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culture et histoire - Page 2043

  • Enquête sur la droite en France : Bruno Larebière : « Nous nous trouvons à une charnière historique de renversement des perspectives »

    Après avoir été journaliste durant près de trente ans, Bruno Larebière a créé une société de conseil en communication. Il conçoit des stratégies de communication, élabore des « éléments de langage » et pilote des campagnes - dont certaines ont fait grand bruit - pour des collectivités territoriales, entreprises, institutions et politiques.

    Monde et Vie : Bruno Larebière, on constate un net déficit de communication à droite. À quels obstacles se heurte l'homme de droite dans sa manière de communiquer ?
    Bruno Larebière : Le principal obstacle que rencontre l'« homme de droite » - quelle que soit « sa » droite -, c'est lui-même. A savoir, c'est selon, une difficulté à mettre à jour son logiciel, c'est-à-dire à prendre en compte les évolutions sociologiques et politiques, la certitude - légitime -qu'étant porteur du « bon sens », les choses doivent s'imposer par elles-mêmes et n' ont pas besoin d'être expliquées par une campagne de communication, la méfiance, voire le rejet d'un « monde médiatique » conçu comme univoque et par définition hostile, etc.
    Je pourrais citer aussi une hémiplégie qui lui fait tenir tout ce qui est émis par des gens de gauche comme a priori détestable selon un sectarisme qui, trop souvent, n'a rien à envier à celui de la fraction la plus bruyante de la gauche, la difficulté intellectuelle qu' il éprouve à concilier les exigences de la modernité en matière de communication et les exigences de son combat politique antimodemiste, et un refus de s'adapter techniquement au terrain.

    Votre réquisitoire est violent...
    Il l'est, et, si je l'exagère volontairement, c'est afin de bien faire comprendre que la communication est d'abord affaire de méthode avant d'être une affaire d'imagination. Il est impératif de faire d'abord sauter les verrous psychologiques de Y« émetteur » si l'on veut qu'il ait une chance de se faire entendre du « récepteur ». Sinon, il ne va parler qu'à lui-même et à ceux qui sont d'accord avec lui, ce qui n'a aucun intérêt.

    N'existe-t-il pas à droite un complexe face aux médias, un défaut d'identité, voire une honte de se réclamer de la droite et de ses idées ?
    C'est ce que je vous disais: quand j'entends parler de la « caste médiatique », cela me fait hurler. On confond par cette formule les quelques grands éditorialistes avec l'ensemble d'une profession composée de personnes qui cherchent avant tout à faire leur métier. On peut les ostraciser globalement, si ça fait plaisir, mais qu'on ne cherche pas ensuite à leur expliquer qu'on n'est pas de mauvais bougres. L'erreur inverse, tout aussi idiote, est de chercher à les convaincre qu'on a raison.
    Ce qu'on est légitimement en droit d'attendre d'un journaliste, c'est qu'il rapporte ce qu'on lui dit et ce qu'on fait, et commente mots et actes sur la base de la réalité de ce qu'on est.
    Pour ce qui est de la honte de se réclamer de la droite, cela relève de la difficulté à mettre à jour son logiciel. Pour beaucoup d' « hommes de droite », la société est la même en 2012 que ce qu'elle était dans les années Mitterrand et Chirac, que j'associe dans la chape de plomb du « politiquement correct » qui a pesé sur la France. Or c'est faux. Les années Sarkozy, quoi que l'on pense de son action, ont libéré la parole, ouvert des espaces, fissuré tout l'édifice de la « bien-pensance » de sorte qu'il faut être sourd et aveugle pour croire qu'il est encore tabou de se dire de droite.

    La droite ne souffre-t-elle pas aussi d'avoir perdu la bataille de la sémantique ?
    Certes, mais les seuls combats qu'on est sûr de perdre sont ceux que l'on n'a pas menés...
    Presque toutes les tendances de la droite ou des droites ont maintenant leurs « think tank » (leurs laboratoires d'idées) qui commencent à trouver une certaine résonance. Mais c'est là un travail de longue haleine qu'il eût été judicieux de mettre en place dès 1981. Il paraît que l'UMP, el veut structurer un laboratoire d'idées. À la bonne heure ! Que n'y a-t-elle pensé plus tôt...

