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culture et histoire - Page 1790

  • CMRDS 2013 : Objectif : sauver la France.

    L’Action française redémarre sur les chapeaux de roue : Après une année particulièrement chargée, les vacances furent courtes, car dès le 24 août commençait le CMRDS qui fut un succès comme en attestent les reportages sur le site notamment.

    Une première action réussie de l’année fut également la manif de Lyon avec le Printemps Français. Remercions-en nos amis lyonnais qui en furent les organisateurs.

    Une partie de la salle lors d’une conférence

    La formation a ça de bon que nos militants savent bien désormais à quoi s’en tenir vis à vis du président « normal » et de ses étranges ministres, ainsi que du « système » qui les a hissés jusqu’au pouvoir. Si ce n’était une politique de gribouille menée par une équipe incompétente, dépassée par les événements et une crise économique trop difficile à juguler, nous serions un peu plus compréhensifs. Les pauvres, dirions-nous, ils se sont crus plus malins que les autres et finalement ils ne sont pas à la hauteur.

    Mais c’est malheureusement plus grave que ça. Infiniment plus grave. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, n’aiment pas la France et travaillent cyniquement à sa disparition. C’était déjà, encore que plus confusément, le cas des acteurs du quinquennat précédent qui n’étaient essentiellement préoccupés que par leur carrière.

    A présent, il convient d’ajouter à cette carence déjà fort préoccupante, un volontarisme idéologique des plus funestes.

    Quelques exemples peuvent illustrer cet état de fait :

    Chômage : Achèvement de la destruction du parc industriel sans aucun projet de remplacement ; acceptation passive (malgré les cris de Montebourg) par idéologie libérale et par désir de se conformer aux règles du marché édictées par Bruxelles, des délocalisations qui tuent l’emploi.

    Immigration : accueil de 180 000 immigrés par an avec une facilitation accrue des accès à la nationalité, pour recréer un fonds électoral favorable à la gauche passablement ébréchée ces dernier temps. La plus grande partie de ces immigrés venant bien sûr grossir les chiffres des demandeurs d’emplois.

    Famille : On se rappelle encore la bataille antifamiliale menée par la « Hollandie » avec le mariage homosexuel et toutes les dérives qui vont suivre. Curieusement, personne dans ce milieu bobo n’a envisagé l’encouragement de la natalité pour sauver les retraites…

    Politique étrangère : Rien de nouveau depuis Sarkozy. On attend les ordres de l’oncle Sam pour faire la guerre n’importe où et contre n’importe qui pourvu qu’il soit désigné par Washington comme faisant partie de l’axe du mal. Parfois même on joue les premiers de la classe en poussant au crime de façon tapageuse et grotesque.

    Défense : Pour rester cohérent avec sa politique belliciste, le gouvernement prévoit de ramener notre armée au niveau de celle du Bénélux. Ainsi nos soldats se sentiront-ils plus efficaces armés de frondes et de lance-pierres au Moyen-Orient.

    Libertés : Inutile de s’étendre sur la répression policière contre les opposants à la pensée officielle. On l’a vu au sein de la manif pour tous et tout récemment avec la mobilisation policière contre les veilleurs pacifiques, tandis que dans nos quartiers comme à Marseille, qui voient éclater des fusillades, les policiers se font curieusement rares. Et je ne parle pas de la liberté de la presse, dont les journalistes eux-mêmes, installés dans le consensus, sont largement responsables de sa disparition selon Robert Ménard.

    Bilan « globalement négatif » en somme : Plus de souveraineté économique ni monétaire ; plus de souveraineté politique, ni de défense ; plus de stratégie géopolitique ; immigration massive et chômage en augmentation (et je ne parle pas de l’insécurité) ; libertés, et plus particulièrement celle de penser, réprimées ; familles attaquées dans leurs fondements. Consentirons-nous à laisser la France, construite en mille ans, être saccagée par une bande de pieds nickelés perclus d’idéologie socialo-libérale ?

    Beaucoup de français patriotes s’insurgent contre ce qui ne doit pas être une fatalité. A l’Action française, nous savons que cette déchéance n’est pas fortuite et qu’elle constitue l’aboutissement logique de deux siècles d’agitation républicaine, ponctués de régimes parfois monarchiques et impériaux, mais le plus souvent anarchiques, oligarchiques et autoritaires, la révolution jacobine ayant laissé partout son venin. Nous devons, c’est notre devoir, aller au devant des patriotes français, comme le fit Maurras en son temps, pour montrer que c’est le régime dans sa substance , qui est nocif à la France et que c’est ce régime que nous devons abattre et remplacer. Il n’est pas trop tard.

    Olivier Perceval, secrétaire général de l’Action française

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?CMRDS-2013-Objectif-sauver-la

  • Erckmann-Chatrian : leçons de la bataille de Leipzig en 1813

    « Maintenant tout l’univers est contre nous, tous
    les peuples demandent notre extermination...
    ils ne veulent plus de notre gloire !
     »

    On a beaucoup parlé de la retraite de Russie et de la Berezina, mais c’est la bataille de Leipzig et l’année 1813 qui sont importantes pour bien comprendre la chute du napoléonisme. Je n’ai aucune envie de faire une leçon d’histoire, mais en feuilletant sur <ebookgratuits.com> les petits classiques d’Erckmann-Chatrian que je n’avais faits qu’en dictée à l’école, je suis tombé sur le très bon roman "Histoire d’un conscrit de 1813", un de ces pauvres Français qui servirent de chair à canon pendant vingt ans à la Révolution et à l’Empire.

    En une phrase, nos pacifistes et républicains alsaciens, qui écrivent pourtant sous le second empire, justifient l’impossible résistance à l’ogre napoléonien et à son culte :

    « Ceux qui n’ont pas vu la gloire de l’Empereur Napoléon dans les années 1810, 1811 et 1812 ne sauront jamais à quel degré de puissance peut monter un homme. »

    L’empereur est ce pourquoi il faut mourir, un nouveau pharaon en quelque sorte.

