« Plus un mensonge est gros, et plus les gens y croient », aurait un jour déclaré Joseph Goebbels. On peut reprocher de nombreux méfaits au ministre de la Propagande du IIIe Reich. On ne peut pas lui faire grief d'avoir manqué de franchise. Ce n'est pas le cas de tous ceux qui, depuis sa disparition, agissent le visage dissimulé sous le masque de la désinformation. À l'Est comme à l'Ouest.
Propagande. Publicité. Intoxication. Désinformation. Les quatre termes sont souvent utilisés comme s'ils recouvraient la même réalité. Or, s'ils peuvent être proches, ils ne se recoupent pas exactement Vladimir Volkoff, dans sa Petite histoire de la désinformation, du cheval de Troie à Internet (Editions du Rocher, 2003), a très bien démontré la différence existant entre ces quatre concepts.
Le mot propagande, qui date de 1689, vient de la formule latine congregatio de propadanda fide, « congrégation pour la propagation de la foi ». Il suppose la transmission d'une information à un public, information devant être salutaire pour lui et qui n'est pas perçue comme mensongère par l'informateur, mais au contraire comme l'expression de la seule vérité qui soit. À partir de 1792, la propagande est définie « comme, l'action exercée sur l'opinion pour l'amener à avoir certaines idées politiques et sociales, à vouloir et soutenir une politique, un gouvernement, un représentant ».
Le propre de la désinformation est de viser les foules
Sur le fondement de cette définition, l'action du docteur Goebbels mérite bien son nom. À travers les grandes messes païennes de Nuremberg, avec leurs étendards et leurs torches, les nazis prêchaient ouvertement l'adoration du Führer. La propagande s'exprime ainsi au grand jour. Elle ne dissimule pas son but. Elle affiche la couleur. Elle n'est pas sournoise. En ce sens, elle se distingue fondamentalement de la désinformation.
La publicité, qui est définie comme « le fait d'exercer une action psychologique sur le public à des fins commerciales », se rapproche de la propagande. Toutefois, celle-ci cherche à persuader, tandis que celle-là tente uniquement de séduire. Elle n'est pas non plus la désinformation car elle va droit au but. L'intoxication, quant à elle, peut être définie comme « une action insidieuse sur les esprits, tendant à accréditer certaines opinions, à démoraliser, à dérouter ». L'intoxication est une redoutable arme de guerre. Intoxiquer l'ennemi pour le prendre par surprise est une technique courante chez les stratèges.
Pierre Nord, alias le colonel André Brouillard du Deuxième Bureau, en a donné un bel exemple dans L'Intoxication (Rencontre, 1971). En 1943, les Alliés, qui ont déjà débarqué en Afrique du Nord, préparent l'invasion de la Sicile. Les Allemands les y attendent. Le choc risque d'être meurtrier. Les Américains vont alors les intoxiquer, en montant un stratagème, pour leur faire croire que leur action portera sur la Sardaigne et le Péloponnèse. Hitler tombe dans le panneau. Il concentre ses troupes sur ces deux lieux devenus stratégiques. Le 10 juillet, les Américains débarquent en Sicile sans difficulté. Pour Vladimir Volkoff, l'intoxication vise un groupe restreint de décideurs, comme un état-major. En revanche, la désinformation vise l'opinion publique.
Si Soljenitsyne a de l'écho, il faut le discréditer
Ces différences étant établies, Volkoff considère que la désinformation suppose trois éléments ; une manipulation de l'opinion publique, sinon ce serait de l'intoxication ; des moyens détournés, sinon ce serait de la propagande ; des fins politiques, sinon ce serait de la publicité. D'où la définition selon laquelle la désinformation est une manipulation « de l'opinion publique, à des fins politiques, avec une information traitée par des moyens détournés ». La désinformation ainsi définie, si elle est plus que jamais présente dans notre société de l'image, a connu son heure de gloire au cours de la guerre froide. Aux premières heures du 4 novembre 1956, un millier de chars soviétiques, soutenus par l'aviation, investissent Budapest. L'armée occupe bientôt tous les points stratégiques de la capitale hongroise. La radio du pays magyar, avant de tomber entre les mains des troupes d'occupation, a le temps d'adresser un appel au secours en direction de l'Occident incrédule et immobile : « Nous n'avons plus beaucoup de temps. Vous savez ce qui arrive. Aidez la nation hongroise, ses travailleurs, ses paysans et ses intellectuels. À l'aide ! À l'aide ! À l'aide ! » Qui s'est soulevé derrière le rideau de fer ? Le peuple ? Non, uniquement des réactionnaires. Des bourgeois. Des fascistes. La désinformation fonctionne. L'Occident ne bouge pas.
La machine à désinformer se mettra en marche à chacune des interventions militaires soviétiques survenues au cours de la guerre froide. Lorsqu'en 1980 l'Union soviétique entre en Afghanistan, Georges Marchais pourra, en toute sérénité, approuver le principe d'une «intervention» qui va se solder par des milliers de victimes et l'occupation d'un pays qui avait tout autant le droit qu'un autre à sa souveraineté. À chaque fois, l'Union soviétique, relayée en Occident par de puissants réseaux de désinformation, parviendra à banaliser ses aimes et tentera de discréditer ses adversaires, tel Alexandre Soljenitsyne, qui fit l'objet, en 1981, d'un ouvrage, signé d'un certain A. Flegon, au titre évocateur : Autour de Soljenitsyne et dont le but était de le faire passer pour antisémite.
Le communisme continue d'imprégner les esprits
Dernier exemple : le 1er septembre 1983, un Boeing sud-coréen est abattu par l'Urss. Celle-ci doit trouver une excuse à ce qui semble être une dramatique erreur. La campagne de désinformation se met en marche. Auprès de certains gogos occidentaux, l'opération est une réussite. Le 3 octobre, le premier ministre socialiste grec déclare que l'avion « exécutait une mission d'espionnage pour la CIA et avait violé l'espace aérien soviétique pour espionner certains objectifs ». Lorsque, le 9 février 1984, Youri Andropov, secrétaire général du parti communiste soviétique et ancien chef du KGB, s'éteindra, au Parlement européen, tous les députés, à la demande du ministre français des Relations extérieures, Claude Cheysson, observeront une minute de silence en sa mémoire. L'hommage des naïfs au virtuose ?
Nous pourrions multiplier les exemples à l'infini. La désinformation pendant la guerre froide a été telle qu'il n'est pas certain que les Soviétiques l'aient réellement perdue. À première vue, l'Occident a gagné. Militairement et économiquement. Mais intellectuellement, le communisme n'a-t-il pas triomphé ? Il est probable que oui. Même peur ceux qui le condamnent, le communisme demeure un mal relatif, lorsque le nazisme est à jamais catalogué comme le mal absolu. L'idée communiste reste une grande idée qui a été dévoyée, notamment par Staline. Les communistes repentis tiennent le haut du pavé. Ils ne sont plus communistes, mais ils ne regrettent rien. Ils y croyaient. Ils étaient jeunes. Ils avaient un bel idéal. Tentez de soutenir ces niaiseries en racontant que vous êtes un nazi repenti. Le résultat ne sera sans doute pas le même.
Les communistes, malgré les travaux de Stéphane Courtois, sont parvenus à faire oublier leurs méfaits. Cent millions de victimes. L'invention des camps de concentration. La déportation de populations. La torture pratiquée au cours des interrogatoires. La faillite économique des pays qu'ils ont dirigés. Le recours à la terreur. Le mensonge comme moyen de gouvernement. La pollution de pays entiers. Le nazisme, qui a fait moins de victime que le communisme, a été définitivement, et à juste titre, rejeté dans les poubelles de l'Histoire. Le communisme, lui, parade toujours sur le haut de l'estrade. Tel est le résultat de soixante-dix ans de désinformation.
