Nous avons jusqu'ici présenté les principaux maîtres de la Contre-Révolution, du moins les plus connus, mais il est, dans l'entourage de Maurras notamment, toute une foule d'auteurs, historiens, philosophes, romanciers qui ont encore affiné la pensée des maîtres et que nous lisons toujours avec plaisir et intérêt. À commencer par Léon de Montesquiou...
Léon Odon Marie Anatole, comte de Montesquiou-Fézensac, fils d'un officier de Marine et de la princesse Bibesco, naquit à Brüs-sous-Forges, en Seine-et-Oise, le 14 juillet 1873. Le petit-fils de Louise Françoise Le Tellier, comtesse de Montesquiou, gouvernante du roi de Rome (Napoléon II), fut élevé dans le château familial de Courtanvaux, dans la Sarthe, jusqu'à dix ans, puis il étudia au lycée Stanislas à Paris avant d'obtenir son doctorat en droit en 1899, avec une thèse titrée Étude sur la suppression du duel.
Sous-lieutenant de réserve en 1900, l'arrière-petit cousin du chevalier d'Artagnan avait participé le 20 juin 1899, à la salle des Agriculteurs, à la première réunion publique organisée par le comité d'Action française. Il adhéra aussi à la Ligue de la Patrie française, qui venait de se créer dans le sillage de Maurice Barrés, mais il s'en détourna dès qu'il vit qu'elle versait dans l'électoralisme.
Il collabora dès cette date à la Revue d'Action Française (dite Revue grise) et répondit à l’Enquête sur la Monarchie, menée par Charles Maurras. En décembre 1902, il devint président du conseil d'administration de l'Action française, puis, en janvier 1905, secrétaire-général de la Ligue d'Action française. À partir de février 1906, il eut en charge la chaire Auguste Comte de l'Institut d'Action française. Auteur d'ouvrages politiques théoriques sur Le Salut public (1901) et la Raison d'État (1902), puis sur Le Contrat social de J.-J. Rousseau ou les fondements philosophiques de la démocratie (1912), il réagit d'abord d'instinct puis de raison contre cette dangereuse flambée destructrice trempée des dogmes révolutionnaires qu'il appelait le dreyfusisme.
En ces années-là, l'Action française, en plein essor, entama une vive campagne contre l'arrêt 445 de la Cour de cassation du 12 juillet 1906 annulant la condamnation du capitaine Dreyfus. Le 16 mai 1907, Montesquiou fut suspendu pour un an de ses activités d'officier de réserve pour cause de militantisme, mais cela ne l'assagit pas : il organisa, avec le commandant Louis Cugnet, le 18 mai, une réunion contre l'arrêt de la cour de cassation qui réunit plus de 5 000 personnes salle Wagram. La République gouvernait mal mais se défendait bien : le 3 septembre 1907, elle le révoquait de son grade et de son emploi par décision ministérielle...
Ce qui ne l'empêcha point en 1914 de servir la France qu'il ne confondait point avec la République. À la suite d'une intervention de Charles Maurras auprès de Raymond Poincaré, il fut réintégré le 17 septembre 1914 dans l'armée d'activé. Promu lieutenant et affecté au 2e régiment de la Légion étrangère, il combattit dans l'est de la France puis en Champagne. À ce moment-là l'influence de l'Action française avec son sens de l'ordre l'avait remis sur le chemin de la foi de son enfance. Quelques jours avant de mourir, il se confessa et communia. Il fut tué le 25 septembre 1915 à Souain, en Champagne, en quittant une tranchée pour monter à l'assaut. Deux mois plus tard, il reçut la croix de guerre et fut cité à l'ordre de l'Armée.
Montesquiou fut en 1902 l'un des plus prompts, avec Henri Vaugeois et Maurice Pujo, à reconnaître comme Maurras le leur enseignait, que seule la monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée pouvait refaire la France qui se défaisait horriblement avec la République. Il s'adonna à cette tâche, notamment dans Les origines et la doctrine de l'Action française avec une rigueur extrême et une honnêteté remarquable : il ajoutait à la fin de ses chapitres une note où il indiquait sa pensée antérieure, ses erreurs et ce qu'il avait acquis depuis.
Son œuvre est relativement importante. Remarquons Le système politique d'Auguste Comte (1), recueil de conférences prononcées à l'Institut d'Action française. Il y rappelle que Maurras, tout en déployant sa propre pensée, ne négligeait nullement les autres « grands ancêtres » (comme Joseph de Maistre ou Louis de Bonald) ou contemporains (Taine, Renan, Comte) auxquels il renvoyait souvent sans négliger d'approuver et de critiquer, si nécessaire, leur pensée. Ainsi amena-t-il ses lecteurs à fréquenter Comte ; Montesquiou fut le plus enthousiaste pour des raisons qui tenaient à sa critique de l'individualisme révolutionnaire et à son approche organiciste du fait social et à ce que Comte établissait encore la « nécessité de la patrie pour le bien de l'Humanité ». Il aimait aussi chez Auguste Comte la noblesse et la bonté (méconnues) de son âme, son désintéressement, son culte émouvant de Clotilde de Vaux...
CATHOLIQUES ET POSITIVISTES
Montesquiou s'attachait ensuite à traiter des rapports entre catholiques et positivistes. Il renouait en cela avec le souhait ultime et profond de Comte ; réconcilier les "conservateurs", au premier rang desquels il plaçait les catholiques, avec la doctrine positiviste toute pénétrée d'une sincère admiration pour la grande synthèse catholique et l'éminence de son magistère spirituel (auquel Comte, tout de même, voulait que lui fût progressivement substituée cette « religion de l'humanité » dont Montesquiou établit sans conteste qu'elle n'a pas le caractère ridicule qu'on lui prête). Montesquiou parvint à convaincre Paul RM, l'exécuteur testamentaire de Comte qui écrivit dans L'Action Française (revue du 1er janvier 1907) : « Depuis la mort d'Auguste Comte on avait toujours présenté son œuvre comme devant remplacer le passé au lieu de le développer. L'Action Française s'est donné pour tâche de dissiper une semblable erreur. C'est M. de Montesquiou qui vient, par la publication que nous annonçons, défaire cesser un si déplorable malentendu [...] Pour y parvenir il a cru que le mieux était de nous montrer tout simplement quels sont les véritables services qu 'a rendus à l'évolution humaine l'incomparable penseur dont il a exposé la doctrine avec tant de clarté et une si parfaite loyauté. »
COMTE ET L'ACTION FRANÇAISE
Charles Maurras aura le denier mot dans ce débat en 1912. Lui qui fut toute sa vie reconnaissant à Auguste Comte de l'avoir "sauvé" à l'âge de quinze ans alors qu'il avait été fasciné par Lamennais (2)… était accusé par de gens de mauvaise foi voulant la peau de l'Action française de n'avoir pas su dépasser l'horizon du positivisme et d'être ainsi fermé à toute référence surnaturelle. Le maître de l'Action française qui n'avait jamais adhéré à la religion positiviste de l'Humanité, ni à la théorie des trois états, leur répondit que le positivisme était pour lui une doctrine de constatation et non d'explication. Les lois de la nature existent, l'expérience les dégage après que l'observation a recensé les faits. Comte et les positivistes recherchent et déterminent « les rapports, les relations fixes, les constantes entre les phénomènes de la nature (3) ». Comment pourrait-il ne pas y avoir rencontre entre eux et les catholiques, lesquels arrivent aux mêmes constatations en donnant à ces lois, à ces permanences leur fondement divin, leur explication métaphysique ? Maurras était si convaincu des insuffisances du positivisme qu'il affirmait dans le Dilemme de Marc Sangnier : « Un croyant doit considérer l'oubli des lois naturelles comme une négligence impie. Il les respecte d'autant plus qu'il les nomme l'ouvrage d'une Providence et d'une bonté éternelle. » Il reprochait alors à Auguste Comte de « se cantonner dans l'ordre du monde tel qu'il apparaît. Sa philosophie exclut la recherche de l'origine et de la fin de l'homme ; elle s'interdit même de demander si les phénomènes de la vie intérieure ou extérieure reposent sur un fond de réalité permanente et substantielle. Il n'y a rien de plus séparé ni de plus distant de la synthèse catholique où tout est suspendu non seulement dans l'ordre mystique mais dans l'ordre rationnel à l'être de Dieu. Par sa négligence méthodique des causes, le positivisme est aux antipodes du catholicisme. On l'a dit à l'AF. aussi souvent qu'il l'a fallu » C'était clair : les catholiques étaient avertis et ne pouvaient se laisser contaminer...
