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culture et histoire - Page 2046

  • André Frament - Les relations ambigües de l'islam et du mondialisme

    Floriano75

  • Pourquoi l’Europe se désagrège ?

    La détérioration de la situation économique en Europe peut engendrer de nouveaux Etats. Le renforcement de l’intégration des pays-membres a suscité les tendances centrifuges au sein de ces Etats.
    http://img687.imageshack.us/img687/7099/4separat1.jpg
    La carte de l’Europe peut se modifier dans les 3-4 ans à venir. Les nationalistes de la Catalogne qui ont remporté la victoire aux élections régionales se préparent au référendum pour se séparer de l’Espagne. Il est probable que la Flandre où la langue néerlandaise est courante va se séparer de la Belgique.

    L’accord sur le référendum concernant l’indépendance totale de l’Ecosse est signé. En Italie, « la Ligue du Nord » veut obtenir, au minimum, l’indépendance économique des provinces industrialisées du Sud qui est, selon eux, « paresseux et corrompu ». Cette année, la Bavière a demandé la réforme « de la constitution financière » de l’Allemagne ne tolérant pas les dépenses inefficaces de leur argent par d’autres régions.

    Le régionalisme est le revers de l’intégration européenne, estime le président de l’institut de la stratégie nationale Mikhaïl Remisov. Les petites régions n’ont plus peur de l’indépendance du fait d’être protégées par les structures européennes qui remplissent les fonctions d’un Etat.

    « La désintégration d’un Etat national est étroitement liée au renforcement des organismes supranationales européens. Auparavant, l’apparition d’un nouvel Etat était impossible sans potentiel démographique et économique, surtout en cas des litiges avec les pays voisins. Mais actuellement, ce principe n’est plus valable ».

    Il y a des experts qui disent que le renforcement de la désintégration est dû à la crise économique : les régions industrialisées ne veulent pas doter celles qui sont moins développées. Mais le directeur du centre d’études germaniques de l’Institut d’Europe Vladislav Belov estime que l’économie est le facteur secondaire.

    « Partiellement, c’est la réponse au multiculturalisme : plus d’attention est attachée à sa propre culture. C’est la croissance de l’autoidentification culturelle qui pousse aux conclusions suivantes : nous travaillons mieux et nous devons vivre mieux ».

    Pour le moment, les autorités européennes n’ont pas trouvé la réponse à ce nouveau défi. Le politologue, professeur Valéri Solovéy estime que la désintégration éventuelle des Etats fait partie des changements globaux engendrés par la crise économique :

    « Cela ressemble à la situation du début du XXe siècle. On voit apparaître une vague qui devient au fur et à mesure plus grande, et nous ne pouvons ni évaluer son envergure, ni connaître ses raisons». (…)

    Cameroonvoice via http://www.fdesouche.com

  • La vérité est que l’argent ne vaut rien

    Comment les dirigeants occidentaux ont-ils réagi à la crise initiée par l’effondrement des « subprimes » américains en 2008, qui s’est ensuite propagée rapidement dans la majeure partie du monde, et qui d’ailleurs couvait bruyamment depuis un certain temps (écroulement du Mexique en 1996, des « petits tigres » en 1997, défaut de l’Argentine en 1999) ? En injectant dans le système davantage d’argent à travers une série de triangulations entre Fed, FMI, les banques, les Bons du Trésor,  qui ne sont rien d’autre qu’une contrepartie.

    Traditionnellement, les fonctions de l’argent sont au nombre de quatre : 1) mesure de la valeur ; 2) Intermédiaire pour les échanges ; 3) Moyen de paiement ; 4) Dépôt de richesse. Rien à redire sur les 3 premières. Mais ôtons-nous de la tête l’idée que l’argent constitue une richesse ou qu’il la représente. De ce point de vue, l’argent n’est rien, absolument rien.

    Les Espagnols s’en aperçurent à l’aube du XVII siècle quand, après avoir dévalisé les Indiens d’Amérique de tout l’or et l’argent (la monnaie de l’époque en Europe), ils se retrouvèrent plus pauvres qu’avant. Dans son Mémorial de 1600, Gonzales de Collerigo écrit avec une lucidité incisive : « Si l’Espagne est pauvre, c’est parce qu’elle est riche. » Et Pedro de Valence en 1608 : « Le mal est venu de l’abondance d’or, d’argent et de monnaie, qui a toujours été le venin destructeur des cités et des républiques. On pense que l’argent est ce qui assure la subsistance, mais ce n’est pas le cas. Les terres cultivées de génération en génération, les troupeaux, la pêche, voilà ce qui garantit la subsistance. Chacun devrait cultiver son lopin de terre et ceux qui aujourd’hui vivent de rentes et d’argent sont des gens inutiles et feignants qui mangent ce que les autres ont semé. »

    On dira que ce sont là des discours d’économiste de la première heure encore lié culturellement et émotivement au monde du Moyen Âge où l’argent, outre qu’il circulait peu, était bien souvent regardé avec suspicion. Mais Sismondi, qui fut actif deux siècles plus tard, lorsque l’économie classique, avec Smith, Ricardo, Malthus ou encore Say, avait déjà fait irruption dans l’Histoire et s’était imposée comme une science, écrivait : « En augmentant l’argent d’un pays sans en augmenter le capital, sans en augmenter le revenu, ni la consommation, on ne l’enrichit pas, on n’en stimule pas le travail. » Et par « capital » Sismondi entendait la terre, le bétail, les outils, le travail, les habitations, autrement dit les biens matériels.

    En 1929, les Américains qui avaient investi à la bourse de New York se croyaient richissimes, mais il a suffi que quelqu’un ne croie plus dans la valeur de ces actions (qui, en tant que crédit, sont de l’argent au sens propre du terme), entrainant les autres actions dans leur chute, pour que cette richesse se révèle pour ce qu’elle est : du simple papier. La valeur d’une vache, à l’inverse, même si elle peut varier, ne pourra jamais être réduite à zéro. On en tirera toujours du lait, ou au pire, on en fera des beefsteaks.

    Déjà Aristote, dans son ouvrage intitulé « Politique » s’était aperçu de l’inconsistance de l’argent, quand il écrivait : « La monnaie… est une simple convention légale sans aucune base naturelle, car si l’accord change entre ceux qui l’utilisent, il perd toute valeur et n’est plus utile à aucune des nécessités de la vie, et un homme riche d’argent peut arriver à manquer de la nourriture nécessaire. Bien étrange serait une richesse qui, même possédée en abondance, laisserait mourir de faim son propriétaire, comme le raconte le fameux mythe de Midas.(*) »

    Massimo Fini http://www.scriptoblog.com

    Il fatto quotidiano, le 20 octobre 2012

    note du traducteur (*): Légende de la mythologie grecque, Midas pouvait transformer en or tout ce qu'il touchait.

