culture et histoire - Page 2047
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Noire Finance (la grande pompe à "phynances")
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Evola. Philosophie et action directe (par Dominique Venner)
[Article - qui n'engage que son auteur - de Dominique Venner consacré à Julius Evola dans le dernier numéro de la NRH (n°37, juillet-août 2008) dans un dossier consacré aux mystères du postfascisme]
Evola. Philosophie et action directe
Considéré par certains comme « le plus grand penseur traditionaliste d'Occident », Julius Evola (1898-1974) eut toujours des rapports difficiles avec le MSI tout en exerçant une influence certaine sur les cercles plus radicaux, les FAR en leur temps puis Ordine Nuovo ou Avanguardia Nazionale. Evola s'était tenu en marge du fascisme durant le Ventennio (1922-1943). Malgré ses critiques, il se voulut cependant solidaire de la RSI après 1943. Tenant à la fois de Nietzsche et de Guénon, il cultivait à la façon du premier le mépris de la plèbe et l'éloge du surhomme autoconstruit. Mais il rejoignait René Guénon dans son interprétation de l'histoire comme un processus de décadence et d'involution conduisant, selon la tradition hindoue, au Kali-Yuga, l'âge démoniaque précédant le retour au chaos originel (1). Il était prêt cependant à reconnaître que certaines formes politiques, plus ou moins en accord avec son idée hiératique de la Tradition, pouvaient ralentir le déclin. Telle était son interprétation du fascisme, dans la mesure où celui-ci, par sa tentative de réhabilitation des valeurs héroïques, constituait un défi aux sociétés modernes et à l'homme-masse sans visage.
Aux yeux des militants ou des intellectuels de la jeune génération post-fasciste, Evola présentait l'avantage de procéder à une critique interne vigoureuse du fascisme sans céder à l'antifascisme. Il offrait une « vision du monde » cohérente et sophistiquée, impitoyable pour la modernité, à laquelle il opposait une construction beaucoup plus radicale et absolue que celle du fascisme (2). Condamnait par exemple le nationalisme pour son inspiration « naturaliste », Evola lui opposait « la race de l'esprit » et « l'idée, notre vraie patrie ». Ce qui compte, disait-il, « ce n'est pas d'appartenir à une même terre ou de parler une même langue, c'est de partager la même idée (3) ». Quelle idée ? Celle d'un ordre supérieur, dont la Rome antique, une chevalerie médiévale ou la Prusse avaient été l'expression. Il proposait un style de vie fait de sévérité, de discipline, de dureté, de sacrifice, pratiqué comme une ascèse. Evola n'était pas un pur esprit. Il avait servi dans l'artillerie au cours de la Première Guerre mondiale, et avait été, dans sa jeunesse, un alpiniste émérite, auteur d'admirables Méditations du haut des Cimes. À sa mort, ses cendres furent déposées au sommet du Monte Rosa.
Vers 1950, croyant alors aux chances du MSI, Evola voulut donner une « bible » guerrière aux jeunes militants de ce mouvement : ce fut Les Hommes au milieu des Ruines (*), essai préfacé par le prince Borghese (4). Ses espoirs ayant été déçus, il s'éloigna du MSI et de toute action politique à partir de 1957. Il publia un peu plus tard Chevaucher le Tigre (1961), (**) ouvrage difficile qui contredisait le précédent (5). Il déclarait en substance que dans un monde courant à sa ruine, rien ne valait d'être sauvé, le seul impératif catégorique étant de suivre sa voie intérieure avec un parfait détachement pour tout ce qui nous entoure, mais en assumant ce que la vie offre de tragique et de douloureux. Ce message souleva de vives controverses dans la secte de ceux que l'on qualifiait ironiquement de « Témoins d'Evola ». Les uns le comprirent comme une invitation à se retirer du monde, et les autres comme une incitation à dynamiter la société décadente. C'est cette part du message qu'entendront les adeptes italiens de l'activisme brutal qui se manifestera au cours des « années de plomb ».
Ce qu'exprimait Chevaucher le Tigre reflétait le dégoût que pouvait inspirer aux plus idéalistes le marais de la petite politique parlementaire dans lequel s'enfonçait le MSI. Mais, au-delà, était en cause l'évolution d'une société italienne et occidentale soumise à l'emprise du consumérisme et du matérialisme.
Au cours des décennies suivantes, la généralisation de la violence et du terrorisme de gauche eut des effets importants au sein de la droite radicale qu'influençait le philosophe. Les deux principales organisations extra-parlementaires, Ordine Nuovo et Avanguardia Nazionale, avaient été dissoutes en 1973, ce qui poussait à l'illégalité. Mais cette stratégie fut brisée net par la répression.
Cependant, une nouvelle génération était à l'oeuvre qui avait fait d'Evola une lecture superficielle. Née après 1950, étrangère à la mémoire historique du fascisme, elle critiquait volontiers les « vieux » du MSI, et tout autant les monstres sacrés de la droite activiste, genre Borghèse, et leur stratégie désuète du coup d'Etat. On proclama avec emphase la fin des idélogies et la primauté de l'action. Pour cette génération de très jeunes militants, devant le vide des anciennes valeurs mortes, subsistait le combat comme valeur existentielle. « Ce n'est pas au pouvoir que nous aspirons, ni à la création d'un ordre nouveau », lit-on en 1980 dans Qex, bulletin de liaison des détenus politiques de la droite radicale. « C'est la lutte qui nous intéresse, c'est l'action en soi, l'affirmation de notre propre nature ». L'influence de Chevaucher le Tigre était évidente. Mais ce qui, chez Evola, devait résulter d'une ascèse intérieure, était réduit ici à sa lettre la plus brutale, par l'identification au mythe simpliste du « guerrier ». cette dérive conduisait à la théorisation sommaire du « spontanéisme armé », autant qu'au retrait dans une tour d'ivoire ésotérique.
Dominique Venner. http://club-acacia.over-blog.com
1. Julius Evola a rédigé lui-même sa propore biographie intellectuelle, Le Chemin du Cinabre, trad. Philippe Baillet, Arché/ Arktos, 1982.