Pour nous aussi, c'est clair : avec Montesquiou, nous reconnaissons que la démarche positiviste est un bon moyen d'observer objectivement les faits bruts, sans faire intervenir des considérations religieuses ou morales dans ce domaine où elles ne sont pas requises, mais cette démarche présente ses limites et a surtout le tort de s'interdire de remonter aux causes : dans ce domaine, surnaturel, c'est la religion catholique qui répond. Avec Maurras nous reconnaissons que le positivisme peut mettre les Français d'accord sur le fait que le catholicisme est le bien, et cela en a conduit plus d'un à découvrir qu'il est aussi le vrai, à commencer par Léon de Montesquiou lui-même, juste avant d'offrir sa vie pour la France en 1915.
CONTRE ROUSSEAU
Terminons par ces lignes, plus actuelles que jamais en ces jours où la famille est attaquée de toutes parts, de Montesquiou concluant une étude sur le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau :
« Or en passionnant les individus sur la métaphysique du Contrat social, elle (la République) fait nécessairement des anarchistes. Certes, cette métaphysique est d'une pauvreté intellectuelle dont on a pu se rendre compte. Elle est bâtie sur une suite de sophismes qui, offerts à la raison, ne peuvent que la dégoûter, mais qui flattent des passions qu 'il est toujours facile d'exciter dans le cœur humain : passions égoïstes de l'envie, de l'orgueil, de l'insoumission. Il est facile de se faire écouter d'un individu quand on lui prêche qu'il est son seul maître, qu'il n'a pas de supérieur. Mais si cet individu à qui on a prêché une telle philosophie s'aperçoit ensuite qu 'elle ne répond à rien de l'état social dans lequel il vit, à qui la faute si cet individu se révolte et devient anarchiste, préférant la ruine de la société à ce qu'il appelle une injustice et une atteinte à ses droits ? La faute en est à ses éducateurs sans nul doute. C'est pourquoi logiquement et en toute justice, nous devons faire remonter jusqu'à la République, la République qui apothéose un Rousseau, la responsabilité de tous les attentats perpétrés contre la société (4) ».
Michel FROMENTOUX. Rivarol du 25 janvier 2013
1 - Léon de Montesquiou : Le système politique d'Auguste Comte, Paris, Nouvelle librairie nationale, 1910.
2 - Charles Maurras : Votre bel Aujourd'hui. Ed Fayard, 1953.
3 - Charles Maurras : La démocratie religieuse. Nouvelles Editions latines ,1978.
4 - Léon de Montesquiou, Le Contrat social de J.-J. Rousseau, Paris, Institut d'Action française, 1912.
France et politique française - Page 5044
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Les maîtres de la Contre-Révolution - LÉON DE MONTESQUIOU
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Génération décervelée : Vrais et faux problèmes
Chers lecteurs, voici donc une nouvelle année scolaire qui commence, nos enfants prennent le chemin de l'école, qui dans un établissement public, qui dans une école catholique sous contrat, qui - moyennant souvent bien des sacrifices - dans une école libre, vraiment libre. Les parents le savent bien : rien n'est parfait dans ce bas monde et une école choisie avec soin peut décevoir, celle où l'on met ses enfants, résignés, faute de pouvoir faire autrement, peut se révéler être celle dont ils avaient précisément besoin. Mais avec raison, le choix de la liberté apparaît de plus en plus souvent indispensable pour que les enfants du XXIe siècle aient réellement à l'école la possibilité de développer leur intelligence, d'apprendre à penser et à raisonner. C'est une véritable guerre culturelle que nous menons, une guerre contre l'ignorance, contre la laideur, contre la domination des passions sur la raison. Voilà pourquoi en cette rentrée 2010, cette rubrique continue. Au risque de me répéter, parfois.
On se perd parfois dans des discussions qu'on devrait pouvoir rayer d'un trait de plume. Tous les ans ce sont les mêmes sujets qui retiennent l'attention médiatique : les aspects matériels de la rentrée (du coût des fournitures scolaires au poids du cartable), les premières grèves à prévoir, les larmes charmantes des tout-petits qui, souvent très tôt, prennent le chemin de l'école (sans être assurés d'en sortir en sachant lire et compter d'ici à 15 ans)... On parle aussi de la dernière réforme en cours (un mot de cela un peu plus tard) ou du nombre d'enfants inscrits à l'école, au collège, au lycée, des classes qui ferment en zone rurale, bien plus rarement du casse-tête de l'enseignement dans des classes où les nationalités se multiplient et les connaissances se divisent. On évoque les parcours d'excellence (oui, il en demeure) et les écoles du tout-venant. Mais, globalement, l'affirmation d'une méfiance à l'égard de l'institution n'a pas droit de cité au journal de 20 heures. Et le sentiment qui semble prédominer est celui du fatalisme.
Une vraie presse libre, une télévision qui informe, des journalistes curieux raconteraient une autre histoire celle des moyennes et grandes sections de maternelle où des gamins « apprennent » à écrire des mots qu'ils ne savent ni lire ni comprendre, des CP où des méthodes de lecture présentées comme « syllabiques » plongent les élèves dans l'apprentissage purement visuel d'une activité qui concerne d'abord l'analyse pas à pas et l'oreille, des parcours fourre-tout où les jeunes sont coulés dans un moule sans que l'on se préoccupe de leurs talents, des programmes imposés par un Etat Big Brother qui ose décréter par le menu ce que les jeunes doivent savoir et, surtout, penser et aimer.
Quels beaux sujets, pourtant, pour des journalistes qui se voient bien en garants de l'indépendance et de la liberté !
Ce manque de vérité criant est sans doute la première raison pour laquelle je reprends, comme chaque année depuis 2002, cette rubrique. Elle est peut-être un peu essoufflée. Je m'y répète assurément. Mais voyez-vous, devant l'avortement des esprits, auquel bien des facteurs concourent mais où les choix pédagogiques jouent un rôle de premier plan, mon indignation demeure entière. Des enfants vont souffrir, demain, la semaine prochaine, parce que des maîtresses croyant bien faire - vont les déstabiliser, parfois les désespérer en les empêchant d'apprendre selon leur nature et en leur demandant des efforts surhumains.
Je le dis et je le redis encore : on ne peut plus, dans la grande et scandaleuse affaire de l'échec scolaire, faire comme si les choses allaient somme toute de mieux en mieux parce que les gouvernements successifs s'attellent aux problèmes ; on ne peut plus faire comme si les causes du mal restaient mystérieuses, comme s'il n'y avait aucune solution. Chers lecteurs de Présent, vous avez des enfants, des petits-enfants, des proches qui viennent d'envoyer leurs petits à l'école pour la première fuis. Parlez-leur de cette rubrique, parlez-leur de ce journal qui ne parle pas comme les autres journaux, aidez-nous à exister, à survivre, et à dire ce que nous avons sur le cœur et ce que nous savons, parce que ce faisant vous leur rendrez service.
