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France et politique française - Page 5121

  • France : L’ornière des aides sociales

    En 2009, 11,2 millions de Français ont bénéficié d’aides sociales pour un montant total de 59,5 milliards d’euros. Cela équivaut au budget de l’Éducation nationale soit 1/5 du budget de la France. Ces 11,2 millions de bénéficiaires ont des familles (parents, épouses, enfants, etc…). Ce sont donc au total plus 35 millions de personnes qui bénéficient, d’une manière ou d’une autre, des aides sociales, c’est-à-dire plus de 50% des Français.

    Le modèle social français, au prix où il coûte aux contribuables, fonctionne-t-il ?

    […] Pour savoir si notre modèle social français fonctionne, prenons trois indicateurs qui permettront de le juger sur des résultats concrets : le taux de pauvreté, le revenu de solidarité active (RSA) et les « Restos du Cœur ».

    Premier indicateur, le taux de pauvreté pris sur 20 ans et qui fournit un constat étonnant. En 1990, 13,8% de la population française était considérée comme pauvre, soit 7,9 millions de personnes sur une population totale de 57,3 millions. En 2009, le pourcentage de pauvreté a légèrement baissé puisqu’il est de 13,5%, mais cela représente 8,7 millions de personnes sur une population de 64,7 millions. Sur 20 ans, la pauvreté n’a pas diminué. C’est un premier constat d’échec.

    Deuxième indicateur, le RSA qui a repris le flambeau du RMI, les deux noms recouvrant une même aide sociale rendant ainsi possible une observation sur la longue durée. Créé en 1989, le RMI a bénéficié cette année-là à 370000 personnes. En 2009, exactement vingt ans plus tard, 1,697,357 personnes percevaient le RSA, soit une augmentation de 359 %. C’est un deuxième constat d’échec.

    Troisième indicateur, les “Restos du Cœur” qui ont été créés en 1985. Durant l’hiver 85-86, ils ont distribué 8,5 millions de repas. Lors de l’hiver 2010-2011, ce sont 109 millions de repas qui ont été servis, soit une augmentation de 1282 % en 25 ans. C’est un troisième constat d’échec.

    Force est de constater, sur le terrain, que le modèle social français qui a pour but d’améliorer les conditions de vie des français,  ne fonctionne pas. La question qui vient à l’esprit est : pourquoi ?

    Il existe une explication économique à cet état de fait. Tel qu’il est conçu, notre système social ne crée pas de richesse ; pire, il incite à ne pas créer de richesse. En dépit d’une intention qui reste en théorie généreuse – aider autrui -, le modèle social français a mis en place une trappe à pauvreté : une fois tombé dans cette ornière, il est très difficile d’en sortir. Pour vérifier cette assertion, observons un exemple concret.

    Prenons une mère vivant seule avec ses deux enfants de 6 et 10 ans. Pourquoi un tel cas ? Parce que, selon l’Insee, 284,445 foyers recevant des aides étaient dans ce cas en 2010, ce qui constitue le nombre le plus important de tous les cas de figure familiaux, hormis les célibataires.

    Cette mère reçoit le RSA qui, grâce à ses deux enfants, se monte à 845,88 euros. Si elle loue un appartement à 500 euros par mois, elle bénéficie d’une APL de 473,22 euros. Ses allocations familiales seront de 125,87 euros. Son allocation de rentrée scolaire, en général très attendue, sera de 575,68 euros, soit 47,97 euros si nous la lissons sur 12 mois. Cette mère pourrait sûrement bénéficier d’autres aides, mais nous ne prendrons que ces quatre-là qui sont les plus communes. Ainsi, elle touchera un total de 1501,85 euros par mois.

    Maintenant imaginons que cette même mère de famille trouve un travail au smic, soit 1398,37 euros brut par mois ce qui lui fait 1096,94 euros net. Elle ne reçoit donc plus le RSA. Son APL est réduite à 354,89 euros, mais elle percevra toujours les allocations familiales – 125,87 euros – et l’allocation de rentrée scolaire – 575,68 euros. En conséquence, son revenu total sera de 1625,58 euros par mois.

    Travailler, pour cette mère, ne représentera qu’un bénéfice net de 123,73 euros. En outre, ce bénéficie sera probablement perdu dans les coûts de transports ou frais de nourrice pour garder les enfants. Pire, ces deux dépenses additionnelles coûteront plus que 123 euros par mois, faisant du travail une perte de revenu.

