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culture et histoire - Page 1882

  • Méridien Zéro #143: "Les enfants terribles de la grande Europe"

    Ce vendredi, Méridien Zéro vous propose, avec notre invité Georges Feltin-Tracol, de découvrir plus avant et sans tabous les figures des deux enfants terribles de la grande Europe : Viktor Orban, premier ministre hongrois et Alexandre Loukachenko, président de la Biélorussie.

    A la barre PGL.

    A la technique lord Tesla.

    victor orban, alexandre loukachenko, bielorussie, hongrie, résistance, europe, union européenne,

    DIFFUSION DE L'EMISSION LE VENDREDI 10 MAI
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  • Présence de Pierre Boutang

    Tous ceux qui ont eu la chance de connaître Pierre Boutang, même vieillissant, se souviennent de la puissance qui le caractérisait. Puissance physique, certes (l’homme des coups de poings distribués au Quartier latin ne dormait que d’un oeil), mais aussi et surtout puissance intellectuelle, celle dont le rayonnement réchauffe et élève.

    C’est essentiellement elle qu’Axel Tisserand analyse dans un essai synthétique qui en décrit toute l’étendue, depuis le journalisme, le roman, le pamphlet, la poésie, la traduction ou la critique littéraire jusqu’à la métaphysique, voire, la théologie.

    En son centre, la figure rayonnante du père charnel, de Maurras, du roi et du Père des cieux (aucun disciple de Boutang ne pourra nier qu’à un moment ou à un autre, lui-même ne se soit senti fils du maître). « « Nul n’est homme s’il n’est père » : combien de fois n’a-t-il pas répété à ses étudiants, note Tisserand, cette sentence de Proudhon, lui pour qui l’idée de père est fondatrice de la loi morale ? » Dans ses volumineux Cahiers inédits auxquels l’auteur a eu accès et dont il cite heureusement plusieurs extraits, Boutang écrit en 1992, le jour du vote sur le traité de Maastricht : « La honte a passé par la saloperie de l’élection démocratique... Bon anniversaire ? Mais de quoi t’étonnes-tu, imbécile ? Tu n’avais pas sept ans que ton père t’apprenait à ne rien attendre de la saloperie démocratique. » C’est qu’il n’y a encore que d’être peuple, avait déjà écrit Péguy, qui permette de n’être pas démocrate. L’actualité la plus récente ne conforte-t-elle pas, s’il en était besoin, la sentence ?

    Boutang déploie donc son génie dans L’Action française, Paroles françaises, La Dernière lanterne, Aspects de la France et La Nation française où ils réunit, excusez du peu, Philippe Ariès, Raoul Girardet, Marcel Aymé, Gustave Thibon, Roger Nimier, Antoine Blondin, Jean Madiran, Jean de La Varende, Henri Massis, Jacques Perret, Henri Pourrat , bien d’autres encore. Il pense la monarchie à la lumière de la transcendance telle que le christianisme la conçoit ; il s’interroge sur le pouvoir et la légitimité, médite sur le langage, le désir, le « secret de l’être », embrasse l’histoire littéraire de l’Europe et des Etats-Unis, se lie d’amitié avec Jean Paulhan, Jean Wahl, Maurice Clavel, George Steiner...

    L’ogre dévore la bibliothèque de Babel et il apparaît à la « télévoyure », en larmes, lorsqu’il évoque la résurrection de la chair. Philosophe platonicien fut-il jamais si magnifiquement incarné ? Rien d’étonnant, toutefois, pour celui qui voulut fonder « l’idéal monarchiste » sur « le sentiment royaliste » : « Royaliste, c’est le plus pur, c’est l’ancien, c’est le sentiment profond. Monarchie, c’est l’appel aux raisons abstraites les plus schématiques et quasi-mathématiques. » Le principe, c’est le Prince : cette leçon de choses délivrée par Boutang ne meurt pas plus que la personne du roi.

    « Pierre Boutang, écrit Axel Tisserand, ne manquera pas d’apparaître aux générations futures, du moins si celles-ci recouvrent le goût de penser en dehors des chemins imposés, balisés aux concepts policés du nihilisme contemporain, comme un de ces auteurs aux côtés duquel vous pouvez cheminer tout au long de la vie. » Pédagogique, remarquablement informé et joliment illustré, cet essai, à n’en pas douter, contribuera à ce qu’il en soit ainsi.

    Rémi Soulié http://www.actionfrancaise.net

    Axel Tisserand, Boutang, Pardès, 128 p., 12 €.

  • [Cinéma] Un superbe hymne à la pensée : “Hannah Arendt”, de Margarethe von Trotta


    [Cinéma] Un superbe hymne à la pensée : “Hannah Arendt”, de Margarethe von Trotta

    09/05/2013 – 17h15
    PARIS (NOVOpress Breizh) - En 1961, la philosophe Hannah Arendt est envoyée à Jérusalem par l’hebdomadaire The New Yorker pour couvrir le procès d’Adolf Eichmann, poursuivi pour son rôle dans la déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Les articles qu’elle publie et sa théorie de « la banalité du mal » vont déclencher une controverse sans précédent. Au-delà de toute polémique sur la question de la Shoah, la réalisatrice Margarethe von Trotta nous offre avec « Hannah Arendt », son dernier opus, un superbe hymne à la pensée.