      Article traduit et publié en langue française par le site www.massimofini.fr

  • ÉTATS-UNIS Une blessure béante

    150 ans après son déclenchement, la guerre de Sécession continue d'imprégner l'esprit des Américains, qui furent des milliers à marquer cet anniversaire avec une fierté mêlée de tristesse et de rage.
    Il y avait 150 ans, le 12 avril, éclatait en Amérique la plus sanglante guerre de son histoire : 618 000 morts, plus d'un million de blessés graves, un territoire grand comme quatre fois la France ravagé. Cette boucherie a reçu, et conserve, deux noms différents - un pour chaque camp - ce qui prouve qu'elle divise encore les esprits.
    Pour les vainqueurs nordistes, ce fut une guerre civile. Or, rien n'est plus faux. Le Sud vaincu n'a jamais voulu s'emparer de Washington, remodeler les institutions fédérales, imposer ses principes socio-politiques. Le plus cher désir du Sud était de continuer à vivre comme il avait vécu depuis deux siècles sous son blanc soleil, dans la moiteur tropicale, l'ombre de ses magnolias, la sérénité de ses champs de coton, de tabac et de canne à sucre. Le Sud avait une civilisation à défendre. C'est pour elle que ses fils prirent les armes. Par mépris, le Nord en fit des rebelles. À qui la faute ? Le Sud devait réagir contre un étranglement commercial voulu par les yankees, une succession de lois humiliantes, injustes et dominatrices, le viol répété d'une Constitution où chaque État avait le droit de faire sécession. Ce droit, le Sud l'a revendiqué dans un choc effroyable qu'il a appelé la "guerre entre les États".
    Ce fut en effet une lutte entre les deux parties du puzzle américain. Les morceaux situés au Nord avaient une lecture autoritaire, centralisatrice, contraignante de la Constitution. À l'inverse, les morceaux situés au Sud avaient une vision souple, régionaliste et libérale de la même Constitution. Les Pères fondateurs auraient donné raison au Sud : on pouvait quitter l'Union. Le mot est lâché : sécession. Il s'agit du défi de onze États pour préserver leurs terres, leurs foyers, leurs moeurs, leurs consciences - l'âme du Sud, son sang bouillonnant et fier, qui va bientôt surgir sur le devant de la scène.
    Fort Sumter
    Un mois après l'entrée d'Abraham Lincoln à la Maison Blanche en mars 1861, tous les regards se fixent sur un fort minuscule édifié au sommet d'un îlot isolé à l'entrée du port de Charleston, en Caroline du Sud. C'est Fort Sumter. Une garnison nordiste l'occupe : symbole provocant au coeur du pays sudiste. De là jaillira l'étincelle qui mettra le feu à la traînée de poudre jusqu'à l'embrasement général. Les Sudistes assiègent Fort Sumter, puis, le 12 avril 1861 au petit matin, l'aspergent d'obus. La canonnade durera vingt-quatre heures, ne fera que quelques blessés et débouchera sur une reddition. Occasion rêvée pour Lincoln de présenter le Sud comme l'agresseur. Il mobilise 75 000 hommes. La guerre commence.
    Suivent mille jours de combat, seize batailles décisives, une dizaine de fiévreuses campagnes et, dans les deux camps, ces flambées d'audace, de courage, d'héroïsme qui ont recouvert l'immense champ d'honneur du visage des grandes guerres. Grande comme celle de 14-18 pour les Français. Grande parce que c'est la seule que les Américains ont vécu avec leur tripes. Et parce que c'est la seule qui eut pour théâtre leur propre territoire. En avril 1865, le Sud reconnut la défaite de ses armes. Mais il n'accepta jamais la loi du vainqueur. Cette liberté assassinée que plus de six millions d'hommes et de femmes avaient rêvée laissa une blessure qui ne guérira jamais. Le Sud a plié. Le Sud s'est soumis. Le Sud a réintégré l'Union. Mais sous ces apparences, il est resté un rebelle - dans sa mentalité, ses fibres, ses espoirs. Et ses souvenirs. Deux mois avant Fort Sumter, Jefferson Davis était élu président de la Confédération. Il prêta serment sur les marches du Capitole de Montgomery, en Alabama. Ce fut alors le triomphe de la confiance, de l'enthousiasme, de l'euphorie. L'histoire s'accélérait.
    Face à Lincoln, il y avait désormais Davis. Face au Nord, il y avait plus que jamais le Sud rassemblé, une volonté nationale, la perception d'un destin. Un siècle et demi plus tard, en février dernier, ils furent des milliers à marquer l'événement avec une fierté mêlée de tristesse et de rage. Devant le même Capitole de Montgomery, les vieux fusils, les costumes d'époque, la bannière sudiste avec ses étoiles et la croix de Saint-André défilèrent dans la fumée des canons, les accents de l'impérissable Dixie qui chante la douceur de vivre, le pays du coton, le bon vieux temps. La parade dura plusieurs heures. À la fin, un acteur local joua le rôle de Davis et lut l'allocution qu'il prononça jadis : « Devant la force, le Sud fera sentir à ses adversaires l'odeur de la poudre. Il soutiendra ses droits. Rien que ses droits. Mais tous ses droits. » Deux mois plus tard, la canonnade de Fort Sumter montra d'une façon éclatante que le Sud était intimement convaincu de la justesse de sa cause. Le 12 avril dernier, ce fort, symbole d'une volonté inébranlable, fut envahi par les foules du souvenir et de la ferveur. Comme à Montgomery. Et comme là-bas, les charognards hystériques tempêtèrent contre les « nostalgiques de l'esclavagisme ».
    L'esclavage, cause du conflit ?
    La plus révoltante imposture du politiquement correct concernant la guerre de sécession est liée à l'esclavage. On s'ingénie à faire croire aux Américains qu'il est l'unique origine de ce conflit. Autre mensonge. Lorsque les premiers coups de feu furent échangés, les États du Nord comptaient des dizaines de milliers d'esclaves. L'esclavage était légal à Washington et en 1857 - soit quatre ans à peine avant le début des hostilités - la Cour suprême des États-Unis réaffirma que le fait de posséder des hommes et des femmes de race noire pour les soumettre à un travail régulier était un droit constitutionnel. À la même époque, des élus du Nord proposèrent un amendement à la Constitution qui spécifiait que les instances fédérales n'avaient aucune autorité pour intervenir sur l'esclavage dans les États où il existait. Bref, on ne tua pas 618 000 soldats pour libérer 4,5 millions de Noirs importés d'Afrique. La guerre est née de l'acharnement de Lincoln à sauvegarder l'Union, coûte que coûte. Au prix d'un effroyable bain de sang. Lincoln a son mausolée à Washington. C'est même le plus imposant de tous. Beaucoup de phrases mémorables qu'il a prononcées y sont gravées. Mais on chercherait en vain la plus significative : « Si j'avais pu sauver l'Union sans libérer un seul esclave , je l'aurais fait. »
    De notre correspondant aux États-Unis, Philippe Maine L’ACTION FRANÇAISE 2000 n° 2815 – Du 21 avril au 4 mai 2011