    La peur est sur toutes les lèvres : finir conscrit et en chair à canon, d’autant que l’on se rend compte que, comme pour l’Allemagne plus tard, il y aura des comptes à rendre après la défaite finale de l’empire branlant :

    « Oui, je savais cela, dit-il tristement, mais ce n’est que le commencement de plus grands malheurs : ces Prussiens, ces Autrichiens, ces Russes, ces Espagnols, et tous ces peuples que nous avons pillés depuis 1804, vont profiter de notre misère pour tomber sur nous. »

    Certains tentent de résister à la conscription par la mutilation ; voilà qui tranche avec le culte impérial et la Grandeur de la France :

    « En cette année beaucoup de jeunes gens refusèrent de partir : les uns se cassaient les dents, pour s’empêcher de pouvoir déchirer la cartouche, les autres se faisaient sauter le pouce avec des pistolets, pour s’empêcher de pouvoir tenir le fusil ; d’autres se sauvaient dans les bois, on les appelait les réfractaires, et l’on ne trouvait plus assez de gendarmes pour courir après eux. »

    Un personnage plus lucide explique que maintenant ce sont les Allemands et les peuples d’Europe qui ont le Droit pour eux (même s’ils ne savent pas encore qu’ils ne font que servir un Ancien Régime qui mettra encore cent-cinquante ans - selon l’historien contemporain Arno Mayer - à disparaître complètement - c’est du reste aussi ce que pense Kojève) :

    « Aujourd’hui, c’est bien différent ; toute l’Allemagne va marcher, toute la jeunesse va se lever, et c’est nous qui parlerons de Liberté, de Vertu, de Justice à la France. Celui qui parle de ces choses est toujours le plus fort, parce qu’il n’a contre lui que les gueux de tous les pays, et parce qu’il a pour lui la jeunesse, le courage, les grandes idées, tout ce qui vous élève l’âme au-dessus de l’égoïsme, et qui vous fait sacrifier la vie sans regret. »

    Un vieux soldat, Zimmer, est lui partisan de la manière forte pour soumettre ce qui reste de l’Europe occupée :

    « Au lieu de nous ordonner de respecter les populations, on devrait nous laisser pleins pouvoirs sur le monde ; alors tous ces bandits changeraient de figure et nous feraient bonne mine comme en 1806. La force est tout..., et alors les gens vous donnent tout par force : ils vous dressent des arcs de triomphe et vous appellent des héros, parce qu’ils ont peur. Voilà ! »

    Le napoléonisme aura abouti comme on le sait à la naissance du sentiment national en Allemagne. On en est parfaitement conscient en Alsace :

    « Vous croyez avoir pour vous les Saxons, les Bavarois, les Badois et les Hessois ; détrompez-vous : les enfants de la vieille Allemagne savent bien que le plus grand crime et la plus grande honte, c’est de se battre contre ses frères. »

    Pourtant, même sans trop de convictions idéologiques, il faut se battre. Le conscrit explique très bien pourquoi avec ses mots à lui :

    « Moi, je ne pensais plus à rien qu’à me venger. J’étais devenu pour ainsi dire fou de colère et d’indignation contre ceux qui voulaient m’ôter la vie, le bien de tous les hommes, que chacun doit conserver comme il peut. J’éprouvais une sorte de haine contre ces Prussiens, dont les cris et l’air d’insolence me révoltaient le coeur. »

    C’est l’hormone de la rage et de la mort. Le livre est écrit dans les années 1860, mais la haine du Prussien et du Boche est déjà bien là :

    « Les Prussiens étaient déjà sur nous, que nous les voyions à peine avec leurs yeux furieux, leurs bouches tirées et leur air de bêtes sauvages. On aurait dit qu’ils voulaient nous manger... C’est une vilaine race... »

    Mais certains soldats Français ne valent guère mieux, ceux surtout qui furent employés lors de la déshonorante guerre d’Espagne :

    « L’arrivée des vétérans d’Espagne, des hommes terribles, habitués au pillage et qui montraient aux jeunes à vivre sur le paysan. »

    On dénote un certain ras-le-bol dans ce bouquin, qui n’est pas sans annoncer Céline et les passages belliqueux-pacifistes du "Voyage". Voyez ces descriptions écoeurées d’une campagne vouées aux destructions de la Guerre :

    « Nous revoyions au bout du village, la grande route s’étendre à perte de vue, les nuages gris se traîner sur les champs dépouillés, et quelques maigres corbeaux s’éloigner à tire d’aile en jetant leur cri mélancolique. »

    Ici je cite Céline, le début du "Voyage" :

    « Moi d’abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j’ai jamais pu la sentir, je l’ai toujours trouvée triste, avec ses bourbiers qui n’en finissent pas, ses maisons où les gens n’y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part. »

    La dimension surnaturelle et eschatologique de la guerre n’échappe pas non plus à notre valeureux (et chanceux) soldat :

    « Cela me paraissait quelque chose d’épouvantable et pour ainsi dire de surnaturel ; l’air était plein de fumée de poudre, la terre tremblait sous nos pieds ; les vieux soldats comme Pinto disaient qu’ils n’avaient jamais rien entendu de pareil. »

    C’est que la bataille de Leipzig valait le déplacement. Tout l’héroïsme français contre l’Europe toute entière liguée :

    « Ainsi notre armée, après avoir livré trois batailles en un seul jour, et réduite à cent trente mille combattants, allait être prise dans un cercle de trois cent mille baïonnettes, sans compter cinquante mille chevaux et douze cents canons ! »

    L’excitation guerrière, la légendaire Furia Francese, guettent alors nos preux soldats, surtout après la trahison fameuse des Saxons :

    « Cette trahison, au lieu de nous abattre, augmenta tellement notre fureur que, si l’on nous avait écoutés, nous aurions traversé la rivière pour tout exterminer. »