2. Le principal ouvrage théorique de Julius Evola, Révolte contre le Monde moderne (1934), a fait l'objet d'une traduction par Philippe Baillet, aux Editions de L'Age d'Homme, en 1991.
3. Julius Evola, Orientamenti (1950) (***), Settimo Sigillo, Rome, 1984, p. 42.
4. Julius Evola, Les Hommes au milieu des Ruines (1953), Traduction aux Sept Couleurs par Pierre Pascal en 1972. Nouvelle édition revue par Gérard Boulanger chez Pardès en 1984 et 2005.
5. Julius Evola, Chevaucher le Tigre, traduction par Isabelle Robinet, La Colombe, 1964, et Guy Trédaniel éditeur, 2002. -
(CLUBS ET CERCLES) LES MAITRES DE L'OMBRE (archive 1992)
Aussi sélects que des clubs de bridge, aussi fermés que des cercles de jeux, il existe en France toute une série de comités, clubs, cercles, fondations ou commissions dont la quantité des effectifs est inversement proportionnelle à l'influence intellectuelle ou économique qu'ils exercent. Les réseaux qu'ils constituent sont ceux du vrai pouvoir.
☞ Un pouvoir social-démocrate.
Le cercle d'influence ne doit pas être confondu avec le club politique. Certes, quelques-uns de ces derniers comme le club Vauban de Simone et Antoine Veil - du nom du domicile parisien du couple, place Vauban - réunissent de manière informelle des personnalités du monde politique en dehors des clivages traditionnels. Le discours pro-cohabitationniste que tenait Simone Veil dès 1985, et qu'elle reprend aujourd'hui, est étoffé par les contacts permanents qu'elle entretient, en son salon, avec les figures politiques du centrisme de Jacques Barrot à Lionel Stoleru, d'Olivier Stirn à Didier Bariani. « Travailler ensemble », envisager de possibles « coalitions » transcourants - la coalition conçue comme l'institutionnalisation de la cohabitation -, autant de thèmes récurrents issus de discussions en petits comités qui ne doivent rien à l'expression de la volonté populaire.
✑ Le pouvoir des medias
La Fondation Saint-Simon est au contraire l'exemple type de ces sociétés de pensée efficaces et discrètes - seules de (rares) indiscrétions permettent de prendre connaissance des participants. Alain Minc est l'un d'eux. Il brasse les chiffres et les mots. Il dirige d'importantes sociétés, et écrit des livres. Il manage, et il pense. Roi de l'OPA, il conceptualise à tour de bras la nécessaire social-démocratisation du capitalisme. Minc est ce qu'on appelle un auteur à succès, surtout télévisé. Ses livres, La Machine égalitaire, L'Avenir en face, La Vengeance des nations, sont autant de titres dont tout le monde a entendu parler et que quelques-uns ont feuilletés ; rares sont ceux qui en ont pris réellement connaissance. Peu importe : sa médiatisation à outrance suffit à faire passer ses idées. Une médiatisation qui doit plus à ses réseaux qu'à l'originalité de son propos.
Dans sa copieuse notice du Who's Who, Minc ne mentionne pas son appartenance à la Fondation Saint-Simon. L'homme d'extrême centre y joue pourtant un rôle prépondérant.
Qui y rencontre-t-il ? Roger Fauroux, le p.d.g. de Saint-Gobain, Georges Kiejman, le ministre ami de Mitterrand, Serge July, le directeur de Libération, ou encore Jean-Claude Casanova, conseiller de Raymond Barre. Ensemble, il refont le monde. Comme tout un chacun dans les conversations de bistrot ? Pas exactement.
Quand, en 1984, la France « découvre la crise », télévision et journaux s'emparent du thème pour le retourner : cela donne Vive la Crise, un supplément de Libération et une émission de grande écoute avec Yves Montand destinés à expliquer aux Français que la crise que connaît le pays peut être tout à fait profitable en ce sens qu'elle est l'occasion d'une remise en question du système, et qu'avec de la volonté et de la solidarité, chacun en sortira plus fort et meilleur. Ce nouveau concept qui appelle à une sorte de rédemption et va relancer la machine capitaliste pour son plus grand profit est issu des
réflexions saint-simoniennes, ainsi que du Siècle, club concurrent mais aux idées proches. Deux espèces de franc-maçonnerie sans rite initiatique, mais où les conditions d'admission sont liées au statut social (élevé : financiers, directeurs de journaux, sociologues) et au pouvoir médiatique dont ils bénéficient, ainsi qu'à de « fermes » convictions social-démocrates et malthusiennes.
✑ Les maîtres du monde
Ces cercles cependant, par leur action uniquement hexagonale, ne peuvent prétendre à contrôler l'ensemble de la planète. Cette ambition démente et est celle de la commission Trilatérale, fondée en 1973 par David Rockfeller.
« Une organisation de la sagesse au niveau international », dira Raymond Barre, membre dès sa création de cette organisation regroupant environ trois cents personnes : banquiers, hommes d'affaires, universitaires ou politiques d'Europe, des États-Unis et du Japon définis comme « les trois régions (sic) à économie de marché » qui ont pour projet commun... de devenir maîtres du monde. L'expression est-elle exagérée, pour une organisation qui prétend vouloir « harmoniser les relations politiques, économiques, sociales et culturelles entre [ces] trois régions » ? Et les exemples abondent de réussites fulgurantes et surprenantes.
Le cas de Raymond Barre est le plus étonnant. En 1973, il adhère à la Commission. L'année suivante, il est l'une des cinq personnes qui, au niveau international, organisent le premier sommet des pays industrialisés, qui va devenir le fameux G7 grand ordonnateur de l'économie mondiale. Et en 1976, il est nommé à la stupéfaction générale Premier ministre de la France, tandis que Jimmy Carter, lui aussi « trilatéraliste », accède à la présidence des États-Unis. Comme le dit Barre lui-même : « Tous ses membres [de la Trilatérale] ont eu des responsabilités avant, pendant ou après leur participation. Ils en ont tous tiré un grand profit. »
On pourrait encore citer le Bilderberg Group, organisation jumelle de la Trilatérale - Barre, Rocard, Stoleru, Attali ou Rothschild s'y côtoient -, ou le séminaire annuel de Davos, qui ont également pour fonction de réunir le top niveau de la politique et de la finance internationale, par-delà des frontières que la mondialisation de l'économie aurait rendues obsolètes, et loin du regard des peuples auxquels il n'est décidément pas possible de laisser le pouvoir de trancher des problèmes aussi complexes.
