix ans, -mais c'est rigoureusement impossible aujourd'hui à tout homme de bonne foi doté d'un équipement neuronal minimum. La négation d'un tel plan doit aujourd'hui être considérée comme suspecte a priori. Le vieux rêve messianique des milieux cosmopolites et cénacles maçonniques d'un monde sans frontières s'emboîte parfaitement avec la vision mercantile des banquiers, des dirigeants de multinationales et de la haute technocratie qui leur assurent l'intendance. Leur objectif prioritaire demeure l'affaiblissement des entités nationales et de l'ensemble des particularismes qui les structurent, au premier rang desquels l'homogénéité ethnique et la religion. La première cause de décadence puis d'effondrement d'une civilisation demeure la rupture d'une certaine homogénéité ethnique et l'importance trop grande qu'y prend l'étranger. Rien de nouveau sous le soleil.

    Comment expliquez-vous la "babélisation" des nations européennes ?
    Les prétendues élites xénophiles n'ont eu de cesse, depuis les années cinquante, de prôner plus ou moins activement l'avènement d'un monde multiracial, métissé et sans frontières, rêvé par une minorité de dangereux utopistes au service plus ou moins conscient du grand capitalisme apatride et des groupes multinationaux. Il n'est que de voir les publicités, émissions télévisées, la presse en général et les discours tenus de-puis une trentaine d'année. Les épigones de Benetton sont légion et aujourd'hui le cosmopolitisme s'étale partout sous l'œil blasé et, hélas, accoutumé de nos concitoyens. Pourtant, à regarder la situation, on ne peut plus parler de dissimulation volontaire, dangereuse et criminelle de la réalité de l'état de l'immigration de la part des dirigeants de droite et de gauche...
    Aujourd'hui, droite et gauche sont tétanisées par le problème de l'immigration et ce qu'est devenue la France, ce qu'ils en ont fait après des décennies de pouvoir. Y penser toujours, mais n'en parler jamais, semble être leur ligne de conduite. Plus le problème devient crucial, plus ils déploient d'énergie pour faire diversion, mentir, truquer, bref pour gagner du temps. Cela dit, devant l'ampleur du désastre, le sujet ne peut plus être évité. Toutefois, jamais le souci de l'intérêt de nos concitoyens de souche n'est traité avec objectivité. L'ensemble du débat est biaisé, comme le sont le vocabulaire, les chiffres, les raisonnements et les pseudo-solutions ainsi que j'espère l'avoir amplement démontré dans mon livre. Elles sont bien loin les petites phrases et fugaces prises de conscience des De Gaulle, Giscard d'Estaing, Chirac ou autres. Aujourd'hui, l'écran de fumée s'impose et toute remise en cause d'une immigration massive se trouve assimilée au racisme et à la xénophobie, crime majeur et ultime transgression. Le tabou et l'invective permettent d'éviter tout débat. Quant à l'opinion de nos concitoyens, elle n'a bien entendu jamais été sollicitée, pas plus qu'elle ne lavait d'ailleurs été pour la peine de mort ou l'avortement.

    Assisterions-nous, selon vous, au remplacement de notre peuple par un autre ?
    C'est un processus sinon achevé, du moins bien avancé. Il est impressionnant de constater qu'une bonne partie de nos contemporains ne se rendent même plus compte de cet état de fait. Il est curieux d'observer ces indigènes, l'air détaché et serein, noyés dans des cohortes tiers-mondistes au milieu desquelles ils déambulent paisiblement, alors qu'ils ne sont plus que des étrangers chez eux. Chacun a le loisir, chaque jour malheureusement, de constater par lui-même, de procéder éventuellement à de petits comptages ou de se poser, en son for intérieur, quelques simples questions, notamment lorsqu'il fait ses courses ou dans les files d'attente des organismes sociaux ou autres. Il pourra ainsi répondre sans hésitation à votre question... Oui, nous assistons à un remplacement de notre peuple, remplacement voulu et planifié par une minorité d'hommes porteurs d'une folle idéologie destructrice.

    Hélas, ne faut-il pas admettre que le thème de l'immigration ne permet pas aux Français de reprendre le pouvoir en France ?
    La passivité de nos concitoyens est proprement effrayante. Ni la paupérisation de moins en moins rampante, ni le chômage, ni l'explosion de la délinquance, ni la disparition du peuple français ne semblent pouvoir les sortir de leur léthargie. Dépossédé, ruiné, humilié et sans avenir, le Français continue à alterner langue de bois et lâche silence. Le thème de l'immigration ne permettra pas de reprendre le pouvoir en France car, au fil des années, les votants sont et seront de moins en moins liés à notre héritage, notre histoire, notre façon de sentir et de penser, si vous voyez ce que je veux dire. Seul l'effondrement prévisible du système actuel ouvrira sans doute une étroite fenêtre.
    Une seule certitude, les urnes ne régleront jamais rien. Cela se saurait. La démocratie et les forces de l'argent ne laisseront jamais élire un représentant des Français qui entendrait restaurer une certaine souveraineté nationale, une homogénéité ethnique et une défense prioritaire de nos intérêts car cela serait contraire aux leurs et au dessein qu'il poursuivent. D'ailleurs, qui vote aujourd'hui en France ? Les Français, certes, mais que sont devenus les Français ? En cas d'hésitation, regardez autour de vous dans la rue, les hypermarchés ou les transports en commun. Et puis, rappelons quand même que 93 % des musulmans ont voté François Hollande aux dernières élections présidentielles. Imaginez ce que cela donnera avec le vote des étrangers. Cela dit, la méthode Sarkozy n'était pas fondamentalement différente puisque son gouvernement naturalisait plus de 100 000 étrangers par an, les transformant ainsi en électeurs potentiels. À sa façon, il donnait le droit de vote aux étrangers mais à crédit. Aujourd'hui, il reste à s'instruire en lisant, à militer, informer autour de soi par tous les moyens. La création d'"isolats", tels que définis par Jean Raspail dans la préface de la réédition de son Camp des saints en 2011, me semble urgente et salutaire. Il reste aussi à témoigner, en toute humilité, pour les générations à venir.
    Propos recueillis par François-Xavier Présent Action Française 2000 du 17 janvier 2013 au 6 février 2013
    Arnaud Raffard de Brienne, La Désinformation autour de l'immigration, Atelier Fol'Fer, 226 p., 22 euros.