    Dans ce cas, le plus commun, travailler n’est pas motivant, voire même déconseillé. Chacun étant mu par la recherche de son intérêt personnel, le choix entre recevoir des aides et travailler est rapidement fait : les aides sont un meilleur « deal ». Lorsqu’un citoyen fait un tel choix, il tombe alors dans la trappe à pauvreté, dans l’ornière des aides sociales qui le transformera, petit à petit, sans qu’il s’en rende compte, en un assisté profitant du système de redistribution.

    Un bon modèle social est celui qui soutient tout en incitant à la reprise du travail et à la production de richesse, mais ce n’est pas le cas du modèle français, nous l’avons constaté. Sortir de l’ornière des aides sociales est le défi majeur de la France actuelle : il s’agit d’une priorité non seulement pour la réduction des dépenses publiques, mais aussi pour la reprise économique de notre pays.

    Contribuables Associés

    Lire aussi : Trop de personnes éligibles ne demandent pas les aides sociales

    http://fortune.fdesouche.com

  • Jacqueline de Romilly (1913-2010) La leçon de grec (archive 2011)

    La grande helléniste Jacqueline de Romilly nous a quittés le 18 décembre dernier, à l'âge de 97 ans. La république des lettres et la République tout court lui ont rendu un hommage unanime, mais ambigu, en occultant délibérément tout ce qui la rendait encore plus précieuse à nos yeux: non pas la rupture, mais la continuité, qu'elle a su incarner comme nulle autre, de la tradition de la grande culture classique.
    La mort de Jacqueline de Romilly a donné lieu à un concert de louanges, des médias aux responsables politiques, qui ont surtout salué en elle la première femme nommée professeur au Collège de France, la première femme élue à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, la deuxième à être membre de l'Académie française, etc. Là n'était pourtant pas l'essentiel à ses yeux. Comme elle l'a dit elle-même, les temps étaient mûrs pour cela : elle a simplement eu la chance d'appartenir à la première génération qui a vu les femmes pouvoir accéder au « podium »(1).
    Non, ce n'est pas cette rupture qui lui paraissait importante, mais au contraire la continuité. Pas la rupture historique que représente le rôle de plus en plus visible des femmes, mais au contraire la continuité de la civilisation occidentale, d'Homère jusqu'à nous. Continuité qu'elle savait menacée, avec le naufrage, depuis une trentaine d'années, des humanités, alors même que sa vie entière a été consacrée à maintenir vivants les grands textes de la Grèce classique. Contre l'esprit du temps. Car il y a longtemps déjà que sa conception de la recherche, plus admirative que critique, a été marginalisée, sous l'influence d'une anthropologie relativiste, ne croyant pas en une Grèce source de lumière dans un monde antique voué aux ténèbres.
    Quoi de plus démodé aujourd'hui que d'insister comme elle l'a fait, avec un regard bienveillant, sur l'invention de la démocratie à Athènes, au lieu de déplorer que les femmes, les esclaves et les métèques en aient été exclus ? Pourquoi admirer un idéal cristallisé dans le marbre du Parthénon, là où on pourrait dénoncer l'impérialisme athénien ou se passionner pour l'homosexualité antique revisitée au prisme de Foucault et de la théorie queer ?
    L'hommage du vice à la vertu
    En vérité, Jacqueline de Romilly était dans sa vie publique à mille lieues des hellénistes « engagés » comme Jean-Pierre Vernant ou Pierre Vidal-Naquet, et cela bien qu'elle et son mari aient été considérés comme Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et exclus de l'enseignement pour cette raison. Mais loin de fustiger la France, la Grèce ou l'Occident comme racistes ou colonialistes, elle les défendait en défendant l'héritage et sa transmission. Son engagement public fut donc résolument réactionnaire.
    Pendant une trentaine d'années, après avoir fait ses preuves sur le plan de la recherche savante, elle s'est consacrée à la vulgarisation de qualité et au combat pour la défense du grec ancien, et plus généralement des humanités. Avec des ouvrages comme L'Enseignement en détresse (1984), avec son association Sauvegarde des enseignements littéraires, elle chercha à convaincre le grand public de la valeur des langues anciennes, insistant sur la rigueur dans l'apprentissage, aussi nécessaire à la maitrise du grec ancien que de la langue française ou de toute autre.
    Le vibrant hommage rendu par les politiques de tous bords à Jacqueline de Romilly est donc d'une insupportable hypocrisie. Mme Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, nous livre sa pensée dans une langue châtiée : « Son héritage, c'est de dire que la culture et la culture ancienne, l'étude des civilisations anciennes, le latin, le grec, sont au fondement de notre civilisation et qu'on ne construit pas notre avenir sans mémoire ».