    C’est en effet le seul but qui anime la philosophe, fidèle en cela aux préceptes de celui qui fut son amant et son maître à penser, Martin Heidegger : penser, quel qu’en soit le prix, sans tabou, ni parti-pris, débarrassé de l’esprit de clan, des préjugés, des conventions, du pathos. Une pensée authentique, née de l’observation, de l’écoute attentive, de la mise en perspective des événements, sans déni du réel quoique celui-ci nous révèle. Penser par soi-même, un exercice qui passe par la solitude, l’étude, la réflexion, la concentration, dans le silence de son bureau, ou au plus près de la nature, au cours de grandes promenades méditatives.

    On aurait pu craindre que cette exigence de pensée soit le fruit d’un personnage austère voire antipathique… Il n’en est rien, bien au contraire. Margarethe von Trotta nous montre une femme accomplie, forte de sa notoriété, et qui ne cherche plus la gloire, aimée et aimante, chaleureuse, entourée d’amis fidèles, d’étudiants fervents, et qui apprécie la vie et ses plaisirs charnels. Hannah Arendt reçoit ses amis, fume, arrose ses succès, polémique joyeusement en trois langues ; et quand elle souffre, c’est avec retenue. C’est ainsi que sa pensée nous touche et nous atteint car elle n’est pas désincarnée, contrairement à ce que prétendent ses détracteurs. Autre leçon de ce film, la résistance civile : pour ne pas sombrer dans la banalité du mal ou l’indifférence consentante. A voir, absolument.

    Herminaoned http://fr.novopress.info

  • Du prêt à consommer culturel et social

    Nous allons ici aborder le problème du prêt à consommer dans certains domaines, ainsi que ses conséquences qui sont : perte de patience, perte d’intérêt pour tout ce qui ne peut pas être fait rapidement, désir de tout avoir tout de suite, plus aucune envie de passer ne serait-ce qu’un peu de temps à lire, faire des recherches, tenter de comprendre, préférant que d’autres le fassent. C’est un mal typique et primordial de notre société actuelle : la fainéantise intellectuelle généralisée est l’un des principaux instruments du système pour pérenniser son emprise sur ceux qui sont devenus des consommateurs voire même des esclaves volontaires.

    La consommation immédiate étant devenu un mode de vie, elle s’applique désormais à tout, et essentiellement à la culture, ainsi qu’aux « activités humaines ». Cela se répercute également sur la sexualité et la vie de couple en général. Je traiterai ce sujet à partir de ces deux axes, le prêt à consommer culturel et le prêt à consommer social.

    Le prêt à consommer culturel se ressent par le désintéressement total d’une grande partie de la population à la lecture, et à la réflexion, ainsi qu’aux recherches, voire même tout ce qui demande un effort intellectuel. Tout doit leur tomber « tout cuit » devant les yeux, et ils (ou les zombies) le prennent pour argent comptant. Il n’y a plus de démarche de réflexion personnelle. Peu importe d’où ça vient, qui le dit, et quel est vraiment le message passé, une fois que « je » n’ai pas à perdre de temps à faire quelque chose par moi-même, cela « me » convient. La première illustration à cela est le pouvoir médiatique qui bien que décrié par de plus en plus de gens continue à faire, pour l’instant, et peut-être même encore pour longtemps, malheureusement, la pluie et le beau temps dans les mentalités.

    C’est une réaction typique de personnes manquant cruellement de réflexion. Cette réflexion que nous possédons à priori tous, liée au libre-arbitre, mais que nos dirigeants et leurs laquets tentent sans cesse de détruire. Le simple fait de réfléchir par soi-même est déjà aujourd’hui un acte de résistance.

    Les lectures, les recherches tant historiques que liées à l’actualité (qui se font bien plus simplement désormais avec Internet), ainsi que la discussion, sont autant de moyens et de possibilités de s’enrichir, de créer du lien, et de devenir un dissident.

    C’est bien pour cela que la société dans laquelle nous vivons cherche à nous désociabiliser. Elle nous pousse à user des personnes qui nous entourent, occasionnellement, sans prendre le temps de créer et d’instaurer une relation sociale durable. La société est devenue l’antithèse de ce qu’elle devrait être. Un vecteur d’égoïsme au lieu d’être un facteur de rassemblement. La démocratie républicaine sous le joug de laquelle nous vivons est tout le contraire du clan germanique, de la société Athénienne, ou de la civilisation Romaine qui avaient pour but d’unifier le peuple. On en est bien loin aujourd’hui : le système et ses rouages concourant à la destruction de toute forme de communauté ou de lien social digne de ce nom pour régner plus facilement sur un agglomérat d’individus isolés et égoïstes ne présentant aucun danger pour eux.

    Ce qui nous fait aborder le second axe, celui du prêt à consommer social.

    Comme dit précédemment, de nos jours, très peu de personnes construisent des relations sociales stables et fortes. Combien d’entre elles peuvent prétendre être entourées d’amis de confiance, avoir une famille sur laquelle ils peuvent compter, être un élément de poids au sein d’un groupe, d’une communauté ? Très peu, et celles pouvant prétendre cela sont des personnes vivant en marge, des dissidents, des révolutionnaires refusant d’être un rouage du système décadent et apatride.

    Le prêt à consommer social sera ici divisé en deux parties. Amical et familial.