  • Jean-Claude Valla : un guerrier des idées

    Le journaliste Jean-Claude Valla est mort d’un cancer jeudi 25 février 2010. Il était âgé de 65 ans. Il a exercé son métier à Valeurs actuelles, Éléments, Magazine Hebdo, Minute, puis comme journaliste indépendant. Il avait été, auprès de Louis Pauwels, le créateur et la cheville ouvrière du Figaro Magazine : dans sa formule d’origine, la plus belle réussite de la presse française au cours de ces quarante dernières années. Un étonnant succès commercial due a la liberté de ton et à l’intelligence. Les maîtres du discours ne sont s’y pas trompés : ils y ont mis fin à coup de campagnes de diabolisation et de pressions publicitaires. A l’occasion d’un de ces épisodes de « normalisation », Jean-Claude Valla avait été livré au moloch. Il n’en avait gardé nulle rancœur. Il avait juste raconté l’aventure – la mésaventure - dans un article intitulé : « Avec Louis Pauwels au Figaro Magazine ». Polémia a publié ce récit en 2006 sous le titre : « Un exemple de tyrannie médiatique : la normalisation du Figaro Magazine ». Polémia met à nouveau ce beau texte à disposition de ses lecteurs. En hommage à son auteur, combattant de la liberté et guerrier des idées.
    La rencontre avec Louis Pauwels
    J'ai connu Louis Pauwels le 31 octobre 1971 au VIIe séminaire national du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE), dont j'étais alors le « secrétaire études et recherche ». Il avait accepté d'en être l'un des orateurs, aux côtés de Pierre Thuillier, de Stéphane Lupasco et du professeur Pierre Debray-Ritzen. Cette date allait marquer le début d'une étroite collaboration entre cet écrivain renommé et ce qu'il sera convenu plus tard d'appeler la « Nouvelle Droite ».
    Louis Pauwels avait trouvé auprès de notre jeune école de pensée les idées qui répondaient à ses aspirations. « Je suis passé, en vous découvrant avec vos amis, confiera-t-il le 22 décembre 1981 à Alain de Benoist, d'une conscience solitaire à une conscience solidaire. » La lecture d'un livre de Louis Rougier, Le Conflit du christianisme primitif et de la civilisation antique, édité par le GRECE en 1974, l'avait passionné et semblait l'avoir conforté dans son refus du christianisme. Toutefois, l'élément décisif de ce ralliement avait été son admiration pour Alain de Benoist qu'il tenait, comme il l'écrira en 1977 dans le Journal du dimanche , pour « l'un des esprits les plus vastes et percutants de notre époque. »
    Je me souviens des quelques voyages que nous avons effectués, Louis et moi, pour des conférences du GRECE dont il était l'invité. Un jour où nous revenions de Lille en voiture, il me parla longuement de la forêt de Saint-Germain-en-Laye où il aimait à se promener. Sa propriété du Mesnil-le-Roi n'en était guère éloignée. Comme je lui confessais ma lassitude de l'habitat parisien, il me suggéra de prendre contact avec l'une de ses amies qui s'apprêtait à quitter son appartement du parc de Maisons-Laffitte. C'est ainsi que nous sommes devenus voisins ou presque deux ou trois mois plus tard.
    A la même époque, il me donna rendez-vous aux Champs-Elysées, dans les bureaux des éditions Retz où était publiée sa revue Question de. J'y fis la connaissance d'Hélène Renard, que j'allais retrouver au Figaro Magazine, et de Jacques Bergier, son acolyte du Matin des magiciens, tapi dans un petit bureau encombré de livres. Brillant et confus, c'est le souvenir que j'ai conservé de ce personnage insolite. Je compris, ce jour-là, que Louis s'apprêtait à tourner une page. La mort de Bergier allait encore lui inspirer Blumroch l'admirable (Gallimard, 1976), mais une autre aventure intellectuelle avait déjà commencé.
    Louis travaillait alors sur le projet d'un hebdomadaire du week-end. C'était, pensait-il, le seul moment de la semaine où le lecteur était vraiment disponible. Les news magazines, disait-il, avaient épuisé leur formule. Leurs articles insipides et interchangeables lui tombaient des mains. Il voulait en revenir aux grandes signatures, aux articles stimulants pour la réflexion et estimait que les hebdomadaires devaient s'adapter à la civilisation des loisirs. La presse était un domaine qu'il connaissait bien pour l'avoir longuement pratiqué. Avant de fonder la revue Planète  il avait été rédacteur en chef de Combat et d'Arts, éditorialiste à Paris-Presse, avait dirigé la rédaction de Marie-France, collaboré à Carrefour et au Figaro littéraire, etc. Déjà considéré comme l'une des meilleures plumes de la « jeune droite », il avait été victime d'un guet-apens dans les locaux de L'Express, le 24 juillet 1956. Il y avait été attiré et physiquement malmené. Il ne parlait pas souvent de cette mésaventure mais je ne peux m'empêcher de penser que l'hebdomadaire dont il rêvait était aussi une façon de se venger de l'affront qu'il avait subi ce jour-là.
    A plusieurs reprises il nous a réunis, Alain et moi, pour évoquer ce projet auquel il tenait à nous associer. J'en garde un souvenir ému, car la confiance qu'il nous témoignait, mais aussi sa gentillesse et l'accueil toujours chaleureux de son épouse, Elina Labourdette, avaient de quoi toucher le cœur du modeste jeune homme que j'étais. Pour trouver les financements nécessaires, Louis comptait sur la caution et l'appui de Georges Pompidou, alors président de la République. Il avait réussi, je ne sais comment ni par quels intermédiaires, à le convaincre de la nécessité d'un tel hebdomadaire. Mais, en 1974, la maladie emporta le chef de l'Etat et le projet tomba à l'eau. Louis en fut profondément peiné mais ne renonça pas. L'idée n'allait cesser de l'habiter.
    En juillet 1975, Robert Hersant fit l'acquisition du Figaro, avec le soutien des deux personnalités qui se voulaient la « conscience » de ce grand quotidien : Jean d'Ormesson, son directeur, et Raymond Aron, son éditorialiste. Mais les rapports se dégradèrent peu à peu et, lorsque le nouveau propriétaire annonça en mai 1977 qu'il se réservait le droit d'écrire des éditoriaux, Raymond Aron donna sa démission, bientôt suivi de Jean d'Ormesson. Le premier s'en alla aussitôt à L'Express  tandis que le second, après avoir fait marche arrière, négociait avec Hersant un nouveau statut qui lui permettait de conserver un salaire confortable et quelques-uns des privilèges attachés à son rang d'académicien. Toutefois, les fonctions de directeur lui étaient définitivement retirées.
    Préoccupé par la succession de Jean d'Ormesson, Yann Clerc, qui était secrétaire général du Figaro, s'enquit de trouver une personnalité politiquement fiable dont il pourrait suggérer le nom à Robert Hersant. J'avais connu Yann quelques années plus tôt, lors de la fondation du Syndicat des journalistes CGC. Nous étions très amis. Je lui parlai de Louis Pauwels. L'idée lui sembla excellente. Hersant, en réalité, ne souhaitait pas désigner un nouveau directeur. Il s'attribua ce titre mais accepta de rencontrer Louis Pauwels. Et c'est ainsi que prit corps un autre projet qui consistait à doter Le Figaro d'un supplément culturel encarté dans le numéro du samedi mais portant le nom de Figaro dimanche.
    Le Figaro dimanche, tribune de la « Nouvelle Droite », puis Le Figaro Magazine
    Propulsé à la direction des services culturels du Figaro en septembre 1977, Louis avait proposé à Alain de Benoist de collaborer à ce supplément et m'avait sollicité pour le poste de rédacteur en chef. Je ne pouvais malheureusement pas accepter, car j'étais retenu par mes fonctions de directeur des éditions Copernic. Nous avions créé cette maison en octobre 1976. Elle venait de remporter un grand succès, à la fois commercial et d'estime, avec la publication de l'ouvrage d'Alain de Benoist, Vu de droite, que l'Académie française allait doter de son grand prix de l'essai en 1978.
    Je me souviens encore de la déception de Louis. Nous étions chez lui, au Mesnil-le-Roi, avec Alain. Il insista, puis, se rangeant à mes raisons, il nous demanda de trouver quelqu'un d'autre capable d'assumer cette responsabilité. Le nom de Patrice de Plunkett, qui était alors à Valeurs actuelles, nous vint à l'esprit. C'était un militant du GRECE et ses compétences professionnelles ne faisaient aucun doute. Louis ne le connaissait pas mais nous faisait confiance. Pressé de trouver une solution, il souhaita que nous l'appelions immédiatement, malgré l'heure tardive. Ce que je fis, en disant simplement à Patrice que nous devions l'entretenir de toute urgence d'une affaire importante. Une heure plus tard, Alain et moi étions à son domicile. D'abord incrédule, il se laissa facilement convaincre. L'offre, il est vrai, en valait la peine !