« L'espoir des peuples occidentaux est d'apprendre à vivre sans s'en laisser compter », écrivait Volkoff en 1986, alors que l'Union soviétique paraissait pouvoir durer mille ans et était l'ennemi principal de tous les instants. Il ne croyait pas alors à la capacité des Américains de pratiquer la désinformation et donnait trois raisons à cela : l'impossibilité de mener une action sur les médias de l'ennemi (qui étaient, dans son esprit et dans le contexte historique, ceux du bloc soviétique contrôlés par un système totalitaire) ; l'« intention politique précise et ferme » (la formule est de Pierre Nord), qui, selon Volkoff, fait défaut de façon structurelle aux démocraties : le manque de temps (en raison des élections entraînant des changements de majorité) alors que la désinformation « nécessite une action prolongée, s'étendant sur plusieurs années au moins ».
Le premier obstacle ayant sauté, qu'en est-il des deux autres ? Les événements de ces dix ou quinze dernières années ont montré que, par-delà les scrutins et parfois contre eux, subsistaient dans les démocraties, et notamment dans la démocratie américaine, des appareils d'Etat qui, eux, ont tout le temps pour planifier, sont mus par une volonté « précise et ferme » et n'ignorent rien des techniques exposées par Volkoff, notamment dans sa préface à La Désinformation, arme de guerre (L'Age d'homme, 1986). « À condition qu'un temps suffisant soit accordé à l'opération et qu'un nombre suffisant d'individus "massifiés" aient été touchés, écrivait-il, l'opération se déroulera d'elle-même, grâce aux truchements subalternes qu'on appelle caisses de résonance », à savoir ceux qui, croyant propager de l'information, « colportent la désinformation ».
Le meilleur des mensonges est parfois la vérité
Depuis l'effondrement de l'« Empire du Mal », les Américains sont devenus, à leur tour, des mièvres en matière de désinformation. La manière dont ils ont vendu à l'opinion publique les deux guerres du Golfe et l'agression de la Serbie en constitue la plus belle illustration. À coup d'images tronquées, de faux témoignages et de rumeurs soigneusement entretenues, ils sont parvenus à construire deux épouvantails, Saddam Hussein et Slobodan Milosevic, dont l'élimination est devenue, dans l'inconscient de tous, une œuvre de salubrité publique. Même les Soviétiques, au temps de leur splendeur, n'étaient pas parvenus à une telle perfection dans le machiavélisme le plus sournois.
La désinformation étant devenue l'outil essentiel de la manipulation des foules, il est essentiel de conserver un esprit critique devant tout événement. Surtout s'il paraît évident. Anodin. Avéré. Car comme l'a dit l'écrivain américain Isaac Asimov : « The closer to the truth, the better the lie, and the truth itself, when it can be used, is the best lie. » « Plus un mensonge est proche de la vérité, plus il est efficace ; et la vérité elle-même, lorsque l'on peut en faire usage, est le meilleur des mensonges.. »
Thierry Normand Le Choc du Mois février 2007
France et politique française - Page 5083
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Contre la désinformation : L'antidote Volkoff
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Les écolos, en Vert et contre tout
Comment participer au gouvernement tout en s'opposant à lui sur le terrain ? Les Verts n'en sont plus à une incohérence près.
On l'a appris mercredi 19 novembre par un communiqué du Parti socialiste de Harlem Désir : le PS et EELV - cet horrible sigle réducteur du tout aussi horrible Europe Ecologie Les Verts - ont décidé de mettre en place, dès le début de l'année prochaine, trois groupes de travail pour traiter de l'agriculture, de la fiscalité écologique et de la conversion écologique de l'industrie. Des questions écologiques qualifiées de « majeures pour un nouveau développement de notre société. » Le but de ces nouvelles structures, composées tant d'élus que d'experts des deux partis, sera de définir un « socle de propositions communes » afin d'enrichir celles du gouvernement.
Une décision qui ne laisse pas d'intriguer ceux qui se souviennent que le gouvernement Ayrault compte, justement, deux ministres issus du parti écologiste. Et si Pascal Canfin, ministre délégué au Développement auprès du ministre des Affaires étrangères, est assez transparent, Cécile Duflot, ministre « plein » de l’Égalité des territoires (?) et du Logement, ne manque guère une occasion (cf. notre numéro 864 du 8 septembre 2012) de s'exprimer, à propos de tout et de rien - sauf, peut-être, de ce qui concerne son ministère... -, de préférence à contre-courant de ses collègues.
À croire que cette alliance, toute de raison certes, ferait presque figure du mariage de la carpe et du lapin !
Il est vrai qu'il y a d'autres motifs de friction entre les deux formations politiques. À commencer par l'opposition physique et frontale des Verts, sur le terrain, au projet d'aéroport international du premier ministre aux lisières de sa bonne ville de Nantes, pour poursuivre par leur refus des Verts de participer à une primaire commune dans la capitale, à l'occasion des prochaines élections municipales en 2014. Ils ne sont pas tout à fait les seuls au demeurant, le Parti de gauche ayant lui aussi récusé cette proposition. Mais on doit avouer que la primeur de cette technique d'importation américaine au sein même du PS, à l'occasion de la succession de Martine Aubry, n'a pas convaincu grand monde...
Hulot « envoyé spécial » pour la protection de la planète
Quoi qu'il en soit, ce décalage entre deux partis alliés dans le gouvernement cèle mal, chez les Verts, un déficit structurel qui, pour avoir longtemps été latent, est de plus en plus visible. Car, passée la parenthèse présidentielle d'Eva Joly, les deux écologistes les plus emblématiques se nomment Nicolas Hulot (photo) et Daniel Cohn-Bendit. Or, l'un comme l'autre ont pris leurs distances avec le parti, notamment pour des différends graves sur la question européenne. Et Cécile Duflot, qui aurait pu transformer son essai à la tête des Verts, a finalement préféré intégrer un gouvernement où elle semble un peu plus mal venue chaque jour, et surtout chaque débat, qui passent...
Oh ! certes, l'écologie n'est pas morte. Elle rime trop avec idéologie pour que François Hollande la laisse tomber. C'est ainsi qu'il vient de nommer Nicolas Hulot son « envoyé spécial » pour la protection de la planète - ce qui lui permettra sans doute de brûler du kérosène sous tous les deux, et en tout cas aux quatre coins de la planète.
EELV a décidé de s'en féliciter, même si beaucoup, au sein du parti, n'apprécient que modérément l'ancien animateur télévisuel, comme il a fini par s'en persuader lorsque les militants, à l'occasion des primaires présidentielles, lui ont préféré Eva Joly. Il est vrai que Hulot est un véritable oscillateur politique, capable de passer de Chirac à Mélenchon sans le moindre état d'âme, à la condition de maintenir l'indépendance de son discours - dans le seul domaine idéologique de l'écologie il est vrai, ce qui la relativise fort.
Cette adhésion est sans doute tout ce qui reste au parti écolo pour se prouver qu'il existe. Ça, et quelques propositions marginales comme la promotion d'une espèce de canopée solaire qui viendrait couvrir le périphérique parisien de panneaux photovoltaïques, ou la lutte contre le réacteur nucléaire EPR de Flamanville.