    Qui aujourd’hui prend le temps de construire une vraie relation amicale ? De plus en plus, les relations dites amicales ne sont ni plus ni moins résumées qu’au fait de se servir des autres. Bien loin de l’esprit du clan, de la communauté et de l’entraide.

    Pour ce qui est du côté familial, au sens large du terme, de la cellule familiale la plus simple (le couple), à la plus complète (la famille élargie), il y a la aussi un énorme problème. Combien enchaînent les relations sexuelles au nom de la « jeunesse », pour « profiter »… Et ceci tout en étant, parfois, déjà en couple officiellement !? Quand bien même, c’est bien plus qu’une histoire d’être en couple, c’est une histoire de respect de soi et de l’autre.
    Et là encore, on retrouve donc ce prêt à consommer hideux, où les deux corps ne sont rien d’autre que des morceaux soumis à des pulsions primaires. Il n’y a aucune relation durable construite et chacun a consommé l’autre égoïstement à la manière d’un objet.

    Au niveau familial, on retrouve un manque de solidarité total entre les membres de ce qui devrait être le premier cercle de la communauté qui est censé être soudé par le sang et des alliances durables (mariages, fiançailles, etc). Des frères et sœurs qui ne dialoguent pas, le délaissement des parents, des personnes qui ont apporté leur savoir et inculqué une éducation, des mariages finissant très souvent en divorce, des enfants caprices dont l’éducation importe peu… La liste est longue mais témoigne inévitablement d’une crise des liens familiaux qui deviennent pour l’individu actuel de plus en plus une gêne alors qu’ils devraient être amour, entraide et fraternité.

    Voilà dans quoi nous vivons ! Le système du marketing s’est imposé à notre vie quotidienne, sociale et familiale. Tout ce qui construit un Homme, un peuple, une culture est détruit dans le but de nous anéantir, et personne ne veut en prendre conscience, l’Européen préférant se vautrer dans le consumérisme et de fausses valeurs changeantes au gré des publicitaires et marketeurs.

    Pour conclure, nous pouvons dire sans aucun doute, que tout ceci est le fruit résultant du capitalisme libéral ne désirant plus voir des citoyens, des êtres humains, mais juste des consommateurs sans attaches et sans repères, totalement indifférenciés, tous basés sur le même modèle, bien malléable.
    Les zombis du systême !

    Tolbiac http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • Église, Maçonnerie et actualités

    http://www.youtube.com/watch?v=tVFZlDrwlGg&feature=youtu.be

  • JEANNE D'ARC 2013 ! FÊTE NATIONALE !

    PARIS

    Les manifestations en hommage à Jeanne d’Arc sont organisées en commun par la Restauration Nationale et le CRAF - Centre Royaliste d’Action française.

    Programme

    = Le samedi 11 mai 2013 : de 14h à 18h, à la Maison des Mines, 270, rue Saint-Jacques, 75005 Paris, un colloque sur le thème: "Pour un printemps français : légalité et légitimité, quand la loi détruit la famille, la société, la nation..." (Métro: RER Port-Royal). Sous la présidence de François Marcilhac, directeur éditorial de "l’Action française 2000", et autour de Bernard Pascaud, Président de la Restauration Nationale, Stéphane Blanchonnet, président du Comité directeur de l’Action française-CRAF, Olivier Perceval, secrétaire général de l’Action Française-CRAF, Maitre Trémolet de Villers, avocat et écrivain, Christian Franchet d’Espérey, rédacteur en chef de la Nouvelle Revue Universelle, Alain de Benoist, écrivain, Antoine Desonay, secrétaire général des étudiants d’A.F-CRAF., et diverses autres personnalités.

    = Le même samedi 11 mai : à 20h pour ceux qui le désirent, dîner amical au Restaurant l'Escarmouche, 40, rue de la Montagne Sainte-Geneviève, 75005 Paris (métro Cardinal Lemoine ou Maubert-Mutualité). Inscription préalable obligatoire à la Restauration Nationale, 7, rue Constance, 75018 Paris. Tel : 01.44.92.82.82. Courriel: restauration.nationale@wanadoo.fr (Tarif: 35 euros par personne, 60 euros pour les couples, 16 euros pour les étudiants).

    = Le dimanche 12 mai 2013 : Cortège Traditionnel d'hommage à la Sainte de la Patrie. Rendez-vous à 9h30 devant l’Opéra de Paris. Départ du cortège à 10h. Dépôt de gerbes devant la statue de Jeanne d’Arc, place des Pyramides. Allocution de Bernard Pascaud, président de la Restauration Nationale.

    jeanne d'arc place des pyramides.jpg

    MARSEILLE

    = La Fédération Royaliste Provençale déposera une gerbe au pied de la statue de Jeanne d'Arc de l'église des Réformés (haut de la Canebière), le vendredi 10 mai, à 18 heures.

    = Par ailleurs, en raison de l'importance des évènements en cours sur le plan national, la Fédération Royaliste Provençale participera, le samedi 11 et le dimande 12 mai, aux manifestations organisées à Paris. Voir le programme ci-dessus.

    Les Provençaux qui souhaiteraient y prendre part seront, naturellement, les bienvenus. Dans ce cas, s'inscrire (à Paris) aux adresses et numéros de téléphone notés ci-dessus. Renseignements : 06 08 31 54 97.
    http://lafautearousseau.hautetfort.com/

  • Michel Déon : l’anarchisme de droite, ça conserve !