« Je ne crois pas, expliquait Raymond Barre, que les grandes conférences apportent des solutions aux problèmes économiques de notre monde. À moins qu'elles n'aient été préparées de longue date, et qu'on n'ait déjà pris toutes les décisions. » C'est tellement mieux quand c'est expliqué clairement.
✍ Philippe Gurson Le Choc du Mois. Décembre 1992 -
Jacqueline de Romilly (1913-2010) La leçon de grec (archive 2011)
La grande helléniste Jacqueline de Romilly nous a quittés le 18 décembre dernier, à l'âge de 97 ans. La république des lettres et la République tout court lui ont rendu un hommage unanime, mais ambigu, en occultant délibérément tout ce qui la rendait encore plus précieuse à nos yeux: non pas la rupture, mais la continuité, qu'elle a su incarner comme nulle autre, de la tradition de la grande culture classique.
La mort de Jacqueline de Romilly a donné lieu à un concert de louanges, des médias aux responsables politiques, qui ont surtout salué en elle la première femme nommée professeur au Collège de France, la première femme élue à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, la deuxième à être membre de l'Académie française, etc. Là n'était pourtant pas l'essentiel à ses yeux. Comme elle l'a dit elle-même, les temps étaient mûrs pour cela : elle a simplement eu la chance d'appartenir à la première génération qui a vu les femmes pouvoir accéder au « podium »(1).
Non, ce n'est pas cette rupture qui lui paraissait importante, mais au contraire la continuité. Pas la rupture historique que représente le rôle de plus en plus visible des femmes, mais au contraire la continuité de la civilisation occidentale, d'Homère jusqu'à nous. Continuité qu'elle savait menacée, avec le naufrage, depuis une trentaine d'années, des humanités, alors même que sa vie entière a été consacrée à maintenir vivants les grands textes de la Grèce classique. Contre l'esprit du temps. Car il y a longtemps déjà que sa conception de la recherche, plus admirative que critique, a été marginalisée, sous l'influence d'une anthropologie relativiste, ne croyant pas en une Grèce source de lumière dans un monde antique voué aux ténèbres.
Quoi de plus démodé aujourd'hui que d'insister comme elle l'a fait, avec un regard bienveillant, sur l'invention de la démocratie à Athènes, au lieu de déplorer que les femmes, les esclaves et les métèques en aient été exclus ? Pourquoi admirer un idéal cristallisé dans le marbre du Parthénon, là où on pourrait dénoncer l'impérialisme athénien ou se passionner pour l'homosexualité antique revisitée au prisme de Foucault et de la théorie queer ?
L'hommage du vice à la vertu
En vérité, Jacqueline de Romilly était dans sa vie publique à mille lieues des hellénistes « engagés » comme Jean-Pierre Vernant ou Pierre Vidal-Naquet, et cela bien qu'elle et son mari aient été considérés comme Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et exclus de l'enseignement pour cette raison. Mais loin de fustiger la France, la Grèce ou l'Occident comme racistes ou colonialistes, elle les défendait en défendant l'héritage et sa transmission. Son engagement public fut donc résolument réactionnaire.
Pendant une trentaine d'années, après avoir fait ses preuves sur le plan de la recherche savante, elle s'est consacrée à la vulgarisation de qualité et au combat pour la défense du grec ancien, et plus généralement des humanités. Avec des ouvrages comme L'Enseignement en détresse (1984), avec son association Sauvegarde des enseignements littéraires, elle chercha à convaincre le grand public de la valeur des langues anciennes, insistant sur la rigueur dans l'apprentissage, aussi nécessaire à la maitrise du grec ancien que de la langue française ou de toute autre.
Le vibrant hommage rendu par les politiques de tous bords à Jacqueline de Romilly est donc d'une insupportable hypocrisie. Mme Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, nous livre sa pensée dans une langue châtiée : « Son héritage, c'est de dire que la culture et la culture ancienne, l'étude des civilisations anciennes, le latin, le grec, sont au fondement de notre civilisation et qu'on ne construit pas notre avenir sans mémoire ».
Ouf, on a échappé de peu au devoir de mémoire... Mais Mme Pécresse semble souffrir de trous de mémoire. Ne sait-elle pas que les étudiants des universités qu'elle prétend avoir fait rentrer dans le XXIe siècle, grâce à la prétendue autonomie, sont à ce point mauvais en orthographe, en grammaire et en syntaxe, qu'une vingtaine d'universités proposent officiellement depuis cette rentrée des cours de rattrapage en français ? (En réalité, cela se faisait depuis longtemps déjà, mais il ne fallait pas en parler). Ne sait-elle pas que l'autonomie budgétaire des universités les conduit à favoriser les filières « rentables » et à délaisser les départements dispensant un enseignement aussi « inutile » que le grec, le latin, les langues vivantes ou les lettres ?
Une grande dame et de petits messieurs
Ne sait-elle pas que le lycée light de son collègue du secondaire, Luc Chatel, est peu compatible avec la transmission de savoirs véritables ? Que le principal inspirateur de la réforme du lycée, Richard Descoings, a déclaré au Point, le 26 août dernier, qu'il valait mieux faire de l'aide au devoir pour des centaines d'élèves que du grec pour cinq? Que l'enseignement scolaire et rigoureux du latin et/ou du grec a été remplacé dans les programmes officiels par un vague enseignement d'exploration des « langues et cultures de l'Antiquité » ? Que beaucoup d'établissements n'ont même plus la possibilité de proposer cet enseignement ? Que tout dépend du « projet d'établissement » de chaque lycée ? Que tout est fait pour décourager les élèves (horaires dissuasifs, incompatibilités d'options), car le succès du latin, auprès des élèves et de leurs parents, gêne le politique ? Que bien des élèves intéressés par les langues anciennes sont contraints de recourir à l'enseignement payant du Centre national d'enseignement à distance (CNED)?