Le problème de l'apprentissage de la lecture est et reste crucial. Dans l'ensemble - il y la d'heureuses exceptions, souvent dans le hors-contrat, mais aussi dans les écoles publiques ou privées sous contrat - nos enfants sont confrontés à des méthodes qui les privent de la capacité d'apprendre d'abord les éléments des lettres, puis les lettres et leurs sons, et ensuite les sons codifiés par les assemblages de lettres, les syllabes, et enfin les mots, toujours en verbalisant. Elisabeth Nuyts (L'école des illusionnistes) a montré qu'apprendre à lire de manière globale et très tôt silencieuse produit - entre autres deux effets nocifs qui devraient faire proscrire cela comme un poison : cet apprentissage crée des dyslexies chez les enfants qui n'apprennent pas principalement de manière visuelle, et pire, chez tous, il favorise la lecture non verbale, la « pensée » sans mots, l'écriture et le parler mécanisés. Quand rien ne vient compenser cela, quand en outre les enfants sont parqués dès leur plus jeune âge devant la télévision ou leur écran d'ordinateur, leurs capacités visuelles (s'ils en ont) sont développées à outrance au détriment de la pensée consciente. Chez les auditifs, dont Elisabeth Nuyts a constaté qu'ils doivent dire les choses pour les voir ou à tout le moins pour les retenir, les dégâts peuvent être encore plus désastreux comme en témoigne le nombre de jeunes avec un vocabulaire désespérément pauvre, et une pensée, forcément, à l'avenant.
À quoi s'ajoutent bien d'autres méthodes et aberrations pédagogiques. Elles vont dans la même direction, comme j'ai essayé de le montrer ici depuis des années, mais elles savent si bien se masquer derrière une accumulation de « connaissances » exigées par des programmes qui ne sont pas aussi pauvres qu'on voudrait le croire. Ces « savoirs » et ces « compétences » accumulés ne donnent souvent pas aux jeunes les moyens de comprendre ce qu'ils font. Ou ils déforment carrément leur pensée, leur sens du sujet et de l'objet, du temps qui passe et de leur pouvoir d'agir sur le monde.
Dans les semaines à venir, je vous parlerai sans doute de la réforme du lycée, mais non sans avoir interrogé des responsables d'écoles sur sa réalité, puisqu'à l'heure qu'il est, rien n'est prêt, pas même les manuels scolaires. Et que dans une bonne part des établissements, les possibilités accrues de choisir des options ne correspondent à rien, faute de professeurs pour les enseigner. Et que la « science économique » obligatoirement dispensée aux élèves de seconde - qui essuient les plâtres de cette énième réforme ne compensera pas leurs dyslexies, dyspraxies et autres dyscalculies acquises dans le primaire. Non, elle ne mettra même pas les jeunes de 15 ans en mesure de comprendre la crise que nous traversons, ne parlons même pas d'y apporter des remèdes !
Je vous parlerai de l'apprentissage des langues, mis au service de tout autre chose que... l'apprentissage des langues.
Je vous parlerai de méthodes de lecture qui ont bonne presse, mais qui méritent sans doute un œil un peu critique.
Je continuerai de décrire le désastre en rappelant qu'il n'est ni inéluctable, ni irréversible et que chacun, à sa place, a les moyens d'aider un jeune à ne pas y être englouti.
Mais surtout, aujourd'hui, je formule le vœu qu'en cette nouvelle année scolaire, des parents aient assez le sens de leurs droits d'éducateurs pour mettre leur nez dans les livres qui seront donnés à leurs enfants. Qu'ils n'aient pas peur de passer pour d'éternels grincheux en se manifestant, en réclamant mieux, en réaffirmant qu'ils sont les premiers responsables de l'éducation et de l'instruction de leurs enfants. Qu'ils s'informent, et qu'ils ne se laissent pas endormir par le système. On a les libertés que l'on mérite, et pour lesquelles on se bat.
JEANNE SMITS PRESENT du 3 septembre 2010 -
Jour de victoire pour la France au Mali, malgré des perspectives peu rassurantes
Mission accomplie pour la France: les forces françaises ont pris la ville de Kidal, dernier bastion des islamistes au Nord-Mali.
La guerre fut courte et inhabituelle. Elle a commencé il y a trois semaines contrairement à toute attente: les Européens ont aidé les forces américaines pendant des années en Afghanistan et en Irak, soit, mais évoquaient constamment leur retrait.
En 2011, l'opération en Libye - avant tout européenne – n’était pas une guerre-éclair malgré les apparences. Elle s'est déroulée avec une tension extrême de forces et de ressources pour les pays européens. Sans parler de son résultat, c'est-à-dire le tableau plus que dramatique de la Libye aujourd'hui. Tout cela ne renforce pas le moral.
En ce qui concerne le Mali, les Français et d'autres Européens ne pouvaient pas rester de marbre: les djihadistes qui régnaient déjà au nord du pays sont entrés en janvier à Kona (l’épicentre des combats actuels) et s'apprêtaient clairement à mettre le cap sur la capitale Bamako.
Si ce scénario était arrivé à son terme, un deuxième Afghanistan taliban apparaîtrait sur la carte de l’Afrique à proximité des pays qui fournissent du pétrole et du gaz à l'Europe – l'Algérie et la Libye - cette dernière étant elle-même sur le point de se transformer en une sorte de Mali. Et tout le secteur énergétique nucléaire français fonctionne grâce aux mines d'uranium au Niger voisin.
C'est donc ici un cas d'urgence où l'Europe - dans le cas présent la France mais appuyée d'une manière ou d'une autre par tous les Européens - fait la guerre malgré la crise économique et toutes ses dispositions pacifistes.
Leçon numéro un: sur ce modèle, la situation au Grand Moyen-Orient pourrait pousser les Européens ou les Américains à une réaction militaire immédiate en dépit de leurs propres dispositions, et pas seulement au Mali.
La logique dicte à l'UE et aux Etats-Unis une politique budgétaire prudente et une modestie idoine dans les affaires internationales. Oui. Mais le Mali a dicté un autre ordre du jour, que cela plaise ou non aux Américains et aux Européens.
L'opération au Mali est figée pour l'instant sur la mince frontière entre une "expédition" d'un corps de 2 500 soldats français et une "guerre", pendant laquelle les troupes se concentrent pendant une longue période en garnisons et que les pertes sont inévitables.
L'ennemi s'est pour l’instant évaporé et on ne peut pas dire qu'il ait opposé une forte résistance, ce qui soulève des questions désagréables: où est-il? Dans le désert? Vient ensuite le scénario optimiste: les Africains reprendront l'initiative en envoyant leurs troupes au Mali. D'accord. Mais s'ils échouaient?
Bien sûr, les mouvements ultra-islamistes sont un mal. Ils ont interdit la musique dans le nord occupé du pays et ont tenté de brûler la bibliothèque unique de Tombouctou, où sont conservées des manuscrits datant du XIIème siècle sur la vie de cet oasis à la croisée des routes commerciales.
Ces manuscrits sont majoritairement rédigés en arabe et concernent l'histoire du monde islamique. Mais pour les extrémistes salafistes, ils étaient simplement "non islamiques". Beaucoup d'ouvrages ont pu être sauvés car les habitants les avaient mis à l'abri chez eux.
Mais les autres Maliens, sont-ils bons? Un reportage de France-24 montre les troupes maliennes traînant hors de sa maison un habitant de la ville de Diabali libérée et commençant à le frapper à la tête. Parce qu'il avait une barbe. Ici, la barbe ne signifie pas simplement "musulman" – la majorité des Maliens l’est - mais salafiste.
Ce genre de procédés serait dans l'ordre des choses aujourd'hui. Voici donc ce qui pourrait se produire par la suite: le Mali se transformerait en arène de confrontation tribale et régionale, les habitants chasseraient les troupes gouvernementales et feraient revenir… devinez qui. Et si d'ici là les soldats français ne partaient pas, ils en prendraient aussi pour leur grade. Pour cette raison, d'une manière ou d'une autre, la vie renvoie les Européens à l'idée familière de la "construction nationale". Cette fois en Afrique.
Le premier ministre britannique David Cameron, qui s'est rendu mercredi en Algérie, a déclaré que 240 militaires britanniques seraient envoyés à Bamako pour aider à constituer une armée malienne régulière. C'est à peu près ce que les Britanniques et autres font en Somalie, en aidant ce qui fait office de gouvernement dans ce pays.