    Le Figaro dimanche fut une formidable tribune pour les idées de la « Nouvelle Droite ». Alain de Benoist y alternait des chroniques avec Louis Pauwels. Le 8 octobre 1997, une page entière fut consacrée au livre du professeur Hans J. Eysenck, L'Inégalité de l'homme, publié aux éditions Copernic. Le 4 février 1978 fut annoncée en bonne place la parution, aux mêmes éditions, du livre de Jean Cau, Discours de la décadence. La semaine suivante, Louis Pauwels consacra sa chronique à un numéro d' Eléments, l'organe officieux du GRECE. Des exemples parmi d'autres, car la plupart des sujets qui étaient alors au centre des préoccupations de la « Nouvelle Droite » furent relayés par Le Figaro dimanche. Mais, au printemps 1978, Robert Hersant prit la décision de transformer ce modeste cahier supplémentaire en véritable magazine dont la date de parution était fixée au mois d'octobre.
    Louis trouvait là l'occasion de mettre en œuvre son vieux projet. De nouveau se posa le problème de la rédaction en chef. Tout en estimant que Patrice de Plunkett n'avait pas démérité, Louis le jugeait trop cassant et n'avait pas totalement confiance en lui pour un projet de cette envergure. Aussi voulait-il le flanquer d'un autre rédacteur en chef. Il me sollicita donc pour la seconde fois. L'enjeu était si important que je ne pouvais plus décemment refuser. Les éditions Copernic avaient encore besoin de moi. C'était si vrai que mon départ n'allait pas tarder à poser de sérieux problèmes. Mais l'idée de participer à cette grande aventure m'enthousiasmait. C'était, de toute évidence, l'occasion ou jamais de donner à nos idées une audience considérable.
    Le Figaro Magazine devait faire appel à de grandes signatures, celles du Figaro, bien sûr, mais d'autres aussi, moins conformistes ou plus surprenantes. Je pense notamment à Jean-Edern Hallier, qui avait déjà collaboré au Figaro dimanche. Certains journalistes de la vieille maison allaient également y collaborer et même, pour quelques-uns d'entre eux, être transférés d'une rédaction à l'autre. Mais il fallait recruter pour compléter l'équipe. Louis me chargea de cette mission, sachant et souhaitant que je fasse appel, dans la mesure du possible, à des journalistes acquis aux idées du GRECE dont j'étais encore, pour quelques semaines, le secrétaire général. Il ne cessa d'ailleurs, bien après que j'eus démissionné de cette fonction, de me considérer comme le patron du GRECE. Comme sa timidité le mettait souvent mal à l'aise avec les journalistes, sauf avec les femmes, l'autorité que j'avais sur eux le rassurait.
    Travailler avec Louis n'était pas de tout repos. L'esprit constamment en éveil, il nous bombardait, Patrice et moi, de notes de services dont je ne peux aujourd'hui encore consulter la collection sans un certain étonnement. Il pensait à tout, s'inquiétait, s'impatientait, s'enthousiasmait, poussant le sens de la perfection jusqu'à choisir lui-même les photos après d'interminables séances de projection. Il était capable de tout changer à la dernière minute et n'acceptait pas qu'on lui objectât une contrainte technique. Tant qu'il eut les coudées franches, son instinct ne le trompa jamais. Il n'avait qu'un défaut : celui de ne pas savoir dire non aux solliciteurs qui assiégeaient son bureau. Il le savait et, chaque fois qu'il se laissait piéger, il m'appelait et, devant l'importun, prenait un air malicieux pour me prier de lui donner satisfaction. Ce n'était évidemment qu'une comédie que nous avions fini par roder à merveille.
    Louis nous avait affublés, Patrice et moi, d'un titre de rédacteur en chef qui ne correspondait pas à la qualification figurant sur nos bulletins de salaire. Pour ma part, j'étais chef des informations et, comme tous les autres journalistes du magazine, j'émargeais à l'Agence de presse et d'information (AGPI) que Robert Hersant avait créée pour ne pas avoir à octroyer à ses nouvelles recrues les sacro-saints « avantages acquis » auxquels la rédaction du Figaro ne voulait pas renoncer. Nous ne figurions pas davantage dans « l'ours » du Figaro Magazine. A mes yeux, cela n'avait aucune importance, puisque j'avais, au sein de la rédaction, l'autorité et la marge de manœuvre nécessaires.
    Dans un premier temps, Louis nous avait demandé, à Patrice et moi, de superviser à tour de rôle un numéro du Figaro Magazine. Cette rédaction en chef tournante était censée nous laisser à chacun quinze jours pour préparer un numéro et donc de le peaufiner, mais la formule, séduisante au premier abord, n'était pas viable. Il y renonça très vite et répartit les tâches entre nous : Patrice se vit confier les pages culturelles, tandis que me revenaient les pages politiques et société. Un troisième secteur, celui de l'art de vivre, consacré principalement au tourisme, relevait de la seule responsabilité de Maurice Beaudoin, le directeur exécutif. Ce vieux briscard appartenait à la hiérarchie parallèle mise en place par Robert Hersant qu'il connaissait depuis longtemps. En dehors de Louis, il était, d'ailleurs, l'un des rares et probablement le seul de la rédaction à être en contact direct avec lui. Personnellement, je n'ai rencontré Hersant qu'une seule fois, le 7 septembre 1978, lorsqu'il jugea bon de dire quelques mots aux journalistes du Figaro Magazine. Je l'ai par la suite croisé dans les couloirs. Il semblait raser les murs. Etonnant personnage !
    Le Figaro Magazine monte en puissance mais …
    Le premier numéro parut le 7 octobre 1978 avec un portrait de Giscard à la Une. Les grandes signatures étaient au rendez-vous : Jean d'Ormesson, Philippe Bouvard, Jacques Chancel, Jean-Jacques Gautier, François Chalais, Bernard Gavoty, François Nourissier, Jean-Marie Benoist, Jean-Raymond Tournoux, Geneviève Dormann, Alain de Benoist, Jean-Louis Barrault, Joseph Losey, Anthony Burgess, Marcel Julian, James de Coquet, Pierre Daninos, Sempé, etc. Le premier ministre Raymond Barre et l'ancien président des Etats-Unis Richard Nixon avaient accordé de longs entretiens. C'était un bon début.
    La première année se déroula sans histoire. Le succès ayant été quasiment immédiat, les journalistes en tiraient une légitime fierté. Nous nous sentions libres, peut-être trop, au point d'en être parfois un peu grisés. Louis n'était pas en reste. Dans ses éditoriaux, il vulgarisait les idées qui nous étaient chères et qui, par la grâce de son immense talent, acquéraient leurs lettres de noblesse. Avec le zèle du néophyte et ce courage qui frôle parfois l'inconscience, il assumait pleinement cet engagement à nos côtés. Les lecteurs ne s'en plaignaient pas, bien au contraire. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tel était du moins mon état d'esprit lorsque Le Figaro Magazine ferma ses portes en juillet pour la durée des vacances d'été. J'avais décidé de profiter de cette interruption pour partir au Mexique sur les traces des Mayas et des Aztèques. Maurice Beaudoin, à qui j'avais proposé un article pour sa rubrique touristique, m'avait aidé à préparer ce voyage.
    J'étais loin de me douter que l'été allait être aussi chaud pour Le Figaro Magazine ! Avant de m'envoler pour Cancun, j'avais eu le temps de prendre connaissance du Nouvel Observateur du 2 juillet portant en couverture l'emblème du GRECE frappé d'un titre en réserve blanche : Les habits neufs de la droite française. Je ne m'en étais pas ému outre mesure. Certes, le contenu du dossier n'était pas aussi objectif que le titre pouvait le laisser penser. Mais nous avions déjà été épinglés au cours de ces derniers mois. Le succès du Figaro Magazine ne pouvait qu'exciter la jalousie et l'inquiétude des grands médias acquis à l'idéologie de gauche. Et, surtout, j'étais habitué aux calomnies. Diverses officines avaient poursuivi le GRECE de leur vindicte depuis le début des années soixante-dix. Les rapports de police qu'elles avaient constitués traînaient dans les salles de rédaction. Ils pouvaient ressurgir à tout moment.
    Je suis parti serein, sans imaginer une seconde que ce premier dossier n'était que le coup d'envoi d'une incroyable campagne de presse. Pendant tout l'été, nos chers confrères vont s'en donner à cœur joie contre Le Figaro Magazine et la « Nouvelle Droite », associés dans le même opprobre. Nous serons accusés de tous les maux, avec d'autant plus de mauvaise foi que nous n'étions pas en mesure de répliquer. Cette campagne de presse fut la première du genre. Elle révéla le goût de certains journalistes pour les méthodes de basse police et leur façon de se recopier les uns les autres, sans prendre la peine de vérifier les informations, chacun prenant soin, au contraire, de faire assaut d'imagination pour se singulariser.