    Ouf, on a échappé de peu au devoir de mémoire... Mais Mme Pécresse semble souffrir de trous de mémoire. Ne sait-elle pas que les étudiants des universités qu'elle prétend avoir fait rentrer dans le XXIe siècle, grâce à la prétendue autonomie, sont à ce point mauvais en orthographe, en grammaire et en syntaxe, qu'une vingtaine d'universités proposent officiellement depuis cette rentrée des cours de rattrapage en français ? (En réalité, cela se faisait depuis longtemps déjà, mais il ne fallait pas en parler). Ne sait-elle pas que l'autonomie budgétaire des universités les conduit à favoriser les filières « rentables » et à délaisser les départements dispensant un enseignement aussi « inutile » que le grec, le latin, les langues vivantes ou les lettres ?
    Une grande dame et de petits messieurs
    Ne sait-elle pas que le lycée light de son collègue du secondaire, Luc Chatel, est peu compatible avec la transmission de savoirs véritables ? Que le principal inspirateur de la réforme du lycée, Richard Descoings, a déclaré au Point, le 26 août dernier, qu'il valait mieux faire de l'aide au devoir pour des centaines d'élèves que du grec pour cinq? Que l'enseignement scolaire et rigoureux du latin et/ou du grec a été remplacé dans les programmes officiels par un vague enseignement d'exploration des « langues et cultures de l'Antiquité » ? Que beaucoup d'établissements n'ont même plus la possibilité de proposer cet enseignement ? Que tout dépend du « projet d'établissement » de chaque lycée ? Que tout est fait pour décourager les élèves (horaires dissuasifs, incompatibilités d'options), car le succès du latin, auprès des élèves et de leurs parents, gêne le politique ? Que bien des élèves intéressés par les langues anciennes sont contraints de recourir à l'enseignement payant du Centre national d'enseignement à distance (CNED)?
    Ne sait-elle pas que les économies de bout de chandelle sévissent aussi dans l'organisation des concours de recrutement des enseignants ? Que la réforme du CAPES, limitant, par mesure d'économie, les épreuves écrites au nombre de deux, menace l'existence même des lettres classiques, dans la mesure même où celles-ci nécessitent une compétence éprouvée non dans deux, mais dans trois disciplines (français, latin et grec) ? Que l'épreuve-reine de l'oral, le commentaire d'un passage d'Ovide ou de Thucydide, est purement et simplement supprimée? Que le jury du CAPES de lettres classiques a démissionné collectivement, le 14 juillet dernier, pour protester contre ce nouveau concours au rabais ?
    À vous de choisir : La Princesse de Clèves ou Nicolas Sarkozy
    Oui, dans la France de Nicolas Sarkozy, tout devient décidément possible, y compris organiser un concours de lettres classiques sans lettres classiques, où les étudiants doivent commenter un extrait de manuel ou une page des instructions officielles de l'Education nationale plutôt qu'un grand auteur de l'Antiquité. Peu importe, puisque les instructions officielles, justement, demandent maintenant aux professeurs de latin et grec d'explorer « les divers usages de l'Antiquité que l'on peut faire jusqu'à aujourd'hui » dans un esprit d'interdisciplinarité et d'interactivité, en favorisant le recours aux images et aux nouvelles technologies, dans des classes regroupant des secondes et des terminales, voire même des élèves latinistes avec des hellénistes.
    Bref, le gloubi-boulga ludico-éducatif a pris le pas sur l'étude rigoureuse de la langue, et la droite moderniste et utilitariste a démontré qu'elle a autant la haine de l'excellence et de la gratuité, incarnées par les humanités, que ne l'avait la gauche anti-élitiste et démago.
    Qu'en est-il en Grèce même, où Jacqueline de Romilly était fort connue ? Anna Diamandopolou, l'actuelle ministre grecque de l'Education et ancienne commissaire européenne, pourrait presque donner des leçons de langue de bois à Mme Pécresse. Elle n'a pas hésité à rendre hommage à Jacqueline de Romilly pour « ses efforts de promotion de la langue grecque », alors qu'elle-même est connue pour avoir proposé de faire de l'anglais la seconde langue officielle de son pays, toujours au nom de l'utilitarisme et de la compétition internationale.
    Jacqueline de Romilly aurait sans doute apprécié à sa juste valeur cette ironie. Son autobiographie doit sortir prochainement chez Bernard de Fallois. Gageons qu'elle y énoncera quelques vérités sur lesquelles les médias du système jetteront un voile pudique, préférant nous rappeler, comme le fit Sarkozy, l'amoureux de La Princesse de Clèves, qu'elle a « contribué à la libération de la femme par l'exemple qu'elle a donné de sa propre élévation ».
    Cathie Cardaillac Le Choc du Mois février 2011 via http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
    Jacqueline de Romilly, Jeanne (mémoires), éditions Bernard de Fallois.
    1) Entretien au Point, 25 janvier 2007, « Jacqueline de Romilly contre les barbares ».