Pendant ce temps, les Etats-Unis comptent aider les Européens en installant dans la région une base de drones au Niger. D'abord des drones de reconnaissance, puis de combat. Rien de plus pour l'instant. Mais le débat concernant ce qui s’est passé au Mali et la marche à suivre est très intensif aux USA.
On parle également de drones et de moyens de surveillance électronique américains œuvrant déjà en Afrique - en Somalie et même cette fois au Mali, à partir du Burkina Faso. Mais le succès de l'électronique est limité, les terroristes ne sont plus très bavards au téléphone. Les conclusions des experts américains sur l'Afrique sont du réchauffé. Susanna Wing écrit dans Foreign Affairs que la démocratie a régné au Mali pendant 20 ans, puis les touaregs du nord ont profité du renversement début 2012 et de l'affaiblissement du gouvernement en tentant de créer leur propre Etat, avant de laisser leur place aux islamistes extrémistes.
Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur cette guerre. Mais il est possible que l'Afrique et ses risques puissent poser problème à l'idée chère d'Obama d’une "réorientation du Moyen-Orient vers l'Extrême-Orient" - où la Chine est en plein boom.Dmitri Kossyrev http://www.voxnr.comsource : RIA Novosti :: lien -
[Vidéo] Mariage gay = néo-esclavagisme !
Ce n’est pas nous mais un député communiste martiniquais qui l’affirme !
Une intervention remarquable à la fois argumentée et pleine de dignité.
Ou quand l’outre-mer sauve l’honneur de la France.
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Hollande veut supprimer le mot « race » de la Constitution avant l’été
Parmi les promesses de campagne du candidat François Hollande figurait la suppression du mot « race » de la Constitution : aujourd’hui, le président François Hollande souhaite mettre en œuvre sa promesse de campagne. La réforme constitutionnelle envisagée par l’Élysée devrait ainsi avoir lieu avant l’été : la suppression du mot « race » deviendrait alors effective. Ce serait ainsi l’article 1er de la Constitution qui serait modifié, lequel stipule pour l’instant que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée« .
Candidat, François Hollande avait en effet déclaré en mars 2012 : « Il n’y a pas de place dans la République pour la race. Et c’est pourquoi je demanderai au lendemain de la présidentielle au Parlement de supprimer le mot « race »de notre Constitution« .
Sous couvert des meilleurs sentiments, l’idéologie s’affronte au réel et et veut lui imposer ses vues. Car la question n’est pas de savoir si la république admet les races : mais d’interroger d’abord leur existence. Bref, voir la réalité telle qu’elle est et non telle que l’on voudrait qu’elle soit. François Hollande croit pouvoir supprimer une réalité en supprimant le mot qui la désigne. Enfantillage.
En tout, cas, il est étonnant que les chantres de la diversité veuillent à ce point chercher l’uniformisation et la standardisation du modèle humain. « Il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes, etc. ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan : mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu« , déclarait pourtant Joseph de Maistre. Car l’humanité n’est pas un concept, et pas davantage une abstraction, mais une réalité qui s’incarne.
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Florence par-ci, Cassez par-là… Caramba ! Vivement que cela cesse !
Ce fut le show médiatique de la semaine. Il fallait bien en trouver un de remplacement, puisque les journalistes sont interdits de fouinage au Mali où nos soldats sont engagés, aux côtés des comiques-troupiers de l’armée nationale, contre les djihadistes, heureux bénéficiaires des armes récupérés dans les entrepôts de feu le colonel Khadafi ou directement reçues de notre pays pour leurs convenances personnelles.
Ce fut donc du « Florence » par-ci, du « Cassez » par là, elle-même en « live » ou par papa et maman interposés, ou encore par son avocat ou par l’actuel ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius en attentant qu’entrent en scène – ce qui ne fut pas long – Madame Trierweiler et son président de compagnon…
De leurs côtés, quelques ténors de l’opposition UMP essayèrent tant bien que mal de rappeler que Nicolas Sarkozy s’était engagé, lui aussi, en son temps, pour la Française… Mademoiselle Cassez ne manqua pas de le rappeler sitôt sa libération confirmée.
Quoi qu’on puisse lui reprocher, on lui reconnaîtra qu’elle n’est pas une ingrate… et qu’elle ne lésine pas ses remerciements, passionnés, émus et répétitifs, larges sourires et yeux brillants de gourmandise, à l’intention de tous ceux qui ont été à ses côtés durant toutes ces années.
Dont acte.
Dont acte également que le matraquage médiatique pour convaincre l’opinion française de son innocence a été de force 8, ce qui sur l’échelle de Beaufort indique « Ouragan ou bombe météorologique » dont les « effets à terre » sont des « dégâts très importants de l’ordre de la catastrophe naturelle. »
Catastrophe naturelle, n’exagérons pas ; tout juste une bouffonne indécence politico-médiatique. Une de plus !
Que Florence Cassez ait été victime d’une mascarade judiciaire sur fond de manipulation politique, policière ou maffieuse, voire des trois, on peut le concevoir si on se fit à ses déclarations, aux aveux récusés de certains témoins l’ayant accusée, aux intérêts électoraux de quelques dirigeants locaux voulant ainsi prouver leur détermination dans la lutte contre la criminalité – et plus particulièrement contre celle liée aux enlèvements de personnes, véritable fléau national – aux présomptions de corruption touchant autant la police que la justice ou la classe politique et, in fine, aux responsabilités de certains protagonistes à commencer par le frère de Florence Cassez, à la tête d’une entreprise d’équipement médical au Mexique, associé à « un certain Edouardo Margoulis, un Mexicain d’origine judéo-libanaise, représentant de nombreuses sociétés israéliennes au Mexique dont des entreprises d’armement et d’équipement pour les forces militaires et policières. Il est également propriétaire de sociétés de protection et de surveillance à Mexico. »(1)
Ne faisons pas abstraction de tout cela… mais pas non plus que mademoiselle Cassez a été la maîtresse avouée d’Israel Vallarta Cisneros, kidnappeur en chef de la bande des « Zodiaque » (« Los Zodiaco »)… Un brave gars qui a reconnu après son arrestation dix enlèvements et un meurtre ; elle vivait toujours en sa compagnie ou tout au moins à sa proximité lors de son arrestation.
Aventure sentimentale et plus pour cause d’affinité certaine qui ne fut pas sans importance puisque fifille présenta son exotique et atypique amant à ses parents lors d’une de leur visite au Mexique.
Alors, de deux choses l’une : soit l’incontestablement séduisante Florence peut postuler à un premier prix de « gourdasserie » pour ne pas avoir deviné, des mois durant, à quelles activités se livrait son chevalier-baisant, soit elle était au mieux complice passive, au pire complice tout court.
La Justice mexicaine a tranché en abandonnant toutes charges contre elle et en la laissant rentrer en France immédiatement. Sans doute davantage pour en finir avec un dossier sali par ceux qui l’avaient instruit que pour véritablement blanchir l’intéressée. Rien ne les empêchait d’énoncer clairement son innocence dans leur verdict… ou de réclamer un nouveau procès. Ils ne l’ont pas fait.
Dont acte également. Cela aurait sans doute rajouté de la polémique à la polémique, ce dont plus personne ne semble vouloir désormais.
Mais de là à accueillir Florence Cassez comme une héroïne, une star oscarisée digne d’une méga-production hollywoodienne, à la faire accompagner par le ministre des Affaires Étrangères en exercice et à la recevoir à l’Élysée… au nom de quoi, tout de même ?
Florence Cassez, que l’on sache, n’est pas allé au Mexique pour servir les intérêts supérieurs de la Nation… Ses déboires ne sont pas dûs à la France… Son seul fait d’armes aura été de s’envoyer en l’air avec un criminel et de la plus méprisable catégorie encore. En parfaite idiote ou en femelle machiavélique. Au choix.