    Peut-il exister une communication de droite et quelles pourraient en les principales caractéristiques ?
    Paradoxalement, la droite, qui se veut en phase avec le réel, doit d'abord apprendre à voir la réalité sociopolitique de la France telle qu'elle est et non selon l'idée qu'elle s'en fait. À cet égard, le travail mené par Patrick Buisson pour Nicolas Sarkozy a été exemplaire.
    Ensuite, cette « communication de droite » qui n'est que l'application à la droite des techniques de communication, doit prendre en compte à la fois le temps court, caractéristique époque, et le temps long, qui est a priori consubstantiel à la droite. De façon concrète, la droite doit apprendre à la fois à « travailler en mode projet » c'est-à-dire sur un temps court avec des immédiats (ce que font très bien les Identitaires), et accepter de s'investir dans des travaux de fond qui ne porteront leurs fruits que dans dix, vingt ou trente ans (ce que font très bien les réseaux catholiques).
    Pour ce qui relève purement, ou concrètement, de la communication, la droite dispose d’atouts considérables. Je suis profondément persuadé que nous nous trouvons à une charnière historique de  renversement des perspectives - là aussi, que la droite arrête de cultiver un défaitisme paralysant - et que beaucoup de choses qui n’étaient plus audibles le redeviennent.
    En raison de la crise économique et lourdes incertitudes pesant sur l'avenir, les Français retrouvent ces « valeurs refuges » que sont ancrage dans un terroir, le renforcement des liens familiaux, le besoin d'inscription dans lignée via la recherche généalogique, etc. Ce terreau est extrêmement favorable à ce que la droite exerce, selon la formule d'un historien célèbre, « son droit de piratage sur ce monde ».
    À condition de faire preuve de curiosité à 360° et de réactivité, de bienveillance vis-à-vis les Français, et, sur le plan des messages, de simplicité, d'inventivité et de qualité graphique à la hauteur des valeurs dont elle est porteuse. Notamment dans les domaines de la communication d’influence et de la mobilisation de l’opinion.
    propos recueillis par Hervé Bizien monde&vie novembre 2012
    Pour contacter Bruno Larebière: contact@les-messagers.fr

  • Les Égyptiens ne veulent ni des islamistes ni de leur charia

    L’Égypte connaît sa pire crise depuis la révolution de 2011 qui a amené la chute de Hosni Moubarak. Une crise institutionnelle née du décret pris le 22 novembre dernier par le président Mohamed Morsi, décret par lequel le chef de l'État égyptien s’attribue des pouvoirs élargis.
    Des dizaines de milliers de manifestants sont dans les rues depuis quasiment deux semaines dans plusieurs villes égyptiennes par crainte d’une dérive autoritaire du pouvoir. Mardi 4 décembre, la mobilisation était forte et surtout inédite de la part d’une opposition qui a remporté son pari en parvenant à encercler le palais présidentiel.
    Tout s’est joué en quelques minutes mardi 4 décembre au soir. Les manifestants rassemblés aux abords du palais ont réussi à bousculer les forces de l’ordre qui étaient censées les empêcher de se rapprocher. Il y a eu quelques affrontements, des tirs de gaz lacrymogène, mais, très vite la police a reculé et a laissé le champ libre aux manifestants qui ont littéralement encerclé le palais présidentiel.
    Un symbole très fort : jamais à l’époque de Moubarak une telle manifestation n’aurait été ne serait-ce qu’envisagée un seul instant. Les manifestants déterminés sont très en colère contre le président égyptien. Pour cet ingénieur, qui se trouvait hier soir devant le palais présidentiel, Mohamed Morsi a le tort de ne représenter désormais qu’une seule partie de la population égyptienne : « Je suis en colère parce qu'il divise la communauté égyptienne. Nous étions un groupe. Maintenant nous serons deux groupes. Ça, c’est à cause de lui. »
    Le président égyptien Mohamed Morsi est toujours contesté par la rue mais il campe malgré tout sur ses positions. Pour l’instant, il n’a cédé sur aucune des revendications de l’opposition. Il a maintenu son décret constitutionnel qui le place au-dessus de la justice. Il a validé le projet de Constitution adopté à la hâte la semaine dernière et il maintient également la date du référendum constitutionnel du 15 décembre. Le chef de l'État égyptien a d'ailleurs regagné ce mercredi matin le palais présidentiel, son lieu de travail qu'il avait été contraint de quitter la veille sous la pression des manifestants.
    En attendant, une nouvelle manifestation est prévue vendredi prochain ; l’occasion, pour l’opposition, de mobiliser de nouveau la rue. La bataille va se jouer dans les prochains jours au sein des tribunaux égyptiens qui vont délibérer à leur niveau pour décider s’ils acceptent ou non de superviser le référendum. Une décision très attendue puisqu’en Égypte, c’est la justice qui s’occupe de l’organisation des élections.

    Avec RFI http://www.francepresseinfos.com/

  • Abolition de la peine de mort : Coûts et conséquences (arch 2008)

    ENVIRON 1 000 meurtres sont commis chaque année en France, chiffre flou qui englobe aussi bien la vengeance entre époux après un divorce houleux et le règlement de comptes mafieux ou entre Jeunes que les crimes sadiques commis par de répugnants tueurs en série tels le binôme Olivier/Fourniret et, avant lui, le manouche sédentarisé Pierre Bodein, criminel multirécidiviste cinq fois condamné depuis 1969 pour viols avec violence (30 ans de réclusion en 1994, mais libération anticipée en 2004 pour bonne conduite) et, à peine élargi, kidnappeur et bourreau abject de la jeune Hedwige Vallée et des petites Jeanne-Marie Kegelin et Julie Scharsch, ce qui lui a valu la réclusion à vie avec peine de sûreté de 30 ans. Une condamnation dont il a osé faire appel au désespoir des parties civiles contraintes de revivre leur cauchemar - le procès s'éternisera jusqu'à début octobre.
    Ces abominables assassins dont le destin est dorénavant financé par le contribuable ad vitam aeternam, ont replacé au premier plan la question des récidivistes de viols et sévices sur mineurs, crime de loin le plus inacceptable. La peine capitale ayant été abolie par Robert Badinter sous Mitterrand, que faire de ces monstres ? Le Politiquement Correct est formel : ne touchons pas à ces meurtriers, ce serait une régression de la Civilisation ...