    A l’heure du bilan, notre narrateur, qui attend impatiemment lui aussi la Fin de l’Histoire (pour se marier et ouvrir son commerce) se montre très lucide :

    « Ainsi, tant de souffrances, tant de larmes, deux millions d’hommes sacrifiés sur les champs de bataille, tout cela n’avait abouti qu’à faire envahir notre patrie !... »

    A comparer avec le bilan de la dernière guerre pour l’Allemagne, censée récupérer des champs de blé en Ukraine ! Napoléon, nous apprend cet ouvrage de qualité, aurait pu discuter et s’en tirer à bonne enseigne :

    « Mais ne parlons pas de ces choses, l’avenir les jugera : il dira qu’après Lützen et Bautzen, les ennemis offraient de nous laisser la Belgique, une partie de la Hollande, toute la rive gauche du Rhin jusqu’à Bâle, avec la Savoie et le royaume d’Italie, et que l’Empereur a refusé d’accepter ces conditions - qui étaient pourtant très belles -, parce qu’il mettait la satisfaction de son orgueil avant le bonheur de la France ! »

    Mais, finalement, qu’est-ce que cela aurait changé ?

    On frémit en pensant à tout ce sang versé en vain pendant des siècles, alors que de nos jours nous n’avons plus les nerfs ou cette inspiration pour nous défendre d’un envahisseur autrement plus dangereux que le Russe d’alors.

    On aura compris que je parle bien sûr du racisme.

    N. Bonnal http://www.france-courtoise.info/?p=1489#suite

  • Non, Robespierre n’était pas un aimable tendron !

    Malgré son passé de collaborateur à L’Humanité, j’aime beaucoup monsieur Cardoze. Sa plume est alerte, vivace, parfois primesautière mais toujours bien guidée par un français de bonne souche aquitaine. C’est aussi un historien érudit (ils ne le sont pas tous), et je lui ai largement pardonné une erreur de jeunesse après la lecture de son livre sur Jeanne d’Arc...

    ...où il nous livre un beau poème de Christine de Pisan, écrit du vivant de Jeanne.

    En revanche, et après avoir grandement apprécié son évocation d’Olympe de Gouges dans sa dernière livraison « Ça se bouscule au portillon du Panthéon », j’ai sursauté en lisant ce qu’il dit de Robespierre. Je le cite : « Ce pauvre Robespierre mérite mieux, par exemple, que la haine commode dont il fait l’objet souvent (c’est plus commode de lui mettre tout sur le dos et d’en faire le précurseur de Staline. Quelle blague ! [...]). »

