
Il y a encore quelques années, le mot était imprononçable. À peine formulé qu’il déclenchait l’anathème, l’excommunication médiatique, l’accusation automatique de barbarie morale. La remigration appartenait au vocabulaire interdit, relégué aux marges, enfermé dans le registre du fantasme ou de la provocation. Aujourd’hui, le terme circule. Il s’invite dans les débats, dans les tribunes, dans les discussions ordinaires. Non pas parce qu’il aurait été soudainement réhabilité par les institutions, mais parce que la réalité s’est chargée de le rendre audible. Ce qui progresse n’est pas une idéologie abstraite, mais une intuition collective, diffuse, presque instinctive : quelque chose ne fonctionne plus, quelque chose a été rompu, et les réponses apportées depuis des décennies ne suffisent plus.