  • Péguy parmi nous par Pierre LE VIGAN

    Il y a cent ans, Péguy publiait Le mystère de la Charité de Jeanne d’Arc, pièce de théâtre qui est toute entière le mystère de la prière de Péguy. Il publiait aussi, cette même année 1911, Le Porche du mystère de la deuxième Vertu (« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance. » Cette « petite fille espérance. Immortelle » que chantera cet autre poète qu’était Brasillach). L’occasion de revenir sur Péguy, l’homme de toutes les passions.
    En 1914 mourrait Charles Péguy, au début d’une guerre qui marqua la fin d’une certaine Europe et d’une certaine France. Péguy représentait précisément le meilleur de l’homme de l’ancienne France, atteint au plus haut point par les ravages du monde moderne. On dit parfois qu’il y eut deux Péguy, le premier socialiste et dreyfusard, et le second, nationaliste, critique du progrès, catholique proclamé (par ailleurs nullement pratiquant) et atypique. Ces deux Péguy ont leur grandeur, et les deux ont été bien vivants c’est-à-dire qu’ils ont écrits comme tout le monde aussi quelques bêtises. Mais c’est le même homme qui a été tour à tour socialiste idéaliste et critique passionné – et bien injuste – de Jean Jaurès. Et c’est le même homme qui fut poète, et qui fut hanté par l’idée de hausser l’homme. C’est pourquoi dans Notre jeunesse (1910), Péguy écrivait : « On peut publier mes œuvres complètes, il n’y a pas un mot que j’y changerais. » Et de dire dans ce texte, en substance : je ne renierais jamais mon engagement (dreyfusard) dans l’affaire Dreyfus et je ne renierais jamais la République.
    Péguy est né à Orléans en 1873. Il sera influencé par Louis Boitier et le radicalisme orléanais. Fils d’un menuisier et d’une rempailleuse de chaises, Péguy peut faire des études grâce à une bourse de la République. Condisciple du grand historien jacobin Albert Mathiez, Péguy échoue à l’agrégation de philosophie. Dans les années 1890, il se range du côté des socialistes par aspiration à la fraternité et un ordre vrai. De même, il défend Dreyfus injustement accusé de trahison. C’est un anticlérical et un homme de gauche. « Les guerres coloniales sont les plus lâches des guerres », écrit-il en 1902. Sa première Jeanne d’Arc qui, parue en 1897, n’aura aucun succès est dédiée à ceux qui rêvent de la République socialiste universelle. Il abandonne la voie du professorat en 1897.
    À partir de 1900, il évolue de manière de plus en plus autonome et inclassable. Il se convertit à un certain réalisme politique. « La paix par le sabre, c’est la seule qui tienne, c’est la seule qui soit digne », écrit-il alors à propos de la colonisation française. Ce qui n’est pas incompatible avec le premier propos mais marque une nette inflexion. C’est l’époque de Notre Patrie (1905) et du raidissement patriotique après l’incident de Tanger. « L’ordre, et l’ordre seul, fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude », écrit-il alors dans les Cahiers de la Quinzaine. Mais ce ne peut être qu’un ordre vrai, c’est-à-dire un ordre juste.
    L’antisocialisme de Péguy vers 1910 est surtout une protestation contre l’embourgeoisement du socialisme. Mais il faut le dire : il y aussi un profond recul de l’intérêt pour la question sociale. S’il ne fut jamais maurrassien (Daniel Halévy expliquera que ce qui a manqué au débat français c’est un face-à-face Maurras – Péguy), Péguy était par contre proche de Barrès.
    Anticlérical mais chrétien – il trouve la foi en 1908 -, extrêmement patriote (jusqu’à un antigermanisme détestable mais naïf), Péguy était aussi philosémite (à une époque où le sionisme n’existait pas), ainsi grand admirateur de Bernard Lazare. Les amis juifs ne manquèrent pas à Péguy, tels le fidèle Eddy Marix. Sans parler de « Blanche », son dernier amour. Loin d’être attiré par les extrêmes, Péguy est à partir de 1900, en politique, très modéré. Il voue ainsi un grand respect à Waldeck-Rousseau, homme de gauche modéré, voire « opportuniste » au sens du moment, qui mit un terme  aux affres de l’affaire Dreyfus.