    L'objectif était clair : faire peur à la droite institutionnelle que nos adversaires soupçonnaient de prêter une oreille complaisante à nos idées. Louis Pauwels entretenait alors les meilleures relations avec le président Giscard d'Estaing. La participation anonyme d'Alain de Benoist au livre de Michel Poniatowski, L'Avenir n'est écrit nulle part (Albin Michel, 1978), était un secret de polichinelle. Quant à moi, j'avais dans Le Figaro Magazine cosigné des articles avec Alain Griotteray, l'un des fondateurs des Républicains indépendants. L'idée que nous puissions avoir la moindre influence au sein de la majorité de l'époque était insupportable aux petits marquis du prêt-à-penser. La gauche avait la prétention de détenir le monopole de l'intelligence. Il ne lui manquait plus que le pouvoir politique qu'elle espérait recueillir incessamment comme un fruit mûr. Mais encore fallait-il que la droite restât la plus bête du monde.
    Bien entendu, nos détracteurs nourrissaient également l'espoir de discréditer la « Nouvelle Droite » auprès de Robert Hersant. Ils l'avaient pourtant accablé de leurs sarcasmes et ne s'étaient pas privés d'étaler ses erreurs de jeunesse. Feignant d'oublier que « l'ancien nazi » avait été élu député radical-mendésiste en 1956, ils en avaient fait une sorte de [pacte avec le] diable. Mais ils savaient aussi que le « papivore », confronté à d'incessantes difficultés financières, ne pouvait pas se permettre d'entretenir le scandale autour de son nom.
    Parti pour le Mexique, je n'ai pas vécu cette campagne. D'autant que je fus victime, au troisième jour de mon voyage, d'un grave accident de voiture. Sur une route du Yucatan, je percutai une vache surgie d'une forêt que je croyais inhabitée. Souffrant d'un sérieux traumatisme crânien, je fus transporté à l'hôpital neuro-psychiatrique de Mérida, puis à l'American British Cowdray Hospital de Mexico, avant d'être rapatrié sur un brancard quelques jours plus tard. De nouvelles interventions chirurgicales m'attendaient à l'Hôpital Foch où de nombreux amis du Figaro Magazine vinrent me rendre visite. C'est ainsi que je découvris peu à peu l'ampleur de la campagne de presse : un délire journalistique de près de cinq cents articles, auquel n'avait pas échappé le vénérable Figaro sous la plume d'Annie Kriegel.
    Je n'en fus pas surpris, car j'étais bien placé pour savoir que les rapports entre Le Figaro Magazine et sa maison mère n'étaient pas bons. Louis m'avait demandé, un an plus tôt, d'assurer la liaison entre les deux rédactions qui, depuis l'expérience du Figaro dimanche, vivaient retranchées de part et d'autre de la rue du Mail. Chaque semaine, je m'étais rendu dans le bureau de Max Clos, le directeur de la rédaction du quotidien, pour lui transmettre le sommaire de notre numéro à paraître. Nous voulions ainsi éviter des doublons avec Le Figaro du samedi dans lequel le magazine était encarté. Louis souhaitait ainsi une normalisation de nos rapports. Mais ces efforts avaient été vains. Le Figaro s'était obstiné à traiter, certains samedis, les mêmes sujets que nous, dans une optique systématiquement différente. Au point que nous en avions été réduits à communiquer de faux sommaires. Max Clos et les chefs de service que je retrouvais dans son bureau m'avaient toujours accueilli poliment. L'un d'eux était même un ancien camarade de classe. Mais, à l'évidence, la vieille garde du Figaro se méfiait de nous. Notre succès aurait dû la réjouir, car il avait permis au quotidien d'augmenter ses ventes du samedi de quelque 100 000 exemplaires. Elle n'en tirait que jalousie et tremblait devant les censeurs de la presse de gauche.
    L’agression du XIVe colloque national du GRECE
    J'étais encore en convalescence lorsque se déroula un événement nouveau dont je fus le témoin : le 9 décembre 1979, le XIVe colloque national du GRECE, qui se tenait au Palais des congrès de la Porte Maillot, fut soudainement attaqué par un commando d'une prétendue Organisation juive de défense (OJD). Plusieurs des nôtres furent grièvement blessés. Cette action violente – dont certains auteurs furent arrêtés mais relâchés le soir même après intervention de Jean-Pierre Pierre-Bloch, fils du président de la LICRA et alors député UDF de Paris – était d'autant plus malvenue que le thème du colloque était la dénonciation de tous les totalitarismes. Aussi suscita-t-elle de vigoureuses protestations. Un appel pour la liberté d'expression fut signé par plusieurs douzaines de personnalités qui ne partageaient pas toutes, loin s'en faut, les idées du GRECE. Louis Pauwels figurait, bien entendu, parmi les signataires.
    Mais quelques personnalités récalcitrantes s'étonnèrent d'avoir reçu le texte du manifeste accompagné d'une lettre à en-tête du Figaro Magazine et s'en offusquèrent aussitôt. En janvier, alors que je venais à peine de reprendre mon travail, Louis me fit part de son intention de se séparer du journaliste qui avait commis cet impair. Il semblait très ennuyé mais sa décision était irrévocable. Le « coupable » devait partir et, comme c'était un membre du GRECE, c'était à moi de le lui faire savoir.
    Le climat n'était plus tout à fait le même au sein de la rédaction. Un certain nombre de journalistes reprochaient à Louis Pauwels d'avoir un peu trop courbé l'échine. Ils sous-estimaient les pressions qui avaient été exercées sur lui et dont ils ignoraient l'ampleur. Mon absence n'avait pas arrangé les choses. Bien que mon remplaçant, Henri-Christian Giraud, se fût bien acquitté de sa tâche, Patrice de Plunkett, qui était le plus ancien dans le grade le plus élevé, avait profité de la situation pour élargir ses prérogatives. Il avait surtout senti le vent tourner et compris tout le profit qu'il pouvait tirer à se présenter auprès de Louis en élément modérateur. Sa nouvelle attitude ne pouvait qu'alimenter les soupçons et exacerber les critiques de ceux qui l'avaient connu beaucoup plus va-t-en-guerre.
    Ayant décidé de confirmer Henri-Christian dans son titre de rédacteur en chef, Louis me nomma directeur de la rédaction. Déjà absorbé par la préparation du Figaro Madame dont le premier numéro était prévu pour le mois de mai, il avait besoin de quelqu'un qui puisse le seconder plus efficacement au Figaro Magazine. Mais, encore affaibli par mon accident, j'étais loin d'avoir récupéré la totalité de mes capacités de travail. De surcroît, mon bureau était devenu celui des doléances et il me fallut consacrer beaucoup de temps à essayer de calmer les esprits. J'étais moi-même troublé par la nouvelle attitude de Louis. Comme nous étions presque voisins et qu'il voyait bien que ma santé était encore fragile, il avait demandé à son chauffeur de passer me prendre à mon domicile. Pendant plusieurs mois, nous avons ainsi fait la route ensemble chaque matin. C'était évidemment l'occasion de discuter. Il se rendait bien compte que je n'étais pas disposé à accepter les avanies de nos adversaires. Il essayait de me convaincre de la nécessité de faire des concessions pour préserver l'essentiel. Et il ajoutait parfois de son regard malicieux : « Nous les aurons ! »
    Je n'en étais pas convaincu. Mon expérience à la tête du GRECE m'avait appris qu'il ne faut jamais donner à l'adversaire le sentiment que l'on est vulnérable à ses attaques. Faire preuve de faiblesse, c'était s'exposer à recevoir de nouveaux coups, chaque fois plus douloureux. Il lui arrivait d'en convenir mais je sentais bien qu'il n'avait plus les coudées franches. Je compris également un aspect essentiel de sa personnalité : Louis avait une vision chevaleresque du débat des idées. Il se battait en honnête homme pour ce qu'il croyait être juste ou souhaitable, sans toujours mesurer la portée des formules assassines dont il avait le secret et sans bien se rendre compte que ceux d'en face n'avaient pas du tout envie de débattre.