  • ACTION FRANÇAISE Du compromis nationaliste

    Tout en préparant le retour de l'héritier, l'Action française prétend contribuer à la sauvegarde de l'héritage. C'est pourquoi elle met en oeuvre le "compromis nationaliste", tandis qu'elle s'efforce de discerner au jour le jour où se trouve l'intérêt français.
      La notion de « compromis nationaliste » est une des meilleures clés pour entrer dans la pensée d'Action française. Si la célèbre formule, « les libertés en bas, l'autorité en haut », exprime en quelque sorte le but vers lequel nous marchons (restaurer une autorité forte, à la légitimité incontestable, qui n'aura plus besoin de tout administrer et de tout régenter pour subsister), le « compromis nationaliste » exprime, quant à lui, la ligne de conduite qui est la nôtre tant que ce but n'a pas été atteint.
    En effet, l'Action française, – et c’est son originalité par rapport aux autres mouvements royalistes –, ne fait pas de la monarchie une idéologie, un système, encore moins un préalable ! Pour Maurras, le seul absolu en matière politique est la reconnaissance de la nature sociale de l’homme. Tout le reste est contingent. La nation est présentement la forme la plus solide et la plus complète d’organisation politique que nous connaissions et sa défense s’impose donc à quiconque veut faire prévaloir les choix politiques sur le simple jeu des intérêts économiques, mais il n’en a pas toujours été ainsi et il n’en sera pas forcément toujours ainsi. De même, la monarchie est le régime qui répond le mieux aux exigences de l’histoire et du tempérament français mais ce modèle n’est pas requis pour tous les peuples, sous toutes les latitudes. Cette manière d’envisager les choses, que l’on pourrait qualifier jusqu’à un certain point de positiviste, permet à l’A.F. de hiérarchiser son action : la philosophie et l’histoire nous conduisent d’abord au nationalisme puis le nationalisme nous conduit à son tour à la conclusion monarchique. C’est l’empirisme organisateur.
    Ecoutons Maurice Pujo faire en 1937 l’application de ces principes au problème de l’union des patriotes : « Chez nous, à L’Action française, la méthode dans l’action est la même que dans la doctrine : c’est celle de l’empirisme organisateur. Qu’il s’agît de viser le but final ou d’atteindre des objectifs limités, pour nous l’action, toujours conduite par l’idée, a toujours eu pour matière les événements. N’envisageant comme moyens qu’une élite consciente et énergique d’une part, de l’autre les forces latentes du patriotisme français à mobiliser seulement pour la sauvegarde de quelque grand intérêt du pays, cette action vigilante a été étroitement liée à la vie nationale. » Autrement dit, la politique de l’Action française consiste à discerner au jour le jour, dans chaque événement de la vie nationale et internationale, où se trouve l’intérêt français et, une fois ce discernement opéré, à tout mettre en œuvre pour servir cet intérêt national. Le « compromis nationaliste » consiste en cette collaboration permanente avec toutes les forces qui agissent, ponctuellement ou de manière plus durable, dans le sens de l’intérêt national et cela sans aucune considération partisane. Maurice Pujo le dit autrement : « Nous avons des convictions, mais nous sommes sans préjugés ». Dans notre histoire récente, on peut citer l’exemple de Pierre Pujo accueillant Jacques Chirac à Mayotte pour conserver un territoire d’outre-mer à la France ou celui du soutien que le même Pierre Pujo apporta aux initiatives souverainistes, qu’elles viennent d’un Chevènement ou d’un Séguin, pour combattre les partisans d’un Etat européen supranational.
    Bien entendu, le « compromis nationaliste » n’a rien de commun avec la logique des alliances. Nous n’avons pas vocation à nouer des alliances permanentes, à signer des accords avec des partis ou des hommes de parti, à adhérer à des confédérations de mouvements dont nous deviendrions une composante parmi d’autres… L’Action française, disons-le sans fausse pudeur, a la certitude de posséder la doctrine du salut national. Elle continuera donc à la proclamer. Mais, dans le même temps, elle ne cessera pas non plus de mener son combat quotidien en faveur des intérêts de la France avec tous les Français de bonne volonté, qu’ils partagent ou non la totalité de nos idées. Qu’on nous comprenne bien : le « compromis nationaliste » n’est pas une option, un point de détail dans la pensée d’Action française. En cessant de le pratiquer nous abandonnerions le terrain politique pour devenir une chapelle royaliste comme les autres, une simple sensibilité.
    Stéphane BLANCHONNET  www.a-rebours.fr
    Note : les citations de Maurice Pujo sont tirées de sa brochure Le Problème de l'union, paru à La Librairie d'Action française (1937).
    L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 5 au 18 mai 2011

  • La Corporation chez Julius Evola

    Article paru dans L'Action Sociale Corporative numéro 5.

        Dans Le Fascisme vu de Droite – ouvrage disponible en français aux éditions Pardès – Julius Evola (1898-1974) propose une critique, au sens d'une analyse rigoureuse, méthodique et sans concession à l'égard de ses détracteurs comme de ses admirateurs, d'un régime et d'une idéologie dont il fut un compagnon de route atypique (Evola s'opposa notamment, dans un esprit contre-révolutionnaire, à l'importation du racisme biologique allemand, à l'abaissement du rôle de la monarchie, aux dérives étatistes et totalitaires). Ce livre publié en 1964 bénéficie à la fois de la proximité avec son sujet que donne à l'auteur sa qualité de témoin et d'acteur, ainsi que de la hauteur de vue que lui procurent la distance dans le temps et sa riche réflexion politique d'après-guerre, dont témoignent des œuvres comme Orientations (1950) ou Les hommes au milieu des ruines (1953). Deux chapitres du Fascisme vu de Droite retiendront particulièrement notre attention dans le cadre de cet article : le chapitre VIII consacré aux institutions fascistes en général et le chapitre IX consacré plus précisément au problème de la corporation et de l'organisation économique.