    Paul Véglio - La suite sur Boulevard Voltaire

    http://www.actionfrancaise.net

  • La pensée de Klages

    Voici une philosophie qui nous paraît de plus en plus étrange au fur et à mesure que tout en nous et hors de nous devient machine.
    Quelques grands penseurs, dont Nietzsche après Goethe, ont compris à la fois l’importance de la vie en tant que qualité et le risque auquel s’exposait l’humanité en réduisant la vie à ce que la science objective peut nous apprendre à son sujet. Au moins un grand philosophe contemporain, Ludwig Klages, aura fait l’effort de penser la vie en tant que qualité, dans le cadre d’une oeuvre comparable à celle de Hegel par son ampleur, son architecture et sa rigueur.
    Seule la vie peut reconnaître la vie, dit en substance Klages. Le regard qui porte en guise de verres une grille mécaniste ne peut voir que des rouages et des forces. Les êtres vivants ne sont que des machines en mouvement si nous les regardons d’un regard qui ne peut et ne veut voir en eux que des rouages et des forces. Ils ont une âme si nous les regardons nous-mêmes d’un regard animé. Et s’il y a des raisons de penser que nous projetons notre âme en eux, il y en a encore plus d’affirmer que les lois quantitatives que nous croyons y apercevoir sont de pures constructions de notre esprit.
    «Le corps vivant, écrit Ludwig Klages, est une machine dans la mesure où nous le saisissons et il demeure à jamais insaisissable dans la mesure où il est vivant. [...] De même que l’onde longitudinale n’est pas le son lui-même mais l’aspect quantifiable du support objectif du son, de même le processus physico-chimique dans le corps cellulaire n’est pas la vie elle-même de ce corps mais le résidu quantifiable de son support objectif.» Pour bien comprendre cette citation, il faut noter que le verbe allemand begreifen, traduit par saisir, désigne, dans le contexte où il est employé, l’acte de l’esprit analytique, réducteur, par opposition à l’acte de l’âme. Quand Klages écrit que le vivant est insaisissable, (unbegreiflich) il ne veut pas dire qu’il est inconnaissable, mais qu’il est, en tant que vivant, hors de la portée de l’esprit qui analyse. La distinction faite ici entre l’âme capable d’établir un rapport intime avec la vie, et l’esprit condamné à n’en saisir que le support objectif, renvoie à un dualisme métaphysique où l’esprit apparaît comme l’adversaire irréductible et éternel de la vie. En raison de la rigidité qui la caractérise, cette partie de la pensée de Klages est peut-être la moins intéressante.
    Le rapport entre la vie et l’esprit prend aussi la forme d’un dualisme psychologique qui présente le plus grand intérêt, même pour celui qui n’en accepte pas les présupposés métaphysiques. L’âme est unie au corps par un lien encore plus étroit que l’union substantielle d’Aristote. L’âme est le sens du corps et le corps est le signe de l’âme. Le corps exprime donc l’âme. En ce sens, l’âme est à la périphérie du corps plutôt qu’en son centre. D’où l’importance pour Klages de tous les modes d’expression du corps, de l’écriture par exemple, «cette synthèse immobile des mouvements de l’âme.»
    L’esprit est l’adversaire de l’âme. Ils cohabitent dans le moi. L’âme est la source des mobiles de libération (abandon, amour, création) tandis que l’esprit, siège de la volonté, est la source des mobiles d’affirmation de soi (activité, extériorité, intelligence qui glace et décompose). Pendant longtemps, l’âme et l’esprit ont cohabité dans l’équilibre et l’harmonie. L’avènement de la philosophie grecque classique a marqué la rupture de l’équilibre en faveur de l’esprit. D’où, toujours selon Klages, la montée, en Occident du moins, d’un ascétisme vengeur à l’égard de la vie et d’une forme de connaissance centrée sur le concept et la saisie intellectuelle plutôt que sur l’âme et sur les images, qui sont l’âme des événements cosmiques. Comparant l’Occident à l’Orient, Klages dira qu’en Occident, l’esprit a désanimé le corps, tandis qu’en Orient il a désomatisé l’âme.
    La conception mécaniste du monde et le règne de la technique sont aux yeux de Klages la conséquence ou la manifestation de l’hypertrophie de l’esprit, à laquelle correspond dans l’action une importance démesurée des mobiles volontaires ou d’affirmation de soi.
    Pendant ce temps, l’âme subit à l’intérieur de l’homme un sort semblable à celui de la vie sur la planète terre: elle se rétrécit comme une peau de chagrin, et avec elle disparaît le seul mode de connaissance de la vie que possède l’être humain.
    La vie est inconcevable. On l’éprouve. On ne la définit pas. Mais on peut réfléchir sur la vie qu’on éprouve et élaborer à partir de cette réflexion une science de la vie qui ne devra rien à la saisie intellectuelle.
    La connaissance vitale est l’éveil de l’âme. La sensation proprement dite appartient au corps; elle ne saisit que des différences d’intensité, non de qualité. Elle n’existe pas à l’état pur. Elle est toujours associée à la contemplation, ou intuition (schauen, en allemand). Celle-ci appréhende les qualités et les âmes.
    Klages semble renouer avec l’animisme. Alors que nous avons tendance à chosifier les réalités vivantes, il a plutôt tendance à rendre leur âme à des réalités qu’il préférera appeler événements plutôt que choses. «Toute âme, écrit-il, ne peut se réaliser qu’en s’incarnant dans un corps. Toute apparence sensible est nécessairement animée. [...] L’ensemble du monde des qualités, et par conséquent aussi des images, existe dans l’événement pur. Mais à l’état de non-délivrance. Il se transforme en apparition grâce au fait de l’union de cet événement cosmique avec les âmes». Ainsi donc, la métaphore qui est au centre de la philosophie klagésienne de la connaissance est celle de l’enfantement. L’âme accouche de l’événement qui s’est déposé en elle, inachevé.
    Le sentiment d’étrangeté que nous éprouvons en face d’une telle théorie commence à se dissiper dès lors que nous nous tournons vers des formes de rapport au monde ou à la vie, qui sont de la plus haute importance pour nous, mais dont les théories de la connaissance les plus accréditées, toutes fondées sur la saisie intellectuelle, sont incapables de rendre compte. Voici le chat qui, au premier beau jour du printemps, va se percher à l’endroit précis, la clôture de votre jardin par exemple, d’où il pourra vous briser le coeur par son abandon à la joie de vivre. Un rayon de soleil tombant sur un tableau, un meuble, un plat de fruits peut avoir le même effet sur nous; un coucher de soleil et un visage aimé à plus forte raison. Que seraient nos existences sans ces petites extases que nous vivons comme autant de miracles au coeur de notre vie quotidienne? N’avons-nous pas dans ces moments le sentiment que s’opère une fusion entre notre âme et le monde, au terme de laquelle l’événement, qui ne nous était que présenté devient, enfanté par notre âme, une présence? Il existe, précise Klages, un lien polaire entre l’événement et l’âme, lesquels sont attirés l’un vers l’autre comme l’oiseau migrateur est attiré par son aire de nidification.
    «C’est l’image de l’eau qui pousse le caneton vers la mare, c’est l’image de la bien-aimée, du ciel et des astres qui fait rêver et chanter le poète.» C’est l’image du paysage familier qui nous attirera, tel un aimant, nous dispensant de faire un effort de volonté pour partir en promenade. De la même manière, c’est l’image de la cuisine, si elle est vivante, qui nous tirera du lit le matin. Si notre environnement physique et symbolique était omni-vivant, nous pourrions nous acquitter de nos tâches quotidiennes avec un minimum d’efforts de volonté.
    L’âme liée à l’événement vivant par lien polaire est fécondée par lui en même temps qu’elle le féconde. Elle reçoit de lui l’énergie grâce à laquelle elle se dirige vers lui. Voilà pourquoi nous revenons reposés d’une promenade dans un lieu, attrayant pour l’être vivant que nous sommes. Ce lieu peut être aussi bien un paysage sauvage qu’une ville comme Paris, où l’on marcherait indéfiniment sans fatigue, parce qu’on y est porté, telle une embarcation légère sur la mer, par une succession de sensations agréables et vivifiantes.
    Le lien polaire constitue l’essentiel d’une existence comme celle de Chouinard ou d’Ulysse. Sa disparition progressive est un facteur de déshumanisation en même temps que de dévitalisation. Son absence totale enlève tout sens à la vie. Quand, après avoir évoqué un environnement urbain privé des couleurs et des rythmes de la vie, Mumford note que la volonté de vivre elle-même est vaincue («the will to live is defeated») il pense et sent comme Klages. Peut-être même nous donne-t-il ainsi la seule bonne explication du suicide dans nos sociétés riches et hautement technicisées, et non seulement du suicide, mais de toutes ces morts lentes que nous appelons santé et longévité.
    http://www.voxnr.com/cc/dh_autres/EFZlFppFupxsEgEpVS.shtml

  • Le Bon, Maurras et notre impayable éducation républicaine

    Il faut en finir avec la plus sournoise
    mais la plus odieuse oppression
    intellectuelle qui ait pesé sur un pays.