    À l’âge de 94 ans, Michel Déon, le dernier « Hussard » vivant, le « jeune homme vert », n’a guère les faveurs des gazettes littéraires bien-pensantes. Un ostracisme qu’il partage outre-Rhin avec l’un des plus grands écrivains européens du siècle dernier, l’Allemand Ernst Jünger, qui a atteint l’âge mémorable de 103 ans. L’anarchisme de droite, ça conserve !

    Michel Déon, comme Ernst Jünger, demeure sans doute l’exemple rare d’une « littérature qui ne se donne pas aux éphémères », selon l’élégante formule de son ami Dominique de Roux, mort lui trop tôt, à 42 ans. Avant de partir vivre en Grèce, qui lui a inspiré ses plus beaux récits (Le rendez-vous de Patmos, Le balcon de Spetsai, etc.), Michel Déon avait partagé durant la guerre, à Lyon, l’aventure éditoriale de Charles Maurras comme secrétaire de rédaction de l’Action française. Dans les années 50, Michel Déon, bien qu’il s’en défende aujourd’hui, rejoint « ce groupe de jeunes écrivains que, par commodité, je nommerai fascistes », comme les diabolisa Bernard Frank, dans les Temps Modernes, les affublant néanmoins du joli nom de « Hussards » qui passera à la postérité. [...]

    José Meidinger - La suite sur Boulevard Voltaire
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  • Nos ancêtres les Gaulois – par Stéphane Foucart (6)

    C’était une évidence que personne ne songeait à contester ; la Lutèce romaine s’est construite sur le site de la capitale des Parisii. La découverte importants vestiges à Nanterre a remis en cause toutes ces certitudes.