    L'EXPÉRIENCE AMÉRICAINE
    Vingt-sept ans après son abolition, la peine de mort ne fait d'ailleurs plus guère débat en France si elle est plébiscitée dans les sondages : pour beaucoup de gens, qui ne disposent pas de chiffres, la peine capitale (ou son abolition) n'a au fond pas d'incidence sur la criminalité. Or, c'est totalement inexact, bien que cela contredise les approximations de ses pourfendeurs.
    Pour la période décennale qui a précédé l'abolition de la peine de mort, soit de 1971 à 1980, le nombre de crimes sur mineurs s'est élevé dans notre pays à 39, dont 13 crimes dits "sexuels". Dans la décennie qui a suivi l'abolition de la peine capitale, de 1982 à 1991, le nombre de crimes sur mineurs s'est élevé à 124, dont 53 à caractère sexuel. Autrement dit, après l'abolition, le nombre de crimes sur mineurs en France a augmenté de 218 %, et le nombre de crimes sexuels a, lui, crû de 307 % par rapport aux dix ans ayant précédé 1982.
    Admettons, répondront certains, mais est-ce qu'ailleurs dans le monde la suppression de la peine de mort aurait eu un effet comparable ? Oui. La puissance dissuasive de la peine capitale a été démontrée dans le seul pays qui l'a supprimée puis rétablie, les États-Unis. La peine capitale avait en effet été suspendue à titre expérimental sur l'ensemble des Etats-Unis entre 1967 et 1973, puis réintroduite par les trois-quarts des Etats fédérés après 1973. Le taux de meurtre est tombé de 11,6 pour mille habitants eu 1970 à 5,5 pour mille eu 2004. Il a donc été divisé par deux après le rétablissement. C'est du reste l'augmentation vertigineuse des crimes qui justifia celui-ci, et la stabilisation des courbes sur six pour mille en moyenne qui en explique le maintien.

    37 5OO EUROS PAR DÉTENU ET PAR AN
    D'accord, rétorqueront à nouveau les esprits éclairés, mais les criminels endurcis ne méritent-ils pas, au fond, de connaître une seconde chance grâce aux formidables progrès de la psychiatrie ? Répondons ceci, maintenant que les statistiques sur le crime sont fiables : sur les 400 malades sexuels tueurs relâchés depuis 1900 de par le monde, tous (100 %) ont tué à nouveau au moins une fois, ce qui a précisément permis de découvrir et mettre au point le concept moderne de « tueur en série ».
    La peine de mort ne peut donc être considérée sur le seul plan de la morale personnelle : elle a un effet dissuasif prouvé sur le crime, soit par la crainte de son application, qui suspend le geste fatal, soit parce que le futur récidiviste ne sera, et pour cause, jamais relâché à la suite du diagnostic imbécile d'un expert. À cela s'ajoute la perspective des coûts ; certes subalterne, la dimension économique du maintien en vie d'un monstre incurable, existe. Bien entendu, on ignore le coût exact d'un prisonnier français : comme d'autres statistiques gênantes, il est impossible d'obtenir ce chiffre du ministère concerné, qu'on recoupe seulement par bribes. On découvre par exemple qu'un Jeune mis en centre éducatif fermé pour mineurs (CEF) - il existe en France une quarantaine d'établissements de ce type, créés en 2002 coûte environ 600 euros par jour à la collectivité. Mais pour avoir une idée, même imparfaite. de ce coût, un simple calcul suffit : le budget annuel de l'administration pénitentiaire est d'environ 2, 4 milliards d'euros, qu'il suffit de diviser par le nombre de détenus. Soit 64 000, répartis dans environ 250 établissements sur le territoire, avec 31 000 gardiens, directeurs et personnels techniques en charge de les surveiller, nourrir, etc. (données 2007). Un détenu hexagonal "coûte" donc dans les 37 500 euros par an en France.
    Postulons à présent qu'un criminel sur mineur soit condamné à la perpétuité sans remise de peine et effectue ses trente années en prison. Il "coûtera" donc 34 000 euros multiplié par trente, ce qui fait la somme rondelette de 1,125 million d'euros. Voilà donc le prix du pardon.
    Certes, nous avons, avec ce pactole acheté une bonne conscience. Mais les parents de la petite victime torturée par le quidam risquent à bon droit de trouver l'addition salée. Et, par-delà les incidences morales posées par la peine de mort superbement ignorées par celui qui l'a infligée au départ - même si on nie contre toute évidence son efficacité sur les statistiques du crime, il est des sommes qu'il est infâme de débourser.
    Grégoire DUHAMEL. National Hebdo 19 septembre 2008