    Après avoir ouvert une librairie, vite en faillite, Péguy crée les Cahiers de la Quinzaine, qui n’auront jamais assez d’abonnés pour être rentables (on parle de 1400 abonnés, mais des historiens tels Henri Guillemin indiquent qu’il n’en a jamais eu 1200). Abandonnant le socialisme devenu parlementaire, il s’attache à prôner une République idéale, indépendante des partis et de l’argent, patriote, sociale, apportant à tous l’éducation, la dignité dans le travail et la fraternité. C’est dire que Péguy n’a jamais complètement renié ses idéaux de jeunesse. « Une révolution n’est rien, si elle n’engage pas une nouvelle vie, si elle n’est entière, totale, globale, absolue… » Péguy devient l’homme de toutes les traditions, « des fleurs de lis mais aussi du bonnet phrygien (avec cocarde) ». « Un Michelet dégagé des vapeurs idéologiques », remarque Maurice Reclus. Une fidélité à la République comme continuité de toute notre histoire. C’est ce qu’il résuma par la fameuse formule : « La République c’est notre royaume de France ».
    Ami de Jacques Maritain, de Lucien Herr, de Pierre Marcel-Lévy, de Georges Sorel (qui ne crut jamais à sa conversion catholique), de Léon Blum, avec qui il se fâcha, de Marcel Baudouin dont il épousa la sœur et à qui il vouait une affection fraternelle jusqu’à utiliser le pseudonyme de Pierre Baudouin, sous le nom duquel il publia sa première Jeanne d’Arc, Péguy était en relation avec les plus brillants mais aussi souvent les plus profonds des intellectuels de l’époque. De même qu’il échouera à l’agrégation de philosophie, il ne termina jamais sa thèse sur « l’histoire dans la philosophie au XIXe siècle », ni sa thèse complémentaire qui portait sur le beau sujet « Ce que j’ai acquis d’expérience dans les arts et métiers de la typographie ». Ce qu’il cherchait n’était pas de paraître, c’était de tracer un sillon bien précis : l’éloge des vertus d’une ancienne France, celle des travailleurs, des artisans, des terriens. « C’est toujours le même système en France, on fait beaucoup pour les indigents, tout pour les riches, rien pour les pauvres », écrivait-il dans une lettre du 11 mars 1914.
    Souvent au bord de la dépression, Péguy ne se ménageait guère. « Le suicide est pour moi une tentation dont je me défends avec un succès sans cesse décroissant », écrivait-il à un de ses amis. Il ne cherchait pas le confort pour lui-même : ni le confort moral ni le confort intellectuel. « Il y avait en ce révolutionnaire du révolté, écrivait son ami Maurice Reclus, et, ces jours-là, je ne pouvais m’empêcher de voir en Péguy une manière de Vallès – en beaucoup plus noble, évidemment, en beaucoup moins déclamateur et revendicateur, un Vallès sans bassesse, sans haine et sans envie, mais un Vallès tout de même. » Péguy prétendait être un auteur gai, et s’il n’était pas comique ni léger, il était quelque peu facétieux. Oui, cet homme avait la pudeur de la gaieté. Il ne cherchait jamais à être étincelant, mais il étincelait.
    Ce que récuse Péguy, et là, il n’est pas modéré, c’est le modernisme. Le danger qu’il annonce, c’est « la peur de ne pas paraître assez avancé ». C’est pourquoi sa critique de l’obsession moderniste est souvent associée au regret des temps passés, alors qu’elle témoigne pour un autre avenir possible. « Mais comment ne pas regretter la sagesse d’avant, comment ne pas donner un dernier souvenir à cette innocence que nous ne reverrons plus. […] On ne parle aujourd’hui que de l’égalité. Et nous vivons dans la plus monstrueuse inégalité économique que l’on n’ait jamais vue dans l’histoire du monde. On vivait alors. On avait des enfants. Ils n’avaient aucunement cette impression que nous avons d’être au bagne. Ils n’avaient pas comme nous cette impression d’un étranglement économique, d’un collier de fer qui tient à la gorge et qui se serre tous les jours d’un cran. » (L’Argent). Deux semaines avant d’être tué, le 5 septembre 1914, Péguy était au front à la tête d’une compagnie. Il écrivait : « nous sommes sans nouvelles du monde depuis quatre jours. Nous vivons dans une sorte de grande paix. »