Il n'empêche que ça sent le roussi - ce qui n'est guère écolo... Sans doute las des poux que les responsables Verts ne cessent de chercher au gouvernement (auquel, pourtant, leurs proches continuent de participer), un certain nombre d'élus locaux quittent EELV pour dénoncer un fonctionnement illisible, et des décisions incompréhensibles.
Et ce n'est sans doute pas l'organisation, par Gabriel Cohn-Bendit, grand frère de Dany le rouge, d'un forum des écologistes censé permettre une « action trans-partisane », qui rendra le discours écolo plus cohérent...
Olivier Figueras monde & vie 26 décembre 2012 -
Arnaud de LASSUS : CONNAISSANCE ÉLÉMENTAIRE DE LA FRANC-MAÇONNERIE
Fin connaisseur de la franc-maçonnerie, du judaïsme et de la doctrine sociale de l'Eglise, Arnaud de Lassus dirige depuis plusieurs décennies l'Action familiale et scolaire qui, dans ces différents domaines, propose à ses lecteurs une information étayée, des analyses solides, des références précises et une doctrine claire.
La quatrième édition, revue et augmentée, de la Connaissance élémentaire de la franc-maçonnerie devrait figurer dans toutes les bibliothèques tant elle donne, en moins de deux cents pages, une vision complète et actualisée de ce phénomène. Arnaud de Lassus, qui souligne, exemples, citations et références à l'appui, la place primordiale des frères dans les diverses institutions, rappelle fort opportunément l'origine de la franc-maçonnerie, en dresse un historique très éclairant, détaille par le menu les deux courants, rationaliste et occultiste, qui la composent. L'auteur s'attache également à montrer les objectifs de cette société secrète, son fonctionnement interne, ses modes d'action. Il ne cèle pas les liens nombreux et convergents entre la maçonnerie et le judaïsme dont l'organisation des B'nai B'rith est une parfaite illustration puisque ses membres sont obligatoirement israélites et maçons.
Arnaud de Lassus évoque également la lutte séculaire des loges contre l'Eglise catholique et constate que, si les papes ont toujours condamné de manière claire et ferme la maçonnerie au point d'excommunier tout baptisé qui s'affilierait à une loge, quelle qu'elle soit, depuis Vatican II en 1962-1965 et la promulgation en 1983 du nouveau code de droit canon, la discipline a considérablement changé sur ce point : l'excommunication a été levée par la nouvelle église œcuménique et mondialiste et la secte maçonnique n'est même plus nommée. Au reste, le cardinal Decourtray a été couronné en 1991 par le B'nai B'rith, organisation que Jean Paul II a souvent reçue au Vatican tandis que Benoît XVI décore de grands rabbins quand il ne se fait pas bénir par eux comme lors de son voyage au Brésil le 10 mai 2007.
Enfin l'auteur, après avoir développé les quelques points faibles de la maçonnerie (querelles de clans, rivalités et purges, absence de relations avec les supérieurs inconnus, ridicule des titres, grades, costumes et cérémonies, lenteur d'action du processus d'infiltration et surtout implication croissante dans des scandales financiers), donne des clés pour lutter efficacement contre ce phénomène subversif et mortifère : prier, mieux connaître la question et son importance, contre-attaquer intelligemment en refusant le libéralisme moral, philosophique et politique tant sur un plan personnel que familial et social et enfin avoir la passion du combat pour la vérité, le bien et la justice.
J. B. Rivarol du 14 mars 2008
189 pages, avec sept annexes, une copieuse bibliographie et un index très bien fait, 15 euros (AFS, 31 rue Rennequin, 75017 Paris. Tél.: 01-46-2233-32. Fax: 01-46-22-65-61). -
Il n’existe pas de formule scientifique pour déterminer ce qu’est un « discours haineux »
Chroniqueur du Guardian, Jason Farago a salué l’intervention de la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, demandant au réseau social Twitter d’aider le gouvernement français à criminaliser les idées qui lui déplaisent.
Décrétant « les tweets haineux […] illégaux », Farago ajoute avec enthousiasme que la ministre française n’a pas l’intention de se contenter de poursuites judiciaires et compte à présent « obliger Twitter à prendre des mesures pour pénaliser les messages de haine » en modifiant « tout le système opératoire » du réseau et en demandant « la mise en place d’alertes et de mesures de sécurité » pour empêcher la publication de tweets jugés haineux par les autorités.
Voilà qui est formidable, s’exclame mon confrère qui – reprenant l’argument de tous les tyrans et de toutes les censures – estime que les nouvelles technologies rendent la liberté de parole bien trop dangereuse :
« Si seulement nous vivions encore au 18e siècle ! Hélas, nous ne pouvons plus croire aujourd’hui que la liberté de parole est le privilège de parfaits citoyens réunis dans un merveilleux salon des Lumières où tous les points de vue sont écoutés et où le plus noble s’impose naturellement. (…)
A aucun moment de son plaidoyer pour la censure Jason Farago ne considère la possibilité que l’Etat puisse interdire des idées que lui-même approuve et pas seulement celles qu’il désapprouve.
Les partisans de la censure sont tellement convaincus de leur bien-fondé et de l’incontestable justesse de leurs opinions qu’il ne leur vient même pas à l’esprit que certaines de leurs propres opinions puissent un jour figurer sur la liste noire.
L’incroyable aveuglement de ces gens m’a toujours consterné. Comment peut-on être à ce point convaincu de sa propre infaillibilité et s’arroger le droit non seulement de décréter quelles idées sont mauvaises mais en plus d’utiliser l’autorité de l’Etat pour empêcher leur expression et punir ceux qui les professent?
L’histoire montre inlassablement que les vérités objectives et incontestables d’une génération paraissent un jour complètement absurdes, ou pires, à la génération suivante. Tous les plus grands dogmes – dont le caractère si juste et irréfutable justifiait que l’on punisse par la loi toute forme de contestation – ont fini par être démystifiés ou au moins discrédités. Il n’existe pas de formule scientifique pour déterminer ce qu’est un « discours haineux ». C’est une qualité intrinsèque et subjective.
Chaque rubrique de commentaire sur Internet le montre, y compris celle qui suit l’article de Farago et où de nombreux lecteurs conservateurs ou « New Labour » se sont empressés de noter que le véritable « discours de haine » se trouvait dans les colonnes du Guardian lorsque celui-ci critiquait Israël, les Etats-Unis ou d’autres institutions occidentales chères à leurs cœurs.
A leur sens, il faudrait commencer par censurer les chroniques gauchistes du Guardian s’il fallait interdire les propos haineux.
Nul pouvoir n’est plus dangereux et plus destructeur que celui qu’exerce un Etat pour supprimer et criminaliser les opinions qui lui déplaisent.
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Une jeunesse militante...