  • Friedrich Nietzsche

    Nietzsche est né dans une famille de pasteurs, le 15 octobre 1844. Il fut prénommé Friedrich Wilhelm (Frédéric Guillaume) en hommage au roi de Prusse dont c'était l'anniversaire. Son père avait été précepteur dans la famille royale. L'enfant se fit remarquer par ses dons et fut envoyé au célèbre collège de Pforta, où avaient étudié des célébrités des lettres allemandes, tels les frères Schlegel, Novalis et Fichte. Il y poursuivit de brillantes études. Il abandonnera rapidement des études de théologie pour se consacrer à la philologie. Il va découvrir la philosophie de Schopenhauer, qui sera pendant des années son maître à penser. Nommé professeur à l'Université de Bâle, sa carrière universitaire connaît un départ fulgurant. En 1868, Nietzsche fait la connaissance de Richard Wagner et s'enthousiasme pour son œuvre. Il écrit son premier livre important, « La naissance de la Tragédie », publié en 1872, qui sera considéré comme un commentaire de l'œuvre de Wagner. Quelques années plus tard, il se brouillera avec Richard Wagner. Une étrange jeune fille, Lou von Salomé, apparaît dans sa vie. Elle lui est présentée par son ami Paul Rée. Il en tombe amoureux, mais ce sentiment n'est pas partagé. Celle-ci développe des idées pour le moins bizarres. Elle propose aux deux amis de partir à Paris et de vivre une sorte de « ménage à trois », avec des relations purement platoniques, dans un cénacle philosophique qui aiderait à la création des œuvres de chacun. La sœur et la mère de Nietzsche n'apprécièrent que modérément la perspective d'une telle fantaisie. Le sang de sa mère, qui était fille, sœur et veuve de pasteur ne fit qu'un tour. Elle déclara à son fils qu'il allait déshonorer la mémoire de son père, discréditer la famille, etc. D'où une brouille familiale qui dura quelques années... La pensée de Nietzsche se précise en 1883 avec la parution de Zarathoustra. Il publiera ensuite Par-delà le bien et le mal, Le Gai savoir et La Généalogie de la morale. Puis, en 1888 paraissent L'Antéchrist, Ecce Homo. Le drame final se produira le 4 janvier 1889, à Turin. Nietzsche aperçoit un cocher qui maltraite un cheval. Il intervient, s'approche de l'animal pour l'embrasser. Il s'effondre, et ne retrouvera jamais la raison. Il avait, dans les derniers jours de 1888, écrit des lettres bizarres à ses amis, qu'il signait "Dionysos" ou « le crucifié ». Il mourut le 25 août 1900, des suites d'une pneumonie. Certains pensent que la paralysie générale qui atteint Nietzsche était d'origine syphilitique, d'autres évoquent la thèse de l'intoxication due à la consommation de certaines drogues. Mais Nietzsche avait depuis longtemps supprimé toute consommation d'alcool, de café, et il ne fumait pas. Les causes de cet effondrement final restent donc mystérieuses. Mais évoquons les idées développées par Nietzsche. Il n'a jamais eu la prétention de se poser en penseur politique, même si son œuvre a fait l'objet de récupérations politiques. Mais il est généralement considéré comme un précurseur de la révolution conservatrice. Pierre Drieu La Rochelle affirmait qu'il s'était intéressé à Nietzsche parce qu'il était à sa connaissance le seul philosophe clair. On pourrait formuler la même remarque au sujet de Cioran. Nietzsche est, sans conteste, un des meilleurs prosateurs de la langue allemande. Sa pensée a souvent évolué, mais il reste des constantes : l'une des clefs permettant de comprendre sa pensée est son attitude anti-intellectualiste. Il fait partie de ces philosophes qui voient une opposition entre l'intelligence et la vie. Nietzsche est persuadé que la culture européenne traverse une phase de décadence irrémédiable, dont la démocratie est la manifestation. L'abandon des valeurs aristocratiques a pour conséquence un nihilisme croissant. Les Grecs voyaient la vie totalement différemment. La vie est tragique, mais substituer des fables à la réalité ne mène à rien. Le rationalisme, introduit par Socrate, puis le christianisme ont hâté une fâcheuse évolution. Pour imposer leurs valeurs, les faibles vont donner mauvaise conscience à ceux qui adhèrent aux valeurs aristocratiques. Tout idéal est une idole. C'est en faisant appel à de fausses idoles qu'« on a dépouillé la réalité de sa valeur, de son sens et de sa véracité, en forgeant un monde idéal à coup de mensonges ». La sœur de Nietzsche, Elisabeth, devint, sous le troisième Reich, une « mère de la patrie ». Hitler l'aimait beaucoup. Ses obsèques furent une apothéose. Les SS, les SA, les Jeunesses Hitlériennes firent une haie d'honneur. Mussolini, qui était aussi son ami, avait lu toute l'œuvre de Nietzsche et pensait que le fascisme était l'expression de sa philosophie...
    R.S. Rivarol 30 novembre 2012

  • Banquet patriotique : encore quelques jours pour s’inscrire

    Le seul événement organisé cette année pour cet anniversaire…

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  • EXCLUSIVITÉ Fortune : Brzezinski et le réveil politique mondial

    Extrait d’une conférence de Zbigniew Kazimierz Brzezinski, donnée fin septembre ou début octobre 2012 en Pologne. Brzezinski fut conseiller à la sécurité nationale du Président des États-Unis, Jimmy Carter, de 1977 à 1981.