    Charles Maurras

    Quand un personnage l’exaspérait, Bernanos disait qu’il était impayable (par exemple « l’impayable tzigane » pour Esterhazy). Je trouve que le terme convient très bien à notre éducation nationale soviétiforme (mais au moins l’Armée Rouge était respectée !) qui est à la fois impayable par ses résultats et impayable par le prix de revient de ses services : premier budget de l’Etat pour 30 % de chômeurs chez les jeunes et 80 % d’exilés chez les élites jeunes diplômées ! Tout le monde ne sait pas jouer aux cartes comme le fils Fabius pour s’acheter un loft à sept millions !

    Consolons-nous : les merveilleux résultats de notre éducation républicaine, avec son chômage de masse, son inefficacité cyclique et sa prodigieuse propagande humanistique, ont toujours inspiré les bons esprits depuis les lois Ferry. Naguère puissance prestigieuse et mimétique, avec il est vrai une vocation (comme disaient Nietzsche ou Bainville) surtout aristocratique, la France est devenue une puissance de second ordre au milieu du siècle passé avant de sombrer dans le ridicule de nos jours.

    Je trouve ces bonnes affirmations dans la "Psychologie de l’Education" de notre cher et catastrophé Gustave Le Bon, auteur qui d’ailleurs était devenu la référence du président Théodore Roosevelt :

    « On trouverait en France des milliers de personnes capables de reconnaître l’état lamentable de notre enseignement, mais je doute qu’il en existe dix aptes à formuler un projet utile de réformes universitaires. »

    Le Bon a une bonne et rassurante vision des choses puisqu’il sait que la France républicaine est et restera incurable :

    « Il faut donc se résigner à subir l’Université. Elle restera une grande fabrique d’inutiles, de déclassés et de révoltés jusqu’au jour, probablement fort lointain, où le public suffisamment éclairé et comprenant tous les ravages qu’elle exerce et la décadence dont elle est cause, s’en détournera définitivement ou la brisera sans pitié. »

    Comme disaient les bons vieux Shadocks de mon enfance en 1972, quand il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème !

    A l’époque déjà de son livre, publié avec les années 1890, l’Allemagne fait l’admiration de tous les bons esprits par son éducation professionnelle, sa maîtrise de la civilisation industrielle et son faible chômage des jeunes. En voici les raisons :

    « En Allemagne, nous l’avons dit, il y a des établissements spéciaux pour chaque genre d’enseignement, gymnases, réal-gymnases, écoles réales, écoles techniques ; rien n’est mêlé et chaque genre d’enseignement a ses sanctions et débouchés propres ; c’est là le secret du succès des Allemands. En France, au contraire, on veut ouvrir toutes les carrières à tous, en dépit des différences d’instruction et d’éducation, par conséquent de capacité générale. »

    Voilà pour l’aspect technique. Mais il y a aussi l’aspect politique. On peut ici citer Maurras et son beau texte de 1926, "l’Ecole laïque contre la France" (laïcité, que de bêtises on commet en ton nom !). Maurras présente ainsi sa philosophie :

    « Mais l’école laïque a supprimé le catéchisme. Elle l’a remplacé. Elle a substitué au catéchisme le manuel de morale laïque. Elle a substitué à la morale catholique ce stoïcisme germanique de Rousseau et de Kant, qu’il est bien permis d’appeler le dégoût solide et durable de toute raison, l’écoeurement fondamental de toute intelligence claire et de tout esprit bien constitué, le haut-le-coeur essentiel du simple bon sens. »

    Comme s’il annonçait Chevènement et son sauvageon, Maurras décrit les effets de notre belle éducation sur les esprits et les manières :

    « Au total, une fois sur dix, éducation pervertie, neuf fois sur dix, néant d’éducation, d’où il résulte que le "petit sauvage" demeure inéduqué et qu’il se produit un formidable développement de criminalité dans l’enfance et dans la jeunesse. De là, un prodigieux abêtissement. »

    Maurras, qui passe pour un homme d’ordre est surtout un défenseur de la liberté traditionnelle des anciens régimes, quand les CRS ne tapaient pas sur les mères de famille. Cela le rend éternellement moderne.

    « Tout le régime d’enseignement désigné sous le nom de laïcité représente un système complet d’embrigadement et de domestication des intelligences et des consciences populaires. Hors du peuple, dans les classes aisées, moyennes et supérieures, il y a des voies ouvertes toutes grandes pour échapper à cette trituration administrative des cervelles et des coeurs selon le procédé de Rousseau et de Kant qu’imposa la bande des huguenots sectaires et des kantistes bismarckiens qui entouraient Jules Ferry vers 1880 ! »

    Comme s’il avait vu un de nos beaux ministres se pointer inspiré en tablier maçonnique, Maurras décrit très bien l’arrière-cour idéologique de la cour d’école inefficace et anarchique :

    « Ce régime, cet Etat, est un régime de théocratie ou de sacristie, tous les mots d’ordre secret y sont d’ordre religieux et une dogmatique implicite y est imposée à ses adhérents de coeur et d’esprit, à ceux, qui ont véritablement reçu l’initiation aux derniers mystères, ou qui doivent voir, comme ils disent, la lumière du trente-troisième appartement. »

    Le gauchisme, comme on ne dit pas encore, est déjà caricatural dans notre éducation ; et notre auteur de rappeler très bien les faits suivants et de poser la grande question :

    « Si, comme on le prétend, sur 150 000 instituteurs publics, il y en a 15 000 de communistes, n’ayant de patrie qu’à Moscou, c’est tout d’abord un grand malheur dont il faut demander compte au mode de formation de ces fonctionnaires publics. Comment s’y est-on pris pour qu’une élite populaire chargée d’enseigner au peuple l’Etat et la Nation, se soit ainsi tournée contre l’Etat et contre la Nation ? »

    Comme tout honnête homme qui se respecte, Maurras défend les contribuables, associés ou pas. Car pourquoi accepter de financer une telle gabegie ?

    « Mais ces ennemis de la communauté n’auraient pas été fabriqués au nom de l’Etat, organe central de la communauté : les contribuables qui n’aiment pas l’anarchie n’y auraient pas été de leur poche. »

    Maurras fait déjà un bilan qui n’est pas rassurant. Mais Bis repetita placent.