    Louis offrait un curieux mélange de naïveté et de lucidité. Il avait parfaitement identifié nos adversaires. Il les connaissait pour les avoir déjà croisés sur son chemin. Il savait très bien ce dont ils étaient capables. Je crois qu'il les haïssait tout autant que moi. Mais la campagne de presse l'avait profondément déstabilisé. Il les découvrait plus influents encore qu'il ne les avait imaginés. Et cette toute-puissance l'effrayait. Il faut se souvenir du climat de cette année 1980. Nous étions à la veille de l'élection présidentielle. Mitterrand piaffait d'impatience et la gauche faisait feu de tout bois pour tenter de discréditer le pouvoir giscardien. Le chef de l'Etat était ouvertement soupçonné de sympathies vichystes et de dédain à l'égard de la communauté juive. Dans le livre qu'il a consacré aux Juifs dans la société française (Flammarion, 1990), Maurice Szaffran rapporte ces incroyables propos que lui a tenus un proche collaborateur de Michel Rocard : « Oui, je crois Giscard fondamentalement antisémite. Il appartient à cette bourgeoisie française où il n'est pas de bon ton d'épouser un juif. Et il y a une traduction politique de cet état d'esprit : Giscard a ouvertement méprisé les juifs. Si De Gaulle et Pompidou se sont opposés, à un moment de leur présidence, au judaïsme français, ils ne l'ont jamais méprisé. C'est cela l'antisémitisme à la Giscard. »
    Jean-Claude Valla : un guerrier des idées (deuxième partie)
    L’attentat contre la synagogue de la rue Copernic et l’élection présidentielle de 1981 sont fatals au Figaro Magazine de Pauwels
    On accusait également ce pauvre Giscard de complicité avec des groupuscules néo-nazis dont les derniers soubresauts étaient systématiquement montés en épingle. La presse, surexcitée, nous révéla que des policiers étaient membres de l'un de ces groupuscules, la Fédération d'action nationale et européenne (FANE). Mais, au lieu d'en conclure que les Renseignements généraux avaient infiltré cette organisation, la plupart des journaux en conclurent que la police était contaminée par les idées néo-nazies. Il est vrai que cette infiltration avait de quoi laisser songeur. La FANE, qui existait depuis longtemps et semblait moribonde, s'était mise à commettre ou à revendiquer des actions violentes au moment où les flics l'avaient noyautée. Fâcheuse coïncidence. Je suis convaincu, pour ma part, que certaines officines de police travaillant pour le compte de Mitterrand ont sciemment manipulé la FANE pour tenter de créer un danger artificiel et de détourner l'électorat juif du pouvoir giscardien.
    L'hebdomadaire Tribune juive du 26 décembre 1980 allait révéler que Jean-Yves Pellay, le plus excité des militants de la FANE, dont la journaliste Annette Levy-Willard avait rapporté les furieux propos antisémites dans Libération du 2 septembre 1980, était un agent provocateur de l'Organisation juive de défense. Il était demi-juif par sa mère. Après la mort de son père, résistant et déporté, survenue en 1958, il avait séjourné un an en Israël où il en avait profité pour apprendre l'hébreu. Et c'est après avoir contacté l'OJD aux Douze Heures pour Israël qu'il avait rejoint la FANE en mai 1980.
    Mais cela, tout le monde l'ignorait lorsqu'une bombe de forte puissance explosa devant la synagogue de la rue Copernic, le 3 octobre 1980, à 18h 38, provoquant la mort de quatre passants. Moins d'une heure plus tard, un correspondant anonyme – nous savons aujourd'hui qu'il s'agissait de Jean-Yves Pellay – téléphonait à l'Agence France-Presse pour revendiquer l'attentat au nom des Faisceaux nationalistes révolutionnaires qui n'étaient autres que la reconstitution de la FANE dissoute par le gouvernement le 3 septembre précédent. Des centaines de juifs et de militants de gauche se réunirent aussitôt pour aller crier leur colère devant le ministère de l'Intérieur. L'émotion fut d'autant plus grande que cet attentat, le premier de cette ampleur en France, intervenait huit jours après celui de la Fête de la bière à Munich qui avait fait treize morts, et deux mois après celui de la gare de Bologne où quatre-vingt-cinq personnes avaient trouvé la mort. Deux attentats attribués à « l'extrême droite ».
    Le lendemain, samedi 4 octobre, une autre manifestation se mit en branle devant la synagogue de la rue Copernic à l'instigation de Henri Hadjenberg, alors président du Renouveau juif. Cette organisation n'en réclamait pas moins la démission du ministre de l'Intérieur, Christian Bonnet, et la constitution d'une commission d'enquête sur « le noyautage de la police par les fascistes ». Le même jour, en fin d'après-midi, le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS) organisait un autre défilé aux cris de « Bonnet, Giscard, complices des assassins ! »
    Ce samedi, je l'ai passé chez Louis, au Mesnil-le-Roi. Il m'avait appelé dès les premières heures de la matinée, pressentant avec son flair habituel de nouvelles attaques contre Le Figaro Magazine. Nous avions été les seuls de la grande presse, en effet, à ne pas sombrer dans l'hystérie lorsque Marc Fredriksen, le président de la FANE, avait été jugé, le 19 septembre, par la XVIIe chambre correctionnelle de Paris et à rapporter que des activistes juifs du Bétar avaient tenté d'introduire des barres de fer dans le palais de justice. Louis s'était d'ailleurs inquiété du texte que j'avais rédigé et avait demandé à Patrice de Plunkett d'en réexaminer la forme avec moi. Chaque mot avait été soigneusement pesé, mais le seul fait de dire la vérité était un outrage.
    Je quittai Louis à l'heure du déjeuner après avoir tenté de le rassurer. Mais, à peine arrivé chez moi, je l'eus de nouveau au téléphone. Il venait d'entendre Jean Pierre-Bloch, le président de la LICRA, déclarer au journal de 13 heures de TF1 à propos de l'attentat de la rue Copernic : « Les assassins, ce sont aussi ceux qui ont créé le climat. Car il y a une certaine presse qui, depuis quelque temps, s'acharne à dénoncer par exemple les jeunes juifs comme des tueurs. Je veux tout de même rappeler Le Figaro Magazine de samedi dernier disant que les juifs venus au palais de justice pour le procès Fredriksen étaient venus pour tuer. Je dis que cet article prête à l'attentat et crée l'antisémitisme. Malgré ce que dira M Pauwels – il versera sans doute comme beaucoup d'autres des larmes de crocodile sur les victimes –, je dis que le responsable de l'assassinat, c'est cette presse. »
    Je retournai au Mesnil où Louis m'attendait, effondré. Ses craintes s'étaient révélées justes. Il paniquait. Jean Ferré, qui tenait alors la rubrique radio et télévision du Figaro Magazine, arriva à son tour, en voisin, et tenta de détendre l'atmosphère, sans plus de succès que moi. Nous avions tort, d'ailleurs, de minimiser cette intervention de Pierre-Bloch car, le lundi suivant, Bernard-Henri Lévy prenait le relais dans Le Quotidien de Paris : « C'est toujours délicat d'établir des liens de cause à effet entre les discours et les actes. Mais il ne me paraît pas absurde de dire que tout le ramdam qu'on a fait récemment autour des thèses élitaires, indo-européennes, parfois eugénistes, des sous-développés de la Nouvelle Droite, par exemple, a préparé le terrain à la situation d'aujourd'hui. » Et le sous-penseur de la gauche-caviar ajoutait : « Le Figaro Magazine, en un sens, c'est pire que Minute ; c'est ce qui permet à des milliers de gens de penser qu'on peut être fasciste sans être un nervi ou une brute de la FANE. »
    Pierre-Bloch et Lévy venaient d'inventer la thèse du « climat » que l'on verra ressurgir dix ans plus tard après la profanation du cimetière juif de Carpentras. Thèse d'autant plus absurde que la police n'allait pas tarder à découvrir que les auteurs de l'attentat de la rue Copernic avaient pénétré en France avec de faux passeports chypriotes. On sait aujourd'hui qu'il s'agissait de Palestiniens appartenant à un petit groupe dissident du FPLP de Georges Habbache, le « Palestinian Liberation Front Special Command » dont le chef s'appelait Salim Abou, et que l'explosif avait été acheminé par une valise diplomatique libanaise. Ces terroristes venus de loin ne pouvaient pas avoir été influencés de quelque manière que ce fût par la lecture du Figaro Magazine. Ils poursuivaient leur guerre à eux. Mais la vérité, pourtant révélée par Le Point dès le 23 mars 1981, fut longtemps occultée par la classe politico-médiatique, puisqu'en juillet 1981 Gaston Defferre, nouveau ministre de l'Intérieur, tentait encore de relancer la piste de « l'extrême droite ».