    « Une domination mondiale des États-Unis n’est plus possible. »


    (Traduction et sous-titrage: Fortune)

    http://fortune.fdesouche.com/

  • 6 décembre 1491 Charles VIII épouse Anne de Bretagne

    À l'aube du 6 décembre 1491, dans le château de Langeais, près de Tours, Charles VIII l'Affable épouse la duchesse Anne de Bretagne. Elle a 14 ans et le roi de France 21.

    C'est le début de la fin pour la Bretagne indépendante...

    Marie Desclaux.
    Mariage de Charles VIII et Anne de Bretagne (gravure, château de Langeais)
    Tumultueuses fiançailles

    Le 19 août 1488, par le traité du Verger, le duc François II a dû promettre au roi de France que sa fille et héritière Anne ne se marierait pas sans son consentement. Et voilà qu'il meurt trois semaines après la signature du traité, le 4 septembre 1488, à 53 ans.

    Née à Nantes le 25 janvier 1477, la petite duchesse a onze ans seulement quand elle succède à son père à la tête du duché.

    Bien qu'affectée d'un boîtement de la jambe droite, elle devient l'objet des convoitises des princes les plus puissants d'Europe car de son futur mariage dépend le sort de la Bretagne.

    Les seigneurs bretons, soucieux de leur indépendance, craignent plus que tout le roi de France, trop proche. En 1490, ils prient Anne d'épouser par procuration le futur empereur d'Allemagne Maximilien 1er de Habsbourg (31 ans).

    Faute de pouvoir se rendre à Rennes, Maximilien délègue l'un de ses compagnons, le maréchal Wolfang von Polheim. Selon la coutume, celui-ci glisse sa jambe nue dans le lit de la fillette pour valider l'union par procuration.

    Le roi de France Charles VIII n'ayant pas été consulté, il s'agit d'une violation caractérisée du traité du Verger, d'autant plus inacceptable pour la France qu'elle menace celle-ci d'un encerclement par les domaines des Habsbourg.

    Ruptures de contrat

    Le roi Charles VIII, piqué au vif, marche sur le duché à la tête de ses troupes. Après la prise de Nantes et le siège de Rennes, Anne comprend qu'elle ne peut pas compter sur le soutien de son lointain mari, d'autant que celui-ci est occupé à combattre les Turcs.

    La jeune duchesse se résigne donc à épouser Charles VIII. Le roi de France, qui avait été fiancé 7 ans plus tôt à une fillette de 3 ans, n'a pas de scrupule à renvoyer sa promise, Marguerite d'Autriche, chez son père qui n'est autre que Maximilien !

    Mariage en catimini

    Comme le roi ne veut pas heurter inutilement la susceptibilité du fiancé éconduit ni risquer un enlèvement d'Anne, c'est en catimini que les futurs époux se retrouvent à Langeais, non loin de la frontière entre le royaume et le duché.

    Le château appartient à la famille de Dunois, un ancien compagnon de Jeanne d'Arc. Dans la nuit, les compagnons du roi vont quérir un notaire dans la ville voisine et les deux conjoints se font une mutuelle donation sur le duché, en présence d'une assistance triée sur le volet, incluant le diplomate Jean d'Amboise et bien sûr Anne de Beaujeu, soeur aînée du roi et régente du royaume.

    Il reste encore une petite formalité : l'annulation du mariage d'Anne et Maximilien ! Le pape se résigne à la signer (et à l'antidater) trois mois après la cérémonie de Langeais.

    Ainsi la Bretagne rentre-t-elle dans le giron capétien. Elle deviendra formellement française à la génération suivante, en 1532, quand les états généraux de Vannes approuveront le rattachement du duché au royaume de France tout en préservant leurs privilèges ainsi que l'autonomie judiciaire et fiscale du duché.

    http://www.herodote.net

  • Que la Contre-révolution est catholique !