    « Et cette école a donné les affreux résultats dont témoignent : 1° l’état d’esprit d’une forte minorité d’instituteurs socialistes et communistes ; 2° le développement de la criminalité ; 3° la baisse de la natalité et tous les fléaux publics dont ce pauvre Hervé tient le registre plaintif après les avoir aggravés, jadis et naguère, tant qu’il a pu. »

    Comme on sait la baisse de la natalité a été brillamment compensée, et par qui de droit, à Issy (les Moulineaux) ou ailleurs ! Enfin Maurras, comme Cochin, rappelle l’essentiel : la démocratie moderne est une couverture, un prétexte pour quelques-uns, pour notre élite hostile qui s’est arrogée le droit de refaire l’humanité à son goût (ou à son dégoût) :

    « Mais on pourrait négliger ce fait, d’ailleurs patent, que cette école est une très mauvaise école. Du point de vue de la justice, il suffit pour condamner cette école que, enseignant la doctrine de quelques-uns, elle soit payée par tous et obligatoire pour tous, en particulier pour ceux qui n’ont aucun moyen de se défendre contre ses inventions, ses conjectures, ses frénésies et ses fanatismes. »

    Et le reste est littérature.

    On peut lire tout Maurras ou presque sur le site exceptionnel <maurras.net>, très bien réalisé par des fidèles de l’immortel maître de Martigues...

    Et l’on peut lire du Gustave Le Bon sur l’excellent - et très ouvert politiquement - site universitaire québécois <uqac.uquebec.ca>.

    Et n’oublions sur <youtube.com> les non moins immortels Shadocks !

    Nicolas Bonnal http://www.france-courtoise.info/?p=1493#suite

  • OTAN + égorgeurs musulmans : même combat ! par Pieter KERSTENS

    Dans la cacophonie européenne ambiante, la religion « droit de l’hommiste » se taille un franc succès lorsqu’il s’agit de s’apitoyer sur des images de tueries sanglantes en provenance de pays des mille et une nuit.
    Concernant le Proche-Orient, l’ONU avertit : « Toute action devra recevoir l’aval du Conseil de Sécurité » et son secrétaire général, Ban Ki Moon demande du temps « afin que les inspecteurs puissent terminer leur travail  à Damas » pour établir les faits.
    De son côté, la Maison Blanche répète qu’elle ne cherche pas à destituer Bachar al Assad par une offensive militaire en Syrie et qu’elle « agira avec les alliés »…par des frappes « ciblées » ?
    L’Histoire nous a enseigné que les anglo-américains sont passés orfèvres en matière de bombardements.
    * 12-15 février 1945 à Dresde plus de 8.000 bombes explosives et 600.000 bombes incendiaires ont conduit 135.000 civils au royaume des cieux.
    * 9-10 mars 1945 à Tokyo l’opération « Typhon de feu » fit 200.000 morts grâce au largage de 700.000 bombes M.29 (napalm).
    * Le 6 août 1945, Hiroshima fut rayée de la carte et l’on dénombra 180.000 victimes.
    * Le 9 août suivant 90.000 habitants de Nagasaki subirent le même sort.
    * Durant la guerre du Viêt-Nam entre 1964 et 1975, des centaines de milliers de victimes furent anéanties par le fer, par le feu et par les produits chimiques, dont il reste encore des séquelles aujourd’hui.
    * 23 mars 1999, c’est au tour de Belgrade de connaître les bombardements des avions de l’OTAN, dans l’opération « Force alliée », avec des milliers de victimes innocentes, tout au long des 25.000 sorties aériennes. La destruction de l’Ambassade de Chine conduira l’OTAN à s’excuser… de cette bavure.
    * N’oublions pas les bombardements en Afghanistan depuis 2002, ni les deux guerres en Irak (1992 et 2003) déclarées sous de fallacieux prétextes avec une mise en scène pitoyable (armes de destruction massive, 4ème armée du monde, etc., etc.,).
    * En mars 2011, par une vague résolution de l’ONU, destinée à protéger la population civile de Benghazi, les forces de l’OTAN -encore elles- aiguillonnées par les déclarations incendiaires de Nicolas Sarkozy, bombardent la Libye, étendent la guerre à tout le pays et obtiennent in fine le lynchage de Mouammar Kadhafi le 20 octobre 2011.
    On assiste depuis des mois à une désinformation généralisée concernant les conflits et les manipulations des médias à propos des « révolutions de Jasmin », le « Printemps arabe » ou le bourbier du Proche Orient, afin de faire gober à Margot l’inverse de la réalité.
    Et il est étrange que les yankees (et aussi leurs alliés du Golfe) s’obstinent à vouloir détruire les régimes qui existaient, quand on constate les résultats a posteriori en Tunisie, en Libye, en Égypte, et très certainement en Irak et en Afghanistan, sans parler du Kosovo…
    Les marchands de canons et les gnomes de Wall Street ont encore de beaux jours devant eux, grâce au chaos organisé par le Nouvel Ordre Mondial !
    http://www.francepresseinfos.com/2013/09/otan-egorgeurs-musulmans-meme-combat.html#more

  • La destruction de l'être

     

    L’année scolaire qui s’ouvre est lourde d’orages, grevée de cyclones, inquiétante comme un nuage de sauterelles qui s’avance barrant l’horizon. Le moindre des dangers annoncés n’est pas la lancinante question du « genre » que l’idéologie qui a pris figure d’hommes pour nous gouverner s’apprête à décliner en d’habiles refrains anodins. On sait déjà la « désexuation » des jeux de l’école maternelle, laquelle portera d’ailleurs bientôt un nom moins discriminant, l’idiote éducation sexuelle pour sixièmes hilares, ou encore la révision générale des programmes d’histoire pour convenir à certaine égalité.