Le chroniqueur Nicolas Gauthier, ancien directeur de Flash infos magazine, a justement remarqué : « Florence Cassez : ce n’est pas Jeanne d’Arc non plus ! »(3)
C’est le moins qu’on puisse observer, alors que l’Élysée et le quai d’Orsay actuel et en l’occurrence, « cela a été Grands Guignol’s parade. »
Ne serait-ce que pour la mémoire des victimes de la bande des « Zodiaque », voire pour les deux milliers de soldats engagés aux mêmes heures contre les « Fous d’Allah », ce n’était peut-être guère approprié !
Pour le moins…
Enfin, les pires choses, comme les meilleures, ont une fin…
Caramba ! Ne plus entendre parler de Florence Cassez sous peu – un show médiatique en chasse un autre – ne sera pas le moindre de nos soulagements.Philippe Randa http://www.voxnr.com
notes :
(1) http://fr.wikipedia.org… Citons également le site http://www.francetvinfo.fr : « Le business tourne bien mais il a un associé douteux dans sa boîte vendant des produits parapharmaceutiques : Eduardo Margolis. “On le dit à la fois proche du pouvoir et lié aux cartels de la drogue”, dit-elle. L’homme s’est diversifié dans un tas de branches différentes, mais notamment dans la sécurité. Les deux associés finissent par se séparer et ça ne se passe pas bien. Dans un entretien au site internet destiné aux Français de l’étranger Le Petit Journal, Sébastien Cassez affirme avoir “reçu des menaces de mort et de kidnapping sur nos enfants, par téléphone”. »
(2) www.bvoltaire.fr, 24 janvier 2013. -
Etats-Unis : le marché des « mères porteuses »…
Pour quelques dizaines de milliers de dollars aux États-Unis, les agences qui évoluent dans la filière des mères porteuses proposent des jeunes femmes triées sur le volet.
Le Figaro propose ici un témoignage singulier. Jennifer, 29 ans, pionnière en matière de «création de familles», figure dans le catalogue de «plus de mille donneuses aux profils des plus exceptionnels et divers» proposé par l’agence américaine Egg Donation (Don d’ovule), «leader du marché». Elle ne veut pas d’enfant mais elle estime que ce serait «un gâchis» de ne pas «utiliser de si bons ovules»…
Voilà ce qui attend la France, après le « mariage » homosexuel. Car ne nous y trompons pas, détourner la loi de l’intérêt général pour l’ordonner à l’individu et à ses intérêts égoïstes, c’est s’exposer aux plus graves dérives consuméristes. Puisque l’enfant n’est plus sujet, mais objet de la loi, puisque le droit à l’enfant s’est substitué au droit de l’enfant, c’est désormais un véritable marché qui va se mettre en place, si la loi passe. Des « couples » homosexuel qui, par nature, ne sont pas ouverts à la transmission de la vie, auront recours à tous les artifices que la technologie mettra à leur disposition, pour « fabriquer » les enfants que les lois de la nature leur refusent…
Nous sommes entrés dans l’ère des apprentis sorciers où des lois immuables et séculaires sont bousculées pour satisfaire une idéologie destructrice, au risque de briser le fragile équilibre que l’homme a su construire avec l’apparition de la civilisation.
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Nice : lancement du collectif Ahura Basta contre l’insécurité
![Nice : lancement du collectif Ahura Basta contre l’insécurité [MàJ]](http://fr.novopress.info/wp-content/uploads/2013/01/ahura-basta-manif-653x874.jpg)
31/01/2013 -12h00
NICE (NOVOpress) - Hier, mercredi 30 janvier dans la soirée, le collectif Ahura Basta, soutenu par les Identitaires, a réuni 80 personnes pour protester contre l’agression de 9 coups de couteau d’un père de famille rue de Orestis. Un père de famille agressé simplement pour son téléphone…Le rassemblement s’est déroulé devant l’immeuble où l’homme a été agressé. L’émotion dans le quartier était palpable, et les manifestants ont été applaudis depuis les balcons. Manifestation pendant laquelle Philippe Vardon a notamment pris la parole (photo ci-dessus).
“Ahura Basta signifie en nissart : ‘Maintenant ça suffit !’, c’est le collectif que nous lançons pour dénoncer l’insécurité grandissante dans les quartiers de Nice et une violence aveugle et lâche qui peut toucher chacun d’entre nous ou nos proches. Ahura Basta, ça signifie aussi, simplement, que nous ne reculons plus !”, a indiqué un de ses membres.
En effet, malgré les rodomontades et les mensonges de Christian Estrosi, Nice est gravement touchée par l’insécurité puisqu’elle est désormais classée en zone prioritaire de sécurité.
La vidéo du rassemblement :
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Le Déclin français et les années 1970
Le rapport Gallois le relève dès ses premières pages : le début du déclin français date des années 1970. Pour autant il ne cherche pas à tirer quelque enseignement que ce soit de cette constatation : il s'abstient de toute allusion directe à la période extraordinairement brillante qui précédait ces années 70; et pas davantage il n'aborde les événements et décisions politiques de l'époque qui pourraient être responsables de ce déclin. (1)
Or en dépit de leur ancienneté, ces années méritent grande attention. P.M.
Des Trente Glorieuses à aujourd’hui
Quelques chiffres permettront de situer la brillante période 1950-1970 et l'exceptionnelle prospérité que connut alors la France et qu'on ne peut attribuer à la reconstruction de l'après guerre. Certes celle-ci avait stimulé l'activité mais son influence ne pouvait être que passagère : en 1949 l'économie française avait retrouvé son niveau de 1938 et l'élan de la reconstruction ne pouvait plus expliquer la persistance de l'expansion.
Or de 1949 à 1969, le taux moyen de croissance annuelle évolua entre 5 et 5,5% et le chômage resta extrêmement faible : 1,2% de la population active jusqu'en 1958, même s'il augmenta ensuite quelque peu (2,2% dans les années 1960). Dans les dernières années de cette période, la France était même en mesure, grâce à ses résultats en commerce extérieur, d'exiger le remboursement en or de ses avoirs en dollars. (2)
Or à partir des années 1970 tout a changé. Notre situation économique a entamé une détérioration dont rien, et pas même les hauts et les bas circonstanciels, ne peut masquer l'implacable continuité :
Taux annuel moyen de croissance Taux de chômage
1949-1957 5,3 % 1,2
1957-1970 5,4 % 2,2
1970-1980 3,3 % 5,4
1980-1992 1,9 % 9
1993-2008 1,3 % 9,1
année 2012 10 à 11Les changements des années
Sauf cécité volontaire, il est impossible de ne pas se demander quelle est l'origine de ce renversement de tendance.
1) L'orthodoxie contemporaine fournit une réponse « politiquement correcte » qui a l'avantage de situer la cause du malheur dans un événement extérieur, dans une sorte de cas de force majeure exonérant l'idéologie du moment de toute responsabilité : est accusé en l'espèce le choc pétrolier de 1972, c'est à dire la décision des pays producteurs de pétrole de brusquement et fortement augmenter le prix du baril
On ne saurait évidemment nier l'effet nocif de cette décision. Mais il n'est pas possible de lui attribuer la responsabilité des quarante années, ni même des dix années suivantes : en effet le choc pétrolier a été absorbé en quelques années grâce aux efforts entrepris pour économiser l'énergie et développer l'utilisation des sources de substitution. C'est ainsi que la part de la consommation d'énergie dans le PIB après avoir évolué entre 5 et 6% dans les années 1950-1970 et avoir presque doublé à partir de 1974 était revenue autour de 7% dès 1980 avant de retrouver le niveau des années de prospérité (d'ailleurs le contre-choc pétrolier des années 1980 favorisa ces efforts).