    Une nouvelle forme de représentation

        Le chapitre VIII reconnaît d'abord au fascisme le mérite d'avoir abattu le parlementarisme. Outre la restauration de l'Etat, cette opération permet d'envisager une nouvelle forme de représentation qui tranche avec celle procurée par les partis parlementaires, structures dont le moyen est le clientélisme le plus vulgaire et la fin, non le service de l'Etat mais celui de leurs idéologies respectives : « ils se présentent dans une sorte de concours ou de compétition pour la meilleure défense des intérêts de tel ou tel groupe d'électeurs, mais en réalité ils ont chacun une dimension politique, chacun une idéologie ; ils ne connaissent ni intérêts ni exigences les dépassant, ils agissent dans l'état vide et visent chacun à la conquête du pouvoir : d'où une situation on ne peut plus chaotique et inorganique » (p. 75-76 de l'édition Pardès).
        Evola voit immédiatement dans l'abolition de ce système l'occasion de rétablir une représentation qualitative et organique (des groupes, en fonction de leur rôle dans le corps social) et non plus quantitative (des individus selon le principe : un homme, une voix), sur le modèle des institutions de l'Europe d'avant 1789 : « parce que ce n'était pas la simple force numérique des groupes, des corps ou des unités partielles ayant au Parlement leurs propres représentants qui était considérée, mais leur fonction et leur dignité. » (p. 77).
         Idéalement pour Evola, le nouveau régime aurait dû promouvoir une forme de bicaméralisme ainsi conçu : une Chambre basse représentant la société sur un mode qualitatif, différencié et organique (représentants des corporations professionnelles, de l'armée, de la magistrature et des autres corps) et une Chambre haute, un « Sénat, avec des membres exclusivement désignés d'en haut, choisis surtout en fonction de leur qualité politique, qualité de représentants de la dimension transcendante de l'état, donc aussi de facteurs spirituels, méta-économiques et nationaux » (p. 79) ayant pour but de faire prévaloir le plan des fins sur celui des moyens et proche en cela de l'idée d'un Ordre, au sens supérieur, traditionnel et religieux du terme. Hélas ce programme ne sera pas mis en œuvre, en tout cas pas dans toute la pureté de sa conception.

    L'échec du fascisme

        Le chapitre IX s'intéresse plus précisément à l'un des composants de la Chambre basse : la corporation professionnelle. Evola y affirme d'abord la nécessité de « s'opposer à une fonction de la corporation soit comme instrument d'étatisation centralisatrice, soit comme instrument de conquête de l'état par l'économie. » (p. 82). En effet, il décèle deux premiers écueils dans le programme corporatiste : celui du dirigisme qui tue la libre initiative du chef d'entreprise, la corporation étant alors conçue comme une courroie de transmission au service d'un contrôle étatique de l'économie, et celui de "l'état corporatif", la corporation devenant alors l'instrument d'une dissolution du politique dans l'économie.
        A cela s'ajoute, le danger consistant à concevoir le corporatisme comme une superstructure nationale où les employeurs et les employés enverraient séparément et par branche leurs représentants, ce qui ne ferait qu'aggraver les antagonismes de classe. Sur ce dernier point, Evola constate l'échec du fascisme : « Le système institua […] sur le plan législatif le double front des employeurs et des travailleurs, dualité qui ne fut pas surmontée là où il aurait fallu, c'est-à-dire dans l'entreprise elle-même, au moyen d'une nouvelle structuration organique de celle-ci (donc dans sa structure interne), mais dans des superstructures étatiques générales affectées d'un lourd centralisme bureaucratique et, en pratique, souvent parasitaires et inefficaces. » (p. 85).
        L'auteur oppose à ce modèle bureaucratique, la « reconstruction organique infrastructurelle » (p. 90) des corporations, c'est-à-dire, l'idée d'une entreprise-communauté conçue de manière analogue à la nouvelle vision organique de la nation. C'est dans chaque entreprise donc qu'il conviendrait d'organiser la représentation de tous selon sa fonction : le chef d'entreprise, les cadres, les différents services et ateliers. Cette communauté de travail et son chef seraient alors responsables devant l'Etat.

    Nécessité d'une transcendance

        Ce dernier point, la responsabilité devant l'Etat, manifeste l'ultime difficulté envisagée par Evola : sans un esprit commun, sans une transcendance politique et spirituelle, la corporation est vouée à l'échec. D'où la nécessaire reconnaissance du « caractère non seulement économique mais aussi éthique de la corporation » (p. 86), de la responsabilité morale du chef d'entreprise devant l'Etat « comme contrepartie de la reconnaissance de sa libre initiative » (p 87), de la lutte nécessaire contre un capitalisme « parasitaire » (le chef d'entreprise devant être le « premier travailleur » de son entreprise par opposition au simple bénéficiaire de dividendes), de la participation des employés aux bénéfices mais aussi aux pertes de l'entreprise.
        L'argumentation d'Evola sur la question sociale dans Le Fascisme vu de Droite présente l'intérêt de confronter les principes contre-révolutionnaires en la matière avec l'histoire de l'une des tentatives, partielle et insatisfaisante, mais réelle, de leur mise en œuvre au XXe siècle. L'idée la plus forte que l'on en retiendra est que le projet de restauration d'un ordre vraiment traditionnel et hiérarchique ne peut se mener sur un seul terrain, qu'il soit politique ou social et économique, mais correspondre à un changement complet de direction dans tous les domaines et d'abord au plan spirituel. Tout constructivisme politico-économique qui ne tient pas compte de la dimension anthropologique du problème posé par la Modernité se condamne à l'échec.

    Stéphane BLANCHONNET http://a-rebours.ouvaton.org

  • Lorsque Proudhon eut les cent ans…

    Au lendemain du jour où l'Italie fête le centenaire de Cavour, nous verrons une chose horrible : le monument Proudhon, à Besançon, sera inauguré par M. Fallières. Le fonctionnaire qui représente l'Étranger de l'intérieur, la créature des Reinach, Dreyfus et Rothschild officiera devant l'image du puissant écrivain révolutionnaire, mais français, à qui nous devons ce cri de douleur, qu'il jette à propos de Rousseau : « Notre patrie qui ne souffrit jamais que de l'influence des étrangers… »

    Les idées de Proudhon ne sont pas nos idées, elles n'ont même pas toujours été les siennes propres. Elles se sont battues en lui et se sont si souvent entre-détruites que son esprit en est défini comme le rendez-vous des contradictoires. Ayant beaucoup compris, ce grand discuteur n'a pas tout su remettre en ordre. Il est difficile d'accorder avec cet esprit religieux, qu'il eut vif et profond, sa formule « Dieu, c'est le mal », et, dans une intéressante étude du Correspondant, M. Eugène Tavernier nous le montre fort en peine d'expliquer son fameux « La propriété, c'est le vol ». Nous remercions Proudhon des lumières qu'il nous donna sur la démocratie et sur les démocrates, sur le libéralisme et sur les libéraux, mais c'est au sens large que notre ami Louis Dimier, dans un très beau livre, l'a pu nommer « Maître de la contre-révolution ».

    Proudhon ne se rallie pas à la « réaction » avec la vigueur d'un Balzac ou d'un Veuillot. Il n'a point les goûts d'ordre qui dominent à son insu un Sainte-Beuve. Ses raisons ne se présentent pas dans le magnifique appareil militaire, sacerdotal ou doctoral qui distingue les exposés de Maistre, Bonald, Comte et Fustel de Coulanges. La netteté oblige à sacrifier. Or, il veut tout dire, tout garder, sans pouvoir tout distribuer ; cette âpre volonté devait être vaincue, mais sa défaite inévitable est disputée d'un bras nerveux. On lit Proudhon comme on suit une tragédie ; à chaque ligne, on se demande si ce rustre héroïque ne soumettra pas le dieu Pan.

