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culture et histoire - Page 1930

  • Asservissement et déportation vers l’Amérique, des pauvres en Angleterre, du XVIIe au XIXe siècle partie 2

    Au XVIIe siècle, les troupes de Cromwell ont conquis l’Irlande et pris Drogheda le 11 septembre 1649. Dix mille habitants ont été massacrés. Plus de cent mille hommes, femmes et enfants ont été déportés. Leur crime : être de confession catholique.

    Une infime minorité survivra aux douze semaines que nécessite la traversée de l’Atlantique. En septembre 1655, Cromwell exige que mille cinq cent jeunes Irlandais de douze à quatorze ans soient envoyés en Jamaïque et dans les Antilles anglaises pour compenser la mortalité des esclaves blancs. Ce plan est adopté par le Conseil d’Etat. Malheureusement, les enfants ne sont pas les seules victimes de ces déportations. Selon The Curse of Cromwell : A History of the Ironside Conquest of Ireland, les prêtres irlandais sont systématiquement déportés en Amérique avec des vieillards de plus de quatre-vingts ans.

    Le 25 mars 1659, la mise en esclavage de prisonniers politiques blancs est débattue au parlement anglais. Sa pratique s’intensifie après le 16 avril 1746, quand les fantassins du Scottish Highland, Français et Irlandais combattant de l’armée jacobite, perdent la bataille de Culloden. Ils sont déportés à la Barbade à partir des ports de Londres, Plymouth, Southampton, Douvres, Aberdeen. En Angleterre, les protestants les plus démunis sont également victimes de Cromwell qui en février 1656 a ordonné de déporter mille deux cent Anglaises. Deux mille autres les rejoindront le mois suivant. La même année Cromwell fait déporter en Jamaïque tous les Ecossais sans habitation.

    Le rôle actif et déterminant de Cromwell dans l’esclavage va de pair avec son appartenance à la franc-maçonnerie primitive, celle qui commence avant Anderson et Desaguliers. Niée par les historiens officiels, cette origine de la franc-maçonnerie n’est jamais relatée. A juste titre, nous pouvons soupçonner la franc-maçonnerie d’être une organisation criminelle, instigatrice de l’esclavage du XVIIe siècle qui fut un véritable holocauste. Et comment ne pas voir en Cromwell un ennemi acharné du catholicisme quand on sait qu’à sa seule exception, il décréta la liberté de tous les cultes. La tolérance maçonnique pour toutes les religions va toujours de pair avec la haine de la seule véritable ! Est-ce un hasard si Cromwell, financé par les juifs, permet leur retour en Angleterre, d’où ils furent chassés en 1290 par Edouard Ier ?

    Demandons-nous alors si la franc-maçonnerie fut la seule à maîtriser les tenants et les aboutissants de ce commerce ?

    Le Ku Klux Klan, groupe particulièrement raciste, anticatholique et violent envers les esclaves noirs, est fondé par Albert Pike, général de l’armée confédérée, ainsi que par les dirigeants maçons de haut grade du Sud. Jean Kotska (ancien maçon converti au catholicisme) le présente de manière approfondie au XIXe siècle dans Lucifer démasqué comme un franc-maçon du 33e degré, le grand commandeur du rite écossais ancien et accepté, l’auteur de Morals and Dogma (la bible maçonnique), le rénovateur du culte luciférien des temps modernes (Palladisme).

    Parmi ses dirigeants, le KKK recense beaucoup de juifs. Dans Jewish Participants in the Civil War, Harry Simonhoff cite notamment le Dr Simon Baruch, chirurgien et capitaine dans l’armée confédérée, qui en secret fréquente le KKK. Tous ces points démontrent que l’esclavage ou sa soi-disant abolition a toujours suivi la logique d’intérêts plus pragmatiques et plus convaincants que la fable opportuniste des droits de l’homme, véritable machine à abrutir les peuples. Sont-ce les raisons pour lesquelles, comme l’écrit Emmanuel Ratier dans Mystères et secrets du B’naï B’rith, le KKK ne fait pas l’objet dans les années 1920 des critiques de l’Anti-Defamation League ou du B’naï B’rith ?

    L’excellente brochure Le peuple juif tout entier est-il coupable de traite d’esclaves ? éditée par VHO (Vision Historique Objective) mentionne qu’en 1492, l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique marque le début de l’esclavage sur le Nouveau Continent. Sur la Santamaria, cinq juifs baptisés l’accompagnent. Ce sont Luis de Torres, Marco Bernai, Alonso de la Calle et Gabriel Sanchez. Ce dernier, soutenu par les autres juifs, convainc Christophe Colomb de capturer cinq cents Indiens et de les vendre comme esclaves à Séville. Isabelle la Catholique punit ces agissements. Chassé d’Espagne et du Portugal en 1492 et 1497, le peuple juif s’établit aux Pays-Bas, où est fondée la Compagnie hollandaise des Indes occidentales. En 1654, Jacob Barimson est le premier juif à émigrer de Hollande vers la New Amsterdam (plus tard New York).

    Il sera bientôt rejoint par ses semblables. Le commerce des esclaves avec les autochtones commence ainsi. Newport devient un des centres principaux du trafic d’esclaves. On l’appelle le Newport juif. Jusqu’alors, l’esclavage était strictement interdit dans le Nord des Etats-Unis. Les juifs interviennent pour changer cet Etat de fait. A Philadelphie, ce rôle incombera à Sandiford Lay, Woolman, Solomon et Benezet. Il n’est donc pas étonnant que derrière la version officielle de l’esclavage se trouve une grande majorité de juifs. C’est ce que démontre Farrakhan.

    L’île de La Barbade, découverte par un Anglais en 1605, est habitée vingt ans après par des Juifs devenus propriétaires des plantations de canne à sucre. Le rabbin Haham Lopez possède aussi deux esclaves. Un autre passage explique qu’en 1830, parmi les 36 % des 625 000 familles des Etats du Sud (des Etats-Unis) ayant des esclaves, 75 % sont juives. Dans la région des Caraïbes, les Juifs sont les plus grands commerçants maritimes. Ils possèdent les entrepôts avec du matériel d’équipement et de réparation. A cette époque, les commerçants de Curaçao disent qu’une très grande part de la navigation est détenue par les juifs. Le chapitre Jewish Owned Slave Ships (Bateaux de transport d’esclaves appartenant à des juifs) en fournit une liste exhaustive.

    Les plus importants noms liés à cet holocauste sont Moses Cohen Mordecai et Abraham Qradis. La famille Qradis possède vingt-six bateaux servant à la déportation d’esclaves africains vers les Caraïbes. En 1800, la famille Jessurin détient une centaine de bateaux sillonnant à cet effet toutes les mers et tous les océans. Les esclaves capturés et transportés par la compagnie de David et Jacob Senior ont l’immense plaisir de voyager à bord du De Vrijheid (La Liberté, en néerlandais). Quant aux bénéfices, signalons que le voilier La Fortuna atteint l’Amérique avec 217 Noirs. Achetés 4 300 dollars, ils sont vendus 41 438 dollars.

    Ceci n’est pas sans rappeler l’origine de la fortune de Mendès-France, président du Conseil en 1945-1955. Un des plus gros marchands d’esclaves avec les Antilles est un certain Mendès, qui se fait appeler Mendès-France pour se différencier de la branche portugaise de sa tribu. Cet ancêtre du calamiteux salopard qui trahit la France au profit des communistes du Viet-Minh en 1954, est au centre d’un procès retentissant sous Louis XVI. Séfarade de Bordeaux (où les Juifs portugais sont établis de longue date), Isaac Mendès-France s’était installé aux Antilles. Il revient en France en 1775 avec, dans ses bagages, deux esclaves congolais : le nègre Gabriel Pampy, 24 ans, et la négresse Amynte Julienne, 18 ans. A peine a-t-il mis pied à terre que des braves gens emmènent ses deux nègres et leur apprennent que le Code Noir qui régit l’esclavage à la Colonie n’a pas cours sur la terre de France et que, par édit royal, tout esclave posant un pied sur le sol du royaume est ipso facto affranchi. Mendès, frustré de ces beaux sujets sur lesquels il compte pour son élevage, intente à la Couronne un procès - par lequel il entend récupérer sa « propriété » - qui durera des années. Finalement Mendès perd la cause et une partie de sa fortune.