Ne sait-elle pas que les économies de bout de chandelle sévissent aussi dans l'organisation des concours de recrutement des enseignants ? Que la réforme du CAPES, limitant, par mesure d'économie, les épreuves écrites au nombre de deux, menace l'existence même des lettres classiques, dans la mesure même où celles-ci nécessitent une compétence éprouvée non dans deux, mais dans trois disciplines (français, latin et grec) ? Que l'épreuve-reine de l'oral, le commentaire d'un passage d'Ovide ou de Thucydide, est purement et simplement supprimée? Que le jury du CAPES de lettres classiques a démissionné collectivement, le 14 juillet dernier, pour protester contre ce nouveau concours au rabais ?
À vous de choisir : La Princesse de Clèves ou Nicolas Sarkozy
Oui, dans la France de Nicolas Sarkozy, tout devient décidément possible, y compris organiser un concours de lettres classiques sans lettres classiques, où les étudiants doivent commenter un extrait de manuel ou une page des instructions officielles de l'Education nationale plutôt qu'un grand auteur de l'Antiquité. Peu importe, puisque les instructions officielles, justement, demandent maintenant aux professeurs de latin et grec d'explorer « les divers usages de l'Antiquité que l'on peut faire jusqu'à aujourd'hui » dans un esprit d'interdisciplinarité et d'interactivité, en favorisant le recours aux images et aux nouvelles technologies, dans des classes regroupant des secondes et des terminales, voire même des élèves latinistes avec des hellénistes.
Bref, le gloubi-boulga ludico-éducatif a pris le pas sur l'étude rigoureuse de la langue, et la droite moderniste et utilitariste a démontré qu'elle a autant la haine de l'excellence et de la gratuité, incarnées par les humanités, que ne l'avait la gauche anti-élitiste et démago.
Qu'en est-il en Grèce même, où Jacqueline de Romilly était fort connue ? Anna Diamandopolou, l'actuelle ministre grecque de l'Education et ancienne commissaire européenne, pourrait presque donner des leçons de langue de bois à Mme Pécresse. Elle n'a pas hésité à rendre hommage à Jacqueline de Romilly pour « ses efforts de promotion de la langue grecque », alors qu'elle-même est connue pour avoir proposé de faire de l'anglais la seconde langue officielle de son pays, toujours au nom de l'utilitarisme et de la compétition internationale.
Jacqueline de Romilly aurait sans doute apprécié à sa juste valeur cette ironie. Son autobiographie doit sortir prochainement chez Bernard de Fallois. Gageons qu'elle y énoncera quelques vérités sur lesquelles les médias du système jetteront un voile pudique, préférant nous rappeler, comme le fit Sarkozy, l'amoureux de La Princesse de Clèves, qu'elle a « contribué à la libération de la femme par l'exemple qu'elle a donné de sa propre élévation ».
Cathie Cardaillac Le Choc du Mois février 2011 via http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/
Jacqueline de Romilly, Jeanne (mémoires), éditions Bernard de Fallois.
1) Entretien au Point, 25 janvier 2007, « Jacqueline de Romilly contre les barbares ». -
Un guide pour les philosophies de la Vie
• Analyse : Karl Albert, Lebensphilosophie : Von den Anfängen bei Nietzsche bis zu ihrer Kritik bei Lukács, Alber Verlag/Reihe Kolleg Philosophie, Freiburg/München, 208 p.Karl Albert, professeur de philosophie à Wuppertal dans la région de la Ruhr, nous offre un excellent petit ouvrage sur la Lebensphilosophie allemande, très didactique et qui convient parfaitement pour les étudiants de première année. Il passe en revue les œuvres de Schlegel, Schopenhauer, Guyau, Nietzsche, Ditlhey (cf. l’article de ce numéro sur Simmel), Bergson, Simmel, Lessing, Klages, Messer, Spengler, Keyserling, Ortega y Gasset, Scheler, Misch, Lersch et Bollnow. Dans son introduction, il explique clairement sa démarche : « Toutes les créations originales de la philosophie et de la littérature, qui ont émergé dans la première décennie du XXe siècle, portaient l’accent de la “Vie”. C’était comme une ivresse, une ivresse juvénile, que nous avons tous partagée ». Les thématiques de la jeunesse, du printemps éternel, des paysages régénérants, de la danse, de la nudité, indique une voix qui n’est plus celle de la froide logique mais de la bio-logique, appelée à remplacer les sécheresses et les hypocrisies des “Lumières”, du positivisme et de l’académisme. Pour Karl Albert, les prémisses de la Lebensphilosophie se situent déjà tout entiers dans les œuvres de l’Allemand Friedrich Schlegel et du Français Jean-Marie Guyau.Didactique, soucieux de transmettre à ses étudiants, Albert esquisse les étapes successives de la démarche de Schlegel, adversaire du système de Hegel, vecteur de “négativité”, induisant le philosophe dans l’erreur car il remplace la réalité divine et vivante par un mensonge métaphysique. En trois étapes, Schlegel va tenter de sortir la pensée allemande et européenne de cette impasse et de ce labyrinthe :-
Opposer au Geist hégélien la Vie proprement dite.
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Montrer que la philosophie traditionnelle indienne est une apologie et une acceptation sereines voire joyeuses de la Vie.
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Hisser au niveau de la réflexion philosophique les rapports entre l’homme et la femme, dans la sexualité et dans le mariage.