    Lutèce, la plus prodigieuse cité de l’univers… » Quel Parisien n’a pas eu, arrivé à la sixième planche des Lauriers de César, un petit pincement au coeur ? Voilà donc à quoi devait ressembler la Ville Lumière, il y a un peu plus de vingt siècles. Un petit chef-lieu gaulois de l’âge du fer, niché dans ce qu’on devine être l’île de la Cité. La modestie des origines est émouvante. D’autant que les mille détails du tableau achèvent de convaincre le béotien qu’il y a de la vérité là-dessous. Bien sûr, les belles pierres, les frontons et les colonnades qu’on voit sur le dessin n’ont rien à faire dans le nord de la Gaule à l’époque des aventures d’Astérix – c’est-à-dire vers – 50. Certes. Mais l’anachronisme est mineur. D’autant que d’autres détails, jurerait-on, ne trompent pas. Ainsi, sur la droite, ce pont de bois qui enjambe le fleuve. N’est-il pas voué à être prolongé, rive gauche, par une voie qui deviendra le cardo maximus de la ville romaine – cet axe nord-sud qui n’est autre, aujourd’hui, que la rue Saint-Jacques ? Le dessin raconte une histoire simple. Lutèce, chef-lieu des Parisii, l’un des quelque soixante peuples gaulois mentionnés par César, est située sur l’île de la Cité. Les Romains prennent la ville ; elle s’étend. Elle prend d’abord sur la butte qu’on appellera, plusieurs siècles après, montagne Sainte-Geneviève. Puis elle se développe sur les deux berges du fleuve. Clovis la rebaptise ; elle devient Paris. Fin de l’histoire ? Ce serait trop simple. Depuis quelques années, cette trame prend d’autres traits. Ceux d’un polar historique et archéologique si bien ficelé que personne n’en a encore trouvé la clé. Paris ne serait plus Paris. Ou, plutôt, Lutèce n’aurait pas vraiment été Lutèce. bref, c’est à en perdre son latin. tout commence au début des années 1990 à Nanterre. « Avec les travaux d’aménagement de l’A 86, un habitat gaulois de la fin du IIe au I° siècle est mis au jour, raconte l’archéologue Antide Viand (service archéologique des Hauts de Seine). Il s’agit d’un habitat très concentré qui semble avoir fonctionné par quartiers plus ou moins spécialisés. Ces caractéristiques, la période considérée et la surface potentiellement couverte autorisent l’hypothèse d’une agglomération préromaine ». Pourquoi cette découverte dans les Hauts de Seine sème-telle le trouble ? « Parce qu’on ne retrouve presque rien de gaulois à Paris, répond Christian Goudineau. On retrouve bien sûr des vestiges de la Lutèce romaine, celle du tout début de l’ère chrétienne, mais rien ou presque d’antérieur. » Et ce n’est pas faute d’avoir cherché. « Dans les années 1860, lors des restructurations de la capitale – construction des égouts, réorganisation urbaine, etc. ; on est allé regarder à chaque fois qu’un trou était percé, raconte M. Goudineau. Rien à faire: on n’a quasiment rien trouvé datant d’avant 20 avant notre ère… Même les fouilles du parvis de Notre-Dame n’ont rien donné d’antérieur à la conquête romaine. » Attention cependant, dit en substance l’historien et archéologue Jean-Louis Brunaux (CNRS), absence de preuves n’est pas preuve d’absence. « Parfois, comme à Besançon ou à Bourges, on fouille longtemps sans rien trouver jusqu’à ce qu’enfin des vestiges préromains apparaissent », précise-t-il. Certes. Mais à s’en tenir à ce qu’on sait du sous-sol parisien, la Lutèce romaine semble avoir été bâtie sur une terre vierge de toute agglomération gauloise. A Nanterre, c’est tout le contraire. L’ensemble de la ville n’a pas été fouillé, tant s’en faut. Mais sur les quelques milliers de mètres carrés retournés, explique Antide Viand, « on trouve de l’artisanat avec de la céramique, de la production de textiles, de métaux, des monnaies ratées à la frappe ». Voilà qui signe la présence d’un atelier monétaire. Ce qui, analyse l’archéologue Matthieu Poux (université Lyon-II), « est souvent la caractéristique d’un centre de pouvoir politique ». La solution serait donc finalement assez simple. La « Lutèce gauloise », celle des Parisii, est à Nanterre. Après la conquête, les Romains « déplacent » la ville sur la montagne Sainte-Geneviève et l’île de la Cité. Ce schéma n’est d’ailleurs pas inhabituel: Bibracte, la grande ville du peuple gaulois des Eduens, est ainsi abandonnée après la conquìte romaine et refondée sous un autre nom, Augustodunum (Autun), à une vingtaine de km de son site d’origine, l’actuel mont Beuvray. Bibracte-Augustodunum, Nanterre-Paris. Les deux problèmes ne sont peut-être pas si différents. L’affaire peut-elle être si facilement tranchée? Hélas non. Car Nanterre n’est pas sur une île. Or dans la guerre des Gaules, le récit qu’il fait de ses campagnes menées entre – 58 et – 51, César décrit Lutèce comme une ville « située dans une île de la Seine ». Il insiste même lourdement sur cette caractéristique : dans un autre passage de son récit, il évoque une autre cité insulaire gauloise et fait le parallèle avec la ville des Parisii. La Lutèce gauloise est sur une île, Nanterre n’est pas sur une île. donc Nanterre n’est pas la Lutèce gauloise. C’est à n’y plus rien comprendre. A moins que … « Nanterre est installé dans un méandre profond de la Seine, dans la boucle de Gennevilliers, explique Antide Viand. Et cette boucle est verrouillée a son entrée par le mont Valérien : en fonction de l’angle de vue, on peut avoir l’illusion que la ville est sur une île. » Hypothèse d’autant plus plausible que les cours d’eau changent: l’actuelle « boucle de Gennevilliers » aurait pu être, il y a deux mille ans, une grande île. Pour Jean-Louis Brunaux, l’hypothèse de la Lutèce de Nanterre ne tient pas. « Il est possible de changer une capitale de place, de déplacer des populations entières, dit le chercheur. Mais il est impossible de persuader les autochtones qu’un lieu qui avait un nom depuis des temps immémoriaux peut tout à coup se trouver 15 km plus à l’est« . D’ailleurs, ajoute M.Brunaux, Augustodunum n’a jamais pris le nom de Bibracte et, « dans la plupart des cas, lorsqu’une ville est déplacée, c’est un nom romain qui lui est donné, générale-ment associé à un qualificatif gaulois ». Pour Nanterre, ce mauvais point n’est pas le seul: il lui manque des ingrédients qu’on trouve, peut-être, à Paris. Car si, dans la capitale, les archéologues n’ont presque rien retrouvé d’antérieur à – 50, ils y ont malgré tout fait une étonnante découverte, dans un puits funéraire exhumé en 1974 lors de travaux d’aménagement du Sénat. Qu’y avait-il dans la fosse ? Le squelette d’un homme, son équipement militaire et des amphores à vin. En 1998, les archéologues Sylvie Robin et Matthieu Poux ont fait une nouvelle analyse de cet-te étonnante sépulture et font datée d’environ – 50. « L’homme est équipé d’une grande épée de cavalerie et de deux fibules typiquement gauloises, raconte Matthieu Poux. Mais sa boucle de ceinture et ses sandales cloutées font partie de l’équipement classique de l’armée romaine »… Conclusion : le « Gaulois du Sénat » était sans doute un mercenaire gaulois à la solde de Rome. Cette sépulture, en plein jardin du Luxembourg, est-elle le vestige d’une bataille ? Voilà qui tomberait à pic pour Paris. Car dans la Guerre des Gaules, César raconte brièvement qu’un affrontement se joue à Lutèce vers – 52. Lab ienus, un de ses principaux lieutenants, y défait une coalition de trois peuples gaulois : Parisii, Senons et Aulerques. Récapitulons. Peut-être une bataille à Paris, mais pas de ville importante. une villee d’importance à Nanterre, mais nulle trace de bataille. comment trancher ? Où diable se trouve la « Lutèce gauloise » ? « Sincèrement, je n’en sais rien », répond Christian Goudineau. D’autant qu’un autre élément du dossier vient compliquer l’affaire. « Lutèce vient du gaulois Lucotetia, qui signifie le ‘marais’. C’est un nom de lieu-dit, un nom banal, explique M. Poux. Tandis que Nanterre vient de Nemetodurum, qui ressemble plus à un nom de capitale : il est fondé sur nemeton qui signifie le ‘sanctuaire’ ou le ‘temple’ ; et durum qui veut dire le ‘marché’ ». Voilà qui pourrait résoudre le problème. Résumons : la bataille se joue devant une petite bourgade sans importance du nom de Lutèce, tandis que la grande ville gauloise est à une dizaine de km de là, la « Lutèce gauloise», la capitale des Parisii, ne se serait donc nullement appelée Lutèce mais Nemetodurum… Victorieux à Lutèce, les Romains y installent leur camp ; le camp devient une ville. La ville grandit et vole la vedette à Nemetodurum. Celle-ci, désertée, sombre dans l’oubli Peut-être. Mais une étrangeté demeure. Dans La Guerre des Gaules, César cite pas moins de sept fois Lutèce et jamais la moindre Nemetodurum – dont le nom n’apparaît d’ailleurs dans les sources écrites que vers le VIe siècle de notre ère… Alors ? César s’est-il trompé ? A-t-il écrit à quelques reprises « Lutèce » au lieu d’écrire « Nemetodurum » ? A-t-il simplement négligé de mentionner la « vraie » capitale des Parisii parce qu’il ne s’y est, de son point de vue, rien passé d’important ? Pourquoi pas. «César n’écrit ni pour nous ni pour l’histoire, rappelle M. Goudineau. Il écrit pour les sénateurs de Rome, qui se moquent complètement du nom de ce bourg du nord de la Gaule ! » Alors, Lutèce ou Nemetodurum ? On se gardera bien de trancher. Mais après tout, la France n’est pas la Gaule, cette invention romaine. Et il n’y a pas de raison pour que la capitale des Parisii se trouve sous la capitale des Français.