    Son chaos ne saurait faire loi parmi nous, et nous nous bornerions à l'utiliser par lambeaux si ce vaillant Français des Marches de Bourgogne ne nous revenait tout entier dès que, au lieu de nous en tenir à ce qu'il enseigne, nous considérons ce qu'il est. De cœur, de chair, de sang, de goût, Proudhon est débordant de naturel français, et la qualité nationale de son être entier s'est parfaitement exprimée dans ce sentiment, qu'il a eu si fort, de notre intérêt national. Patriote, au sens où l'entendirent les hommes de 1840, 1850, 1860, je ne sais si Proudhon le fut. Mais il était nationaliste comme un Français de 1910. Abstraction faite de ses idées, Proudhon eut l'instinct de la politique française ; l'information encyclopédique de cet autodidacte l'avait abondamment pourvu des moyens de défendre tout ce qu'il sentait là-dessus.

    Et, là-dessus, Proudhon est si près de nous que, en tête de son écrasant réquisitoire contre les hommes de la Révolution et de l'Empire, à la première page de Bismarck et la France 1, Jacques Bainville a pu inscrire cette dédicace : « À la mémoire de P.-J. Proudhon qui, dans sa pleine liberté d'esprit, retrouva la politique des rois de France et combattit le principe des nationalités ; à la glorieuse mémoire des zouaves pontificaux qui sont tombés sur les champs de bataille en défendant la cause française contre l'unité italienne à Rome, contre l'Allemagne à Patay. »

    — Quoi ? Proudhon avec les zouaves pontificaux ?

    — Oui, et rien ne va mieux ensemble ! Oui, Proudhon défendit le Pape ; oui, il combattit le Piémont. Au nez des « quatre ou cinq cent mille badauds » qui lisaient les journaux libéraux, il s'écriait, le 7 septembre 1862 : « Si la France, la première puissance militaire de l'Europe, la plus favorisée par sa position, inquiète ses voisins par le progrès de ses armes et l'influence de sa politique, pourquoi leur ferais-je un crime de chercher à l'amoindrir et à l'entourer d'un cercle de fer ? Ce que je ne comprends pas, c'est l'attitude de la presse française dominée par ses sympathies italiennes. Il est manifeste que la constitution de l'Italie en puissance militaire, avec une armée de 300 000 hommes, amoindrit l'Empire de toutes façons. » L'Empire, c'est ici l'Empire français, dont je vois le timbre quatre fois répété sur mon édition princeps de La Fédération et l'Unité en Italie.

    « L'Italie », poursuivait Proudhon, votre Italie unie, « va nous tirer aux jambes et nous pousser la baïonnette dans le ventre, le seul côté par lequel nous soyons à l'abri. La coalition contre la France a désormais un membre de plus… » Notre influence en sera diminuée d'autant ; elle diminuera encore « de tout l'avantage que nous assurait le titre de première puissance catholique, protectrice du Saint Siège ».

    « Protestants et anglicans le comprennent et s'en réjouissent ; ce n'est pas pour la gloire d'une thèse de théologie qu'ils combattent le pouvoir temporel et demandent l'évacuation de Rome par la France ! » Conclusion : « Le résultat de l'unité italienne est clair pour nous, c'est que la France ayant perdu la prépondérance que lui assurait sa force militaire, sacrifiant encore l'autorité de sa foi sans la remplacer par celle des idées, la France est une nation qui abdique, elle est finie. »

    Et, comme ces observations de bon sens le faisaient traiter de catholique et de clérical, « oui », ripostait Proudhon, « oui, je suis, par position, catholique, clérical, si vous voulez, puisque la France, ma patrie, n'a pas encore cessé de l'être, que les Anglais sont anglicans, les Prussiens protestants, les Suisses calvinistes, les Américains unitaires, les Russes grecs ; parce que, tandis que nos missionnaires se font martyriser en Cochinchine, ceux de l'Angleterre vendent des Bibles et autres articles de commerce. » Des raisons plus hautes encore inspiraient Proudhon, et il osait écrire : « La Papauté abolie, vingt pontificats pour un vont surgir, depuis celui du Père Enfantin, jusqu'à celui du Grand Maître des Francs-Maçons » , et il répétait avec une insistance désespérée : « Je ne veux ni de l'unité allemande, ni de l'unité italienne ; je ne veux d'aucun pontificat. »

    Deux ans après avoir écrit ces lignes, Proudhon expirait ; assez tôt pour ne pas assister à des vérifications qui devaient faire couler à flots notre sang, mutiler notre territoire, inaugurer le demi-siècle de l'abaissement national ! Cet « immense échec » qu'il avait prévu sans parvenir à comprendre, comme il le disait encore, « l'adhésion donnée par la presse libérale française à cette irréparable dégradation », confirma point par point ce regard d'une sublime lucidité. L'unité italienne et l'unité allemande nous ont fait perdre tout à tour la prépondérance qu'assurait notre force militaire et l'autorité qu'imposait notre foi. Le cléricalisme a été vaincu, le pape dépouillé, et l'on nous a imposé ce gouvernement dont la seule idée stable est l'abaissement du Saint-Siège, le règne de la franc-maçonnerie et de ses grands maîtres divers. Si l'Empereur a disparu, sa politique dure ; la parti républicain en a été quarante ans légitime et fidèle héritier.

    Certes, et nous l'avons dit, avec Dumont, avec Georges Malet, avec le Junius de L'Écho de Paris, aux avocats de l'empereur : rien n'efface cette responsabilité napoléonienne que Napoléon III lui-même rattache à la tradition de Napoléon Ier ; mais la vérité fondamentale établie, il faut en établir une autre et rappeler aux hommes de gauche, que leurs aînés, leurs pères, leurs maîtres et, pour les plus âgés, eux-mêmes, en 1860, ils étaient tout aussi Italiens et Prussiens que Napoléon III ! Sauf Thiers, en qui s'était réveillé l'ancien ministre de la monarchie, l'élève de Talleyrand, qui fut l'élève de Choiseul, tous les républicains et tous les libéraux du dix-neuvième siècle ont été contre le Pape et contre la France avec l'Empereur des Français. Il faut relire dans Bismarck et la France ces textes décisifs auxquels nous ramène Bainville ; le ministre Ollivier développant à la tribune la thèse idéaliste des nationalités et M. Thiers, traditionnel pour la circonstance, s'écriant : « Nous sommes ici tantôt Italiens, tantôt Allemands, nous ne sommes jamais Français », toute la gauche applaudissait qui ? Émile Ollivier ! Guéroult défendait l'unité allemande, Jules Favre, un des futurs fondateurs de la République, déclarait le 4 juillet 1868 que nous n'avions « aucun intérêt à ce que les rivalités se continuent entre les deux parties de l'Allemagne » !