La base du travail philosophique ne saurait être une spéculation infinie sur un concept éthéré mais, au contraire, la vie spirituelle intérieure de l’homme, voyageant entre le ciel du sublime et la pesanteur de la matérialité. Dès lors, le philosophe peut commencer sa démarche à partir du moindre fait de vie et non pas au départ des seules spéculations académiques, imposées a priori au cherchant. Sanskritologue patenté, de même que son frère, Schlegel lisait la philosophie et la mythologie indiennes dans le texte. Il y retrouve un panthéisme, chassé d’Occident depuis l’avènement du christianisme. Ses réflexions sur les rapports entre sexes - sans nul doute inspirées par la tradition tantrique - contribue à forger en Occident une nouvelle vision de la femme, émancipatrice et équitable, revalorisant le rôle de la sensualité dans l’élaboration d’une philosophie équilibrée entre raison, sens, cordialité, matérialité, etc.Jean-Marie Guyau (1854-1888), natif de Laval dans le Maine, auteur notamment d’Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction (1885), aura un impact certain sur Nietzsche. Pour Guyau, la Vie a vocation à l’expansion, non au sur-place, et cette expansion n’a pas à être régulée - et contrariée - par un “impératif catégorique“ de kantienne mémoire, démarche non naturelle. L’aire infinie du déploiement merveilleux du cosmos est le site où vit et agit l’homme : le lieu de la “sympathie universelle”, où convergent et fusionnent esthétique, morale et religion. L’art, selon Guyau, est le véhicule que l’homme accompli utilise pour naviguer dans l’océan infini de cette “sympathie universelle”, sans contrarier les forces à l’œuvre dans l’univers. Sous les contradictions apparentes du monde des hommes, se profile une harmonie fondamentale, l’Être. Guyau, comme plus tard Deleuze - que l’on prend, nous dit Badiou, à tort pour un penseur d’une pluralité absolue et désordonnée - développe une ontologie vitaliste, qui ne nie nullement l’unité fondamentale de l’univers.La philosophie de la Vie n’est donc pas le socle des particularismes maniaques, repliés sur eux-mêmes, mais l’écho en Europe, d’une vision tantrique, où tout est entremêlé, où tout est relié à tout, sans segmentations et catégorisations inutiles et aberrantes. Avec Schlegel et Guyau, les bases d’une formidable alternative ont été jetées, mais elle n’a pas encore réussi à percer, à développer des modèles sociaux et politiques solides et viables.
► Robert Steuckers, Vouloir n° 146-148, 1999.http://robertsteuckers.blogspot.fr/ -
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Péguy parmi nous par Pierre LE VIGAN
Il y a cent ans, Péguy publiait Le mystère de la Charité de Jeanne d’Arc, pièce de théâtre qui est toute entière le mystère de la prière de Péguy. Il publiait aussi, cette même année 1911, Le Porche du mystère de la deuxième Vertu (« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance. » Cette « petite fille espérance. Immortelle » que chantera cet autre poète qu’était Brasillach). L’occasion de revenir sur Péguy, l’homme de toutes les passions.En 1914 mourrait Charles Péguy, au début d’une guerre qui marqua la fin d’une certaine Europe et d’une certaine France. Péguy représentait précisément le meilleur de l’homme de l’ancienne France, atteint au plus haut point par les ravages du monde moderne. On dit parfois qu’il y eut deux Péguy, le premier socialiste et dreyfusard, et le second, nationaliste, critique du progrès, catholique proclamé (par ailleurs nullement pratiquant) et atypique. Ces deux Péguy ont leur grandeur, et les deux ont été bien vivants c’est-à-dire qu’ils ont écrits comme tout le monde aussi quelques bêtises. Mais c’est le même homme qui a été tour à tour socialiste idéaliste et critique passionné – et bien injuste – de Jean Jaurès. Et c’est le même homme qui fut poète, et qui fut hanté par l’idée de hausser l’homme. C’est pourquoi dans Notre jeunesse (1910), Péguy écrivait : « On peut publier mes œuvres complètes, il n’y a pas un mot que j’y changerais. » Et de dire dans ce texte, en substance : je ne renierais jamais mon engagement (dreyfusard) dans l’affaire Dreyfus et je ne renierais jamais la République.Péguy est né à Orléans en 1873. Il sera influencé par Louis Boitier et le radicalisme orléanais. Fils d’un menuisier et d’une rempailleuse de chaises, Péguy peut faire des études grâce à une bourse de la République. Condisciple du grand historien jacobin Albert Mathiez, Péguy échoue à l’agrégation de philosophie. Dans les années 1890, il se range du côté des socialistes par aspiration à la fraternité et un ordre vrai. De même, il défend Dreyfus injustement accusé de trahison. C’est un anticlérical et un homme de gauche. « Les guerres coloniales sont les plus lâches des guerres », écrit-il en 1902. Sa première Jeanne d’Arc qui, parue en 1897, n’aura aucun succès est dédiée à ceux qui rêvent de la République socialiste universelle. Il abandonne la voie du professorat en 1897.À partir de 1900, il évolue de manière de plus en plus autonome et inclassable. Il se convertit à un certain réalisme politique. « La paix par le sabre, c’est la seule qui tienne, c’est la seule qui soit digne », écrit-il alors à propos de la colonisation française. Ce qui n’est pas incompatible avec le premier propos mais marque une nette inflexion. C’est l’époque de Notre Patrie (1905) et du raidissement patriotique après l’incident de Tanger. « L’ordre, et l’ordre seul, fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude », écrit-il alors dans les Cahiers de la Quinzaine. Mais ce ne peut être qu’un ordre vrai, c’est-à-dire un ordre juste.L’antisocialisme de Péguy vers 1910 est surtout une protestation contre l’embourgeoisement du socialisme. Mais il faut le dire : il y aussi un profond recul de l’intérêt pour la question sociale. S’il ne fut jamais maurrassien (Daniel Halévy expliquera que ce qui a manqué au débat français c’est un face-à-face Maurras – Péguy), Péguy était par contre