    Le Monde publie avec une belle liberté d'esprit une anthologie de la contre-Révolution. À ne surtout pas bouder !
    La collection Les rebelles est une publication du quotidien Le Monde, placée sous la direction éditoriale de Jean-Noël Jeanneney, naguère responsable des festivités du bicentenaire de la Révolution française (c'était en 1989). Au sein de cette collection, l'un des volumes est consacré, sous la direction de Jérôme Besnard, à une anthologie de la Contre-révolution. Le choix des textes, de Rivarol à Chateaubriand, du Comte de Chambord à Charles Maurras, est extrêmement large et à dominante littéraire.
    Ce qui frappe, c'est l'importance du catholicisme dans la Contre-révolution. Balzac donne l'exemple, qui prétend travailler « à la lueur de deux vérités éternelles, l'Église et la Monarchie » dans la Préface de sa Comédie humaine. Un peu plus loin, dans ce choix de texte, on découvre la préface de Jules Barbey d'Aurevilly à Une vieille maîtresse, avec ces mots magnifiques : « Ce qu'il y a moralement et intellectuellement de magnifique dans le catholicisme, c'est qu'il est large, compréhensif, immense ; c'est qu'il embrasse la nature humaine tout entière, et ses diverses sphères d'activité, et que, par dessus ce qu 'il embrasse, il déploie encore la maxime : "Malheur à celui qui se scandalise". Le catholicisme n'a rien de prude, de bégueule, de pédant, d'inquiet. Il laisse cela aux vertus fausses, aux puritanismes tondus... »
    Et le vieux Maurras, dans une lettre à son disciple, le philosophe Pierre Boutang, qui date de février 1951 (le maître de l'Action Française mourra en novembre 1952) déclare avec force : « Il n'y a qu'à recréer un refuge spacieux et fort, digne du nom français et qui serait le modèle de tous les civilisés. Nous bâtissons l'arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l'air (...) où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté et par delà tous les espaces la papauté. » Étrange profession de foi politique d'un agnostique !
    Le catholicisme est la première cible de la Révolution
    On découvre dans cette anthologie la vigueur de la prose d'un La Varende dans Les manants du roi, l'étrange clairvoyance d'un Bernanos, sur la future société des machines « systématiquement contre toutes formes de vie intérieure ». Même Roger Nimier, très opportunément cité, ou Michel Mohrt dans son assez récent Tombeau de La Rouerie (2000) redisent, chacun à leur manière, l'empreinte du christianisme sur la France qu'ils aiment et dont ils veulent défendre la pérennité.
    La question aujourd'hui est de savoir en quoi peut bien consister une contre-révolution. Mais alors que l'esprit laie semble se radicaliser dans la revendication infinie de liberté et d'égalité, il est temps de retrouver les classiques, les Maistre, les Bonald, les Veuillot, qui ont prédit la nocivité, qui ont craint l'inhumanité de la Révolution. Pour les catholiques plus encore que pour les autres, car depuis deux siècles et demi, le catholicisme est la première cible de la Révolution.     
    Joël Prieur monde & vie 10 novembre 2012
    Jérôme Besnard, La contre-révolution, collection Les rebelles, éd. Le Monde, disponible en kiosques ou sur le site : http://boutique.lemonde.fr/la-contre-revolution-7061 .html 5,90 euros.

  • LE GROUPE HIELSCHER, 1933-1945 : Un travail de sape contre le national-socialisme

     