    Telle était la tradition révolutionnaire impériale ou républicaine et Proudhon s'y étant opposé presque seul, la présence de M. Fallières au monument de Proudhon est plus qu'un scandale, c'est un contresens. Je partage sur la personne de M. Fallières le sentiment de Léon Daudet l'appelant le plus lâche et le plus méprisable des ruminants ; et l'appréciation de Jacques Delebecque, telle qu'on la lira plus loin sur l'harmonie de cet animal et de la fonction constitutionnelle, me semble l'expression de la vérité pure. Mais le nom de Proudhon met en cause plus que la personne ou la magistrature de M. Fallières ; le nom de Proudhon met en accusation le régime avec son revêtement de blagologie nuageuse, avec son fond de sale envie et de bas appétits. Ce grand nom de Proudhon frappe d'indignité et Fallières, et sa présidence et la démocratie parce qu'il évoque le grand nom de la France et l'étoile obscurcie de notre destin national. Ce régime ne signifie que le pontificat de la maçonnerie que Proudhon avait en horreur. Il ne figure rien que les hommes et les idées que Proudhon combattait en France, en Europe, partout. Proudhon était fédéraliste ; que lui veut cette république centralisatrice ? Il était syndicaliste ; que lui veut cette république étatiste ? Il était nationaliste et papalin ; que lui veut cette république anticatholique, antifrançaise ?

    Je ne sais quelles bouffonneries l'on débitera à la louange de ce grand écrivain sorti, comme Veuillot et tant d'autres, des entrailles du peuple ; mais les lettrés devront répondre à la venue de M. Fallières par la dérision et le peuple par les huées.

    Charles Maurras http://maurras.net

    1907. (n.d.é.)

  • La critique erronée de la Nouvelle Droite

    Alain de Benoist voit dans le christianisme l'origine du déclin de l'Occident. Ce que nous réfutons.
    Née en France dans les année 1960, la mouvance de la Nouvelle Droite, dont l'intellectuel le plus célèbre demeure Alain de Benoist, a cru discerner dans le christianisme l'origine de nos maux contemporains, et l'a accusé de contenir en ses gènes cette folie moderne qu'aborde notre dossier. Selon elle, c'est le catholicisme lui-même qui serait vicié, et les hérésies qu'il condamne n'en seraient que le fruit logique et irrémédiable. Ce constat conduisit la Nouvelle Droite à se tourner vers le paganisme. Il va de soi que nous ne partageons pas les choix religieux de la Nouvelle Droite et n'adhérons pas aux critiques portées par Alain de Benoist à rencontre du christianisme. Cette critique nous amène cependant, pour la récuser, à nous interroger sur le contenu de notre propre foi et l'histoire de notre religion.

    La question de la sécularisation
    Dans L’Eclipse du sacré (La Table Ronde, 1986), livre de dialogue avec le penseur catholique Thomas Molnar, Alain de Benoist accuse ainsi la religion chrétienne d'être responsable de la sécularisation contemporaine, c'est-à-dire de la perte de tout sens religieux au profit du matérialisme : « Le christianisme ayant monopolisé la foi, s'il est mis en question, c'est toute foi qui s'effondre avec lui : sur quel dieu se rabattre s'il n'y en a qu'un, dont on ne veut plus ? » Dans sa récente autobiographie Mémoire vive (Fallois, 2012), Alain de Benoist précise encore que la notion à laquelle il « attache le plus d'importance, c'est celle de la sécularisation » qu'il considère comme « indissociable de l'émergence de la modernité ». Sa conclusion est simple : « L'athéisme est le fruit - non désiré ! - du christianisme, dont il manifeste ainsi l'essence nihiliste. »
    Ce qui est pour nous la religion du Sens est pour lui celle du rien. Au moins, les choses sont claires !
    Or, cette sécularisation amorcée avec la fin du Moyen-Âge et la disparition de la Chrétienté n'est pas vraiment due, comme le pense (non sans nuances) Alain de Benoist, à la séparation de notre Dieu monothéiste avec le monde, mais apparaît plutôt liée au déploiement matérialiste amorcé avec la Renaissance : il y a, au XVIe siècle, corrélation entre l'irruption du protestantisme et la redécouverte de l'Antiquité païenne.
    Idem à propos de la Révolution française, autre étape de la déchristianisation : le fonctionnement des sociétés de pensées, identifié comme la cause principale de la Révolution par l'historien Augustin Cochin, n'a rien à voir avec le christianisme. De même, s'il est vrai que le jansénisme (celui du XVIIIe siècle, pas celui de Port-Royal) a pu faire le jeu des adversaires de l'Autel en affaiblissant le Trône, ses responsabilités dans la politique de déchristianisation qui se met en œuvre dès 1789 avec la confiscation des biens du clergé ne sauraient se comparer à l’anticatholicisme virulent des révolutionnaires, qui aboutira à la persécution et, dans l'Ouest, à la guerre civile. La déchristianisation française du début du XIXe, conséquence du traumatisme révolutionnaire, n'a d'ailleurs pas empêché par la suite un fort regain du catholicisme et un retour, au moins temporaire, à la religion.
    Le risque d'éradication de la culture chrétienne au sein de la population française paraît aujourd'hui plus redoutable.

    Divergence de temporalité
    Les élans destructeurs de certaines hérésies chrétiennes ne sont pas les plus mortifères pour notre civilisation. Quand bien même l'idéologie marxiste serait une hérésie laïque du judaïsme, le nazisme n'est pas d'essence chrétienne. La destruction de l'environnement, un certain risque atomique, quand bien même seraient-ils les fruits d'un capitalisme, lui-même d'essence protestante, ne doivent rien non plus au christianisme. Bien au contraire, il existe une écologie proprement chrétienne, comme en témoigne, par exemple, la pensée du protestant Jacques Ellul.
    Alain de Benoist accuse aussi le christianisme d'avoir introduit l'individuo-universalisme en Occident. Là encore, la thèse est contestable : l'autonomie de la personne humaine n'est pas réductible à un individualisme. Le message universel du catholicisme n’implique pas non plus la disparition des États et des nations : au contraire, Jean-Louis Harouel montre que l'universalisme chrétien, « greffé sur le particularisme juif », n'a nullement freiné la construction de l'Etat-nation européen, auquel « l’État hébreux a servi de modèle ».
    On peut d'ailleurs être attaché à son salut personnel sans pour autant négliger les affaires de la cité. La dépolitisation ne vient-elle pas plutôt de la marchandisation du monde et de la société du spectacle, qui ne doivent pas grand chose à saint Augustin, mais beaucoup au règne de l'argent ?
    Catholicisme et Nouvelle Droite sont au fond irréconciliables, en ce qu'ils n'ont pas la même perception de la temporalité et de l'éternité. On a souvent l'impression qu'en étant nostalgique de l'instantanéité ou des visions cycliques de l'Histoire, la Nouvelle Droite est réfractaire à la temporalité linéaire indissociable du péché originel, qui, parce qu'elle fait du temps une invention humaine, nous ouvre la perception de l'éternité de l'amour de Dieu.
    La séparation entre Dieu et le monde rendue possible par la révélation biblique, séparation que reconnaît d'ailleurs Alain de Benoist, sauve l'homme en éradiquant symboliquement la violence de ses semblables par le phénomène du bouc émissaire (c'est le cœur de la pensée de René Girard) ; mais elle le sauve aussi par la possibilité d'une pensée logocratique, défendant une origine extrahumaine du langage (incarnée par une lignée de philosophes qui va de Joseph de Maistre à Pierre Boutang en passant par Martin Heidegger). C'est parce que notre Dieu n'est pas de ce monde que la société des hommes est sortie juridiquement et intellectuellement du chaos.
    Jacques Cognerais monde & vie  10 novembre 2012

  • Charette, le roi de la Vendée

     Le Figaro Magazine - 12/10/2012

    En 1793, cet ancien officier de la marine royale, follement brave, devint un des chefs de l'insurrection vendéenne. Philippe de Villiers, en fils du pays, lui consacre un livre rempli d'admiration.