    Dans les jours qui ont suivi l'attentat, les journaux, les radios et les télévisions firent assaut de bêtise et d'aveuglement. Dans Le Quotidien de Paris, Jean-Marie Rouart affirmait que, de mai 1977 à mai 1980, cent vingt-deux « attentats » auraient été commis par « des groupuscules armés d'extrême droite » et se disait « effaré de voir, face à ce chiffre, le nombre dérisoire des arrestations ». Le futur rédacteur en chef du Figaro littéraire oubliait, peut-être sous le coup de l'émotion, les nombreux attentats dont « l'extrême droite » avait été victime et dont les auteurs n'avaient jamais été identifiés ni arrêtés. Ainsi, trois attentats avaient frappé les bureaux de Minute : en mai 1971, août 1974 et février 1975 (il y en aura d'autres après Copernic) ; en juin 1972, un engin explosif déposé devant le portail de François Brigneau avait blessé un éboueur ; le 19 juin 1977, un autre engin avait ravagé les locaux de L'Œuvre française et, le 19 septembre, des inconnus étaient venus les mitrailler ; encore en 1977, une partie de l'immeuble où résidait Jean-Marie Le Pen avait été détruite par une bombe ; le 18 mars 1978, François Duprat avait été tué par une bombe déposée dans sa voiture.
    L’attentat de la rue Copernic ne pouvait que relancer les accusations portées contre Giscard. « La vérité, écrivait Jean-Pierre Chevènement dans Le Monde du 8 octobre, est qu’une véritable osmose s’est créée entre une partie du personnel dirigeant giscardien et l’extrême droite française, de Vichy au Club de l’Horloge en passant par l’OAS. » Trois jours plus tôt, François Mitterrand, de passage à Tarbes, avait déjà dénoncé « l’impuissance du gouvernement après les avertissements qui n’ont jamais été entendus » et rappelé la présence « d’activistes d’extrême droite » dans les rangs du service d’ordre du candidat Giscard en 1974. Certains ayant agité l’épouvantail d’un « vote juif », Chirac lui-même, bien décidé à en finir avec Giscard, se répandait sur les ondes pour affirmer que le « racisme » et « l’antisémitisme » étaient à l’origine de l’attentat de la rue Copernic.
    L'hystérie des médias, s'ajoutant à la radicalisation de la communauté juive, inquiéta sérieusement Louis Pauwels. Après avoir obtenu de Christian Bonnet une protection policière dans sa propriété du Mesnil, il me demanda, dès le lundi 6 octobre, de lui trouver deux gardes du corps et exigea d'eux, malgré mes mises en garde, qu'ils fussent armés. Je les vois encore faire les cent pas dans le couloir qui menait à son bureau et l'accompagner dans chacun de ses déplacements. On peut en sourire après coup, mais l'échauffement des esprits était tel qu'un geste criminel n'était pas à exclure. Le 7 octobre, quatre jours après l'attentat, alors qu'une imposante manifestation « antiraciste » se déroulait sur les Champs-Elysées, un homme de 84 ans, Charles Bousquet, victime d'une homonymie (probablement avec l'ancien responsable de la police de Vichy), était vitriolé à son domicile par un commando de l'OJD qui allait récidiver, quelques semaines plus tard, sur la personne de Michel Caignet, ancien responsable de la FANE.
    Un débat réparateur ?
    Pour riposter aux calomnies, Louis Pauwels décida simultanément de porter plainte contre Jean Pierre-Bloch et d'organiser un débat avec Jean Elleinstein. Cet intellectuel juif, qui était alors en train de rompre avec le Parti communiste, en accepta le principe. Il s'agissait de poser au directeur du Figaro Magazine les questions qui lui permettraient de se dédouaner des accusations les plus infamantes. Ce débat se déroula au Mesnil-le-Roi, en ma présence. J'étais chargé, en effet, de le mettre en forme. Le texte fut publié dans le magazine du 9 octobre. Elleinstein avait parfaitement joué le jeu et allait, quelques semaines plus tard, se montrer courageux en déclarant au « Quotidien de Paris » du 14 janvier 1981 : « En France, nous ne souffrons pas de trop de liberté, du fait du monopole de l'Etat sur la télévision et de la concentration des grands moyens de communication de masse et d'information, mais plutôt du contraire. Protéger notre liberté, c'est l'étendre. Je ne préfacerais pas un livre de Faurisson mais j'admets qu'il le publie, quitte à en combattre les idées et à en démontrer la fausseté. » Pourtant, son débat avec Louis, trop axé sur un « racisme » et un « antisémitisme » imaginaires, était une concession inutile à l'idéologie dominante, un aveu de faiblesse. Il ne fut pas suffisant, en tout cas, pour calmer les esprits. La campagne de presse continuait et le groupe Hersant était confronté aux risques de représailles financières. Certaines agences de publicité, qui n'avaient jamais caché leur antipathie viscérale pour Le Figaro Magazine, menaçaient de le rayer de leurs plans médias. L'une d'elles, Publicis, n'avait d'ailleurs pas attendu l'affaire de la rue Copernic pour le boycotter. Je me souviens encore de Maurice Lévy, directeur général de cette agence, nous expliquer hypocritement au cours d'un déjeuner – c'était en septembre 1978 à la veille du lancement du magazine – qu'il ne pouvait pas miser sur un magazine voué à un échec certain !
    Au même moment, Robert Hersant était confronté à la justice : inculpé pour infraction aux ordonnances de 1944 qui limitaient la concentration dans la presse, le « papivore » était harcelé par un petit juge du Syndicat de la magistrature sur lequel aucune pression gouvernementale n'avait prise. Il aurait fallu changer la loi, ce que feront les socialistes quelques mois après leur arrivée au pouvoir. Mais Giscard n'avait pas osé se lancer dans une réforme dont il craignait qu'elle fût nuisible à son image de marque. Ayant compris qu'il ne pouvait pas compter sur ses amis politiques, Hersant s'était offert les services discrets d'un avocat influent, Robert Badinter, dignitaire du Parti socialiste, membre éminent de la communauté juive et gendre de Marcel Bleustein-Blanchet, le patron de Publicis. C'est lui qui, si j'en crois les confidences que me fit Louis Pauwels, aurait conseillé à son client de donner des gages de bonne volonté : «Le Figaro Magazine devait adopter une ligne plus « convenable » et se débarrasser de ses éléments les plus « compromettants ».
    La rupture
    Quelques jours plus tard, Louis m'appelait dans son bureau pour m'annoncer que Robert Hersant lui avait demandé ma tête. Je devais m'en aller. Il en était désolé mais ne pouvait pas faire autrement. Bien entendu, je serais indemnisé, car il n'y avait rien à me reprocher. Un peu interloqué, j'hésitai sur la conduite à tenir. Maurice Beaudoin et Michel Dunois, ancien rédacteur en chef de  L'Aurore  qui venait d'arriver au Figaro Magazine comme conseiller de la direction, me suggéraient de faire le dos rond en attendant un retour au calme. Abondant dans le même sens, Alain Griotteray n'était pas persuadé que Robert Hersant, qu'il connaissait bien, ait exigé ma tête. Je m'interrogeai : n'était-ce pas plutôt Louis, à la recherche d'un fusible, qui la lui avait proposée ? Je n'ai jamais su ce qu'il en était réellement. Mais ce doute m'ôta toute velléité de résistance. Je me résignai au départ d'autant plus facilement, il est vrai, qu'un groupe de presse venait de me faire des propositions et que je n'avais pas de souci à me faire pour mon avenir.
    Louis me remit une lettre datée du 14 octobre : « Cher Jean-Claude, c'est le cœur serré et l'esprit déchiré que je vous vois partir. Je n'avais pas le choix. On exigeait de moi cette mesure. Si je m'y refusais, je devais partir moi-même en justifiant du même coup les infâmes accusations portées contre moi, et en livrant l'ensemble de l'équipe à la curée immédiate. Nous avons résisté trois ans. Je ne regrette rien de ce que nous avons fait. J'en suis fier au contraire. Mais, aujourd'hui, nous sommes contraints de plier. Et, en pliant, je sais que je donne prise à d'autres attaques. Je ne me fais pas d'illusions. Je dois cependant retarder au maximum qu'on “nous rase” tous ici, comme le souhaite ce soir Michel Calef dans Le Monde. Mais, qui sait ? Le temps gagné peut aussi travailler pour nous. C'est, en tout cas, la seule chance à courir. Mon cher Jean-Claude, vous savez en quelle estime et amitié je vous tiens. Et vous savez que notre cause m'habite profondément. Je souhaite que vous puissiez la servir en liberté et avec force, et qu'elle bénéficie finalement de l'injustice qui nous [souligné] est présentement faite. Permettez-moi de vous embrasser. Louis. »