Je n’ai que deux souvenirs de Mai 68 : l’image aperçue à la télévision (en noir et blanc) d’une façade d’immeuble léchée par les flammes d’une barricade en feu et un barrage de manifestants à la sortie de Dinan, devant une usine sans doute occupée, qui tapaient joyeusement sur le capot de la R16 familiale avec le plat de la main… Mais les années qui suivirent furent celles de mon ébauche de réflexion politique puis de mon engagement militant, d’abord hésitant et surtout anticommuniste (le communisme était encore, à l’époque, une opinion courante…), puis enfin royaliste, définitivement, à partir de l’été 19
Le film « Après Mai », sur les écrans depuis quelques jours et qui retrace le parcours de quelques lycéens gauchistes au début des années 70, ne m’a pas vraiment surpris et je l’ai vu comme un bon résumé du parcours de nombreux jeunes engagés politiquement, qu’ils soient, d’ailleurs, d’extrême-gauche ou d’autres obédiences ! Oui, notre jeunesse fut « folle », et militante, éminemment « intellectuelle et violente » selon la formule de Maurras, en fait passionnée, dirait-on aujourd'hui ! Quand Olivier Assayas, l’auteur du film, était mao ou je ne sais quoi, j'étais tout aussi révolutionnaire, mais nationaliste et royaliste, et nous, nous aussi, de l’autre côté de la barricade, voulions changer le monde, mais aussi restaurer la monarchie, sauver la France dont, comme l'écrivait Bernanos, le monde avait besoin... Nous couvrions les murs de slogans, de fleurs de lys : en une nuit du printemps 84, nous avons usé 17 bombes de peinture ! Certains de nos slogans couvraient une cinquantaine de mètres de mur, à Villejean ou à Beaulieu, à Sciences éco., place Hoche (déjà !) ! Nous sautions par dessus les murs des lycées (Jean-Macé, Chateaubriand, et j’en oublie !) et des facs, affirmant en lettres gigantesques que « Marianne n’aime personne mais elle b... tout le monde » ou déclarant, dans un style très doctrinal « Pour l’auto-organisation des peuples de France sous l’arbitrage d’un exécutif héréditaire et successible : le Roi ! » (si, si, je l’ai écrit !), nous élevions des barricades rue d'Estrées un soir de mai 83 et nous passions notre temps à courir, à crier, à haranguer, parfois à nous battre pour protéger « notre » point de vente, sur le marché des Lices ou place de la Mairie... Ça ne s'arrêtait jamais, nous tenions meeting à la Maison du Champ de Mars ou nous faisions des manifestations (y compris de nuit) en criant « Monarchie populaire », nous affichions sur les grandes baies vitrées de Villejean parfois toutes les nuits ! Chaque soir ou presque, j’écrivais un nouveau texte de tract que je photocopiais le lendemain matin avant de l’afficher sur les panneaux de la Fac de Droit ou dans les couloirs de celle d’Histoire, ou que nous distribuions sur les tables du Restaurant Universitaire de Villejean avant que les étudiants ne s’installent pour manger ! Lors des grèves ou des Assemblées générales étudiantes, nous prenions la parole, parfois sous les huées et les insultes, mais j’avoue que je n’avais pas du tout peur, grisé par cette ambiance électrique et houleuse dans laquelle je me sentais vivre pour convaincre autrui ! C'était fou, et c'était bon ! Et on clamait « vive le roi » sur le marché des Lices quand les « autres » nous chargeaient, à dix contre un ! Il m’est arrivé de me retrouver ensanglanté, le nez sur le trottoir… Oui, c'était notre jeunesse, et c'était les plus belles années de ma vie : cela valait le coup de vivre cette folle jeunesse militante, j'en ai encore des souvenirs plein la tête et, surtout, plein le coeur...
Il me faudra écrire, un jour, sur ces années militantes, principalement rennaises, et qui m’ont fait ce que je suis et ce que je suis resté, envers et contre tout, même si les formes ont parfois changé et que les enjeux ne sont plus forcément les mêmes.
Les années ont passé… Le roi n’est pas là, c’est vrai, et il tarde à venir, mais, plus que jamais, le combat royaliste me semble opportun, parfois sur des chantiers idéologiques nouveaux, en appliquant aussi la formule maurrassienne de « la tradition critique », nécessaire pour éviter les erreurs, voire les errements d’une autre époque qui ont tant coûté au royalisme français, parfois à son honneur, souvent à sa crédibilité et à son efficacité…
Ce qui est certain, c’est que c’est bien au contact des autres, les tracts à la main ou lors des débats dans la rue ou sur la Toile, que le royalisme est visible, et qu’il a des chances de prouver qu’il est crédible : la recherche intellectuelle et l’attention portée aux enjeux de notre temps ; la discussion argumentée avec autrui, sympathisant, adversaire ou simple curieux ; l’action militante « par tous les moyens même légaux », sont nécessaires pour faire advenir cette monarchie qui n’est pas un « sceptre magique » mais le moyen institutionnel « le moins mauvais » pour assurer la pérennité de notre Etat et de la France comme nation historique et éminemment politique. Difficile ? Lointaine ? Sans doute…
Mais, au moins, la faire connaître et la rendre possible, et, si ce n’est pour nous, pour les générations à venir qui pourraient bien, d’ailleurs, retrouver l’élan et l’ardeur de « notre jeunesse », celle qui ne m’a, en définitive, jamais quitté…
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Au ridicule nul n'est tenu !
La charnière du nouvel an grince pour le gouvernement français. Après la paire de claques du Conseil constitutionnel qui a fait marrer la Planète - la simple idée de taxer à 75% les revenus dépassant un million de dollars (c'est ce qui fut retenu de la loi à l'étranger) frisait le grotesque marxiste, tendance Groucho. Sur ces entrefaites, le Csar de toutes les Russies prend un oukaze de naturalisation d'Obélix Depardieu, son pote à lui, une façon tudesque d'envoyer ch... le Muet du Quai sur les affaires en cours, Syrie d'abord. La mèche lente du complot international avait fusé quand apparut sur les planches de la soirée Miss France, célébrant l'éternelle beauté française, le parrain des fuyards fiscaux fêté comme un messie ; Alain Delon réapparaissant à la soirée de la Saint-Sylvestre chez le délicat Patrick Sébastien en protecteur attendri des arts et cuisses du cirque, ôtait le doute sur une déstabilisation rampante. La loi des séries a voulu que la promotion dans l'Ordre National du Mérite décore au premier de l'an deux évadés du fisc notoires, Tsonga et Gasquet, pour vol à la raquette ! A faire se rouler par terre nos lointains expatriés français. Le cabinet Ayrault avait commencé l'Avent dans les inconvénients d'une communication boiteuse, il le termine au massacre, comme on dit en vènerie !
Chaque semaine apporte son pain au bouffon. A tel point que les patrons des médias ne vont pas tarder à réduire fortement les salaires des échotiers politiques tant le travail est devenu facile ; à la portée du premier stagiaire venu. En souhaitez-vous l'augure ?Le retour de ma concubine au manche du pouvoir ? Aucune allusion vaseuse permise. Le silence de Thomas H. sur Madame de Maintenant sera-il acquis par un commandement prestigieux au sein des forces judiciaires ? Fera-t-on taire le fougueux Mélenchon en l'envoyant ambassader à Caracas pour y superviser la transition chaviste ? Hamon à la Havane ? La galette des rois de l'Elysée sera-t-elle remplacée par un clafoutis aux cerises en mémoire de la Commune ? Faudra-t-il exhumer l'abbé Pierre pour contrer les revendications en paternité de X, Y ou Z, surtout Z. ? La marche contre le mariage gay et ses avancées collatérales s'annonce-t-elle fournie qu'on va remanier la chancellerie coupable d'avoir mésestimé la vague de fond, et nommer le Garde des Sceaux, gouverneur de Wallis & Futuna, elle en a déjà le fond d'écran total ! Et tant qu'à faire, Montebourg en ambassadeur extraordinaire des Terres australes et antarctiques pour faire contrepoids à Michel Rocard arctiquisé par Nicolas Sarkozy ! Il y a beaucoup de spinning en vue pour nous voiler l'inquiétant.