    Au printemps 1793, la Vendée se soulève, révoltée par la persécution religieuse et par la conscription décrétée par la Convention. C'est une insurrection populaire, les paysans allant chercher les nobles pour leur servir d'officiers. Mais cette guerre civile est inégale : le Comité de salut public réunit plusieurs armées qui ont pour consigne de ne pas faire de quartier. Franchissant la Loire, les Vendéens tentent d'échapper à l'étau qui se resserre sur eux, poussent jusqu'à la Normandie, puis reviennent sur leurs pas, pauvre troupeau humain pourchassé. Fin décembre 1793, les débris de l'armée catholique et royale sont anéantis. « Il n'y a plus de Vendée, se vante le général Westermann : elle est morte sous notre sabre libre. »
         Mais ce n'est que le premier acte de la tragédie. De décembre 1793 à juin 1794, les « colonnes infernales » du général Turreau massacrent la population et détruisent tout sur leur passage. Selon les travaux historiques les plus récents, le nombre de victimes se situe entre 140 000 et 190 000 morts, soit entre le cinquième et le quart de la population, localement le tiers ou la moitié, dont 75 à 80 % dans le camp royaliste.
         Charette, l'un des chefs du soulèvement, a été après coup surnommé « le roi de la Vendée ». « Il me laisse l'impression d'un grand caractère, confiera Napoléon à Las Cases. Je lui vois faire des choses d'une énergie, d'une audace peu communes, il laisse percer du génie. » Ce jugement, Philippe de Villiers le partage sans hésiter. Créateur du Puy-du-Fou, député et président du conseil général de la Vendée pendant plus de vingt ans, l'homme qui a fait entrer son département dans la modernité est depuis toujours fasciné par la figure de Charette. Aujourd'hui, il lui consacre un livre intitulé « roman » *, parce que le héros y tient la plume en utilisant la première personne, mais l'auteur a tout lu sur le sujet et consulté les meilleurs spécialistes, si bien que ce roman haletant est un vrai livre d'histoire.
         François-Athanase Charette de la Contrie vient au monde en 1763, près d'Ancenis, dans une famille de hobereaux désargentés. A 16 ans, il intègre l'Ecole des gardes de la marine, à Brest, voyant passer de grands capitaines qui vont se battre contre les Anglais aux côtés des insurgents d'Amérique : Rochambeau, Bougainville, Suffren, Grasse. Le jeune Charette appareille à son tour, prend part à la guerre d'indépendance, y fait merveille, revient en vainqueur. Il croise ensuite en mer du Nord et dans la Baltique, puis dans les mers chaudes. En 1787, il est promu au mérite lieutenant de vaisseau. Affecté en Méditerranée, il fait la chasse aux Barbaresques et aux brigands grecs, mouillant à Corfou et dans les Dardanelles. Par rapport aux biographies habituelles de Charette, centrées sur l'époque révolutionnaire, l'originalité du livre de Philippe de Villiers est précisément de s'étendre sur cette période de la vie du Vendéen, faisant revivre la geste haute en couleur des marins du temps de Louis XVI, ces « hommes au sang salé ».

    Charette n'a pas l'âme d'un émigré
    Mais survient la Révolution, qui dissout l'esprit de discipline sur les vaisseaux français. En 1790, écoeuré, Charette démissionne et se réfugie chez lui, au manoir de Fonteclause, près de Challans. Cependant, en Vendée aussi, la violence et le désordre gagnent. En 1792, l'officier se rend à Coblence, mais il ne se sent pas à l'aise parmi les émigrés. Il rentre en France, participe à la défense du roi, le 10 août, quand l'émeute s'empare des Tuileries, échappe à la tuerie, et revient dans l'Ouest, où il se terre chez lui.
         En mars 1793, les paysans du pays de Retz et du Marais breton, révoltés contre l'ordre nouveau, viennent le tirer de son lit en le suppliant de les commander. Cédant à leurs instances, il prend la tête d'une troupe hétéroclite. Sur son chapeau, il a accroché le plumet blanc d'Henri IV et il a ressorti son sabre de marine sur lequel est gravée cette devise : « Je ne cède jamais. »
         S'étant joint à l'armée catholique et royale, il combat à Nantes, Montaigu, Torfou et Noirmoutier. Mais si Charette aime donner des ordres, il n'est pas dans son goût d'obéir. Souvent, à la bataille, il suit le plan qui lui convient, sans se soucier des autres chefs, avec certains desquels ses rapports sont houleux.
         Fin 1793, quand le gros des forces vendéennes est écrasé, il continue seul la lutte. Remarquable stratège, Charette mène une guérilla implacable, refusant l'affrontement quand la situation ne lui est pas favorable, paralysant les mouvements de l'adversaire, s'emparant de ses armes, exposant le moins possible ses propres hommes. De ces derniers, dont il partage les misères, il est très proche. Eux, admirant sa bravoure, se feraient tuer pour lui.
         En février 1795, alors que, à Paris, les Thermidoriens cherchent une issue à cet interminable conflit civil, Charette et plusieurs autres chefs vendéens signent la paix de La Jaunaye. La trêve, toutefois, ne dure que cinq mois. Au cours de l'été suivant, de son exil, Louis XVIII confère à Charette le grade de général de l'armée catholique et royale. Un beau titre pour une réalité qui n'existe plus. Après l'échec du débarquement de Quiberon, les combattants royalistes se dispersent. Ils sont 32 autour de Charette, le 23 mars 1796, quand il est capturé dans les bois de la Chabotterie. Condamné à mort, il est fusillé trois jours plus tard, à Nantes, ayant obtenu de diriger le feu. Il avait 32 ans. Son corps, jeté à la fosse commune, ne sera jamais retrouvé.
         Le livre de Philippe de Villiers élude les défauts de Charette : son orgueil, sa dureté, son individualisme. Il fait bien ressortir, en revanche, son courage, sa gaieté, son sens du panache, traits typiques de l'officier d'Ancien Régime. « Que d'héroïsme perdu ! » lui avait dit le général Travot en le faisant prisonnier. La réponse du roi de la Vendée est restée pour l'Histoire : « Monsieur, rien ne se perd. Jamais. »
    Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com 
    * Le Roman de Charette, de Philippe de Villiers, Albin Michel.