     
    [Friedrich Hielscher témoignant en faveur de Wolfram Sievers au procès des médecins de Nuremberg en 1946]
    fh4510.jpgDe 1931 à janvier 1933, Friedrich Hielscher réunit autour de la dernière revue qu'il édita, Das Reich, tous ceux avec lesquels il constituera, après la prise de pouvoir par les nationaux­socialistes, son propre groupe de résistance. Son objectif est alors de recruter, dans les milieux sociologiquement importants — l'armée, la SS, l'administration, l'économie ou l'agriculture —, des hommes et des femmes prêts à résister en recueillant, grâce à leur position, les informations nécessaires pour aider les personnes menacées ou poursuivies, leur faire passer la frontière, les protéger contre l'emprisonnement avant de passer à la phase de renversement du régime.
    F. Hielscher travaille lui-même au service de l'Ahnenerbe où, sans avoir jamais été membre du parti, il s'occupe d'ethnologie et d'histoire des religions.
    Au sujet de ses faits de résistance, F. Hielscher nous a laissé, les 25 et 26 juillet 1945, un rapport écrit dont nous extrairons ci-après plusieurs citations, car il s'agit d'un document exceptionnel, en raison notamment de sa date, puisqu'il a été rédigé immédiatement après l'effondrement de mai 1945. Ce document est intitulé « Rapport sur le travail souterrain entrepris contre le national-socialisme ». Il figure dans le dossier n°598 de la Wiener Library de Tel-Aviv (Israël) : Secret Help to Persecuted Jews (Hielscher Croup).
    « Il existait, avant 1933, entre les nationaux-socialistes et les communistes, un certain nombre de mouvements et de groupes plus modestes, qui bouclaient, Stalpour ainsi dire à l'arrière, le demi-cercle que décrivaient, à l'avant-scène et de la droite à la gauche, les nationaux-allemands, le Parti populaire allemand, le centre, les démocrates et la sociale-démocratie La plupart du temps, ces petits groupes n'avaient pas de nom particulier. Leur dénominateur commun était le rejet du grand capital et de la grande propriété foncière. Il faut ici mentionner les groupes du capitaine Ehrhardt, d'Ernst Jünger, d'Ernst Niekisch, de Beppo Römer, du capitaine Stennes, d'Otto Strasser, d'August Winnig, de Hans Zébrer. Notre groupe faisait lui aussi partie de cette nébuleuse. En politique intérieure, il était partisan de l'État fédéral et, sur le plan économique, d'un dirigisme d'État où existerait, sous l'autorité publique, une sous-propriété de type féodal. En politique étrangère, il considérait la République de Weimar, tout comme la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis, comme un État capitaliste à combattre, face auquel une Allemagne libre et révolutionnaire devrait un jour ou l'autre s'allier à la Russie et aux peuples opprimés d'Asie.
    « D'emblée, il apparut à notre groupe que la création d'un nouveau parti n'était pas la voie à suivre. Nous préférions disposer d'un nombre suffisant de gens capables d'ordonner et d'imposer, dans n'importe quel domaine de compétence ou d'activité, la solution qu'imposait la situation. Dès cette époque, il y eut des contacts très étroits avec les différents groupes et partis (la maison Salinger). Nous tenions en effet à ce que chacun de nos membres cristallise sur sa personne le maximum de contacts, de liaisons et de relations.
    « En 1933, quand Hitler arriva au pouvoir, tous ces groupes — ayant survécu à la disparition des partis — ne tardèrent pas à se différencier les uns des autres par la manière dont ils poursuivaient la lutte contre le nouveau régime. Otto Strasser, par ex., s'enfuit à l'étranger, d'où il dirigea les activités de ses fidèles en Allemagne. Ernst Niekisch tint des réunions secrètes, et c'est au cours de l'une d'entre elles qu'il fut un jour appréhendé. Nous avons, quant à nous, choisi de travailler de manière totalement souterraine, donc de ne plus nous afficher comme groupe, apparemment éparpillés aux quatre vents devant le succès du parti vainqueur. Selon un plan concerté, mais discuté préalablement au cas par cas, nos hommes s'infiltraient dans le Parti, où ils accédaient, selon les besoins et les possibilités, aux postes et aux fonctions d'où il nous était possible soit de recruter, soit de tisser des contacts, soit d'investir des domaines de compétence, soit de venir en aide à des personnes traquées (...)
    « Après mon déménagement à Meiningen (1937), et avec l'intensification de nos activités dans l'Ouest et le Sud de l'Allemagne, notre point de vue sur l'État prussien et aussi, du fait de l'administration nationale-socialiste, sur toute forme d'économie dirigée, se modifia. Nous nous aperçûmes que l'ancienne tradition de liberté collective, que nous voulions faire revivre par un renouveau de l'État et de l'économie, était conforme à l'idéal démocratique de la Suisse ou de la Suède, par ex., et que le mode de gouvernement d'un Hitler et d'un Staline étaient tout aussi "grand-slaves" ou "petit-slaves" que ceux de Ziska et de Benesch ou, en tout cas, que ceux des Hohenzollern ou des Habsbourg. Nous prîmes conscience que, face à ces systèmes, tous les peuples d'Occident avaient depuis toujours postulé la liberté et la dignité de l'homme — et par conséquent, le libre-arbitre dans la décision et l'action collectives. C'est pourquoi ces peuples devaient être réunis dans une confédération à droits égaux, où chacun conserverait ou acquerrait sa liberté. Or, ces peuples étaient de fait menacés dans leur essence et dans leur existence par les konzerns, les trusts, les propriétés latifundiaires, comme par tout système économique dictatorial, étatique ou collectiviste.
    « Ce cheminement intellectuel était déjà parvenu à son terme quand la guerre éclata.
    « Nous savions dés le début que cette guerre entraînerait, et devait nécessairement entraîner, l'effondrement du national-socialisme. Que faire ? Aucun des groupes qui avaient pu continuer à travailler en secret ne pouvait, à lui seul, renverser la dictature de masse. Ensemble, ils ne le pouvaient d'ailleurs pas davantage sans l'aide de l'armée. D'où la première question que nous nous posâmes : dans quelle mesure et jusqu'où étions-nous d'accord avec les autres groupes ? Et la seconde : pouvions-nous, en joignant nos efforts aux leurs, amener la Wehrmacht (en clair : un nombre suffisant de généraux supérieurs) à entreprendre cette lutte ? (...)