    Pierre Le Vigan http://www.europemaxima.com/
    • Arnaud Teyssier, Charles Péguy, une humanité française, Perrin, 2008.
    • Romain Rolland, Péguy, Albin Michel, deux volumes, 1945.
    • Maurice Reclus, Le Péguy que j’ai connu, Hachette, 1951.

    • Bernard Guyon, Péguy, Hatier, 1960.
    • Charles Péguy, L’Argent (1913), réédité par les éditions des Équateurs.
    • Paru dans Flash, n° 67 du 2 juin 2011.
  • Droit français : l’altérité sexuelle des parents est obligatoire

    Aude Mirkovic, maître de conférence en droit privé, explique pourquoi, dans le droit français, on ne peut être enfant que d’un homme et d’une femme :

  • La véritable histoire de la Révolution par Ortega y Gasset

    Qu’on se souvienne de ce qu’était l’État à la fin du XVIII° siècle dans toutes les nations européennes. Bien peu de chose ! Le premier capitalisme et ses organisations industrielles, où, pour la première fois triomphe la technique, la technique nouvelle, rationnelle, avait produit un élargissement de la société. Une classe sociale apparut ; plus puissante en nombre et en force que les précédentes : la bourgeoisie. Cette entreprenante bourgeoisie possédait, avant tout et surtout, une chose : le talent pratique. Elle savait organiser, discipliner, persévérer dans ses efforts et les coordonner. Au milieu d’elle, comme sur un océan, flottait aventureusement « le navire de l’État ». « Le navire de l’État est une métaphore réinventée par la bourgeoisie qui se sentait elle même océanique, omnipotente et grosse de tourmentes.

    Ce navire était chose de rien, ou guère plus. C’est à peine s’il avait des soldats des bureaucrates, de l’argent. Il avait été fabriqué au moyen âge par une classe d’homme très différente des bourgeois : les nobles, race admirable par son courage, son don du commandement, son sens de la responsabilité. Sans eux , les nations européennes n’existeraient pas. Mais avec toutes ces vertus du cœur les nobles avaient et ont toujours eu la tête brouillonne. Ils vivaient de l’autre viscère. D’intelligence très limités, sentimentaux, instinctifs, intuitifs ; en somme « irrationnels ». C’est pourquoi ils ne purent développer aucune technique, chose qui oblige à penser des organisations rationnelles. Ils n’inventèrent pas la poudre. Et ce fut tant pis pour eux. Incapables d’inventer de nouvelles armes, ils laissèrent les bourgeois – qui la firent venir d’Orient ou d’ailleurs - utiliser la poudre et avec elle, automatiquement, gagner des batailles contre le guerrier noble, contre le « chevalier » stupidement bardé d’une inutile ferraille, qui l’empêchait de se mouvoir pendant la lutte, et qui n’avait jamais compris que le secret éternel de la guerre ne consiste pas tellement dans les moyens de défense que dans les moyens d’agression (secret que Napoléon devait redécouvrir).

    Comme l’État est une technique – d’ordre public et administratif – l’ « ancien régime » arrive à la fin du XVIII° siècle avec un État très faible, fouetté de tous côtés par une société vaste et bouillonnante. La disproportion entre le pouvoir de l’État et le pouvoir social est si grande à cette époque que si l’on compare sa situation avec celle des temps de Charlemagne, l’État du XVIII° siècle semble dégénéré. L’État carolingien était évidemment beaucoup moins puissant que celui de Louis XVI ; mais, par contre, la société qui l’entourait n’avait aucune force. L’énorme différence de niveau entre la force sociale et la force du pouvoir public a rendu possible la Révolution, les révolutions (jusqu’à celle de 1848).

    Mais par la Révolution, la bourgeoisie s’empara du pouvoir public et appliqua à l’État ses indéniables vertus. En un peu plus d’une génération, elle créa un État puissant qui en finit avec les révolutions. En effet depuis 1848, c’est à dire dès que commence la seconde génération des gouvernements bourgeois , il n’y a pas en Europe de vraies révolutions. Non pas que les motifs aient manqué ; mais il n’y avait plus les moyens de les réaliser

    Ortega y Gasset La Révolte des masses http://www.actionfrancaise.net

  • David Duke dénonce le génocide des Français

  • Éric Zemmour : Valls, un faux dur, comme ses prédécesseurs à l’Intérieur

    Z comme Zemmour. « Manuel Valls joue admirablement son rôle. Il a la voix ferme, le regard acéré, les mots qu’il faut. Pas de régularisation massive, circulaire exigeante, juste, il cite la fameuse phrase de Rocard usée à force d’avoir servie : ‘La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.’ Mais… Tout est dans le ‘mai’.