    En outre, certains propriétaires tombent amoureux de leurs esclaves. C’est le cas de Jacob Monsanto, le fils d’Isaac Rodrigues Monsanto, établi à La Nouvelle-Orléans et qui épouse Maimi William. De cette union naît une fille, Sophia (aujourd’hui, Monsanto est l’une des quatre principales multinationales de l’agrochimie génétique travaillant sur la recherche des OGM). La réalité n’est pas toujours aussi idyllique. Les viols sont si fréquents qu’un historien juif, A. Hilfman, dans Further Notes on the Jews in Surinam, écrit qu’en 1791 le Surinam compte 834 Juifs portugais, 477 Juifs allemands et une centaine de Juifs mulâtres. Dans Jews and Negro Slavery, Korn mentionne pour la même période à La Nouvelle-Orléans, que Daniel Warburg, ancêtre du banquier de Staline et Hitler, a deux enfants mulâtres, Eugène et Daniel, nés du viol d’une Cubaine noire, Marie-Rosé. C’est la raison pour laquelle le pirate Jean Laffite, écumeur de mer aux Caraïbes, transporte des Sénégalaises, particulièrement appréciées pour la prostitution. Leur prix est très élevé.

    Aujourd’hui, l’enseignement de l’esclavage est totalement détourné de sa réalité. Le responsable communiste anglais Israël Cohen semble en donner la raison. Dans un fascicule intitulé Un programme racial pour le XXe siècle, il déclare :

    « Nous devons réaliser que l’arme la plus dévastatrice que possède notre Parti (communiste) est la tension raciale. En matraquant l’inconscient collectif des races de couleur avec l’affirmation que pendant des siècles elles ont été opprimées par les Blancs… Les termes colonialisme et impérialisme doivent figurer en bonne place dans notre propagande… Tandis que nous enflammerons la minorité noire en la dressant contre les Blancs, nous nous efforçons d’opposer les races entre elles. Nous voulons instiller dans chaque Blanc un complexe de culpabilité lié à cette exploitation des Noirs… Ce qui mettra en marche un processus par lequel l’Amérique sera gagnée à notre cause ».

    Le système de l’esclavage n’est toujours pas aboli, ni dans les faits, ni dans ses origines, ni dans son organisation secrète. La prostitution, par exemple, constitue plus que jamais un fléau qui ronge nos sociétés.

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    Source : contre-info.com

  • Asservissement et déportation vers l’Amérique, des pauvres en Angleterre, du XVIIe au XIXe siècle partie 1

    Peut-on réduire l’histoire de l’esclavage à l’homme noir ? Des esclaves blancs ont existé. Ont-ils moins souffert que les esclaves noirs ? Qui furent les véritables mercantis de l’esclavage ?

    Rien n’interdit encore d’aborder la question de l’esclavage dans un esprit révisionniste et libre. L’IHR (Institute for Historical Review) propose deux ouvrages qui démontent le mythe de La Case de l’Oncle Tom : They Were White and They were Slaves (Ils étaient blancs et ils étaient esclaves) de Michael A. Hoffman et The Secret Relationship Between Blacks and Jews (Les relations secrètes entre les Noirs et les juifs) de Farrakhan.

    Dans Les différenciations raciales entre les Noirs et les Blancs, Thomas Jefferson relève que sous l’Empire romain au siècle d’Auguste, la condition des esclaves est bien pire que celle des Noirs dans le continent américain. Malgré cela, Epictète, Térence et Phèdre, esclaves de race blanche, furent les précepteurs des enfants de leurs maîtres. Au IXe siècle, des dizaines de milliers d’esclaves sont vendus sur les terres occupées par l’Islam, comme dans le Royaume de Cordoue. Les Vikings participent à ce commerce juteux. Les captifs sont blancs. Ils viennent d’Islande, d’Ecosse et d’Irlande. Les enfants, non rentables, n’ont pas été embarqués mais tués sur place et les drakkars s’en sont retournés chargés de denrées et de bijoux.

    Du Xe au XVe siècle, la majorité des esclaves est issue des peuples slaves, d’où le mot tire son étymologie. Les femmes sont vouées à la prostitution, les hommes aux galères. La castration est courante. Peu y survivent. Avec la disparition des sociétés traditionnelles et le recul du catholicisme sous la poussée des protestantismes, des populations entières sombrent dans une profonde misère.

    L’Angleterre concentre tous ces signes. Sa monarchie, très tôt liée aux desseins de la franc-maçonnerie, contribue à accentuer les souffrances d’un peuple contraint à un esclavage aujourd’hui cadenassé dans les amnésies du politiquement correct. Pourtant, cet esclavage, non répertorié comme tel et se développant en Angleterre, est bien plus cruel que celui qu’ont subi les pauvres Noirs d’Amérique. En 1765, sur vingt-trois enfants employés par l’entreprise St Clément Dane’s, dix-huit sont mortellement blessés. Soixante-quatre des soixante-dix huit enfants ouvriers d’une entreprise d’Holborn connaissent le même sort.

    A St Qeorge’s Middlesex, seize enfants sur dix-huit meurent d’accidents du travail. En Angleterre, le taux de mortalité de cette main-d’œuvre enfantine est estimé à 90 %. Les rythmes imposés sont insoutenables. Les journées de travail durent en moyenne seize heures. Les enfants sont employés à nettoyer les conduits de cheminées dont, par souci d’économie, les foyers ne sont pas éteints. Les accidents sont nombreux. Mal ou pas rémunérés, les petits ramoneurs qui doivent mendier leur nourriture sont décimés par la tuberculose et le cancer des bronches. Dans The White Slaves of England, John C. Cobden décrit la cruauté des patrons.

    En 1833, dans une usine de Manchester, un garçon de moins de dix ans est en retard. Il est contraint de porter autour du cou des poids de dix kilos. D’autres, meurent roués de coups. Dans les mines des dizaines de milliers d’enfants servent de bêtes de somme, attelés à des chariots. Dans les cimetières, les épitaphes témoignent de l’âge de ces esclaves : « William Smith, huit ans, mineur, mort le 3 janvier 1871 ». A l’entour, des enfants de quatre ans reposent dans les autres petites tombes. Dans The Factory System Illustrated William Dodd note qu’en 1846 plus de dix mille ouvriers anglais (en majorité des enfants), ont été blessés, mutilés ou déchiquetés par des machines.

    En 1840, un médecin de Stockport voit mourir une jeune fille la chevelure happée par le roulement à billes d’une machine. John Randolph, Virginien de Roanoke, voyage en Irlande et en Angleterre, accompagné de son serviteur. Il écrit : « Je ne pensais pas être autant choqué par la misère des paysans du Limmerick et de Dublin. Johnny est même fier d’être un esclave noir de Virginie. Il était horrifié de voir des taudis, des blancs mourant de faim ». La vie des paysans du Sud de l’Angleterre, témoigne l’historien anglais William Cobbet, est pire que celles des esclaves noirs américains. En 1834, des fermiers du Dorset tentent de former un syndicat pour préserver de la famine les veuves et les orphelins. Ils sont déportés en Australie. Outre-Atlantique, le sort des esclaves blancs, premiers déportés dans le nouveau monde où l’appât du gain a aboli toute morale, est tout aussi inhumain.

    En 1645, dans un courrier adressé au gouverneur du Massachusetts, John Winthrop, un certain George Downing conseille aux propriétaires qui veulent faire fortune dans les Antilles d’acheter des esclaves provenant d’Angleterre. En 1640, dans les plantations de canne à sucre des Iles de La Barbade (actuellement haut lieu de la Jet Society), 21 700 blancs sont recensés sur 25 000 esclaves. De 1609 à 1800, près des deux tiers des blancs arrivent en Amérique comme esclaves. Ils constituent la grande majorité de cette main-d’œuvre : il est moins difficile d’obtenir des esclaves blancs que des Nègres. Les chefs des tribus africaines doivent être saoulés par les marchands de « bois d’ébène ». Les Noirs ne sont capturés qu’après des traques qui durent de longues semaines dans des conditions excessivement périlleuses à travers les forêts et les savanes africaines. Le « rendement » est très mauvais. La plupart des captifs meurent, à bout de force, avant d’atteindre les bateaux. Les pistes sont jonchées d’ossements. Une bonne partie des survivants succombera pendant la traversée.