    Cattos http://www.propagandes.info

    A lire : Nanterre et les Parisii, sous la direction d’Antide Viand, éd. Somogy, 2008. Puits funéraire d’époque gauloise à Paris, de Matthieu Poux, éd. Monique Mergoil.

  • Glorieuses défaites et grandes sagas – “La Nouvelle Revue d’Histoire” N°66, mai/juin 2013

    Glorieuses défaites et grandes sagas – “La Nouvelle Revue d’Histoire” N°66, mai/juin 2013

    Présentation du Dossier de La NRH 66 – mai-juin 2013. Par Dominique Venner

    Voici cent cinquante ans, le 30 avril 1863, était livrée au Mexique la fameuse bataille de Camerone, devenue emblématique de la Légion étrangère et de son esprit de sacrifice. Cet épisode célèbre a inspiré le dossier de La Nouvelle Revue d’Histoire n° 66 (mai-juin 2013).

    N’est-il pas frappant, en effet, que, dans l’histoire européenne, les défaites glorieuses plus que les victoires soient à l’origine des grandes sagas et des plus belles légendes ? Charlemagne fut le vainqueur de nombreuses batailles, mais c’est sa défaite de Roncevaux qui nous est connue et qu’a célébré la Chanson de Roland, le plus ancien chef d’œuvre de la langue française. Quant à la défaite de Waterloo, elle a sans doute compté dans la légende napoléonienne plus que la victoire d’Austerlitz !

    Depuis les origines de l’histoire connue, batailles, victoires ou défaites ont scandé l’existence des cités, des nations et des empires. N’en déplaise aux espérances pacifistes aisément compréhensibles, la guerre est consubstantielle à l’humaine condition. Ce fait est commun à tous les peuples et à toutes les civilisations, comme l’appétit sexuel ou celui de la nourriture, alors que tant de comportements et de créations les distinguent de façon fondamentale.

    Mais justement, la manière de concevoir la guerre et les défaites, s’inscrit dans les distinctions culturelles capitales. Ainsi la Chine, l’une des plus anciennes et riches civilisations, a-t-elle produit de célèbres traités de stratégie. Pourtant, comparés à ceux de l’Europe ou du Japon, les traités chinois ignorent la poétisation du combat, telle qu’on la découvre déjà dans l’Iliade. L’art chinois de la guerre écarte le culte de l’héroïsme au profit de subtiles manœuvres ayant pour but de vaincre l’adversaire sans même combattre. De ce point de vue, Sun Zi est à l’opposé de Clausewitz. Ce dernier n’a certes jamais magnifié les défaites, mais sa réflexion a pourtant surgi de la défaite prussienne d’Iéna, en 1806. En cela, cette défaite fut créatrice et même fondatrice.

    Nous avons donc développé notre réflexion à partir de plusieurs défaites glorieuses et emblématiques en commençant bien sûr par Camerone qu’évoque Alexis Neviaski (p. 36). En remontant dans le temps, nous poursuivons par le sacrifice des Spartiates aux Thermopyles que fait revivre Mathilde Tingaud (p. 40). Puis viennent la bataille et la légende de Roncevaux par le médiéviste Bernard Fontaine (p. 43). Jean Tulard, de l’Institut, médite sur la gloire de Waterloo (p. 46). Pour ma part, je souligne la place des causes perdues dans l’imaginaire de Stendhal (p. 48). Charles Vaugeois raconte le siège d’Alamo, prétexte d’un film célèbre (p. 50). Max Schiavon décrit la poignante tragédie et les retombées de Dien Bien Phu (p. 54). Enfin, Philippe Conrad attire notre attention sur quinze autres défaites glorieuses, dont le souvenir a traversé le temps, de la chute de Troie à celle de Berlin plus de trente siècles après (p. 59). Des épisodes, il faut le souligner, dont la participation féminine fut souvent importante, comme nous le rappelons au sujet de Dien Bien Phu.

    Dominique Venner

    Source : le site internet de Dominique Venner.

    “La Nouvelle Revue d’Histoire” est en kiosque, mais on peut aussi se procurer le numéro de la revue par Internet par exemple ici, ou par abonnement ici.