proche de Barrès.Anticlérical mais chrétien – il trouve la foi en 1908 -, extrêmement patriote (jusqu’à un antigermanisme détestable mais naïf), Péguy était aussi philosémite (à une époque où le sionisme n’existait pas), ainsi grand admirateur de Bernard Lazare. Les amis juifs ne manquèrent pas à Péguy, tels le fidèle Eddy Marix. Sans parler de « Blanche », son dernier amour. Loin d’être attiré par les extrêmes, Péguy est à partir de 1900, en politique, très modéré. Il voue ainsi un grand respect à Waldeck-Rousseau, homme de gauche modéré, voire « opportuniste » au sens du moment, qui mit un terme aux affres de l’affaire Dreyfus.Après avoir ouvert une librairie, vite en faillite, Péguy crée les Cahiers de la Quinzaine, qui n’auront jamais assez d’abonnés pour être rentables (on parle de 1400 abonnés, mais des historiens tels Henri Guillemin indiquent qu’il n’en a jamais eu 1200). Abandonnant le socialisme devenu parlementaire, il s’attache à prôner une République idéale, indépendante des partis et de l’argent, patriote, sociale, apportant à tous l’éducation, la dignité dans le travail et la fraternité. C’est dire que Péguy n’a jamais complètement renié ses idéaux de jeunesse. « Une révolution n’est rien, si elle n’engage pas une nouvelle vie, si elle n’est entière, totale, globale, absolue… » Péguy devient l’homme de toutes les traditions, « des fleurs de lis mais aussi du bonnet phrygien (avec cocarde) ». « Un Michelet dégagé des vapeurs idéologiques », remarque Maurice Reclus. Une fidélité à la République comme continuité de toute notre histoire. C’est ce qu’il résuma par la fameuse formule : « La République c’est notre royaume de France ».Ami de Jacques Maritain, de Lucien Herr, de Pierre Marcel-Lévy, de Georges Sorel (qui ne crut jamais à sa conversion catholique), de Léon Blum, avec qui il se fâcha, de Marcel Baudouin dont il épousa la sœur et à qui il vouait une affection fraternelle jusqu’à utiliser le pseudonyme de Pierre Baudouin, sous le nom duquel il publia sa première Jeanne d’Arc, Péguy était en relation avec les plus brillants mais aussi souvent les plus profonds des intellectuels de l’époque. De même qu’il échouera à l’agrégation de philosophie, il ne termina jamais sa thèse sur « l’histoire dans la philosophie au XIXe siècle », ni sa thèse complémentaire qui portait sur le beau sujet « Ce que j’ai acquis d’expérience dans les arts et métiers de la typographie ». Ce qu’il cherchait n’était pas de paraître, c’était de tracer un sillon bien précis : l’éloge des vertus d’une ancienne France, celle des travailleurs, des artisans, des terriens. « C’est toujours le même système en France, on fait beaucoup pour les indigents, tout pour les riches, rien pour les pauvres », écrivait-il dans une lettre du 11 mars 1914.Souvent au bord de la dépression, Péguy ne se ménageait guère. « Le suicide est pour moi une tentation dont je me défends avec un succès sans cesse décroissant », écrivait-il à un de ses amis. Il ne cherchait pas le confort pour lui-même : ni le confort moral ni le confort intellectuel. « Il y avait en ce révolutionnaire du révolté, écrivait son ami Maurice Reclus, et, ces jours-là, je ne pouvais m’empêcher de voir en Péguy une manière de Vallès – en beaucoup plus noble, évidemment, en beaucoup moins déclamateur et revendicateur, un Vallès sans bassesse, sans haine et sans envie, mais un Vallès tout de même. » Péguy prétendait être un auteur gai, et s’il n’était pas comique ni léger, il était quelque peu facétieux. Oui, cet homme avait la pudeur de la gaieté. Il ne cherchait jamais à être étincelant, mais il étincelait.Ce que récuse Péguy, et là, il n’est pas modéré, c’est le modernisme. Le danger qu’il annonce, c’est « la peur de ne pas paraître assez avancé ». C’est pourquoi sa critique de l’obsession moderniste est souvent associée au regret des temps passés, alors qu’elle témoigne pour un autre avenir possible. « Mais comment ne pas regretter la sagesse d’avant, comment ne pas donner un dernier souvenir à cette innocence que nous ne reverrons plus. […] On ne parle aujourd’hui que de l’égalité. Et nous vivons dans la plus monstrueuse inégalité économique que l’on n’ait jamais vue dans l’histoire du monde. On vivait alors. On avait des enfants. Ils n’avaient aucunement cette impression que nous avons d’être au bagne. Ils n’avaient pas comme nous cette impression d’un étranglement économique, d’un collier de fer qui tient à la gorge et qui se serre tous les jours d’un cran. » (L’Argent). Deux semaines avant d’être tué, le 5 septembre 1914, Péguy était au front à la tête d’une compagnie. Il écrivait : « nous sommes sans nouvelles du monde depuis quatre jours. Nous vivons dans une sorte de grande paix. »Pierre Le Vigan http://www.europemaxima.com/
• Arnaud Teyssier, Charles Péguy, une humanité française, Perrin, 2008.
• Romain Rolland, Péguy, Albin Michel, deux volumes, 1945.
• Maurice Reclus, Le Péguy que j’ai connu, Hachette, 1951.• Bernard Guyon, Péguy, Hatier, 1960.• Charles Péguy, L’Argent (1913), réédité par les éditions des Équateurs.• Paru dans Flash, n° 67 du 2 juin 2011. -
La véritable histoire de la Révolution par Ortega y Gasset
Qu’on se souvienne de ce qu’était l’État à la fin du XVIII° siècle dans toutes les nations européennes. Bien peu de chose ! Le premier capitalisme et ses organisations industrielles, où, pour la première fois triomphe la technique, la technique nouvelle, rationnelle, avait produit un élargissement de la société. Une classe sociale apparut ; plus puissante en nombre et en force que les précédentes : la bourgeoisie. Cette entreprenante bourgeoisie possédait, avant tout et surtout, une chose : le talent pratique. Elle savait organiser, discipliner, persévérer dans ses efforts et les coordonner. Au milieu d’elle, comme sur un océan, flottait aventureusement « le navire de l’État ». « Le navire de l’État est une métaphore réinventée par la bourgeoisie qui se sentait elle même océanique, omnipotente et grosse de tourmentes.