    En revanche dans les villes et la campagne irlandaise ou écossaises, les kidnappers - que l’édition 1796 du Dictionary of vulgar longue définit comme : « Personne volant des enfants pour les envoyer dans les colonies ou les plantations des Antilles » - fournissent à moindre frais des esclaves moins coûteux à livrer. Selon History of the United States, d’Edward Channing, dix mille enfants kidnappés ont été déportés aux Etats-Unis en 1670. Michael A. Hoffman évoque le négoce du capitaine Henry Brayne : « En novembre 1670, son bateau quitte la Caroline. Il est alors chargé de charpentes qui doivent être livrées aux Antilles anglaises en échange d’une cargaison de sucre pour Londres. Ici, le Capitaine prend à bord deux cents à cinq cents esclaves blancs à destination de la Caroline ». Toutes ces raisons conjuguées au fait qu’un esclave blanc a moins de valeur qu’un noir habitué au climat tropical de la Virginie ou de la Floride, expliquent le prix très bas des esclaves blancs.

    Par conséquent, les esclavagistes ne les ménagent pas : il les affectent aux tâches les plus dures et les plus répugnantes, les soumettent à des actes de maltraitance et de sadisme. Des enfants seront pendus par les mains à une corde, amputés et tués. Le trésorier de l’Etat de Virginie, George Sandys, atteste du peu de valeur d’un esclave blanc : il en échange 7 contre 150 livres de tabac.

    Dans A True and Exact History, Richard Ligon mentionne en 1657 le troc d’une esclave blanche contre un cochon. Dans les Antilles anglaises, les quatre cinquièmes des esclaves blancs meurent l’année de leur arrivée. Dans Sugar and Slaves : The Rise of the Planter Class in the English West Indies, l’historien Richard Dunn démontre que les plantations de canne à sucre des Antilles anglaises étaient le tombeau des esclaves blancs. Ecœuré par ces pratiques, le colonel William Brayne écrit en 1656 aux autorités anglaises pour demander l’importation d’esclaves noirs. Mais l’esclavage des blancs est encouragé par les hautes instances politiques et la Couronne. En 1615, le parlement anglais, soutenu par Charles Ier, donne tout pouvoir aux magistrats pour permettre la déportation des Anglais les plus pauvres. Sous le règne de Charles II (1630-1685), même le petit Pays de Galles n’est pas épargné.

    Aux XVIIe et XVIIIe siècles, des économistes insistent sur le « bien-fondé » de l’esclavage des blancs, main-d’œuvre qui permet le développement des colonies anglaises et favorise l’expansion de l’Empire britannique. En 1618, des aristocrates adressent une pétition au Conseil de Londres exigeant que les enfants qui errent dans les rues soient déportés en Virginie. En janvier 1620, des enfants tentent de s’enfuir de la prison de Briedewell. Une mutinerie éclate. On craint que le mouvement se généralise. Un courrier est envoyé au secrétaire du Roi, Sir Robert Naunton. Le 31 janvier, le Privy Council autorise à titre d’exemple le recours aux sentences capitales. Cela durera jusqu’au XIXe siècle, époque à laquelle les propriétaires d’usines de Nouvelle-Angleterre militent pour l’abolition de l’esclavage noir tout en exploitant sans vergogne les enfants blancs. Ce n’est pas une attitude nouvelle. Dès février 1652, les propriétaires des plantations ont obtenu la légalisation et l’extension du kidnapping des blancs. Les villes du Commonwealth voient les plus pauvres, accusés de mendicité partir chaînes aux pieds pour l’Amérique. Les juges perçoivent les pots-de-vin liés à ce trafic. La part de Sa Majesté n’est pas la moindre.

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    Source : contre-info.com

  • Décès de l’historien Jacques Heers

    Historien français spécialiste du Moyen Âge, Jacques Heers est décédé le 10 janvier 2013 à Paris. Élève de Fernand Braudel, assistant de Georges Duby, Jacques Heers écrivit de nombreux ouvrages principalement sur l’économie et la société médiévales. Encore récemment professeur honoraire de l’Université de Paris IV, Jacques Heers est né en 1924 à Paris. [...]