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  • Nos ancêtres les Gaulois – par Stéphane Foucart (5)

    C’est un fait incontestable, Obélix n’a pas pu être livreur de menhirs. Tout simplement parce que ceux-ci datent du néolithique: ils ont été érigés plus de mille ans avant l’avènement des civilisations celtiques. Pourtant, le malentendu persiste… L'un des menhirs les plus anciens au sud-ouest de la Corse, Filitosa est le centre de cette culture Le menhir de la Dame de Saint-Sernin en Aveyron au musée Fenaille de Rodez Une foule se presse autour des hautes pierres brutes de Stonehenge. C’est l’aube. Il y a là des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants. La ferveur le dispute à la fête. Certains sont venus de loin pour célébrer, en communion avec les druides, le solstice d’été sur le site même de l’imposant monument mégalithique. Les druides, vêtus de longues toges blanches, réunis au centre du grand cercle de pierres levées, psalmodient d’étranges mélopées. C’était le 21 juin 2009. Pas moins de 35 000 personnes avaient fait le pélerinage, pensant sans doute renouer avec l’élan des cultes gaulois. Cette religion mystérieuse qui – pense-t-on bien souvent – révérait les éléments en pleine nature, non loin de grandes pierres bru-tes dressées vers le ciel. Des pierres pas très différentes de celles qu’Obélix taille et transporte à bout de bras tout au long de l’oeuvre de Goscinny et Uderzo. Et qui deviennent même, parfois, un ressort scénaristique majeur. Comme dans Obélix et compagnie, où Rome entreprend de corrompre les irréductibles Armoricains en créant une éphémère bulle spéculative sur le menhir, dans la confection duquel ils sont censés exceller… Les Gaulois en maîtres d’oeuvre du mégalithisme ? L’anachronisme est formidable. « Les premiers grands menhirs, qui peuvent peser jusqu’à 300 tonnes et mesurer 20 m de hauteur, semblent apparaître au Portugal autour de – 6500, explique le préhistorien Jean-Pierre Mohen (Muséum national d’histoire naturelle), aujourd’hui chargé de la rénovation du Musée de l’homme. On les retrouve ensuite sur toute la façade atlantique« . Les architectures de pierre brute subsistent et se succèdent pendant des milliers d’années. « Les alignements de Carnac datent environ de la fin du IV millénaire avant notre ére. Quant aux dolmens, ils apparaissent vers – 4700 et seront construits jusque vers – 3000« . Les cromlechs, ces cercles de pierres levées, peuvent être plus tardifs. Celui de Stonehenge commence à être édifié vers – 3 000 et continue, un millénaire durant, à être aménagé. « Vers – 2000, c’est la fin du mégalithisme », conclut Jean-Pierre Mohen. Plus de mille ans, donc, avant qu’on ne commence à parler de Celtes ou de Gaulois – les Grecs nomment Keltoi ceux qu’ils rencontrent lors de la fondation de Marseille, au VIe siècle avant notre ère ; deux siècles plus tard, les Romains les appellent Galli. Quant aux plus anciens vestiges matériels qui leur sont associés, ils remontent autour de – 1100. Même en remontant au plus haut, nous voilà très loin des derniers mégalithes…Et pourtant ! « Aujourd’hui encore, lorsqu’on fait une communication au public sur les mégalithes, il faut toujours commencer par préciser que cela n’a rien à voir avec les Gaulois« , s’amuse le protohistorien Jean-Paul Demoule (université Paris I). La confusion remonte à loin. Dès le Moyen Age, on associe ces grandes pierres aux païens qui ont précédé la chrétienté, explique Jean-Pierre Mohen. Ceux-ci ne pouvaient être, dans l’esprit des gens qui ignorent alors complètement la notion de préhistoire, que les plus anciens connus par les textes grecs et latins : les Gaulois. » La confusion ne s’arrête pas à cet amalgame. Elle se renforce, bien plus tard, grâce au puissant regain d’intérêt pour le monde celtique qui traverse le XVIIIe siècle. En Grande-Bretagne, le Druid Order, fondé en 1717 par John Toland (1669/1722), un libre-penseur écossais – c’est d’ailleurs de ce mouvement que continuent à se réclamer les néodruides New Age qui se retrouvent à Stonehenge, à chaque solstice d’été. En France, l’historien et naturaliste Christophe-Paul de Robien (1698/1756), premier véritable archéologue de ces pierres brutes, dessine quantités de croquis, dresse les plans de ces assemblages mégalithiques, mène des relevés et des fouilles. Sous certains dolmens, il dégage des restes humains. La légende est en marche. Un peu plus tard, dans les années 1790, Théophile-Malo Corret de La Tour d’Auvergne (1743/1800), un Breton celtisant, peut écrire sans ciller, à propos des dolmens, que « c’est sur de tels autels, où l’art ne disputait presque rien à la nature (…), que les druides sacrifiaient à la divinité, choisissant le plus souvent des hommes comme victimes ». Ces mêmes victimes dont on retrouvait, soudain, les ossements !