Nous courons à l'Espagne. Tous nos chiffres 2013 sont archi-faux. On ne pourra maquiller longtemps les réalités, amuser le tapis par des dépenses clientélistes non-financées en contrepartie d'annonces de contention budgétaire non exécutées. A tirer le diable par la queue, au plus mauvais moment il se retourne et vous mord !
Ce pays doute terriblement. Aucun homme politique n'a la cote, et quand le chancelier Merkel reste le personnage préféré des Allemands, où se trouve notre président dans la liste ? Les Français attendaient le réenchantement en quittant le vulgaire, et qu'on leur récite le projet de la France, celui qu'ils aiment entendre. On leur parle de pissotières pagnolesques, d'outrages coloniaux, d'abominables riches des neiges, d'obéissance au roi de Prusse. Malgré la pose, reins cambrés, torse bombé, menton voulant, manche juste et cravate droite - Bruno Masure y veillera - nous n'avons pas Poutine à l'Elysée.
Séquence explicative ci-dessous ou comment Mittal aurait pu être traité dans l'affaire de Florange. C'est du Poutine, dit le commentaire. Effectivement je ne vois aucun de nos apparatchiks dans le rôle. Il en a de la chance le Depardieu (on me dit dans l'oreillette que le Monténégro l'a aussi réclamé !) : -
La France, fille aînée de la franc-maçonnerie ?
Première partie – Par Simone Choule
Comme l’immobilier ou les néo-réacs, ce sujet fait un bon marronnier dans la presse, la franc-maçonnerie ayant tout pour séduire : prétendue secrète, organisation impalpable et orientant en coulisses certaines orientations politiques... Les deux erreurs principales à ne jamais faire concernant la maçonnerie étant pour un journaliste : de la voir partout et la voir nulle part. Mais aujourd’hui, alors que près de huit magazines hebdomadaires consacrent une fois l’an leur couverture à ce sujet, comment évaluer ses idées et faire un bilan historique de son action, si elle doit rester secrète, et surtout : quel avenir pour ce club très privé ?
Histoire d’un réseau
La Franc-maçonnerie naît le 24 juin 1717 en Grande-Bretagne, et devient rapidement à la mode, surtout chez les bourgeois et les marchands. De plus en plus de hautes personnalités nobles y adhèrent ou sont cooptées. En 1723, les premiers maçons s’installent en France, soutenus par des budgets anglais, et 1725 marque la naissance officielle de ce mouvement à Paris. Il se centralise autour du rite écossais, rituel prétendant remonter aux cathédrales mais se sachant mythologique et faux (nulle preuve n’est apportée par la maçonnerie ; en fait ce goût du prestige par la filiation est un calque de la noblesse d’épée pour en singer le prestige).
La loge est le lieu où l’on pratique le rituel, faisant référence aux loges des maçons qui construisaient les cathédrales et avaient un lieu où se rassasier après une journée de chantier. La loge n’a aucune fenêtre pour faire passer la lumière et est décorée de quincaillerie ésotérique, cosmologique et l’entrée pour le profane s’y fait par parrainage et initiation, par des serments impliquant jusqu’à la vie de ce dernier, pour un secret qu’il ne connaît pas, secret qui ne se dévoile aux derniers degrés de la hiérarchie. Hiérarchie divisée en trois grades : apprenti, compagnon et maître, puis les hauts ateliers où l’on compte jusqu’à 33 degrés sans qu’aucun maçon ne sache ce qui se passe dans le degré supérieur (comme dans la Scientologie ou la secte du Forum Landmark). Si un maçon rechigne à exécuter les ordres venant d’en haut, on lui rappellera que c’est le prix à payer pour pouvoir bénéficier le moment venu de la solidarité des « frères trois points ».
La noblesse de l’époque (sous Louis XV puis Louis XVI) n’y voit qu’un club « philanthropique » organisant bals et dîners, voire parties fines. Cette noblesse est cependant très occupée par le pouvoir d’un parlement de plus en plus séditieux avec le Roi, parlement assujetti aux idées encyclopédistes dominatrices de cette époque qui installeront les conditions favorables à l’insurrection populaire de la fin du règne des Bourbons (réformes de Turgot, montée du prix du pain, libéralisme « voltairien » montant). Mais il est étonnant de constater que dans le mouvement de la Révolution française, absolument tous les acteurs sont maçons (Maurice Talmeyr en fait la liste) et bien que la France ne veuille changer ni de régime ni de religion – ce qui n’est dans aucun des cahiers de doléances à cette époque –, elle se retrouvera avec un roi décapité et des églises saccagées.
Des loges d’agitateurs – frères insinuants, frères scrutateurs – sont instituées pour accélérer le mouvement révolutionnaire (dont le slogan était « liberté, égalité, ou la mort ! », la « fraternité » arrivera plus tard on l’espère) qui ne sont apparues qu’en 1787 : crocheteurs, portefaix, rôdeurs, flotteurs de bois, tapes-durs, brigands de rue ou de grand chemin, assassins et malfaiteurs de profession entrent pour y devenir des émeutiers actifs auprès de ceux qui veulent renverser le Roi.
Un grand nombre de soldats sont recrutés (avec toujours la promesse de carriérisme qu’un tel club implique) et telle une pièce bien répétée et contrevenante aux intentions réelles du peuple de France, produit ainsi : l’apparition du club des Jacobins, du club de propagande, les incendies des châteaux, les paniques de la province, les journées d’Octobre, le 20 juin, le 10 Août, les massacres de Septembre, l’emprisonnement du Roi, sa condamnation et sa mort.
Derrière la maçonnerie (ou au 33e degré) l’illuminisme d’Adam Weishaupt : quelques cérémonies où l’on verse dans le macabre (toute loge a son squelette) allant jusqu’à répéter la vengeance des templiers à l’égard de Philippe le Bel. Les régicides de Louis XVI et du roi de Suède auraient été répétés dès 1785 et le président du Parlement (M. Maire de Bouligney) et l’inspecteur des Postes (M. de Reymond) ainsi que M. Leroy, comte de Virieu, témoignent tous qu’ils auraient été choqués et écœurés de ces appels au meurtre au sein de ces loges de haut degré.
Une presse poussant l’opinion à l’insurrection et à l’émeute permanente, (L’Ami du Peuple) entre les mains de ces jacobins, et Lafayette, un autre initié, à la tête de la garde nationale pour « encadrer » cela, toujours au service des mêmes. Ceux qui essaieront la sédition seront broyés, et l’on façonnera l’opinion en instrumentalisant le patriotisme de manière à faire passer toute contre-révolution comme étant une attaque du parti de l’étranger (entrainant ainsi une série de guerres civiles malvenues). Parti de l’étranger ? Pour un Rotary d’origine outre-manche et se référant au temple de Salomon, c’était plutôt gonflé.
Le plus connu de ces épisodes maçonniques prévus dans les loges reste la dite « prise » de la Bastille, évènement sans aucune gloire selon tous les historiens sérieux, mais surtout opération immobilière impliquant Pierre François Palloy, prévenu dans la nuit du 13 au 14 de l’assaut du lendemain. Une heure après la saisie des canons à De Launey et après avoir joué avec sa tête aux Invalides, 400 hommes montrent leur silhouette dans le quartier armés d’une pioche, et payés 26 sous (environ 4 euros). L’on a retrouvé les papiers de l’entreprise avec une note griffonnée de Palloy lui-même, stressé : « Il fallait équiper 700 hommes, j’ai failli manquer de pelles et de pioches. » Les pierres de la Bastille servirent à la construction du pont de la Concorde et à du merchandising révolutionnaire (pierre taillées en forme de mini Bastille). Le couronnement de tout cela s’est fait par un symbole maçonnique, place de la Bastille, où un petit « génie » ou « Porteur de Lumière » surmonte aujourd’hui le monument au centre la place, marquant définitivement l’influence maçonnique pour l’Histoire dans ce symbole révolutionnaire.