    livres Heers

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  • Mythe et Communauté

    Avec un bon siècle d'avance, Friedrich Nietzsche avait prévu tous ou presque tous les phénomènes qui caractérisent notre époque, comme la montée du nihilisme anarchiste, l'épidémie des névroses, l'essor extraordinaire d'un art du spectacle abaissé au niveau des "circenses" quotidiens, le commerce de la luxure. La vérification des prophéties nietzschéennes devrait frapper les esprits, les inviter à la réflexion. Il n'en est rien. Mais cela est fatal. Nietzsche avait établi pour les sociétés occidentales un diagnostic de décadence et il ne faisait que prévoir le décours normal de la maladie. Or le propre de cette maladie des sociétés qu'est la décadence, c'est l'aveuglement qui frappe le malade à propos de son état. Plus il est malade, plus il croit être en bonne santé. Une société décadente est ainsi d'autant plus progressiste qu'elle avance vers l'issue fatale de sa maladie.
    Regardons autour de nous. Tout le monde, du libéral plus ou moins avancé au communiste plus ou moins retardé, croit viscéralement au progrès, est intimement convaincu de vivre une ère de progrès et même de progrès ultime. Il voit toutes sortes de phénomènes sociaux qui dans la longue histoire des peuples ont toujours caractérisé les agonies des peuples et des cultures. Du féminisme à la montée sociale fulgurante des histrions et gens du spectacle, de la désagrégation des cellules sociales traditionnelles ‹pour nous la famille‹ aux tentatives éphémères et toujours renouvelées de les remplacer par on ne sait quelles communes, de l'universalisme masochiste à l'effondrement de toute norme sociale contraignante pour l'individu. Mais il est devenu parfaitement incapable de tirer la leçon de l'histoire, ce qui l'amène parfois à se dire que l'histoire n'a pas de sens.
    Un autre trait est caractéristique de la décadence avancée: la médiocrité des sentiments. On se chamaille hargneusement, mais on se tolère. On se fait encore la guerre, froide si possible, mais on la fait au nom de l'amour, pour libérer l'autre. Ce que l'on se fait une obligation de haïr, c'est l'abstraction de l'Autre, jamais l'Autre dans sa réalité. On hait, selon le camp où l'on se trouve, l'affreux capitalisme occidental ou l'horrible régime communiste, mais on aime le peuple russe, on aime le grand peuple américain. Les sociétés décadentes ne savent plus aimer ni haïr, elles sont déjà tièdes, puisque la vie est en train de les abandonner, leur force vitale est déjà presque toute dissipée. Cette force vitale qui donne vie aux sociétés, les organise et les lance sur le périlleux chemin de l'histoire, cette force peut recevoir plusieurs noms. Dostoïevski l'appelait Dieu et il disait donc que lorsqu'un peuple n'a plus son Dieu, il ne peux qu'agoniser et mourir. Friedrich Nietzsche, lui, a annoncé aux sociétés occidentales que leur Dieu était mort et qu'elles aussi allaient donc mourir. Paul Valéry, à sa façon, a ressenti la même vérité. Pour moi, "Dieu" est une définition trop étroite, trop "occidentale", de ce qu'est la force vitale d'une société. Le divin n'est qu'un élément, qu'un aspect de cette force vitale que j'appellerais plutôt, dans toute sa complexité, MYTHE.
    Le propre du mythe, tel que je l'entends, est d'entrer dans l'histoire en se créant soi-même, c'est-à-dire en créant et en organisant ses propres éléments. Le Mythe est cette force historique qui donne vie à une communauté, l'organise, la lance vers sa destinée. Le Mythe est avant tout un sentiment du monde, mais un sentiment du monde partagé et, en tant que tel, il est et il crée objectivement le lien social et, en même temps, la norme communautaire. Il structure la communauté, lui donne son style de vie, et il structure aussi les personnalités individuelles. Ce sentiment du monde est par ailleurs à l'origine d'une vision du monde, donc d'expressions cohérentes de pensée. L'histoire nous apprend que chaque peuple, que chaque civilisation a eu son Mythe. Dans la perspective ouverte par notre présent social, on a l'impression que les Mythes se rattachent toujours à une phase primordiale, désormais dépassée, du devenir humain. Que le Mythe soit pour ainsi dire la manifestation propre de l'enfance de l'humanité, est un lieu commun de la réflexion historique moderne. C'est le point de vue, inévitable, d'une pensée qui est le reflet de la vieillesse d'une civilisation. Lorsqu'un Mythe est mort, lorsqu'on le regarde du dehors, un Mythe nous apparaît comme un ensemble de croyances plus ou moins fantasques, comme une collection de récits imaginaires, étrangement confus, toujours contradictoires. Si l'on essaie, par l'imagination postérieure, de le reporter à la vie et à l'histoire, le Mythe semble se mouvoir contre le sens du temps, ce qui fait dire à Mircea Eliade que le Mythe est nostalgie des origines. Mais il se trouve que l'on ne peut pas étudier la vie sur un cadavre. Un Mythe vivant se reconnaît tout au contraire par le fait qu'il est harmonie, fusion et unité des contraires. Cela veut dire tout simplement que les hommes qui vivent dans le champ du Mythe et qui sont organisés par lui, ne ressentent point comme contradictoire tout ce qui paraîtra contradictoire à ceux qui sont en dehors. Le Mythe est vivante force créatrice et il le démontre justement par cette création qui infatigablement réduit et harmonise les contraires. On a eu un nom pour cette vertu réductrice des contradictions, on l'a appelée la foi. Rationnellement, nous sommes ici dans un cercle vicieux, autre forme de contradiction : le Mythe n'est vrai que par la foi, mais la foi ne vit que par le Mythe -la foi n'est créée que par le Mythe.
    Pour qui est dans le Mythe nous le savons bien ce cercle vicieux, cette contradiction n'en est pas une, parce que le Mythe est dans tous ceux qui relèvent de lui et il ne cesse de se créer entre eux et par eux. Car le Mythe, en effet, est création incessante de soi-même, il est - sous tout rapport - auto création. Cela est vrai déjà au niveau du langage, qui est le niveau où se constitue l'humain en tant qu'être social. Des illustres structuralistes nous expliquent aujourd'hui que nous ne parlons pas, que nous sommes "parlés". Ils parlent évidemment d'eux-mêmes et pour eux-mêmes, en tant que représentants privilégiés des sociétés actuelles. Ils ont raison; puisque toute langue, détachée du Mythe -c'est-à-dire du sentiment du monde qui l'a créée, ne peut plus être que parlée, dans le sens de ceux qui l'emploient en réalité ne parlent plus, mais sont parlés. Lorsque la langue est encore vivement attachée à sa racine mythique, elle est encore en train de se créer et ceux qui l'emploient encore parlent et se parlent, loin de toute Tour de Babel.
    La langue du Mythe structure des symboles, elle crée encore les choses avec les mots. Lorsque le Mythe ne parle plus et qu'il est tout au plus encore parlé, à l'harmonie du symbole succède la discorde de deux idées opposées, inconciliables. Cela signifie aussi, tautologiquement, qu'à l'époque du Mythe succède l'époque des idéologies, d'idéologies jaillies d'une même source et pourtant toujours opposées, qui s'efforcent vainement d'atteindre leur impossible synthèse par une "science ultime" et de retrouver par cela ce paradis perdu qui était assuré par l'harmonie du Mythe.
    Puisqu'il est harmonie des contraires, le Mythe est aussi le lien social par excellence et, de ce point de vue, il est légitime de parler à son propos de religion. Lien social, le Mythe organise la société elle-même, en assure la cohérence dans l'espace et à travers le temps. Le Mythe est bien plus qu'une Weltanschauung; il est un sentiment du monde et aussi, tout à la fois, mieux: par cela même un sentiment de valeur, un mètre opérant. Il est la clé qui explique, qui suggère l'action et la norme de l'action. Je voudrais vous rappeler ici comment un Mythe peut organiser une société, dicter leur conduite à des hommes, en l'occurrence les Hellènes, confrontés soudain à un problème qui leur était inconnu. Les Hellènes étaient des Indo-Européens, leur Mythe était le Mythe indo-européen, sur la base duquel ils s'étaient organisés en société à descendance patrilinéaire fondée sur ce que nous pouvons appeler la valeur héroïque. Lorsqu'ils immigrèrent dans la péninsule Grecque, ils se trouvèrent confrontés à une société à descendance matrilinéaire. Pour des raisons qui furent peut-être contingentes, ils ne détruisirent pas cette société étrangère. Il y eut mélange de peuples, de civilisations. Cela posait un grave problème: celui de l'opposition inconciliable entre deux conceptions de la société et du droit. Dans la société matriarcale, ce ne sont pas les femmes qui font la guerre et qui détiennent le pouvoir, ce sont aussi les hommes. Mais la légitimité du pouvoir vient de la femme, on ne devient roi que parce qu'on épouse la femme qui par droit de descendance matrilinéaire est héritière du pouvoir. Dans ces sociétés, le pouvoir est ainsi toujours détenu par des hommes choisis par les femmes. Or, si l'on peut légitimement penser que les Hellènes, au début du mélange, ont souvent acquis le pouvoir grâce au mariage, ils devaient quand même le légitimer du point de vue de leur Mythe, du point de vue du droit patrilinéaire. Toute une foule de récits mythiques sont là pour nous dire ces conflits et les mille voies par lesquelles les Hellènes ont toujours fait triompher leur système de valeurs. L'aventure d'Oedipe, l'Orestiade, les mythes de Thésée, de Jason, du Bellérophon, le mythe même du rapt d'Europe ne sont que des exemples parmi tant d'autres. Et la suprématie du droit paternel est symbolisée, dans un Panthéon qui certes relève de deux religions mythiques, par la présence d'Athéna, la déesse vierge, déesse guerrière mais aussi déesse de la pensée réfléchie. Athéna n'a pas de mère, elle proclame "n'être que de son père", Zeus, et c'est elle qui est là pour absoudre tous les Orestes, qui pour venger leur père ont été acculés à assassiner leur mère.