En vérité il s'est produit dans ces années 1970 un bouleversement d'ensemble qui a particulièrement affecté la France. En quelques années nombre des traits qui caractérisaient le modèle français ont été effacés l'un après l'autre
*
2) On notera d'abord, même si elle fut un peu plus tardive, la libéralisation de la gestion de l'économie. En effet durant ces années que Fourastié qualifia de « trente glorieuses », la France avait vécu sous un système dirigiste où la puissance publique tenait un rôle d'orientation décisif. Il convient de rappeler :
- – que l'ensemble du système bancaire était nationalisé et se conformait, dans leurs grandes lignes aux recommandations des pouvoirs publics ;
- – que les entreprises régissant la production et la distribution de l'énergie appartenaient également à la communauté nationale ;
- – qu'il en allait de même de grandes entreprises industrielles comme Renault ou Air liquide ;
- – que les prix étaient contrôlés ;
- – que le Trésor avait la haute main sur les émissions d'actions (jusqu'en 1959) et d'obligations, puisqu'il lui appartenait de les autoriser ou non en vertu d'une loi du 23 décembre 1946 (qui reprenait une loi de 1941) ;
- – qu'au sein d'un commissariat au Plan se réunissaient les représentants du patronat, des syndicats et des ministères ;
- – que si les recommandations de ce commissariat n'étaient pas obligatoires, elles n'en exerçaient pas moins une forte influence sur l'orientation globale de la politique économique et sur les décisions de tous les acteurs. C'était la « planification à la française ».
Ce système n'a pas vraiment été démantelé dans les années 1970 : les atteintes les plus spectaculaires qui lui ont été portées ne l'ont été que dans les années 1980 avec les dénationalisations des banques. Mais une lente évolution a commencé : M. Giscard d'Estaing élu en 1974 ne passait pas pour un dirigiste, le contrôle des prix connut des sorts variables, le 7è Plan (1976-1981) ne suscitait déjà plus (en dépit du maintien du Commissariat) l'« ardente obligation » qu'avaient suscitée nombre de ses prédécesseurs. Cette légère évolution a-t-elle contribué à la diminution des performances économiques du pays ? Il serait imprudent de l'affirmer comme il serait inutile de rouvrir ici une discussion classique sur les mérites comparés des systèmes économiques. Du moins peut-on tirer de l'évocation de cette période, la conclusion que, contrairement à ce qui est souvent répété comme une vérité éprouvée, l'intervention de la puissance publique dans la vie économique n'est pas nécessairement catastrophique et qu'elle peut obtenir des résultats très brillants et durables. En tout cas, il est permis d'imaginer les clameurs qui auraient accueilli l'évolution inverse, celle qui aurait vu successivement une période de grande prospérité sous un système libéral puis des années de déclin coïncidant avec une économie dirigée par les pouvoirs publics…
*
3) La décision américaine de renoncer à la convertibilité du dollar en or et la destruction du système monétaire de Bretton Woods furent un important facteur de changement. Le régime des changes flottants, outre qu'il substituait une certaine instabilité à la sécurité antérieure, ne pouvait qu'accélérer le danger d'une inflation mondiale dont la politique monétaire américaine était grosse depuis la guerre du Vietnam. Ce danger conduisit le gouvernement français à renoncer progressivement au système de financement public qui reposait beaucoup sur le marché monétaire (extension remarquable des émissions des bons du trésor dans les années 1950 et 1960, facilitée notamment par la fixation d'un plancher de bons qui était imposé aux banques) et qui était jugé de nature inflationniste. La France revint donc dans les années 1970 à des méthodes plus classiques : les grands emprunts se multiplièrent (1973, 1976, 1977 et, bénéficiant de forts avantages fiscaux, 1978). Cette évolution aboutit finalement dans les années 1980 à une libéralisation du marché financier.
*
4) Mais il est surtout un autre changement qui fut le facteur décisif et qui est passé sous silence pour des raisons souvent idéologiques : c'est la destruction rapide, à l'échelle mondiale, des frontières économiques. Cette destruction fut le fruit de négociations internationales multiples exprimant un mouvement de pensée de portée plus générale (3). Utilisant et portant ce mouvement de pensée, le pouvoir américain imposera successivement toutes les négociations nécessaires pour atteindre son objectif : la libéralisation des échanges mondiaux et l'exposition à la concurrence des pays en voie de développement. S'y ajouta un début d'unification européenne. Pour la France , il en résulta la disparition rapide d'un système de protection très ancien, sous lequel vivaient, depuis des générations, l'économie et surtout l'industrie françaises. Une description chiffrée de cette évolution sera très parlante.
Au 1er Janvier 1960, c'est à dire au cœur des années de prospérité, l'industrie française bénéficiait d'une protection tarifaire moyenne de 20%. Cette protection fort élevée était complétée pour un certain nombre de produits par des restrictions quantitatives à l'importation.
Intervinrent alors :
1° l'établissement progressif de la CEE. Il conduisait à la suppression des droits de douane entre les six pays membres. La C.E.E avait été mise en place le 1/1/1959. Au 1/1 1970, l'union douanière était achevée. Dans le même temps, l'institution du tarif extérieur commun (TEC) avait ramené la protection vers les pays tiers à 13,4%.
2° la négociation internationale dite Kennedy round. Le Kennedy Round, lancé à l'initiative et sur l'insistance des Etats-Unis, marque le véritable coup d'envoi de l'entreprise de mondialisation de l'économie. Ses résultats, obtenus après plusieurs années de négociations, entraient en vigueur au 1er janvier 1972 : ils amputaient le T.E.C. de près de 40% et le ramenaient autour de 8,3%.
Quel que soit le jugement que l'on porte sur une protection tarifaire, on ne peut que constater l'extrême brutalité pour la France d'un choc qui en quelques années a fait passer cette protection de 20 à zéro % sur les importations provenant de la CEE (c'est à dire sur 60% du total des importations industrielles) et à 8,3% sur les importations d'autres provenance. Autrement dit, une « protection globale pondérée » abaissée de 20 à 3,3% en une douzaine d'années.
Il ne s'agissait que de la première étape : de nombreuses négociations internationales sont par la suite venues achever cet effacement des frontières économiques.
Les échanges extérieurs de l’industrie française en 1966
L'industrie française était-elle en mesure de supporter un tel choc ? L'examen du commerce extérieur des produits industriels (ouvrés et semi-ouvrés) conduit à une réponse réservée. En 1966, c'est- à- dire pendant la période de prospérité évoquée plus haut, la balance des importations et des exportations de ces produits se présentait ainsi (il est rappelé que la CEE n'englobait à l'époque, outre la France que l'Allemagne -réduite alors à la RFA -, l'Italie et les trois pays du Benelux et il est précisé que l'intitulé « Tiers ind. » regroupe les pays de l'AELE, le Japon, le Canada et les Etats-Unis.)
en milliers de F. CEE Tiers ind. Autres
TOTAL_______________________________________________________________
Importations 19.483.606 10.184.860 2.721.090
32.389.556Exportations 15 528 536 7.958.722 15.548.676
39.035.934_______________________________________________________________
Solde - 3.955.070 - 2.226.138
+12.827.586
+ 6.646.378Ce tableau fait apparaître que le solde créditeur global résulte de la compensation du déficit sur l'ensemble du monde industriel par un excédent sur les pays moins industrialisés. Il donne à penser qu'il existait une faiblesse d'ensemble et que la suppression des mesures permettant de supporter cette faiblesse présentait un risque certain.
Toutefois la situation des secteurs industriels était très variable de ce point de vue.
Certains d'entre eux illustraient la situation globale : déficit vers les pays industrialisés compensé par l'excédent obtenu ailleurs. Etaient dans ce cas: construction des moteurs thermiques, construction électrique, horlogerie, optique, matériel de mines et de travaux publics, etc.
D'autres se trouvaient dans une situation encore plus défavorable, leur excédent sur les pays moins développés étant trop faible pour compenser le déficit sur les pays industrialisés. Tel était le cas notamment d une grande partie de l'industrie mécanique (sauf automobile et matériels ferroviaires), du travail des métaux, des articles en bois et ameublement, des papiers et cartons, des aciers fins et spéciaux, du matériel récepteur de radio et télévision.