Sous la IIIe République, la maçonnerie revient encore plus puissante (l’Empire et les monarchies constitutionnelles, par leur centralisation d’un exécutif fort, freine ces corps intermédiaires qui s’immiscent dans tous les corps de pouvoir) et impose la laïcité. Dès 1900, la république maçonnique radicale a été concurrencée par le socialisme marxiste léniniste qui voyait en elle une classe petite bourgeoise à l’humanisme désuet, contraire à la vision scientifique marxiste (le socialisme utopique de Léon Bourgeois, moqué dans le Manifeste du parti communiste). Il était notamment interdit à toute personne du parti d’entrer en loge jusqu’au début des années Mitterrand. La Seconde Guerre mondiale ayant créé une parenthèse où le pouvoir français, sous tutelle allemande, s’affranchissait de son influence jusqu’en 1944.
La GLNF [Grande Loge nationale de France, ndlr] vivote jusque dans les années 60 mais bénéficie d’un coup de fouet significatif sitôt que l’OTAN installe son siège à Paris en 1952 : à partir de là, les demandes de l’obédience affluent et le succès est tel que Frédéric Zeller, Maître du Grand Orient de France, dira qu’elle n’a jamais été aussi puissante. Mégalomanie ? Orgueil démesuré ? En tout cas de plus en plus de carrières dans les administrations, mairies, conseils régionaux ou généraux, entreprises publiques ne se font plus seulement sur les qualités objectives de compétence mais sur l’obédience à ces réseaux (place Beauvau, un commissaire sur deux est franc-maçon). Depuis la fin du bloc communiste, et la ringardisation du communisme, la maçonnerie a retrouvé une nouvelle jeunesse : le solidarisme revenu au XXe siècle est promu par Vincent Peillon au sein de son parti, par exemple.
La maçonnerie contraire à la démocratie ?
On savait que la maçonnerie tient en détestation la France catholique et monarchique dont elle a été la subversion – son Histoire le prouve par les actes commis – et lui préfère notamment l’abstraction d’une République universelle inscrite dans toutes les chartes officielles des loges. Une République universelle discutable dans la mesure où les nations se retrouvent uniformément globalisées, perdant ainsi leur diversité dans la singularité de ce type de régime. Néanmoins au sein de l’État français, on favorise une doctrine qui justifie qu’une poignée d’initiés dirigent la société. Cela ne saurait signifier qu’elle est démocratique : où est la séparation des pouvoirs lorsque l’on pratique l’entrisme dans les administrations d’État, le Parlement, le gouvernement, les syndicats ou les associations ? Où est la défense de la France, de son peuple et de ses intérêts quand on prépare un gouvernement mondial dont les États maçonniques auront préparé les conditions ?
Les maçons ont d’ailleurs attaqué une institution purement démocratique : le référendum. En 1934, les référendums voulus après les manifestations furent transformés dans l’opinion par le parti radical socialiste en « plébiscite napoléonien ». De Gaulle aura retenu ces polémiques et tâchera d’appliquer le référendum, y compris à ses dépens. L’utilisation des référendums a montré que les Français en avaient cure des « avancées » (celui sur l’UE par exemple, très « république universelle » touch’).
Les loges ont compris pour leur part qu’il ne faut plus éclairer le peuple par un débat public explicite et sincère précédent les décisions, mais les conduire vers la lumière les yeux bandés ! Malgré la défense de la démocratie représentative dans les débats, les maçons lui préfèrent un ordre d’initiés connaissant seul le secret délivré et qui masquent leur intentions réelles à l’égard des profanes, à savoir le peuple de France. Le secret maçonnique est l’anneau de Gygès qui permet à l’ordre, grâce à la dissimulation de qui en est ou pas, de rester invisible et donc insaisissable et user ainsi de ce singulier privilège. En 1789, les privilèges furent « abolis », dites-vous ?
Anthropologie et petite fabrique de l’opinion maçonnique
Rotary de carriéristes, gnomes fourrés dans leurs intrigues et obsédés par une guerre de ruses, vaniteux notables en manque de reconnaissance tutoyant l’affairisme véreux, têtes d’œuf longtemps charriées à l’école, passe-droits, corps intermédiaires, conflits d’intérêts, corporatisme, substitution aux pouvoirs, cooptation de gens ayant prise sur les manettes (magistrats, juges, avocats, inspecteurs des finances) dans les hauts grades maçonniques, les exemples affluent de ces « hommes sans qualités », à la Robert Musil, qui ne veulent se distinguer dans l’existence qu’en trichant avec le réel. Mais à l’ère de la transparence, me direz-vous, quid du secret maçonnique ? Cela appartient à la vie privée, nous répondent-ils...
Mais parmi ceux qui s’avouent maçons, c’est aux postes-clé du gouvernement Ayrault que nous les retrouvons : Anne-Marie Escoffier à la Décentralisation, Marc Mancel et Vincent Peillon à l’Éducation, Christophe Chantepy à Matignon, Jean-Yves le Drian et Cédric Lewandowski à la Défense, Aquillino Morelle à l’Élysée, Manuel Valls, Renaud Vedel, Alain Bauer et Yves Colmou à l’Intérieur, André Vidalies aux relations avec le Parlement, Victorin Lurel à l’Outre-Mer, Alain Simon et Jérôme Cahuzac à l’Économie, François Rebsamen, Jean Pierre Sueur, Claude Domeizel, Gérard Collomb, Michèle André et Robert Navarro au Sénat, Henri Emmanuelli, Christian Bataille, Pascale Crozon, Pascal Terrasse, Olivier Dussopt, Brigitte Bourguignon, Odile Saugues, Patrick Menucci et Paul Giacobbi à l’Assemblée nationale... Il est manifeste qu’un nouveau clergé remplace aujourd’hui l’ancien. Mais qui dit clergé dit « Bonne Parole » : voyons comment elle « évolue dans les mentalités ».
En démocratie de marché, le marché achète l’opinion et l’opinion fait l’élection ; observons donc en détail le trajet de l’opinion maçonnique dans l’équation marché/politique/média, collusion que dénonçaient déjà Balzac, Maupassant, Zola et Alexandre Dumas sans être traités de conspirationnistes, et dont l’élément maçonnique manquait à l’analyse de Paul Nizan dans ses Chiens de garde : on fait descendre l’instruction dans le réseau (par exemple sur « l’avortement » ou le « mariage pour tous ») puis, quelques jours plus tard, un article apparaîtra dans le journal du Midi libre suggérant la mesure (ou tout autre journal ayant « libre » dans son titre ou sous-titre).
Puis, il y aura une station locale FR3 délivrant le même message, ensuite un article à la une d’un grand quotidien national parisien ou la couverture d’un grand hebdomadaire. Bientôt un sondage paraîtra, qui montrera que précisément, en cette matière, et contrairement à ce que l’on a toujours cru jusqu’ici, l’opinion « évolue ». À quelques temps de là paraîtront un ou plusieurs livres dont l’écho sera amplifié par des critiques favorables dans les journaux, et par le fait que ces journaux seront en haut de pile chez les libraires.