    Ce rapport intime entre Mythe fondateur, société, système de valeurs, norme sociale, nous permet de parler de la société comme d'un organisme, de parler de société organique. Ce terme de société est du reste impropre, comme le démontre le fait que nous sommes obligés de l'adjectiver. Je dirais donc, dorénavant, communauté pour dire société organique, et de plus j'opposerai communauté à société tout court, un peu à la façon dont on oppose un concept-limite à l'autre. Cette opposition de communauté à société n'est pas nouvelle, elle a été faite par des sociologues allemands et notamment par Ferdinand Tönnies. L'intuition de ces sociologues était juste, mais elle a toujours conduit à des conclusions erronées ou à des théories assez confuses, parce que la définition de communauté par rapport à société n'était jamais donnée si ce n'est de façon implicite.
    Un Mythe est toujours nostalgie des origines, comme dit Mircéa Eliade, mais il est toujours aussi vision cosmologique d'avenir, il annonce une fin du monde, qui peut être aussi parfois commencement d'une répétition du monde et, dans un cas que nous connaissons bien, régénération du monde.
    Le Mythe, on dit aussi, n'a pas de temps. Il n'en a pas parce qu'il est le temps, le temps de l'histoire. Ainsi la communauté qu'il organise est un organisme historique qui occupe à tout moment les trois dimensions du temps historique. Une communauté est un organisme vivant, qui est à la fois dans le passé, dans le présent et dans le futur. Une communauté a une conscience communautaire, qui est souvenir, action et projet à la fois. Une telle communauté, nous l'appelons peuple. Lorsqu'un peuple n'a plus la mémoire de ses origines et, comme dit Richard Wagner, lorsqu'il cesse d'être mû par une passion et une souffrance commune, il cesse d'être peuple: il devient masse. Et la communauté devient société. J'ai dit que communauté et société sont des concepts-limites. Il y a toujours un peu de la masse dans les meilleurs des peuples et il y a toujours un reste de peuple dans la masse la plus vile et la plus rabaissée. Il n'y a pas de doute, et d'ailleurs on nous en rabat les oreilles, que nous vivons à l'époque des masses, que nous vivons dans des sociétés massifiées. L'individu, n'importe lequel, est divinisé au nom de l'égalité. Tout individu social a la même valeur, la personnalité n'est jamais prise en considération et pour cause puisqu'il n'y a plus de système référentiel de valeur sociale. Dans une communauté, par contre, la valeur humaine, qui est toujours personnalité sociale, est mesurée par son degré de conformation aux types idéaux proposés par le Mythe et que chaque membre de la communauté porte en soi comme une sorte de super-ego. Lorsque le Mythe s'effrite, lorsque ces archétypes idéaux ne sont plus ressentis comme tels, il n'y a plus de lien communautaire, de sorte que, à la limite, tout individu est considéré comme idéal en soi, par le simple fait qu'il est un individu. Ce qui reste pour tenir ensemble ce qui est devenu une société, c'est le lien toujours précaire et contingent créé par l'alliance des intérêts égoïstes de groupes d'individus, de classes, de partis, de chapelles, de sectes. La véritable dimension humaine, qui est dimension historique, est perdue; la société de masse ne se soucie plus en réalité ni du passé ni de l'avenir, elle ne vit que dans le présent et pour le présent. Ainsi elle ne fait plus de politique, elle ne fait que de l'économie, et de l'économie de la pire espèce, conditionnant tous les réflexes sociaux. Symptomatiquement, la préoccupation de l'avenir, les horizons de l'an 2000, ne sont invoqués que pour justifier et faire avaler l'insuccès économique du présent. Vous l'avez compris, nous sommes en train de parler de nos sociétés occidentales. Ces sociétés, au sein desquelles nous sommes nés et nous vivons, sont issues de la grande oekoumène chrétienne, qui avait été formée et conformée par le Mythe judéo-chrétien. Ce Mythe est mort depuis longtemps, avec son Dieu. Même la religion, telle que ce qui reste des Eglises encore la véhicule, est idéologisée, est devenue idéologie qui s'oppose à d'autres idéologies jaillies de la même source mythique, désormais tarie. Là où le Mythe avait organisé, harmonisé, uni et ainsi donné une signification et un contenu spirituel, c'est-à-dire humain, à la vie des hommes, les idéologies opposent, désunissent, désagrègent. L'idéologie rejette le Mythe comme irrationnel et prétend, elle, être rationnelle, être rationnellement fondée. Au fond, de façon implicite ou explicite, toute idéologie prétend être science et science de l'homme aussi. Et sur la lancée de sa quête de rationalisme, toute idéologie finit par se muer en anti-idéologie. En effet, puisqu'une idéologie ne va jamais sans idéologie contraire, cette constatation pousse à la recherche d'une synthèse dans une sorte de neutralité idéologique apparente, soutenue par la conviction saugrenue qu'en dernier ressort tout, même l'homme, est quantifiable, que tout peut être calculé, que la vie d'une société se réduit à un problème de gestion administrative.
    Les sociétés occidentales, par exemple, ont l'illusion de retrouver l'harmonie perdue, la fusion intime des contraires grâce aux vertus de la tolérance:, mais elles deviennent ainsi schizophrènes et rendent schizophrènes les individus les plus sensibles au climat social. L'individu occidental finit toujours par avoir mauvaise conscience, surtout au niveau du pouvoir, parce qu'il est tenaillé par deux exigences opposées, qu'il ne saurait satisfaire ensemble, disons, pour simplifier: l'exigence de liberté individuelle et l'exigence de justice sociale. L'écartèlement qui est au sein des sociétés est toujours aussi au coeur des individus et cela porte parfois à des conséquences cocasses, comme dans le cas des libéraux avancés qui voudraient aussi être à la fois socialistes et dans celui des communistes et socialistes qui voudraient aussi être libéraux. Et remarquez que si on se moque du Mythe, rejeté comme irrationnel, instinctivement on voudrait bien en récupérer le bénéfice social, en proposant des Anti-Mythes avec un idéal correspondant qui serait celui de l'Antihéros, idéal si bien représenté au niveau de la consommation quotidienne de pseudo-valeurs sociales, par l'artiste débraillé, chevelu, si possible un peu sale.
    Les sociétés communistes, elles aussi issues du Mythe judéo-chrétien, ont essayé une autre solution. Elles ont choisi l'intolérance, au bénéfice d'une seule idéologie, sommée en fait de prendre la place du Mythe. Mais puisque l'idéologie n'est pas un Mythe et donc ne peut pas être opérante dans l'âme des individus, les individus ne se conforment jamais à la norme idéologique. La conséquence bien connue en est que la société communiste est une société de contrainte. Pour être tout à fait exact: il y a dans la société communiste, à tous les niveaux, une obligation de contrainte, de sorte que l'épurateur lui-même finit toujours épuré, tandis que dans la société libéralo-démocratique on aboutit à une obligation de tolérance, dont même les délinquants finissent par bénéficier. Par ailleurs les sociétés communistes aussi, en dépit de certaines apparences "anti-économiques", ne vivent que dans le présent. La démonstration en est offerte, de façon périodique mais frappante, par la condamnation de tout présent révolu, qui y assume les aspects d'une célébration rituelle. Le présent est toujours divinisé ‹de Lénine à Staline jusqu'à Mao‹ pour être infailliblement condamné et conspué dès qu'il cède la place à un autre présent. Ainsi, somme toute, on peut bien dire que l'équation sociale de la société communiste donne comme résultat la même valeur que l'équation démocratico-libérale. Microscopiquement, au niveau des individus, la société libérale est plus attrayante, d'où le phénomène de la dissidence au sein des régimes communistes, les fuites, et par réaction le mur de Berlin. Mais remarquez aussi qu'au niveau macroscopique, de la masse en tant que telle, la fuite se produit surtout en sens inverse et que donc dans cet après-guerre les sociétés socialistes se sont multipliées.
    Que faire alors, à quoi s'attendre ? Permettez-moi de revenir encore une fois à Nietzsche. Nietzsche nous a dit parmi les premiers que la civilisation occidentale était entrée en agonie, une agonie à la durée imprévisible, et qu'elle allait mourir. Les nations européennes sont condamnées ou bien à sortir de l'histoire à la façon des Bororos chers à M. Lévi-Strauss, ou bien à mourir historiquement et voir dissoudre leur substance biologique dans des nations et des peuples à venir. Au fond, tout le monde en Europe est plus ou moins conscient et c'est bien à cause de cela qu'il y a depuis quelque temps un discours sur l'Europe. Mais cette Europe est conçue comme un prolongement des actuelles réalités sociales, comme le dernier moyen pour sauver ce qui est à l'agonie, ce qui est condamné à mort, c'est-à-dire la civilisation judéo-chrétienne. Mais si une Europe voit le jour dans un avenir plus ou moins lointain, elle n'aura de sens, historiquement, que si elle est telle que Friedrich Nietzsche la souhaitait, portée et organisée par un Mythe nouveau, fondamentalement étrangère à tout ce qui est aujourd'hui. Nous croyons savoir que ce nouveau Mythe est déjà là, qu'il est déjà apparu. Pour cela il y a des signes et des signes derrière les signes. A ses débuts, un Mythe est toujours extrêmement fragile, sa vie dépend toujours de quelques poignées d'hommes qui déjà le parlent. Dans une étude sur ce que j'appelle la musique européenne de Johann Sebastian Bach à Richard Wagner, j'ai essayé de montrer comment ce Nouveau Mythe et la nouvelle conscience historique qui le porte sont nés, de montrer aussi par quel chemin ce Nouveau Mythe s'est dirigé vers notre présent. S'il vit encore, il ne peut survivre qu'en vertu de la totale fidélité de ceux qui le portent à son jeune passé. Certes, il n'a pas encore tout dit, peut-être n'a-t-il que balbutié. Le Mythe, lorsqu'il est vivant, est toujours en train de se dire.
    Giorgio Locchi ( JANVIER 1979, XIIIième Colloque fédéral du G.R.E.C.E., Communication de Giorgio LOCCHI )