    La com’ est impeccable, mais ce n’est que de la com’. Les compères du ministre de l’Intérieur jouent à l’unisson : les association de défense des étrangers et l’extrême-gauche crient au scandale, à la trahison, à la France des droits de l’homme, à la France terre d’asile. À droite, l’UMP et le Front national s’égosillent : ‘On ouvre les vannes de l’immigration !’ Comme si elles avaient jamais été fermées. Manuel Valls en profite pour passer au milieu, tel Moïse ouvrant la mer rouge en deux. ‘Ma politique est celle du juste milieu, modérée, ferme mais juste.’ Ah, la pièce est bien rodée. On l’a déjà vue jouée cent fois, par Sarkozy, par Chevènement, par Pasqua, par Defferre… 30 ans déjà. Comme ses prédécesseurs, le ministre de l’Intérieur socialiste ne maîtrise rien. Il fait semblant, avec beaucoup de talent. Valls est un méchant de pacotille, un dur en peau de lapin. Ses critères objectifs permettront seulement aux avocats des lobbies associatifs de faire pression sur les préfectures. [...]


    "La Chronique d'Eric Zemmour" : Valls, le faux dur par rtl-fr

    La suite du texte sur NdF  http://www.actionfrancaise.net

  • (Communisme) « Il ne peut y avoir de prescription morale » (arch 1998)

    Un entretien avec Bernard Antony

    Vous avez été le premier en France à demander l'équivalent d'un « Procès de Nuremberg » contre le communisme. Pour quelles raisons ?
    Au moment où toute la classe politico-médiatique se répand sur le devoir de mémoire, concernant les crimes passés du national-socialisme, il serait étrange que le communisme échappe à toute mise en accusation. Ainsi que l'affirmait Soljénitsyne : « le communisme tuait avant que le nazisme ne tue, il tuait pendant que le nazisme tuait, il continue de tuer quand le nazisme ne tue plus ». 100 millions de morts, 200 millions ? Quel que soit le nombre retenu, le bilan est accablant.
    Mais le procès que je demande n'est pas la répétition de celui de Nuremberg qui avait jugé les dirigeants nationaux-socialistes. D'une part, à Nuremberg, figuraient parmi les juges, des bourreaux, les représentants de l'Union soviétique, de l'autre, nous ne voulons pas une procédure pénale, mais un procès moral.
    Si la prescription juridique doit constituer un principe intangible du droit, pour les crimes contre l'humanité, il ne peut y avoir de prescription morale.

    Sept ans après la chute de l'Empire soviétique, un tel procès est-il toujours d'actualité ?
    Plus que jamais ! Pour deux raisons. D'abord nous avons un devoir de mémoire à l'égard des dizaines de millions de victimes du communisme.
    Ensuite, si le communisme s'est retiré de la Russie et de l'Europe de l'Est, laissant derrière lui un champ de ruines, il sévit encore en Chine, en Indochine, en Corée du Nord, à Cuba. En Europe même, la nomenklatura communiste revient au pouvoir, reconvertie dans des partis sociaux-démocrates, prônant la même idéologie mondialiste que notre classe politique.
    En France même, nous avons des ministres communistes, avec lesquels Jospin est «fier» de gouverner ! Si le communisme était frappé d'indignité morale, ses partisans n'occuperaient pas les positions dominantes qu'ils ont aujourd'hui.

    Qu'est-ce qui empêche la tenue de ce procès?
    Justement la puissance du parti communiste, qui impose un véritable terrorisme intellectuel, voire physique. L'accueil haineux qui a été fait dans les grands médias au « Livre noir du communisme » illustre cette triste réalité.
    Les arguments des défenseurs du communisme sont dérisoires. Non, Staline n'est pas le responsable de la dérive sanglante d'une idéologie généreuse, mais le successeur de Lénine qui déclarait : « Si pour arriver à nos fins, nous devons éliminer 80 % de la population, nous ne devons pas hésiter un seul instant ». De même, il est vrai que le parti communiste français n'a pas autant de sang sur les mains que ses homologues russe, chinois, vietnamien, cambodgien. Mais s'il avait pris le pouvoir dans notre pays, n'aurait-il pas accompli les mêmes atrocités ? Le PC français, émanation de l'URSS, n'a cessé de soutenir celle-ci jusqu'à son écroulement.

    En quoi la figure de Boudarel est-elle symbolique du combat que vous menez ?
    Boudarel, communiste français, a dans un des camps du Viêt-minh, le camp 113, torturé moralement ses compatriotes, prisonniers des,communistes vietnamiens, à qui une seule alternative était offerte : la récitation de l'idéologie marxiste ou la mort.
    Cet homme s'est jusqu'ici refusé à exprimer tout repentir.