Des associations venues de nulle part s’exprimeront à leur tour sur le sujet, et comme par hasard, leurs communiqués seront largement relayés dans les médias. Il y aura, le cas échéant, quelques manifestations de rue ou quelques autres actions spectaculaires saisies par des caméras de télévision, opportunément présentes. Entretemps seront prononcées des déclarations ou des « petites phrases » d’hommes politiques ou parlementaires de l’opposition ou de la majorité. Le gouvernement aura commandé un rapport et une proposition de loi sera proposée au Sénat ou à l’Assemblée.
Le résultat de tout ceci est que les observateurs de la vie publique verront que la société « bouge » qu’il ne faut pas aller contre elle, et l’on dira que la loi répond à une vraie attente du corps social. Les sociologues d’état diagnostiqueront l’existence d’une demande sociale. Des orateurs avec une rare éloquence défendront cette loi, qui sera votée par les deux chambres, à une courte majorité peut-être selon la logique du « marché politique » bien analysée par les théoriciens américains du « public choice ». La loi deviendra celle du pays et celle que les juges conviendront d’appliquer « au nom du peuple français », alors qu’elle n’aura été voulue au départ que par 15 personnes ; et ceux qui l’ont votée se féliciteront d’avoir fait « évoluer les mentalités », s’enorgueillissant derechef.
Si un politicien décide de s’opposer, il recevra en premier lieu un recadrage du chef de son parti puis, s’il persiste, un article surgira pour révéler ses liens avec un dictateur étranger, un financement de campagne occulte, une résidence secondaire suspecte. Même s’il gagne son procès en diffamation, le mal aura été fait et la carrière de l’opposant aux idées maçonniques brisée (non-renouvellement d’un mandat, non-recrutement dans un gouvernement…), il gagnera une étiquette de « mauvais républicain ».
Voici le pouvoir de censure des pouvoirs séculiers de la maçonnerie, qui rapproche cette secte d’un certain cléricalisme auquel on pensait qu’ils étaient opposés ! En tout cas, quelle manière malhonnête d’imposer aussi insidieusement et non loyalement ses vues sur la société. Évolution des mentalités, dites-vous, ce retour au cléricalisme ?
(Fin de la première partie)
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13 janvier. « Nette de fachos »
On va me dire que j’exagère. Que je crée la division. Qu’il vaut mieux se taire. Qu’on me comprenne donc. Les propos qui suivent ne visent pas à discréditer la nécessaire, l’indispensable mobilisation du 13 janvier, à laquelle appellent un nombre croissant d’évêques et qui réunira plusieurs d’entre eux pour dire « non » au « mariage » des homosexuels. Mais il faut dire et redire la vérité, pour éviter d’en faire une marche et un marché de dupes.
Mercredi soir, invitée de l’émission « Des clics et des claques » sur Europe 1, Frigide Barjot a dit et répété son hostilité viscérale à ceux qui ne se reconnaissent pas dans les objectifs de « sa » manif (mais ce n’est pas sa manif !) du 13 janvier, et qui entendent se réunir en marge et ailleurs à l’appel de Civitas et de plusieurs autres mouvements, pour défiler sous des bannières explicitement catholiques.
Interpellée à répétition pour se désolidariser de ces « identitaires » intégroïdes, Frigide Barjot s’est engagée solennellement, jurant « sur la tête » de ses enfants, qu’il n’y aurait pas un seul « intégriste » dans la « Manif pour tous ». Elle sera « Nette de fachos », tout est prévu pour éjecter les mal-pensants, la préfecture de police a été sollicitée pour les tenir à distance. Comme quoi on peut annoncer une manif « pour tous » contre la dénaturation du mariage et dénaturer soi-même le sens des mots…
Eh bien vous voyez, ces exclusions me fatiguent. M’irritent. Nous sommes bien placés à Présent pour savoir que ces relégations dans les ténèbres extérieures sont le plus souvent malhonnêtes et malvenues, qu’elles jouent sur les mots pour interdire de droit de cité une pensée, une doctrine, des opinions, des préférences parfaitement légitimes et éventuellement bienfaisantes.
Pire : ces déclarations me semblent dangereuses dès lors qu’elles excluent des analyses justes et des rappels opportuns.
Ce qui se confirme dans cette affaire. Pourquoi « nette de fachos » ? Parce que les « fachos » se définissent – on le comprend à écouter les autres propos de Frigide Barjot – non comme des crânes rasés adeptes de la solution finale ou d’un étatisme socialiste façon Mussolini, mais comme ceux qui ont un jugement négatif à l’égard des « amours homosexuelles ».
La preuve ? Frigide Barjot a réitéré mercredi soir son discours d’opposition au « mariage » gay, fondé uniquement sur le fait que le mariage étant le cadre juridique de la filiation, il ne faut pas l’ouvrir aux couples homosexuels pour ne pas bouleverser ce cadre stable inventé pour la protection des enfants. Elle a raison d’évoquer la filiation. Elle a tort de s’arrêter là, et de souhaiter de meilleurs droits pour les couples homosexuels, comme elle l’a encore fait de manière appuyée, au motif que les amours homosexuelles sont belles et méritent un cadre juridique aligné – sauf pour la filiation – sur celui des couples formés d’un homme et d’une femme.
C’est méconnaître absolument le sens du mariage, qu’il soit chrétien ou naturel.
C’est ouvrir – et c’est déjà largement fait – la porte à l’accusation d’homophobie (et l’« homophobie » est en droit un délit) à l’égard de tous ceux qui, ne partageant pas cette vision ahurissante, continuent de dire que l’union d’un homme et d’une femme, qu’ils soient païens, chrétiens, croyants ou non est une donnée de l’ordre naturel, la pierre de construction de la société, qu’ils aient d’ailleurs des enfants ou non : un mariage stérile n’est pas moins un mariage, image de l’amour divin, qu’une union bénie d’enfants.
Pire, c’est donner des armes à ceux qui dénoncent non seulement la ringardise ou le « fascisme » de ceux qui présentent les actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés », mais qui les désignent comme coupables devant la justice, les médias, le monde.
Frigide Barjot ne représente qu’elle-même. Je ne crois pas un instant que ses déclarations emportent l’adhésion de la plupart des organisateurs de la « Manif pour tous ». Et c’est pourquoi il ne faut pas porter l’opprobre sur ce grand mouvement du 13 janvier.
Mais il faut dire clairement et de manière audible que le cortège de Civitas, qui aux dernières nouvelles entend démarrer de la place Pinel à 13 h dans le 13e arrondissement, fait partie de ce grand soulèvement national contre la révolution du « mariage » pour tous et qu’il y a sa place ; une place précise fondée sur des mots justes même si l’on ne se reconnaît pas dans toutes ses prises de position.
Que les choses soient claires : Présent soutient l’ensemble de ces mouvements. Fût-ce en émettant des réserves comme je le fais aujourd’hui – et ce sont des réserves de fond. -
Euthanasie : laisser venir la mort n’est pas la provoquer
Pourquoi la loi Leonetti suffit
À la peine sur le terrain socio-économique, le gouvernement s’est engagé pour faire diversion dans des réformes dites « sociétales ». Mais son coup d’essai, le mariage pour tous, n’est pas un coup de maître.

Censé rassembler les Français, ce sujet aux multiples facettes est en train de leur faire revivre les divisions des grands jours. L’autre promesse de campagne de François Hollande, la légalisation de l’euthanasie, semble plus consensuelle : d’après les sondages d’opinion, 90% des personnes interrogées y seraient favorables. Le gouvernement tient-il ici la loi « moderne et apaisée », qui lui fera pardonner ses errements ?