  • Attila Le Hun

  • « les Faux Prophètes, Voltaire, Rousseau, Marx et Freud » le dernier ouvrage d'Yvan Blot...

     Chers amis,

    Enfin mon livre « les Faux Prophètes, Voltaire, Rousseau, Marx et Freud » vient de sortir aux éditions APOPSIX (voir pièce jointe).

    Je le présenterai lors d’une réception au Cercle Interallié 33 rue du Faubourg Saint Honoré 75008 PARIS le lundi 18 mars prochain à 18H30

    Je vous invite très cordialement

    Vous avez le nom de blog idéal !!!!

    Amitiés

    Yvan Blot

    NOUV COUVERTURE .pdf

    yvan blot faux prphetes.jpg 

     240 pages, 20 euros

    LES FAUX PROPHETES, de Yvan BLOT

    Tout le monde connaît la chanson de Gavroche : « je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Rousseau ». Pour l'auteur, Voltaire, Rousseau, mais aussi Marx et Freud nous ont entrainés sur de mauvais chemins. Ce sont de faux prophètes qui ont cru libérer l'humanité et qui ont déchaîné des forces de destruction, d'où les guerres révolutionnaires, la Terreur, les totalitarismes, la dissolution des valeurs morales après Mai 68.

    Pourquoi ont-ils eu tant de succès ? Parce que ce sont des séducteurs qui ont fait croire aux hommes qu'ils allaient réaliser leurs plus chers désirs. Pas besoin de Dieu, vous êtes Dieu grâce à votre raison, dit Voltaire. Pas besoin de roi, vous êtes vous-mêmes roi grâce à la démocratie, dit Rousseau. Pas besoin de patrons, vous serez tous riches et tous patrons grâce au communisme, fait croire Marx. Pas besoin de morale, soyons tous des Don Juan grâce à la révolution sexuelle, suggèrent Freud et surtout ses disciples.

    En fait, tous avaient une vision de l'homme comme étant essentiellement un animal. Animal certes doué de raison, mais animal tout de même, dans son essence. Freud déclare dans « Malaise dans la culture » : "l'homme est un être à l'intelligence faible, qui est dominé par ses souhaits pulsionnels". 

    L'ouvrage livre une autre façon de voir l'homme : chacun des faux prophètes se voit opposé un adversaire : Pascal pour Voltaire, Nietzsche pour Rousseau, Kierkegaard pour Marx et Heidegger pour Freud.

    Il faut donc aujourd'hui se libérer des faux prophètes et des illusions dont ils nous ont intoxiqués. L'auteur propose de suivre plutôt le chemin des philosophies existentielles plus proches de la réalité humaine, plus respectueuses des individus dans leurs différences et leurs identités et ouvertes à la transcendance et au mystère de notre existence, afin d'échapper à la dictature de l'utilitarisme et du matérialisme.

     A propos de l'auteur :

    Yvan Blot, ancien élève de l'ENA, docteur ès sciences économiques, ancien député du Pas-de-Calais et ancien député européen, est membre d'un grand corps d'inspection de l'Etat. Il a fondé le Club de l'Horloge dont il a été le premier président de 1973 à 1986. Il anime l'institut néo-socratique de philosophie (site : www.insoc.fr) et il est président de l'association « Agir pour la démocratie directe » qui possède le site www.democratiedirecte.fr Il est l'auteur de nombreux ouvrages de science et de philosophie politiques.

    http://lafautearousseau.hautetfort.com

  • Migrations, immigration, du droit du sang au droit du sol

    Au XIXe siècle les transitions politiques et économiques ont entraîné une transition démographique majeure en France. Pays où tous les peuples d’Europe ou presque, se sont arrêtés pour s’y fixer aux temps lointains des invasions barbares, et où leurs particularismes imprégnaient toujours les campagnes, la France au moment de la révolution industrielle du XIXe a vu tous ses ruraux se regrouper vers les nouveaux centres d’activités à la recherche du travail que la terre ne leur fournissait plus.

    Aussi nombreux furent-ils, ils ne le furent pas suffisamment pour pourvoir aux besoins de l’industrie. Tous ces Bretons, Auvergnats, Savoyards, chassés de chez eux par la misère eurent à partager leur condition de déraciné avec d’autres déshérités venus d’horizons plus lointains, ayant eu pour des raisons identiques à franchir une frontière, Belges, Italiens, Allemands, Polonais, Russes, et plus tard Juifs rescapés des pogroms.

     

    Entre un Breton qui maîtrisait mal le français et un Italien du Piémont fraîchement débarqué dans la capitale, la qualité de citoyen français du premier n’en constituait pas pour autant une différence significative aux yeux du Parisien qui les voyait arriver. Mieux encore, le Français et l’Italien étant deux langues latines, il est possible que la barrière de la langue ait constitué un obstacle plus difficile à franchir pour le premier que pour le second. Quoiqu’il en fut, tous deux se voyaient attribuer le travail ou plus exactement le salaire dont l’ouvrier autochtone ne voulait plus se contenter.

    Mais bientôt au fil des évolutions politiques de la société, l’ouvrier français devenu citoyen acquit le droit de vote. Il put dès lors considérer le travail comme un droit au regard de son devoir de risquer sa vie pour la patrie. La France était devenue malthusienne avant les autres nations européennes au moment où elle avait le plus besoins de Français et les guerres du Premier Empire n’avaient pas arrangé les choses. Ainsi nos compatriotes eurent parfois du mal à accepter que le travailleur immigré avec lesquels ils se retrouvaient en concurrence, fut dispensé des devoirs du citoyen français. Pour le faire accepter, le pouvoir a du faire accepter à l’Immigré d’oublier définitivement ses origines en devenant citoyen français, de plus ou moins bon gré. Le patronat avait besoin de travailleurs, la France avait besoin de soldats, tous ceux qui avaient élu domicile sur son sol devaient se fondre dans la Nation quelque soit leur pays d’origine. Cet aspect de notre législation provoque encore aujourd’hui de multiples controverses sur le sens du mot Nation.

    Le concept de Nation, ce bien commun du peuple – peuple qui auparavant n’était que sujet du roi de France- a introduit ipso facto celui de nationalité d’autant plus que les migrations étrangères – essentiellement européennes à l’époque – commencèrent à se faire importantes dès les débuts du XIXe siècle. Et cela eut pour conséquence de poser la question de l’évolution du droit du sang (consubstantiel à l’héritage) vers le droit du sol, et ce de façon paradoxale. Être Français imposait aux nationaux le devoir de défendre éventuellement la Patrie, et à minima d’être astreints aux vicissitudes du service militaire, un handicap face aux jeunes Etrangers qui, dispensés qu’ils en étaient, se retrouvaient favorisés dans l’attribution d’un travail pour les plus jeunes. Ce « désavantage » pour les jeunes Français aurait peut-être perduré si leur condition d’électeur conjuguée aux besoins démographiques du pays ne trouvèrent dans l’instauration du droit du sol une solution qui satisfaisait à la fois les intérêts des salariés français et ceux de la classe dirigeante. Il fut imposé aux étrangers comme une obligation conséquente aux avantages que leur donnait la France, avec pour seule alternative en cas de refus que leur retour au pays. Ces rapports entre droits et devoirs liés à la nationalité, cet équilibre entre intérêts des salariés électeurs et intérêts économico-politiques de la classe dirigeante, posent une problématique toujours d’actualité même si des données d’autre nature interfèrent actuellement.