… Le dolmen devient donc une « table sacrificielle » – d’où son nom, forgé à partir de la langue bretonne : dolmen ou « table de pierre ». Dans les milieux scientifiques, la confusion ne durera pas. A partir de 1850, toutes les communautés scientifiques découvrent ensemble l’ancienneté du monde et de l’humanité. « vers 1860, les premières chronologies sont établies et un consensus se forme dans la communauté scientifique pour séparer complètement les Gaulois des mégalithes » dit Jean Paul Demoule. Peu à peu on réalise que les dolmens ne sont pas des autels : ils sont la structure interne de tertres funéraires disparus sous l’effet de l’érosion. « Il faut les imaginer recouvert de terre et de cailloux, formant un tumulus avec, souvent, un couloir d’accès menant à une ou plusieurs chambres funéraires protégées par les grandes pierres que seules on peut voir aujourd’hui », dit Jean-Pierre Mohen. Des tombes, donc, « qui ne sont pas si différentes des pyramides égyptiennes », précise M. Demoule. Quant aux menhirs, sans doute d’abord érigés par des populations de chasseurs-cueilleurs au seuil de la sédentarisation, ils sont sans doute des jalons. Une manière pour un groupe de signaler sa présence sur un territoire et, aussi, de faire étalage de sa force et sa détermination (il en faut pour déplacer et dresser une pierre de 300 tonnes). Plus tardifs, les grands cercles de pierres comme Stonehenge seraient plutôt des observatoires de cycles astronomiques, en particulier celui du Soleil. En fonction des pierres entre lesquelles l’astre de jour se lève, les cromlechs auraient permis « de déterminer l’époque à laquelle il convient de semer, de récolter, etc. », dit Jean-Pierre Mohen. Quel désarroi ! Jusqu’au début du XIXe siècle, « nos ancêtres les Gaulois » avaient des temples, fussent-ils de pierres brutes. Voici que les savants leur ôtent les seuls vestiges qui semblaient les matérialiser ! « Cela a contribué à renforcer l’idée d’une religion gauloise « naturaliste »; s’exerçant dans la nature, près de sources, de rivières, dans des clairières perdues dans la forêt, dit Christian Goudineau. Un célèbre texte de Pline l’Ancien [23/79]semblait appuyer cette idée. Il détaille le rituel gaulois de la cueillette du gui, qui doit s’effectuer dans la forêt, avec une serpe d’or, au « sixième jour de la lune » et nécessite le sacrifice de deux jeunes taureaux blancs. » Pourquoi chercher plus loin ? La forêt, toujours elle. Voilà le grand temple de « nos ancêtres les Gaulois » ! A ceci près, précise M.Goudineau, qu’«au XIXe siècle, tout le monde prend ce texte pour la description d’une pratique religieuse en tant que telle ; mais, à bien le lire, il ne décrit qu’une coutume associée à la collecte d’une plante médicinale ». Où diable « nos ancêtres les Gaulois » rendaient-ils grâce à Esus, Teutates,Taranis, et sans doute beaucoup d’autres de leurs dieux ? Ni sous la pierre nue ni dans les bois. « En 1977, dans un champ de la commune de Gournay-sur-Aronde [Oise], nous découvrons d’importantes quantités d’armes gauloises en fer mêlées à des ossements animaux, raconte l’archéologue et historien Jean-Louis Brunaux (CNRS), qui dirigeait les fouilles. Je me rends compte qu’il s’agit d’un fossé. En le suivant, nous réalisons qu’il dessine un enclos quadrangulaire d’une cinquantaine de m de côté« . En fouillant l’intérieur, les chercheurs découvrent un petit temple gallo-romain et,dessous, dans les niveaux proprement gaulois, « des fosses dont on s’aperçoit qu’elles ont servi à des sacrifices de boeufs, de porcs ou de moutons », dit M. Brunaux: « C’est exactement ce que l’on trouve dans le monde gréco-romain. Une enceinte bien délimitée dans laquelle on procède à des sacrifices animaux. Nous avons là un sanctuaire. » La datation des lieux indique que le culte s’exerçait ici au milieu du IIIe siècle. Un culte dont le «temple » rappelle le temenos grec ou le templum romain. A cette grande différence que ces sanctuaires gaulois sont de bois et qu’ils disparaissent presque totalement avec le temps, ne laissant de traces qu’imprimées en négatif, en creux, dans le sol… Ce n’est pas tout. Car, sur les armes exhumées des fossés, les archéologues notent un détail étonnant: « Elles avaient connu une oxydation antérieure à leur dépôt, elles avaient rouillé avant d’être déposées dans le fossé. » Pour Jean-Louis Brunaux, l’explication est simple : « Les Gaulois ont procédé à un rite que les Grecs appellent l’anathema et qui consiste à offrir aux dieux des panoplies d’armes en les accrochant aux parois du sanctuaire. Quand ces armes tombaient au sol, on les ramassait et on les désacralisait en les rejetant dans le fossé. » Un rite auquel Plutarque donne une explication élégante: le trophée d’armes symbolise la haine de l’ennemi, et celle-ci ne doit pas être entretenue, elle ne doit vivre que le temps du trophée. Depuis la découverte de Gournay-sur-Aronde, quantité d’autres sanctuaires gaulois ont été mis au jour. Avec, parfois, ce « sentiment d’être quasiment dans une ambiance grecque», dit Jean-Louis Brunaux. Bien loin, en tout cas, de la pierre nue et de la forêt. http://www.propagandes.info A lire : Les Mégalithes, pierres de mémoire, de Jean-Pierre Mohen, Gallimard,1998.