     

    Mais précisément, quelle égalité ? Il ne faut pas oublier, ou l’apprendre en lisant Judith Butler, que le trouble, aussi provoqué que constaté, qui serait dans le genre comme le malaise dans la civilisation et comme le ver dans la pomme, est l’effet immédiat et direct du féminisme des années 60. C’est dire si la question n’est pas neuve, et si elle est insoluble. C’est dire encore si elle est justement présentée comme désirable parce qu’insoluble. L’immense travail, admirable d’ailleurs dans sa cohérence et la persévérance de ses réalisateurs, mené depuis plus d’un demi-siècle par certaine école dominante d’Occident, aura consisté non seulement dans la déconstruction de tous les rapports sociaux et économiques mais encore et surtout la construction, si l’on peut dire, d’un chaos nouveau dans l’intérieur même de l’humain. La motivation en est simple, et comme tout sophisme, d’apparences lumineuses : le défaut est déjà dans l’homme, il s’agit de le mettre au jour et de se repaître concomitamment de la déconfiture des systèmes anthropologiques censément rigides qui régnaient jusque-là.

    En réalité, cet affrontement par où la pensée déconstructionniste croit abattre les ordres anciens, tels l’Église, le christianisme, le patriarcat, la bourgeoisie, tout ceci assimilé en un vague tas d’ennemis, est celui de « moderne contre moderne », comme disait Muray. Car il est bien vrai que le trouble, qu’on pourrait aussi dans un langage plus classique appeler le mal, est déjà dans l’homme. Et il est bien vrai encore que l’on ne naît pas femme, mais qu’on le devient. Le souci, c’est qu’il en est de même pour l’homme, en tant que sexe masculin. Nos féministes sont sûrs d’avoir fait un pas de géant en assurant les bonnes gens de ce truisme. Ils en déduisent, et c’est là le sophisme, que toute la civilisation, notamment chrétienne, a été bâtie pour voiler cette évidence, par le moyen puissant de l’asservissement des femmes. Que toute culture avait comme mission de déguiser cette domination, et sa cause qui est le manque d’assurance de chacun sur son identité.

    Toute culture ou toute civilisation procède évidemment de ce donné naturel que l’humain naît dans un état non d’indétermination, mais de non-achèvement ; que son passage sur terre sera en grande partie dévoué à aller vers cet achèvement, inatteignable certes mais désirable. On se demande à quoi servirait un père qui ne dirait pas « deviens un homme, mon fils », et qui surtout ne lui en montrerait pas les moyens à sa disposition. Mais que l’homme ou la femme soient jetés dans le monde dans cet état de néoténie, c’est-à-dire de larves, n’implique en aucun cas qu’ils ne soient tenus de se conduire aussi bien que possible vers une plénitude de leur être.

    Jacques de Guillebon  La suite sur le site de La Nef

      http://www.actionfrancaise.net/craf/?La-destruction-de-l-etre
  • Entretien d'Heidegger au Spiegel (1966)

     

    Entretien d'Heidegger au Spiegel (1966)
    Entretien au Spiegel
    Fribourg-Zähringen (23.09.1966)

    L’entretien a été traduit en français par Jean Launay et publié au Mercure de France en 1988 sous le titre Réponses et questions sur l’histoire et la politique.
    Extrait de l’avant-propos

    « Il a paru dans le numéro de l’hebdomadaire Der Spiegel du 31 mai 1976, quelques jours après la mort de Heidegger. » Heidegger « s’opposa résolument à une proposition qui lui fut faite d’avancer cette publication : « Il ne s’agit pas d’orgueil ni d’entêtement, mais seulement du souci de mon travail. La tâche de celui-ci est devenue avec les années toujours plus simple, ce qui, dans le domaine de la pensée, veut dire : toujours plus difficile. » »

    Extraits de l’entretien (p. 44-52)

    Spiegel : Il est bien évident, quand on regarde, que les hommes, en tout temps, sont incapables de maîtriser leurs outils ; un peu comme l’apprenti sorcier. Est-ce que ce n’est pas un peu trop pessimiste de dire : nous ne nous en sortirons pas avec cet outil assurément beaucoup plus grand qu’est la technique moderne ?

    Martin Heidegger : Pessimisme, non. Pessimisme et optimisme sont dans le domaine de la réflexion que nous tentons en ce moment des prises de positions trop courtes. Mais surtout — la technique moderne n’est pas un « outil » et n’a plus rien à voir avec des outils.

    Spiegel : Pourquoi devrions-nous être à ce point terrassés par la technique ?

    Martin Heidegger : Je ne dis pas terrassés. Je dis que nous n’avons encore aucun chemin qui corresponde à l’être de la technique.

    Spiegel : On pourrait cependant vous opposer tout à fait naïvement ceci : qu’est-ce qu’il s’agit de maîtriser ici ? Car enfin tout fonctionne. On construit toujours davantage de centrales électriques. La production va son train. Les hommes dans la partie du monde où la technique connaît un haut développement ont leurs besoins bien pourvus. Nous vivons dans l’aisance. Qu’est-ce qui manque ici finalement ?

    Martin Heidegger : Tout fonctionne. C’est bien cela l’inquiétant, que ça fonctionne, et que le fonctionnement entraîne toujours un nouveau fonctionnement, et que la technique arrache toujours davantage l’homme à la Terre, l’en déracine. Je ne sais pas si cela vous effraie, moi, en tout cas, cela m’a effrayé de voir maintenant les photos envoyées de la Lune sur la Terre. Nous n’avons plus besoin de bombe atomique, le déracinement de l’homme est déjà là. Nous ne vivons plus que des conditions purement techniques. Ce n’est plus une Terre sur laquelle l’homme vit aujourd’hui. J’ai eu récemment un long entretien en Provence avec René Char, le poète et le combattant de la Résistance, comme vous savez. Dans la Provence on installe en ce moment des bases de missiles, et le pays est ravagé d’une façon inimaginable. Le poète, qu’on ne peut certainement pas soupçonner de sentimentalité ni de vouloir célébrer une idylle, me disait que le déracinement de l’homme qui a lieu là-bas signifie la fin, si une fois encore la pensée et la poésie n’accèdent au pouvoir sans violence qui est le leur.