    I. Une France où circulaient tous les déracinés d’Europe

    Suite à la Révolution où la suppression du droit d’aînesse entraîna le morcellement des terres cultivables, ce phénomène s’ajoutant aux progrès techniques dans l’agriculture au XIXe siècle, une surpopulation des campagnes apparut et le début d’un inexorable exode rural, malgré le reflux démographique déjà amorcé en France dès la fin du XVIIIe siècle. Les zones montagneuses, le Massif Central et le Massif Armoricain furent les plus touchées. Les habitants de ces zones gagnèrent les villes à proximité ou les grandes villes plus lointaines. Quelque fois les migrations furent saisonnières, quelques fois elles furent définitives ou le devinrent après avoir été saisonnières un fois définitivement abandonné le rêve de « retour un jour au pays ».

    Lyonnaise native de Genève
    Une habitante de Lyon native de Genève en 1820 (archives municipales de Lyon, 2E 192).

    La France des villes et celle des campagnes en mal de main d’oeuvre saisonnière virent aussi arriver d’autres migrants, venus d’Allemagne (encore en pic démographique au XIXe siècle) de la Belgique flamande (alors très pauvre), d’Angleterre (également surpeuplée mais dont les habitants possédaient un savoir-faire technique avancé) et le Sud vit affluer des Italiens chassés eux aussi par la surpopulation de leur patrie où ils ne trouvaient plus leur place. A noter que dans le nord de la France, suite à la catastrophe minière de Courrières dans le Pas de Calais qui fit plus de mille morts au début du XXe siècle, les autochtones ne voulurent plus redescendre à la mine. Le patronat alla chercher pour la première fois des travailleurs hors d’Europe, au fin fond de la Kabylie où l’écho du drame n’était pas parvenu.

    A ces immigrés économiques s’ajoutèrent des réfugiés politiques dès le début du XIXe siècle en provenance de Pologne (alors sous le joug russe), puis des Juifs d’Europe centrale ou de Russie fuyant les pogroms. Pour toutes ces personnes, il fallut trouver un statut en conformité avec cette situation jusqu’alors inédite ou du moins peu répandue sous l’Ancien Régime sauf dans les grandes villes où des communautés marchandes étrangères ont toujours plus ou moins existé.

    II. Une législation évolutive

    ● L’« admission à domicile » et ses limites

    Le principe de la « domiciliation » prévalait auparavant. On existait où on avait élu domicile, car c’était là qu’on était connu. Il va de soi qu’au XVIIIe siècle il n’y avait ni papiers d’identité, ni photos, ni empreintes digitales… Et cela se manifestait au regard de l’aide sociale : la Révolution instaura les bureaux de bienfaisance destinés à porter secours aux plus démunis au niveau de la commune, le lieu naturel de secours (remplaçant les bureaux de charité des prêtres). Chaque commune avait ses propres règles, mais quand il y avait lieu à restriction c’était en vertu d’une clause de « durée » de résidence. On donnait à ceux « que l’on connaissait ». Les étrangers résidents étaient secourus selon les mêmes règles que les personnes venues d’une autre région. Avec l’exode rural et/ou les migrations saisonnières, un étranger à la France n’était pas plus un étranger qu’un citoyen de la campagne qui ne parlait que son patois local.
    Ceci eut pour conséquence qu’à l’apparition des problèmes liés à la rareté du travail, la commune surchargée cherchait à renvoyer tous les « immigrés » -y compris les Français- chez eux pour y être secourus. On sait qu’en 1830, il y avait beaucoup de Creusois à Paris et du chômage. Le gouvernement avait demandé qu’on embauche en priorité des « pères de famille »et des ouvriers domiciliés dans la capitale ». Ce qui entraîna les protestations indignées d’un député de la Creuse qui cria à l’injustice de cette distinction. Il y avait environ 20 000 Creusois à Paris à cette époque.

    ● Le Citoyen, l’Étranger et le jus sanguinis

    Le concept de Nation prit vraiment corps à la Révolution, pour se substituer au Roi. Mais des étrangers vivaient déjà en France, essentiellement dans les villes. Parmi eux, des commerçants italiens (nombreux à Lyon), des aristocrates, ou simplement les membres des suites royales qui restèrent en France… Au regard des règles de l’Ancien Régime, cela ne posait aucun problème puisque les charges s’achetaient au roi. On trouvait des étrangers parmi les proches du pouvoir royal, Mazarin, Necker… Sans compter les Gardes Suisses qui protégeaient la vie du Roi et ont d’ailleurs rempli leur devoir sans faillir et parfois jusqu’à la mort durant les troubles révolutionnaires. On l’oublie un peu mais c’est le concept de Nation qui a entraîné le concept d’étranger au regard du droit.

    A la Révolution, les résidents devinrent des citoyens… sans forcément être français mais cela n’avait aucune incidence sur leurs droits, comme avant. Napoléon Ier mit le premier la question sur le tapis avec le Code Civil. Tout enfant né en France de parents étrangers pouvait devenir Français s’il en faisait la demande. Le Code Napoléon reposait sur le patriarcat, on « héritait » de son père comme auparavant, on en en héritait le titre de noblesse, la terre ou l’argent. Ce fut la première apparition du droit du sang, le jus sanguinis. Et ce pour une raison simple : beaucoup de prisonniers faits par la Grande Armée restèrent en France. Napoléon souhaitait les intégrer pour en faire des soldats. Néanmoins, rien ne leur fut imposé.

    Il est à noter que le suffrage universel n’existant pas au début du XIXe siècle, l’enjeu d’un tel « cadeau » était de faible importance. On avait la « qualité » de français, mais pas la « citoyenneté » au sens civique. Seuls les riches votaient, les étrangers riches devaient demander la nationalité pour voter. Cela changea en 1848 avec l’attribution du suffrage universel. Les ouvriers participèrent largement au scrutin. Or les ouvriers étrangers déjà nombreux et présents sur le territoire, avaient participé activement à la révolution de 1848. Dans un premier temps, pour les en remercier, (28/03/1848), on facilita leur naturalisation. Mais, suite à l’élection d’une Assemblée conservatrice, la France rurale des Notables qui arriva au pouvoir prit conscience que la présence étrangère pouvait avoir un impact sur la vie politique, par le suffrage universel. Des lois s’imposèrent.

    * Loi du 3 décembre 1849. Il fallait une enquête de moralité et dix ans de résidence pour pouvoir demander à être français. Pour la première fois il était stipulé que pour être citoyen il fallait avoir la nationalité française. Rappelons qu’en 1848 furent ouverts des ateliers nationaux (du travail offert par l’Etat aux chômeurs) et que ceux-ci constituèrent un appel d’air pour les « sans travail ». Un premier lien fut alors bien établi dans les esprits entre le suffrage universel et la protection du travail national. Par le biais de la citoyenneté et des droits qui en découlèrent, l’approche des droits de l’étranger évolua. Auparavant, il était citoyen.

    ● Les besoins du pouvoir et le jus soli

    La société était très inégalitaire et les problèmes soulevés par les disparités de traitement entre Français et étrangers furent d’abord considérés comme des « problèmes entre ouvriers » par l’élite. Napoléon III était un libéral vis à vis des étrangers. A noter que lors d’une guerre contre la Russie et durant la guerre de 1870, aucun Russe ni Allemand vivant en France ne fut inquiété.
    En 1867, il y eut assouplissement des conditions pour devenir Français. Il ne fallait plus que 3 ans de résidence au lieu de 10 pour pouvoir formuler sa demande. Sous le Second Empire, l’industrie avait d’énormes besoin de main d’oeuvre. L’immigration venait des pays voisins, surtout de la Belgique flamande où sévissait une misère endémique.

    Tolerie Abainville
    Tôlerie des forges d’Abainville (Meuse), François Ignace Bonhommé.

    Mais les enfants d’étrangers nés en France demandaient rarement leur naturalisation malgré le Code Napoléon. Ainsi ils échappaient à la conscription, alors opérée par tirage au sort. Cela permettait aux garçons très jeunes de se faire embaucher plus facilement comme apprentis, car ils étaient « dégagés des obligations militaires ». Comme il est aisé de aisé de le comprendre, c’était mal perçu par leurs alter ego Français. Les protestations se firent de plus en plus vives suite à la crise économique devant le « privilège » que constituait pour les étrangers d’avoir un travail alors qu’ils n’avaient pas à défendre la France. A cette époque, le principe du droit du sang fut au centre des polémiques.