Ce navire était chose de rien, ou guère plus. C’est à peine s’il avait des soldats des bureaucrates, de l’argent. Il avait été fabriqué au moyen âge par une classe d’homme très différente des bourgeois : les nobles, race admirable par son courage, son don du commandement, son sens de la responsabilité. Sans eux , les nations européennes n’existeraient pas. Mais avec toutes ces vertus du cœur les nobles avaient et ont toujours eu la tête brouillonne. Ils vivaient de l’autre viscère. D’intelligence très limités, sentimentaux, instinctifs, intuitifs ; en somme « irrationnels ». C’est pourquoi ils ne purent développer aucune technique, chose qui oblige à penser des organisations rationnelles. Ils n’inventèrent pas la poudre. Et ce fut tant pis pour eux. Incapables d’inventer de nouvelles armes, ils laissèrent les bourgeois – qui la firent venir d’Orient ou d’ailleurs - utiliser la poudre et avec elle, automatiquement, gagner des batailles contre le guerrier noble, contre le « chevalier » stupidement bardé d’une inutile ferraille, qui l’empêchait de se mouvoir pendant la lutte, et qui n’avait jamais compris que le secret éternel de la guerre ne consiste pas tellement dans les moyens de défense que dans les moyens d’agression (secret que Napoléon devait redécouvrir).
Comme l’État est une technique – d’ordre public et administratif – l’ « ancien régime » arrive à la fin du XVIII° siècle avec un État très faible, fouetté de tous côtés par une société vaste et bouillonnante. La disproportion entre le pouvoir de l’État et le pouvoir social est si grande à cette époque que si l’on compare sa situation avec celle des temps de Charlemagne, l’État du XVIII° siècle semble dégénéré. L’État carolingien était évidemment beaucoup moins puissant que celui de Louis XVI ; mais, par contre, la société qui l’entourait n’avait aucune force. L’énorme différence de niveau entre la force sociale et la force du pouvoir public a rendu possible la Révolution, les révolutions (jusqu’à celle de 1848).
Mais par la Révolution, la bourgeoisie s’empara du pouvoir public et appliqua à l’État ses indéniables vertus. En un peu plus d’une génération, elle créa un État puissant qui en finit avec les révolutions. En effet depuis 1848, c’est à dire dès que commence la seconde génération des gouvernements bourgeois , il n’y a pas en Europe de vraies révolutions. Non pas que les motifs aient manqué ; mais il n’y avait plus les moyens de les réaliser
Ortega y Gasset La Révolte des masses http://www.actionfrancaise.net
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94% des députés européens soutiennent le massacre des Blancs en Afrique du Sud !
Un frémissement d'humanité répondrait-il aux canons du politiquement correct, prenant naissance dans ce temple du conformisme pleutre qu'est le parlement européen. Une règle de procédure introduite par trois députés non inscrits Philip Claeys (Vlaams Belang), Andréas Molzer (FPO) et Fiorello Provera (Ligue du Nord) protestant contre les meurtres de fermiers afrikaners vient de réunir 48 signatures de représentants de 19 Etats. On y relève quelques socialistes, Chrétiens-démocrates, Libéraux, comme le Belge Louis Michel, des membres non inscrits de ce que l'on appelle l'extrême droite et même... un communiste. En fait seul le groupe des Verts a refusé de signer l'interpellation. Ce qui d'ailleurs est tout à fait intéressant. Le peu ragoûtant Cohen-Bendit qui passe son existence à faire la leçon aux autres n'a rien à dire lorsque ceux que l'on massacre ne sont pas de son camp. On le savait il est vrai depuis longtemps. Piqûre de rappel.
Par ces temps bouleversés d'ailleurs les massacres d'enfants boers n'auront pas suscité une ride d'émotion chez les tartuffes qui, pendant quelques jours, se sont emparés de notre espace médiatique.
Sur les sites racistes noirs d'Afrique du Sud deux fonctionnaires de l'ANC ont diffusé pendant des mois une nouvelle comptine dont le refrain disait : « Un bébé blanc, une balle ». Les deux individus plastronnent toujours sur Internet. Mfundo Dlung-wane en rajoute même tranquillement sur le thème qui lui est cher : « Nous n'avons pas d'autre alternative que de tuer les bébés blancs. Simplement parce qu'ils vont grandir et opprimer nos bébés. C'est pourquoi nous tuons les bébés blancs. Lorsque le temps s'y prêtera, nous leur couperons la tête et ils deviendront des racistes blancs sans tête ». Alors imaginons une seconde - juste une seconde ! - le contraire. Un fonctionnaire des PTT qui chez nous posterait sur son site Facebook quelque chose comme : « Un bébé maghrébin ou un bébé noir... Une balle ». On doute que six mois plus tard, toujours dans son bureau de fonction il continuerait à faire le malin. Et pourtant on se marche sur les pieds, on rampe ici pour une caresse de quelque notable de l'ANC.
UN RACISME QUI NE DÉRANGE PERSONNE
C'est en mai 2010 que nos deux héros postent leur épigramme. A cette époque Jacob Zuma, président de la république d'Afrique du Sud, ne manque jamais de clore ses réunions publiques par une petite chanson dont le refrain est « Passe-moi ma mitraillette... ». C'est autre chose que le Karcher quand même ! Inspirée par toutes ces incitations venues de si haut, le 10 décembre de la même année une bande de bêtes féroces, âgées de 17 à 23 ans, déboule en plein après midi dans la petite ferme de Wilma et Attie Potgieter à Lindley dans l'État Libre d'Orange. D'abord les assaillants défoncent Attie, qui tente vaillamment de défendre sa famille, de 151 coups de "pangas", une lance effilée. Puis sur son corps sanglant ils jettent celui de Wilma qu'ils ont tuée d'une balle dans la tête après l'avoir soûlée de coups. Et sur ce tas de chairs encore frémissantes, lui ayant logé une balle dans la nuque, ils balancent le petit corps de Wiellemien âgée de deux ans. Pour couronner le tout la police (noire) du coin fit savoir dans un communiqué « qu'il s'agissait d'une banale tentative de vol qui avait mal tourné ». Sauf qu'il en est des milliers comme celle-là, qui ont mal tourné, des milliers d'enfants, de femmes, de vieillards Blancs découpés, éventrés, dépecés dans le beau pays "arc-en-ciel" de Mandela. Et ce n'est jamais du racisme quand les victimes de la barbarie sont blanches. Le silence complice des média fit une fois de plus la démonstration qu'il existe de bons terroristes comme il en est de monstrueux.