    Spiegel : Nous devons reconnaître que nous préférons être ici, et de notre vivant nous ne serons sans doute pas non plus obligés d’en partir ; mais qui sait si c’est la destination de l’homme d’être sur cette terre ? Il n’est pas impensable que l’homme n’ait aucune destination du tout. Mais en tout cas on pourrait voir aussi une possibilité de l’homme dans le fait que de cette terre il étende son emprise à d’autres planètes. Nous n’en sommes sûrement pas encore là d’ici longtemps. Simplement, où est-il écrit qu’il ait sa place ici ?

    Martin Heidegger : D’après notre expérience et notre histoire humaines, pour autant que je sois au courant, je sais que toute chose essentielle et grande a pu seulement naître du fait que l ’homme avait une patrie (Heimat) et qu’il était enraciné dans une tradition. La littérature d’aujourd’hui, par exemple, est largement destructive.

    Spiegel : Le mot « destructif » nous gêne ici, entre autres raisons parce que le mot « nihiliste » a reçu de vous-même et dans votre philosophie un sens dont le contexte est très étendu. Cela nous frappe d’entendre le mot « destructif » rapporté à la littérature, que vous pourriez très bien ou même devriez considérer comme faisant partie de ce nihilisme.

    Martin Heidegger : J’aimerais dire que la littérature dont je parle n’est pas nihiliste dans le sens où je pense ce mot.

    Spiegel : Vous voyez manifestement, et vous l’avez dit en ces termes, un mouvement mondial qui ou bien conduit, ou bien a déjà conduit à l’avènement de l’État absolument technique ?

    Martin Heidegger : Oui !

    Spiegel : Bien. Alors une question se pose, naturellement : l’individu humain peut-il encore avoir une influence sur ce tissu d’événements qui doivent forcément se produire, ou bien alors la philosophie peut-elle avoir une influence, ou bien les deux ensemble, dans la mesure où la philosophie conduit l’individu ou plusieurs individus à entreprendre une action définie ?

    Martin Heidegger : Si vous me permettez une réponse brève et peut-être un peu massive, mais issue d’une longue réflexion : la philosophie ne pourra pas produire d’effet immédiat qui change l’état présent du monde. Cela ne vaut pas seulement pour la philosophie, mais pour tout ce qui n’est que préoccupations et aspirations du côté de l’homme. Seulement un dieu peut encore nous sauver. Il nous reste pour seule possibilité de préparer dans la pensée et la poésie une disponibilité pour l’apparition du dieu ou pour l’absence du dieu dans notre déclin ; que nous déclinions à la face du dieu absent.

    Spiegel : Y a-t-il un rapport entre votre pensée et l’avènement de ce dieu ? y a-t-il là, à vos yeux, un rapport causal ? Croyez-vous que nous pouvons penser ce dieu de manière à le faire venir ?

    Martin Heidegger : Nous ne pouvons pas le faire venir par la pensée, nous sommes capables au mieux d’éveiller une disponibilité pour l’attendre.

    Spiegel : Mais pouvons-nous aider ?

    Martin Heidegger : La préparation de la disponibilité pourrait bien être le premier secours. Le monde ne peut pas être ce qu’il est et comme il est par l’homme, mais il ne peut l’être non plus sans l’homme. Cela tient, d’après moi, au fait que ce que d’un mot venu de très loin, porteur de beaucoup de sens et aujourd’hui usé, j’appelle « l’être », est tel qu’il lui faut l’homme pour sa manifestation, sa garde et sa forme. L’essence de la technique, je la vois dans ce que j’appelle le Ge-stell, une expression souvent tournée en ridicule et peut-être maladroite. Le règne du Gestell signifie ceci : l’homme subit le contrôle, la demande et l’injonction d’une puissance qui se manifeste dans l’essence de la technique et qu’il ne domine pas lui-même. Nous amener à voir cela : la pensée ne prétend pas faire plus. La philosophie est à bout.

    Spiegel : Dans le temps passé — et pas seulement dans le temps passé — on a tout de même pensé que la philosophie a beaucoup d’effets indirects, rarement des effets directs, mais qu’elle pouvait avoir beaucoup d’effets indirects, qu’elle a suscité de nouveaux courants. Si, à ne s’en tenir qu’aux Allemands, on pense aux grands noms de Kant, Hegel, jusqu’à Nietzsche, sans même parler de Marx, on peut faire la preuve que la philosophie, par des chemins détournés, a eu une énorme influence. Voulez-vous dire maintenant que cette influence de la philosophie a pris fin ? Et quand vous dites que l’ancienne philosophie est morte, qu’il n’y en a plus, est-ce que vous pensez en même temps que cette influence de la philosophie, si elle en a jamais eu, aujourd’hui en tout cas n’existe plus ?

    Martin Heidegger : Une autre pensée pourrait avoir une influence médiate, mais aucune directe d’une façon qui ferait dire que la pensée « cause » un changement de l’état du monde.

    Spiegel : Excusez-nous- nous ne voulons pas faire de philosophie- nous n-en sommes pas non plus capables- mais nous touchons ici la jonction entre politique et philosophie- c-est pourquoi vous voudrez bien nous pardonner de vous entraîner ici dans un pareil entretien. Vous venez de dire que la philosophie et l’individu ne pouvaient rien faire en dehors...

    Martin Heidegger : ... de cette préparation de la disponibilité du se-tenir-ouvert pour la venue ou la défection du dieu. L’épreuve de cette défection n’est pas non plus rien, mais bien une délivrance de l’homme de ce que dans Être et Temps j’ai nommé l’échouement (Veifallenheit) auprès de l’étant. La réflexion sur ce qui est aujourd’hui fait partie de la préparation à la disponibilité que j’ai dite. [...]

    Ici, l'intégralité de l'entretien en langue anglaise/a>