Il faut cependant savoir regarder plus loin que le bout de son nez. Examinons de près ces fameux sondages. La formulation des questions tout d’abord. À la question « Si vous étiez atteint d’une maladie incurable et en proie à d’extrêmes souffrances, souhaiteriez-vous qu’on vous aide à mourir ? », qui répondrait non ? Il est bien évident qu’une formulation aussi simpliste et tendancieuse appelle une réponse univoque. Considérons ensuite le panel des personnes interrogées. Ce ne sont pas des malades qui ont été consultés, ni leurs familles, mais des actifs, jeunes et bien portants. Reformulons la question, et posons-la aux principaux intéressés, des personnes âgées et malades : « Si vous étiez atteint d’une maladie incurable et que, pris en charge par une équipe compétente, vous étiez soulagé de vos souffrances, souhaiteriez-vous qu’on vous fasse mourir ? »… Nul doute que la réponse serait différente. [...]
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FORUM DE DAVOS Une mondialisation chaotique
Le Forum économique mondial n'a rien perdu de son attractivité : pour sa 41e édition, il a réuni à Davos, du 26 au 30 janvier, quelques 2 500 participants, et accueilli trente-cinq chefs d'État ou de gouvernement.
On connaît le G8, le G20, voire le G2 – États-Unis et Chine –, autant de "sommets" politiques et économiques censés encadrer et donner du sens aux désordres du monde. Il ne faudrait pas oublier un autre forum, celui de Davos qui, à la fin de chaque mois de janvier, ramène le ban et l'arrière-ban du capitalisme mondialisé dans la très sélecte station grisonne. Non sans dresser, par réaction, des forces hostiles qui s'expriment notamment dans le cadre de "l'Autre Davos", forum alternatif qui s'est tenu du 21 au 23 janvier à Bâle, autrement dit à bonne distance.
Économie et géopolitique
On a beau se dire depuis quelques années, surtout depuis les convulsions du capitalisme financier il y a trois ans, que le grand raout de Davos a peut-être fait son temps,son pouvoir d'attraction n'en demeure pas moins intact. Comme l'atteste l'édition 2011 qui, du 26 au 30 janvier, a vu la participation de trente-cinq chefs d'État ou de gouvernement, en plus, bien sûr, des quelque 2 500 leaders économiques, industriels, financiers et lobbyistes contribuant au budget annuel de ce World Economic Forum (WEF). Étonnant, quand on sait que le Forum de Davos « n'est pas un endroit où se prennent des décisions », comme a tenu à le rappeler Klaus Schwab, président et fondateur (il y a une quarantaine d'années) de cette plate-forme de discussion.
Ce caractère informel, sans nécessité de résultat visible, c'est sans doute ce qui séduit les participants, affranchis durant quelques jours des contraintes médiatiques. En tout cas, cette année encore, les politiques et autres "décideurs" n'ont pas boudé leur satisfaction de se retrouver dans les Alpes suisses, en délivrant des messages plus ou moins convaincants mais reflétant la nouvelle réalité du monde, c’est-à-dire le transfert progressif du pouvoir vers l'Asie et le Sud. C'est pourquoi à la notion de pays émergents se substitue peu à peu celle, plus pertinente, de "marchés de croissance" – un concept qui présente toutefois le défaut de rester étroitement économique et de négliger la dimension géopolitique.
Le sanglant attentat perpétré le 24 janvier à l'aéroport moscovite de Demodedovo, qui a contraint Dmitri Medvedev à retarder son déplacement à Davos, illustre trop bien cette interdépendance. Le président russe a quand même pu prononcer, comme prévu, le discours inaugural du forum, un privilège qui l'an dernier avait été accordé à Nicolas Sarkozy. Logiquement, Medvedev a battu le rappel de la "communauté inter-nationale" pour lutter contre le terrorisme et toutes les haines « qui détruisent les progrès économiques et sociaux ». Reconnaissant qu'il existe encore beaucoup à faire en Russie pour éradiquer la corruption, il a néanmoins affirmé que Moscou deviendra « un grand centre financier avec de faibles taxes », et annoncé que son pays adhérera cette année à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) et à l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
Quels risques ?
Les organisations internationales, ce n'est pas ce qui manque. Cependant, a relevé la présidente de la Confédération helvétique Micheline Calmy-Rey, « dans un monde fortement globalisé où les risques sont nombreux, il n'y a pour l'heure aucune instance capable de trouver des solutions justes aux défis à surmonter ». Ces risques sont identifiés : outre le terrorisme et l'instabilité politique (Tunisie, Égypte), les dettes souveraines ainsi que l'inflation due à la surchauffe en Chine et en Inde sont, aux yeux des économistes et des dirigeants d'entreprise, les principales menaces du moment.
S'exprimant surtout en sa qualité de président du G8 et du G20, Nicolas Sarkozy a lui aussi mis en garde contre les « grands risques » de 2011, les dettes souveraines, donc, les déséquilibres monétaires et financiers (allusion aux rôles respectifs du yuan et du dollar, qui pénalisent l'euro), ainsi que « la volatilité extrême du prix des matières premières ». Sur ce point, le président de la République préconise, avec le concours de Dmitri Medvedev, une régulation des marchés agricoles. En revanche, le président russe rejette catégoriquement l'idée d'une taxe sur les transactions financières que soutient Sarkozy. Pour l'essentiel, Nicolas Sarkozy a repris à Davos les thèmes qu'il avait abordés dans sa conférence de presse du 24 janvier à Paris. À quoi il a ajouté un plaidoyer au ton polémique en faveur de la monnaie unique européenne : « Jamais, Mme Merkel et moi ne laisserons tomber l'euro. » D'ailleurs, « il n'y a pas de crise de l'euro », a proclamé sans rire Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, selon lequel il n'existe qu'un problème d'assainissement budgétaire pour les États en difficulté. Autrement dit, il suffit de serrer la vis.
Ne dirigeant pas un pays en difficulté, Angela Merkel n'en a été que plus à l'aise pour défendre la monnaie unique, son euromark... Elle a en outre apporté son soutien aux propositions de la présidence française du G20 sur la réforme du système monétaire et les négociations commerciales du cycle de Doha. Mais quand Merkel et Sarkozy prônent une régulation de l'économie (compatible avec le libre-échange), le Premier ministre britannique appelle à une libéralisation accrue du commerce mondial.
L'année du Lapin
Les problèmes existentiels des Européens, l'activisme déconnecté du réel que déploie l'actuel président du G20, ou encore l'atonie des États-Unis représentés notamment par leur secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, contrastaient à Davos avec l'optimisme et le dynamisme créatif des "émergents", en particulier asiatiques – illustration d'un monde à deux vitesses. Le thème retenu pour ce 41e Forum de Davos était « normes communes pour une nouvelle réalité ». Ce qui postulait l'aspiration à une gouvernance mondiale et par conséquent une « harmonisation des normes » entre l'Europe et l'Asie. On en est encore loin. Même si les Chinois, emmenés par leur ministre du Commerce Chen Deming, ont promis de faire des efforts, en augmentant leurs importations et en promouvant leur consommation intérieure. La prospective n'étant pas le fort du WEF, qui n'a vu venir ni la crise des subprimes ni celle des dettes souveraines, on s'en tiendra à une seule certitude : venus en force à Davos, les Chinois ont de bonnes raisons de festoyer en ce jeudi 3 février, premier jour de l'année du Lapin.
Guy C. Menusier L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 3 au 16 février 2011