On pourra lire par ailleurs le texte singulièrement modéré voté au Parlement Européen par les 48 députés. A peine plus de 6 % des 736 inscrits. De quoi être atterré. C'est dire en somme que la quasi-totalité de ceux-ci - les mêmes qui ont poussé des cris d'orfraie lors des tueries d'Oslo ou du Sud Ouest - se contrefoutent de l'épuration ethnique pratiquée en Afrique du Sud contre les boers de la tribu blanche. Si tous les Partis sont représentés, les Verts exceptés - ce qui permettra de remettre à leur place les Mamère et les Joly lorsqu'ils viendront encore nous gonfler avec le terrorisme d'extrême droite —, une seule voix communiste, c'est vraiment le service minimum pour donner bonne conscience à Mélenchon. Et lui permettre à la première occasion de nous imposer ses prêchis prêchas de predikant à tablier de porc.
Ce qui frappe tout de même est que la presque totalité des tartuffes socialistes, centristes et gaullistes n'ont pas plus de compassion pour les enfants martyrs du platteland sud africain qu'ils n'en avaient il y a 50 ans pour les dizaines de petits Pieds-Noirs estropiés ou déchiquetés sous les bombes déposées par des terroristes. Que célèbre aujourd'hui de façon répétitive le service public français. Notamment la 2 et la 3 où fanfaronnent des porteurs de valises pour lesquels ces bombes là étaient légitimes. Les petits corps désincarnés n'étant que la rançon expiatoire ordinaire du colonialisme. Comme ils le sont aujourd'hui de l'apartheid.
René BLANC. Rivarol du 30 mars 2012 -
(Communisme) « Il ne peut y avoir de prescription morale » (arch 1998)
Un entretien avec Bernard Antony
Vous avez été le premier en France à demander l'équivalent d'un « Procès de Nuremberg » contre le communisme. Pour quelles raisons ?
Au moment où toute la classe politico-médiatique se répand sur le devoir de mémoire, concernant les crimes passés du national-socialisme, il serait étrange que le communisme échappe à toute mise en accusation. Ainsi que l'affirmait Soljénitsyne : « le communisme tuait avant que le nazisme ne tue, il tuait pendant que le nazisme tuait, il continue de tuer quand le nazisme ne tue plus ». 100 millions de morts, 200 millions ? Quel que soit le nombre retenu, le bilan est accablant.
Mais le procès que je demande n'est pas la répétition de celui de Nuremberg qui avait jugé les dirigeants nationaux-socialistes. D'une part, à Nuremberg, figuraient parmi les juges, des bourreaux, les représentants de l'Union soviétique, de l'autre, nous ne voulons pas une procédure pénale, mais un procès moral.
Si la prescription juridique doit constituer un principe intangible du droit, pour les crimes contre l'humanité, il ne peut y avoir de prescription morale.
Sept ans après la chute de l'Empire soviétique, un tel procès est-il toujours d'actualité ?
Plus que jamais ! Pour deux raisons. D'abord nous avons un devoir de mémoire à l'égard des dizaines de millions de victimes du communisme.
Ensuite, si le communisme s'est retiré de la Russie et de l'Europe de l'Est, laissant derrière lui un champ de ruines, il sévit encore en Chine, en Indochine, en Corée du Nord, à Cuba. En Europe même, la nomenklatura communiste revient au pouvoir, reconvertie dans des partis sociaux-démocrates, prônant la même idéologie mondialiste que notre classe politique.
En France même, nous avons des ministres communistes, avec lesquels Jospin est «fier» de gouverner ! Si le communisme était frappé d'indignité morale, ses partisans n'occuperaient pas les positions dominantes qu'ils ont aujourd'hui.
Qu'est-ce qui empêche la tenue de ce procès?
Justement la puissance du parti communiste, qui impose un véritable terrorisme intellectuel, voire physique. L'accueil haineux qui a été fait dans les grands médias au « Livre noir du communisme » illustre cette triste réalité.
Les arguments des défenseurs du communisme sont dérisoires. Non, Staline n'est pas le responsable de la dérive sanglante d'une idéologie généreuse, mais le successeur de Lénine qui déclarait : « Si pour arriver à nos fins, nous devons éliminer 80 % de la population, nous ne devons pas hésiter un seul instant ». De même, il est vrai que le parti communiste français n'a pas autant de sang sur les mains que ses homologues russe, chinois, vietnamien, cambodgien. Mais s'il avait pris le pouvoir dans notre pays, n'aurait-il pas accompli les mêmes atrocités ? Le PC français, émanation de l'URSS, n'a cessé de soutenir celle-ci jusqu'à son écroulement.
En quoi la figure de Boudarel est-elle symbolique du combat que vous menez ?
Boudarel, communiste français, a dans un des camps du Viêt-minh, le camp 113, torturé moralement ses compatriotes, prisonniers des,communistes vietnamiens, à qui une seule alternative était offerte : la récitation de l'idéologie marxiste ou la mort.
Cet homme s'est jusqu'ici refusé à exprimer tout repentir.
Vous avez, le 9 novembre dernier, organisé de votre propre chef un premier procès à Paris, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes et des témoins de premier plan. Qu'envisagez-vous pour la suite ?
« Chrétienté-Solidarité » a été en effet la première organisation à dresser un procès moral du communisme, à l'occasion du quatre-vingtième anniversaire de la révolution bolchevique, accueillant des témoins aussi prestigieux que le colonel Clostermann ou Alain Griotteray, des anciens du camp 113 comme M. Jantelot, ambassadeur de France, des personnalités étrangères, victimes du communisme (vietnamiennes, laotiennes, lituaniennes ... ). Ce que nous voulons maintenant ? Que partout dans le monde, soient constitués des tribunaux qui jugeront des crimes contre l'humanité, perpétrés dans leurs pays par le communisme. En France nous entendons, avec l'ensemble du mouvement national, combattre cette idéologie, où qu'elle trouve refuge ..
Français d'abord ! Numéro spécial- 2e quinzaine janvier 1998 -
La guerre de Trente Ans (1618-1648) Royaume de France