    Vous avez, le 9 novembre dernier, organisé de votre propre chef un premier procès à Paris, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes et des témoins de premier plan. Qu'envisagez-vous pour la suite ?
    « Chrétienté-Solidarité » a été en effet la première organisation à dresser un procès moral du communisme, à l'occasion du quatre-vingtième anniversaire de la révolution bolchevique, accueillant des témoins aussi prestigieux que le colonel Clostermann ou Alain Griotteray, des anciens du camp 113 comme M. Jantelot, ambassadeur de France, des personnalités étrangères, victimes du communisme (vietnamiennes, laotiennes, lituaniennes ... ). Ce que nous voulons maintenant ? Que partout dans le monde, soient constitués des tribunaux qui jugeront des crimes contre l'humanité, perpétrés dans leurs pays par le communisme. En France nous entendons, avec l'ensemble du mouvement national, combattre cette idéologie, où qu'elle trouve refuge ..

    Français d'abord ! Numéro spécial- 2e quinzaine janvier 1998

  • Jacques Bompard revient sur le racisme anti-blancs

  • Mariage gay : des auditions indignes d’une Assemblée nationale

    Mariage gay : les religions entendues à la sauvette

    Invités à l’Assemblée nationale, les responsables religieux n’ont eu que 4 minutes chacun pour débattre.

    Ils sont quarante-huit et manifestent contre André Vingt-Trois. Près de l’Assemblée nationale, ils tournent en rond, munis de pancartes en faveur du mariage homosexuel. « André Vingt-Trois, occupe-toi de ton culte » est leur slogan. Une militante qui tient à son anonymat explique : « Nous sommes très en colère parce qu’il s’oppose à nos droits. » « Il » étant l’archevêque de Paris. Avec cinq autres responsables religieux, il était invité, jeudi, par la commission des lois de l’Assemblée nationale pour dire pourquoi juifs, chrétiens, musulmans s’opposent au projet de loi pour le mariage gay. Travail démocratique que cette jeune femme va toutefois jusqu’à récuser : « L’Assemblée nationale n’a pas à écouter André Vingt-Trois ! »

    Dans la salle Lamartine, chacun des religieux dispose de dix minutes pour s’exprimer. Dans l’heure qui reste, le rapporteur de la loi, Erwann Binet (SRC-groupe socialiste républicain et citoyen), lance des questions et donne la parole aux douze parlementaires présents (lui compris : neuf SRC, un RRDP (radicaux de gauche), un écologiste, deux UMP, Xavier Breton et Éric Woerth). Cinq s’exprimeront longuement, essentiellement sur la notion d’égalité et de non-discrimination pour les homosexuels. Il restera donc moins de quatre minutes par religieux pour répondre aux objections.

    Ce qui irrite le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, qui appelle alors ses interlocuteurs politiques à un « débat sérieux » : « vous posez une masse de questions : avoir trois minutes pour répondre, c’est frustrant », lance-t-il. Et de critiquer la forme de cette réunion : « Nous voyons ici à quoi mène un dialogue fait dans l’urgence. Il faut maintenant nous dépêcher de débattre ! » Et conclut : « Trop pressé d’aller à la solution, on risque de ne pas écouter l’autre. »

    « Globalement vous êtes des lobbys »

    La solution, elle, semble déjà acquise pour les députés de gauche présents qui sont d’ailleurs les seuls à s’exprimer. L’Assemblée va voter cette loi, cela ne fait pas l’ombre d’un doute pour eux. Les religions qui auront pu tout de même redire les raisons de leur opposition n’ont d’ailleurs pas grand-chose à apporter, car le « débat » se joue pendant cette seule séance. Le plus virulent sur ce thème étant Alain Touret (RRDP) : « Globalement vous êtes des lobbys », lance-t-il, attaquant directement l’Église catholique : « Vous appuyez votre pouvoir sur l’institution du mariage (…) mais à part quelques exceptions, vous vous êtes pratiquement trompés à chaque fois (…). La fracture entre vous autres et l’opinion est totale. »

    Curieusement toutefois, et comme la plupart de ses collègues, il insiste et conclut son propos sur la nécessité de tenir le débat à l’Assemblée et surtout pas dans la rue. Comme si la majorité avait peur d’une forte mobilisation pour la manifestation nationale du 13 janvier prochain : « Vous lancez vos troupes, vos évêques, jette-t-il à un cardinal Vingt-Trois impassible, vos catholiques s’il en reste » mais « restez plutôt sur le plan philosophique » et« laissez aux élus la responsabilité de décider ! »

    Ce qui fera réagir le grand rabbin, Gilles Bernheim. Ces interventions religieuses, argumente-t-il, sont tout, sauf « un front des religions ».« Jamais, ajoute-t-il, je récuserai le droit pour un couple homosexuel d’avoir des enfants » mais comment peut-on « imposer son désir d’enfant sur l’avenir même de cet enfant ? Droit et devoir sont ici remis en question. Et le mot mariage est dévoyé. »

    Le Figaro  via http://www.actionfrancaise.net

    Lire également : Mariage gay, des religieux indignés