    Pour revenir sur ce droit qui semblait à l’époque couler de source, il fallut trouver un cas d’école qui, en le rendant discutable, offrait l’astuce pour sa remise en cause (rien de changé sous le soleil…). On invoqua l’impossibilité pour les enfants étrangers nés en France de pouvoir concourir aux « écoles de gouvernement » (les Grandes écoles d’alors) un cas ne concernant qu’une petite élite. Et ainsi à ce moment là fut promulguée une nouvelle loi de première importance :

    * La loi du 26 juillet 1889. Les enfants d’étrangers devenaient Français sauf s’ils refusaient la nationalité. Ceux dont les parents étaient nés en France étaient désormais automatiquement français dès leur naissance. Un million de personnes sont ainsi devenues françaises avant la Première Guerre mondiale. Le Code de la Nationalité instaura le Jus soli. Une femme étrangère qui épousait un Français devenait automatiquement française. A l’inverse, l’homme qui épousait une Française pouvait demander la nationalité. Cependant, il existait encore des restrictions : durant les dix premières années qui suivaient l’obtention de la nationalité, l’étranger devenu français était un « naturalisé » aux yeux de la loi.
    Ceci correspondait aussi à la loi sur la conscription obligatoire de 1889. A plusieurs reprises certains députés tentèrent encore de légiférer sur les naturalisés pour leur refuser l’accès aux emplois publics.

    III. L’Immigré et les Français, misères et gloires

    ● Une concurrence parfois mal acceptée

    La presse a beaucoup mis en avant ces dernières années le massacre d’Italiens du Piémont à Aigues-Mortes en 1893, suite à une rixe avec des travailleurs français de la Compagnie des Salins du Midi. Malgré la protection apportée par la Gendarmerie aux Italiens, une émeute ayant éclatée dans la ville suite au lancement d’une rumeur à leur encontre, ces derniers furent agressés lors de leur fuite vers la gare et on déplora sept morts et une cinquantaine de blessés. Ce fut le plus grand massacre d’immigrés de l’histoire contemporaine en France. Des émeutes et des rixes eurent lieu dans le sud et l’est, les régions les plus touchées par l’immigration mais peut-on comparer ces faits sporadiques avec les problèmes actuels posés par l’immigration dans son ampleur ? Vaste sujet. Il est clair que cette présence immigrée dans le passé n’a pas toujours été acceptée sans heurts mais il ne faut cependant pas oublier que la même méfiance se faisait sentir à l’encontre des saisonniers français descendus de leurs montagnes pour travailler dans les usines des vallées, faisant ainsi … pression sur les salaires. On les qualifiait d’une façon méprisante, liée à la couleur de leur peau privée ordinairement de soleil dans les brumes et frimas montagneux, c’étaient … « les sales Blancs ! ». L’immigré était avant tout perçu comme le concurrent dans la lutte pour la vie. En ce temps là du moins.

    ● Une instrumentalisation idéologique

    Après les lois évoquées plus haut, les choses se compliquèrent pour ceux qui ne devenaient pas français. Une loi, le 08/08/1893 obligea les étrangers qui voulaient travailler en France à se faire enregistrer dans leur commune et il leur devint obligatoire de porter sur eux le document fourni. Malgré les réticences du patronat, on commença à contingenter le nombre des ouvriers étrangers dans les entreprises travaillant pour les marchés publics. A la fin du XIXe siècle, après la guerre de 1870, les partisans du protectionnisme invoquèrent le risque « d’espionnage ». A ce moment là, en 1898 les premières lois sur les accidents du travail et les retraites créèrent des discriminations entre ouvriers français et étrangers.

    Cependant ce furent les Juifs qui se retrouvèrent en ligne de mire à la fin du XIXe. Parce que de nombreux naturalisés après la loi de 1886, étaient juifs et parlaient allemand. Le livre La France Juive d’Edouard Drumont eut un succès retentissant, les risques de guerre avec l’Allemagne devenant de plus en plus pressants, et les Juifs les plus connus étant des banquiers avec des noms d’origine allemande (Rotschild entre autres). Ils étaient accusés d’être responsables de la défaite de 1870 (la légende de l’espion, l’ennemi de l’intérieur), et de tous les malheurs de la classe ouvrière. Un discours qui trouvait un certain écho auprès de la petite bourgeoisie, petits capitalistes qui se sentaient menacés autant par le grand capital que par le marxisme, et qui croyaient trouver un ennemi commun contre lequel se rassembler. Malgré tout, dans le quartier du Marais, résidait la communauté juive réfugiée de Russie et celle-ci vivait alors très pauvrement. Cependant si ce livre eut beaucoup d’écho, le mouvement politique lancé dans la foulée fut un échec. Comme quoi, l’antisémitisme attribué aux Français n’est pas tant établi que cela.

    ● Mais des réussites notoires

    Au cours du XIXe de nombreux étrangers ont obtenu reconnaissance et titres de gloire de la France. Garibaldi, né à Nice quand la ville était italienne, héros dans son pays fut élu député dans quatre départements en 1871 ( à l’époque c’était possible), Emile Zola né en 1840 d’un père ingénieur d’origine vénitienne devint l’écrivain que l’on sait, Jacques Offenbach (né Eberst), Juif allemand né à Cologne connut un immense succès qui vit ses œuvres musicales devenir pour le monde entier et de son vivant le symbole même du Paris joyeux et éternel de la Belle Epoque. Ces gens appartenaient toutefois à une certaine élite. En fait, les réticences envers l’Etranger, l’Immigré, furent bien plus sociales que purement xénophobes, l’Immigré français de l’intérieur du territoire n’était pas mieux traité que son alter ego étranger quand les problèmes surgissaient.

    Il est cependant indéniable que nombre d’immigrés du XIXe, en devenant français, non seulement se sont assimilés mais leurs enfants ont pris l’ascenseur social avec les mêmes succès que les petits Français, quand celui-ci était en état de marche. Il suffit de considérer les patronymes des citoyens français actuels pour constater la présence de nombreuses consonances étrangères (italienne, allemande, flamande, polonaise ou russe) et ce autant dans les milieux sociaux favorisés que les autres. Et cette origine remonte déjà à plusieurs générations dans un certain nombre de cas. Car l’Immigré grimpe l’échelle de la vraie réussite sociale sur plusieurs générations, de la même façon que le Français. Du moins l’Immigré venu prendre une place laissée vacante par le Français et à la finalité utile pour le reste de la communauté.

    * * *

    De toutes ces évolutions liées au déracinement des peuples Français et Européens qui a commencé dès la fin du XVIIIe siècle en Angleterre avec l’industrialisation et s’est poursuivi en France pour les mêmes raisons auxquelles vinrent s’ajouter le reflux démographique compensé par un trop plein chez les pays voisins, ont découlé on le voit, une évolution dans le concept de Nation. Cette évolution se fit plus au gré des besoins de la classe dirigeante que des attentes du peuple. Avec en prime, l’abandon du droit du sang au profit du droit su sol pour les raisons évoqués. Le droit du sol qui devint suite à d’autres évolutions démographiques liés aux migrations, la pierre angulaire d’une remise en cause du concept même de Nation dans un certain nombre de discours actuels…

    http://histoire.fdesouche.com

    Bibliographie :
    BARJOT Dominique, CHALINE Jean Pierre, ENCREVÉ André, La France au XIXe siècle 1814-1914, Presses universitaires de France, Paris 2002
    LEQUIN Yves, Histoire des étrangers et de l’immigration en France, Larousse, Paris, 1992.
    NOIRIEL Gérard, Immigration, antisémitisme et racisme en France, (XIXème-XXème siècle), Discours publics, humiliations privées, Fayard, 2007
    NOIRIEL Gérard, Population, immigration et identité nationale en France XIXe-XXe siècle, Hachette, Paris, 1992