  • La repentance à l'origine du terrorisme ? Le point de vue de Marion Maréchal-Le Pen

    La technique des gouvernements est toujours la même : un problème ? Une loi ! Le gouvernement socialiste s’est inscrit dans les pas de ses prédécesseurs en faisant voter une loi de plus sur le terrorisme le mardi 27 novembre. Marion Maréchal-Le Pen, député du Vaucluse, a su élargir le débat. Nous livrons son intervention à la connaissance de nos lecteurs. C’est un document brut où figurent les interpellations de ses contradicteurs socialistes.
    Polém
    ia 

    Le sujet est grave, si grave, ce soir, qu'il nous conduit à oublier quelque peu nos étiquettes politiques pour nous retrouver autour d'une volonté commune qui est la lutte contre le terrorisme. C'est pourquoi M. Collard et moi-même voterons ce texte au vu de l'opportunité des mesures comme l'extension de la compétence des tribunaux français ou l'extension des condamnations.
    Permettez-moi cependant d'apporter un certain nombre de pistes de réflexion peut-être moins évidentes et un peu différentes de celles qui ont été conduites jusqu'ici.

    Qui sont ces terroristes ? De Khaled Khelkal à Mohamed Merah en passant par Zacharias Moussaoui, pourquoi des personnes d’origine extra-européenne et souvent de nationalité française choisissent-elles le terrorisme au nom du djihad contre les pays qui les ont accueillis, un pays qui, dans le cas de la France, a pourtant fourni à leurs familles allocations familiales, école gratuite, sécurité sociale, ainsi qu’un niveau de vie, des droits fondamentaux et une sécurité largement supérieurs à ceux existant dans leur pays d’origine. Il ne faut pas se mentir : la misère sociale n’est pas la seule cause de ces dérives. D’autres, plus indirectes, sont à étudier.

    Il y a déjà un certain échec de l’école de la République, qui n’a pas su intégrer ou au moins faire respecter la France.

    La responsabilité de la repentance

    Il y a ensuite le rôle de la repentance dans la banalisation du rejet de notre pays, de ses institutions, de ses lois et de ses coutumes. A l’heure où la majorité de gauche au Sénat dépose chaque mois de nouvelles propositions de lois mémorielles, dont le seul but est de rouvrir les plaies du passé, la question de l’opportunité de ces débats mérite d’être posée.

    M. Sébastien Pietrasanta (député maire d’Asnières-sur-Seine). C’est grave de parler ainsi !

    Mme Marion Maréchal-Le Pen. Peut-on aimer un pays dépeint à longueur d’ouvrages d’histoire comme un repaire de colons tortionnaires ? Peut-on respecter un pays dont la police de la République, selon ce qu’affirme le Président, par un jugement biaisé et sélectif, aurait envoyé dans la Seine des centaines de manifestants soi-disant pacifiques ?

    M. Paul Molac. (député du Mobihan) Mais c’est vrai !

    M. Eduardo Rihan Cypel (député de Seine-et-Marne). Cela s’appelle l’histoire de France !

    Mme Marion Maréchal-Le Pen. On ne peut évidemment pas. L’histoire utilisée comme arme politique s’est aujourd’hui retournée contre vous.

    Comme l’a justement souligné le 14 novembre au journal Le Nouvel Economiste un membre du Haut Conseil à l’intégration, Mme Malika Sorel, à force de cultiver le registre de la repentance, on a fini par totalement déprécier la notion d’identité française.

    L’identité française

    De là, la mécanique est simple : puisque le patriotisme est ringard, puisqu’il n’y a aucune raison d’aimer la France pour ses valeurs ou son histoire, puisque la croissance n’est pas là pour offrir à tous une reconnaissance sociale et une émancipation professionnelle, certains cherchent ailleurs un idéal, et, faute de le trouver dans la consommation et le matérialisme ambiant, la spiritualité est une voie qui peut fournir le prétexte aux dérives.

    Dans les banlieues, où les jeunes en mal d’identité se trouvent souvent désœuvrés au milieu de la délinquance et des trafics, l’islamisme trouve un terreau favorable et gagne tous les jours plus de place face à l’islam modéré.

    Islamisme, criminalité et religion dévoyée

    Cet islamisme est hybride, il se caractérise par un mélange de criminalité et de religion dévoyée. Tous les criminologues l’affirment, notamment Xavier Raufer.

    Les terroristes sont pour la plupart issus du banditisme ou de la délinquance. Ils ne trouvent en l’islamisme qu’un prétexte, une justification à leur volonté destructrice, à leur haine de la France et de tout ce qui la représente.

    Ainsi, avant de parler de terrorisme, il faudrait s’attaquer en priorité à la criminalité. Malheureusement, les premiers mois de la ministre de la justice ont continué la culture de l’excuse et de l’angélisme. La justice ne condamne plus fermement les crimes et délits, 82.000 peines de prison de moins de deux ans fermes par an ne sont plus appliquées.

    Français de papier ? Oser la perte de nationalité !

    Tant que l’immigration continuera et aggravera le sort des enfants d’immigrés déjà présents, la haine de notre pays se perpétuera et l’islamisme radical se développera. Comme l’a souligné encore Malika Sorel, je cite : en naturalisant à tour de bras des gens qui ne sont pas Français et qui n’adhèrent en rien à la culture française, on a institutionnalisé l’idée de « Français de papiers ».

    M. Eduardo Rihan Cypel. Hors sujet !

    Mme Marion Maréchal-Le Pen. On peut aujourd’hui être Français de fait mais ne rien avoir en commun avec la société française. Sur ce point, l’exemple de Souad Merah est particulièrement criant. L’apologie du terrorisme ou toute condamnation en lien avec une entreprise terroriste devrait entraîner la perte immédiate et automatique de la nationalité pour les Français naturalisés ou les binationaux. Il était indispensable de marquer le coup.

    Le fait de vouloir simplement prolonger des mesures censées être temporaires est symptomatique de cette habitude des gouvernements de droite et de gauche d’écoper l’eau sans colmater les brèches. On aura beau poursuivre partout en France les apprentis terroristes qui se sont entraînés au Pakistan ou ailleurs, tant que l’école dégradera l’estime que les jeunes ont de la France, tant que la justice sera molle et que la police continuera de travailler trop souvent en vain, tant que la misère continuera de gagner du terrain, cette loi, comme tant d’autres, ne fera que combler trop faiblement les voies menant à la criminalité et au terrorisme.

    M. Sébastien Pietrasanta. Beaucoup trop d’amalgames !

    http://www.polemia.com

     

    Source : Compte rendu analytique de l’Assemblée nationale.

    Les intertitres sont de Polémia.