Enfin, parmi ceux qui au contraire étaient excédentaires dans les relations avec tous les groupes de pays, on pouvait relever entre autres : une partie de l'électro-métallurgie et de la sidérurgie, l'automobile, les motocycles et cycles, les pneumatiques, le verre, les textiles ( mais sur ce dernier point, il faut relever que subsisteraient encore quelque temps des restrictions quantitatives protégeant le marché français contre les exportations des pays sous-développés .
•
• •Un exemple : le sort de l’automobile
Il a paru intéressant de rechercher ce qu'est devenu, depuis les années 1970, dans le domaine des échanges extérieurs, l'un des plus symboliques des secteurs industriels parmi ceux jouissant de la meilleure situation à l'époque : l'automobile.
La situation de ce secteur (à l'époque, secteurs SH n° 440, 441, 442, 443) était la suivante en 1966.
en milliers de francs
CEE Tiers industrialisés Autres tiers Totaux
Import. 1.920.167 564.658 31.256 2.516.080
Export. 2.024.212 775.736 1.913.914 4.713.862 ___________________________________________________________________________ Solde +104.045 +211.078 +.1882.652 +2.197.775 ________________________________________________________________________________Il n'est pas possible de présenter en 2011 un tableau synthétique construit de la même façon qu'en 1966. La CEE et ses 6 Etats membres ont laissé la place à l'Union Européenne forte de 27 membres. Et surtout le groupe des pays non industrialisés a été profondément modifié. Il paraît meilleur d'adopter la classification retenue par les Douanes en regroupant si nécessaire certaines zones géographiques
Résultats 2011, en milliers d'euros ________________________________________________________________________________
U.E. Afrique Asie Autres
Totaux --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Import. 20.892.655 155.723 1.937.723 810.461
23.796.562
Export 12..611.298 708.470 544.669 1.887.761
15.752. 198_______________________________________________________________
Solde -8.281.357 -1.393.054
-8.044.364
+ 552.747 +1.077.300La comparaison de ces deux tableaux souligne de façon saisissante le déclin de cette industrie française. Alors qu'elle enregistrait des soldes positifs avec toutes les zones, on relève en 2011 qu'elle présente au contraire de multiples soldes négatifs pour un total considérable de plus de 8 milliards €
On notera la place prépondérante qu'occupe l'Union européenne puisque le solde négatif enregistré avec elle (8,28 milliards €) est à lui seul supérieur au déficit global (8,04 milliards €). De fait, les échanges (beaucoup moins importants) avec le reste du monde se trouvent approximativement équilibrés, le solde négatif enregistré avec l'Asie (Japon surtout et Corée) étant à peu près compensé par des excédents obtenus sur les autres zones (Afrique et Europe hors UE).
C'est pourquoi les relations commerciales avec l'Union Européenne en matière automobile méritent un commentaire particulier qui distinguera entre voitures Diesel et voitures à moteur à explosion (les documents de 1966 ne permettent malheureusement pas de faire cette distinction) entre lesquelles se répartit le déficit de 8,281 milliards : 7,030 milliards pour les Diesel et 1,250 milliard pour les autos à moteur à explosion.
En ce qui concerne les Diesel, la construction française est particulièrement en difficulté puisque sur les 8,281 milliards de solde négatif, plus de 7, on vient de le voir, sont imputables à ce type de voiture. Les principaux concurrents sont l'Espagne et surtout l'Allemagne qui compte à elle seule pour environ 6 milliards dans le solde négatif de 7. Les pays nouveaux partenaires de l'Union (adhérents depuis 2004 ou 2007) tiennent une part relativement importante dans les importations, la Roumanie et la Slovaquie notamment.
Comme déjà dit, on ne sait pas ce qu'il en était pendant la période de prospérité mais la situation globale de l'époque permet d'exclure une infériorité aussi massive que celle d'aujourd'hui. Les statistiques douanières ne permettent pas à elles seules d'analyser les motifs de cette évolution.S'agissant des voitures à moteur à explosion, il faut immédiatement souligner que le solde déficitaire (1,250 milliard) vient seulement en 2011 des échanges avec des pays d'Europe centrale, nouveaux partenaires de l'Union (depuis 2004 et 2007) (4): République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Pologne notamment, à qui la France ne vend que très peu d'autos (0,250 milliard €) mais qui lui en vendent énormément : 2,1 milliards €. (déficit : 1.850 Md €). Si on fait abstraction de ces courants commerciaux, et si on considère seulement les échanges avec les 14 pays partenaires plus anciens de l'U .E., on trouve un solde positif pour l'industrie française de 0,6 milliard et une balance pratiquement équilibrée avec l'Allemagne.....
L'irruption des pays d'Europe centrale en l'affaire est donc l'événement marquant. S'agit-il du résultat d'initiatives allemandes ? On est tenté de le penser si l'on prend l'exemple des autos de moins de 1000 cm³. Il est en effet piquant de constater qu' en 2011, dans cette catégorie, alors que l'Allemagne nous a vendu 1704 voitures, la République tchèque et la Slovaquie ensemble nous en ont vendu 71.633, soit 35 fois plus ! Certes les statistiques douanières ne permettent pas de confirmer la rumeur selon laquelle il s'agit là de voitures de marques allemandes qui à défaut d'être produites « in Germany » le seraient « by Germany ». Si pourtant tel est le cas, il est évident qu'en recourant à ces pays d'Europe centrale, les industriels allemands ont recherché l'avantage d'une main d'œuvre moins chère.
Peut-être l'ont-t-ils fait plus massivement que d'autres, mais ils ne sont pas les seuls : la France importe probablement de Slovénie des automobiles Peugeot.
Et cette constatation conduit une nouvelle fois à une conclusion de nature politique : en imposant pratiquement les délocalisations, grâce à la suppression des frontières économiques, le cosmopolitisme a mis en œuvre un autre moyen de « casser » ce « verrou qui doit sauter : la nation ».
Pierre Milloz 29/07/2013
Notes :
(1) Nombre de renseignements utilisés dans la présente note proviennent d'un document établi en 1968 à l'issue de la négociation Kennedy
(2) Bien sûr, tout n'était pas parfait et la période a connu ses difficultés, comme l'ont montré les grèves de 1953 et 1963 ou les dévaluations du franc décidées, pour des motifs partiellement étrangers à l'économie, en 1958 et, en fin de période, en 1969.
(3) Ce mouvement de pensée d'inspiration cosmopolite, exigeant l' « ouverture au monde » et érigeant l' « autre » en objet d'une amitié obligatoire et réglementaire, allait bien au delà des questions économiques. C'est en France l'époque de la loi Pleven (1er juillet 1972) qui pose en principe pour la première fois dans l'histoire de France l'interdiction de distinguer entre un Français et un étranger ; de la montée en puissance de l'immigration ; du décret sur le regroupement familial des immigrés ; c'est aussi à la même époque, plus précisément le 18 juillet 1970 que M.de Rothschild écrit dans Entreprise : « La structure qui doit disparaître, le verrou qui doit sauter, c'est la nation ».
(4) Il faut saluer ici l'heureuse initiative qui, au sein des statistiques douanières concernant l'U.E., a isolé les mouvements de commerce extérieur entre la France et ces douze pays.Correspondance Polémia – 1/02/2013
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Génération décervelée
« On n'avait jamais rien vu de tel. » Présenté comme une sorte d'OVNI de l'analyse de l'échec scolaire en France, le rapport publié mercredi par l'Institut Montaigne, Vaincre l'échec à l'école primaire, est censé marquer une date aussi bien quant à sa franchise, son origine (les analystes du principal « think tank » français qui rassemble des personnalités de droite comme de gauche) et l'audace de ses propositions. Mazette ! Tenons-nous enfin la pierre philosophale de l'enseignement primaire qui va permettre de rendre à l'école son rôle d'ascenseur social aujourd'hui mis à mal ? Je vous le dis tout de suite : non.