    « Il s'avéra quasiment impossible (contrairement à un espoir largement répandu dans la population) de gagner à notre cause les généraux. Seeckt était devenu le fossoyeur de la Wehrmacht. Lorsque l'armée de Hindenburg fut réduite à trois cents, puis à deux cents, puis à cent mille hommes, Seeckt avait choisi les têtes qui, premièrement étaient suffisamment intelligentes pour maîtriser une tâche difficile, deuxièmement étaient dévouées corps et âme à leurs supérieurs (et donc paresseuses), et troisièmement (conséquence logique du deuxième point) évinçaient impitoyablement tout concurrent à la mangeoire commune. C'est ce type de carriéristes, de petits chefs qui ont accédé au maréchalat, pour le clinquant de la gloire. De ceux-là, il n'y avait rien à espérer. Quant aux rares qui étaient restés purs, il leur était impossible de s'extraire de leur monde étroit et confiné. Ils dépendaient finalement du jugement de ceux que le contexte social leur faisait côtoyer. Et ceux-là n'étaient autres que les représentants de la grande propriété foncière et de la grande industrie. Leur chef de file était le docteur Goerdeler, aux qualités humaines irréprochables, mais politiquement désespérant et manquant de prudence. Les quelques généraux qui avaient désormais pour nous une importance décisive n'écoutaient que lui ! Nous fûmes donc obligés de le fréquenter, ce qui en clair signifiait : le laisser faire jusqu'au moment où le renversement du régime aurait réussi. Mais nous nous méfions tellement de son imprudence et de son entourage que nous refusions de le rencontrer personnellement, et mettions même en garde les hommes de liaison d'autres groupes contre toute rencontre avec lui.
    « Comme nous n'étions nullement sûrs que Goerdeler et ses généraux mettraient vraiment à exécution l'attentat dont nous avions longuement discuté, nous préparâmes notre propre attentat, prévu pour l'automne 1944. Mais la vague d'arrestations qui suivit l'essai manqué du 20 juillet 1944 nous empêcha de mettre notre projet à exécution (...)
    « D'une manière générale, notre travail s'effectuait grâce à la complicité d'un trio de notre groupe, qui contrôlait un réseau de renseignements, de laissez-passer et d'entraide : Wolfram Sievers, Schuddekopf et Schade nous transmettaient en permanence les renseignements de la direction centrale de la SS, du SD et de l'Abwehr auxquels ils pouvaient accéder du fait de leur position. Délivrant passeports et laissez-passer, truquant les missions de recherche et les voyages officiels, finançant ce travail sur le budget de leurs services, ils prenaient tous les risques, sachant pertinemment que s'ils venaient à être découverts, la sanction serait plus sévère encore en raison de leur grade élevé dans la hiérarchie — et que, dans l'autre camp, ils n'échapperaient pas aux poursuites des Alliés qui les prendraient pour des nazis. Sievers parvint à me faire délivrer un laissez-passer de chef de service de l'état-major personnel du Reichsführer SS, alors que je n'avais jamais été chef de service (ni d'ailleurs membre du parti, et encore moins de la SS). Il alla même, le jour de mon mariage, jusqu'à mettre à ma disposition les locaux de l'Ahnenerbe, d'où il fit retirer, pour la circonstance, tous les portraits de Hitler, etc. (...)
     « Il osa même organiser mon voyage dans le ghetto [de Lizimannstadt] (...) afin de pouvoir y sauver des personnes qui y avaient été transférées. Après mon arrestation (pour participation à l'attentat du 20 juillet), non seulement il demeura inébranlable lors de son interrogatoire ("Avouez que Hielscher a traité en votre nom avec le comte Stauffenberg !" — la question eût désarçonné un plus faible que lui), mais il me fit encore sortir de prison et c'est lui, pour finir, qui prit en main le second attentat. Celui-ci visait Hitler et Himmler aux environs de l'Obersalzberg — Himmler surtout, car c'est lui qui contrôlait l'appareil sans lequel Hitler n'eût jamais pu rétablir la situation avec toute la rapidité nécessaire (...)
    « Mon arrestation marqua la paralysie du dernier groupe qui luttait encore contre le parti. Quand je fus libéré, un champ de ruines s'offrit à ma vue. À ce jour, il m'est encore impossible de déterminer avec certitude qui fut pendu et qui ne le fut pas ».
    F. Hielscher fut arrêté par la Gestapo le 2 septembre 1944 à Marburg, son nom figurant sur des documents trouvés lors de perquisitions consécutives au 20 juillet 1944. Wolfram Sievers réussit, depuis la direction centrale de la SS, à faire croire à la Gestapo que F. Hielscher, membre de l'Ahnenerbe, détenteur d'un laissez-passer de chef de service du Reichsführer lui-même, n'avait strictement rien à voir avec l'attentat et que son internement dans un camp de concentration ne ferait que le jeter dans les bras des ennemis du national-socialisme. Le 2 janvier 1945, Hielscher fut expédié à titre disciplinaire et probatoire, avec le grade de caporal de la Wehrmacht, dans une unité de renseignements à Nedlitz. Au bout de 3 mois passés à l'état-major de cette unité, il la quitta et, début avril, se rendit à Göttingen où les Américains tirent leur entrée le 8 avril. Du 6 au 9 mai, il gagne en bicyclette Marburg, où sa femme Gertrude se trouve à l'hôpital. C'est pendant ce trajet que se produisit, le 8 mai 1945, l'effondrement qu'il avait attendu et appelé de ses vœux.
    ► Marcus Beckmann, Nouvelle école n°48, 1996. http://vouloir.hautetfort.com

  • Alexis de Tocqueville, le visionnaire

    Alexis de Tocqueville n’a que 26 ans lorsqu’il part aux États-Unis étudier la société américaine. Quatre ans plus tard, en 1835, il publie le premier tome de De la démocratie en Amérique ; puis, cinq ans plus tard, le tome II dans lequel il prédit avec une stupéfiante justesse les maux qui peu à peu gangrèneront les démocraties occidentales. En voici un extrait :

    « Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde ; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme ; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tâcher de la définir, puisque je ne peux la nommer.

    Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

    Au-dessus de cela s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

    C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre ; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même. L’égalité a préparé les hommes à toutes ces choses : elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.

    Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux dont le gouvernement est le berger.

    J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la souveraineté du peuple.

    Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leur tuteur. Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme, ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne.

    Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rentrent. »

    http://www.malikasorel.fr