    Tiraillé par le doute, je fus plus sensible aux marques de sympathie que me témoignèrent la plupart des journalistes du Figaro Magazine, y compris ceux qui nous avaient rejoints plus tardivement et qui auraient pu avoir quelques raisons de se méfier. Je pense à Christine Clerc m'écrivant en date du 21 octobre 1980 : « Cher Jean-Claude, j'ai eu à peine le temps de vous connaître et je ne pourrai pas vous dire au revoir, ayant un rendez-vous chez Rocard ce jeudi après-midi. Je voudrais seulement vous dire qu'après vous avoir considéré avec une certaine méfiance (cette “Nouvelle Droite” et puis, n'alliez-vous pas chercher à m'étouffer ?) j'avais appris à estimer vos qualités professionnelles et plus encore votre délicatesse, votre respect des autres et votre profonde courtoisie. J'ai aimé travailler avec vous et je vous regretterai. Croyez à ma très sincère amitié. Christine Clerc. »
    Louis aussi, je crois, m'a regretté. Pendant ces deux ans et demi, en effet, ma loyauté à son égard avait été sans faille. Après mon départ, la rédaction se fissura en plusieurs clans qui passèrent le plus clair de leur temps à se combattre dans l'espoir d'avoir les faveurs de la direction. Louis en était parfaitement conscient et m'en parla au cours d'un déjeuner, de même qu'il m'expliqua, à une autre occasion, les raisons qui l'avaient amené à renoncer à son procès contre Pierre-Bloch en échange d'une lettre de celui-ci, publiée en page 60 du Figaro Magazine du 8 novembre 1980, dans laquelle le président de la LICRA s'excusait platement d'avoir tenu des propos dépassant sa pensée. J'estimais que ce n'était pas la bonne stratégie. Nos discussions étaient néanmoins amicales et, malgré mon départ du Figaro Magazine, je le voyais assez souvent.
    En 1981, l'Union de la gauche étant arrivée au pouvoir, il me confia la mission de constituer une association destinée à rassembler les intellectuels de toutes sensibilités hostiles au nouveau régime. Alternative pour la France : tel fut le nom donné à cette entreprise dont il fut l'un des cinq parrains officiels aux côtés d'Alice Saunier-Seïté, ancien ministre des Universités, de Pierre Chaunu, du R.P. Bruckberger et de Patrick Wajsman. L'objectif était ainsi défini : « La diversité des opinions doit nourrir la réflexion et élargir le débat. Encore faut-il définir les principes essentiels communs autour desquels doit s'articuler une alternative tolérante et dynamique à l'idéologie socialiste. Pour la première fois, des personnalités de sensibilités différentes, mais d'accord sur l'essentiel, ont accepté de réfléchir et de combattre ensemble. »
    Un premier forum fit salle comble au Pavillon Gabriel, les 5 et 6 décembre 1981. Mais nous avions frôlé la catastrophe : Raymond Aron, en effet, avait organisé une cabale, sous prétexte que nous avions abusivement utilisé son nom dans nos placards publicitaires. Nous n'avions fait que reprendre, en la référençant, une brève citation de lui, extraite de L’Express du 26 juin 1981 : « La bataille des idées commence et doit commencer… » C'était cette bataille que nous voulions engager et, malgré son refus de participer à notre forum, nous avions jugé légitime de le citer. « Monstre d'orgueil », selon la formule de Jean d'Ormesson qui l'avait pratiqué et s'y connaissait en matière de boursouflure de l'âme, il s'en formalisa et s'empressa de désavouer une initiative conforme aux vœux qu'il avait exprimés. Bien décidé à saboter notre forum, il exerça des pressions sur les personnalités qui nous avaient apporté leur soutien et promis leur participation. Il les mit en garde contre une opération dont il affirmait qu'étant pilotée par Le Figaro Magazine, elle ne pouvait être qu'une manœuvre de la « Nouvelle Droite ». La « preuve » en fut apportée par Le Matin : le 4 décembre, ce quotidien socialiste prétendit révéler que le siège de notre association, rue de Verneuil, était le domicile d'Alain de Benoist. En réalité, ce dernier n'y habitait plus depuis une vingtaine d'années. C'était le domicile de sa mère qui venait de décéder. Alain nous l'avait simplement prêté en attendant de le vendre.
    Malgré tous ses efforts, Raymond Aron n'avait obtenu qu'un maigre résultat : le retrait de Norman Podhoretz, rédacteur en chef de la revue américaine Commentary, et de quatre autres de ses compatriotes, dont nous étions ainsi dispensés de payer le coûteux voyage. Une dernière offensive fut lancée le dimanche matin, deuxième jour du colloque, dans un recoin du Pavillon Gabriel. Je vois encore Lionel Stoléru et Michel Drancourt, pour ne citer que les plus véhéments, m'annoncer qu'ils quitteraient le forum si Alain de Benoist persistait à vouloir prendre la parole comme cela était prévu au programme. Je m'insurgeai contre ce chantage. Hélas ! Aucune des dix ou douze personnalités présentes ne m'apporta son soutien. Même Alice Saunier-Séïté, qui ne manquait pas de cran et qui savait parfaitement à quoi s'en tenir sur le double jeu de certains, se défila. Alain Griotteray, dont j'escomptais l'appui, n'était pas encore arrivé. Quant à Louis Pauwels, il avait déjà été assailli au téléphone par Stoléru. Ce sinistre personnage – qui n'était sûrement pas le mieux placé pour combattre le socialisme puisqu'il allait devenir ministre de Mitterrand après l'avoir été de Giscard – n'avait pourtant émis aucune réserve lorsque je l'avais pressenti. La liste provisoire des intervenants que je lui avais remise le 20 octobre, chez lui, square du Ranelagh à Paris, comportait déjà le nom d'Alain de Benoist. Ce dernier, excédé par la mauvaise foi de ses censeurs, se retira de lui-même alors que je m'apprêtais à monter à la tribune pour dénoncer les manœuvres qui venaient de se dérouler en coulisses. Par la suite, j'ai souvent regretté de n'avoir pas révélé au public la vérité à laquelle il avait droit.
    Le 18 avril 1982, dans les salons du Sofitel, Porte de Sèvres, Alternative pour la France organisa un second forum sur les menaces pesant sur la santé, avec des personnalités aussi peu suspectes de sympathies pour la « Nouvelle Droite » que Jean-Marie Rausch, lui aussi futur ministre de Mitterrand, le centriste Jacques Barrot ou le professeur Gérard Milhaud. Ce fut sa dernière manifestation. Je n'avais plus envie de continuer. A force de vouloir se dédouaner, l'association risquait de perdre sa raison d'être. Louis n'en était pas conscient. Nous en avons discuté amicalement au cours d'un déjeuner, le dernier que nous ayons partagé. Nous évoquâmes également sa « conversion » au christianisme et celle de Patrice de Plunkett dont il se moquait, car il ne la croyait pas sincère.
    La normalisation du Figaro Magazine
    Huit années s'écoulèrent sans que nous eûmes d'autres contacts que d'épisodiques conversations téléphoniques. Nous n'étions plus sur la même longueur d'onde. Je déplorais que la souffrance physique ait eu raison de son stoïcisme et qu'il ait pu écrire dans Le Figaro Magazine : « C'est le sens du péché qui confère à l'homme sa dignité. » Cette volte-face me peinait d'autant plus qu'elle s'accompagnait d'une normalisation du Figaro Magazine. Mais nous conservions l'un pour l'autre une grande estime. Le 21 mai 1990, il m'écrivit ces quelques lignes après avoir lu l'un de mes articles de la Lettre de Magazine Hebdo dans lequel, déplorant l'hystérie des médias dans le traitement de la profanation du cimetière de Carpentras, j'avais rappelé le précédent de la rue Copernic : « Mon cher Jean-Claude. Vous êtes le seul dans la presse à rappeler l'action menée contre Le Figaro Magazine et moi-même à propos de l'attentat rue Copernic. Je vous remercie de l'avoir fait. L'extraordinaire est que personne n'ose se souvenir de la délirante campagne contre la Nouvelle Droite à cette époque. Cordialement, Louis. »
    J'ai raté mon dernier rendez-vous avec lui : celui de ses obsèques. Je m'étais promis d'y aller, en voisin et en ami. Mais j'appris que Bernard-Henri Lévy serait présent avec quelques autres de son acabit, dont je n'avais pas oublié qu'ils avaient craché sur Le Figaro Magazine. La seule idée de les voir m'était insupportable. Louis avait passé l'éponge et fini par se trouver des affinités philosophiques avec eux. C'était son droit. Il n'empêche que ces gens restaient pour moi des malfaisants. C'est donc dans la forêt de Saint-Germain que je me suis recueilli, ce jour-là, loin des courtisans et des traîtres d'opérette. Et, aujourd'hui encore, c'est le Pauwels des heures héroïques du Figaro Magazine que je garde dans mon cœur. Le Pauwels païen, aristocrate et rebelle qui s'était fièrement levé pour dénoncer le « sida mental » de ses contemporains.
    Jean-Claude Valla