Le rapport « explosif » de l'Institut Montaigne
L'une des grandes préoccupations de l'Institut présidé par Claude Bébéar est d'œuvrer pour la diversité et la mixité, au besoin par la discrimination positive. Mais disons-le tout de suite, ce parti pris n'apparaît pas dans le rapport qui souligne à juste titre - dans une certaine mesure - à quel point les enfants de milieux simples ou de parents inactifs sont aujourd'hui à la traîne. Sans suggérer pour autant que cela tient à la capacité de certains parents de compenser les méthodes ineptes qui décervellent les enfants. Pour ma part je connais une gardienne de langue maternelle portugaise, dotée du seul certificat d'études primaires de son pays d'origine, qui a appris la lecture à son enfant en constatant que le CP de l'école publique très « chic » faisait cela par le biais du dessin : son fils fréquente aujourd'hui avec succès un des « bons » lycées de Paris. La réponse de la concierge est plus pertinente que celle de l'Institut Montaigne qui contient des remarques intéressantes et justes, mais aussi bien des idées fausses et avant tout une grave erreur de perspective.
Il faudra consacrer plusieurs de ces chroniques à ce rapport qui fait beaucoup de bruit et risque de formater la politique éducative de la France dans les années à venir, vu le prestige de l'Institut Montaigne et sa parfaite harmonie avec une certaine philosophie de la société qui a les faveurs des pouvoirs publics.
Ce qu'en ont retenu d'abord les médias sont ses aspects plus matériels, portant sur les rythmes scolaires, la rémunération des instituteurs du primaire, le nombre d'heures et de jours de classe, les sommes consacrées en moyenne sur le budget public aux élèves. D'un point de vue de rentabilité, sachant que la France dépense en moyenne 5 563 dollars par élève du primaire (un peu moins que la moyenne de l'OCDE, c'est après que les dépenses explosent !), il est évidemment désolant de voir la France dégringoler dans les évaluations de lecture internationales comme « PISA » alors même que les sommes allouées n'ont cessé d'augmenter depuis 1990.
Soit dit en passant : les frais de scolarité hors contrat, où les classes ont souvent de petits effectifs, frais supportés par les seuls parents, sont très inférieurs à ceux dépensés par l'État. Et les résultats en lecture, écriture et calcul qui intéressent au premier plan les experts de l'Institut Montaigne, y sont généralement bons ou au à tout le moins acceptables pour l'ensemble des élèves dont beaucoup atterrissent d'ailleurs là après avoir subi des pédagogies décervelantes de l'enseignement « officiel ».
Mais les rédacteurs du rapport ont raison de rappeler ceci, après le Haut Conseil de l'Education en 2007 :
« L'échec scolaire à l'école primaire est une bombe à retardement pour notre société : « Quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes : près de 200 000 d'entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul ; plus de 100 000 n'ont pas la maîtrise des compétences de base dans ces domaines. »
Scandale gigantesque qui aboutit à ce que , « chaque année 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans qualification ».
On s'attendrait à ce propos à une réflexion de fond sur ce qui se passe réellement dans les classes : pourquoi tant d'enfants n'apprennent-ils pas à lire, écrire, compter, connaître leur langue ? Certes, au fil du rapport il est souligné que « l'effet maître » est primordial (ce qui contredit l'idée selon laquelle la réussite serait dictée par l'origine socio-économique) : autrement dit, un bon maître obtient de meilleurs résultats et ses élèves progressent d'autant mieux qu'il est exigeant et qu'il place haut la barre.
Peut-être tous les mauvais professeurs se concentrent-ils dans les zones les plus déshéritées ? Le rapport ne l'affirme pas mais il ose quand même ceci :
« C'est un marronnier pour les journaux télévisés chaque année au mois de septembre : l'arrivée des tout jeunes enseignants pour leur première nomination, à l'école, au collège ou au lycée, dans les établissements les plus difficiles, souvent face aux classes les plus complexes, le tout dans les zones les plus défavorisées ! Le tout avec 24 ou 48 heures, au mieux, pour prendre la mesure d'un environnement complètement nouveau... C'est le "baptême du feu" que l'Éducation nationale organise pour les reçus aux différents concours qu'elle organise.
« Non seulement ils manquent de pratique, mais ils ne connaissent généralement pas le milieu dans lequel ils sont catapulté ». Rares sont ceux à qui l'on donne le choix ... Comment dans ces conditions entretenir leur motivation ? D'autant que ces postes ont le charme du provisoire et de l'incertain : huit jeunes professeurs sur dix sont généralement affectés à des poste provisoires. »
Il faudrait donc mieux les payer en début de carrière, afin que la profession attire les meilleurs étudiants, quitte à prévoir une progression de salaire moins forte en cours de carrière, ne pas les lâcher dans des classes difficiles en début de parcours... Ce sont encore des mécanismes finalement très... mécaniques. Mais le rapport souligne aussi l'insuffisance de la formation pratique des enseignants qui font beaucoup de théorie, subissent souvent « l'infantilisation » des IUFM (Instituts universitaires de formation de maîtres) et reçoivent peu ou rien quand il s'agit de se préparer à enseigner concrètement une matière ou de faire face à des enfants difficiles ou en difficulté.
Aussi le rapport propose-t-il de modifier l'apprentissage du métier pour multiplier les contacts avec les plus anciens et la formation en situation, ce qui paraît tomber sous le sens. Davantage de « formation continue » aussi... Le « hic » reste celui des contenus de ces formations dont on sait qu'elles peuvent receler la pire des choses, jusqu'à la manipulation mentale des intéressés. Dans un pays qui supporte l'avortement de 220 000 tout-petits par an, où les jeunes sont privés de leur culture, de leur intelligence, de leurs capacités d'analyse par un système pédagogique souvent nocif, la confiance que l'on peut avoir en ces « remèdes » reste forcément très modérée.
Les autres remèdes sont pour la plupart d'un même ordre, mécanique. En comparaison avec les autres pays de l'OCDE, ce sont les petits Français qui passent le moins de jours à l'école (140 par an) et pourtant ils ingurgitent presque le maximum d'heures de cours. À changer ! Ce sont les petits Français qui redoublent le plus, sans aucun bénéfice : ils doivent donc progresser sans rupture d'une année sur l'autre en recevant des soutiens individuels (personne ne se demande si le fait de redoubler en subissant des méthodes ineptes qui ont déjà fait la preuve de leur inefficacité n'est pas le problème, et non le redoublement lui-même).
Il faut aussi donner plus de pouvoir et plus d'autonomie aux directeurs d'écoles primaires pour que celles-ci cessent d'être gérées comme de simples « services municipaux » :
L'idée, c'est de donner au vrai responsable de l'école les moyens de vérifier et de contrôler ce qui se passe dans les classes et d'imposer un quota d'heures d'apprentissage du français et des mathématiques. Tiens, j'en connais un comme cela : c'est Marc Le Bris, le courageux directeur instituteur de l'école de Médréac en Îlle-et-Vilaine. Lui-même et ses institutrices obtiennent des résultats magnifiques en respectant des méthodes pédagogiques traditionnelles. Ce qui a valu à Marc Le Bris d'être bloqué dans son avancement par la vertu de l'inspection académique. On reste rêveur devant la recommandation de l'Institut Montaigne d'augmenter le nombre d'inspecteurs et de les rendre plus disponibles pour l'inspection qui, selon lui, devrait être l'un des principaux ressorts pour une amélioration de la situation.
Je vous l'ai dit, on reste sur une impression d'extériorité par rapport à la gravité et à la nature de l'échec scolaire. Le rapport parle aussi de manière plus détaillée de l'apprentissage de la lecture, sans aller aux vraies causes et en proposant des remèdes pour partie inadéquats ou nocifs...
Jeanne Smits Présent du 7 mai 2010