    Polémia

    27/02/2010) (reprise d’une publication du 27/10/2006)

  • Manif pro mariage homo : LE BIDE !

     

     

    Quelques dizaines de milliers de fanatiques vociférant ont défilé hier après-midi derrière la fine-fleur de la bobocratie parisienne pour défendre le projet de loi Taubira sur le mariage homosexuel.

     

    La Préfecture de police (entendez le ministère de l’Intérieur, donc le pouvoir socialiste) qui avait suscité l'hilarité générale il y a 15 jours en estimant à 340 000 le nombre des manifestants venus défendre la famille traditionnelle à Paris (alors que tout le monde s'accorde désormais sur un chiffre qui dépasse de loin le million), a compté ce dimanche 125 000 manifestants.

     

     
    Si l'on s'en tient à la logique de la police, il faut donc diviser par au moins 3 cette estimation pour le moins fantaisiste. On arrive ainsi à environs 42 000 personnes, et ce malgré les moyens énormes offerts aux organisateurs. Ce qui correspond d'ailleurs exactement au comptage effectué par nos observateurs envoyés sur place. En résumé : ILS ONT FAIT UN BIDE !

     

    Le gouvernement doit maintenant en tirer les conclusions qui s'imposent : se soumettre ou se démettre...

    Synthèse nationale

    http://www.francepresseinfos.com/

  • "Deux piliers de l'électorat de Hollande sont ébranlés"

    Depuis 2002, le ministère de l’Intérieur fournit des données numérisées du résultat des élections. Cette nouvelle disposition a permis à trois chercheurs en sciences politiques de décoder l’électorat qui a mis François Hollande au pouvoir.

    Il est intéressant de voir quelle conséquence peut avoir le mariage pour tous sur cet électorat et d’évaluer ainsi le prix ou le bénéfice politique de cette loi.

    Très schématiquement on peut conclure de ce travail très fouillé que l’électorat de François Hollande est constitué de trois viviers, de natures assez diverses mais dont les intérêts ont convergé le temps d’une élection. La cohésion de cette majorité s’établit cependant sur une plateforme assez large, surtout pour ce qui concerne les sujets économiques. En revanche, en ce qui concerne les grands thèmes de société, cette diversité est susceptible d’ébranler l’apparente homogénéité de l’édifice.

    Les trois principaux "centre de gravité" de cette majorité sont :

    Les populations des centres villes : cette population au pouvoir d’achat assez élevé et au haut niveau d’éducation est le moteur intellectuel de la majorité. Proche des cercles de pouvoirs, avec de nombreux fonctionnaires, et des sphères d’influence comme l’éducation et les médias, cet électorat est à la recherche de progrès sociétaux de nature libérale. Il promeut logiquement le mariage pour tous et en est le fervent défenseur. Cet électorat serait très déçu en cas de recul gouvernemental sur cette question mais c’est un électorat acquis qui, de toute façon, n’envisage pas de voter autrement.

    Les campagnes : le second vivier électoral de François Hollande est constitué d’électeurs résidants à plus de 70 km d’une ville de plus de 200.000 habitants. Il s’agit là d’un électorat très différent du précédent. C’est dans cet électorat que François Hollande a enregistré la plus forte progression en 2012 et c’est sans doute là qu’il a joué sa victoire. Cet électorat du terroir, touché par la paupérisation des campagnes, vote régulièrement à gauche. Cet électorat ne se sent pas concerné par la loi sur le mariage pour tous, mais s’interroge : à mesure que le débat progresse sur cette question, les ruraux entrevoient que le mariage pour tous n’a de sens que s’il est accompagné de l’adoption et de la PMA. Autant de sujet pour lesquels ils sont bien plus perplexes voire inquiets. Cet électorat est donc fragilisé dans ces convictions et ne devrait pas suivre le gouvernement en cas de passage en force de la loi.

    Les populations issues de l’immigration : en ce qui concerne cet électorat, surtout s’il est de tradition musulmane, la loi portant sur le mariage pour tous constitue un cas de conscience. D’une part, il y a une volonté de fidélité envers un gouvernement qui promet par ailleurs le vote aux étrangers -sujet cher à ces français- d’autres parts, il y a une vraie difficulté à accepter la perspective d’un mariage proposé aux homosexuels car cette perspective constitue un réel tabou selon leur tradition. Il est probable que cet électorat se désolidarisera de la majorité sur cette question.

    Sur les trois piliers électoraux qui ont portés François Hollande au pouvoir, deux sont donc fortement ébranlés par le projet de loi portant sur le mariage pour tous. Le pouvoir saura-t-il l’analyser et le prendre en compte ? C’est assez peu probable car l’électorat urbain, proche du pouvoir et influant médiatiquement, pose un écran entre François Hollande et son électorat.

    Analyse et compréhension du vote lors des élections présidentielles de 2012 - Michel Bussi, Jérôme Fourquet et Céline Colange - in la revue française de sciences politiques, volume 62, n° 5-6 - décembre 2012 - p 941

    Par PMassart, contributeur du club Pol Story - L’Express

    http://www.actionfrancaise.net